Rendez-vous ce soir, de 21 h à 22 h, sur opi​news​.com, avec Yvan BACHAUD, pour parler du RIC, référendum d’initiative populaire

19/06/2012 | 65 commentaires

Chers vous tous 🙂

Ren­dez-vous dans une demi-heure (de 21 h à 22 h) sur Opi​news​.com :

http://​opi​news​.com/

Ce soir, à côté des ques­tions que vous vou­drez sans doute poser, j’ai­me­rais gar­der une petite place pour YVAN BACHAUD, ardent mili­tant pour le RIC, réfé­ren­dum d’i­ni­tia­tive citoyenne, ins­ti­tu­tion cen­trale et déci­sive, tout à fait essen­tielle pour carac­té­ri­ser une démo­cra­tie digne de ce nom.

Le site du RIC (avec plein de vidéos inté­res­santes) :
http://​www​.ric​-france​.fr/

J’au­rais dû vous en par­ler avant, je suis débor­dé, par­don ; mais cette pre­mière ren­contre impromp­tue ne nous empêche pas de pro­gram­mer un « SPÉCIAL RIC » pour mar­di pro­chain, 26 juin, avec Yvan => d’i­ci là, je vous enver­rai un ou deux résu­més en texte et deux ou trois bonnes adresses, pour bos­ser un peu le sujet avant 🙂

Disons que l’in­ter­ven­tion d’Y­van ce soir serait une sorte d’a­pé­ri­tif, pour com­prendre, en gros, à la fois l’im­por­tance et l’o­ri­gi­na­li­té de ses pro­po­si­tions en matière de démocratie.

J’ai­me­rais bien que SITOUAILLAIN et SANDY viennent croi­ser le fer avec YVAN : « pour ou contre une assem­blée consti­tuante tirée au sort ? » 🙂

J’ai déjà expli­qué à Yvan que je trou­vais l’al­ter­na­tive défen­due par Sitouaillain inté­res­sante et utile, et que ce débat (sur la meilleure pro­cé­dure pour garan­tir un pro­ces­sus consti­tuant sans conflits d’in­té­rêts contraires à l’in­té­rêt géné­ral) était impor­tant, à mener comme il faut dès qu’on le pourra.

À tout à l’heure 🙂

Étienne.

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Étienne

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65 Commentaires

  1. sitouaillain

    Étienne

    bon bah c’est raté et ce mar­di, ça ne sera pas non plus possible !

    mais je connais le tra­vail d’Y­van, et sur bien des points nous sommes en accord et j’ai bien aimé ce que tu as dit, je crois à Lyon, sur cette chambre tirée au sort d’en­re­gis­tre­ment des ini­tia­tives citoyennes qui éva­cue de fait le débat sur le nombre de signa­tures néces­saires pour une péti­tion récla­mant un réfé­ren­dum, et éva­cue le débat sur la légi­ti­mi­té de ceux qui for­mulent les termes de la ques­tion, etc ;

    et je m’a­per­çois à l’ins­tant qu’A­na Sailland est sur le même type de réflexions.

    enfin, je tiens juste à signa­ler que la ques­tion pour moi n’a jamais été pour ou contre une assem­blée consti­tuante tirée au sort, ni même pour ou contre une assem­blée consti­tuante tout court, mais bien pour ou contre un pro­ces­sus constituant,

    ce qui est la manière la plus consen­suelle pos­sible que j’ai trou­vé pour poser la ques­tion, dans le sens où elle évite d’emblée de cir­cons­crire le pro­ces­sus au seul soin d’une assem­blée repré­sen­ta­tive, et où elle évite de poser telle forme de repré­sen­ta­tion comme intrin­sè­que­ment supérieure ;
    et que cette ques­tion per­met, de fait, d’u­nir dans le débat (et dans l’ac­tion) du côté « pour » tous ceux qui ne veulent pas entendre par­ler de repré­sen­ta­tion, tous ceux qui ne veulent pas entendre par­ler de tirage au sort, et tous ceux qui ne veulent pas entendre par­ler d’élection,

    et ma pro­po­si­tion ne vise qu’à dépas­ser cer­taines diver­gences, et des pro­blèmes de contexte, notam­ment sur le « qui ini­tie » ou le « com­ment ini­tier » même si j’a­voue que cette pro­po­si­tion se base sur mes propres pré­fé­rences pour la par­ti­ci­pa­tion du plus grand nombre aux déci­sions qui les concernent,

    à savoir que la fic­tion qui consiste à croire que les hommes peuvent se sou­mettre de leur plein gré au conte­nu arbi­traire d’un texte est d’au­tant plus puis­sante que cha­cun aura pu avoir le sen­ti­ment ou la pos­si­bi­li­té d’en être l’au­teur et le garant,

    et en même temps, je recon­nais que la par­ti­ci­pa­tion est un enga­ge­ment, au sens où la poli­tique et la liber­té n’ont de sens qu’à tra­vers cet enga­ge­ment, de sorte que je cher­chais à résoudre pour cet acte fon­da­teur qu’est la consti­tu­tion, la contra­dic­tion de la repré­sen­ta­tion, qui, en cir­cons­cri­vant le pro­ces­sus consti­tuant dans une assem­blée repré­sen­ta­tive, exclut de fait tous ceux qui sont prêts à s’en­ga­ger, en même temps qu’elle auto­rise la repré­sen­ta­tion de ceux qui ne veulent pas vrai­ment s’en­ga­ger et se satis­font d’y avoir un élu ou un homo­logue tiré au sort, pen­dant qu’ils vaquent à « leurs » affaires…

    du coup, ayant une pré­fé­rence pour les pro­cé­dures qui per­mettent à la base de conser­ver la maî­trise et notam­ment d’é­va­cuer autant que faire se peut le pro­blème de la média­ti­sa­tion des débats, j’en étais ame­né à poser la réunion locale de citoyens enga­gés pour ce pro­ces­sus comme l’en­ti­té sou­ve­raine, et le lieu de com­mu­ni­ca­tion des citoyens entre-eux,

    et je ne posais la ques­tion tech­nique des pro­cé­dures de coor­di­na­tion que comme des options rele­vant de la stricte sou­ve­rai­ne­té des assem­blées locales, en tant qu’elles sont libres de choi­sir la méthode de sélec­tion de leurs ambas­sa­deurs, le point non négo­ciable étant sim­ple­ment dans leur révo­ca­bi­li­té et le conte­nu semi-impé­ra­tif de leur man­dat…dans ce contexte le tirage au sort deve­nait pour moi un moyen de dépar­ta­ger des ambas­sa­deurs qui se valent, mais je ne pen­se­rais jamais que tous les citoyens se valent pour exer­cer ce rôle… et tant pis pour ceux qui le pensent 😉

    et le tirage au sort per­met­tait aus­si de dési­gner un col­lège de contrô­leurs du pro­ces­sus, au sens d’au­to­ri­té impar­tiale, qui n’est pas repré­sen­ta­tive, mais sim­ple­ment légi­time car impar­tiale, elle peut donc être res­treinte à quelques dizaines de membres, car elle n’é­tait conçue que comme un jury enre­gis­trant d’é­ven­tuelles plaintes ou dys­fonc­tion­ne­ments, et per­met­tant à des citoyens mis à l’é­cart par le méca­nisme des assem­blées de sou­mettre une proposition.

    mais, de toute façon, si ma pro­po­si­tion ne convient pas ; à par­tir du moment où le pro­ces­sus serait enga­gé de manière hété­ro­nome par rap­port au corps citoyen, la ques­tion du rap­port entre l’as­sem­blée consti­tuante et les citoyens se pose­ra, de même que la ques­tion des formes légi­times par les­quelles les citoyens peuvent peser sur le conte­nu des débats de l’as­sem­blée sera posée.

    et de toute façon, sans un pro­ces­sus qui soit aus­si un temps col­lec­tif de décon­di­tion­ne­ment et de réflexions pro­fondes, ou bien c’est le conte­nu du texte qui sera le reflet des rap­ports de force et d’in­fluence en pré­sence avant la for­ma­tion de l’as­sem­blée ou c’est le résul­tat du réfé­ren­dum d’ap­pro­ba­tion… à savoir il n’y aura un tel pro­ces­sus que si les rap­ports de force ou d’in­fluence nous sont favo­rables pour enclen­cher ce pro­ces­sus, mais, si cela ne se fait pas dans une sorte d’ef­fer­ves­cence révo­lu­tion­naire au cours de laquelle la majo­ri­té des citoyens se défont de cer­tains car­cans men­taux, la défé­rence habi­tuelle à l’ordre domi­nant primera.

    en somme, ce qui pour moi est le plus impor­tant, s’il devait y avoir assem­blée consti­tuante, ce n’est pas for­cé­ment la pro­cé­dure par laquelle est peu­plée l’as­sem­blée consti­tuante mais bien ce qui se passe avant qu’on en arrive là,

    ce qui, entre autres choses, veut dire qu’il n’y a pas d’illu­sions à se faire sur le tirage au sort si l’ul­tra­ma­jo­ri­té à l’as­sem­blée sont des Étienne Chouard d’a­vant 2005, convo­qués par son altesse séré­nis­sime… par exemple si elle annon­çait qu’on tire au sort ou qu’on élit le mois prochain !

    Per­sonne ne me fera croire qu’un peuple qui ne veut pas le pou­voir pour­rait accou­cher d’autre chose que d’une consti­tu­tion qui res­pecte cette volonté.

    et là où il doit y avoir débat entre nous tous, c’est plu­tôt sur la valeur heu­ris­tique d’une expli­ca­tion mono­cau­sale du social et de l’his­toire. En tous cas pour moi, non seule­ment La Cause des Causes n’est pas à recher­cher dans l’é­lec­tion, ça n’est qu’une consé­quence, non seule­ment par­ler de « l’é­lec­tion » en géné­ral et des « élus » en géné­ral n’a pas vrai­ment de sens, mais c’est bien plus la recherche d’une unique cause qui est une impasse.

    et au-delà de la valeur heu­ris­tique, expli­ca­tive, de ce genre d’ex­pli­ca­tion, quelle serait sa valeur mobi­li­sa­trice et éman­ci­pa­trice, dans le sens où j’en­tends bien qu’un peuple igno­rant ne sache se révol­ter autre­ment que contre quelques boucs émis­saires, et cela va de soi, il est pré­fé­rable qu’il désigne « les riches » ou « les élus » plu­tôt que « les assis­tés » ou « les immi­grés » voire un pays voisin,

    en revanche, dési­gner les boucs émis­saires ou les com­plots comme expli­ca­tion suf­fi­sante, revient à se pri­ver d’une com­pré­hen­sion des effets de sys­tème, or cha­cun sait qu’il ne suf­fit pas de dénon­cer les hommes comme res­pon­sables des inéga­li­tés hommes-femmes pour deve­nir une femme auto­nome… tant qu’il y aura des femmes qui se plai­ront à être diri­gées ou ne vou­dront pas se dépar­tir d’un ensemble de traits spé­ci­fiques à des êtres voués à res­ter domi­né, il y aura des machos… et inversement !

    à sup­po­ser que nous soyons dans un long che­min de sor­tie de l’hé­té­ro­no­mie, il est bien évident qu’entre deux expli­ca­tions de type hété­ro­nomes, celle qui consiste à rendre les riches, l’é­lec­tion et les élus res­pon­sables de nos maux vaut mieux que celle qui consiste à dire « dieu l’a voulu »,

    pour autant, ce type d’ex­pli­ca­tion occulte le fait que la rela­tion entre domi­nés et domi­nants est dia­lec­tique, de sorte que la forme de la domi­na­tion change en fonc­tion du degré de par­ti­ci­pa­tion des domi­nés à leur propre domi­na­tion, et en fonc­tion de la manière dont les domi­nés consentent à être domi­nés et pour quelles fins,

    de sorte qu’une expli­ca­tion de type posi­ti­viste, c’est à dire cen­trée sur le droit, occul­te­ra tou­jours les véri­tables méca­nismes par les­quels le droit est pro­duit, puisque le droit n’est qu’un reflet de méca­nismes de domi­na­tion bien plus pro­fonds, méca­nismes qui reposent aus­si sur des fic­tions aux­quelles le grand nombre adhère, issu de traits cultu­rels, reli­gieux, idéo­lo­giques, éthiques, psy­cho­lo­giques, qui tra­vaillent en pro­fon­deur la société.

    et donc le droit n’est éman­ci­pa­teur que s’il est écrit par des per­sonnes dont les traits idéo­lo­giques, cultu­rels, etc., sont en avance sur le reste de la majo­ri­té domi­née, et si les domi­nés ont une confiance supé­rieure dans ces per­sonnes par rap­port à celles qui les domi­naient avant, c’est à dire si les domi­nés ne se révoltent pas contre ceux qui cherchent à les éman­ci­per et s’ils ont suf­fi­sam­ment de confiance et de force en eux-mêmes pour sou­te­nir la trans­for­ma­tion des rap­ports de domi­na­tion. il est illu­soire de croire qu’on pas­se­rait d’une socié­té très inéga­li­taire à une socié­té éga­li­taire, sans qu’une mino­ri­té agis­sante et lar­ge­ment sou­te­nue puisse au moins enclen­cher un pas signi­fi­ca­tif de plus vers l’autonomie.

    autre­ment dit, dans un contexte social-his­to­rique don­né, le blo­cage que consti­tue une cer­taine forme d’ins­ti­tu­tion­na­li­sa­tion des rap­ports de domi­na­tion, ne peut se déblo­quer que par l’ac­tion d’une mino­ri­té suf­fi­sam­ment auto­nome par rap­port aux jus­ti­fi­ca­tions idéo­lo­giques des rap­ports de domi­na­tion qui pré­valent, suf­fi­sam­ment nom­breuse et influente, à la fois pour contrer la puis­sance que la col­la­bo­ra­tion des domi­nés et l’ac­cu­mu­la­tion de moyens de domi­na­tion à confé­ré aux domi­nants du moment, et pour faire per­ce­voir comme injuste et inef­fi­cace le sys­tème de domi­na­tion qui pré­vaut en même temps que celui à venir sera per­çu comme plus juste et plus efficace.

    du coup, pré­sup­po­ser qu’une trans­for­ma­tion du droit abou­ti­rait de fait à la fin de la domi­na­tion ne peut abou­tir qu’à de sévères dés­illu­sions, dans la mesure où ce ne sera jamais l’en­semble des domi­nés qui por­te­ront le chan­ge­ment, qui ini­tie­ront le pro­ces­sus de déblo­cage. Déblo­cage qui ne sera pos­sible que dès lors que la situa­tion est mas­si­ve­ment per­çue comme inte­nable, injuste, en même temps que les expli­ca­tions par­ta­gées sur la nature de l’in­jus­tice per­mettent de don­ner espoir et confiance dans le changement.

    mais il se peut très bien que les domi­nants, plus lucides et mieux orga­ni­sés, com­prennent la por­tée des dis­cours d’a­lerte et se sai­sissent de cer­tains élé­ments afin de suf­fi­sam­ment déblo­quer la situa­tion et éteindre les fer­ments d’insurrection.

    d’au­tant qu’il ne suf­fit pas de com­prendre et de dénon­cer les injus­tices, encore faut-il que les « vic­times » se mettent en capa­ci­té d’y remé­dier. or com­ment fran­chir les étapes si l’on uti­lise des caté­go­ries concep­tuelles qui font la force de l’adversaire…

    ne faut-il pas d’a­bord s’in­ter­ro­ger sur nos propres repré­sen­ta­tions ? ne sont-elles pas for­gées par notre propre situa­tion d’êtres domi­nés, hétéronomes ?

    Que veut dire par exemple l’ex­pres­sion « citoyen lamb­da » ? celui qui l’u­ti­lise pour se dési­gner n’a-t-il pas inté­rio­ri­sé sa qua­li­té d’é­ter­nel diri­gé ? ou bien qu’at­tend-il des « citoyens lamb­da », qu’ils com­prennent qu’ils valent mieux que ceux qu’ils ont eux-mêmes élu ou lais­sé élire ?

    mais alors pour­quoi n’é­lisent-ils pas ceux qui consacrent toute leur vie à le leur dire et à faire en sorte qu’ils aient plus de pou­voir ? au nom de quoi, à condi­tion sociale de nais­sance égale et à niveau d’é­du­ca­tion égal, un « citoyen lamb­da » vau­drait-il quoi que ce soit de plus qu’un mili­tant qui se cotise, qui se bouge, qui fait l’ef­fort de s’in­for­mer et dif­fuse pour les « lamb­da » des expli­ca­tions alter­na­tives à la doxa des domi­nants ? et depuis quand est-il pos­sible pour un élu, un roi ou n’im­porte quoi de gou­ver­ner si à chaque mau­vaise déci­sion tous les « lamb­das » sont dans la rue ?

    il faut refu­ser d’être un citoyen « lamb­da », pour deve­nir un citoyen tout court, un citoyen actif, enga­gé, et c’est ce que tu fais, du coup, je ne m’ex­plique pas com­ment tu peux croire une seule seconde que c’est parce qu’il y a des élec­tions que le peuple n’a pas le pou­voir, alors que jus­te­ment c’est parce que nous, les citoyens enga­gés pour l’ex­ten­sion du domaine de l’au­to­no­mie ne sommes pas assez nom­breux à vou­loir le pou­voir, à nous mettre en capa­ci­té de l’ob­te­nir, soit en pas­sant outre les élec­tions et le pou­voir que des foules de « citoyens lamb­da » confèrent à des maîtres dont nous ne vou­lons pas, et, en cela nous nous esti­mons plus légi­times que ces maîtres et que la majo­ri­té de mou­tons et de valets qui les a choi­si, soit en pas­sant par les élections.

    Mais dans les deux cas, le tra­vail édu­ca­tif, péda­go­gique, expli­ca­tif sur soi-même et sur les autres est d’ac­croître le nombre de citoyens « lamb­da » qui cessent de l’être et s’engagent.

    et de toute façon, si un mou­ve­ment révo­lu­tion­naire ne ren­verse pas ceux qui actuel­le­ment sont au pou­voir, alors le seul abou­tis­se­ment pos­sible de ta stra­té­gie virale est qu’un jour, le « virus » ait suf­fi­sam­ment impré­gné le social pour que par petites touches des élus intro­duisent du tirage au sort dans les ins­ti­tu­tions, comme il se passe actuel­le­ment avec les ins­tances de démo­cra­tie par­ti­ci­pa­tive, et l’a­bou­tis­se­ment logique de toute dénon­cia­tion des injus­tices qui ne va pas au cœur des pro­blèmes est que ces méca­nismes soient un moyen de plus pour ceux qui actuel­le­ment dominent de mieux jus­ti­fier et asseoir leur pouvoir,

    autre­ment dit, comme jadis le suf­frage uni­ver­sel, la reven­di­ca­tion du tirage au sort ne peut qu’être qu’une reven­di­ca­tion par­tielle, immé­dia­te­ment récu­pé­rable par ceux qui dis­posent des « appa­reils idéo­lo­giques d’E­tat » et des ins­tru­ments du pou­voir et si j’é­tais l’hé­ri­tier de ceux qui disaient « n’ayez pas peur du suf­frage uni­ver­sel, ils vote­ront comme on le leur dira », je pour­rais dire exac­te­ment la même chose aujourd’­hui du tirage au sort,

    d’où ma méfiance à l’é­gard de cer­taines croyances, comme celle qui consiste à croire que le seul moyen d’é­lar­gir le champ de la démo­cra­tie, de l’au­to­no­mie et par exemple d’in­tro­duire du tirage au sort, serait une pro­cé­dure entiè­re­ment trans­pa­rente et démo­cra­tique, alors que jus­te­ment, si nous ne sommes pas vrai­ment en démo­cra­tie, c’est aus­si parce que nous nous lais­sons avoir par ce genre de croyances, comme si l’é­ga­li­té des citoyens et la sou­mis­sion à la majo­ri­té rem­plis­sait le même rôle que le « droit divin » jadis

    et si tu dis que jamais un élu ne pren­drait la déci­sion d’une AC tirée au sort ou de mettre du tirage au sort dans la consti­tu­tion, c’est que tu as d’a­vance inté­gré le fait que jamais toi ou quel­qu’un qui te res­semble ne sera élu, ce qui est peut-être faux, mais qui en tout cas en dit long, très long sur les contra­dic­tions de ton discours,

    or non seule­ment la majo­ri­té des citoyens ne veut pas le pou­voir, mais en plus, sans même un fusil sur la tempe, une par­tie très signi­fi­ca­tive donne tou­jours le pou­voir aux valets des riches, et donc tout ce que l’on peut espé­rer d’eux dans ce sys­tème-là c’est qu’à terme leurs enfants seront moins enclins à se sou­mettre et par la même occa­sion à tous nous sou­mettre sous le même joug, joyeu­se­ment gui­dés vers le bord du précipice,

    et si on n’y croit pas, on peut sim­ple­ment consi­dé­rer leurs voix de per­ro­quets, de mou­tons de Panurge, comme non signi­fi­ca­tives, inin­té­res­sante à prendre en compte,

    je veux dire par là, qu’autant je peux être très poin­tilleux du point de vue des pro­cé­dures démo­cra­tiques, sur com­ment nous devons nous orga­ni­ser pour faire exis­ter la démo­cra­tie entre citoyens qui vou­lons le pou­voir, autant je me fiche pas mal de ceux qui ne par­ti­cipent pas et ne veulent pas le pou­voir, j’es­père sim­ple­ment que par­mi ceux là il s’en trou­ve­ra un nombre insuf­fi­sant pour être un frein à l’ac­crois­se­ment du pou­voir des citoyens,

    mais en aucun cas je n’es­père d’eux autre chose, puisque le pro­blème pré­ci­sé­ment avec les ins­ti­tu­tions telles qu’elles sont, et ce par quoi elles tiennent, c’est aus­si parce que le pou­voir élec­to­ral des « citoyens lamb­da » sur­passe de très loin celui de ceux qui ne veulent plus se per­ce­voir comme des « lamb­da », qui ne conçoivent plus le pou­voir comme exté­rieur à eux mais bien comme une dimen­sion consti­tu­tive de l’être et de la liberté,

    de sorte que les citoyens « lamb­da » sont au moins autant res­pon­sables que les élus et les hommes de pou­voir du moment, car sans leur sou­tien actif ou pas­sif, ces der­niers seraient défi­ni­ti­ve­ment écar­tés des leviers qui leur per­mettent d’a­voir autant de pou­voir sur nos vies.

    il serait donc à mon sens plus per­ti­nent de consi­dé­rer ma pro­po­si­tion sous l’angle d’une méthode per­met­tant au peuple d’exis­ter en tant que peuple, c’est-à-dire en tant qu’il se mani­feste de manière orga­ni­sée et auto­nome sans rien attendre du pou­voir en place, et sans rien attendre de ceux qui coopèrent avec ce pou­voir, je pro­pose la démo­cra­tie comme pra­tique effec­tive, en marche, et qui ne peut exis­ter qu’entre citoyens actifs et res­pon­sables, et d’ou­blier la notion abs­traite et libé­rale de peuple comme agré­gat d’in­di­vi­dus iso­lés et pos­sé­dant par voie d’oc­troi un pou­voir per­son­nel, octroi mas­qué par l’i­déo­lo­gie jusnaturaliste.

    mais, de toute façon, toute pro­po­si­tion qui consiste à récla­mer une assem­blée consti­tuante sans dire com­ment on s’y prend pour l’ob­te­nir, m’ap­pa­raît un peu légère, dans le sens où cette consti­tuante ne peut pas être autre chose qu’une mise en scène pour ins­ti­tuer un nou­vel ordre que l’on vou­drait plus juste, mais pour lequel il aura bien fal­lu que quelques-uns se donnent les moyens de deve­nir ensemble assez puis­sants pour ôter leur pou­voir aux tenants de l’ordre ancien et lan­cer ensuite cette constituante.

    ai-je vrai­ment tort ?

    Réponse
  2. Entretien avec Howard Bloom

    Entre­tien avec Howard Bloom

    Avec le lan­gage arti­cu­lé, l’être humain a fran­chi un seuil qua­li­ta­tif qui fait de lui le pre­mier être capable d’opérer une reprise réflexive de son inser­tion dans le « cer­veau glo­bal ». Or, le pro­blème, c’est que nous ne vivons donc pas dans la réa­li­té, mais dans la per­cep­tion que nous en avons. Donc l’objet de notre reprise réflexive n’est pas le réel, mais la per­cep­tion que nous en avons. Ain­si, le lan­gage, qui nous per­met d’atteindre un niveau d’apprentissage sans com­mune mesure avec les ani­maux, a tou­te­fois son revers : il nous coupe du réel.

    Il en découle qu’en temps nor­mal (hors période de crise extrême qui révèle bru­ta­le­ment la nature des choses), la socié­té humaine vit dans une fic­tion par­ta­gée. La machine à apprendre col­lec­tive dia­logue sur­tout avec elle-même. Elle est constam­ment mena­cée d’autisme.

    La majo­ri­té des gens (les confor­mistes) pensent donc non en fonc­tion du code repré­sen­ta­tif du réel trans­mis par le super-orga­nisme col­lec­tif (cas des socié­tés ani­males simples), mais en fonc­tion du lan­gage non-repré­sen­ta­tif du réel, mais repré­sen­ta­tif du sys­tème de repré­sen­ta­tion du réel, trans­mis par un super-orga­nisme col­lec­tif capable de secré­ter une « réa­li­té » dis­tincte, arti­fi­cielle, recons­truite (pro­prié­té du lan­gage arti­cu­lé). Il en découle que la « réa­li­té » où vivent la majo­ri­té des gens, pen­dant la qua­si-tota­li­té du temps, est en réa­li­té consti­tuée par l’enchaînement méca­nique de signi­fiants dont le signi­fié reste pure­ment conven­tion­nel. Bref, le sens créé par la méca­nique social n’est pas de l’information libre­ment trai­tée par les sujets, mais une simple rou­tine. Ou si l’on pré­fère, et pour dire les choses avec une fran­chise que le très poli Howard Bloom n’ose pas : en fait, la plu­part des gens ne pensent pas. Ils font sem­blant, c’est tout.

    D’où le fait que le confor­misme, dyna­mique posi­tive en temps nor­mal, peut deve­nir un accé­lé­ra­teur de chute quand un sys­tème est entré en obso­les­cence. Une des consé­quences de l’emprise confor­miste, c’est en effet que les très grands sys­tèmes fédé­ra­teurs humains pré­sentent un délai de latence impor­tant entre la muta­tion radi­cale de leur envi­ron­ne­ment et leur adap­ta­tion, en par­ti­cu­lier quand il s’agit de déter­mi­ner les com­por­te­ments qui doivent être récom­pen­sés et ceux qui doivent être punis. La règle d’or de la ges­tion de l’information dans les sys­tèmes dis­tri­bués, « ren­for­cer les connexions de ceux qui réus­sissent et réduire celles de ceux qui échouent » se met donc à tour­ner, dans la phase qui pré­cède l’écroulement d’un sys­tème fédé­ra­teur humain, au rebours de sa fina­li­té : on ne récom­pense en effet pas ceux qui réus­sissent dans le réel, mais ceux qui réus­sissent à main­te­nir une repré­sen­ta­tion fal­la­cieuse du réel. La machine appre­nante humaine, fon­dée sur le lan­gage arti­cu­lée, est infi­ni­ment plus per­for­mante et com­plexe que celle bâtie par les socié­tés ani­males. Mais jus­te­ment à cause de sa com­plexi­té, elle peut man­quer de rapi­di­té, lorsqu’il lui faut se remettre en cause – et la rai­son de fond de cette len­teur, c’est que la majo­ri­té des gens subissent le lan­gage, au lieu de le créer.

