Sur le blog « Planétisme / Planetism / Planetismo », une synthèse intéressante (critique) de la conférence à Genève avec Myret (vidéo-fleuve —2h30— qui, au rythme de 10 000 vues par jour, est en train d’arriver à 500 000 !!!) :
http://www.planetisme.net/2012/05/crises-economiques.html
Crises économiques à répétition : cause fondamentale et solution
Je vous recommande vivement l’écoute de la vidéo accessible en bas de cette note présentant une conférence débat de décembre 2011 en Suisse intitulée « L’État et les banques, les dessous d’un hold-up historique » avec la participation de Myret Zaki, rédactrice en chef de la revue économique Bilan et Etienne Chouard, enseignant en économie et gestion.
Les deux intervenants, parfois emportés par leur passion ou leur colère, apportent un éclairage extrêmement intéressant sur les causes des crises économiques mondiales que nous subissons depuis 2008 et nous proposent une solution radicale. À leur écoute, j’ai parfois des doutes sur le degré d’exactitude de leurs affirmations et sur leur parti pris, mais leur démonstration de l’absurdité et de la perversité du monde politique et économique qui nous gouverne est claire et convaincante. Pour ceux qui n’auraient pas 2h30 à consacrer à la visualisation de cette vidéo, en voici mon résumé.
« La crise de la dette des pays européens aurait été provoquée, d’après Myret Zaki, par un petit groupe de spéculateurs, dont Georges Soros et les dirigeants de quelques Hedge Funds Américains. Ils auraient décidé de parier sur la faillite d’États européens périphériques en commençant par la Grèce, avec la complicité de la banque d’affaires américaine Goldman Sacks qui, après avoir conseillé le gouvernement grec sur la façon de camoufler le niveau de la dette de l’État, aurait commis un délit d’initié en révélant cette information à ces financiers. Les actions concomitantes de ces spéculateurs auraient déclenché la crise, amplifiée par tous les investisseurs qui ont suivi le mouvement.
Ces acteurs auraient été aussi les responsables de la crise des sub-primes qui a débuté en 2008. Ils opèrent dans le marché des dérivés, domaine non réglementé qui a une très forte influence sur tous les autres marchés financiers. Les états européens auraient demandé aux pays anglo-saxons (États-Unis et Royaume-Uni) de réglementer ce marché, mais ceux-ci auraient refusé. Selon l’intervenante, nous sommes dans une logique de guerre économique des pays anglo-saxons contre l’Europe, ces premiers étant parmi les pays les plus endettés d’Occident et ayant tout intérêt à détourner l’attention vers d’autres pays, avec le soutien des médias comme le Financial Times où le spéculateur Georges Soros écrit régulièrement des articles. Les liens très étroits entre le gouvernement américain, son administration et les milieux financiers de Wall Street expliqueraient l’impunité et la liberté de ces spéculateurs. Leurs moyens financiers énormes (environ 1,5 milliard de dollars de revenu annuel pour chaque dirigeant de ces Hedge Funds) leur permettent de former le plus puissant lobby des États-Unis. Cela a été démontré par les choix du Président Obama pour les postes de responsables économiques de son gouvernement et par ses actions très limités concernant les sanctions envers les responsables de la crise des sub-primes et concernant la réglementation des milieux financiers. En parallèle, les États-Unis peuvent emprunter sur le marché avec un taux de 1 à 2 %, tandis que la Grèce proportionnellement moins endettée devrait emprunter à environ 20 % …!!
Pourquoi alors les états européens ne se passent-il pas des marchés pour emprunter ? D’après Étienne Chouard, les états se finançaient auparavant auprès de leur propre Banque Centrale, sans charge d’intérêt, et ainsi créaient de la monnaie et se passaient des marchés financiers. Le changement a eu lieu en France dans les années 70 sous l’impulsion de Georges Pompidou, ex de la banque Rothschild, banque qui aurait été la première a profité de cet appel de l’État français au marché … Tous les autres pays occidentaux seraient ainsi passés du financement auprès de leur Banque Centrale au financement auprès des marchés financiers. Les dirigeants de la plupart de ces pays ayant en plus depuis cette époque produit des budgets déficitaires, la dette des Etats s’est ainsi creusée jusqu’à arriver aujourd’hui à un niveau de capital impossible à rembourser dans le cas de la France par exemple. Pendant ce temps les milieux financiers continuent à engranger les intérêts de ces dettes.
Selon Étienne Chouard, comme aux États-Unis, la principale raison de ces dysfonctionnements est qu’en France, et a priori dans la plupart des soi-disant démocraties, les représentants des peuples qui atteignent le pouvoir seraient la plupart du temps ceux qui ont le plus de moyens financiers, grâce au support des milieux économiques. La dépendance de nos dirigeants politiques, de droite comme de gauche, vis-à-vis de ceux qui profiteraient des gains financiers produits par l’endettement des Etats expliquerait l’absence de changement radical de la situation scandaleuse décrite plus haut.
Alors que de nos jours de nombreux citoyens ont le niveau de connaissance et la capacité d’accès à l’information pour comprendre ces phénomènes, pourquoi ce système absurde et nocif n’est-il pas remis en cause ? À cause de sa complexité, à cause de l’influence des médias liés à ce système et parce que, pour reprendre l’expression d’Étienne Chouard, nous ne sommes pas des citoyens mais seulement des électeurs. Des électeurs qui élisent des personnes qui nous sont proposés par des partis politiques dont la performance dépend de leurs moyens financiers. Nous n’avons en plus pas le pouvoir de remettre en cause leurs lois, si ce n’est en attendant la fin de leur mandat pour choisir d’autres représentants aux mêmes défauts. Le moyen de nous protéger de dérives et de dysfonctionnements fondamentaux devrait être la Constitution, texte normalement conçu pour encadrer toutes les lois et contraindre nos élus. Or, les personnes qui écrivent les Constitutions, que ce soit en France ou aux États-Unis par exemple, sont aussi des élus qui n’ont bien sûr pas intérêt à écrire et voter des textes qui vont les contraindre !
