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[ABUS DE POUVOIR MÉDICAL] « PFIZER PAPERS, Les crimes de Pfizer contre l’humanité », un livre-enquête important de Naomi Wolf et 3 250 experts coordonnés par Amy Kelly

[ABUS DE POUVOIR MÉDICAL] « PFIZER PAPERS, Les crimes de Pfizer contre l’humanité », un livre-enquête important de Naomi Wolf et 3 250 experts coordonnés par Amy Kelly

Chers amis, Je suis en train de lire un livre impor­tant, impres­sion­nant, révol­tant, vou­lu par Nao­mi Wolf et réa­li­sé avec 3 250 experts de War­Room et Dai­ly­Clout coor­don­nés par Amy Kel­ly pour lire, com­prendre et vul­ga­ri­ser les 450 000 pages de docu­ments que Pfi­zer a four­nis à la FDA pour obte­nir l’au­to­ri­sa­tion de mise sur le mar­ché (AMM) de leur poi­son fal­la­cieu­se­ment nom­mé « vac­cin COVID ». https://​www​.edi​tions​mar​co​piet​teur​.com/​3​9​3​-​p​f​i​z​e​r​-​p​a​p​e​r​s​.​h​tml Pour­sui­vie en jus­tice par l’a­vo­cat Aaron Siri,…

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Dire que « nous sommes en démocratie » est une arnaque. Par définition, L’ÉLECTION EST ANTIDÉMOCRATIQUE, elle prive les électeurs de toute souveraineté (invité chez Omerta)

Anna Legrand m’a invi­té à expli­quer mon tra­vail sur le média d’in­ves­ti­ga­tion Omer­ta, créé par Régis Le Som­mier. Bonne écoute de ce nou­vel entre­tien, sur Omer­ta, et dites-moi en com­men­taires, svp, si vous avez des idées nou­velles pour accé­lé­rer la ger­mi­na­tion des graines 🙂 Étienne. https://​www​.you​tube​.com/​w​a​t​c​h​?​v​=​m​u​i​B​Q​I​x​v​6_E Post scrip­tum – RÉSUMÉ : Par construc­tion, volon­tai­re­ment, depuis l’o­ri­gine, L’É­LEC­TION-par­mi-des-can­di­dats-qu’on-peut-aider est d’a­bord une pro­cé­dure de dépossession…

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FAIRE LA RÉVOLUTION. Premiers échanges entre un marxiste et un démocrate, Chris et Étienne, sur la chaîne du Canard réfractaire

FAIRE LA RÉVOLUTION. Premiers échanges entre un marxiste et un démocrate, Chris et Étienne, sur la chaîne du Canard réfractaire

J’at­tends beau­coup des échanges avec Chris chez Yohann : réflé­chir ensemble, un mar­xiste et un démo­crate, aux meilleures voies de l’é­man­ci­pa­tion des êtres humains de toute forme de domi­na­tion et d’in­jus­tice, voi­là un beau chan­tier. Il se trouve en l’oc­cur­rence que l’i­déo­lo­gie mar­xiste, qui m’in­té­resse évi­dem­ment sur de nom­breux points, me fait aus­si très peur sur d’autres points, que je juge essen­tiels. Et notam­ment : com­ment les mar­xistes comptent-ils faire pour nous garan­tir la liber­té, la…

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For­mat grille – For­mat articles complets

[Moment exceptionnel] Chouard convainc patiemment un député LREM : « trouvez-vous légitime que le peuple puisse DESTITUER – par RIC – un élu qu’il juge défaillant, et plus généralement décider de sa propre représentation à travers un processus constituant POPULAIRE ? » (février 2019, tournée en Bretagne avec les Gilets jaunes)

Je garde un sou­ve­nir intense de cette soi­rée impor­tante, et je remer­cie Paul Molac, dépu­té LREM, d’a­voir cou­ra­geu­se­ment accep­té ce long débat à la loyale en pré­sence d’un public de Gilets jaunes par­fois tur­bu­lent.
Cet extrait (14 minutes) est for­mi­dable, un peu his­to­rique de mon point de vue :
• on y parle d’a­bord de la légi­ti­mi­té du peuple à RÉVOQUER IMMÉDIATEMENT ‑PAR RIC – UN ÉLU qui mécon­tente gra­ve­ment une majo­ri­té d’é­lec­teurs,
• on y a rap­pe­lé à quoi sert une consti­tu­tion et le conflit d’in­té­rêts des poli­ti­ciens dans le pro­ces­sus consti­tuant,
• et on y parle sur­tout de la per­ti­nence d’un PROCESSUS CONSTITUANT POPULAIRE, notam­ment de l’i­dée de tirer au sort l’As­sem­blée consti­tuante :

La vidéo de la soi­rée com­plète est là :
[IMPORTANT]Soirée mémo­rable, le 8 février 2019, avec Paul Molac (dépu­té LREM) et Cédric André, et plein de gilets jaunes bre­tons : « LA BRETAGNE VEUT LE RIC »
Per­mettre (et favo­ri­ser) ces échanges publics appro­fon­dis, à la loyale, entre les repré­sen­tants et les repré­sen­tés, me semble être une carac­té­ris­tique fon­da­men­tale de toute démo­cra­tie digne de ce nom.
Et je suis convain­cu que seuls les repré­sen­tés sont capables d’ins­ti­tuer (d’im­po­ser) ces échanges.
Étienne.
Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​8​7​3​4​1​7​6​9​8​2​317

NOUS NE SOMMES PAS EN DÉMOCRATIE – Etienne Chouard intervention sur CNews (c’est plutôt rare…) le 28 mars 2019, pour défendre les Gilets Jaunes, le RIC et la vraie démocratie

https://​you​tu​.be/​z​5​B​b​K​0​C​r​yLM
C’est la pre­mière fois qu’on a une sélec­tion com­plète de mon inter­ven­tion sur CNews (c’est plu­tôt rare…), le 28 mars 2019, pour défendre les gilets jaunes, le RIC et la vraie démo­cra­tie (pas facile d’ar­gu­men­ter quand tout le monde veut par­ler en même temps).
Mer­ci Benoît 🙂
L’é­mis­sion entière, 1ère partie :
https://​you​tu​.be/​Q​n​g​l​K​4​i​B​cis
L’é­mis­sion entière, 2ème partie :
https://​you​tu​.be/​C​g​d​I​1​C​N​Q​y90
Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :

https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​8​7​2​7​3​0​6​9​5​7​317

Encouragements — et conseils importants — pour faire vos propres ateliers constituants : « LA LOI EST L’EXPRESSION DE LA VOLONTÉ GÉNÉRALE » : VRAI OU FAUX ?

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Il est impor­tant de rédi­ger nos articles dans une langue simple et uni­voque (por­teuse d’un seul sens pos­sible), pour que tous les citoyens puissent la lire et la comprendre.

L’ex­pli­ca­tion de l’ar­naque com­mence à la minute 3.
Cet extrait de 7 minutes vient de cette vidéo : https://​you​tu​.be/​n​N​Z​2​j​X​9​H​BmY (où l’ar­naque du peuple par les par­le­men­taires est expli­quée à 16’05) :

Exemple impor­tant d’ex­pres­sion poly­sé­mique (ayant plu­sieurs sens) et donc poten­tiel­le­ment très trom­peuse : l’ex­pres­sion « La loi est l’expression de la volon­té géné­rale (DDHC 1789) » est sou­vent com­prise (même par des juristes) car­ré­ment À L’ENVERS de son sens véri­table (et sou­hai­table) qui est « la loi DOIT ÊTRE l’ex­pres­sion de la volon­té géné­rale ». En effet, en droit l’in­di­ca­tif vaut impé­ra­tif, et DONC le sens véri­table de cette for­mule est une impor­tante obli­ga­tion qui pèse sur les épaules des par­le­men­taires : selon la consti­tu­tion, les par­le­men­taires DOIVENT se confor­mer à la volon­té géné­rale, qu’ils doivent donc recher­cher et res­pec­ter abso­lu­ment (sauf à deve­nir parjures).

C’est très impor­tant, parce que nous accep­tons des choses ter­ribles au nom de ce grand principe.
En accep­tant l’i­dée que la loi est tou­jours légi­time (puis­qu’on la dit « par essence » équi­va­lente à la volon­té géné­rale), nous accep­tons tous la rigueur de la police, de la jus­tice, des impôts, de la pri­son même…

L’en­jeu de la com­pré­hen­sion popu­laire de cette for­mule est donc abso­lu­ment essen­tiel, politiquement :

• Si l’on com­prend (à tort) la for­mule dans le lan­gage cou­rant, toute loi est bonne, par défi­ni­tion, et donc il ne peut pas y avoir de loi scé­lé­rate (contre laquelle les citoyens seraient légi­times à résis­ter) : les par­le­men­taires sont nos maîtres.

• Au contraire, si on com­prend bien la for­mule dans sa vraie signi­fi­ca­tion, nous sommes les maîtres des légis­la­teurs, qui doivent enquê­ter en per­ma­nence pour connaître la volon­té géné­rale, qu’il doivent abso­lu­ment la res­pec­ter. D’où la pos­si­bi­li­té que cer­taines lois soient mau­vaises (sans aucune inter­dic­tion de prin­cipe), et DONC aus­si la pos­si­bi­li­té de résis­ter légi­ti­me­ment à des lois scé­lé­rates (contraires à la volon­té générale).

Par exemple, en février 2008, quand les par­le­men­taires ont voté en Congrès le CONTRAIRE abso­lu de ce que les citoyens avaient voté en 2005, ce fut une félo­nie, incri­mi­née pré­ci­sé­ment par l’ar­ticle 6 de la DDHC qui inter­dit cette façon de légi­fé­rer contre la volon­té géné­rale  — et cette tra­hi­son suprême aux consé­quences immenses devra un jour être punie.

D’une façon géné­rale, quand un poli­ti­cien dit « je l’ai voté, donc c’est la loi, donc c’est la volon­té géné­rale, donc tai­­sez-vous c’est moi qui com­mande », il est dans une INVERSION abso­lue de l’au­to­ri­té légi­time, il inverse les rôles et IL SE PROCLAME CHEF DE SON SOUVERAIN ! C’est à la fois une impos­ture et une tra­hi­son. Et nous, par igno­rance de ce sens caché, nous le lais­sons faire (ce qui lui per­met de conti­nuer comme ça pour tou­jours, tant qu’on ne se met­tra pas en travers)


Nota : Les plus grands pen­seurs avaient déjà repé­ré au 18e siècle l’i­dée que je défends depuis 2005 : « ce n’est pas aux hommes au pou­voir d’é­crire les règles du pou­voir » ; Ain­si Sieyes lui-même disait en 1789 : « Aucune sorte de pou­voir délé­gué ne peut rien chan­ger aux condi­tions de sa délégation. »


Nota : la Décla­ra­tion des droits de la femme et de la citoyenne (1791), elle, est plus claire, plus hon­nête que la DDHC de 1789 : « La loi DOIT ÊTRE l’expression de la volon­té générale »

DONC, il peut exis­ter des lois scé­lé­rates, des lois injustes, que les citoyens sont légi­times à com­battre de toutes leurs forces.


