Loi de 73 : une conversation avec Magali Pernin (1er novembre 2012)

25/11/2012 | 8 commentaires

(1er novembre 2012)

Après une confé­rence (avec Flo­rence Gau­thier) lors de l’U­ni­ver­si­té d’au­tomne du M’Pep, j’ai fait un brin de cau­sette avec Magali :

J’aime bien Lior et Maga­li 🙂 qui, en plus d’être sym­pas et astu­cieux, mènent —sur ce sujet de la loi de 1973 et sur d’autres— un tra­vail d’en­quête bien utile qui nous aide tous à pro­gres­ser. Certes, il me semble qu’ils com­mettent, eux aus­si, quelques erreurs sur cette fichue loi, mais je détaille­rai ça dans un pro­chain billet : il est urgent que je tape une mise au point sur la loi de 1973 (c’est déjà rédi­gé en bonne partie).

Mais pour que je puisse le faire, il faut que j’ar­rête de quit­ter ma mai­son toutes les semaines (pour vous rejoindre) 🙂

Encore deux semaines, et ça va se tas­ser, nor­ma­le­ment (je ne dis plus ‘oui’ depuis des mois…)

Mer­ci pour tous ces mails d’en­cou­ra­ge­ment, mes­sages enthou­siastes qui pleuvent chaque jour dans ma BAL et aux­quels, affreux jojo que je suis, je ne peux répondre ; mais je vous lis, et vous me don­nez bien de la force.

Bien ami­ca­le­ment.

Étienne.

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Étienne

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8 Commentaires

  1. Vincent

    La dis­cus­sion ci-des­sus m’a inter­pe­lé au sujet du sort que nous, démo­crates, réser­vons à la technocratie. 

    Pour­quoi sys­té­ma­ti­que­ment ren­voyer dos-à-dos tech­no­cra­tie et démocratie ? 

    L’ex­per­tise des tech­no­crates n’est-elle pas l’al­liée natu­relle de la démocratie ? 

    L’er­reur consiste à pen­ser que la démo­cra­tie ne fonc­tionne qu’a­vec des citoyens experts. C’est tout l’in­verse. Les assem­blées citoyennes, non expertes, votent la loi mais ne l’é­la­borent pas. Un panel de sachants, spé­cia­listes, experts, tech­no­crates, repré­sen­ta­tifs de l’en­semble des sen­si­bi­li­tés idéo­lo­giques, sou­mettent à l’as­sem­blée leurs ana­lyses (contra­dic­toires) et leurs pro­po­si­tions de déci­sions poli­tiques et l’as­sem­blée tranche. 

    En réa­li­té, les tirés au sort ne débattent qua­si­ment pas entre eux. Ils écoutent le défi­lé des experts et votent en leur âme et conscience. Les experts sont sélec­tion­nés de façon pari­taire par une com­mis­sion pré­pa­ra­toire elle-même tirée au sort. Sur le modèle des magis­trats athé­niens, cette com­mis­sion « pré­pare » l’as­sem­blée. Elle doit fixer les ques­tions à débattre pen­dant la ses­sion et le col­lège d’ex­perts en confron­tant les pro­po­si­tions des admi­nis­tra­tions aux contre-pro­po­si­tions de la socié­té civile (cher­cheurs, sec­teur pri­vé, associations…) 

    Et c’est parce que cette com­mis­sion est tirée au sort qu’on mini­mise les risques de « cha­pel­lisme » – fon­da­men­taux en matière d’expertise.

    Réponse
  2. Yvan

    Voi­là la publi­ca­tion de la réponse à la ques­tion qu’a­vait posé Jean-Jacques Can­de­lier à l’As­sem­blée Natio­nale cet été, au sujet de la dette, de sa légi­ti­mi­té, et de la créa­tion moné­taire aban­don­née aux pri­vées. Si la réponse avait le mérite de ne pas tour­ner autour du pot, et d’être lim­pide sur tous ces sujets, la réponse n’est (comme on pou­vait s’en dou­ter) qu’un dis­cours capi­ta­liste libé­ral et convain­cu (« parce que c’est comme ça par­tout ailleurs ») que les mar­chés finan­ciers sont indis­pen­sables, et même béné­fiques si on pousse un peu le bouchon !

    Et tou­jours ce même argu­ment main­te­nant bien connu du « si on laisse l’E­tat créer la mon­naie c’est dan­ge­reux et nocif »… comme si les dieux mar­chés n’é­taient pas nocifs et toxiques, eux ! Le tout étant de com­prendre que les « inves­tis­seurs » ne sont pas DU TOUT indis­pen­sables, au contraire même, c’est le pre­mier obs­tacle au bon sens et à l’in­té­rêt géné­ral… comme le dit si bien B.Friot : « l’obs­tacle à l’in­ves­tis­se­ment, c’est les inves­tis­seurs » :

    => http://​www​.you​tube​.com/​w​a​t​c​h​?​v​=​s​_​b​a​V​o​o​Q​oS0

    Bref, voi­là donc la réponse du gou­ver­ne­ment socia­liste :

    => http://questions.assemblee-nationale.fr/q14/14–152QE.htm

    Yvan P.

    Réponse
  3. Jennyfer

    Idée reçue sur la loi du 3 jan­vier 1973

    La loi de 1973 n’est pas une loi d’in­no­va­tion, mais de modernisation

    « La réforme qui vous est pro­po­sée aujourd’hui ne vise pas et ne pré­tend pas bou­le­ver­ser le fonc­tion­ne­ment de la Banque de France »,
    Valé­ry Gis­card d’Estaing, Ministre de l’économie et des finances, décembre 1972.

