Conférence à deux voix, à Roubaix, samedi 1er décembre, avec Marion Sigaut

25/11/2012 | 52 commentaires

Prochaine conférence, à deux voix,
à Roubaix, samedi prochain 1er décembre 2012,
avec Marion Sigaut :

J’ai ren­con­tré Marion Sigaut l’an­née der­nière, à l’oc­ca­sion d’une confé­rence qu’elle a orga­ni­sée près de chez elle, à Saint-Sau­veur-en-Pui­saye (le 24 mars 2012), et j’ai décou­vert une chic fille, une femme pas­sion­nante et atta­chante, en plein tra­vail de recherche de la véri­té his­to­rique sur l’An­cien régime, dans l’es­prit huma­niste qui m’est fami­lier mais avec des angles d’ap­proche (et des points de vue) qui m’é­taient inconnus.

Incroya­ble­ment cen­su­rée par le monde de l’é­di­tion en France — depuis 30 ans ! —, elle a fini par trou­ver refuge chez E&R, qui est consi­dé­ré par cer­tains comme dia­bo­lique et par d’autres comme héroïque (à cha­cun de juger, sur pièce), mais qui, en tout cas, ne manque pas de courage.

Le tra­vail de Marion Sigaut (avec sa contre-his­toire de l’An­cien régime et des Lumières) me fait pen­ser à (et me per­met de com­plé­ter) celui de Michel Onfray (avec sa contre-his­toire de la phi­lo­so­phie), de Benoît Col­lom­bat et d’An­nie Lacroix-Riz (avec leur contre-his­toire du patro­nat avant, pen­dant et après la deuxième guerre mon­diale), et de Ber­nard Manin et d’Hen­ri Guille­min (avec leur contre-his­toire du gou­ver­ne­ment repré­sen­ta­tif, fal­la­cieu­se­ment éti­que­té « démo­cra­tie » ou « répu­blique ») : marre des bobards, marre de l’his­toire offi­cielle men­son­gère écrite et impo­sée par les vain­queurs, allons cher­cher les sources his­to­riques ori­gi­nales et revi­si­tons libre­ment les « pen­sées éta­blies » (comme disait Mau­rice Allais — encore un ico­no­claste avec qui j’ai eu la chance de beau­coup discuter).

Nous avons lon­gue­ment devi­sé, chez elle et chez moi, sou­vent en mar­chant, dans la cam­pagne autour de nos mai­sons. Et tout en bavar­dant des sujets qui nous tiennent tant à cœur tous les deux, on s’est dit : « cha­cun de nous est en train d’ap­prendre de l’autre des tas de trucs utiles pour com­prendre l’ac­tua­li­té => ce serait bien de repro­duire (un peu de) cet échange en public, pour en par­ta­ger les fruits avec tous ceux que ça intéresse ».

Cette confé­rence va donc essayer de don­ner corps à cette idée : Marion découvre der­rière les beaux prin­cipes des Lumières un groupe d’ac­teurs sou­vent indignes de les repré­sen­ter (Vol­taire en tête) ; cela me sur­prend sou­vent mais je recoupe ça, pro­gres­si­ve­ment, avec ce que j’ap­prends de mon côté avec Guille­min et Onfray, et je vais tâcher de lui ren­voyer la balle du mieux que je peux pour la conduire à nous expli­quer tout ça en détail.

Ce que Marion Sigaut trouve dans les archives sur l’his­toire des riches phy­sio­crates et de leurs com­plices ban­quiers — et sur­tout sur celle des résis­tances popu­laires farouches, déjà — est abso­lu­ment pas­sion­nant (c’est une par­tie de la genèse de l’ul­tra­li­bé­ra­lisme), et bien utile pour com­prendre en pro­fon­deurs les causes véri­tables de nos pré­ten­dues >crises< modernes.

Il nous reste quelques bons sujets de désac­cord, bien sûr, mais nos échanges sont tou­jours bien­veillants et fra­ter­nels ; construc­tifs. J’aime bien cette femme ; elle est géné­reuse et cou­ra­geuse, et elle a plein de choses impor­tantes à nous dire.

Au plai­sir de vous retrou­ver same­di pro­chain.
Je pense que vous ne vous ennuie­rez pas 😉

Étienne.

_____________

PS : quelques vidéos de Marion, pour la décou­vrir un peu, si vous ne la connais­sez pas encore :

https://​dai​.ly/​x​o​g​vyt

https://​dai​.ly/​x​o​g​rdn

https://​dai​.ly/​x​r​q​rm0

https://​dai​.ly/​x​s​q​ehh

https://​dai​.ly/​x​u​f​swj

Voyez aus­si ces textes courts et inté­res­sants, sur les­quels je revien­drai un jour en détail, c’est sûr :

http://​www​.ega​li​tee​tre​con​ci​lia​tion​.fr/​-​L​-​a​b​s​o​l​u​t​i​s​m​e​-​r​o​y​a​l​-​e​t​-​s​e​s​-​o​p​p​o​s​a​n​t​s​-​.​h​tml

Atten­tion !
Regrou­pe­ment de
mou­tons noirs 😉

[Mise à jour sam. 28 déc. 2013 :

La vidéo de la confé­rence à deux voix évo­quée dans ce fil est (enfin) dis­po­nible ici :
https://​archive​.org/​d​e​t​a​i​l​s​/​E​t​i​e​n​n​e​C​h​o​u​a​r​d​M​a​r​i​o​n​S​i​g​aut

On peut la télé­char­ger (il me semble qu’il vaut mieux le faire).
Ami­tiés à tous.
Étienne.]

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Étienne

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52 Commentaires

  1. houria

    Mer­ci pour les vidéos. Celles-ci, je ne les connais­sais pas.

    Le débat risque fort d’être inté­res­sant, et vivant !

    J’ai décou­vert cette auteure en sur­fant sur la vague E&R, j’ai vu une femme riche d’expérience, de com­ba­ti­vi­té et de cou­rage. Une femme qui affirme ses choix au risque d’en bles­ser quelques uns. J’aime son com­bat et son goût de la recherche de la véri­té. Son his­toire avec la ren­contre du peuple juif et celui des pales­ti­niens m’a tou­chée, c’est une belle per­sonne. Et je trouve géniale votre ren­contre et vos échanges. Je vous sou­haite de tou­cher encore plus de conscience à Roubaix.

    Hou­ria.
    Je suis tou­jours à votre écoute même si un détail dans votre consti­tu­tion ne me per­met pas d’al­ler plus loin dans ce pro­jet ! je reste connec­tée mal­gré tout. Mais je conti­nue a trans­mettre, mal­gré cette diver­gence, je conti­nue à faire pas­ser le mes­sage, j’ai l’es­prit de contradiction !

    Réponse
  2. Pyrus

    Je regar­dais la der­nière vidéo, Marion Sigaut se demande pour­quoi empi­ler men­songes sur men­songes alors que le per­son­nage his­to­rique de car­touche est si passionnant .…

    Peut être que le but de la télé n’est ni le diver­tis­se­ment, ni la pub, ni même l’en­ri­chis­se­ment du met­teur en scène, mais le for­ma­tage poli­tique et phi­lo­so­phique du public.

    Non pas un diver­tis­se­ment, mais un men­songe poli­tique pour le sou­tien du sys­tème de décé­ré­brés bien-pen­sants et moraux mais qui ne pensent pas.

    Pour croire que la répu­blique repré­sen­ta­tive a tout réso­lu, qu’on n’a plus besoin de s’oc­cu­per du gou­ver­ne­ment, il faut faire un avant révo­lu­tion sans état de droit, et peu­plé de bar­bares per­vers dans l’ad­mi­nis­tra­tion (avec le régent en bar­bare suprême).

    Un condi­tion­ne­ment style « Orange mécanique ».
    Pire fina­le­ment, car c’est un condi­tion­ne­ment phi­lo­so­phique et non com­por­te­men­tal, sur la véri­té et non l’in­hi­bi­tion du pas­sage à l’acte.

    La mis­sion de la télé n’est pas de faire de l’argent et du pognon mais de sau­ver le sys­tème, de sau­ver les politiques.

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  3. Carlotta

    Très inté­res­sant. Mer­ci pour ces vidéos. Y a plus qu’à orga­ni­ser la même chose à Lyon, pour 2013.
    Pas trou­vé de mail pour contac­ter MS ?

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  4. sitouaillain

    Joseph de Maistre, Johann Gott­fried von Her­der, Antoine Blanc de Saint-Bon­net, Hen­ri Delas­sus, Hip­po­lyte Taine et Augus­tin Cochin, Charles Maur­ras, tous ont déjà fait le job, ce que dit M. Sigaut ne sert donc pas à grand chose et elle n’a rien décou­vert du tout

    D. Losur­do rap­pelle qu’à par­tir de la Res­tau­ra­tion, déjà, Vol­taire était mis en cause (c’est la faute à Vol­taire, c’est la faute à Rous­seau !), et cette accu­sa­tion fut refor­mu­lée par toute une série d’interprètes influents (pen­sons à Schmitt, Kosel­leck et plus loin à Cochin, sur lequel Furet a atti­ré l’attention), qui se donnent comme tâche de dévoi­ler la secrète et fana­tique charge mis­sion­naire des Lumières.

    Il faut pré­ci­ser, en tout cas, qu’il est ici ques­tion de res­pon­sa­bi­li­té dans le cadre d’un juge­ment his­to­rique, et non pas moral. Le glis­se­ment de l’un à l’autre s’opère pour­tant faci­le­ment, en rai­son de toute une série d’approches erro­nées, qui prennent la forme d’idola fori, idoles qui expriment l’idéologie domi­nante et entourent d’une aura sacrée les vain­queurs des grands conflits his­to­riques. Essayons de résu­mer ces approches :

    1) Faute d’une ana­lyse com­pa­ra­tive adé­quate, le prin­cipe de res­pon­sa­bi­li­té fini par être uti­li­sé de façon sélec­tive et ins​tru​men​tale​.Si nous nous inter­ro­geons sur la charge de fana­tisme que la croi­sade de Lumières contre l’obscurantisme est sus­cep­tible de déployer, alors il nous faut aus­si rap­pe­ler tout ce que les anti-lumières sus­ci­tés ont pro­duit comme hor­reurs et car­nages, ceci per­met­tra de dépla­cer le point de vue (conseil à qui veut étof­fer sa pen­sée, faire preuve de rigueur, pour ne pas avoir à trou­ver refuge à E&R, où, bien évi­dem­ment la char­mante confé­ren­cière a toute sa place…)

    2) On pro­jette sur le pas­sé des normes et des valeurs qui se sont répan­dues et ne sont deve­nues patri­moine com­mun qu’à seule­ment à une époque ulté­rieure. Nous pou­vons, ou mieux : nous devons éta­blir un rap­port entre la jus­ti­fi­ca­tion de l’esclavage dans les colo­nies par Locke et la tra­gé­die de noirs. Il serait tou­te­fois absurde de l’obliger à s’asseoir au banc des accu­sés – dans une sorte de Nurem­berg idéo­lo­gique – en tant que cores­pon­sable de ce que les Noirs amé­ri­cains aiment aujourd’hui défi­nir comme « l’Holocauste Noir » ! On ne peut igno­rer le large consen­sus qui entou­rait, au dix-sep­tième siècle, une ins­ti­tu­tion qui sus­cite aujourd’hui une répu­gnance morale unanime.

    3) Entre une théo­rie et l’histoire de son suc­cès et de son effi­ca­ci­té, on éta­blit un rap­port de cause à effet qui ne sub­siste pas, ou qu’on peut sai­sir qu’à pos­te­rio­ri. Sans aucun doute, Marx et Engels ont éla­bo­ré une phi­lo­so­phie de l’histoire sus­cep­tible de jus­ti­fier des formes – radi­cales même – de vio­lence ; cela ne signi­fie pas pour autant qu’on puisse déduire a prio­ri la réa­li­té du gou­lag de leur théorie.

    4) On tend à enquê­ter sur un auteur tout en le sous­trayant au conflit de la situa­tion his­to­rique dans laquelle il se trouve. En l’oc­cur­rence, la plu­part des phi­lo­sophes des Lumières ont été per­sé­cu­tés, embas­tillés, en exil et vivaient dans un régime issu des tra­di­tions féo­dales… ils ne pos­taient pas des vidéos sur you­tube sans aucun risque phy­sique et matériel.

    5) On a tous en nous une part de mau­vaise foi, charge au cher­cheur de la mini­mi­ser dans son tra­vail : on ne peut par­tir d’une légi­ti­ma­tion de son dis­cours par l’ap­par­te­nance à une science, et en même temps nier l’ap­port des lumières dans la pos­si­bi­li­té même d’une science « his­to­rique ». le dis­cours frise par­fois le ridi­cule quand il uti­lise les pos­tures intel­lec­tuelles et les caté­go­ries morales éma­nant du cou­rant même qu’il cri­tique comme « intrin­sè­que­ment » mauvais.

    Pour résu­mer, on peut dire que le glis­se­ment du juge­ment his­to­rique vers le juge­ment moral advient lorsqu’on pro­jette sur le pas­sé une évi­dence morale abso­lue – et tout à fait ima­gi­naire. Tout en étant inad­mis­sible sur le plan his­to­rique et phi­lo­so­phique, cette pro­jec­tion est aus­si, mal­gré ses décla­ma­tions mora­li­sa­trices de com­plai­sance, un signe d’hypocrisie morale.

    Il appar­tient à cha­cun d’o­pé­rer un dépas­se­ment à par­tir d’un exa­men cri­tique de l’ap­port des Lumières et de leurs étroi­tesses. Cepen­dant, on peut dou­ter de la valeur éman­ci­pa­trice d’une réfu­ta­tion en bloc ou d’in­ter­pré­ta­tions hasar­deuses « d’in­ten­tions cachées » ou à par­tir d’un idéa­lisme qui s’i­gnore. Il convient de s’o­bli­ger à pen­ser la com­plexi­té, et de ce point de vue, la leçon d’his­toire qui per­met d’a­bor­der des idées et de s’au­to­ri­ser ou non à les rendre res­pon­sables de faits, c’est l’É­glise catho­lique qui la donne : ce qu’on cherche ce n’est pas en quoi la parole de jésus est-elle vec­trice d’op­pres­sion, mais com­ment l’op­pres­sion a‑t-elle pu se jus­ti­fier par cette parole.

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  5. raphael

    Dites-moi, sitou­haillain, qu’est-ce qui vous gêne le plus chez Madame Sigault : qu’elle ne crache pas comme il faut sur l’é­glise catho­lique ou quelle se défend de toute forme de gauchisme ?

    Réponse
  6. Polechomage

    « elle a fini par trou­ver refuge chez E&R, qui est consi­dé­ré par cer­tains comme dia­bo­lique et par d’autres comme héroïque (à cha­cun de juger, sur pièce) »

    Je ne connais pas cette dame, mais Ega­li­té et récon­ci­lia­tion je connais bien via les vidéos men­suelles de son chef, Alain Soral, et pour ce qui est de juger sur pièce je veux bien éclai­rer un peu la lan­terne des curieux.

    Voi­là ce qu’on peut lire sur leur site en allant dans la rubrique qui sommes-nous : « Son objec­tif est de ras­sem­bler les citoyens qui font de la Nation le cadre déter­mi­nant de l’action poli­tique et de la poli­tique sociale un fon­de­ment de la Fra­ter­ni­té, com­po­sante essen­tielle de l’unité nationale. »

    Cela rap­pel­le­ra à cer­tains Le Pen qui disait qu’il était « socia­le­ment de gauche et natio­na­le­ment Fran­çais », et c’est bien sûr une réfé­rence à une idéo­lo­gie pré­sen­tée comme res­pec­table par Soral dans ses vidéos, le « natio­nal socia­lisme » autre­ment appe­lé « nazisme ».

    Pour ceux qui se perdent dans le dis­cours social des vidéos de Soral qui durent quand même 4 heures cha­cunes, regar­dez sim­ple­ment ses conseils de lec­ture avec Kontre Kul­ture (il me semble que c’est dans celle d’oc­tobre qu’il défend expli­ci­te­ment le natio­nal socia­lisme mais je me trompe peut-être, les vidéos de conseils de lec­ture sont suf­fi­sam­ment peu nom­breuses pour que vous retrou­viez cet extrait par vous-même).

    Ce serait une erreur de la part de démo­crate que de prê­ter un quel­conque cré­dit au dis­cours d’un monar­cho-natio­nal-socia­liste. On a la liber­té d’ex­pres­sion, on a aus­si la liber­té de choi­sir ses amis poli­tiques et de ne pas don­ner de cau­tion à ceux qui ont des idées tota­le­ment oppo­sées aux nôtres.

    Réponse
  7. Morpheus

    @ Pole­cho­mage

    On a AUSSI un droit d’inventaire.

    On a le droit d’é­cou­ter ou de lire tel ou tel auteur, et de sélec­tion­ner ce qui, dans son dis­cours ou ses écrits, nous semble per­ti­nent ou non. Cela s’ap­pelle le dis­cer­ne­ment, c’est-à-dire l’in­tel­li­gence.

    Le dis­cer­ne­ment éclaire ce que nos juge­ments obscurcissent.

    Jugez donc qui vous vou­lez, comme vous vou­lez (c’est votre liber­té) ; les autres ont éga­le­ment la liber­té de choi­sir de juger untel et untel, ou de ne pas le faire. Mais si vous jugez pareille­ment ceux qui ne se rangent pas à votre juge­ment, il fau­dra admettre que vous deve­nez comme ce que vous dénon­cez : tota­li­taire et anti­dé­mo­cra­tique. Ce n’est pas contra­dic­toire : les contraires s’at­tirent et se res­semblent … Et ils s’a­li­mentent mutuel­le­ment de leurs haines mutuelles. Quel progrès !

    Cor­dia­le­ment,
    Morpheus

    Réponse
  8. Pyrus

    Je laisse tomber :

    1- Les argu­ments ad per­son­nae sur Marion Sigaut.

    2- La posi­tion de prin­cipe comme quoi l’ac­cu­sa­teur est par prin­cipe aus­si cou­pable que l’ac­cu­sé car c’est lui aus­si un emmer­deur (puis­qu’il a un avis).

    3- L’in­vi­ta­tion à ne pas juger les per­son­nages his­to­riques et leur oeuvres … car ils vivaient à une autre époque.

    4- Je ne par­le­rai donc que du petit refrain qui dit que tout ça est très ancien et que toutes les cri­tiques ont déjà été faites, et donc qu’on la fasse taire …

    Non ceci n’est pas ancien : Les télé­films his­to­riques passent à la télé aujourd’hui.

    Non ceci n’est pas ancien : Le « Lagarde et Michard » est truf­fé de men­songes his­to­riques, et il est tou­jours une réfé­rence de l’en­sei­gne­ment, AUJOURD’HUI.

    Aujourd’­hui, ce n’est pas ancien.

    L’é­poque des lumière est une réfé­rence du dis­cours aujourd’­hui. Savoir que ce fut une bataille à fronts ren­ver­sés est importants.
    J’ai écrit « à fronts ren­ver­sés » à cause du for­ma­tage actuel des esprits. A l’é­poque, ça devait être vu « à l’endroit ».

    Impor­tant pour l’his­toire, mais aus­si pour savoir com­ment se gagne une bataille pour le pou­voir (pour le pou­voir mais dans le pou­voir et dans l’opinion).

    Ce site a, tout de même, pour objet la répar­ti­tion des pouvoirs.

    .

    Réponse
  9. mic el

    Du haut de mon igno­rance il me paraît impos­sible de dénier leur rôle de pro­mo­teur du libé­ra­lisme à la secte des ency­clo­pé­distes . Pas davan­tage que de dénier à M Sigaut ni ses qua­li­tés d’o­ra­teurs ni sa volon­té d’extraire l’his­toire de sa gangue de men­songe. Mais là s’ar­rête mon adhé­sion à son discours.

    On ne peut pas pré­sen­ter l’é­glise comme une force de gauche, même si en son sein, toutes époques confon­dues, il s’y est trou­vé de gens de gauche pre­nant fait et cause pour les peuples. C’est d’un men­songe criant. L’église catho est l’ar­ché­type de la puis­sance impériale.

    C’est au moins un manque de dis­cer­ne­ment de sa part, sauf à remettre en cause ce prin­cipe que c’est à gauche qu’ap­pa­raissent les nou­velles idées et les nou­velles forces et que c’est à droite qu’elles sont conser­vées. Droite et gauche ont des fonc­tions nobles. Droite et gauche ont don­né lieu à des errances cri­mi­nelles. Et enfin droite et gauche ont cha­cune de leur façon par­ti­ci­pé à la mise en place du libé­ra­lisme. Le libé­ra­lisme est un pou­voir des­cen­dant et qui divise, c’est donc assez ‘natu­rel’ qu’il ait semé sa confu­sion par­tout. Mais M Sigaut ne va pas jus­qu’à théo­ri­ser cette inver­sion qui sonne plus de sa part comme un vieux réflexe de droite catho, confuse sur le rôle de l’église.