La solution proposée par Étienne Chouard est une assemblée constituante formée par tirage au sort, comme dans la démocratie athénienne qui a fonctionné ainsi durant 200 ans. Certes les athéniens étaient esclavagistes et machistes, mais comme l’étaient toutes les civilisations locales de l’époque. Retenez que le tirage au sort des représentants du peuple protégeait les citoyens des voleurs de pouvoir. »
Didier – Citoyen du Monde
Pour approfondir :
- Le site Web www.le-message.org qui résume la proposition d’assemblée constituante démocratique d’Étienne Chouard
- Le magazine économique Bilan : www.bilan.ch
- Le journal bimensuel suisse La Cité : www.lacite.info
- Le livre « Principes du gouvernement représentatif » de Bernard Manin
- Le livre « La démocratie athénienne à l’époque de Démosthène » de Mogens Herman Hansen
Source : https://www.planetisme.net/2012/05/crises-economiques.html
Une petite erreur de compréhension dans cette synthèse, me fait penser qu’il faut vraiment que j’arrive à mieux expliquer les DIFFÉRENTS USAGES du tirage au sort, usages très DISTINCTS les uns des autres, pour que nous ne les confondions jamais :
1) Il y a d’abord celui des Grecs anciens, qui consistait à tirer au sort non pas ceux qui votaient les lois (il n’y a que les citoyens qui puissent voter eux-mêmes les lois, directement), mais à tirer au sort LES REPRÉSENTANTS ORDINAIRES, ceux qui préparaient et exécutaient les lois ; et ce tirage au sort-là servait à imposer l’amateurisme (ou empêcher le professionnalisme) des représentants, pour que les représentants du peuple restent les serviteurs du peuple et qu’ils ne puissent jamais devenir ses maîtres.
Nota : on pourrait imaginer de décliner ce tirage au sort-là (celui des représentants ordinaires) de deux façons très différentes (c’est un débat intéressant entre nous, mais c’est l’Assemblée constituante qui tranchera finalement) :
- soit pour instituer une VRAIE DÉMOCRATIE, sur le schéma d’une FÉDÉRATION de (petites) COMMUNES, elles-mêmes librement constituées ; et là, on pourrait tirer au sort les représentants ordinaires (juges et fonctionnaires) à la manière des Athéniens, de façon à toujours voter nous-mêmes nos lois ;
- soit pour instituer un GOUVERNEMENT REPRÉSENTATIF AMENDÉ, c’est-à-dire SÉVÈREMENT CONTRÔLÉ (TOUS LES JOURS), et là, on ne tirerait au sort que les institutions de contrôle, et possiblement aussi une des deux chambres législatives => avec élections honnêtes (candidatures libres sans mainmise des partis, votes à points, code électoral sous contrôle citoyen…), tirage au sort d’une des deux chambres législatives, révocabilité permanente de tous es acteurs publics, reddition des comptes (avec possibilité réelle de punitions graves), RIC (référendum d’initiative citoyenne), multiples Chambres de contrôles tirées au sort, Conseil constitutionnel tiré au sort, citoyens armés et entraînés, et formés (toute leur vie : de la maternelle à la retraite) au droit constitutionnel de base ainsi qu’à leur rôle individuel et actif dans la protection quotidienne des institutions, etc.
2) Et il y a aussi cet autre usage (plus décisif, plus indispensable, et donc plus prioritaire parce que cause des causes, mais tout à fait DISTINCT du cas précédent) qui est le tirage au sort DES REPRÉSENTANTS CONSTITUANTS (des membres de l’Assemblée Constituante), et ce tirage au sort-là sert à autre chose : il sert à nous protéger (tous) contre les conflits d’intérêts dans le processus constituant => celui-là, ce n’est pas Athènes qui prouve que c’est possible puisque personne (ou presque) n’a encore essayé cette idée : c’est la puissance de la LOGIQUE qui rend cette idée intéressante (et pas un exemple historique).
Étienne.

brillant, clair, bref cqfd !
Bonjour Étienne, je crois qu’il y a une option que vous n’envisagez pas, ou peut être est-ce moi qui ne l’entends pas dans ce que vous dites, mais je crois que nous pourrions conserver la hiérarchie actuelle des choses (dans les grandes lignes).
Je ne nous vois pas voter absolument toutes les lois. Même si aujourd’hui beaucoup de lois ne sont pas vraiment utiles et que le nombre de lois diminuait fortement, il en reste tout de même un bon paquet.
Personnellement, je vois les choses quasiment de la même manière qu’elles sont aujourd’hui. A ceci près :
Les citoyens votent les lois du cadre communal directement. Des gens de toutes les communes sont tirés au sort pour former des assemblées intercommunales ou départementales, puis ensuite régionales (même si ce niveau ne me semble pas vraiment important) puis une assemblée nationale, tirée au sort. Chacun des représentants d’une chambre étant contrôlé et le porte parole de la chambre de niveau inférieur.
Ajoutez à cela une bonne dose de révocabilité, de compte rendu, de RIC, et des médias nationaux indépendants et justes.
Je trouve que les choses imaginées de cette manière se bouclent pas trop mal non ?
Salut Etienne,
je trouvais que tes conférences étaient plutôt claires sur ces distinctions..
il me semble par contre que tu ne passes pas assez de temps sur une dimension essentielle de l’appropriation citoyenne du pouvoir : l’espace public.
puisqu’en fait, quel que soit le mode de distribution des fonctions (concours, élection, tirage au sort), et le mode de prise de décision (consensus, majorité, décision individuelle) ou le mode de contrôle (jury, révocation, etc.),
au final, la capacité du peuple à faire des choix bénéfiques est tributaire de sa capacité à organiser une distribution satisfaisante de la parole dans l’espace public.
nous manquons en fait cruellement d’institutions de production de paroles « désintéressée » et de d’institutions de distribution « désintéressée » de ces paroles, comme d’institutions du dialogue et de critiques « constructives ».
j’avoue que si j’admire beaucoup la théorie d’Habermas, depuis 10ans que je l’ai découverte, je n’ai toujours pas trouvé un équilibre satisfaisant, sur le qui peut posséder les médias, qui peut les contrôler et comment organiser un espace public démocratique viable.
En tout cas, ceci me semble relever d’abord du pouvoir constituant, au sens où il doit se préoccuper de l’organisation de l’isegoria et de l’organisation de l’agora, en allant plus loin que la seule « liberté d’expression » ou la « liberté de la presse », qui ne permet pas de résoudre les problèmes de « la capacité à se faire entendre » et tous ces problèmes de pouvoirs inégaux de « fabrique de l’opinion » et de diffusion inégales des idées et de leurs critiques.