    Sur le plan pra­tique, la consé­quence de cette consé­quence, c’est qu’à chaque étape du pro­ces­sus d’effondrement d’un sys­tème, si l’on a bien sui­vi Bloom, il y a deux phases : jusqu’à un cer­tain point, il faut s’inscrire dans la repré­sen­ta­tion domi­nante du réel (même si elle est fausse), afin d’être récom­pen­sé socia­le­ment, et au-delà de ce « cer­tain point », il faut au contraire savoir dénon­cer cette repré­sen­ta­tion, pour faire par­tie des gagnants de la phase qui com­mence, à savoir la liqui­da­tion de l’ancien sys­tème de repré­sen­ta­tion, décla­ré caduque. Il y a là un ensemble de para­mètres expli­ca­tifs très satis­fai­sant, pour qui étu­die la manière dont les sys­tèmes fédé­ra­teurs humains réagissent en période de crise aigüe.

    Cela dit, à quel moment pré­cis passe-t-on d’une phase à une autre ? Quand faut-il ces­ser de cal­quer son dis­cours sur celui du trou­peau un tan­ti­net cré­ti­ni­sé ? A quel ins­tant exact devient-il socia­le­ment plus payant d’être de l’avant-garde ?

    Bloom répond en sub­stance : au moment où une frac­tion, éman­ci­pée à l’égard du confor­misme induit par le dis­cours domi­nant, est issue d’une ingé­nie­rie sociale sou­vent consciente (intro­ver­sions indi­vi­duelles se com­bi­nant pour créer une pas­sion col­lec­tive de la rup­ture, d’où une apti­tude à for­mer une sous-culture auto­nome). Cette frac­tion pro­duit un sys­tème de repré­sen­ta­tion renou­ve­lé, qui s’avère plus per­for­mant que le sys­tème géné­ra­le­ment admis, de manière indu­bi­table et concrète. Très sou­vent, la par­ti­cu­la­ri­té de ces frac­tions excen­trées, créa­trices d’un sys­tème de repré­sen­ta­tion renou­ve­lé, est de « sen­tir » le Zeit­geist, l’esprit de leur époque, de manière par­ti­cu­liè­re­ment vive. Et très sou­vent, à leur ori­gine, on trouve un petit groupe d’individus, que Bloom décrit comme des « intro­ver­tis faus­tiens », et qui cherchent, par leur influence, à struc­tu­rer une nor­ma­li­té alter­na­tive – d’abord parce qu’ils sont convain­cus (par­fois à tort, par­fois à rai­son) que leur repré­sen­ta­tion est plus juste que la repré­sen­ta­tion domi­nante ; ensuite parce que tous les êtres humains, de toute façon, cherchent à restruc­tu­rer la « réa­li­té per­çue » par le groupe en fonc­tion de leur propre per­cep­tion (c’est un besoin fon­da­men­tal, qu’on résume par­fois comme « la soif de pou­voir » et qui, explique Bloom, ren­voie en fait à une stra­té­gie de maxi­mi­sa­tion de l’homéostasie indi­vi­duelle – j’impose mon sys­tème de repré­sen­ta­tion, donc je pré­dé­ter­mine l’évolution de mon envi­ron­ne­ment social).

    Il existe donc, à l’intérieur des groupes humains comme à l’intérieur de tous les super-orga­nismes, une caté­go­rie inverse des agents de confor­mi­té : ce sont les agents de diver­si­té. Lorsque ceux-ci s’éloignent du centre de gra­vi­té social et com­mencent à consti­tuer, aux marges de la socié­té, des sous-groupes qui démontrent une via­bi­li­té supé­rieure, le centre de gra­vi­té du sys­tème de repré­sen­ta­tion bas­cule, et un nou­veau sys­tème s’impose.

    Dans la pra­tique, les moda­li­tés de ce phé­no­mène de fractionnement/décentrage/redéfinition sont très diverses. Elles peuvent en par­ti­cu­lier prendre la forme d’une atti­rance pour un modèle exté­rieur. Les super-orga­nismes que consti­tuent les socié­tés humaines sont en effet en com­pé­ti­tion les uns avec les autres, et chaque super-orga­nisme peut donc ser­vir de « modèle/fraction » aux super-orga­nismes voi­sins (un excellent exemple, que Bloom ne pro­pose pas mais qui me paraît bien révé­la­teur, est la manière dont les Alle­mands de l’Ouest ont ser­vi de « modèle/fraction » aux Alle­mands de l’Est, faci­li­tant, à par­tir de l’ouverture des fron­tières hon­groises en 1989, l’émergence chez les Alle­mands de l’Est d’une frac­tion interne en cours de décen­trage – ceux qui pas­saient à l’Ouest, massivement).

    Ain­si, conclut Bloom, le réseau des super-orga­nismes concur­rents éta­blit spon­ta­né­ment une archi­tec­ture décen­tra­li­sée, où les affron­te­ments sont autant de pos­si­bi­li­té de coopé­ra­tion. Enquillant (sans l’avouer) la voie tra­cée par Lévi-Strauss, Howard Bloom par­vient donc, en sub­stance, à l’idée qu’il existe un opti­mum de diver­si­té, qui rend l’architecture d’ensemble la plus créa­tive (donc la plus com­plexe) pos­sible, tout en pré­ser­vant sa capa­ci­té à faire évo­luer son sys­tème de repré­sen­ta­tion avec un délai de latence aus­si court que pos­sible, par rap­port au réel.

    Les gagnants du jeu sont ceux qui par­viennent le mieux à esti­mer com­ment le sys­tème de repré­sen­ta­tion glo­bal peut et doit muter, au vu de son niveau de com­plexi­té, de confor­misme et de diver­si­té. Pour dire les choses sim­ple­ment, la masse perd tou­jours ; les indi­vi­dus qui s’écartent du sys­tème domi­nant trop tôt, sans s’agréger à une frac­tion capable de faire bas­cu­ler le centre de gra­vi­té, perdent autant sinon plus ; mais ceux qui s’éloignent du centre de gra­vi­té pour s’agréger à (ou en) une frac­tion auto­nome capable de faire bas­cu­ler le centre, sont les grands gagnants du jeu.

    Et com­ment s’intégrer à ces frac­tions gagnantes ? Bloom répond : par l’insertion dans les réseaux d’échange de l’information les plus per­for­mants au regard des réa­li­tés objectives.

    En d’autres termes, ce que nous enseigne Howard Bloom, c’est que l’information est la matière pre­mière du suc­cès, mais qu’elle ne se confond nul­le­ment avec le pseu­do-sens domi­nant construit par le sys­tème de repré­sen­ta­tion ins­ti­tu­tion­nel. Au contraire : l’information qui fait gagner est celle qui n’est pas dis­po­nible dans le cadre du sys­tème de repré­sen­ta­tion ins­ti­tu­tion­nel. Le « sens tac­tique » des vain­queurs, que l’on parle des sous-groupes ou des indi­vi­dus, est en réa­li­té leur capa­ci­té à construire ou contri­buer à construire du sens, à par­tir de l’information trai­tée libre­ment, par oppo­si­tion à l’illusion de cohé­rence que pro­cure le sys­tème domi­nant – illu­sion qui s’effondre en phase de rup­ture, de crise, d’effondrement.

    En sub­stance et si l’on va à l’essentiel, ce que Bloom explique, c’est que dans un sys­tème sur le point de s’effondrer, il faut pen­ser la réa­li­té en amont des caté­go­ries conven­tion­nelles, pour défi­nir une grille de lec­ture sur-per­for­mante, et ensuite l’imposer. Le vain­queur, dans une fin de monde, dans une Apo­ca­lypse, c’est le Révélateur.

    Réponse
  3. Étienne

    Cher « Sitouaillain »

    Non seule­ment tu n’a pas tort, mais je suis presque entiè­re­ment d’ac­cord avec toi, et ce que tu me reproches est un exemple aca­dé­mique de mal­en­ten­du : je ne dis pas du tout que la cause des causes est l’é­lec­tion, (ni que tout ira mieux en impo­sant une nou­velle pro­cé­dure), tu ne m’as pas sui­vi jus­qu’au bout : quand j’en suis à l’é­lec­tion, je suis en train de cher­cher et de remon­ter vers la cause pre­mière, mais je ne suis pas encore arri­vé ; et quand je conti­nue, je trouve, comme toi, NOTRE INDIFFÉRENCE, notre propre négli­gence, notre paresse, notre couar­dise, notre égoïsme à courte vue… et je dis (tou­jours, je crois, il me semble que je n’ou­blie jamais de le dire) que nous n’ar­ri­ve­rons jamais à une éman­ci­pa­tion sans la VOULOIR, elle et les meilleures pro­cé­dures qui la garan­ti­ront contre les manœuvres des riches du moment. 

    D’où l’im­por­tance de remettre les mots impor­tants à l’en­droit : consti­tu­tion, démo­cra­tie, citoyen, élec­teur, suf­frage uni­ver­sel… parce que l’in­ver­sion de sens de ces mots sème une confu­sion men­tale qui nous inter­dit même de pen­ser (et donc a for­tio­ri de vou­loir) notre éman­ci­pa­tion poli­tique. Je pro­pose donc de prendre nos maux à la racine. 

    Par contre, je pense que, CONTRE LES CONFLITS D’INTÉRÊTS, le tirage au sort est une pro­cé­dure sans égal : irremplaçable.

    Mer­ci pour la richesse de tes com­men­taires : j’ai du mal à suivre, mais je les savoure autant que je peux.

    Étienne.

    Réponse
  4. Di Girolamo

    Assez d’ac­cord avec Sitouillain,

    La cause des causes a des fon­de­ments mul­tiples et tou­jours renou­ve­lés ; qui se fondent eux même sur une condi­tion humaine qui nous struc­ture et nous dépasse ; s’il est vrai que la gou­ver­nance et la manière dont elle est orga­ni­sée et ins­ti­tu­tion­na­li­sée est un élé­ment essen­tiel de la vie col­lec­tive , il est vrai aus­si que cette vie col­lec­tive est dépen­dante en pro­fon­deur des diverses et variées causes des causes qu’elles se situent au niveau de l’in­di­vi­du même dans sa fai­blesse et son imper­fec­tion que dans la col­lec­ti­vi­té , les divers rap­ports de forces qui se créent , la maté­ria­li­té his­to­rique accu­mu­lée : on a beau être contre le nucléaire , on fait tour­ner la cen­trale dès qu’on actionne l’interrupteur , etc etc

    De ce fait toute ten­ta­tive de solu­tion­ner quoique ce soit défi­ni­ti­ve­ment est une illu­sion ; si tirage au sort et RIC sont des élé­ments inté­res­sants des moda­li­tés démo­cra­tiques , il faut se gar­der d’en faire une cen­tra­li­té ; bref pas de repos pour l’es­prit et le corps : le tra­vail sur la nature ‚sur nous mêmes , dans les rela­tions avec les autres est à faire chaque matin : pas d’is­sue , pas de solu­tion , devant nous des pro­blèmes , une tâche, un tas de sable à remon­ter qui sans cesse retombe..

    C’est très aga­çant de com­prendre cela si on pense comme moi qu’on peut quelque chose .

    A par­tir de là , ce n’est pas non, plus une sagesse , et un blanc sain pour l’abs­ten­tion ( même si s’abs­te­nir peut aus­si être un enga­ge­ment )Le moine dans son monas­tère , culti­vant sa vigne et son jar­din délivre son mes­sage mais il faut aus­si celui de ceux qui vont dans les bidonvilles.

    Où je diverge un peu d’a­vec Sitouaillain c’est sur son idée qu’une par­tie éclai­rée ou mili­tante, les deux sans doute , lors­qu’elle fait nombre et force peut être la solu­tion : le rap­port de force c’est son tirage au sort à lui .

    Il me semble qu’au contraire dans la logique de ce qu’il dit , il est plus appro­prié d’é­vi­ter toutes les ten­ta­tives ou théo­ries se pré­sen­tant comme appor­tant le bien et / ou la démocratie .

    Si l’on est convain­cu à la fois de notre besoin de valeurs , de jus­tice , de paix , de démo­cra­tie etc et de notre inca­pa­ci­té chro­nique à jamais y atteindre par­fai­te­ment et dura­ble­ment ‚il faut pla­cer ce constat comme une cen­tra­li­té indi­vi­duelle et col­lec­tive ; col­lec­ti­ve­ment au niveau de notre manière de nous orga­ni­ser pour gou­ver­ner la socié­té, la bous­sole du bien fon­dé des actions , mesures , dis­cours ‚décla­ra­tions , déci­sions, ins­ti­tu­tions etc doit être cette humi­li­té qui se tra­duit par la néces­si­té pra­tique du débat public.

    A quoi bon tirer au sort, à quoi bon orga­ni­ser des RIC si le débat est tron­qué , mal orga­ni­sé , trompeur …?

    Tou­jours en prio­ri­té s’in­ter­ro­ger indi­vi­duel­le­ment et col­lec­ti­ve­ment en tant que citoyens, une inter­ro­ga­tion ouverte, par­ti­ci­pa­tive : est il bon et com­ment intro­duire du tirage au sort ? Cette ques­tion est elle bien posée ? Est-il bon de s’at­te­ler au tra­vail d’un pro­ces­sus consti­tuant ? Pour­quoi , Comment ?

    Est il bon de pour­suivre l’ex­ploi­ta­tion des res­sources fos­siles de l’ Artique ? Com­ment nous orga­ni­ser pour nous en pas­ser ? Etc etc

    Le pro­ces­sus consti­tuant ne peut se faire sans vrai débat sur la socié­té et sans la par­ti­ci­pa­tion du plus grand nombre même s’il est vrai qu’un monarque ou un groupe éclai­ré peut nous appor­ter sur un pla­teau d’argent une consti­tu­tion bien meilleure.

    Il me semble que sur un plan pra­tique nos efforts, notre atten­tion, doivent beau­coup plus por­ter sur l’é­du­ca­tion , la réflexion , l’es­prit cri­tique , l’é­tude , le débat que sur l’i­dée de vou­loir appor­ter la solu­tion : il faut le tirage au sort ; il faut le RIC ; il faut les deux ; il faut faire front avec les forces mili­tantes de gauche .
    Alors mer­ci à Etienne de nous faire autant réflé­chir, mer­ci à Sitouaillain de nous don­ner autant de riche matière de débat et tous les autres . C’est le débat qui est central.

    Et oui on ne peut que regret­ter que dans ce pays aujourd’­hui nous n’ayons pas un lieu public orga­ni­sé pour débattre.

    Bien sûr le débat public en tant que solu­tion est sou­mis aux mêmes règles : il ne suf­fit pas de cla­quer dans ces doigts et de dire y a qu’à ins­tal­ler le débat : à par­tir du moment où on débat­tra c’est que la socié­té aura déjà changée.

    Alors qu’est ce qui peut la faire changer ?

    Il se passe quelque chose aujourd’­hui de par­ti­cu­lier : l’é­vo­lu­tion humaine , celle de nos socié­té situe aujourd’hui le débat au niveau même de la sur­vie de l’es­pèce humaine sur cette pla­nète ; cet enjeu et le niveau auquel il nous contraint sera soit le sti­mu­la­teur des poli­tiques de l’Au­truche et des tota­li­ta­rismes , soit l’ai­guillon d’une démo­cra­tie éco­lo­gique , tout sim­ple­ment pour survivre.

    Je pense donc que poli­ti­que­ment, sans avoir l’am­bi­tion de nous faire deve­nir meilleurs, la stra­té­gie du com­ment doit pas­ser par un éclai­rage fort de cet enjeu et un tra­vail col­lec­tif de réor­ga­ni­sa­tion de la socié­té , tout sim­ple­ment pour conti­nuer à vivre.

    Nous nous sommes là peut être créer les condi­tions du débat : conti­nuer à vivre ?

    Réponse
  5. sitouaillain

    @ entre­tien avec howard Bloom,

    mer­ci vrai­ment très inté­res­sant et très pertinent,

    on sent aus­si un aspect typi­que­ment amé­ri­cain d’une vision rela­ti­ve­ment hori­zon­tale du social, vision qui gagne­rait à être enri­chie par les connais­sances sur les élites et la domi­na­tion hié­rar­chique dans la filia­tion avec Machia­vel, Pare­to, (http://​denis​-col​lin​.via​blo​ga​.com/​n​e​w​s​/​l​a​-​t​h​e​o​r​i​e​-​d​e​s​-​e​l​i​tes),

    les ana­lyses de Gram­sci et leurs aspect tac­tiques de la guerre de posi­tion à la guerre de mou­ve­ment (https://fr.wikipedia.org/wiki/H%C3%A9g%C3%A9monie_culturelle)

    et les ana­lyses de Bour­dieu quant à la repro­duc­tion sociale, la domi­na­tion et la dis­tinc­tion(http://​fr​.wiki​pe​dia​.org/​w​i​k​i​/​P​i​e​r​r​e​_​B​o​u​r​d​ieu)

    ou encore la généalogie/archéologie des idées et le bio­pou­voir d’un Fou­cault (http://​fr​.wiki​pe​dia​.org/​w​i​k​i​/​M​i​c​h​e​l​_​F​o​u​c​a​ult)

    sans toute fois oublier de faire (http://www.revuedeslivres.fr/l%E2%80%99hegemonie-neoliberale-consideree-dans-son-discours-par-laurent-levy/) et pour­quoi pas en s’ap­puyant sur la culture du pauvre (http://www.revuedeslivres.fr/l%E2%80%99hegemonie-neoliberale-consideree-dans-son-discours-par-laurent-levy/) de Hog­gart ou les « bri­co­lages » d’un De Cer­teau, voire pas­ser du « peuple » à la « mul­ti­tude » (http://​www​.lyber​-eclat​.net/​l​y​b​e​r​/​v​i​r​n​o​4​/​g​r​a​m​m​a​i​r​e​0​2​.​h​tml).

    Réponse
  6. Di Girolamo

    Entre­tien avec Howard Bloom
    Nous dit :

    « en fait, la plu­part des gens ne pensent pas. Ils font sem­blant, c’est tout.

    la majo­ri­té des gens subissent le lan­gage, au lieu de le créer.

    à quel moment pré­cis passe-t-on d’une phase à une autre ? Quand faut-il ces­ser de cal­quer son dis­cours sur celui du trou­peau un tan­ti­net cré­ti­ni­sé ? A quel ins­tant exact devient-il socia­le­ment plus payant d’être de l’avant-garde ?

    Pour dire les choses sim­ple­ment, la masse perd tou­jours ; les indi­vi­dus qui s’écartent du sys­tème domi­nant trop tôt, sans s’agréger à une frac­tion capable de faire bas­cu­ler le centre de gra­vi­té, perdent autant sinon plus ; mais ceux qui s’éloignent du centre de gra­vi­té pour s’agréger à (ou en) une frac­tion auto­nome capable de faire bas­cu­ler le centre, sont les grands gagnants du jeu.

    Le vain­queur, dans une fin de monde, dans une Apo­ca­lypse, c’est le Révélateur. »

    Pas de vain­queur dans le monde qui vient ; que des per­dants dans la fin d’un sys­tème mon­dia­li­sé tel qu’il s’est aujourd’­hui déployé .

    La crise cli­ma­tique , ali­men­taire , sociale , poli­tique ‚éco­no­mique, morale .……qui va prendre forme met­tra d’ac­cord gagnants et per­dants , exploi­teurs et exploi­tés . Les chan­ge­ments de sys­tèmes ont eux aus­si chan­gés de nature .

    C’est le constat de la catas­trophe qui vient qui peut seul avoir la capa­ci­té de nous faire tirer au sort pour le RIC pour qu’une force de toutes les gauches n’est même pas à impo­ser notre bien .

    je vais de ce pas prendre ma carte à tous les partis.

    Réponse
  7. sitouaillain

    @ Etienne,

    bien sûr que je force un peu le trait,

    mais je ne fais que cher­cher à sou­li­gner des mal­en­ten­dus entre toi et toi-même,

    sur­tout parce que, ce que tu dis en confé­rence de manière assu­rée et défi­ni­tive, ne recouvre peut être pas tout ce que tu penses, et en tout cas ne met pas en lumière l’as­pect che­mi­nant de ta quête,

    et qu’en l’oc­cur­rence, c’est plu­tôt la por­tée de la récep­tion du mes­sage qui m’in­quiète, chez des récep­teurs qui sont bien content de trou­ver des expli­ca­tions simples et qui les exo­nèrent de cer­taines responsabilités,

    mais de ta part, vu que tu t’au­to­rises à affir­mer caté­go­ri­que­ment cer­taines choses devant un audi­toire, le mini­mum serait de com­plé­ter ton che­mi­ne­ment par un peu plus de méthode, et donc à mini­ma d’une cer­taine dis­ci­pline ver­bale, parce que ton che­min est loin d’être au-delà de ce que d’autres ont accompli.

    j’ai bien conscience d’a­voir l’air pré­ten­tieux en disant cela, mais après tout, peu m’importe !

    je viens d’un milieu très popu­laire, du coup, j’ai tou­jours eu un pro­blème avec tout ceux qui, tout en fai­sant une cri­tique radi­cale du « sys­tème », incitent les gens à ne pas aller voter, tout sim­ple­ment parce que ce qui s’a­bat sur les classes popu­laires est d’au­tant plus violent, si ceux qui voient à peu près où sont les racines des pro­blèmes, à défaut de se mettre en capa­ci­té de se faire élire, n’u­ti­lisent pas leur poids pour peser sur le résul­tat des élec­tions, pour peser sur les poli­tiques menées.

    en gros c’est une chose de pré­fé­rer, en soi, le tirage au sort à l’é­lec­tion (moi je consi­dère que ça dépend du contexte, de la charge à attri­buer et des com­plé­ments de pro­cé­dure, je ne féti­chise rien), ou d’être men­ta­le­ment, radi­ca­le­ment, jusque dans son mode de vie anti-système,

    c’en est une autre de consta­ter que les élec­tions, telle qu’elles se déroulent, sont là et qu’elles ont des effets directs, en par­ti­cu­lier sur les condi­tions de vie, d’é­du­ca­tion, de répres­sion des plus faibles. même si on n’est pas d’ac­cord, et je le suis pas, le sys­tème est là, et il y a de gros enjeu dans une élection,

    ça c’est pour la res­pon­sa­bi­li­té poli­tique, et c’est tout simple à com­prendre, non ?

    main­te­nant sur la res­pon­sa­bi­li­té disons « scien­ti­fique », soit on s’at­taque à des prin­cipes, à des méca­nismes nor­ma­tifs, à des posi­tion­ne­ment cog­ni­tifs qui pro­duisent des « effets de sys­tème », soit on s’at­taque à des personnes.

    en l’oc­cur­rence, « l’é­lu », c’est un rôle social, un « par­ti » c’est une forme orga­ni­sa­tion­nelle, l’un et l’autre peuvent-être ceci et cela, et chaque per­sonne habite et retrans­forme ces rôles et ces orga­ni­sa­tions en fonc­tion de son his­toire et de ses aspi­ra­tions propres.

    autre­ment dit, tous les élus ne se valent pas, mais aus­si, selon le contexte social-his­to­rique, selon la norme domi­nante qui défi­nit le rôle de l’é­lu, la manière dont il exerce sa charge peut dif­fé­rer autant que dif­fèrent un chef amé­rin­dien d’un roi européen.

    et, de par cette défi­ni­tion sociale du rôle de l’é­lu, le méca­nisme du droit vient sanc­tion­ner et déter­mi­ner ce qui ne doit pas dépendre de la pra­tique per­son­nelle de ce rôle, ce qui veut dire qu’en fonc­tion du tra­vail de cer­tains pour dif­fu­ser une nou­velle norme sociale du « qu’est-ce qu’un bon élu », à terme, le droit vient à être écrit par ceux qui s’y seront conformés,

    d’où une dif­fé­rence fon­da­men­tale entre deux pro­cé­dures élec­tives, selon par exemple que le man­dat est impé­ra­tif ou non, et l’é­lu révo­cable ou non, rede­vable péna­le­ment ou non, etc.

    par ailleurs, en fonc­tion de la charge à pour­voir, le rôle peut être très dif­fé­rent, l’é­ten­due du pou­voir comme la manière de l’exer­cer ; par­fois l’é­lu n’est qu’une auto­ri­té morale, un « indi­vi­du-totem », un sym­bole, par exemple le sym­bole de l’u­ni­ci­té du corps citoyen, là bien sûr, n’im­porte quel citoyen volon­taire peut s’a­van­cer la mine grave ‚une gerbe tri­co­lore à la main dépo­sée « au nom de la France »,

    par contre si le rôle est celui d’au­to­ri­té ani­ma­trice des débats, au moins de manière tran­si­toire, en atten­dant que nous soyons tous capables d’au­to­dis­ci­pline, une sélec­tion de type aris­to­cra­tique peut avoir du sens.

    ou par exemple, la fonc­tion sociale que tu occupes, qui est une charge publique, celle de pro­fes­seur, il y a milles manières de l’exer­cer, mais elle relève d’un prin­cipe aris­to­cra­tique, sanc­tion­née non par une élec­tion, mais par un concours, ou un diplôme…

    Après, tu parles de remettre les mots à l’en­droit, ce qui est une louable entre­prise, mais, tu ne peux pas d’un côté prendre la cita­tion de Sieyes qui dit que la France ne sau­rait être une démo­cra­tie, et ensuite dire exac­te­ment la même chose que lui, puisque par nature, la repré­sen­ta­tion par le tirage au sort, empêche les citoyens de « dic­ter des volon­tés », et il est sans doute vrai que la France « ne sau­rait être une démo­cra­tie », au sens où Sieyes le dit, qui est le sens don­né par Montesquieu.

    ce qui est fon­da­men­tal, radi­cal dans ta cri­tique, c’est de révé­ler ce qui, dans la forme de nos ins­ti­tu­tions, relève d’un mépris de la classe domi­nante pour le peuple, mépris révé­lé par le carac­tère cen­si­taire du suf­frage. mais les riches sont riches par des méca­nismes de pro­prié­té, que qua­si per­sonne ne conteste dans ce pays, à part à gauche depuis 150 ans et pour cer­tains, les anar­chistes, tout en contes­tant l’élection…

    les élec­tions à grande échelle, de par les inéga­li­tés de for­tunes et d’é­du­ca­tion, com­portent un biais plou­to­cra­tique, dans la capa­ci­té de cer­tains groupes à faire valoir leurs idées et leurs candidats,

    mais pour contrer ces pro­blèmes, il ne suf­fit pas de dire « sup­pri­mons les élec­tions », puis­qu’en atten­dant, il existe d’autres groupes qui ont des can­di­dats, n’ont pas d’argent, ils n’ont que leurs coti­sa­tions, leurs médias et le nombre pour faire contre­poids, et par exemple, on peut cri­ti­quer les idées ou je ne sais quoi du PCF, mais ces élus reversent leur salaire au par­ti, ils sont donc désintéressés.

    d’autre part, tu ali­mentes les pignas­se­ries (déso­lé pas d’autre mot) de gens qui se plaignent de ne pou­voir choi­sir les can­di­dats, or, c’est com­plè­te­ment faux, un mili­tant oui, peut se plaindre si c’est l’ap­pa­reil et non la base qui choi­sit le can­di­dat, mais tous ceux qui ne veulent pas faire usage de leur liber­té poli­tique de citoyen en s’as­so­ciant pour por­ter un can­di­dat, de quoi se plaignent-ils ? Ils pré­fèrent que ce soit les médias, les son­dages et les « citoyens lamb­da » qui choi­sissent, comme pour la pri­maire socia­liste ? Quant à la sclé­rose des par­tis, la socio­lo­gie des orga­ni­sa­tions ou des mobi­li­sa­tions four­nissent des expli­ca­tions convain­cantes avec des vraies enquêtes…

    Enfin, en disant que l’é­lec­tion conduit tou­jours les riches au pou­voir, c’est scien­ti­fi­que­ment faux et tu le sais, donc on ne dit pas tou­jours et par­tout, on dit sou­vent, mais sur­tout on dit pour­quoi, et l’ex­pli­ca­tion n’est pas uni­que­ment dans l’é­lec­tion en elle-même.

    D’ailleurs, si le sys­tème poli­tique a été pen­sé comme cela, c’est aus­si en pen­sant que « le peuple » était tout juste bon à choi­sir ses maîtres, or, force est de consta­ter, à l’ère d’in­ter­net et à un niveau d’é­du­ca­tion jamais atteint jusque-là, que « le peuple » n’est même pas capable de se choi­sir de bons maîtres, qui tra­vaillent pour lui et non pour quelques inté­rêts particuliers.

