Gérard Filoche explique l’ANI, Accord National Interprofessionnel, du 11 janvier 2013

11/04/2013 | 83 commentaires

Gérard Filoche est tou­jours PA-SSIO-NNANT.

Ceci est une IMPORTANTE LEÇON de droit du tra­vail comme outil POLITIQUE, à ne pas rater, à tra­vailler sty­lo à la main, et à faire connaître :

Sur les 27 articles de l’ANI, PAS UN progrès, PAS UN SEUL !

Pour ceux qui avaient raté ce coup de gueule contre le Ministre du Bud­get qui s’a­vère être un frau­deur fis­cal, je le rap­pelle ici :

https://​you​tu​.be/​q​m​u​y​8​5​N​C​8Lo

Il force un peu, quand même, quand il essaie de nous faire croire que tout le monde est hon­nête au PS :o)

Au par­ti pré­ten­du­ment « socia­liste », Gérard Filoche est un type for­mi­dable noyé au milieu d’une bande de crapules.

C’est un type bien. Pré­cieux, même, pour nous autres sala­riés (plus de 90% de la popu­la­tion active).

Étienne.

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Étienne

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83 Commentaires

  1. Yannick

    Pour­quoi est il encore au PS 

    Réponse
  2. J-Stéphane

    Parce que PS veut dire Par­ti Socia­liste, et que c’est un socialiste.

    C’est les non-socia­listes qui doivent quit­ter ce parti.

    Réponse
  3. Ana Sailland

    Très ins­truc­tif.

    Je vais trans­mettre à des amis syndicalistes…

    Le texte

    Un article

     » La démo­cra­tie repré­sen­ta­tive et la démo­cra­tie sociale ont réus­si leur mariage. » »> Le pire, c’est que la Dame qui dit ça est peut être hon­nête, mais qu’on puisse se plan­ter à ce point là quand on est dans les huiles est désespérant.

    Le PS est de fait à droite et il est com­pré­hen­sible que des gens bien y res­tent mal­gré tout pour ten­ter de le sau­ver de l’in­té­rieur. J’y ai des amis convain­cus de cela. Sté­phane Hes­sel était dans cet esprit.
    Il y a encore au PS des motions de gauche qui n’ont pas qu’un suc­cès d’es­time. Ce sont les têtes qui trahissent.

    Ce serait bien d’a­voir une transcription.

    Ayant vécu toute ma car­rière hors de France, je suis assez igno­rante »> Com­ment se fait il que les man­da­tés syn­di­caux signent ? »> Qui peut m’é­clai­rer sans passion ?

    Réponse
  4. bruben98

    Bon­jour Étienne.

    C’est de la dyna­mite cette vidéo!!!! si chaque employé, sala­rié visionnent ça , il y a de quoi foutre un bor­del monstre!!!! 

    Alors .….. PARTAGEONS AVEC LE PLUS GRAND NOMBRE!!!!!!

    Réponse
  5. EFFAB

    Dès les pre­mières minutes, cette confé­rence semble très intéressante.

    Pour ce qui est de l’in­ter­ven­tion sur LCI et recon­nais­sant moi-même qu’il force un peu beau­coup le trait(…), il me semble évident qu’entre cette actua­li­té déton­nante et ces cris du coeurs en série – si ça conti­nue ain­si et parce qu’il est tou­jours plus facile de sa lâcher quand l’o­pi­nion peut balan­cer à tout ins­tant de tous côtés – il y a quelque chose à faire et que cer­tains ici feraient bien d’ac­com­pa­gner ce renou­veau prin­ta­nier avec tout ce poten­tiel et toute cette légi­ti­mi­té dont ils sont capables, tout calmes et ration­nels, tout modestes et pas­sion­nés soient-ils…

    Réponse
  6. Claude Rochet

    Cette inter­ven­tion est effec­ti­ve­ment pas­sion­nante et hau­te­ment péda­go­gique, avec son accent tou­chant à la Ray­mond Devos.

    On se demande en effet ce que Filoche fait dans ce par­ti mafieux dit « socialiste ».

    Mais il com­met plu­sieurs erreurs :

    1) Les 35H00 n’é­taient pas un pro­grès puisque en contre­par­tie les horaires de tra­vail étaient ren­dus variables, ce que Filoche évoque par ailleurs comme une aggra­va­tion de l’ac­cord actuel. Les 35H00 partent du prin­cipe mal­thu­sien com­mun au PS et au MEDEF que la quan­ti­té de tra­vail dis­po­nible est limi­tée et qu’il faut donc se la par­ta­ger. Certes, la durée du tra­vail est appe­lée à bais­ser mais en fonc­tion de l’ac­crois­se­ment de la productivité.

    2) Pour liqui­der le Code du tra­vail, le moyen adop­té par le PS (Mar­tine Aubry) est simple : le rendre tel­le­ment com­plexe qu’il en devient inap­pli­cable et que tout le monde s’ac­corde à la pré­sen­ter comme un bou­let. C’est le prin­cipe « d’eu­tha­na­sie bureau­cra­tique » que j’a­na­lyse ici : http://​claude​-rochet​.fr/​a​n​a​t​o​m​i​e​-​d​u​n​-​p​r​o​c​e​s​s​u​s​-​d​e​u​t​h​a​n​a​s​i​e​-​b​u​r​e​a​u​c​r​a​t​i​q​u​e​-​d​e​-​l​e​t​a​t​-​l​e​-​s​y​s​t​e​m​e​-​d​e​-​s​p​e​e​n​h​a​m​l​a​nd/ Mar­tine Aubry a ajou­té 100 pages au Code du travail !

    3) Filoche a sou­te­nu et sou­tient – autre point com­mun avec le MEDEF – la poli­tique d’im­mi­gra­tion dont il ne voit pas qu’elle est uti­li­sée comme masse de manœuvre pour la baisse des salaires

    Réponse
  7. Morpheus

    Bon, dès les pre­mières secondes de la vidéo, il attaque sur cette vieille antienne du >droit au travail<.

    Déso­lé, j’ai pas été plus loin (tant pis s’il dit des choses intéressantes).

    cri du cœur du jour

    Pour­quoi ? Je ne PEUX plus entendre cet argu­ment ! Il me hérisse le poil. Le >droit au tra­vail< n’est ni plus ni moins que le droit d’être un esclave bien trai­té. NI PLUS, NI MOINS ! Et je pèse mes mots à l’aune d’une mure et longue réflexion, bien docu­men­tée. Le >droit au tra­vail< est le terme de nov­langue pour dési­gner la SERVITUDE VOLONTAIRE déjà décriée par Sénèque il y a près de 2000 ans (« Quelques-uns sont tenus en ser­vi­tude, un plus grand nombre y tiennent »), repris par Étienne de La Boé­tie au XVIe siècle dans son dis­cours de la ser­vi­tude volontaire.

    Mais bons dieux, il y a MOYEN de conce­voir une socié­té débar­ras­sée de toute forme d’a­lié­na­tion au tra­vail. Nous n’a­vons pas BESOIN de tra­vailler, il ne s’a­git pas d’un DROIT, mais d’une OBLIGATION lorsque l’on doit avoir de l’ARGENT pour pou­voir vivre. C’est l’ARGENT (la mon­naie, ce ticket de ration­ne­ment pour le temps de la paix / de la guerre éco­no­mique) dont nous avons besoin et qui devrait être un droit, non celui d’être contraint au travail.

    Qu’est-ce que c’est que cette socié­té archaïque et malade où, si t’a pas de pognon, t’as rien ?

    Sor­tez-vous les doigts du cuuuuuuul !

    /cri du cœur du jour

    Cor­dia­le­ment,
    Morpheus

    Réponse
  8. AlainR

    Concer­nant l’a­ris­to­cra­tie qui vote nos lois à notre place, voi­ci un livre récent bien intéressant :

    La face cachée du Palais-Bourbon
    (16÷01÷2013, acteurs​pu​blics​.com)

    Dans le livre Petits secrets et grands pri­vi­lèges de l’Assemblée natio­nale (Édi­tions du Moment, jan­vier 2013), Bru­no Botel­la, rédac­teur en chef d’Acteurs publics, dévoile les us et cou­tumes de la mai­son des députés (…)

    1. Des fonc­tion­naires en or
    2. Le tré­sor de guerre de l’Assemblée
    3. L’au­dit qui enflamme le Palais-Bourbon
    4. Opa­ci­té sur les comptes
    5. La car­rière des huis­siers de l’Assemblée

    ***
    Pour­quoi Gérard Filoche ne pro­meut-il pas davan­tage la réduc­tion du temps de travail ? 
    30h par semaine à la carte = fin du chô­mage de masse = droit du tra­vail bien davan­tage facile à re-construire !

    Mal­heu­reu­se­ment, il reste inex­pli­ca­ble­ment blo­qué sur la très mau­vaise 2ème loi Aubry des 35 heures … Après un tel échec (même si ça a créé bien davan­tage d’emplois que toute autre mesure), et avec un chô­mage de plus en plus mas­sif, il aura beau essayer de convaincre une majo­ri­té élec­to­rale (interne au PS ou non), il n’y arri­ve­ra pas.

    Les chô­meurs souffrent, et les tra­vailleurs ont peur du chô­mage. « Si t’es pas content, va voir ailleurs ! » : les employeurs n’ont même plus à pro­non­cer cette phrase, tout le monde l’a déjà en tête.

    Les employés ont le syn­drome de Stock­holm et en viennent à aimer leurs patrons, les chô­meurs tapent sur les immi­grés en espé­rant trou­ver du tra­vail, et cha­cun sur­vit en fai­sant le moins de vagues pos­sibles pour ne pas atti­rer l’attention.

    Quels droits vou­lez-vous défendre dans une telle situa­tion ? D’ailleurs, de quel sujet poli­tique vou­lez-vous par­ler avec un citoyen fon­da­men­ta­le­ment, en y pas­sant plus de 30 secondes ? … A un tel niveau de pré­ca­ri­té et de concur­rence indi­vi­dua­liste, le rai­son­ne­ment poli­tique n’existe plus.

    ***
    Concer­nant les 35 heures et le par­tage du temps de tra­vail, je conseille vive­ment les livres ins­truc­tifs et enthou­sias­mants de Pierre Lar­rou­tu­rou : le pire est que la solu­tion a déjà exis­té et a déjà été appli­quée … mais trop dis­crè­te­ment (loi Robien 1996).

    Du temps pour vivre – La semaine de quatre jours à la carte
    (decitre​.fr, Lar­rou­tu­rou, 1995 !!!)

    35 HEURES. Le double piège
    (decitre​.fr, Lar­rou­tu­rou, 1998)

    POUR LA SEMAINE DE QUATRE JOURS. Sor­tir du piège des 35 heures
    (decitre​.fr, Lar­rou­tu­rou, 1999)

    Lar­rou­tu­rou : « La gauche doit repar­ler fiè­re­ment du temps de travail »
    (30 octobre 2012, libe​ra​tion​.fr)

    Réponse
  9. Alain Guillou

    @Morpheous

    je vous cite :« Sor­tez-vous les doigts du cuuuuuuul ! »

    Il me semble que vous n’a­vez pas vrai­ment sor­ti votre obses­sion de son siège : le nar­cis­sisme, et pour­tant , libé­ré, vous uti­li­sez le mot « tra­vail » … puis vous rétro­gra­dez de nou­veau, l’a­per­çu du monde exté­rieur ayant refou­lé votre « renais­sance »…et votre Mère doit reprendre son « travail »…

    Le mot droit vous blesse, il faut tuer le père… Mais il n’y a pas de « tra­vail » sans droit : on peut prendre son plai­sir au « tra­vail » mais la nature est ain­si faite que vous trou­ve­rez tou­jours des domi­nants à tous les étages de « cette par­tie de plai­sir  » qu’est le tra­vail… les tra­vailleurs ne sont pas « natu­rel­le­ment » soli­daires, et si l’on n’y met pas un zeste de « droit du tra­vail », cer­tains auront double tâche et se feront mettre pour par­ler comme vous, par des « domi­nants paresseux »…

    Je peux vous dire que cela existe : c’est sans droit du tra­vail qu’on tombe en escla­vage : un patron d’un ser­vice hos­pi­ta­lier qui laisse les per­son­nels « s’au­to-gérer » arri­ve­ra trop tard quand le sui­cide d’un « domi­né » aura clos sa sur­charge de tra­vail due à la défec­tion « auto-satis­faite » d’un de ses col­lègues dominant. 

    Il nous faut une Consti­tu­tion qui invente et réin­vente tous les droits sans les­quels les monstres bio­lo­gique que nous sommes s’entre-bouffent ! 
    Faire sem­blant de ne pas savoir cela (le poten­tiel de cruau­té de tout mam­mi­fère), c’est sépa­rer Liber­té d’E­ga­li­té, or le lien néces­saire c’est celui du droit, que même dans « votre lit », vous devez ne pas violer ! 
    Il y a une forme d’au­to-ges­tion pos­sible, mais c’est au droit de la « programmer »…
    Faute d’un autre logi­ciel que celui de l’ex­ploi­ta­tion, il faut quand-même savoir qu’on ne sort pas de celle-ci !
    Mer­ci quand-même , mais je ne fume pas…ah, ce n’est pas vous (qui me ten­dez une ciga­rette…) rire !

    Réponse
  10. Alain Guillou

    Il faut écou­ter Filoche, pour plein de bonnes rai­sons : Il fait par­tie des « sachant » et non des « savants » , c’est-à-dire que son « savoir », il l’a construit dans son rap­port social aux « autres »…Y com­pris en matière de « PS ».

    Il ne pré­tend pas savoir depuis l’ob­ser­va­toire « exté­rieur » que nous offrent les ins­ti­tu­tions média­tiques, mais ce qu’il sait par sa pra­tique « interne », lui, il en témoigne…
    A‑t-il rai­son ? s’il y a des « savants » doués d’un doigt long ici et d’autres au bras long ailleurs, ils pré­ten­dront « déli­bé­rer  » là-des­sus comme des « juges »…
    Mais moi je dis qu’il n’a pas tort, car je fré­quente non pas « le PS », mais les mani­fes­ta­tions et autres champs de la bataille quo­ti­dienne, et que ce soit dans les quar­tiers , « la rue », ou « au tra­vail » ou dans les asso­cia­tions cultu­relles ou de loi­sir, je côtoie « des socia­listes véritables »…
    Je vomi­rais d’être au PS, cer­tains d’entre eux ont « la nausée »…
    Mais il s’a­git d’un com­bat où l’on per­dra tous, si l’on fait mine de ne pas com­prendre ce qui attend la place que lais­se­rait vacante l’ab­sence de la « fra­ter­ni­té republicaine »…
    Et là, déso­lé, moi je suis un sin­cère « anti-fachiste » ! et pas ce que l’on nomme péjo­ra­ti­ve­ment « anti­fa » (un faux etc…). 
    Donc le « com­bat » est celui qui consiste à aider la prise de conscience par tous de la grave per­ver­si­té de notre Consti­tu­tion. (pour abré­ger, mais… je sup­pose que d’autres peuvent développer … )

    Réponse
  11. EFFAB

    Le droit ou le Droit sont trop mécham­ment conno­tés à pré­sent, j’i­ma­gine, cette inver­sion sécu­laire comme ces excès en tous genres… pré­fé­rons-lui plu­tôt l’é­thique, la jus­tice, le bon sens com­mun et tout ce qu’on ne doit faire à autrui sous peine d’en­cou­rir soi-même tout ceci.

    Il faut des gardes-fous, il faut des limites, c’est évident, dic­ter des règles com­munes à tous, mais point trop n’en faut, pas besoin de tout un arse­nal juri­dique qui n’a jamais rien réso­lu, et épar­gnons-nous d’as­su­je­tir plus avant encore l’in­di­vi­du et le citoyen : n’é­tant plus vrai­ment libre en quoi que ce soit et vic­time par trop consen­tante ou bien obli­gé de notre propre décon­ve­nue, au point où vont les choses, autant prendre la pillule bleu de l’ou­bli ou encore mettre un terme à tout ça !

    Non, le Droit comme le suf­frage uni­ver­sel comme la fonc­tion pré­si­den­tiel, et j’en passe, tout cela n’a plus lieu d’être, allons beau­coup plus loin encore sous peine de n’ar­ri­ver à rien, en oubliant tel para­mètre si impor­tant ou en n’o­sant cette radi­ca­li­té ou cette créa­ti­vi­té, cette huma­ni­té en même temps que cette exigence.

    Le Droit est une usur­pa­tion à la liber­té, seule la Jus­tice doit pré­va­loir, entre cette Ethique com­mune à tous et ce pro­fond res­pect de nos dif­fé­rences et de cet inté­rêt mutuel. Un monde plus juste et plus ver­tueux ins­pire davan­tage de jus­tice qu’il n’a plus besoin de droit.

    EFFAB

    Réponse
  12. Ana Sailland

    L’a­nar­chie, c’est quand la conscience indi­vi­duelle est por­tée à son maxi­mum, au point de pou­voir tout régler et tout gérer natu­rel­le­ment, à l’ex­cep­tion de ce qui pour être har­mo­nieux néces­site la concer­ta­tion, puis la conven­tion, un accord, ou une loi.

    Ain­si, aus­si haute que soit la conscience, une loi est néces­saire pour dire si l’on roule à droite ou à gauche.

    Par contre, la fra­ter­ni­té et la soli­da­ri­té n’ont besoin d’être obli­ga­toires et enca­drées par la loi que tant que la conscience est embryon­naire ou infantile.

    Les lois sociales ne créent pas la fra­ter­ni­té mais encadrent des indi­vi­dus qui n’ont plus l’op­por­tu­ni­té d’être natu­rel­le­ment fra­ter­nels. Pire encore, ils peuvent avoir le sen­ti­ment d’être plu­més, et donc s’en­fer­mer dans un men­tal qui inter­di­ra la nais­sance de la fra­ter­ni­té vraie.

    Mais peut être Mor­pheus n’é­tait il pas dans ce type de pen­sée et peut être que s’il s’in­sur­geait contre cette notion de droit du tra­vail c’é­tait car omni­bul­lé par une socié­té où le contrat social ne serait plus néces­saire, ni la loi, ni même le tra­vail : non pas du fait de la conscience mais du fait que la science et la tech­nique auraient mis fin à la rare­té, donc au pau­pé­risme, donc aux gros­siers appé­tits et aux bas ins­tincts. C’est le pari de Jacques Fresco.

    Me trom­pais-je Morpheus ?
    C’est possible 😉

    Quoi­qu’il en soit, outre le fait que les tech­ni­ciens peuvent tou­jours se plan­ter, je me demande sérieu­se­ment ce qui se pas­se­rait si toute dif­fi­cul­té était abo­lie par miracle ou par l’ingénierie, et me demande si l’en­nui ne serait pas tel que nous nous inven­te­rions de nou­veaux buts, et donc de nou­velles néces­si­tés, de bonnes rai­sons de tra­vailler, qui elles aus­si auraient besoin d’être régu­lées par le droit du travail.

    Et puisque le ton est à la rugo­si­té, c’est à mon avis par la conscience plus que par la science ou par la loi que l’on pour­ra évi­ter que cer­tains aiment se faire maître tan­dis que d’autres se font …

    Réponse
  13. EFFAB

    Répu­blique, un autre mot à reje­ter… Droit, Répu­blique, aux oubliettes de l’His­toire ! ni plus ni moins, EFFAB a parlé_ou Mon­sieur Fraise, si vous pré­fé­rez, lol.

    C’est tel­le­ment plus beau Démo­cra­tie, entre tirage au sort et consi­dé­ra­tion de tous, cette équi­té, cette éga­li­té, ce rap­port plus juste et plus ver­tueux d’une socié­té équi­li­brée et mature, ce plai­sir, ce bien-être, cette joie d’é­vo­luer au sein d’une éco­no­mie res­pec­tueuse de tous et de l’en­vi­ron­ne­ment, savoir enfin que tout est pos­sible pour qui envi­sage serei­ne­ment la vie et le futur.

    Démo­cra­tie, Poé­sie, Beau­té, Joie, Humour, Ter­rain de Jeux, Clé des Champs, Archi­tec­tures, Immen­si­tés, Infi­ni, Soli­tude, Humeur fes­tive, la Musique les Rires, la Joie de Vivre et cet Amour à décli­ner sur tous les tons et à tous les modes… bref, exit Répu­blique, exit Droit ! il n’y a plus désor­mais de droit consti­tu­tion­nel, il n’y a plus qu’une Consti­tu­tion, avec ses règles, ses gardes-fous et ses piliers constituants.

    Idem

    Réponse
  14. EFFAB

    … entu­bés, ma chère ANA, ni plus ni moins, ou c’est déjà pas si mal, si tu pen­sais à autre chose, lol

    Réponse
  15. Ana Sailland

    un verbe beau­coup plus neutre (@16)

    @15 que le peuple gou­verne la chose publique me semble assez rai­son­nable : Res-Publi­ca est peut être sim­ple­ment un mot à l’en­vers de plus.

    Réponse
  16. Morpheus

    @ Alain Guillou

    Je n’ai rien cap­té à votre ver­biage freu­dien, mais c’est sans impor­tance (Freud étant l’exemple même du type qui prend son cas pour une géné­ra­li­té, je ne suis pas concerné 😉 ).

    Quand à la « nature est ain­si faite, etc. », et bien c’est une ana­lyse qui n’a pas de (bon) sens, dans la mesure où ce qu’on accole à la « nature humaine » est erro­né. Erro­né dans le sens sui­vant : l’hu­main n’est pas sépa­ré de son envi­ron­ne­ment, et si « nature humaine » il y a, elle ne peut à l’é­vi­dence pas être réi­fiée de son envi­ron­ne­ment. C’est l’environnement qui façonne l’hu­main. L’en­vi­ron­ne­ment socio­cul­tu­rel étant ce qu’il est (une construc­tion humaine arti­fi­cielle, civi­li­sée et réi­fiée des prin­cipes natu­rels), il semble logique d’as­si­mi­ler la « nature » de l’homme aux >valeurs< de son envi­ron­ne­ment socio­cul­tu­rel : cela, c’est cor­rect, étant don­né que la seule véri­té concer­nant la « nature humaine » est la facul­té d’a­dap­ta­tion du genre humain (comme des autres formes de vie) à son envi­ron­ne­ment. Conclu­sion : ce que vous voyez dans la nature humaine est artificiel.