Au même titre que l’école, la sphère du débat public, de l’information, etc. doit constituer un pilier démocratique, par contre dans la logique de séparation des pouvoirs, il est important qu’aucune institution qui n’émane directement du peuple ne puisse interférer. l’idéal serait de parvenir par exemple à définir un statut de la société de presse (idéalement possédée en majorité par ses travailleurs, en tout cas en rendant impossible, et la propriété lucrative, et la possibilité de posséder plus de X% de l’ensemble) et un statut du journaliste avec des contrôles et des voies de recours pour les citoyens soit devant un jury dédié (type CSA) ou devant des juridictions « classiques », sur la base de violations de principes déclinés dans une charte de déontologie…
encore une fois, c’est la notion de « conflit d’intérêt » qui me préoccupe… pour ce que j’y mets, le tirage au sort ne résout rien des problèmes de distorsions et de conditionnements que, dans une société inégalitaire, certains subissent et d’autres orchestrent,
et je pense-là à ma pauvre grand-mère qui a toujours voté en situation de conflit d’intérêts avec elle-même et les siens…
ce qui fait que j’ai tendance à me dire qu’il faudrait d’abord se libérer de lagardère, bouygues, rotschild, bolloré et consorts avant de tirer qui que soit au sort, ce qui était le sens de ma proposition de processus avec assemblées locales comme espaces d’une libre circulation et de construction potentielle d’une parole déconditionnée du respect à certaine chaînes…de servitude.
Attention, le consensus est une forme de manipulation et une forme violente de la parole.
la démocratie est née avec la rhétorique ancienne et veci versa ; la seule façon d’avoir un débat égalitaire, car la démocratie est basée sur l’égalité de la parole et non sur la liberté, est d’entretenir un cadre de débat respectant les règles de la rhétorique ancienne.
En elle même, la démocratie n’est pas une forme naturelle de gouvernement, par conséquent elle fait appel à des procédés non naturel de la parole comme la rhétorique ancienne, sous la forme par exemple de la disputatio rhétorique.
La parole désintéressée, se fabrique. Elle passe par des moyens et méthodes permettant sinon de faire disparaitre, de rendre inefficace les procédés comme la séduction (aujourd’hui à la base de notre communication politique)
Le tirage au sort pour des mandats de un à trois mois d’un certain nombre de journalistes et/ou de détenteurs du verbe diffusé, rigoureusement non censurables, avec présence garantie par quota imposés sur les grands médias, y compris les médias privés appartenant au canon et au BTP … cela me semble être l’une des réponses possibles à l’interrogation de sitouaillain.
La sphère du tirage au sort ne doit d’ailleurs pas être forcément réservée au domaine strictement politique : Le concept de séparation des pouvoirs cher à Montesquieu a cet inconvénient majeur que le défendre suppose de facto l’acceptation de pouvoirs centraux, à grand rayon d’action, souvent Yang, durs, autistes, alors que le concept de dispersion et diffusion des pouvoirs, et de tous les pouvoirs, dans certains cas jusqu’au niveau individuel et citoyen permettrait un pouvoir à court rayon d’action, Yin, doux, convivial. Et le tirage au sort a ici son rôle. Réflexion à poursuivre.
@Etienne : oui, quand je parle de tout ça à des amis provisoirement formatés, ils réagissent souvent en pensant que le tirage au sort remplacerait bêtement l’élection. Il faudrait donc, outre les conférences, une trace écrite claire des différents rôles possibles du tiré au sort
Salut Étienne,
je ne comprends toujours pas la nécessité de représentants. Des exécutants ou des fonctionnaires ne devrait n’être autre chose que des garants des règles choisi par le peuple dans son ensemble et non des représentants du peuple car celui çi se représente lui même et à le droit de changer d’avis.
D’autre part, je ne vois pas non plus pourquoi les choses ne pourrait pas se produire à un niveau plus global sans pour autant nécessiter des représentants.
Peut être le tirage au sort n’est finalement que les prémisses ou ici les restes de l’habitude d’abandonner nos pouvoirs politique à d’autre.
le simple fait de vouloir désigner d’autres personnes pour des choses aussi essentielles que la constitution est bien différent de déléguer un travail physique et cela est à mon sens révélateur du manque de confiance en soi, en notre compétence à l’égard de la responsabilité que l’on a de notre propre vie. Et cela, on nous l’a inculqué depuis fort longtemps.
On a donc un travail d’éducation à faire sur ce sujet à mon sens.
bien amicalement
J.C
@ Étienne
Sans lien direct avec le sujet, je me permet une intervention pour signaler que je viens de prendre connaissance d’une méthode utilisée dans le cas de commissions d’experts afin d’aboutir à « la meilleur décision possible » ou « consensus ».
C’est grâce au site consensus911.org que j’ai eut connaissance de cette méthode appelée Méthode Delphi.
Le principe de la méthode est qu’un groupe d’experts est soumis à plusieurs séries de questionnaires. Après chaque série, une synthèse anonyme des réponses leur est remise, ainsi que les argumentaires ayant conduit à ces réponses. Les experts sont ensuite invités à revoir leurs réponses précédentes à la lueur de ces éléments. Il est généralement constaté qu’à la suite de ce processus (qui peut être réitéré plusieurs fois si nécessaire), les divergences s’estompent et que les réponses convergent vers la « meilleure » réponse.
La méthode Delphi est largement utilisée en médecine et dans d’autres sciences appliquée pour obtenir des consensus concernant les meilleurs preuves disponibles pour des protocoles de soin, en utilisant toute un série de sondages auxquels chaque expert répond sans connaitre les réponses ni les identités des autres.
Cette méthode pourrait être utilisée, moyennant des adaptations, dans différentes instances populaires, afin d’aboutir à des décisions de consensus.
Cordialement,
Morpheus
Bonjour Etienne.
Je me permet juste d’appuyer une partie de vos écrits.
« ce tirage au sort-là servait à imposer l’amateurisme (ou empêcher le professionnalisme) des représentants, pour que les représentants du peuple restent les serviteurs du peuple et qu’ils ne puissent jamais devenir ses maîtres. »
Sans oublier un autre de vos propos soit la non ré-égibilité.
C’est en effet la seule solution pour nous garantir contre la corruption et le copinage.
Maintenant, si par hasard, une ou plusieurs personnes auxquelles nous avons confié certaines tâches. donnent toutes satisfactions.
La tentation serait grande pour les électeurs de vouloir les reconduire dans leurs fonctions, Non ?
Qu’en pensez-vous ?
En ce qui me concerne, je suis parfaitement en accord avec la proposition de Morpheus qui me semble relevé du bon sens et qui pourrait permettre une expression populaire bien plus large que celle de représentants sur un projet constituant entre autre.
Je suis aussi parfaitement en accord avec l’observation de Bruben98. (ça y est, je crois au consensus) Si un fonctionnaire ou exécutant accompli correctement ses activités et qu’il souhaite continuer à le faire pour son propre bien et celui de la communauté, il n’y a pas de raison de le « limoger » pour le remplacer par quelqu’un de moins compétant par exemple.
