Bonjour,
J’ai reçu récemment à la maison un jeune journaliste de Rue89, Mathieu Deslandes, avec qui j’ai passé la journée à refaire le monde.
De mon point de vue, ce fut un bon moment, et il en gardé les impressions suivantes :
Étienne Chouard n’est pas mort,
il soigne les orphelins du « non »
Par Mathieu Deslandes | Journaliste Rue89
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Les candidats à l’élection présidentielle draguent la « France du “non” ». En 2005, un homme avait été son porte-parole. Sept ans après, Etienne Chouard reste mobilisé.
Étienne Chouard, chez lui, en mars 2012 (Mathieu Deslandes/Rue89)
François Hollande et Nicolas Sarkozy sont d’accord au moins sur un point : pour l’emporter le 6 mai, il faut « réconcilier la France du “oui” et la France du “non” ». Ces deux camps dessinés en 1992 lors du référendum sur le traité de Maastricht et renforcés treize ans plus tard à l’occasion du référendum sur le traité constitutionnel européen.
En 2005, la « France du “non” » avait un héraut : Etienne Chouard. Un prof marseillais qui avait fait l’effort de décortiquer le projet de Constitution européenne avant de recenser toutes les raisons qu’il y avait de s’y opposer. Son blog était devenu un point de ralliement.
Sept ans après, Étienne Chouard reste une référence pour de nombreux « nonistes ». Ils le lisent, lui écrivent, l’invitent à prononcer des conférences. Depuis un an, cet émotif volubile aux faux airs de Guy Forget est en tournée permanente. Lyon, Montpellier, Nice, Gap, Paris, Bruxelles…
Un soir, il se produit dans une MJC ou un café citoyen ; le lendemain, dans une université ; la semaine suivante, dans une antenne d’Attac ou chez des militants mi-écolos mi-« indignés ». « On est quelquefois 15, quelquefois 200. En général, on est autour de 80. » Ça peut durer cinq, six, sept heures. Refaire le monde est un marathon.
« Je fais comme Hippocrate »
L’invitation est souvent lancée par « des vieux militants qui se battent contre les injustices sociales depuis trente ou quarante ans ». Ils « se sont rendu compte que ça ne changeait rien mais reprennent espoir quand ils m’entendent, parce que je leur apporte une lumière ».
À tous, cet athée de 55 ans révèle que « nos malheurs » (la catastrophe écologique, la destruction des services publics, l’exploitation au travail, le règne de l’argent…) ont été rendus possibles « à cause de notre impuissance à résister ». Il indique :
« Je fais comme Hippocrate. Je cherche à remonter la cause des causes. Il est vain de s’en prendre aux conséquences. »
Il croit que cette « impuissance à résister », cette « infantilisation », est « programmée dans la Constitution ».
Comme « ceux qui rédigent les Constitutions pensent d’abord à préserver leurs intérêts », pour « changer les choses », et instaurer « la vraie démocratie », il ne voit qu’une seule voie : tirer au sort des citoyens qui écriraient eux-mêmes une nouvelle Constitution, « comme en Islande et en Colombie britannique ».
Ils sont quelques uns à s’être déjà mis au travail. Pendant trois ans, à Aix, au sein d’une « université populaire ». Désormais sur le forum et « le wiki » hébergés sur le site d’Étienne Chouard.
« Je suis prêt à croiser le fer avec Hollande »
Son modèle est vieux de 2 500 ans ; c’est la démocratie athénienne.
« On vient de vivre 200 ans de gouvernement des ultrariches. Mais les hommes ont déjà inventé un autre système qui a marché 200 ans aussi. Ils tiraient au sort des délégués pour six mois et le président d’Athènes était tiré au sort tous les jours. »
Il est convaincu que « mettre du tirage au sort en politique va tout changer en bien ». Il est très sûr de lui :
« J’ai des milliers d’heures de travail là-dessus, je me sens invulnérable, je prends Strauss-Kahn ou Giscard d’Estaing quand ils veulent en débat, je n’ai pas peur. Je suis prêt à croiser le fer avec Mosco, Hollande, Barroso, toute la clique. »
Des extraits de certaines de ses conférences circulent sur Internet. Tous les jours, le « père Chouard » – comme il dit – est destinataire de témoignages de gens bouleversés d’avoir enfin identifié une issue possible. Ils l’ont aussi encouragé à se présenter à l’élection présidentielle : « On aurait quelqu’un derrière qui se mettre… »
Patiemment, il a répondu qu’il ne cherchait pas à être élu. « Je cherche juste le bien commun, je ne veux pas le pouvoir, le pouvoir transforme toujours les êtres – c’est pour ça que les Athéniens avaient mis en place une rotation des charges. »
« Je pense comme Robespierre »
Il ne donnera pas non plus de consigne de vote à ses disciples :
« Comment choisir entre le cancer et le sida ? J’aime beaucoup Mélenchon mais il ne veut pas sortir de l’UE. Des lecteurs me disent qu’ils veulent voter Le Pen pour tout faire péter, mais ce n’est pas comme ça qu’on sort du piège.
