26 octobre 2012 : après-midi d’échanges avec poli​to​scope​.tv

19/10/2012 | 37 commentaires

26 octobre 2012, à Paris :
après-midi d’é­changes avec poli​to​scope​.tv

J’ai ren­con­tré Fabrice Épel­boin à Mont­pel­lier cet été, à l’oc­ca­sion des Ren­contres de Pétrarque, et j’ai décou­vert un bon­homme pas­sion­nant. On a pas­sé un bon moment, et on s’est dit qu’il fal­lait faire quelque chose ensemble : ça se précise 🙂

La semaine pro­chaine, le 25 octobre, je viens à Paris pour enre­gis­trer un échange avec deux per­sonnes dont je trouve le tra­vail admi­rable : Yves Sin­to­mer et Jacques Tes­tart, deux brillants défen­seurs du tirage au sort.

Le len­de­main, ven­dre­di 26 octobre, pro­fi­tant de cette occa­sion d’être à Paris, je retrouve Fabrice et ses amis pour une après-midi d’é­changes mémorisés/diffusés par Poli​to​scope​.tv :

http://politoscope.tv/event/67/libertes-et-devoirs-numeriques/politique‑s–2.0/politoscope.tv-recoit-etienne-chouard

C’est encore une occa­sion de ren­con­trer ceux par­mi vous que je ne vois (presque) jamais pour-de-vrai ; je m’en réjouis d’avance 🙂

On pour­rait d’ailleurs essayer d’or­ga­ni­ser « une ren­contre infor­melle des gen­tils virus pari­siens », non ? Le 24 en fin d’a­près-midi ? À moi de venir assez tôt (la grève pré­vue le 25 m’o­blige à avan­cer mon voyage). Je vous en reparle si ça se confirme 🙂

Étienne.

[Mise à jour 31 octobre 2012 => le film de cette émis­sion est sorti :]

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37 Commentaires

  1. Mad

    Bon­jour Etienne ! :o)

    Savez-vous si il sera pos­sible de regar­der l’é­mis­sion après l’enregistrement ?

    En tout cas on peut dire que vous ne chô­mez pas en ce moment ! Mais ça fait plai­sir à tous les gen­tils virus. Essayez tout de même de vous ména­gez :o)

    Bon week-end !

    Réponse
  2. Takerwilliam

    Bon­jour M Chouard, Je suis abso­lu­ment ravi de vous savoir bien­tôt sur Paris. J’i­ma­gine qu’on sera très nombreux !

    Mer­ci pour votre humi­li­té et votre obs­ti­na­tion. Notam­ment au cours des confé­rences de l’U­PR où vous n’a­vez pas été très sol­li­ci­té mais avez dit l’essentiel.

    Réponse
  3. AlainR

    Une Consti­tu­tion pour chan­ger d’Islande ? (Silla Sigur­geirsdót­tir et Robert Wade, jeu­di 18 octobre 2012, monde​-diplo​ma​tique​.fr)

    Le 20 octobre, les Islan­dais vote­ront pour adop­ter ou reje­ter la nou­velle Consti­tu­tion qu’ils pré­parent depuis deux ans (…)

    Le pro­jet sur lequel les élec­teurs auront à se pro­non­cer dans quelques jours a été conçu à l’écart de toutes les struc­tures poli­tiques conven­tion­nelles, sous la super­vi­sion d’un conseil de vingt-cinq repré­sen­tants de la socié­té civile élus lors de scru­tins ouverts.

    (…) un son­dage révé­lait récem­ment que neuf Islan­dais sur dix n’accordent aucune confiance à leur Parlement.

    Dans un tel contexte, le réfé­ren­dum n’a ces­sé de sou­le­ver la contro­verse et ses détrac­teurs sont nom­breux.

    Dans le camp de la droite, le Par­ti de l’indépendance, qui domine la scène poli­tique et le Par­ti du pro­grès, plus modeste, se sont farou­che­ment oppo­sés au pro­jet dès ses pré­mices. Rien de vrai­ment sur­pre­nant : les deux for­ma­tions ont lar­ge­ment béné­fi­cié du sys­tème. L’une et l’autre ont exer­cé le pou­voir sans dis­con­ti­nuer de 1926 à 2009, sou­vent ensemble, au sein de gou­ver­ne­ments de coalition.

    L’hostilité des avo­cats n’étonne pas non plus : issus des rangs de la facul­té de droit de l’Université d’Islande, ils entre­tiennent des liens étroits avec les milieux poli­tiques et consi­dèrent en outre que la réforme consti­tu­tion­nelle relève de ques­tions pure­ment juri­diques sur les­quelles il revient à eux seuls de trancher.

    La prise de dis­tance du gou­ver­ne­ment actuel inter­pelle davan­tage. A l’initiative du pro­jet, dès son arri­vée aux affaires en jan­vier 2009, la coa­li­tion de l’Alliance social-démo­crate et du Mou­ve­ment des verts de gauche semble désor­mais contra­riée par ses retom­bées (…)

    (…
    des­crip­tion des conflits d’in­té­rêts et de la cor­rup­tion public / pri­vé
    …)

    Un échan­tillon de mille per­sonnes, sélec­tion­nées au hasard dans la limite des contraintes d’âge, de sexe et de répar­ti­tion ter­ri­to­riale, a plan­ché pen­dant une jour­née sur les contours et la mise en œuvre du pro­jet. Il est res­sor­ti de ce forum que le texte devrait être sou­mis à réfé­ren­dum (et non pas confi­né au Par­le­ment), et que les citoyens devraient être par­tie pre­nante du processus (…)

    Preuve de l’intérêt sus­ci­té par la démarche, en novembre 2010, les élec­tions géné­rales orga­ni­sées en vue d’élire la Consti­tuante ont atti­ré plus de cinq cents can­di­dats (…)

    Les tra­vaux ont ain­si com­men­cé le 1er avril 2010 pour s’achever quatre mois plus tard, en juillet. Durant toute la durée des consul­ta­tions, les inter­ac­tions avec le grand public ont été nom­breuses. Des pro­jets d’articles étaient régu­liè­re­ment mis en ligne sur le site du Conseil et ouverts aux com­men­taires. Face­book et Twit­ter ont éga­le­ment été lar­ge­ment uti­li­sés. Les réunions étaient à la fois ouvertes au public et retrans­mises en direct sur les réseaux sociaux. Au terme de ce long pro­ces­sus, le Conseil a voté à l’unanimité la pré­sen­ta­tion du pro­jet à la nation et au Parlement.

    La loi pro­po­sée aux suf­frages vise à faire évo­luer l’Etat islan­dais vers un par­le­men­ta­risme ratio­na­li­sé s’apparentant au modèle en vigueur au Cana­da, en Alle­magne, en Ita­lie, en Inde ou encore au Japon (…)

    La réflexion s’est arti­cu­lée autour des grands thèmes fon­da­men­taux que sont la sépa­ra­tion et l’équilibre des pou­voirs, le ren­for­ce­ment des méca­nismes de contrôle de l’Etat et la par­ti­ci­pa­tion citoyenne. Ces pré­oc­cu­pa­tions ont ins­pi­ré les dif­fé­rents articles sur la liber­té d’informer, la liber­té des médias, les nomi­na­tions dans la fonc­tion publique, l’indépendance des prin­ci­pales agences gou­ver­ne­men­tales, et le rôle du président.

    Le Conseil a aus­si sou­hai­té inté­grer une dimen­sion envi­ron­ne­men­tale, en intro­dui­sant la notion de pro­tec­tion des res­sources natio­nales, appli­quée notam­ment à la pêche, la géo­ther­mie et l’industrie minière. Le nou­veau texte com­prend une injonc­tion à uti­li­ser les res­sources publiques au pro­fit de la nation et non plus de l’Etat et sti­pule que ceux qui tirent béné­fice du bien com­mun devront en contre­par­tie rever­ser leur dû à la collectivité (…)

    En admet­tant qu’une majo­ri­té de votants approuve le pro­jet de Consti­tu­tion le 20 octobre, le texte devra encore être rati­fié par le Par­le­ment, ce qui, dans le contexte actuel, paraît probable.

    Cepen­dant, de nom­breux obs­tacles demeurent.

    Le Par­ti de l’indépendance fait cam­pagne pour inci­ter les élec­teurs à res­ter chez eux dans l’espoir qu’une faible par­ti­ci­pa­tion inva­lide le scru­tin. Si, comme cela est pro­nos­ti­qué, ce Par­ti devait reve­nir aux affaires après les élec­tions du prin­temps 2013, il y a fort à parier qu’il trou­ve­rait de nou­veaux moyens de sabo­ter le pro­jet, de manière directe ou en recou­rant à la Cour suprême. Le risque est grand en effet que son fonc­tion­ne­ment, fon­dé sur le clien­té­lisme et le népo­tisme, ne soit tota­le­ment ébran­lé par la sépa­ra­tion réelle des pouvoirs.

    Le Pré­sident Óla­fur Ragnar Grim­sson, qui a été réélu pour la cin­quième fois consé­cu­tive en juillet 2012 avec une majo­ri­té de 52 % et débute un nou­veau man­dat de quatre ans, pour­rait aus­si pré­fé­rer conser­ver un texte dont le manque de clar­té lui a per­mis de faire évo­luer sa fonc­tion vers un inter­ven­tion­nisme qu’aucun de ses pré­dé­ces­seurs ne s’était auto­ri­sé. Par trois fois, il s’est ain­si refu­sé à enté­ri­ner des lois votées par le Par­le­ment, pré­fé­rant convo­quer un réfé­ren­dum. Du jamais vu dans l’histoire du pays. Ancien pro­fes­seur de sciences poli­tiques, le Pré­sident Grim­sson excelle dans l’art de la rhé­to­rique. Il n’a ces­sé de tirer le signal d’alarme et de mettre en garde l’opinion contre les dan­gers liés d’une part à la réduc­tion de ses pré­ro­ga­tives, et d’autre part à l’institution d’un droit au réfé­ren­dum d’initiative citoyenne dès lors qu’il serait deman­dé par 10 % du corps électoral.