La condition étant qu’il ne se substitue pas dans son activité aux décisions de la population. Alors, il n’est peut être pas nécessaire de trop limiter les choses.
Par contre, abandonner l’idée de donner davantage de pouvoir politique à un citoyen plutôt qu’à un autre me semble une bonne chose.
bien amicalement
J.C
« Attention, le consensus est une forme de manipulation et une forme violente de la parole.
la démocratie est née avec la rhétorique ancienne et vice versa ; la seule façon d’avoir un débat égalitaire, car la démocratie est basée sur l’égalité de la parole et non sur la liberté, est d’entretenir un cadre de débat respectant les règles de la rhétorique ancienne »
@ Guillaume (4)
ça semble intéressant, et du coup ça mériterait un développement, ou bien as-tu des lectures à conseiller sur ces deux points ?
@ Ana Sailland (5)
« Le tirage au sort pour des mandats de un à trois mois d’un certain nombre de journalistes et/ou de détenteurs du verbe diffusé, rigoureusement non censurables, avec présence garantie par quota imposés sur les grands médias, y compris les médias privés appartenant au canon et au BTP … cela me semble être l’une des réponses possibles à l’interrogation de sitouaillain. »
oui, le tirage au sort de ceux qui ont droit à la parole peut être une méthode intéressante, mais disons qu’avant cela, la structuration du champ médiatique doit être revue, surtout en ce qui concerne la propriété en elle-même.
je parle de séparation des pouvoirs dans une posture éthique qui n’est pas en contradiction avec celle de la dilution des pouvoirs.
par exemple si l’on n’applique pas l’exigence de séparation des pouvoirs, mais uniquement celui de dilution : on peut considérer qu’une Commune régie par la démocratie directe est une manifestation de cette dilution, mais si à l’intérieur de cette commune il n’est pas de séparation des pouvoirs et que les méthodes de prise de décision restent celles du « fait majoritaire », alors le bulletin communal risque d’être l’organe de propagande de la « majorité », tandis que si le principe de séparation s’applique au « pouvoir médiatique », il se convertit en outil précieux de la prise de décision, en tant que lieu de diffusion et de dialogue de toutes les positions et de tous les « intérêts ».
Toujours à cette échelle, le principe de dilution des pouvoirs autorisant chaque citoyen ou groupe de citoyen à créer un média, sans application du principe de séparation des pouvoirs entre pouvoir médiatique et pouvoir économique, la commune s’expose au risque d’une forte asymétrie de puissance de propagande entre riches et pauvres.
en revanche si au principe de séparation des pouvoirs s’adjoint celui de la dilution des pouvoirs, alors toute manifestation du pouvoir médiatique se conçoit comme une expression collégiale (tous les participants décident à égalité) de citoyens qui ont des comptes à rendre au corps citoyen en fonction du respect de leur charte de fonctionnement interne, charte devant respecter un certains nombre de cadres éthiques fixés par le pouvoir constituant.
si chaque organe du pouvoir médiatique, quel qu’en soit le support ou l’échelle de diffusion est conçu comme un service rendu à la Cité, il existe toutefois deux formes distincte de ce pouvoir : la forme officielle et la forme civile.
La forme officielle est l’ensemble des médias financés par la contribution citoyenne, et se conçoit comme l’expression la plus neutre et pluraliste possible des informations et des points de vues. C’est le minimum vital pour qu’une démocratie délibérative fonctionne, c’est l’ensemble des outils participatifs d’information et de débat, indispensables pour des citoyens souhaitant assumer leur rôle actif de manière éclairée et consciente. Outils d’information en lesquels ils peuvent avoir toute confiance, notamment parce qu’ils en conçoivent l’éthique et l’organisation et qu’ils les contrôlent en dernier ressort.
la forme civile est l’ensemble des médias financés par choix individuels des citoyens, en amont par la cotisation ou l’emprunt de citoyens souhaitant constituer un média, en aval par l’acte d’achat, de « consommation » des citoyens souhaitant compléter ou approfondir ce qu’ils ont reçu de la forme officielle. il s’agit en quelque sorte d’un service public assumé par des initiatives privées. Mais ceci ne signifie pas que ce service puisse s’exercer sans contrôle ni définition a priori de ce qu’il est loisible de faire en la matière. à l’heure actuelle déjà, la liberté d’expression et de la presse sont encadrées par certains principes, sans y revenir, je propose d’en ajouter certains :
je propose trois choses pour garantir l’indépendance et la liberté de la presse comme la sauvegarde de l’espace public :
- la constitution doit prévoir une instance de contrôle indépendante, le Comité d’Éthique des Médias, formée par des citoyens tirés au sort et des journalistes élus par leurs pairs,
- une entreprise de média ne peut être possédée que par ceux qui y travaillent et ceux qui l’utilisent comme source d’information, dans chaque catégorie (journalistes et autres travailleurs ou lecteurs-auditeurs-téléspectateurs) nul ne peut posséder plus de parts que 1/N, N étant le nombre de propriétaires.
- la loi doit prévoir l’existence d’un service public de la publicité afin que chacun ait accès à une information la plus fiable et la plus neutre possible sur les produits mis à disposition par les entreprises, toute autre tentative d’influencer les achats est prohibée.
ces points méritent sans doute complément, mais l’idée force est que si un citoyen entend consacrer son temps à la diffusion médiatisée de la parole dans l’espace public, et s’il entend recevoir de ses concitoyens une rétribution matérielle pour cette activité, alors il doit se conformer à une déontologie particulière et il doit pouvoir exercer cette activité en dehors de toute contrainte extérieure à cette déontologie,
ce qui passe nécessairement par une rétribution directement liée à la qualité du service rendu, qualité qui par convention se mesurera au nombre de citoyens ayant fait le choix de lire, regarder, écouter.
et si je parle de séparation des pouvoirs en la matière, c’est précisément parce que le service rendu par les médias de forme civile est tributaire dans la configuration actuelle, de la qualité du service rendu par des organes de la forme civile ou officielle du « pouvoir économique », je m’explique :
si une entreprise produit des biens ou services qui plaisent aux citoyens, alors ceux-ci en achèteront, achat qui donne lieu à une cotisation pour la diffusion d’une image positive de ces biens ou services.
Sans principe de séparation des pouvoirs, il devient clair que la possession des supports de diffusion médiatique par les producteurs de biens et services, entrave la libre diffusion d’une parole publique critique à l’égard des ces biens et services (et critique à l’égard de la manière dont ils sont produits).