    Quand à por­ter au pinacle l’ac­tion des jésuites, je n’en dirai rien parce que je ne dis­pose pas de sources, mais il y a main­te­nant dans la blo­go­sphère des auteurs qui en font le fer de lance du NOM…

    Réponse
  10. Polechomage

    @Morpheus

    Certes prendre les bonnes idées par­tout où elles sont c’est bien. Mais connaître la source aide à com­prendre. Si l’on ne prend pas en compte la source de l’in­for­ma­tion, on donne le même cré­dit a prio­ri à n’im­porte quel gué­ris­seur ou a n’im­porte quel can­cé­ro­logue pour se soi­gner et on prend ce qui nous semble bon. Faire preuve de dis­cer­ne­ment c’est aus­si savoir juger sa source d’in­for­ma­tion. Lorsque Étienne Chouard pré­sente E&R comme jugé comme « dia­bo­lique ou héroïque » au choix mais en tout cas « cou­ra­geux » que fait il ? Il influe sur le dis­cer­ne­ment des gens en pré­sen­tant plu­tôt favo­ra­ble­ment cette orga­ni­sa­tion. Le ratio­na­lisme ne suf­fit pas à un indi­vi­du seul, la confiance en la source d’in­for­ma­tion est impor­tante pour n’im­porte qui, même quel­qu’un qui a du dis­cer­ne­ment, et on a rai­son de faire plus atten­tion envers des infos qui pro­viennent d’un groupe natio­nal-socia­liste quand on n’est pas soi-même nazi, d’où l’im­por­tance que cha­cun ait cette infor­ma­tion pour se faire une idée. Lorsque je lis Le Monde Diplo­ma­tique, je sais que je suis a prio­ri favo­rable à leurs idées, mais je sais aus­si qu’ils sont de gauche et ça m’aide à me faire une idée sur ce qu’ils disent de connaître leur idéologie.

    Si Étienne Chouard avait dit : « E&R sont des natio­nal-socia­listes mais faites preuve de dis­cer­ne­ment et pre­nez les bonnes idées » je n’au­rais rien eu à redire ; ce n’est pas ce qu’il a fait, donc je me per­met juste d’in­for­mer les gens.

    Petit rap­pel his­to­rique concer­nant la démo­cra­tie : à Athènes les oli­garques n’a­vaient pas le droit d’être tirés au sort, puis­qu’ils n’é­taient pas démo­crates. Je suis pour ma part pour la liber­té d’ex­pres­sion, même des nazis, et c’est ma liber­té d’ex­pres­sion de signa­ler aux gens que leurs idées puent, cela ne nuit abso­lu­ment pas à la démo­cra­tie, c’est la base de la démo­cra­tie que de débattre sur les idées. Je m’at­ten­dais à ce qu’on me dise que c’est anti­dé­mo­cra­tique ou que je suis contre la liber­té d’ex­pres­sion, c’est vous qui par cette réflexion vou­lez m’en­le­ver mon droit à cri­ti­quer et à débattre, c’est ça qui est anti­dé­mo­cra­tique et contre la liber­té d’ex­pres­sion. Je n’est jamais nié le droit d’ex­pres­sion ni d’é­lec­tion aux nazis, j’ai juste moi même par­lé, est-ce un crime ?

    Réponse
  11. mic el

    La pré­ten­tion de M Sigaut, quand elle dit qu’il serait dif­fi­cile de glis­ser une feuille de papier à ciga­rette entre son point de vue et celui de Guille­min, me paraît tout à fait inac­cep­table et mensongère.

    Guille­min est clai­re­ment de gauche. Jamais il ne prend la défense de l’é­glise ni des curés, et se garde soi­gneu­se­ment de tout débor­de­ment idéo­lo­gique dans ce sens.

    Dans « l’af­faire Jésus », sans arri­ver clai­re­ment à la concep­tion d’in­cri­mi­ner uni­que­ment l’é­glise catho­lique pour dédoua­ner les gnos­tiques et héré­tiques chré­tiens (essé­niens bogo­miles cathares, tous géno­ci­dés par l’empire catho, Chré­tiens vrai­ment de gauche et j’en passe…) de tout les crimes de l’empire de Constan­tin, à pro­pos duquel il est cepen­dant très clair, Guille­min annonce quand même qu’il est plus Chré­tien que catho­lique. Mais que pour des rai­sons qui lui sont propre il ne quit­te­ra pas l’église.

    Au contraire de M Sigaut qui prend fait et cause pour l’é­glise et ses curés au point de mettre entre leurs mains la renais­sance de l’i­dée d’hu­ma­nisme, au point de faire pas­ser l’é­glise pour une puis­sance de gauche, ce qu’elle ne peut être, quand de l’autre main et en tout temps, elle a mas­sa­cré tout ce qui bouge pour remettre en cause ne serait-ce qu’une vir­gule du dogme impé­rial Constan­tin. L’église catho­lique apos­to­lique et Romaine en pour­sui­vant ses objec­tifs mil­lé­naires d’as­ser­vir les foules au lieu de les libé­rer est typi­que­ment une puis­sance domi­nante, comme toutes les théo­cra­ties, s’exerçant de haut en bas, et en tant que telle d’es­sence fas­ciste, et en qui elle a trou­vé au siècle der­nier d’excellent alliés.

    Réponse
  12. Morpheus

    @ Pole­cho­mage

    Nous sommes d’ac­cord que le dis­cer­ne­ment consiste aus­si à savoir qui est celui que l’on lit ou que l’on écoute. Mais ce que Étienne Chouard (et moi-même) nous refu­sons de faire, c’est de mettre des éti­quettes sur les uns et les autres, autant que faire se peut. Pour­quoi ? Parce que ce fai­sant, nous rédui­sons une per­sonne et sa pen­sée à une cari­ca­ture, une orien­ta­tion fac­tice qui appar­tient d’a­van­tage à celui qui pose l’é­ti­quette qu’à la per­sonne à qui elle s’ap­plique : c’est ce que j’ap­pelle juger quelqu’un.

    D’autre part, le fait qu’une per­sonne soit posi­tion­née « à gauche », « à droite », « à l’ex­trême gauche », « à l’ex­trême droite », sont des caté­go­ries com­plè­te­ment fac­tices qui consti­tuent des pièges intel­lec­tuels et des pièges sociaux qui nous divisent par prin­cipe. Cela d’au­tant plus que tout le monde applique à ces qua­li­fi­ca­tifs sa propre défi­ni­tion, et que celles-ci ne se recoupent pas tou­jours, loin s’en faut. Pour les uns, « l’ex­trême droite » = les fas­cistes / racistes / néo­na­zis en herbes ; pour d’autre, l’ex­trême droite c’est l’ul­tra libé­ra­lisme ; pour un troi­sième, c’est glo­ba­le­ment toute poli­tique consis­tant à pro­té­ger les pri­vi­lèges des riches et des puissants.

    Dans tous les cas, cette façon d’é­ti­que­ter piège et rend confus l’a­na­lyse des pro­pos de telle ou telle personne.

    Mais en fin de compte, au delà de ce que je viens de mon­trer, ce qui importe le plus, c’est que si l’on veut réel­le­ment faire valoir une idée, et influen­cer la vision ou l’a­na­lyse de ceux qui optent pour une autre approche que la nôtre, il est pré­fé­rable d’être capable de com­mu­ni­quer avec eux. Pour cela, il faut se gar­der de poser une éti­quette, de juger, et accep­ter que les autres puissent avoir une opi­nion dif­fé­rente de la nôtre (et accep­ter que l’on peut se trom­per soi-même) : com­ment réagi­riez-vous face à des per­sonnes qui posent sur vous une éti­quette réduc­trice et caricaturale ?

    Il est évident que si je veux pou­voir dis­cu­ter et argu­men­ter avec un Soral ou un membre d’E&R, il me faut com­men­cer par ne pas les juger ni les éti­que­ter, et accep­ter que leur opi­nion n’est pas mau­vaise par prin­cipe.

    Si par contre, vous esti­mez qu’il n’y a pas à dis­cu­ter avec eux, parce que vous esti­mez impos­sible de faire « entendre rai­son », ou qu’ils sont trop extrêmes à votre goût, il va de soi que tout dia­logue est ren­du impos­sible, et que vous figez leur posi­tion – et la vôtre : vous vous ren­for­cez mutuel­le­ment de votre anti­pa­thie mutuelle, ce qui ren­force les haines.

    S’il y a des erreurs d’a­na­lyse dans leur chef, pour pou­voir le plus effi­ca­ce­ment les déni­cher, il me faut entendre leur dis­cours, sans a prio­ri (c’est-à-dire en admet­tant que moi-même je peux me trom­per), et pas­ser leurs argu­ments au crible de ma propre ana­lyse et de ma propre per­cep­tion des choses. Ensuite, je peux trou­ver les argu­ments qui sont les plus sus­cep­tibles d’é­clai­rer leur propre point de vue.

    Mieux encore, si je peux trou­ver ce qui motive, ce qui jus­ti­fie leur approche, je peux par­ve­nir à com­prendre pour­quoi ils font tel ou tel rai­son­ne­ment : cela demande de l’empathie. Il est dif­fi­cile d’é­prou­ver de l’empathie vis-à-vis de ceux que l’on déteste par prin­cipe. Mais je veux bien admettre que la chose n’est pas tou­jours facile. Nous avons tous nos limites, et je sais que c’est éga­le­ment vrai pour moi.

    Mais dites-vous que, si vous reje­tez par prin­cipe les dis­cours et ana­lyses de quel­qu’un, vous vous empê­chez de com­battre ceux-ci, de convaincre qu’ils se trompent, et vous ren­for­cez leur posi­tion­ne­ment, parce que vous mon­trez une inca­pa­ci­té à démon­trer leurs erreurs : juger quel­qu’un par prin­cipe n’a jamais fait chan­ger quel­qu’un d’o­pi­nion : à com­men­cer par vous-même.

    La libre pen­sée doit tou­jours se gar­der des juge­ments. Sinon, ce n’est pas de la libre pen­sée, mais de l’endoctrinement.

    Cor­dia­le­ment,
    Morpheus

    Réponse
  13. Ana Sailland

    La libi­do domi­nan­di pré­sen­tée par « saint » Augus­tin est un thème à creu­ser, inté­res­sant dans le contexte de nos sou­cis : il subor­donne la res­pon­sa­bi­li­té de l’in­di­vi­du, et celle de l’é­lu en par­ti­cu­lier, à ses pul­sions arché­ty­pales, ou primitives.

    Il peut com­plé­ter le thème de la grâce, méri­tée ou au contraire imma­nente, donc imper­son­nelle, thème en cor­ré­la­tion psy­cha­na­ly­tique directe avec le res­pect inex­pli­cable de l’au­to­ri­té illé­gi­time, qui nous préoccupe.

    Il peut com­plé­ter le thème du libre arbitre.

    L’ar­chéo­lo­gie du men­tal col­lec­tif est me semble-t-il impor­tante dans notre démarche d’ac­cès à la liber­té vraie.

    C’est sous cet angle de vue que je per­çois la contri­bu­tion de Marion.

    😉 Je ne suis pas pour autant augustiniste 😉

    (consi­dé­rant pour ma part, au contraire du sieur Augus­tin, que c’est par le mariage du corps et de l’es­prit que peut s’in­car­ner la sagesse)

    Réponse
  14. Polechomage

    @Morpheus

    Mer­ci pour votre longue et inté­res­sante argu­men­ta­tion, et excu­sez-moi si je répond plus briè­ve­ment sans reprendre tous les points que vous citez.

    Je suis assez d’ac­cord avec vous, mais uni­que­ment dans le cadre d’une dis­cus­sion entre indi­vi­dus libres. Com­ment effec­ti­ve­ment ne pas éti­que­ter des per­sonnes qui parlent au nom d’un par­ti ou d’une orga­ni­sa­tion poli­tique qui a une dis­ci­pline de pen­sée. Je ne peux pas me per­mettre de dis­cu­ter avec de telles per­sonnes car elles n’ont pas le droit de dévier de leur ligne ni de chan­ger d’a­vis, alors que moi si. Dans un tel cas, la démarche la plus saine est de confron­ter ses opi­nions, pas de les dis­cu­ter. La dis­cus­sion n’est pos­sible qu’entre indi­vi­dus libres, non entre par­ti­sans ayant une ligne pré­éta­blie à respecter.

    J’a­jou­te­rai, mais je me trompe peut-être, qu’é­ga­li­té et récon­ci­lia­tion ou en tout cas son repré­sen­tant le plus émi­nent me semble quelque peu mani­pu­la­teur. Sup­po­sons que je ne me trompe pas, qu’est-ce qu’une dis­cus­sion entre une per­sonne défen­dant une opi­nion et une per­sonne essayant de mani­pu­ler son inter­lo­cu­teur ? Il ne me semble pas que ce cas de figure soit une dis­cus­sion démo­cra­tique. Tou­jours est-il que même si je me trompe sur le côté mani­pu­la­teur (et de nom­breux par­ti­sans d’E&R sont sin­cères d’ailleurs) je reste convain­cu qu’on ne peut pas dis­cu­ter avec des per­sonnes liées à une dis­ci­pline de pen­sée. J’ai déjà essayé de dis­cu­ter avec une mili­tante de Lutte Ouvrière, c’est atroce ! Peut importe les argu­ments qu’on pré­sente, c’est par­ler à un mur. La dis­cus­sion est asy­mé­trique dans ce cas : un indi­vi­du libre, qui peut chan­ger d’o­pi­nion selon les argu­ments contre un indi­vi­du qui ne se repré­sente pas lui-même mais repré­sente un groupe, une ligne.

    Je n’ai cer­tai­ne­ment pas tran­ché le débat et j’ai bien conscience que mes argu­ments ne sont pas des plus forts, mais je pense appor­ter des élé­ments inté­res­sants. En m’ex­cu­sant tou­te­fois de déve­lop­per un débat sur un détail du billet d’Étienne Chouard et non sur le prin­ci­pal du sujet qui sont les vidéos et sur lequel je trouve l’in­ter­ven­tion de sitouaillain (4ème com­men­taire) tout à fait pertinente.

    Réponse
  15. Morpheus

    @ Pole­cho­mage

    Vous avez entiè­re­ment rai­son de dire qu’une véri­table dis­cus­sion ne peut se faire qu’entre indi­vi­dus libres, et notam­ment, libres d’une ligne par­ti­sane (notez au pas­sage que je fais par­tie des pour­fen­deurs de l’es­prit par­ti­san, et des par­tis en géné­ral, car je consi­dère qu’ils divisent au lieu de rassembler).

    Cela dit, il est pos­sible d’é­mettre une ana­lyse de ce que disent des per­sonnes par­ti­sanes, en appli­quant un droit d’in­ven­taire de ce qu’ils disent (j’en­tends par là le fait de consi­dé­rer que cer­tains élé­ments de leur ana­lyse peut être valables, tan­dis que d’autres peuvent être contre­dits ou refusés).

    Dans un tel exer­cice, la per­sonne (le mes­sa­ger) et son ali­gne­ment idéo­lo­gique sont peu impor­tants : ce qui compte, c’est le mes­sage, le dis­cours, l’a­na­lyse. On peut d’ailleurs obser­ver que lors­qu’on ne s’en prend qu’au mes­sage, sans s’en prendre au mes­sa­ger, déjà on évite de tom­ber dans les attaques ad homi­nem, mais sur­tout, on reste dans le sujet, sans prê­ter au mes­sa­ger des intentions.

    Atten­tion, je ne dis pas que tous les « mes­sa­gers » n’ont pas des inten­tions, et que celles-ci ne sont pas éven­tuel­le­ment mal­in­ten­tion­nées : je sais bien que lors­qu’on s’ex­prime devant une assem­blée, on a au mini­mum l’in­ten­tion de convaincre de notre point de vue, ou en tout cas expri­mer le fait que l’on estime que le point de vue que l’on défend doit être enten­du et pris en compte.

    Je ne nie évi­dem­ment pas que d’au­cun peuvent s’emparer des outils du dis­cours pour mettre des idées dans la tête d’au­trui, et même se ser­vir des res­sorts émo­tion­nels pour influen­cer leurs audi­teurs et/ou les mani­pu­ler. Je sais cela, et je ne le nie abso­lu­ment pas. Ce que je veux dire, c’est qu’il est plus facile d’é­mettre une cri­tique robuste face à de tels stra­ta­gèmes lorsque l’on reste sur le sujet et qu’on le décons­truit (s’il s’a­vère qu’il repose sur de mau­vais raisonnements).

    Donc, com­pre­nez-moi bien : ce que j’a­vance, c’est qu’en s’en pre­nant à la rhé­to­rique, sans s’en prendre au rhé­to­ri­cien qui la défend, on est à la fois plus juste et plus effi­cace que si l’on tente de dis­cré­di­ter le rhé­to­ri­cien. Si notre crainte est que le qui­dam par­mi les audi­teurs soit séduit par le dis­cours d’un rhé­to­ri­cien, le fait d’é­ti­que­ter (ou de dia­bo­li­ser) le rhé­to­ri­cien ne va pas for­cé­ment atteindre notre objec­tif, et peut même avoir pour consé­quence de ren­for­cer sa posi­tion, dans la mesure où, pour peu que le qui­dam s’empare du sujet, il s’a­per­çoive que nous n’a­vons pas émis une cri­tique construc­tive (ou décons­truc­tive) de la thèse, mais seule­ment jeté l’op­probre en fai­sant valoir au rhé­to­ri­cien des inten­tions mal­veillantes. N’ou­bliez pas qu’il est très dif­fi­cile de prou­ver (démon­trer) des inten­tions, alors qu’il est pos­sible de démon­trer une erreur de rai­son­ne­ment. Pen­sez aus­si que vous-même n’ai­me­riez pas que l’on vous fasse un pro­cès d’intentions.

    En res­tant concen­tré sur le mes­sage plu­tôt que sur le mes­sa­ger (et ses éven­tuelles inten­tions, ou son ali­gne­ment idéo­lo­gique), on peut même par­ve­nir à déga­ger des élé­ments de consen­sus, qui nous rendent plus robustes, et plus à même de rap­pro­cher des points de vues. Com­pre­nez aus­si que je consi­dère que la véri­té n’est pas déte­nue par les uns ou les autres, mais qu’é­tant for­te­ment atta­ché à la démo­cra­tie, j’en­tends moi-même devoir inté­grer les pré­oc­cu­pa­tion des autres dans mon ana­lyse. Même si j’ad­mets bien volon­tiers que l’exer­cice est par­fois périlleux.

    Cor­dia­le­ment,
    Morpheus

    Réponse
  16. Di Girolamo

    @ Mor­pheus

    Le fait d’être libre d’une ligne syn­di­cale ou par­ti­sanne est une ver­tu ; mais le fait de ne pas adhé­rer à un syn­di­cat ou à un par­ti n’est pas pour autant syno­nyme de liber­té de pen­sée. D’autre part ‚à quoi bon être libre de pen­ser si on arrive pas à arti­cu­ler des pen­sées cohé­rentes per­met­tant de com­prendre le monde ?

    Comme d’ha­bi­tude les choses ne sont pas simples et il est bon de ne pas tout mélan­ger et/ou simplifier.

    Le dan­ger des par­tis est effec­ti­ve­ment bien connu ; mais ils sont néan­moins tout à fait utiles par ailleurs ; la sagesse indi­vi­duelle et le déta­che­ment n’est pas gage d’un bon posi​tion​ne​ment​.Et à côté de la démo­cra­tie cog­ni­tive pri­vi­lé­giant la rai­son et les argu­ments ‚on ne peut pas faire fi de la réa­li­té des rap­ports de forces et dans cer­tains cas de leur haute utilité.

    Comme en toute chose il faut un équi­libre ; non pas un juste milieu , mais un équi­libre : non pas une mais deux jambes pour marcher.

    Quand je regarde la réa­li­té poli­tique d’au­jourd’­hui, je constate un fort dés­équi­libre entre la démo­cra­tie cog­ni­tive (débats ‚échanges d’ar­gu­ments, recherche , expérimentationes…)et la démo­cra­tie de rap­ports de forces (par­tis, élec­tions, ciontres pou­voirs…): c’est le rap­port de force et l’i­déo­lo­gie qui fait sa loi et pol­lue le débat public .

    On se trouve donc dans la confu­sion la plus grande et « l’ordre répu­bli­cain  » n’at­tend plus que d’être balayé par un approf­fon­diss­ment de « la crise ».

    A l’heure actuelle , per­sonne , aucun indi­vi­du ou groupe n’est en capa­ci­té de pro­po­ser des voies réa­listes de construc­tion d’un ave­nir enviable.

    Et le fait de tirer au sort nos « diri­geants » ou l’é­cri­ture d’une consti­tu­tion n’ap­porte pas de réponse à la com­pré­hen­sion du monde et l’é­la­bo­ra­tion d’un pro­jet de société.

    C’est pour­quoi j’in­siste tant sur la néces­si­té de créer une uni­ver­si­té popu­laire poli­tique ; outil public avec des moyens des­ti­né à la réflexion socié­tale mais aus­si à l’ex­pé­ri­men­ta­tion concrète ter­ri­to­riale :non seule­ment cher­cher à com­prendre et déve­lop­per des solu­tions mais les expé­ri­men­ter sur le ter­rain : on ne construit pas d’aé­ro­port à ND de Landes mais en même temps on lance des ini­tia­tives locales de déve­lop­pe­ment durable.

    Réponse
  17. Yvan

    Je rejoins sitouaillain et Pole­Cho­mage. Sitouaillain quand il rap­pelle que les théo­ries qui cherchent à fus­ti­ger le cou­rant des Lumières ne font géné­ra­le­ment que rejoindre le dis­cours anti-maçon­nique (que tenait, faut-il le rap­pe­ler, le régime de Vichy)… et Pole­Cho­mage quand il rap­pelle tout ce dont on peut pen­ser d’un cou­rant poli­tique qui se reven­dique ouver­te­ment de « natio­nal socia­liste » !