À remar­quer aus­si cet pré­ci­sion inté­res­sante, dans la Décla­ra­tion des droits de la femme et de la citoyenne (1791) : « la consti­tu­tion est nulle, si la majo­ri­té des indi­vi­dus qui com­posent la Nation, n’a pas coopé­ré à sa rédaction. »

Source : https://gallica.bnf.fr/essentiels/anthologie/declaration-droits-femme-citoyenne‑0

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :

[Censure du journal RUPTURES] Entre indifférence et complicité, les médias « alternatifs » favorisent le néo-maccarthysme (Laurent DAURÉ, sur Le Grand Soir)

[Abon­­nez-vous au jour­nal Rup­tures, c’est un bon outil de résis­tance à la tyran­nie unioneuropéenne.
Étienne.]
Laurent DAURÉ :
Depuis que Rup­tures a cher­ché à aler­ter sur le label men­son­ger que lui a attri­bué subi­te­ment Twit­ter le 7 sep­tembre der­nier – « Média affi­lié à un État, Rus­sie » –, moins d’une heure après la mise en ligne d’une ana­lyse mon­trant que 98 % des médias fran­çais de pre­mier plan ont relayé la théo­rie conspi­ra­tion­niste du « Rus­sia­gate », le nombre d’articles consa­crés à l’action arbi­traire du réseau social états-unien se compte sur les doigts d’une main.
En effet, quatre médias seule­ment ont ren­du compte de ce pro­cé­dé néo-mac­­car­­thyste sur lequel Twit­ter refuse obs­ti­né­ment de s’expliquer ; non seule­ment la firme à l’oiseau bleu ne répond pas à nos sol­li­ci­ta­tions, y com­pris par lettre recom­man­dée, mais elle fait de même avec les rares jour­na­listes qui l’ont contac­tée à notre sujet.
Les médias fran­co­phones qui ont cou­vert l’histoire sont, par ordre chro­no­lo­gique : RT France, BFM-TV,Presse-citron, Cau­seur. Et c’est tout pour le moment. Quelques valeu­reux blogs com­mu­nistes en ont éga­le­ment parlé.
Comme nous l’avons écrit dans notre der­nier com­mu­ni­qué, cette label­li­sa­tion erro­née de Rup­tures consti­tue un pré­cé­dent en France. Le « men­suel pro­gres­siste radi­ca­le­ment euro­cri­tique » est bel et bien le pre­mier média hexa­go­nal à subir cela (pré­ci­sons que les réper­cus­sions ne se limitent pas à Twit­ter – avec un étouf­fe­ment algo­rith­mique de notre pré­sence sur la pla­te­forme –, elles concernent avant tout la répu­ta­tion du journal).
Nous ne pou­vons que consta­ter la large indif­fé­rence que cette évo­lu­tion inédite sus­cite par­mi les médias dits « alter­na­tifs » ou « indé­pen­dants », en par­ti­cu­lier ceux qui se réclament de la gauche. Nos alertes sont jusque-là tota­le­ment igno­rées, en tout cas elles ne se tra­duisent pas par des actions publiques. Pas même un petit tweet…
Le silence des médias domi­nants était atten­du, et il est effec­ti­ve­ment qua­si total. Force est cepen­dant de noter que le chef du ser­vice « BFM Tech », Raphaël Gra­bly, a sui­vi l’affaire depuis le début – inter­pel­lant Twit­ter France à plu­sieurs reprises – et en a fait un article. Le Canard enchaî­né, Media­part et Arrêt sur images, pour ne citer que des titres bien ins­tal­lés, n’en ont tou­jours pas dit un mot, alors qu’ils traitent régu­liè­re­ment de l’actualité et des enjeux rela­tifs au pou­voir des réseaux sociaux.
Com­ment expli­quer cette occul­ta­tion ? Nous en sommes réduits à des hypo­thèses. Quatre principalement.
Ignorent-ils la déci­sion de Twit­ter de nous décla­rer en intel­li­gence avec Mos­cou ? Nous ne pou­vons croire que leurs antennes soient défi­cientes à ce point.
Estiment-ils que l’affaire est anec­do­tique ou ano­dine ? Alors c’est qu’ils acceptent taci­te­ment que des pla­te­formes pri­vées puissent pra­ti­quer une forme d’arbitrage et de cen­sure poli­tiques (c’est une ten­dance crois­sante, à la fois sur Face­book, Twit­ter et You­Tube, avec la béné­dic­tion et même l’incitation des autorités).
Consi­­dèrent-ils que Rup­tures mérite son « label rouge » ? Nous ne deman­dons pas mieux qu’ils enquêtent pour véri­fier leur intui­tion. Ils ver­ront bien si notre indé­pen­dance est une fiction.
Sont-ils en désac­cord avec la ligne édi­to­riale de notre men­suel ? C’est fort pro­bable, mais leur silence signi­fie­rait qu’ils s’assoient sur les prin­cipes – liber­té d’expression et de la presse en tête – et ne comptent infor­mer que sur les injus­tices que subissent des per­sonnes ou des orga­ni­sa­tions qui trouvent grâce à leurs yeux.
Mais après tout faut-il être sur­pris de l’indifférence au tort qui nous est fait quand on constate l’attitude de la vaste majo­ri­té des médias – petits et grands – dans un cas autre­ment plus grave, je veux bien sûr par­ler du cal­vaire inter­mi­nable de Julian Assange ? L’ignoble aban­don dont est vic­time ce jour­na­liste per­sé­cu­té repousse les limites de la veu­le­rie jour­na­lis­tique, que l’on savait pour­tant généreuses.
À par­tir du moment où le sort de Julian Assange – un pri­son­nier poli­tique dont la vie est en dan­ger – ne sus­cite par une mobi­li­sa­tion mas­sive, on peut se dire que la faillite intel­lec­tuelle et morale de la presse est actée (Media­part et Edwy Ple­nel, après avoir igno­ré ou calom­nié le fon­da­teur de Wiki­Leaks, se sont tar­di­ve­ment réveillés quant à l’importance de la cause). Le concours de lâche­té est ouvert en per­ma­nence et les concur­rents sont pléthoriques.
Au-delà du cas de Rup­tures, il y a une liste de posi­tions qui valent une mar­gi­na­li­sa­tion auto­ma­tique aux médias, orga­ni­sa­tions et per­son­na­li­tés qui les adoptent.
En voi­ci quelques exemples : plai­der en faveur de la sor­tie de l’Union euro­péenne et/ou de l’Otan ; rela­ti­vi­ser voire réfu­ter la « menace » russe, chi­noise ou ira­nienne (l’énumération peut conti­nuer en fonc­tion des cir­cons­tances et des objec­tifs géos­tra­té­giques des puis­sances occi­den­tales) ; dénon­cer la poli­tique d’apartheid de l’État israé­lien et pra­ti­quer une soli­da­ri­té consé­quente à l’égard du peuple pales­ti­nien ; s’opposer à l’interventionnisme « huma­ni­taire » en Afgha­nis­tan, en Libye ou en Syrie (à pro­pos de ce der­nier dos­sier, le bla­ckout média­tique total sur les lan­ceurs d’alerte de l’OIAC est élo­quent) ; sou­te­nir le pou­voir légi­time au Vene­zue­la ou en Boli­vie ; défendre la liber­té d’expression sans aucun deux poids, deux mesures…
La mar­gi­na­li­sa­tion média­tique et pro­fes­sion­nelle s’accompagne main­te­nant de plus en plus d’actes de cen­sure, celle-ci étant sous-trai­­tée par les États aux pla­te­formes pri­vées cali­for­niennes en situa­tion de qua­­si-mono­­pole. Il est déjà bien tard pour s’inquiéter de ce phé­no­mène qui a pris beau­coup d’ampleur ces der­niers mois.
Twit­ter serait-il spé­ci­fi­que­ment aller­gique à la cri­tique de la nou­velle guerre froide que les impé­ria­listes cherchent à nous impo­ser et dont les mul­tiples accu­sa­tions d’« ingé­rence russe » consti­tuent un vec­teur essen­tiel ?… Que la firme états-unienne ait Rup­tures dans le col­li­ma­teur est une sorte de médaille hono­ri­fique pour notre petite équipe (elle nous a d’ailleurs appor­té de nou­veaux abon­ne­ments). Mais nous exi­geons mal­gré tout le retrait du label fan­tai­siste. Il nous fau­dra peut-être mal­heu­reu­se­ment en pas­ser par une action en jus­tice pour l’obtenir.
À bas l’e‑impérialisme ! Vive WikiLeaks !
Laurent Dau­ré
Source :
https://​www​.legrand​soir​.info/​e​n​t​r​e​–​i​n​d​i​f​f​e​r​e​n​c​e​–​e​t​–​c​o​m​p​l​i​c​i​t​e​–​l​e​s​–​m​e​d​i​a​s​–​a​l​t​e​r​n​a​t​i​f​s​–​f​a​v​o​r​i​s​e​n​t​–​l​e​–​n​e​o​–​m​a​c​c​a​r​t​h​y​s​m​e​.​h​tml
Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :

https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​8​7​0​8​5​6​1​6​4​2​317

Étienne Chouard inédit – Bonus du DVD LA DETTE non-censuré


Rappels :
http://​etienne​.chouard​.free​.fr/​E​u​r​o​p​e​/​f​o​r​u​m​/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​?​2​0​1​2​/​0​1​/​2​3​/​1​8​6​–​l​a​–​d​e​t​t​e​–​u​n​e​–​e​n​q​u​e​t​e​–​d​o​c​u​m​e​n​t​a​i​r​e​–​s​u​r​–​l​e​s​–​t​r​a​c​e​s​–​d​e​–​l​–​a​r​g​ent

[Vidéo censurée partout. À enregistrer] Inutile de discuter des lois si vous négligez de reprendre la souveraineté monétaire aux banques commerciales

Pas de souveraineté politique sans souveraineté monétaire.

Thèse sui­vie de quelques expli­ca­tions sur l’im­por­tance de cette réflexion contre toutes les formes de fascisme.
Bon cou­rage à tous contre la cen­sure qui vient.
Étienne.
Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :

https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​8​6​7​7​0​2​6​4​5​2​317

Etienne Chouard avec les Gilets Jaunes « canal historique », au péage du Pont-de‑l’Etoile, 9 déc. 2018.

https://​you​tu​.be/​v​a​y​9​D​Z​_​c​E​i​s​&​f​e​a​t​u​r​e​=​y​o​u​t​u​.be
Cette (impor­tante) vidéo a été cen­su­rée à peu près par­tout, sur You­tube et sur Face­book notamment.
J’es­saie de la repu­blier sur ma chaîne You­tube (qua­si en som­meil jus­qu’i­ci), mais sans me faire trop d’illu­sions : en même temps que le couvre-feu, la cen­sure se déchaîne dans le régime Macron.
Les vrais résis­tants vont sans doute devoir migrer en urgence sur des sites pro­té­gés de la censure.
On retrouve ici (dans l’am­biance for­mi­dable des klaxons joyeux qui a régné sur tous les péages libé­rés pen­dant des mois) les enjeux essen­tiels de ce qui s’est joué avec le mou­ve­ment des gilets jaunes.
Mer­ci à tous pour vos mes­sages, très émouvants.
Étienne.
PS : « canal his­to­rique » signi­fie « résis­tance d’o­ri­gine, pas encore pol­luée par les politiciens ».
Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :

https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​8​6​7​5​1​9​2​2​3​7​317

Réfléchissez : QUI a institué notre impuissance populaire en présence d’un président arbitraire et cruel ?


Cher­chez la cause des causes.
QUI a écrit l’ab­sence de limites pour un « pré­sident » qui pré­ten­drait nous impo­ser un couvre-feu sans rai­son valable ?
QUI a ins­ti­tué notre impuis­sance popu­laire devant un pré­sident arbi­traire et cruel ?
C’EST LE PRÉSIDENT DE L’ÉPOQUE.
En 1958, de Gaulle s’est fait écrire (par ses hommes de main, Debré notam­ment) une « consti­tu­tion » sur mesure, pour ne craindre à l’a­ve­nir aucune limite sérieuse.
Réfléchissez.
Est-ce que ce fait (l’au­teur de la toute-puis­­sance d’un pré­sident est le pré­sident lui-même, avec ses com­plices) n’explique pas par­fai­te­ment notre impuis­sance actuelle devant l’arbitraire ?
CE N’EST PAS AUX HOMMES AU POUVOIR D’ÉCRIRE LES RÈGLES DU POUVOIR.
Des citoyens dignes de ce nom ne lais­se­raient pas écrire les règles de leur repré­sen­ta­tion par des représentants.

Par ailleurs, si nous les lais­sons faire, ils iront pro­gres­si­ve­ment jusqu’au pire, jusqu’à l’inconcevable. Mais c’est sur­tout de NOTRE FAUTE, nous qui res­tons là sans oppo­ser AUCUNE RÉSISTANCE SÉRIEUSE.
• Anselme Bel­le­gar­rigue : « Vous avez cru jusqu’à ce jour qu’il y avait des tyrans ? Eh bien ! Vous vous êtes trom­pés, il n’y a que des esclaves : là où nul n’obéit, per­sonne ne commande. »

https://​www​.chouard​.org/​b​l​o​g​/​2​0​1​4​/​1​0​/​2​0​/​a​n​s​e​l​m​e​–​b​e​l​l​e​g​a​r​r​i​g​u​e​–​v​o​u​s​–​a​v​e​z​–​c​r​u​–​j​u​s​q​u​a​–​c​e​–​j​o​u​r​–​q​u​i​l​–​y​–​a​v​a​i​t​–​d​e​s​–​t​y​r​a​n​s​–​e​h​–​b​i​e​n​–​v​o​u​s​–​v​o​u​s​–​e​t​e​s​–​t​r​o​m​p​e​s​–​i​l​–​n​y​–​a​–​q​u​e​–​d​e​s​–​e​s​c​l​a​v​e​s​–​l​a​–​o​u​–​n​u​l​–​n​o​b​e​i​t​–​p​e​r​s​o​n​n​e​–​n​e​–​c​o​m​m​a​nde


Et à tous ceux qui pro­testent ce matin contre une « erreur gros­sière » de la macro­nie, je rap­pelle ceci :
Les poli­ti­ciens ne sont pas incom­pé­tents : ils sont intel­li­gents ET CORROMPUS ; ils font leur job, par­fai­te­ment, contre l’intérêt géné­ral et pour les riches, qui les ont por­tés au pou­voir pré­ci­sé­ment pour ça. Dire qu’ils sont « incom­pé­tents » empêche de diag­nos­ti­quer la TRAHISON.

