Dette, processus constituant et souveraineté
C’est le titre des trois jours de débats À TUNIS où je suis gentiment invité, mardi après-midi, pour parler du lien entre « Démocratie et processus constituant », mais cette fois, si possible, de façon interactive : les participants sont invités à lire deux ou trois documents avant de venir, pour que nous réfléchissions presque directement aux articles qui manquent dans toutes les constitutions du monde en général et dans celle de la Tunisie en particulier (après une courte introduction/rappel sur le rôle et l’importance de la Constitution et du processus constituant).
Le titre donné à ces journées me fait penser que notre travail ici commence à faire des petits (je viens de recevoir un mail d’un autre pays africain qui me signale que ça germe bien là-bas aussi). Il y a quelques années, personne, absolument personne, ne parlait de « processus constituant ». On évolue.
Le programme :
L’événement Facebook :
http://www.facebook.com/events/251776688265545/
Les documents que je propose à l’étude préalable :
• La constitution tunisienne ancienne (celle que l’actuelle assemblée constituante est en train de remplacer).
Comme à Lyon (le 5 mai), j’aimerais « mettre les mains dans le cambouis » avec les auditeurs, et examiner une dizaine de principes essentiels, puis les articles qui, concrètement, respectent ou violent ces principes, et comment.
Faute de temps, nous pourrions nous concentrer sur la pièce maîtresse d’un gouvernement représentatif non tyrannique : le RIC, référendum d’initiative citoyenne : voir ce qui se fait en Suisse, en Italie, au Venezuela, aux États-Unis… et réfléchir ensuite ensemble à ce que les Tunisiens pourraient écrire eux-mêmes, à partir du Plan C si ça simplifie les choses ou ex nihilo…
J’ai hâte de rencontrer les Tunisiens.
Étienne.

Enthousiasmant
Nos dogmes (ceux dont nous-mêmes souffrons)ayant participé au détournement des révolutions récentes, tout signe de libération mentale est réjouissant.
…et réfléchir ensuite ensemble à ce que les Tunisiens pourraient écrire eux-mêmes, à partir du Plan C si ça simplifie les choses ou ex nihilo…
Est-ce possible qu’un autre pays que la France utilise le site du planC pour écrire-eux même leur constitution ainsi qu’utiliser le forum ?
Merci de répondre, je suis Québécois et cet outil manque énormément à nos débats, discution, consensus et à l’établissement de notre nouvelle constitution.
Des forces sont en développement afin d’établir une démocratie ici et nous souverions beaucoup de temps à pouvoir utiliser le site du Plan C et sa structure..
Merci.
Cher Loan,
Il me semble que le Plan C est pensé loyalement avec un tel souci permanent du bien commun, vraiment, qu’il est par-là même universel (mais sans forcer personne) et pas du tout limité à un État ou un autre.
C’est très immodeste, sans doute, mais se donnerait-on tant de mal pour un projet autre qu’enthousiasmant ?
Il est (et il gagnera grandement à être) également exposé aux critiques et aux améliorations de la part de tous les humains du monde, naturellement.
Les idées appartiennent à ceux qui s’en emparent, m’a appris Michel (Onfray).
Bien à vous.
Étienne.
Etienne, c’est merveilleux.
Sentir ainsi combien les choses avancent dans le bon sens fait chaud au coeur.
Ton rôle est essentiel dans ce processus, tu peux être fier de toi, ta modestie dût-elle en souffrir (tant pis pour elle).
Embrasse pour moi les Tunisiens.
Bonjour M. Chouard,
J’aimerais prendre tout ce commentaire pour vous offrir mon immense gratitude et mes remerciements pour le partage de vos sciences et consciences, mais la recherche de mot et de compliments m’éloigneraient de la raison qui me pousse à continuer un point qui est débuté dans votre conversation avec Ioan.
Je suis Québécois moi aussi et j’aspire plus que tout à cette démocratie universelle où les peuples de la Terre se concerteront à l’international pour mieux agir au local tout en préservant leurs diversités par ce consensus d’avoir la liberté d’être eux-mêmes.