    Et cette inca­pa­ci­té n’est pas liée à une essence, elle est liée à une volon­té, ou plu­tôt une absence de volon­té, un défai­tisme, une démis­sion, une paresse. En disant « la poli­tique ça sert à rien, tous les mêmes » on se dédouane, on évite d’a­voir à réflé­chir, à s’in­for­mer, voire à s’en­ga­ger… pour­tant, ils font l’au­truche, ne votent pas, ou votent pour des notables, des peoples, ils votent pour ceux qui, sans doute à juste titre les prennent pour des abru­tis… mais on ne naît pas abru­ti, on le devient… Il est tou­jours temps de faire le choix inverse… et ça demande des efforts… D’au­tant plus lors­qu’on naît pauvre : ça ne tombe pas tout cuit dans la bouche, depuis la biblio­thèque et les conseils de papa…

    Du coup, ça m’a­mène au tirage au sort, comme manière de sup­pri­mer les conflits d’in­té­rêts, certes, oui, pour cer­tains conflits d’in­té­rêts, et, encore une fois, il serait très inté­res­sant que bien des organes et des charges soient dis­tri­bués de la sorte,

    Mais pas la consti­tuante, parce que ça n’est pas dans ton « inté­rêt », ça n’est pas dans l’in­té­rêt des pauvres…

    En fait tu idéa­lises le « peuple », et tu essen­tia­lises les « élus », en leur prê­tant des inté­rêts propres, comme si « l’é­lu » était un être à part, dés­in­car­né du social, mais tu oublies jus­te­ment qu’un élu non rééli­gible n’a pas un inté­rêt d’é­lu à pro­pre­ment par­ler, et tu pré­sup­poses que l’in­té­rêt « par­ti­san » qu’au­rait l’é­lu même non-rééli­gible, non seule­ment serait anti­no­mique avec l’in­té­rêt des « citoyens », tout en pré­sup­po­sant que les « citoyens » tirés au sort n’au­raient pas d’in­té­rêts « partisans »…

    Ceci me parait non seule­ment absurde mais même dan­ge­reux de dif­fu­ser et de lais­ser per­pé­tuer une telle croyance… Tu fais le bou­lot des riches, en disant que tous les par­tis sont des enne­mis du « peuple », or, on devrait voir comme quelque chose de tra­gique le fait que des gens édu­qués, fai­sant l’ef­fort de décons­truire les pro­pa­gandes et les idées reçues ne se consti­tuent pas en par­tis, ou n’adhèrent pas à ceux exis­tants dont les fon­da­teurs et les membres ont à des degrés divers déjà fait ce tra­vail, ou à mini­ma ne les sou­tiennent pas,

    jus­te­ment parce le peuple des « pauvres » lui, pour se défendre, n’a qu’une petite armée de citoyens enga­gés, intel­lec­tuels, fonc­tion­naires, ou exer­çant en loi­sir, mili­tants et élus de par­tis sans spon­sors, des gens qui tiennent des petits jour­naux ou des sites web, écrivent des livres, des gens qui sont enga­gés et sou­vent sin­cères et d’un niveau de savoir pra­tique et théo­rique com­pa­rable à leurs adver­saires, voire très supérieur,

    alors que le peuple des « riches » lui peut se payer tout un tas d’in­tel­lec­tuels, jour­na­listes, ana­lystes, son­deurs, ils se paient les meilleurs, les nour­rissent et leur donnent une place valo­ri­sante dans leurs entre­prises et ain­si les asso­cient à leurs causes, et sur­tout ce sont eux qui ont les moyens de dif­fu­ser leur culture, ne la voit-on pas dans les clips de rap, les jour­naux peoples, jus­qu’au JT?, de sorte que la classe domi­nante, sans un large tra­vail de ter­rain et d’é­du­ca­tion popu­laire est tou­jours dans une situa­tion d’hé­gé­mo­nie cultu­relle, sur­tout lors­qu’il s’a­git de politique,

    on n’est pas du tout dans l’i­déo­lo­gie occu­py wall street, avec ses 99%, ça c’est de la socio­lo­gie à deux balles, des slogans,

    en fait, non seule­ment il existe tout une vaste classe de gens par­mi les « classes moyennes » qui croient fer­me­ment aux idéo­lo­gies dif­fu­sées par cette classe domi­nante, avec leurs retra­duc­tions propres, par­fai­te­ment débi­li­tantes, mais, en matière de for­mu­la­tion d’i­dées poli­tiques, de capa­ci­tés pour les « pauvres » à décons­truire et déce­ler les dan­gers dans ces dis­cours-là, et donc dans des pro­po­si­tions d’ins­ti­tu­tions, sera tou­jours lar­ge­ment infé­rieure à celles de ceux qui se placent du côté des « évi­dences », du « bon sens », du côté des sachants « officiels »,

    autre­ment dit, mieux vaut que l’as­sem­blée ne soit pas com­po­sée de tirés au sort, et mieux vaut qu’elle le soit de per­sonnes lucides, bien for­mées, car la seule chance d’ob­te­nir quoi que ce soit, c’est de rem­pla­cer la part sta­tis­tique de pauvres repré­sen­tés, par des « défen­seurs des pauvres », qui eux sau­ront s’af­fron­ter aux tenants de l’o­li­gar­chie, tan­dis que sinon, en tirant au sort, méca­ni­que­ment, les idéo­lo­gies, les traits cultu­rels, qui sous-tendent la domi­na­tion des riches sur les pauvres seront ultra-majo­ri­taires et les plus rétifs seront moins habiles pour faire valoir des argu­ments et des contre-pro­po­si­tions, moins aptes à com­prendre et à adhé­rer à ce que cer­tains inter­ve­nants vien­draient expli­quer aux tirés au sort, tan­dis que le gros de l’as­sem­blée, seraient d’a­vance dans une concor­dance d’intérêts avec les « riches »…

    tan­dis que s’ils sont élus, au moins les « pauvres » lucides mais qui se savent moins armés que d’autres pour bien se défendre, ou des moins pauvres mais sou­cieux d’é­ga­li­té et de jus­tice, pour­ront choi­sir les listes appro­priées… Disons sim­ple­ment qu’une liste « étienne chouard » pour une assem­blée consti­tuante élue rend plus pro­bable la pré­sence à l’as­sem­blée de gens capables de décons­truire cer­tains beaux dis­cours et de faire intro­duire du tirage au sort, qu’une assem­blée de tirées aux sorts…

    cette vision est un peu cynique, je l’a­voue, mais elle est peut être moins idéa­liste, du moins, elle se recoupe avec un grand nombre d’é­tudes empi­riques en socio­lo­gie, en psy­cho­so­cio­lo­gie, en anthro­po­lo­gie et en sémiologie,

    et pour com­prendre cela, il faut sor­tir de la fic­tion de l’é­ga­li­té poli­tique des citoyens, car nous vivons dans une socié­té inéga­li­taire, ces inéga­li­tés per­sis­tantes ne sont ni natu­relles, ni jus­ti­fiées, mais elles sont bel et bien là, et c’est donc une chose de cri­ti­quer le mépris des classes domi­nantes pour le « peuple », et le fait que ses actions main­tiennent le peuple dans l’i­gno­rance de ce qui pour­rait être éman­ci­pa­teur, et pro­duisent des idéo­lo­gies qui deviennent des « évi­dences », évi­dentes à tel point que le noir amé­ri­cain, esclave deve­nu « libre » se met en scène autour de femme ani­ma­li­sées et cou­vert de dol­lars, et ne se rend même pas compte à quel point il avi­lit et débi­lite ses « frères »,

    c’en est une autre de pré­sup­po­ser le « peuple » capable spon­ta­né­ment, même au sein d’une assem­blée de tirés au sort où les gens se forment, de se mettre au niveau du savoir accu­mu­lé par la classe domi­nante, et capable de décons­truire et de trans­gres­ser ce savoir en intro­dui­sant de nou­velles normes,

    par exemple, si les gens uti­lisent, en la croyant leur, la morale jus­ti­fi­ca­trice du pou­voir de cer­tains sur d’autres, pour à la fois, dénon­cer que ceux qui ont le pou­voir ne res­pectent pas leur propre morale et uti­li­ser cette dénon­cia­tion pour cor­ri­ger les ins­ti­tu­tions exis­tantes, l’as­pect éman­ci­pa­teur de cette cor­rec­tion sera insi­gni­fiant.. À quoi me sert d’a­voir des ser­vi­teurs des riches incor­rup­tibles, parce que tirés au sort ou que sais-je, quand j’ai besoin d’un Robespierre !

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  8. Di Girolamo

    @ Etienne

    Tu dis que

    « nous n’ar­ri­ve­rons jamais à une éman­ci­pa­tion sans la VOULOIR, elle et les meilleures pro­cé­dures qui la garan­ti­ront contre les manœuvres des riches du moment. »

    Le pro­blème est bien dans le mys­tère du déclen­che­ment de ce « vou­loir » sans lequel rien ne peut se faire.

    D’autre part « les riches du moment  » ‚même si on peut les connaître et les dési­gner , ne sont que la face visible de l’i­ce­berg socié­tal qui s’est consti­tué sur l’i­dée de la richesse matérielle.

    Nous sommes tous aujourd’­hui très riches même si para­doxa­le­ment cer­tains n’ont rien.

    Ceux qui ne le sont pas assez espèrent le deve­nir plus et ceux qui ne le sont pas espèrent le devenir.

    Le poids des inno­va­tions tech­no­lo­giques cor­ré­lé à l’ex­ploi­ta­tion des fos­siles ont fait de nous des nababs .

    Para­doxa­le­ment cela laisse du temps pour s’oc­cu­per de la démo­cra­tie , mais en même temps cela en enlève le désir , le vouloir.

    La réflexion sur les ins­ti­tu­tions , les bonnes idées du tirage au sort et des meilleures mesures de pro­tec­tion de la démo­cra­tie ne peuvent s’a­bor­der sans tenir compte de la glo­ba­li­té du vivant humain qui fait qu’il est tiraillé entre des volon­tés contra­dic­toires et pri­son­nier de la maté­ria­li­té socié­tale qui s’est accu­mu­lée au cours de l’his­toire, et fait sys­tème , ren­dant tout vou­loir très peu opérationnel.

    Cela ne remet aucu­ne­ment en cause ton tra­vail et tout l’in­té­rêt qu’on peut y trou­ver mais sim­ple­ment le rela­ti­vise et l’ouvre sur d’autres che­mins d’exploration.

    S’ouvre aujourd’­hui « une fenêtre de tir » inté­res­sante pour la vraie démo­cra­tie, et le déclen­che­ment du vou­loir : cela va être le moment où les gens dans leur majo­ri­té ne croi­ront plus en la pos­si­bi­li­té de pro­grès maté­riel de richesse et s’ap­pau­vri­ront du fait même de la logique des choses ; à ce moment-là, il y aura un choix à faire vers le chaos ou la démocratie.

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  9. Catherine B

    En lisant Howard Bloom, voi­ci ce que j’ai eu envie de reprendre dans une très belle page de « Quelque part dans l’i­na­che­vé » de Vla­di­mir Jan­ké­lé­vitch des pro­pos que j’a­dore car ils font écla­ter la pri­son des mots pour évi­ter d’en faire des idoles, j’a­dore, j’adore!!!

    Lisez et dor­mez des­sus et demain vous m’en direz des nouvelles !

    « Les mots qui servent de sup­port à la pen­sée doivent être employés dans toutes les posi­tions pos­sibles, dans les locu­tions les plus variées ; il faut les tour­ner, les retour­ner sur toutes leurs faces, dans l’es­poir qu’une lueur en jailli­ra ; les pal­per et aus­cul­ter leurs sono­ri­tés pour per­ce­voir le secret de leur sens. Les asso­nances et les réso­nances des mots n’ont-elles pas une ver­tu ins­pi­ra­trice ? Cette rigueur doit être atteinte par­fois au prix d’un dis­cours illi­sible : il s’en faut de peu, en effet, qu’on ne se contre­dise ; il suf­fit de conti­nuer sur la même ligne, de glis­ser sur la même pente, et l’on s’é­loigne de plus en plus du point de départ, et le point de départ finit par démen­tir le point d’ar­ri­vée. Je me sens pro­vi­soi­re­ment moins inquiet lorsque, après avoir long­temps tour­né en rond, creu­sé et tri­tu­ré les mots, explo­ré leurs réso­nances séman­tiques, ana­ly­sé leurs pou­voirs allu­sifs, leur pou­voir d’é­vo­ca­tion, je véri­fie que je ne peux déci­dé­ment aller outre. Certes la pré­ten­tion de tou­cher un jour à la véri­té est une uto­pie dog­ma­tique, ce qui importe, c’est d’al­ler jus­qu’au bout de ce qu’on peut faire, d’at­teindre à une cohé­rence sans faille, de faire affleu­rer les ques­tions les plus cachées et les plus infor­mables… »

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  10. sitouaillain

    « S’ouvre aujourd’­hui « une fenêtre de tir » inté­res­sante pour la vraie démo­cra­tie, et le déclen­che­ment du vou­loir : cela va être le moment où les gens dans leur majo­ri­té ne croi­rons plus en la pos­si­bi­li­té de pro­grès maté­riel de richesse et s’ap­pau­vri­ront du fait même de la logique des choses ; à ce moment là il y aura un choix à faire vers le chaos ou la démocratie . »

    « ce qui importe, c’est d’al­ler jus­qu’au bout de ce qu’on peut faire, d’at­teindre à une cohé­rence sans faille, de faire affleu­rer les ques­tions les plus cachées et les plus informables… »

    @ di giro­la­mo et cathe­rine, vous êtes vrai­ment de dan­ge­reux sédi­tieux, en train d’ou­vrir grand les portes de sor­tie ! grâce à vous l’é­clat du jour gran­dit, en tout cas , vous lire m’a don­né quelque chose de plus, merci.

    Réponse
  11. NingúnOtro

    Voi­là, par­fois cela fait encore plai­sir de vous lire, les amis 😉 .

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  12. Morpheus

    Le VOULOIR est – à mon avis – tri­bu­taire du POUVOIR, ou de façon plus sub­tile, du SENTIMENT de pou­voir.

    C’est lorsque nous avons le sen­ti­ment de pou­voir chan­ger les choses que le pro­ces­sus du vou­loir se met en mouvement.

    A contra­rio, lorsque nous avons le sen­ti­ment de ne pas pou­voir, lorsque nous res­sen­tons un sen­ti­ment d’im­puis­sance, la volon­té est anes­thé­siée. Il s’a­git d’un pro­ces­sus psy­chique facile à obser­ver et à démontrer.

    Ce n’est pas un hasard si les prin­cipes de l’in­dus­trie du consen­te­ment, qui sont au cœur du sys­tème des gou­ver­ne­ments pré­ten­du­ment repré­sen­ta­tifs, ont pour résul­tat de dif­fu­ser un fort sen­ti­ment d’im­puis­sance dans la conscience col­lec­tive. L’i­dée est de main­te­nir l’es­prit des peuples dans un état psy­cho­lo­gique dit « enfant », afin que nous nous tour­nions incons­ciem­ment vers ceux que nous iden­ti­fions à des « parents », ou leur équi­valent col­lec­tif : les gouvernants.

    La consé­quence tra­gique de cette salo­pe­rie qu’est l’in­dus­trie du consen­te­ment, c’est qu’on en arrive à vou­loir que ce soit le gou­ver­ne­ment qui règle nos pro­blèmes, et sur­tout pas nous-mêmes ! (de la même façon que, enfants, nous nous tour­nions vers nos parents pour résoudre les pro­blèmes qui nous sem­blaient insur­mon­tables). Nous sommes per­sua­dés que nous sommes incom­pé­tents, inca­pables de prendre notre des­tin col­lec­tif en main, inca­pables de gérer la chose publique (la république).

    Qui plus est, nous avons bien conscience que la poli­tique, telle que nous l’ob­ser­vons à tra­vers le prisme des gou­ver­ne­ments pré­ten­du­ment repré­sen­ta­tifs, ne consiste qu’en une per­pé­tuelle lutte pour le pou­voir, faite de vilé­nies, de trom­pe­ries, de tra­hi­sons, de cor­rup­tions diverses et variées. Nous n’en vou­lons pas, car ins­tinc­ti­ve­ment, nous savons cela des­truc­teur : nous en arri­vons à la conclu­sion que « mieux vaut ça pour ceux qui veulent le pou­voir que pour moi ». Et ain­si, nous accep­tons le sta­tus quo, qui a l’immense avan­tage de nous per­mettre de râler, de nous plaindre, de trou­ver des boucs émis­saires, bref, tels des gosses imma­tures, nous pré­fé­rons râler sur nos parents plu­tôt que nous éman­ci­per d’eux.

    Il serait temps de fran­chir le cap de cette trop longue crise d’a­do­les­cence (200 ans – 10 géné­ra­tions – ça va aller, là, non ? …).

    Cor­dia­le­ment,
    Morpheus

    Réponse
  13. sitouaillain

    @ Mor­phéus,

    ce que tu dis me semble très juste,

    juste quelques ques­tions en pro­lon­ge­ment, quand tu dis :« Nous sommes per­sua­dés que nous sommes incom­pé­tents, inca­pables de prendre notre des­tin col­lec­tif en main, inca­pable de gérer la chose publique (la répu­blique) »,

    j’i­ma­gine que ceci ne te concerne pas ou plus, à savoir que toi tu n’es pas per­sua­dé que etc.,

    autre­ment dit, s’il existe des gens per­sua­dés qu’ils sont com­pé­tents, capables de prendre notre des­tin col­lec­tif en main, capables de gérer la chose publique, et qui ont du pou­voir, est-ce que c’est uni­que­ment dû au fait qu’ils se sont per­sua­dés d’être auto­ri­sés à exer­cer le pou­voir, ou bien est-ce parce qu’en plus d’être per­sua­dés, ils s’en sont don­nés les moyens ?

    et aus­si suf­fit-il d’être per­sua­dés pour être vrai­ment capables, dans la mesure où, avant d’être vrai­ment capables, indé­pen­dam­ment de la volon­té, la struc­ture de la socié­té fait qu’il y a dis­pro­por­tion de moyens, et ce quand bien même les indi­vi­dus (adultes) auraient au moins com­pris que l’as­so­cia­tion et le nombre sont incontournables(cf Com­mune de Paris ou Espagne 36)?

    ques­tion sub­si­diaire : qu’est ce qui fait que tu n’as pas de pou­voir, indé­pen­dam­ment du fait que d’autres en ont trop et que d’autres n’en veulent pas assez ?


    Rien à voir, mais j’ai envie de par­ta­ger ce texte très puis­sant de
    Sig­mund Freud, Malaise dans la Civi­li­sa­tion, 1929 :
    (http://​waren​.free​.fr/​m​a​s​t​e​r​p​s​y​c​h​o​n​a​n​t​e​s​/​c​l​i​n​i​q​u​e​/​F​r​e​u​d​_​m​a​l​a​i​s​e​_​c​i​v​i​l​i​s​a​t​i​o​n​.​pdf)

    « La ques­tion du but de la vie humaine a été posée d’in­nom­brables fois ; elle n’a jamais encore reçu de réponse satis­fai­sante. Peut-être n’en com­porte-t-elle aucune. Maints de ces esprits « inter­ro­geants » qui l’ont posée ont ajou­té : s’il était avé­ré que la vie n’eût aucun but, elle per­drait à nos yeux toute valeur. Mais cette menace n’y change rien, il semble bien plu­tôt qu’on ait le droit d’é­car­ter la question.

    Elle nous semble avoir pour ori­gine cet orgueil humain dont nous connais­sons déjà tant d’autres mani­fes­ta­tions. On ne parle jamais du but de la vie des ani­maux, sinon pour les consi­dé­rer comme des­ti­nés à ser­vir l’homme. Mais ce point de vue lui aus­si est insou­te­nable, car nom­breux sont les ani­maux dont l’homme ne sait que faire – sauf les décrire, les clas­ser et les étu­dier – et des mul­ti­tudes d’es­pèces se sont d’ailleurs sous­traites à cette uti­li­sa­tion par le fait qu’elles ont vécu et dis­pa­ru avant même que l’homme ne les ait aperçues.

    Il n’est déci­dé­ment que la reli­gion pour savoir répondre à la ques­tion du but de la vie. On ne se trom­pe­ra guère en concluant que l’i­dée d’as­si­gner un but à la vie n’existe qu’en fonc­tion du sys­tème religieux.

    Aus­si nous faut-il rem­pla­cer la ques­tion pré­cé­dente par cette autre, moins ambi­tieuse – quels sont les des­seins et les objec­tifs vitaux tra­his par la conduite des hommes, que demandent-ils à la vie, et à quoi tendent-ils ? On n’a guère de chance de se trom­per en répon­dant : ils tendent au bon­heur ; les hommes veulent être heu­reux et le res­ter. Cette aspi­ra­tion a deux faces, un but néga­tif et un but posi­tif : d’un côté évi­ter dou­leur et pri­va­tion de joie, de l’autre recher­cher de fortes jouis­sances. En un sens plus étroit, le terme « bon­heur » signi­fie seule­ment que ce second but a été atteint. En cor­ré­la­tion avec cette dua­li­té de buts, l’ac­ti­vi­té des hommes peut prendre deux direc­tions, selon qu’ils cherchent- de manière pré­pon­dé­rante ou même exclu­sive à réa­li­ser l’un ou l’autre.

    On le voit, c’est sim­ple­ment le prin­cipe du plai­sir qui déter­mine le but de la vie, qui gou­verne dès l’o­ri­gine les opé­ra­tions de l’ap­pa­reil psy­chique ; aucun doute ne peut sub­sis­ter quant à son uti­li­té, et pour­tant l’u­ni­vers entier – le macro­cosme aus­si bien que le micro­cosme – cherche que­relle à son pro­gramme. Celui-ci est abso­lu­ment irréa­li­sable ; tout l’ordre de l’u­ni­vers s’y oppose ; on serait ten­té de dire qu’il n’est point entré dans le plan de la « Créa­tion » que l’homme soit « heureux ».

    Ce qu’on nomme bon­heur, au sens le plus strict, résulte d’une satis­fac­tion plu­tôt sou­daine de besoins ayant atteint une haute ten­sion, et n’est pos­sible de par sa nature que sous forme de phé­no­mène épi­so­dique. Toute per­sis­tance d’une situa­tion qu’a fait dési­rer le prin­cipe du plai­sir n’en­gendre qu’un bien-être assez tiède ; nous sommes ain­si faits que seul le contraste est capable de nous dis­pen­ser une jouis­sance intense, alors que l’é­tat lui-même ne nous en pro­cure que très peu .

    Ain­si nos facul­tés de bon­heur sont déjà limi­tées par notre consti­tu­tion. Or, il nous est beau­coup moins dif­fi­cile de faire l’ex­pé­rience du mal­heur. La souf­france nous menace de trois côtés : dans notre propre corps qui, des­ti­né à la déchéance et à la dis­so­lu­tion, ne peut même se pas­ser de ces signaux d’a­larme que consti­tuent la dou­leur et l’an­goisse ; du côté du monde exté­rieur, lequel dis­pose de forces invin­cibles et inexo­rables pour s’a­char­ner contre nous et nous anéan­tir ; la troi­sième menace enfin pro­vient de nos rap­ports avec les autres êtres humains.

    La souf­france issue de cette source nous est plus dure peut-être que toute autre ; nous sommes enclins à la consi­dé­rer comme un acces­soire en quelque sorte super­flu, bien qu’elle n’ap­par­tienne pas moins à notre sort et soit aus­si inévi­table que celles dont l’o­ri­gine est autre.

    Ne nous éton­nons point si sous la pres­sion de ces pos­si­bi­li­tés de souf­france, l’homme s’ap­plique d’or­di­naire à réduire ses pré­ten­tions au bon­heur (un peu comme le fit le prin­cipe du plai­sir en se trans­for­mant sous la pres­sion du monde exté­rieur en ce prin­cipe plus modeste qu’est celui de la réa­li­té), et s’il s’es­time heu­reux déjà d’a­voir échap­pé au mal­heur et sur­mon­té la souf­france ; si d’une façon très géné­rale la tâche d’é­vi­ter la souf­france relègue à l’ar­rière-plan celle d’ob­te­nir la jouis­sance. La réflexion nous apprend que l’on peut cher­cher à résoudre ce pro­blème par des voies très diverses ; toutes ont été recom­man­dées par les dif­fé­rentes écoles où l’on ensei­gnait la sagesse ; et toutes ont été sui­vies par les hommes.

    La satis­fac­tion illi­mi­tée de tous les besoins se pro­pose à nous avec insis­tance comme le mode de vie le plus sédui­sant, mais l’a­dop­ter serait faire pas­ser le plai­sir avant la pru­dence, et la puni­tion sui­vrait de près cette ten­ta­tive. Les autres méthodes ayant pour prin­ci­pal objec­tif d’é­vi­ter la souf­france se dif­fé­ren­cient selon les sources res­pec­tives de déplai­sir sur les­quelles se fixe sur­tout l’at­ten­tion. Il en est d’ex­trêmes et de modé­rées, les unes sont uni­la­té­rales, d’autres s’at­taquent à plu­sieurs points à la fois.

    L’i­so­le­ment volon­taire, l’é­loi­gne­ment d’au­trui, consti­tue la mesure de pro­tec­tion la plus immé­diate contre la souf­france née des contacts humains. Il est clair que le bon­heur acquis grâce à cette mesure est celui du repos. Lors­qu’on redoute le monde exté­rieur, on ne peut s’en défendre que par l’é­loi­gne­ment sous une forme quel­conque – du moins si l’on veut résoudre cette seule difficulté.

    Il existe à la véri­té un pro­cé­dé dif­fé­rent et meilleur ; après s’être recon­nu membre de la com­mu­nau­té humaine et armé de la tech­nique for­gée par la science, on passe à l’at­taque de la nature qu’on sou­met alors à sa volon­té : on tra­vaille avec tous au bon­heur de tous. Mais les plus inté­res­santes méthodes de pro­tec­tion contre la souf­france sont encore celles qui visent à influen­cer notre propre orga­nisme. En fin de compte, toute souf­france n’est que sen­sa­tion, n’existe qu’au­tant que nous l’é­prou­vons ; et nous ne l’é­prou­vons qu’en ver­tu de cer­taines dis­po­si­tions de notre corps.

    La plus bru­tale mais aus­si la plus effi­cace des méthodes des­ti­nées à exer­cer pareille influence cor­po­relle est la méthode chi­mique, l’in­toxi­ca­tion. je crois que per­sonne n’en pénètre le méca­nisme, mais c’est un fait que, par leur pré­sence dans le sang et les tis­sus, cer­taines sub­stances étran­gères au corps nous pro­curent des sen­sa­tions agréables immé­diates ; et qu’elles modi­fient aus­si les condi­tions de notre sen­si­bi­li­té au point de nous rendre inaptes à toute sen­sa­tion désa­gréable. Non seule­ment ces deux effets sont simul­ta­nés, mais ils semblent étroi­te­ment liés. Il doit d’ailleurs se for­mer dans notre propre chi­misme inté­rieur des sub­stances capables d’ef­fets sem­blables, car nous connais­sons au moins un état mor­bide, la manie, où un com­por­te­ment ana­logue à l’i­vresse se réa­lise sans l’in­ter­ven­tion d’au­cune drogue enivrante. Au sur­plus notre vie psy­chique nor­male pré­sente des oscil­la­tions au cours des­quelles les sen­sa­tions de plai­sir se déclenchent avec plus ou moins de faci­li­té ou de dif­fi­cul­té, et, paral­lè­le­ment, notre sen­si­bi­li­té au déplai­sir se révèle plus faible ou plus forte. Il est bien regret­table que ce côté toxique des pro­ces­sus psy­chiques se soit jus­qu’i­ci déro­bé à l’in­ves­ti­ga­tion scien­ti­fique. L’ac­tion des stu­pé­fiants est à ce point appré­ciée, et recon­nue comme un tel bien­fait dans la lutte pour assu­rer le bon­heur ou éloi­gner la misère, que des indi­vi­dus et même des peuples entiers leur ont réser­vé une place per­ma­nente dans l’é­co­no­mie de leur libi­do. On ne leur doit pas seule­ment une jouis­sance immé­diate mais aus­si un degré d’in­dé­pen­dance ardem­ment sou­hai­té à l’é­gard du monde exté­rieur. On sait bien qu’à l’aide du « bri­seur de sou­cis », l’on peut à chaque ins­tant se sous­traire au far­deau de la réa­li­té et se réfu­gier dans un monde à soi qui réserve de meilleures condi­tions à la sen­si­bi­li­té. Mais on sait aus­si que cette pro­prié­té des stu­pé­fiants en consti­tue pré­ci­sé­ment le dan­ger et la noci­vi­té. Dans cer­taines cir­cons­tances ils sont res­pon­sables du gas­pillage de grandes sommes d’éner­gie qui pour­raient s’employer à l’a­mé­lio­ra­tion du sort des humains.