Hollande fera la même chose que Sarkozy, à quelques bricoles près. C’est un jeu de dupes. On va perdre dans tous les cas. Ce sont tous des marionnettes aux mains des hommes d’affaires. »
Les riches ! Chouard y revient toujours. « L’histoire de la République, c’est celle du gouvernement par les riches pour les riches », répète-t-il. « Qu’est-ce qu’ils se sont goinfrés depuis 200 ans, les Versaillais ! »
Il pense que « l’argent gouverne tout », que « l’élection met toujours Goldman Sachs au pouvoir ». La preuve ? « Les grandes avancées ont toujours été portées par la grève générale, jamais par l’élection. »
Entre deux bouchées de pintade, il peut déclarer : « Je pense très profondément, comme Robespierre, que les trop riches sont les fléaux de l’humanité. » Ou encore :
« La logique de l’Union européenne et des entreprises, c’est des salariés privés de moyens de résistance qui doivent se contenter des rémunérations les plus basses possible. Le bout du bout de cette logique, c’est les camps de travail. C’est bien plus dur de se battre contre ça que contre le fascisme à la papa. »
« Je suis bientôt mort »
Les références historiques et théoriques prolifèrent dans son discours. Depuis 2005, il est lancé dans une quête intellectuelle forcenée. Il vit avec les auteurs qu’il découvre, parle d’eux comme d’êtres familiers.
Au fur et à mesure qu’il investit une nouvelle période, il établit des parallèles avec le présent : « On ne comprend rien à notre époque si… » Il repère des permanences, des sens cachés, des forces à l’œuvre derrière les événements. Cela le réjouit et le terrifie à la fois :
« Fallait m’apprendre tout ça à l’école. A 50 ans, c’est trop tard. Je suis bientôt mort. »
Étienne Chouard, chez lui, en mars 2012 (Mathieu Deslandes/Rue89)
Sa bibliothèque contient désormais 3 000 livres. « Je les ai tous feuilletés, mais je ne vais pas avoir le temps de tous les lire en entier. » Alors il les scanne, page à page, en écoutant des enregistrements de conférences de l’historien Henri Guillemin, puis il les « transforme en documents pour y faire des recherche par mot-clé ».
« Comme un fumeur en manque »
Il y a des papiers partout et une poubelle Obélix. On parcourt les rayonnages :
« Y a les anars, les cocos, ceux qui résistent au travail et à l’idéologie du progrès. Ici, c’est les républicains radicaux, là la pensée de la résistance au totalitarisme… Orwell, Michéa, Lasch, c’est génial.
Puis on a ceux qui s’intéressent à la fabrique du consentement et les lanceurs d’alerte. Le colonialisme, l’économie générale, la création monétaire, les théories du gouvernement représentatif, la critique du sionisme, la critique de Freud, l’éthologie…
Mon fil d’Ariane, c’est la résistance aux abus de pouvoir. »
(Dans cette logique, il rêve d’être végétarien, il a arrêté la viande trois mois, mais il avait mal partout, « comme un fumeur en manque ».)
C’est un peu vertigineux. Il a l’impression de toucher du doigt la vérité. De l’avoir atteinte au terme d’une démonstration méthodique. Il supplie :
« Si je me trompe, qu’on me le montre. Je ne demande pas mieux. Mais qu’on ne me dise pas que je suis paranoïaque, c’est un argument de cour de récré. »
« Je m’en fous du 11 Septembre »
Parano ? Il se voit aussi régulièrement accusé d’avoir « glissé à l’extrême droite » et d’être devenu « complotiste » :
parce que sa critique du parlementarisme et des élites est jugée « fasciste » (« Ils oublient que cette critique relève aussi d’une tradition anarchiste libertaire ») ;
parce qu’il a eu le malheur d’avouer qu’il trouvait Thierry Meyssan « intéressant » et qu’il n’avait « rien trouvé de diabolique dans ses écrits » ;
parce qu’il estime qu’on ne connaît pas « toute la vérité sur le 11 Septembre ».
Il s’explique :
« Je m’en fous du 11 Septembre. Mais on m’a posé la question un jour et j’ai répondu. C’est devenu le truc qui sert de marqueur pour savoir qui peut parler ou pas. Or, moi, je suis pour l’isegoria, le droit de parole pour tous à tout propos. »
En 2005, ceux qui voulaient le discréditer insistaient sur son statut de prof « de BTS » et rappelaient que son œuvre publiée se composait en tout et pour tout de deux méthodes d’informatique (« Créer une application avec Access » et « Prendre de bonnes résolutions avec Excel »).