Cependant, c’est de la transition entre cette meilleure approximation de la démocratie et celle des vieux partis en place qui est en cause pour nous au Québec, nous sommes un peuple très divisé en ce moment et les médias ne nous aident vraiment pas dans leur propagande gauche centrée droitiste…
Nous sommes très nombreux à nous réveiller sur le sens démocratique dans sa vraie définition, mais je crois que nous avons besoin d’un terrain d’essai pour apprendre à mieux nous concerter et de réaliser que nous ne sommes pas si différents que ça, avant que les mécanismes et la relève citoyenne prenne de la vigueur politique et que nous formions ce partage complètement avec vous,
Alors pour l’instant le mieux que vous puissiez faire pour moi, c’est déjà fait !
Alors, je vais participer à ce site en tant que citoyen du monde
Et je vous serai encore plus reconnaissant si vous nous permettiez de commencer à décortiquer et repenser la démocratie québécoise sur le plan C.
Je ne pourrais dire en quoi cela consiste vraiment, mais le permettez-vous ?
Bien sûr, Michael 🙂
Si vous voulez agir sur le wiki, je vous conseille de ;
- commencer par remplir votre propre page (celle qui correspond automatiquement à votre identifiant sur le wiki) avec vos premières idées d’articles (il y a de l’aide et un ‘bac à sable’ pour s’exercer),
- de signaler ces idées nouvelles une à une sur le forum,
- et d’incorporer ensuite, progressivement, les idées nouvelles qui semblent utiles dans le pot commun « constitution nationale ».
Au plaisir de vous lire.
Étienne.
@ tous les Québécois
J’ai pu observer à quelques occasion qu’il existe au Québec une tradition du consensus et du dialogue qui pourrait largement en montrer à beaucoup (notamment aux français).
Il semble que cette tradition soit fortement mise à mal par le gouvernement de droite actuel, qui se montre ouvertement arrogant et méprisant à l’égard du peuple. Il me semble évident qu’il s’agit d’une offensive contre la liberté et contre le peuple Québecois lui-même, et le soulèvement des étudiants montre à quel point ceux-ci se sentent (à juste titre) agressés et indignés par cette fronde du pouvoir.
Or, précisément, cette tradition du consensus est sans doute une des principales force du peuple québecois pour réussir à mettre en œuvre un projet constituant qui instaure une véritable démocratie. Hélas, je crains qu’un tel projet ne puisse voir le jour sans que le Québec ne gagne son indépendance du Canada et de la Couronne Britannique.
En tous cas, sachez que le Plan C est un outil universel, comme le précise Étienne. N’hésitez surtout pas à en faire usage, à y participer et à le diffuser. D’ailleurs, il y a fort à parier que le moment soit idéal, au Québec, pour diffuser les idées démocratiques qu’il porte, en particulier parmi les étudiants et enseignants. Au plaisir de vous lire et d’échanger avec vous.
Cordialement,
Morpheus
Ne vous en faites pas, pour nous au Québec. Je suis avocat à la retraite, indépendantiste et ouvert à la démocratie directe, délibérative et participative. Je suis membre de la commission politique d’Option Nationale, un nouveau parti indépendantiste et je salue l’arrivée de la Coalition pour la constituante, un nouveau parti qui « ne veut pas le pouvoir, mais veut le remettre au peuple » Tous les partis « souverainistes » – moi j’aime mieux le mot « indépendantistes » ont à leur programme la mise sur pied d’une constituante citoyenne, mais très peu prônent ouvertement le tirage au sort.
Option Nationale, par contre, a aussi une proposition dans son programme officiel qui prône la création d’une commission nationale de la démocratie participative. Je me sers beaucoup du site d’Étienne pour faire connaître ses idées et un jour ou l’autre on trouvera bien un moyen – et des sous – pour l’inviter chez nous.
Pierre Cloutier ll.m
avocat à la retraite
[email protected]
Bonsoir misérables électeurs,
Il est bien dommageable que nos amis tunisiens aient d’ores et déjà élu leur AC… Un petit tirage au sort aménagé façon compétition d’arts martiaux leur aurait fait le plus grand bien, je suppose.