    Alors que la date du scru­tin approche, de nom­breux par­le­men­taires, en par­ti­cu­lier dans les rangs du Par­ti de l’indépendance ou du Par­ti du pro­grès, montent au cré­neau pour expri­mer ouver­te­ment leur opposition.

    Un ancien pro­fes­seur de droit, désor­mais juge à la Cour suprême, ana­lyse ain­si ce com­por­te­ment : « Le pou­voir a per­mis aux ministres et plus encore aux res­pon­sables des par­tis poli­tiques de conso­li­der leurs posi­tions. Consciem­ment ou incons­ciem­ment, ils n’ont pas envie que le sys­tème change. »

    Dans le cas d’un franc suc­cès du réfé­ren­dum, il fau­dra obser­ver les réac­tions du pré­sident et de l’ensemble de la classe poli­tique islan­daise, car celles-ci ne devraient pas man­quer d’intérêt.

    Réponse
  4. Alain Guillou

    J’es­père qu’on ne va pas prendre ce que j’é­cris « au pre­mier degré »…

    Si je dis à Étienne :« Dis-moi quel est ton emploi du temps et je te dirai qui tu es »…

    je veux poser la ques­tion fon­da­men­tale qui situe selon moi l’en­jeu « démo­cra­tie véri­table » de tout « dis­po­si­tif consti­tu­tion­nel » : L’a­ma­teur Chouard aurait-il un emploi du temps « poli­tique » de pro­fes­sion­nel ? En tous cas il com­mence à en mener le « train d’en­fer » : com­ment fait-il donc pour « s’en sor­tir », sans indem­ni­tés, sans ceci sans cela et sur­tout sans che­villes qui enflent ni our­sins sous les bras ? chapeau ! 

    il y a tou­jours « in fine » un para­doxe dès que l’on veut « concré­ti­ser » une pure théo­rie ! Donc le tirage au sort peut « lui aus­si », faire cou­rir le risque de lais­ser encore plus de citoyens ordi­naires dor­mir sur leurs deux oreilles (ce sont des jurés tirés au sort qui envoyaient à la guillo­tine… tan­dis qu’un homme de par­ti-le socia­liste BADINTER- gagna les consciences contre la peine de mort : même celle d’une Marion en bénéficie !). 

    Si le peuple dort, on aura beau tirer au sort des dor­meurs, rien ne chan­ge­ra, par contre s’il est empê­ché par les « agi­ta­teurs par­ti­sans », alors le tirage au sort ser­vi­ra non seule­ment le pur jus « du peuple tel quel » mais aus­si la pulpe de l’a­gi­ta­tion démo­cra­tique démocratie. 

    Les hor­ribles par­tis reflets de la diver­si­té sociale (défor­mé) sont néces­saires pour que les tym­pans des gens tirés au sort ne soient pas exclu­si­ve­ment cares­sés par les sirènes dou­ce­reuses des lob­bies…« investisseurs » !

    J’es­père qu’il n’y aura pas trop de « sur­en­det­tés » par­mi eux, ce qui n’est pas évident vu qu’au­cun échan­tillon digne de signi­fi­ca­tion ne sera épar­gné par ce fléau qui conta­mine notre population…
    Il ne faut donc pas deve­nir des « inté­gristes » fut-ce d’une excel­lente « reli­gion », celle du tirage au sort : tout dépend de tout ! la meilleure défense du tirage au sort ne consiste pas à l’op­po­ser à toutes les autres ten­ta­tives d’a­mé­lio­rer la démo­cra­tie, et à accep­ter l’hy­po­thèse hybride : je ne parle pas de « juste milieu gnan-gnan », mais de confron­ta­tion dyna­mique, d’ex­pé­ri­men­ta­tions locales, hybrides, nom­breuses et ins­truc­tives en visant la mobi­li­sa­tion poli­tique des consciences « défa­ti­guées de la poli­tique » et donc pro­gres­si­ve­ment éman­ci­pée contre « la délé­ga­tion de pou­voir » : ne délé­guons-nous pas tout à Étienne, qui court de plus en plus comme un vrai député ? 

    si on veut « en impo­ser »…On doit tous cou­rir comme de vrais dépu­tés, y com­pris dans ces « hor­ribles par­tis et asso­cia­tions » exis­tants, fina­le­ment ni tout noirs, ni tout blancs…
    cela dépend de « NOUS » ! nous devons entrer dans les dis­po­si­tifs exis­tants pour les sub­ver­tir res­pec­tueu­se­ment, et pour « inté­res­ser les gens à la chose publique ». 

    Si De Gaulle a été conduit à pen­ser « ce sont des veaux », c’est deve­nu vrai : tirer au sort des veaux don­ne­ra une assem­blée de veaux, sauf si « nous » met­tons en route un bouillon­ne­ment de débats démo­cra­tiques partout…

    À condi­tion de ne pas voir à prio­ri les veaux ou les mou­tons exclu­si­ve­ment dans les partis !

    Ami­ca­le­ment.

    Réponse
  5. Étienne

    Mer­ci Alain, 

    Je suis d’ac­cord avec ce que tu dis (et la plu­part de mes pré­fé­rences actuelles vont plu­tôt vers une amé­lio­ra­tion — très sub­stan­tielle — du gou­ver­ne­ment repré­sen­ta­tif, plu­tôt que vers un chan­ge­ment radi­cal inté­gral). Mais je ne suis pas du tout pro­fes­sion­nel (ce truc me ruine) : je fais ce que je peux, dans le sens qui me paraît le moins inutile (pour l’ins­tant). Et je ne compte « sau­ver » per­sonne, évi­dem­ment. Je fais ce que je peux, voi­là, tout tient là-dedans.

    Et ça donne, en ce moment, une vie de fou.

    Bon, demain, je dois me lever à 3 h, pour être à 5 h à Marignane. 
    Bonne nuit à tous. Je vous laisse les clefs, faites comme chez vous ; soyez sages 🙂

    Bien ami­ca­le­ment.

    Étienne.

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  6. sitouaillain

    ici, et grace à cha­cun, on s’ho­nore du titre de citoyen.

    mer­ci à tous,bravo Alain de rap­pe­ler l’es­sen­tiel et Etienne de faire de ton mieux, c’est ce que nous fai­sons tous

    et un petit hom­mage de plus à Castoriadis :

    http://​refrac​tions​.plus​loin​.org/​s​p​i​p​.​p​h​p​?​a​r​t​i​c​l​e​266

    et pour aller dans le sens de l’im­per­ti­nence d’A­lain un aper­çu de l’in­tran­si­geance de la socio­lo­gie : « rétri­bu­tions du mili­tan­tisme et para­doxes de l’ac­tion col­lec­tive », un clas­sique ou l’on s’arme théo­ri­que­ment pour com­prendre pour­quoi une assem­blée consti­tuante « dés­in­té­res­sée » n’exis­te­ra jamais, car même les plus dés­in­té­res­sés savent trou­ver rétri­bu­tion (hon­ni soit qui mal y pense) : 
    http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/j.1662–6370.2005.tb00051.x/pdf

    Réponse
  7. Tibo

    « une ren­contre infor­melle des gen­tils virus parisiens »
    Je ne suis pas pari­sien, mais j’en suis quand même pour cette rencontre 🙂
    En atten­dant des infos, bon week à tous.

    Réponse
  8. Disjecta

    Un article qui peut don­ner quelques idées et qui semble démon­trer que Cuba se rap­proche de la vision de la démo­cra­tie que l’on par­tage ici (c’est dit sans aucune ironie).

    On ne sera pas trop sur­pris d’y trou­ver cité Rousseau.

    C’est sur le Grand Soir, ici.

    Réponse
  9. AlainR

    @ Dis­jec­ta, mer­ci pour le lien : « S’il y a une chose qui abonde à Cuba, c’est bien les élec­tions » (Jila­ta Mar­ka, 20 octobre 2012, legrand​soir​.info)

    Il y est ques­tion du pro­ces­sus élec­to­ral dans un pays où il n’y a qu’un seul par­ti poli­tique, et cepen­dant, où l’on vote régu­liè­re­ment. Pas de par­ti puis­qu’il n’y en a qu’un seul, mais tout de même des élus : dommage …

    Je ne crois pas à une élec­tion sans par­ti. Dès lors qu’il y a une élec­tion, plus le pou­voir de l’é­lu sera impor­tant, plus les can­di­dats se feront aider durant la cam­pagne par un réseau de sou­tiens inté­res­sés qui auront à coeur, une fois le can­di­dat élu, d’être rem­bour­sés de leur inves­tis­se­ment en temps, en éner­gie et en moyens, ce qui est bien compréhensible !

    Donc s’il y a élec­tion, il y a natu­rel­le­ment néces­si­té de par­tis : l’un ne va pas sans l’autre. Des par­tis offi­ciels (comme en France actuel­le­ment) ou des réseaux de sou­tiens orga­ni­sés pour faire la pro­mo­tion d’un can­di­dat et abou­tir à sa vic­toire. Plus une élec­tion porte sur un man­dat puis­sant, plus elle est régu­liè­re­ment orga­ni­sée, et plus elle va atti­rer des par­tis ou des réseaux de sou­tiens nom­breux, orga­ni­sés, finan­cés et efficaces.

    Que ce soit Cuba (par­ti unique) ou l’Is­lande (élec­tion des consti­tuants), je ne crois pas à une élec­tion sans par­tis, sans que les can­di­dats ne cherchent à orga­ni­ser autour d’eux une dyna­mique de sou­tiens la plus effi­cace pos­sible, que ce soit sous la forme d’une struc­ture offi­cielle (par­ti, asso­cia­tion …) ou non (simple réseau de contacts). Pour môa, c’est du pareil au même : c’est la logique par­ti­sane inévi­ta­ble­ment mise en place dès qu’une élec­tion se prépare.

