MACHIAVEL : La foule est plus sage et plus constante qu’un prince

11/08/2012 | 13 commentaires

Chers gen­tils-virus 🙂

J’ai bien du mal à lire autant que je le vou­drais car, même en vacances, ma « vie Inter­net » est dia­ble­ment chronophage.

Pour­tant, je fais ce que je peux pour arra­cher du temps à mes spi­rales quo­ti­diennes, à la fois pour lire et lire encore, et pour pour vous signa­ler les plus belles perles qui passent sous mes lunettes.

Et aujourd’­hui, j’en ai une magni­fique à vous décrire : elle est d’un Machia­vel mécon­nu, celui du « Dis­cours sur la Pre­mière Décade de Tite-Live », un grand livre mais net­te­ment moins connu que « Le Prince », et c’est un tort je pense : « le Dis­cours » est à la fois bien utile et bien agréable à lire.

J’ai donc pré­pa­ré pour vous cet extrait que je trouve par­ti­cu­liè­re­ment sti­mu­lant (et d’actualité).

Bonne lec­ture.

Machia­vel.
Dis­cours sur la pre­mière décade de Tite-Live (1531)

Livre 1, Cha­pitre 58 :
La foule est plus sage et plus constante qu’un prince

Tite-Live et tous les autres his­to­riens affirment qu’il n’est rien de plus chan­geant et de plus incons­tant que la foule. Il arrive sou­vent, en effet, lors­qu’on raconte les actions des hommes, que l’on voie la foule condam­ner quel­qu’un à mort, et puis le pleu­rer et le regret­ter amè­re­ment. Ain­si voit-on que fit le peuple romain avec Man­lius Capi­to­li­nus : l’ayant condam­né à mort, il le regret­ta ensuite amè­re­ment. Les paroles de notre auteur sont les sui­vantes : « Popu­lum bre­vi, pos­tea­quam ab eo per­icu­lum nul­lum erat, desi­de­rium eius tenuit1. » Ailleurs, lors­qu’il décrit les évé­ne­ments appa­rus à Syra­cuse après la mort de Hié­ro­nyme, petit-fils de Hié­ron, il écrit : « Haec natu­ra mul­ti­tu­di­nis est : aut humi­li­ter ser­vit, aut superbe dominatur2. »

Vou­lant défendre une cause contre laquelle, comme je l’ai dit, tous les his­to­riens se sont décla­rés, je crains de m’en­ga­ger dans un domaine si ardu et dif­fi­cile qu’il me fau­dra l’a­ban­don­ner hon­teu­se­ment ou le par­cou­rir dif­fi­ci­le­ment. Mais, quoi qu’il en soit, je ne pense ni ne pen­se­rai jamais que ce soit un tort que de défendre une opi­nion par le rai­son­ne­ment, sans vou­loir recou­rir ni à la force ni à l’autorité.

Je dis donc que ce défaut dont les écri­vains accusent la foule, on peut en accu­ser tous les hommes per­son­nel­le­ment, et notam­ment les princes. Car tout indi­vi­du qui n’est pas sou­mis aux lois peut com­mettre les mêmes erreurs qu’une foule sans contraintes. On peut aisé­ment consta­ter ce fait, parce qu’il y a et qu’il y a eu beau­coup de princes, et qu’il y en a eu peu qui furent bons et sages : je parle des princes qui ont pu rompre le frein qui pou­vait les rete­nir. Par­mi ceux-ci on ne peut comp­ter les rois d’É­gypte, à l’é­poque très ancienne où ce pays était gou­ver­né par des lois ; ni les rois de France de notre temps, dont le pou­voir est plus réglé par les lois que dans tout autre royaume de notre temps. Les rois qui vivent sous de tels édits ne sont pas à comp­ter au nombre des indi­vi­dus dont il faut consi­dé­rer la nature pour voir si elle est sem­blable à celle de la foule. Car on doit les com­pa­rer avec une foule réglée par les lois, comme ils le sont eux-mêmes. On trou­ve­ra alors en cette foule la même ver­tu que nous consta­tons chez les princes ; et l’on ne ver­ra pas qu’elle domine avec orgueil, ni qu’elle serve avec bassesse. 

Tel était le peuple romain, qui, tant que la Répu­blique demeu­ra incor­rom­pue, non seule­ment ne ser­vit pas avec bas­sesse et ne domi­na pas avec orgueil, mais tint hono­ra­ble­ment son rôle avec ses ins­ti­tu­tions et ses magis­trats. Quand il lui fal­lait s’u­nir contre un puis­sant, elle le fai­sait : comme on le vit avec Man­lius Capi­to­li­nus avec les décem­virs et d’autres, qui cher­chèrent à l’op­pri­mer. Quand il lui fal­lait obéir aux dic­ta­teurs et aux consuls pour le bien public, elle le fai­sait. Que le peuple romain ait regret­té Man­lius Capi­to­li­nus n’a rien d’é­ton­nant. Car il regret­tait ses ver­tus, qui avaient été telles que leur sou­ve­nir émou­vait cha­cun. Elles auraient sus­ci­té le même effet chez un prince, car tous les écri­vains pensent qu’on loue et qu’on admire la ver­tu même chez ses enne­mis. Si Man­lius avait res­sus­ci­té, le peuple de Rome l’au­rait condam­né comme il l’a­vait fait : l’ayant tiré de pri­son, il le condam­na ensuite à mort. On a vu éga­le­ment des princes tenus pour sages faire mou­rir cer­taines per­sonnes et les regret­ter ensuite amè­re­ment : comme Alexandre avec Cli­tus et d’autres de ses amis ; et Hérode avec Mariamne3.