    A moins que les gens aient vrai­ment la mémoire courte à ce point là ?! …car sans insi­nuer une quel­conque com­pa­rai­son ridi­cule entre des per­son­nages, ce mou­ve­ment poli­tique (ce cou­rant de pen­sée ultra-pro­tec­tion­niste et soi-disant social) est celui qui aura rava­gé l’Eu­rope il y a quelques décen­nies à peine. Et l’a­mné­sie du sys­tème est vrai­ment effrayante, car ne pas cer­ner ce qui se pro­file der­rière ce genre d’i­dées (de « natio­na­lisme de gauche ») c’est vrai­ment faire abs­trac­tion de l’His­toire pour­tant récente (et pas besoin d’H.Guillemin ou de M.Sigaut pour nous la rap­pe­ler celle-là d’His­toire, nos grand-parents nous la racontent encore …et au pas­sage, je pré­fère net­te­ment les expo­sés de Guille­min au sujet de la Révo­lu­tion Fran­çaise, sans hésiter) !

    J’a­jou­te­rai que, bien sur, il ne faut se pri­ver d’au­cune source d’in­fo (je cri­tique E&R et ce qu’il repré­sente car je n’me suis pas pri­vé d’al­ler des­sus ; et j’y vais tou­jours, rare­ment mais tou­jours). Cepen­dant, un site qui tente de faire pas­ser H.Chavez pour un natio­na­liste c’est déjà très révé­la­teur (au mieux) d’une igno­rance crasse ou (au pire) d’une mani­pu­la­tion dou­teuse ! Là où ils en deviennent ridi­cule (ou plu­tôt, là où les masques tombent ?) c’est quand ils vénèrent presque Cha­vez qui serait un homme Ô com­bien intel­li­gent et culti­vé, mais qui serait quand même stu­pide au point de croire les men­songes du vilain Mélen­chon, qui selon eux se prend pour un Cha­vez fran­çais (ce qui dénote là encore une vul­gaire vision sub­jec­tive des faits). Pour ces dif­fa­ma­teurs donc, aucun doute, El Com­man­dante est un grand naïf qui se laisse ber­ner par le Par­ti de Gauche. Voi­là un bel éta­lage d’ab­sur­di­tés, juste pour dis­cré­di­ter le PG, une force poli­tique alliée au PSUV au niveau inter­na­tio­nal… mais cela dépasse tota­le­ment la réflexion de ces natio­na­listes convain­cus, dont on se demande si c’est par paresse intel­lec­tuelle ou par volon­té de nuire qu’ils font cela. Bref !

    Je donne l’exemple d’E&R et Cha­vez car c’est par­lant, sauf pour celui qui ne connait rien à ce qui se passe en Amé­rique latine, qui ne connait rien aux pré­si­dents actuel­le­ment en place dans ces pays, et qui se contente alors de n’im­porte quelle inter­pré­ta­tion de la réa­li­té, et en amal­ga­mant trop faci­le­ment patrio­tisme et natio­na­lisme… une ambi­guï­té dont raf­folent les plus vice­lards, ou les plus pau­més, pour défendre le pire des conser­va­tisme (lien) …sans même s’en rendre compte, parfois.

    Écouter/lire M.Sigaut, pour­quoi pas (il ne faut se pri­ver d’au­cune source) mais j’en­cou­rage alors tout le monde à s’in­for­mer sérieu­se­ment sur ce que repré­sente le cou­rant pro­gres­siste (lien) des Lumières (lien) pour ne pas le réduire à la vul­gaire (et non moins dou­teuse) inter­pré­ta­tion qu’en fait cette his­to­rienne (une per­sonne qui peut être très sym­pa­thique au demeu­rant, je n’en doute même pas, là n’est pas la ques­tion… je ne juge pas les per­sonnes mais leurs convictions).

    Que la phi­lo­so­phie des Lumières ait ser­vi à légi­ti­mer le droit d’ac­cu­mu­ler sans limite (lais­sant alors un bou­le­vard à la pro­prié­té lucra­tive, au détri­ment, for­cé­ment, de la pro­prié­té d’u­sage)… ça c’est un autre débat, pas inin­té­res­sant d’ailleurs.

    Pour bien com­prendre la dif­fé­rence qui réside entre la pro­prié­té d’u­sage et lucra­tive, je vous invite à étu­dier les tra­vaux du pas­sion­nant Ber­nard Friot (que Etienne connait bien je crois). Ici une confé­rence où il en parle en détail :
    => http://​www​.dai​ly​mo​tion​.com/​v​i​d​e​o​/​x​q​0​7nk

    J’ai regrou­pé quelques liens ici pour ceux qui veulent en décou­vrir plus sur B.Friot. Quand on parle de révo­lu­tion, Friot est une réfé­rence (pro­gres­siste) incon­tour­nable… ses tra­vaux méritent vrai­ment à être connus :
    => http://​pear​.ly/​b​P​uGf

    Pour finir, je dirais donc qu’il est ridi­cule de mettre dans un même paquet tout le cou­rant des Lumières (et la liber­té qu’ils défen­daient) sous pré­texte qu’une frange de ce cou­rant défen­dait sur­tout ses inté­rêts avant celui du bien com­mun. Si cette majo­ri­té influente a bien com­pris tout l’in­té­rêt de défendre le droit de pro­prié­té sans dis­tinc­tion (ce qui lui per­met­tait d’as­seoir son pou­voir), cer­tains se dou­taient sur­ement (mer­ci à Rous­seau) que trop étendre ce droit serait la porte ouverte aux pires excès (et que cela nui­rait iné­luc­ta­ble­ment à l’in­té­rêt géné­ral). Et on ne peut pas résu­mer les Lumières au pou­voir de la bour­geoi­sie (c’est très réduc­teur et pas du tout objectif).

    Alors quand on parle de dis­cer­ne­ment au sujet de E&R (on peut lire ce site, si on sait faire la part des choses, et qu’on est conscient de ce qu’il repré­sente dans le fond) il est tout aus­si impor­tant d’a­voir cet esprit cri­tique sur tous les sujets, et de ne pas réduire à une vul­gaire image un mou­ve­ment qui com­prend des diver­gences, comme tout mou­ve­ment phi­lo­so­phique, social ou poli­tique (je ne connais pas beau­coup de regrou­pe­ment de per­sonnes et d’i­dées qui soient d’ac­cord à 100% sur tout, et tout le temps). Sans oublier le contexte poli­tique de la Révo­lu­tion, qui géné­rait autant d’ins­ta­bi­li­tés que de diver­gences idéo­lo­giques. C’est donc ridi­cule de fus­ti­ger les Lumières de la sorte, inci­tant par cela à oublier/négliger ce à quoi aura aus­si ser­vi cette phi­lo­so­phie à l’é­poque (à libé­rer les peuples des monar­chies, certes pour une oli­gar­chie, mais on avance quand même non ? C’est pas pire je crois).

    Alors ces­sons de tou­jours voir le mal par­tout, et tâchons plu­tôt de prendre les idées révo­lu­tion­naires par­tout où il y en a, tout en sachant dénon­cer les conservateurs/réformateurs qui sont la base et le ter­reau de la contre-révolution.

    Au fait, Soral avait clai­re­ment inci­té son entou­rage à choi­sir plu­tôt le FN lors de la der­nière pré­si­den­tielle (en lais­sant entendre que le FN était le « seul par­ti vrai­ment anti-sys­tème »)… c’est suf­fi­sant je crois pour défi­nir une ligne poli­tique, si on avait encore des doutes 😉

    => http://​you​tu​.be/​0​F​I​C​1​a​A​s​iFY

    => http://​www​.dai​ly​mo​tion​.com/​v​i​d​e​o​/​x​1​n​ttp

    Yvan P.

    Réponse
  18. Morpheus

    Dites, il vous arrive par­fois de vous deman­der si par hasard vous n’êtes pas une guerre en retard ?

    Vous conti­nuez à vous battre contre le fas­cisme de papa, alors que le monde a évo­lué et que la menace a d’autres méthodes et d’autres moyens.

    Votre ligne Magi­not intel­lec­tuelle, elle a à peu près autant d’ef­fi­ca­ci­té que l’autre … C’est à croire que vous avez pris goût à perdre les guerres 😉

    Je pré­fère en rire main­te­nant, parce que lorsque cela arri­ve­ra, ce sera moins rigolo.

    Cor­dia­le­ment,
    Morpheus

    Réponse
  19. sitouaillain

    Yvan me semble avoir rai­son Morphéus,

    le fait est que tu rai­sonnes avec des concepts flous ou évo­lu­tifs, et que tu opères des cloi­son­ne­ments au gré de tes propres affects.

    tu parles de l’ex­trême-droite comme si on pou­vait y mettre ce qu’on veut, mais, j’ai envie de dire, c’est très mal­po­li, car si chaque mot est l’ob­jet de tes redé­fi­ni­tions per­so, ça n’est plus la peine de se parler.

    Or, en dépit de la grande diver­si­té de tous les cou­rants d’ex­trême droite, leur point com­mun, c’est pré­ci­sé­ment leur refus des Lumières, qu’ils soient pour le pri­mat des tra­di­tions reli­gieuses, la nation eth­nique, le refus des prin­cipes d’é­ga­li­té, le pri­mat de l’ordre sur la liber­té, etc., tous s’at­taquent aux aspects éman­ci­pa­teurs des idées des Lumières. ils en ont le droit et « extrême droite » ne veut pas dire « mal abso­lu », mais en aucun cas ça veut dire « néolibéralisme ».

    A l’heure où jus­te­ment nous assis­tons en Europe à une extrême-dro­ti­sa­tion des socié­tés, à la résur­gence des natio­na­lismes étri­qués ou des haines eth­ni­co-reli­gieuses, le trai­te­ment sécu­ri­taire de la délin­quance, etc., on peut bien consi­dé­rer qu’il s’a­git là des effets directs des excès du libé­ra­lismes éco­no­mique, et consi­dé­rer que l’en­ne­mi prin­ci­pal de la paix et de la pros­pé­ri­té ou de la démo­cra­tie, ce sont les oli­gar­chies néo­li­bé­rales et impé­ria­listes, bref la forme de domi­na­tion capi­ta­liste dans son mode actuel, oui, mais jus­te­ment comme dans les années 20–30, la dérive vers l’ex­trême droite est tout autant à com­battre, jus­te­ment parce qu’il n’y a pas de voie de sor­tie si le peuple se piège dans la confu­sion, le rejet de prin­cipes qui le libèrent, les divi­sions iden­ti­taires, les irra­tio­na­li­tés et les tra­di­tions obs­cu­ran­tistes. jus­te­ment parce que les idées d’ex­trême droite sont le ter­reau favo­rable pour une muta­tion du capi­ta­lisme sur un ver­sant encore plus autoritaire.

    a mon avis, de M. Sigaut ou d’E&R, il n’y a rien à apprendre, puisque ces gens sont des semeurs de confu­sion, des esprits per­dus dans des ana­lyses peu rigou­reuses, ils livrent du prêt à consom­mer pour des gens peu ins­truits et flem­mards, or tout ce qu’ils peuvent dire de vrai ou d’in­tel­li­gent, est dis­po­nible ailleurs, dans des cadres d’a­na­lyse plus neutres et moins sujets à confu­sion, et sur­tout moins sus­cep­tibles de lais­ser la voie à la jus­ti­fi­ca­tion du pire.

    je me demande jus­qu’où ira le pro­ces­sus de démis­sion de la pen­sée, mais ne comp­tez pas sur moi pour bais­ser la garde, chaque fois que je vais sur ago­ra­vox en par­ti­cu­lier ou sur n’im­porte quelle ligne de com­men­taires d’ar­ticle de jour­naux, je mesure la pro­gres­sion des idées d’ex­trême droite, ou la « libé­ra­tion de la parole », « décom­plexée » comme ils disent, qui met­tra fin à leurs délires ? je ne sais pas, mais si je tolère, je n’en serais jamais com­plice, contrai­re­ment à certains…la suite de l’his­toire c’est nous qui la faisons.

    Réponse
  20. Pyrus

    Ce qui m’a déran­gé dans les pre­mières inter­ven­tions, ce n’est pas qu’on dise du mal de Soral et de E&R, car mon juge­ment est assez défi­ni­tif sur ce mouvement.

    Ce qui m’a déran­gé c’est l’as­saut radi­cal lan­cé contre Marion Sigaut parce qu’elle cherche à vendre ses livres par le site de Soral.
    Je vois bien qu’elle n’a ni les lubies, ni l’a­gres­si­vi­té de Soral (ou elle le cache très bien).

    Pour­quoi cher­cher à vendre chez Soral ?

    Peut-être ses livres qui ont l’air taillé sur mesure pour les conspirationnistes :
    Un réseau pédo­phile géré par le par­le­ment de Paris, le roi com­pro­mis, les juges com­plices, un sys­tème où les adver­saires d’hier se pro­tègent les uns les autres … Et sur­tout une cen­sure jus­qu’à aujourd’­hui, alors qu’il y a des preuves his­to­riques en quan­ti­té suf­fi­sante pour qu’il n’y ait aucun doute.
    Où trou­ver un public plus réceptif ?

    Quel inté­rêt a l’oeuvre de Marion Sigaut pour la constitution ?

    Mon­trer que les res­pon­sables poli­tiques ne sont pas des fonc­tions mais avant tout des hommes. Donc cor­rup­tibles, et dans le cas pré­sent AUTO-cor­rup­tibles, puis­qu’ils ne pen­saient pas à la conquête du pou­voir lors de leurs turpitudes.

    Réponse
  21. Étienne

    EMMANUEL KANT :

    QU’EST-CE QUE LES LUMIÈRES ?

    ——
    1784
    ——

    Les lumières sont ce qui fait sor­tir l’homme de la mino­ri­té qu’il doit s’imputer à lui-même. 
    La mino­ri­té consiste dans l’incapacité où il est de se ser­vir de son intel­li­gence sans être diri­gé par autrui.

    Il doit s’imputer à lui-même cette mino­ri­té, quand elle n’a pas pour cause le manque d’intelligence, mais l’absence de la réso­lu­tion et du cou­rage néces­saires pour user de son esprit sans être gui­dé par un autre.

    Sapere aude, aie le cou­rage de te ser­vir de ta propre intel­li­gence ! voi­là donc la devise des lumières.

    La paresse et la lâche­té sont les causes qui font qu’une si grande par­tie des hommes, après avoir été depuis long­temps affran­chis par la nature de toute direc­tion étran­gère (natu­ra­li­ter majo­rennes), res­tent volon­tiers mineurs toute leur vie, et qu’il est si facile aux autres de s’ériger en tuteurs. Il est si com­mode d’être mineur ! J’ai un livre qui a de l’esprit pour moi, un direc­teur qui a de la conscience pour moi, un méde­cin qui juge pour moi du régime qui me convient, etc. ; pour­quoi me don­ne­rais-je de la peine ? Je n’ai pas besoin de pen­ser, pour­vu que je puisse payer ; d’autres se char­ge­ront pour moi de cette ennuyeuse occu­pa­tion. Que la plus grande par­tie des hommes (et avec eux le beau sexe tout entier) tiennent pour dif­fi­cile, même pour très-dan­ge­reux, le pas­sage de la mino­ri­té à la majo­ri­té ; c’est à quoi visent avant tout ces tuteurs qui se sont char­gés avec tant de bon­té de la haute sur­veillance de leurs sem­blables. Après les avoir d’abord abê­tis en les trai­tant comme des ani­maux domes­tiques, et avoir pris toutes leurs pré­cau­tions pour que ces pai­sibles créa­tures ne puissent ten­ter un seul pas hors de la char­rette où ils les tiennent enfer­més, ils leur montrent ensuite le dan­ger qui les menace, s’ils essayent de mar­cher seuls. Or ce dan­ger n’est pas sans doute aus­si grand qu’ils veulent bien le dire, car, au prix de quelques chutes, on fini­rait bien par apprendre à mar­cher ; mais un exemple de ce genre rend timide et dégoûte ordi­nai­re­ment de toute ten­ta­tive ultérieure.

    Il est donc dif­fi­cile pour chaque indi­vi­du en par­ti­cu­lier de tra­vailler à sor­tir de la mino­ri­té qui lui est presque deve­nue une seconde nature. Il en est même arri­vé à l’ai­mer, et pro­vi­soi­re­ment il est tout à fait inca­pable de se ser­vir de sa propre intel­li­gence, parce qu’on ne lui per­met jamais d’en faire l’es­sai. Les règles et les for­mules, ces ins­tru­ments méca­niques de l’u­sage ration­nel, ou plu­tôt de l’a­bus de nos facul­tés natu­relles, sont les fers qui nous retiennent dans une éter­nelle mino­ri­té. Qui par­vien­drait à s’en débar­ras­ser, ne fran­chi­rait encore que d’un saut mal assu­ré les fos­sés les plus étroits, car il n’est pas accou­tu­mé à d’aus­si libres mou­ve­ments. Aus­si n’ar­rive-t-il qu’à bien peu d’hommes de s’af­fran­chir de leur mino­ri­té par le tra­vail de leur propre esprit, pour mar­cher ensuite d’un pas sûr.

    Mais que le public s’é­claire lui-même, c’est ce qui est plu­tôt pos­sible ; cela même est presque inévi­table, pour­vu qu’on lui laisse la liber­té. Car alors il se trou­ve­ra tou­jours quelques libres pen­seurs, même par­mi les tuteurs offi­ciels de la foule, qui, après avoir secoué eux-mêmes le joug de la mino­ri­té, répan­dront autour d’eux cet esprit qui fait esti­mer au poids de la rai­son la voca­tion de chaque homme à pen­ser par lui-même et la valeur per­son­nelle qu’il en retire. Mais il est curieux de voir le public, auquel ses tuteurs avaient d’a­bord impo­sé un tel joug, les contraindre ensuite eux-mêmes de conti­nuer à le subir, quand il y est pous­sé par ceux d’entre eux qui sont inca­pables de toute lumière. Tant il est dan­ge­reux de semer des pré­ju­gés ! car ils finissent par retom­ber sur leurs auteurs ou sur les suc­ces­seurs de leurs auteurs. Le public ne peut donc arri­ver que len­te­ment aux lumières. Une révo­lu­tion peut bien ame­ner la chute du des­po­tisme d’un indi­vi­du et de l’op­pres­sion d’un maître cupide ou ambi­tieux, mais jamais une véri­table réforme dans la façon de pen­ser ; de nou­veaux pré­ju­gés ser­vi­ront, tout aus­si bien que les anciens, à conduire les masses aveugles. 