Il enrage autant qu’il y a sept ans. Et recourt au même remède : le parapente. « Ce qui compte », dit-il, « c’est voler ». Danser avec les martinets dans les nuages. Survoler Gréoux, Valensole, Digne, et toute la chaîne de la Blanche, le lac de Serre-Ponçon au soleil couchant, déboucher face au Grand Morgon. Et rentrer en stop. « La vie est plus belle en haut qu’en bas. »
On vient de se parler cinq heures d’affilée. Il a été tour à tour enthousiaste, grave, inquiet, grandiloquent. On va se quitter et tout à coup, il s’assombrit. Il a une question :
« Est-ce que vous pensez que je pourrais être devenu fasciste sans le savoir ? »
Mathieu Deslandes, Rue89.
Source (et commentaires, très nombreux et souvent intéressants) : Rue89 :
https://www.nouvelobs.com/rue89/rue89-presidentielle-2012/20120326.RUE8530/etienne-chouard-n-est-pas-mort-il-soigne-les-orphelins-du-non.html
Erratum : Mathieu exagère : je n’ai que 2 000 livres de travail, pas (encore) 3 000 😉
Nota : dans les commentaires sur le site de Rue89, apparaissent (à la fin) les prétendus « antifas », évidents chiens de garde des banques, chargés de traiter d’antisémites tous ceux qui voudraient critiquer l’empire bancaire en formation. On espère que pour cette basse besogne de police de la pensée par calomnie professionnelle, il sont —au moins— bien payés.
Je rappelle que « Rudy Reichstadt », après avoir copieusement calomnié les gens, leur interdit de se défendre sur le lieu de ses mensonges (chez lui) : après avoir laissé passer une première réponse, il censure depuis le premier jour toutes mes protestations… Un grand démocrate, vous ne trouvez pas, ce donneur de leçon à la Talleyrand (crapule dont la devise était « calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose ») ? J’ai donc répondu chez moi à ce triste sire et à ses petits camarades de défense de l’Empire : là et là, ainsi que là.
Monsieur Reichstadt ferait un bon Ministre de la Vérité (chargé de la Police de la pensée et des Dénonciations calomnieuses) sous les ordres du Big Brother qui vient.
Étienne.

la dernière phrase que vous attribue le journaliste de R89 donnerait presque raison à Talleyrand « Est-ce que vous pensez que je pourrais être devenu fasciste sans le savoir ? »
Je crois que la force de ces gens-là, au service de la « Vérité », c’est qu’ils arrivent à s’appuyer sur votre propre honnêteté intellectuelle, votre nécessaire capacité à douter de tout, pour vous inciter à douter de vous-même…
Tu es radical (et c’est tant mieux), tu cultives l’esprit critique (et c’est tant mieux), tu es indépendant d’esprit (et c’est précieux), tu es passionné (et c’est sans doute douloureux).
Tu n’es pas motivé par le pouvoir (et c’est tant mieux), tu n’es pas intéressé (et c’est remarquable), tu n’es pas vaniteux (et c’est rare), tu ne juge pas les gens, seulement leurs actes ou leurs pensées (et c’est très différent).
Donc, non, Étienne, tu n’es pas un « fasciste qui s’ignore » et tu n’es pas « devenu un fasciste sans le savoir ».
Par contre, l’antifa de service, là, oui : c’est un fasciste. Même pas sûr qu’il s’ignore, en plus.
Bonjour Etienne.
Morpheus a bien dit et je ne saurai pas dire mieux.
Je te dédie ce petit extrait, du discours mémorable de Martin Luther King, en 1963 :
« Nous sommes venus à ce lieu sacré pour rappeler au peuple américain l’urgence extrême du présent. Ce n’est pas le moment de nous adonner au luxe de nous détendre ou de nous contenter de la drogue tranquillisante d’une solution graduelle. Il est temps maintenant de rendre réelles toutes les promesses de la démocratie ; il est temps maintenant de quitter la vallée sombre et désolée pour nous avancer vers le sentier brillant de la justice ; il est temps maintenant d’aider notre nation à se dégager des sables mouvants de l’injustice pour l’installer sur le roc solide de la fraternité ; il est temps maintenant de faire que la justice devienne une réalité pour tous. Ce serait une erreur fatale pour la nation de refuser de voir l’urgence du moment. Cet été étouffant du mécontentement légitime ne finira pas jusqu’à ce qu’arrive un automne vivifiant de liberté et d’égalité ».