    À Cuba, nous sommes, depuis déjà plu­sieurs semaines, dans un pro­ces­sus qui per­met, aux gens de por­ter à la can­di­da­ture, grâce à leur vote, la per­sonne de son choix (…) ils ont pu par­ti­ci­per à ce que l’on appelle les assem­blées de nomi­na­tion ou de pos­tu­la­tion des can­di­dats. Le 21 octobre, les citoyens sont convo­qués aux urnes pour opter entre les dif­fé­rents can­di­dats qu’ils ont eux-mêmes choi­si. Les can­di­dats sont élus et non pas dési­gnés. Ils ne sont pas sur les listes sur déci­sion d’un appa­reil (…) le choix se fait durant les assem­blées orga­ni­sées dans tous les quar­tiers, par exemple, par un voi­sin qui lève la main pour pro­po­ser quelqu’un qu’il consi­dère le plus repré­sen­ta­tif, ou bien pour pos­tu­ler lui-même (…)

    Je suis très scep­tique par rap­port à cette inno­cence … Je suis per­sua­dé que la logique par­ti­sane s’im­pose aus­si dans ces assem­blées citoyennes. Un can­di­dat qui ne ferait pas tout pour être sou­te­nu par un col­lec­tif par­ti­san per­drait son temps.

    Rous­seau, c’est la démo­cra­tie directe, dans laquelle l’élu dépend des élec­teurs et non celle où il confisque leur repré­sen­ta­tion ?

    Non, dans la démo­cra­tie directe, il n’y a aucun élu, point barre.

    Je crois bien davan­tage à une absence totale d’é­lec­tion, donc de par­ti au sens de col­lec­tif orga­ni­sé pour élire une per­sonne, et plu­tôt à une mul­ti­tude de groupes de pres­sion orga­ni­sés en col­lec­tifs sou­te­nant des idées et des causes, argu­men­tant et contre-argu­men­tant grâce à inter­net. Nous n’en sommes peut-être pas si loin, à condi­tion que les élus, par­tis, oli­garques, aris­to­crates, édi­to­crates … bref, tous les puis­sants cher­chant à conser­ver leur pou­voir n’ar­rivent pas à éli­mi­ner les Etienne Chouard d’i­ci là.

    400 mil­lions de solu­tion­neurs … et moi et moi et moi (Brice Aucken­tha­ler et Adrien Senez, 18/10/2012, e‑marketing.fr)

    (…) Satya­mev Jayate – l’un des pro­grammes télé­vi­sés indiens les plus popu­laires – dont le nom en sans­krit, qui est la devise de l’Inde, signi­fie « seule la véri­té triomphe » – (est) un docu­men­taire qui aborde sans ambages les sujets les plus sen­sibles de la socié­té indienne : fœti­cide fémi­nin, dis­cri­mi­na­tion de caste, crise de l’eau, mariages for­cés, mal­trai­tance des mineurs, digni­té humaine …

    Il per­met à tout le pays ain­si qu’à un par­terre d’ex­perts de s’exprimer sur ces sujets et de réflé­chir à des solutions.
    Et les résul­tats de ce crowd­stor­ming géant sont impres­sion­nants : les 13 épi­sodes de la pre­mière sai­son de Satya­mev Jayate ont per­mis de recueillir plus de 14 mil­lions de réac­tions pro­ve­nant de plus de 8 mil­lions de per­sonnes sur plu­sieurs pla­te­formes (sms, mes­sages vocaux, Face­book, Twit­ter, site inter­net de l’émission).

    Toutes ces don­nées sont agré­gées et ana­ly­sées par la pro­duc­tion grâce à un sys­tème de Big Data qui lui per­met d’é­la­bo­rer des scé­na­rios du futur et de pous­ser les poli­tiques au changement.

    Gros chiffres, gros impact, toutes ces réac­tions ont une influence mani­feste, tant sur l’émission que sur le pays : après le pre­mier épi­sode sur le fœti­cide fémi­nin, 99,8% des télé­spec­ta­teurs se sont pro­non­cés en faveur d’un sys­tème de com­pa­ru­tion immé­diate pour les méde­cins qui le pra­tiquent et le gou­ver­ne­ment indien a conve­nu presque immé­dia­te­ment de la néces­si­té de modi­fier en consé­quence le sys­tème judi­ciaire.

    (…) Satya­mev Jayate nous montre que le crowd­stor­ming peut être conduit avec suc­cès sur des échan­tillons de popu­la­tion déme­su­rés, dès lors que les pro­blèmes à résoudre sont bien posés, les ani­ma­teurs enthou­siastes, les par­ti­ci­pants socia­le­ment impli­qués et que l’on dis­pose d’un sys­tème de Big Data à même de trai­ter cette masse d’in­for­ma­tion.

    Réponse
  10. AlainR

    Une dif­fé­rence entre Cuba et Athènes me semble être le sta­tut de la per­sonne char­gée d’exé­cu­ter un man­dat popu­laire : Athènes confiait cette tâche à des tirés au sort tan­dis que Cuba semble le faire à des élus d’as­sem­blées citoyennes. Dans les deux cas, l’exé­cu­tif est sous contrôle et révocable.

    Selon môa, la meilleure solu­tion reste celle d’A­thènes car le tiré au sort n’au­ra tis­sé aucun lien durant une quel­conque cam­pagne, ne pour­ra cher­cher à main­te­nir une popu­la­ri­té ni se pré­va­loir d’une quel­conque légi­ti­mi­té majoritaire.

    A Cuba, même s’il est prou­vé qu’un élu a été mal­hon­nête durant la réa­li­sa­tion de son man­dat, j’ai beau­coup de mal à ima­gi­ner qu’il puisse être sanc­tion­né s’il conti­nue de se pré­va­loir d’une popu­la­ri­té majo­ri­taire. On connaît cette situa­tion en France …

    Le tiré au sort, lui, est au même niveau de popu­la­ri­té que tout citoyen : il n’y a stric­te­ment aucune dyna­mique rela­tion­nelle autour de lui, il est aus­si iso­lé que n’im­porte qui, ce qui le rend effec­ti­ve­ment contrô­lable et révocable.

    Réponse
  11. AlainR

    Com­ment la belle Consti­tu­tion 2.0 de l’Islande menace de dérailler
    (Pas­cal Riché, 19/10/2012, rue89​.com)

    « Le 27 novembre 2010, les Islan­dais élisent un groupe de 25 Islan­dais « ordi­naires » (ou à peu près) : 523 per­sonnes se sont pré­sen­tées aux suf­frages, beau­coup plus que prévu. »

    « « Un concours de beau­té » », a iro­ni­sé la droite.

    « Par­mi les élus, aucun ouvrier, aucun pêcheur, mais des uni­ver­si­taires, jour­na­listes, méde­cins, res­pon­sables d’entreprise. Et un pasteur. »

    Constats :

    1) Une élec­tion sans pré-sélec­tion par­ti­sane reste un choix du « meilleur », c’est-à-dire du plus sus­cep­tible d’être élu, parce qu’il ou elle est diplômé‑e, a beau­coup de rela­tions grâce à sa pro­fes­sion, a des res­pon­sa­bi­li­tés, a le temps et l’en­vie d’être can­di­dat, etc …

    2) Une élec­tion sans par­ti est évi­dem­ment dénon­cée par les par­tis comme un « concours de beau­té » : bien enten­du, les par­tis ont les com­pé­tences pour sélec­tion­ner les meilleurs. Se pas­ser d’eux serait une ter­rible erreur …

    Conclu­sion : des échéances élec­to­rales régu­lières, ini­tia­le­ment orga­ni­sées en l’ab­sence de par­tis, abou­ti­ront tôt ou tard à la consti­tu­tion de col­lec­tifs par­ti­sans. C’est une ten­dance natu­relle qu’il faut accep­ter dès lors qu’on accepte le prin­cipe de l’élection.

    Réponse
  12. sitouaillain

    @ Alain R,

    tu as cer­tai­ne­ment raison,

    la ques­tion est aus­si de savoir COMMENT trans­for­mer les institutions,

    à gauche, c’est tout de même un très vieux débat, ne serait-ce que sur le rôle du par­ti, entre révo­lu­tion­naires et réfor­mistes, entre anar­chistes et communistes,

    je signale d’ailleurs un socia­liste mécon­nu, mais qui gagne à l’être, Paul Brousse, pro­mo­teur du « socia­lisme muni­ci­pal » et pré­cur­seur du concept d’ « évo­lu­tion révo­lu­tion­naire » avant Jaurès,

    qui écrit en 1874, « Le suf­frage uni­ver­sel et le pro­blème de la sou­ve­rai­ne­té du peuple »

    dans ce livre Paul Brousse condamne a prio­ri tout effort de se consti­tuer en par­ti d’opposition. L’opposition par­le­men­taire, même sin­cère, nour­rit iné­luc­ta­ble­ment le par­ti au pou­voir. Elle l’avertit des risques de sou­lè­ve­ments et offre au mécon­ten­te­ment popu­laire un exu­toire inof­fen­sif.

    Si l’on sou­haite réel­le­ment que le peuple se gou­verne, alors lais­sons-le agir. Lais­sons les indi­vi­dus s’organiser seuls, en asso­cia­tions, en corps de métiers, et ne leur impo­sons pas une démo­cra­tie creuse où leur sou­ve­rai­ne­té se résume sim­ple­ment à dépo­ser un bul­le­tin de vote.

    Il a par la suite chan­gé d’a­vis, mais ce que tu dis est assez proche de ce qui motive son raisonnement,

    à savoir que l’é­lec­tion est dite aris­to­cra­tique, mais qu’en pra­tique elle sanc­tionne des effets de nota­bi­li­té, qui sont dif­fé­rents selon l’é­chelle géo­gra­phique et la pré­sence ou non de médias, mais au fond, pour être élu, il faut être connu.

    et, sauf excep­tions, être connu, signi­fie avoir une posi­tion domi­nante dans un champ par­ti­cu­lier, ce qui n’est donc pas néces­sai­re­ment syno­nyme d’être recon­nu par ses pairs (l’é­lec­tion sans can­di­dat), et conduit plu­tôt l’é­lec­tion à deve­nir une confir­ma­tion d’une chaîne de méca­nismes de soumission.

    face à cela, un pro­gramme, aus­si bon soit-il, ne fait pas le poids… sur­tout quand les sou­mis ne s’in­té­ressent pas vrai­ment à cela… d’où le décou­ra­ge­ment des pre­miers socialistes.

    il y a là un enjeu d’é­du­ca­tion,et notam­ment d’é­du­ca­tion poli­tique… pae­deïa

    enjeu majeur sous le régime du par­ti unique néo­li­bé­ral, ten­dance cha­ri­table ou décom­plexée, entre la vase­line et les gra­viers, les « citoyens » choi­sissent… un mys­tère… cette espèce de jouis­sance à être sou­mis et à souf­frir pour l’enrichissement et la gloire d’autrui.