    La façon dont vous pré­sen­tez et consi­dé­rez cette nature est éga­le­ment erro­née parce que vous la per­ce­vez comme une fata­li­té, quelque chose d’im­muable. Autant dire que vous sous­cri­vez à l’im­mua­bi­li­té d’une civi­li­sa­tion entiè­re­ment domi­née par le dieu Her­mès, dieu des mar­chands… et des voleurs ! (cela pour situer dans quel contexte socio­cul­tu­rel nous évo­luons). Mais les civi­li­sa­tions, comme les dieux, passent et tré­passent. Et pré­ci­sé­ment, celle-ci est en train de cre­ver. Ou de muter, si vous pré­fé­rez. Comme la che­nille deve­nant papillon. Certes, de nom­breuses cel­lules résistent à cette trans­for­ma­tion, s’ac­crochent au vieux pro­gramme ADN, mais à la fin, la che­nille fini­ra papillon. Les cel­lules du chan­ge­ment l’emportent.

    La pro­chaine civi­li­sa­tion ne sera ni fon­dée sur le tra­vail, ni sur l’argent. Si cela n’ad­vient pas, alors pré­pa­rons-nous à un enfer pire que celui où nous sommes. Le régime nazi, à côté de ce que nous devrons endu­rer, c’est du pipi de chat si nous ne deve­nons pas papillon. Le des­tin de l’homme et du genre humain n’est pas le tra­vail for­cé, pas plus que la pénu­rie orches­trée par la mon­naie. Je le redis : s’en est finit du règne d’Hermès.

    Cor­dia­le­ment,
    Morpheus

    Réponse
  17. Morpheus

    PS : j’ou­bliais de citer cette maxime à pro­pos de « droit » : « Le droit n’est que l’ombre de la Jus­tice, et les lois sont comme des toiles d’a­rai­gnée : les faibles et les pauvres s’y font prendre et meurent, mais les riches et les puis­sants la déchirent et passent ».

    (c’est Ana­char­sis, un métèque qui par­ti­ci­pa à la rédac­tion de la consti­tu­tion athé­nienne, qui a écrit cela)

    Une loi n’est rien d’autre que la mani­fes­ta­tion de notre impuis­sance à résoudre un pro­blème. Régu­ler n’est pas résoudre. Et c’est tou­jours arbi­traire. Le droit, comme la mon­naie et le tra­vail : de fausses bonnes idées qui nous empoi­sonnent l’existence.

    Anar­chi­que­ment vôtre,
    Morpheus
    😉

    Réponse
  18. Morpheus

    @ Ana

    Par­fai­te­ment bien vu Ana 🙂

    J’a­joute pour pré­ci­ser l’es­sence de ce coup de cœur : « On ne peut pas résoudre un pro­blème avec le mode de pen­sée qui a engen­dré ce pro­blème » (Ein­stein)

    Ami­ca­le­ment,
    Morpheus

    Réponse
  19. Alfila

    @Morpheus,

    Je pense qu’il y a malentendu. 
    Après avoir lu votre com­men­taire, dubi­ta­tive, j’ai réécou­té le début de la vidéo et Filoche ne parle pas du tout de « droit AU tra­vail » mais bien de « droit DU tra­vail ».
    Ce qui n’a rien à voir.

    Réponse
  20. EFFAB

    Oui, cette inver­sion mais beau­coup trop conno­té selon moi, trop latin, trop romain – et Dieu sait que je les ai idéa­li­sés pour­tant ! -, non, pré­fé­rons-lui Démo­cra­tie, infi­ni­ment plus fémi­nin, plus res­pec­tueux, plus équi­table… ce génie grec mais cette ins­pi­ra­tion divine, ce par­fait trait d’u­nion entre le Mas­cu­lin et le Féminin…

    … jus­te­ment, en par­lant d’an­ti­no­mie, ce verbe beau­coup plus neutre est bien au centre de cette antagonisme_et si com­mun aux deux à la fois.

    sata­né bambin

    Réponse
  21. EFFAB

    (@18) D’au­tant plus que depuis ONFRAY ce sieur Freud n’a plus trop inté­rêt à la rame­ner ! mais il est vrai, com­bien suis-je influen­çable par­fois, moi qui me repose sou­vent sur les seuls dire des uns et des autres… mais c’est jus­te­ment là que com­mence la confiance sans par­ler du fait et de cette impos­si­bli­té à tout décor­ti­quer et à tout vision­ner soi-même… par­ta­geons plu­tôt tous ces tré­sors et toutes ces véri­tés qui nous entourent ou se dési­rent, là se place cette plus-value qua­li­ta­tive rapp­por­tée au plus grand nombre… bref, l’a­mour se mérite peut-être mais l’in­tel­li­gence se donne sans comp­ter et, si l’on craint de n’en point dis­po­ser beau­coup, c’est déjà suf­fi­sam­ment l’être_que don­ner sans comp­ter et aimer sans retour.

    Réponse
  22. J.C

    J’ai­me­rais citer ici quelques courts pas­sages de l’ou­vrage ‘la grande relève’ (1932) de J. Duboin :

    « je ne vois pas pour­quoi la race humaine serait condam­née au tra­vail à per­pé­tui­té ? Ou alors il ne fal­lait pas la doter d’un cer­veau grâce auquel elle oblige la matière à tra­vailler à sa place. Des tré­sors de patience et d’in­tel­li­gence ont été dépen­sés par des géné­ra­tions et des géné­ra­tions, pour inven­ter et mettre au point des machines qui, de plus en plus, rem­placent le tra­vail des hommes. Nous assis­tons aujourd’­hui à la grande relève des tra­vailleurs par la matière dis­ci­pli­née et ani­mée d’une force de production. …

    Le chô­mage serait donc un bien ? dit timi­de­ment le pro­prié­taire terrien.

    Théo­ri­que­ment, il est la preuve irré­fu­table que le pays, où il sévit, a réa­li­sé de grands pro­grès tech­niques dans sa pro­duc­tion, répon­dit Her­mo­dan. Théo­ri­que­ment tou­jours, ces hommes qui ne sont plus obli­gés de tenir la tran­chée, ces hommes qui ont été rele­vés par les machines, sont le signe qu’une vic­toire a été rem­por­tée par le com­man­de­ment, c’est-à-dire par l’in­tel­li­gence. La pré­sence de ces affran­chis devrait être un élé­ment de confiance, de récon­fort, de fier­té pour toute la nation. Mais c’est à la nation qu’il incombe de les faire vivre. Elle s’en acquitte un peu par­tout sous forme d’in­dem­ni­tés de chô­mage. Seule­ment, on espère, dans l’é­tat actuel des esprits, que ces secours sont pas­sa­gers et que ces libé­rés ne sont que des per­mis­sion­naires ; qu’ils vont bien­tôt être for­cés de remon­ter aux tran­chées et de reprendre leur métier de galé­rien en tra­vaillant le plus d’heures pos­sible tous les jours. On sou­haite que, pour obte­nir ce résul­tat admi­rable, le niveau indus­triel baisse pro­chai­ne­ment. Quelques-uns vont jus­qu’à rêver qu’on démo­lisse une par­tie de ces esclaves-matière ou che­vaux-vapeur, afin de repla­cer leur far­deau sur des épaules de chair. Que tout le monde retourne au bagne, c’est à cela que s’emploient les experts qui veillent mettre fin au bien­fai­sant chômage. …/…

    Évi­dem­ment, je m’a­per­çois que ce que je dis vous sur­prend légè­re­ment. J’in­sis­te­rai donc en affir­mant que, du moment que vous n’a­vez plus besoin de ces hommes, vous êtes dans l’o­bli­ga­tion abso­lue de les faire vivre sans tra­vailler. Car du moment qu’ils sont venus au monde, ils ont droit à la vie. Ils y sont venus comme tous leurs frères, nus, sans poches rem­plies sur les côtés. Est-ce leur faute si toutes les richesses qui existent ont déjà un pro­prié­taire légi­time ? Et si l’a­bon­dance de ces richesses est telle que vous pré­fé­rez les détruire ? Ah ! pour légi­ti­mer cette appro­pria­tion de tout ce qui est néces­saire à la vie, la socié­té a éle­vé le tra­vail à la hau­teur d’une véri­table reli­gion. Ils ont accep­té cette loi, bien qu’elle dût leur paraître dure, et ils se sont mis cou­ra­geu­se­ment à l’oeuvre. Mais voi­là que, grâce au pro­grès tech­nique, leur tra­vail ne vous est plus néces­saire ! C’est cepen­dant leur unique bien, qu’ils sont for­cés d’é­chan­ger contre le mor­ceau de pain indis­pen­sable à la vie. Concluez?… Pré­fé­rez-vous les faire dis­pa­raître comme les che­vaux ? C’est la solu­tion des anthro­po­phages. Elle paraît tel­le­ment odieuse que, dans tous les pays, c’est l’É­tat qui vient en aide à ces soi-disant déshé­ri­tés. Vous savez, d’ailleurs, qu’une atti­tude dif­fé­rente condui­rait droit à la révo­lu­tion, car ils sont de plus en plus nom­breux. Aujourd’­hui 30 mil­lions, demain 35, 40, 50 mil­lions ! Il n’y a pas de rai­son pour que cela s’ar­rête, puisque l’i­déal du pro­grès tech­nique est la sup­pres­sion totale de la main‑d’œuvre. …/…

    Logi­que­ment, si la science, grâce aux savants, aux inven­teurs, aux pra­ti­ciens, est par­ve­nue à four­nir à l’hu­ma­ni­té une armée d’un mil­liard d’es­claves de fer, et une autre d’un mil­liard de che­vaux-vapeur, ce n’é­tait pas dans l’in­ten­tion que dis­pa­raissent quelques mil­lions d’hommes, sous pré­texte que leur tra­vail ne deve­nait plus néces­saire. L’homme, contrai­re­ment à ce que vous avez cru, n’é­tait pas condam­né au tra­vail à per­pé­tui­té. Il a dure­ment pei­né jus­qu’à ce qu’il pos­sède cette armée d’es­claves maté­riels qui, désor­mais, vont tra­vailler pour lui. C’est la grande relève qu’il attend, qu’il a pré­pa­rée et qui, enfin, est en marche pour le débar­ras­ser de la cor­vée du labeur. Pour­quoi serait-ce épou­van­table ? La civi­li­sa­tion antique ? Quelques hommes libres por­tés par un monde d’es­claves. Demain ? L’hu­ma­ni­té tout entière sera ces quelques hommes libres, et la matière sera la mul­ti­tude d’es­claves. Je ne vois vrai­ment pas là de quoi nous attris­ter et vous empê­cher de dormir. »

    Le droit du tra­vail pour pro­té­ger du chômage ?

    Pen­dant com­bien de temps encore allons nous pro­mou­voir des slo­gans du type « le tra­vail, c’est la liber­té », com­bien de temps ?

    On nous a appris dès tout petit qu’il fal­lait tra­vailler et gagner de l’argent pour gagner sa vie.

    Le tra­vail et l’argent ne sont que des moyens de pou­voir pour ceux qui en pro­fitent. En réa­li­té, l’argent n’a d’u­ti­li­té que pour contrô­ler les acti­vi­tés humaines, nul­le­ment pour la pro­duc­tion de biens et ser­vices qui peut être auto­ma­ti­sée rapidement.

    Tant que la valeur recon­nue est celle du tra­vail, la liber­té reste un mythe.

    L’argent n’est qu’un moyen d’im­po­ser la notion de tra­vail dont il n’est pas néces­saire de rap­pe­ler la signi­fi­ca­tion. Cette notion de tra­vail doit être dépas­sée afin de rendre sa liber­té à l’être humain et au vivant en général.

    Le constat est sans équi­voque, l’argent a détruit toute pos­si­bi­li­té d’a­bon­dance véri­table, de paix et de liberté.
    S’il y a abon­dance, l’argent perd toute sa valeur et n’a plus lieu d’être.

    Quelle que soit la méthode, l’u­sage de la mon­naie est tou­jours un outil d’as­ser­vis­se­ment des individus.

    Aujourd’­hui, grâce au pro­grès tech­nique, si nous le sou­hai­tons, l’a­bon­dance est acquise, nous pou­vons nous débar­ras­ser de la mon­naie et de l’a­lié­na­tion quelle engendre.

    Un monde meilleur est pos­sible et par­fai­te­ment à notre por­tée, un monde sans argent, sans tra­vail avi­lis­sant et sans guerre pour les ressources.

    Bien ami­ca­le­ment

    J.C

    Réponse
  23. J-Stéphane

    Bon­jour,

    La confu­sion fait cou­ler de l’encre inuti­le­ment, il vaut mieux que ce soit de l’encre que du sang… L’exemple est fla­grant, quand on s’at­tarde aux consé­quences, on néglige les causes. Et là, sans me pro­non­cer au nom d’un autre, je dirais que :

    J‑Stéphane vous explique que cer­taines inter­ven­tions ci-des­sus sont au pre­mier degré, d’autres au second, troi­sième voir qua­trième degré, rien de sérieux, pas de quoi se prendre le chou. 😉 _ 😉 _ 😉 _ 😉

    Ver­bia­ge­ment vôtre

    Réponse
  24. J-Stéphane

    Aus­si, J‑Stéphane pense que :

    Celui qui se dit démo­crate, se doit de démo­cra­ti­ser ses dis­cours et non faire éta­lage de sa culture en ayant des mots éli­tistes, sauf s’il y a volon­té d’i­so­ler les élites des autres, mais dans cet état d’es­prit, il ne peut pré­tendre avoir l’es­prit démocratique.

    Bonne jour­née, le pro­lo va travailler.

    Réponse
  25. EFFAB

    (@24) Mer­ci J.C pour ce par­tage, ce très inté­res­sant texte de 1932 et ces réflexions qui me semblent être à la pointe et à cette exi­gence de toute éman­ci­pa­tion exis­ten­tielle et politique.

    Pour le plai­sir de te citer et la per­ti­nence de tes pro­pos, ces véri­tés et ce res­sen­ti qui nous sont si fami­liers à nous, nous ces illu­mi­nés, nous qui ne trou­vons pas tou­jours l’é­coute et les mots pour le dire et pour convaincre, moi le premier.

    … »Le tra­vail et l’argent ne sont que des moyens de pou­voir pour ceux qui en pro­fitent. En réa­li­té, l’argent n’a d’u­ti­li­té que pour contrô­ler les acti­vi­tés humaines, nul­le­ment pour la pro­duc­tion de biens et ser­vices qui peut être auto­ma­ti­sée rapidement.

    Tant que la valeur recon­nu est celle du tra­vail, la liber­té reste un mythe.

    L’argent n’est qu’un moyen d’im­po­ser la notion de tra­vail dont il n’est pas néces­saire de rap­pe­ler la signi­fi­ca­tion. Cette notion de tra­vail doit être dépas­sée afin de rendre sa liber­té à l’être humain et au vivant en général.

    Le constat est sans équi­voque, l’argent a détruit toute pos­si­bi­li­té d’a­bon­dance véri­table, de paix et de liber­té. S’il y a abon­dance, l’argent perd toute sa valeur et n’a plus lieu d’être… »

    Nous ne pou­vons faire les choses à moi­tié, c’est cer­tain, car oublier quelques pos­tu­lats essen­tiels et garants d’un monde et d’une socié­té juste et ver­tueuse, c’est per­mettre à terme de nou­velles dérives et ces inces­santes redites his­to­riques… c’est là que se situe toute vraie légi­ti­mi­té, exi­gente et dés­in­té­res­sée tout à la fois.

    Cette délec­ta­tion de vous lire tous, ces conni­vences, ces syner­gies. Bonne journée.

    Fabien

    Réponse
  26. Ana Sailland

    Il y a des gens qui souffrent ‑pas moi, mer­ci- et ne peuvent attendre la réa­li­sa­tion du plus pur de nos rêves.

    Ils n’ont pas le loi­sir de rêver, et je l’ai tou­jours eu, car ma car­rière s’est ins­crite sous un droit du tra­vail cor­rect, hors de France.
    J’ai un compte UBS moi hihi.

    La lutte syn­di­cale et la réflexion sur l’a­bo­li­tion de l’argent s’ins­crivent dans des échelles de temps fort différentes.
    Elles ne sont pas anta­go­nistes mais complémentaires.

    Mor­pheus, on peut consi­dé­rer un droit du tra­vail amé­lio­ré comme étape utile pour que les tra­vailleurs dis­posent du confort, de la sécu­ri­té, et du loi­sir néces­saires pour com­men­cer à rêver hors du sché­ma men­tal impo­sé par l’His­toire et les siècles des siècles.

    Ce qu’il faut évi­ter, c’est de faire comme le PS qui sacri­fie défi­ni­ti­ve­ment ses valeurs au nom du prag­ma­tisme contex­tuel : Même quand nous sommes scot­chés sur l’im­mé­diate néces­si­té, nous devons gar­der à l’es­prit le pro­jet de ter­ras­ser la bête.

    Réponse
  27. EFFAB

    Au pro­lo tra­vailleur, je vou­lais savoir quels étaient ces mots éli­tistes fai­sant éta­lage de leur pré­ten­tion démo­cra­tique… tu sais, la bêtise humaine n’in­ter­dit pas un peu de connais­sance et d’éclair­cis­se­ment_comme le bon sens popu­laire a sou­vent rai­son sur bien des points, je te l’ac­corde volon­tiers, lol.

    Tu fais très bien en tout cas d’al­ler tra­vailler, ne serait-ce que pour finan­cer tous ceux qui n’ont pas cette chance ou ce pri­vi­lège, ou de tout autre mot si tu pré­fères, assu­je­tis­se­ment, néces­si­té, devoir, droit, escla­va­gisme moderne, j’en passe, des vertes et des plus mûres, ver­biage que tout cela, je te le concède.

    Der­nier point : il n’y pas lieu ici de faire éta­lage de quoi que ce soit mais bien d’é­du­quer les consciences et les esprits, cette exi­gence phi­lo­so­phique comme cette res­pon­sa­bi­li­té politique.

    Bien des choses

    Réponse
  28. EFFAB
  29. Méchant Virus

    Je pense que cri­ti­quer et pro­po­ser des amé­lio­ra­tions au droit du tra­vail actuel n’est pas inutile mais gar­dons en tête que le droit du tra­vail est sup­po­sé être un « contre pou­voir » au droit du pro­prié­taire. Si le droit du tra­vail est ban­cale et com­pli­qué (à des­sein ou pas) c’est parce que la droit du pro­prié­taire est omni­po­tent ou presque. Si on place le droit du peuple au des­sus du droit du pro­prié­taire, la solu­tion appa­raît d’elle même. Bref, pas de jus­tice au tra­vail sans démocratie.

    A for­tio­ri, dans une socié­té « sans mon­naie Mor­pheus-like » (on lui trouve un petit nom?), la ques­tion ne se pose même pas.

    Réponse
  30. Morpheus

    @ Alfi­la
    @ Alain Guillou

    Ta remarque, Alfi­la, m’a fait tiquer, du coup j’ai revu le début de la vidéo et… tu as par­fai­te­ment rai­son, il parle bien du droit DU tra­vail et non du droit AU travail.

    Constat affli­geant : j’ai lais­sé ma pas­sion défor­mer mes sens et j’ai inter­pré­té (enten­du) un dis­cours sur le droit au tra­vail alors qu’ef­fec­ti­ve­ment il parle bien du droit du tra­vail (le code du tra­vail). Ce qui confirme, comme je le dis par­fois, que nos juge­ments occultent ce qu’é­claire notre dis­cer­ne­ment, et que pour éclai­rer un sujet il vaut mieux ne pas lais­ser nos émo­tions nous empor­ter (je le sais bien, et cela ne m’empêche pas, quelques fois, de lais­ser les affects m’aveugler).

    Du coup, bien que je ne retire rien de ce que j’ai dit (c’é­tait l’ex­pres­sion sin­cère de ce que je pense concer­nant une socié­té où l’on est obli­gé de tra­vailler pour vivre – ce que j’appelle l’es­cla­vage), je recon­nais que ce n’é­tait sans doute pas appro­prié au regard de l’in­ter­ven­tion de Gérard Filoche.

    AU TEMPS POUR MOI !

    Ami­ca­le­ment,
    Morpheus

    Réponse
  31. Morpheus

    @ J‑Stéphane

    Tu as écris : Celui qui se dit démo­crate, se doit de démo­cra­ti­ser ses dis­cours et non faire éta­lage de sa culture en ayant des mots éli­tistes, sauf s’il y a volon­té d’i­so­ler les élites des autres, mais dans cet état d’es­prit, il ne peut pré­tendre avoir l’es­prit démocratique.

    Je ne sais pas si cela s’a­dres­sait à moi en par­ti­cu­lier, mais je vais répondre comme si 😉

    J’ex­pli­quais l’autre jour à J.C que si mon lan­gage est par­fois un brin chia­dé, c’est parce que je consi­dère que l’ex­pres­sion écrite (et orale), est le plus impré­cis et le plus impar­fait de nos modes de com­mu­ni­ca­tions. Hélas, c’est notre mode de com­mu­ni­ca­tion qua­si exclu­sif, celui que nous employons à 99,99%. Dès lors, dans le but de bien se com­prendre, je consi­dère de mon devoir de m’ef­for­cer d’u­ser au mieux de ce lan­gage si impar­fait. Et ce n’est pas facile.

    Ta remarque a du sens, car pour bien me faire com­prendre du plus grand nombre, il peut être utile d’u­ser d’un lan­gage com­pré­hen­sible par le plus grand nombre.

    L’en­nui, c’est qu’il y a une contra­dic­tion inhé­rente à cette thèse : comme je ne peux devi­ner quel est le (niveau de) lan­gage de mes inter­lo­cu­teurs (je ne les connais pas, et d’au­tant moins via inter­net – très imper­son­nel mal­heu­reu­se­ment), cela m’im­po­se­rait de nive­ler mon expres­sion par le bas. Cela impli­que­rait une impos­si­bi­li­té d’ex­pri­mer avec autant de pré­ci­sion que pos­sible ce que je sou­haite expli­quer, ou alors, en pre­nant beau­coup de temps pour le dire (cf. Les Ents dans Le sei­gneur des anneaux de Tolkien 😉 ).