    Cepen­dant la struc­ture com­pli­quée de notre appa­reil psy­chique laisse encore place à toute une série d’autres manières d’a­gir sur lui. Puisque bon­heur signi­fie satis­fac­tion des ins­tincts, il sur­git une nou­velle cause de lourdes souf­frances si le monde exté­rieur, nous lais­sant dans l’in­di­gence, se refuse à assou­vir nos besoins. On peut donc espé­rer qu’en agis­sant sur ces besoins ins­tinc­tifs eux-mêmes, on sera libé­ré d’une par­tie de cette souf­france. Ce pro­cé­dé de défense ne s’at­taque plus à l’ap­pa­reil de la sen­si­bi­li­té, mais aux sources inté­rieures des besoins pour ten­ter de s’en rendre maître. Pous­sé à l’ex­trême, il y par­vient en tuant les ins­tincts, comme l’en­seigne la sagesse orien­tale et comme le réa­lise la pra­tique du yoga. Y réus­sir, c’est évi­dem­ment aban­don­ner du même coup toute acti­vi­té quelle qu’elle soit (sacri­fier sa vie), et ne conqué­rir à nou­veau, par une autre voie, que le bon­heur de la quié­tude. En visant moins haut, on suit pour­tant la même voie si l’on cherche seule­ment à maî­tri­ser l’ac­ti­vi­té de la vie ins­tinc­tive. Cette maî­trise, ce sont alors les ins­tances psy­chiques supé­rieures, sou­mises au prin­cipe de la réa­li­té, qui l’exercent. Ceci ne signi­fie nul­le­ment qu’on ait renon­cé à toute satis­fac­tion, mais bien qu’on s’est assu­ré une cer­taine garan­tie contre la souf­france en ceci que l’in­sa­tis­fac­tion des ins­tincts tenus en bride n’est plus res­sen­tie aus­si dou­lou­reu­se­ment que celle des ins­tincts non inhi­bés. En revanche, il s’en­suit une dimi­nu­tion indé­niable des pos­si­bi­li­tés de jouis­sances. La joie de satis­faire un ins­tinct res­té sau­vage, non domes­ti­qué par le Moi, est incom­pa­ra­ble­ment plus intense que celle d’as­sou­vir un ins­tinct domp­té. Le carac­tère irré­sis­tible des impul­sions per­verses, et peut-être l’at­trait du fruit défen­du en géné­ral, trouvent là leur expli­ca­tion économique.

    Une autre tech­nique de défense contre la souf­france recourt aux dépla­ce­ments de la libi­do, tels que les per­met notre appa­reil psy­chique et grâce aux­quels il gagne tant en sou­plesse. Le pro­blème consiste à trans­po­ser de telle sorte les objec­tifs des ins­tincts que le monde exté­rieur ne puisse plus leur oppo­ser de déni ou s’op­po­ser à leur satis­fac­tion. Leur subli­ma­tion est ici d’un grand secours. On obtient en ce sens le résul­tat le plus com­plet quand on s’en­tend à reti­rer du labeur intel­lec­tuel et de l’ac­ti­vi­té de l’es­prit une somme suf­fi­sam­ment éle­vée de plai­sir. La des­ti­née alors ne peut plus grand-chose contre vous. Des satis­fac­tions de cet ordre, celle par exemple que l’ar­tiste trouve dans la créa­tion ou éprouve à don­ner corps aux images de sa fan­tai­sie, ou celle que le pen­seur trouve à la solu­tion d’un pro­blème ou à décou­vrir la véri­té, pos­sèdent une qua­li­té par­ti­cu­lière qu’un jour nous sau­rons cer­tai­ne­ment carac­té­ri­ser de façon méta­psy­cho­lo­gique. Pour l’ins­tant, bor­nons-nous à dire d’une manière ima­gée qu’elles nous paraissent « plus déli­cates et plus éle­vées ». Cepen­dant, en regard de celle qu’as­sure l’as­sou­vis­se­ment des dési­rs pul­sion­nels gros­siers et pri­maires, leur inten­si­té est affai­blie ; elles ne bou­le­versent pas notre orga­nisme phy­sique. Mais le point faible de cette méthode est qu’elle n’est pas d’un usage géné­ral, mais à la por­tée d’un petit nombre seule­ment. Elle sup­pose pré­ci­sé­ment des dis­po­si­tions ou des dons peu répan­dus, en une mesure effi­cace tout au moins. Et même à ces rares élus elle ne sau­rait assu­rer une pro­tec­tion par­faite contre la dou­leur, ni les revê­tir d’une cui­rasse impé­né­trable aux coups de la des­ti­née ; enfin elle devient inef­fi­cace quand la source de la souf­france réside dans notre propre corps.

    En l’ab­sence de dons spé­ciaux de nature à orien­ter les inté­rêts vitaux dans une direc­tion don­née, le simple tra­vail pro­fes­sion­nel, tel qu’il est acces­sible à cha­cun, peut jouer le rôle attri­bué dans Can­dide à la culture de notre jar­din, culture que Vol­taire nous conseille si sage­ment. Il ne m’est pas loi­sible dans une vue d’en­semble aus­si suc­cincte, de m’é­tendre suf­fi­sam­ment sur la grande valeur du tra­vail au point de vue de l’é­co­no­mie de la libi­do. Aucune autre tech­nique de conduite vitale n’at­tache l’in­di­vi­du plus soli­de­ment à la réa­li­té, ou tout au moins à cette frac­tion de la réa­li­té que consti­tue la socié­té, et à laquelle une dis­po­si­tion à démon­trer l’im­por­tance du tra­vail vous incor­pore fata­le­ment. La pos­si­bi­li­té de trans­fé­rer les com­po­santes nar­cis­siques, agres­sives, voire éro­tiques de la libi­do dans le tra­vail pro­fes­sion­nel et les rela­tions sociales qu’il implique, donne à ce der­nier une valeur qui ne le cède en rien à celle que lui confère le fait d’être indis­pen­sable à l’in­di­vi­du pour main­te­nir et jus­ti­fier son exis­tence au sein de la socié­té. S’il est libre­ment choi­si, tout métier devient source de joies par­ti­cu­lières, en tant qu’il per­met de tirer pro­fit, sous leurs formes subli­mées, de pen­chants affec­tifs et d’éner­gies ins­tinc­tives évo­luées ou ren­for­cées déjà par le fac­teur consti­tu­tion­nel. Et mal­gré tout cela, le tra­vail ne jouit que d’une faible consi­dé­ra­tion dès qu’il s’offre comme moyen de par­ve­nir au bon­heur. C’est une voie dans laquelle on est loin de se pré­ci­pi­ter avec l’é­lan qui nous entraîne vers d’autres satis­fac­tions. La grande majo­ri­té des hommes ne tra­vaillent que sous la contrainte de la néces­si­té, et de cette aver­sion natu­relle pour le tra­vail naissent les pro­blèmes sociaux les plus ardus.

    Si, dans cette méthode déjà, le désir d’in­dé­pen­dance à l’é­gard du monde exté­rieur est évident, puis­qu’on lie son plai­sir à des opé­ra­tions inté­rieures et men­tales, ces mêmes traits s’af­firment avec plus de force encore dans la méthode sui­vante où le rap­port avec les faits réels se relâche davan­tage. La satis­fac­tion pro­cède d’illu­sions qu’on recon­naît comme telles sans pour­tant se lais­ser trou­bler par leur éloi­gne­ment de la réa­li­té. Le domaine d’où ces illu­sions pro­viennent est celui de l’i­ma­gi­na­tion ; jadis, à mesure que se déve­lop­pait le sens du réel, la vie ima­gi­na­tive s’é­tait expres­sé­ment sous­traite à l’é­preuve de la réa­li­té et char­gée de l’exau­ce­ment des sou­haits dif­fi­ciles à réa­li­ser. Au som­met de ces joies ima­gi­na­tives trône la jouis­sance pro­cu­rée par les oeuvres d’art, jouis­sance que celles-ci rendent éga­le­ment acces­sible, par l’in­ter­mé­diaire de l’ar­tiste, à celui qui n’est pas lui-même créa­teur. Tout être sen­sible à l’in­fluence de l’art n’es­ti­me­ra jamais assez haut le prix de cette source de plai­sir et de conso­la­tion ici-bas. Mais hélas, la légère nar­cose où l’art nous plonge est fugi­tive ; simple retraite devant les dures néces­si­tés de la vie, elle n’est point assez pro­fonde pour nous faire oublier notre misère réelle.

    Un autre pro­cé­dé est plus radi­cal et plus éner­gique ; il voit dans la réa­li­té l’en­ne­mie unique, la source de toute souf­france. Comme elle nous rend la vie impos­sible, on doit rompre toute rela­tion avec elle, si l’on tient à être heu­reux d’une manière quel­conque. L’er­mite tourne le dos à ce bas monde et ne veut point avoir affaire à lui.

    Mais on peut aller plus loin et s’a­vi­ser de trans­for­mer ce monde, d’en édi­fier à sa place un autre dont les aspects les plus pénibles seront effa­cés et rem­pla­cés par d’autres conformes à nos propres dési­rs. L’être qui, en proie à une révolte déses­pé­rée, s’en­gage dans cette voie pour atteindre le bon­heur, n’a­bou­ti­ra nor­ma­le­ment à rien ; la réa­li­té sera plus forte que lui. Il devien­dra un fou extra­va­gant dont per­sonne, la plu­part du temps, n’ai­de­ra à réa­li­ser le délire.

    On pré­tend tou­te­fois que cha­cun de nous, sur un point ou sur un autre, se com­porte comme le para­noïaque, cor­rige au moyen de rêves les élé­ments du monde qui lui sont into­lé­rables, puis insère ces chi­mères dans la réa­li­té. Il est un cas qui prend une impor­tance toute par­ti­cu­lière ; il se pré­sente lorsque des êtres humains s’ef­forcent ensemble et en grand nombre de s’as­su­rer bon­heur et pro­tec­tion contre la souf­france au moyen d’une défor­ma­tion chi­mé­rique de la réa­li­té. Or les reli­gions de l’hu­ma­ni­té doivent être consi­dé­rées comme des délires col­lec­tifs de cet ordre. Natu­rel­le­ment, celui qui par­tage encore un délire ne le recon­naît jamais pour tel.

    Je ne consi­dère pas comme com­plète cette énu­mé­ra­tion des méthodes à l’aide des­quelles les hommes s’ef­forcent de conqué­rir le bon­heur et d’é­loi­gner le mal­heur ; je sais aus­si que le sujet se prête à d’autres ordon­nances. Il est un de ces pro­cé­dés dont je n’ai encore rien dit, non certes par oubli, mais nous nous en occu­pe­rons dans un contexte dif­fé­rent. Com­ment pour­rions-nous d’ailleurs oublier jus­te­ment cette tech­nique de l’art de vivre ! Elle se dis­tingue par le plus curieux assem­blage de traits carac­té­ris­tiques. Elle tend natu­rel­le­ment aus­si à réa­li­ser l’in­dé­pen­dance à l’é­gard du sort – expres­sion la meilleure qu’on puisse employer ici – et dans cette inten­tion elle reporte l’ac­cent sur les jouis­sances intra­psy­chiques, uti­li­sant ain­si cette pro­prié­té déjà men­tion­née dont jouit la libi­do d’être dépla­çable, mais sans pour cela se détour­ner du monde exté­rieur. Elle s’ac­croche tout au contraire à des objets, et trouve le bon­heur en ins­tau­rant avec eux des rela­tions affec­tives. Elle ne se contente d’ailleurs pas de la sorte d’é­vi­ter la souf­france, ne se limite pas à ce but assi­gné par la fatigue et la rési­gna­tion. Elle passe outre, bien plu­tôt, sans lui por­ter atten­tion et main­tient fer­me­ment la ten­dance pri­mi­tive et pas­sion­née à réa­li­ser un bon­heur posi­tif. Peut-être se rap­proche-t-elle de ce der­nier but plus que toute autre méthode.

    J’ai en vue natu­rel­le­ment cette concep­tion de la vie qui prend pour centre l’a­mour, et où l’on escompte que toute joie vient d’ai­mer et d’être aimé. Une telle atti­tude psy­chique nous est à tous très fami­lière ; l’une des formes sous les­quelles l’a­mour se mani­feste, l’a­mour sexuel, nous a fait éprou­ver avec le plus d’in­ten­si­té un plai­sir sub­ju­guant, et par là nous a four­ni le pro­to­type de notre aspi­ra­tion au bon­heur ; quoi de plus natu­rel que de conti­nuer à le cher­cher sur le che­min même où pour la pre­mière fois nous l’a­vons ren­con­tré ? Le point faible de cette tech­nique vitale est trop évident, sinon il ne serait venu à l’i­dée de per­sonne d’a­ban­don­ner cette voie pour une autre. Nous ne sommes jamais aus­si mal pro­té­gés contre la souf­france que lorsque nous aimons, jamais plus irré­mé­dia­ble­ment mal­heu­reux que si nous avons per­du la per­sonne aimée ou son amour. Tou­te­fois nous sommes loin d’a­voir épui­sé le sujet de la tech­nique de la vie qui se fonde sur l’ap­ti­tude de l’a­mour à don­ner le bon­heur ; il reste encore beau­coup à dire à ce sujet. »

    Réponse
  14. Ana Sailland

    Outre Pou­voir, Vou­loir, ne pas oublier Voir.

    Ça ouvre des portes.

    Réponse
  15. gilles

    « S’ouvre aujourd’­hui « une fenêtre de tir » inté­res­sante pour la vraie démo­cra­tie, et le déclen­che­ment du vou­loir : cela va être le moment où les gens dans leur majo­ri­té ne croi­rons plus en la pos­si­bi­li­té de pro­grès maté­riel de richesse et s’ap­pau­vri­ront du fait même de la logique des choses ; à ce moment là il y aura un choix à faire vers le chaos ou la démocratie. »

    Alors que par­tout résonne actuel­le­ment dans les médias : « Il n’y a pas le choix, il faut faire un saut fédé­ral, une union ban­caire, l’aus­té­ri­té par un contrôle cen­tra­li­sé du bud­get par une Com­mis­sion non-élue dans des ins­ti­tu­tions refu­sées sans équi­voque par les peuples et ceux qui tiennent le manche en ce moment chan­ge­raient d’a­vis pour nous lais­ser roya­le­ment le choix ?

    Il va fal­loir débattre et par­tir des réa­li­tés et non des rêves uto­pistes pour créer des alter­na­tives qui fonc­tionnent effectivement.

    C’est moi qui ai mis le mes­sage d’Ho­ward Bloom parce que cela fait réflé­chir et non réci­ter un caté­chisme en par­tie périmé.

    Oublier que les trai­tés UE imposent une poli­tique éco­no­mique est un oubli grave. Les uto­pies mal construites et mal réflé­chies nous ont sou­vent emme­nés aux désastres.

    Réponse
  16. Morpheus

    @ sitouaillain

    sitouaillain écrit : « s’il existe des gens per­sua­dés qu’ils sont com­pé­tents, capables de prendre notre des­tin col­lec­tif en main, capables de gérer la chose publique, et qui ont du pou­voir, est-ce que c’est uni­que­ment dû au fait qu’ils se sont per­sua­dés d’être auto­ri­sés à exer­cer le pou­voir, ou bien est-ce parce qu’en plus d’être per­sua­dés, ils s’en sont don­nés les moyens ? »

    En fait, ce que je vou­lais dire, c’est qu’une majo­ri­té d’é­lec­teurs (la « majo­ri­té silen­cieuse », qui à mon avis doit tour­ner autour des 70 à 80 % de la popu­la­tion), soit se consi­dère inca­pables de gérer les pro­blèmes de la cité (à tort ou à rai­son), soit sont convain­cus d’en être inca­pables et de sur­croit estiment que « les poli­ti­ciens sont payés pour s’en occu­per, c’est pas à moi de m’en pré­oc­cu­per », et donc désertent le champs d’ac­tion de la politique.

    En dehors de cela, je pense qu’il doit y avoir entre 20 et 30% du peuple qui se sentent la capa­ci­té d’au moins être concer­nés, et capables de for­mer une opi­nion sur les ques­tions de ges­tion de la cité. Et dès que l’on cherche à exer­cer, ne fut-ce qu’une réflexion, on se donne un mini­mum de moyens (intel­lec­tuels, essen­tiel­le­ment, mais sans doute pas exclu­si­ve­ment) pour affi­ner son ana­lyse et sa com­pré­hen­sion des problèmes.

    Il est tou­te­fois cer­tain que rien dans nos socié­tés n’en­cou­rage à cette impli­ca­tion active : un peuple sou­mis et pré­oc­cu­pé par de toutes autres ques­tions (la coupe du monde de foot­ball, les jeux olym­piques, Star Aca­de­my, le mariage de la prin­cesse de Mon­cul, le mariage gay, etc.) est infi­ni­ment plus facile à gou­ver­ner pour les voleurs de pou­voir qu’un peuple au fait des ques­tions de socié­té et de ges­tion de la cité.

    Mais ce n’est pas une fata­li­té. Ce n’est pas une don­née objec­tive, dans le sens que ce n’est pas une don­née inhé­rente à l’Homme, mais c’est une consé­quence d’un contexte socio­cul­tu­rel domi­né par l’in­gé­nie­rie du consen­te­ment, la culture du tra­vail-valeur, la socié­té de consom­ma­tion exis­ten­tielle et les indus­tries du diver­tis­se­ment (pour le dire sim­ple­ment, rien n’a chan­gé depuis l’an­ti­qui­té romaine : du pain et des jeux).

    Comme nous pou­vons chan­ger la culture (et donc les croyances et les men­ta­li­tés), cette don­née peut chan­ger favo­ra­ble­ment (défa­vo­ra­ble­ment me semble pos­sible, mais dif­fi­cile, tant on est loin dans l’a­bru­tis­se­ment des peuples, eut égard aux moyens de com­mu­ni­ca­tion et d’é­du­ca­tion existants).

    Cor­dia­le­ment,
    Morpheus

    PS : En ce qui me concerne, Freud n’est pas une réfé­rence (ou alors une contre réfé­rence) ; men­teur, tri­cheur, voleur, mani­pu­la­teur, escroc intel­lec­tuel autant que finan­cier, qui pre­nait son cas pour une géné­ra­li­té, mal­hon­nête, faus­saire. Donc bon, ses réflexions, comme qui dirait, il peut se les garder.

    Réponse
  17. Morpheus

    sitouaillain écrit : « ques­tion sub­si­diaire : qu’est ce qui fait que tu n’as pas de pou­voir, indé­pen­dam­ment du fait que d’autres en ont trop et que d’autres n’en veulent pas assez ? »

    C’est simple : c’est le sys­tème de gou­ver­ne­ment faus­se­ment repré­sen­ta­tif repo­sant sur une fausse consti­tu­tion, qui consacre mon entière impuis­sance poli­tique. En d’autres termes, ce qui fait que je n’ai pas de pou­voir, c’est que nous ne vivons pas en démo­cra­tie, mais dans une oli­gar­chie sour­noise, dégui­sée en démocratie.

    Cor­dia­le­ment,
    Morpheus

    Réponse
  18. Di Girolamo

    Je suis per­sua­dé qu’une démo­cra­tie a besoin d’un sou­tien per­ma­nent dédié à sa pra­tique ; du fait même de la dif­fi­cul­té de sa pra­tique et de la pente natu­relle à s’en détour­ner ;

    ce sou­tien ne peut pas être por­té par un sec­teur de la socié­té, asso­cia­tion ou par­ti poli­tique même s’ils ont toute vali­di­té pour y par­ti­ci­per, ni même par la presse, les médias, fussent ils indé­pen­dants, et par nature des élé­ments clés de la vie démo­cra­tique, mais par l’ins­ti­tu­tion, un cadre public per­met­tant l’ex­pres­sion de tous et recon­nu comme légi­time dans la recherche du bien commun.

    Sans cet outil d’a­ni­ma­tion de la démo­cra­tie, cette chose si impor­tante, si fon­da­men­tale qu’est l’exer­cice démo­cra­tique n’est pas en capa­ci­té de bien fonc­tion­ner et se trouve livré au fil de l’eau.

    C’est un peu comme si on consi­dé­rait l’é­du­ca­tion comme essen­tielle et qu’on n’y met­tait aucun moyen public.

    Cet aspect essen­tiel de l’animation de la démo­cra­tie n’est pas assez mis en avant ; pour­tant c’est une condi­tion néces­saire, un indis­pen­sable élé­ment dont l’absence signe l’absence de vraie démocratie.

    Réponse
  19. sitouaillain

    @ Mor­phéus,

    par­don pour la réponse tardive,
    donc nous en étions à :

    sitouaillain écrit : « ques­tion sub­si­diaire : qu’est ce qui fait que tu n’as pas de pou­voir, indé­pen­dam­ment du fait que d’autres en ont trop et que d’autres n’en veulent pas assez ? »

    Mor­phéus répond : « C’est simple : c’est le sys­tème de gou­ver­ne­ment faus­se­ment repré­sen­ta­tif repo­sant sur une fausse consti­tu­tion, qui consacre mon entière impuis­sance poli­tique. En d’autres termes, ce qui fait que je n’ai pas de pou­voir, c’est que nous ne vivons pas en démo­cra­tie, mais dans une oli­gar­chie sour­noise, dégui­sée en démocratie. »

    las, je suis res­té un tant soi peu surpris :

    une tau­to­lo­gie même avec du gras et du sur­li­gnage en sus reste une tau­to­lo­gie ; du genre c’est simple je n’ai pas le pou­voir parce que d’autres ont le pouvoir…merci de me dévoi­ler la matrice 😉

    donc à l’é­vi­dence non la réponse n’est pas simple, j’a­vais pour­tant pris les devants, avec une ques­tion en deux par­ties, qui de fait éar­tait toute réponse uni­la­té­rale du type « c’est la faute des autres » (si en plus ils sont sournois!)…la ques­tion reste donc en suspend,

    avec en plus une inter­ro­ga­tion espiègle sur les rai­sons qui ont pous­sé ton incons­cient à squiz­zer la deuxième par­tie de la ques­tion, en même temps que tu me fai­sais part de ton sen­ti­ment sur Freud…

    men­teur, tri­cheur, voleur, mani­pu­la­teur, escroc intel­lec­tuel autant que finan­cier, qui pre­nait son cas pour une géné­ra­li­té, mal­hon­nête, faus­saire. Donc bon, ses réflexions, comme qui dirait, il peut se les garder

    à ce sujet, je tiens à dire que d’un côté je par­tage une par­tie de tes remarques sur le per­son­nage, de l’autre j’au­rais pré­fé­ré que tu n’in­voques pas l’ar­gu­ment ad homi­nem pour bazar­der en bloc tout son tra­vail, c’est tou­jours une atti­tude un peu nocive, j’au­rais pu lire le texte autre­ment si tu démon­trais, uni­que­ment sur l’ex­trait cité, en quoi ses réflexions sont inin­té­res­santes, dévoilent tous ses tra­vers et fina­le­ment sont vaines,
    du coup, j’ai eu l’im­pres­sion que tu ne l’a­vais pas lu, or je pense au contraire que c’est un point d’ap­pui inté­res­sant pour la réflexion, peut être que j’au­rais dû faire l’ef­fort de remettre le texte dans son contexte his­to­rique, etc., mais je ne fai­sais pas l’ha­gio­gra­phie de l’au­teur et je prends peut être mon cas pour des géné­ra­li­tés, mais mon expé­rience de ce blog me laisse pen­ser que per­sonne ici n’est du genre à prendre la parole de qui­conque pour argent comp­tant… et c’est tant mieux !

    une chose est sûre, pour moi, « si l’homme était par­fait, il serait Dieu. », et je crois qu’elle est de Vol­taire celle-là 😉

    Réponse
  20. sitouaillain

    Si tou­te­fois quel­qu’un a un sem­blant de réponse, j’ai eu plai­sir à trou­ver cette inter­view d’une amie vene­zue­lienne (hon­ni soit qui mal y pense!):

    http://​vene​zue​lain​fos​.word​press​.com/​2​0​1​2​/​0​7​/​1​7​/​l​o​r​e​n​a​-​f​r​e​i​t​e​z​-​m​i​l​i​t​a​n​t​e​-​d​e​-​l​a​-​c​u​l​t​u​r​e​-​u​r​b​a​i​n​e​-​a​l​t​e​r​n​a​t​i​v​e​-​a​u​-​v​e​n​e​z​u​e​l​a​-​c​h​a​v​e​z​-​e​s​t​-​u​n​-​p​o​l​i​t​i​q​u​e​-​d​e​-​t​y​p​e​-​n​o​u​v​e​a​u​-​i​l​-​v​a​l​o​r​i​s​e​-​l​e​s​-​s​a​v​o​i​r​s​-​p​o​p​u​l​a​i​r​es/

    très inté­res­sante car elle exprime cette conscience révo­lu­tion­naire moderne et mature qui fait tant défaut en Europe, à savoir la com­pré­hen­sion des manières d’a­gir infor­melles, popu­laires, cultu­relles, d’é­du­ca­tion popu­laire, et la puis­sance sub­ver­sive des mou­ve­ments sociaux comme quelque chose qui n’est pas contra­dic­toire avec les anciennes formes d’a­gir poli­tique et les formes plus « aca­dé­miques », de types par­ti­daires ou syndicales,

    pas contra­dic­toire, dis-je, non pas dans l’ab­so­lu, mais dans le cadre d’un pro­ces­sus, de rap­ports de forces et de lutte, où les formes plu­rielles de la résis­tance sont un atout, et où face à l’en­ne­mi com­mun, la frag­men­ta­tion est la marque de l’im­puis­sance et de l’in­cons­cience col­lec­tive, quand la situa­tion his­to­rique exige de prendre le trait d’u­nion entre les révoltes et les actions comme la clé de voute d’un nou­vel et plus vaste édi­fice où se peignent de plus nobles horizons,

    et comme elle vit dans le fait accom­pli et que son action ne trouve sa force et ne peut se déployer que parce qu’il y a eu cette conscience et cet enthou­siasme, mon amie Lore­na tient le dis­cours du dépas­se­ment, de l’a­ve­nir, et c’est un grand bon­heur que de l’entendre,

    ici, on entend trop le dis­cours du néant, « éra­di­quons les par­tis » disent même cer­tains, par rap­port à « éra­di­quons le sec­ta­risme » il y a quelque chose comme une dif­fé­rence entre le regard por­té sur le doigt ou la Lune, une cha­ri­té mal ordonnée…

    ma ren­contre avec Lore­na fut une occa­sion de plus de com­prendre à quel point j’a­vais trop eu ten­dance à prendre mes rêves pour des réa­li­tés, notam­ment sur la ques­tion des par­tis, j’é­tais, comme qui dirait injuste, impa­tient et rem­pli des pré­ju­gés de mon temps, méfiance poli­tique média­ti­que­ment condi­tion­née, et les sou­cis que me pro­cu­raient des membres de par­tis venaient ren­for­cer ces pré­ju­gés, et j’im­pu­tais les atti­tudes nocives à la logique inhé­rente aux par­tis, alors qu’il s’a­git bien plus géné­ra­le­ment d’un pro­blème d’at­ti­tude envers autrui, dont je ne suis pas exempt, des pro­blèmes d’é­go, sus­ci­tant par exemple des mal­en­ten­dus sur le sens pro­fon­dé­ment col­lec­tif du mot liber­té, des mal­adresses rhé­to­riques dans mes cri­tiques des par­tis où j’ou­bliais que je m’a­dres­sais à des frères de lutte comme à des enne­mis, fina­le­ment je me dupais moi-même en criant haut et fort que je ne serais pas dupe,

    je ne voyais pas non plus à quel point le sou­ci des prin­cipes et idéaux entra­vait mon éner­gie, comme s’il fal­lait que tout soit imma­cu­lé pour que j’ose m’a­ven­tu­rer dans l’en­ga­ge­ment, je ne voyais pas à quel point nos peuples s’é­tiolent et s’en­chaînent à force de n’a­voir plus d’en­thou­siasme pour rien, de rien voir qui vaille la peine de prendre des risques, un peu comme si l’an­ti­ci­pa­tion des crimes à venir du gou­ver­ne­ment des Etats-Unis auraient dû inhi­ber ceux qui ont osé secouer le joug de la cou­ronne bri­tan­nique, et comme s’il était pos­sible qu’un « grand débat public » et autres illu­sions una­ni­mistes puissent sou­le­ver de tels jougs,

    quelques bonnes ren­contres et des cir­cons­tances hou­leuses m’ont per­mises de ne pas finir en chantre de l’a­po­li­tisme, ce néo­po­pu­lisme pour oreilles cyniques et désa­bu­sées et coeurs nihi­listes pré­fé­rant le céli­bat à vie par peur d’être cocus, ou peut-être que sans ce saut par-des­sus l’at­lan­tique aurais-je fini comme tous ces pisses vinaigres « mili­tants » qui ne sortent que pour des causes conve­nues, de pré­fé­rence exo­tiques, et qui chie­raient sur gand­hi ou che gue­var­ra s’il était leur contem­po­rain et leur com­pa­triote, tant leur sport pré­fé­ré est de cas­ser du sucre sur plus influent qu’eux au pré­texte qu’il n’a pas dit ceci ou cela ou qu’il a ser­ré la main à X et s’est com­pro­mis en fai­sant Y, comme si eux-mêmes n’a­vaient jamais fait un faux pas ou regret­té un pro­pos, ni chan­gé d’avis…ceux-là je sais pour­quoi ils n’ont pas de pou­voir, et c’est sans doute tant mieux…Lorena a celui qu’elle se donne, en tant qu’elle cherche à le don­ner à autrui.