    La dif­fu­sion des lumières n’exige autre chose que la liber­té, et encore la plus inof­fen­sive de toutes les liber­tés, celle de faire publi­que­ment usage de sa rai­son en toutes choses. Mais j’en­tends crier de toutes parts : ne rai­son­nez pas. L’of­fi­cier dit : ne rai­son­nez pas, mais exé­cu­tez ; le finan­cier : ne rai­son­nez pas, mais payez ; le prêtre : ne rai­son­nez pas, mais croyez. (Il n’y a qu’un seul maître dans le monde qui dise : rai­son­nez tant que vous vou­drez et sur tout ce que vous vou­drez, mais obéis­sez.) Là est en géné­ral la limite de la liber­té. Mais quelle limite est un obs­tacle pour les lumières ? Quelle limite, loin de les entra­ver, les favo­rise ? — Je réponds : l’u­sage public de sa rai­son doit tou­jours être libre, et seul il peut répandre les lumières par­mi les hommes ; mais l’u­sage pri­vé peut sou­vent être très-étroi­te­ment limi­té, sans nuire beau­coup pour cela aux pro­grès des lumières. J’en­tends par usage public de sa rai­son celui qu’en fait quel­qu’un, à titre de savant, devant le public entier des lec­teurs. J’ap­pelle au contraire usage pri­vé celui qu’il peut faire de sa rai­son dans un cer­tain poste civil ou une cer­taine fonc­tion qui lui est confiée. Or il y a beau­coup de choses, inté­res­sant la chose publique, qui veulent un cer­tain méca­nisme, ou qui exigent que quelques membres de la socié­té se conduisent d’une manière pure­ment pas­sive, afin de concou­rir, en entrant pour leur part dans la savante har­mo­nie du gou­ver­ne­ment, à cer­taines fins publiques, ou du moins pour ne pas les contra­rier. Ici sans doute il n’est pas per­mis de rai­son­ner, il faut obéir. Mais, en tant qu’ils se consi­dèrent comme membres de toute une socié­té, et même de la socié­té géné­rale des hommes, par consé­quent en qua­li­té de savants, s’a­dres­sant par des écrits à un public dans le sens propre du mot, ces mêmes hommes, qui font par­tie de la machine, peuvent rai­son­ner, sans por­ter atteinte par là aux affaires aux­quelles ils sont en par­tie dévo­lus, comme membres pas­sifs. Il serait fort déplo­rable qu’un offi­cier, ayant reçu un ordre de son supé­rieur, vou­lût rai­son­ner tout haut, pen­dant son ser­vice, sur la conve­nance ou l’u­ti­li­té de cet ordre ; il doit obéir. Mais on ne peut équi­ta­ble­ment lui défendre, comme savant, de faire ses remarques sur les fautes com­mises dans le ser­vice de la guerre, et de les sou­mettre au juge­ment de son public. Un citoyen ne peut refu­ser de payer les impôts dont il est frap­pé ; on peut même punir comme un scan­dale (qui pour­rait occa­sion­ner des résis­tances géné­rales) un blâme intem­pes­tif des droits qui doivent être acquit­tés par lui. Mais pour­tant il ne manque pas à son devoir de citoyen en publiant, à titre de savant, sa façon de pen­ser sur l’in­con­ve­nance ou même l’i­ni­qui­té de ces impo­si­tions. De même un ecclé­sias­tique est obli­gé de suivre, en s’a­dres­sant aux élèves aux­quels il enseigne le caté­chisme, ou à ses parois­siens, le sym­bole de l’É­glise qu’il sert ; car il n’a été nom­mé qu’à cette condi­tion. Mais, comme savant, il a toute liber­té, et c’est même sa voca­tion, de com­mu­ni­quer au public toutes les pen­sées qu’un exa­men sévère et conscien­cieux lui a sug­gé­rées sur les vices de ce sym­bole, ain­si que ses pro­jets d’a­mé­lio­ra­tion tou­chant les choses de la reli­gion et de l’É­glise. Il n’y a rien là d’ailleurs qui puisse être un far­deau pour sa conscience. Car ce qu’il enseigne en ver­tu de sa charge, comme fonc­tion­naire de l’É­glise, il ne le pré­sente pas comme quelque chose sur quoi il ait la libre facul­té d’en­sei­gner ce qui lui paraît bon, mais comme ce qu’il a la mis­sion d’ex­po­ser d’a­près l’ordre et au nom d’au­trui. Il dira : notre Église enseigne ceci ou cela ; voi­là les preuves dont elle se sert. Il mon­tre­ra alors toute l’u­ti­li­té pra­tique que ses parois­siens peuvent reti­rer d’ins­ti­tu­tions aux­quelles il ne sous­cri­rait pas lui-même avec une entière convic­tion, mais qu’il peut néan­moins s’en­ga­ger à expo­ser, parce qu’il n’est pas du tout impos­sible qu’il n’y ait là quelque véri­té cachée, et que dans tous les cas du moins on n’y trouve rien de contraire à la reli­gion inté­rieure. Car, s’il croyait y trou­ver quelque chose de pareil, il ne pour­rait rem­plir ses fonc­tions en conscience ; il devrait les dépo­ser. L’u­sage qu’un homme char­gé d’en­sei­gner fait de sa rai­son devant ses parois­siens est donc sim­ple­ment un usage pri­vé ; car ceux-ci ne forment jamais qu’une assem­blée domes­tique, si grande qu’elle puisse être, et sous ce rap­port, comme prêtre, il n’est pas libre et ne peut pas l’être, puis­qu’il exé­cute un ordre étran­ger. Au contraire, comme savant, s’a­dres­sant par des écrits au public pro­pre­ment dit, c’est-à-dire au monde, ou dans l’u­sage public de sa rai­son, l’ec­clé­sias­tique jouit d’une liber­té illi­mi­tée de se ser­vir de sa propre rai­son et de par­ler en son propre nom. Car vou­loir que les tuteurs du peuple (dans les choses spi­ri­tuelles) res­tent eux-mêmes tou­jours mineurs, c’est une absur­di­té qui tend à éter­ni­ser les absurdités.

    Mais une socié­té de prêtres, telle qu’une assem­blée ecclé­sias­tique, ou une classe véné­rable (comme elle s’ap­pelle elle-même chez les Hol­lan­dais), n’au­rait-elle donc pas le droit de s’en­ga­ger par ser­ment à res­ter fidèle à un cer­tain sym­bole immuable, afin d’exer­cer ain­si sur cha­cun de ses membres, et, par leur inter­mé­diaire, sur le peuple, une tutelle supé­rieure qui ne dis­con­ti­nuât point, et qui même fût éter­nelle ? Je dis que cela est tout à fait impos­sible. Un pareil contrat, qui aurait pour but d’é­car­ter à jamais de l’es­pèce humaine toute lumière ulté­rieure, serait nul et de nul effet, fût-il confir­mé par le sou­ve­rain pou­voir, par les diètes du royaume et par les trai­tés de paix les plus solen­nels. Un siècle ne peut s’en­ga­ger, sous la foi du ser­ment, à trans­mettre au siècle sui­vant un état de choses qui inter­dise à celui-ci d’é­tendre ses connais­sances (sur­tout quand elles sont si pres­santes), de se débar­ras­ser de ses erreurs, et en géné­ral d’a­van­cer dans la voie des lumières. Ce serait un crime contre la nature humaine, dont la des­ti­na­tion ori­gi­nelle consiste pré­ci­sé­ment dans ce pro­grès ; et par consé­quent les géné­ra­tions sui­vantes auraient par­fai­te­ment le droit de reje­ter ces sortes de trai­tés comme arbi­traires et impies. La pierre de touche de tout ce que l’on peut éri­ger en loi pour un peuple est dans cette ques­tion : ce peuple pour­rait-il bien s’im­po­ser à lui-même une pareille loi ? Or, en atten­dant en quelque sorte une loi meilleure, il pour­rait bien adop­ter pour un temps court et déter­mi­né une loi ana­logue à celle dont nous venons de par­ler, afin d’é­ta­blir un cer­tain ordre ; encore fau­drait-il que, pen­dant toute la durée de l’ordre éta­bli, il lais­sât à cha­cun des citoyens, par­ti­cu­liè­re­ment aux ecclé­sias­tiques, la liber­té de faire publi­que­ment, en qua­li­té de savants, c’est-à-dire dans des écrits, leurs remarques sur les vices des ins­ti­tu­tions actuelles, jus­qu’à ce que ces sortes d’i­dées eussent fait de tels pro­grès dans le public que l’on pût, en réunis­sant les suf­frages (quand même ils ne seraient pas una­nimes), sou­mettre à la cou­ronne le pro­jet de prendre sous sa pro­tec­tion, sans gêner en rien tous ceux qui vou­draient s’en tenir à l’an­cienne consti­tu­tion reli­gieuse, tous ceux qui s’ac­cor­de­raient dans l’i­dée de la réfor­mer. Mais se concer­ter, ne fût-ce que pour la durée de la vie d’un homme, afin d’é­ta­blir une consti­tu­tion reli­gieuse immuable que per­sonne ne puisse mettre publi­que­ment en doute, et enle­ver par là en quelque sorte un espace de temps au pro­grès de l’hu­ma­ni­té dans la voie des amé­lio­ra­tions, le rendre sté­rile et même funeste pour la pos­té­ri­té, c’est ce qui est abso­lu­ment illé­gi­time. Un homme peut bien dif­fé­rer quelque temps de s’é­clai­rer per­son­nel­le­ment sur ce qu’il est obli­gé de savoir ; mais renon­cer aux lumières, soit pour soi-même, soit sur­tout pour la pos­té­ri­té, c’est vio­ler et fou­ler aux pieds les droits sacrés de l’hu­ma­ni­té. Or ce qu’un peuple ne peut pas déci­der pour lui-même, un monarque le peut encore moins pour le peuple, car son auto­ri­té légis­la­tive repose jus­te­ment sur ce qu’il réunit dans sa volon­té toute la volon­té du peuple. Pour­vu qu’il veille à ce qu’au­cune amé­lio­ra­tion véri­table ou sup­po­sée ne trouble l’ordre civil, il peut d’ailleurs lais­ser ses sujets libres de faire eux-mêmes ce qu’ils croient néces­saire pour le salut de leur âme. Cela ne le regarde en rien, et la seule chose qui le doive occu­per, c’est que les uns ne puissent empê­cher vio­lem­ment les autres de tra­vailler de tout leur pou­voir à déter­mi­ner et à répandre leurs idées sur ces matières. Il fait même tort à sa majes­té en se mêlant de ces sortes de choses, c’est-à-dire en jugeant dignes de ses augustes regards les écrits où ses sujets cherchent à mettre leurs connais­sances en lumière, soit qu’il invoque en cela l’au­to­ri­té sou­ve­raine de son propre esprit, auquel cas il s’ex­pose à cette objec­tion : Cæsar non est supra gram­ma­ti­cos, soit sur­tout qu’il ravale sa puis­sance suprême jus­qu’à pro­té­ger dans son État, contre le reste de ses sujets, le des­po­tisme ecclé­sias­tique de quelques tyrans.

    Si donc on demande : vivons-nous aujourd’­hui dans un siècle éclai­ré ? je réponds : non, mais bien dans un siècle de lumières. Il s’en faut de beau­coup encore que, dans le cours actuel des choses, les hommes, pris en géné­ral, soient déjà en état ou même puissent être mis en état de se ser­vir sûre­ment et bien, sans être diri­gés par autrui, de leur propre intel­li­gence dans les choses de reli­gion ; mais qu’ils aient aujourd’hui le champ ouvert devant eux pour tra­vailler libre­ment à cette œuvre, et que les obs­tacles, qui empêchent la dif­fu­sion géné­rale des lumières ou retiennent encore les esprits dans un état de mino­ri­té qu’ils doivent s’imputer à eux-mêmes, dimi­nuent insen­si­ble­ment, c’est ce dont nous voyons des signes mani­festes. Sous ce rap­port, ce siècle est le siècle des lumières ; c’est le siècle de Frédéric.

    Un prince qui ne croit pas indigne de lui de dire qu’il regarde comme un devoir de ne rien pres­crire aux hommes dans les choses de reli­gion, mais de leur lais­ser à cet égard une pleine liber­té, et qui par consé­quent ne repousse pas le noble mot de tolé­rance, est lui-même éclai­ré et mérite d’être loué par le monde et la pos­té­ri­té recon­nais­sante, comme celui qui le pre­mier, du moins du côté du gou­ver­ne­ment, a affran­chi l’espèce humaine de son état de mino­ri­té, et a lais­sé cha­cun libre de se ser­vir de sa propre rai­son dans tout ce qui est affaire de conscience. Sous son règne, de véné­rables ecclé­sias­tiques, sans nuire aux devoirs de leur pro­fes­sion, et, à plus forte rai­son, tous les autres qui ne sont gênés par aucun devoir de ce genre, peuvent, en qua­li­té de savants, sou­mettre libre­ment et publi­que­ment à l’examen du monde leurs juge­ments et leurs vues, bien qu’ils s’écartent sur tel ou tel point du sym­bole reçu. Cet esprit de liber­té se répand aus­si hors de chez nous, là même où il a à lut­ter contre les obs­tacles exté­rieurs d’un gou­ver­ne­ment qui entend mal son devoir ; car le nôtre offre une preuve écla­tante qu’il n’y a abso­lu­ment rien à craindre de la liber­té pour la paix publique et l’harmonie des citoyens. Les hommes tra­vaillent d’eux-mêmes à sor­tir peu à peu de la bar­ba­rie, pour­vu qu’on ne s’applique pas à les y retenir.

    J’ai pla­cé dans les choses de reli­gion le point impor­tant des lumières, qui font sor­tir les hommes de l’état de mino­ri­té qu’ils se doivent à eux-mêmes, parce que, quant aux arts et aux sciences, notre sou­ve­rain n’a aucun inté­rêt à exer­cer une tutelle sur ses sujets, et sur­tout parce que cet état de mino­ri­té est non-seule­ment le plus funeste, mais encore le plus avi­lis­sant de tous. Mais la façon de pen­ser d’un chef d’État, qui favo­rise les arts et sciences, va plus loin encore : il voit que, même pour sa légis­la­tion, il n’y a aucun dan­ger à per­mettre à ses sujets de faire publi­que­ment usage de leur propre rai­son et de publier leurs pen­sées sur les amé­lio­ra­tions qu’on y pour­rait intro­duire, même de faire libre­ment la cri­tique des lois déjà pro­mul­guées ; nous en avons aus­si un écla­tant exemple dans le monarque auquel nous ren­dons hom­mage, et qui ne s’est lais­sé devan­cer en cela par aucun autre.

    Mais aus­si celui-là seul, qui, en même temps qu’il est lui-même éclai­ré et n’a pas peur de son ombre, a sous la main pour garant de la paix publique une armée nom­breuse et par­fai­te­ment dis­ci­pli­née, celui-là peut dire ce que n’o­se­rait pas dire une répu­blique : rai­son­nez tant que vous vou­drez et sur tout ce que vous vou­drez, seule­ment obéis­sez. Les choses humaines suivent ici un cours étrange et inat­ten­du, comme on le voit sou­vent d’ailleurs, quand on les envi­sage en grand, car presque tout y est para­doxal. Un degré supé­rieur de liber­té civile semble favo­rable à la liber­té de l’es­prit du peuple, et pour­tant lui oppose des bornes infran­chis­sables ; un degré infé­rieur, au contraire, lui ouvre un libre champ où il peut se déve­lop­per tout à son aise. Lorsque la nature a déve­lop­pé, sous sa dure enve­loppe, le germe sur lequel elle veille si ten­dre­ment, à savoir le pen­chant et la voca­tion de l’homme pour la liber­té de pen­ser, alors ce pen­chant réagit insen­si­ble­ment sur les sen­ti­ments du peuple (qu’il rend peu à peu plus capable de la liber­té d’a­gir), et enfin sur les prin­cipes mêmes du gou­ver­ne­ment, lequel trouve son propre avan­tage à trai­ter l’homme, qui n’est plus alors une machine, confor­mé­ment à sa dignité.

    Source : http://fr.wikisource.org/wiki/Qu%E2%80%99est-ce_que_les_Lumi%C3%A8res_%3F

    Réponse
  22. Étienne

    Les mêmes qui lui ont ôté les yeux reprochent au peuple d’être aveugle.

    John Mil­ton
    cité par Noam Chomsky 
    dans « La fabri­ca­tion du consentement. 
    De la pro­pa­gande média­tique en démo­cra­tie. » (Agone, 2008).

    Réponse
  23. Yvan

    Aus­si, lors­qu’on parle de liber­té, il est impor­tant de bien dif­fé­ren­cier la « liber­té natu­relle » de la « liber­té civile » (pour reprendre les termes de J‑J.Rousseau et « Du contrat social »). Par­ler de liber­té sans faire cette dis­tinc­tion, c’est comme par­ler de pro­prié­té sans dif­fé­ren­cier l’u­sage et le profit !

    Atten­tion, quand on défend la pro­prié­té, à ne pas défendre la lucra­tive en pen­sant à celle d’usage.

    Atten­tion, quand on défend la liber­té, à ne pas défendre la natu­relle en pen­sant à la civile.

    Si on ne fait pas atten­tion à ça, dans les deux cas, on fait le bon­heur de nos maîtres qui nous exploitent via la pro­prié­té lucra­tive qu’ils pro­tègent au nom de la liber­té natu­relle (la loi du plus fort, du plus riche) puisque ni la liber­té ni la pro­prié­té ne trouvent dis­tinc­tion dans la décla­ra­tion des droits de l’Homme (or, il aurait fal­lu y pré­ci­ser que seule la pro­prié­té d’u­sage est d’in­té­rêt géné­ral, et que seule la liber­té civile l’est aus­si) !

    Yvan P.

    Réponse
  24. Étienne

    Cet été, Raoul a publié un billet que j’ai trou­vé vrai­ment très inté­res­sant, sur les Lumières. 

    Ce texte pour­rait nous ser­vir de fil d’A­riane, dans mon pro­chain échange avec Marion (à Rou­baix), pour sou­mettre les prin­cipes — et sur­tout les acteurs — des Lumières à un libre examen.

    Je sur­ligne ce qui pour­rait être, selon moi, discuté.

    L’héritage des Lumières, 
    un legs en péril

    Raoul Marc Jen­nar, 26 août 2012.
    http://​www​.jen​nar​.fr/​?​p​=​2​514

    Texte de l’exposé pré­sen­té lors du fes­ti­val « Un livre à la mer » same­di 25 août 2012, à Collioure

    Tout au long du XVIIIe siècle, un for­mi­dable bouillon­ne­ment intel­lec­tuel a pro­gres­si­ve­ment remis en ques­tion l’ordre éta­bli : la monar­chie abso­lue, la divi­sion de la socié­té en ordres immuables et l’emprise totale du pou­voir religieux.

    Ce qu’on appelle aujourd’hui le « siècle des Lumières » fut en fait l’aboutissement d’un pro­ces­sus enta­mé par des esprits libres, iso­lés, usant, sou­vent avec ruse, tan­tôt de la poé­sie avec Fran­çois Vil­lon ou Jean de La Fon­taine, tan­tôt de la farce avec Rabe­lais, tan­tôt de la réflexion phi­lo­so­phique avec Mon­taigne, Locke, Spi­no­za ou Descartes.

    Les grandes idées des Lumières, on en trouve des traces dans l’Antiquité grecque et romaine, dans le Moyen Age, dans la Renais­sance et dans le XVIIe siècle clas­sique. Recon­nais­sant, Rous­seau, dans son Dis­cours sur l’inégalité rend expli­ci­te­ment hom­mage à Tacite, Plu­tarque et Grotius.

    Ce qui a muri, len­te­ment, ici et là, dans l’oppression et la répres­sion, poli­tiques et reli­gieuses, se géné­ra­lise après la mort de Louis XIV et se trans­forme peu à peu en un cou­rant de pen­sée. Comme l’observe Tzve­tan Todo­rov, « les Lumières absorbent et arti­culent des idées qui, dans le pas­sé, étaient en conflit. (…) Les ingré­dients sont anciens, pour­tant leur com­bi­nai­son est neuve. »

    Dans toute l’Europe, des phi­lo­sophes remettent en ques­tion la ser­vi­li­té : celle de la pen­sée et celle des hommes. La rai­son humaine doit se libé­rer et pen­ser la socié­té comme une réa­li­té com­pré­hen­sible et trans­for­mable en fonc­tion d’un ordre natu­rel fon­da­men­tal. Tel est l’essentiel du message.

    Ce qui dif­fé­ren­cie les phi­lo­sophes des Lumières de leurs pré­dé­ces­seurs des siècles pré­cé­dents, iso­lés, c’est la conscience qu’ils ont d’appartenir à un même cou­rant de pen­sée. Ils se défi­nissent eux-mêmes comme tels au point que Kant publie en 1784 un essai inti­tu­lé « Réponse à la ques­tion : qu’est ce que les Lumières ? »

    Si, chez nous, on se met à bap­ti­ser « Lumières » le mou­ve­ment des idées qui se déve­loppe alors, en Alle­magne c’est le terme « Aufklä­rung » qui désigne ce cou­rant, tan­dis qu’en Ita­lie on parle de « Un seco­lo illu­mi­na­to », en Espagne même, on trouve des par­ti­sans du « Siglo de las luces » et enfin les Anglais vont se mettre à par­ler de « enligh­ten­ment » ou de « age of reason ».

    Dans le texte déjà cité, Emma­nuel Kant donne sa propre défi­ni­tion des Lumières : « Les Lumières sont l’émancipation de l’homme de son imma­tu­ri­té dont il est lui-même res­pon­sable. L’immaturité est l’incapacité d’employer son enten­de­ment sans être gui­dé par autrui. Cette imma­tu­ri­té lui est impu­table, non pas si le manque d’entendement, mais la réso­lu­tion et le cou­rage d’y avoir recours sans la conduite d’un autre, en est la cause. Sapere aude ! (ose savoir). Aie le cou­rage de te ser­vir de ton propre enten­de­ment ! Voi­là donc la devise des Lumières. »

    Puisque l’ignorance est l’instrument pre­mier de l’asservissement, c’est le savoir qui per­met de bri­ser les chaînes du des­po­tisme et de l’obscurantisme. Aus­si, pour dif­fu­ser les connais­sances, d’Alembert, Dide­rot et d’Holbach vont réa­li­ser l’Encyclopédie. Vol­taire lui aus­si estime qu’il faut éclai­rer l’opinion et mettre l’érudition et l’écriture au ser­vice de la jus­tice. Il publie son Dic­tion­naire phi­lo­so­phique. C’est par la dif­fu­sion du savoir que les Lumières engagent la plus for­mi­dable bataille des idées de tous les temps.

    On le sait, et leurs adver­saires ne man­que­ront pas de le sou­li­gner, les phi­lo­sophes des Lumières ne forment pas un groupe homo­gène. On sait tout ce qui sépare Kant, Mon­tes­quieu, Condor­cet, Rous­seau, Vol­taire et les Ency­clo­pé­distes. Ils viennent d’horizons dif­fé­rents. Ils varient sur les modes pos­sibles d’organisation de la socié­té. Mais, si on veut bien prendre quelque recul, on consta­te­ra que cha­cun apporte au cou­rant de pen­sée un élé­ment ori­gi­nal de telle sorte qu’il n’y a aucun doute à les ras­sem­bler autour de trois mots dont Condor­cet, dans son « Esquisse d’un tableau his­to­rique des pro­grès de l’esprit humain » affir­mait qu’ils consti­tuaient leur cri de guerre : rai­son, tolé­rance, humanité.

    A. L’APPORT DES LUMIÈRES

    Au terme de ce XVIIIe siècle, alors que va écla­ter la Révo­lu­tion, les phi­lo­sophes des Lumières ont pro­vo­qué un for­mi­da­ble­ment ébran­le­ment des cer­ti­tudes anciennes qui régis­saient le vieux monde. Je retien­drai les idées les plus fortes qui ont fait rup­ture avec l’Ancien régime. Et qui gardent, trois siècles plus tard, toute leur pertinence.