    Je crois qu’il pour­rait y avoir une alter­na­tive a contra­rio : ce serait que lorsque quel­qu’un ne com­prend pas ce que j’ex­prime (parce que mon lan­gage est trop « poin­tu »), il me le fasse sim­ple­ment savoir en disant « je ne com­prend ce pas­sage / ce mot / cette expres­sion, peux-tu me l’ex­pli­quer autrement ? »

    Cela per­met­trait de pré­ci­ser ma pen­sée, tout en iden­ti­fiant un défaut de com­mu­ni­ca­tion. J’y gagne en poin­tant un concept dif­fi­cile à expli­quer (ce qui peut éven­tuel­le­ment me per­mettre d’af­fi­ner mon expres­sion en essayant de la rendre plus facile à com­prendre) et mon inter­lo­cu­teur (ou inter­lo­cu­trice) y gagne en décou­vrant de nou­veaux concepts / mots / expres­sions. Gagnant – gagnant.

    Qu’en penses-tu ?

    Cor­dia­le­ment,
    Morpheus

    Réponse
  32. Ana Sailland

    Par contre, l’ar­ticle 23 de la décla­ra­tion uni­ver­selle des droits de l’hu­main … je vous laisse le relire 🙂

    Réponse
  33. Méchant Virus

    Ta remarque, Alfi­la, m’a fait tiquer, du coup j’ai revu le début de la vidéo et… tu as par­fai­te­ment rai­son, il parle bien du droit DU tra­vail et non du droit AU travail.

    Voi­là, on passe pour des débiles, mer­ci Morpheus !

    une socié­té « sans mon­naie Mor­pheus-like » (on lui trouve un petit nom?)

    Je pro­pose : Pro­jet Ravioli.

    Par contre, l’ar­ticle 23 de la décla­ra­tion uni­ver­selle des droits de l’hu­main … je vous laisse le relire

    « Pas le droit de trem­per ses frites dans la sauce au poivre de son voi­sin de table ». Je ne vois vrai­ment pas le rapport.

    Réponse
  34. AlainR

    Vient de paraître cette excel­lente et moti­vante analyse :

    La véri­table richesse
    Une éco­no­mie du temps retrouvé
    (de Juliet Schor, eclm​.fr)

    Nous connais­sons aujourd’hui l’enchaînement fré­né­tique qui fait que tra­vail et consom­ma­tion s’entraînent l’un l’autre pour conti­nuer à faire fonc­tion­ner une machine éco­no­mique qui a per­du tout son sens.

    Pour réunir les condi­tions du chan­ge­ment face à la puis­sance des logiques de sta­tu quo, il faut revoir radi­ca­le­ment notre façon de pen­ser, de tra­vailler, de consom­mer. Loin de tout mes­sage sacri­fi­ciel, et en repre­nant à son compte l’idée de rêve amé­ri­cain fon­dé sur la recherche du bon­heur, Juliet Schor démontre qu’un mode de vie qui pri­vi­lé­gie l’épanouissement et la cohé­sion sociale plu­tôt que l’accumulation peut mener à l’équilibre éco­lo­gique et économique.

    Cela passe tout d’abord par la réduc­tion du temps de tra­vail, au cœur de cet ouvrage, et par une bonne uti­li­sa­tion du temps ain­si libé­ré : agri­cul­ture urbaine, bri­co­lage, échanges, sont autant d’exemples explo­rés ici. Juliet Schor défend aus­si l’idée que les inno­va­tions sociales et les nou­velles tech­no­lo­gies peuvent simul­ta­né­ment amé­lio­rer nos vies et pro­té­ger la planète.

    Elle nous convainc ain­si que nous pou­vons remettre en cause l’idée de déter­mi­nisme, notam­ment éco­no­mique, auquel nous devrions nous sou­mettre et nous donne les moyens de sor­tir du cycle qui mène du tra­vail aux dépenses et d’aller vers un monde riche de temps, de créa­ti­vi­té, d’information et de lien social.

    Réponse
  35. Morpheus

    @ Méchant Virus

    Ben oui, on passe pour des débiles. En même temps, il y a un côté ras­su­rant : si on est débile en se lais­sant aveu­gler par nos émo­tion, au moins on n’est sûr de ne pas mou­rir idiot tout seul 😀

    « Pro­jet Ravi au lit » ?

    Je suis pour !

    L’ar­ticle 23 de la DUDH c’est ça :

    [1. Toute per­sonne a droit au tra­vail, au libre choix de son tra­vail, à des condi­tions équi­tables et satis­fai­santes de tra­vail et à la pro­tec­tion contre le chômage.

    2. Tous ont droit, sans aucune dis­cri­mi­na­tion, à un salaire égal pour un tra­vail égal.

    3. Qui­conque tra­vaille a droit à une rému­né­ra­tion équi­table et satis­fai­sante lui assu­rant ain­si qu’à sa famille une exis­tence conforme à la digni­té humaine et com­plé­tée, s’il y a lieu, par tous autres moyens de pro­tec­tion sociale.

    4. Toute per­sonne a le droit de fon­der avec d’autres des syn­di­cats et de s’af­fi­lier à des syn­di­cats pour la défense de ses intérêts.]

    C’est un tan­ti­net en rap­port avec le sujet, tout de même, non ? En tout cas, il y a de quoi dis­cu­ter sur cette base… 😉

    Ami­ca­le­ment,
    Morpheus

    Réponse
  36. Méchant Virus

    Je ne sais pas si le mon­sieur lit son blog mais je viens de lui lais­ser un petit mes­sage. J’ai hési­té à conclure par un petit « IN YOUR FACE ! » mais j’ai fina­le­ment déci­dé de res­ter plus traditionnel.

    Réponse
  37. EFFAB

    (@34)… je vous laisse le relire

    Divine ANA, le relire ?! mais l’ai-je bien lu un jour aupa­ra­vant ? oui, évi­dem­ment, un jour au col­lège ou au lycée, peut-être ici-et-là à la déro­bée… tou­jours est-il qu’on est loin de toute inver­sion ici : non seule­ment cela est écrit noir sur blanc et à notre entière avan­tage – j’en­tends dans l’in­té­rêt du tra­vailleur et, si j’ai bien lu, ce droit et cette digni­té au tra­vail mais encore à une exis­tence décente -, c’est-à-dire la Loi comme elle a été voté et dont s’e­nor­gueillissent tous les bien-pen­sants et autres démo­crates de France et de navarre, fussent-ils de droite ou de gauche_il n’empêche, j’ai pas vrai­ment l’im­pres­sion que tous ceux qui nous gou­vernent et sont cen­sés juger tout abus l’ob­servent vrai­ment cette fameuse Loi et tous ces pré­ten­dus droits acquis et uni­ver­sels… c’est pour­quoi, reli­sons bien cet article et pin­çons-nous encore autant de fois que néces­saire, lol.

    Article 23

    1. Toute per­sonne a droit au tra­vail, au libre choix de son tra­vail, à des condi­tions équi­tables et satis­fai­santes de tra­vail et à la pro­tec­tion contre le chômage.

    2. Tous ont droit, sans aucune dis­cri­mi­na­tion, à un salaire égal pour un tra­vail égal.

    3. Qui­conque tra­vaille a droit à une rému­né­ra­tion équi­table et satis­fai­sante lui assu­rant ain­si qu’à sa famille une exis­tence conforme à la digni­té humaine et com­plé­tée, s’il y a lieu, par tous autres moyens de pro­tec­tion sociale.

    4. Toute per­sonne a le droit de fon­der avec d’autres des syn­di­cats et de s’af­fi­lier à des syn­di­cats pour la défense de ses intérêts.
    ( http://​www​.un​.org/​f​r​/​d​o​c​u​m​e​n​t​s​/​u​d​h​r​/​#​a23)

    (@36)… le temps retrou­vé, oui, ALAIN, cette poé­sie en même temps que cet essentiel.

    Réponse
  38. Ana Sailland

    Ça com­mence comme « pince mi et pince moi sont dans un bateau », mais ne vous inquié­tez pas, ce n’est que provisoire :

    Wolf­gang Pau­li et Paul Dirac voyagent ensemble dans un train.

    Le silence règne, car le second, fidèle à sa répu­ta­tion de tai­seux, reste dans son mutisme.
    Alors que le train tra­verse la cam­pagne, Pau­li cherche à enga­ger la conversation : 

    « Regar­dez Dirac, on dirait que ces mou­tons ont été fraî­che­ment tondus. » 

    Son voi­sin regarde par la fenêtre, réflé­chit et répond : 

    « Oui, au moins de ce côté-ci. » 

    Il y a plu­sieurs façons d’in­ter­pré­ter cet épisode. 

    L’une d’elles met en avant la néces­si­té d’ex­plo­rer toutes les facettes d’un objet avant de pré­tendre en avoir une connais­sance glo­bale que l’on pour­rait éven­tuel­le­ment exploiter.

    Mais ça, qui remonte à la nuit des temps, c’est l’interprétation clas­sique de l’inconnaissance, qui sti­pule que l’observable inac­ces­sible est déter­mi­né avant que je ne l’observe, qui sti­pule une réa­li­té indé­pen­dante, pré­exis­tante à la simple pré­sence d’une conscience.

    L’autre, qui n’a guère plus d’un siècle, est née avec la méca­nique quantique : 

    si je ne vois pas, cela ne veut pas dire for­cé­ment que ce qui m’est inac­ces­sible n’en pos­sède pas moins des carac­té­ris­tiques pré­cises bien qu’inconnues, cela peut au contraire signi­fier que l’invisible n’est pas à l’instant pré­sent dans un état déter­mi­né, et que seule l’observation de la face cachée (du mou­ton ou des choses) pré­ci­pi­te­ra ulté­rieu­re­ment la réa­li­té dans l’un de ses sché­mas possibles. 

    Nous avons une simi­la­ri­té de cela, qui n’est pas que métaphorique : 
    Un ami ne pense pas for­cé­ment en ce moment à un sujet qui me préoccupe.
    Et il se peut qu’il n’y ait jamais réflé­chi sérieusement.
    Il est ain­si pos­sible que son opi­nion ne me soit pas incon­nue mais soit, de fait, pro­vi­soi­re­ment indé­ter­mi­née, ce qui est très différent.
    Par contre, si j’interroge cet ami, il va pro­ba­ble­ment se déter­mi­ner qua­si ins­tan­ta­né­ment et me livrer une opi­nion claire nette pré­cise, qui nous était l’instant d’avant inac­ces­sible car non encore forgée.
    Ain­si donc l’observation oblige-t-elle l’observable à se déterminer. 
    (C’est, appli­qué à l’échange entre consciences, le col­lap­sus des pos­sibles selon Schrödinger)

    C’est pour­quoi il est si impor­tant d’observer avec la plus grande atten­tion ce qui n’existe pas encore, l’utopie veux-je dire : ce n’est qu’ainsi que le rêveur lui per­met­tra de se déter­mi­ner réa­liste, puis prag­ma­tique, puis incarnée.

    Nous a été offerte dans une vidéo récente cette idée magni­fique que celui qui est par­fai­te­ment adap­té à une socié­té mal­saine, celui-là est pro­ba­ble­ment malade.
    C’est d’une logique irréprochable 🙂

    Le remède ne sera pas de prendre la poudre d’escampette et de choi­sir la mar­gi­na­li­té, mais consis­te­ra à orien­ter son propre esprit, et peut être celui des autres, vers ce qui n’existe pas, vers le rêve, le rêve à obser­ver avec d’autant plus d’attention que nous savons que l’observation déter­mine l’observable.

    Réponse
  39. J.C

    @ Mor­pheus

    Pour ma part, je trouve ton inter­ven­tion excel­lente. Même si elle n’est pas une réponse directe au pro­pos de Gérard Filoche que je trouve très sym­pa­thique, elle touche à la cause de ce type de discours.

    En effet, si nous par­lons aujourd’­hui du droit du tra­vail c’est bien parce que d’a­bord, il y a un droit au tra­vail qui n’est autre qu’une obli­ga­tion, l’une des sources de notre esclavage.

    Et de manière bien plus grave, ce droit au tra­vail est ins­crit dans un texte bien plus fon­da­men­tal à celui qui est expo­sé ici.

    Pour en reve­nir aux pro­pos de Gérard filoche, si j’ai bien com­pris, il va résul­ter de ce texte, la baisse des salaires et du temps de tra­vail à volon­té, des licen­cie­ments sans motifs en 21 jours.

    Ils n’y sont effec­ti­ve­ment pas aller avec le dos de la cuillère ce coup çi.

    Je garde de cette confé­rence deux com­men­taires fort :

    1° le chô­mage est un dû, c’est une assu­rance qui a été payé, on a coti­sé pour ça.

    2° concer­nant le volon­ta­risme dans l’en­tre­prise, je cite : « Ce qui carac­té­rise un contrat de tra­vail est un lien de subor­di­na­tion juri­dique per­ma­nent. Quand vous êtes dans l’en­tre­prise, il n’y a pas de citoyen­ne­té, il n’y a pas de démo­cra­tie, il n’y a pas d’é­ga­li­té. Vous êtes su-bor-don-nés
     »

    @ Ana

    « Il y a des gens qui souffrent ‑pas moi, mer­ci- et ne peuvent attendre la réa­li­sa­tion du plus pur de nos rêves.

    Ils n’ont pas le loi­sir de rêver, et je l’ai tou­jours eu, car ma car­rière s’est ins­crite sous un droit du tra­vail cor­rect, hors de France.
    J’ai un compte UBS moi hihi. »

    Si tu sou­haites me don­ner de l’argent, je te pro­mets que je ne te les ren­drait jamais, ce sera un don pur 😉

    @ Méchant virus

    « Je pense que cri­ti­quer et pro­po­ser des amé­lio­ra­tions au droit du tra­vail actuel n’est pas inutile mais gar­dons en tête que le droit du tra­vail est sup­po­sé être un « contre pou­voir » au droit du pro­prié­taire. Si le droit du tra­vail est ban­cale et com­pli­qué (à des­sein ou pas) c’est parce que la droit du pro­prié­taire est omni­po­tent ou presque. Si on place le droit du peuple au des­sus du droit du pro­prié­taire, la solu­tion appa­raît d’elle même. Bref, pas de jus­tice au tra­vail sans démocratie. »

    Tu as rai­son, cepen­dant nous sommes comme d’ha­bi­tude de simples spec­ta­teurs, les pro­blèmes et les solu­tions seront tou­jours déci­dé par les mêmes tant que l’on ne s’at­ta­que­ra à la cause des causes de leur puis­sance et de notre impuis­sance, j’ai nom­mé l’argent.

    Sans ce cen­trer sur ce point, les prises de conscience démo­cra­tiques sont utiles et un préa­lable néces­saire mais insuffisantes.

    La ques­tion du droit du tra­vail pour­rait ne pas être une ques­tion nécessaire.
    Si on arrive à ins­tau­rer notre puis­sance poli­tique, elle ne se pose­ra pas et dans le cas contraire, on y pour­ra rien.

    le pou­voir est d’a­bord à l’argent et ce n’est pas nou­veau. Pour s’en convaincre :

    Si demain on abo­lit l’argent, après demain plus per­sonne n’o­béit aux lois.
    Si demain on abo­lit les lois, après demain les gens obéi­ront tou­jours à l’argent.
    Au moins c’est clair.

    Dans un pays ou l’E­tat n’a plus le contrôle, seul l’argent fait la loi. En tout cas jus­qu’à ce que les lois propre à l’argent elle-même soient remises en cause.

    « Nous pou­vons uni­que­ment contrô­ler le gou­ver­ne­ment et notre des­tin grâce à notre pou­voir sur l’argent. Tant que nous n’exer­ce­rons pas ce pou­voir, il sera inutile de débattre des pour et des contre des pro­grammes poli­tiques » E.C Rie­gel (1944)

    Si nous ne vou­lons défi­ni­ti­ve­ment plus qu’un groupe de riche prenne le pou­voir, il nous faut renon­cer à la mon­naie et au chan­tage qu’il représente.

    Bien ami­ca­le­ment

    J.C

    Réponse
  40. EFFAB

    PAULI, DIRAC, SCHRODINGER, bref, rien que de plus banal ici… qui par­lait tan­tôt d’éli­tisme ? – sou­rires – et cela est d’au­tant plus amu­sant que je ne sais pas grand chose à vrai dire de ces mes­sieurs-là, il n’empêche, elle est épa­tante, mon cher YOG-SOTHOTH, et c’est bien ce qui la rend d’au­tant plus pré­cieuse et intègre, si je puis me per­mettre, chère ANA.

    Par contre, entre pin­çons-nous et pince-mi et pince-moi, j’i­gnore s’il faut y voir là quelque déter­mi­nisme que ce soit ou ce fief­fé hasard mais c’est trop amu­sant en tout cas.

    Bien des choses

    Réponse
  41. Alain Guillou

    « Quand il ne peut plus lut­ter contre le vent et la mer pour pour­suivre sa route, il y a deux allures que peut encore prendre un voi­lier : la cape (le foc bor­dé à contre et la barre des­sous) le sou­met à la dérive du vent et de la mer, et la fuite devant la tem­pête en épau­lant la lame sur l’arrière avec un mini­mum de toile. La fuite reste sou­vent, loin des côtes, la seule façon de sau­ver le bateau et son équi­page. Elle per­met aus­si de décou­vrir des rivages incon­nus qui sur­gi­ront à l’horizon des calmes retrou­vés. Rivages incon­nus qu’ignoreront tou­jours ceux qui ont la chance appa­rente de pou­voir suivre la route des car­gos et des tan­kers, la route sans impré­vu impo­sée par les com­pa­gnies de trans­port maritime.

    Vous connais­sez sans doute un voi­lier nom­mé Désir. »
    Voi­ci ce qu’é­crit Hen­ri LABORIT , cher­cheur, bio­lo­giste, neu­ro­logue, non « freu­dien »…mais aussi :
    « Nous ne vivons que pour main­te­nir notre struc­ture bio­lo­gique, nous sommes pro­gram­més depuis l’œuf fécon­dé pour cette seule fin, et toute struc­ture vivante n’a pas d’autre rai­son d’être que d’être. »…Il pour­suit en dénon­çant les domi­nants de ce monde qui poli­ti­que­ment et média­ti­que­ment veulent nous faire oublier que tout homme est un mam­mi­fère, tout mam­mi­fère un poten­tiel domi­nant, et tout domi­nant un « monstre »…

    Il serait dom­mage pour « nos » sens cri­tiques (l’in­di­vi­duel et le col­lec­tif), que nous per­dions de vue le bute de notre « ran­don­née sur ce blog » : non pas croi­ser entre les gros por­teurs d’i­déo­lo­gies à vendre d’un bout à l’autre de la pla­nète homme, « contre vents et marées », mais des per­sonnes « en soli­taires » ou « en équipes », qui sur cette étrange « pla­nète homme », découvrent que les « Vents éta­blis » domi­nants l’ont été par les humains dominants…reste donc , comme le cou­ra­geux capi­taine Filoche, soit à mettre en fuite, soit à refaire cet océan dont on sait qu’il est fac­tice : n’est-ce pas le but d’é­crire nous-mêmes la Consti­tu­tion, donc d’autres « vents contraires », qui « nous « per­mettent de navi­guer « selon nos dési­rs » ? l’u­to­pie a aus­si « ses lois » ! s’ar­rê­ter et afa­ler les voiles dans un cla­pot pré­ten­du « anar­chie », c’est en réa­li­té attendre que les requins de notre « huma­ni­tude ori­gi­nelle » remontent à la sur­face, « faire leur LOI…Les véri­tables « éco­lo­gistes » sont ceux qui cherchent une « pla­ni­fi­ca­tion éco­lo­gique », les véri­tables huma­nistes sont ceux qui cherchent une Consti­tu­tion « contrai­gnant les dominants ».
    (mon défaut ici encore, comme Mor­phéus, j’es­saie de faire assez court : les rac­cour­cis for­cé­ment tra­hissent). Bref je ne réflé­chis pas qu’a­vec Freud ! Mer­ci les copains !

    Réponse
  42. Ana Sailland

    @J.C

    Plus malin que don­ner, prê­ter avec l’in­jonc­tion de rendre à une tierce per­sonne, sans date butoir.
    C’est une façon modeste d’a­mor­cer … le chan­ge­ment de paradigme.

    Le don pos­sible ne se limite pas au don de sym­bole moné­taire, qui confirme le piège et n’en libère pas.
    Le béné­vo­lat par exemple illustre et démontre cette poten­tia­li­té d’un tra­vail exo­né­ré de l’argent, et toute une réflexion sur le tra­vail offert pour­rait s’a­mor­cer ici.
    Symp­to­ma­tique de notre civi­li­sa­tion, quand on parle de « droit au tra­vail », ce n’est jamais (ou presque) dans l’es­prit du droit de contri­buer à la vie du corps social, élan humain de base, qui n’est pas for­cé­ment contractuel.

    Nous avons déjà par­lé du don acra­to­pège ici

    et juste en des­sous, de l’ar­ticle 23 de la DUDH

    et du reve­nu inconditionnel

    Tous ces sujets sont inti­me­ment liés, et dès qu’on touche à l’un, les autres surgissent. 
    Sauf sur TF1, ça va de soi …

    Un moine boud­dhiste m’a dit qu’en sans­crit, le tra­vail et le lien avec le divin seraient syno­nymes. On est loin du tri­pa­lium, mais je n’ai pas vérifié.

    Réponse
  43. J.C

    @ Alain Guillou

    « Nous ne vivons que pour main­te­nir notre struc­ture bio­lo­gique, nous sommes pro­gram­més depuis l’œuf fécon­dé pour cette seule fin, et toute struc­ture vivante n’a pas d’autre rai­son d’être que d’être » Hen­ri LABORIT.

    Ce type de rai­son­ne­ment tout a fait maté­ria­liste et nihi­liste est tout à fait dans l’air du temps.
    Les êtres ne cherchent pas juste à sur­vivre bio­lo­gi­que­ment, ils s’en­nuie­raient très vite.
    Ils peuvent bien cher­cher à se dis­traire mais à y regar­der d’un peu plus près, expé­ri­men­tant l’é­ter­nel insa­tis­fac­tion du deve­nir, ils cherchent tou­jours à amé­lio­rer leur condition.
    Ils cherchent tous le bon­heur et veulent tous évi­ter la souf­france et même ceux qui recherche la dou­leur, c’est bien parce qu’elle leurs apportent un cer­tains plaisir.
    nous cher­chons tous à échap­per à la souf­france d’une manière ou d’une autre et c’est la le moteur de notre apprentissage.