    Les débats tenus à l’Assemblée natio­nale et au Sénat (2) nous montrent que cette loi résulte d’un com­pro­mis entre un pro­jet de réforme por­té par le gou­ver­neur de la Banque de France, un contre-pro­jet por­té par le Tré­sor public ain­si que les exi­gences affir­mées par les parlementaires.

    Le pro­jet de loi est uni­que­ment pré­sen­té par le Ministre de l’économie et des finances, Valé­ry Gis­card d’Estaing, comme un texte de cla­ri­fi­ca­tion, de codi­fi­ca­tion et de modernisation :

    Cla­ri­fi­ca­tion : Alors que jusqu’ici, les sta­tuts de la Banque de France com­pre­naient 192 articles dis­sé­mi­nés dans 35 lois ou ordon­nances, 16 conven­tions, 6 décrets-lois et 40 décrets (3), la loi de 1973 est pré­sen­tée dans un ordre logique et avec une grande pré­ci­sion. Elle se décline de façon simple : mis­sion, struc­ture et techniques. 

    Codi­fi­ca­tion : Il conve­nait de reprendre les sta­tuts de la Banque de France qui n’avaient pas été réfor­més depuis 36 ans, ne serait-ce que pour rendre la légis­la­tion conforme à la nou­velle Consti­tu­tion de 1958. 

    Moder­ni­sa­tion : Les dis­po­si­tions et tech­niques décrites dans la légis­la­tion étaient pour la plu­part obso­lètes. Une large place était réser­vée à des tech­niques archaïques (comme l’escompte qui occu­pait alors 58 articles), tan­dis que les tech­niques modernes (comme l’ « open mar­ket », qui a sup­plan­té le recours à l’escompte depuis février 1971) étaient trai­tées de manières trop imprécises.

    On relève aus­si une nette évo­lu­tion sur le plan du contrôle, puisque la loi rem­place les deux repré­sen­tants du gou­ver­ne­ment au sein du Conseil de la Banque de France, qui n’avaient aucun pou­voir, par un seul repré­sen­tant dis­po­sant désor­mais d’un droit de véto per­met­tant de relan­cer les débats au sein du Conseil. Plus encore, ce der­nier ne sera plus com­po­sé de repré­sen­tants d’intérêts éco­no­miques : les conseillers seront désor­mais nom­més par le gou­ver­ne­ment pour leurs com­pé­tences en matières éco­no­miques et moné­taires (4).

    Autre dis­po­si­tion prise, la liste des effets que la Banque de France pour­ra accep­ter pour refi­nan­ce­ment ne sera plus fixée par la loi mais déci­dée par le Conseil.

    Pour finir, on peut ajou­ter que ce fut la pre­mière fois depuis un cer­tain temps que les par­le­men­taires eurent à se pro­non­cer « à froid », sans contrainte exté­rieure due à la situa­tion moné­taire inter­na­tio­nale, sur les ques­tions rela­tives à la Banque de France et à la monnaie.

    Ain­si, contrai­re­ment à ce qu’on peut pen­ser, les pré­oc­cu­pa­tions rela­tives au défi­cit public, à la moné­ti­sa­tion de la dette, et à l’inflation, ne se retrouvent pas du tout dans la lec­ture des débats.

    Le contexte étant expli­ci­té nous pou­vons entrer dans le vif du sujet : la loi de 1973 empêche-t-elle l’Etat d’emprunter gra­tui­te­ment auprès de la Banque de France ?

    L’article 25 : l’in­ter­dic­tion pour le Tré­sor public de « pré­sen­ter ses propres effets » à l’es­compte de la Banque de France

    « Le Tré­sor public ne peut être pré­sen­ta­teur de ses propres effets à l’es­compte de la Banque de France »
    article 25 de la loi 73–7 du 3 jan­vier 1973

    Pour com­prendre ce que veut dire cet article, il faut se remettre dans le contexte historique.

    A l’époque, le prin­ci­pal outil de refi­nan­ce­ment qu’utilise la Banque de France pour accor­der des liqui­di­tés aux banques de second rang (les banques com­mer­ciales) ou à d’autres acteurs éco­no­miques est l’ “escompte” (aujourd’hui, cette tech­nique a été rem­pla­cée par l’ “open market”).

    Quand un acteur avait besoin de liqui­di­tés, il deman­dait à la Banque de France d’escompter des titres de créance : l’acteur échan­geait une obli­ga­tion contre des liqui­di­tés. Si par exemple, un acteur X pos­sé­dait une obli­ga­tion fran­çaise qui serait rem­bour­sée cinq ans plus tard, celui-ci pou­vait deman­der à la Banque de France de lui avan­cer cette somme en échange de la pro­messe de rem­bour­ser quand l’obligation arri­ve­rait à matu­ri­té. Très pra­tique lorsque l’on avait besoin de liqui­di­tés rapidement.

    Cet article énonce une règle simple : le Tré­sor public ne peut pas pré­sen­ter ses propres obli­ga­tions à la Banque de France. Il doit donc cher­cher des liqui­di­tés ailleurs, notam­ment auprès des banques (à l’époque une grande par­tie du sys­tème ban­caire est natio­na­li­sée et le cré­dit est plus ou moins admi­nis­tré (5)) ou en deman­dant à la popu­la­tion via des emprunts publics (voir l’emprunt “Pinay” ou encore l’emprunt “Gis­card”, par­ti­cu­liè­re­ment ruineux).

    A l’o­ri­gine de cet article, loin de « l’obs­cur com­plot ban­caire » : un simple amen­de­ment parlementaire.

    Pré­sen­tée le 3 novembre 1972 en pre­mière lec­ture au Sénat, la réforme a fait l’ob­jet de deux navettes entre les deux chambres par­le­men­taires avant de prendre la forme défi­ni­tive que nous lui connais­sons aujourd’hui.