Mais ce que notre his­to­rien dit de la foule, il ne le dit pas à pro­pos de celle qui est réglée par des lois, comme celle de Rome, mais de celle qui est sans contraintes, comme celle de Syra­cuse. Celle-ci com­mit les erreurs que com­mettent les indi­vi­dus enra­gés et sans contraintes, comme le firent Alexandre le Grand et Hérode dans les cas cités. Aus­si ne faut-il pas accu­ser davan­tage la nature de la foule que celle des princes, car ils se trompent tous, quand ils peuvent sans crainte se trom­per. Outre ceux que j’ai don­nés, il y a de très nom­breux exemples par­mi les empe­reurs romains et par­mi d’autres tyrans et d’autres princes : on trouve chez eux plus d’in­cons­tance et de varia­tions que l’on n’en a jamais trou­vées chez aucune foule.

Je conclus donc contre l’o­pi­nion géné­rale, qui pré­tend que les peuples, quand ils ont le pou­voir, sont chan­geants, incons­tants et ingrats. Et j’af­firme que ces défauts ne sont pas dif­fé­rents chez les peuples et chez les princes. Qui accuse les princes et les peuples conjoin­te­ment peut dire la véri­té ; mais, s’il en excepte les princes, il se trompe. Car un peuple qui gou­verne et est bien régle­men­té est aus­si constant, sage et recon­nais­sant, et même davan­tage, qu’un prince esti­mé pour sa sagesse. Et, d’autre part, un prince affran­chi des lois est plus ingrat, chan­geant et dépour­vu de sagesse qu’un peuple. 

La dif­fé­rence de leurs conduites ne naît pas de la diver­si­té de leur nature, parce qu’elle est iden­tique chez tous — et, s’il y a une supé­rio­ri­té, c’est celle du peuple ; mais du plus ou moins de res­pect qu’ils ont pour les lois, sous les­quelles ils vivent l’un et l’autre.

Si l’on consi­dère le peuple romain, on ver­ra qu’il a été durant quatre cents ans hos­tile à la royau­té et pas­sion­né de la gloire et du bien public : on ver­ra mille exemples de son com­por­te­ment qui témoignent de ces deux choses. Si l’on m’ob­jecte son ingra­ti­tude à l’é­gard de Sci­pion, je répon­drai par ce qui a été lon­gue­ment expo­sé ci-des­sus à ce sujet, où il a été mon­tré que les peuples sont moins ingrats que les princes4.

Quant à la sagesse et à la constance, je dis qu’un peuple est plus sage, plus constant et plus avi­sé qu’un prince. Ce n’est pas sans rai­son que l’on com­pare la parole d’un peuple à celle de Dieu. Car on voit que l’o­pi­nion géné­rale réus­sit mer­veilleu­se­ment dans ses pro­nos­tics ; de sorte qu’elle semble pré­voir par une ver­tu occulte le bien et le mal qui l’at­tendent. Quant à son juge­ment, il arrive rare­ment, lors­qu’un peuple entend deux ora­teurs oppo­sés et de force égale, qu’il ne choi­sisse pas le meilleur avis et qu’il ne soit pas capable de dis­cer­ner la véri­té qu’on lui dit. Si, dans les entre­prises ris­quées ou qui lui semblent pro­fi­tables, il se trompe, un prince se trompe aus­si très sou­vent dans ses pas­sions, qui sont beau­coup plus nom­breuses que celles du peuple. On voit aus­si que dans le choix des magis­trats il fait un bien meilleur choix que les princes, et on ne per­sua­de­ra jamais un peuple qu’il est bon d’é­le­ver à de hautes digni­tés un homme de mau­vaise répu­ta­tion et de mœurs cor­rom­pues : chose dont on per­suade aisé­ment un prince, et de mille façons. On voit un peuple avoir une chose en hor­reur et conser­ver plu­sieurs siècles cette opi­nion ; ce que l’on ne voit pas chez un prince.

Sur l’un et l’autre de ces points, je veux que le peuple romain me suf­fise comme témoin. Pen­dant plu­sieurs cen­taines d’an­nées, lors de tant d’é­lec­tions de consuls et de tri­buns, il ne fit pas quatre élec­tions dont il eût à se repen­tir. Il eut, comme je l’ai dit, tel­le­ment en haine la royau­té qu’au­cune recon­nais­sance ne put sous­traire à une juste peine un citoyen qui ten­ta d’y parvenir.

On voit en outre que les cités où le peuple gou­verne font en très peu de temps des pro­grès inouïs : beau­coup plus grands que les cités qui ont tou­jours vécu sous un prince. C’est ce que fit Rome après l’ex­pul­sion des rois et Athènes après qu’elle se fut déli­vrée de Pisis­trate. Ceci ne peut pro­ve­nir que du fait que le gou­ver­ne­ment des peuples est meilleur que celui des princes.

Je ne veux pas que l’on objecte à mon opi­nion tout ce que notre his­to­rien a dit dans le texte cité ci-des­sus et dans d’autres. Car si l’on exa­mine tous les désordres des peuples, tous les désordres des princes, toutes les gloires des peuples et toutes celles des princes, on voit que le peuple est lar­ge­ment supé­rieur en ver­tu et en gloire. Si les princes sont supé­rieurs aux peuples dans l’é­la­bo­ra­tion des lois, dans la créa­tion des régimes poli­tiques, dans l’é­ta­blis­se­ment de sta­tuts et de nou­velles ins­ti­tu­tions, les peuples sont tel­le­ment supé­rieurs dans le main­tien des choses éta­blies qu’ils ajoutent assu­ré­ment à la gloire de ceux qui les établissent.

En somme et pour conclure, je dirai que les régimes prin­ciers et répu­bli­cains qui ont duré long­temps ont eu besoin les uns et les autres d’être régis par des lois. Car un prince qui peut faire ce qu’il veut est fou ; un peuple qui peut faire ce qu’il veut n’est pas sage.