    1ère idée : le libre esprit critique

    C’est le pri­mat confé­ré à la rai­son sur la super­sti­tion, sur les véri­tés révé­lées, sur les dogmes. La rai­son et son corol­laire, l’esprit cri­tique, bien plus même, l’exigence cri­tique à l’égard des tra­di­tions, des pou­voirs, des idéo­lo­gies qu’ils ins­pirent et de ceux qui les servent. Comme l’écrit Tzve­tan Todo­rov, « l’idée de cri­tique est consub­stan­tielle aux Lumières ».

    Tous par­tagent la même conscience de la néces­si­té de faire triom­pher la libre rai­son cri­tique. « Notre siècle, pro­cla­mait Kant, est le siècle propre de la cri­tique à laquelle tout doit se sou­mettre. ! » Comme la lumière du jour suc­cède à l’obscurité de la nuit, la rai­son suc­cède au dog­ma­tisme. Désor­mais, aucune auto­ri­té poli­tique ou reli­gieuse ne doit être à l’abri de la critique.

    2e idée : le volontarisme

    « Un autre monde est pos­sible », ce slo­gan d’aujourd’hui des adver­saires de la mon­dia­li­sa­tion néo-libé­rale, lan­cé par Le Monde diplo­ma­tique, s’inscrit dans le droit fil de la pen­sée des Lumières.

    « Le pré­sent est affreux s’il n’est point d’avenir, un jour tout sera bien voi­là notre espé­rance ; tout est bien aujourd’hui voi­là l’illusion. » écrit Voltaire.

    La quête du bon­heur se sub­sti­tue à l’attente du salut. Un autre monde que celui que nous connais­sons est envi­sa­geable et dési­rable. Le monde tel qu’il est n’est pas une fata­li­té. Les maux sociaux dont souffrent les peuples ne sont pas des phé­no­mènes naturels.

    On s’en rend dif­fi­ci­le­ment compte aujourd’hui, mais, en un temps où la sou­mis­sion à l’ordre poli­tique et reli­gieux est la règle com­mune, dénon­cer ce que Cas­to­ria­dis appel­le­ra en 1991 « la capi­tu­la­tion ser­vile devant la sainte réa­li­té » relève d’une rup­ture totale.

    En ampli­fiant le pro­pos sub­ver­sif de La Boé­tie dans son Dis­cours sur la ser­vi­tude volon­taire, les Lumières affirment que l’ordre éta­bli, fon­ciè­re­ment injuste et tota­li­taire, n’est pas immuable et que l’homme peut prendre son des­tin en main et faire de la quête du bon­heur pour tous l’objet de la politique.

    3e idée forte : la liberté

    « Il est de la nature intel­li­gible de l’homme de pou­voir par une déci­sion s’extraire de cette déter­mi­na­tion, se consti­tuer comme sujet libre, refu­ser la pas­sion et vou­loir seule­ment la réa­li­sa­tion de l’universalité. Ain­si l’homme pas­sion, peut se vou­loir liber­té. La liber­té n’est jamais acquise, elle est sans arrêt mena­cée. Elle doit tou­jours faire l’objet d’une lutte cou­ra­geuse. » écrit Kant.

    Liber­té de pen­sée, mais aus­si liber­té indi­vi­duelle. S’affranchir. Désap­prendre l’acquiescement, la sou­mis­sion, l’obéissance pas­sive. Ni esclave, ni serf, ni ser­vi­teur, mais citoyen. Ter­mi­née, la ser­vi­tude volon­taire. Plei­ne­ment citoyen. Libre. Dide­rot écrit : « Aucun homme n’a reçu de la nature le droit de com­man­der aux autres. »

    Dans son Dis­cours sur l’inégalité, Rous­seau démontre que la liber­té poli­tique est la base de toutes les autres libertés .

    Vivre libre ou mou­rir, va pro­cla­mer la Conven­tion nationale !

    4e idée forte : l’égalité

    Rous­seau est, par excel­lence, l’auteur qui, avec constance, a reven­di­qué l’égalité poli­tique. Avec lui, l’idée d’égalité poli­tique, sociale et éco­no­mique s’affirme comme jamais jusqu’alors dans l’histoire de l’humanité.

    Mais il n’est pas le seul, comme les anti-Lumières ont ten­té de le faire croire pour l’isoler et le mar­gi­na­li­ser. La révo­lu­tion des Lumières, c’est le refus des pri­vi­lèges. « N’avoir que ses égaux pour maîtres » avait affir­mé Mon­tes­quieu. « Les hommes naissent égaux en droits » pro­clame la Décla­ra­tion de 1789. Tout être humain est pour­vu de la même digni­té, quels que soient sa cou­leur, sa croyance, son sexe, sa langue, son degré d’éducation, son niveau social.

    Par contre, si Rous­seau consi­dère que la femme est au ser­vice de l’homme, Dide­rot, Mon­tes­quieu et Vol­taire s’interrogent sur le sort injuste fait aux femmes. Mil­ton défend le divorce par consen­te­ment mutuel. Hel­vé­tius affirme l’égalité des cer­veaux des hommes et des femmes. On retien­dra sur­tout Condor­cet qui publie en 1790 « Sur l’admission des femmes au droit de cité, » un véri­table plai­doyer pour l’égalité.

    5e idée forte : la tolérance

    « Puissent tous les hommes se sou­ve­nir qu’ils sont frères ! » s’exclame Voltaire

    Claude-Adrien Hel­ve­tius a écrit un livre inti­tu­lé De l’Esprit . Ce livre a été condam­né par le Vati­can et bru­lé en facul­té de théo­lo­gie de la Sor­bonne. Vol­taire ne par­tage pas les idées déve­lop­pées dans ce livre et le sou­ligne. Il prend tou­te­fois la défense de son auteur. Il fera de même en défen­dant un jeune pro­tes­tant tou­lou­sain du nom de Calas, ce qui l’amènera à publier un ouvrage majeur : le Trai­té sur la tolérance.

    Le plai­doyer inlas­sable de Vol­taire pour la tolé­rance sera joli­ment résu­mé début du XXe par une essayiste bri­tan­nique en une phrase qu’il n’a jamais écrite comme telle mais qui lui est sou­vent attri­buée : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me bat­trai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire. »

    Son « Essai sur les mœurs et l’esprit des nations » four­nit des déve­lop­pe­ments sur le génie du peuple arabe qui méri­te­raient d’être relus aujourd’hui.

    6e idée forte : la démocratie

    En se libé­rant, par l’instruction, du pou­voir reli­gieux, en reje­tant les super­sti­tions, les dog­ma­tismes et les inté­grismes, en pri­vi­lé­giant la rai­son cri­tique, les hommes se dotent de la capa­ci­té d’agir sur le cours des choses en vue du bon­heur de tous.

    Il faut donc que s’organise la déli­bé­ra­tion de tous et la déci­sion par tous. Un prin­cipe fon­da­men­tal est énon­cé : la sou­ve­rai­ne­té popu­laire Tous les pou­voirs émanent non plus du roi, ni de dieu, mais du peuple.

    De l’union entre des citoyens égaux naît la socié­té unie par le pacte social qui confirme le lien entre tous. Pour Rous­seau, le pou­voir du peuple n’est pas trans­mis. Il est prê­té tem­po­rai­re­ment. Ce que le peuple a prê­té pen­dant un moment à un gou­ver­ne­ment, il peut tou­jours le reprendre. « La puis­sance légis­la­tive appar­tient au peuple et ne peut appar­te­nir qu’à lui » écrit-il.

    « L’Esprit des Lois » de Mon­tes­quieu, le « Dis­cours sur les ori­gines de l’inégalité » et « Le Contrat social » de Rous­seau, sont des ouvrages essen­tiels qui vont nour­rir la réflexion et les pro­po­si­tions de Condor­cet lorsqu’il pré­sente son pro­jet de Consti­tu­tion. Plus proche de Rous­seau que de Mon­tes­quieu, Condor­cet ne veut pas seule­ment la sépa­ra­tion des pou­voirs sur laquelle tous les trois sont d’accord, mais leur limi­ta­tion autant que pos­sible. Il veut assu­rer à la sou­ve­rai­ne­té du peuple l’expression la plus directe et la plus large. C’est le grand débat entre démo­cra­tie repré­sen­ta­tive et démo­cra­tie directe qui com­mence, ce que Jau­rès a appe­lé « le pro­blème essen­tiel de la par­ti­ci­pa­tion effec­tive du véri­table sou­ve­rain à l’exercice de la souveraineté. »

    7e idée forte : l’universalité humaine

    La révo­lu­tion des Lumières, c’est l’affirmation de la com­mune condi­tion humaine.

    « Comme la véri­té, la rai­son, la jus­tice, les droits de l’homme, l’intérêt de la pro­prié­té, de la liber­té, de la san­té sont les mêmes par­tout » sou­ligne Condorcet

    « Quand il est ques­tion de rai­son­ner sur la nature humaine, le vrai phi­lo­sophe n’est ni Indien, ni Tar­tare, ni de Genève, ni de Paris, mais il est homme », constate Rousseau

    « Je suis néces­sai­re­ment homme et je ne suis Fran­çais que par hasard » insiste Montesquieu.

    Les Lumières trans­cendent toutes les fron­tières parce que la recon­nais­sance de la digni­té qui est en cha­cun de nous, l’affirmation du droit de cha­cun à choi­sir sa voie abo­lit les fron­tières. Pour Mon­tes­quieu, Rous­seau et Vol­taire, les êtres humains ne se défi­nissent pas par une appar­te­nance à une com­mu­nau­té natio­nale, mais par leur appar­te­nance à une nature humaine com­mune à tous les hommes. Les Lumières refusent de mor­ce­ler le genre humain en groupes eth­niques, his­to­riques et cultu­rels antagonistes.

    Mon­tes­quieu voit dans le libre com­merce le moyen pour les peuples de com­mu­ni­quer. Il n’assigne pas pour autant au com­merce la recherche de l’unité, mais tout au contraire le res­pect des diver­si­tés. La glo­ba­li­sa­tion n’est pas son pro­jet. C’est l’être humain qui est cen­tral, où qu’il se trouve

    Dide­rot, d’Holbach et Vol­taire seront des cri­tiques féroces de l’esclavage et du colonialisme.

    Je vou­drais ajou­ter que les Lumières apportent une dimen­sion qui fait écla­ter les fron­tières et les natio­na­li­tés. Bien avant que la belle idée d’Europe soit réduite à un espace mer­can­tile, les phi­lo­sophes et les savants pas­saient de Londres à Paris et de Vienne à St-Peters­burg. L’Europe de l’esprit, et sin­gu­liè­re­ment celle de l’esprit cri­tique, est née bien avant celle, confor­miste, des mar­chés et des marchands.

    Pré­sen­tées avec une telle ampleur, dans un si grand nombre de pays, les idées des Lumières repré­sentent, après le Ve siècle athé­nien, le second moment his­to­rique de la pen­sée poli­tique. La seconde grande avancée.

    Comme l’écrit le grand spé­cia­liste de l’histoire des idées, Zeev Stern­hell, « c’est alors que se mirent en place les idées modernes sur l’histoire, la poli­tique et la culture ».

    Les trans­for­ma­tions qui vont suivre vont toutes ten­ter de mettre en œuvre ces idées, signe que la bataille des idées a été rem­por­tée. Mais cette vic­toire va sus­ci­ter, comme on va le voir, un pro­jet de recon­quête d’une ampleur égale.

    B. AVANCÉES ET RECULS DES IDÉES DES LUMIÈRES

    Tout au long des trois siècles écou­lés, les idées des Lumières ont fait l’objet de cri­tiques inces­santes. Elles furent atta­quées, mais elles furent aus­si récu­pé­rées et travesties.

    Ce qui a com­men­cé et qui se pour­suit, ce n’est rien d’autre que la lutte inces­sante entre ceux qui acceptent l’ordre éta­bli et ceux qui le remettent en cause. Cet ordre a évo­lué. Les fac­teurs domi­nants se sont modi­fiés. Les lignes ont bou­gé, tan­tôt dans un sens, tan­tôt dans l’autre. Mais les idées avaient été lan­cées et, quelles que furent les cir­cons­tances, il s’est trou­vé d’autres pen­seurs pour les pro­cla­mer et des foules nom­breuses pour en reven­di­quer l’application.

    Il y eut de nom­breux reculs après les avan­cées de 1789–1793. Il y eut Ther­mi­dor, le 18 Bru­maire, la Res­tau­ra­tion, le Second empire. Mais il y eut aus­si 1830, 1848, la Com­mune, les vic­toires arra­chées sous la IIIe Répu­blique, les pro­grès enre­gis­trés après la Deuxième guerre mondiale.

    Par­mi les adver­saires les plus réso­lus des Lumières, les défen­seurs de la reli­gion et du lien entre État et Église se sont d’abord mani­fes­tés. Les adeptes du culte du sol et du sang se sont répan­dus à leur tour, nour­ris­sant l’idéologie de la spé­ci­fi­ci­té natio­nale. Tous se sont retrou­vés pour reje­ter le ratio­na­lisme, le droit natu­rel et les valeurs uni­ver­selles. Tous ont véhi­cu­lé un mes­sage de rési­gna­tion et de sou­mis­sion à l’ordre éta­bli, s’opposant à une vision opti­miste du pro­grès de l’humanité. Tous ont bran­di les dan­gers de la déca­dence et du déclin comme réponse à la défense des acquis démo­cra­tiques et sociaux.

    La pre­mière vague d’adversaires des Lumières, au XIXe siècle, est consti­tuée par des auteurs comme l’Allemand Johann Her­der ou l’Irlandais Edmond Burke dont l’œuvre va dura­ble­ment impré­gner le conser­va­tisme anglo-saxon et influen­cé en France un Joseph de Maistre qui devien­dra un des pères de la phi­lo­so­phie anti-Lumières. Louis de Bonald condamne sans appel le fait d’avoir mis l’homme à la place de dieu comme source de ses idéaux. Renan et Taine attri­bue­ront la déca­dence fran­çaise et la défaite de 1870 à l’influence des Lumières.

    La deuxième vague des anti-Lumières amène des gens qui vont avoir sur les évè­ne­ments du XXe siècle une influence consi­dé­rable : Bar­rès et Maur­ras en France, Oswald Spen­gler, Frie­drich Mei­neke et Mar­tin Hei­deg­ger en Alle­magne. Ils vont exal­ter l’identité natio­nale, le moi qui se fond dans une com­mu­nau­té fon­dée sur le sol et le sang. L’Italie de Mus­so­li­ni, l’Allemagne d’Adolf Hit­ler, l’Espagne de Fran­co, la Grèce de Metaxas, la Hon­grie d’Horty, la France de Pétain se réclament de leur rejet des valeurs phi­lo­so­phiques du XVIIIe siècle. Ces régimes sont la tra­duc­tion poli­tique de cette volon­té de reje­ter une phi­lo­so­phie fon­dée sur la rai­son, la liber­té, l’universalité. En 1940, les maur­ras­siens se réjouissent que la défaite per­mette d’effacer les 150 ans d’histoire écou­lés depuis 1789. Liqui­der la Révo­lu­tion fran­çaise fut l’objectif de la Révo­lu­tion natio­nale de Vichy. La déchéance de la France démon­trait que la phi­lo­so­phie ne suf­fit pas pour éclai­rer les hommes et que seule la reli­gion peut les tenir dans le droit chemin.

    Mais, par­mi les enne­mis de la pen­sée des Lumières, il n’y a pas que les tota­li­ta­rismes qui exaltent les valeurs de la droite radi­cale. Il y a aus­si les tota­li­ta­rismes qui se répandent au nom du com­mu­nisme, une doc­trine qui impose une vision de l’Histoire comme l’accomplissement d’un pro­jet. Le dis­cours sur « le sens de l’Histoire » ne fut pas celui des Lumières qui refu­saient cette trans­po­si­tion de la doc­trine chré­tienne des voies de la Pro­vi­dence. Les Lumières, Rous­seau en tête, ne par­tagent pas la foi dans une marche méca­nique vers le pro­grès. Mon­tes­quieu affirme l’existence d’une part d’inconnaissable dans l’homme qui est liée à sa liber­té même et qui, par là, lui per­met d’échapper au déterminisme.

    Le com­mu­nisme est une doc­trine qui, dans tous les cas où elle a été mise en pra­tique, a confé­ré à l’Etat, confon­du avec l’appareil du par­ti, et non au peuple la source de tout pou­voir, qui a refu­sé le droit à la cri­tique contre l’autorité du par­ti, qui a ban­ni la liber­té. Le com­mu­nisme réel­le­ment exis­tant a éta­bli un ordre qui ne souf­frait aucune cri­tique. Il ne peut pas être consi­dé­ré comme un enfant des Lumières pour qui aucun ordre éta­bli n’est légi­time du seul fait qu’il existe. Condor­cet, alors que la Révo­lu­tion a écla­té, a bien per­çu un dan­ger nou­veau pour l’autonomie de l’individu et la laï­ci­té de la socié­té, c’est de fon­der un culte nou­veau qui aurait pour objet l’État lui-même.

    Mal­gré les reculs que je viens d’indiquer, il y a eu aus­si des avan­cées qu’il ne faut pas négli­ger, ni oublier, car elles illus­trent cette convic­tion des Lumières que l’homme, quand il prend son des­tin en main, peut chan­ger le cours des choses.

    L’esclavage fut abo­li par la Révo­lu­tion, mais il fut réta­bli par Bona­parte. Il en alla de même de la sépa­ra­tion de l’Église et de l’État. Il fal­lut attendre l’éphémère IIe Répu­blique pour que l’esclavage soit abo­li en France. Et c’est la IIIe Répu­blique qui a ins­tau­ré la loi de sépa­ra­tion de l’Église et de l’État.

    L’égalité homme-femme connaît des pro­grès sen­sibles pen­dant la Révo­lu­tion avec la loi de 1792 qui ins­taure cette éga­li­té entre époux et recon­naît le divorce par consen­te­ment mutuel. Celui-ci sera sup­pri­mé par Bona­parte et le divorce sera même inter­dit sous la Res­tau­ra­tion. Il en ira de même avec l’égalité entre enfants légi­times et enfants natu­rels, ins­tau­rée en 1792 et abo­lie en 1804. Il fau­dra attendre 1965 puisque soit réta­blie l’égalité entre époux pro­cla­mée en 1792 et il fau­dra attendre 1975 pour que soit réta­bli le divorce par consen­te­ment mutuel. Et on sait tout le che­min qui reste à par­cou­rir pour que le plai­doyer de Condor­cet de 1790 pour la totale éga­li­té entre homme et femme trouve son plein accomplissement.

    La conquête du suf­frage uni­ver­sel fut de 1793 à 1872, avec la paren­thèse de 1848, une longue bataille qui ne s’est ache­vée qu’au XXe siècle avec de nom­breux pays accor­dant le droit de vote aux femmes au début du siècle et d’autres, comme la France, qui atten­dront le len­de­main de la Deuxième guerre mondiale.

    En Europe, entre le der­nier quart du XIXe siècle et la Deuxième guerre mon­diale, les luttes poli­tiques et sociales, tou­jours âpres, per­met­tront d’arracher des liber­tés comme la liber­té d’association, la liber­té de la presse et la liber­té syn­di­cale ain­si qu’un cer­tain nombre d’avancées sociales, comme celles arra­chées au Front popu­laire en 1936. Comme le rap­pelle André Bel­lon, en ces temps là, « la dia­lec­tique entre la liber­té et l’égalité, entre l’intérêt per­son­nel et l’intérêt col­lec­tif ryth­mait autant la pen­sée que le débat public ».

    C’est aux len­de­mains de la Deuxième guerre mon­diale que les idées des Lumières vont connaître leur avan­cée la plus spec­ta­cu­laire dans l’énoncé des prin­cipes comme dans des réa­li­sa­tions concrètes.

    Au niveau des prin­cipes, la Décla­ra­tion uni­ver­selle des Droits de l’Homme de 1948, pré­ci­sée en 1966 par le Pacte inter­na­tio­nal rela­tif aux droits civils et poli­tiques et le Pacte inter­na­tio­nal rela­tif aux droits éco­no­miques, sociaux et cultu­rels, pro­clame non seule­ment des liber­tés indi­vi­duelles mais affirme éga­le­ment comme des droits l’accès à des ser­vices qui, concré­ti­sés, per­mettent d’atteindre l’égalité dans la liber­té. On oublie trop sou­vent que dans la Décla­ra­tion uni­ver­selle, articles 22 et sui­vants, sont pro­cla­més le droit à la sécu­ri­té sociale, au tra­vail, à un salaire égal pour un tra­vail égal, au repos et aux loi­sirs, à un niveau de vie suf­fi­sant, à la san­té, au loge­ment, à l’éducation, à la culture.

    Au niveau des réa­li­sa­tions concrètes, dans de nom­breux pays, et en France sous l’impulsion du Conseil Natio­nal de la Résis­tance, se mettent en place des sys­tèmes de sécu­ri­té sociale. Des ser­vices publics et des entre­prises publiques dans des domaines d’intérêt géné­ral comme l’eau, l’énergie, les trans­ports, la san­té, l’éducation, la culture, les com­mu­ni­ca­tions vont favo­ri­ser l’accès du plus grand nombre à des ser­vices aux­quels toutes et tous ont droit.