    C’est lors de son exa­men en deuxième lec­ture au Sénat, le 14 décembre 1972, que la dis­po­si­tion contro­ver­sée a été intro­duite, sur pro­po­si­tion de Mon­sieur Yvon Cou­dé du Fores­to, rap­por­teur géné­ral de la Com­mis­sion des finances du Sénat.

    Pré­sen­tant cet amen­de­ment comme une « sage pré­cau­tion » per­met­tant d’é­vi­ter que le Tré­sor public ne puisse « tour­ner la légis­la­tion sur les émis­sions de mon­naie ou de qua­si mon­naie … par le biais de la pré­sen­ta­tion de bons de Tré­sor au rées­compte de l’ins­ti­tut d’é­mis­sion », la Com­mis­sion des finances est à l’o­ri­gine de l’a­jout de l’article 29 : « Le Tré­sor public ne peut pré­sen­ter ses propres effets au rées­compte de l’ins­ti­tut d’émission ».

    A l’é­poque, Mon­sieur Jean Tait­tin­ger, secré­taire d’É­tat au bud­get, avait expri­mé l’ac­cord du gou­ver­ne­ment sur l’in­tro­duc­tion d’un tel amen­de­ment, par sou­ci de « conci­lia­tion », esti­mant cepen­dant que cette dis­po­si­tion était inutile :

    « Cet amen­de­ment énonce une règle rela­tive à la poli­tique de ges­tion de la tré­so­re­rie publique. Or, il s’agit d’un pro­jet de loi sur la Banque de France et non sur le Trésor », 
    « L’amendement lais­se­rait par ailleurs sup­po­ser que la Banque pour­rait accep­ter de se prê­ter à la pra­tique que l’on condamne, ce qui n’est pas flat­teur pour elle »

    C’est lors de l’exa­men du pro­jet de loi en seconde lec­ture à l’As­sem­blée natio­nale que la rédac­tion défi­ni­tive de l’a­men­de­ment a été éta­blie. Pour plus de clar­té, Mon­sieur Jean Capelle, dépu­té de l’UDR, a pré­sen­té un amen­de­ment modi­fiant à la marge la rédac­tion rete­nue par le Sénat et en a fait l’ob­jet d’un article dis­tinct : l’ar­ticle 25.

    Les lec­teurs atten­tifs auront rete­nu de l’in­ter­ven­tion de Mon­sieur Jean Tait­tin­ger que l’ar­ticle 25 n’a intro­duit aucune inno­va­tion juri­dique : cette simple règle rela­tive à la poli­tique de ges­tion de la tré­so­re­rie publique est connue de tous comme étant une pra­tique proscrite.

    Et pour cause : cette inter­dic­tion a été intro­duite par la loi du 24 juillet 1936 (3). L’ar­ticle 13 de ladite loi pré­cise en effet que « Tous les Effets de la dette flot­tante émis par le Tré­sor public et venant à échéance dans un délai de trois mois au maxi­mum sont admis sans limi­ta­tion au rées­compte de l’Institut d’Émission, sauf au pro­fit du Tré­sor public. »

    L’ar­ticle 25, en plus de ne pas être d’o­ri­gine gou­ver­ne­men­tale, n’é­dicte aucune règle nouvelle.

    En tout état de cause, on ne sau­rait conclure d’une telle dis­po­si­tion l’in­ter­dic­tion pour l’E­tat d’emprunter auprès de la Banque de France : l’emprunt ne se réduit pas à la demande d’es­compte et il se trouve que plu­sieurs articles de la loi encadrent les prêts, avances et concours de la Banque à l’Etat.

    L’article 19 : des avances et des prêts de la Banque de France à l’Etat

    Dans la sec­tion « Concours de la Banque à l’E­tat », on peut lire, à l’article 19, que « les condi­tions dans les­quelles l’Etat peut obte­nir de la Banque des avances et des prêts sont fixées par des conven­tions pas­sées entre le ministre de l’économie et des finances et le gou­ver­neur, auto­ri­sé par déli­bé­ra­tion du conseil géné­ral. Ces conven­tions doivent être approu­vées par le Parlement ».

    En effet, les rela­tions entre la Banque de France et l’Etat ont tou­jours été enca­drées par des conven­tions pas­sées entre l’exécutif et le gou­ver­neur de la Banque. Elles per­met­taient de déci­der notam­ment des dif­fé­rents concours pou­vant être accor­dés à l’Etat en fonc­tion de la conjonc­ture économique.

    Par consé­quent, cet article, qui n’introduit aucune inno­va­tion juri­dique et pré­serve les pré­ro­ga­tives par­le­men­taires, n’a fait l’objet d’aucune dis­cus­sion au Sénat et à l’Assemblée natio­nale. Il a été approu­vé sans délais lors des pre­mières lectures.

    Ce n’est pas le cas de la conven­tion du 17 sep­tembre 1973, approu­vée par la loi du 21 décembre 1973 (6), qui, venant soli­de­ment enca­drer les concours de la Banque de France à l’E­tat, a fait l’objet de débats soutenus.

    Selon le rap­por­teur géné­ral de la Com­mis­sion des finances de l’Assemblée natio­nale, Mau­rice Papon (UDR), cette conven­tion répond à trois objec­tifs principaux :

    1) rému­né­rer le compte cou­rant du Tré­sor à la banque de France et per­mettre à ce der­nier, notam­ment, d’intervenir sur le mar­ché monétaire

    2) faire varier auto­ma­ti­que­ment le pla­fond de ces concours en fonc­tions des modi­fi­ca­tions inter­ve­nues dans les pari­tés moné­taires (selon les résul­tats semes­triels du fonds de sta­bi­li­sa­tion des changes)

    Désor­mais, en cas de perte de changes, les concours de la Banque de France à l’Etat se trouvent auto­ma­ti­que­ment aug­men­tés d’un égal mon­tant et, en cas de gain, dimi­nués dans les mêmes conditions.