Si l’on parle donc d’un prince contraint par les lois et d’un peuple lié par elles, on trouve plus de ver­tu dans le peuple que chez le prince. Si l’on parle d’un prince et d’un peuple sans lois, on trouve moins d’er­reurs dans le peuple que chez le prince : étant moindres, elles trou­ve­ront de plus grands remèdes. En effet, un homme de bien peut par­ler à un peuple agi­té et vivant dans la licence et il peut aisé­ment le rame­ner sur le bon che­min. Il n’est per­sonne qui puisse par­ler à un mau­vais prince et il n’y a pas d’autre remède que l’é­pée. D’où l’on peut conjec­tu­rer la gra­vi­té de la mala­die dont ils souffrent l’un et l’autre. Si les paroles suf­fisent pour gué­rir la mala­die du peuple et s’il faut une épée pour celle du prince, cha­cun peut pen­ser que, là où il faut plus de soin, il y a de plus grandes fautes.

Quand un peuple est sans lois, on ne craint pas ses folies et l’on n’a pas peur des maux qu’il peut pré­sen­te­ment com­mettre, mais de ceux qui peuvent appa­raître, car un tyran peut naître au milieu d’une telle confu­sion. Avec les mau­vais princes, c’est le contraire qui arrive : on craint les maux pré­sents et on espère dans le futur, car on se per­suade que son mau­vais com­por­te­ment peut faire naître la liber­té. Vous voyez donc la dif­fé­rence qu’il y a entre l’un et l’autre : elle est entre les choses pré­sentes et celles à venir. Les cruau­tés de la foule visent ceux dont elle craint qu’ils ne s’emparent du bien public ; celles d’un prince visent ceux dont il craint qu’ils ne s’emparent de ses biens.

L’o­pi­nion défa­vo­rable au peuple vient de ce que tout le monde en dit du mal sans crainte et libre­ment, même lors­qu’il gou­verne ; on cri­tique tou­jours les princes avec mille craintes et soupçons.

Il ne me paraît pas hors de pro­pos, puisque le sujet m’y conduit, d’exa­mi­ner dans le cha­pitre sui­vant à quelles alliances on peut davan­tage se fier : à celles que l’on fait avec une répu­blique ou à celles que l’on fait avec un prince.

_____________
Notes :
1. « À peine le peuple eut-il ces­sé de le craindre qu’il com­men­ça à le regret­ter » (Tite-Live, VI, 20, 15)
2. « Telle est la nature de la foule : ou bien elle sert bas­se­ment, ou bien elle domine avec superbe » (ibid., XXIV, 25, 8).
3. Jaloux, Hérode Ier, roi de Judée, fit tuer sa femme Mariamne, en 28 av. J.-C.
4. Cf. ci-des­sus, chap. xxix-xxx.

Source : Machia­vel, « Dis­cours sur la pre­mière décade de Tite-Live » (1531), Livre 1, Cha­pitre LVIII : « La foule est plus sage et plus constante qu’un prince ». Édi­tion Robert Laf­font, col­lec­tion Bou­quins, tra­duc­tion Chris­tian Bec (1996), pages 284 à 288.

Fichier pdf télé­char­geable :
https://​old​.chouard​.org/​E​u​r​o​p​e​/​D​o​c​u​m​e​n​t​s​_​c​o​n​f​e​r​e​n​c​e​s​/​M​a​c​h​i​a​v​e​l​_​D​i​s​c​o​u​r​s​_​s​u​r​_​l​a​_​p​r​e​m​i​e​r​e​_​d​e​c​a​d​e​_​d​e​_​T​i​t​e​-​L​i​v​e​_​1​5​3​1​_​L​i​v​r​e​_​1​_​C​h​a​p​_​5​8​.​pdf

Remarque : il existe une ver­sion inté­grale du « Dis­cours » sur le net, dans la grande et pré­cieuse caverne d’A­li Baba qu’est UCAQ ; pré­ci­sé­ment à cette adresse : http://​clas​siques​.uqac​.ca/​c​l​a​s​s​i​q​u​e​s​/​m​a​c​h​i​a​v​e​l​_​n​i​c​o​l​a​s​/​d​i​s​c​o​u​r​s​_​1​r​e​_​d​e​c​a​d​e​_​t​i​t​e​l​i​v​e​/​d​i​s​c​o​u​r​s​_​1​r​e​_​d​e​c​a​d​e​_​t​i​t​e​l​i​v​e​.​h​tml. Mais je trouve la tra­duc­tion bien moins bonne, moins claire (en tout cas sur ce pas­sage pré­cis du cha­pitre 58) que l’é­di­tion Bou­quins. J’ai donc scan­né, OCRi­sé et mis en forme mon propre livre, la pas­sion­nante com­pi­la­tion pro­po­sée par Bouquins.

Vous me voyez venir, n’est-ce pas ? Ce texte magni­fique, pris à la source « machia­vé­lique » même, celle qui sert d’ha­bi­tude aux grands pri­vi­lé­giés à jus­ti­fier leur vio­lence, à légi­ti­mer leurs rapines, ce texte sur­pre­nant donc, sera peut-être une arme rhé­to­rique contre tous les calom­nia­teurs qui bran­dissent le pré­ten­du manque de « com­pé­tence » des foules dès qu’on s’a­vise don­ner quelque pou­voir au peuple.

Je ne sais pas vous, mais moi, il me plaît bien, ce Machiavel-là 🙂

Étienne.