    À rete­nir aus­si, au titre des réa­li­sa­tions concrètes, l’adoption de la Conven­tion de sau­ve­garde des droits de l’homme et des liber­tés fon­da­men­tales qui, certes, se limite aux liber­tés indi­vi­duelles, mais apporte l’énorme pro­grès de pou­voir être invo­quée devant les tri­bu­naux et d’instituer une Cour euro­péenne des droits de l’Homme que chaque citoyen peut sai­sir (Cette Cour est une ins­ti­tu­tion du Conseil de l’Europe et non de l’Union européenne).

    Jamais, comme ce fut le cas au cours des trente années qui ont sui­vi 1945, on n’aura été aus­si loin dans les efforts pour tendre vers l’égalité dans la liber­té. La déco­lo­ni­sa­tion, libre­ment consen­tie par le colo­ni­sa­teur ou arra­chée par les peuples colo­ni­sés, va don­ner à cette ten­ta­tive une dimen­sion mon­diale car c’est, sans doute en moins éla­bo­ré, le modèle de socié­té des années 1945–1960 que laisse le colo­ni­sa­teur au moment où il s’en va. Il y a des ser­vices publics dans presque tous les pays des anciens empires bri­tan­niques et fran­çais, comme il y en a dans les pays d’Amérique latine.

    Mais le monde des affaires et de la finance, affai­bli par la grande crise des années trente, très lar­ge­ment dis­cré­di­té par sa col­la­bo­ra­tion avec le fas­cisme et le nazisme, ne va pas tar­der à redres­ser la tête et une nou­velle bataille des idées va s’engager dont l’ampleur sera à la mesure du suc­cès des idées des Lumières.

    C. LE TRIOMPHE DES ANTI-LUMIÈRES

    Que reste-t-il aujourd’hui de la force des idées lan­cées il y a trois cents ans : libre rai­son cri­tique, volon­ta­risme, liber­té, éga­li­té, tolé­rance, démo­cra­tie, uni­ver­sa­lisme ? Que reste-t-il des acquis démo­cra­tiques et sociaux arra­chés tout au long du XIX et du XXe siècle ?

    L’État démo­cra­tique, régu­la­teur et redis­tri­bu­teur, tel qu’il s’est pro­gres­si­ve­ment mis en place aux gré des réformes arra­chées, va être contes­té par un ensemble d’économistes et de phi­lo­sophes au nom d’une liber­té qui n’est pas la liber­té de tous, mais la liber­té du fort, de l’entreprenant, du cou­ra­geux, voire du témé­raire. Ils récusent tota­le­ment l’idée d’égalité des chances, un pur pro­duit de l’esprit des Lumières. Pour eux, tout réside dans la libre com­pé­ti­tion entre indi­vi­dus libres. C’est l’apologie du cha­cun pour soi.

    Une nou­velle bataille des idées s’engage contre les Lumières autour des années soixante-dix. Elle répond à la volon­té du monde des affaires et de la finance.

    Ain­si on va entendre un David Rocke­fel­ler affir­mer « quelque chose doit rem­pla­cer les gou­ver­ne­ments et le pou­voir pri­vé me semble l’entité adé­quate pour le faire. » Ain­si, pense de même la Com­mis­sion Tri­la­té­rale, un club voué à la mon­dia­li­sa­tion éco­no­mique et finan­cière qui ras­semble des hommes d’affaires, des déci­deurs poli­tiques, des jour­na­listes d’Europe, d’Amérique du Nord et d’Asie. On pour­ra lire, dans un de ses rap­ports, consa­cré à la crise de la démo­cra­tie : « Il y a des limites dési­rables à l’extension de la démo­cra­tie politique. »

    Les néo-libé­raux Mil­ton Fried­man et Frie­drich von Hayek sont les grands théo­ri­ciens de ce nou­veau libé­ra­lisme qui conteste les fonc­tions redis­tri­bu­trices et régu­la­trices de l’État pour ne lui lais­ser que des fonc­tions sécu­ri­taires et qui, au nom de la gou­ver­nance, pri­vi­lé­gie un pou­voir exé­cu­tif fort auquel sont étroi­te­ment asso­ciés les lob­bies éco­no­miques et finan­ciers. Ce qu’ils pro­posent et qu’ils dési­gnent sous le vocable de réformes, c’est la pri­va­ti­sa­tion de tout ce qui a été mis en place pour conci­lier éga­li­té et liber­té. Le néo­li­bé­ra­lisme ne tolère plus que « l’État minimum. »

    Ceux qui donnent la plus grande impul­sion à ces réformes d’un genre nou­veau, ce sont Rea­gan aux USA, That­cher en Grande Bre­tagne et Delors en Europe. Car, avec l’Acte unique euro­péen et le trai­té de Maas­tricht dont il fut l’auteur prin­ci­pal, en Europe, les ins­tru­ments néces­saires à ces bou­le­ver­se­ments sont désor­mais les trai­tés et les direc­tives adop­tés avec le sou­tien des gou­ver­ne­ments des États membres de l’Union euro­péenne. Le pré­texte de l’intégration euro­péenne devient l’argument moteur du démem­bre­ment de l’État alors que ce qui lui est ôté dans l’ordre du contrôle démo­cra­tique et des réa­li­sa­tions sociales n’est pas trans­fé­ré au niveau européen.

    Pour convaincre de la néces­si­té de ces réformes, un énorme tra­vail sur le lan­gage est accom­pli que les médias, désor­mais étroi­te­ment liés au monde des affaires et de la finance, vont relayer. Le chô­meur jusque-là consi­dé­ré comme une vic­time est qua­li­fié de pares­seux ; le fonc­tion­naire per­çu comme un agent au ser­vice de l’État est dési­gné comme un plan­qué ; la soli­da­ri­té est pré­sen­tée comme de l’assistanat. Un dis­cours répé­té à satié­té tend à convaincre que le ser­vice ou le pro­duit four­ni par le sec­teur pri­vé est, à tous égards, meilleur que ce que four­nit le sec­teur public. L’individualisme et la com­pé­ti­tion sont éri­gés en ver­tus pre­mières. Comme l’observe Jean-Claude Guille­baud, « les pauvres ont lit­té­ra­le­ment dis­pa­ru du voca­bu­laire. » C’est le dis­cours de ce que Pierre Bour­dieu appel­le­ra une « res­tau­ra­tion conservatrice ».

    Lorsque se fête le bicen­te­naire de 1789, on peut consta­ter que la bataille pour les idées pro­cla­mées deux cents ans plus tôt a été per­due. Rien n’est négli­gé pour pas­ser sous silence l’essence même de la Révo­lu­tion, c’est-à-dire une remise en cause poli­tique, sociale et éco­no­mique d’un régime en place depuis mille deux cents ans, fon­dé sur l’absolutisme monar­chique, la légi­ti­ma­tion des pri­vi­lèges et des inéga­li­tés et l’obscurantisme religieux.

    Lors du bicen­te­naire, en 1989, on enten­dit sur­tout la droite et l’extrême droite, ample­ment relayée par les médias, infli­ger un rac­cour­ci entre la Ter­reur et les crimes com­mis au nom du com­mu­nisme, de Lénine à Pol Pot. Même si on ne peut pas occul­ter le moment his­to­rique de la Ter­reur qui va du 9 mars 1793 au 27 juillet 1794, on ne peut réduire la Révo­lu­tion à ce seul moment, ni à ses abus et encore moins pré­sen­ter la vio­lence comme venant d’un seul camp, alors qu’il s’agissait d’une réponse à ceux qui ont pris les armes pour com­battre la Révo­lu­tion avec le sou­tien de sept puis­sances étran­gères. On ne ren­verse pas un ordre féo­dal et théo­lo­gique vieux de 1.200 sans que cela sus­cite des oppo­si­tions. Mais ce sera pour­tant le dis­cours conve­nu tel qu’il sera dis­til­lé par un large spectre de la classe poli­tique, depuis les cou­rants du PS qui se réclament d’une pré­ten­due moder­ni­té jusqu’au Front natio­nal en pas­sant par Phi­lippe de Villiers.

    Jusque-là, contraints de lâcher du lest du fait de la pres­sion exer­cée par la menace sovié­tique – rap­pe­lons-nous la ques­tion de Claude Roy appre­nant l’effondrement de l’empire sovié­tique : « C’est une bonne nou­velle, mais qui va faire peur aux riches main­te­nant ? » – les anti-Lumières vont s’employer à éta­blir une filia­tion entre les idées des Lumières et le com­mu­nisme tel qu’il fut pratiqué.

    Néo-libé­raux de droite et de gauche ont contri­bué à cette offen­sive contre les Lumières. À gauche, un Jacques Jul­liard n’hésite pas à écrire dans le Nou­vel Obser­va­teur, cet offi­ciel de ce qui s’appelle la « deuxième gauche » : « le tota­li­ta­risme eut été impos­sible sans l’avènement du peuple comme acteur prin­ci­pal de la politique. »

    À droite, c’est Fran­çois Furet qui va reje­ter en France l’héritage des Lumières. Il le fera, ain­si que leur cor­res­pon­dance en témoigne, en liai­son étroite avec l’historien et phi­lo­sophe alle­mand, dis­ciple d’Heidegger, Ernst Nolte, un défen­seur du natio­na­lisme orga­nique et du par­ti­cu­la­risme eth­nique pour qui l’antisémitisme nazi avait, je cite, « un noyau ration­nel ». Furet et Nolte défendent la même idée – fausse his­to­ri­que­ment – que le fas­cisme et le nazisme ne sont que des réac­tions au bol­ché­visme. Nolte ajou­te­ra que le nazisme fut une défense légi­time face au dan­ger com­mu­niste, ce que ne démen­ti­ra pas Furet.

    À par­tir de cette idée que le com­mu­nisme conduit au gou­lag et qu’il a pro­vo­qué le fas­cisme et le nazisme, tous deux vont condam­ner les objec­tifs des Lumières – le bon­heur, l’égalité, la jus­tice, la sou­ve­rai­ne­té popu­laire, l’universalité – parce qu’il s’agit selon eux d’utopies, d’illusions dan­ge­reuses. Et que les moyens uti­li­sés au XXe siècle pour les réa­li­ser ont débou­ché sur la bar­ba­rie et engen­dré les grandes tra­gé­dies du siècle.

    Dénon­cer le com­mu­nisme comme un enfant des Lumières devient le prin­ci­pal argu­ment de ceux qui veulent impo­ser la rési­gna­tion et la ser­vi­tude. Dès lors, puisque la quête du bon­heur ne peut conduire qu’à la ter­reur, accep­tons le monde tel qu’il est.

    Croire en la pos­si­bi­li­té d’un sys­tème dif­fé­rent du nôtre est en soi une illu­sion, affirme Furet.

    Si la sou­ve­rai­ne­té popu­laire est la source de tous les maux, l’alternative, alors, est la sou­mis­sion à l’ordre éta­bli et l’acceptation de la fata­li­té comme expli­ca­tion des injus­tices et des inéga­li­tés. C’est le triomphe du slo­gan that­ché­rien « there is no alter­na­tive », il n’y a pas d’alternative. Ce que l’Américain Fran­cis Fukuya­ma appelle « la fin de l’Histoire ».

    Qui ne voit aujourd’hui que c’est le dis­cours que nous infligent les gou­ver­nants, l’Union euro­péenne et des ins­ti­tu­tions inter­na­tio­nales comme le FMI, la Banque Mon­diale et l’OMC ?

    En ver­tu de ce dis­cours, les pro­grammes d’ajustements struc­tu­rels du FMI et les accords de l’OMC ont détruit les ser­vices publics des pays du Sud et les ont sou­mis aux prio­ri­tés des firmes transnationales.

    En ver­tu de ce dis­cours, le beau pro­jet d’union des peuples d’Europe est tota­le­ment dévoyé au pro­fit d’une construc­tion qui vide la sou­ve­rai­ne­té popu­laire de sa sub­stance au pro­fit d’une oli­gar­chie technocratique.

    Nous sommes régis par un ordre juri­dique euro­péen contrai­gnant sur lequel, jamais, aucun peuple de l’Union euro­péenne n’a eu à se pro­non­cer. Nous sommes régis par des ins­ti­tu­tions euro­péennes – la Com­mis­sion et la Cour de Jus­tice – qui pro­duisent du droit obli­ga­toire et dont les membres n’ont aucun compte à rendre aux citoyens. Les peuples d’Europe sont tota­le­ment dépos­sé­dés du pou­voir de choi­sir leur ave­nir et les démo­cra­ties natio­nales sont vidées de leur sub­stance. La for­mule « tous les pou­voirs émanent du peuple » ins­crite dans les Consti­tu­tions natio­nales n’est plus qu’une fiction.

    Des textes euro­péens contrai­gnants se suc­cèdent qui, l’un après l’autre, renient les valeurs qui ont ras­sem­blé les phi­lo­sophes des Lumières.

    Simul­ta­né­ment, la mon­tée en puis­sance du rela­ti­visme cultu­rel et de l’exaltation de l’identité sanc­tionne le recul du prin­cipe d’égalité et celui de l’universalité. Le droit à la dif­fé­rence est éri­gé en avan­cée huma­niste. Le com­mu­nau­ta­risme se répand. La laï­ci­té recule. Le natio­na­lisme reprend des cou­leurs. L’Afrique et l’Asie adoptent cha­cune, une charte des droits de l’homme. Une charte arabe des droits de l’homme est pro­mul­guée, ain­si qu’une Charte euro­péenne des droits fon­da­men­taux très en recul par rap­port à la Décla­ra­tion uni­ver­selle. L’universalisme des valeurs est bat­tu en brèche.

    L’idéologie domi­nante de ce début de XXIe siècle est aux anti­podes du cor­pus de valeurs des Lumières. On a même enten­du un Pré­sident de la Répu­blique fran­çaise dans un dis­cours à St-Jean de Latran reprendre à son compte le rejet des Lumières dans les termes uti­li­sés par le Vatican.

    On vient, en une tren­taine d’années, d’enregistrer un for­mi­dable recul de ce que Zeev Ster­nell appelle « les Lumières fran­co-kan­tiennes. » Ce cor­pus intel­lec­tuel qui enten­dait « don­ner nais­sance à un sys­tème où la liber­té serait com­pa­tible avec l’égalité et où l’égalité serait com­pa­tible avec l’autonomie de l’individu et sa souveraineté. »

    Les Lumières, après les Grecs du Ve siècle avant notre ère, ont sou­le­vé des ques­tions qui sont aus­si les nôtres et cher­ché des solu­tions à des pro­blèmes qui se posent encore à nous. Certes, et ils en étaient conscients, ils œuvraient dans un contexte spé­ci­fique pour chan­ger une situa­tion don­née dans un endroit défini.

    Avec la même conscience du contexte qui est le nôtre aujourd’hui, un contexte où le but des gou­ver­nants se réduit à satis­faire les mar­chés, où l’objet de la poli­tique n’est plus le bon­heur des humains, mais la satis­fac­tion des riches, où l’homme est rede­ve­nu un ins­tru­ment au ser­vice de ceux qui l’exploitent, n’est-il pas temps de se rap­pe­ler cette phrase de Kant : « le devoir suprême de l’homme envers l’homme est de le trai­ter comme une fin et non comme un moyen. » N’est-il pas temps de nous poser la ques­tion : défen­dons-nous les valeurs qui fondent l’humanité en les tra­his­sant quotidiennement ?

    Raoul Marc JENNAR

    Source : http://​www​.jen​nar​.fr/​?​p​=​2​514

    Il me paraît pro­fon­dé­ment erro­né d’as­so­cier Vol­taire et Rous­seau sous une ban­nière com­mune (« Les Lumières ») : 

    • Vol­taire est un égoïste, dévoué à sa propre cause, un men­teur, un hypo­crite, un négrier, et sur­tout le phi­lo­sophe des riches, et le per­sé­cu­teur achar­né de Rous­seau jus­qu’à sa mort (bel exemple de tolé­rance, en vérité)… 

    • Alors que Rous­seau est un altruiste, dévoué au bien com­mun, pro­fon­dé­ment hon­nête, et sur­tout le phi­lo­sophe des pauvres et, pour cette rai­son pré­cise, la proie de « la secte des Ency­clo­pé­distes » (tous très riches et très atta­chés, comme leurs suc­ces­seurs « Ver­saillais », à « l’ordre social »).

    Voir, à ce sujet, cette pal­pi­tante confé­rence d’Hen­ri Guille­min sur Rousseau : 
    http://www.rts.ch/archives/tv/culture/en-appel/3448914-rousseau‑1.html

    Étienne.

    Réponse
  25. sitouaillain

    @ Etienne,

    ça risque donc d’être un débat constructif,

    mer­ci beau­coup pour ce texte, il fait un bonne synthèse,

    mais ce texte de Jen­nar me fait repen­ser, que ta « copine » devrait se dépar­tir de cette idée de « secte d’en­cy­clo­pé­distes » et faire vrai­ment un tra­vail sur elle pour ces­ser de ver­ser sys­té­ma­ti­que­ment dans l’in­ter­pré­ta­tion com­plo­tiste et mora­liste, c’est très gênant.

    L’im­por­tant avec les Lumières, c’est ce qu’on en retire pour les luttes d’au­jourd’­hui, mais il me semble que Jen­nar a tort en fai­sant abs­trac­tion des sou­bas­se­ments du libé­ra­lisme éco­no­mique qu’ont pro­duit les Lumières, plu­tôt en Angle­terre il est vrai, mais repris en France, et ce qu’il faut bien com­prendre (plu­tôt que d’oc­cul­ter), c’est jus­te­ment que ces prin­cipes du libé­ra­lisme, qu’il soit poli­tique, reli­gieux, cultu­rel ou éco­no­mique, sont le fruit d’un état d’es­prit cohé­rent pour l’é­poque, et par­fai­te­ment recevable.

    Les gens qui ont construit ces prin­cipes ne sont pas rede­vables devant nous des inep­ties ayant sur­gi par la suite et ne sont pas rede­vables de leur propre igno­rance, étant don­né que c’est bien plus tard qu’on a su déter­mi­ner où sont les failles dans leurs rai­son­ne­ments, tout en sachant recon­naitre les apports irré­ver­sibles de leur travail.

    Quand on lit un John Rawls ou un Amar­tya Sen aujourd’­hui, leurs prin­cipes sont ceux du libé­ra­lisme et ils s’en reven­diquent, des lumières, du droit natu­rel, de l’é­ga­li­té, des liber­tés, mais tous leurs tra­vaux de phi­lo­sophes ou éco­no­mistes libé­raux visent jus­te­ment à rendre pos­sible l’exer­cice effec­tif de ces droits, la vali­di­té pra­tique de ces prin­cipes. Ils sont libé­raux et se pré­oc­cupent des pauvres, non pas en hommes de cha­ri­té, mais pour faire recu­ler la pau­vre­té par les pauvres eux-mêmes, et Marx ne disait pas mieux.

    Il est d’ailleurs par­fai­te­ment pos­sible, c’est fina­le­ment ce qu’au­rait du faire Jen­nar, de mon­trer les contra­dic­tions du néo­li­bé­ra­lisme, disons, la doc­trine d’hayek de fried­man ou de léon wal­ras, et même de ricar­do, avant eux, à par­tir d’un point de vue libé­ral rigou­reux, c’est-à-dire ne per­dant pas l’ob­jec­tif qu’é­tait celui des lumières : liberté,égalité fra­ter­ni­té, la quête du bon­heur, la pros­pé­ri­té par­ta­gée, l’u­ni­ver­sa­li­té des droits, et le res­pect des diversités.

    Jen­nar a omis de signa­ler un cer­tain cou­rant éco­lo­giste qui a, lui aus­si, refu­sé les apports des lumières, et pour cause : c’est de cette époque qu’é­merge véri­ta­ble­ment l’i­dée de maî­trise de la nature par la tech­nique et que s’a­morce la dérive ultra-ratio­na­liste ; mais ils ont oublié le sage de König­sberg, qui déjà cri­ti­quait les més­usages de la « rai­son pure » et de la « rai­son pra­tique ». Sans oublier que, sans s’en déta­cher tout à fait, le Sturm und Drang et le cou­rant roman­tique vient contre­ba­lan­cer ce côté sec, aus­tère et tech­ni­ciste du « siècle des lumières », pour exal­ter les forces de la nature, la beau­té sau­vage et l’at­trait pour l’occulte.…toujours cet éter­nel dia­logue de l’oc­ci­dent, entre la ligne droite et la ligne courbe, gré­co-romains vs peuples du nord, c’est une dyna­mique qui pro­duit le pire comme le meilleur.

    PS : mes­sage 5 sur­li­gné… ça me déçoit

    Réponse
  26. Yvan

    Juste une pré­ci­sion (que j’au­rai dû don­ner dès le début)…

    Je cri­tique M.Sigaut, mais je ne dis pas pour autant qu’il fau­drait l’é­vi­ter. Au contraire même, ce serait une gros­sière erreur que de ne pas se confron­ter à ceux qui ne pensent pas tou­jours comme soi, et se com­plaire entre convain­cus ne fait pas vrai­ment bou­ger les choses. Sur­tout si, en plus, cette femme est sym­pa­thique (je veux bien le croire, là n’est pas la ques­tion, et c’est tout à son hon­neur si elle accepte et tient les débats sans se braquer).

    Le but n’é­tait pas de cri­ti­quer cette ren­contre, mais don­ner mon avis sur Sigaut. Je ne veux pas remettre en cause ce débat qui sera enri­chis­sant je l’es­père, et j’ai hâte de pou­voir le vision­ner d’ailleurs. Je trouve que M.Sigaut manque de dis­cer­ne­ment, et elle induit en erreur en fai­sant ces amal­games dou­teux (tout comme Soral, qui mélange tout et n’im­porte quoi dans un grand sac nom­mé « Empire », c’est tel­le­ment plus simple comme vision du monde).