• Napo­léon Bona­parte. : « Lors­qu’un gou­ver­ne­ment est dépen­dant des ban­quiers pour l’argent, ce sont ces der­niers, et non les diri­geants du gou­ver­ne­ment qui contrôlent la situa­tion, puisque la main qui donne est au-des­­sus de la main qui reçoit. L’argent n’a pas de patrie ; les finan­ciers n’ont pas de patrio­tisme et n’ont pas de décence ; leur unique objec­tif est le gain. »
En effet, LES RICHES N’ONT PAS DE PATRIE. Leur patrie c’est l’argent. Les riches ven­draient tous les biens publics à des puis­sances étran­gères mal­veillantes pour accu­mu­ler encore plus d’argent. On a des preuves de ces tra­hi­sons tous les jours.
Une socié­té bien orga­ni­sée devrait empê­cher qui­conque de deve­nir trop riche. Il est rai­son­nable de consi­dé­rer les ultra-riches comme des étran­gers hos­tiles, des acca­pa­reurs, des colons, des tyrans, des voleurs, des enne­mis du peuple.
Il est plus que temps de se mettre au tra­vail pour apprendre à ins­ti­tuer nous-mêmes notre puis­sance poli­tique durable, pour nous défendre contre les tyrans, non ?
Étienne.
Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :

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[Film formidable mais ultra-censuré] DÉDALE, UN FIL VERS LA DÉMOCRATIE (2013)

Ce matin, je vois pas­ser, sur une pla­te­forme que je ne connais pas, un film for­mi­dable, impor­tant, datant de 2013 et com­plè­te­ment CENSURÉ depuis.

Son titre est DÉDALE, UN FIL VERS LA DÉMOCRATIE.

Je ne sais pas com­bien de temps il res­te­ra visible ici, mais vous devriez en pro­fi­ter pour le voir (et l’en­re­gis­trer si c’est pos­sible ?) avant qu’il ne dis­pa­raisse à nouveau.

C’est une enquête pas­sion­nante sur le car­nage de la Grèce par l’UE, le FMI et la BM pour le compte des ban­quiers (ce car­nage est notre futur à nous aus­si si nous res­tons inac­tifs), avec un assem­blage inédit, très effi­cace, d’en­quêtes de ter­rain et d’a­na­lyses ins­ti­tu­tion­nelles des causes pre­mières du carnage.

À connaître et à faire connaître.

Étienne.

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​face​book​.com/​s​t​o​r​y​.​p​h​p​?​s​t​o​r​y​_​f​b​i​d​=​1​0​1​5​8​6​1​7​2​9​7​8​5​2​3​1​7​&​i​d​=​6​0​0​9​2​2​316

[Remarquable synthèse de l’horreur que nous acceptons en restant silencieux] Le désastre de l’ingénierie de l’utopie – par Chris Hedges [Ceci dit, toutes les utopies ne se valent pas]

Le désastre de l’ingénierie de l’utopie – par Chris Hedges

Source : Tru­th­dig, Chris Hedges

Karl Pop­per, dans « The Open Socie­ty and Its Ene­mies », met en garde contre l’ingénierie uto­pique, les trans­for­ma­tions sociales mas­sives menées par ceux qui croient avoir trou­vé une véri­té révé­lée. Ces ingé­nieurs uto­pistes pro­cèdent à la des­truc­tion mas­sive de sys­tèmes, d’institutions et de struc­tures sociales et cultu­relles dans un vain effort pour réa­li­ser leur vision. Ce fai­sant, ils déman­tèlent les méca­nismes auto­ré­gu­la­teurs des réformes pro­gres­sives et frag­men­taires qui font obs­tacle à cette vision. L’histoire regorge d’utopistes désas­treux – les Jaco­bins, les mar­xistes, les fas­cistes et main­te­nant, à notre époque, les mon­dia­listes ou les impé­ria­listes néolibéraux.

L’idéologie du néo­li­bé­ra­lisme, qui n’a aucun sens éco­no­mique et qui exige une igno­rance déli­bé­rée de l’histoire sociale et éco­no­mique, est la der­nière ité­ra­tion de pro­jets uto­piques. Elle pos­tule que la socié­té humaine atteint son apo­gée lorsque les actions entre­pre­neu­riales indi­vi­duelles sont libé­rées des contraintes gou­ver­ne­men­tales. La socié­té et la culture devraient être dic­tées par la pri­mau­té des droits de pro­prié­té, l’ouverture du com­merce – qui envoie des emplois manu­fac­tu­riers dans des ate­liers clan­des­tins en Chine et dans le Sud et per­met la cir­cu­la­tion de l’argent à tra­vers les fron­tières – et des mar­chés mon­diaux sans entraves. Les mar­chés du tra­vail et des pro­duits devraient être déré­gle­men­tés et libé­rés de la sur­veillance gou­ver­ne­men­tale. Les finan­ciers mon­diaux devraient se voir confier le contrôle des éco­no­mies des États-nations. Le rôle de l’État devrait être réduit à garan­tir la qua­li­té et l’intégrité de l’argent, ain­si que la sécu­ri­té inté­rieure et exté­rieure, et à pri­va­ti­ser le contrôle des terres, de l’eau, des ser­vices publics, de l’éducation et des ser­vices gou­ver­ne­men­taux tels que les ser­vices de ren­sei­gne­ments et sou­vent l’armée, les pri­sons, les soins de san­té et la ges­tion des res­sources natu­relles. Le néo­li­bé­ra­lisme conver­tit le capi­ta­lisme en une idole religieuse.

Cette vision uto­pique du mar­ché, bien sûr, n’a aucun rap­port avec sa réa­li­té. Les capi­ta­listes détestent les mar­chés libres. Ils cherchent à contrô­ler les mar­chés par le biais de fusions et d’acquisitions, en rache­tant la concur­rence. Ils saturent la culture avec de la publi­ci­té pour mani­pu­ler les goûts et la consom­ma­tion du public. Ils se livrent à la fixa­tion des prix. Ils construisent des mono­poles inat­ta­quables. Ils mettent en place, sans contrôle ni sur­veillance, des sys­tèmes de spé­cu­la­tion sau­vage, de pré­da­tion, de fraude et de vol. Ils s’enrichissent par le rachat d’actions, les com­bines à la Pon­zi, la des­truc­tion struc­tu­rée des actifs par l’inflation, le démem­bre­ment des actifs et l’imposition au public d’une dette acca­blante. Aux États-Unis, ils saturent le pro­ces­sus élec­to­ral d’argent, ache­tant l’allégeance des élus des deux par­tis au pou­voir pour légi­fé­rer sur les boy­cotts fis­caux, démo­lir les règle­ments et conso­li­der encore plus leur richesse et leur pouvoir.

Ces capi­ta­listes d’entreprise dépensent des cen­taines de mil­lions de dol­lars pour finan­cer des orga­ni­sa­tions telles que la Busi­ness Round­table et la Chambre de com­merce et des groupes de réflexion comme la Heri­tage Foun­da­tion pour vendre l’idéologie au public. Ils font des dons aux uni­ver­si­tés, à condi­tion que ces der­nières soient fidèles à l’idéologie domi­nante. Ils uti­lisent leur influence et leur richesse, ain­si que leur pro­prié­té des pla­te­formes média­tiques, pour trans­for­mer la presse en leur porte-parole. Et ils font taire les héré­tiques ou leur rendent la tâche dif­fi­cile pour trou­ver un emploi. La flam­bée des valeurs bour­sières, plu­tôt que la pro­duc­tion, devient la nou­velle mesure de l’économie. Tout est finan­cia­ri­sé et marchandisé.

Ces uto­pistes mutilent le tis­su social par la dés­in­dus­tria­li­sa­tion, trans­for­mant des centres de pro­duc­tion autre­fois gigan­tesques en friches, et la classe moyenne et ouvrière, rem­part de toute démo­cra­tie, en un pré­ca­riat frus­tré et enra­gé. Ils tra­vaillent « à l’étranger », pro­cèdent à des licen­cie­ments mas­sifs et font bais­ser les salaires. Ils détruisent les syn­di­cats. Le néo­li­bé­ra­lisme – parce qu’il a tou­jours été un pro­jet de classe et que c’était son but – redis­tri­bue la richesse vers le haut. « Pri­vés de la pro­tec­tion des ins­ti­tu­tions cultu­relles », écrit Karl Pola­nyi dans son livre « La Grande Trans­for­ma­tion », les êtres humains « péris­sent des effets de l’exposition sociale » et meurent comme « vic­times d’une dis­lo­ca­tion sociale aiguë ».

Le néo­li­bé­ra­lisme, en tant que pro­jet de classe, est une brillante réus­site. Huit familles détiennent aujourd’hui autant de richesses que 50% de la popu­la­tion mon­diale. Les 500 per­sonnes les plus riches du monde en 2019 ont aug­men­té leurs avoirs de 12 000 mil­liards de dol­lars, tan­dis que près de la moi­tié des Amé­ri­cains n’avaient pas d’économies et que près de 70 % n’auraient pas pu trou­ver 1 000 dol­lars en cas d’urgence sans s’endetter. David Har­vey appelle cela « l’accumulation par dépos­ses­sion ». Cet assaut néo­li­bé­ral, anta­go­niste de toutes les formes de soli­da­ri­té sociale qui freinent l’accumulation de capi­tal, a fait dis­pa­raître les méca­nismes démo­cra­tiques auto­ré­gu­la­teurs qui ren­daient autre­fois pos­sible une réforme pro­gres­sive et frag­men­taire. Il a trans­for­mé les êtres humains et le monde natu­rel en mar­chan­dises à exploi­ter jusqu’à épui­se­ment ou effon­dre­ment. La dévo­tion ser­vile des élites diri­geantes pour le pro­fit des entre­prises et l’accumulation de richesses par l’oligarchie mon­diale signi­fie qu’elles ne veulent pas ou ne peuvent pas faire face à la plus grande crise exis­ten­tielle à laquelle l’espèce humaine est peut-être confron­tée : l’urgence climatique.

Tous les centres de pou­voir en concur­rence, y com­pris le gou­ver­ne­ment, ont main­te­nant été acca­pa­rés par le pou­voir des entre­prises, et cor­rom­pus ou détruits. Nous avons subi ce que John Ral­ston Saul appelle un coup d’État au ralen­ti. Il est ter­mi­né. Ils ont gagné.

Dans le même temps, ces uto­pistes, qui tentent de pro­je­ter la puis­sance amé­ri­caine et la domi­na­tion mon­diale, ont lan­cé des inva­sions et des occu­pa­tions dans tout le Moyen-Orient qui sont tom­bées dans des bour­biers futiles coû­tant aux États-Unis entre 5000 et 7000 mil­liards de dol­lars. Ce pro­jet uto­pique en Afgha­nis­tan, en Irak, en Libye, en Syrie et, par pro­cu­ra­tion, au Yémen, a tué des cen­taines de mil­liers de per­sonnes, dépla­cé ou fait fuir des mil­lions de per­sonnes, détruit des villes et des nations, créé des États en faillite qui couvent des groupes dji­ha­distes radi­caux et affai­bli fata­le­ment la puis­sance amé­ri­caine. En effet, ces guerres, dont cer­taines sont main­te­nant dans leur 18e année, consti­tuent la plus grande bévue stra­té­gique de l’histoire amé­ri­caine. Les uto­pistes – igno­rant cultu­rel­le­ment, lin­guis­ti­que­ment et his­to­ri­que­ment les pays qu’ils occu­paient – croyaient dans leur naï­ve­té qu’ils pou­vaient implan­ter la démo­cra­tie dans des endroits comme Bag­dad et la voir se pro­pa­ger dans tout le Moyen-Orient. Ils nous ont assu­ré que nous serions accueillis comme des libé­ra­teurs, que les reve­nus du pétrole paie­raient la recons­truc­tion et que l’Iran serait inti­mi­dé et désta­bi­li­sé. Ce n’était pas plus réa­li­sable ni plus ancré dans la réa­li­té que le pro­jet uto­pique de libé­rer le mar­ché et de libé­rer la pros­pé­ri­té et la liber­té dans le monde.