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Étienne

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13 Commentaires

  1. Étienne

    Sur Face­book, à titre d’illus­tra­tion de la sagesse popu­laire natu­relle, Vincent signale ça :

    Lau­sanne : l’ef­fi­ca­ci­té de l’a­nar­chie routière

    http://​www​.contre​points​.org/​2​0​1​1​/​0​9​/​1​3​/​4​5​6​9​7​-​l​a​u​s​a​n​n​e​-​l​e​f​f​i​c​a​c​i​t​e​-​d​e​-​l​a​n​a​r​c​h​i​e​-​r​o​u​t​i​ere

    « À Lau­sanne, le 7 sep­tembre, suite à une panne d’élec­tri­ci­té, le visage de l’anarchie rou­tière a été, pen­dant une grosse heure, celui d’une cir­cu­la­tion fluide, sûre et fon­dée sur la seule bonne volon­té des auto­mo­bi­listes. […]

    De mémoire de Lau­san­nois, on n’a­vait jamais vu ça. Ce mer­cre­di 7 sep­tembre entre 7h45 et 8h50 du matin, une quin­zaine de jours après la ren­trée des classes, en pleine semaine et à l’heure de pointe, il n’y avait pra­ti­que­ment aucun bou­chon dans la capi­tale vau­doise. Selon Georges-Marie Bécher­raz, qui rap­porte l’événement pour 24heures​.ch, « le tra­fic s’est écou­lé avec une flui­di­té comme on n’en voit que le dimanche à une heure pareille de la jour­née. » L’origine de ce petit miracle ? Eh bien tout sim­ple­ment une panne d’électricité qui a ren­du les feux de cir­cu­la­tion inopé­rants dans une bonne par­tie du centre-ville. Pen­dant un peu plus d’une heure, la cir­cu­la­tion de Lau­sanne n’était plus régu­lée ; c’était, à pro­pre­ment par­ler, l’anarchie.

    On se serait atten­du à une cir­cu­la­tion tota­le­ment blo­quée, à de la taule frois­sée et à quelques solides empoi­gnades entre hel­vètes exas­pé­rés mais il n’en fut rien : la cir­cu­la­tion a rare­ment été aus­si fluide, il n’y a eu aucun accro­chage à déplo­rer et tout ceci s’est pas­sé dans la bonne humeur. Ce que nos voi­sins vau­dois ont vécu c’est une expé­rience de coopé­ra­tion sociale spon­ta­née et ce qui fait toute la valeur de cette expé­rience c’est qu’elle a eu lieu dans une ville de taille tout à fait res­pec­table sans être le moins du monde pré­vue par qui que ce soit. Et ça a mar­ché : le visage de l’anarchie rou­tière a été, pen­dant une grosse heure, celui d’une cir­cu­la­tion fluide, sûre et fon­dée sur la seule bonne volon­té des automobilistes.

    Aus­si sur­pre­nant que cela puisse paraître, l’idée selon laquelle une absence qua­si-totale de règle­men­ta­tion rou­tière serait supé­rieure à tout point de vue à notre arse­nal légis­la­tif actuel n’est pas vrai­ment nou­velle. Depuis des années déjà, des gens tout à fait sérieux défendent cette idée comme Hans Mon­der­man, un ingé­nieur de la cir­cu­la­tion hol­lan­dais qui a même eu l’occasion de la tes­ter en gran­deur nature dans la petite ville de Drach­ten aux Pays-Bas. Bilan des courses : non seule­ment la cir­cu­la­tion est par­fai­te­ment fluide mais le nombre d’accidents consta­tés dans les rues de Drach­ten a été divi­sé par quatre depuis que l’anarchie [1] y règne ; pié­tons, cyclistes et auto­mo­bi­listes y vivent en har­mo­nie, sans signa­li­sa­tion ni voies réser­vées. Depuis, plu­sieurs villes du nord de l’Europe s’y sont mises à leur tour : en Alle­magne, au Dane­mark et en Angle­terre, on éteint les feux de cir­cu­la­tion et on ne les ral­lume plus ; même le maire de Londres semble acquis à cette idée depuis quelques temps.

    Le fait est que, par­tout où l’expérience a été ten­tée, la coopé­ra­tion sociale spon­ta­née se révèle sys­té­ma­ti­que­ment plus effi­ciente et plus sûre que les sys­tèmes codi­fiés et coer­ci­tifs qui dominent aujourd’hui. Sachant qu’ils ne sont plus pro­té­gés par la signa­li­sa­tion, les gens roulent plus pru­dem­ment, res­tent atten­tifs à leur envi­ron­ne­ment, se montrent volon­tiers plus cour­tois et aban­donnent les com­por­te­ments dan­ge­reux induits par la signa­li­sa­tion elle-même [2]. L’absence de pas­sages pié­tons et de pistes cyclables laisse émer­ger une nou­velle hié­rar­chie où les usa­gers les plus fra­giles deviennent prio­ri­taires sans pour autant abu­ser de cette posi­tion. D’un sys­tème fon­dé sur une régu­la­tion arbi­traire du tra­fic, on passe ain­si à une auto­ges­tion infi­ni­ment plus souple, qui s’adapte d’elle-même au cas par cas et ne repose plus sur la contrainte mais l’intérêt bien com­pris de tous.

    C’est en tout cas ce que semble en avoir rete­nu M. Mat­they, le chef du Ser­vice lau­san­nois des routes et de la mobi­li­té, qui envi­sage la pos­si­bi­li­té de recon­duire l’expérience en le fai­sant exprès cette fois-ci. Ce qui est amu­sant [3] quand on y repense, c’est d’imaginer la réac­tion d’un élu local si quelqu’un avait eu l’idée sau­gre­nue de lui pro­po­ser de lais­ser ses admi­nis­trés s’ad­mi­nis­trer eux-mêmes : « Lais­ser les gens faire ? Mais vous n’y son­gez pas mal­heu­reux ! Ce serait l’anarchie ! »

    « Georges Kaplan »

    Source : http://​www​.contre​points​.org/​2​0​1​1​/​0​9​/​1​3​/​4​5​6​9​7​-​l​a​u​s​a​n​n​e​-​l​e​f​f​i​c​a​c​i​t​e​-​d​e​-​l​a​n​a​r​c​h​i​e​-​r​o​u​t​i​ere

    🙂

    Réponse
  2. Ana Sailland

    Oui bien sûr Mon­sieur Machiavel 

    Cela rejoint des réflexions que nous avons eues sur l’es­pace d’Étienne, concer­nant les com­pé­tences des uns et des autres, et sur­tout l’in­com­pé­tence poly­go­nale de ceux qui gou­vernent au XXI ème siècle, en se pré­ten­dant com­pé­tents, bien­veillants, et non sou­mis à cer­taines pressions.