    Ain­si, et ce fut tout l’objet du débat par­le­men­taire, l’automaticité prive ces der­niers d’intervenir en amont pour approu­ver de telles modi­fi­ca­tions, qui désor­mais ne seront approu­vées qu’à l’occasion du vote de la loi de règle­ment (7).

    Alors qu’aujourd’hui, les par­le­men­taires semblent peu sou­cieux de défendre leurs pré­ro­ga­tives, on ne peut être qu’étonnés par la qua­li­té des débats de 1973. Les dépu­tés et les séna­teurs, de la majo­ri­té comme de l’opposition, se sont oppo­sés à ce que le Par­le­ment vote “son propre des­sai­sis­se­ment” et ont exi­gé du gou­ver­ne­ment des garan­ties quant au res­pect du pou­voir législatif.

    3) réor­ga­ni­ser et sim­pli­fier le régime des concours de la Banque de France à l’Etat

    Jusqu’à ce jour, cinq postes du bilan de la Banque de France retra­çaient les concours à l’Etat :

    les avances de la Banque de France (uti­li­sées quo­ti­dien­ne­ment pour équi­li­brer le compte cou­rant de l’Etat)
    les obli­ga­tions cautionnées
    les prêts spé­ciaux à la construc­tion mobi­li­sés par la Caisse des dépôts et consignations
    la ligne spé­ciale « Prêts à l’Etat » (concours excep­tion­nels accor­dés pen­dant la seconde guerre mon­diale et l’immédiate après guerre)
    la ligne des « bons sans inté­rêt » cor­res­pon­dante à la pre­mière déva­lua­tion du dol­lar (décembre 1971).

    A par­tir de 1973, les concours de la Banque de France à l’Etat ne font l’objet que d’une seule ligne comp­table « concours de tré­so­re­rie appor­tés au Tré­sor public », dis­tin­gués seule­ment selon qu’ils soient accor­dés avec ou sans intérêts.

    Selon les dires de Mau­rice Papon, l’ensemble de ces lignes repré­sen­taient alors un mon­tant poten­tiel de 20,5 mil­liards de francs, dont 10,5 mil­liards ne don­nant pas lieu à rému­né­ra­tion (ils ne sont pas sou­mis à intérêts).

    Par son article 2, la conven­tion de 1973 a donc figé pour l’avenir la situa­tion existante :

    « Les concours de tré­so­re­rie appor­tés par la Banque au Tré­sor public s’é­lèvent à un mon­tant maxi­mum de 20,5 mil­liards de francs. Dans la limite de 10,5 mil­liards de francs, ces concours ne sont pas rému­né­rés. A concur­rence de 10 mil­liards de francs, ils sont rému­né­rés au taux le plus bas pra­ti­qué par la Banque […] » (8).

    Ces dis­po­si­tions, pour être modi­fiées (à notre connais­sance, elles ne l’ont pas été jusqu’en 1993), doivent faire l’objet d’une nou­velle conven­tion pas­sée entre le ministre des finances et le gou­ver­neur de la Banque de France et approu­vée par le Par­le­ment (confor­mé­ment à l’article 19 de la loi de 1973).

    La loi du 3 jan­vier 1973 est donc accu­sée à tort d’être à l’o­ri­gine de la fin des emprunts gra­tuits accor­dés par la Banque de France à l’Etat.

    Il faut attendre 1993, et le Trai­té de Maas­tricht (9), pour voir énon­cer une telle inter­dic­tion de prin­cipe, dans son article 104, para­graphe 1 (réécrit à l’article 123 du TFUE (10)) :

    « Il est inter­dit à la BCE et aux banques cen­trales des États membres, ci-après dénom­mées “banques cen­trales natio­nales”, d’ac­cor­der des décou­verts ou tout autre type de cré­dit aux ins­ti­tu­tions ou organes de la Com­mu­nau­té, aux admi­nis­tra­tions cen­trales, aux auto­ri­tés régio­nales ou locales, aux autres auto­ri­tés publiques, aux autres orga­nismes ou entre­prises publics des États membres ; l’ac­qui­si­tion directe, auprès d’eux, par la BCE ou les banques cen­trales natio­nales, des ins­tru­ments de leur dette est éga­le­ment interdite. »

    Inter­dic­tion que l’on retrouve dans l’article 3 des nou­veaux sta­tuts de la Banque de France ins­ti­tués par la loi du 4 aout 1993 (11) :

    « Il est inter­dit à la Banque de France d’autoriser des décou­verts ou d’accorder tout autre type de cré­dit au Tré­sor public ou à tout autre orga­nisme ou entre­prise publics. L’acquisition directe par la Banque de France de titres de leur dette est éga­le­ment inter­dite. Des conven­tions éta­blies entre l’Etat et la Banque de France pré­cisent, le cas échéant, les condi­tions de rem­bour­se­ment des avances consen­ties jusqu’à la date d’entrée en vigueur de la pré­sente loi au Tré­sor public par la Banque de France. »

    Conclu­sion

    La loi de 1973 n’institue qu’une seule inter­dic­tion, celle de l’escompte en faveur du Tré­sor public, qui existe depuis au moins 1936.

    Son article 19 vient confir­mer la tra­di­tion des conven­tions pour enca­drer les concours de la Banque à l’Etat.