Dès qu’une cabale – monar­chique, com­mu­niste, fas­ciste ou néo­li­bé­rale – s’empare du pou­voir, son déman­tè­le­ment des méca­nismes qui rendent la réforme pos­sible ne laisse à ceux qui recherchent une socié­té ouverte d’autre choix que de faire tom­ber le sys­tème. L’État d’entreprise, comme les régimes com­mu­nistes que j’ai cou­verts en Europe de l’Est, n’est pas réfor­mable de l’intérieur. Les échecs qui nous accablent sont des échecs bipar­tites. Sur toutes les grandes ques­tions struc­tu­relles, y com­pris la guerre et l’économie, il y a peu ou pas de diver­gence entre les deux par­tis poli­tiques au pou­voir aux États-Unis. La concen­tra­tion des richesses et du pou­voir entre les mains d’une élite oli­gar­chique, comme l’avait pré­ve­nu Aris­tote, ne laisse que deux pos­si­bi­li­tés : la tyran­nie ou la révo­lu­tion. Et nous sommes en plein sur la voie de la tyrannie.

L’utopie néo­li­bé­rale, parce qu’elle sup­prime les liber­tés d’organisation, de régu­la­tion et de pro­tec­tion du bien com­mun et qu’elle per­met d’exploiter et de conso­li­der la richesse et le pou­voir, est tou­jours vouée, écrit Pola­nyi, à l’autoritarisme ou au fas­cisme pur et simple. Les bonnes liber­tés sont per­dues. Les mau­vaises rem­portent la victoire.

Le néo­li­bé­ra­lisme a don­né nais­sance à la pire forme de capi­ta­lisme mono­po­liste et au plus haut niveau d’inégalité des reve­nus de l’histoire amé­ri­caine. Les banques et les indus­tries agri­coles, ali­men­taires, de l’armement et des com­mu­ni­ca­tions ont détruit les régle­men­ta­tions qui entra­vaient autre­fois leurs mono­poles, leur per­met­tant de fixer les prix, de blo­quer les salaires, de garan­tir les pro­fits, d’abolir les contrôles envi­ron­ne­men­taux et d’abuser de leurs tra­vailleurs. Ils ont fait dis­pa­raître la concur­rence du mar­ché libre.

Le capi­ta­lisme sans entraves, comme l’a sou­li­gné Karl Marx, détruit le soi-disant mar­ché libre. Il est hos­tile aux valeurs et aux tra­di­tions d’une démo­cra­tie capi­ta­liste. La der­nière étape du capi­ta­lisme, a écrit Marx, est mar­quée par le pillage des sys­tèmes et des struc­tures qui rendent le capi­ta­lisme pos­sible. Ce n’est pas du tout du capi­ta­lisme. L’industrie de l’armement, par exemple, avec son pro­jet de loi offi­ciel d’autorisation de dépenses pour la défense de 612 mil­liards de dol­lars – un chiffre qui ignore de nom­breuses autres dépenses mili­taires cachées dans d’autres bud­gets, mas­quant le fait que nos dépenses réelles pour la sécu­ri­té natio­nale dépassent les mille mil­liards de dol­lars par an – a ame­né le gou­ver­ne­ment à s’engager à dépen­ser 348 mil­liards de dol­lars au cours de la pro­chaine décen­nie pour moder­ni­ser nos armes nucléaires et construire 12 nou­veaux sous-marins nucléaires de classe Ohio, esti­més à 8 mil­liards de dol­lars cha­cun. Nous dépen­sons quelque 100 mil­liards de dol­lars par an pour le ren­sei­gne­ment – la sur­veillance de la presse – et 70 % de cet argent va à des entre­pre­neurs pri­vés comme Booz Allen Hamil­ton, qui tire 99 % de ses reve­nus du gou­ver­ne­ment amé­ri­cain. Nous sommes les plus grands expor­ta­teurs d’armes au monde.

Selon le Fonds moné­taire inter­na­tio­nal, l’industrie des com­bus­tibles fos­siles englou­tit 5300 mil­liards de dol­lars par an dans le monde entier en coûts cachés pour conti­nuer à brû­ler des com­bus­tibles fos­siles. Cet argent, note le FMI, vient s’ajouter aux 492 mil­liards de dol­lars de sub­ven­tions directes offertes par les gou­ver­ne­ments du monde entier par le biais d’amortissements, de dépré­cia­tions et de lacunes dans le droit d’utilisation des terres.

Les sub­ven­tions des contri­buables aux grandes banques – JPMor­gan Chase, Bank of Ame­ri­ca, Citi­group, Wells Far­go et Gold­man Sachs – sont esti­mées à 64 mil­liards de dol­lars par an, un mon­tant à peu près égal à leurs béné­fices annuels habituels.

En 1980, les trains de mar­chan­dises ont été déré­gle­men­tés. Le nombre de che­mins de fer de classe I est pas­sé de 40 à 7. Quatre d’entre eux repré­sentent 90 % des reve­nus du sec­teur. Près d’un tiers de tous les affré­teurs n’ont accès qu’à un seul che­min de fer.

Le Tele­com­mu­ni­ca­tions Act de 1996 du pré­sident Bill Clin­ton a été pré­sen­té comme un moyen d’ouvrir le sec­teur du câble à la concur­rence. Au lieu de cela, il a vu une conso­li­da­tion mas­sive de l’industrie entre les mains d’une demi-dou­­zaine de socié­tés qui contrôlent ce que 90% des Amé­ri­cains regardent ou entendent sur les ondes.

L’industrie aéro­nau­tique, libé­rée de toute régle­men­ta­tion, s’est rapi­de­ment conso­li­dée. Quatre com­pa­gnies aériennes contrôlent 85 % du mar­ché inté­rieur. Elles ont divi­sé le pays en centres régio­naux où elles extorquent des rede­vances, fixent les prix, annulent les vols à volon­té, lais­sant les pas­sa­gers blo­qués sans indem­ni­sa­tion, et four­nissent un ser­vice de mau­vaise qualité.

Les socié­tés phar­ma­ceu­tiques et d’assurance qui gèrent notre indus­trie des soins de san­té à but lucra­tif ont sou­ti­ré 812 mil­liards de dol­lars aux Amé­ri­cains en 2017. Cela repré­sente plus d’un tiers (34,2 %) des dépenses totales pour les visites chez le méde­cin, les hôpi­taux, les soins de longue durée et l’assurance mala­die. Si nous avions un sys­tème de san­té publique, comme au Cana­da, cela nous per­met­trait d’économiser 600 mil­liards de dol­lars en une seule année, selon un rap­port des Méde­cins pour un régime natio­nal de san­té. En 2017, les coûts d’administration de la san­té étaient plus de quatre fois plus éle­vés par habi­tant aux États-Unis qu’au Cana­da (2 479 dol­lars contre 551 dol­lars par per­sonne), note le groupe. Le Cana­da a mis en place un sys­tème à payeur unique « Medi­care for All » en 1962. En 2017, les Amé­ri­cains ont dépen­sé 844 $ par per­sonne pour les frais géné­raux des assu­reurs. Les Cana­diens ont dépen­sé 146 $.

Le néo­li­bé­ra­lisme ne peut être défen­du comme étant plus inno­vant ou plus effi­cace. Il n’a pas répan­du la démo­cra­tie et, en orches­trant des niveaux sans pré­cé­dent d’inégalité des reve­nus et de stag­na­tion poli­tique, il a vomi des déma­gogues et des régimes auto­ri­taires qui pro­mettent men­son­gè­re­ment de se ven­ger des élites diri­geantes qui ont tra­hi le peuple. Notre démo­cra­tie, sou­mise à cet assaut, a été rem­pla­cée par un théâtre poli­tique dénué de sens.

Comme l’ont détaillé les uni­ver­si­taires Ben­ja­min Page et Mar­tin Gilens dans leur étude exhaus­tive de 2017 « Demo­cra­cy in Ame­ri­ca ? » :

« les meilleures preuves indiquent que les sou­haits des Amé­ri­cains ordi­naires n’ont que peu ou pas d’impact sur l’élaboration de la poli­tique du gou­ver­ne­ment fédé­ral. Les par­ti­cu­liers for­tu­nés et les groupes d’intérêt orga­ni­sés, en par­ti­cu­lier les socié­tés com­mer­ciales, ont … beau­coup plus de poids poli­tique. … [L]e grand public [est] … pra­ti­que­ment impuis­sant. … La volon­té des majo­ri­tés est … contre­car­rée par les riches et les per­sonnes bien orga­ni­sées, qui bloquent les pro­po­si­tions poli­tiques popu­laires et s’accordent des pri­vi­lèges par­ti­cu­liers. … La majo­ri­té des Amé­ri­cains sont favo­rables à des poli­tiques spé­ci­fiques conçues pour faire face à des pro­blèmes tels que le chan­ge­ment cli­ma­tique, la vio­lence armée, un sys­tème d’immigration inte­nable, des écoles publiques inadap­tées et des ponts et des auto­routes en ruine. … De larges majo­ri­tés d’Américains sont favo­rables à divers pro­grammes visant à four­nir des emplois, à aug­men­ter les salaires, à aider les chô­meurs, à four­nir une assu­rance médi­cale uni­ver­selle, à assu­rer des pen­sions de retraite décentes et à payer ces pro­grammes avec des impôts pro­gres­sifs. La plu­part des Amé­ri­cains veulent éga­le­ment sup­pri­mer les « la pro­tec­tion sociale gérée par les entre­prises ». Pour­tant, ce sont sur­tout les riches, les groupes d’entreprises et les blo­cages struc­tu­rels qui ont empê­ché ces nou­velles politiques. … »

Il ne devrait pas y avoir de débat sur la manière d’apporter des chan­ge­ments. Une réforme frag­men­taire et pro­gres­sive est tou­jours pré­fé­rable à l’anarchie inévi­table que crée tout vide de pou­voir. Le pro­blème est que nos ingé­nieurs uto­pistes, dans leur déman­tè­le­ment ver­ti­gi­neux d’un sys­tème éco­no­mique et démo­cra­tique, ain­si que dans l’épuisement des res­sources de l’État dans les guerres qu’il mène à l’étranger, ont dyna­mi­té les outils qui pour­raient nous sau­ver. Ils ne nous ont lais­sé d’autre choix que de nous révol­ter et de les chas­ser du pouvoir.

Nous mène­rons des actions sou­te­nues de déso­béis­sance civile pour faire tom­ber ces oli­garques cor­po­ra­tifs ou bien nous vivrons dans une tyran­nie orwel­lienne, au moins jusqu’à ce que l’urgence cli­ma­tique fasse dis­pa­raître l’espèce humaine. Les règle­ments, les lois, la pla­ni­fi­ca­tion et le contrôle ne sont pas les enne­mis de la liber­té. Ils empêchent les capi­ta­listes de détruire la liber­té, de nier la jus­tice et d’abolir le bien com­mun. La liber­té de la classe capi­ta­liste d’exploiter les êtres humains et le milieu natu­rel sans res­tric­tion trans­forme la liber­té du plus grand nombre en liber­té du plus petit nombre. Cela a tou­jours été ainsi.

Chris Hedges.

Source : Tru­th­dig, Chris Hedges

Tra­duit par les lec­teurs du site www​.les​-crises​.fr. Tra­duc­tion libre­ment repro­duc­tible en inté­gra­li­té, en citant la source.
https://​www​.les​-crises​.fr/​le-desastre-de-l-inge­­nie­­rie-de-l-uto­­pie-par-chris-hed­­ges/

POURQUOI UN MOUVEMENT CONSTITUANT POPULAIRE PERMANENT (MCP) ?

Source : http://​mou​ve​ment​-consti​tuant​-popu​laire​.fr/​2​0​2​0​/​a​n​n​o​n​c​e​s​/​p​o​u​r​q​u​o​i​–​l​e​–​m​c​p​–​e​t​i​e​n​n​e​–​c​h​o​u​a​rd/

Tous les êtres humains espèrent un monde meilleur.
Tous ont une opi­nion sur « ce qu’il fau­drait faire ».
Tous savent bien les lois qu’il fau­drait voter — et celles qu’il fau­drait abroger.
Tous rêvent de révo­quer des poli­ti­ciens qu’ils estiment (très) mau­vais pour la collectivité.

Tous aime­raient par­ti­ci­per aux déci­sions com­munes, mais tous se contentent de dis­cu­ter sans jamais rien chan­ger puisqu’aucun pou­voir de déci­der ne leur est jamais accordé.

Les hommes qui se contentent de par­ler sans rien chan­ger ne doivent pas se plaindre que tout va de plus en plus mal : d’une cer­taine manière, ceux qui acceptent leur ser­vi­tude la méritent.

Alors, pour aller vers un monde meilleur, qu’est-ce qu’on peut faire ?