    Mais avec un défen­seur de Rous­seau à la même table pour appor­ter des nuances et un autre éclai­rage… c’est un peu plus stimulant 🙂

    Yvan P.

    Réponse
  27. raphael

    Bon­jour, la ques­tion du com­men­taire 5 est tout à fait sérieuse. En fait, après avoir lu le com­men­taire 4 que j’ai trou­vé tout à fait abs­cons (peut-être est-ce de ma faute), j’ai vou­lu syn­thé­ti­ser mon impression.

    Une autre impres­sion que j’ai, c’est que, au vu des argu­ments avan­cés par les cri­tiques sur madame Sigault, ceux qui les for­mulent n’ont pas regar­dé sa confé­rence sur les lumières.

    Der­nier exemple du fil de la dis­cus­sion : « Mais avec un défen­seur de Rous­seau à la même table pour appor­ter des nuances et un autre éclai­rage… c’est un peu plus sti­mu­lant » . Or lors de ladite confé­rence Etienne était pré­sent et pose la ques­tion : « que pen­sez-vous de Rous­seau ? ». Réponse : « Je n’ai pas lu de Rous­seau donc je n’en pense rien, mais je sais qu’il a été per­sé­cu­té par les ency­clo­pé­distes et Vol­taire en tête »

    Avec un défen­seur de Rous­seau à la table il y aura consen­sus. Enfin ça n’empêche pas d’être stimulant.

    Réponse
  28. sitouaillain

    Raphael, puisque tu insistes je vais te répondre,

    voi­ci donc ton sérieux questionnement :

    Dites-moi, sitou­haillain, qu’est-ce qui vous gêne le plus chez Madame Sigault : qu’elle ne crache pas comme il faut sur l’é­glise catho­lique ou quelle se défend de toute forme de gauchisme ?

    la réponse est bien évi­dem­ment ni l’un ni l’autre.

    « se défendre de toute forme de gau­chisme » est pour moi une qua­li­té ou du moins un signe de matu­ri­té , même si bien enten­du je n’i­gnore pas que le terme « gau­chisme » uti­li­sé ici, cor­res­pond au terme dif­fu­sé par l’ex­trême-droite actuel­le­ment pour dési­gner tout ce qui est de gauche, ça fait par­tie de son tra­vail idéo­lo­gique pour semer la confu­sion et se poser en défen­seur des classes popu­laires. en véri­té le terme « gau­chisme » est uti­li­sé par Lénine dans « la mala­die infan­tile du com­mu­nisme, le gau­chisme » (http://​www​.mar​xists​.org/​f​r​a​n​c​a​i​s​/​l​e​n​i​n​/​w​o​r​k​s​/​1​9​2​0​/​0​4​/​g​a​u​c​h​i​s​m​e​.​htm) et ce terme fait sens à gauche pour dési­gner une atti­tude intran­si­geante et bor­née, une sorte de puri­ta­nisme de gauche sur la base de grandes idées romantiques.

    quant à « cra­cher comme il faut sur l’é­glise catho­lique », je ne sais pas ce que cela veux dire, en tout cas cela regarde les chré­tiens, et la seule chose qui m’in­té­resse, c’est que la seule manière d’être démo­crate et catho­lique, c’est d’ac­cep­ter la laï­ci­té. Soit un prin­cipe qui découle en droite ligne du cor­pus théo­rique issu des phi­lo­sophes des Lumières.

    Pour le reste, je n’en pense pas moins, mais j’ac­cepte la faci­li­té qui consiste à assi­mi­ler mes cri­tiques comme s’ar­rê­tant à ces consi­dé­ra­tions mes­quines et j’a­voue ne pas avoir tenu plus de dix minutes à la regar­der parler.

    c’est pour­quoi d’ailleurs je te remer­cie de signa­ler qu’on a affaire à une auto­pro­cla­mée « his­to­rienne » qui se per­met de nous par­ler des Lumières sans avoir lu Rousseau…

    et c’est là le prin­ci­pal reproche que j’ai à lui faire, son manque de rigueur, ses affir­ma­tions hors contexte, ses juge­ments moraux, et une lec­ture de l’his­toire dans les petits papiers d’in­di­vi­dus pour ensuite géné­ra­li­ser, alors même que l’hon­nê­te­té réclame de consi­dé­rer que ce que Vol­taire aura socia­le­ment pro­duit ne peut être déduit que de ses oeuvres publiées et non pas de sa cor­res­pon­dance. cor­res­pon­dance dont l’a­na­lyse n’au­rait de ver­tu expli­ca­trice que si l’on vou­lait bien se remettre dans le contexte de l’é­poque, d’où il appa­raî­trait que l’in­di­vi­du n’est pas sin­gu­lier dans sa manière de pen­ser, loin s’en faut.

    et puisque que tu intro­duis dans le débat cette ques­tion de l’é­glise catho­lique, alors nous avons là un cou­pable tout dési­gné, car il n’est pas sau­gre­nu de voir une claire filia­tion entre le mépris de la bour­geoi­sie pour le peuple et la crainte de ces mes­sieurs pos­sé­dants ont de le voir ins­truit, avec le sou­ci de cette orga­ni­sa­tion de main­te­nir le peuple dans l’i­gno­rance, de lui four­nir des rituels magiques dans une langue incon­nue et de réser­ver à une élite la com­pré­hen­sion des textes et des dogmes qu’elle a institué.

    et c’est mon droit le plus strict de consi­dé­rer que madame sigaut par­ti­cipe d’une entre­prise désor­mais plu­ri­sé­cu­laire d’ex­tir­pa­tion des idées des lumières du corps social, ce qui à mon sens n’a rien à voir avec un regard cri­tique por­tant le sou­ci de les étendre, de les dépas­ser, ou de les par­faire. en cela elle m’ap­pa­rait comme une obs­cu­ran­tiste et qui plus est médiocre au vu du talent de ses prédecesseurs.

    Il n’y a donc pas lieu d’a­voir la naï­ve­té de croire, qu’au pré­texte qu’elle s’at­taque à de pré­ten­dues « vaches sacrées », elle expri­me­rait une quel­conque sub­ver­sion ou un regard à par­tir duquel sur­gi­rait des pers­pec­tives éman­ci­pa­trices, bien au contraire. Elle ne fait que four­nir des pré­textes pour s’af­fran­chir d’un cer­tain nombre de pro­grès de civi­li­sa­tion et s’en­gouf­frer dans des tur­pi­tudes plus graves encore que ce qu’elle dénonce. Sa res­pon­sa­bi­li­té en tant que pro­pa­ga­trice d’un renou­veau du cou­rant anti-lumières est donc totale.

    or, jus­te­ment, et ce n’est qu’un simple exemple, un cer­tain nombre de nos conci­toyens subissent la haine de la part de gens peu ins­truits et bien loin d’être au niveau de conscience de ces phi­lo­sophes d’il y a 250 ans, au pré­texte d’une dif­fé­rence de pra­tique reli­gieuse. ceci me fait gran­de­ment honte et je n’ai pas d’autres argu­ments pour leur garan­tir le droit d’exis­ter et de pra­ti­quer leur reli­gion, que ceux déjà déve­lop­pés par Vol­taire, d’où il res­sort que le tra­vail idéo­lo­gique d’une M. Sigaut, dis­qua­li­fie par conta­mi­na­tion, toute invi­ta­tion à la tolérance…puisqu’on me rétor­que­ra que ma tolé­rance s’as­si­mile à une secte d’af­freux ayant un pro­jet de domi­na­tion élitiste…

    l’en­tre­prise idéo­lo­gique de ce type de per­sonne m’ap­pa­rait tout à fait clai­re­ment : il s’a­git de s’af­fran­chir d’un cer­tain nombre d’in­ter­dits moraux pour mieux légi­ti­mer leur vio­lence et leur néga­tion des prin­cipes qui fondent un vivre ensemble affran­chi de dogmes reli­gieux et de consi­dé­ra­tions eth­ni­cistes. je ne me ris­que­rait pas d’ailleurs à pen­ser qu’elle s’ins­crit consciem­ment dans cette voie, notam­ment parce que je sais que son inté­gri­té psy­chique fut gran­de­ment ébran­lée par le mou­ve­ment de mai 68 et qu’elle ne s’en est pas remise, culti­vant ain­si une rigi­di­té et une sécu­ri­té dans des dogmes et une haine de tout ce qui peut remettre en cause ce refuge dans des pen­sées hété­ro­nomes. cet achar­ne­ment sur vol­taire et cet oubli de rous­seau sont en ce sens par­fai­te­ment symp­to­ma­tiques. et c’est pour elle enten­du que seul de méchants hommes peuvent s’at­ta­quer à ses dogmes sécu­ri­sants, il lui incombe donc comme tache d’en ter­nir le por­trait, étant don­né qu’elle n’est pas capable d’en réfu­ter les arguments…

    ma foi, je savais bien qui était Vol­taire, et je n’ai rien appris de M. Sigaut, si ce n’est sur elle-même et qu’en vou­lant détruire Vol­taire c’est tout ce qu’il a pu dire de pas trop couillon qu’elle entend détruire…mais, ne lui en déplaise, je ne suis pas dupe.

    Réponse
  29. raphael

    Waahhh vous avez vu tout ça dans Marion Sigaut en l’é­cou­tant seule­ment dix minutes ? Mon cher, vous êtes excep­tion­nel. Pas de liber­té (de parole en l’oc­cur­rence) pour les enne­mis de la liber­té, c’est la for­mule non ?

    Fran­che­ment il y a beau­coup à dire, mais j’hé­site à faire un long déve­lop­pe­ment puisque qu’il y a appa­rem­ment une chance pour que vous ne lisiez que mes 5 pre­mières lignes, car à mon avis tout comme Marion Sigaut, ça risque de ne pas vous faire plai­sir. Mais bon allons‑y ; peut-être cette fois-ci écou­te­rez-vous ce conseil qui nous vient de si loin dans le pas­sé, relayé par Etienne conseillant d’é­cou­ter tout le monde et sur­tout ceux avec qui on est pas d’accord.

    Com­men­çons par le com­men­ce­ment : « la réponse est bien évi­dem­ment ni l’un ni l’autre. » 
    Au vu du déve­lop­pe­ment qui suit cette phrase, per­met moi de sérieu­se­ment dou­ter de sa véracité.

    Alors ensuite, pour Rous­seau, déjà, elle au moins ne parle pas de ce qu’elle ne connait pas, contrai­re­ment à vous qui par­lez d’elle comme si vous aviez étu­dié l’en­semble de son oeuvre et même, au vu de votre avant-der­nier para­graphe, sa vie per­son­nelle (c’est fou ce qu’on peut voir en dix minutes). Ensuite vu que, l’im­mense majo­ri­té des lumières ont per­sé­cu­té Rous­seau, au point qu’il est aller se réfu­gier à Genève, où Vol­taire a essayé de convaincre le conseil de la ville de l’exé­cu­ter phy­si­que­ment (la tolé­rance qu’on lui attri­bue, sans doute), je ne pense pas que Rous­seau soit indis­so­ciable des lumières bien au contraire. Fran­che­ment, le seul point com­mun que je leur trouve est qu’ils aient été contem­po­rains. D’ailleurs, sans Robes­pierre, les cendres de Rous­seau seraient dans une fosse com­mune plu­tôt qu’au Panthéon.

    « Auto­pro­cla­mé his­to­rienne » : c’est vous qui décer­nez les diplômes ? Non parce que je ne crois pas me trom­per en disant qu’elle a fait un cur­sus uni­ver­si­taire d’his­toire et ses allé­ga­tions sont sour­cées et docu­men­tées, ce qui la qua­li­fie pour la défi­ni­tion de wiki­pé­dia. Pour ma part, à coté de la foule d’ex­perts éco­no­miques qui débitent des âne­ries à lon­gueur d’an­tenne elle est loin d’être autoproclamée.

    Pour la laï­ci­té, elle était effec­tive bien avant lumières, comme elle l’ex­plique, mais je n’es­père pas vous en convaincre.À moins bien sûr que vous n’en­ten­diez par laï­ci­té la des­truc­tion de la reli­gion plu­tôt que la liber­té de culte ou de non culte.

    Sur l’ins­truc­tion, c’est mar­rant : c’est tout le contraire. Vol­taire, qui avait des pay­sans sur son domaine explique clai­re­ment qu’il ne veut sur­tout pas qu’ils soient ins­truits plus que ce qui est néces­saire pour qu’ils puissent tra­vailler effi­ca­ce­ment. Tiens, au fait, les écoles des Jésuites, qui étaient gra­tuites (sauf pour les riches) et ouvertes à tous, ont été détruites (phy­si­que­ment) par les ency­clo­pé­diste (Vol­taire en tête, est-ce utile de le pré­ci­ser, mais au nom de la tolé­rance heu­reu­se­ment !). Mais évi­dem­ment, tu me diras, c’é­tait pas cool d’être ins­truit pas des reli­gieux. Pas faux ; en atten­dant, elle n’é­tait pas obli­ga­toire ; et quand je vois les inep­ties qu’on nous enseigne aujourd’­hui, je me dis : ça devait être pas si mal…

    Non, sérieu­se­ment, votre avant-der­nier para­graphe est tout bon­ne­ment flip­pant. Dire qu’elle n’a pas son inté­gri­té psy­chique ? Y en a qui ont eu des pro­cès pour moins que ça. Notons au pas­sage cette vieille tech­nique qui à fait ses preuves, consis­tant à dire des gens que l’on veut dis­cré­di­ter qu’il n’ont plus toute leur tête. Sérieu­se­ment, vous dépas­sez toutes mes espérances.

    Bon, un petit der­nier pour la route : « étant don­né qu’elle n’est pas capable d’en réfu­ter les arguments… »
    Qui sait ? Peut-être le fait-elle dans les (2h07 – 10 min=) 1h57 de confé­rence que vous n’a­vez pas écoutées ?

    Déci­dé­ment, au vu de la réponse, la ques­tion du com­men­taire 5 était non seule­ment sérieuse mais nécessaire.

    Réponse
  30. Nico

    Bonjour/Bonsoir

    Ayant assis­té à la confé­rence en ques­tion, j’en extrais de mémoire une phrase d’Étienne Chouard, au cours des ques­tions finales, qui me parait assez appro­priée à ce fil de com­men­taires : que l’on se mette d’ac­cord sur l’es­sen­tiel [ins­ti­tuer nous-mêmes notre puis­sance popu­laire], on se bagar­re­ra après !

    Réponse
  31. Morpheus

    @ Raphael

    Vous venez de décou­vrir les confins abys­saux de la pen­sée sitouaillaine. À pré­sent, vous allez pou­voir consa­crer votre temps et votre dis­cer­ne­ment à des échanges – voir des débats – net­te­ment plus construc­tifs. J’ai par­lé de confins abys­saux en connais­sance de cause : ren­ché­rir sur toute inter­ven­tion sitouaillaine confine à se jeter dans le vide et s’y lais­ser entraî­ner sans autre échap­pa­toire qu’un brusque réveil – vous savez, comme lorsque dans quelque sombre rêve l’on se met à tomber …

    C’est pareil dans tout »débat« avec sitouaillain. J’ose le dire, de cet exer­cice n’en espé­rez rien : dans tous les cas, vous avez tort, vous faites erreur, vous vous trom­pez, vous êtes de mau­vaise foi et vous chan­gez votre approche ana­ly­tique comme l’on change de che­mise. En d’autres termes, vous avez déjà per­du. Pire, en répli­quant, en argu­men­tant, en cor­ri­geant, en déve­lop­pant, vous nour­ris­sez le vide abys­sal de votre inter­lo­cu­teur vorace. Et vous savez ce qu’il se passe lors­qu’on nour­rit le vide ? Il en veut tou­jours plus, car il ne peut être rempli…

    Car sitouaillain ne perd jamais. Il gagne tou­jours. Il a de toute façon plus de temps et plus de déter­mi­na­tion que vous à son entre­prise de des­truc­tion psy­chique et idéo­lo­gique. Notez que c’est le cas de tous les per­vers : ils excellent dans l’art de rendre confus ce qui est lim­pide, noir ce qui est blanc et dégueu­lasse ce qui est bon. Plu­sieurs, Étienne en tête, en ont fait l’ex­pé­rience. Moi, j’ai fini par opter pour la méthode la plus simple (et sans doute la plus efficace)(1) : l’ignorance.

    Sitouaillain est au blog d’Étienne ce que les acou­phènes sont à nos oreilles : un sif­fle­ment par­fois aga­çant, mais que l’on finit par oublier lorsque l’on se concentre sur autre chose.

    Cor­dia­le­ment,
    Morpheus

    (1) J’a­voue l’é­goïsme de cette méthode, car elle implique que le para­site se tourne vers d’autres proies pour se nour­rir, mais quoi ? ne gagnons-nous pas plus de l’ex­pé­rience que de la prévention ?

    Réponse
  32. sitouaillain

    @ raphael,
    tu es de mau­vaise fois, elle est déjà venu ici nous faire son numé­ro du com­plot de Robes­pierre pour faire tra­vailler les enfants, je connais ses méthodes, et son sys­tème de pen­sée est limpide,

    encore une fois, moi ça ne m’ap­porte rien, je ne suis pas un petit gar­çon qui divise le monde en méchants et gen­tils, et ce n’est pas parce que rous­seau est gen­til qu’il est admi­rable, et ce n’est pas parce qu’il est admi­rable qu’il fau­drait se conten­ter de ce qu’il a écrit, ce serait même les tra­hir, ces hommes qui se sont éle­vés au-des­sus de leur temps, que de ne pas cher­cher à les dépas­ser, car comme a dit Vol­taire « Plus les hommes seront éclai­rés, et plus ils seront libres. », et qu’il ait pu ajou­ter en toute fran­chise en quoi sa posi­tion de bour­geois ne repo­sait que sur l’i­gno­rance du bas-peuple, est au moins aus­si impor­tant, ce sont de grands ensei­gne­ments pour la suite car si, comme l’a dit Vol­taire « Il a fal­lu des siècles pour rendre jus­tice à l’humanité, pour sen­tir qu’il est hor­rible que le grand nombre semât et que le petit nombre recueillît. », nous sommes encore dans l’horreur.

    Un grand pas est fait dans se siècle des Lumières, des germes semés, mais ‘his­toire montre qu’ils n’ont pas péné­trés toutes têtes en un clin d’oeil et j’a­jou­te­rais même que si ces idées ont été depuis dépas­sées, il n’y a pas de rai­son de croire que chaque citoyen soit au moins au niveau de clair­voyance d’un seul de ces « méchants » encyclopédistes.

    Mais le fait est que nous leur devons les idées ayant per­mis a levée du joug féo­dal et le refus de l’ex­pli­ca­tion du monde par des véri­tés « révé­lées » et bien d’autres choses encore.

    et bien enten­du, c’est la fin de ce monde féo­dal qui ouvre la voie à une nou­velle forme de la lutte des classes. dès la Révo­lu­tion ce conflit d’in­té­rêt s’im­pose comme la nou­velle fron­tière. La bour­geoi­sie patriote veut finir la révo­lu­tion le plus tôt pos­sible. Lameth, Bar­nave, Duport, affirment en 1790 : « La révo­lu­tion est faite ; le péril est de croire qu’elle n’est pas finie. »

    Dans le débat sur la révi­sion consti­tu­tion­nelle de l’année sui­vante Bar­nave com­bat les assem­blées pri­maires au nom du pou­voir repré­sen­ta­tif : « On rem­place le pou­voir repré­sen­ta­tif, le plus par­fait des gou­ver­ne­ments, par tout ce qu’il y a dans la nature de plus odieux, de plus sub­ver­sif, de plus nui­sible au peuple lui-même, l’exercice immé­diat de la sou­ve­rai­ne­té, la démo­cra­tie. » Il est on ne peut plus clair : « Le peuple est sou­ve­rain, mais dans le gou­ver­ne­ment repré­sen­ta­tif ses repré­sen­tants sont ses tuteurs, ses repré­sen­tants peuvent seuls agir pour lui, parce que son propre inté­rêt est presque tou­jours atta­ché à des véri­tés poli­tiques dont il ne peut pas avoir la connais­sance nette et profonde. »

    tu as donc ta réponse, voi­là un rous­seauiste qui n’ou­blie pas d’être Voltairien.