    Ain­si, non seule­ment elle ne change rien à la situa­tion sur ce plan, mais elle sim­pli­fie le cadre et le fonc­tion­ne­ment de la Banque de France tout en cla­ri­fiant sa légis­la­tion. Enfin, selon Valé­ry Gis­card d’Estaing, cette réforme offre à la Banque la pos­si­bi­li­té de « par­ti­ci­pa­tion à des accords moné­taires inter­na­tio­naux » (un an plus tôt, la France inté­grait le Ser­pent Moné­taire Européen).

    La ques­tion qu’il faut donc se poser ne porte pas sur le sujet de la loi de 1973, mais sur la per­ti­nence et la com­po­si­tion des Conven­tions pas­sées entre le gou­ver­ne­ment et la Banque de France, approu­vées par le Par­le­ment. Ce débat, qui doit être mené, met en branle de nom­breux concepts éco­no­miques comme la créa­tion moné­taire, l’inflation, la ges­tion bud­gé­taire et bien d’autres que nous ne sau­rions trai­ter au sein de cet article. Ce der­nier visait sim­ple­ment à répondre à la ques­tion : La loi du 3 jan­vier 1973 empêche-t-elle l’Etat d’emprunter à la Banque de France sans inté­rêts ? A cette ques­tion, selon nous, la réponse est non.

    Remer­cie­ments

    Etienne Chouard et André-Jacques Hol­becq, Alain Bei­tone, Tou­riste (cf. Wiki­pé­dia), Patrick Madrolle et Jean Valery.

    Par Maga­li Per­nin et Lior Chamla.

    Notes et références
    (1) Loi n°73–7 du 3 jan­vier 1973 sur la Banque de France : http://​www​.legi​france​.gouv​.fr/​j​o​p​d​f​/​c​o​m​m​o​n​/​j​o​_​p​d​f​.​j​s​p​?​n​u​m​J​O​=​0​&​d​a​t​e​J​O​=​1​9​7​3​0​1​0​4​&​p​a​g​e​D​e​b​u​t​=​0​0​1​6​5​&​p​a​g​e​F​i​n​=​&​p​a​g​e​C​o​u​r​a​n​t​e​=​0​0​165

    (2) Vous trou­ve­rez ici toutes les archives concer­nant les débats au Sénat et à l’Assemblée nationale :
    · Dis­cus­sion au Sénat (Pre­mière lec­ture) du 2 novembre 1972 :
    http://​www​.senat​.fr/​c​o​m​p​t​e​s​-​r​e​n​d​u​s​-​s​e​a​n​c​e​s​/​5​e​m​e​/​p​d​f​/​1​9​7​2​/​1​1​/​s​1​9​7​2​1​1​0​2​_​1​8​9​5​_​1​9​3​4​.​pdf

    · Dis­cus­sion à l’As­sem­blée natio­nale (Pre­mière lec­ture) du 28 novembre 1972 : http://archives.assemblee-nationale.fr/4/cri/1972–1973-ordinaire1/067.pdf et http://archives.assemblee-nationale.fr/4/cri/1972–1973-ordinaire1/068.pdf
    · Dis­cus­sion au Sénat (Deuxième lec­ture) du 14 décembre 1972 : http://​www​.senat​.fr/​c​o​m​p​t​e​s​-​r​e​n​d​u​s​-​s​e​a​n​c​e​s​/​5​e​m​e​/​p​d​f​/​1​9​7​2​/​1​2​/​s​1​9​7​2​1​2​1​4​_​3​0​8​7​_​3​1​2​6​.​pdf
    · Dis­cus­sion et adop­tion à l’As­sem­blée natio­nale (Seconde lec­ture) du 18 décembre 1972 :
    http://archives.assemblee-nationale.fr/4/cri/1972–1973-ordinaire1/086.pdf
    · Dis­cus­sion et adop­tion au Sénat (Troi­sième lec­ture) du 18 décembre 1972 : http://​www​.senat​.fr/​c​o​m​p​t​e​s​-​r​e​n​d​u​s​-​s​e​a​n​c​e​s​/​5​e​m​e​/​p​d​f​/​1​9​7​2​/​1​2​/​s​1​9​7​2​1​2​1​8​_​3​1​8​3​_​3​2​1​0​.​pdf

    (3) Com­pi­la­tion de toutes les lois et décrets por­tant sur la Banque de France depuis sa créa­tion : http://​www​.banque​-france​.fr/​u​p​l​o​a​d​s​/​t​x​_​b​d​f​g​r​a​n​d​e​s​d​a​t​e​s​/​s​t​a​t​u​t​s​-​l​o​i​s​_​0​8​.​pdf

    (4) A l’époque, Valé­ry Gis­card d’Estaing explique que « sept des douze conseillers repré­sentent des inté­rêts éco­no­miques tels qu’on pou­vait sans doute les défi­nir en 1936 : com­merce et indus­trie, agri­cul­ture, tra­vail, inté­rêts fran­çais dans les ter­ri­toires d’outre mer, inté­rêts fran­çais à l’étranger, inté­rêts éco­no­miques, inté­rêts éco­no­miques géné­raux. Enfin, alors que les acti­vi­tés ban­caires ne sont pas en tant que telles repré­sen­tées au conseil géné­ral – ce qui s’explique – quatre man­dats de droit sont attri­bués au direc­teur géné­ral de la caisse des dépôts et consi­gna­tions, au gou­ver­neur du cré­dit fon­cier de France, au pré­sident du cré­dit natio­nal et au direc­teur géné­ral de la caisse natio­nale de cré­dit agri­cole, ce qui tourne en fait l’exclusion de prin­cipe des inté­rêts ban­caires du conseil géné­ral de la Banque. La réforme pro­po­sée par le pro­jet de loi don­ne­rait au conseil géné­ral une com­po­si­tion plus rationnelle. ».