Nous devrions ces­ser de par­ler de sujets légis­la­tifs (« quelles lois fau­­drait-il voter ? »), et nous devrions plu­tôt concen­trer notre atten­tion et nos dis­cus­sions sur les sujets consti­tuants (« com­ment devrait-on voter les lois ? »).

Les sujets légis­la­tifs nous divisent — pour rien, abso­lu­ment pour rien puisque ce n’est pas nous qui déci­dons, de toutes façons —, alors que les sujets consti­tuants nous ras­semblent en nous fai­sant per­ce­voir notre cause com­mune, prio­ri­taire : ins­ti­tuer nous-mêmes les règles de notre repré­sen­ta­tion, les moda­li­tés de notre pou­voir populaire.

Les sujets légis­la­tifs sont dépri­mants (parce que nous sen­tons bien que nous bavar­dons en vain, comme desenfants poli­tiques), alors que les sujets consti­tuants sont enthou­sias­mants (parce que nous sen­tons bien que cette façon de faire de la poli­tique, en adulte, est capable, un jour, de tout changer).

Les « élus » ne sont grands que parce que nous sommes à genoux, nous qui ado­rons l’élection comme une vache sacrée alors que l’élection est LA pro­cé­dure de notre dépos­ses­sion poli­tique : quand j’élis, je renonce à voter ; quand j’accepte qu’un autre décide tout à ma place (selon les règles que lui et ceux de sa caste ont écrites eux-mêmes), j’abdique toute sou­ve­rai­ne­té. Pen­ser les sujets consti­tuants revient à me rele­ver, deve­nir adulte, pen­ser en souverain.

Quelle est la cause de notre impuis­sance politique ?
Qui a écrit l’affreux texte (la consti­tu­tion) où est pro­gram­mée l’infantilisation des citoyens ?

Si rigou­reu­se­ment aucun pou­voir — ni celui de déci­der, ni même celui de contrô­ler — n’est accor­dé au simple citoyen, tou­jours et par­tout, c’est parce qu’aucun simple citoyen n’a jamais été invi­té — ou ne s’est impo­sé — dans le pro­ces­sus consti­tuant (ce moment où l’on écrit qui a le pou­voir de déci­der pour la socié­té et sous quels contrôles). Actuel­le­ment, depuis envi­ron 200 ans qu’existe ce qu’on appelle (trom­peu­se­ment) le « gou­ver­ne­ment repré­sen­ta­tif », ce sont les poli­ti­ciens qui, en s’imposant dans « l’Assemblée consti­tuante », sans que per­sonne ne se mette en tra­vers de leur che­min, se sont arro­gé le droit d’écrire leur propre contrat de tra­vail (la consti­tu­tion), et le résul­tat (qui était bien pré­vi­sible) est que, tou­jours et par­tout, les repré­sen­tants ont ain­si ins­ti­tué leur propre puis­sance et l’impuissance des repré­sen­tés : ils ont fait des citoyens des inca­pables politiques.

Logi­que­ment, donc, plu­tôt que de dis­cu­tailler inuti­le­ment sur les lois que nous ne vote­rons jamais, nous devrions apprendre à ins­ti­tuer notre propre puis­sance poli­tique, celle qui nous manque pour chan­ger le monde (en bien).

D’où les ate­liers consti­tuants popu­laires que j’anime depuis 2005 par­tout en France et dans les pays fran­co­phones. Une idée neuve gran­dit, grâce à de nom­breux col­lec­tifs qui se mul­ti­plient depuis quinze ans et qui défendent tous cette thèse, à leur façon :
– ce n’est pas aux hommes au pou­voir d’écrire les règles du pouvoir,
– c’est aux repré­sen­tés d’écrire et d’améliorer (en per­ma­nence) les règles de leur propre représentation,
– et les repré­sen­tants doivent être soi­gneu­se­ment tenus à l’écart de l’écriture des ins­ti­tu­tions (au lieu d’en avoir scan­da­leu­se­ment le monopole…).

Alors, pour­quoi un nou­veau Mou­ve­ment Consti­tuant Popu­laire, MCP ?

Pour mon­trer l’unité fon­da­men­tale de tous ces col­lec­tifs : seuls les citoyens sont légi­times à se consti­tuer en peuple.
Pour don­ner du cou­rage à ceux dont le moral faiblit.
Pour don­ner de l’ampleur géo­gra­phique — et plus d’harmonie — à nos actions.
Pour nous ins­pi­rer les uns les autres avec nos initiatives.
Pour mettre en pra­tique l’idée que l’union fait la force.
Pour inciter/conduire les (nom­breux) par­ti­sans de cette idée à deve­nir (tous) actifs.
Pour res­ter concen­trés sur l’essentiel, et reca­drer (fra­ter­nel­le­ment) ceux qui dérivent vers des sujets légis­la­tifs ou des objec­tifs politiciens.
Pour défendre l’idée déri­vée cen­trale que c’est la pro­cé­dure du RIC consti­tuant qui semble devoir être LA moda­li­té simple et déci­sive qui peut être défen­due par des mil­lions d’électeurs pour s’émanciper de leurs maîtres « élus ».

Quand les jeunes gens qui ont eu l’idée de ce MCP m’ont deman­dé si je vou­lais bien les aider, il ne m’a pas fal­lu long­temps pour y recon­naître une belle plante qui vient des mil­liers de graines que je sème depuis 2005, et j’ai évi­dem­ment déci­dé de les aider autant que je le peux.

À condi­tion tou­te­fois que l’objectif reste un pro­ces­sus consti­tuant popu­laire. Ce point, à mon sens, n’est pas négo­ciable, et le risque est grand de le perdre en route : si le mou­ve­ment se met­tait à défendre « un pro­ces­sus consti­tuant » (qu’il soit popu­laire ou pas), je m’en écar­te­rais aus­si­tôt car l’essentiel de l’essentiel, ce qui va tout chan­ger sur terre, la condi­tion sine qua non de la grande évo­lu­tion qui vient, c’est que ce soit les repré­sen­tés qui pensent et déter­minent les règles de leur repré­sen­ta­tion et sur­tout pas les représentants.

Si on accep­tait l’idée qu’une Assem­blée consti­tuante soit élue, on pour­rait dire qu’on recom­mence à perdre son temps et que le mou­ve­ment est per­du : en effet, la plu­part des for­ma­tions consti­tuantes du monde ont tou­jours été élues, et toutes leurs « consti­tu­tions » ont tou­jours été votées par réfé­ren­dum ; et pour­tant, cha­cun peut consta­ter que toutes ces assem­blées élues ont ins­ti­tué une redou­table impuis­sance popu­laire, mal­gré le réfé­ren­dum. Donc, ce n’est pas une Assem­blée consti­tuante élue, ni un réfé­ren­dum, qui pour­ra chan­ger les choses, pas du tout.

Ce qui compte, ce n’est pas qui vote la consti­tu­tion : ce qui compte, c’est qui écrit d’abord et qui contrôle ensuite la consti­tu­tion.

Ce qui doit chan­ger, ce sont les rédac­teurs de la consti­tu­tion, qui doivent être les citoyens eux-mêmes.

Par ailleurs, au moment de voter par réfé­ren­dum leur pro­po­si­tion de consti­tu­tion, l’ensemble des citoyens doit pou­voir voter (déci­der) article par article (ou groupe d’articles par groupe d’articles), et pas du tout voter toute la consti­tu­tion en bloc « à prendre ou à lais­ser ».

Ce qui doit chan­ger, c’est la pos­si­bi­li­té offerte en per­ma­nence aux simples citoyens de révi­ser leur consti­tu­tion, parce que c’est la leur.

Dans l’ambiance actuelle de tyran­nie qui vient, où les gou­ver­ne­ments du monde entier s’autonomisent, s’affranchissent de tout contrôle et s’en prennent bru­ta­le­ment à nos liber­tés fon­da­men­tales sous le pré­texte de notre sécu­ri­té (ce qu’ont tou­jours fait tous les tyrans et tous les chefs de gangs mafieux), j’espère que le MCP, ce mou­ve­ment démo­cra­tique d’inspiration confé­dé­rale — unir des groupes en res­pec­tant leur sou­ve­rai­ne­té et leur liber­té —, réus­si­ra à ren­for­cer et à sti­mu­ler les dif­fé­rents col­lec­tifs qui le composent.

Je ferai ce que je peux pour les aider.

Bon cou­rage à tous.

Étienne.
11 sep­tembre 2020.
https://​old​.chouard​.org/​E​u​r​o​pe/
https://​www​.chouard​.org/

Le tout nou­veau site du MCP :

http://​mou​ve​ment​-consti​tuant​-popu​laire​.fr/

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :

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Comment fonctionnerait une vraie démocratie ?

Une démo­cra­tie digne de ce nom, ça s’institue.

Et jamais des élus ne le feront. Jamais. À cause du conflit d’intérêts.

Ce n’est pas aux hommes au pou­voir d’é­crire les règles du pouvoir.

Seuls les citoyens eux-mêmes sont légi­times et aptes à écrire une vraie constitution.

Quand les poli­ti­ciens modi­fient la consti­tu­tion, c’est un crime : ils volent la sou­ve­rai­ne­té qui ne leur appar­tient pas.

#Grè­ve­Gé­né­ra­le­CONS­TI­TUANTE

FRANCE : Les Gilets Jaunes défilent le 5 septembre pour demander la destitution d’Emmanuel Macron (source : Afrique Éducation)

Gj
https://​www​.afri​quee​du​ca​tion​.com/​p​o​l​i​t​i​q​u​e​/​f​r​a​n​c​e​_​l​e​s​_​g​i​l​e​t​s​_​j​a​u​n​e​s​_​d​_​f​i​l​e​n​t​_​l​e​_​5​_​s​e​p​t​e​m​b​r​e​_​p​o​u​r​_​d​e​m​a​n​d​e​r​_​l​a​_​d​e​s​t​i​t​u​t​i​o​n​_​d​_​e​m​m​a​n​uel

« Après avoir ébran­lé le pou­voir d’Em­ma­nuel Macron en 2018, les Gilets Jaunes reviennent en force. Ils s’an­noncent en pleine ren­trée per­tur­bée par le regain du coro­na­vi­rus par une pre­mière mani­fes­ta­tion, qui leur don­ne­ra l’oc­ca­sion de deman­der ni plus ni moins la démis­sion d’Em­ma­nuel Macron.

Une série de ras­sem­ble­ments et cor­tèges, se dérou­le­ront le same­di, 5 sep­tembre 2020, à par­tir de 14 h, depuis la Mai­son de la Radio en pas­sant par TF1, C8, France 24, Altice Media et se ter­mi­ne­ront devant le siège de France Télé­vi­sions, espla­nade Hen­ri de France à Paris, afin de por­ter les reven­di­ca­tions suivantes :

1) Exi­ger que Macron soit des­ti­tué en rai­son d’un cer­tain nombre de crimes que les Gilets Jaunes vont expli­quer aux Fran­çais. Notam­ment, s’agissant de l’affaire Alstom qui relève de l’article 411–3 du Code Pénal, ain­si que, des frappes mili­taires qu’il a ordon­nées sur le ter­ri­toire syrien en avril 2018, qua­li­fiées de crime d’agression par l’article 8 bis des Sta­tuts de Rome sur la CPI.

2) Exi­ger que le Réfé­ren­dum d’Initiative Citoyenne à voca­tion légis­la­tive et révo­ca­toire, soit intro­duit dans la Consti­tu­tion afin d’assurer un contre-pou­­voir démo­cra­tique réel pour le peuple, que ce soit pour voter des lois ou mieux contrô­ler la repré­sen­ta­tion politique.

3) Dénon­cer tous les régimes de sujé­tion éco­no­miques que subit la France, que ce soit par son rat­ta­che­ment illé­gi­time à l’UE et l’euro, mais aus­si, l’ingérence claire d’intérêts finan­ciers et indus­triels dans les poli­tiques publiques de la France dont Emma­nuel Macron n’est à ce titre qu’un vul­gaire char­gé de mission.

4) Exi­ger une remise en cause majeure du trai­te­ment de l’information poli­tique par les grands médias (sous enten­du ils sont cor­rom­pus par des pou­voirs d’argent).  » Nous consi­dé­rons que la cen­sure de cer­taines per­son­na­li­tés ou opi­nions poli­tiques et la pro­pa­gande (comme celle que nous subis­sons à pro­pos du Covid-19) pour ser­vir les inté­rêts poli­tiques ou finan­ciers d’un petit nombre de per­sonnes, n’est pas admis­sible dans un pays qui se dit démo­cra­tique », expliquent les Gilets Jaunes.