Notamment parce que le producteur, en soutirant au consommateur une contribution servant la promotion de son activité, est dans une position de supériorité par rapport à un collectif de journalistes indépendants qui non seulement ne peuvent compter que sur leurs propres avoirs et les contributions volontaires de leurs lecteurs-spectateurs, mais aussi ne peuvent par avance bénéficier d’une force de diffusion égale en termes de qualité/attractivité du support (design, technologie, etc.)
Sans dilution des pouvoirs, il devient clair que la concentration préalable du pouvoir économique (capital) associé à une concentration du pouvoir médiatique aboutit à une restriction sévère des possibles en matière d’initiatives privées de production de biens et services (la forme civile du pouvoir économique). Puisque au-delà de la qualité intrinsèque des produits, les actes d’achats sont stimulés par la diffusion d’une parole sur tel ou tel produit, celui qui à l’avance possède les moyens de diffuser la connaissance et la bonne image de ses produits, a l’avantage sur celui qui ne possède pas de tels moyens de propagande, quand bien même ses produits seraient meilleurs.
Autrement dit la liberté d’entreprendre est restreinte par la propriété lucrative et par la possibilité d’exercer cette propriété lucrative sur les supports de diffusion de la parole dans l’espace public.
Ce n’est pas seulement du « temps de cerveau disponible » que TF1 vend à Coca-Cola, c’est l’assurance de pouvoir se maintenir en position d’être parmi les rares à avoir les moyens d’acheter ce temps, en plus de l’assurance que ce temps ne puisse jamais être mis à la disposition de ceux qui estiment que ce temps de cerveau disponible ne devrait pas pouvoir s’acheter…mais plutôt se mériter et/ou être distribué équitablement. Pour paraphraser Etienne, nous appelons publicité son exact contraire !
La subordination du pouvoir médiatique au pouvoir économique est donc un ferment oligopolistique. C’est une source première de la tendance oligarchique d’accepter que la capacité à convaincre et à diffuser ses idées soit subordonnée aux lois de l’accumulation préalable de capital.
Sans l’application de ce principe de séparation des pouvoirs, même dilué, le pouvoir médiatique restera le pouvoir des détenteurs de capitaux de rendre le peuple solidaire de leurs intérêts.
Ceci est valable même en appliquant ton idée de tirage au sort, étant entendu que même en situation d’égalité de temps de parole, la capacité à rendre légitime et acceptable une parole reste entre les mains de ceux qui possèdent le support de diffusion de cette parole.
sans cette nécessaire dissociation, les capitalistes conserveront les moyens de faire en sorte que l’élection ou le tirage au sort aboutissent à des décisions ne contrevenant que très partiellement à leurs intérêts fondamentaux, dont le premier est l’acceptation générale de la propriété lucrative comme mode légitime d’exercice du droit de propriété, et le second, la soumission volontaire à la force et aux lois du capital préalablement accumulé comme modalité préférentielle d’exercice de la liberté.
Ce constat m’amène d’ailleurs à considérer tout système de choix et tout mode de prise de décision sous l’angle du contexte social général dans lequel ils prennent place.
il est par exemple faux de dire que jamais les riches n’ont gouverné lorsque le tirage au sort fut utilisé à Athènes, au contraire, on peut dire qu’ils ont toujours gouverné, preuve en est justement, que jamais les lois athéniennes n’ont permis que ne se forme pas une caste de riches, dont la fortune se reproduisait de génération en génération, et dont les enfants ou les obligés étaient les principaux producteurs de discours et de pensées, et donc les véritables faiseurs d’opinions et de lois. Lois qui au final faisaient du peuple athénien une armée de travailleurs ou de soldats au service de l’enrichissement supérieur d’un petit nombre de familles aristocratiques, dont l’hégémonie n’a jamais vraiment pu être remise en cause par le tirage au sort, pas plus que le suffrage universel n’avait remis en cause l’hégémonie du patriciat romain ou de la bourgeoisie en Europe.
tant que le peuple opprimé ne se donne pas les moyens de formuler ses propres intérêts et qu’il s’en remet aux injonctions, morales, religieuses, etc., d’une caste ayant vocation à conserver sa position dominante, son pouvoir ne sera jamais que virtuel.
De sorte que gagné par les luttes et l’insurrection, l’octroi par la classe dominante du tirage au sort ou du suffrage universel, ne sera jamais qu’une victoire partielle si l’insurrection ne commence par l’organisation de sa propre autonomie politique, morale et spirituelle et si elle ne poursuit pas son chemin jusqu’à l’abolition de tous les privilèges et la construction effective des moyens d’instaurer une véritable égalité des chances, à commencer par la distribution équitable des ressources, des tâches et des rétributions symboliques et matérielles.
Au final la probabilité qu’une assemblée tirée au sort ou élue soit désintéressée des intérêts de la classe dominante est fonction du volume de temps de cerveau disponible pour la délégitimation consciente de ces intérêts…d’où la question des médias et des lieux de prise de parole « libres ».
mais en attendant d’être en position de force sur ce point, quitte à être représenté, je préfère encore avoir le choix des constituants…car en supposant que X% de la population partage mes aspirations quant à la conception de l’intérêt général, et puisque j’ai la certitude que nous sommes minoritaires, il serait très risqué que ces X% soient présents via le tirage au sort pour la bonne et simple raison que l’art de la rhétorique comme l’esprit critique est fort inégalement répandu dans la population et qu’en conséquence je préfère me réserver le droit de choisir les mieux à même d’aller me défendre contre les défenseurs des riches, dont les idées sont largement répandues et légitimées dans la population et qui eux n’ont rien à craindre de voir leurs propres défenseurs tirés au sort, puisque, par définition, les membres de la classe dominante sont les mieux dotés en capital culturel…
en tout cas en l’absence de signaux clairs d’une prise de conscience massive (l’insurrection), qu’est-ce qui garantit que la masse des gens pauvres qui votent pour les défenseurs des riches se feraient subitement, une fois tirés au sort, d’efficaces défenseurs des intérêts de tous ?
Tout cela me laisse bien perplexe 😉
Cela me suffirait largement d’habiter une démocratie où les problèmes du pays seraient débattus.
Cela peut paraître simpliste et bien insuffisant , pourtant ça ne l’est pas : d’une part parce que la démocratie n’est rien d’autre qu’un pays où l’on peut débattre et que d’autre part ce n’est pas le cas chez nous.
En effet en lieu et place d’études et débats visibles et accessibles à tous , ce qui est tout à fait le rôle du parlement relayé par les médias , nous sommes dans une démocratie élective où c’est en choisissant un président , une équipe ‚un programme que nous exerçons notre citoyenneté.