    Réponse
  13. Di Girolamo

    On parle beau­coup du mode de gou­ver­nance , son orga­ni­sa­tion ( repré­sen­tants , élec­tions, assem­blées citoyennes , tirage au sort etc)
    mais très peu du pro­jet de socié­té : les buts et l’or­ga­ni­sa­tion de la société.
    Selon moi le lien entre la vision , le pro­jet de socié­té et l’or­ga­ni­sa­tion de la gou­ver­nance est essen­tiel : ce sont deux réa­li­tés imbri­quées l’une dans l’autre.

    Il me semble aus­si que c’est le pro­jet de socié­té qui prime , c’est le but , sur la gou­ver­nance qui en est l’outil.
    Et qu’ain­si il est pré­fer­rable de com­men­cer par le ques­tion­ne­ment du pro­jet , la mise en oeuvre de ce ques­tion­ne­ment concer­nant par nature tous les acteurs sociaux c’est de cette manière que peut se créer la démo­cra­tie : par­tir de l’é­tude col­lec­tive des pro­blèmes et non direc­te­ment de réflexions abs­traites sur le démo­cra­tie idéale.

    Réponse
  14. Di Girolamo

    …oui , sur les ter­ri­toires et dans les cités par­ve­nir à mettre en mou­ve­ment les acteurs autour de la réflexion socié­tale avec comme ques­tion : au vu de la socié­té telle qu’elle se construit actuel­le­ment com­ment construire et orga­ni­ser la socié­té du futur ?
    Ce simple ques­tion­ne­ment est de fac­to une prise de pou­voir . Le pas­sage du sys­té­mique à la démo­cra­tie écologique.

    Réponse
  15. Di Girolamo

    … Si on par­vient à convaincre le pou­voir poli­tique (aujourd’­hui le pré­sident ) de l’u­ti­li­té de lan­cer un tra­vail natio­nal dans les com­munes ‚les quar­tiers, sur la base de ce ques­tion­ne­ment en y met­tant quelques moyens publics , il sera au moins inté­res­sant de voir les résultats .

    Réponse
  16. Blanche

    http://​www​.ted​.com/​t​a​l​k​s​/​h​e​a​t​h​e​r​_​b​r​o​o​k​e​_​m​y​_​b​a​t​t​l​e​_​t​o​_​e​x​p​o​s​e​_​g​o​v​e​r​n​m​e​n​t​_​c​o​r​r​u​p​t​i​o​n​.​h​tml

    Comme quoi il n’y pas qu’en France qu’on a bien conscience du pro­blème de corruption.

    Si cette jour­na­liste d’in­ves­ti­ga­tion semble tirer les mêmes conclu­sions, sa solu­tion, plus douce, ne résout pas le pro­blème en profondeur.

    Réponse
  17. Catherine B

    Mais on voit bien Georges que le concret n’in­té­resse pas les gens. Il suf­fit déjà de voir sur ce blog.

    On parle, on parle, c’est bien de par­ler, mais c’est encore mieux de par­ler en ayant les deux pieds sur la terre ferme. Et d’ob­ser­ver tout ce qui coince autour de nous, dans nos vies pra­tiques, avec les admi­nis­tra­tions, l’hô­pi­tal, l’é­cole, les muni­ci­pa­li­tés, etc, etc, serait-ce que chez vous les choses soient si par­faites qu’il n’y ait rien à en dire. En tout cas chez moi, c’est pas le cas.

    Il faut par­tir de ce que l’on ne veut plus, c’est comme plus facile pour affi­ner l’i­mage de ce qu’on veut bien, parce que ce qu’on veut bien, c’est ce qui res­te­ra après avoir fait le ménage.

    Et puis de mettre le nez sur tout ce qui va de tra­vers, ça per­met sur­tout de fixer des inva­riants, et les inva­riants comme son nom l’in­dique c’est ce qui ne varie pas ( oui, j’suis forte hein!) et ce qui ne varie pas, c’est le centre de la roue, et le centre de la roue, fixe et immo­bile, c’est ce qui per­met le mou­ve­ment de la roue, si on l’en­lève ce centre, la roue ne tourne plus.

    J’ai pro­po­sé cela sur un autre sujet, ici même, je ne sais plus lequel, aucune réponse, c’est par­lant ça, le silence, et ça dit bien que c’est cau­ser, cau­ser, cau­ser, de façon abs­traite qu’on veut, mais pas trop par­tir de ce qu’on vit, et pour­tant tant qu’on ne par­ti­ra pas de là, de ce que l’on vit, on pour­ra cau­ser jus­qu’à notre mort, rien ne chan­ge­ra, on se ber­ce­ra d’illu­sions certes, mais le concret se noir­ci­ra même si sur la palette de notre monde recréé on a ima­gi­né de belles cou­leurs, la noir­ceur res­te­ra noire car on aura oublié de la regar­der la noirceur !

    Réponse
  18. Alain Guillou

    « L’hu­main d’abord »…
    cela semble être un axe fixé pour faire tour­ner les pro­grammes décli­nables selon les bra­quets pré­fé­rés des uns et des autres…
    Mais, le cycliste qui fonce dans sa vie de « fou » (le fou d’El­sa, fou d’a­mour…), ce doit être un « fou doué d’es­prit cri­tique » : « et pour­tant elle tourne » dit-il, et alors, tout com­mence à cha­vi­rer, car le centre « fixe » n’existe pas…

    Cer­tains voient dans les galaxies comme dans le bozon de Higgs « le visage de Dieu », et reviennent ain­si à un « point qu’ils s’é­taient fixé d’avance »…

    Pour ma part, comme Etienne (enfin, loin d’en être à ce point !)« je fais ce que je peux », fro­lant les sur­ren­det­te­ments (maté­riaux mais sur­tout « moraux »), et tou­jours ins­truit tant bien que mal par les don­neurs de leçons que sont les ban­quiers (de la dite « morale »).

    Quelque chose me dit qu’on est tous très près de ce sché­ma de vie : nos roses sont à crédit ! 

    Bises !

    Réponse
  19. Di Girolamo

    @Catherine

    C’est notre concret MAIS abor­dé par une fenêtre non usi­tée habi­tuel­le­ment du ques­tion­ne­ment glo­bal de ce qui struc­ture et pro­duit ce concret.

    C’est une forme de ques­tion­ne­ment que nous n’u­ti­li­sons géné­ra­le­ment pas : nous subis­sons des évo­lu­tions his­to­riques qui font que la socié­té est ce qu’elle est et que notre concret est ce qu’il est mais nous ne nous inter­ro­geons jamais col­lec­ti­ve­ment sur ces pro­ces­sus structurants.

    Il s’agit en fait de mettre les acteurs ter­ri­to­riaux autour d’une table et d’élaborer du pro­jet col­lec­tif. C’est un che­mi­ne­ment poli­tique pros­pec­tif, un tra­vail de diag­nos­tic et d’imagination vers des pos­sibles à mettre en œuvre.

    C’est une démarche très dif­fi­cile , très idéa­liste et uto­pique parce que le poids du pré­sent occupe géné­ra­le­ment tout l’espace des pré­oc­cu­pa­tions publiques et privées.

    Pour­tant sans cet effort de réflexion et prise de recul col­lec­tif, on est sou­mis aux évé­ne­ments, bala­dés comme des marion­nettes qui s’agitent en sur­face. Peux ton d’ailleurs par­ler de démo­cra­tie sans que se mette en place ce type de réflexion ?

    La métho­do­lo­gie de pro­jet s’élabore autour du lieu de vie , du ter­ri­toire , ce qui per­met de réunir les acteurs autour d’un ter­ri­toire local ‚le leur , à construire ensemble ; l’intérêt est donc que ces acteurs sont mul­tiples et divers et que les réflexions sont très trans­ver­sales . Le point d’unité est le pro­jet , l’avenir du ter­ri­toire qu’on construit ensemble.

    Les acteurs se mettent donc en lien , se connaissent , se ren­contrent , autour d’un vrai pro­jet poli­tique ; la notion de par­ti n’est pas absente mais n’est pas sur le même plan : le déve­lop­pe­ment ter­ri­to­rial est par essence démo­cra­tique :cha­cun y trou­vant sa place et appor­tant ses idées.

    Ce type de démarche de déve­lop­pe­ment d’un ter­ri­toire est très peu usi­tée du fait même qu’on est dans une socié­té qui déra­cine, déter­ri­to­ria­lise, et nous trans­forme en consom­ma­teurs ou entre­pre­neurs , le point d’unité étant l’argent et la réus­site maté­rielle , plu­tôt que l’aménagement des ter­ri­toires et l’organisation har­mo­nieuse et durable de la société ;

    Pour illus­trer par un exemple ce type de démarche, ci-des­sous le tract d’invitation de ren­contres de ter­roirs qui viennent d’être orga­ni­sées par la Com­mu­nau­té de Com­munes de St Féli­cien en Ardèche . Ces ren­contres sont orga­ni­sées dans le but avoué de faire démar­rer des réflexions et démarches de pays.

    On pour­rait aus­si orga­ni­ser ce type de ren­contres sur des ter­ri­toires déter­ri­to­ria­li­sés type ban­lieues afin d’aller vers des réflexions sur la dura­bi­li­té de ces ban­lieues , leur réamé­na­ge­ment ou même leur « dépla­ce­ment » vers des ter­ri­toires ruraux . .

    PS : je n’ar­rive pas à intro­duire ici les copies de ren­contres de terroirs.