A la prochaine révolution (je retourne mon pantalon), où qu’elle se produise, je catapulte directement Etienne dans le pays concerné avant qu’ils n’aient eu le temps de faire quoi que ce soit de fâcheux pour la suite.
Ma plus grande considération et des salutations amicales à Monsieur Chouard et sa joyeuse bande de virus.
Bien chers et motivants virus,
en suivant la métaphore informatique, il m’est venu une idée très opératoire pour abonder dans ce qu’il nous est donné de dé-couvrir. C’est l’idée du « système d’exploitation » (OS : Operating System).
Définition : « Un système d’exploitation est le programme qui, après avoir été initialement chargé dans l’ordinateur, dirige tous les programmes de l’ordinateur ».
Je constate une difficulté énorme auprès des personnes qui sont dans mon environnement proche, lorsque je tente de partager ce que l’on dé-couvre, pour qu’ils dé-couvrent à leur tour de quoi s’agit-il, le fin bout du fil étant la nécessité absolue du processus constituant. C’est que le paradigme du gouvernement (faussement « représentatif », dans lequel l’immense majorité des serfs devenus « électeurs » donnent tous les pouvoirs à ceux qui l’ont déjà (parce qu’ils sont les meilleurs, parce que ce sont eux qui ont les moyens d’occuper l’espace médiatique pour nous le répéter à satiété), et bien ce paradigme a fini par être INTÉRIORISÉ (introjecté, qu’on dit en psychanalyse).
Autrement dit, la logique propre de ce paradigme a formaté la structure de pensée et donc : Il n’y a pas de « espace disque » chez nos confrères « électeurs » pour traiter une information qui ne relève pas de leur système d’exploitation, qui est celui du gouvernement (faussement) « représentatif », fondé sur l’élection, des « meilleurs » (parce qu’ils ont avec eux LES pouvoirs financier, médiatique, culturel, etc.).
L’idée en somme est que non seulement l’organisation du vivre ensemble du monde actuel est fondée sur cet OS (Operating System, système d’exploitation), mais que les individus l’ont intériorisé à un tel point qu’ils ne sont plus en mesure de traiter des informations qui ne rentrent pas dans la grille de lecture fournie par le OS.
L’idée en somme, est que la rédaction d’une autre constitution équivaut à la mise en place d’un nouveau OS (Système d’Exploitation). Et cela comporte des implications : tout « aménagement » à l’intérieur du OS actuel (l’élection) NE POURRA RIEN CHANGER, puisque « l’architecture informatique » mise en place il y a 200 ans par les financiers et les possédants de l’époque fut conçue pour pérenniser et accroître leur pouvoir, le pouvoir de ceux qui désormais seraient élus par des élections qu’ils financeraient.
Finalement, bien chers et motivants virus, il s’agit avant tout de parvenir à une masse critique de « unités d’allocation » informatiques qui, à l’intérieur de l’ordinateur sociétal cessent de croire automatiquement aux commandes, aux « impératifs », aux « vérités en soi et per se » que dicte un OS qui arrive à sa date de péremption. Car, comme chacun sait, les OS ont une durée de vie limitée…
@ Luc Guthrie
Je partage votre analyse métaphorique du système. Ce n’est d’ailleurs pas par hasard que j’ai opté pour le pseudo de Morpheus …
Le système au sein duquel nous vivons est pareil à la Matrice du film éponyme :
« La Matrice est universelle. Elle est omniprésente. Elle est avec nous ici, en ce moment même. Tu la vois chaque fois que tu regardes par la fenêtre, ou lorsque tu allumes la télévision. Tu ressens sa présence, quand tu pars au travail, quand tu vas à l’église, ou quand tu paies tes factures. Elle est le monde qu’on superpose à ton regard pour t’empêcher de voir la vérité.