L’élection présidentielle remplace et donc annule le débat public .
Il faut bien comprendre cela parce que c’est le verrou essentiel , la cause des causes .
Ce n’est pas en tirant au sort ou en rédigeant une constitution qu’on changera les choses mais en débattant ; preuve en est le tirage ou sort , son utilisation , la constitution , sa rédaction ne peuvent se mettre en oeuvre sans débat .
Comme je l’ai si souvent dit le débat est fondateur de la démocratie .
Si notre parlement relayé par les médias , aidé dans ses réflexions par les partis politiques, lance sur les thèmes sociétaux des études et débats , tout change ; avons nous débattu de l’europe , de la monnaie unique , de la dette , de la place des nations dans la mondialisation, de l’énergie du climat et de la transition??ETC ETC Non , nous élisons quelq’un pour cinq ans , le pack présidentiel remplaçant le débat .
Pourtant les parlementaires ou les sénateurs ne sont pas idiots et savent mener des études :
http://www.publicsenat.fr/vod/seance/audition-de-sophia-majnoni-d-intignano-sur-le-cout-reel-de-l-electricite/116867
Notre constitution ‚qui je le rappelle n’est pas appliquée définit ainsi notre régime politique » La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum. »
Dans la mesure où l’exercice de la citoyenneté n’est rien d’autre que pouvoir participer au débat constitutif des politiques publiques , cet exercice est donc confié à nos parlementaires ; et quand les sujets sont ardus ou structurant du pays , un référendum est organisé.
@ sitouaillain (10)
L’incompétence démocratique : la crise de la parole aux sources du malaise politique. De Philippe Breton.
Un des livres conseillés par Étienne d’ailleurs.
C’est une source incroyable de réflexion sur la parole démocratique. Il est l’auteur de plusieurs livres qui détaillent mieux les aspect de formes violentes de paroles comme la séduction (la plus utilisées partout aujourd’hui, ou le consensus.)
La démocratie n’est pas un système naturel, en ce sens, elle appelle à des processus de communication non naturels également. Le discours séducteur ou hiérarchisé s’apprend naturellement, pas la rhétorique ancienne (je creuse ce sujet en ce moment)
Je pense que la rhétorique ancienne peut nous aider également à fixer les modalités d’une information médiatique et objective.
Le débat démocratique se tient sous la forme de la disputatio rhétorique inventée par les grec anciens.
Il s’agit de s’adresser sous forme de discours à un public.
Les points importants sont : l’égalité du temps de parole et un temps de parole voulu court, afin de ne pas laisser place aux figures de style et aux tentatives de séduction.
Un débat est constitué de deux positions à défendre, elles sont défendues par des gens qui sont tirés au sort, ce qui veut dire que l’on peut être amené à défendre une opinion qui n’est pas la sienne. (je trouve cela plus que passionnant comme concept)
Les tours de paroles sont aléatoires et les personnes qui prennent la parole sont elle aussi tirées au sort, de manière à éliminer les leaders naturels.
J’imagine que l’on peut appliquer ce concept aux débats publics via les médias de masse comme la télévision. Voire même au fonctionnement des médias en général.
Je suis en train de creuser ce sujet, je pense que l’on peut trouver d’autres artifices permettant de sortir le pouvoir de la parole des griffes de ceux qui peuvent en abuser.
Le but étant d’arriver à un maximum d’égalité de la parole en terme de poids de parole et de chances de convaincre.
La démocratie est fondée sur la valeur essentielle d’égalité avant même toute liberté. Ni obéir, ni commander comme ils le disaient à l’époque.
merci Guillaume,
tout ceci est très intéressant, j’ai trouvé un résumé du livre de Philippe Breton :
http://communication.revues.org/index1220.html.
en même temps tout cela pose plein de questions et des points à prendre en compte, par exemple :
ça prend beaucoup plus de temps de déconstruire une idée reçue que de parler à partir d’idées reçues.
Et, du fait de la nature historiquement inégalitaire de nos sociétés,
1) sans les réduire à cela, bien des idées reçues sont les résultats d’actes de domination verbale antérieurs,
2) les plus sujets à l’utilisation langagière des idées reçues ne sont pas nécessairement ceux qui ont intérêt direct à leur propagation et leur perduration,
3) la capacité à déconstruire une idée reçue est inégalement répartie.
En fait, bien des problèmes se posent à nous de la manière suivante : puisque nous avons été construits par et pour une société inégalitaire, les conditions de possibilité de la démocratie ne seront jamais réunies au moment où l’on instituera la démocratie.
Il faut donc distinguer, les réflexions sur les institutions idéales pour une société égalitaire, et les réflexions sur les moyens d’atteindre cet idéal, depuis un présent inégalitaire.
D’où une question en apparence anodine : quelle est la probabilité que les citoyens issus de milieux sociaux privilégiés soient surreprésentés dans l’assistance au débat que tu décris ?
Posons-la autrement : la propension à fuir comme la peste une situation où l’on est amené à prendre la parole en public et même à y défendre un point de vue (le sien ou pas) face à un contradicteur est-elle également répartie dans la population ?
Enfin, dernière série de questions : la séduction est-elle nécessairement une forme violente de parole ? Si oui, alors un romancier, un chansonnier, un humoriste que deviendra-t-il s’il ne peut passer ses messages dans l’espace public sous des formes séductrices ? et si finalement, les artifices réglementaires pour empêcher la séduction ne masquaient pas le problème de fond, qui n’est pas que nous nous laissions séduire par des discours séducteurs, mais bien que nous laissions séduire par des discours séducteurs qui ne devraient pas nous séduire. La démagogie n’est un danger qu’en cas de distribution oligopolistique du savoir, de l’esprit critique comme des capacités et des moyens de séduction, non ? Si, au bout de 200 ans, il restait à Athènes une « foule » (ignorante) à « séduire », c’est bien que, quelque part, ils avaient raté le coche ?
En tout cas je mets ma main au feu que celui qui aurait fourni aux Athéniens les moyens de régler le problème se serait vus traiter de démagogue et empêcher définitivement de parler… L’exemple de Socrate a dû en refroidir plus d’un ! 😉
Si ça amène des questions c’est que ça valait bien la peine de le soulever 🙂
En réalité, le réflexe individualiste est une protection contre la difficulté anticipée de la prise de parole. Ce qui dénote une incompétence de la part des personne dans la prise de parole. Or l’incompétence ça se soigne, par l’apprentissage.
Oui, la société d’aujourd’hui souffre du manque d’apprentissage de la prise de parole en public et oui, il n’y a pas d’apprentissage non plus de la parole égalitaire. La communication aujourd’hui est hiérarchisée par les leaders naturels qui savent séduire et assoir leur autorité par la parole. Il n’y a pas de débat égalitaire.