    @ Ana

    « Plus malin que don­ner, prê­ter avec l’in­jonc­tion de rendre à une tierce per­sonne, sans date butoir.
    C’est une façon modeste d’a­mor­cer … le chan­ge­ment de paradigme. »

    Ce n’est à prio­ri pas idiot (chiche)
    Cepen­dant, il y a une contre par­tie, un devoir, ça reste une forme d’as­ser­vis­se­ment , que ce soit d’ordre moné­taire ou non.

    En fait, chez les boud­dhistes il s’a­git plu­tôt des acti­vi­tés en géné­ral qui sont effec­tuées dans un esprit altruiste. Si l’on effec­tue ces acti­vi­tés sans atta­che­ment, elles sont faites à la manière des divinités.

    Bien ami­ca­le­ment

    J.C

    Réponse
  44. J-Stéphane

    Bon­soir,

    @ Mor­pheus, mess 33.

    Voi­là le Mor­pheus que j’aime lire, celui qui est plein de per­ti­nence, de bon sens et de tolé­rance. Pas celui qui s’a­baisse à prendre de haut ceux qui n’ont pas les mêmes rai­son­ne­ments que lui.

    Main­te­nant, pour essayer de faire com­prendre ce que j’en­tends par esprit démo­cra­tique qui ne se démo­cra­tise tou­jours pas, pre­nons pour exemple la phi­lo­so­phie de J‑J Rous­seau. Elle est sociale et démo­cra­tique, et pour­tant elle ne s’est pas démo­cra­ti­sée, elle a même été fran­che­ment réduite au silence.

    À mon avis, c’est parce qu’il l’a écrite à une époque où le peuple n’en était qu’à sa pro­to­his­toire, et que majo­ri­tai­re­ment ceux qui pou­vaient le lire étaient ceux dont il dénon­çait les pri­vi­lèges. Donc à cette période sa phi­lo­so­phie ne pou­vait pas se démocratiser.

    Main­te­nant, il en est tout autre­ment, le peuple est let­tré, et en plus les médias se sont diver­si­fiés. Mais cela ne suf­fit pas, il faut que notre pro­pa­gande – car il s’a­git bien d’une guerre de pro­pa­gande – soit la plus plai­sante pos­sible à assi­mi­ler par le plus grand nombre, qui est actuel­le­ment plus pré­oc­cu­pé à trou­ver de l’o­pium, ne l’ou­blions pas. Il faut cap­ti­ver, accro­cher et faire plai­sir dès les pre­miers mots, dès les pre­mières images. Les graines de la démo­cra­tie ne demandent plus qu’à être semées en chaque citoyen pour enfin ger­mer , et à l’in­verse d’une dic­ta­ture, ça ne se fera pas par la contrainte.

    Tous les jours je côtoie des gens qui se lassent de mes dis­cours poli­tiques et quand je fais l’er­reur d’u­ti­li­ser un mot qu’il ne connaissent pas, ils pré­fèrent ne rien dire. Les yeux dans les yeux je le décèle et me cor­rige, mais via la TV, la radio, Inter­net ou un livre, beau­coup ne font pas la démarche de cher­cher à com­prendre, ils passent à autre chose, star aca­de­my par exemple.

    Aus­si, je n’ai pas l’im­pres­sion quand j’a­dapte mon dis­cours à celui qui m’é­coute, de le nive­ler par le bas, bien au contraire, c’est comme une sorte d’es­pé­ran­to, un lan­gage unique que j’a­mé­liore en me fai­sant com­prendre par le plus grand nombre, et en plus ayant de moins en moins la pré­oc­cu­pa­tion de l’a­dap­ter je suis plus pers­pi­cace, car j’ar­rive de plus en plus à lui don­ner un sens attractif.

    Bonne nuit

    Réponse
  45. Ana Sailland

    Ce n’est pas à pro­pre­ment par­ler une contre­par­tie, car tu l’au­ras devi­né, l’é­met­teur ne contrô­le­ra pas le rece­veur. Le mot injonc­tion était mal choi­si ; disons suggestion.

    Réponse
  46. lu

    Mor­pheus,

    « Nous n’a­vons pas BESOIN de tra­vailler, il ne s’a­git pas d’un DROIT, mais d’une OBLIGATION lorsque l’on doit avoir de l’ARGENT pour pou­voir vivre. C’est l’ARGENT (la mon­naie, ce ticket de ration­ne­ment pour le temps de la paix / de la guerre éco­no­mique) dont nous avons besoin et qui devrait être un droit, non celui d’être contraint au travail. »

    Ah oui et je ne vous explique le modèle de socié­té qui va avec.

    La mon­naie libère aussi.

    N’en faites pas un bouc émissaire.

    Chas­sez plu­tôt du côté de ceux qui abusent et sanc­tion­nez les hardiment.

    Echange effa­rant de connerie.

    Réponse
  47. Luc

    En 2008 , je suis allé à une réunion d’in­for­ma­tion por­tant sur l’auto-entrepreneuriat.

    J’es­pè­rais en connaitre les règles , les démarches.

    L’a­ni­ma­teur du registre des métiers , un bon syn­di­ca­liste , un bon socia­liste a tout fait pour nous décou­ra­ger en essayant de démon­ter le sta­tut et de nous faire peur.

    Je rap­pelle que sa mis­sion consis­tait à nous infor­mer sur les atouts et les risques .

    Il était là , comme pro­cu­reur contre la réforme

    gou­ver­ne­men­tale.

    Lamen­table.

    Voi­là le contre pouvoir.

    Main­te­nant qu’ils sont au pou­voir , qu’ils ont tous les pou­voirs , ils cassent tout.

    et je ne vous explique pas ce que ce serait avec Mélen­chon ou Le Pen.

    Pauvre France

    Réponse
  48. Méchant Virus

    Mon cher Luc,

    Sans être un anti-moné­ta­riste for­ce­né, je pense qu’af­fir­mer que la mon­naie libère est un peu fort. Du moins, une argu­men­ta­tion solide s’im­pose avant d’en arri­ver là et je ne la vois pas.

    D’autre part, un échange n’est effa­rant de conne­rie seule­ment quand il n’est pas cor­rec­te­ment étayé. Il faut donc faire un effort aus­si de ton côté.

    Je ne com­prend pas bien où tu veux en venir : sur un autre sujet tu réclames une consti­tu­tion popu­laire (à moins qu’il y ait un autre Luc), ici tu vantes les mérites de la mon­naie et de l’au­to-entre­prise, tu conchies le syn­di­ca­lisme, le socia­lisme, Mélen­chon et Le Pen. Je ne dis pas que je suis en désac­cord mais il va fal­loir que tu appro­fon­disses ta pensée.

    Réponse
  49. J-Stéphane

    @ LUC, mes­sage 51

    Les par­tis ne sont que des outils pour divi­ser le peuple, et les can­di­dats les plus média­ti­sés sont des ins­tru­ments pour divi­ser les partisans.

    Réponse
  50. Morpheus

    @ Luc (ou Lu ?)

    Je vais rajou­ter dans la conne­rie, pardonnes-moi 🙂

    Cita­tion :

    1. La moné­ta­ri­sa­tion est un des traits spé­ci­fiques des socié­tés modernes, et marque une rup­ture nette avec le sys­tème féo­dal. Son influence s’évalue pour le socio­logue en terme d’émergence de nou­veaux types de per­son­na­li­tés et de socia­li­tés : la socia­li­té mar­chande tout comme les figures de l’avare, du pro­digue et du bla­sé en sont de bons exemples.

    1.1. La carac­té­ris­tique pre­mière de la moné­ta­ri­sa­tion est d’ins­tau­rer par­tout la média­tion de l’argent, dans les rela­tions de sujet(s) à objet(s) et de sujet(s) à co-sujet(s) : la pos­si­bi­li­té à tout moment de voir ses biens trans­mu­tés en argent induit un rela­tif déta­che­ment du sujet vis à vis de l’objet ; qui plus est, l’argent rend pos­sible l’exercice du droit de pro­prié­té sur des biens très éloi­gnés géo­gra­phi­que­ment. Par ailleurs, l’essor d’interactions sociales pre­nant la “forme” mon­naie (la rému­né­ra­tion du tra­vail en argent et non en nature, ou la pos­si­bi­li­té d’appartenir à un col­lec­tif sur la base d’une coti­sa­tion finan­cière, par exemple) implique le croi­se­ment des cercles sociaux, ain­si qu’une pro­fonde modi­fi­ca­tion des sen­ti­ments d’obligation et de res­pon­sa­bi­li­té. Les indi­vi­dus accroissent le réseau des dépen­dances qui les lient à autrui, tout en rédui­sant leur sen­ti­ment de dépen­dance envers cha­cune des per­sonnes prises indi­vi­duel­le­ment ; ils passent d’un fort sen­ti­ment d’obligation envers une seule per­sonne (le sei­gneur) ou un seul groupe (la bour­gade) vers un sen­ti­ment faible d’obligation envers une mul­ti­tude de per­sonnes et de groupes.

    1.1.1. La média­tion de l’argent implique une déper­son­na­li­sa­tion de l’agir éco­no­mique ain­si que l’éclatement de l’unité per­son­na­li­té-appar­te­nance-pro­prié­té, typique de la socié­té féo­dale : cette déper­son­na­li­sa­tion agit comme un fac­teur de déli­vrance pour les acteurs. En dépouillant l’échange de tout ce qu’il a de pro­pre­ment per­son­nel, il met de fait tous les échan­gistes sur un pied d’égalité. L’acquisition d’un bien ou d’un ser­vice n’est alors plus condi­tion­née, comme c’est le cas dans une éco­no­mie de troc, par la pos­ses­sion du bien ou du ser­vice sus­cep­tible d’être offert en contre­par­tie, ni par la pos­ses­sion de cer­tains attri­buts per­son­nels ou par l’appartenance à un groupe par­ti­cu­lier, comme c’est le cas dans la socié­té féo­dale ; il suf­fit d’avoir en sa pos­ses­sion la somme requise.

    1.2. Cette média­tion induit une double dia­lec­tique, dont la pre­mière est carac­té­ri­sée par le couple sépa­ra­tion-uni­fi­ca­tion et la seconde par l’opposition alié­na­tion-libé­ra­tion : les points pré­cé­dem­ment abor­dés nous ont mené à déve­lop­per en prio­ri­té les aspects libé­ra­teur et sépa­ra­teur de l’économie moné­taire, l’aliénation et l’unification seront trai­tées aux points 2 et 3.

    2. L’argent, en pla­çant tous les objets dans un rap­port de com­mune déno­mi­na­tion, gomme entre ceux-ci les dif­fé­rences de nature au pro­fit d’une simple dif­fé­rence de degrés : la mise en rela­tion impli­cite des biens sur le plan de la valeur d’échange rend pos­sible, par exemple, la conver­sion d’un tableau de Rem­brandt en un nombre indé­ter­mi­né (mais déter­mi­nable) de paires de chaussettes.

    2.1. L’argent induit un nivel­le­ment de la réa­li­té en l’unifiant sous le prin­cipe de la valeur d’échange et de l’intérêt stric­to-sen­su des acteurs : il gomme les dif­fé­rences sur le plan objec­tal des biens et pres­ta­tions ain­si que sur le plan “sub­jec­tal” des opi­nions et pré­fé­rences en éri­geant la quête d’argent comme fin pos­sible de l’association. Quelques soient leurs diver­gences, les indi­vi­dus tombent tou­jours d’accord en ce qui concerne leur inté­rêt financier.

    2.1.1 L’argent est le “coin­ci­den­tia oppo­si­to­rum” de notre ère : En lui s’annule les conflits. Les acteurs ne s’associent jamais aus­si effi­ca­ce­ment que pour l’acquisition des moyens.

    2.1.2 Ce nivel­le­ment entraîne une perte du sens des réa­li­tés qua­li­ta­tives, et un pro­fond désar­roi quand au rap­pro­che­ment pos­sible entre ce qu’on estime être le plus noble (une œuvre d’art, une idée, une vie ou un pré­ju­dice moral) et de plus vul­gaire (une enchère, un bre­vet, une amende) : puisque tout s’achète, rien n’a de valeur.

    2.2. L’existence de cette com­mune déno­mi­na­tion tend à dis­si­per l’appréciation que les agents ont de la valeur d’usage des biens, pour se foca­li­ser pro­gres­si­ve­ment et exclu­si­ve­ment sur leur valeur d’échange : dans ce réfé­ren­tiel, qui tend à domi­ner tous les autres, l’univers des valeurs non-expri­mables en argent perd peu à peu de sa réa­li­té pour les acteurs ; il leur semble, stric­to-sen­su, moins objec­tif que l’autre. En consé­quence, la rai­son tend à contrac­ter une sorte d’incompétence en matière de déli­bé­ra­tion morale, de hié­rar­chi­sa­tion des valeurs, au pro­fit d’un aban­don com­plet en faveur de l’échelle linéaire des valeurs d’échanges.

    2.3. L’apparition d’un domaine d’objets et de pres­ta­tions que l’argent ne peut ache­ter ou rache­ter, est une consé­quence logique du pro­ces­sus de mar­chan­di­sa­tion du monde : De par son sta­tut d’équivalent uni­ver­sel, l’argent perd le pou­voir d’équivaloir pour cer­tains biens ou pres­ta­tions spé­ci­fiques. Ain­si l’amour, la confiance, les diplômes, le droit d’exercer une res­pon­sa­bi­li­té tout comme le droit au crime ne sont (en prin­cipe) pas des choses qu’il est pos­sible de négo­cier contre de l’argent dans nos socié­tés modernes. Tout se passe comme si ces biens et pres­ta­tions ne pou­vaient pré­ser­ver leur valeur spé­ci­fique qu’en récu­sant toute équi­va­lence avec l’argent.

    3. L’argent, du sta­tut de pur moyen qu’il est, est pro­gres­si­ve­ment appré­hen­dé comme moyen abso­lu, puis comme une fin en soi : dans tous ses rai­son­ne­ments visant la réa­li­sa­tion d’une fin, l’homme envi­sage une “série téléo­lo­gique” qui lui est propre. Il s’agit de l’enchaînement des moyens adap­tés et socia­le­ment admis qu’il lui faut mettre bout à bout afin d’atteindre son objec­tif. L’argent occu­pant une place de choix par­mi tous les moyens pos­sibles, de par le fait qu’il est lui-même un moyen d’acquérir tous les autres, il n’est pas éton­nant que son acqui­si­tion soit pro­gres­si­ve­ment éri­gée comme une fin.

    3.1. La foca­li­sa­tion de la pen­sée sur l’acquisition d’argent, hors de toute consi­dé­ra­tion fina­liste, s’explique par le carac­tère limi­té de la rai­son humaine et par l’économie psy­chique que repré­sente en elle-même cette foca­li­sa­tion : comme toute inter­ro­ga­tion sur la fina­li­té d’une action mène à une régres­sion à l’infini, et en ver­tu de sa fini­tude théo­rique, il est néces­saire pour l’esprit humain de s’arrêter à l’une des étapes de la série téléo­lo­gique (sans quoi il s’épuiserait psy­chi­que­ment dans cette régres­sion et ne pour­rait pas agir). Cette étape est alors dési­gnée comme visée de son action (visée sans laquelle l’action n’aurait aucun sens pour le sujet lui-même). Il est notoire que cette visée, ou fin pro­vi­soire, n’est elle-même qu’un moyen pour atteindre une autre fin. Et ceci indéfiniment.

    3.1.1. Quoiqu’inévitable, cette foca­li­sa­tion détourne l’homme des ques­tions réel­le­ment impor­tantes, celles de sa des­ti­née indi­vi­duelle et col­lec­tive : c’est ain­si que se venge, en quelque sorte, la signi­fi­ca­tion bafouée des valeurs non-moné­taires, “à tra­vers ces sen­ti­ments lourds tel­le­ment modernes : le cœur et le sens de la vie ne cesse de nous glis­ser entre les doigts, les satis­fac­tions défi­ni­tives deviennent de plus en plus rares, tous ces efforts et cette agi­ta­tion ne valent en réa­li­té pas la peine.”

    3.2. L’argent est le Dieu de notre époque : cette méta­phore pointe la simi­li­tude des croyances et des atti­tudes sus­ci­tées par l’argent et par l’idée de Dieu et résume la posi­tion de Sim­mel en une for­mule. Tous deux ont, en effet, la capa­ci­té d’unir en eux les diver­si­tés et les contra­dic­tions du monde, de fédé­rer les hommes, de pro­cu­rer confiance, paix, sécu­ri­té et élé­va­tion au des­sus du particulier.

    (Source)

    Conne­ment vôtre,
    Morpheus

    🙂

    Réponse
  51. Ana Sailland

    Il y a peut être quand même des points à étudier.

    Réponse
  52. EFFAB

    C’est pas­sion­nant ! mer­ci à toi, MORPHEUS, pour ce par­tage et cet extrait de Georg SIMMEL… à ce niveau d’a­na­lyse et d’a­lié­na­tion, toutes conne­ries confon­dues, je suis pre­neur !… sourires

    Ce col­lec­tif démo­cra­tique qui pour­rait être com­po­sé, en paral­lèle à tous les gen­tils virus et autres qui­dams que nous sommes, de deux col­lèges (comme il peut y en avoir d’autres) : l’un réunis­sant nos ambas­sa­deurs, tel Pierre RHABI, Etienne CHOUARD, Edwy PLENEL…, l’autre com­po­sé essen­tiel­le­ment de spé­cia­listes, ces per­sonnes qui maî­trisent tel ou tel sujet, à l’ins­tar de Georg SIMMEL (pour le peu que je viens de décou­vrir) sur la ques­tion de l’argent, de Ber­nard MANIN et Yves SINTOMER sur le tirage au sort (comme je viens de l’ap­prendre tout récem­ment), Michel COLLON pour les rela­tions inter­na­tio­nales, Fré­dé­ric LORDON pour les banques, etc., etc., comme on peut très bien retrou­ver une même per­sonne fai­sant par­tie des deux à la fois, tel ETIENNE qui défend très bien la Cause démo­cra­tique tout en étant cet ama­teur et cet indé­pen­dant très avi­sé de cette thé­ma­tique ô com­bien cau­sale et déter­mi­nante… je ne pense pas que l’ac­cu­mu­la­tion des charges ici soit contr-indi­qué… enfin, autre point à étudier.

    Que du bonheur !

    Réponse
  53. J.C

    La démo­cra­tie advien­dra, s’é­ta­bli­ra plei­ne­ment qu’a­vec une refonte com­plète de l’économie.
    Tant que le pou­voir revien­dra à ceux qui pos­sèdent l’argent, il n’y aura pas de vraie démo­cra­tie, le peuple dans sa tota­li­té ne sera pas libre.
    Pen­ser que la démo­cra­tie peut émer­ger alors que l’é­co­no­mie reste entre les mains des plus riches est à mon sens peu réa­liste. Le sys­tème éco­no­mique doit chan­ger en même temps que le sys­tème poli­tique. Si le sys­tème éco­no­mique s’ef­fondre ou s’il est tou­jours dans les mains d’une mino­ri­té nous n’au­rons pas le temps d’en débattre lon­gue­ment ensuite. Il nous faut y réflé­chir en amont afin de le mettre en place immé­dia­te­ment le moment venu, sinon nous serons pris au piège.

    @ ANA

    « Ce n’est pas à pro­pre­ment par­ler une contre­par­tie, car tu l’au­ras devi­né, l’é­met­teur ne contrô­le­ra pas le rece­veur. Le mot injonc­tion était mal choi­si ; disons suggestion »

    Oui, à ce moment la, je suis d’accord.

    bien ami­ca­le­ment

    J.C

    Réponse
  54. Ana Sailland

    L’ar­ticle 23 de la DUDH n’est pas res­pec­té puisque
    des lois,
    et des accords supé­rieurs à la loi,
    peuvent en réduire la portée.

    « Sur 577 dépu­tés, il y en a dix qui ont tra­vaillé dans le privé »
    => Ils n’ont pas une conscience tri­pale des sub­ti­li­tés de l’A­NI et ne savent donc réagir qu’en cas d’a­lerte fouleuse
    (((La com­po­si­tion de l’as­sem­blée est l’une des assises per­verses de l’adémocratie)))

    J’ai ren­dez-vous cet après midi avec des syn­di­ca­listes pour dis­cu­ter de tout ça.

    Réponse
  55. Ana Sailland

    oups, ma langue fran­çaise … « Ils », c’est les 577, pas les 10 😉

    Réponse
  56. Luc

    Mor­pheus,

    L’argent libère mal­gré tout , réflé­chis au delà des repères qui t’ar­rangent et te ras­surent et rap­porte ma remarque au temps ou l’é­change se fai­sait par le troc. Je n’ai rien dis de plus.

    Je ne pré­ci­sais pas que l’argent doit être roi.
    J’a­dore ce passage :
    2.1.2 Ce nivel­le­ment entraîne une perte du sens des réa­li­tés qua­li­ta­tives, et un pro­fond désar­roi quand au rap­pro­che­ment pos­sible entre ce qu’on estime être le plus noble (une œuvre d’art, une idée, une vie ou un pré­ju­dice moral) et de plus vul­gaire (une enchère, un bre­vet, une amende) : puisque tout s’achète, rien n’a de valeur.

    Tu t’emballes autour de ton sujet de prédilection.

    Com­bien cela fait il de temps que tu dis­cutes de ces dif­fé­rents thèmes abor­dés dans ce site ?

    Des années…? pour quels résul­tats ou quelles nou­veau­tés par rap­port à tous les auteurs qui t’ont précédé ?

    Fais toi plai­sir, je ne trouve rien de nova­teurs ici.

    que des ramas­sis de conne­ries aux­quels je viens de contri­buer humblement.

    Réponse
  57. Ana Sailland

    Concer­nant l’A­NI et les syndicats

    La grosse ques­tion, c’est com­ment se fait il que l’ac­cord soit accep­té par la classe oeu­vrière alors qu’il lui est défavorable …

    Je tente d’y répondre au moyen d’un alam­bic 😉 qui risque de pro­duire d’autres essences que celle qui est attendue.