    Réponse
  21. J.C

    @ Sitouaillain

    « « éra­di­quons les par­tis » disent même cer­tains » 

    Peut être est-ce trop sim­pliste ou peut être trop évident mais s’il n’y a plus de par­tis poli­tiques, il n’y a plus d’é­lec­tions et s’il n’y a plus d’é­lec­tions, s’en est fini de la pseudo-démocratie.
    Cha­cun prend ses res­pon­sa­bi­li­tés et alors tout devient pos­sible. Plus de gou­ver­ne­ment mis en place pour diri­gé le peuple.

    Le peuple est le gou­ver­ne­ment. Si on le veut vrai­ment, à par­tir d’au­jourd’­hui demain nous appar­tient (comme dit la chan­son), met­tons donc en place un sys­tème de déli­bé­ra­tion démo­cra­tique sans élu.

    bien ami­ca­le­ment

    Réponse
  22. sitouaillain

    @ JC
    Si on le veut vraiment

    oui tout est là, et sur­tout dans QUI est ce « ON », combien ?

    et ça : s’il n’y a plus de par­tis poli­tiques, il n’y a plus d’é­lec­tions et s’il n’y a plus d’é­lec­tions, s’en est fini de la pseudo-démocratie

    je ne peux pas l’ac­cep­ter, ou bien c’est une pen­sée géno­ci­daire ou bien c’est une comp­tine pour endormir.

    si tu attends que tout le monde soit d’ac­cord pour agir, je com­prend bien que tu veuilles sup­pri­mer tout ceux qui ne sont pas d’ac­cord avec ce par­ti pris…

    Pour­tant, tes propres prin­cipes sont cer­tai­ne­ment incom­pa­tibles avec tout emploi de la force pour contraindre ceux qui ont envie et res­sentent le besoin de se réunir, d’a­gir ensemble pour une cause qui leur parait juste, et de ten­ter de faire valoir cette cause,

    bien sûr la manière juste n’est pas tou­jours la manière légale, et bien sûr la manière illé­gale n’est pas tou­jours la manière effi­cace, quand bien même elle serait juste. Et il est évident que la par­ti­ci­pa­tion aux canaux ins­ti­tu­tion­nels-légaux n’est pas la seule manière d’a­gir, y com­pris pour nos frères qui ont choi­si d’être membres d’un par­ti, choi­si de construire et de s’ins­crire dans un col­lec­tif pérenne et identifiable.

    et si la fin des élec­tions ne signi­fie­ra jamais la fin des par­tis, en revanche tu as rai­son, elle signi­fie­ra la fin de la pseu­do-démo­cra­tie, quant à savoir si elle signi­fie­ra l’a­vè­ne­ment de la démo­cra­tie, et bien,tout dépend de com­bien nous serons à ne pas attendre que tout le monde soit d’ac­cord pour agir, car tel que tu sembles voir les choses, je suis obli­gé d’a­vouer que je m’at­tends à une forme inédite de tyrannie…

    Réponse
  23. Morpheus

    @ sitouaillain

    Je vois bien où se situe la tyran­nie franche d’un seul parti.

    Je vois bien où se situe la tyran­nie insi­dieuse du mul­ti­par­tisme pseu­do démocratique.

    En revanche, je ne vois guère ou se situe ta crainte d’une tyran­nie issue de la sup­pres­sion de par­tis politiques.

    Ce que je per­çois (à tort ou à rai­son), dans ton entê­te­ment à défendre la struc­ture par­ti­sane, c’est l’at­ta­che­ment – par un méca­nisme psy­cho­lo­gique appe­lé « pro­ces­sus agen­tique » (cf. l’ex­pé­rience de Mil­gram) – à une struc­ture dans laquelle tu t’es inves­tis corps et âme avec pas­sion : voir cette struc­ture dis­soute serait per­çu comme une agres­sion, dans la mesure où, consi­dé­rant ton enga­ge­ment à faire vivre ce par­ti, ce serait comme voir tes efforts (et ceux de tes core­li­gion­naires) réduits à néant.

    Le fait de défendre le par­ti jus­ti­fie cet enga­ge­ment ; a contra­rio, la sup­pres­sion des par­tis don­ne­rait l’im­pres­sion d’a­voir fait tout cela pour rien. Cette réac­tion est bien com­pré­hen­sible. Néan­moins, même si je le com­prends, cela n’en demeure pas moins qu’un atta­che­ment à une chi­mère ins­ti­tu­tion­nelle : le par­ti n’est pas toi, et tu n’es pas le par­ti, même si ton enga­ge­ment pas­sion­né dans celui-ci te fait t’i­den­ti­fier à lui (au moins en par­tie) et jus­ti­fie une par­tie impor­tante de ta vie et de ton iden­ti­té citoyenne (res­pec­table).

    Mais si l’on consi­dère uni­que­ment la fonc­tion réelle des par­tis dans le sys­tème actuel, et que l’on en vient à com­prendre que leur uti­li­té dans une vrai démo­cra­tie est remise en cause, et pour autant que l’on a pour objec­tif de consti­tuer cette vrai démo­cra­tie, ne pour­rait-on consi­dé­rer la sup­pres­sion des struc­tures par­ti­sanes comme un noble sacrifice ?

    Si l’on consi­dère que l’ob­jec­tif est l’é­ta­blis­se­ment de la démo­cra­tie, alors l’ob­ten­tion de cette démo­cra­tie jus­ti­fie­rait ample­ment ce sacri­fice : tous les efforts entre­pris au sein du par­ti pour atteindre cet objec­tif aurait abou­tit à la réa­li­sa­tion du but, et la struc­ture (outil) pour­rait être ran­gée, n’ayant plus de nécessité.

    De la même façon que l’O­TAN pou­vait trou­ver une jus­ti­fi­ca­tion dans le cadre de la guerre froide, il eut été par­fai­te­ment logique de sup­pri­mer cette orga­ni­sa­tion lors de la chute de l’URSS. Cela ne s’est pas pro­duit, sans doute parce que la fonc­tion réelle de cette orga­ni­sa­tion était autre que celle pré­ten­due offi­ciel­le­ment, et parce que cette struc­ture de pou­voir mili­taire peut ser­vir les inté­rêts par­ti­cu­liers de ceux qui la dirige depuis sa créa­tion (les USA).

    De la même manière, l’ins­tau­ra­tion d’une vrai démo­cra­tie jus­ti­fie­rait la sup­pres­sion des par­tis poli­tiques, deve­nus inutiles : l’en­ga­ge­ment citoyen deve­nant concret et direct, le peuple ayant acquis un pou­voir réel, cha­cun – issu de par­tis ou non, pour­rait s’in­ves­tir dans les ins­ti­tu­tions démo­cra­tiques nouvelles.

    Ce que cette dis­cus­sion montre bien, c’est tout le pro­blème des ins­ti­tu­tions, quelles qu’elles soient : elle deviennent, par l’at­ta­che­ment des humains qui la font exis­ter, une espèce d’en­ti­té à laquelle les humains qui la font vivre s’at­tachent, et elles acquièrent, de manière supra consciente, une forme d’au­to­no­mie. Les ins­ti­tu­tions tendent à se per­pé­tuer, par le tru­che­ment de l’at­ta­che­ment psy­cho­lo­gique des per­sonnes qui les font vivre, et qui vivent et existent par elles !

    Cor­dia­le­ment,
    Morpheus

    Réponse
  24. Morpheus

    @ sitouaillain

    Je n’a­vais pas vu ta réponse N°20 avant de rédi­ger ma pré­cé­dente inter­ven­tion (éga­le­ment à ton intention).

    Donc, pour te répondre, je n’a­vais pas per­çu d’es­piè­gle­rie dans tes ques­tions, que j’ai prise pour argent comp­tant, et aux­quelles j’ai répon­du sim­ple­ment, mais sin­cè­re­ment.

    Je n’ai pas de pou­voir, parce que je ne veux pas le pou­voir dans une struc­ture hié­rar­chique. Je (ne) suis dis­po­sé à exer­cer mon pou­voir que dans le cadre d’une struc­ture hori­zon­tale qui res­pon­sa­bi­lise tous les acteurs de façon éga­li­taire. Or, le pou­voir dans la struc­ture actuelle, hié­rar­chique, struc­tu­rée en classes sociales rela­ti­ve­ment cloi­son­nées, et fon­dée sur la domi­na­tion et le contrôle, non seule­ment ne m’in­té­resse pas, mais est ce que je com­bat avec détermination.

    Peut-être cela répond-t-il mieux à ta ques­tion ? Je l’espère 🙂

    Cor­dia­le­ment,
    Morpheus

    Réponse
  25. J.C

    Je par­tage l’a­na­lyse de Morphéus

    Je crois qu’il nous faut faire un effort par­ti­cu­lier d’i­ma­gi­na­tion de ce que peut être le fonc­tion­ne­ment d’une démo­cra­tie car nous n’en n’a­vons pas connu de notre vivant. Com­ment cela fonc­tionne et l’en­semble des impli­ca­tions que cela entraînent.

    Par­ti­cu­liè­re­ment à notre époque avec une optique glo­bale d’une véri­table démo­cra­tie éga­li­taire ou cha­cun est impli­qué dans sa propre souveraineté.

    Bien ami­ca­le­ment

    J.C

    Réponse
  26. sitouaillain

    @ Mor­phéus et JC

    « Je n’ai pas de pou­voir, parce que je ne veux pas le pou­voir dans une struc­ture hié­rar­chique. Je (ne) suis dis­po­sé à exer­cer mon pou­voir que dans le cadre d’une struc­ture hori­zon­tale qui res­pon­sa­bi­lise tous les acteurs de façon éga­li­taire. Or, le pou­voir dans la struc­ture actuelle, hié­rar­chique, struc­tu­rée en classes sociales rela­ti­ve­ment cloi­son­nées, et fon­dée sur la domi­na­tion et le contrôle, non seule­ment ne m’in­té­resse pas, mais est ce que je com­bat avec détermination. »

    c’est exac­te­ment la rai­son pour laquelle je n’ai pas de pou­voir, ça ne répond que par­tiel­le­ment à ma ques­tion, puisque par la suite, une fois recon­nu cela, encore faut-il recon­naître que nous sommes bien plus de trois péquins à par­ta­ger ces valeurs…

    d’où mon insis­tance sur les par­tis, bien sûr ce que tu dis Mor­phéus sur l’at­ta­che­ment à une ins­ti­tu­tion, etc., je le per­çois de la même manière,

    et tu cher­che­ras en vain chez moi la carte d’un par­ti, donc tu m’at­tri­bues une atti­tude qui n’est pas la mienne, je n’ai aucun atta­che­ment de ce côté-là et ne suis pas por­té à la sensiblerie,

    par contre ce sur quoi je vou­drais qu’on ouvre les yeux, c’est qu’au­tant dans la plu­part des cas le par­ti x ou y ne pré­sente pas une struc­ture orga­ni­sa­tion­nelle satis­fai­sante, autant cela n’en fait pas une essence, c’est à dire le par­ti est ceci ou cela en fonc­tion du contexte social-his­to­rique, de son coeur de valeurs et de la manière dont ses adhé­rents s’y inves­tissent, et il y a autant de formes que de par­tis, y com­pris des struc­tures sans hiérarchies.

    en revanche votre point de vue me semble aveugle, sur la rai­son d’être des par­tis, en par­ti­cu­lier des par­tis révo­lu­tion­naires, ou bien plu­tôt cette idée de sup­pri­mer les par­tis me semble por­tée sur une chi­mère una­ni­miste, du point de vue de la manière dont un type d’a­gen­ce­ment ins­ti­tu­tion­nel, social et cultu­rel peut être ren­ver­sé ou dépas­sé, mais aus­si aveugles sur le fait que de toute façon il y aura des par­tis, c’est à dire des gens qui s’as­so­cient par affi­ni­té de pen­sée ou d’in­té­rêts, j’ap­pelle sim­ple­ment et par expé­rience à ne pas être naïfs là-dessus,

    d’ailleurs Toc­que­ville a le pre­mier per­çu cette dimen­sion tyran­nique de la démocratie,

    mais l’i­dée de sup­pri­mer les par­tis, je n’en suis pas par­ti­san, dans l’ab­so­lu, mais sachez tout de même que si Mor­phéus a rai­son il me semble sur l’at­ta­che­ment du par­ti­san à son par­ti, vous êtes dans la même atti­tude vis-à-vis de l’i­dée que « les par­tis c’est mal », et quand bien même vous auriez rai­son de vous atta­cher à cette idée, et bien à par­tir du moment où tout le monde n’est pas d’ac­cord là-des­sus, votre par­ti-pris n’au­ra force de loi que lorsque vous vous serez asso­cier pour être plus fort que les par­tis que vous vou­lez éra­di­quer, et puisque vous les vou­lez éra­di­quer et que vous le dites alors même que vous n’a­vez pas le pou­voir, atten­dez-vous à ce que cela n’ar­rive jamais,

    et je vous dis même, si cela arrive, et, on en n’est pas loin, de fait, vu le faible nombre d’ins­crits tous par­tis confon­dus, vous accroî­trez le ter­rain de jeu de mieux outillés et de mieux orga­ni­sés que vous…

    mon point serais plu­tôt que le pro­ces­sus consti­tuant devrait fixer des règles de fonc­tion­ne­ment a‑hiérarchiques et avec quelques bons prin­cipes pour toute asso­cia­tion sou­hai­tant exis­ter en tant que per­sonne juri­dique (asso­cia­tion, par­ti ou entre­prise, etc.),

    je suis éga­le­ment un incon­di­tion­nel de la liber­té d’as­so­cia­tion, de réunion, donc je ne peux sous­crire à votre idée, et même, sans ins­tau­rer un sévère régime poli­cier, il est impos­sible d’in­ter­dire au gens de se réunir, de for­ger des argu­ments et des stra­té­gies puis de se pla­cer habi­le­ment en posi­tion de force, d’in­fluen­cer, de peser, vous abo­li­riez les par­tis que vous les ver­riez reve­nir par la fenêtre sous une autre forme

    par contre je par­tage plu­sieurs fon­de­ments de ce rai­son­ne­ment, là n’est pas la ques­tion d’ailleurs, la ques­tion c’est pour­quoi je, vous, n’a­vons pas le pou­voir, la véri­té c’est aus­si que votre iso­le­ment vous éloigne d’au­tant plus de la part de pou­voir qui vous revien­drait si…

    si quoi au fait ?

    je n’en sais sûre­ment pas plus que vous, sim­ple­ment, il m’apparait évident que vos idées et vos par­tis-pris n’ont de valeur qu’en tant qu’elles met­tront à cer­tain temps à atteindre les struc­tures en place par l’en­tre­mise de ceux qui se mettent en posi­tion d’a­voir le pou­voir tel que le sys­tème en fixe les conditions,

    du coup, pour ce qui est de mon cas per­son­nel, j’ai fais mon choix, c’est-à-dire que je ne refuse pas de voir que quel­qu’un a des posi­tions très proches des miennes au pré­texte qu’il serait membre d’un par­ti, pas plus d’ailleurs que je ne m’in­ter­dis de mettre à l’é­preuve le mili­tant au regard des convic­tions et des héri­tages dont son par­ti se réclame,

    mais concrè­te­ment, l’i­so­le­ment ne menant à rien, je res­pecte l’en­ga­ge­ment par­ti­san, et je ne crois pas que l’an­ti­par­tisme soit de cir­cons­tance, contre l’op­pres­seur, il faut avoir le cou­rage de se mon­trer par­ti­san, et c’est plus effi­cace en grand nombre qu’i­so­lé­ment, et à cha­cun de s’en­ga­ger de la manière qu’il sent effi­cace et sen­sée, pas besoin pour cela d’al­ler cri­ti­quer ce que font les autres, vu les cir­cons­tances et la force de l’op­pres­sion, cer­taines diver­gences de fond peuvent paraître secon­daire, ou du moins, à ne pas atta­quer de front…lesquelles ? ça c’est plus com­pli­quer à déterminer 😉

    Réponse
  27. J.C

    @ Sitouaillain

    « je suis éga­le­ment un incon­di­tion­nel de la liber­té d’as­so­cia­tion, de réunion, donc je ne peux sous­crire à votre idée »

    Si la démo­cra­tie était contraire à ces choses, je serais aus­si contre la démo­cra­tie mais c’est jus­te­ment l’in­verse non ?

    Tu parles d’i­so­le­ment et cela semble être ta crainte prin­ci­pale mais dépas­ser la notion de par­ti qui entre­tien – et les divi­sions (quant à l’es­sen­tiel) – et le pro­ces­sus tyran­nique repré­sen­ta­tif, n’est-ce pas jus­te­ment cela qui crée l’isolement ?

    Si tout le monde com­pre­nait au moins les bases de ce qu’est une démo­cra­tie véri­table, tout le monde y aspi­re­rait au delà des diver­gences qui peuvent s’é­le­ver dans les conte­nus expri­mer au tra­vers de celle-ci. Quand je dis tout le monde y aspi­re­rait sauf peut être quelques oli­garques dans un pre­mier temps (et encore qui sait, cer­tains en on peut être assez de détruire la pla­nète), j’en­tends par la que serais vrai­ment dévoi­lé les qua­li­tés de celle-çi.

    N’est-ce pas la un avan­tage consi­dé­rable qui ne tombe ni dans le piège des divi­sions et des luttes des dif­fé­rents par­tis (pris) entre eux ni dans le cau­tion­ne­ment du sys­tème de pou­voir actuel où les dès sont pipés. Il n’y a par construc­tion (éco­no­mique et struc­tu­rel) aucune issu pos­sible de ce côté la.

    Il y a des moyens de s’or­ga­ni­ser moins res­tric­tif que les par­tis politiques.

    Je cite­rai pour finir Pierre Jovanovic

    « Rap­pe­lons pour le prin­cipe que les dépu­tés espa­gnols n’ont pas vou­lu nom­mer de com­mis­sion d’en­quête sur les acti­vi­tés cri­mi­nelles de la Ban­kia, ce qui vous montre que les dépu­tés, au final, ne repré­sentent JAMAIS le peuple, mais seule­ment les inté­rêts de leur par­ti poli­tique… Il en est de même en France à quelques rares excep­tions près. « 

    Bien ami­ca­le­ment

    J.C

    Réponse
  28. sitouaillain

    @ JC

    dépas­ser les divi­sions, bien sûr, après, cer­taines sont indépassables,

    puis­qu’a­près tout, ce que tu entends par démo­cra­tie, d’autres ne l’en­tendent pas du tout de cet avis, et y com­pris des gens qui n’ont jamais de près ou de loin été « militant ».

    dépas­ser la notion de par­ti, ma foi, si c’est juste un pro­blème de mot.…laisser entendre que par essence, tous les par­tis entre­tiennent la « tyran­nie de la repré­sen­ta­tion ».…non JC, si tu veux dépas­ser une notion, il faut encore la cer­ner, or, non, non, non et renon, il y a des dizaines de par­tis qui pensent comme toi sur ce sujet des élec­tions et qui n’y par­ti­cipent pas,

    et tout un tas de mili­tants de par­tis qui s’en­gagent aus­si sur des causes par­ti­cu­lières dans le cadre de col­lec­tifs, etc., et des par­tis qui acceptent la plu­ri-adhé­sion, bref des choses un peu moins « res­tric­tives » comme tu dis,

    sans oublier que par­mi ceux qui ne par­ti­cipent pas aux élec­tions tous ne sont pas ce que j’appellerais des « amis du peuple » et je ne te cache pas que je pré­fère que ces gens-là se mettent une éti­quette bien iden­ti­fiable plu­tôt qu’ils se mêlent indis­tinc­te­ment à la masse.

    Pour peser, d’autres pré­fèrent les asso­cia­tions, les fon­da­tions, les think tank, les jour­naux, des cercles de socia­bi­li­té, de lob­bying, etc., bref il y a des tas de moyens de s’as­so­cier plus ou moins dura­ble­ment et de faire œuvre politique,

    et per­sonne ne me fera croire que c’est parce que ces dif­fé­rentes ins­ti­tu­tions existent, qu’il y a des divi­sions, il y en a de dif­fé­rentes parce que les gens sont divi­sés, et même au sein de ces ins­ti­tu­tions il y a des divi­sions, des courants.

    si j’ai par­lé « d’illu­sion una­ni­miste » c’est pré­ci­sé­ment parce que tu ne met­tra pas tous ces gens d’ac­cord sur TON « essen­tiel » à toi, et qu’in­tro­duire une dis­tinc­tion entre « les gens de par­tis » et « le peuple » comme tu le fais ne change pas grand chose à l’affaire.

    Si tout le monde com­pre­nait au moins les bases de ce qu’est une démo­cra­tie véri­table, tout le monde y aspi­re­rait au delà des diver­gences… avec des si…enfin, tout ça, bien des gens l’ont com­pris avant toi et moi, et ils se sont enga­gés, orga­ni­sés pour cela, dans des par­tis ou autre et comme à chaque fois ils l’ont com­pris d’une nuance ou d’une manière dif­fé­rente, ils sont aujourd’­hui divi­sés en autant de cha­pelles, à nous de les ame­ner à se ras­sem­bler dans des struc­tures adé­quates, s’en dis­so­cier a prio­ri revien­drait à repro­duire le même sché­ma de divi­sion, et mon­tre­rait qu’ob­jec­ti­ve­ment, si tu n’es pas en mesure de te rap­pro­cher de gens qui pensent à peu près comme toi, ta « démo­cra­tie » est une chimère…

    pour­tant les orga­ni­sa­tions anar­chistes ont eu quelques réus­sites en Espagne…comme ils affi­chaient la cou­leur et étaient des cen­taines de mil­liers de membres d’une orga­ni­sa­tion par­ti­sane, ils n’é­taient sans doute pas assez « purs » pour toi…ou bien je me trompe ?

    est-ce qu’en fait le pro­blème n’est pas qu’au final, par­mi les gens qui com­mencent à ouvrir les yeux, il tend à y avoir autant de par­tis que d’in­di­vi­dus, toute asso­cia­tion à visée poli­tique, c’est à dire de trans­for­ma­tion du réel, deve­nant impos­sible, tu vas en dire long­temps des si, et long­temps per­du­re­ra « l’oligarchie ».

    après, je vais pas faire le bou­lot à ta place, mais pour dépas­ser la notion de par­ti, il fau­drait déjà que tu aban­donnes cer­tains pré­ju­gés et croyances, ce pour­rait être par exemple un exer­cice simple que de reve­nir au débat une fois que tu es en mesure de citer dix par­tis ou assi­mi­lables (« fédé­ra­tion », « mou­ve­ment ») qui ne par­ti­cipent pas aux élec­tions, sont pour une démo­cra­tie directe et la pra­tiquent en leur sein,

    ensuite la ques­tion de savoir com­ment s’or­ga­ni­ser pour qu’une véri­table démo­cra­tie voit le jour, implique de s’ap­pro­prier les dif­fé­rentes théo­ri­sa­tions éla­bo­rées dans le pas­sé ou même en ce moment, on enri­chi­ra le débat quand au lieu de se cha­gri­ner en disant oui mais « si » machin chose, on répond clai­re­ment à « com­ment s’or­ga­ni­ser pour que », avec quels prin­cipes, pour quels buts pré­cis, avec quelles étapes, etc., là on sera dans le dur…

    ami­ca­le­ment

    Réponse
  29. Di Girolamo

    « Pour peser, d’autres pré­fèrent les asso­cia­tions, les fon­da­tions, les think tank, les jour­naux, des cercles de socia­bi­li­té, de lob­bying, etc., bref il y a des tas de moyens de s’as­so­cier plus ou moins dura­ble­ment et de faire œuvre politique »

    Le mini­mum requis pour un régime qui se dit démo­cra­tique est d’or­ga­ni­ser en son sein

    - le débat public

    - la prise de déci­sion collective

    Certes l’or­ga­ni­sa­tion du débat ain­si que celle des moda­li­tés de déci­sion seront tou­jours à par­faire , mais c’est un mini­mum que l’é­tat orga­nise et struc­ture cela .
    Ce n’est pas le cas aujourd’­hui : le débat , lieu où l’in­for­ma­tion , la réflexion , l’é­tude , l’ex­pres­sion de tous , de tous les par­tis , toutes les diver­si­tés, tous les citoyens , est lais­sé à vau l’eau ‚à la bonne volon­té des uns ou des autres .

    La prise de déci­sion col­lec­tive se réduit au vote pour des par­tis et leurs programmes.

    On peut donc dire que ce mini­mum n’est même pas appli­qué , ni même reven­di­qué ; c’est pour­tant la condi­tion préa­lable à toute démo­cra­tie ; si elle n’est pas pré­sente , qu’on adhère ou non à un par­ti , qu’on vote ou non , qu’on pense ceci ou cela , n’a aucune impor­tance et s’ap­pa­rente à du diver­tis­se­ment , une manière comme une autre de pas­ser le temps.

    À par­tir de ce constat de non démo­cra­tie , on peut

    -dire que tout est rap­port de force et choi­sir de s’en­ga­ger pour faire mon­ter en puis­sance « le camp » qu’on a choisi.

    - tirer des plans sur la comète sur une vraie démo­cra­tie sans tenir compte du réel qui est qu’ actuel­le­ment per­sonne n’en veut

    - ten­ter d’être prag­ma­tique , faire comme on peut en ana­ly­sant du mieux qu’on peut la situa­tion , sans se faire trop d’illu­sioon sur sa capa­ci­té à chan­ger quoique ce soit.