    Cepen­dant, le Prince, celui de votre temps, qui n’est pas notre gou­ver­ne­ment *repré­sen­ta­tif*, ce prince là est mono­lithe en ce sens que toutes les cel­lules de son corps convergent pour « être un seul être », par cohé­sion natu­relle, fré­quentes schi­zo­phré­nies 😉 mises à part, alors que la foule et/ou le peuple, deux enti­tés pas tout à fait équi­va­lentes, car les mou­ve­ments de foule ne sont pas for­cé­ment les aspi­ra­tions du peuple , disons le corps social, est ato­mi­sé en une mul­ti­tude d’in­di­vi­dus qui ne consti­tuent pas par le miracle de l’a­gré­ga­tion un être indi­vi­dué, quoi­qu’on en dise par­fois, à l’oc­ca­sion de gran­di­lo­quences natio­nales ou nationalistes.

    Ce que j’é­cris n’est pas que cri­tique, car la mul­ti­tude, méca­ni­que­ment divi­sée, plu­rielle, poly­glotte, poly­logue, polyp­sy, peut éla­bo­rer des pen­sées moins entières et pro­pul­ser des choix moins défi­ni­tifs que ceux du Prince lors­qu’il est Maître unique. Ce point plaide en faveur du peuple.

    Ce corps social dis­per­sé en ses consti­tuants-indi­vi­dus qui tirent à hue et à dia aura de la peine à exha­ler le meilleur (à moins qu’au fil des siècles la conscience ou la supra­cons­cience ne soient culti­vées en lui, vaste sujet/programme …) ; et ceci plaide en faveur du Prince, qui s’il est éclai­ré et hon­nête (on peut rêver) sau­ra gou­ver­ner un bateau qui sans lui serait ivre.

    Mais jus­te­ment … la qua­li­té du prince est hypo­thé­tique, si bien que les lou­voie­ments du peuple sont peut être pré­fé­rables au mou­ve­ment rec­ti­ligne et uni­forme impul­sé par le Prince. Seule­ment « peut être » : car il est des cir­cons­tances ou la ligne droite est plus impor­tante que sa direction.

    Alors oui, il y a une sorte de match nul entre la gou­ver­nance par le prince et la gou­ver­nance par le peuple. Sauf que …

    Sauf que le peuple peut apprendre à se coor­don­ner : si la trans­mis­sion de pen­sée n’existe pas, la déli­bé­ra­tion peut la rem­pla­cer par­tiel­le­ment, au point de per­mettre l’a­vè­ne­ment d’une saine coor­di­na­tion qui d’une part évi­te­rait l’ex­cès de lou­voie­ment, et d’autre part et sur­tout, et c’est là l’im­mense supé­rio­ri­té du peuple sur le Prince, ren­drait impos­sible l’ex­ploi­ta­tion d’une par­tie du peuple par une autre par­tie du peuple (ça, le Prince ne sait pas faire : trop de ten­ta­tions pour un qui peut tout).

    Mais, d’outre tombe, Mon­sieur de Machia­vel, peut être pour­riez vous émettre l’i­dée que le gou­ver­ne­ment repré­sen­ta­tif est la médiane entre deux extrêmes, que ce sys­tème per­met de contour­ner la dif­fi­cul­té qu’il y a à inven­ter la déli­bé­ra­tion entre tous, en concen­trant entre peu de gens, bien choi­sis, le pou­voir du verbe asso­cié au Grand Œuvre du Neu­rone, que ce sys­tème per­met­trait la ligne droite, la capa­ci­té à flé­chir cette ligne chaque fois que néces­saire, que ce sys­tème, n’é­tant pas foule mais déjà nombre, inter­di­rait les méca­nismes qui donnent nais­sance aux obé­diences dominantes. 

    Que nen­ni, hélas, trois fois hélas, l’His­toire de ces der­niers siècles démontre que ces espoirs sont vains. D’outre tombe, par­cou­rez à ce sujet le forum d’E­tienne, vous ver­rez, il est d’une richesse épouvantable.

    Ain­si donc, quelques uns nous sommes, ici et ailleurs, qui plan­chons à décou­vrir (au sens d’ex­hu­mer, car l’i­dée fut incar­née autres fois) une autre voie, une autre tech­nique, per­met­tant de mettre en syner­gie pen­sées et talents de TOUS, sans oublier les espoirs et la gen­tillesse de tous. ça s’ap­pelle démo­cra­tie. Mais cer­tains n’en veulent pas, qui y per­draient quelques plumes. La bataille est rude. On l’a connue san­glante, hélas. Mar­cher sur des œufs avec vaillance n’est pas simple 🙂

    Réponse
  3. RHC

    AH l’a­nar­chie , ce mon­sieur V

    « Excu­sez mon intru­sion, vous avez peut être l’in­ten­tion de faire une pro­me­nade à moins que vous ne pré­fé­riez pro­fi­ter du paysage.Mais il est temps que nous ayons une petite dis­cus­sion, tous les deux. Ahhh.…mais j’ou­bliais que nous n’a­vons pas été présentés.