    (5) Voir La mon­naie et ses méca­nismes, Domi­nique Pli­hon, col­lec­tion Repères, page 51 à 53.

    (6) Voir les docu­ments suivants :
    · Loi n°73–1121 du 21 décembre 1973 modi­fiant la loi n°73–7 du 3 jan­vier 1973 sur la Banque de France et approu­vant une conven­tion conclue entre le ministre de l’é­co­no­mie et le gou­ver­neur de la Banque de France : http://​legi​france​.gouv​.fr/​j​o​p​d​f​/​c​o​m​m​o​n​/​j​o​_​p​d​f​.​j​s​p​?​n​u​m​J​O​=​0​&​d​a​t​e​J​O​=​1​9​7​3​1​2​2​2​&​n​u​m​T​e​x​t​e​&​p​a​g​e​D​e​b​u​t​=​1​3​6​6​0​&​p​a​g​e​Fin
    · Dis­cus­sion et adop­tion à l’As­sem­blée natio­nale le 12 décembre 1973 : http://archives.assemblee-nationale.fr/5/cri/1972–1973-ordinaire1/095.pdf
    · Dis­cus­sion et adop­tion au Sénat le 14 décembre 1973 :
    http://​www​.senat​.fr/​c​o​m​p​t​e​s​-​r​e​n​d​u​s​-​s​e​a​n​c​e​s​/​5​e​m​e​/​p​d​f​/​1​9​7​2​/​1​2​/​s​1​9​7​2​1​2​1​4​_​3​0​8​7​_​3​1​2​6​.​pdf

    (7) Voir l’explication « Qu’est-ce qu’une loi de règlement ? » :
    http://​www​.vie​-publique​.fr/​d​e​c​o​u​v​e​r​t​e​-​i​n​s​t​i​t​u​t​i​o​n​s​/​f​i​n​a​n​c​e​s​-​p​u​b​l​i​q​u​e​s​/​r​e​s​s​o​u​r​c​e​s​-​d​e​p​e​n​s​e​s​-​e​t​a​t​/​b​u​d​g​e​t​/​q​u​-​e​s​t​-​c​e​-​q​u​-​l​o​i​-​r​e​g​l​e​m​e​n​t​.​h​tml

    (8) Selon l’encyclopédie en ligne Larousse, le bud­get de l’Etat à cette année était de 192,5 mil­liards de Francs. A titre indi­ca­tif, les concours accor­dés à l’Etat se mon­taient donc dans le contexte à un peu plus de 10,5% du bud­get. Voir http://​www​.larousse​.fr/​a​r​c​h​i​v​e​s​/​j​o​u​r​n​a​u​x​_​a​n​n​e​e​/​1​9​7​3​/​5​0​/​f​i​n​a​n​ces

    (9) TRAITÉ SUR L’UNION EUROPÉENNE (92/C 191⁄01) (dit « Trai­té de Maastricht ») :
    http://​eur​-lex​.euro​pa​.eu/​f​r​/​t​r​e​a​t​i​e​s​/​d​a​t​/​1​1​9​9​2​M​/​h​t​m​/​1​1​9​9​2​M​.​h​t​m​l​#​0​0​0​1​0​0​0​001

    (10) Trai­té sur le Fonc­tion­ne­ment de l’Union Euro­péenne (dit « TFUE ») :
    http://​eur​-lex​.euro​pa​.eu/​L​e​x​U​r​i​S​e​r​v​/​L​e​x​U​r​i​S​e​r​v​.​d​o​?​u​r​i​=​O​J​:​C​:​2​0​1​0​:​0​8​3​:​0​0​4​7​:​0​2​0​0​:​f​r​:​PDF

    (11) Loi n° 93–980 du 4 août 1993 rela­tive au sta­tut de la Banque de France et à l’ac­ti­vi­té et au contrôle des éta­blis­se­ments de crédit : 
    http://​legi​france​.gouv​.fr/​a​f​f​i​c​h​T​e​x​t​e​.​d​o​;​j​s​e​s​s​i​o​n​i​d​=​E​3​A​B​6​0​4​E​7​1​0​4​D​E​0​C​6​3​3​0​8​8​E​7​D​F​4​7​C​5​5​9​.​t​p​d​j​o​1​0​v​_​3​?​c​i​d​T​e​x​t​e​=​J​O​R​F​T​E​X​T​0​0​0​0​0​0​1​8​0​8​5​0​&​c​a​t​e​g​o​r​i​e​L​i​e​n​=id

    SOURCE : http://​www​.theo​rie​-du​-tout​.fr/​2​0​1​2​/​0​3​/​l​o​i​-​1​9​7​3​-​r​o​t​h​s​c​h​i​l​d​.​h​tml

    Réponse
  4. Jennyfer

    A ceux et celles qui mettent en cause la loi de 1973 je leur conseille­rais de l’é­tu­dier avant d’ap­por­ter des invrai­sem­blances héri­tées d’i­dées reçues que les com­plo­tistes se réjouissent de dif­fu­ser allè­gre­ment aux fins de mani­pu­la­tion des gogos ! Il est vrai qu’il est tel­le­ment plus simple d’ac­cu­ser son chien de la rage que d’é­tu­dier les faits réa­listes des fonc­tion­ne­ments de Psychée !

    En résu­mé, la loi de 1973 n’est qu’une sim­pli­fi­ca­tion et une ratio­na­li­sa­tion de ce qui exis­tait aupa­ra­vant. Avant cette sim­pli­fi­ca­tion de 1973, le sta­tut de la Banque de France était dis­per­sé sur 192 articles pro­ve­nant de 35 lois, 6 ordon­nances, 16 conven­tions, 6 décrets-lois et 40 décrets.

