un billet Facebook bien intéressant, posté par Sylvain Rochex :
CASTORIADIS parle de la DÉMOCRATIE
Voici un extrait du livre : « La Cité et les Lois », un recueil de séminaires par Castoriadis (1983−1984).
Il faut, si l’on peut, lire TOUT Castoriadis. Il démonte point par point tous les enfumages sur les deux derniers siècles d’une part, mais aussi sur l’ensemble des 25 derniers siècles après la chute de la démocratie athénienne.
Tous les textes castoriadiens se recoupent entre eux. Celui que j’ai choisi ci-dessous offre un assez bon résumé de bon nombre de points. Et d’une manière générale, le livre « La Cité et les Lois » est en lui-même un bon résumé des autres.
Sylvain Rochex
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LA DÉMOCRATIE
Il s’agit du pouvoir du peuple et non celui de ses représentants – l’idée de représentation politique, spécifique de la société et de l’aliénation d’aujourd’hui, est là totalement absente ; ensuite, le peuple ne saurait être remplacé par les experts, qui sont certes reconnus comme tels dans leurs domaines respectifs, mais sans qu’ils puissent prétendre à une expertise politique générale, qui n’existe pas : il n’y a pas de science de la politique ou du gouvernement ; enfin, il s’agit bel et bien de la communauté politique et non d’un État au sens moderne du terme, séparé de la société, qui lui fait face et la gouverne.
Tout cela implique aussi que les membres de la communauté participent effectivement à l’activité politique. Non pas, bien-sûr, que 100% d’entre eux prennent part à tout instant aux délibérations ou aux décisions ; mais tout simplement qu’une majorité substantielle du peuple est présente et se manifeste activement chaque fois qu’il s’agit de délibérer et de décider. Cette participation n’est pas un droit abstrait, mais une pratique effective ; et elle n’est pas laissée au hasard ou au bon vouloir des citoyens. C’est toute la vie de la cité, toute l’éducation des citoyens, la paideia pros ta koina, l’éducation en vue des affaires communes, qui conditionne cette participation effective. Et cela est manifeste, dans la vie politique d’Athènes, pratiquement de la révolution de Clisthène à la fin de l’indépendance d’Athènes (bataille de Chéronée, domination macédonienne, etc.), c’est-à-dire à peu près pendant deux siècles. Parmi les composantes du dispositif qui rend possible cette pratique de la démocratie, il y a la création d’un espace public, (…), à savoir la publicité des affaires, par opposition radicale au secret – monarchique, étatique ou bureaucratique – (…), la création aussi d’un temps public, (…), par temps public, j’entends une mémoire qui, là encore, n’est pas la possession privée de prêtres, de fonctionnaires, du monarque ou d’une bureaucratie, mais est explicitement mise en commune et publiquement élaborée, (…).
Dès qu’il s’est institutionnalisé, le monde politique moderne, (…), a commencé par reconnaître les principes, les significations imaginaires politiques constitutives du monde grec, tout en affirmant que ces principes sont inapplicables dans les sociétés modernes. (…), il est absolument clair, en tout cas chez Ferguson, dans l’Essai sur la société civile, mais déjà avant chez Montesquieu, que la véritable démocratie signifie la participation de la communauté entière ; c’est évidemment aussi l’idée centrale de Rousseau. Et dans la mesure où une théorie libérale de la constitution politique s’élabore et prévaut à partir de la fin du XVIIIe siècle, elle s’appuie sur l’affirmation explicite de l’impossibilité de cette participation dans les sociétés contemporaine et sur l’acceptation de l’État comme distinct de la communauté politique, étranger à elle. (…) Cette philosophie politique se trouve face à une quadrature du cercle : on maintient un État séparé dont on essaie de limiter le pouvoir, on tient pour acquis que les citoyens ne peuvent ou ne veulent pas, sauf exception passagère, s’occuper des affaires publiques, et en même temps on prétend fonder là-dessus un régime qui se réclame de la souveraineté du peuple et qui se donne le nom de démocratie. On aboutit à l’autoorganisation de la société dite civile à travers le marché – la dimension essentielle de la société étant ici la dimension économique -, processus avec lequel la communauté politique devrait donc s’abstenir d’interférer.