    Réponse
  20. sitouaillain

    @ Cathe­rine,

    ce qu’on vit au quo­ti­dien il faut de toute façon le relier à qqch de plus vaste avec un effort d’abstraction,

    en ce moment je tra­vaille à coor­don­ner l’ac­tion des col­lec­ti­vi­tés en « faveur » des béné­fi­ciaires du RSA, et la pro­tec­tion de l’en­fance, et autre sortes de choses pas tou­jours drôles, les mains dans la misère et sub­mer­gés par la vio­lence de cette société,

    on fait ce qu’on peut, on joue dans les inter­stices lais­sés par la loi d’un peuple de droite, ceux qui vont encore pas trop mal s’a­char­nant d’a­bord sur plus pauvres qu’eux, et on avance nos pions mal­gré les res­tric­tions bud­gé­taires, mais on fait du bou­lot de sha­dock, on pompe, on pompe, et plus ça va et plus il y a de bou­lot, la misère aug­mente, la vio­lence aug­mente, et ain­si de suite, jus­qu’à quand…je ne sais pas…mais je tra­vaille à ce que ces gens s’ap­pro­prient leur vie et leur citoyen­ne­té, avec leurs res­sources. Mais ce qui bloque vrai­ment c’est le politique..la règle d’or ou la vie !

    Réponse
  21. Di Girolamo

    « @ Catherine, 
    ce qu’on vit au quo­ti­dien il faut de toute façon le relier à qqch de plus vaste avec un effort d’abstraction, »

    Sitaouaillain me copie, ma parole !

    « on fait du bou­lot de sha­dock, on pompe, on pompe, et plus ça va et plus il y a de bou­lot, la misère aug­mente, la vio­lence aug­mente, et ain­si de suite, jus­qu’à quand…je ne sais pas…mais je tra­vaille à ce que ces gens s’ap­pro­prient leur vie et leur citoyen­ne­té, avec leurs res­sources. Mais ce qui bloque vrai­ment c’est le politique..la règle d’or ou la vie ! »

    « la misère aug­mente, la vio­lence aug­mente, et ain­si de suite, jus­qu’à quand… »

    La Com­mu­nau­té de Com­munes de St Félicien,que je cite plus haut : 7 com­munes, 3900 habi­tants , 137 km² une sur­face : à peine un peu plus grande que Paris intra-muros (105 km²) et 3900 habi­tants : une barre d’immeubles !

    Les liens à créer entre ces zones rurales et les ban­lieues me semblent évident ; d’un côté des ter­ri­toires à déve­lop­per , beau­coup d’es­paces et de res­sources à exploi­ter , des ins­tal­la­tions à faire vivre et accom­pa­gner ; de l’autre , pour beau­coup , un sans issue , un ave­nir bloqué .

    Bien sûr ce ne sera pas facile : en cam­pagne beau­coup sont beau­coup accro­chés à leurs vie tran­quilles et leurs terres , les fermes se sont agran­dies , le fon­cier est blo­qué ;les élus locaux sont rare­ment des déve­lop­peurs… mais le che­min est sans doute là.

    Réponse
  22. sitouaillain

    @ Di Giro­la­mo, si tu veux, avant les trans­ferts de masse, je peux t’en­voyer quelques ados dif­fi­ciles qui font tour­ner tout le monde en bourrique 😉

    Réponse
  23. Catherine B

    Bien sûr, c’est com­plexe de par­ler de tout ça, de notre quo­ti­dien qui est comme un tis­sage, où s’en­tre­mêlent toutes sortes de fils.

    Mais de ce tis­sage social nous ne voyons que la trame, enfin une par­tie de la trame bien sûr.

    La chaîne du tis­sage nous ne la voyons jamais et c’est pour­quoi j’in­siste tel­le­ment sur cet aspect concret des dif­fé­rents fils qui s’en­tre­croisent et nous font mal, car c’est à tra­vers eux et grâce à eux, qu’il nous est don­né, offert devrais-je dire, d’ob­ser­ver ses inva­riants à ce tis­sage, et donc sa struc­ture. Sa chaîne que ne nous per­ce­vons qu’à tra­vers les endroits où ça coince, où ça fait mal, mais encore faut-il que nous y por­tions atten­tion à ces accrocs​.Et sou­vent nous négli­geons ces petits faits pour leur pré­fé­rer des beaux discours.

    La chaîne du tis­sage, ce sont les fils ten­dus sur les­quels vien­dront pas­ser tous les fils de la trame dans le va-et-vient de la navette des faits, ce qui veut dire que chaque point du tis­sage ren­contre tou­jours le fil de la chaîne qui le sou­tient, le struc­ture.

    Ce qui veut dire aussi,qu’en par­tant d’un état des lieux pré­cis c’est à dire des petits points du tis­sage où ça accroche, nous avons à chaque fois un point de contact avec les prin­cipes immuables de la chaîne, prin­cipes qui nous appa­raî­tront de plus en plus visibles au fur et à mesure de cette accu­mu­la­tion de faits dont on ne pour­ra pas dire qu’ils sortent d’un cha­peau, puis­qu’ils sor­ti­ront de notre vécu, et qu’ils ne sau­ront pas révo­cables au seul fait qu’ils sont de l’ordre d’une idée, là, l’i­dée vien­dra après, c’est le fait qui vien­dra nour­rir l’i­dée. Le dis­cours sera donc impa­rable, on ne sau­ra le révo­quer, l’an­nu­ler, car la chaîne du tis­sage ce n’est pas nous qui la pen­se­rons, c’est le vécu qui la révé­le­ra.

    Je crois que la jus­tesse pousse sur terre et ne des­cend pas du ciel.C’est de la matière qu’il faut par­tir et en des­cen­dant PARADOXALEMENT nous montons.

    ça ne veut pas dire qu’il faille négli­ger et mépri­ser les abs­trac­tions, les idées de struc­ture, non sur­tout pas, elles ont tout leur inté­rêt et sont indis­pen­sables pour com­prendre la nature et la struc­ture sociale. Je crois pour ma part qu’il faut juste inver­ser l’ordre de leur arri­vée. C’est sur le concret que doit venir se poser l’abs­trait au risque de se perdre, de s’é­va­nouir dans un halo informe et super­fi­ciel qui ne sera repris et com­pris par per­sonne ou pas assez de per­sonnes pour abou­tir à une mise en acte car il glis­se­ra cet abs­trait telle une graine non digé­rée qui par­ti­ra direc­te­ment sans être méta­bo­li­sée faute de s’an­crer dans quelque chose qui parle aux gens.

    Une graine pousse-t-elle dans le ciel, non, je ne crois pas.

    C’est par le concret et grâce au concret que l’abs­trait trou­ve­ra sa juste et noble place,son nid douillet et ajus­té, ajus­té sur­tout car c’est un abs­trait qui se révé­le­ra sur le champ de l’ex­pé­rience et donc beau­coup plus faci­le­ment assi­mi­lable qu’un beau dis­cours, beau certes, mais qui ne s’ins­cri­ra pas dans la com­pré­hen­sion car il n’est pas ins­crit dans la chair des individus

    Alors un exemple concret pour illus­trer une des aber­ra­tions du sys­tème sani­taire fran­çais. Savez-vous com­ment on juge de la qua­li­té d’un éta­blis­se­ment en terme de lutte contre les infec­tions noso­co­miales ?

    Je vous le donne en mille, allez, réfléchissez!!!

    Et bien les éta­blis­se­ments sani­taires fran­çais sont clas­sés en fonc­tion de la consom­ma­tion de solu­té hydro-alcoo­lique( c’est pour se laver les mains ce truc là, ça rem­place le savon, le savon, c’est pour­tant pas si mal!!!!!!. Au plus, ils en consomment, au mieux ils sont notés !

    Ce qui veut qu’on se fiche pas mal de ce que l’on fait avec ces fameux solu­tés, cer­tains les uti­lisent pour net­toyer les pare-brises, on s’en fiche de savoir ce que l’on fait avec, le prin­ci­pal, c’est d’en consom­mer même si ça fiche des aller­gies, on en consomme pour avoir une belle recon­nais­sance au bout du compte, un hôpi­tal qui se ver­ra recon­nu comme lut­tant farou­che­ment contre les mala­dies noso­co­miales même si les faits viennent contre­dire cruel­le­ment les titres ronflants.

    Alors, au bout du compte, ça sert à gre­ver les bud­gets, c’est inutile ques­tion hygiène,sauf en de rares cas, là où il n’y a pas de point d’eau, mais ça sert à gon­fler les inté­rêts de cer­tains labo­ra­toires qui font mains basses sur les bud­gets hos­pi­ta­liers qu’ils grévent pour quelque chose de tota­le­ment inutile,avec la béné­dic­tion des auto­ri­tés sani­taires qui servent ces lob­bies au détri­ment des usa­gers, et dont les porte-paroles sont les hygié­nistes dé-for­més par le bour­rage de crâne des ins­ti­tuts de for­ma­tion qui les dé-forment dans le sens des inté­rêts pri­vés au détri­ment du public. Beau­coup d’hy­gié­nistes, d’in­fir­mières, etc, etc, n’ont même pas conscience de ça et ânonnent en pure incons­cience ce qu’on leur a mis dans la tête. c’est un men­songe qui se pare de qua­li­té, de lutte contre ceci, contre cela, mais qui n’a fina­le­ment comme seul objet que celui de rem­plir les poches des labos, de gre­ver les bud­gets hos­pi­ta­liers qui pour­ront jus­ti­fier ensuite de leur endet­te­ment et cas­ser petit à petit l’es­prit du ser­vice public qui sert de plus en plus les inté­rêts privés.