Et d’a­jou­ter : « Nous savons que les jour­na­listes sont plei­ne­ment conscients que les Fran­çais ne font plus confiance en leur indé­pen­dance et leur objec­ti­vi­té dans leur tra­vail, et qu’une grande par­tie d’entre-vous sou­haite enrayer cette crise de confiance. A ce titre, nous pen­sons que le pre­mier pas consiste à nous ren­con­trer et dis­cu­ter pour savoir quelles sont nos attentes et quelles sont les dif­fi­cul­tés que vous ren­con­trez pour amé­lio­rer le trai­te­ment de l’information en France ».

Le ton est don­né. Les Gilets Jaunes sont de retour. Pour deman­der la des­ti­tu­tion du pré­sident de la Répu­blique. Ce retour conju­gué à la catas­tro­phique situa­tion éco­no­mique pro­vo­quée par le coro­na­vi­rus, qui, par ailleurs, reprend de l’am­pleur, est de nature à don­ner de grosses insom­nies au loca­taire de l’Elysée. »

Source : Afrique Édu­ca­tion, 28 août 2020.

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
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[La tyrannie qui vient, sous prétexte sanitaire] Big Brother is masking you

Sur l’i­nef­fi­ca­ci­té des masques, prou­vée par de nom­breux scien­ti­fiques, signa­lés ici par le très offi­ciel CDC (aux USA : Cen­ter for Disease Control and Protection) :

• Mesures non pharmaceutiques pour la grippe pandémique dans les milieux non sanitaires – Mesures de protection individuelle et environnementales

https://wwwnc.cdc.gov/eid/article/26/5/19–0994_article

Abs­tract : Il y a eu 3 pan­dé­mies de grippe au 20e siècle, et il y en a eu une jus­qu’à pré­sent au 21e siècle. Les auto­ri­tés sani­taires locales, natio­nales et inter­na­tio­nales mettent régu­liè­re­ment à jour leurs plans pour atté­nuer la pro­chaine pan­dé­mie de grippe à la lumière des der­nières don­nées dis­po­nibles sur l’ef­fi­ca­ci­té des diverses mesures de contrôle pour réduire la trans­mis­sion. Ici, nous pas­sons en revue la base de preuves sur l’ef­fi­ca­ci­té des mesures de pro­tec­tion indi­vi­duelle non phar­ma­ceu­tiques et des mesures d’hy­giène envi­ron­ne­men­tale dans les milieux non sani­taires et dis­cu­tons de leur inclu­sion poten­tielle dans les plans de pan­dé­mie. Bien que les études méca­nistes sou­tiennent l’ef­fet poten­tiel de l’hy­giène des mains ou des masques faciaux, les preuves de 14 essais contrô­lés ran­do­mi­sés de ces mesures n’ont pas mon­tré un effet sub­stan­tiel sur la trans­mis­sion de la grippe confir­mée en labo­ra­toire. Nous avons éga­le­ment trou­vé des preuves limi­tées sur l’ef­fi­ca­ci­té de l’a­mé­lio­ra­tion de l’hy­giène et du net­toyage envi­ron­ne­men­tal. Nous avons iden­ti­fié plu­sieurs lacunes majeures dans les connais­sances, impo­sant des recherches plus appro­fon­dies, et plus fon­da­men­ta­le­ment une meilleure carac­té­ri­sa­tion des modes de trans­mis­sion de per­sonne à personne.

Lire la suite…

• Covid19 : « La mascarade a assez duré, comment la combattre ? » par le Docteur Nicole Delépine

https://​putsch​.media/​2​0​2​0​0​8​2​0​/​t​r​i​b​u​n​e​s​/​l​a​–​c​u​l​t​u​r​e​–​d​u​–​d​e​b​a​t​/​c​o​v​i​d​1​9​–​l​a​–​m​a​s​c​a​r​a​d​e​–​a​–​a​s​s​e​z​–​d​u​r​e​–​c​o​m​m​e​n​t​–​l​a​–​c​o​m​b​a​t​t​r​e​–​p​a​r​–​l​e​–​d​o​c​t​e​u​r​–​n​i​c​o​l​e​–​d​e​l​e​p​i​ne/

• Même David Pujadas est agacé en voyant « les cartes du Covid »…

https://​you​tu​.be/​O​l​C​O​1​U​G​C​qgM

• J.-F. Toussaint : « Il n’y a pas d’argument scientifique qui recommande le port du masque partout »

#Tout­Pou­voir­Va­Jus­quÀ­Ce­Quil­Ren­con­treU­ne­Li­mite

#Quand­Les­Ci­toyens­Von­tIl­sEn­fin­Se­Dé­ci­derÀ­Ré­flé­chi­rEux­Mê­me­sAux­Né­ces­sai­res­Li­mi­tes­De­Leurs­Re­pré­sen­tants

MÊME SIEYES LE DIT (en 1789) : « AUCUNE SORTE DE POUVOIR DÉLÉGUÉ NE PEUT RIEN CHANGER AUX CONDITIONS DE SA DÉLÉGATION »

« Ce n’est pas aux hommes au pou­voir d’é­crire les règles du pouvoir ».

Sieyes lui-même (l’o­dieux qui a ensuite impo­sé l’i­dée que « dans un pays qui n’est pas une démo­cra­tie, — et la France ne sau­rait l’être —, le peuple ne peut par­ler ne peut agir que par ses repré­sen­tants »…) Sieyes lui-même cla­mait aus­si (tel­le­ment c’est évident) que seuls les repré­sen­tés peuvent fixer les règles de leur repré­sen­ta­tion, et au grand jamais les représentants !

« Mais qu’on nous dise d’après quelles vues, d’après quel inté­rêt on aurait pu don­ner une consti­tu­tion à la nation elle-même. La nation existe avant tout, elle est l’origine de tout. Sa volon­té est tou­jours légale, elle est la loi elle-même. Avant elle et au-des­­sus d’elle il n’y a que le droit natu­rel. Si nous vou­lons nous for­mer une idée juste de la suite des lois posi­tives qui ne peuvent éma­ner que de sa volon­té, nous voyons en pre­mière ligne les lois consti­tu­tion­nelles, qui se divisent en deux par­ties : les unes règlent l’organisation et les fonc­tions du corps légis­la­tif : les autres déter­minent l’organisation et les fonc­tions des dif­fé­rents corps actifs. Ces lois sont dites fon­da­men­tales, non pas en ce sens qu’elles puissent deve­nir indé­pen­dantes de la volon­té natio­nale, mais parce que les corps qui existent et agissent par elles ne peuvent point y tou­cher. Dans chaque par­tie, la consti­tu­tion n’est pas l’ouvrage du pou­voir consti­tué, mais du pou­voir consti­tuant. Aucune sorte de pou­voir délé­gué ne peut rien chan­ger aux condi­tions de sa délé­ga­tion. » (Sieyes, « Qu’est-ce que le Tiers état ? » (1789))

https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​8​5​5​0​2​3​7​6​5​2​317

Bon cou­rage pour vos ate­liers consti­tuants quo­ti­diens 🙂 avec vos voi­sins, vos cou­sins, vos copains, vos frangins…

Étienne.

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet : 

https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​8​5​5​0​2​3​7​6​5​2​317

Le texte inté­gral du pam­phlet de Sieyes : Qu’est-ce que le Tiers état ? 

Sieyes_­­Qu_est-ce_que_le_­­tiers_etat_1789

[Corruption de l’action publique en matière de santé] Cancer : l’art de ne pas regarder une épidémie, par Celia Izoard

Source : Ter­restre (1er juillet 2020), http://​www​.ter​restres​.org/​2​0​2​0​/​0​7​/​0​1​/​c​a​n​c​e​r​–​l​a​r​t​–​d​e​–​n​e​–​p​a​s​–​r​e​g​a​r​d​e​r​–​u​n​e​–​e​p​i​d​e​m​ie/

Com­ment se fait-il que, dans une socié­té fon­dée sur le trai­te­ment de l’information et la col­lecte de don­nées, il soit si dif­fi­cile d’ex­pli­quer la mul­ti­pli­ca­tion effré­née de cer­tains can­cers ? Célia Izoard en appelle à une refonte des méthodes épi­dé­mio­lo­giques pour enfin recon­naître l’im­pact de la pol­lu­tion sur la santé.

Article publié dans la revue Z
Numéro 13, Fumées noires et gilets jaunes
(en vente actuellement en librairie)

 

Voi­là un fait éton­nant : on ne sait pas com­bien de can­cers sur­viennent en France chaque année. Ce chiffre n’existe pas, il n’a pas été pro­duit. On ne sait pas exac­te­ment com­bien de can­cers sur­viennent, on ne sait pas où ils sur­viennent. Quand San­té publique France, l’agence de veille sani­taire, annonce, par exemple, 346 000 cas de can­cers pour l’année 2015, il s’agit d’une esti­ma­tion réa­li­sée à par­tir des registres des can­cers, qui couvrent entre 19 et 22 dépar­te­ments selon le can­cer étu­dié, soit 22 % de la popu­la­tion. « Cette métho­do­lo­gie, pré­cise le der­nier bilan publié en 2019, repose sur l’hypothèse que la zone géo­gra­phique consti­tuée par les registres est repré­sen­ta­tive de la France métro­po­li­taine en termes d’incidence des can­cers1. »

Pour­tant, le Tarn, l’Hérault ou le Finis­tère, cou­verts par des registres, sont des dépar­te­ments rela­ti­ve­ment épar­gnés par l’urbanisation et l’industrie. En revanche, les can­cers dans cer­taines des prin­ci­pales métro­poles du pays, comme Paris, Mar­seille et Tou­louse, ne sont pas décomp­tés. Et comme le montre une enquête de Viviane Thivent pour Le Monde, les dépar­te­ments les plus concer­nés par les sites Seve­so ne sont pas non plus cou­verts par les registres : la Moselle (43 sites « Seve­so seuil haut »), la Seine-Mari­­time (47), les Bouches-du-Rhône (44) 2. Un com­plot ? Non. La simple démons­tra­tion du fait que connaître l’impact des pol­lu­tions urbaines et indus­trielles n’a pas figu­ré jusqu’ici au pre­mier rang des pré­oc­cu­pa­tions des épidémiologistes.

« His­to­ri­que­ment, la mise en place des registres des can­cers cor­res­pond à des ini­tia­tives locales iso­lées », jus­ti­fie le pro­fes­seur Gau­tier Defos­sez, res­pon­sable du registre des can­cers du Poi­­tou-Cha­­rentes. « Elles ont ensuite été coor­don­nées par un comi­té natio­nal des registres. La sur­veillance des zones indus­trielles et urba­ni­sées est d’intérêt, seule­ment nous n’en avons pas les moyens. » Ques­tion naïve : étant don­né que la qua­­si-tota­­li­­té des soins liés aux can­cers est prise en charge par l’Assurance-maladie, pour­quoi n’est-il pas pos­sible de tra­vailler à par­tir de ses chiffres ? « Cela néces­si­te­rait de chan­ger la métho­do­lo­gie, car les registres dif­fé­ren­cient plus fine­ment les types de can­cer que les bases de don­nées de l’Assurance-maladie. Sur­tout, ce sont des don­nées sen­sibles aux­quelles nous n’avons pas accès », déplore Gau­tier Defos­sez. Des obs­tacles qui laissent son­geur, dans une socié­té de l’information où l’on donne sa date de nais­sance et son adresse per­son­nelle quand on s’achète une boîte de Doli­prane en phar­ma­cie, où le moindre clic est enre­gis­tré dans des bases de don­nées, absor­bé dans des sta­tis­tiques et mou­li­né par des algo­rithmes, où toutes les conver­sa­tions télé­pho­niques peuvent être loca­li­sées et enre­gis­trées à des fins de sur­veillance policière.