    Je n’ai pas de nom.Vous pou­vez m’ap­pe­ler V.

    -Madame Jus­tice voi­ci V.

    -V, voi­ci madame justice

    -Voi­là qui est fait savez-vous que j’ai tou­jours été l’un de vos plus fer­vents admi­ra­teurs ? Oh, je sais que ce que vous pensez…

    -Le pauvre gar­çon a le béguin, un amour d’adolescence…

    -Abso­lu­ment pas , Madame, il ne s’a­git pas de cela. Je vous admire depuis long­temps, bien que de plus loin​.Je vous regar­dais de la rue quand j’é­tais petit​.Je deman­dais à mon père:« Qui est cette dame ? ». Et il me répon­dais:« C’est la jus­tice. » Et je m’ex­cla­mais :« qu’elle est belle!« Ne pen­sez pas qu’il s’a­gis­sait d’un attrait phy­sique : vous n’êtes pas ce genre de femme.Non, je vous aimais comme une per­sonne, comme un idéal. Mais c’é­tait il y a bien long­temps, et j’ai main­te­nant quel­qu’un d’autre dans ma vie…

    -QUOI ? V ! QUELLE HONTE ! M’au­riez vous délais­sée pour l’une de ces catins, pour une coquine futile et bou­deuse, aux lèvres peintes et au sou­rire enjôleur.

    -MOI, madame ? per­met­tez-moi d’être d’un autre avis ! C’est votre infi­dé­li­té qui m’a conduit dans ses bras. Ha ha ! qui vous sur­prend ! Vous pen­siez que je n’a­vais jamais eu vent de votre aven­ture, mais je suis au cou­rant. je sais tout ! Fran­che­ment, je n’ai pas été sur­pris, quand je m’en suis aper­çu. Vous aviez tou­jours eu un pen­chant pour les uniformes.

    -Uni­forme ? mais je ne sais rien de cela mon cher V ! Je n’ai tou­jours aimé que vous…

    -MENTEUSE ! SALOPE ! PUTAIN ! Com­ment nier que tu l’as accueilli avec ses galons et ses bottes ? Alors ? Tu as per­du ta langue ? C’est bien ce que je pen­sais. Voi­là. Ton vrai visage est fina­le­ment dévoi­lé . Tu n’es plus ma jus­tice, main­te­nant. Tu as choi­si un autre amant. Eh bien on peut être deux à ce jeu.

    -AHHH ! HUNG ! Qui est-elle V ? Com­ment s’ap­pelle t‑elle ?

    -Elle s’ap­pelle ANARCHIE. Et c’est une mai­tresse bien meilleure que tu ne l’as jamais été ! Elle m’a appris que la jus­tice n’est rien sans la liber­té. Elle est hon­nête. Elle ne fait pas de pro­messes. Et ne les tra­hit pas. Tout ton contraire, JEZABEL. Adieu, donc, ma belle, notre sépa­ra­tion me pei­ne­rait même main­te­nant, si je ne savais que tu n’es plus la femme que j’ai aimée.Voici un der­nier cadeau que je laisse à tes pieds. (UNE Bombe en forme cœur)

    BOOOUUUUUUUUUMMMMMMMMM !

    Les flammes de la liber­té, si belles, si justes… ANARCHIE, joyau de mon cœur… »

    8)

    Réponse
  4. Luc Guthrie

    C’est n’est pas de Machia­vel que je vou­drais vous entretenir.

    C’est de la parole publique…

    Qu’est ce qui per­pé­tue la monar­chie abso­lue des pos­sé­dants ? La croyance abso­lue du petit peuple « Rien ne peut être chan­gé ». Qu’est-ce qui entre­tient cette croyance du petit peuple ? Jadis c’é­tait la force armée de la noblesse. Et main­te­nant ? La parole publique, la seule qui a voix au cha­pitre, elle s’ex­prime d’une seule voix, elle est le haut par­leur des pos­sé­dants, elle lui appar­tient, et elle module son récit : « Rien ne peut être chan­gé » mur­mure hyp­no­tique, sub­li­mi­nal, pérenne : l’ar­mée a été rem­pla­cée par les médias, et l’ar­mée ne revient en force que lorsque les médias ne suf­fisent pas…

    Ain­si, pour que tout devienne pos­sible, pour que tout puisse être chan­gé, il est essen­tiel : se détour­ner des médias, mesu­rer que c’est l’arme suprême des pos­sé­dants, la clé de voûte de leur monar­chie abso­lue, le geste hyp­no­tique chaque jour renouvelé.

    Bien sur, il faut aus­si savoir que ailleurs que dans l’intelligence patho­lo­gique de ceux qui veulent plus que plus sans toute autre consi­dé­ra­tion, il existe une autre clé : l’é­mer­gence de l’intelligence col­lec­tive ren­due pos­sible par la démo­cra­tie selon la voie tra­cée par l’an­ti­qui­té grecque.

    Réponse
  5. Memehuguette

    Bon­jour, Mon­sieur Chouard

    j.adhère a votre démarche, cepen­dant je sou­haite mettre ici un bémol au prin­cipe de la sagesse de la foule

    Voi­ci l.histoire que je rappelle

    Jadis dans la Grèce antique, en cas de pro­blèmes réels ou poten­tiels, on pro­cé­dait a la lapi­da­tion de per­sonnes malades ou fra­giles qu.on chas­sait hors du pays a coupe de pierres

    Ce qu.on appelle des vic­times expiatoires

    Ces per­sonnes sacri­fiées étaient des Phar­ma­kos, des Médi­ca­ments. En effet lorsque on exclut ou chasse des per­sonnes hors d.un groupe, il s,avère que le groupe va mieux, c,est une réa­li­té psychologique

    Lorsque le Phar­ma­co­ko était soit mort soit chas­sé par la foule, les indi­vi­dus allaient mieux.… Jusqu.a la prochaine.…

    Ain­si a Athènes on par­quait en quelque sorte soit des mal­fai­teurs soit des gens malades pour la pro­chaine lapidation…

    La lapi­da­tion n.était pas le fait du Prince car c.etait bel et bien la foule qui lapi­dait et se déchar­geait sur sur un seul.…

    Réponse
  6. Mike

    Mer­ci pour ce texte (ces deux textes). 