    Qui plus est la démo­cra­tie , au sens de métho­do­lo­gie de gou­ver­nance par tous , est très dépen­dante des réa­li­tés pré­sentes et notam­ment du pro­ces­sus de la mon­dia­li­sa­tion dans un contexte de libé­ra­lisme ; la maté­ria­li­té du monde qui se construit condamne d’a­vance toute vel­léi­té de chan­ge­ment : com­ment faire avec PSA ? Faut il au nom de l’emploi faire tour­ner à plein les usines d’au­to­mo­biles dans le cadre éco­lo­gique actuel ?

    Actuel­le­ment en Chine les villes qui se créent démarrent à un mil­lion d’ha­bi­tants , pour mon­ter à 4 ou 5 mil­lion assez vite .….Quid de la démo­cra­tie face à ces lourdes réalités ?

    Il fau­drait mener des réflexions sur l’a­ve­nir de ces villes dans un contexte éco­no­mique et éco­lo­gique qui se dégrade .…Estce la démo­cra­tie d’en­tas­ser les gens au nom du mirage aux alouettes du pro­grès dans des villes pri­sons qui ne sont pas du tout assu­rées de tenir le choc des années qui viennent ?

    On ne peut pas sépa­rer démo­cra­tie , méthode de gou­ver­nance , régime poli­tique, du contexte et des enjeux à trai­ter ; la démo­cra­tie est elle com­pa­tible avec le libé­ra­lisme ambiant ?

    À quoi bon se pen­cher sur l’im­per­fec­tion / per­fec­tion du mode de gou­ver­nance , si , dans la réa­li­té per­sonne n’en veut et que tous sont pié­gés dans un pré­sent qui avance comme une méca­nique absurde et peut être fatale ?

    Réponse
  30. J.C

    Sitouaillain a écrit :

    « il y a des dizaines de par­tis qui pensent comme toi sur ce sujet des élec­tions et qui n’y par­ti­cipent pas » 

    Bon, on est bien d’ac­cord alors. Les par­tis poli­tiques qui ne par­ti­cipent pas aux élec­tions ne par­ti­cipent pas au pou­voir en place puisque celui çi repose sur l’é­lec­tion (ce qui n’est pas syno­nyme d’im­puis­sance sur de nom­breux plans). Mais les regrou­pe­ments ne se limitent pas aux par­tis politiques.

    Par contre, la démo­cra­tie directe est bien la seule chose qui cor­res­ponde à la défi­ni­tion d’une démo­cra­tie et ce n’est pas mon invention.

    Di Giro­la­mo a écrit « Le mini­mum requis pour un régime qui se dit démo­cra­tique est d’or­ga­ni­ser en son sein – le débat public – la prise de déci­sion col­lec­tive » 

    là-des­sus, je pense qu’on peut tom­ber d’ac­cord ain­si que sur un cer­tains nombre d’autres choses. Ensuite, j’es­saie d’ex­po­ser les pistes de ce qui me semble la meilleure façon de faire fonc­tion­ner une démo­cra­tie dans le sens le plus large et le plus res­pec­tueux du terme.

    Pou­voir expri­mer les dif­fé­rentes opi­nions, c’est jus­te­ment l’exer­cice de la démo­cra­tie et cela ne néces­site pas l’ap­par­te­nance à un par­ti poli­tique. Qu’il y ait dif­fé­rents cou­rants de pen­sée est une évi­dence mais qu’il puisse s’ex­pri­mer libre­ment dépends jus­te­ment du fonc­tion­ne­ment démo­cra­tique ou non d’une société.

    « si tu n’es pas en mesure de te rap­pro­cher de gens qui pensent à peu près comme toi, ta « démo­cra­tie » est une chi­mère… » 

    Si se rap­pro­cher de gens signi­fie pour toi adhé­rer à un par­ti, je pense que c’est jus­te­ment ce type de vision qui est la cause de l’é­chec de l’ins­tau­ra­tion d’une démocratie.

    S’il y avait eu des par­tis poli­tique en Grêce avant l’ins­tau­ra­tion d’une démo­cra­tie, je suis sur que les gens aurait été trop divi­sé pour d’a­bord faire naître l’es­sen­tiel, c’est à dire les bases du sys­tème démocratique.

    Cet essen­tiel doit dépas­ser la notion de par­ti, quelque soit les opi­nions de cha­cun, il faut d’a­bord un socle com­mun pour pou­voir l’ex­pri­mer et être entendu.

    De ce point de vue, l’i­dée de par­ti me semble plu­tôt être un obs­tacle qu’autre chose pour ce qui se veut non spé­ci­fique mais global.
    Et l’his­toire aurait plu­tôt ten­dance à le confirmer.

    Bien ami­ca­le­ment

    J.C

    Réponse
  31. Di Girolamo

    J’ai sur­tout écrit que l’ap­proche théo­rique de la démo­cra­tie ne doit pas oublier le contexte his­to­rique du moment , en poli­tique le but du jeu étant d’agir.
    C’est ain­si que si nous étions syriens en Syrie , nous aurions sans doute des pré­oc­cu­pa­tions plus immé­diates à trai­ter ; sans pour autant déni­grer l’u­ti­li­té du tra­vail théo­rique qui peut à un moment don­né, lors­qu’il s’a­git de réor­ga­ni­ser la gou­ver­nance être très utile.

    Si l’on veut donc faire bou­ger les lignes il faut relier les tra­vaux théo­riques de ce blog au contexte his­to­rique , mettre en com­pa­rai­son l’ap­proche théo­rique et la réa­li­té et se deman­der pour­quoi on est un peu, beau­coup ‚à la folie, pas du tout, en démocratie.
    L’ac­tion poli­tique ne consiste pas à décrire l’i­déal démo­cra­tique et s’ins­tal­ler dans le « y a qu’à » , mais ana­ly­ser le contexte et voir où ça coince et par où on peut agir .

    Le pro­blème qu’on a c’est qu’on est dans une situa­tion ambi­va­lente où à la fois le rap­port de force est néces­saire parce qu’il y a trop d’in­jus­tice et inéga­li­té , et en même temps il faut pri­vi­lé­gier l’a­na­lyse la réflexion col­lec­tive glo­bale sur com­ment orga­ni­ser la socié­té de demain au regard des enjeux écologiques.
    Ces deux impé­ra­tifs se contre­disent si on ne par­vient pas à les relier c’est à dire à pla­cer le rap­port de force non dans la domi­na­tion mais dans la compréhension.Un rap­port de force intel­li­gent en capa­ci­té ‚du fait même de la lour­deur et gra­vi­té des enjeux pour tous , riches comme pauvres , non bien sûr de faire consen­sus, mais de faire bou­ger les lignes et de faire bas­cu­ler ce fameux rap­port de force : un nombre suf­fi­sem­ment impor­tant de la popu­la­tion, riches comme pauvres ( majo­ri­taire ) pre­nant conscience d’un péril com­mun pla­né­taire et de la néces­si­té de s’or­ga­ni­ser autre­ment ‚et donc démo­cra­ti­que­ment : une démo­cra­tie écologique.

    En d’autres termes il faut sif­fler la fin de la récré ‚dire stop , il y a dan­ger commun.

    Réponse
  32. sitouaillain

    @ JC,

    je suis com­plè­te­ment d’ac­cord avec Di Giro­la­mo, sur l’i­dée qu’il faille exa­mi­ner les choses sous l’angle des réa­li­tés et des rap­ports de force,

    un peu moins sur l’i­dée que des ins­ti­tu­tions démo­cra­tiques, comme l’ins­ti­tu­tion­na­li­sa­tion d’un espace public, d’une mise en scène régu­lée de la confron­ta­tion d’i­dée, sup­prime ces rap­ports de force,

    c’est à dire que quand bien même il y aurait ce type d’ins­ti­tu­tion, par rap­port à un seul citoyen, des indi­vi­dus bien orga­ni­sés, coa­li­sés, auront tou­jours plus de poids et de faci­li­té pour faire que leurs idées s’in­carnent à terme dans des règles, des lois, des orientations.

    jus­te­ment parce que le pou­voir ne s’in­carne pas vrai­ment dans l’é­lec­tion, si le pou­voir est notam­ment une capa­ci­té à faire faire, alors plu­sieurs par­tis ou assi­mi­lables ont beau­coup de pou­voir, sans par­ti­ci­per aux élec­tions, sans être connus du « grand public », c’est à dire que la manière dont ils tra­vaillent dans l’es­pace public en fait des lea­ders d’o­pi­nion, des façon­neurs d’i­dées qui sont ensuite les « convic­tions » des élus, des élec­teurs, etc.

    ce que je dis-là, atten­tion, ne concerne pas les offi­cines de « maîtres du monde », je ne parle pas de « la fabrique du consen­te­ment », je parle aus­si de per­sonnes asso­ciées à des mou­ve­ment comme le MAUSS ou la décrois­sance, qui ont su dif­fu­ser des idées nou­velles et les rendre visibles,

    le fait est que la struc­ture hié­rar­chique de la socié­té fait que la puis­sance d’un fais­ceau d’i­dées est direc­te­ment tri­bu­taire de leur réso­nance avec les inté­rêts de la classe domi­nante ou ceux d’une nou­velle élite en ges­ta­tion qui attend son heure, c’est pour­quoi les idées qui visent à accroître le pou­voir du peuple ou a dés­éco­no­mi­ci­ser le social, sont en posi­tion de fai­blesse struc­tu­relle vis-à-vis des « appa­reils idéo­lo­giques d’E­tat », il leur faut donc comme sup­port des mou­ve­ments de masse, qui dans les rap­ports de force ont une chance de peser,

    le para­doxe d’ailleurs c’est qu’a­vant que le « peuple » ne se soit appro­prié ces idées-sup­port de son éman­ci­pa­tion et se soit orga­ni­sé, ait agi en consé­quence, la classe domi­nante a eu le temps ou bien de les retra­duire dans un sens qui lui est favo­rable, ou de sécré­ter une idéo­lo­gie qui la contre­dit et qui, de par les moyens dont la classe domi­nante dis­pose, sera tou­jours de fait en posi­tion de d’hé­gé­mo­nie dans « l’o­pi­nion publique ».

    en ce sens, à par­tir d’une socié­té hié­rar­chique et inéga­li­taire, là tout de suite main­te­nant, la démo­cra­tie et le débat public ne peuvent être que le reflet de rap­port de forces et d’in­fluences qui nous sont défa­vo­rables, tout sim­ple­ment parce que si le « sys­tème » tient, c’est parce que de milles manières le « peuple », les domi­nés, par­ti­cipent à leur propre domi­na­tion, parce que les « élites » ont un temps d’a­vance et une force de frappe sur­di­men­sion­née, et qu’un grand nombre de normes non écrites, d’i­dées lar­ge­ment par­ta­gées, de com­por­te­ments-type du « peuple », sont en fait des méca­nismes de régu­la­tion et de jus­ti­fi­ca­tion-pro­lon­ga­tion de la domination.

    quoi qu’il en soit, de démo­cra­tie « véri­table » et d’ins­ti­tu­tion « offi­cielle » du débat public il n’y a point,

    et pour ins­ti­tuer il faut qu’il y ait un pou­voir instituant.
    Pour nous, ce pou­voir ins­ti­tuant doit chan­ger de mains par rap­port à l’heure actuelle.

    plu­sieurs pas­sage de notre his­toire montrent que c’est pos­sible, et, dans une moindre por­tée, c’est à dire, réfor­miste, il y a eu éga­le­ment des situa­tions où les mobi­li­sa­tions popu­laires ont contraint le pou­voir en place à créer des ins­ti­tu­tions (droits syn­di­caux, droit de vote, CE, congés payés, etc.) lais­sant plus de pou­voir aux citoyens.

    je ne crois pas qu’au­cune de ces trans­for­ma­tions majeures n’aient pu avoir d’ef­fet sans par­tis, syn­di­cats, sans tra­vail d’é­du­ca­tion et d’or­ga­ni­sa­tion préparatoire.

    si on regarde la situa­tion actuelle, on s’a­per­çoit que les luttes à dimen­sion offen­sive sont infi­ni­té­si­males, bien plus depuis trente ans, les luttes sont défen­sives, pour conser­ver des acquis nés des irrup­tions pas­sées du « peuple » sur la scène de l’his­toire, comme pou­voir instituant.

    c’est là bien sûr une affaire de rap­ports de force, et dans cette struc­tu­ra­tion des rap­ports de force, il y a des aspect géo­po­li­tiques, etc., mais la spec­ta­cu­laire dimi­nu­tion du taux de syn­di­ca­li­sa­tion et la réduc­tion des par­tis révo­lu­tion­naires à qua­si rien n’y sont cer­tai­ne­ment pas étran­gères, c’est même là une grande vic­toire du néo­li­bé­ra­lisme d’a­voir réa­li­sé les vues de hobbes puis de Hayek et d’a­voir détruit une à une les forces popu­laires contre­di­sant le « mar­ché autorégulateur ».

    de ce fait, la part du « peuple » qui existe poli­ti­que­ment (et c’est la seule qui compte) est réduite à sa por­tion congrue.
    or, dans des régimes oli­gar­chiques où l’on ne tue ni n’en­ferme les citoyens qui mani­festent leur désac­cord, le pou­voir du peuple est tout même poten­tiel­le­ment immense, il suf­fit à une frac­tion signi­fi­ca­tive d’o­pé­rer des actes bien ciblés (manif, grèves, etc.) pour faire trem­bler des diri­geants élus, à défaut de les ren­ver­ser. Or aujourd’­hui le « citoyen lamb­da » replié sur sa sphère pri­vée n’ap­pa­raît pas sur la scène publique pour autre chose que la défense « d’ac­quis », défendre ses petits intére^ts qu’il per­çoit au bout de son nez, et encore, ceux-là qui prennent des risques infimes au regard de leurs glo­rieux pré­dé­ces­seurs, sont presque admi­rables vu les effec­tifs de l’ar­mée mons­trueuse d’au­truches et de mou­tons, vu la taille de la « majo­ri­té silen­cieuse » sur la pas­si­vi­té de laquelle reposent les pou­voirs institués.

    force est de consta­ter que dans ce contexte, où, pour qu’existe un peuple en oppo­si­tion à l’o­li­gar­chie, on rame, et que lorsque cela se pro­duit, on voit les par­tis et les syn­di­cats se coa­li­ser, on voit les mili­tants pas­ser des jours et des jours à faire le tra­vail de conscien­ti­sa­tion et de mobi­li­sa­tion, pour que le « citoyen lamb­da » daigne mani­fes­ter un same­di ou faire une jour­née de grève par mois pour que ses droits fon­da­men­taux ne dis­pa­raissent pas, je trouve l’an­ti­par­tisme un peu incongru.

    de même pour l’an­tié­lec­to­ra­lisme, comme si on était en posi­tion de force pour faire la fine bouche, sur­tout au regard des enjeux éco­lo­giques et économiques.

    par contre, là où le débat est légi­time, c’est bien sûr sur les forme organisationnelles.

    nos prin­cipes ne sont peut être pas réa­li­sables d’un coup pour géné­rer un nou­vel ordre constitutionnel,

    en revanche les formes d’as­so­cia­tion qui sont sus­cep­tibles d’y conduire sont par­fai­te­ment réa­li­sables selon ces principes.

    du coup, la consti­tu­tion d’ou­tils pour faire adve­nir la démo­cra­tie porte le débat sur les par­tis, syn­di­cats, asso­cia­tions, en tant qu’é­coles de la démo­cra­tie et de la mobi­li­sa­tion, ce sont les lieux de la citoyenneté,

    mais Di Giro­la­mo avait aus­si rai­son de rap­pe­ler que le sys­tème offre déjà de tels lieux dans les ins­ti­tu­tions, avec par exemple les dis­po­si­tifs de démo­cra­tie participative.

    bien plus opé­rante que la dis­cus­sion sur les par­ti en soi, sont les débats sur la minière dont chaque citoyen peut s’ins­crire dans un « mou­ve­ment » qui soit conscient de lui même et por­teur de la trans­for­ma­tion. Ceci passe à la fois par un tra­vail des mili­tants sur eux-mêmes et sur la trans­for­ma­tion interne de leurs orga­ni­sa­tions, un tra­vail des citoyens non orga­ni­sés pour faire pres­sion afin de créer des ins­tances au mou­ve­ment social, et sans doute aus­si la créa­tion d’autres par­tis, d’autres syn­di­cats, d’autres lieux, en même temps que la conscience poli­tique impose de pen­ser tout cela en liai­son, en inter­con­nexion, en complémentarité.

    encore une fois le pro­blème ça n’est pas que les par­tis divisent, il y a des divi­sions, le pro­blème est que les citoyens se divisent, s’isolent,

    dans ce contexte, le pro­blème ça n’est pas que des par­tis portent des options ou des prio­ri­tés dif­fé­rentes, mais bien que par­mi les cou­rants de pen­sée ayant une réelle por­tée révo­lu­tion­naire ou sub­ver­sive, il y ait une pro­pen­sion se voir en enne­mis, et cette atti­tude n’est pas attri­buable à l’i­dée de par­ti en soi, mais bien à l’i­dée de par­ti hégé­mo­nique, de par­ti déten­teur de « la seule voie pos­sible », le Parti,
    en même temps que les divi­sions et les oppo­si­tions sont le fruit d’une carence en méca­nismes démo­cra­tiques per­met­tant d’a­van­cer tout en main­te­nant l’af­fi­chage de diver­gences d’i­dées ou de pra­tiques, ce qui ma foi est très sain.

    mais bien sûr, l’or­ga­ni­sa­tion plu­ra­liste et démo­cra­tique d’un vaste mou­ve­ment à même de contes­ter voire de ren­ver­ser le pou­voir de l’o­li­gar­chie impose de le consi­dé­rer à géo­mé­trie variable selon les cir­cons­tances, et de bien voir qu’on n’ar­ri­ve­ra à rien sans voir dans voir dans la diver­si­té des posi­tion­ne­ment et des modes d’ac­tion autant de moyens pour des fins com­munes, sans conscience d’ap­par­te­nance com­mune entre un agri­cul­teur bio et un ouvrier syn­di­qué et un mili­tant d’un par­ti révo­lu­tion­naire et un acteur de la lutte asso­cia­tive contre la pauvreté,

    et bien sûr on arri­ve­ra à rien sans appren­tis­sage mutuel sans dis­cus­sions de fonds sur les mémoires des luttes, des orga­ni­sa­tions, etc., puis­qu’il y a un côté tra­gique à voir des gens qui pensent réin­ven­ter la poudre refaire les mêmes erreurs que leurs pré­dé­ces­seurs dans cette voie de la révo­lu­tion, de la démocratie,

    et enfin, cette grande alliance des citoyens conscients ne pour­ra exis­ter sans fron­tières, certes floues et mou­vantes, évo­lu­tives, mais fron­tières quand même entre des alliés sur le che­min vers la démo­cra­tie et ennemis.

    dans la struc­tu­ra­tion actuelle des rap­ports de force, qu’ils par­ti­cipent ou non aux élec­tions, cer­tains par­tis, je les consi­dèrent comme des alliés, et d’autres comme des enne­mis, pas les par­tis en soi, et sans doute que par­mi les par­tis alliés, il y a des gens qui, une fois cer­tains objec­tifs atteints, devien­dront mes enne­mis s’ils ne changent pas d’a­vis ou de méthodes, mais chaque chose en son temps 😉

    Réponse
  33. Di Girolamo

    @ Sitouaillain

    Lorsque tu dis :
    « je suis com­plè­te­ment d’ac­cord avec Di Giro­la­mo, sur l’i­dée qu’il faille exa­mi­ner les choses sous l’angle des réa­li­tés et des rap­ports de force,

    un peu moins sur l’i­dée que des ins­ti­tu­tions démo­cra­tiques, comme l’ins­ti­tu­tion­na­li­sa­tion d’un espace public, d’une mise en scène régu­lée de la confron­ta­tion d’i­dée, sup­prime ces rap­ports de force »

    Tu pousses un peu ! (sou­rire)

    En pré­sup­po­sant que cet espace public serait d’emblée un faux semblant ;

    il ne s’a­git pas de mettre en scène la confron­ta­tion d’i­dées , il s’a­git d’é­tu­dier ensemble les pro­blèmes qui se posent à nous ;

    il ne s’a­git pas de sup­pri­mer les rap­ports de force, mais de les ins­crire dans un cadre d’é­tude , de rai­son­ne­ment , de pro­po­si­tion, de débat ;

    il ne s’a­git pas de se cha­mailler sur le taux de la TVA ou le mon­tant du SMIG, toutes choses lais­sées dans le cadre ordi­naire de la ges­tion du pays

    Mais de s’in­ter­ro­ger ensemble , au delà de ce pré­sent à gérer, sur les aspects struc­tu­rants et long terme de la socié­té : ce dont on ne débat jamais et qui concerne les évo­lu­tions même de l’es­pèce humaine : ce qui va nous mettre tous d’ac­cord au delà des rap­ports de forces qu’il ne s’a­git pas de nier ou vou­loir sup­pri­mer par un arti­fice verbal.

    Ta réflexion apportes beau­coup sur le plan social et dans le cadre de l’ex­ploi­ta­tion de l’homme par l’homme ; tu oublie un peu que l’ex­ploi­ta­tion de l’homme par l’homme se double d’une exploi­ta­tion de son milieu par l’homme ; cet aspect éco­lo­gique des choses n’est pas à sépa­rer du reste , mais ‚au vu du contexte , prend une dimen­sion toute nou­velle qui va :

    -soit exa­cer­ber les rap­ports de forces

    -soit obli­ger à un sur­croit d’in­tel­li­gence col­lec­tive pour les transcender .

    Le com­bat n’est plus là celui d’un camp contre un autre mais de l’hu­ma­ni­té pour sa survie.

    Je pense sim­ple­ment que le rap­port de force ne peut être sup­pri­mé mais doit être déca­lé : le front qu’il s’a­git de créer doit pou­voir dépla­cer les lignes ; la révo­lu­tion à venir doit être éco­lo­gique ; en sachant que bien évi­dem­ment réta­blir une rela­tion durable avec notre milieu va de pair avec une rela­tion juste entre nous.

    Mais le moteur et la métho­do­lo­gie de la lutte doit changer.

    Réponse
  34. sitouaillain

    @ Di Girolamo,

    « tu oublies un peu que l’ex­ploi­ta­tion de l’homme par l’homme se double d’une exploi­ta­tion de son milieu par l’homme »

    non pas du tout, au contraire,
    c’est sûre­ment le terme « rap­port de force » qui te fait dire ça, mais il faut lire ça de manière très large,

    c’est à dire aus­si comme des rap­ports d’in­fluence entre idéo­lo­gies, là aus­si com­prise au sens large d’i­dées défi­nis­sant un rap­port au monde, des mentalités.

    ce qui veut dire qu’à la fois nos enne­mis peuvent avoir des noms et des visages, mais aus­si peuvent se glis­ser dans nos têtes, en l’oc­cur­rence, si l’en­jeu éco­lo­gique se mani­feste avec une si grande acui­té c’est qu’il est le pro­duit d’une manière par­ti­cu­lière d’être au monde, que l’on peut repé­rer dans un fais­ceaux d’i­dées et d’at­ti­tudes qui sont le propre de « l’oc­ci­dent », ces fais­ceaux d’i­dées ont des racines gré­co-romaines, mais c’est sur­tout via le chris­tia­nisme que l’ex­té­rio­ri­té et la domi­na­tion de l’homme sur la nature va deve­nir l’i­déo­lo­gie domi­nante, la révo­lu­tion indus­trielle, la « forme capi­tal », l’i­déo­lo­gie du pro­grès, le scien­tisme, l’é­co­no­mi­ci­sa­tion et le rap­port ins­tru­men­tal aux hommes et aux choses en vue du « gain », ne sont que des couches sup­plé­men­taires, aux consé­quences dra­ma­tiques, mais les racines sont bien plus profondes.

    des dis­cours sur le réel qui remettent en cause une vision du monde où l’homme est le maîtres de la nature, où la « nature » est une « chose » exté­rieure à l’homme, et toute éco­lo­gie radi­cale, est donc en posi­tion de fai­blesse dans les « rap­ports de force » pour pro­duire des actions, des atti­tudes, du chan­ge­ment, non seule­ment parce que la struc­tu­ra­tion des rap­ports sociaux repose sur l’i­déo­lo­gie sus­men­tion­née mais aus­si parce qu’elle est ancrée depuis des siècles dans l’i­ma­gi­naire occidental.

    la force jus­te­ment des cher­cheurs et pen­seurs de mou­vances comme la décrois­sance, c’est jus­te­ment d’al­ler pui­ser dans des dimen­sions de notre ima­gi­naire, de notre culture, qui ne struc­turent plus notre monde vécu mais qui sont tou­jours pré­sents, comme normes du bien, il sont allés par exemple pui­ser dans l’i­déal monas­tique d’as­cèse trans­po­sé dans « le siècle », comme avec la notion de « sim­pli­ci­té volon­taire » qui vient de Saint Fran­çois d’Assise.

    Mais si cette mou­vance a du sens, c’est aus­si par son ancrage « à gauche » dans le sens tra­di­tion­nel du terme, dans l’af­fir­ma­tion de l’é­ga­li­té entre les hommes, de la démo­cra­tie, du par­tage, etc., mais aus­si la concen­tra­tion de la cri­tique sur le capi­ta­lisme, comme forme par­ti­cu­lière d’or­ga­ni­sa­tion sociale, expan­sion­niste, et donc d’ex­ploi­ta­tion, que la res­source soit humaine ou minière,

    notre socié­té a pro­duit tant de grands pen­seurs cri­tiques notam­ment dans les années 60−70−80 qui font pas­ser les mar­xistes ortho­doxes pour des réac­tion­naires, qu’on se demande encore pour­quoi il en reste et à qui pro­fite ce faux pro­cès fait à la gauche de gauche d’être uni­que­ment pré­oc­cu­pée d’as­pects maté­riels, de taux de tva ou de choses « sociales », citoyen, tu es mal renseigné !

    Et donc si d’un côté tu parles de « cet aspect éco­lo­gique des choses n’est pas à sépa­rer du reste », de fait, tu sépares les choses lorsque tu parles de « sur­vie de l’hu­ma­ni­té » et de choses qui vont mettre tout le monde d’ac­cord, cela peut très bien pas­ser par l’o­pu­lence d’un petit nombre exploi­tant des masses misé­reuses et mou­rant comme des mouches,

    ain­si la sur­vie d’une élite pra­ti­quant un mal­thu­sia­nisme de cau­che­mar pour­rait être assu­rée, consé­quence du capi­ta­lisme où comme dit le mani­feste du par­ti com­mu­niste « Elle (la bour­geoi­sie) a noyé les fris­sons sacrés de l’ex­tase reli­gieuse, de l’en­thou­siasme che­va­le­resque, de la sen­ti­men­ta­li­té petite-bour­geoise dans les eaux gla­cées du cal­cul égoïste. »

    ou bien encore, les débats que tu évoques ne me semblent pas voués à être paci­fiés, ne serait-ce que parce que tout chan­ge­ment radi­cal des modes de vie implique une résis­tance farouche de ceux dont toute la vie, toute la sécu­ri­té psy­chique, toute la quête d’as­cen­sion sociale est soli­de­ment ancrée dans tout ce que le « sys­tème » a exi­gé d’eux comme renon­ce­ments, comme luttes, comme inves­tis­se­ments pour ne pas être clo­chard, et, je suis sûr que tu as déjà expé­ri­men­té la vio­lence, au moins ver­bale, pro­vo­quée par le dis­cours éco­lo­gique, lors­qu’on s’a­dresse à des gens sans cesse occu­pés à se dis­tin­guer des autres par des objets, à se défi­nir par ce qu’ils ont.

    d’où le fait que tel que tu entends l’af­faire, le com­bat de l’Hu­ma­ni­té pour sa sur­vie, sur­tout dans le contexte actuel, à moins d’un miracle, d’une évo­lu­tion subite de l’ho­mo sapiens, est celui d’un camp contre un autre. Ne pas l’ac­cep­ter, c’est pro­lon­ger la force et l’hé­gé­mo­nie des valeurs de l’autre camp.