    La loi de natio­na­li­sa­tion du 2 décembre 1945 pré­voyait la mise en place de nou­veaux sta­tuts pour la Banque de France au plus tard le 28 février 1946, cette injonc­tion n’a­vait pas été sui­vie d’ef­fet : à l’ex­cep­tion du régime fis­cal de l’é­ta­blis­se­ment, réno­vé par une loi du 24 mai 1951, les sta­tuts demeu­raient à la fin des années 1960 en l’é­tat où les réformes du front popu­laire les avaient orga­ni­sés avant-guerre. En1966-1967, une série de réformes (dites « Debré-Habe­rer ») avait moder­ni­sé le sta­tut légal des banques com­mer­ciales, mais sans concer­ner la Banque de France. Lorsque Oli­vier Worm­ser devient gou­ver­neur de la Banque de France en avril 1969, il est « déci­dé à impo­ser des réformes pro­fondes » car inter­na­tio­na­le­ment, le sys­tème de Bret­ton Woods vit ses der­niers ins­tants tan­dis que le mar­ché moné­taire se com­plexi­fie. Les tech­niques d’in­ter­ven­tion sur ce mar­ché et de refi­nan­ce­ment des banques com­mer­ciales évo­luent : l’es­compte perd de sa cen­tra­li­té et les opé­ra­tions d’o­pen mar­ket gagnent en impor­tance, Oli­ver Worm­ser est deman­deur de réformes de struc­ture. Son objec­tif est de négo­cier une plus grande auto­no­mie pour la Banque de France. C’est lui qui est à l’i­ni­tia­tive de la réou­ver­ture du dos­sier sta­tu­taire : la Banque éla­bore un pro­jet de sta­tut et le com­mu­nique au gou­ver­ne­ment. Valé­ry Gis­card d’Es­taing, ministre char­gé de l’É­co­no­mie et des Finances, est peu récep­tif aux vel­léi­tés d’in­dé­pen­dance de la Banque et ses ser­vices pré­parent un contre-pro­jet concur­rent qui ren­force le contrôle gou­ver­ne­men­tal sur l’ins­ti­tu­tion. Le pro­jet de loi qui va deve­nir la loi du 3 jan­vier 1973 est le résul­tat d’une négo­cia­tion entre O. Worm­ser et V. Gis­card d’Es­taing et consti­tue un com­pro­mis entre leurs deux posi­tions anta­go­nistes. De cette refonte, plus que d’une réforme, il s’a­git d’a­bord de ratio­na­li­ser l’exis­tant, deve­nu dif­fi­ci­le­ment lisible, et d’autre part d’ap­por­ter quelques adap­ta­tions ou élé­ments de moder­ni­sa­tion de nature essen­tiel­le­ment tech­nique. Le com­pro­mis obte­nu n’a rien d’une réforme radi­cale : l’ar­ticle pre­mier rap­pelle que « la Banque de France agit dans le cadre de la poli­tique éco­no­mique et finan­cière de la nation » et l’ar­ticle 4 évoque « la poli­tique moné­taire arrê­tée par le Gou­ver­ne­ment ». La loi a vou­lu rap­pe­ler la subor­di­na­tion de la Banque de France au pou­voir poli­tique, le cen­seur repré­sen­tant l’É­tat action­naire voit son pou­voir accru (article 16). Jus­qu’à lors il ne pou­vait que « requé­rir la trans­crip­tion sur le registres des déli­bé­ra­tions » de son désac­cord avec une déci­sion du conseil, il peut désor­mais exi­ger une nou­velle déli­bé­ra­tion. La réforme vise à sim­pli­fier le sché­ma en fai­sant des « avances » le pro­cé­dé nor­mal de finan­ce­ment. Les condi­tions dans les­quelles celles-ci sont obte­nues doivent être orga­ni­sées par une conven­tion, qui doit rece­voir appro­ba­tion légis­la­tive. À mise en place de la conven­tion fin 1973, il est conve­nu que le Tré­sor dis­pose d’un droit de tirage de 10,5 mil­liards de francs prê­tés à taux nul (de l’ordre de 5 % du bud­get annuel de l’É­tat) et d’un droit com­plé­men­taire de 10 mil­liards à taux d’in­té­rêt sym­bo­lique, qui sont indexés en fonc­tion des réserves publiques de change. Mal­gré son article 25 qui inter­dit au Tré­sor d’« être pré­sen­ta­teur de ses propres effets à l’es­compte de la Banque de France » rien n’in­ter­dit d’in­ter­ve­nir sur le mar­ché secon­daire dans la mesure où un décret du 17 juin 1938 a auto­ri­sé l’in­tro­duc­tion en France des tech­niques d’o­pen mar­ket, les achats de titres sur le mar­ché secon­daire sont pra­ti­qués de façon légale et banale par l’é­ta­blis­se­ment depuis déjà long­temps. En 1976, les Bons du Tré­sor déte­nus à ce titre par la Banque de France attei­gnaient un mon­tant de 18 mil­liards qu’on peut mettre en paral­lèle avec les 26,3 mil­liards alors avan­cés au titre de la conven­tion de 1973.

    Mais dans l’ob­jec­tif de mise en confor­mi­té du sta­tut de la banque de France avec les obli­ga­tions issues du trai­té de Maas­tricht, la loi a été abro­gée par l’ar­ticle 35 de la loi n°93–980 du 4 août 1993 rela­tive au sta­tut de la Banque de France et à l’ac­ti­vi­té et au contrôle des éta­blis­se­ments de cré­dit , l’a­bro­ga­tion ayant pris effet à la date d’ins­tal­la­tion des nou­veaux organes de l’ins­ti­tu­tion, soit au plus tard le 1er jan­vier 1994.