    Réponse
  24. sitouaillain

    @ cathe­rine,

    ton beau dis­cours est inté­res­sant, j’y sous­cris en tous points,
    il n’empêche que ce que tu vis-là est direc­te­ment le résul­tat d’une idéo­lo­gie et d’une théo­rie, une méca­nique impla­cable, on fixe des objec­tifs (lut­ter contre les mala­dies noso­co­miales) et des indi­ca­teurs pour les atteindre (litres de solu­tion hydro­al­coo­lique consom­més), la même dans les hopi­taux, à pôle emploi, dans la police, chez coca cola…pionnier en Europe mon­sieur Blair a fait des ravages outre Manche, très admi­ré de notre actuel pré­sident comme de l’an­cien, sa doc­trine est un vrai réfé­ren­tiel pour tout haut fonc­tion­naire brus­se­lois ou autres énarques.
    j’ai moi-même étu­dié ça, les exemples dans le genre de ce que tu avances abondent de par le monde…on sait…ça s’ap­pelle le « new public management »

    http://​fr​.wiki​pe​dia​.org/​w​i​k​i​/​N​o​u​v​e​l​l​e​_​g​e​s​t​i​o​n​_​p​u​b​l​i​que

    ter­rible et inhu­maine logique, impos­sible à abattre sans armes théo­riques pour la recon­naître, la tra­quer, la sub­ver­tir, la ren­ver­ser par le prin­cipe de…l’humain d’abord

    Réponse
  25. Catherine B

    Oui, tu fais bien de te moquer de moi gen­tille­ment Sitouillain, ça dit bien jus­te­ment le para­doxe de toute chose, que le dis­cours est bien sûr néces­saire, c’est le sub­strat sur lequel vient échouer le vécu, com­ment faire autre­ment dis-moi, sans mot, mais qu’en­suite grâce à lui, on peut venir voir la logique de sys­tème à tra­vers les auto­ri­sa­tions et les empê­che­ments de ce même sys­tème, la chaîne du tis­su, et que là, la logique qui semble illo­gique d’a­bord devient logique ensuite car on se déplace sur un autre niveau de réa­li­té, et que tant qu’on reste sur notre niveau de réa­li­té à nous, qui veut que le dire soit en confor­mi­té avec le faire, ça coince, on ne com­prend rien.

    Mais quand on regarde com­ment ça fonc­tionne dans notre quo­ti­dien, c’est sa ver­tu, on constate alors que les dis­cours des auto­ri­tés en place divorce com­plé­te­ment du faire, que le men­songe est omni­pré­sent, c’est son mode d’être au sys­tème, son génome, et l’on com­prend alors que la logique du sys­tème c’est de faire le contraire de ce qu’il dit et dire le contraire de ce qu’il fait.

    Et de faire des ana­lo­gies alors puisque c’est son mode d’être au sys­tème de faire le contraire de ce qu’il dit, et de dire le contraire de ce qu’il fait, faire des ana­lo­gies avec la struc­ture des ins­ti­tu­tions euro­péennes par exemple et là, car c’est la même chaîne qui est à l’oeuvre, et là, on accroche les gens qui sans rat­ta­cher ces exemples à leur vécu à eux tombent d’eux-mêmes car ils sont dés­in­car­nés, abs­traits et loin­tains, je l’ai vécu sur le ter­rain avec les mocries dans ma ville en 2008/2009, mais là, au contraire, ça s’in­carne grâce à cette redite qui ment sur le ter­rain du faire, ça ins­crit un sillon dans la tête des gens, un filet de com­pré­hen­sion s’ins­crit qui pren­dra de plus en plus de force au fur et à mesure que les faits socié­taux vien­dront s’ad­di­tion­ner à la longue liste des men­songes. l’in­té­gra­tion se fait, car elle s’ins­crit dans le corps, ça ne passe plus par la tête, l’in­for­ma­tion passe direc­te­ment et elle n’est pas oubliée alors car elle est reliée.

    Bon, j’ar­rête car ça fait des tar­tines!! para­doxe quand tu nous tiens ! mais le para­doxe c’est la vie, alors je lui dis oui à ce paradoxe.

    Dans ma ville, j’ai­me­rais bien me rap­pro­cher des ins­tances déci­sion­nelles, mais je ne sais pas com­ment faire???

    Réponse
  26. sitouaillain

    @ Cathe­rine,

    Tout citoyen a le droit d’assister aux séances publiques du Conseil muni­ci­pal pour s’informer des déci­sions prises par la com­mune. En revanche, il ne peut intervenir.
    Pour assis­ter à une séance, il suf­fit de se pré­sen­ter le jour même à la salle du conseil à l’Hôtel de Ville.

    sans oublier les diverses ins­tances de participation.

    sur un thème par­ti­cu­lier, consti­tuer ou inté­grer cer­taines asso­cia­tions per­met d’in­ter­ve­nir via un « pou­voir d’in­ter­pel­la­tion » ou autre lobbying.

    pour construire un pro­jet en vue des pro­chaines élections…constituer ou un inté­grer un par­ti ou bien un cercle de gens moti­vés pour faire une liste d’op­po­si­tion si c’est une petite commune.

    pour l’hô­pi­tal, c’est via les syn­di­cats que ça se passe…tous ne se valent pas (je dis ça pour ceux qui mettent tou­jours tout dans le même panier 😉 )

    au sujet d’une ten­dance à taxer un peu vite ses adver­saires de men­teurs et de cor­rom­pus : prendre d’a­bord pour hypo­thèse qu’ils agissent selon une logique, qu’ils sont convain­cus du bien-fon­dé de ce qu’ils font ou de ne pas avoir le choix.

    en l’oc­cur­rence, la sélec­tion des per­son­nels enca­drant de la haute fonc­tion publique hos­pi­ta­lière est simi­laire à celle de l’E­NA, entrer à l’ENSP sup­pose déjà d’a­voir réus­si à engon­cer une intel­li­gence au-des­sus du lot dans des car­cans idéo­lo­giques domi­nants, puis de pour­suivre ce condi­tion­ne­ment dans une école où vous êtes payés encore plus qu’à l’E­NA. Une fois en poste, votre siège éjec­table est accro­ché à votre zèle à appli­quer lois, règle­ments et direc­tives, dont le res­pon­sable en der­nière ana­lyse est le « citoyen lamb­da » et en pre­mière ana­lyse, des think tanks néolibéraux.

    Réponse
  27. Catherine B

    Mer­ci à toi !

    Réponse
  28. Hadrien

    Jamais, dans le pas­sé récent, ne s’est impo­sée avec autant d’é­vi­dence que dans ce contexte de crise et de démo­cra­tie bafouéee, la solu­tion « Chouard » de la démo­cra­tie directe à l’Athénienne !

    Il y a aujourd’­hui les assis­tants par­le­men­taires pour l’as­sis­tance juri­dique et tech­nique, et sur­tout une Admi­nis­tra­tion pour la mise en oeuvre… Comme quoi le sché­ma est sans doute viable, mais redou­té par les notables…!

    Comme exemple d’une telle néces­si­té devant l’a­veu­gle­ment de cer­tains, voi­ci le long com­men­taire gar­ni que j’a­dres­sais au blog Jorion après avoir lu l’ap­pré­cia­tion de Fran­çois Leclerc aux récents pro­pos de Chris­tine Lagarde :

    - Tenu publi­que­ment, ce dis­cours est nouveau.
    Il sonne comme la recon­nais­sance d’un échec…
    Mais il témoigne aus­si d’une prise de conscience expri­mée es qua­li­té par la res­pon­sable du FMI.
    « La résis­tance s’intensifie », voi­là ce qui en est à l’origine. »

    AAha­ha !
    On voit mal par quel miracle les peuples pour­raient ren­ver­ser les rap­ports de force au point de choi­sir leur sce­na­rio, quand le suf­frage uni­ver­sel lui-même est contourné…
    Et il fau­dra que l’échéance soit bien proche pour que les choses bougent, tant le lob­by finan­cier est implan­té jusque dans les esprits.
    A peine Hol­lande est-il élu qu’il nomme le lieu­te­nant néo­li­bé­ral de son ex-concur­rent Strauss-Khan au minis­tère le plus déci­sif, et place l’ex-responsable de l’AMF sous Sar­ko­zy à la tête du finan­ce­ment public par la BIP.

    Il fau­drait une véri­table révo­lu­tion qui secoue au moins toute l’Europe du Sud, avec dan­ger pour la vie des puis­sants (comme on l’a vu ailleurs), pour que les choses changent vrai­ment (on a bien vu ce que veut dire : « le chan­ge­ment c’est (pas) maintenant ! »

    Car les dis­cours n’ont jamais empé­ché d’avancer ceux qui pour­suivent la satis­fac­tion d’intérêts puissants.
    Témoin, l’essentiel du DISCOURS PRÉMONITOIRE DE P. MENDÈS-FRANCE tenu en 1957 devant l’assemblée natio­nale, dès le pre­mier trai­té euro­péen (celui de Rome), où il décri­vait à l’avance tous les élé­ments de la situa­tion aujourd’hui consta­tée sous la hâte des lob­bies à tirer les mar­rons du feu :

    Dès 1957, Pierre Mendès-France 
    ana­lyse cor­rec­te­ment le pro­jet de 
    la pré­ten­due >Union euro­péenne :

    LE MODÈLE SOCIAL MENACÉ DE DISPARITION

    Concer­nant les charges sociales, la seule har­mo­ni­sa­tion pré­vue en prin­cipe concerne l’égalité des salaires mas­cu­lins et fémi­nins dans un délai de quatre, cinq ou six ans. Mais aucune autre géné­ra­li­sa­tion d’avantages sociaux n’est vrai­ment orga­ni­sée ni même garan­tie et cela appa­raît si l’on énu­mère un cer­tain nombre de ces avan­tages sociaux qui pèsent, dans une mesure qui est loin d’être négli­geable, sur la pro­duc­ti­vi­té et sur les prix de revient.

    En fait, mes chers col­lègues, ne nous ne le dis­si­mu­lons pas, nos par­te­naires veulent conser­ver l’avantage com­mer­cial qu’ils ont sur nous du fait de leur retard en matière sociale. Notre poli­tique doit conti­nuer à consis­ter, coûte que coûte, à ne pas construire l’Europe dans la régres­sion au détri­ment de la classe ouvrière et, par contre­coup, au détri­ment des autres classes sociales qui vivent du pou­voir d’achat ouvrier. La thèse fran­çaise, à laquelle nous devons nous tenir très fer­me­ment, c’est l’égalisation des charges et la géné­ra­li­sa­tion rapide des avan­tages sociaux à l’intérieur de tous les pays du mar­ché com­mun. L’unification, la péréqua­tion des charges doit se faire, elle doit être géné­rale et elle doit tou­jours se faire par le haut.