    »>

    Autant que je sache
    ( dans ce qui suit il peut donc y avoir des erreurs.
    Gros­sières peut être 😉 )

    -Le gou­ver­ne­ment se contente d’of­frir le cadre de la négo­cia­tion et ne pré­sente pas de contre pro­jet au pro­jet MEDEF.

    -Les syn­di­cats ne pré­sentent pas non plus de pro­jet. Je me demande pour­quoi. Si quel­qu’un peut m’éclairer.

    -Le choix du ter­rain de la négo­cia­tion et de sa base de départ est donc unilatéral.

    -Cer­tains syn­di­cats refusent et d’autres acceptent. La CFDT fait pen­cher la balance. On me dit qu’en­suite de cela de nom­breux adhé­rents rendent leur carte.

    ;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;

    C’est le der­nier point qui m’in­té­resse, en tant que démocrate.

    On retrouve au niveau syn­di­cal la même pro­blé­ma­tique qu’au niveau de la poli­tique géné­rale : des repré­sen­tants sont nom­més, qui du fait qu’ils sont élus finissent par se croire auto­ri­sés à ne plus consul­ter leurs man­dants, ou à les consul­ter mol­le­ment, voire à les trahir.

    Je trouve donc à ces deux niveaux de l’or­ga­ni­sa­tion humaine, et ça me cha­grine, et ça m’in­quiète, ce même tro­pisme orga­ni­sa­tion­nel qui tend à la per­ver­sion de la repré­sen­ta­ti­vi­té et/ou à l’a­ban­don de sa sou­ve­rai­ne­té par un groupe souverain.

    Au delà de l’A­NI, et au delà de la dénon­cia­tion des struc­tures pyra­mi­dales, ce qui me trouble et m’in­quiète, c’est de retrou­ver ça même quand il n’y a pas d’ab­bé Sieyes, ce qui me fait croire (il y a d’autres indices) à un com­por­te­ment arché­ty­pal (du type de celui de la meute), contre lequel nous aurons peine à lut­ter, même si nous avons cap­té ses défauts, car la conscience, si elle peut endi­guer le géné­tique, devra cepen­dant entre­te­nir ses vic­toires avec constance.

    Je change main­te­nant de sujet pour me diri­ger vers une autre récur­rence com­por­te­men­tale qui elle aus­si pose pro­blème ; un pro­blème sans solu­tion défi­ni­tive car chaque cas par­ti­cu­lier est particulier.

    Au cours d’un dia­logue social, ceux qui tiennent le cou­teau par le manche, les employeurs, ont toute faci­li­té à argu­men­ter que pour sau­ver les emplois, les oeu­vriers ont inté­rêt à accep­ter d’oeu­vrer à bas prix (la sacro sainte com­pé­ti­ti­vi­té, ça va de soi), et que pour n’être pas défi­ni­ti­ve­ment pauvres, ils doivent accep­ter de l’être quand même un peu, cela »pro­vi­soi­re­ment«.
    C’est en accep­tant de céder à cette argu­men­ta­tion qu’un syn­di­cat accep­te­ra de ne pas être exigeant.
    Il est vrai que dans le contexte don­né du dés­équi­libre des pou­voirs, qui fonde notre » civi­li­sa­tion «, le « faible » a le choix entre esti­mer l’ar­gu­ment rece­vable, voire intel­li­gent, eten­trer en guerre, en une guerre qui peut effec­ti­ve­ment être sui­ci­daire. Et c’est ain­si que l’on voit dans cer­taines entre­prises des oeu­vriers accep­ter de bra­der leur force de peur de perdre ce ter­rain si pré­cieux où ils sont auto­ri­sés à la vendre. Mais si le « faible » cède, en se lais­sant mordre la der­nière pha­lange du petit doigt, de fil en aiguille, il ver­ra son bras dévo­ré, et c’est ain­si que la CFDT signe un accord défa­vo­rable, accepte de com­po­ser pour ne pas être décomposée.

    Je finis en mea culpa en avouant mes fautes, qui peut être vous ont échappé.

    J’ai par­lé des employeurs comme de ceux qui tiennent le cou­teau par le manche, et j’ai par­lé de l’ou­vrier comme du faible. Alors qu’on peut très bien inver­ser les rôles : celui qui est le pro­prié­taire légal de l’ou­til est faible en ce sens qu’il dépend de l’ou­vrier pour que l’ou­til soit manié et bien manié, tan­dis que l’oeu­vrier, qui n’a que son corps ou son savoir pour unique richesse, est fort puis­qu’il peut envoyer le pro­prio sur les roses et ain­si le ruiner.

    C’est toute la pro­blé­ma­tique de la lutte des classes, qui consiste à déter­mi­ner qui est fort, du muscle ou de l’argent.
    Et Mor­pheus ne man­que­ra pas de dénon­cer l’argent comme cause pre­mière, clin d’oeil préventif 😉

    Mais le fond du pro­blème en 2013, abys­sal, est ailleurs, ins­crit comme dit plus haut dans l’ar­ticle 23 de la DUDH qui sans en avoir l’air enté­rine et accepte le fait de la lutte : le pro­blème, c’est que l’es­pèce humaine est à ce point stu­pide qu’elle ne sait pas être fra­ter­nelle, incon­di­tion­nel­le­ment syner­gique et partageuse.

    Réponse
  58. Ana Sailland

    @Luc

    Je crois que l’in­ter­sec­tion de nos opi­nions n’est pas vide 😉

    ->

    Il y a fort long­temps, l’argent fut enfan­té par nos psy­cho­pa­thies et notre carence en gen­tillesse, et au pré­sent il les ren­force jus­qu’à la démence collective ;
    mais il n’en est pas la cause.

    On ne soigne pas radi­ca­le­ment la mala­die en gom­mant ses symptômes.

    Les excès de désir, l’en­vie de domi­ner, les ten­dances maso­chistes, le sadisme, l’au­tisme anti­fra­ter­nel, le désa­mour, la peur d’être englou­ti par la socié­té, et les vio­lences impul­sées par le besoin de s’en libé­rer, vio­lences contre autrui ou contre soi, ne seront pas gué­ris par l’a­bon­dance, qu’elle soit issue de l’in­gé­nie­rie ou d’une saine struc­ture gestionnaire.

    Pire encore, si l’argent est sup­pri­mé par la struc­ture et non pas par les pro­grès de l’âme humaine, il sera tou­jours là, fan­to­ma­tique reflet de son corps désa­gré­gé, mais sous une autre forme, cachée, comme ces graines enfouies sous les eaux d’un bar­rage qui germent à nou­veau à l’oc­ca­sion d’une purge.

    Je crois pour­tant à la sup­pres­sion de l’argent, mais comme un effet de nous et non de notre faire, mais seule­ment parce que je crois au pro­grès de l’âme humaine, condi­tion­né et consé­cu­tif un jour peut être à la néces­saire mon­tée en puis­sance, vou­lue, inten­tion­nelle, déli­bé­rée, la mon­tée en puis­sance de la liber­té d’être, de la liber­té d’être qui l’on choi­sit d’être, cette liber­té par­ti­cu­lière qui est ce qui nous dis­tingue de l’a­ni­mal, cette liber­té qui nous contraint, si nous vou­lons vivre heu­reu­se­ment le désir, à adhé­rer à des dési­rs choi­sis et non pas à suivre des impul­sions d’o­ri­gine incon­trô­lée, cette liber­té que pour­tant nous exploi­tons si peu, cette liber­té que même nous refoulons.

    Réponse
  59. J-Stéphane

    Tout est dit et bien dit. 

    Le monde du tra­vail n’a plus de contre-pouvoir. 

    Les employés et les vrais patrons ont vu leur pou­voir dimi­nuer, alors que les pseu­do grands patrons, qui ne sont en fait que des dic­ta­teurs de grands groupes finan­ciers, étalent de plus en plus leur hégé­mo­nie sur le mar­ché du tra­vail, et ont le droit de vie ou de mort sur toutes les entreprises.

    Réponse
  60. J.C

    Je pense que tu te trompes Ana

    L’argent fut enfan­tée par la pénu­rie et l’a per­pé­tuée. Avant l’argent était l’âge d’or.

    Quant à la struc­ture (sociale), elle est tou­jours le pro­duit de l’âme humaine.
    Il n’y a aucune rai­son valable de vou­loir sépa­rer les deux. Ce qui se mani­feste à l’ex­té­rieur est le reflet de l’intérieur.

    Bien ami­ca­le­ment

    J.C

    Réponse
  61. Ana Sailland

    Je vais finir par détes­ter ces « tu te trompes » intem­pes­tifs étayés d’un argu­ment monoïde oppo­sé à l’im­men­si­té du mys­tère humain.

    Dif­fi­cile en effet de dire qui allume le feu, de l’allumette, du souffre, du frot­toir ou de la main. Il est même cer­tain que la pénu­rie est l’une des sources du désir d’ac­cu­mu­ler par devers soi, c’est évident. Mais entre l’une des sources et la source, il y aurait l’in­tel­li­gence réduc­trice. Mais croire qu’aux Eyzies, ou ailleurs, seul le manque fut à l’o­ri­gine de ce désir là, et de tout autre désir, et de l’é­goïsme comp­table, et du troc <insert : le troc, lui, est aus­si moti­vé par un par­tage col­la­bo­ra­tif des tâches, qui n’a rien à voir avec la pénu­rie ou l’é­goïsme, on pour­rait cepen­dant dis­tin­guer le don­nant don­nant du par­tage des tâches> , et du besoin de sym­bole qui s’en­suit <cf Aris­tote>, cela est assez sim­pliste, qui néglige dans la grande équa­tion mys­té­rieuse de l’His­toire de nos mœurs jus­qu’aux pul­sions amou­reuses ou de haine, jus­qu’aux sources les plus secrètes de l’o­rien­ta­tion de nos actes. Et si cette croyance s’ins­crit dans une école de pen­sée, l’in­quié­tude est de mise en ce qui concerne la liber­té et la vigi­lance de ses amou­reux. Leur reli­gion ne résiste pas à l’examen.

    Réponse
  62. J.C

    @ Ana

    Dans le « je pense que tu te trompes », c’est le « trompes » qui m’in­té­resse pas le « TU ».

    Le « tu » en ques­tion m’es plu­tôt sym­pa­thique, c’est l’ob­jet de ce qui pour­rait être trom­pe­rie le point.
    Trou­ver ça détes­table est contre pro­duc­tif et je pense inap­pro­prié sur­tout que ça risque de se reproduire.
    Il ne s’a­git nul­le­ment là d’une attaque per­son­nelle malveillante.

    Comme je l’ai dit pré­cé­dem­ment, nous sommes en accord sur un cer­tain nombre de sujet, il est pour moi plus inté­res­sant main­te­nant de débattre des dif­fé­rences pour avan­cer, qu’il en résulte le fait que cha­cun évo­lue dans des direc­tions oppo­sées ou au contraire dans le rap­pro­che­ment de cer­taines posi­tions, peu importe.

    Pour en reve­nir au sujet pro­pre­ment dit :
    « seul le manque fut à l’o­ri­gine de ce désir là, et de tout autre désir, et de l’é­goïsme comp­table, et du troc »

    Cela me semble pour­tant par­fai­te­ment claire.

    « le troc, lui, est aus­si moti­vé par un par­tage col­la­bo­ra­tif des tâches »

    Le troc n’est par­ta­ger mais échanger.
    Il est, il me semble, indé­niable qu’une com­mu­nau­té impor­tante à l’o­ri­gine d’une civi­li­sa­tion ne peut fonc­tion­ner sur la base du troc.
    Le troc ne peut fonc­tion­ner que de manière ponc­tuelle entre petit groupe d’in­di­vi­du. Au quo­ti­dien, entre indi­vi­du d’une com­mu­nau­té de grande ampleur, le troc presque indus­tria­li­sé ne per­du­re­rait pas plus que quelques semaines avant d’être rem­pla­cer par une forme ou une autre de monnaie.

    Cette idée de mys­tère des com­por­te­ments humain n’est-elle pas jus­te­ment le fait de croyance reli­gieuse qui ne résiste pas à l’examen ?

    Bien ami­ca­le­ment

    J.C

    Réponse
  63. Ana Sailland

    Juste pour mettre un terme à ce qui ne doit pas être vinaigre : Si j’a­vais lu « Je pense au contraire que », je n’au­rais pas fait cette remarque stu­pi­de­ment réactive.

    ;;;;;;;;;;;;;;;;;

    « Cette idée de mys­tère des com­por­te­ments humain n’est-elle pas jus­te­ment le fait de croyance reli­gieuse qui ne résiste pas à l’examen ? »

    Non. Il me semble qu’on a le droit d’employer, même quand on est athée comme moi, des mots tels que mys­tère, ou esprit, sans les voir en réponse scot­chés à la religion.
    Je pense d’ailleurs que la laï­ci­té souffre du rejet de la spi­ri­tua­li­té laïque que la peur his­to­rique des conflits reli­gieux induit ou le sou­ve­nir des pou­voirs ecclésiastiques.
    Le retour de balan­cier assomme plus que d’oraison 😉
    Mais c’est un autre sujet.
    L’hy­per­com­plexe (humain) dont une par­tie des rouages demeure cachée est de fac­to mys­té­rieux, et le vou­loir réduire au besoin consu­mé­riste et à son degré de satis­fac­tion est au mini­mum osé.

    ;;;;;;;;;;

    A la phrase « le troc, lui, est aus­si moti­vé par un par­tage col­la­bo­ra­tif des tâches » tu réponds « Le troc n’est pas par­ta­ger mais échan­ger » »> on te parle de ce qui motive et tu réponds sur un autre plan que celui des causes de l’acte. Mais c’est vrai que j’au­rais pu déve­lop­per, et que ne l’ayant pas fait, mon pro­pos est incor­rect car trop ramas­sé »> Je déve­loppe donc au moyen d’un exemple vécu ven­dre­di avec un hono­rable membre du POI.»>

    Vers 15h30, je lui offre un exem­plaire du livre « de la dette, indi­gnons nous ».
    Vers 16h30 il m’offre un pack de docu­ments pho­to­co­piés et me dit que ça fait un échange sympa.
    Ce à quoi je réponds : non, ce sont deux cadeaux. La somme algé­brique de deux cadeaux équi­vaut à un troc, mais n’est pas un troc

    Mathé­ma­ti­que­ment, la résul­tante phy­sique de deux cadeaux entre deux per­sonnes est équi­va­lente à un troc, mais psy­cho­lo­gi­que­ment ce n’est pas la même chose.

    Dans cette his­toire, les deux per­sonnes concer­nées n’ont qu’une ambi­tion : accroître la conscience poli­tique glo­bale, et c’est ce qui les pousse, cha­cune sépa­ré­ment, pour contri­buer à cet accrois­se­ment, à offrir pour cela un docu­ment. Il ne s’a­git pas d’un échange, tu as rai­son, et le mot troc est lui aus­si inadé­quat pour cette situation.
    Je remarque que l’éco­no­mie contri­bu­tive n’é­tant que bal­bu­tiante (den­si­fiée dans le logi­ciel libre, le béné­vo­lat, cer­taines asso­cia­tions), il est dif­fi­cile de trou­ver le mot juste, et peut être n’en existe-t-il pas encore, pour décrire la situa­tion dans laquelle un ensemble de contri­bu­tions équi­vaut mathé­ma­ti­que­ment à un com­merce mais en fait ne cor­res­pond qu’à un flux de géné­ro­si­té aus­si satis­fai­sant que des trans­ferts de bien fon­dés sur le don­nant-don­nant, voire plus satis­fai­sant du point de vue du bon­heur qu’il y a à col­la­bo­rer sans condition.

    C’est en ce sens que j’é­cri­vais que la contri­bu­tion (par­tage col­la­bo­ra­tif des tâches) peut moti­ver le troc, j’au­rais du écrire le troc apparent.

    Nous sommes tel­le­ment peu habi­tués à ne voir dans le don acra­to­pège, dans la contri­bu­tion spon­ta­née, dans le béné­vo­lat, que des atti­tudes anec­do­tiques, nous sommes tel­le­ment rétifs à l’i­dée que l’hu­ma­ni­té pour­rait fonc­tion­ner selon ce para­digme là (((dans le fait que des gens aient osé dif­fu­ser le concept de reve­nu incon­di­tion­nel, je vois, plus qu’un remède dis­cu­té à nos dif­fi­cul­tés socié­tales, l’a­morce indis­cu­table de la tran­si­tion psy­cha­na­ly­tique néces­saire à la fin de ce refus rétif))) que nous ne dis­po­sons tout sim­ple­ment pas du voca­bu­laire qui va avec. C’est mar­rant car nous sommes à l’en­vers de ces peu­plades qui ne dis­posent pas du verbe avoir et sont donc à mille lieux de nos encras­se­ments rela­tion­nels. Les locu­tions « semer le bien com­mun », ou « pol­li­ni­ser l’é­co­no­mie », seraient pour nous cepen­dant assez jolies et plus sym­pas que « négo­cier l’ANI » 😉

    Réponse
  64. J-Stéphane

    Bon­jour,

    Les groupes d’en­tre­prises et les grandes entre­prises ne devraient pas être auto­ri­sés à exploi­ter les autoentrepreneurs.

    Par leur force de frappe publi­ci­taire, qui est une concur­rence déloyale – qui se finance par le tra­vail des autres -, les grandes entre­prises ont détruit le tis­su natio­nal des petites entreprises.

    En sur­ex­ploi­tant les sous-trai­tants, les grandes entre­prises ont pu faire bais­ser les prix à un tel point que les petites entre­prises n’ont pas pu s’a­li­gner, et les ont contraintes de ce fait, à n’a­voir que ces grands groupes de finan­ciers pour clientèle.

    Main­te­nant qu’ils n’ont plus suf­fi­sam­ment de petites entre­prises à exploi­ter, qu’ils rechignent à embau­cher en CDI, et qu’il semble être plus dif­fi­cile de reto­quer le CDD et le CDI que de créer un nou­veau sta­tut d’ex­ploi­té. Les groupes de finan­ciers nous balancent l’au­toen­tre­pre­neur sous le cou­vert de prin­cipes qui faci­li­te­raient l’in­ser­tion sociale des travailleurs.

    Or, il n’en est rien, le sta­tut d’au­toen­tre­pre­neur c’est faire pas­ser l’ex­ploi­ta­tion des tra­vailleurs à une vitesse supé­rieure, ces finan­ciers qui n’ont pour seul savoir-faire, que le savoir défaire, poussent même leurs propres CDI à s’auto-précariser.

    Réponse
  65. J-Stéphane

    Bon­soir,

    Gérard Filoche, c’est main­te­nant sur Europe 1.

    Réponse
  66. J-Stéphane

    Coti­sa­tions sociales et divi­dendes même transparence.

    Puis­qu’il est deve­nu nor­mal d’é­nu­mé­rer sur les bul­le­tins de paie toutes les coti­sa­tions sociales – coti­sa­tions qui finissent de plus en plus dans les poches des action­naires pri­vés, car les ser­vices publics font de plus en plus appelle aux pres­ta­taires privés…

    Puis­qu’il semble nor­mal que les divi­dendes soient des rentes à vie pré­le­vées par des non-acteurs de la pro­duc­tion sans qu’ils n’aient besoin de vendre leurs actions…

    Alors, appli­quons pour les divi­dendes la même trans­pa­rence. Fai­sons appa­raître sur les bul­le­tins de paie, chaque part de chaque action­naire, pas les petits pseu­do action­naires lamb­da qui ne servent qu’à per­ver­tir l’o­pi­nion publique, mais ceux qui trônent sur l’entreprise.

    Cela devrait per­mettre de révé­ler à tous pour­quoi les coti­sa­tions sociales et les impôts aug­mentent, alors que les bud­gets et les dépenses du public stag­nent et dimi­nuent. La réduc­tion de la part sociale sur répar­ti­tion du PIB sera plus claire…

    Réponse
  67. J-Stéphane

    Bon­soir,

    Vous vou­lez aug­men­ter le bud­get retraite, alors aug­men­tons les salaires…

    Réponse
  68. FURAX

    LE CONSEIL NATIONAL DE LA RÉSISTANCE

    Le CNR se réunit pour la pre­mière fois le 27 mai 1943, clan­des­ti­ne­ment, dans un appar­te­ment pari­sien, sous la pré­si­dence de Jean Mou­lin, repré­sen­tant en France occu­pée du Géné­ral de Gaulle (ins­tal­lé à Londres puis à Alger comme chef de la France libre). Jean Mou­lin sera arrê­té par les nazis en juin de la même année. Lui ont suc­cé­dé Georges Bidault, démo­crate chré­tien, puis, à la Libé­ra­tion, le 15 sep­tembre 1944, Louis Saillant, CGT.

    Le CNR regroupait :

    - huit mou­ve­ments de RÉSISTANCE inté­rieure : « Com­bat », « Libé­ra­tion zone Nord », « Libé­ra­tion (Sud) », « Francs-tireurs par­ti­sans (FTP) », « Front natio­nal » (rien à voir avec le Front natio­nal actuel), « Orga­ni­sa­tion civile et mili­taire » (OCM), « Ceux de la Résis­tance » (CDLR), « Ceux de la Libé­ra­tion » (CDLL),
    – les deux grandes confé­dé­ra­tions syn­di­cales de l’époque : CGT (réuni­fiée) et CFTC,
    – six repré­sen­tants des prin­ci­paux par­tis poli­tiques recon­nais­sant la France Libre, dont le par­ti com­mu­niste, le par­ti socia­liste, les radi­caux, la droite répu­bli­caine et les démocrates-chrétiens.

    Le CNR a défi­ni son pro­gramme pré­vi­sion­nel pour la Libé­ra­tion le 15 mars 1944. Comme vous pour­rez le consta­ter, on y trouve des objec­tifs d’une trou­blante actualité.

    Plus d’information :
    – lire le livre « Les Jours Heu­reux », Chap2 Le pro­gramme du CNR : un acte et un héri­tage, par Oli­vier Vallade
    – Voir sur le site de l’ANACR, l’interview de Robert Chambeiron

    LE PROGRAMME DU CONSEIL NATIONAL DE LA RÉSISTANCE

    Née de la volon­té ardente des Fran­çais de refu­ser la défaite, la RÉSISTANCE n’a pas d’autre rai­son d’être que la lutte quo­ti­dienne sans cesse intensifiée.