La démocratie va de pair avec les pratiques démocratiques, et on ne l’instaurera pas sans former les gens à la pratique démocratique. Puisqu’aucune institution ne le fera pour nous, il s’agit de nous former nous même, entre nous, au débat démocratique.
Il ne s’agit pas de transformer toutes les paroles en paroles démocratiques. La vie privée fait appel à la séduction. La séduction dans l’espace privé est acceptée, nécessaire et non violente. Elle l’est par contre dans le cadre du débat public.
Il s’agit là ne ne pas tout mélanger. Il faut savoir délimiter les espaces, privé, public, la communication politique (rhétorique) et la poétique.
Ce qu’il faut inculquer à grand coup de pied au cul dans la tête des gens, c’est qu’une société bien ordonnée n’est pas fondée sur la liberté, mais sur l’égalité. En cela, il faut briser le rêve américain qui nous inonde tous les jours de tous les côtés.
Les noirs n’ont pas gagné leur liberté après l’esclavage, ils l’ont gagné lorsqu’ils ont eu l’égalité.
L’égalité permet la liberté de tous tandis que la liberté n’implique pas l’égalité de chacun. C’est une conception des choses qu’il faut marteler pour former de vrais démocrates.
Aujourd’hui, on passe plus de temps à se battre les un contre les autres pour conserver un petit bout de liberté et on tombe sur des désaccord idiots pour ces raisons là.
Une fois que l’on a compris la centralité de l’égalité, on s’aperçoit que le monde pourrait être infiniment plus beau et que beaucoup de désaccords tombent.
Prenez tout de même le temps de livre ce livre (il se dévore, il est d’une légèreté incroyable) il permettra sans doute de répondre à certaines de vos questions. (de plus j’en suis encore au stade de la découverte de l’opinion que je vous expose, ça me fait progresser mais j’ai encore du boulot avant de la maitriser 🙂 )
« La croissance mondiale va s’arrêter »
LE MONDE, 28 mai 2012, par Stéphane Foucart et Hervé Kempf
http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/05/25/la-croissance-mondiale-va-s-arreter_1707352_3244.html
Avec des sujets de cette nature, la parole vient toute seule.
« Ce qu’il faut inculquer à grand coup de pied au cul dans la tête des gens, c’est qu’une société bien ordonnée n’est pas fondée sur la liberté, mais sur l’égalité. »
Je ne suis pas partisan de la technique du coup de pied au cul, d’ailleurs, qui suis-je pour m’arroger ce droit ? un CRS ?
« Il faut savoir délimiter les espaces, privé, public, la communication politique (rhétorique) et la poétique. »
C’est la condition de la « liberté des Modernes » selon B.Constant, une distinction libérale qui n’a de vertu que pour considérer les limites du champ d’application de la Loi.
Mais c’est aussi une distinction pernicieuse dans le sens où elle confère à la politique un caractère extérieur au quotidien, comme si le domaine du choix et des débats était relégué dans un espace étriqué, « autorisé »…il est pourtant des pays où la politique se discute à la maison, la musique à fond pour ne pas alerter les voisins, et où la chanson est le seul discours politique autorisé.
C’est d’ailleurs, nous montre Habermas, dans les salons mondains et les clubs que se forgea la démocratie bourgeoise, bientôt enfermée dans le parlement.
Je ne crois pas que l’égalité aille sans la liberté, ces notions s’enchevêtrent ou bien sont creuses,
et si lorsqu’on a voix au chapitre, entre égaux, il est aisé d’affirmer que la liberté est l’obéissance à la Loi, en revanche lorsqu’on n’a pas cette chance, pour ceux qui sont moins égaux que d’autres, la liberté suprême s’appelle désobéissance et droit de résistance à l’oppression, et c’est à ce moment-là qu’on voit toute la portée du débat démocratique, au Québec, en France ou ailleurs, les arguments en AG, dans le « mouvement », les partis, les syndicats, ne suffisent plus…face aux matraques.
le « dialogue social » avec Monsanto, ça se passe avec une faux !
Et le meilleur moyen de « dialoguer » avec Madame Parisot n’Co a sans doute une forte dimension non verbale..une bonne charge sociale dans sa g…ça c’est du sport, et le match est truqué car l’arbitre est acheté et sans doute une bonne partie de notre staff d’entraîneurs…entraînons-nous donc à bien tricher.
Sinon jamais les verbes gouverner, manager, employer, ne deviendront des verbes réflexifs conjugués à la première personne du pluriel, après « indignez-vous », « engagez-vous », gouvernons-nous, manageons-nous, employons-nous !
« La communication aujourd’hui est hiérarchisée par les leaders naturels qui savent séduire et assoir leur autorité par la parole »
Par définition, le leader « naturel » ne tire sa force que de sa capacité à délivrer une parole et à accomplir des actes entrant en résonance avec les attentes et les représentations du groupe dont il est le leader.
Par définition le leader « naturel » est un chef sans pouvoir, il n’est le leader que tant qu’il réalise efficacement cette fonction qui consiste à maintenir le groupe soudé et capable d’agir. Il ne force personne, il entraîne et mobilise, il suscite l’adhésion, il régule les tensions, et ne le fait jamais seul, s’il propose, le groupe dispose. justement, si le leader « naturel », celui que ses camarades poussent en avant, qui est respecté et écouté, existe, et que cela est « naturel », alors quoi qu’on fasse, quels que soient les artifices, son influence s’exercera toujours sur le groupe, dans ou en dehors d’une assemblée.
Le problème principal en la matière n’est pas que la communication soit hiérarchisée par des leaders naturels, mais bien que certains leaders soient privilégiés au détriment d’autres via l’organisation ploutocratique de l’espace public. et le pire est que si par définition le leadership est précaire et ne tient que par la rétroaction permanente entre le leader et le groupe, la quasi absence de rétroaction prévue par nos institutions fait que la plupart des « leaders » en situation d’oligopole communicationnel, et qui occultent l’émergence d’autres leaders, sont en fait tous sauf des « leaders naturels », ce sont des stars de la téléréalité, c’est-à-dire des acteurs d’une mise en scène à distance. Or le leader « naturel » est un leader de proximité, il émerge, il est fait par le groupe et il met en jeu son leadership à chaque prise de parole, son discours et son action n’entraînent et ne produisent des effets que s’ils s’ajustent permanence aux réactions d’approbation ou de désaccord dans le groupe.