    Reli­sez le Prince en ayant à l’es­prit ce Machia­vel-ci, vous y ver­rez non un manuel de mani­pu­la­tion des foules des­ti­né au prince mais un vac­cin des­ti­né au peuple.

    Réponse
  7. Florence

    Meme­hu­guette,

    Petite virus(e) façon Étienne Chouard, et si je n’adhère qu’à une part du tra­vail (à fond pour le tirage au sort, je décroche dès lors qu’il s’a­git d’an­ti­ci­per et orga­ni­ser des pra­tiques démo­cra­tiques – y voyant une anti­thèse au pou­voir des citoyens et à son propre gou­ver­ne­ment, si toute expé­rience réelle et concrète, pré­sente ou pas­sée me pas­sionne – les Com­muns, par exemple – que les Bre­tons, connais­sions avant la main basse par­ti­cu­lière, et aus­si celle de la Révo­lu­tion), je lis avec inté­rêt votre remarque, et je sou­haite y réagir.

    René Girard a explo­ré cette dimen­sion sacri­fi­cielle de nombre de socié­tés (sacré, bouc-émis­saire, révo­lu­tion appor­tée par le chris­tia­nisme, selon lui).

    Il y a aus­si cette bou­tade d’une hel­lé­niste pur sucre ou ama­teur (J. de Romil­ly, M. Your­ce­nar ? je ne sais plus) qui peut faire mouche : les Grecs ne connais­saient pas non plus le coca – co… On peut tant leur reprocher.

    Pour en arri­ver à ce qui me pré­oc­cupe et beau­coup : je crains que le sacri­fice ne reste aujourd’­hui l’un des fon­de­ments de notre socié­té. Les manières ont chan­gé (mais les êtres se sont ou ont été domes­ti­qués – on nous dira ailleurs « civi­li­sés », tiens !).

    Je me demande d’ailleurs si la peur de la vio­lence phy­sique n’est pas l’une de nos muse­lières, et de nos œillères volon­taires actuelles les plus effi­caces pour notre propre asser­vis­se­ment… (en Occi­dent), tan­dis que toutes autres vio­lences sont à l’œuvre, déchaî­nées, quand les armes de des­truc­tion conti­nuent de faire sai­gner ou de radio-acti­ver les corps, hors fron­tières, loin s’il vous plaît…

    En pleine relec­ture et lec­ture de la pen­sée d’Annie Le Brun (Si rien avait une forme, ce serait cela, 2012, Gal­li­mard), je tends à pen­ser dans son sillon que le rem­pla­ce­ment de la reli­gion déiste par celle de la Rai­son (trans­fert au moment des Révo­lu­tions) n’a non seule­ment pas trans­for­mé les pra­tiques sacri­fi­cielles mais les a aggravées.

    Quand l’être humain peut deve­nir objet (objec­ti­va­tion au cœur des us scien­ti­fiques, puis tech­niques et tech­no­lo­giques main­te­nant) et que cette pos­si­bi­li­té immense de prise de pou­voir est ins­ti­tuée comme valeur suprême, quand la néga­ti­vi­té humaine est elle-même réab­sor­bable par le Pro­grès, indé­fi­ni­ment (tou­jours un meilleur un mieux / à une situa­tion ini­tiale), que de déchets de conserve, et la perte, la fuite, l’é­va­nouis­se­ment de tant d’autres dimen­sions humaines et vitales…

    J’en arrive à me deman­der s’il ne fau­drait pas abor­der la vie sociale comme le REFUS DU MAL avant tout, le bien ame­nant pos­si­ble­ment à l’ex­clu­sion, au sacri­fice, d’une per­sonne, de plu­sieurs, de beau­coup, au nom de la com­mu­nau­té, des autres, de la majo­ri­té, ou d’un seul qui « vau­drait » beau­coup (la com­pé­ti­tion, c’est cela). Tout cela me paraît tel­le­ment déli­cat. Puis­qu’il en va de la vie, et de notre pou­voir sur elle, incroyable désor­mais, nos moyens si éten­dus, et au com­bien de des­truc­tion… (Le mal est peut-être plus facile à définir ?)

    La ques­tion de la TAILLE DES COMMUNAUTÉS HUMAINES me paraît éga­le­ment fon­da­men­tale, au temps de la glo­ba­li­sa­tion, des oli­gar­chies trans­na­tio­nales, de l’Eu­rope, ceci dit sachant que l’é­troi­tesse d’une micro-socié­té peut être tout aus­si irres­pi­rable, selon les contrôles et les coer­ci­tions exercés.

    J’ai sou­ve­nir d’un acte de décès consul­té lors de recherches en archives dépar­te­men­tales : décès d’une fille-mère et de son bébé, dans une com­mune cam­pa­gnarde, fin 19e siècle : le dénue­ment com­plet, trou­vées mortes, sans famille, sans ami… Quel­qu’un avait eu le « cou­rage » d’of­fi­cia­li­ser leur mort. Intouchables.