La grande question de la démocratie, est de savoir qui fait la loi et comment. Autrement dit, dans le langage de Rousseau, qui est le souverain. Réponse évidente : le peuple ; c’est « nous » qui faisons la loi, et c’est dans ce « nous » qui se trouvent impliquées l’égalité, la liberté et la communauté comme réalité concrète sans laquelle ce « nous » ne serait pas. (…) C’est en ce sens que la démocratie grecque antique instaure vraiment l’autonomie : en disant que la loi est faite par nous et pour nous, et en définissant ce nous comme la collectivité des citoyens libres, adultes, mâles, etc. (…) Il y a donc là, (…) auto-institution explicite de la société. Ce qui, bien entendu, pose immédiatement le problème des limites de cette auto-institution. (…) Nous pouvons tout faire ; mais évidemment, nous ne devons pas tout faire : c’est la question de l’autolimitation. Y répondent, d’abord, un certain nombre d’institutions formelles, dont j’ai donné un exemple avec la graphè paranomôn. (…) Il y a un extraordinaire développement à Athènes de ce que nous appellerions le pouvoir judiciaire, qui n’est qu’une autre forme du pouvoir que le peuple exerce aussi à travers l’agora et l’Ekklèsia. Il y a aussi des institutions qui, sans être politique au sens strict, apparaissent comme une réponse à cette question de l’autolimitation, en particulier la tragédie.
Tout cela sera étouffé par la contre-révolution platonicienne, et par la constitution, à sa suite, d’une philosophie politique qui va s’édifier en opposition frontale avec ce qui avait été créé au cours du VIe et du Ve siècle (avant J.C.).
(…) Ce chœur de l’Antigone de Sophocle où il est dit explicitement que c’est l’homme lui-même (c’est-à-dire l’humanité) qui invente, crée, pose les lois qui constituent les cités. (…) C’est la communauté qui forme l’individu tel qu’il va devenir. On reconnaît l’idée de la paideia explicité par Aristote, mais qui est là bien avant lui, pratiquement depuis toujours. (…) polis andra didaskei, c’est la cité qui éduque l’homme, qui fait de lui un homme. (…) Chez les humains le nomos devient phusis, c’est-à-dire que leur nature, c’est ce qui leur a été imposé et inculqué par l’institution de la cité dans laquelle ils ont grandi.
(…) C’est bien évidemment à partir du moment où l’ont reconnaît, (…), cette autocréation de l’humanité, autoconstituante et auto-instituante, que la question du nomos et de la doxa surgit avec toute sa profondeur. Il n’y a plus lieu, alors, de penser à une naturalité ou à une quelconque origine divine ou transcendante des dispositions qui règlent la vie sociale des êtres humains : tout cela, c’est du nomos ; et quant aux vues de ces mêmes humains sur le monde, c’est de la doxa, de l’opinion.
Cornelius Castoriadis

1)
« Il suffit de répéter le message. Et d’être patient. »
La faillite de la gauche américaine
(27÷10÷2012, Olivier Pascal-Moussellard, Télérama n°3276)
Des mineurs de Virginie-Occidentale aux Indignés de Manhattan, le peuple américain se sent lâché. Obama n’a pas eu le cran de s’attaquer aux lobbies de la finance (…)
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2)
La compétitivité, ou la loi des multinationales
(30÷10÷12, dessousdebruxelles.ellynn.fr, Frédéric Lemaire)
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3)
« Un petit groupe de personnages puissants se lance dans des pratiques illégales, puis fait adopter les lois nécessaires à leur légalisation avant de s’offrir une amnistie et il ne se trouve pas un média pour en parler. »
« A l’heure où j’écris ces lignes, le monde entier commente les aventures d’un magazine indépendant, Hot Doc, dont je suis l’éditeur. Mon arrestation, suite à la publication d’une liste de détenteurs présumés de comptes en Suisse, a provoqué un tollé. Mais pas dans les médias grecs. »
« Il y a quelques mois, l’agence Reuters et la presse britannique ont révélé plusieurs scandales impliquant des banques grecques. Les médias nationaux n’en ont rien dit. Les pages où l’on aurait dû lire les détails de ces affaires étaient occupées par des publicités payées par ceux-là mêmes qui ont conduit les banques grecques à la ruine. »
Pourquoi j’ai publié la liste Lagarde
(31 octobre 2012, The Guardian Londres, Kostas Vaxevanis, presseurop.eu)
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4)
La démocratie participative absorbée par le système politique local
(Rémi Lefebvre, 29/10/2012, metropolitiques.eu)
salut
Je suis un citoyen tunisien.