    Cette mis­sion de com­bat ne doit pas prendre fin à la Libé­ra­tion. Ce n’est, en effet, qu’en regrou­pant toutes ses forces autour des aspi­ra­tions qua­si una­nimes de la Nation, que la France retrou­ve­ra son équi­libre moral et social et redon­ne­ra au monde l’image de sa gran­deur et la preuve de son unité.

    Aus­si les repré­sen­tants des orga­ni­sa­tions de la RÉSISTANCE, des cen­trales syn­di­cales et des par­tis ou ten­dances poli­tiques grou­pés au sein du C.N.R. ,

    déli­bé­rant en assem­blée plé­nière le 15 mars 1944, ont-ils déci­dé de s’unir sur le pro­gramme sui­vant, qui com­porte à la fois un plan d’action immé­diate contre l’oppresseur et les mesures des­ti­nées à ins­tau­rer, dès la Libé­ra­tion du ter­ri­toire, un ordre social plus juste.

    I – PLAN D’ACTION IMMÉDIATE

    Les repré­sen­tants des orga­ni­sa­tions de RÉSISTANCE, des cen­trales syn­di­cales et des par­tis ou ten­dances poli­tiques grou­pés au sein du C.N.R.

    Expriment leur angoisse devant la des­truc­tion phy­sique de la Nation que l’oppresseur hit­lé­rien pour­suit avec l’aide des hommes de Vichy, par le pillage, par la sup­pres­sion de toute pro­duc­tion utile aux Fran­çais, par la famine orga­ni­sée, par le main­tien dans les camps d’un mil­lion de pri­son­niers, par la dépor­ta­tion d’ouvriers au nombre de plu­sieurs cen­taines de mil­liers, par l’emprisonnement de 300.000 Fran­çais et par l’exécution des patriotes les plus valeu­reux, dont déjà plus de 50.000 sont tom­bés pour la France.

    Ils pro­clament leur volon­té de déli­vrer la patrie en col­la­bo­rant étroi­te­ment aux opé­ra­tions mili­taires que l’armée fran­çaise et les armées alliées entre­pren­dront sur le conti­nent, mais aus­si de hâter cette libé­ra­tion, d’abréger les souf­frances de notre peuple, de sau­ver l’avenir de la France en inten­si­fiant sans cesse et par tous les moyens la lutte contre l’envahisseur et ses agents, com­men­cée dès 1940.

    Ils adjurent les gou­ver­ne­ments anglais et amé­ri­cain de ne pas déce­voir plus long­temps l’espoir et la confiance que la France, comme tous les peuples oppri­més de l’Europe, a pla­cés dans leur volon­té d’abattre l’Allemagne nazie, par le déclen­che­ment d’opérations mili­taires de grande enver­gure qui assu­re­ront, aus­si vite que pos­sible, la libé­ra­tion des ter­ri­toires enva­his et per­met­tront ain­si aux Fran­çais qui sont sur notre sol de se joindre aux armées alliées pour l’épreuve décisive.

    Ils insistent auprès du Comi­té Fran­çais de la Libé­ra­tion Natio­nale pour qu’il mette tout en oeuvre afin d’obtenir les armes néces­saires et de les mettre à la dis­po­si­tion des patriotes. Ils constatent que les Fran­çais qui ont su orga­ni­ser la RÉSISTANCE ne veulent pas et d’ailleurs ne peuvent pas se conten­ter d’une atti­tude pas­sive dans l’attente d’une aide exté­rieure, mais qu’ils veulent faire la guerre, qu’ils veulent et qu’ils doivent déve­lop­per leur RÉSISTANCE armée contre l’envahisseur et contre l’oppresseur.

    Ils constatent, en outre, que la RÉSISTANCE Fran­çaise doit ou se battre ou dis­pa­raître ; qu’après avoir agi de façon défen­sive, elle a pris main­te­nant un carac­tère offen­sif et que seuls le déve­lop­pe­ment et la géné­ra­li­sa­tion de l’offensive des Fran­çais contre l’ennemi lui per­met­tront de sub­sis­ter et de vaincre.

    Ils constatent enfin que la mul­ti­pli­ca­tion des grèves, l’ampleur des arrêts de tra­vail le 11 Novembre qui, dans beau­coup de cas, ont été réa­li­sés dans l’union des patrons et des ouvriers, l’échec infli­gé au plan de dépor­ta­tion des jeunes fran­çais en Alle­magne, le magni­fique com­bat que mènent tous les jours, avec l’appui des popu­la­tions, dans les Alpes, dans le Mas­sif Cen­tral, dans les Pyré­nées et dans les Cévennes, les jeunes Fran­çais des maquis, avant garde de l’armée de la Libé­ra­tion, démontrent avec éclat que notre peuple est tout entier enga­gé dans la lutte et qu’il doit pour­suivre et accroître cette lutte.

    En consé­quence, les repré­sen­tants des orga­ni­sa­tions de RÉSISTANCE, des cen­trales syn­di­cales et des par­tis ou ten­dances poli­tiques grou­pés au sein du C.N.R.

    Déclarent que c’est seule­ment par l’organisation, l’intensification de la lutte menée par les forces armées, par les orga­ni­sa­tions consti­tuées, par les masses, que pour­ra être réa­li­sée l’union véri­table de toutes les forces patrio­tiques pour la réa­li­sa­tion de la libé­ra­tion natio­nale insé­pa­rable, comme l’a dit le Géné­ral De Gaulle, de l’insurrection natio­nale qui, ain­si pré­pa­rée, sera diri­gée par le C.N.R, sous l’autorité du C.F.L.N, dès que les cir­cons­tances poli­tiques et mili­taires per­met­tront d’assurer, même au prix de lourds sacri­fices, son succès.

    Ils ont l’espoir que les opé­ra­tions de la Libé­ra­tion du pays, pré­vues par le plan de l’état major inter­al­lié, pour­ront ain­si être, le cas échéant, avan­cées grâce à l’aide appor­tée par les Fran­çais dans la lutte enga­gée contre l’ennemi com­mun, ain­si que l’a démon­tré l’exemple glo­rieux des patriotes corses.

    Ils affirment solen­nel­le­ment que la France qui, mal­gré l’armistice, a pour­sui­vi sans trêve la guerre, entend plus que jamais déve­lop­per la lutte pour par­ti­ci­per à la libé­ra­tion et à la victoire.

    ***

    Pour mobi­li­ser les res­sources immenses d’énergie du peuple fran­çais, pour les diri­ger vers l’action sal­va­trice dans l’union de toutes les volon­tés, le C.N.R décide :

    D’inviter les res­pon­sables des orga­ni­sa­tions déjà exis­tantes à for­mer des comi­tés de villes et de vil­lages, d’entreprises, par la coor­di­na­tion des for­ma­tions qui existent actuel­le­ment, par la for­ma­tion de comi­tés là où rien n’existe encore et à enrô­ler les patriotes non organisés.

    Tous ces comi­tés seront pla­cés sous la direc­tion des comi­tés dépar­te­men­taux de la libé­ra­tion (C.D.L). Ils seront sou­mis à l’autorité des C.D.L qui leur trans­met­tront, comme direc­tives, la plate-forme d’action et la ligne poli­tique déter­mi­née par le C.N.R.

    Le but des ces comi­tés sera, à l’échelon com­mu­nal, local et d’entreprise, de faire par­ti­ci­per de façon effec­tive tous les Fran­çais à la lutte contre l’ennemi et contre ses agents de Vichy, aus­si bien par la soli­da­ri­té et l’assistance active à l’égard des patriotes sous l’impulsion et le sou­tien don­nés aux reven­di­ca­tions vitales de notre peuple. Par des­sus tout, leur tâche essen­tielle sera de mobi­li­ser et d’entraîner les Fran­çais qu’ils auront su grou­per à l’action armée pour la Libération.

    Ces comi­tés devront, selon les cir­cons­tances et en se confor­mant aux ins­truc­tions don­nées par les C.D.L, appuyer et gui­der toutes les actions menées par les Fran­çais contre toutes les formes d’oppression et d’exploitation impo­sées par l’ennemi, de l’extérieur et de l’intérieur.

    Ces comi­tés devront :

    1) Déve­lop­per la lutte contre la dépor­ta­tion et aider les réfrac­taires à se cacher, à se nour­rir, à se vêtir et à se défendre, enle­vant ain­si des forces à l’ennemi et aug­men­tant le poten­tiel humain de la RÉSISTANCE ;

    2) Tra­quer et punir les agents de la Ges­ta­po et de la Milice de DARNAND ain­si que les mou­chards et les traîtres ;

    3) Déve­lop­per l’esprit de lutte effec­tive en vue de la répres­sion des nazis et des fas­cistes français ;

    4) Déve­lop­per, d’une part, la soli­da­ri­té envers les empri­son­nés et dépor­tés ; d’autre part, la soli­da­ri­té envers les familles de toutes les vic­times de la ter­reur hit­lé­rienne et vichyssoise ;

    5) En accord avec les orga­ni­sa­tions syn­di­cales résis­tantes, com­battre pour la vie et la san­té des Fran­çais pour une lutte quo­ti­dienne et inces­sante, par des péti­tions, des mani­fes­ta­tions et des grèves, afin d’obtenir l’augmentation des salaires et trai­te­ments, blo­qués par Vichy et les Alle­mands, et des rations ali­men­taires et attri­bu­tions de pro­duits de pre­mière qua­li­té, réduites par la régle­men­ta­tion de Vichy et les réqui­si­tions de l’ennemi, de façon à ren­dreà la popu­la­tion un mini­mum de vital en matière d’alimentation, de chauf­fage et d’habillement ;

    6) Défendre les condi­tions de vie des anciens com­bat­tants, des prisonniers,des femmes de pri­son­niers, en orga­ni­sant la lutte pour toutes les reven­di­ca­tions particulières ;

    7) Mener la lutte contre les réqui­si­tions de pro­duits agri­coles, de matières pre­mières et d’installations indus­trielles pour le compte de l’ennemi ; sabo­ter et para­ly­ser la pro­duc­tion des­ti­née à l’ennemi et ses trans­ports par routes, par fer et par eau ;

    8) Défendre à l’intérieur de la cor­po­ra­tion agri­cole les pro­duc­teurs contre les pré­lè­ve­ments exces­sifs, contre les taxes insuf­fi­santes, et lut­ter pour le rem­pla­ce­ment des syn­di­cats à la solde de Vichy et de l’Allemagne par des pay­sans dévoués à la cause de la pay­san­ne­rie française.

    Tout en lut­tant de cette façon et grâce à l’appui de soli­da­ri­té et de com­ba­ti­vi­té que déve­loppe cette lutte, les comi­tés de villes, de vil­lages et d’entreprises devront en outre :

    a) Ren­for­cer les orga­ni­sa­tions armées des Forces Fran­çaises de l’Intérieur par l’accroissement des groupes de patriotes : groupes francs, francs-tireurs et par­ti­sans, recru­tés en par­ti­cu­lier par­mi les réfractaires ;

    b) En accord avec les états majors natio­naux, régio­naux et dépar­te­men­taux des F.F.I, orga­ni­sées milices patrio­tiques dans les villes, les cam­pagnes et les entre­prises, dont l’encadrement sera faci­li­té par des ingé­nieurs, tech­ni­ciens, ins­ti­tu­teurs, fonc­tion­naires et cadres de réserve, et qui sont des­ti­nés à défendre l’ordre public, la vie et les biens des Fran­çais contre la ter­reur et la pro­vo­ca­tion, assu­rer et main­te­nir l’établissement effec­tif de l’autorité des Comi­tés dépar­te­men­taux de la Libé­ra­tion sur tout ce qui aura été ou sera créé dans ce domaine pour le strict rat­ta­che­ment aux F.F.I dont l’autorité et la dis­ci­pline doivent être res­pec­tées par tous.

    Pour assu­rer la pleine effi­ca­ci­té des mesures énon­cées ci-des­sus, le C.N.R pres­crit de l’état major natio­nal des Forces Fran­çaises de l’Intérieur, tout en pré­pa­rant minu­tieu­se­ment la coopé­ra­tion avec les Alliés en cas de débar­que­ment, doit :

    1) Don­ner ordre à toutes les for­ma­tions des F.F.I de com­battre dès main­te­nant l’ennemi en har­ce­lant ses troupes, en para­ly­sant ses trans­ports, ses com­mu­ni­ca­tions et ses pro­duc­tions de guerre, en cap­tu­rant ses dépôts d’armes et de muni­tions afin d’en pour­voir les patriotes encore désarmés ;

    2) Faire dis­tri­buer les dépôts d’armes encore inuti­li­sés aux for­ma­tions jugées par lui les plus aptes à se battre uti­le­ment dès à pré­sent et dans l’avenir immédiat ;

    3) Orga­ni­ser de façon ration­nelle la lutte sui­vant un plan éta­bli avec les auto­ri­tés com­pé­tentes à l’échelon régio­nal, dépar­te­men­tal ou local, pour obte­nir le maxi­mum d’efficacité ;

    4) Coor­don­ner l’action mili­taire avec l’action de RÉSISTANCE de la masse de la nation en pro­po­sant pour but aux orga­ni­sa­tions régio­nales para­mi­li­taires d’appuyer et de pro­té­ger les mani­fes­ta­tions patrio­tiques, les mou­ve­ments reven­di­ca­tifs des femmes de pri­son­niers, des pay­sans et des ouvriers contre la police hit­lé­rienne, d’empêcher les réqui­si­tions de vivres et d’installations indus­trielles, les rafles orga­ni­sées contre les réfrac­taires et les ouvriers en grève et défendre la vie et la liber­té de tous les Fran­çais contre la bar­bare oppres­sion de l’occupant provisoire.

    ***

    Ain­si, par l’application des déci­sions du pré­sent pro­gramme d’action com­mune, se fera, dans l’action, l’union étroite de tous les patriotes, sans dis­tinc­tion d’opinions poli­tiques, phi­lo­so­phiques ou reli­gieuses. Ain­si se consti­tue­ra dans la lutte une armée expé­ri­men­tée, rom­pue au com­bat, diri­gée par des cadres éprou­vés devant le dan­ger, une armée capable de jouer son rôle lorsque les condi­tions de l’insurrection natio­nale seront réa­li­sées, armée qui élar­gi­ra pro­gres­si­ve­ment ses objec­tifs et son armement.

    Ain­si, par l’effort et les sacri­fices de tous, sera avan­cée l’heure de la libé­ra­tion du ter­ri­toire natio­nal ; ain­si la vie de mil­liers de Fran­çais pour­ra être sau­vée et d’immenses richesses pour­ront être préservées.

    Ain­si dans le com­bat se for­ge­ra une France plus pure et plus forte capable d’entreprendre au len­de­main de la libé­ra­tion la plus grande oeuvre de recons­truc­tion et de réno­va­tion de la patrie.

    II – MESURES À APPLIQUER DÈS LA LIBÉRATION DU TERRITOIRE

    Unis quant au but à atteindre, unis quant aux moyens à mettre en oeuvre pour atteindre ce but qui est la Libé­ra­tion rapide du ter­ri­toire, les repré­sen­tants des mou­ve­ments, grou­pe­ments, par­tis ou ten­dances poli­tiques, grou­pés au sein du C.N.R. pro­clament qu’ils sont déci­dés à res­ter unis après la Libération :

    1 ) Afin d’établir le gou­ver­ne­ment pro­vi­soire de la Répu­blique for­mé par le Géné­ral de Gaulle pour défendre l’indépendance poli­tique et éco­no­mique de la nation, réta­blir la France dans sa puis­sance, dans sa gran­deur et dans sa mis­sion universelle ;

    2 ) Afin de veiller au châ­ti­ment des traîtres et à l’éviction dans le domaine de l’administration et de la vie pro­fes­sion­nelle de tous ceux qui auront pac­ti­sé avec l’ennemi ou qui se seront asso­ciés acti­ve­ment à la poli­tique des gou­ver­ne­ments de collaboration ;

    3 ) Afin d’exiger la confis­ca­tion des biens des traîtres et des tra­fi­quants de mar­ché noir, l’établissement d’un impôt pro­gres­sif sur les béné­fices de guerre et plus géné­ra­le­ment sur les gains réa­li­sés au détri­ment du peuple et de la nation pen­dant la période d’occupation, ain­si que la confis­ca­tion de tous les biens enne­mis y com­pris les par­ti­ci­pa­tions acquises depuis l’armistice par les gou­ver­ne­ments de l’Axe et par leurs res­sor­tis­sants dans les entre­prises fran­çaises et colo­niales de tout ordre, avec consti­tu­tion de ces par­ti­ci­pa­tions en patri­moine natio­nal inaliénable ;

    4 ) Afin d’assurer :

    - l’établissement de la démo­cra­tie la plus large en ren­dant la parole au peuple fran­çais par le réta­blis­se­ment du suf­frage universel ;
    – la pleine liber­té de pen­sée, de conscience et d’expression ;
    – la liber­té de la presse, son hon­neur et son indé­pen­dance à l’égard de l’État, des puis­sances d’argent et des influences étrangères ;
    – la liber­té d’association, de réunion et de manifestation ;
    – l’inviolabilité du domi­cile et le secret de la correspondance ;
    – le res­pect de la per­sonne humaine ;
    – l’égalité abso­lue de tous les citoyens devant la loi ;

    5) Afin de pro­mou­voir les réformes indispensables :

    a) Sur le plan économique :
    • l’instauration d’une véri­table démo­cra­tie éco­no­mique et sociale, impli­quant l’éviction des grandes féo­da­li­tés éco­no­miques et finan­cières de la direc­tion de l’économie ;
    • une orga­ni­sa­tion ration­nelle de l’économie assu­rant la subor­di­na­tion des inté­rêts par­ti­cu­liers à l’intérêt géné­ral et affran­chie de la dic­ta­ture pro­fes­sion­nelle ins­tau­rée à l’image des États fascistes ;
    • l’intensification de la pro­duc­tion natio­nale selon les lignes d’un plan arrê­té par l’État après consul­ta­tion des repré­sen­tants de tous les élé­ments de cette production ;
    • le retour à la nation des grands moyens de pro­duc­tion mono­po­li­sés, fruit du tra­vail com­mun, des sources d’énergie, des richesses du sous-sol, des com­pa­gnies d’assurances et des grandes banques ;
    • Le déve­lop­pe­ment et le sou­tien des coopé­ra­tives de pro­duc­tion, d’achats et de ventes, agri­coles et artisanales ;
    • Le droit d’accès, dans le cadre de l’entreprise, aux fonc­tions de direc­tion et d’administration, pour les ouvriers pos­sé­dant les qua­li­fi­ca­tions néces­saires, et la par­ti­ci­pa­tion des tra­vailleurs à la direc­tion de l’économie.

    b) Sur le plan social :
    • le droit au tra­vail et le droit au repos, notam­ment par le réta­blis­se­ment et l’amélioration du régime contrac­tuel du travail.
    • un rajus­te­ment impor­tant des salaires et la garan­tie d’un niveau de salaire et de trai­te­ment qui assure à chaque tra­vailleur et à sa famille la sécu­ri­té, la digni­té et la pos­si­bi­li­té d’une vie plei­ne­ment humaine.
    • la garan­tie du pou­voir d’achat natio­nal par une poli­tique ten­dant à la sta­bi­li­té de la monnaie ;
    • la recons­ti­tu­tion, dans ses liber­tés tra­di­tion­nelles, d’un syn­di­ca­lisme indé­pen­dant, doté de larges pou­voirs dans l’organisation de la vie éco­no­mique et sociale ;
    • un plan com­plet de sécu­ri­té sociale, visant à assu­rer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont inca­pables de se les pro­cu­rer par le tra­vail, avec ges­tion appar­te­nant aux repré­sen­tants des inté­res­sés et de l’État ;
    • la sécu­ri­té de l’emploi, la régle­men­ta­tion des condi­tions d’embauchage et de licen­cie­ment, le réta­blis­se­ment des délé­gués d’atelier ;
    • l’élévation et la sécu­ri­té du niveau de vie des tra­vailleurs de la terre par une poli­tique de prix agri­coles rému­né­ra­teurs, amé­lio­rant et géné­ra­li­sant l’expérience de l’Office du blé, par une légis­la­tion sociale accor­dant aux sala­riés agri­coles les mêmes droits qu’aux sala­riés de l’industrie, par un sys­tème d’assurance contre les cala­mi­tés agri­coles, par l’établissement d’un juste sta­tut du fer­mage et du métayage, par des faci­li­tés d’accession à la pro­prié­té pour les jeunes familles pay­sannes et par la réa­li­sa­tion d’un plan d’équipement rural ;
    • une retraite per­met­tant aux vieux tra­vailleurs de finir digne­ment leurs jours ;
    • le dédom­ma­ge­ment des sinis­trés et des allo­ca­tions et pen­sions pour les vic­times de la ter­reur fasciste.

    c) Une exten­sion des droits poli­tiques, sociaux et éco­no­miques des popu­la­tions indi­gènes et coloniales.

    d) La pos­si­bi­li­té effec­tive pour tous les enfants fran­çais de béné­fi­cier de l’instruction et d’accéder à la culture la plus déve­lop­pée quelle que soit la situa­tion de for­tune de leurs parents, afin que les fonc­tions les plus hautes soient réel­le­ment acces­sibles à tous ceux qui auront les capa­ci­tés requises pour les exer­cer et que soit ain­si pro­mue une élite véri­table, non de nais­sance mais de mérite, et constam­ment renou­ve­lée par les apports populaires.

    Ain­si sera fon­dée une Répu­blique nou­velle qui balaie­ra le régime de basse réac­tion ins­tau­ré par Vichy et qui ren­dra aux ins­ti­tu­tions démo­cra­tiques et popu­laires l’efficacité que leur avaient fait perdre les entre­prises de cor­rup­tion et de tra­hi­son qui ont pré­cé­dé la capi­tu­la­tion. Ain­si sera ren­due pos­sible une démo­cra­tie qui unisse au contrôle effec­tif exer­cé par les élus du peuple la conti­nui­té de l’action gouvernementale.

    L’union des repré­sen­tants de la RÉSISTANCE pour l’action dans le pré­sent et dans l’avenir, dans l’intérêt supé­rieur de la patrie, doit être pour tous les Fran­çais un gage de confiance et un sti­mu­lant. Elle doit les inci­ter à éli­mi­ner tout esprit de par­ti­cu­la­risme, tout ferment de divi­sion qui pour­raient frei­ner leur action et ne ser­vir que l’ennemi.