Dans un tel monde, il ne serait pas absurde de sup­po­ser l’existence d’une cel­lule de veille sani­taire dotée des moyens de car­to­gra­phier presque en temps réel les cas de can­cers recen­sés au moyen des fichiers des hôpi­taux, voire même signa­lés par un numé­ro vert. Si un taux anor­mal de telle ou telle tumeur appa­rais­sait dans un lieu don­né, par exemple – à tout hasard – autour d’une usine d’engrais ou d’une cen­trale nucléaire, une zone de la carte se met­trait à cli­gno­ter… Visi­ble­ment, un tel dis­po­si­tif pour­rait inté­res­ser du monde. Entre 2010 et 2015, San­té publique France a reçu une cin­quan­taine de signa­le­ment de taux de can­cers anor­maux dans des zones indus­trielles ou agri­coles, comme dans l’Aube, près de Sou­­laines-Dhuys, où l’on observe une véri­table épi­dé­mie de can­cers du pou­mon, du pan­créas et de leu­cé­mies à proxi­mi­té d’un centre de sto­ckage de déchets nucléaires 3

Sur­tout, les esti­ma­tions des taux de can­cer dont on dis­pose devraient nous inci­ter d’urgence à nous inté­res­ser à l’impact de notre envi­ron­ne­ment dégra­dé. Selon San­té publique France, entre 1990 et 2018, donc en près de trente ans, l’incidence – le nombre de nou­veaux cas de can­cers sur une année – a aug­men­té de 65 % chez l’homme et de 93 % chez la femme. Est-ce uni­que­ment parce que la popu­la­tion aug­mente et vieillit, comme on l’entend sou­vent ? Non ! Pour 6 % chez l’homme et pour 45 % chez la femme, cette ten­dance n’est pas attri­buable à la démo­gra­phie 4. Cer­tains can­cers sont en recul, comme le can­cer de l’estomac, grâce au trai­te­ment de la bac­té­rie Heli­co­bac­ter pylo­ri et, en gros, à la géné­ra­li­sa­tion des fri­gos 5, de même que les can­cers du larynx, du pha­rynx, de la lèvre et de la bouche, en grande par­tie grâce aux cam­pagnes de lutte contre l’alcoolisme et le taba­gisme. En revanche, les can­cers de l’intestin, du pou­mon, du pan­créas aug­mentent chaque année en moyenne de 2 à 5 % depuis trente ans. Chez les hommes, les can­cers de la pros­tate et des tes­ti­cules aug­mentent de plus de 2 % par an. Chez les femmes, les can­cers du foie, de l’anus et du pan­créas ont bon­di de plus de 3 % par an en moyenne depuis 1990. Pour les deux sexes, les can­cers de la thy­roïde ont aug­men­té de 4,4 % par an. Petite pré­ci­sion : 4,4 % par an, c’est beau­coup, puisque cela repré­sente une hausse de 234 % en 28 ans.

POURQUOI LE CANCER DU SEIN A‑T‑IL PROGRESSÉ DE 99 % EN VINGT-TROIS ANS ?

Com­ment expli­quer des pro­gres­sions aus­si spec­ta­cu­laires ? Dans un petit livre péda­go­gique, le toxi­co­logue André Cico­lel­la s’est employé à éclair­cir la ques­tion en s’arrêtant sur le can­cer du sein, dont une Fran­çaise sur huit sera atteinte au cours de sa vie 6. Entre 1990 et 2013, son inci­dence dans le monde a pro­gres­sé de 99 %, dont 38 % seule­ment en rai­son du vieillis­se­ment de la popu­la­tion. Cette hausse serait-elle un simple effet du dépis­tage, lié au fait qu’on détecte mieux les tumeurs ? En France, le dépis­tage géné­ra­li­sé n’a com­men­cé qu’en 2004, alors que la mala­die pro­gresse depuis 1950. Par ailleurs, les pays où le dépis­tage est sys­té­ma­tique (comme la Suède) ne sont pas ceux où l’incidence est la plus haute. Il s’agit donc d’une véri­table épi­dé­mie, au sens ori­gi­nel d’epi-dêmos, une mala­die qui « cir­cule dans la popu­la­tion », quoique non conta­gieuse, et même d’une pan­dé­mie, puisqu’elle s’étend au monde entier. Si l’on s’en tient aux chiffres pro­duits par les États, le pays le plus tou­ché serait la Bel­gique, avec 111,9 cas pour 100 000 femmes par an (contre 89,7 pour la France). Uti­li­sant des taux qui prennent en compte les dis­pa­ri­tés démo­gra­phiques comme celle du vieillis­se­ment, Cico­lel­la com­pare métho­di­que­ment cette situa­tion avec celle du Bhou­tan, un pays de taille com­pa­rable, dont le sys­tème de san­té est gra­tuit et fiable. L’incidence du can­cer du sein y est la plus faible au monde : 4,6 cas pour 100 000 femmes.

Des dif­fé­rences géné­tiques entre popu­la­tions peuvent-elles expli­quer de telles dis­pa­ri­tés ? Non, nous dit le toxi­co­logue. Plu­sieurs études montrent que « les femmes qui migrent d’un pays à l’autre adoptent rapi­de­ment le même taux que celui de leurs nou­velles conci­toyennes ». En une géné­ra­tion, le taux de can­cer du sein des migrantes sud-coréennes aux États-Unis a dou­blé, de même que celui des migrantes ira­niennes au Cana­da rat­trape celui des Cana­diennes, etc.

Bien plu­tôt, conclut Cico­lel­la, le Bhou­tan se dis­tingue de la Bel­gique en ce que ce der­nier, jamais colo­ni­sé, n’a pas connu de « révo­lu­tion indus­trielle, pas de révo­lu­tion verte à base de pes­ti­cides non plus, pas de pol­lu­tion urbaine » et a gar­dé long­temps un mode de vie tra­di­tion­nel. Le can­cer du sein, pour l’immense majo­ri­té des cas, est donc le fruit d’un sys­tème indus­triel. Causes envi­ron­ne­men­tales sus­pec­tées ou avé­rées : les trai­te­ments hor­mo­naux (pilule y com­prise), les champs élec­tro­ma­gné­tiques, la radio­ac­ti­vi­té, les per­tur­ba­teurs endo­cri­niens (pes­ti­cides, addi­tifs, dioxines, bis­phé­nol, tabac, etc.) et d’autres pro­duits issus de la chi­mie (ben­zène, PVC, sol­vants, etc.).

 

LES « MAUVAISES HABITUDES DE VIE »

Vous avez trois minutes devant vous ? Le can­cer vous pré­oc­cupe ? Alors ren­­dez-vous sur le site Inter­net de l’Institut natio­nal du can­cer (Inca) pour faire le quiz « Pré­ven­tion can­cers : 3 minutes pour faire le point ». Bilan per­son­nel : en cli­quant sur les pas­tilles rouges assor­ties d’un point d’exclamation, j’apprends que ma consom­ma­tion d’alcool, asso­ciée à une faible acti­vi­té phy­sique, m’expose à un sur-risque de can­cer du sein. Pour ne pas me décou­ra­ger, l’Inca annonce en gros titre que « 41 % des can­cers peuvent être pré­ve­nus en chan­geant son mode de vie : En 2015, en France, 142 000 nou­veaux cas de can­cer seraient attri­buables à des fac­teurs de risque modi­fiables 7. L’Institut publie l’essentiel des faits et chiffres des can­cers en France, Ins­ti­tut natio­nal du can­cer, 4 février 2019 (e‑cancer.fr). » L’importance res­pec­tive de ces « fac­teurs de risque modi­fiables » est illus­trée par un joli dia­gramme éche­lon­nant divers fac­teurs de risque au pre­mier rang des­quels figurent le tabac (19,8 %), l’alcool (8 %) et la qua­li­té de l’alimentation (consom­ma­tion ou non de viande rouge, fruits, fibres, etc. – 5,4 %). Tout en bas du dia­gramme figurent les « sub­stances chi­miques de l’environnement », qui ne seraient res­pon­sables que de 0,1 % des can­cers. Pour par­ache­ver ce qui a tout l’air d’une démons­tra­tion, suit un autre gros titre : « Croyance : plus de can­cers attri­bués à la pol­lu­tion qu’à l’alcool ». Cette dénon­cia­tion de l’ignorance popu­laire est assor­tie d’un son­dage : « En 2015, plus des deux tiers des Fran­çais pen­saient que “la pol­lu­tion pro­voque plus de can­cers que l’alcool”, alors que […] la pol­lu­tion de l’air exté­rieur est res­pon­sable de moins de 1 % des nou­veaux cas de can­cers dus à des fac­teurs de risque modifiables. »

Tout d’abord, arrê­­tons-nous sur cette for­mule : n’est-il pas éton­nant que la « pol­lu­tion » soit ici résu­mée à « la pol­lu­tion de l’air exté­rieur » ? Qu’en est-il des pes­ti­cides, des nano­par­ti­cules, des per­tur­ba­teurs endo­cri­niens, des phta­lates, des métaux lourds que nous ingur­gi­tons à tra­vers les ali­ments, l’eau, les cos­mé­tiques et les tex­tiles ? des expo­si­tions pro­fes­sion­nelles à toutes sortes de pro­duits can­cé­ri­gènes pro­bables, pos­sibles ou avé­rés dont aucun n’est inter­dit, sauf l’amiante ? Il suf­fit de se repor­ter au dia­gramme pour voir que diverses sources de pol­lu­tions y sont sépa­rées en autant de fac­teurs de risque indui­sant, cha­cune, de très faibles pour­cen­tages de cas de can­cers. Un décou­page pour le moins arbi­traire. En effet, la caté­go­rie « sub­stances chi­miques de l’environnement » pour­rait très faci­le­ment recou­vrir un grand nombre de can­cers attri­bués à l’obésité et au sur­poids, eux-mêmes en par­tie cau­sés par les addi­tifs ali­men­taires, les pes­ti­cides, les per­tur­ba­teurs endo­cri­niens 8… Elle pour­rait aus­si absor­ber en par­tie les cases « expo­si­tions pro­fes­sion­nelles », « radia­tions ioni­santes ». En s’amusant à redé­cou­per ces caté­go­ries, on obtien­drait un taux à deux chiffres, et la pol­lu­tion devien­drait l’une des prin­ci­pales causes de l’épidémie de can­cers actuelle – de quoi démon­trer que la croyance du bas peuple n’est pas tout à fait dénuée de fondement…

D’autres biais impor­tants conduisent les épi­dé­mio­lo­gistes à sous-esti­­mer l’impact de la pol­lu­tion dans l’incidence du can­cer. Ain­si le dia­gramme men­tion­né, est-il pré­ci­sé, ne prend en compte que des fac­teurs de risque et des loca­li­sa­tions de can­cer asso­ciés pour les­quels le lien de cau­sa­li­té est déjà scien­ti­fi­que­ment bien éta­bli, comme le ben­zène pour les leu­cé­mies, l’amiante pour les can­cers du pou­mon. Mais s’il serait déjà impos­sible d’évaluer expé­ri­men­ta­le­ment la noci­vi­té des 248 055 sub­stances chi­miques dûment enre­gis­trées et régle­men­tées à ce jour, et encore moins leurs effets com­bi­nés, que dire des… 35 mil­lions de sub­stances chi­miques dif­fé­rentes qui sont aujourd’hui com­mer­cia­li­sées 9 ?

Par ailleurs, que signi­fie « sub­stance can­cé­ro­gène » ? « Tra­di­tion­nel­le­ment, on ne consi­dère une sub­stance comme can­cé­ro­gène que si elle pro­voque par elle-même des cel­lules can­cé­reuses, explique André Cico­lel­la. Or la bio­lo­gie du can­cer a pro­gres­sé : on sait main­te­nant que de nom­breuses sub­stances inter­viennent dans les très nom­breux méca­nismes du micro-envi­­ron­­ne­­ment de la tumeur. Par exemple, le bis­phé­nol A et cer­tains fon­gi­cides favo­risent la vas­cu­la­ri­sa­tion des cel­lules can­cé­reuses » Cela n’est pas pris en compte dans les esti­ma­tions pré­sen­tées au public.

 

QU’EST-CE QU’UN « CANCER ÉVITABLE » ?

Au-delà d’un pro­blème de déon­to­lo­gie, qui tient au fait de mar­te­ler comme des faits scien­ti­fiques des affir­ma­tions biai­sées, cette approche tra­duit sur­tout une stra­té­gie de san­té publique : lut­ter contre le can­cer en appe­lant cha­cun à modi­fier son com­por­te­ment, ce n’est pas for­cé­ment une mau­vaise idée, comme le montre la baisse d’incidence de cer­tains can­cers liés au taba­gisme chez l’homme. Il est bien légi­time que les poli­tiques de san­té publique incitent les gens à ne pas fumer, boire modé­ré­ment, faire du sport et man­ger des légumes. Le pro­blème vient de cette manière de s’adresser à tout un cha­cun en tant qu’Homo hygie­ni­cus en négli­geant de pen­ser la ques­tion sani­taire en termes de jus­tice sociale. Nous sommes loin d’être égaux et égales face à ces fac­teurs de risque. Man­ger bio coûte plus cher. Une équipe de l’Inserm est même par­ve­nue à mesu­rer que la fré­quen­ta­tion des super­mar­chés dis­count fai­sait gros­sir, compte tenu de la faible qua­li­té de pro­duits bour­rés d’additifs, de sucre, etc. La pos­si­bi­li­té de pra­ti­quer un sport reste un pri­vi­lège pour les familles sur­me­nées par la pré­ca­ri­sa­tion galo­pante de l’emploi. Bref, la notion de « com­por­te­ment » recouvre un fais­ceau de déter­mi­nismes sociaux, ce qui abou­tit à culpa­bi­li­ser les classes popu­laires avec leurs pré­ten­dues « mau­vaises habi­tudes » qui leur sont lar­ge­ment impo­sées – ne serait-ce que par un cadre de vie dans lequel on tombe plus faci­le­ment sur un Bur­ger King que sur un petit mar­ché de pro­duc­teurs bio. Ensuite, la stra­té­gie pré­sen­tant les mau­vaises habi­tudes de vie comme res­pon­sables du can­cer pré­sente l’inconvénient – ou l’avantage, c’est selon – de dédoua­ner les indus­triels des expo­si­tions aux sub­stances can­cé­ri­gènes qu’ils déversent mas­si­ve­ment dans l’environnement depuis plu­sieurs décen­nies. Dans le même temps, elle dédouane les pou­voirs publics de leur inac­tion face à cette pollution.