    D’ailleurs, on peut se poser une ques­tion : la ten­dance à l’uniformisation n’implique-t-elle pas que les pays les plus avan­cés vont se voir inter­dire, au moins momen­ta­né­ment, de nou­veaux pro­grès sociaux ? C’est bien ce que donne à croire l’article 48 du pro­jet en dis­cus­sion, et dont voi­ci le texte : « Après l’entrée en vigueur du trai­té, les États membres, afin de pré­ve­nir l’apparition de nou­velles dis­tor­sions de la concur­rence, se consul­te­ront mutuel­le­ment avant de pro­cé­der à l’introduction ou à la modi­fi­ca­tion de dis­po­si­tions légis­la­tives ou admi­nis­tra­tives sus­cep­tibles d’avoir une inci­dence sérieuse sur le fonc­tion­ne­ment du Mar­ché com­mun. » Tout relè­ve­ment de salaire ou octroi de nou­veaux avan­tages sociaux n’est-il pas dès lors, et pour long­temps, exclu pour les ouvriers français ?

    Sur ce point, je mets le gou­ver­ne­ment en garde : nous ne pou­vons pas nous lais­ser dépouiller de notre liber­té de déci­sion dans des matières qui touchent d’aussi près notre concep­tion même du pro­grès et de la jus­tice sociale ; les suites peuvent en être trop graves du point de vue social comme du point de vue poli­tique. Prenons‑y bien garde aus­si : le méca­nisme une fois mis en marche, nous ne pour­rons plus l’arrêter.

    LA POLITIQUE FISCALE SOUS PRESSION

    Ce que je viens de dire de l’harmonisation des charges sociales s’applique dans une large mesure aus­si à l’harmonisation fis­cale. Je ne cite­rai qu’un cas, mais qui a son impor­tance. Le taux des taxes sur les chiffres d’affaires est envi­ron deux fois plus éle­vé en France que dans les autres pays euro­péens. Il se pose donc un pro­blème d’équilibre dont la solu­tion ne nous est pas fran­che­ment proposée.

    Le rap­port Spaak estime qu’il est impos­sible et inutile d’harmoniser les régimes sociaux, fis­caux, finan­ciers et éco­no­miques des six pays, l’égalisation des condi­tions de concur­rence entre pro­duc­teurs de pays dif­fé­rents devant être obte­nue par une fixa­tion conve­nable des taux de change, ce qui signi­fie­rait évi­dem­ment, au départ, une déva­lua­tion du franc français.

    Eh bien ! mes chers col­lègues, c’est l’une des lacunes les plus graves des pro­jets qui sont aujourd’hui en dis­cus­sion et c’est l’un des points sur les­quels l’Assemblée devrait deman­der au gou­ver­ne­ment d’insister auprès de nos par­te­naires pour leur faire com­prendre qu’il serait impos­sible à la France de don­ner son adhé­sion aux pro­jets qui lui sont sou­mis si, à cet égard, aucune garan­tie ne nous était donnée.

    DÉSINDUSTRIALISATION ET CHÔMAGE

    Cer­taines clauses me paraissent plus pré­oc­cu­pantes encore. C’est, d’abord, celle qui consiste à dire que le tarif externe, déjà très bas, qui pro­tège l’industrie des six pays asso­ciés contre la concur­rence des autres pays du dehors, pour­ra être, pour cer­tains pro­duits, tota­le­ment sus­pen­du par simple déci­sion de la majo­ri­té. Compte tenu des ten­dances vers la fixa­tion de tarifs très bas qui règnent aujourd’hui en Alle­magne et en Bel­gique, nous ris­quons donc de voir sacri­fiées, tota­le­ment pri­vées de pro­tec­tion, cer­taines pro­duc­tions essen­tielles pour nous et pour notre main‑d’œuvre. C’est une clause par­mi les plus pré­oc­cu­pantes, les plus graves.

    N’oublions jamais que, par­mi nos asso­ciés, l’Allemagne, le Bene­lux et l’Italie, vou­draient un tarif com­mun le plus bas pos­sible. Demain, l’autorité supra­na­tio­nale étant char­gée de fixer ce tarif, il sera donc inévi­ta­ble­ment modé­ré, par­fois même il sera nul ou bien, comme je viens de l’indiquer, il pour­ra être sus­pen­du. Notre indus­trie se trou­ve­ra alors décou­verte contre toutes les concur­rences du dehors, celle des États-Unis comme celle du Japon.

    Je le répète, il faut que nous sachions que le déman­tè­le­ment, la libé­ra­tion vers les­quels nous nous ache­mi­nons ne vont pas seule­ment s’appliquer aux échanges entre les six pays par­ti­ci­pants, ils s’appliqueront aus­si à l’égard des impor­ta­tions venues du dehors.

    Il me paraît impos­sible que l’Assemblée se pro­nonce défi­ni­ti­ve­ment sur un objet aus­si vaste et qui implique pour notre main‑d’œuvre un risque ter­rible de chô­mage, sans qu’elle connaisse exac­te­ment les consé­quences pré­cises qui peuvent en résul­ter pour l’ensemble de nos productions.

    LIBÉRALISATION FINANCIÈRE ET CAPITAUX SANS FRONTIÈRES

    Il est pré­vu que le Mar­ché com­mun com­porte la libre cir­cu­la­tion des capi­taux. Or, si l’harmonisation des condi­tions concur­ren­tielles n’est pas réa­li­sée et si, comme actuel­le­ment, il est plus avan­ta­geux d’installer une usine ou de mon­ter une fabri­ca­tion don­née dans d’autres pays, cette liber­té de cir­cu­la­tion des capi­taux condui­ra à un exode des capi­taux fran­çais. Il en résul­te­ra une dimi­nu­tion des inves­tis­se­ments pro­duc­tifs, des pertes de poten­tiel fran­çais et un chô­mage accru.

    Les capi­taux ont ten­dance à quit­ter les pays socia­li­sants et leur départ exerce une pres­sion dans le sens de l’abandon d’une poli­tique sociale avan­cée. On a vu des cas récents où des gou­ver­ne­ments étran­gers ont com­bat­tu des pro­jets de lois sociales en insis­tant sur le fait que leur adop­tion pro­vo­que­rait des éva­sions de capi­taux. Nous-mêmes, en France, avons vécu en 1936 une période, que beau­coup d’entre vous n’ont pas oubliée, durant laquelle un cer­tain nombre de lois sociales impor­tantes ont été adop­tées. Il est de fait que, dans les années sui­vantes, cette atti­tude a entraî­né des éva­sions, une véri­table hémor­ra­gie des capi­taux français.

    Mais les capi­taux fran­çais ne sont pas les seuls qui risquent de s’évader. Il n’y a pas que les capi­taux euro­péens qui risquent de s’investir ailleurs que chez nous. Les capi­taux étran­gers, par exemple ceux des ins­ti­tu­tions inter­na­tio­nales ou ceux des États-Unis, risquent aus­si de se concen­trer sur l’Allemagne, sur l’Italie ou sur le Bene­lux. On peut redou­ter, par exemple, que cer­taines grandes affaires amé­ri­caines, dési­reuses de créer des filiales en Europe, les implantent de pré­fé­rence en Alle­magne où il est pro­ba­ble­ment plus avan­ta­geux aujourd’hui de mon­ter une usine, non seule­ment pour les besoins alle­mands, mais aus­si, désor­mais, pour les besoins de tous les pays du Mar­ché commun.

    IMMIGRATION ET CHÔMAGE

    Si le mou­ve­ment des capi­taux et des biens peut à pre­mière vue ne pas paraître tou­cher aux concepts de Nation et de Patrie, il n’en est pas de même pour les migra­tions de populations.

    Dans une cer­taine conjonc­ture, lorsque nous man­quons de main‑d’œuvre, c’est tant mieux pour nous si nous pou­vons en trou­ver dans un pays voi­sin. Mais dans d’autres cas, lorsque nous sommes mena­cés par le chô­mage ou lorsqu’il s’en pro­duit dans notre pays, l’afflux de chô­meurs venus du dehors et sus­cep­tibles, sou­vent, d’accepter des salaires sen­si­ble­ment infé­rieurs à ceux qui sont pra­ti­qués dans notre pays est évi­dem­ment de nature à pro­vo­quer des contre­coups et des dif­fi­cul­tés que nous avons inté­rêt à éviter.

    Cer­taines de nos indus­tries, tout au moins, ne pour­ront pas s’adapter ou s’adapteront mal. Il en résul­te­ra du chô­mage dans divers sec­teurs de nos régions sous-déve­lop­pées, notam­ment celles du sud de la Loire qui ont beau­coup à craindre de la riva­li­té com­mer­ciale et indus­trielle qui va se déclen­cher à l’intérieur du mar­ché uni­fié et dont les popu­la­tions peuvent être pous­sées à émi­grer, à moins de consen­tir sur place à un niveau de vie très bas pour ne pas s’expatrier.

    Je vou­drais faire obser­ver que le pro­blème de la conta­gion des effets éco­no­miques n’est pas théo­rique et qu’il a don­né lieu dans le pas­sé à des expé­riences qui doivent nous faire réflé­chir. Après l’unité ita­lienne, l’Italie du Sud a souf­fert beau­coup du contact et de la concur­rence de la région du Centre et du Nord. Contrai­re­ment à ce que nous croyons trop sou­vent, l’Italie du Sud avait atteint, avant l’unité ita­lienne, un degré d’industrialisation et de déve­lop­pe­ment com­pa­rable et pro­ba­ble­ment même supé­rieur à celui du reste du pays. L’unité lui a por­té un coup qui s’est tra­duit par une large émi­gra­tion à l’intérieur de l’Italie uni­fiée et aus­si vers l’extérieur, un coup que même les gens du Nord recon­naissent et auquel ils essayent main­te­nant de remé­dier. La situa­tion est com­pa­rable dans d’autres pays. Les États méri­dio­naux des États-Unis se sont tou­jours plaints et se plaignent aujourd’hui encore d’avoir été défa­vo­ri­sés éco­no­mi­que­ment du fait de leur rat­ta­che­ment aux États du Nord.

    Le trai­té doit donc nous don­ner des garan­ties contre les risques qui se sont ain­si maté­ria­li­sés en Alle­magne, aux États-Unis, en Ita­lie, ailleurs encore. Par­mi ces garan­ties figurent le droit, que nous devons conser­ver, de limi­ter l’immigration en France, sur­tout lorsque la conjonc­ture éco­no­mique le ren­dra néces­saire, et des sau­ve­gardes contre le risque d’un chô­mage et d’un abais­se­ment du niveau de vie impor­tés du dehors.