    En avant donc, dans l’union de tous les Fran­çais ras­sem­blés autour du C.F.L.N et de son pré­sident, le géné­ral De Gaulle !

    En avant pour le com­bat, en avant pour la vic­toire, afin que VIVE LA FRANCE !

    LE CONSEIL NATIONAL DE LA RÉSISTANCE

    Réponse
  69. FURAX

    Le Pro­gramme du Conseil Natio­nal de la résis­tance (CNR)

    La situa­tion dif­fi­cile que connaît notre pays aujourd’­hui a conduit quelques rares ana­lystes à évo­quer, dans le pas­sé, un moment par­ti­cu­lier de notre his­toire. C’est celui de la Libé­ra­tion, après la défaite de l’Al­le­magne nazie, et de la période qui la suit qu’on a nom­mée « les Trente Glo­rieuses » (1945 – 1975). Elles sont mar­quées par l’ap­pli­ca­tion d’un pro­gramme, celui du CNR, Conseil natio­nal de la Résis­tance, et la créa­tion de « l’E­tat pro­vi­dence », tant décrié par les conservateurs.

    Il ne s’a­git pas d’une banale nos­tal­gie d’un pas­sé jugé plus heu­reux mais d’une période qui mérite un exa­men atten­tif, et sans doute utile, à une réflexion sur le deve­nir de notre société.

    I – Le pro­gramme du Conseil Natio­nal de la résistance

    1 – Le contexte

    La défaite de 1940 a eu pour consé­quence la démis­sion du pré­sident du Conseil Paul Ray­naud. Le Maré­chal Pétain lui suc­cède, le 16 juin 1940. Le 22 juin est signé l’ar­mis­tice fran­co- alle­mand, en fait la capi­tu­la­tion. La France est divi­sée en deux zones, les Alle­mands occu­pant la zone nord. Le 10 juillet, le Maré­chal reçoit les pleins pou­voirs de l’As­sem­blée (ce qu’il en reste) afin de pro­mul­guer une nou­velle consti­tu­tion pour la nation. C’est là une déci­sion contraire à toutes les pra­tiques du régime répu­bli­cain car elle délègue le pou­voir consti­tuant à un seul homme ! Cir­cons­tances aggra­vantes, dès les 11 et 12 juillet, sous la seule signa­ture de Pétain, sont publiés quatre actes consti­tu­tion­nels lui attri­buant la fonc­tion de chef de l’E­tat Fran­çais et la plé­ni­tude du pou­voir consti­tuant. Les chambres sont ajour­nées jus­qu’à nou­vel ordre.

    Le nou­veau pou­voir s’ins­talle, à Vichy, en « zone libre », et met en œuvre la « Révo­lu­tion natio­nale », ins­ti­tuant un régime réac­tion­naire, anti­ré­pu­bli­cain, auto­ri­taire, contre-révo­lu­tion­naire, car il condamne les idéaux de 1789. Sa devise est « Tra­vail, Famille, Patrie ». Le régime pra­tique une col­la­bo­ra­tion avec l’E­tat alle­mand nazi, sym­bo­li­sée par la ren­contre de Pétain et d’Hit­ler, à Mon­toire, en octobre 1940.

    Cepen­dant, du refus de la défaite, naît une résis­tance dont le Géné­ral de Gaulle, réfu­gié à Londres, prend la tête : résis­tance inté­rieure, périlleuse et dif­fi­cile, dans la France sou­mise à l’Al­le­magne, résis­tance exté­rieure par l’or­ga­ni­sa­tion d’une force armée aux côtés des Alliés et la consti­tu­tion, d’un « Comi­té fran­çais de Londres », diri­gé par de Gaulle. Il devient, à Alger, en 1943, le « Comi­té fran­çais de la libé­ra­tion natio­nale » par la fusion avec le « Com­man­de­ment civil et mili­taire d’Al­ger », diri­gé par le géné­ral Giraud. De Gaulle, consa­cré seul chef de la « France libre », en prend la direc­tion, recon­nu à la fois par les Alliés et la Résis­tance unie.

    Les divers mou­ve­ments consti­tuant la Résis­tance s’u­nissent en effet et s’or­ga­nisent, à par­tir de 1943, en « Conseil natio­nal de la Résis­tance » (CNR). Après de longs débats, il adopte, le 15 mars 1944, un pro­gramme, à l’u­na­ni­mi­té des membres du CNR qui ont su sur­mon­ter leurs diver­gences poli­tiques. Ce pro­gramme fait l’ob­jet de plu­sieurs publi­ca­tions, dont celle de « Libé­ra­tion Sud, avec le titre « Les Jours Heureux ».

    2 – Le conte­nu du texte

    Dans son intro­duc­tion, le texte pré­cise que « ce n’est… qu’en regrou­pant toutes ses forces autour des aspi­ra­tions qua­si una­nimes de la Nation que la France retrou­ve­ra son équi­libre moral et social et redon­ne­ra au monde l’i­mage de sa gran­deur et de son uni­té ». Aus­si, unis au sein du CNR, ses membres adoptent le pro­gramme qui compte à la fois un plan d’ac­tion immé­diate contre l’op­pres­seur et les mesures des­ti­nées à ins­tau­rer dès la libé­ra­tion du ter­ri­toire, un ordre social plus juste. La plu­part des diri­geants poli­tiques de l’é­poque sou­tiennent ce pro­gramme qui sera donc appliqué.

    Le texte com­porte deux par­ties, dont la seconde nous inté­resse par­ti­cu­liè­re­ment aujourd’­hui. Elle pré­sente « les mesures à appli­quer dès la libé­ra­tion du ter­ri­toire ». Elle s’ar­ti­cule en cinq points.

    Le pre­mier point prône l’é­ta­blis­se­ment d’un « gou­ver­ne­ment pro­vi­soire de la Répu­blique for­mé par le géné­ral de Gaulle pour défendre l’in­dé­pen­dance poli­tique et éco­no­mique de la Nation, réta­blir la France dans sa puis­sance, dans sa gran­deur et dans sa mis­sion universelle ».

    Les deux points sui­vants évoquent l’é­pu­ra­tion, la confis­ca­tion des biens des traîtres, l’é­ta­blis­se­ment d’un impôt sur les béné­fices de guerre.

    Le qua­trième point est consa­cré au réta­blis­se­ment des liber­tés fon­da­men­tales dont le régime de Vichy et l’oc­cu­pant avaient pri­vé les Fran­çais. Il faut noter que s’a­gis­sant de l’é­ta­blis­se­ment de la démo­cra­tie la plus large par le réta­blis­se­ment du suf­frage uni­ver­sel, pour la pre­mière fois, les femmes obtiennent le droit de vote. Mais c’est par un décret du 21 avril 1944 du Gou­ver­ne­ment pro­vi­soire, ins­tal­lé encore à Alger. Ce n’é­tait pas pré­vu dans le pro­gramme du CNR.

    Enfin, le cin­quième point défi­nit les réformes éco­no­miques et sociales, les deux aspects étant étroi­te­ment associés.

    3 – L’ap­pli­ca­tion du pro­gramme à la libération

    La presse : dès le 22 juin 1944 la liber­té de la presse est réta­blie. La réso­lu­tion met l’ac­cent sur l’in­dé­pen­dance de la presse « à l’é­gard de l’E­tat, des puis­sances d’argent et des influences étran­gères ». Ce qui est nou­veau, c’est le rôle assi­gné à l’E­tat : il doit orga­ni­ser la liber­té d’ex­pres­sion par la loi. Mais la publi­ca­tion d’un titre relève de la pro­prié­té pri­vée. Mais dès 1947, l’E­tat se désen­gage de son rôle de garant d’une presse indé­pen­dante et la publi­ci­té devient de plus en plus pré­sente. Les jour­naux sont livrés aux lois du marché.

    Les réformes éco­no­miques veulent ins­tau­rer une véri­table démo­cra­tie, éco­no­mique et sociale, impli­quant l’é­vic­tion des grandes féo­da­li­tés de la direc­tion de l’é­co­no­mie. Le moyen a été la natio­na­li­sa­tion des indus­tries d’éner­gies (EDF et Gaz de France, Char­bon­nages) et de trans­port (SNCF, Air France, les usines Renault, contrôle de l’E­tat sur la marine mar­chande…). Ajou­tons les PTT, dans la com­mu­ni­ca­tion. Les actions sont trans­fé­rées à l’E­tat. Dans le sec­teur finan­cier, est effec­tuée la natio­na­li­sa­tion du cré­dit, de la banque de France et de quatre banques de dépôt. Le but est de pro­té­ger les épar­gnants et de faci­li­ter l’oc­troi de cré­dits. En outre, 34 com­pa­gnies d’as­su­rances sont natio­na­li­sées et pri­vées du « mar­ché » des acci­dents du tra­vail. Elles s’o­rientent alors vers la pré­voyance. Les banques d’af­faires sont épar­gnées. L’in­ten­si­fi­ca­tion de la pro­duc­tion natio­nale sui­vra les grandes lignes d’un plan arrê­té par l’E­tat, après consul­ta­tion des repré­sen­tants de la pro­duc­tion. Avec les natio­na­li­sa­tions et la sécu­ri­té sociale, l’ap­port majeur du pro­gramme du CNR est la créa­tion d’un Com­mis­sa­riat Géné­ral au Plan, char­gé de la moder­ni­sa­tion et de l’é­qui­pe­ment. Il est pré­vu « le droit d’ac­cès, dans le cadre de l’en­tre­prise pour les ouvriers pos­sé­dant les qua­li­fi­ca­tions néces­saires, et la par­ti­ci­pa­tion des tra­vailleurs à la direc­tion de l’économie ».

    Deux mesures impor­tantes, sont prises : La réforme de la fonc­tion publique (le droit syn­di­cal est recon­nu à la Fonc­tion publique) et la créa­tion de l’E­cole Natio­nale d’Ad­mi­nis­tra­tion (ENA). Elles témoignent de la volon­té d’é­ta­blir un Etat au ser­vice de tous et de l’in­té­rêt général.

    Réformes sociales

    Droit au tra­vail, au repos, réta­blis­se­ment de la semaine de 40 heures, réajus­te­ment des salaires dont le niveau est garan­ti, créa­tion du SMIG (1950), sont ins­ti­tués. Des syn­di­cats indé­pen­dants, dotés de larges pou­voirs dans l’or­ga­ni­sa­tion de la vie éco­no­mique, sont reconstitués…

    Un plan com­plet de Sécu­ri­té Sociale est éla­bo­ré. Fon­dé sur l’u­ni­ver­sa­li­té (il s’a­dresse à tous), et sur la soli­da­ri­té : on cotise selon ses reve­nus, mais on reçoit selon ses besoins. Il s’a­git d’as­su­rer à tous les citoyens des moyens d’exis­tence quand ils ne peuvent s’en pro­cu­rer par le tra­vail (chô­mage, mala­die, vieillesse, han­di­caps…). Jusque là, en effet, un tiers seule­ment de la popu­la­tion fran­çaise est cou­verte contre la mala­die par les assu­rances sociales et l’é­pargne pri­vée est sou­vent déter­mi­nante pour accé­der à la médecine.

    Quatre prin­cipes essen­tiels : légis­la­tion unique pour tous les sys­tèmes exis­tants – ges­tion par les repré­sen­tants des assu­rés – sys­tème par répar­ti­tion – finan­ce­ment par des coti­sa­tions du patro­nat et des salariés.

    La mise en place est faite par l’or­don­nance de base d’oc­tobre 1945, et la loi de mai 1946.

    Les agri­cul­teurs, les com­mer­çants, les pro­fes­sions libé­rales refusent d’in­té­grer le régime géné­ral, ne vou­lant pas un sys­tème com­mun avec les salariés.

    En 1946, un pro­jet de loi orga­ni­sant un sys­tème de retraites uni­ver­sel est reti­ré devant l’op­po­si­tion des mêmes catégories.

    Enfin, l’en­sei­gne­ment a fait l’ob­jet d’un plan (Lan­ge­vin-val­lon) en 1947, pré­voyant un ensei­gne­ment gra­tuit et obli­ga­toire jus­qu’à 18 ans, mais res­te­ra lettre morte. Il est créé un minis­tère de l’E­du­ca­tion Natio­nale avec une direc­tion de l’é­du­ca­tion popu­laire et de la jeunesse.

    Le pro­gramme du CNR est un texte fon­da­teur du pacte social français

    Des réformes impor­tantes sont accom­plies en peu de temps par des résis­tants, dans la conti­nui­té de leur com­bat pour les liber­tés et la démo­cra­tie, issues de la révo­lu­tion de 1789 et des réformes de la 3ème Répu­blique. Les nou­velles liber­tés ouvrent la voie à une démo­cra­tie qui unit « un contrôle exer­cé par les élus du peuple et la conti­nui­té de l’ac­tion gou­ver­ne­men­tale ». Les nou­veaux droits figurent dans une charte, ils sont repris dans le pré­am­bule de la consti­tu­tion de 1946 et dans la consti­tu­tion de 1958, et font par­tie de ce que le Conseil consti­tu­tion­nel a appe­lé le « bloc de consti­tu­tio­na­li­té ». Rap­pe­lons l’art. 1er de la consti­tu­tion : La France est une Répu­blique laïque, démo­cra­tique et sociale.

    II – Que reste-t-il aujourd’­hui de ce programme ?

    1 – « Les Jours Heureux »

    A la Libé­ra­tion, le patro­nat est mécon­tent des réformes entre­prises, mais il est dis­cré­di­té pour avoir mas­si­ve­ment col­la­bo­ré pen­dant l’oc­cu­pa­tion. Les forces conser­va­trices ne sont pas davan­tage en mesure de s’y oppo­ser. Durant une tren­taine d’an­nées, le pacte social scel­lé à cette époque est main­te­nu. Il est vrai que c’est la période dite des « Trente Glo­rieuses », mar­quée par le plein emploi et une crois­sance forte, car il faut recons­truire le pays, et le plan Mar­shall apporte une aide très impor­tante (1947). Les patrons peuvent s’en­ri­chir mal­gré tout ; les inves­tis­seurs insa­tis­faits prennent leur mal en patience, sans pou­voir spé­cu­ler sans frein, car les mou­ve­ments des capi­taux sont étroi­te­ment limi­tés et sur­veillés, ren­dant dif­fi­cile l’é­va­sion vers des cieux plus clé­ments pour eux. Jus­qu’au début des années 1970, le com­merce inter­na­tio­nal se déve­loppe dans un cadre rela­ti­ve­ment pro­tec­tion­niste. La contri­bu­tion remar­quable des échanges inter­na­tio­naux à la crois­sance mon­diale ne s’ex­plique pas par le « libre échange », mais par un enca­dre­ment, vou­lu par de grands pays pra­ti­quant des poli­tiques indus­trielles volon­ta­ristes, à l’a­bri de tarifs doua­niers, de règle­ments, de normes, et d’un contrôle admi­nis­tra­tif des flux finan­ciers (le contrôle des changes). Ain­si, l’ap­pli­ca­tion du pro­gramme du CNR a per­mis des pro­grès éco­no­miques et sociaux durant les trois décen­nies qui ont sui­vi la seconde guerre mon­diale. Ils ne doivent rien à la ver­tu des mar­chés auto­ré­gu­lés et du capi­ta­lisme, mais à une éco­no­mie lar­ge­ment pilo­tée par l’E­tat et contrô­lée par des normes et des ins­ti­tu­tions sociales.

    Bien sûr, La socié­té, pen­dant cette période, n’est pas le para­dis sur terre. Il a fal­lu tra­vailler beau­coup, les salaires étaient modestes, les retraites faibles. Mais la dyna­mique du pro­grès était engagée.

    2 – Une remise en cause radicale

    Deux ques­tions se posent à par­tir du constat que cha­cun peut faire de la remise en cause radi­cale du Pro­gramme du CNR : quel bilan aujourd’­hui ? Com­ment en est-on arri­vé là ?

    Le bilan

    A par­tir des années 70, les capi­ta­listes et les conser­va­teurs n’ont plus aucune rai­son éco­no­mique de sou­te­nir le régime mis en place après la guerre : les gains de pro­duc­ti­vi­té dès 1965 ralen­tissent, les coûts sala­riaux aug­mentent for­te­ment dans les années sui­vantes, l’in­fla­tion s’ac­cé­lère, les chocs pétro­liers pèsent sur l’é­co­no­mie. La ren­ta­bi­li­té réelle flé­chit. Il appa­raît urgent de limi­ter l’im­po­si­tion du capi­tal, de stop­per l’in­fla­tion de trou­ver de nou­veaux débou­chés, d’a­bais­ser le coût de la main d’œuvre. D’autre part, il est moins indis­pen­sable de contre­car­rer l’in­fluence du com­mu­nisme sur les intel­lec­tuels et les ouvriers, car la décep­tion est forte devant l’é­chec de l’u­nion sovié­tique, et de ses satel­lites, notam­ment sur le plan éco­no­mique. Son effon­dre­ment est proche (1989)

    C’est dans ce contexte qu’il faut com­prendre la remise en cause de l’hé­ri­tage du CNR.

    Tous les sec­teurs sont tou­chés. D’a­bord, la pro­tec­tion sociale. Ses adver­saires se sont dres­sés très tôt contre son coût et son « archaïsme ». Ils ont pro­tes­té contre les charges sociales « écra­sant les entre­prises » et contre les impôts, contre la lour­deur des pré­lè­ve­ments obli­ga­toires. Mais, pra­ti­que­ment, c’est à par­tir de 1989 que la recon­quête métho­dique de ce sec­teur est menée à bien par le pri­vé : Treize com­pa­gnies d’as­su­rances sont pri­va­ti­sées (Jaques Chi­rac est pre­mier ministre, lors de la pre­mière coha­bi­ta­tion). La loi Evin (31÷12 /89) adop­tée à l’i­ni­tia­tive du gou­ver­ne­ment Rocard, qui vou­lait régu­ler la concur­rence, offi­cia­lise l’en­trée des assu­reurs pri­vés dans la com­plé­men­taire mala­die jus­qu’a­lors assu­rée par des orga­nismes à but non lucra­tif, qui se trouvent désor­mais pla­cés sur le même plan que les assu­rances pri­vées, mal­gré une logique dif­fé­rente, car le sys­tème offi­ciel repose en effet sur la soli­da­ri­té et les coti­sa­tions sont assises sur les salaires.

    La mon­tée du chô­mage dimi­nue les res­sources de la sécu­ri­té sociale qui connaît de grosses dif­fi­cul­tés de finan­ce­ment, avec un défi­cit de la caisse mala­die qui atteint plus de 11 mil­liards d’eu­ros, tan­dis que le nombre d’as­su­rés aug­mente ain­si que les dépenses de san­té, liées au pro­grès de la méde­cine et au vieillis­se­ment de la popu­la­tion. L’E­tat réagit par des mesures qui conduisent à une dimi­nu­tion des dépenses prises en charge par la sécu­ri­té sociale, à un allé­ge­ment des charges des entre­prises par de nom­breuses exo­né­ra­tions, et à une aug­men­ta­tion de la part du pri­vé dans le rem­bour­se­ment des com­plé­ments-san­té. Sa part aug­mente de 27 % entre 2001 et 2008… Et la coti­sa­tion que réclament les assu­reurs pri­vés aug­mente de 44% ! Dans les années 2000, le patro­nat demande l’in­di­vi­dua­li­sa­tion des risques et une pri­va­ti­sa­tion de la pro­tec­tion sociale au nom, bien sûr, de la liber­té de choix des Fran­çais. Mais la crise de finan­ce­ment n’est pas réso­lue pour autant. On connaît éga­le­ment le sort qui est fait à l’hô­pi­tal et à son per­son­nel, qui appar­tiennent au ser­vice public. A Paris, 4 OOO sup­pres­sions d’emplois sont pré­vues, alors même que des patients modestes se tournent de plus en plus pour des soins ordi­naires vers les ser­vices hos­pi­ta­liers d’ur­gence déjà surchargés.

    En matière d’in­dem­ni­sa­tion du chô­mage, on note la même ten­dance à la res­tric­tion des pres­ta­tions, assor­ties de nou­velles obli­ga­tions pour les chô­meurs. Les retraites on connu en 2010 une nou­velle réforme, très contes­tée. La ten­ta­tion de recou­rir à la capi­ta­li­sa­tion par des pla­ce­ments dans les fonds de pen­sion a recu­lé, crise finan­cière oblige ! Mais la baisse des pen­sions est vrai­ment programmée.

    Dans le domaine éco­no­mique et finan­cier, la pri­va­ti­sa­tion est pra­ti­que­ment ache­vée. Les natio­na­li­sa­tions de la Libé­ra­tion puis de 1982, avec le retour de la Gauche au pou­voir ont été annu­lées dans le domaine indus­triel et ban­caire. Il ne reste à pri­va­ti­ser que la caisse des dépôts et consi­gna­tions et la Banque pos­tale que le gou­ver­ne­ment affai­blit avec l’af­faire du livret A que toutes les banques peuvent gérer désormais.

    La même volon­té de pri­va­ti­sa­tion se mani­feste dans les trans­ports (SNCF) ou l’éner­gie (EDF, Gaz de France…) avec tou­jours la réfé­rence à la concur­rence, ardem­ment sou­hai­tée par la Com­mis­sion européenne.

    Enfin, les ser­vices publics connaissent de très sérieuses dif­fi­cul­tés car ils subissent un véri­table trai­te­ment de choc : un fonc­tion­naire deux non rem­pla­cé, dimi­nu­tion des sub­ven­tions, trans­fert aux col­lec­ti­vi­tés locales, entrai­nant des dif­fi­cul­tés de fonc­tion­ne­ment, tout cela pour des rai­sons comp­tables et des éco­no­mies sup­po­sées. Mal­gré de nom­breux dis­cours sur la sécu­ri­té, et les pro­tes­ta­tions de nom­breux maires jugeant que la sécu­ri­té est une fonc­tion réga­lienne qui doit être assu­rée par l’E­tat, la police natio­nale a per­du en 2009 près de 500 emplois et la police dite de proxi­mi­té est jugée trop coû­teuse. Par contre, les effec­tifs d’a­gents pri­vés de sécu­ri­té sont en pleine crois­sance : de 165 000 en 2008, ils pas­se­raient à 200 000 en 2014 !