Je collabore avec mes amis français, grecs et autres au site
http://www.magmaweb.fr/spip/
vous êtes le bienvenue
Sammoura, j’ai découvert enthousiaste votre site collectif récemment et en ai fait le relais chez Étienne, l’accueillant. C’est ici, à l’occasion du premier gros billet du plan C (comme Citoyen) sur ce penseur de l’avenir qui respire enfin (commentaire 36).
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2012/08/09/242-chris-marker-cornelius-castoriadis-une-lecon-de-democratie
Ceci, que je n’ai pas mis en ligne s’avère juteux comme un fruit d’automne :
http://search.atomz.com/search/?sp_a=sp10044108&sp_q=castoriadis&sp_p=all&sp_f=ISO-8859–15
Bienvenue à votre tour !
Je suis personnellement en lecture de Castoriadis, avec splendeur. Je veille (au feu et jusque tard) en ce moment avec L’institution imaginaire de la société. Savoureuse et constructive critique du marxisme, pour commencer…
Ce que ma formation (merci à tous mes profs) et mon métier d’architecte (non merci à la société en déroute et castratrice pour ne pas dire pleine de haine) m’a permis d’entrevoir (avec aplomb), ce que mes recherches actuelles en permaculture déploient avec bonheur y trouvent affirmation, prolongation, profondeur, érudition. Cela ressemble à la liberté, sans connotation individualiste, cela vibre à l’unisson de la vie, d’un potentiel formel (plastique) indéfini et ouvert (ce qui n’exclut ni contrainte, ni limite, of course, et à mes yeux).
« Lire TOUT Castoriadis » ? Oui, cela se profile. Trouver aussi des analyses critiques solides de son œuvre, car emballée comme je le suis, et face à l’inertie réflexive que j’observe en chacun face au fonctionnement social et qui me désespère parfois (pourquoi tant d’obstination à se rendre malheureux et soumis) je ne suis pas certaine de trouver la distance clairvoyante face à cette pensée aussi océanique qu »incisive.
Nota cerise : de mémoire (et donc mal écrit), d’avoir parcouru du Glenmor, ce week-end (salon de Carhaix de l’édition bretonne / plutôt déçue du ronron – Gérard Gautier cependant : « blanc c’est exprimé » / ancien élu, en a vu…). Glenmor, donc : Vivre est commun, quant à ÊTRE ? Et à ceux qui se plaignent de ne pas recevoir, qu’ont-ils donné ? Lire aussi Glenmor ! (celui qui, Breton universel, railla avec superbe la nation française d’avoir instauré la carte d’identité, selon les mots affectueux de Léo Ferré), et lire Lewis MUMFORD ! (même si je constate que conseiller lecture vaut bien souvent pisser dans un violon). Je remercie donc Etienne de tout ce qu’il conseille et m’a donné. Mille soutiens au bloggeur en titre et qui ne s’arrête plus jamais, même si je tique sur « les meilleurs », encore et toujours… C’est qui ?).
Salut à tous, gonflons nos voiles.
Bonsoir ,
Avez vous lu « Utopia » de Thomas More ? ou son œuvre ?
extrait : Critique de la société
« N’est-elle pas inique et ingrate la société qui prodigue tant de biens (…) à des joailliers, à des oisifs, ou à ces artisans de luxe qui ne savent que flatter et asservir des voluptés frivoles quand, d’autre part, elle n’a ni coeur ni souci pour le laboureur, le charbonnier, le manoeuvre, le charretier, l’ouvrier, sans lesquels il n’existerait pas de société. Dans son cruel égoïsme, elle abuse de la vigueur de leur jeunesse pour tirer d’eux le plus de travail et de profit ; et dès qu’ils faiblissent sous le poids de l’âge ou de la maladie (…), elle oublie leurs nombreuses veilles, leurs nombreux et importants services, elle les récompense en les laissant mourir de faim. (…) En Utopie, au contraire où tout appartient à tous, personne ne peut manquer de rien, une fois que les greniers publics sont remplis. Car la fortune de l’État n’est jamais injustement distribuée en ce pays. L’on n’y voit ni pauvre ni mendiant et quoique personne n’ait rien à soi, cependant tout le monde est riche. Est-il en effet de plus belle richesse que de vivre joyeux et tranquille sans inquiétude ni souci ? Est-il un sort plus heureux que celui de ne pas trembler pour son existence ? »
bonne lecture
philippe
Gracchus Babeuf et la conjuration des égaux
Bonjour
la discussion entre Kris Marker et Castoriadis
a été transcrite, elle est disponible sur cette page :
http://palimpsestes.fr/quinquennat/videos/castoriadis/CastoriadisChrisMarker.pdf