    Or ton but est qu’ils finissent par avoir his­to­ri­que­ment, socia­le­ment, léga­le­ment tort. Pour le moment, dans l’ab­so­lu, tu as beau avoir (à mon sens) objec­ti­ve­ment rai­son, c’est toi qui as tort.

    enfin « mise en scène » ne veut pas dire « faux sem­blant », un débat ins­ti­tu­tion­na­li­sé, des règles, c’est une mise en scène par­ti­cu­lière, consciente. le contraire de la mise en scène c’est jus­te­ment le rap­port de force brut, la réso­lu­tion infor­melle des conflits, la loi de la jungle 😉

    Réponse
  35. Di Girolamo

    @ Sitouaillain

    Je crois mal­heu­reu­se­ment qu’au vu du monde comme il va il fau­dra bien, oui « un miracle, une évo­lu­tion subite de l’ho­mo sapiens ».

    Crois tu vrai­ment au fond de toi que le rap­port de force soit aujourd’­hui adap­té au monde tel qu’il est ? « L’en­ne­mi » est par­tout et s’est maté­ria­li­sé .Nous sommes embar­qués dans ce pro­ces­sus qui nous gou­verne et sur lequel nous n’a­vons plus prise parce que tous autant que nous sommes en vivons .

    Pour moi , tout ce qui retarde la prise de concience très pes­si­miste mais très réelle du sans issue , retarde l’en­core pos­sible et mira­cu­leux changement.
    Face à un enne­mi exté­rieur on com­bat ; face à un enne­mi inté­rieur on réfléchit .

    Réponse
  36. sitouaillain

    @ Di Girolamo,

    mais réflé­chir, et bien, si pos­sible, c’est déjà un com­bat ! par­ler poli­tique aussi.

    la ques­tion de savoir si le rap­port de force est aujourd’­hui adap­té au monde tel qu’il est est absurde, les rap­ports de force s’im­posent à nous, il sont là et ils sont protéiformes.

    par exemple, l’i­dée du mar­ché auto­ré­gu­la­teur n’al­lant pas de soi, il faut bien que des hommes la légi­time, l’im­posent, l’in­tro­duisent au cœur du pou­voir ins­ti­tué. Il faut bien que des forces de pro­pa­gande se déchaînent pour qu’une socié­té consente à faire des achats à cré­dit quand l’ha­bi­tude, la force de l’ha­bi­tude, pousse a tout ache­ter cash. Pour qu’une reli­gion d’a­bord per­sé­cu­tée car sub­ver­sive de l’ordre régnant devienne « offi­cielle » ou très influente, il faut bien que ses prêtres déploient l’éner­gie néces­saire et poussent le pou­voir de moment à pac­ti­ser avec ce qu’il ne peut plus détruire. ou bien si je moque l’a­mi consu­mé­riste, j’exerce une force sur lui, je suis un élé­ment du contrôle social, a terme, s’il est mal vu d’a­che­ter, il y aura moins d’a­chats, mais arra­cher quelques pan­neaux publi­ci­taires et s’en­sei­gner mutuel­le­ment à être imper­méables au mar­ke­ting et à la mode ne peut pas faire de mal.

    La force qui s’exerce n’est phy­sique qu’en der­nier res­sort, c’est plu­tôt pro­pa­gande contre pro­pa­gande, méca­nisme d’obéissance contre déso­béis­sance, rap­ports de domi­na­tion, morale, sym­bo­lique, contre héré­sies, bri­co­lages, micro-résis­tances et tis­sages de liens qui libèrent.
    dans un monde qui ne tourne pas rond il est sage d’être fou et plus on est de fous…

    en tout cas c’est la rai­son du plus fort qui l’emporte, mais pour être les plus forts, ce peut être une affaire de judo, de renon­ce­ment, de choix, de mutua­li­sa­tion des résis­tances, mais aus­si par­fois de des­truc­tion, d’illé­ga­li­té, selon les situations.

    Mais pour ce qui est du domaine de la loi, de son conte­nu, etc., le peuple n’existe en tant qu’ac­teur que lors­qu’il est en mou­ve­ment, qu’il se mani­feste, et son pou­voir n’est direct que s’il est orga­ni­sé, conscient. c’est la mobi­li­sa­tion et l’ins­crip­tion en oppo­si­tion à des forces contraires qui génère le chan­ge­ment, on ne fait pas inter­dire la culture des OGM sur un ter­ri­toire sans s’op­po­ser à mon­san­to, sans s’or­ga­ni­ser pour cela, sans mener des actions col­lec­tives, sans s’en­ga­ger et prendre des risques, déplo­rer la chose dans son coin ne mène à rien.

    Et même la meilleure démo­cra­tie du monde n’exempte pas de la néces­si­té d’in­tro­duire des rap­ports de force, de faire émer­ger des choses que la plu­part approuvent ou tolèrent, comme des pro­blèmes, de s’as­so­cier pour por­ter un dis­cours et lui don­ner suf­fi­sam­ment de force pour qu’à terme il devienne l’a­vis majo­ri­taire. Que les idées ou les inté­rêts défen­dus soient bons ou mau­vais, pour qu’ils façonnent le conte­nu de la loi, des normes écrites ou non écrites, il faut qu’il y ait autour des coa­li­tions, des réseaux d’in­fluence, des moyens de pro­pa­gande, des thèses uni­ver­si­taires, des chan­sons, des livres, des syn­di­cats, des par­tis, des entre­prises, des associations.

    la socio­lo­gie des mou­ve­ments sociaux et des médias, à ce titre, montre bien les res­sources à mobi­li­ser et les moyens d’ac­cès à l’es­pace public, à l’a­go­ra, la façon dont des groupes réus­sissent ou échouent à faire d’une ques­tion un « pro­blème public », à le por­ter à l’a­gen­da, elle montre aus­si la manière dont les rap­ports de force du moment struc­turent les pro­ba­bi­li­tés de réus­site, et les « effets de cadrage » qui conduisent tel ou tel pro­blème à être trai­té sous tel ou tel angle, avec tel ou tel voca­bu­laire, et la façon dont les méca­nismes de pou­voir et de domi­na­tion restreignent l’é­ten­due des solu­tions pos­sibles à l’in­té­rieur du « cercle de la rai­son ». Seule l’ir­rup­tion mas­sive et radi­cale du peuple, en dehors des méca­nismes habi­tuels de régu­la­tion de la conflic­tua­li­té sociale, a des chances d’en­rayer cette méca­nique implacable.

    la struc­tu­ra­tion très asy­mé­trique des rap­ports de force fait que l’in­fluence gagnée de haute lutte par les éco­lo­gistes débouche pour le moment sur du green­wa­shing, de même les socia­listes ont contraint à l’ins­ti­tu­tion de méca­nismes sociaux contre­di­sant le mar­ché et la plou­to­cra­tie sans pou­voir les ren­voyer aux oubliettes de l’his­toire, bref, le com­bat pour un monde pus juste et plus vivable conti­nue et sa nature est chan­geante, mais la « prise de conscience » comme tu dis ne se fait pas en cla­quant des doigts.

    ces der­nières années, dans les débats à gauche, on observe une recru­des­cence de la cri­tique envers les cou­rants domi­nants ou cer­tains cou­rants radi­caux de l’é­co­lo­gie poli­tique. En effet, tout à leurs pré­oc­cu­pa­tions éco­lo­giques, ils sont en même temps por­teurs de contra­dic­tions monu­men­tales, nul doute qu’il y a là un résul­tat de décen­nies de pro­pa­gandes anti­com­mu­nistes ou anti­anar­chistes, mais s’il espèrent convaincre et sus­ci­ter un élan mas­sif en contour­nant les ques­tions sociales et en n’y répon­dant pas par des réponses radi­cales, nul doute qu’ils se font des illu­sions. Il est des ques­tions fon­da­men­tales qui deviennent secon­daires quand on a le ventre vide ou quand on a peur du déclas­se­ment ou quand les inéga­li­tés sont immenses. Il y a comme une contra­dic­tion à être éco­lo en tolé­rant ce qui pro­duit de la misère, de la vio­lence, des inéga­li­tés injustes, des frus­tra­tions inutiles, l’es­cla­vage sala­rial et l’ac­cu­mu­la­tion capi­ta­liste, l’ap­pro­pria­tion pri­vée de biens com­muns, etc. de même qu’un com­mu­niste ou un socia­liste qui se res­pecte (qui de toute évi­dence ne peut avoir sa carte au PS, je dis ça au cas où il y aurait ambi­guï­té) ne peut qu’in­té­grer dans toute sa por­tée l’en­jeu de l’é­co­sys­tème, et d’ailleurs les pre­miers socia­listes n’hé­si­taient pas à cas­ser des usines et des machines, et ont tou­jours cri­ti­qué le mode de vie et de consom­ma­tion bour­geois, de même que la lutte des classes dans sa dimen­sion spa­tiale fai­sait s’en­tas­ser des ouvriers dans des loge­ments insa­lubres bai­gnés par la fumées des usines quand les bour­geois habi­taient à l’op­po­sé où l’air était plus sain et l’eau plus pure. Il n’y a donc aucune contra­dic­tion a prio­ri, bien au contraire.

    mais bon, vu le degré de dépo­li­ti­sa­tion géné­rale, la prise de conscience, comme tu dis, se résume à quelques mani­fes­ta­tions spo­ra­diques de « bonne » conscience et le cercle vicieux conti­nue de tour­ner mal­gré quelques tou­chantes indi­gna­tions. Mais comme disait Gram­sci, il faut allier le pes­si­misme de l’in­tel­li­gence à l’op­ti­misme de la volon­té, j’es­père tout même un jour pou­voir m’ho­no­rer du titre de citoyen.

    « La paresse et la lâche­té sont les causes qui font qu’une si grande par­tie des hommes, après avoir été depuis long­temps affran­chis par la nature de toute direc­tion étran­gère res­tent volon­tiers mineurs toute leur vie, et qu’il est si facile aux autres de s’ériger en tuteurs. Il est si com­mode d’être mineur ! »

    Emma­nuel Kant, Qu’est-ce que les Lumières, 1794

    une inté­res­sante inter­view de Miguel Bena­sayg en pré­face à De la Ser­vi­tude Volontaire
    http://​www​.lek​ti​-ecri​ture​.com/​c​o​n​t​r​e​f​e​u​x​/​R​e​s​i​s​t​e​r​-​d​a​n​s​-​u​n​e​-​e​p​o​q​u​e​-​o​b​s​c​u​r​e​.​h​tml

    « Au niveau indi­vi­duel, l’aliénation est à l’opposé de l’autonomie et désigne la légis­la­tion ou la régu­la­tion du sujet par le dis­cours de l’autre : « c’est que, domi­né par ce dis­cours, le sujet se prend pour quelque chose qu’il n’est pas » (Cas­to­ria­dis, 1975, p. 140). Sa carac­té­ris­tique, du point de vue qui inté­resse ici, est son rap­port à l’imaginaire : « Le sujet est domi­né par un ima­gi­naire vécu comme plus réel que le réel […] qui s’est arro­gé la fonc­tion de défi­nir pour le sujet et la réa­li­té et son désir » (Ibid., p. 41). Mais l’aliénation trouve ses condi­tions, au-delà du « dis­cours de l’autre », au-delà « de la perte de soi dans l’autre », dans la struc­ture oppres­sive de la socié­té : « dans l’anonymat col­lec­tif, l’impersonnalité des méca­nismes éco­no­miques du mar­ché ou de la ratio­na­li­té du Plan, de la loi de quelques-uns pré­sen­tée comme la loi tout court » (Ibid., p. 149). C’est ce que Cas­to­ria­dis appelle l’hétéronomie sociale : l’autre est « incar­né » ailleurs que dans l’inconscient indi­vi­duel. Il est incar­né dans des « lois » qui ne sont pas seule­ment juri­diques, mais des lois sociales, des codes, des repré­sen­ta­tions, des struc­tures et des ins­ti­tu­tions sociales qui agissent comme des « mitraillettes », des « ordres de mobi­li­sa­tion », des « pri­sons », etc. Ces expres­sions montrent com­bien puis­sant peut être le des­sai­sis­se­ment d’être dans les condi­tion­ne­ments effec­tués par ces « lois », com­bien pro­fonde l’aliénation de la socié­té à ses institutions.

    « Nous visons ce fait […] que l’institution une fois posée, semble s’autonomiser, qu’elle pos­sède son iner­tie et sa logique propre, qu’elle dépasse, dans sa sur­vie et dans ses effets, sa fonc­tion, ses « fins » et ses « rai­sons d’être ». Les évi­dences se ren­versent ; ce qui pou­vait être vu « au départ » comme un ensemble d’institutions au ser­vice de la socié­té, devient une socié­té au ser­vice des ins­ti­tu­tions (Ibid., p. 151). »

    Réponse
  37. Di Girolamo

    @ Sitouaillain

    Je me suis mal expri­mé ; mon pro­pos était de dire que dans le monde tel qu’il est et avec les gens tel qu’ils sont , vou­loir chan­ger les choses passe par la ten­ta­tive d’im­pli­quer les gens non direc­te­ment contre ceci , ceux là, (faire front) mais dans un effort de réflexion pros­pec­tive débou­chant sur une nou­velle orga­ni­sa­tion des socié­tés et de la mondialisation.

    Com­ment fais tu pour PSA ? On inter­dit le licen­cie­ment ? On ferme les frontières ?

    On pose le pro­blème sur le fond ; et en fai­sant cela le fil de la pelote se dévide et on est contraint aus­si d’a­bor­der l’en­semble de l’or­ga­ni­sa­tion socié­tale . On est pas dans l’af­fron­te­ment qui de toute manière n’ap­por­te­ra aucune réponse mais dans un effort col­lec­tif de com­pré­hen­sion ; la démo­cra­tie quoi ! Comme méthode de réso­lu­tion de nos problème.

    Le tirage au sort ou l’é­lec­tion , ou la repré­sen­ta­tion ou les par­tis , les médias etc sont autant d’élé­ments qui doivent ser­vir la démo­cra­tie qui est l’ef­fort humain réel concret orga­ni­sé de com­prendre ensemble puis choi­sir selon des moda­li­tés elles mêmes com­prises et choisies.

    Mais le cœur la démo­cra­tie est cet effort col­lec­tif d’in­tel­li­gence. Et si on doit bien exer­cer un rap­port de force , si on doit bien faire front c’est bien pour que cela émerge et s’organise .

    Alors c’est vrai que c’est inau­dible , au lieu de lan­cer du débat on fait de grands dis­cours et on « sou­tient » la voi­ture élec­trique , sans nous dire qui va pou­voir ache­ter ces véhi­cules , com­ment on va rechar­ger tous ces véhi­cules si le parc passe en élec­trique , ce qu’on va faire des bat­te­ries et com­ment on réagi­ra si les chi­nois sont plus per­for­mant dans ce domaine .….

    Réponse
  38. sitouaillain

    @ Di Girolamo,

    tu t’é­tais très bien expri­mé, et c’est plu­tôt moi qui ne trouve pas les mots,

    « dans le monde tel qu’il est et avec les gens tel qu’ils sont , vou­loir chan­ger les choses », que tu dises ou pas contre qui tu es, de toute façon, tu auras des enne­mis, des adver­saires, des gens qui ne vou­dront pas que les choses changent ou qui ne vou­dront pas qu’elles changent comme toi tu le souhaites,

    donc, que tu le veuilles ou non, tes pro­pos heurtent des inté­rêts, des concep­tions du monde ; donc, que tu le veuilles ou non, que tu te l’a­voues ou non, les rap­ports de force sont présents,

    et donc dire que tu n’es à prio­ri contre per­sonne, ma foi, ce n’est qu’une option stra­té­gique pour arri­ver à tes fins,

    et tu peux crier haut et fort que tu n’es l’en­ne­mi de per­sonne, mais au fur et à mesure tu ver­ras bien où ils sont et de toute façon, eux te dési­gne­ront comme tel, et agi­ront en conséquence.

    je veux bien que tu ne veuilles pas d’af­fron­te­ment, mais, si tu as bien débat­tu sur le fond, si tu as bien dérou­lé le fil de la pelote, et que tu veux com­men­cer le dixième du quart de ce qu’il te parait juste de faire, et bien,si tu n’as pas pré­pa­ré les gens qui sont d’ac­cord avec toi à res­ter fermes, mobi­li­sés, conscients, et bien il n’y aura pas d’af­fron­te­ment, tu auras déjà échoué.

    à mon avis, ça n’est pas en conser­vant des idées de citoyens mineurs qu’on va s’en sor­tir, tes pro­pos sont inté­res­sants pour ce à quoi il faut abou­tir, mais la manière d’y par­ve­nir n’es pas soluble dans une atti­tude appri­voi­sée et docile.

    autre­ment dit, le débat sur le fond qui abou­ti a quelque chose, il a lieu dans les orga­ni­sa­tions, ou plus géné­ra­le­ment entre citoyens qui s’en­gagent, et après on voit quelles moda­li­tés d’ac­tion sont sus­cep­tibles de faire bou­ger les choses, en fonc­tion de notre posi­tion dans les rap­ports de force,

    et l’af­fron­te­ment est inévi­table. Il est certes stu­pide de s’af­fron­ter à des adver­saires trop puis­sants, il faut donc tra­vailler à conso­li­der nos forces, à divi­ser ou affai­blir l’ad­ver­saire, mais il serait encore plus stu­pide de ne pas être conscient des réa­li­tés, de ne pas être pré­pa­ré à ce qui attend qui­conque entend trans­for­mer les struc­tures de la société.

    faire front, ne veut pas dire être vio­lents, sou­vent même, lorsque l’on est du côté des faibles, le rap­port de force s’é­qui­libre lorsque l’on sait émou­voir « l’opinion » en res­tant paci­fique face aux vio­lences ou aux injus­tices du pou­voir, ou bien une grève de la faim, de la déso­béis­sance civile, etc. l’en­jeu c’est d’a­bord de se rendre visibles et audibles, accé­der aux médias pour que le débat émerge,

    mais c’est d’a­bord au cœur d’un mou­ve­ment de citoyens que le débat de fond a lieu, que des solu­tions sont avan­cées, et ensuite on fait ce qu’il faut pour que le débat s’é­lar­gisse ou que les solu­tions soient appliquées,
    sans mou­ve­ment conscient de lui même et bien orga­ni­sé, ça ne peut pas fonc­tion­ner : regarde ce qui se passe pour les jeunes de ban­lieue tota­le­ment dépo­li­ti­sés et non orga­ni­sés, sans porte-voix, « on » parle à leur place, « on » défi­nit les pro­blèmes et les solu­tions à leur place, leurs révoltes désor­don­nées sont tout aus­si inopé­rantes que leurs dis­cus­sions en bas des tours.

    et si toi tu as tes idées pour PSA, elles ne peuvent s’in­sé­rer dans le débat public que par des actions bien sen­ties de la part de groupes conscients et orga­ni­sés qui vien­draient pro­vo­quer le débat, je ne sais pas, pour com­men­cer par exemple un défi­lé de voi­tures à pédales ou a trac­tion ani­male estam­pillées peu­geot, n’im­porte quoi, un truc qui fait sym­pa et ori­gi­nal, télé­gé­nique, grâce auquel on peut pas­ser un mes­sage, puisque le rap­port de force fait que les gens qui pensent comme toi sont très peu nom­breux et ne sont pas en mesure de lever en masse des mil­lions de citoyens récla­mant autre chose.

    tu vois bien que le FdG a lui pro­po­sé l’interdiction des licen­cie­ments, le pro­tec­tion­nisme, un pôle ban­caire public, un pôle média­tique indé­pen­dant, de la par­ti­ci­pa­tion citoyenne, la pla­ni­fi­ca­tion éco­lo­gique et la tran­si­tion éner­gé­tique, ce qui aurait pu per­mettre de réflé­chir à d’autres solutions,

    mais les citoyens, le « peuple », n’ont même pas voté pour eux, c’est dire si les rap­ports de force ne te sont pas favo­rables pour por­ter tes idées. c’est comme ça, on ne peut que conti­nuer à éveiller les consciences, et se nour­rir de petites vic­toires, comme récem­ment à notre dame des landes ou sur les gaz de schiste, et faire de jolis com­mu­ni­qués pour appe­ler les citoyens à s’u­nir et se rendre indociles : 
    http://​www​.les​-oc​.info/​2​0​1​2​/​0​7​/​c​o​n​f​e​r​e​n​c​e​-​s​o​c​i​a​l​e​-​c​o​m​m​u​n​i​q​u​e​-​c​o​m​m​un/
    ou bien des péti­tions sur des causes comme le TSCG : 
    http://parti-ouvrier-independant.fr/2012/04/11/deja-pres-de-30–000-signatures-contre-la-ratification-du-traite-regle-dor-tscg/

    Réponse
  39. Di Girolamo

    Cher Sitouaillain

    Ta réponse et les J.O … ce que je vois et entends du monde … le fait aus­si sans doute que je n’ai encore aucune nou­velle du T.A de Lyon …

    Fait que je suis allé réécou­ter en boucle cette divine parole musi­cale que Cathe­rine a eu la géné­reuse ins­pi­ra­tion de nous faire partager.

    Oui l’en­ne­mi est aujourd’­hui trop puis­sant et rajou­ter du broua­ha , fusse en voi­ture à pédale ne fait pas mon affaire ; ne crois pas que je sois paci­fique , c’est une rage pro­fonde qui m’ha­bite ; ce serait bien trop simple si mes enne­mis étaient dési­gnés , en uni­forme ; mais c’est aujourd’­hui le monde qui devient mon ennemi .

    Je ne me drape pas dans une vir­gi­ni­té qui est quelque chose de bien éloi­gné de ce que je suis , mais je me déses­père de ce que nous devenons.

    Allez , encore un petit coup de Mozart , encore un café , dehors c’est calme , ma femme est déjà au tra­vail , j’en­tends les clo­chettes des ani­maux , non déci­dé­ment ce n’est pas le monde qui ne tourne pas rond , c’est moi qui ne sait pas accep­ter ce .…Ma femme vient d’ar­ri­ver et branche France Inter , et paf , Hol­lande et les cham­pions Olym­piques qui reviennent … c’est très très très déplanant

    Réponse
  40. sitouaillain

    @ Di Girolamo,

    la rage pro­fonde est faite pour être subli­mée et je suis sûr que ton tra­vail rend le monde encore plus beau et habi­table, la plus belle des musiques s’en­tend au milieu d’un pré ou d’une forêt, mais le monde des hommes n’est pas ton enne­mi, seuls le sont ceux qui l’ha­bitent et le façonnent d’une manière qui te contraint outre mesure, et comme tu n’es pas du genre à te lais­ser faire, tu as choi­si de leur contes­ter ce droit, tu sais que seul que tu ne peux pas grand chose de tan­gible, tu sais que cela exige un tri­but, et que peut-être tu agis plus pour ceux qui vien­dront après toi.

    Mais fichtre, que le pes­si­misme te sied mal ! la pla­nète en a vu d’autres ! la vie aus­si ! tu portes et tu pra­tiques des alter­na­tives, c’est donc qu’il y a plein d’es­poir pour les hommes, tu n’es pas seul à por­ter cela, tu n’es pas seul à savoir, tu n’es pas seul à lutter !

    après, je ne fais que sug­gé­rer de voir les choses sous des angles prag­ma­tiques, de regar­der les rap­ports de force pour com­prendre ce qui peut être consi­dé­ré comme allant dans le sens de ce qui peut être fait ici et main­te­nant, dis­tin­guer les tem­po­ra­li­tés, dis­tin­guer le sou­hai­table du pos­sible, se dépar­tir de quelques visions chi­mé­riques ou de pos­tures puristes qui ne mènent à rien, si ce n’est à avoir plus d’en­ne­mis et moins d’al­liés qu’il ne faudrait…

    pour le prag­ma­tisme, rien de mieux que Machia­vel :

    « Il n’y a point d’en­tre­prise plus dif­fi­cile, plus dou­teuse, ni plus dan­ge­reuse que celle de vou­loir intro­duire de nou­velles lois. 
    Parce que l’au­teur a pour enne­mis tous ceux qui se trouvent bien des anciennes, et pour tièdes défen­deurs ceux même à qui les nou­velles tour­ne­raient à profit. 
    Et cette tié­deur vient en par­tie de la peur qu’ils ont de leurs adver­saires, c’est-à-dire de ceux qui sont contents des anciennes ; et en par­tie de l’in­cré­du­li­té des hommes, qui n’ont jamais bonne opi­nion des nou­veaux éta­blis­se­ments qu’a­près en avoir fait une longue expérience. »

    « Le Prince », Nico­las Machia­vel, 1532

    « Plu­sieurs se sont figu­ré des répu­bliques et des prin­ci­pau­tés qui n’ont jamais été et qui ne seront jamais. Mais il y a si loin de la manière dont on vit de la manière dont on devrait vivre, que celui qui laisse ce qui se fait pour ce qui devrait se faire, apprend plu­tôt à se détruire qu’à se pré­ser­ver. Et par consé­quent, il faut qu’un homme qui veut faire pro­fes­sion d’homme bon, au milieu de gens qui ne le sont pas, doive apprendre à pou­voir être mau­vais, et à user ou non du carac­tère mau­vais selon la nécessité. »

    Ibid.

    Gram­sci avait étu­dié Machia­viel, sa pen­sée est précieuse :

    « L’élé­ment déci­sif de toute situa­tion est la force orga­ni­sée en per­ma­nence et pré­pa­rée depuis long­temps, et qu’on peut faire avan­cer quand on juge qu’une situa­tion est favo­rable (et elle est favo­rable dans la seule mesure où une telle force existe et où elle est pleine d’une ardeur com­ba­tive) ; aus­si la tâche essen­tielle est-elle de veiller sys­té­ma­ti­que­ment et patiem­ment à for­mer, à déve­lop­per, à rendre tou­jours plus homo­gène, com­pacte, consciente d’elle-même cette force. »

    texte inté­gral : http://​www​.mar​xists​.org/​f​r​a​n​c​a​i​s​/​g​r​a​m​s​c​i​/​w​o​r​k​s​/​1​9​3​3​/​m​a​c​h​i​a​v​e​l​.​htm

    une recen­sion d’un recueil de ses textes récem­ment paru :

    http://​lec​tures​.revues​.org/​7​700

    En voi­ci une appli­ca­tion au mou­ve­ment des étu­diants québécois : 
    http://​www​.cahiers​du​so​cia​lisme​.org/​2​0​1​2​/​0​5​/​2​3​/​d​e​-​l​a​-​g​u​e​r​r​e​-​d​e​-​m​o​u​v​e​m​e​n​t​-​a​-​l​a​-​g​u​e​r​r​e​-​d​e​-​p​o​s​i​t​i​on/

    Réponse
  41. Catherine B

    Les enzymes sont des cata­ly­seurs, des trans­for­ma­teurs du milieu.

    Com­ment pour­rions-nous être des agents glou­tons qui « bouf­fe­raient »( excu­sez-moi!) les immon­dices du milieu un peu nau­séa­bonds pour être polie ?

    En atten­dant, que l’air se puri­fie Georges, le monde te perd mais le monde te sauve aus­si, écoute donc en alter­nance une fois Mozart 23, et une fois Pao­lo Conté ce mor­ceau-là, ça devrait équi­li­brer tes éner­gies, sourire !


    Pao­lo Conte – Via con me par Yoda63

    Réponse
  42. Di Girolamo

    Mer­ci à vous deux( et Etienne si constant)

    Sitouaillain

    Je veux bien m’en­ga­ger dans un par­ti qui puisse sans être par­fait pro­po­ser une vision dans laquelle je puisse me reconnaître.J’avoue que ton argu­men­taire prag­ma­tique est convain­cant : se ras­sem­bler est effi­cace et c’est une bonne chose.