La matrice est un système, et ce système est notre ennemi. Quand on est à l’intérieur, qu’est-ce qu’on voit partout ? Des hommes d’affaires, des enseignants, des avocats, des architectes. C’est avec leur esprit qu’on communique pour essayer de les sauver, mais en attendant, tous ces gens font quand même partie de ce système. Ce qui fait d’eux nos ennemis. Ce qu’il faut que tu comprennes, c’est que pour la plupart ils ne sont pas prêts à se laisser débrancher. Bon nombre d’entre eux sont tellement inconscients et désespérément dépendants du système, qu’ils vont jusqu’à se battre pour le protéger. »
D’une certaine manière, toutes les personnes qui se retrouvent ici sont comme ces humains débranchés, libérés de la Matrice dans le film. Comme Neo, nous étions habités par un savoir. Nous savions que quelque chose ne tourne pas rond, sans trop savoir quoi. Comme une écharde dans notre esprit. C’est ce savoir qui nous a mené jusqu’ici.
Effectivement, l’analogie avec un OS est bonne, car les êtres humains ont cette particularité fondamentale qu’ils possèdent tous une faculté innée d’adaptation à leur milieu. C’est cette faculté instinctive qui leur permet de perpétuer l’espèce.
Instinctivement, l’être humain s’adapte donc au milieu socioculturel au sein duquel il évolue, de telle sorte qu’il puisse trouver dans la société ce dont il a besoin : nourriture, reconnaissance, sécurité, etc. Il adopte donc également les critères comportementaux et les croyances qui lui sont imposés dès sa naissance, puisque c’est à travers ces critères qu’il trouvera une place dans la société.
Donc, pour être plus précis, l’OS que vous évoquez n’est pas uniquement formé par le système de gouvernement, mais par l’ensemble des éléments socioculturels qui soutiennent son existence, autrement dit : des croyances issues de mythes.
La bonne nouvelle, c’est que le contexte socioculturel dans lequel nous évoluons n’est pas une fatalité. Comme toute chose dans l’univers, ce contexte est voué à évoluer, à changer, à s’adapter. Nous avons donc la possibilité de faire évoluer ce contexte — de le reprogrammer. À la manière d’un système open source.
Cependant, le contexte politique et socioculturel est, comme Windows ou MacOS, verrouillé. Il n’est pas « open source ». Il faut donc le cracker, le pirater, le rendre vulnérable.
Pour faire prendre conscience aux gens de la nature prédatrice du système, il s’agit de parvenir à les faire toucher — par eux-mêmes — les incohérences du système. S’ils perçoivent ces incohérences, celles-ci agiront dans leur esprit de la même manière que l’écharde mentionnée ci-dessus.
Mais la chose n’est ni facile ni sans danger. L’esprit résiste, de toute ses forces, car il perçoit le changement de paradigme comme une menace à sa structure. L’esprit humain assimile ce qu’il croit depuis toujours à ce qui constitue son identité, et dès lors, tout ce qui est susceptible de faire vaciller ces/ses croyances structurelles sont vécues comme une menace, d’où les résistances.
À ce stade, il n’y a guère que deux voies qui s’offrent à une personne en situation de prise de conscience : soit le repli identitaire (la fuite) — la pilule bleue ; soit le renversement de valeur individuel (le combat) — la pilule rouge. Mais cette seconde solution implique une période de crise, d’adaptation, de désillusion — au sens propre du terme.
Cordialement,
Morpheus
J’apprécie l’image du système d’exploitation, par Luc. Image parfaitement adaptée à la systémique de notre société
L’avant dernier paragraphe de Morpheus (et pas que ce seul paragraphe hein) également ->
Face à l’angoisse, métaphysique ou autre, l’individu « standard » (sans mépris), quasi pour survivre, a besoin d’un système de croyances et d’illusions aptes à le stabiliser, dans l’erreur s’il le faut, c’est le prix à payer pour être protégé de l’aventure et de ses dangers potentiels. C’est pourquoi toute idée radicalement extérieure à l’erreur institutionnelle/consensuelle aura tant de peine à franchir le mur du refus. Dans le lot, la réelle démocratie, directe (c’est un pléonasme), le tirage au sort, le RIC, la décroissance, le revenu inconditionnel, la civilisation de l’altruisme, l’écologie, le respect de la vie universelle … et j’en passe.
Dette : 5 000 ans d’histoire
par David Graeber (LLL)
http://www.editionslesliensquiliberent.fr/f/index.php?sp=liv&livre_id=73