À l’échelle d’un vaste espace public, où le ratio temps de parole/nombre de personnes voulant la prendre nécessite un choix de distribution de la parole, ce qui pose problème du point de vue de la démocratie, ce n’est pas l’émergence de leaders, mais bien la prééminence de certains groupes dans le choix des leaders « légitimes ».
Dans les faits, pour ceux qui émergent sur la scène médiatique, le « leader » est rarement coopté par l’ensemble du groupe, il l’est par des mécanismes successifs et parfois contradictoires de cooptation oligarchique : d’abord au sein du groupe dominant de son champ social et pour finir par les dominants du champ journalistique.
De sorte que soit le leader n’est le leader ou l’homme de main que d’un nombre très restreint de personnes qui en général partagent les mêmes représentations et fonctionnent en réseau informel, et il joue son rôle médiatique de leader d’un groupe plus vaste que les discours journalistiques lui assignent, et c’est un rôle de leader qu’il usurpe d’autant plus facilement, que l’expression rétroactive du groupe assigné est toujours occultée au profit des rétroaction du groupe « assignateur » (« vous ne pouvez pas dire cela », « enfin, ça n’est pas sérieux ») ou au profit d’une mise en scène de rétroaction factice via des sondages ou des micro-trottoirs,
Soit celui ou celle qui émerge est un véritable leader « naturel » dont le groupe a su se mobiliser pour devenir un acteur incontournable sur la scène médiatique (en mettant des tentes au bord d’un canal ou en séquestrant un patron ou en réunissant des milliers de personnes, par exemple) et, en fonction de la compatibilité de son discours avec les attentes de l’oligarchie politique, journalistiques et financière, subissant les questions inquisitoriales, il sera encensé ou conspué, récupéré ou décrédibilisé, bref une version soft et efficace d’un procès stalinien, où la condamnation au silence, à la raillerie est une alternative séduisante au goulag, et dont la mise en scène vient opportunément donner une dignité et un vernis démocratique à la fonction sociale du pilori ou du mur des fédérés.
Voilà pourquoi je ne partage pas la terreur bourgeoise à l’égard des leaders naturels du peuple et que je me méfie profondément des leaders que l’oligarchie voudrait lui assigner.
Les leaders émergent quand la situation l’exige, pas un mouvement social, pas une révolte n’a vu le jour sans leaders, ils sont d’ailleurs souvent multiples et agissent sur des registres différents, mais la lutte les rend nécessaires, et le camp d’en face sait si bien cela qu’il cherche sans cesse à les fabriquer lui-même, à nous offrir des substituts, à nous détourner des véritables problèmes et ce, avec une grande maîtrise de techniques bien plus subtiles et efficaces que les « grands coup de pieds au cul »,
techniques aux fondements scientifiques consultables gratuitement aux rayons sociologie, psychologie, science de la cognition, sémiologie, etc., ou dans leurs traductions opérationnelles aux rayons management, marketing et communication de nos bibliothèques municipales.
C’est tragique mais si toi, Guillaume, tu en es à redécouvrir la rhétorique antique, l’ »ennemi » lui, en est au neuromarketing et sa principale cible ce sont justement les leaders de proximité, les nœuds de réseaux sociaux.
Donc pour ma part, je me suis fait une raison : je ne crois pas qu’on puisse faire cesser les phénomènes de leadership ; bien évidemment, je suis pour que nous nous exercions à n’en jamais être dupes, et à atténuer les attitudes de suivisme, mais dans ce long chemin, je préfère soutenir ceux dont la jouissance à guider s’exerce pour la subversion et la révolte plutôt que ceux chez qui elle s’exerce par l’incitation au conformisme de la distinction de soi par les objets et la répétition des injonctions des dominants.… Le problème n’étant pas la séduction, mais bien l’éthique de celui dont le discours vise à séduire… Si nous travaillons bien, il est bien des discours qui ne séduiront plus grand monde ! 🙂 !
Dans la situation actuelle dans laquelle nous sommes, ceci :
Devenez député sous la bannière Démocratie Réelle
https://sites.google.com/site/devenezdepute/
me semble très intéressant.
bien amicalement
J.C
@ Guillaume
Tout dépend de ce que nous mettons dans le mot « consensus ».
J’ai souvent constaté que, par « consensus », beaucoup entendaient « compromis ». Et en ce sens, ayant en Belgique l’expérience du « compromis » politique (le fameux « compromis à la belge »), je serais moi-même enclin à le rejeter sans discussion.
Toutefois, j’ai le sentiment que ta réaction est d’avantage une réaction de principe.
Stricto sensu, le terme « consensus » signifie « qui fait sens avec (les autres) » et définit plus précisément un sentiment commun entre des personnes (de sensus, sentir).
Dans ce sens, la recherche du consensus paraît légitime dans un cadre de décision démocratique, et c’est bien entendu en ce sens que j’entendais l’évocation de l’outil que représente la méthode Delphi.
Maintenant, il serait intéressant de voir les raisons qui expliquent que tu écrives « le consensus est une forme de manipulation et une forme violente de la parole ».
Cordialement,
Morpheus
@ Morphéus,
voici une autre méthode qui ne vise pas le consensus absolu mais plutôt la formation par consensus (et compromis) entre personnes aux idées proches de plusieurs projets cohérents : la construction d’une décision par émergence http://liberalisme-democraties-debat-public.com/spip.php?article31
(au passage tout le site mérite exploration, y sévit Jean-léon Beauvois, co-auteur du « petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens » et inventeur du concept de « propagande glauque », « Parti Unique Libéral », etc. http://liberalisme-democraties-debat-public.com/spip.php?article121)
Tiens, au fait, on vient de passer la date du 29 mai.
Le 29 mai 2005, 54,87% des Français ont rejeté le TCE lors du référendum.
7 ans, c’est un anniversaire, dont peu se souviennent, excepté le MPEP.
http://www.m‑pep.org/spip.php?article2607
Pourquoi ne pas choisir des représentants spécialistes dans les domaines de l’agriculture pour ceux devant représenter les agriculteurs, et capables de présenter des plans en accord, et des spécialistes en médecine pour la santé and so on ?…
Non pas une personne mais un groupe de personnes, chacune avec son domaine de spécialisation et dont l’intérêt et la tâche soit que ça marche.
Le tronc commun dans l’éducation devrait aussi être apprentissage de toute les familles politiques, à savoir les théories politiques à leurs origines, avec leurs avantages et défauts.
Le tirage au sort n’est pas plus mal, puisque l’alphabet a été conçu par un analphabète, les minuscules, et l’éducation du peuple conçue par un homme roi qui n’avait jamais été instruit.