    LE POUVOIR D’ACHAT

    L’élévation du niveau de vie n’est pas seule­ment fonc­tion de l’ampleur du mar­ché natio­nal, mais d’autres condi­tions aus­si qu’on ne peut pas négliger.
    Il est bien vrai que les États-Unis, avec leur mar­ché de 150 mil­lions d’habitants, sont en tête du pal­ma­rès des pays si on les classe d’après le niveau des condi­tions d’existence qui y règnent. Mais der­rière les États-Unis, en ran­geant les pays d’après l’importance du reve­nu par tête, on trouve le Cana­da, avec un mar­ché de 13 mil­lions d’habitants seule­ment, la Suisse, avec 5 mil­lions, la Suède, avec 7 mil­lions d’habitants. La rela­tion qui existe entre l’importance du mar­ché et le reve­nu moyen, le niveau de vie, n’est donc pas si simple qu’on le dit par­fois. D’autres fac­teurs aus­si impor­tants entrent en jeu, qu’il ne faut pas sacri­fier dans l’entreprise d’élargissement du mar­ché, sans quoi on risque de perdre d’un côté beau­coup plus qu’on ne gagne­ra de l’autre.

    On nous a dit hier qu’on ne peut pas deman­der à un trai­té de régler tous les détails, toutes les moda­li­tés jusqu’aux plus minimes. Mais, lorsqu’il s’agit du sta­tut de l’agriculture, de l’harmonisation des lois sociales, du sta­tut des ter­ri­toires d’outre-mer, on est bien en droit d’affirmer que ce ne sont pas des détails, des moda­li­tés secon­daires, mais des points véri­ta­ble­ment les plus impor­tants. La pro­cé­dure sui­vie, qui consiste donc à ren­voyer à plus tard la solu­tion des pro­blèmes qui n’ont pas pu être réglés dès main­te­nant est une mau­vaise pro­cé­dure. Pour un cer­tain nombre de pro­blèmes essen­tiels que je viens de men­tion­ner, la France sera seule ou à peu près seule de son avis. Elle a donc inté­rêt à ce que ces pro­blèmes soient tran­chés avant la signa­ture du trai­té, car, après, elle sera désarmée.

    Nous avons eu des lois-cadre. Nous deman­dons fer­me­ment au gou­ver­ne­ment de ne pas accep­ter un trai­té-cadre. Les affaires les plus impor­tantes doivent être tran­chées clai­re­ment par le trai­té lui-même ; de même que les garan­ties obte­nues doivent y figu­rer. Auprès, il sera trop tard. On nous dit qu’il faut aller très vite, qu’il faut conclure dans les jours ou dans les semaines à venir. J’avoue que je me demande par moment pour­quoi tant de hâte.

    DÉFICITS, MONNAIE ET INDÉPENDANCE NATIONALE

    Une clause de sau­ve­garde pré­voit qu’en cas de crise grave de la balance des paye­ments, le pays en dif­fi­cul­té peut prendre des mesures d’urgence. A vrai dire, il n’est en droit de le faire que s’il n’a pas reçu préa­la­ble­ment de recom­man­da­tion de l’autorité supra­na­tio­nale. Sup­po­sons que ce n’ait pas été le cas et qu’il ait pris libre­ment les mesures qui lui parais­saient appro­priées. Ces mesures peuvent et doivent aus­si­tôt dis­pa­raître sur la simple injonc­tion de l’autorité inter­na­tio­nale qui a le droit d’imposer d’autres mesures qu’elle estime devoir sub­sti­tuer aux premières.

    En quelque sorte, l’autorité inter­na­tio­nale, dans le cas par­ti­cu­lier, va avoir le droit de légi­fé­rer d’une manière auto­ri­taire à laquelle nous ne pour­rons pas échap­per et de prendre des déci­sions qui pri­me­ront celles du gou­ver­ne­ment et même celles du Par­le­ment. Ce sera une loi supé­rieure à la loi fran­çaise qui s’imposera à nous.

    Eh bien ! mes chers col­lègues, le salut de la mon­naie exige par­fois une poli­tique finan­cière de cou­rage et de rigueur. Des sacri­fices peuvent être néces­saires et peut-être avons-nous quel­que­fois dans ces der­nières années man­qué du cou­rage qu’il aurait fal­lu pour les faire abou­tir. Mais il appar­tient néan­moins au Par­le­ment de choi­sir ces sacri­fices et de les répar­tir et je sup­porte mal l’idée que ces sacri­fices peuvent être demain dosés pour nous, choi­sis pour nous, répar­tis pour nous par les pays qui nous sont asso­ciés et dont l’objectif pre­mier n’est pas néces­sai­re­ment le mieux-être en France pour la masse de nos conci­toyens et le pro­grès de notre économie.

    L’abdication d’une démo­cra­tie peut prendre deux formes, soit le recours à une dic­ta­ture interne par la remise de tous les pou­voirs à un homme pro­vi­den­tiel, soit la délé­ga­tion de ces pou­voirs à une auto­ri­té exté­rieure, laquelle, au nom de la tech­nique, exer­ce­ra en réa­li­té la puis­sance poli­tique, car au nom d’une saine éco­no­mie on en vient aisé­ment à dic­ter une poli­tique moné­taire, bud­gé­taire, sociale, fina­le­ment « une poli­tique », au sens le plus large du mot, natio­nale et internationale.

    Si la France est prête à opé­rer son redres­se­ment dans le cadre d’une coopé­ra­tion fra­ter­nelle avec les autres pays euro­péens, elle n’admettra pas que les voies et moyens de son redres­se­ment lui soient impo­sés de l’extérieur, même sous le cou­vert de méca­nismes automatiques.

    Pierre Men­dès-France, 1957.

    Réponse
  29. Hadrien

    Pas de chance pour le « modé­ra­teur » de P. Jorion qui a frau­du­leu­se­ment dis­si­mu­lé mon iden­ti­té (Hadrien) pour attri­buer ce long post sur les pré­mo­ni­tions de Men­dès-France à « dis­sy » (sans doute comme « d’i­ci »), tout en lui enle­vant mon pré­am­bule signi­fi­ca­tif devant l’a­veu­gle­ment du billet sur les récents pro­pos de Chris­tine Lagarde (« Tenu publi­que­ment, ce dis­cours est nou­veau. Il sonne comme la recon­nais­sance d’un échec… Mais il témoigne aus­si d’une prise de conscience expri­mée es qua­li­té par la res­pon­sable du FMI. « La résis­tance s’intensifie », voi­là ce qui en est à l’origine. »).

    Ledit pré­am­bule :

    - AAha­ha ! On voit mal par quel miracle les peuples pour­raient ren­ver­ser les rap­ports de force au point de choi­sir leur sce­na­rio, quand le suf­frage uni­ver­sel lui-même est contour­né… Et il fau­dra que l’échéance soit bien proche pour que les choses bougent, tant le lob­by finan­cier est implan­té jusque dans les esprits. A peine Hol­lande est-il élu qu’il nomme le lieu­te­nant néo­li­bé­ral de son ex-concur­rent Strauss-Khan au minis­tère le plus déci­sif, et place l’ex-responsable de l’AMF sous Sar­ko­zy à la tête du finan­ce­ment public par la BIP.
    Il fau­drait une véri­table révo­lu­tion qui secoue au moins toute l’Europe du Sud, avec dan­ger pour la vie des puis­sants (comme on l’a vu ailleurs), pour que les choses changent vrai­ment (on a bien vu ce que veut dire : « le chan­ge­ment c’est (pas) maintenant ! »

    Car les dis­cours n’ont jamais empé­ché d’avancer ceux qui pour­suivent la satis­fac­tion d’intérêts puis­sants. Témoin, l’essentiel du…
    DISCOURS PRÉMONITOIRE DE P. MENDÈS-FRANCE tenu en 1957… copié-col­lé ci-dessus !

    J’a­vais heu­reu­se­ment pris la pré­cau­tion, cette fois, d’en­re­gis­trer aupa­ra­vant le tout comme com­men­taires iden­tiques chez :

    - La démys­ti­fi­ca­tion de la finance (G. UGEUX)

    - Les crises (O. Berruyer)

    - Post­Jo­rion (AJ Holbecq)

    - Le Plan C (E. Chouard)

    J’y ajoute, de ce pas, le pré­sent com­men­taire de manière à ce que cha­cun puisse en juger…

    Réponse
  30. Étienne

    Mer­ci Hadrien, j’a­vais oublié ce texte remar­quable de Men­dès-France, de la même impor­tance – his­to­rique, cru­ciale – que le dis­cours de Phi­lippe Séguin, et même encore plus syn­thé­tique et pun­chy peut-être. 
    FOR-MI-DA-BLE. 
    Merci !

    Dès que je rentre à Trets (là, je suis à Paris et je pitonne sur mon télé­phone => pas pra­tique), je ferai un billet de blog qui lui sera dédié. On devrait l’é­tu­dier dans les écoles et les cafés, en entre­prise et en famille, ligne par ligne, tous les jours !

    Encore mer­ci, cher Hadrien. 

    Réponse
  31. Hadrien

    Bien reçu !

    J’ai crû un moment que ce com­men­taire avait été cen­su­ré, car je ne le trou­vais plus…
    J’a­vais aler­té AJ qui l’a­vait reçu lui aus­si en commentaires !
    Mais je m’é­tais sim­ple­ment trom­pé de billet.

    Ami­tiés

    PS Le texte est « l’essentiel »
    J’ai enle­vé le petit pré­am­bule géné­ral et quelques réfé­rences à l’é­poque, pour le rendre plus « punchy »…

    Réponse
  32. Hadrien

    Etienne,

    J’en pro­fite pour t’in­di­quer mon « billet invi­té » actuel­le­ment chez AJ :

    Il parle d’un bou­quin qui devrait t’in­te­res­ser… à titre de curiosité !

    Mais, si tu me lis, tu n’au­ra plus besoin de te le procurer…

    Réponse
  33. Étienne

    [Mise à jour 31 octobre 2012 => le film de cette émis­sion est sorti :]

    Réponse

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