    M.Sigaut a le droit de faire une relec­ture de l’his­toire à sa sauce, ce sont des pro­cé­dés idéo­lo­giques habi­tuels, mais qu’elle ne le fasse pas en public en tant qu’  »his­to­rienne », c’est de l’im­pos­ture ou bien qu’on me donne le nom de son direc­teur de thèse…

    j’ai dit, mai 68 a ébran­lé son inté­gri­té psy­chique, elle s’est rac­cro­chée à des cer­ti­tudes et des cadres…j’invente rien, c’est elle qui en parle :
    http://​www​.ega​li​tee​tre​con​ci​lia​tion​.fr/​E​n​t​r​e​t​i​e​n​-​a​v​e​c​-​M​a​r​i​o​n​-​S​i​g​a​u​t​-​1​0​3​9​8​.​h​tml

    et en effet, n’es­père pas me convaincre que la laï­ci­té exis­tait avant les lumières, c’est ton droit de prendre pour argent comp­tant les tra­ves­tis­se­ment de l’his­toire par cette impos­teure, mais avoue que c’est gro­tesque (la laï­ci­té c’est la sépa­ra­tion des église et de l’E­tat, elle n’existe réel­le­ment que depuis 1905!) et la liber­té du culte non plus, ce n’est qu’en 1787 que louis XVI met fin aux per­sé­cu­tions, en 1680, Louis XIV lan­çait les dra­gon­nades et une cam­pagne de conver­sions for­cées, puis révoque l’é­dit de Nantes en 1685, don­nant lieu à des révoltes (les cami­sards des cévennes par exemple) et une émi­gra­tion mas­sive des pro­tes­tants, à tel point qu’à l’é­poque de Goethe, un tiers des ber­li­nois sont français..

    seul un esprit tor­du pour­rait être convain­cu que du vivant de Vol­taire il n’y avait aucun com­bat à mener, le royaume de France catho­lique un para­dis de tolé­rance : « À Abbe­ville, le 9 août 1765, on découvre en pleine ville, sur le Pont-Neuf, un cru­ci­fix de bois muti­lé. Une enquête est ouverte. Les soup­çons se portent sur un groupe de jeunes gens qui se sont fait remar­quer en ne se décou­vrant pas devant la pro­ces­sion du Saint-Sacre­ment, en chan­tant des chan­sons obs­cènes et en affec­tant de lire le Dic­tion­naire phi­lo­so­phique de Vol­taire. Deux s’enfuient. Le che­va­lier de La Barre, âgé de 19 ans, est condam­né à avoir la langue cou­pée, puis à être déca­pi­té et brû­lé. Le Par­le­ment de Paris confirme la sen­tence. L’exécution a lieu le 1er juillet 1766. Le Dic­tion­naire phi­lo­so­phique est brû­lé en même temps que le corps et la tête du condam­né. Vol­taire rédige l’exposé détaillé de l’affaire, fait res­sor­tir le scan­dale, pro­voque un revi­re­ment de l’opinion. Le juge d’Abbeville est révo­qué, les co-incul­pés acquit­tés. » (http://​fr​.wiki​pe​dia​.org/​w​i​k​i​/​V​o​l​t​a​ire)

    Pour dire n’im­porte quoi dans un pro­cès d’in­qui­si­tion pour un public cré­dule, M. Sigaut, n’au­ra pas la langue cou­pée, et c’est à des gens comme Vol­taire qu’elle le doit…c’est donc sans doute tout ce qu’il y a à sa décharge que l’his­toire retien­dra de Vol­taire, quand à Rous­seau, il savait lui-même que mal­gré leurs désac­cords, ils appar­te­naient au même mou­ve­ment et ce qu’il lui devait, c’est pour­quoi il lui écri­ra  » l’hommage que nous vous devons tous comme à notre chef ».

    pour se mettre d’ac­cord sur l’es­sen­tiel, encore faut-il ral­lu­mer la lumière.

    Réponse
  33. sitouaillain

    @ Mor­phéus,
    déso­lé pour les acouphènes…c’est donc cela, j’ai enfin com­pris pour­quoi tu réponds tou­jours à côté de la plaque…tu n’é­coutes en fait que ceux qui ne pointent pas les contra­dic­tions dans ce que tu dis…et pour toi un « ami » c’est quel­qu’un qui te laisse dire des choses fausses…

    en tout cas je te ras­sures, d’une je ne « joue » pas et de deux, c’est par la contra­dic­tion et la remise en cause per­ma­nente des idées que je pro­gresse, j’ai des amis qui savent décons­truire mes idées, qui savent débattre, il y en a de droite et de gauche et je sais leur don­ner rai­son quand j’ai tort.

    en véri­té, tu ne débats pas vrai­ment ici, tu cherches à avoir le des­sus, et comme tu n’en as pas les moyens, tu finis par déchar­ger ta frus­tra­tion avec des argu­ments ad hominem…

    mon entre­prise de des­truc­tion psy­chique et idéo­lo­gique est pleine d’a­mour, car quand on a des œillères à l’es­prit et des dogmes erro­nés pour pré­misses de pen­sée, on se condamne à aller de tra­vers… j’at­tends donc des autres qu’ils m’aident à mar­cher droit et je remer­cie ceux qui m’ont défri­ché la voie… à mon avis, c’est mal enga­gé pour que tu en fasse partie !

    Réponse
  34. Morpheus

    Tiens, mes oreilles recom­mencent à siffler …

    Réponse
  35. raphael

    @Morpheus :
    Vous avez rai­son, mer­ci de vos conseils. Ma foi, je m’at­ten­dais au résul­tat, mais vous savez ce que c’est, on veut tou­jours croire en l’homme.

    @sitouaillain
    « tu es de mau­vaise fois, elle est déjà venue ici nous faire son numé­ro du com­plot de Robes­pierre pour faire tra­vailler les enfants, je connais ses méthodes, et son sys­tème de pen­sée est limpide »

    Mer­ci pour moi, mais je vois pas bien le rap­port avec la bonne ou mau­vaise foi. Quant à son sys­tème de pen­sée, s’il est lim­pide, le vôtre n’en est pas moins lim­pide de vacui­té et, ne vous déplaise, suinte d’an­ti­clé­ri­ca­lisme tein­té du gau­chisme le plus basique qui soit ; mais comme vous le dites, c’est votre droit. Mais par pitié, assumez-le.

    « M.Sigaut a le droit de faire une relec­ture de l’his­toire à sa sauce, ce sont des pro­cé­dés idéo­lo­giques habi­tuels, mais qu’elle ne le fasse pas en public en tant qu’  »his­to­rienne », c’est de l’im­pos­ture ou bien qu’on me donne le nom de son direc­teur de thèse… »

    Dois-je com­prendre que vous ne sous­cri­vez pas l’i­dée de l’iségoria ?

    « j’ai dit, mai 68 a ébran­lé son inté­gri­té psy­chique, elle s’est rac­cro­chée à des cer­ti­tudes et des cadres… j’in­vente rien, c’est elle qui en parle : 
    http://​www​.ega​li​tee​tre​con​ci​lia​tion​.fr/​E​n​t​r​e​t​i​e​n​-​a​v​e​c​-​M​a​r​i​o​n​-​S​i​g​a​u​t​-​1​0​3​9​8​.​h​tml »

    Tara­ta­ta, vous avez dit qu’elle ne s’en était pas remise, alors que c’est tout le contraire. Vous me don­ne­rez l’a­dresse du fabri­cant de vos oreilles à filtre, ça peut tou­jours ser­vir. Tiens, d’ailleurs, si vous écou­tiez en entier les liens que vous citiez, vous sau­riez tout de ses diplômes d’his­toire, encore que, avec les filtres qui coiffe vos oreilles, qui sait ce que vous entendriez ?

    « Pour dire n’im­porte quoi dans un pro­cès d’in­qui­si­tion pour un public cré­dule, M. Sigaut, n’au­ra pas la langue cou­pée, et c’est à des gens comme Vol­taire qu’elle le doit… »

    C’est vrai : Vol­taire ne lui aurait pas cou­pé la langue, il l’au­rait juste fait exé­cu­ter, comme il a ten­té de le faire avec Rousseau.

    Et au fait, sur l’af­faire du che­va­lier de la Barre, qui n’est certes pas très relui­sante, mais qui est quand même bien dif­fé­rente de ce que vous pré­sen­tez, je vous conseille d’é­cou­ter Guille­min sur Vol­taire, qui explique cette affaire de manière moins par­tiale. Si, bien sûr, vous arri­vez à l’é­cou­ter plus de dix minutes mal­gré qu’il soit chré­tien catholique.

    Mais je me fais du mal, comme le dit Mor­pheus : je sais que mes chances de déclen­cher quelques réflexions construites dans votre cer­veau sont nulles, tant la chape de plomb qui le recouvre est épaisse.

    « pour se mettre d’ac­cord sur l’es­sen­tiel, encore faut-il ral­lu­mer la lumière. ». Vous savez, la lumière c’est aveu­glant ; aus­si, je vous laisse à vos démons, puis­siez-vous un jour chaus­ser des lunettes de soleil.

    Réponse
  36. raphael

    Ah par­don, j’a­vais pas lu le 33. Si mor­pheus a les oreilles qui sifflent, moi je me tiens les côtes quand vous par­lez d’ar­gu­ment ad homi­nen. J’i­ma­gine dans le cas de cette pauvre Marion Sigaut qui n’a plus toute son inté­gri­té psy­chique, on a le droit.

     » c’est par la contra­dic­tion et la remise en cause per­ma­nente des idées que je progresse »

    Per­met­tez-moi d’en douter.

    « j’ai des amis qui savent décons­truire mes idées, qui savent débattre, il y en a de droite et de gauche et je sais leur don­ner rai­son quand j’ai tort. »

    Ah oui, mais c’est cela ! Il faut d’a­bord être ami !

    Je ne pen­sais pas que vous pou­viez des­cendre encore plus bas. Pré­ve­nez moi quand vous tou­chez le fond.

    Réponse
  37. sitouaillain

    @ raphael, j’ai bien com­pris que pour être écou­té de toi i faut être de droite catho­lique, mais il se trouve, et c’est d’ailleurs pour­quoi ton com­men­taire 5 m’a­vais paru si peu sérieux,que ce n’est pas ma façon d’exa­mi­ner la parole d’au­trui, et que si je dis que M. Sigaut livre une inter­pré­ta­tion d’une his­to­rienne, sans doute bonne pour fouiller dans les archives, mais nulle en termes de démarche scientifique…ce qui n’est pas le cas d’Hen­ri Guillemin…ça n’est pas parce qu’elle est de droite et catho­lique mais parce que ça la conduit à dire n’im­porte quoi…car elle pra­tique de ce que Lucien Febvre nom­ma l’« ana­chro­nisme psy­cho­lo­gique » et n’est pas à la hau­teur de la tâche déli­cate de se mettre à la place des hommes d’au­tre­fois, car ceux-ci ne vivaient pas dans le même envi­ron­ne­ment cultu­rel et social que nous et ne pen­saient pas comme nous. D’où la néces­si­té d’une bonne connais­sance des sys­tèmes de repré­sen­ta­tion des gens de l’é­poque. je lui ai déjà fait remar­quer cela à pro­pos de la manière dont elle ren­dait compte du pro­jet de Le Pelletier.
    et ceci n’est qu’un aspect de ses erre­ments méthodologiques.

    le pro­blème ça n’est pas son sys­tème d’in­ter­pé­ta­tion, son sub­strat idéo­lo­gique, et je n’ai pas à le lui repro­cher en tant que tel, mais c’est son manque de ce qu’An­toine Prost appelle « dis­tan­cia­tion et impar­tia­li­té ». L’his­to­rien ou tout cher­cheur en science humaine (tu veux voir mes diplômes?!) doit faire preuve d’hon­nê­te­té intel­lec­tuelle. Concrè­te­ment, cela signi­fie de mettre entre paren­thèses ses propres opi­nions et ne pas taire les argu­ments contra­dic­toires. L’his­to­rien ne juge pas les phé­no­mènes et les per­son­nages his­to­riques (ceci est bon, ceci est mau­vais) mais essaie de les com­prendre. Com­prendre, ça n’est pas justifier.

    enfin, Marc Bloch disait « les causes en his­toire, pas plus qu’ailleurs, ne se pos­tulent. Elles se cherchent » ce qui veut dire qu’on doit por­ter atten­tion à notre pro­pen­sion à lire le moment étu­dié au regard du moment pré­sent, comme si à l’é­poque il était inévi­table que les choses se pour­suivent telles que nous le savons désormais..travers de l’a­na­lyse de M. Sigaut et ses rac­cour­cis sur le libéralisme.

    ai-je cité assez d’his­to­riens de renom de droite comme de gauche ? ou bien es-tu trop atta­ché à la « cau­tion scien­ti­fique » appor­tée à la jus­ti­fi­ca­tion de tes pré­sup­po­sés moraux ?

    Réponse
  38. raphael

    @Sitouhaillan

    Non je vous écoute, quoi qu’il arrive, même si mes oreilles saignent ; c’est d’ailleurs la dif­fé­rence entre nous. D’ailleurs, croyez-le ou non, je ne suis pas de droite (en même temps, cela n’a pas de sens) et même pas catho­lique. Seule­ment, j’ap­plique la rai­son et la logique à tous et a toutes, et à moi y com­pris, contrai­re­ment à vous (cf. par exemple la magis­trale accu­sa­tion ad homi­nem que vous employez sciem­ment, tout en la repro­chant à Morpheus).

    « .ça n’est pas parce qu’elle est de droite et catho­lique mais parce que ça la conduit à dire n’im­porte quoi…car elle pra­tique de ce que Lucien Febvre nom­ma l’« ana­chro­nisme psy­cho­lo­gique » et n’est pas à la hau­teur de la tâche déli­cate de se mettre à la place des hommes d’au­tre­fois, car ceux-ci ne vivaient pas dans le même envi­ron­ne­ment cultu­rel et social que nous et ne pen­saient pas comme nous. D’où la néces­si­té d’une bonne connais­sance des sys­tèmes de repré­sen­ta­tion des gens de l’é­poque. je lui ai déjà fait remar­quer cela à pro­pos de la manière dont elle ren­dait compte du pro­jet de Le Pel­le­tier. et ceci n’est qu’un aspect de ses erre­ments méthodologiques. »

    Ah tiens, à l’é­cou­ter pour­tant, elle explique très bien le voca­bu­laire uti­li­sé a l’é­poque, l’é­tat de la socié­té, l’é­tat d’es­prit, en fait à peu près tout ce que vous pou­vez lui repro­cher de ne pas expli­quer. Mais en même temps, je vous par­donne : vous n’a­vez pas vu la conférence.

    Com­ment prendre au sérieux un cri­tique de ciné­ma qui n’a vu que les dix pre­mières minutes du film et qui pond un roman à pro­pos de celui-ci ? Com­ment prendre au sérieux quel­qu’un qui ne relève même pas quand on lui pointe des contra­dic­tions fla­grantes ? Com­ment prendre au sérieux quel­qu’un qui n’ap­plique pas à lui-même les prin­cipes qu’il veut impo­ser aux autres ? Com­ment prendre au sérieux quel­qu’un qui au lieu de débattre d’i­dées, ne cherche qu’à se jus­ti­fier en citant quelques phrases gran­di­lo­quentes plu­tôt que du factuel ?

    Bon, je vous laisse les mots de la fin que vous ne man­que­rez pas d’ajouter.

    Réponse
  39. mic el

    Fina­le­ment la dif­fé­rence entre la droite et la gauche, c’est qu’une droite pas auto­ri­taire cela n’existe pas, alors qu’il existe une gauche non auto­ri­taire. C’est même de celle là qu’est issue toute la créa­ti­vi­té. Le nou­veau qui pousse à gauche et finit à droite…

    On peut en tirer l’équation sui­vante : dès que la gauche ne sait plus être remise en cause par sa base, c’est là qu’elle bas­cule à droite. Il en va évi­de­ment de même pour les sociales démo­cra­ties, qui sont de droites parce qu’elles sont deve­nues sourdes aux revendications.

    Mora­li­té, conti­nue de nous faire pro­fi­ter des mer­veilleuses idées que tu cultive Étienne, les auto­ri­taires ne pour­ront pas tou­jours avoir le der­nier mot !

    Et que cha­cun puisse voir dans quel sens il tire.

    Réponse
  40. J-Stéphane

    Juste pour info, si cela n’a pas déjà été mentionné.

    Si l’on se réfère aux lumières, je trouve cela, com­ment dire… surprenant.

    Éty­mo­lo­gie du nom de Lucifer.

    Luci­fer : Du latin, de lux, lucis « lumière » et ferre « por­ter », Donc nom don­né au por­teur de lumière.

    Réponse
  41. Morpheus

    @ J‑Stéphane

    Exact.

    Avance plus loin dans ton raisonnement.

    Luci­fer est le nom don­né à l’en­ne­mi de Dieu (ou l’ange déchu de Dieu) dans le mythe chrétien.

    Il est l’é­qui­valent de Pro­mé­thée dans la mytho­lo­gie païenne grecque.

    Allons plus loin. Que nous a appor­té la chré­tien­té ? (et plus lar­ge­ment, les mytho­lo­gies monothéistes ?)

    Que prêchent-elles ? Et que pra­tiquent-elles ? Où est la per­ver­sion (l’in­ver­sion de valeurs) ?

    …

    Dans l’A­po­ca­lypse de St-Jean, il y a un pas­sage qui dit que « la bête se dégui­se­ra en Ange de Lumière ».

    Dans un monde inver­tis – ou per­ver­tis (comme celui dans lequel nous sommes), cela signi­fie-t-il que l’Église est la Lumière ? Ou au contraire que c’est cette ins­ti­tu­tion et ses dogmes, ses lois, ses textes mani­pu­lés et contra­dic­toires, qui est « la bête dégui­sée en Ange de Lumière » ?

    Car dans un cas, alors l’âge des Lumières pour­rait bien être, en effet, celui de Luci­fer, étant enten­du que Luci­fer est effec­ti­ve­ment l’en­ne­mi de l’Église, cette ins­ti­tu­tion tra­ves­tie en Ange de Lumière…

    Si Luci­fer = Satan, sachant que Satan signi­fie « l’ac­cu­sa­teur, l’ad­ver­saire », et s’il est adver­saire du Dieu Unique (et de son Église), et si ce Dieu Unique est un usur­pa­teur (un faux dieu), alors Luci­fer = tous ceux et celles qui contestent les dogmes, les lois et les écrits de l’Église, et qui contestent et accusent le Dieu Unique d’être un usur­pa­teur. C’é­tait le mes­sage des gnos­tiques (gnose signi­fie « connais­sance »), qui ont été éli­mi­nés (phy­si­que­ment) par les chré­tiens dès le deuxième siècle de notre ère.

    Le Dieu Unique = Aton, le dieu du pha­raon héré­tique Akhenaton.

    Cor­dia­le­ment,
    Morpheus

    Réponse
  42. J-Stéphane

    Ça fait froid dans le dos ce que tu écris.

    À croire que nous n’arriverons jamais à nous libé­rer de ces dogmes et légendes.

    Il n’y a plus qu’à espé­rer que cela nous amuse, après nous avoir effrayés…

    🙁 😉

    Réponse
  43. mgz

    est ce que cette confé­rence été fil­mée, ça fait deux mois que j’attends 😉
    mercii

    Réponse
  44. Tien3112

    La confé­rence a été fil­mée, j’ai eu la chance de pou­voir y par­ti­ci­per. Je n’ai trou­vé aucune vidéo de cette confé­rence. a‑t-elle été produite ?

    Réponse
  45. Félix

    Bon­jour,

    Comme je le fais régu­liè­re­ment depuis fin novembre 2012, je viens de pas­ser 5 minutes à véri­fier si la vidéo de cette confé­rence avait enfin été pos­tée… Appa­rem­ment tou­jours pas.

    Je ne suis pas en train de me plaindre comme un ingrat, j’ai conscience que ça demande beau­coup de bou­lot et que les gens font ça gra­tui­te­ment. Je vou­lais juste, le cas échéant, les encou­ra­ger à finir le truc. Ce n’est pas trop tard, on attend tou­jours cette vidéo qui aura à n’en pas dou­ter une très bonne audience.

    Réponse
  46. Morpheus

    Ah oui, ça serait bien, ça 🙂

    Mor­pheus

    Réponse
  47. Étienne

    Bon­jour à tous.

    La vidéo de la confé­rence à deux voix évo­quée dans ce fil est dis­po­nible ici :

    https://​archive​.org/​d​e​t​a​i​l​s​/​E​t​i​e​n​n​e​C​h​o​u​a​r​d​M​a​r​i​o​n​S​i​g​aut

    On peut la télé­char­ger (il me semble qu’il vaut mieux le faire) : 
    clic droit « Enre­gis­trer la cible sous… » sur le chiffre 1.5GB Ogg Vidéo, en bas à droite.

    Ami­tiés à tous.

    Étienne.

    Réponse
  48. kawette

    @41 Satan, génie du malin, se cache der­rière le men­songe et la manipulation.
    Pour le faire tom­ber, révé­lons la véri­té toute nue, ain­si Satan n’au­ra plus de cachette, plus de force, il sera vomi, et dis­pa­raî­tra en fumée.

    Réponse
  49. Grumeau

    Super la confé­rence vidéo avec Marion Sigaut au for­mat Ogg Vidéo, un for­mat libre dans une licence libre (Public Domain Mark 1.0) !
    Dis­po­nible au télé­char­ge­ment sur les réseaux P2P en plus (Tor­rent).

    Par contre, il y a plu­sieurs pas­sages inau­dibles (ou très dif­fi­ci­le­ment) par exemple vers 1h20 et 2h26. C’est sou­vent quand c’est Etienne qui parle d’ailleurs 🙂

    Confé­rence très enri­chis­sante en tout cas (bien que je suis loin d’a­voir tout regar­dé encore).

    Ah, les Lumières, de vrais négriers semble-t-il en fait, chose dont je me dou­tais déjà suite à vos remarques et à d’autres lec­tures variées, mais peut-être pas autant.

    Réponse
  50. Ana Sailland

    Oups, je suis l’é­tu­diante près du radia­teur : Le texte était déjà retrans­crit en amont. Bah, il est assez riche pour méri­ter le doublon.

    Réponse

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