    Pour­tant le pro­blème que j’ai, est que ce par­ti n’existe pas actuellement .

    il fau­drait qu’il s’ar­ti­cule autour de 3 axes :

    -gou­ver­nance : ouver­ture à tous et recherche de la par­ti­ci­pa­tion de tous ( en actes)

    - éco­no­mie : sti­mu­la­tion de la liber­té d’en­tre­prendre et d’é­chan­ger dans un cadre légal nou­veau fon­dé sur LA LIMITE ( prin­cipe de « trois fermes valent mieux qu’une » de la conf ); les entre­prises et leurs pro­duc­tions seront sou­mises à ce cadre limi­tant dras­ti­que­ment leur dimen­sion : pas de capi­ta­li­sa­tion et concentration .

    Les sec­teurs néces­si­tant des échelles plus grandes seront abor­dés soit par des coopé­ra­tions inter entre­prises , soit par des nationalisations.

    - recherche : l’ac­tion poli­tique intro­duit comme prio­ri­té et struc­ture une recherche socié­tale cher­chant à orga­ni­ser la socié­té en tenant compte de l’as­pect limi­té des res­sources et du grand nombre d’hu­mains, et des dégâts éco­lo­giques déjà enga­gés : on ne peut pas tous aller le même jour au som­met du Mont Blanc.

    Cela donne la vision d’un réamé­na­ge­ment glo­bal du ter­ri­toire ‚d’un mou­ve­ment pro­gres­sif de repeu­ple­ment des zones « vides » par la décon­cen­tra­tion urnaine ; une dimi­nu­tion de la dimen­sion du sec­teur trans­port des hommes et des biens. ( pas besoin de « s’é­va­der » si on a tout sur place)

    Réponse
  43. Catherine B

    Mes­sire hydro­gène a ren­con­tré un jour Dame oxy­gène et de cette ren­contre « amou­reuse » est née l’eau, si néces­saire à la vie. Elé­ment émergent qui n’exis­tait pas mais qui est venu au monde du fait de cette ren­contre, de ce mariage, ma foi, ils ont don­né un beau petit, sans lui nous n’exis­te­rions pas.

    J’ai mis sciem­ment « amou­reuse » car c’est ça l’es­sen­tiel, l’a­mour, l’ou­ver­ture, l’ac­cueil de l’autre dans sa différence.

    La créa­ti­vi­té, le neuf vient d’une ouver­ture, mais avant d’être ouvert on est tous, tous, sans excep­tion à moins d’être un saint, fer­més, car on est tous, tous pétris de peur.

    Peur qu’on nous a fichu dans la caboche et qu’on a réci­té comme un bien sage élève a qui pour le récom­pen­ser d’au­tant d’af­fable ser­vi­tude, on a don­né de belles notes qui fai­saient la joie des parents mais le mal­heur du bonheur.

    Nous nous devons d’être cha­cun pour nous des arti­sans alchi­mistes qui trans-for­mons nos peurs en foi, en foi en notre belle, et puis­sante, et joyeuse et géné­reuse et éton­nante et chan­tante et libre et créa­trice puis­sance de vie, c’est elle la maî­tresse, et nous, nous nous devons d’être à son ser­vice, à elle et à per­sonne d’autre qu’elle.

    C’est parce qu’on a tout inver­sé, que le maître s’est fait esclave et l’es­clave le maître que tout va de guingois.

    Enfin, ça reste un point de vue, je ne parle que de mon res­sen­ti et n’en fais aucu­ne­ment une véri­té, il va sans dire.

    Allez, un p’tit coup de Mozart !

    Réponse
  44. Catherine B

    Ou, ça, pour don­ner du peps !

    Réponse
  45. Catherine B

    Bonne humeur pour Etienne et ouver­ture réjouis­sante pour Georges.

    Il paraît que la matière visible ne repré­sen­te­rait qu’à peine 4 % de la masse réelle de l’uni—vers.

    La matière noire consti­tue­rait 96% dont 2⁄3 serait de l’éner­gie pure!!!

    La nuit sera belle!!!!

    Réponse
  46. sitouaillain

    @ Di Girolamo,

    je suis sûr que tout ça existe,
    et de toute façon on n’est pas au super­mar­ché, il faut aus­si que tu aies confiance dans ta capa­ci­té à faire bou­ger les lignes, et des fois ça passe par consti­tuer un groupe dis­si­dent, un nou­veau syn­di­cat, un nou­veau par­ti, une revue, un site, que sais-je,

    et si je dis qu’on n’est pas au super­mar­ché, c’est à des­sein, gare ce que l’in­di­vi­dua­lisme à fait de nous, si le mot d’ordre ne contient pas à la vir­gule près ce que je sou­haite, mon ego me dicte de ne pas en être, or ma conscience m’in­vite à voir le com­pro­mis, le fait que je n’ai pas su chan­ger le texte, pour le moment, mais que l’im­por­tant, c’est d’en être, tant que ça avance, et même si ça n’a­vance pas autant qu’on vou­drait, ne pas en être c’est assu­rer un peu plus que ça n’a­van­ce­ra pas…tant de grou­pus­cules com­mettent ces erreurs de puristes, je trouve que ces pire encore de la part de râleurs isolés !

    mais loin de moi d’ap­pe­ler à s’en­ga­ger dans un par­ti, si ça ne te vas pas, d’ailleurs il y a plein d’autre choses, la conf, le jour­nal « l’âge de faire », tout un tas de col­lec­tifs ou d’as­so, vu ce que tu fais déjà au quo­ti­dien, par rap­port au reste de la popu­la­tion, ça suffit,

    ce que je vou­lais dire concerne uni­que­ment l’at­ti­tude face aux par­tis, ou a l’é­gard de ce qui se fait déjà, aux gens qui s’en­gagent en géné­ral, car il ne s’a­git pas pour moi d’être cri­tique uni­que­ment envers les atti­tudes de mili­tants enfer­més dans leurs par­tis, ergots dres­sés sur leurs dogmes, ou stra­tèges tra­vaillant à la conso­li­da­tion du par­ti, du syn­di­cat au dépend celle du pou­voir popu­laire, et autres sale­tés politiciennes,

    ça serait trop facile de ne s’a­char­ner que pour détruire, et trop facile de dire « regar­dez comme je suis pur, je n’ai aucune carte », ma jéré­miade est légi­time, non ça, j’ai com­pris que ça sape la capa­ci­té de défense et d’of­fen­sive, la consti­tu­tion d’un peuple conscient et capable de se gouverner,

    donc je ne laisse pas pas­ser non plus les atti­tudes « anti­par­ti », et quelques illu­sions bien confor­tables, et tant pis si je m’at­taque à ce que la plu­part des gens pensent, mes pen­chants « popu­listes » n’i­ront pas jus­qu’à mettre tous les par­tis, syn­di­cats, élus et même les prêtres dans le même panier, pré­ci­sé­ment parce que ce genre d’i­dée bien arrê­tée est le fruit de la paresse intel­lec­tuelle du domi­né et de la dépo­li­ti­sa­tion néolibérale,

    et mon « démo­cra­tisme » n’est pas sur le mode « tout le monde il est beau et gen­til », il y a des idées que je n’ac­ceptent pas, fussent-elles majo­ri­taires, et si elles le sont parce que nous ne sommes pas en démo­cra­tie, il n’y a pas lieu de les prendre pour opi­nions légi­times, quand bien même, je les subis et elles m’op­priment, pas le choix, il faut faire bloc pour qu’à terme elles n’aient plus cette force.

    com­ment faire bloc ? quelles actions, quels ser­mons, quelles stra­té­gies ? le tout c’est d’oeu­vrer à inté­grer, à créer des ponts, à ces­ser de tout pen­ser uni­la­té­ra­le­ment, puisque le monde est com­plexe, les manières effi­caces d’a­gir sont néces­sai­re­ment pro­téi­formes, plu­rielles et com­plé­men­taires, d’au­tant que nous ne sommes pas du tout en posi­tion de force,

    en tout cas, je vois comme alliés beau­coup de mili­tants et leurs orga­ni­sa­tions res­pec­tives, et je ne suis pas assez couillon pour ne pas savoir qu’à un moment don­né il fau­dra s’y oppo­ser fron­ta­le­ment, mais ce moment n’est pas près d’ar­ri­ver, si on refuse de voir la situa­tion et les alliances néces­saires, et qu’a­près tout il n’y a là que des citoyens actifs, si tu vaux mieux qu’eux, prouves-le, à la limite mal­gré eux, mais pas contre eux,

    le che­min vers la démo­cra­tie et un pro­ces­sus consti­tuant, c’est l’u­ni­té des forces de trans­for­ma­tion éco­lo­gique et sociale, et le peuple n’existe que lors­qu’il se mani­feste comme acteur poli­tique, les moda­li­tés sont mul­tiples, mais c’est notre seule force, dans la rue, dans les médias, dans les urnes, au tra­vail, au bis­trot, il faut faire mou­ve­ment, il faut res­ter en réseaux,

    et nous en sommes, et jus­te­ment d’une manière qui, à condi­tion d’être construc­tifs, porte en germe une grande trans­for­ma­tion des pra­tiques, en dis­qua­li­fiant les atti­tudes anti­dé­mo­cra­tiques pré­sentes dans les orga­ni­sa­tions anciennes, mais pour être construc­tifs, il faut com­prendre, il faut être indul­gents, il faut s’in­for­mer et il faut s’ap­prendre mutuel­le­ment, s’en­gueu­ler un peu, mais comme des frères !

    et déso­lé pour les mots durs, c’est ma rage à moi qui s’exprime.. 😉

    Réponse
  47. Catherine B

    Je suis déci­dé­ment d’ac­cord avec toi Sitouillain comme avec Georges, non, je ne suis pas Normande !

    Tu dis Georges :« Pour­tant le pro­blème que j’ai, est que ce par­ti n’existe pas actuel­le­ment » eh ben ma foi, tant mieux, le pas­sé est pas­sé, l’ins­tant est dif­fé­rent, et dif­fé­rent ça veut dire saint, il doit être sanc­ti­fié cet ins­tant dans le vrai sens du terme, c’est à dire dif­fé­ren­cié de l’an­cien que tu réprouves, car ce qui est à venir (ave­nir) peut pos­si­ble­ment être pure créa­tion à condi­tion non pas que l’on méprise le pas­sé mais qu’on s’en détache assez pour aller vers ce que tu appelles de tes voeux.

    Mais pour ça, il faut consen­tir à l’im­per­fec­tude de cer­tains mou­ve­ments car avant de savoir se ver­ti­ca­li­ser, on ne sait pas, et que cet appren­tis­sage-là, comme l’en­fant qui apprend à mar­cher, ça passe par des essais, des chutes, des écor­chures, des gadins qui font mal mais c’est par eux qu’il faut pas­ser sinon pas pos­sible de dé-pas­ser le quatre pattes, d’ailleurs c’est écrit dans le mot, regarde dé-pas­ser, il faut pas­ser pour dépas­ser et c’est en cela que que je par­tage le point de vue de Sitouillain même si je n’ai pas encore réus­si à concré­ti­ser cet accord qui n’est que pure­ment ver­bal, pas encore réus­si à mettre en acte, mais la pâte monte, la levure fait son oeuvre je crois !

    Réponse
  48. Di Girolamo

    « s’en­gueu­ler un peu, mais comme des frères ! »

    On va rete­nir cela , c’est ce que tu as écrit de mieux comme défi­ni­tion de la démocratie …

    et sur ce cha­pitre de s’engueuler , notre sœur Nor­mande nous a prou­vée qu’elle est for­tiche ! Sou­rire pour une bonne jour­née à tous.

    Réponse
  49. Catherine B

    Per­met­tez-moi de mettre un peu d’en­grais sur vos engueu­lades entre frères,s’engueuler comme des frères, bien belle défi­ni­tion en effet de ce que devrait être la démocratie.

    Enfin l’en­grais ce n’est pas moi qui vais le mettre, c’est un grand mon­sieur qui s’ap­pelle Mau­rice Blan­chot, moi, je ne suis que la petite main entre vous et lui.

    Alors voi­ci ce qu’il dit dans « L’en­tre­tien infi­ni » :  » La vraie ques­tion n’at­tend pas la réponse. Et, s’il y a réponse, celle-ci n’a­paise pas la ques­tion et même, si elle y met fin, elle ne met pas fin à l’at­tente, qui est la ques­tion de la ques­tion…Toute réponse doit reprendre en elle l’es­sence de la ques­tion, qui n’est pas éteinte par ce qui y répond…

    …Un peu plus loin :  » La ques­tion est mou­ve­ment. Dans la simple struc­ture gram­ma­ti­cale de l’in­ter­ro­ga­tion, nous sen­tons déjà cette ouver­ture de la parole inter­ro­geante. Il y a demande d’autre chose. Incom­plète, la parole qui ques­tionne affirme qu’elle n’est qu’une par­tie. La ques­tion est donc essen­tiel­le­ment par­tielle, elle est le lieu où la parole se donne tou­jours inache­vée […] La ques­tion, si elle est parole inache­vée, prend appui sur l’i­na­chè­ve­ment. Elle est au contraire la parole que le fait de se décla­rer incom­plète accom­plit. La ques­tion replace dans le vide l’af­fir­ma­tion pleine, elle s’en­ri­chit de ce vide préa­lable. Par la ques­tion, nous nous don­nons la chose et nous nous don­nons le vide, qui nous per­met de ne pas l’a­voir encore ou de l’a­voir comme désir de la pensée. »

    Réponse
  50. Catherine B

    Mais la parole n’est pas for­cé­ment uni­fi­ca­trice ou si elle l’est, ce n’est que pour un temps à mon sens,sinon la parole se fige et se sclé­rose. A peine dite que déjà elle se dé-dit car du temps s’est écou­lé qui est venu mé-dire de ce dire, c’est un dire déjà dé-calé, car plus pla­cé dans la jus­tesse du chro­nos, et déjà le che­min nous fait che­mi­ner sur de nou­velles terres où elle cherche cette parole à créer un espace nou­veau, par une fis­sure, un inter­valle que sus­cite à nou­veau la ques­tion, c’est ain­si que je com­prends ce pas­sage de Mau­rice Blan­chot :  »La parole intro­duit dans le champ des rap­ports une dis­tor­sion empê­chant toute com­mu­ni­ca­tion droite ou tout rap­port d’u­ni­té. Le rôle de la parole est ici non pas de réduire, mais de por­ter l’intervalle ; parole non uni­fiante, qui accepte de ne plus être un pas­sage ou un pont, sort ain­si de la parole ponttifiante, tout en res­tant capable de fran­chir les deux rives que sépare l’a­bîme, sans le com­bler et sans les réunir( sans réfé­rence à l’unité ») »

    Waouh, bien dit non ?

    Réponse
  51. Ana Sailland

    A pro­pos du verbe

    Il faut rejoindre un lieu recu­lé , là où nul bruit de machine ne vient trou­bler l’Es­prit . Aller sous un arbre , écou­ter le vent . Il parle . Il dit le sens du monde et enseigne la pro­fon­deur des choses . Sa gram­maire est si simple … mais son mes­sage s’in­si­nue au cœur de qui s’est accor­dé le temps d’é­cou­ter . Ce mes­sage vient tout droit de la réa­li­té , à tra­vers l’arbre vibrant qui révèle sans travestir .

    Écou­tons le bruis­se­ment de l’hu­main qui parle , mais n’é­cou­tons pas tou­jours ses paroles : accor­dez vous par­fois le temps de n’é­cou­ter que le bruit du vent . A tra­vers les pou­mons de celui qui s’ex­prime , le vent ori­gi­nel n’est autre que le mes­sa­ger de l’âme . Le mes­sage vient tout droit de la réa­li­té de l’être , les cordes vocales vibrent sans tra­ves­tir la source .

    Trop sou­vent on oublie d’é­cou­ter le son , pour n’en­tendre que les mots . C’est alors se foca­li­ser sur une autre dimen­sion du monde , peut être moins authentique . 
    L’in­tel­li­gence est là , qui module le souffle , asser­vit ce qui est pri­mor­dial au pro­fit de ce qui est construit . Même s’ils sont por­tés par le vent , les mots sont por­teurs d’un autre mes­sage que celui de l’âme : ils ne disent que ce que le locu­teur accepte de per­ce­voir ; ils imposent tout ce que le locu­teur projette .

    Écou­ter un ami , c’est se mettre à son ser­vice : Por­tant une double atten­tion , sur le vent qu’il exprime et sur les mots qu’il arti­cule , nous lui per­met­tons d’exis­ter , car sans témoin , le mariage du son ému et du son pen­sé ne serait pas , puisque lui , notre ami , celui qui parle , trop occu­pé à vivre , n’é­coute que sa logique, ou ses prisons. 
    C’est ain­si la toute pre­mière richesse du dia­logue : per­mettre à l’ex­pres­sion de tra­ver­ser le désert qui nous sépare , rece­voir en simple témoin le son et le sens , bien avant et bien loin de toute réponse , de toute cri­tique, de tout acquiescement . 

    Écou­ter l’autre , c’est don­ner du sens et du corps à son discours . 

    Par­ler , c’est offrir à l’autre l’op­por­tu­ni­té d’écouter . 

    Les convives du dis­cours ne sont pas créa­teurs mais résonateurs : 
    de l’é­tat , de la dyna­mique , du mes­sage ambiant du monde , du monde inté­rieur comme du monde extérieur .

    Réponse
  52. Catherine B

    C’est très très beau ce que vous dites Ana à pro­pos du verbe, vrai­ment très beau, et si c’est le vent qu’on écoute sous les mots, alors ce verbe-là peut prendre la majus­cule, et deve­nir ain­si Verbe et non verbe, non ? N’empêche, comme on ne flirte pas sou­vent avec les majus­cules, c’est quand même bien d’en­tendre les mots des minus­cules, sourire!!!!

    Réponse
  53. Ana Sailland

    Pire encore, je viens d’é­crire croît au lieu de croit sur un autre message. 😉

    Et en plus, pas­sion­née par nos échanges, j’ai lais­sé brû­ler ma compote !!!

    Réponse
  54. Tomaso

    Bjr à tous.

    Encore une fois mille mer­ci Etienne pour ces vidèos de Hen­ri Guillemin…ça a chan­gé ma vie philosophique.

    J’ai trans­for­mé plu­sieurs vidéo en mp3 dont je sou­hai­te­rais mettre à dis­po­si­tion de tout le monde : com­ment faire ?

    Réponse
  55. philippe depot

    Le débat démo­cra­tique doit avoir un ter­rain ou les pro­blèmes peuvent être débattus.

    Une fois les sujets débat­tus et des solu­tions avan­cées par des groupes de tra­vail qui auront oeu­vré à leur concré­ti­sa­tion, ils seront expli­qués en termes com­pré­hen­sibles par tous … avec les enjeux, avan­tages et incon­vé­nients et/ou consé­quences au grand public.

    L’ap­pa­reil d’é­tat exis­tant sera l’ou­til pour mettre en oeuvre l’ap­pli­ca­tion des décisions.

    Mais l’im­por­tant est de pré­voir un cadre de pre­mier plan, les grandes lignes … l’at­ti­tude à prendre quant au sys­tème en place aux dif­fé­rents niveaux impor­tants. Il n’est plus à prou­ver les nui­sances de l’in­dus­trie chi­miques, il faut donc revoir de fond en comble l’a­gri­cul­ture, l’u­ti­li­sa­tion des pro­duits chi­miques dans l’a­li­men­ta­tion et la vie en géné­ral et tout ce qui touche à l’é­co­lo­gie en géné­rale. Ce nou­veau concept entraî­ne­ra des consé­quences sur la vie éco­no­mique et son orga­ni­sa­tion de même que la puis­sance des banques qui devront être remises au pas. En pas­sant par la remise aux coffres des avoirs du pays en concret. Une reprise en main voire la natio­na­li­sa­tion d’une ou plu­sieurs banques en impo­sant un tra­vail de banque simple, hors des mar­chés de spé­cu­la­tion. L’im­por­tance pour moi est le cadre spi­ri­tuel, le bon sens ter­rien, la mora­li­té dans le sens poli­tique d’une bonne conduite, de la res­pon­sa­bi­li­té des signa­taires d’actes publics et la dis­pa­ri­tion des pri­vi­lèges et immu­ni­tés de tous ordres.

    Un enca­dre­ment tel que ci-des­sus non exhaus­tif, devrait éta­blir un fond de tra­vail. Les déci­sions à prendre pour mener à bien une nou­velle poli­tique dans ce cadre-là sont affaires subsidiaires.

    L’u­sage de réfé­ren­dums faciles et com­pré­hen­sibles après cam­pagnes d’ex­pli­ca­tions per­met­tront au peuple de s’ex­pri­mer aus­si en défi­ni­tive sur le résul­tat des travaux.

    Quant à la façon d’y arri­ver, les enti­tés des plus petits niveaux seront les ate­liers d’où éma­ne­ront les idées, avis et décisions.

    Le tirage au sort à ce niveau peut aider à pal­lier aux prises de déci­sion orien­tées. Ce genre de pra­tique mise au point et per­fec­tion­née au fur et à mesure des niveaux supé­rieurs à fran­chir peut per­mettre une fidèle trans­mis­sion des idées et ten­dances dans les quatre sens, ver­ti­ca­le­ment et horizontalement …

    J’ai ten­dance à faire table rase d’un sys­tème qui ne satis­fait plus pour le recons­truire sans être coin­cé par les anciennes habi­tudes, réflexes et pro­cé­dures … chan­ger un vieux che­val n’est pas possible …

    Réponse
  56. sitouaillain

    @ Di Giro­la­mo, tu dis :

    « s’en­gueu­ler un peu, mais comme des frères ! »

    On va rete­nir cela , c’est ce que tu as écrit de mieux comme défi­ni­tion de la démocratie … »

    défi­ni­tion bien fran­çaise ma foi ! il va quand même fal­loir évo­luer un peu,

    d’ailleurs il y a pas mal de groupe dans la mou­vance alter­mon­dia­liste ou déso­béis­sance civile qui tra­vaillent là des­sus, c’est à dire sur les moyens de pro­duire le consen­sus, avec de la com­mu­ni­ca­tion non vio­lente, des débats bien tenus,

    les enjeux, jus­te­ment, de cet appren­tis­sage du par­ler ensemble pour prendre une déci­sion qui engage tous et qui est construite par le dia­logue, consti­tuent un socle des condi­tions de pos­si­bi­li­té de la démocratie,

    c’est encore en Grèce et son art de la rhé­to­rique qu’il faut voir un des piliers du « savoir être » citoyen,

    non seule­ment nous sommes loin de ces Grecs antiques, mais il faut aus­si recon­naître à la fois que notre socié­té très hié­rar­chi­sée implique que le citoyen d’en bas ne pos­sède même pas les mêmes savoirs-faire qu’un membre de l’é­lite bien édu­quée, en termes de dia­logue et d’ex­pres­sion ver­bale, et que cette socié­té d’êtres inégaux en sta­tut pousse le rhé­teur à se faire mous­ser, à cher­cher à avoir rai­son, plu­tôt qu’à s’ins­crire avec humi­li­té dans une pro­cé­dure col­lec­tive où ce que l’on conclut est supé­rieur à ce que cha­cun aurait pu pen­ser seul.

    et je me sou­viens de ce que m’a racon­té un ami qui a eu la chance de voir une com­mu­nau­té vil­la­geoise Que­chua, un peuple pour qui la prise de déci­sion démo­cra­tique consiste à chu­cho­ter entre-eux d’une manière en appa­rence anar­chique, comme une foule qui mur­mure, per­sonne ne semble s’é­ner­ver, et au final le chef prend tout haut la parole pour annon­cer la déci­sion, et c’est celle que tous approuvent…

    à côté d’eux nous sommes bien barbares !

    Réponse
  57. Ana Sailland

    @sitouaillan

    Mer­ci pour ce rap­pel de la néces­si­té d’ap­prendre à com­mu­ni­quer juste.

    Mais par écrit nous bras­sons pas mal … 
    Et il fau­drait expérimenter.
    Même si cer­tains d’entre nous le font ou l’ont vécu ailleurs.
    Non pas dire qu’il fau­drait expé­ri­men­ter, ça, on sait tous faire, mais expé­ri­men­ter, vraiment.

    Qui ça au fait ? .….. Ben euh, nous pardi.
    Com­ment ? .….… pour de vrai pardi.
    Et pas seule­ment en visioconférence.

    C’est pour ça que j’a­vais sans grand suc­cès pro­po­sé sur le forum une ren­contre estivale.
    En 2013, il fau­drait que ça se passe.

    ;;;;;;;;;

    Oui, nous sommes des « bar­bares ». Nous avons à apprendre la modes­tie, qui n’est pas la fai­blesse, et la force, qui n’est pas la domi­na­tion. Nous avons tant à apprendre, pour nous extir­per de nos usages rela­tion­nels les plus des­truc­teurs de l’harmonie. 
    Ne serait ce que sor­tir du prin­cipe logique du tiers exclu, qui oblige à tran­cher, à se battre bec et ongle, pour une seule moi­tié des poten­tia­li­tés. … Le piège de l’occident … 
    Mais c’est un autre sujet. .…

    Réponse
  58. Di Girolamo

    Sitouaillain

    « Di Giro­la­mo, tu dis :

    « s’en­gueu­ler un peu, mais comme des frères !

    On va rete­nir cela , c’est ce que tu as écrit de mieux comme défi­ni­tion de la démocratie … »

    défi­ni­tion bien fran­çaise ma foi ! il va quand même fal­loir évo­luer un peu,.…. »

    Mais bien sûr mon cher frère !

    je ne crois pas à une démo­cra­tie sans fra­ter­ni­té , bien­veillance, amour du pro­chain ( déso­lé pour l’évangile ! )

    En cela bien d’ac­cord avec Ana, pour l’i­dée de proxi­mi­té ; la démo­cra­tie n’est pas déter­ri­to­ria­li­sée , il lui faut l’hu­main et la terre.

    Pour le reste je pense que c’est en fait assez facile de débattre dans de bonnes condi­tions, c’est comme le vélo ou la marche à pied : plus on débat plus on sait débattre .

    Réponse
  59. sitouaillain

    @ ana sailland,

    « Ne serait-ce que sor­tir du prin­cipe logique du tiers exclu, qui oblige à tran­cher, à se battre bec et ongle, pour une seule moi­tié des poten­tia­li­tés. … Le piège de l’occident …
    Mais c’est un autre sujet. .… »

    c’est dans le sujet, et ça mérite déve­lop­pe­ment, et sans aller dire que c’est un mal d’i­ci ou d’ailleurs, gare aux http://​fr​.wiki​pe​dia​.org/​w​i​k​i​/​B​i​a​i​s​_​c​o​g​n​i​tif ! et en par­ti­cu­lier celui-là : http://fr.wikipedia.org/wiki/Biais_de_confirmation_d%27hypoth%C3%A8se

    (zut, je n’ai encore jamais réus­si à mettre un lien sur ce forum grrr)

    Réponse
  60. Ana Sailland

    Mer­ci pour ces deux liens qui sont assez radi­ca­le­ment en oppo­si­tion avec ce que j’impulsais :):):)

    À déve­lop­per de vive voix héhé

    Réponse
  61. Étienne

    Pas d’O­pi­news ce soir, 18 sep­tembre 2012 (pas à la maison)

    Bonne jour­née à tous les gen­tils virus 🙂

    Réponse
  62. Marie
    @ Ana Sailland(#52)

    ce que vous dites résonne;-) en moi
    Si l’on pou­vais davan­tage sen­tir les choses en soi plus que de cher­cher avec sa tête, res­ter en contact avec son centre, son coeur, que le monde serait différent.Je crois que c’est là qu’in­ter­vient l’ou­til qu’est l’art dans l’é­du­ca­tion, nous aider à retrou­ver ce res­sen­ti et notre centre pro­fond pas seule­ment la créa­tion dans l’art.

    Réponse
  63. Ana Sailland

    Ouvrir l’œil dans le cyclone 😉

    Réponse

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