    Plu­sieurs auteurs de blogs et per­son­na­li­tés poli­tiques affirment que l’ar­ticle 25 de cette loi aurait inter­dit le finan­ce­ment de l’É­tat par la Banque de France, et qu’il aurait donc été « rem­pla­cé » par l’ar­ticle 104 du trai­té de Maas­tricht puis par l’ar­ticle 123 du trai­té de Lis­bonne (qui inter­disent cette pratique).

    En réa­li­té, si cette loi peut s’ins­crire dans l’a­van­cée pro­gres­sive du moné­ta­risme, elle n’in­ter­dit pas les avances de la Banque de France à l’É­tat, pré­vues à l’ar­ticle 19, et son article 25 ne joue qu’un rôle acces­soire comme men­tion­né plus haut.

    En conclu­sion, il conve­nait de reprendre les sta­tuts de la Banque de France qui n’avaient pas été réfor­més depuis 36 ans, ne serait-ce que pour rendre la légis­la­tion conforme à la nou­velle Consti­tu­tion de 1958. Les dis­po­si­tions et tech­niques décrites dans la légis­la­tion étaient pour la plu­part obso­lètes. Une large place était réser­vée à des tech­niques archaïques (comme l’escompte qui occu­pait alors 58 articles), tan­dis que les tech­niques modernes (comme l’ « open mar­ket », qui a sup­plan­té le recours à l’escompte depuis février 1971) étaient trai­tées de manières trop impré­cises. Cer­tains, tou­jours ceux qui n’ont jamais lu les déli­bé­ra­tions et amen­de­ments de cette loi, pensent y trou­ver un des sym­boles de la conni­vence poli­ti­co-finan­cière, la nom­mant péjo­ra­ti­ve­ment loi « Roth­schild » en réfé­rence aux liens étroits qu’en­tre­te­nait le pré­sident de la Répu­blique, Georges Pom­pi­dou, avec la célèbre banque ce qui est une totale inep­tie et une preuve de déma­go­gie complotiste.

    Réponse
  5. Morpheus

    Quoi qu’il en soit, cette loi de 1973, de même que les articles des trai­tés euro­péens se réfé­rent à la créa­tion moné­taire, sont à dénon­cer si l’on se sou­cie de l’in­té­rêt col­lec­tif. Ces lois sont anti­cons­ti­tu­tion­nelles dans la mesure où elles dépos­sèdent le peuple de sa pré­ro­ga­tive natu­relle sur le moyen de sa poli­tique (la mon­naie repré­sen­tant, dans une éco­no­mie fon­dée sur la mon­naie, le moyen de mener la poli­tique). Tous les débats sur l’in­ter­pré­ta­tion et la por­tée de ces lois n’a aucun inté­rêt dès que l’on com­prend leur consé­quence : dépos­sé­der le peuple de son moyen poli­tique. Ces lois sont toutes félonies.

    Cor­dia­le­ment,
    Morpheus

    Réponse
  6. RHC

    Bon­jour,
    Quelle honte pour la démo­cra­tie (LA VRAIE)!
    Et Mr. Oli­vier Worm­ser et ses amis, ont-ils des concep­tions supra­na­tio­nales ? 1973 ? 1993 ? 2012 ?
    Les rideaux de mots clés :
    Sim­pli­fi­ca­tion, ratio­na­li­sa­tion, réformes de structure,modernisation, négo­cia­tion, adaptation
    open market…Austérité(2012).

    Clas­sique entre experts :
    Worm­ser et V. Gis­card d’Es­taing et consti­tue un com­pro­mis entre leurs deux posi­tions antagonistes.
    Sans le peuple fran­çais « of course, It ope­ned to Anglo-Ame­ri­can finan­cial in Europe ».

    J’ai l’im­pres­sion que la situa­tion chro­no­lo­gique dans le temps est pire que les com­plo­tistes imaginaient.…

    Réponse
  7. RHC

    (HS)
    C’est une époque bizarre, on l’en­tend beau­coup de mots : ren­ta­bi­li­té, ren­de­ment, flexi­bi­li­té, optimisation,rationalisation, amé­lio­ra­tion, amé­lio­ra­tion , acqui­si­tion, fusion, amen­de­ment …etc.
    Alors que 3% de popu­la­tion pos­sède inuti­le­ment la moi­tié de la richesse mondiale.
    Merci.

    Réponse
  8. polo

    Maga­li Per­ri­ni fait erreur en disant que ceux qui s’op­posent à Bruxelles sont que des idéologues
    qui ne sou­cient pas de la réa­li­té factuelle
    je ne crois pas que les gens s’intéressent à ses par­tis pour une his­toire de créa­tion moné­taire ‚les gens s’en fichent des sujets tech­niques ce qu’ils regardent ce sont les pro­po­si­tions concrètes
    comme le pou­voir d’a­chat ‚la reprise en main des affaires de l’état par la démo­cra­tie retrou­vée ‚la sor­tie de l’eu­ro et la liber­té éco­no­mique d’a­jus­ter le franc pour les besoins des expor­ta­tions ‚l’école ‚la san­té ‚l’emploi
    pour recons­truire une éco­no­mie il faut une démo­cra­tie du peuple par le peuple pour le peuple ‚pas un croi­se­ment d’intérêts au des­sus des lois à géo­mé­trie variable
    je dirais que la loi 1973 c’est bon pour les experts de la a résu­mer toute l’es­cro­que­rie du mon­dia­lisme sous cou­vert d’Ue ensuite du grand mar­ché trans­at­lan­tique ça fait un peu léger mais for­cé de consta­ter que l’éternel retour du réel explique à 100 % le suc­cès de plus en plus grand des souverainistes

    Réponse

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