Le concept de « can­cer évi­table » est emblé­ma­tique de cette approche de san­té publique d’inspiration néo­li­bé­rale. Pour­quoi un can­cer évi­table ne serait-il pas un can­cer que les pou­voirs publics pour­raient évi­ter en pre­nant les mesures les plus directes ? On pour­rait par exemple consi­dé­rer qu’il est plus facile et plus direct d’agir sur l’exposition mas­sive aux pes­ti­cides, qui n’a pas plus de cin­quante ans, que sur la consom­ma­tion d’alcool, une tra­di­tion pas fan­tas­tique sur le plan sani­taire, mais plu­ri­mil­lé­naire et pro­fon­dé­ment ancrée dans les usages. Plus géné­ra­le­ment, n’est-il pas plus effi­cace d’agir sur la pra­tique de quelques dizaines d’industriels – par exemple en inter­di­sant la com­mer­cia­li­sa­tion d’un pro­duit mis en cause par un nombre d’études suf­fi­sant – que sur celle de 67 mil­lions d’individus aux marges de manœuvre très inégales ?

 

« LES ENFANTS ONT LE CANCER, ILS N’ONT NI BU, NI FUMÉ »

En août 2019, dans la salle d’attente du CHU de Rouen où sa fille de 5 ans est soi­gnée pour un neu­ro­blas­tome 10, Char­lène Bache­let a dis­cu­té avec une autre maman, qui vit dans la com­mune d’à côté, en bord de Seine, et dont l’enfant est lui aus­si atteint d’un can­cer. Au fil d’une petite enquête, elles ont dénom­bré, dans un rayon de dix kilo­mètres autour de leur domi­cile res­pec­tif d’Igoville, notam­ment dans la com­mune voi­sine de Pont-de‑l’Arche, en bord de Seine, une dizaine de cas d’enfants atteints, pour la plu­part, de can­cers du sang – soit un taux 100 fois supé­rieur au nombre de cas atten­dus 11. Pen­dant que l’enquête ouverte par l’agence régio­nale de san­té et San­té publique France suit son cours, Char­lène Bache­let, poli­cière muni­ci­pale, a mûri quelques hypo­thèses : « Nous, on n’est vrai­ment pas bio dans la famille, mais cer­tains enfants malades mangent bio depuis leur nais­sance. Nos habi­tudes de vie sont très dif­fé­rentes. Par contre, on a presque tous un petit pota­ger, et dans le voi­si­nage immé­diat, on a une grosse usine de pâte à papier, une usine de métal­lur­gie et une usine de pro­duits vétérinaires. »

Des his­toires sem­blables, il y en a dans toute la France. Dans des com­munes limi­trophes du Haut-Jura, dix enfants de 6 mois à 13 ans ont des can­cers, appre­­nait-on en novembre der­nier 12 ; de même en Loire-Atlan­­tique, dans le voi­si­nage de Sainte-Pazanne, où, depuis 2015, 17 cas ont été recen­sés dans la même zone. Un ques­tion­naire de 47 pages a été sou­mis aux parents, une bat­te­rie de pré­lè­ve­ments a été effec­tuée dans l’école et autour d’un ancien site indus­triel voi­sin. Mais une fois écar­tée la pré­sence d’une source de toxi­ci­té aiguë, l’enquête s’est arrê­tée en novembre 2019. Conclu­sion : il s’agirait d’un « regrou­pe­ment spa­­tio-tem­­po­­rel sans cause com­mune iden­ti­fiée 13 Com­mu­ni­qué de presse, agence régio­nale de san­té, pré­fec­ture de région Pays de la Loire et San­té publique France, 19 novembre 2019. » En d’autres termes, il y a bien un taux anor­mal de can­cers, mais l’agence régio­nale de san­té n’a rien trou­vé pour l’expliquer.

« San­té publique France assure qu’on ne peut pas faire d’études épi­dé­mio­lo­giques à par­tir de regrou­pe­ments de cas à l’échelle des com­munes, pour des rai­sons de métho­do­lo­gie » 14. « Les rai­sons de métho­do­lo­gie sont invo­quées par Jac­que­line Cla­vel, épi­dé­mio­lo­giste à l’Inserm et res­pon­sable du registre des can­cers de l’enfant, contac­tée par télé­phone » s’insurge Marie Thi­baud, mère d’un enfant malade à Sainte-Pazanne et thé­ra­peute fami­liale. « Mais si elle ne peut pas le faire, qui peut ? Ils auraient pu aller voir quels pro­duits sont uti­li­sés dans les cultures agri­coles aux alen­tours, s’intéresser aux effets cock­tail. Les enfants ont le can­cer, ils n’ont ni bu ni fumé, il y a for­cé­ment des causes envi­ron­ne­men­tales. » Face à ce qu’elle résume comme « une volon­té de ne pas cher­cher et de ne pas trou­ver », Marie Thi­baud a créé avec une tren­taine de parents le col­lec­tif Stop aux can­cers de nos enfants. Ils ont lan­cé une col­lecte sur Inter­net pour finan­cer des ana­lyses de l’environnement et des pré­lè­ve­ments sur les che­veux d’une ving­taine d’enfants, afin d’y tes­ter la pré­sence de 1 800 pol­luants orga­niques et 36 métaux toxiques 15.

En Europe, au cours des trente der­nières années, les can­cers de l’enfant ont aug­men­té de 1 à 2 % par an. En France, on recense 2 500 cas chaque année, 500 enfants en meurent. « 500 enfants par an !  Vous ima­gi­nez, si un acci­dent de bus tuait chaque mois qua­rante enfants ? » inter­roge André Cico­lel­la. « Le pro­blème serait pris au sérieux ! » Mais « tout se passe comme si, dans les esprits, la prio­ri­té en termes de gra­vi­té et d’urgence était par prin­cipe liée aux risques infec­tieux, comme si la conta­mi­na­tion chi­mique était par nature incer­taine quant à ses effets sani­taires 16″ On pense à l’émoi que déclenche chaque année l’apparition de foyers de rou­geole, qui donnent lieu à une sur­veillance sys­té­ma­tique dépar­te­ment par dépar­te­ment et à une mobi­li­sa­tion géné­rale des ser­vices de san­té. Depuis 2008, en France, la rou­geole a cau­sé… 17 morts. Pour le toxi­co­logue, l’augmentation des can­cers de l’enfant, preuve acca­blante de la dégra­da­tion de nos milieux de vie, jus­ti­fie d’urgence une vraie refonte des méthodes. « Le sys­tème dys­fonc­tionne, parce qu’on se can­tonne à l’épidémiologie, alors qu’il fau­drait déve­lop­per une vraie “expo­lo­gie”, une science de l’exposition aux pol­luants, croi­sée à une approche toxi­co­lo­gique et épi­dé­mio­lo­gique. Il faut aus­si ces­ser d’aligner l’action publique sur les exi­gences de pro­duc­tion de la véri­té scien­ti­fique. Dans le domaine de la science, il est sain d’entretenir le doute et de ne jamais consi­dé­rer un résul­tat comme défi­ni­tif. Dans le domaine de la san­té publique, c’est désas­treux. Il faut agir à par­tir du moment où on a un cer­tain niveau de pro­ba­bi­li­té. » Dans bien des cas, c’est maintenant.

Celia Izoard.

Interview croisée de Celia Izoard (revue Z), Antoine Klein (Revue Z) et Anne Marchand, chercheuse et membre du Giscop 93 (Groupement d’intérêt scientifique sur les cancers d’origine professionnelle en Seine-saint-Denis), auteure de “Si vous allez mourir, tapez étoile” (Revue Z n°13) consacré au parcours du combattant de la reconnaissance du cancer comme maladie professionnelle. Émission réalisée par des membres de la librairie Michèle Firk à retrouver sur notre audioblog Les sons des Terrestres :

 

Notes

1. « Esti­ma­tions natio­nales de l’incidence et de la mor­ta­li­té par can­cer en France métro­po­li­taine entre 1990 et 2018 : étude à par­tir des registres des can­cers du réseau Fran­cim – Syn­thèse », Gau­tier Defos­sez et autres, éd. San­té publique France, février 2019.

2. « En France, le décompte des cas de can­cer n’est effec­tué que pour 22 % de la popu­la­tion », Le Monde, 22 jan­vier 2019.

3. « En France, le décompte des cas de can­cer n’est effec­tué que pour 22 % de la popu­la­tion », art. cité. Voir aus­si les vidéos  sur la chaîne You­Tube du col­lec­tif « Trop – Pour­quoi trop de can­cers autour de Sou­laines ? », exemples d’épidémiologie popu­laire qui met en cause l’industrie nucléaire.

4. « Esti­ma­tions natio­nales de l’incidence et de la mor­ta­li­té par can­cer en France métro­po­li­taine entre 1990 et 2018 », étude citée.

5. Les can­cers de l’estomac sont liés à une ali­men­ta­tion fumée et salée, des moyens de conser­va­tion moins uti­li­sés aujourd’hui.

6. Can­cer du sein. En finir avec l’épidémie, éd. Les Petits Matins, 2016.

7. « L’Institut publie l’essentiel des faits et chiffres des can­cers en France », Ins­ti­tut natio­nal du can­cer, 4 février 2019 (e‑cancer.fr).

8. Sur le lien entre pol­lu­tion chi­mique et obé­si­té, voir l’excellente syn­thèse de Fabrice Nico­li­no, Un empoi­son­ne­ment uni­ver­sel, éd. Les liens qui libèrent, 2014, p. 275–280.

9. Ces chiffres très offi­ciels sont cités dans Un empoi­son­ne­ment uni­ver­sel, ouvr. cité, p. 406.

10. Tumeur maligne extracé­ré­brale du sys­tème nerveux.

11. L’affaire est révé­lée dans une série d’articles par Tho­mas Dubois, repor­ter à Paris-Nor­­man­­die, à l’automne 2019.

12. « Can­cers d’enfants anor­ma­le­ment éle­vés dans le Haut-Jura : des com­munes aba­sour­dies par la nou­velle »,  V. Hir­son et autres, 14 novembre 2019 ; et « Can­cers pédia­triques dans le Haut-Jura : “C’est inquié­tant, on se pose plein de ques­tions” », Sophie Cou­ra­geot, 15 novembre 2019, articles dis­po­nibles sur France Info (fran​ce3​-regions​.fran​cet​vin​fo​.fr).

13. « Com­mu­ni­qué de presse », agence régio­nale de san­té, pré­fec­ture de région Pays de la Loire et San­té publique France, 19 novembre 2019.

14. Les rai­sons de métho­do­lo­gie sont invo­quées par Jac­que­line Cla­vel, épi­dé­mio­lo­giste à l’Inserm et res­pon­sable du registre des can­cers de l’enfant, contac­tée par téléphone.

15. « L’introuvable expli­ca­tion des can­cers pédia­triques en France », Patri­cia Jol­ly, Le Monde, 4 février 2020. Voir aus­si la page du col­lec­tif Stop aux can­cers de nos enfants sur Papayoux​-soli​da​rite​.com.

16. Can­cer du sein, ouvr. cité, p. 100.


Mon com­men­taire sera sim­ple­ment de rap­pe­ler cette extra­or­di­naire vidéo (on ne s’en lasse pas – à faire connaître partout) :

Bon cou­rage à tous contre les innom­brables com­plots ds empoi­son­neurs publics.

Étienne.

#CeQui­Per­me­tAuxEm­poi­son­neurs­DAc­ca­pa­rer­Le­Pou­voir­CEst­LÉ­lec­tion

#Pas­De­Sou­ve­rai­ne­té­Po­pu­lai­re­Sans­Ti­ra­geAu­Sort

#Grè­ve­Gé­né­ra­le­Cons­ti­tuante