    En fait l’en­semble est pla­cé sous le signe de la RGPP (révi­sion géné­rale des poli­tiques publiques) enga­gée en 2007. Le maillage ser­ré de ser­vices publics (Poste, trans­ports par le rail, ser­vices fis­caux, hôpi­taux…) qui les met­taient à la por­tée du plus grand nombre s’est consi­dé­ra­ble­ment dis­ten­du et de véri­tables déserts appa­raissent dans les zones les moins peu­plées au pro­fit des centres urbains les plus importants.

    Enfin, le monde du tra­vail est pro­fon­dé­ment affec­té par les poli­tiques sui­vies à par­tir des années 1980. Des richesses ont été créées : de 1980 à 2009 le PIB fran­çais est pas­sé de 445 mil­liards d’eu­ros à 1907 mil­liards. Mais la part des salaires dans la valeur ajou­tée est pas­sée de 75% en 1975 à 66% en 1985 et elle stagne à ce niveau. Les inéga­li­tés s’ac­croissent, l’é­cart entre les reve­nus aug­mente. La crise de 2008 n’a rien arran­gé. Après avoir régres­sé entre 1960 et 1980, la part des 1% les plus riches est pas­sée de 7% à 9% de la richesse natio­nale dans les vingt der­nières années. La pau­vre­té aug­mente, tou­chant un nombre crois­sant de jeunes et sur­tout des per­sonnes seules, sans tra­vail, sou­vent des femmes, des tra­vailleurs mal payés tom­bant dans la pré­ca­ri­té, même des per­sonnes âgées plus récem­ment. Pour­tant, grâce à son sys­tème de pro­tec­tion sociale, encore per­for­mant mal­gré tout, la France demeure par­mi les pays les moins inéga­li­taires de la pla­nète, après le nord de l’Europe.

    Après les chocs pétro­liers (1973 et 1979), dans les années 80, un chô­mage de masse s’ins­talle dura­ble­ment, aggra­vé par la mon­dia­li­sa­tion (délo­ca­li­sa­tions, concur­rence fis­cale et sala­riale), la crise finan­cière et éco­no­mique de 2008, s’é­ta­blis­sant entre 8 et 10% de la popu­la­tion active, avec des caté­go­ries plus tou­chées (jeunes, seniors… Toutes caté­go­ries confon­dues, 4,6 mil­lions de chô­meurs ins­crits à Pôle emploi et 2,7 de cat. A, en août 2010)… Mais le gou­ver­ne­ment n’a pas renon­cé à la défis­ca­li­sa­tion des heures sup­plé­men­taires ni à la réduc­tion d’emploi dans la fonc­tion publique… Notons aus­si l’im­por­tance des CDD (8% des emplois, mais dont la pro­por­tion s’ac­croît jus­qu’à 80% des embauches dans le ter­tiaire, 70% dans l’in­dus­trie et 60% dans la construc­tion, au second tri­mestre 2009). Si l’emploi consti­tue une pro­tec­tion contre la pau­vre­té, il existe pour­tant des tra­vailleurs pauvres, cer­tains tra­vaillant à temps par­tiel (sur­tout des femmes) et dont les salaires sont insuf­fi­sants. Ce qui appa­raît comme un élé­ment de sta­bi­li­té pour les tra­vailleurs semble peut être mena­cé : sta­tut de la F.P. (fonc­tion publique) ou CDI (contrat à durée indé­ter­mi­née), avec la créa­tion d’un sta­tut d’au­to-entre­pre­neur très fra­gile et libé­rant les entre­prises de toutes charges sociales.

    Com­ment en est-on arri­vé là ?

    Deux logiques éco­no­miques et sociales s’op­posent désor­mais, de façon radi­cale, celle du CNR et de son pro­gramme, qui est une forme de libé­ra­lisme très contrô­lé par les pou­voirs publics, et celle d’une pen­sée qu’on désigne par le mot « néo­li­bé­ra­lisme » et qui s’im­pose désor­mais dans une éco­no­mie mon­dia­li­sée. Quels en sont les traits essentiels ?

    Une concep­tion de l’homme consi­dé­ré comme un consom­ma­teur, qui cherche le maxi­mum d’u­ti­li­té dans les biens et les ser­vices qu’il convoite, et cela au meilleur coût pos­sible. Il est sup­po­sé com­plè­te­ment infor­mé de l’é­tat du mar­ché. Homme ration­nel, bon cal­cu­la­teur, on peut si bien pré­voir son com­por­te­ment qu’il peut se tra­duire en for­mules mathématiques !

    Une vision du mar­ché : ren­contre d’une offre de l’en­tre­prise et d’une demande du consom­ma­teur. Si la liber­té totale de vendre et d’a­che­ter est garan­tie, l’offre et la demande s’a­jus­te­ront natu­rel­le­ment grâce à la concur­rence, si elle est libre et par­faite. Il faut donc lais­ser jouer le méca­nisme du mar­ché concur­ren­tiel, en s’in­ter­di­sant de l’en­tra­ver par des règle­men­ta­tions éta­tiques qui le faus­se­raient. Le maxi­mum d’ef­fi­ca­ci­té éco­no­mique est ain­si garan­ti ; et même si cha­cun recherche son inté­rêt per­son­nel, le bon­heur de tous et l’har­mo­nie sociale seront réa­li­sés, comme si « une main invi­sible » agis­sait au pro­fit de l’in­té­rêt géné­ral, qui est donc un pro­duit de l’é­goïsme des indi­vi­dus ! La loi du mar­ché doit s’é­tendre à tout le champ de l’ac­ti­vi­té éco­no­mique, sans exclu­sive (par exemple la san­té ou l’é­du­ca­tion, ain­si que le tra­vail, et son mar­ché qui seul peut assu­rer le plein emploi…). L’E­tat doit tout faire pour favo­ri­ser la libre entre­prise et la libre concurrence.

    Enfin, est affir­mé une cer­taine concep­tion de l’E­tat, « l’E­tat mini­mal ». Son inter­ven­tion si elle n’est pas sévè­re­ment bri­dée est émi­nem­ment nui­sible, car elle porte atteinte à la liber­té des acteurs éco­no­miques, et déres­pon­sa­bi­lise les indi­vi­dus qui s’en remettent à lui. En outre, il est dépen­sier, ses dépenses excèdent ses res­sources (trop de fonc­tion­naires par exemple !) et il est res­pon­sable de défi­cits insup­por­tables. Il faut donc dimi­nuer les pré­lè­ve­ments obli­ga­toires : impôts et coti­sa­tions sociales, sub­ven­tions de toutes sortes etc.

    Les concep­teurs de cette pen­sée libé­rale ont été Frie­drich Hayek (1899−1992) et Mil­ton Fried­man (1912−2006). Le pre­mier connaît la célé­bri­té en 1960 et reçoit un prix Nobel d’é­co­no­mie en 1974. Pour lui, l’en­ne­mi de la liber­té est tou­jours l’E­tat. Le second, prix Nobel d’é­co­no­mie en 1976, a ins­ti­tué l’é­cole moné­ta­riste qui domine les études éco­no­miques à l’u­ni­ver­si­té de Chi­ca­go où il enseigne long­temps. Son livre « Capi­ta­lisme et liber­té » devient la bible de l’é­co­no­mie néo­li­bé­rale : capi­ta­lisme, liber­té éco­no­mique et poli­tique sont insé­pa­rables, nous dit-il. Cet ouvrage ren­force la croyance, de « type méta­phy­sique » (pen­sée qui n’est pas vali­dée par l’ex­pé­rience) dans la supé­rio­ri­té du mar­ché quand il est libre de toute inter­ven­tion de l’E­tat, ce qui assure à la fois la liber­té et le bon­heur de l’homme. Mme That­cher et Rea­gan furent les dis­ciples fidèles de ces universitaires.

    La crise éco­no­mique et finan­cière majeure que nous connais­sons, marque l’é­chec de cette pen­sée. Les néo­li­bé­raux, qui récusent toute inter­ven­tion de l’E­tat, en pleine contra­dic­tion avec leur théo­rie, sont les pre­miers à sol­li­ci­ter son aide pour sor­tir de leur impasse. On a vu l’am­pleur de cette inter­ven­tion, qui se chiffre par mil­liards de dol­lars ou d’eu­ros de dette publique et un chô­mage aggra­vé ! Mais la théo­rie n’est pas aban­don­née pour autant, l’in­ter­ven­tion de l’E­tat dans la sphère pri­vée, pour eux, ne peut être que pro­vi­soire et doit ces­ser dès que sera assu­ré le retour « à la nor­male » du fonc­tion­ne­ment des mar­chés. C’est la posi­tion des répu­bli­cains aux Etats-Unis et celle de l’en­semble des diri­geants euro­péens adeptes de cette nou­velle pen­sée por­tée par la culture anglo-saxonne.

    La dif­fu­sion mon­diale de la pen­sée néolibérale

    Cette dif­fu­sion réus­sie de la pen­sée néo­li­bé­rale, auprès des élites mon­diales, a été conduite de manière métho­dique et per­sé­vé­rante par les uni­ver­si­taires amé­ri­cains qui l’ont théorisée.

    Dès 1947 Hayek crée le réseau du « Mont-Pèle­rin » et les néo­li­bé­raux, pen­dant l’a­près guerre, mettent en rela­tion réseaux aca­dé­miques, poli­tiques et patro­naux, impulsent un ensei­gne­ment uni­ver­si­taire fidèle à leur pen­sée qui émerge dans les années 70. Elle se dif­fuse ensuite dans de nom­breuses écoles de com­merce et de ges­tion des affaires et en finances qui se mul­ti­plient, à par­tir des années 80 et jus­qu’à nos jours, gagnant même nos grandes écoles (HEC, poly­tech­nique, Cen­trale, Ponts et Chaus­sées, Mines, ENA…). Les ins­ti­tu­tions inter­na­tio­nales, (FMI, Banque mon­diale, OCDE, Banques régio­nales – FED amé­ri­caine, Banque Cen­trale euro­péenne…) ont rigou­reu­se­ment res­pec­té l’or­tho­doxie néolibérale.

    « S’est ain­si créé à l’é­chelle mon­diale une nou­velle aris­to­cra­tie d’ins­ti­tu­tions aca­dé­miques, pro­dui­sant elles-mêmes une nou­velle aris­to­cra­tie mon­dia­li­sé de « gérant d’af­faires », (aux salaires fas­tueux) et échan­geant des étu­diants pour assu­rer le bras­sage for­ma­té de cette nou­velle élite ». (G. Corm – Le Nou­veau Gou­ver­ne­ment du monde)

    Je conclu­rai ce constat sur deux remarques :

    C’est au nom du libé­ra­lisme triom­phant et de ses thèses que l’hé­ri­tage du pro­gramme du CNR est en voie d’être détruit, avec les consé­quences désas­treuses que nous vivons. Les élites mon­diales poli­tiques – de droite et de gauche – et éco­no­miques comme finan­cières, ont été convain­cues de leur jus­tesse et les ont appli­quées avec zèle. Mal­gré leur échec, ces théo­ries peuvent être jugées fausses et dans l’in­ca­pa­ci­té de réa­li­ser leur ambi­tion d’ef­fi­ca­ci­té éco­no­mique et de bon­heur pour tous ; néan­moins, rien n’in­dique un chan­ge­ment pro­fond de paradigme.

    C’est, peut-être, à la lumière de cette situa­tion qu’il nous faut ten­ter de répondre aux ques­tions que nous nous sommes posées : que devons-nous pré­ser­ver du pro­gramme du CNR ? Que devons-nous déve­lop­per ? Que faut-il changer ?

    III – Le deve­nir de notre société

    La ques­tion qui est désor­mais posée est celle du deve­nir de notre socié­té. Deux remarques, au préalable.

    1 – L’ap­pli­ca­tion du pro­gramme du CNR, même si elle n’a pas été totale, appa­raît posi­tive, si l’on juge qu’un élan a été don­né, dans l’im­mé­diat après guerre, à une véri­table « dyna­mique de pro­grès », jus­qu’au début des années 80.

    2 – Aujourd’­hui, le contexte est tout à fait dif­fé­rent. L’i­déo­lo­gie néo­li­bé­rale s’est impo­sée dans le monde entier, y com­pris dans notre pays, où elle a été adop­tée par les gou­ver­ne­ments conser­va­teurs. Cepen­dant, l’é­chec glo­bal de ses thèses, la crise finan­cière qui lui est liée, la crise éco­no­mique et sociale qui l’ac­com­pagnent, donnent un nou­veau souffle à une forte cri­tique, notam­ment dans les pays d’A­mé­rique latine, qui est conduite aus­si par un cer­tain nombre d’é­co­no­mistes. Mais le adeptes du néo­li­bé­ra­lisme résistent avec opi­niâ­tre­té à tout véri­table changement.

    D’autre part, les orga­ni­sa­tions inter­na­tio­nales, la Com­mu­nau­té euro­péenne, sa Com­mis­sion, le FMI, l’OMC, La Banque mon­diale, l’OCDE…, limitent la sou­ve­rai­ne­té des nations, imposent l’i­déo­lo­gie domi­nante à des Etats consen­tants, liés par des trai­tés, et diri­gés par des conservateurs.

    On peut consi­dé­rer qu’il reste deux façons d’a­bor­der les ques­tions que nous posons :

    - Soit on tente de défi­nir ce qui nous paraît sou­hai­table pour notre socié­té, au regard de nos idéaux et de nos valeurs, ce qui nous place dans le registre de la révo­lu­tion ou de l’utopie.

    - Soit on part de la réa­li­té poli­tique et sociale pour ten­ter de la modi­fier ou de la trans­for­mer dans le sens du pro­grès que nous vou­lons. C’est la démarche prag­ma­tique des petits pas ou du réfor­misme. Cette démarche doit s’ap­puyer sur une ana­lyse lucide des rap­ports de force dans la société.

    Quelle que soit l’op­tion choi­sie, il nous faut défi­nir l’es­prit, les prin­cipes, l’am­bi­tion qui nous motivent.

    Conclu­sion

    Les dégâts cau­sés par l’ap­pli­ca­tion dog­ma­tique des thèses néo­li­bé­rales appellent une réac­tion vigou­reuse. La dif­fi­cul­té est grande car elles ont gagné les esprits dans l’en­sei­gne­ment uni­ver­si­taire et chez les déci­deurs poli­tiques, éco­no­miques, finan­ciers qui dirigent l’é­co­no­mie mon­diale, et elles sont lar­ge­ment dif­fu­sées par les médias. Que faire ?

    Il y a, me semble-t-il, deux types d’ac­tions, à conduire, au plus tôt.

    1 – Un com­bat idéo­lo­gique pour démys­ti­fier ces thèses néo­li­bé­rales qui sont deve­nues une pen­sée unique, qui sont consi­dé­rées comme des idées fausses par de nom­breux éco­no­mistes, mar­gi­na­li­sés et qui ne peuvent popu­la­ri­ser leurs cri­tiques et leurs pro­po­si­tions de façon suf­fi­sante. S’im­posent, notam­ment, la défense éner­gique de la pro­tec­tion sociale et des ser­vices publics, la réduc­tion des inéga­li­tés qui s’ac­croissent, et d’une façon géné­rale la réha­bi­li­ta­tion de l’E­tat comme garant de l’in­té­rêt général.

    2 – Un com­bat poli­tique. Contrai­re­ment à ce qu’on vou­drait nous faire croire, les nations, leurs gou­ver­ne­ments peuvent encore déci­der dans un cer­tain nombre de domaines, par exemple celui de la fis­ca­li­té, sans deman­der l’a­vis des autres gou­ver­ne­ments euro­péens, ou celle des conte­nus de l’en­sei­gne­ment, et natu­rel­le­ment, le res­pect de la laï­ci­té. Rien n’in­ter­dit non plus d’ou­vrir des dis­cus­sions pour modi­fier cer­taines dis­po­si­tions au niveau euro­péen et mon­dial. La tâche est ardue, encore faut-il que les poli­tiques en aient la volon­té, sur­tout s’ils se réclament des valeurs humanistes.

    3 – Sur ces deux points, la socié­té civile doit aus­si se mani­fes­ter. Il existe de mul­tiples orga­ni­sa­tions comme syn­di­cats, mutuelles, coopé­ra­tives, orga­ni­sa­tions très enga­gées comme ATTAC, le Forum social, des cercles de pen­sée, dont l’am­bi­tion est de pro­mou­voir les valeurs démo­cra­tiques et répu­bli­caines. Il appar­tient à chaque Citoyen, dans une démo­cra­tie, de déter­mi­ner libre­ment ses convic­tions et ses enga­ge­ments de façon éclai­rée et responsable.

    Jean MOLERES

    Source : http://​huma​nisme​-et​-lumieres​.com/​s​o​c​i​e​t​e​/​2​1​-​e​c​o​n​o​m​i​e​/​6​1​-​l​e​-​p​r​o​g​r​a​m​m​e​-​d​u​-​c​n​r​.​h​tml

    Réponse
  70. J-Stéphane

    Bon­jour,

    La répar­ti­tion théo­rique et juste de la somme glo­bale des richesses pro­duite n’a ces­sé d’aug­men­ter par habi­tant, tout en per­met­tant à cha­cun de tra­vailler moins.

    Nous sommes en sur­pro­duc­tion et en sur­con­som­ma­tion, et le chô­mage augmente.

    Alors pour­quoi les poli­ti­ciens et les médias conti­nuent-ils à nous rabâ­cher que le chô­mage est un drame sociétal ?

    Pour­quoi, nous peuple, conti­nuons à croire que le chô­mage est la cause de notre pro­blème financiers ?

    Il n’est pas mal­heu­reux que l’on puisse se pas­ser de plus en plus de la main-d’oeuvre humaine pour sub­ve­nir aux besoins de l’hu­ma­ni­té, c’est un progrès !

    L’es­pèce humaine sera-t-elle la der­nière des espèces ani­males à être employée pour satis­faire l’a­vi­di­té de certains ?

    Réponse
  71. Ana Sailland

    (je sug­gère de télé­char­ger le pdf)

    Pas­ser de la défiance à la confiance

    Pas­ser du contrac­tuel au contributif

    Enclen­cher la civi­li­sa­tion du don acratopège

    C’est le chan­ge­ment de para­digme néces­saire à la sur­vie de l’espèce

    Tod­mor­den a démon­tré « par inad­ver­tance » que l’être humain sait le faire

    D’autres germes poussent de ci de là, c’est comme un blé nou­veau dont la ger­mi­na­tion s’accélère

    C’est le printemps

    Réponse
  72. J-Stéphane

    Bon­jour Ana,

    Quelle mine d’or ! Je vais devoir poser des jours de congé pour lire tout ce filon 😉

    Petit extrait trou­vé dans l’in­tro­duc­tion de ces PDF, et que je vais aus­si col­ler sous un post d’É­tienne, où il a dû, une fois de plus, avoir l’im­pres­sion, d’a­voir un rai­son­ne­ment « rond » face à des gens aux rai­son­ne­ments « carrés ».

    « Ben nous sommes des gens ronds dans un monde de gens car­rés !. Nous sommes une entre­prise ronde cer­née par un monde d’entreprises car­rées. Nos clients sont car­rés. Nos four­nis­seurs sont car­rés. Nos lois Fran­çaises sont carrées ».

    Nous sommes une classe sociale ronde, gou­ver­née par une classe sociale carrée.

    Réponse
  73. Ana Sailland

    très jolie ima­ge­rie qui pas­se­ra mieux que le yin yang. Je mémorise 🙂

    Réponse
  74. FURAX

    Her­vé Morin : « Il faut pas­ser aux 39 heures, payées 35 »

    Le pacte de res­pon­sa­bi­li­té de Fran­çois Hol­lande n’est pas en mesure d’a­mé­lio­rer emploi et crois­sance, assure le pré­sident du Nou­veau Centre Her­vé Morin, qui n’hé­site pas à prô­ner le pas­sage aux 39 heures payées 35 dans une inter­view publiée mar­di dans Les Échos. Inter­ro­gé sur la capa­ci­té du pacte de res­pon­sa­bi­li­té à amé­lio­rer l’emploi et la crois­sance, Her­vé Morin déclare : « Je n’y crois pas. La ques­tion fon­da­men­tale est que la France souffre d’un vrai pro­blème de com­pé­ti­ti­vi­té, qui n’est pas seule­ment lié à la ques­tion du coût du travail. »

    « La France n’est plus com­pé­ti­tive dans son espace éco­no­mique : on le voit avec sa balance com­mer­ciale, une crois­sance des entre­prises moins forte qu’ailleurs, des taux de marge inexis­tants, un sous-inves­tis­se­ment », ajoute le pré­sident du conseil natio­nal de l’U­DI. « Je défends l’i­dée d’un vrai choc de com­pé­ti­ti­vi­té, autour d’une poli­tique libé­rale, qui dit aux Fran­çais : c’est par l’a­mé­lio­ra­tion des condi­tions de pro­duc­tion que l’on fera la meilleure des poli­tiques sociales, c’est-à-dire le retour au plein-emploi ! »

    « 39 heures payées 35 »

    « Les Fran­çais découvrent les ver­tus des entre­prises qui marchent, ils sont prêts à voir leurs ser­vices publics réduits, car ils ont com­pris que le sys­tème actuel ne marche plus », assure l’ex-ministre de la Défense. « D’a­bord, pre­mière mesure, il faut le pas­sage à 39 heures payées 35 ! » s’ex­clame-t-il. « Est-ce que notre des­tin est de voir notre pou­voir d’a­chat se réduire, un chô­mage mas­sif, des pré­lè­ve­ments obli­ga­toires aug­men­ter pour un défi­cit qu’on n’ar­rive plus à réduire, car il n’y a pas assez de pro­duc­tion ? Ou essaie-t-on de ren­ver­ser la vapeur ? » s’interroge-t-il.

    Her­vé Morin prône éga­le­ment « une réduc­tion des charges sociales avec une baisse des coti­sa­tions patro­nales fami­liales » et la « mise en place d’un contrat de tra­vail unique ». « Pour que les entre­prises n’aient plus peur d’embaucher, il faut aus­si qu’elles puissent licen­cier », affirme Her­vé Morin.

    Source : http://www.lepoint.fr/economie/herve-morin-il-faut-passer-aux-39-heures-payees-35–28-01–2014-1785039_28.php

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