    Et com­ment pen­ser l’in­di­vi­du dans cette vie sociale ? Et dans une démo­cra­tie véri­table. L’in­di­vi­du est faci­le­ment décrié, l’in­di­vi­dua­lisme est cri­ti­qué, pour­tant la réa­li­té de l’in­di­vi­du, sa sou­ve­rai­ne­té ne peuvent se voir trop décriées s’il s’a­git de démocratie…

    Quand je regarde les ani­maux en situa­tion sau­vage, le monde « natu­rel » si tant est qu’il le soit, à la toute petite dimen­sion où je me trouve, je suis sur­prise de la liber­té et du bon­heur de vivre qui y perce, que j’y conçois aus­si. Faut-il par­ler de sacri­fice à la mort d’une sou­ris, laquelle peut aus­si faire face et affron­ter le chat jus­qu’au bout, et finir par échap­per aux griffes mor­telles ? Quant aux nôtres, de liber­té et de bon­heur de vivre (droit de vivre) ? Liber­té d’a­che­ter, et de choi­sir entre une poire et une pomme (M. Houel­le­becq). Encore faut-il même avoir de quoi se payer la pomme ou la poire (pleine de pes­ti­cides, et de polo­nium pour les pas chères !).

    Ce conci­toyen qui s’est immo­lé, dans les ser­vices d’ac­cueil public d’une Caf de la région pari­sienne : qu’est-ce, outre un geste déses­poir, et un geste poli­tique comme celui du phar­ma­cien grec deve­nu retrai­té sans le sou ? Un sacri­fié assu­ré­ment, comme tant d’autres per­sonnes, ici, et par­tout, et déjà sacri­fiées, avant de se don­ner la mort, ou de la subir.

    Et du mal demain tout proche ? De par l’a­veu­gle­ment, en croyant échap­per à la condam­na­tion et à la vio­lence brute ?

    http://​www​.maxis​ciences​.com/​t​e​r​r​e​/​u​n​e​-​e​t​u​d​e​-​p​r​e​d​i​t​-​l​a​-​f​i​n​-​d​e​-​n​o​t​r​e​-​p​l​a​n​e​t​e​-​a​v​a​n​t​-​l​-​0​3​9​-​a​n​-​2​1​0​0​_​a​r​t​2​5​6​3​4​.​h​tml

    Réponse
  8. Memehuguette

    Luc Guthrie
    Je lis avec atten­tion votre post
    Je crois que la démo­cra­tie mise en place dans l.antiquité grecque doit être lue avec pru­dence, je n,en suis pas une spé­cia­liste et certes il me faut m,informer plus à ce sujet
    Il semble bien tou­te­fois que cette démo­cra­tie ait eu pour zones d.ombres le pro­to­cole du Phar­ma­kos que j.évoque ci- dessus
    Dans ce cas je doute d.un éveil de l.intelligence col­lec­tive.… A dia­lo­guer bien sûr tout au long de nos posts, bien à vous
    -
    Mike
    Vous évo­quez le prin­cipe d.un vac­cin des­ti­né au peuple ??? Pour l.instant je suis juste inter­pe­lée par cela…
    Nous en repar­le­rons a d.autres occasions
    Bien a vous

    Réponse
  9. Morpheus

    @ Meme­hu­gette

    Je ferais remar­quer, à pro­pos de la tra­di­tion du bouc émis­saire que vous (d)énoncez, qu’on peut éga­le­ment l’ob­ser­ver dans une meute de loups. En effet, en dépits de l’ex­trême loyau­té que les loups d’une même meute montre entre eux, et de leur col­la­bo­ra­tion, on observe tou­jours qu’il s’y trouve un souffre dou­leur, un membre de la meute qui est mis à l’é­cart, subit les agres­sions de ses congé­nères, est tou­jours le der­nier à avoir sa pitance, bref, est la « tête de turc » de la meute.

    La chose existe chez les ani­maux, et comme les humains sont aus­si des ani­maux (ne leur déplaise), cette « tra­di­tion » s’y per­pé­tue aus­si. Ce qui tend à démon­trer qu’en dépit de ses « mœurs civi­li­sées » – je devrais plu­tôt dire « à cause de » – l’a­ni­ma­li­té demeure un élé­ment consti­tu­tif de l’homme. Et ce ne sont pas quelques règles morales ou éthiques (ou reli­gieuses) qui chan­ge­ront cette donne.

    Le truc, à mon avis, serait plu­tôt de com­prendre quel est le (ou les) besoin(s) fon­da­men­taux qu’ex­priment ces ins­tincts, afin de cher­cher, non pas à les refou­ler par quelques règles de morales ou quelques inter­dits (refou­ler crée des névroses et des psy­choses), mais y répondre de manière adé­quate, sans que cela ne nuise à autrui (en par­ti­cu­lier un faible ou un inno­cent). Cette démarche – com­prendre les besoins fon­da­men­taux de telle ou telle atti­tude – néces­site de renon­cer aux juge­ments de mora­li­té ; il faut voir dans tel ou tel com­por­te­ment une réac­tion à un manque, une quête incons­ciente et le plus sou­vent condi­tion­née par le contexte socio­cul­tu­rel de réponse à un besoin non dit mais réel.

    Cor­dia­le­ment,
    Morpheus

    Réponse
  10. Robert Spire

    L’in­di­vi­du est la chance de la col­lec­ti­vi­té et vice ver­sa, l’His­toire regorge d’exemples (comme le montre ce site): lire « De l’in­di­vi­sua­lisme révo­lu­tion­naire » d’A­lain Jouffroy.

    Réponse
  11. Florence
  12. mehdi

    Le prince en étant iso­lé à prendre les déci­sions et bien plus conscient que la foule, la foule elle est tout sim­ple­ment inconsciente.
    Le prince pense sur le long terme…la foule pense juste sur l’immédiat.
    Le prince n’a besoin de per­sonne pour réfléchir…la foule à besoin d’un meneur, un guide…un prince, l’un sans l’autre…ils ne sont rien, une rup­ture de contrat avec le prince ou d’un contrat social, celà pour­rait bien être le levia­than de hobbes.

    Réponse

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