Bonjour Mr Chouard, à quand une autre de vos conférences à Marseille ?
Merci bien et bonne journée.
« Est-ce que vous pensez que je pourrais être devenu fasciste sans le savoir ? »
Vous pourriez le devenir à force d’avoir à faire à des contradicteurs de piètre qualité. Il FAUT que vous vous confrontiez à des vrais adversaires, pour avoir toujours à mobiliser vos connaissances, à vous questionner.
Vous avez un bon fond, tout le monde le reconnaitra après avoir un tant soit peu parcouru votre blog.
La seule chose qui puisse rendre folle une bonne personne c’est un environnement qui rend fou.
Posez vous la question « De quel environnement ai je besoin ? ».
De mon humble point de vue, la plus grand menace qui pèse sur vous c’est de vous faire « absorber » par le mouvement que vous avez impulsé. De devenir le centre d’une classe de convaincus qui auront trouvé votre pensée attirante mais sans avoir les moyens intellectuels de la critiquer. ( Vous passez votre vie la dedans .. vous avez forcément un avantage considérable sur tout le monde )
Comment lutter contre ? Par exemple en séparant « physiquement » sur le site les commentaires « argumentatifs » de tout ce qui est « soutien pur » qui endort mais qui est nécessaire tout de même pour le moral !
Bref, c’est une idée .. à vous de voir 😉
Et j’oubliais … ne soyez pas plus royalistes que le roi non plus. La plupart des politiques n’en ont rien à faire que les gens comprennent vraiment en profondeur ce qu’ils disent, cherchant seulement à obtenir l’adhésion, ce qui n’est déjà pas facile. Relativement, vous leurs êtes déjà bien supérieur. La perfection n’est pas de ce monde.
Pour Sitouaillain et Di Girolamo,
Ce fil ouvert sur le forum par mon vieil ami André-Jacques devrait bien vous plaire :
on y parle enfin d’essayer nos idées démocratiques au niveau LOCAL ET RÉEL 🙂
Un Mouvement des Citoyens Démocrates (MCD) ?
http://etienne.chouard.free.fr/forum/viewtopic.php?id=334
Au plaisir de vous y lire.
Étienne.
« essayer nos idées démocratiques au niveau LOCAL ET RÉEL 🙂
Un Mouvement des Citoyens Démocrates (MCD) »
ça faisait un moment que j’y pensais,
je ferai une contribution d’ici quelques jours,
il va me falloir un peu de temps pour mettre à plat tous les défis que ça soulève,
et lister les différentes modalités d’intervention qui pourraient être à notre portée.
à +
Le local réel c’est le local global : il faut qu’au local puisse apparaître les préoccupations nationales et au delà ; il faut qu’on puisse poser sur la table les problèmes écologiques, sociaux , énergétiques, agricoles etc
Quand on regarde les ordres du jour des petites communes ‚c’est souvent le train train de gestion se prêtant peu aux référendums.
Concernant le tirage au sort dans une petite commune cela peut être conçu comme un moyen d’ouverture et renouvellement des conseils : pas toujours les mêmes ! il faudrait par exemple prévoir un pourcentage de tirés au sort . Que ceux qui n’ont pas un réseau social suffisant aient leur chances.Ce serait un signe et une volonté d’ouverture .
En effet les conseils ronronnent souvent avec toujours les mêmes.
Le local global se situe bien plus à des échelons intercommunaux comme par exemple les SCOT ou les Pays . C’est là que se situent des compétences plus larges , par ex : économie , aménagement et développement du territoire. C’est plus à ce niveau que peuvent être organisés des référendums sur certains sujets ;par ex ouverture d’un super marché ‚initiatives alimentation locale etc mais à condition de faire un travail d’information et mobilisation des habitants pour participer à ces structures .
L’enjeu est que dans ces strutures on dépasse l’entre soi des élus et chargés de missions qui s’enferment dans des routines professionalisées et que la population soit impliquée.
En conclusion je serais plus sur l’idée de démocratie participative. Le problème étant que en toute logique elle ne devrait pas être à promouvoir : c’est un b.a.b.a de la démocratie ; d’ailleurs elle est prévue au programme des pays , avec les Conseils Locaux de Développement qui sont des structures citoyennes de participation ; c’est prévu aussi dans les Scots .…. Elle est prévue dans les textes et promue dans les discours mais en réalité sur le terrain ne trouve pas son application : les élus font leur train train , les habitants aussi ; et les « militants » ceux animés d’une conscience politique travaillent en contre pouvoir mais pas dans un cadre participatif.
Développer la démocratie participative est donc difficile puisque ni les élus et chargés de missions , ni les lambda , ni les militants n’y sont spontanément disposés.
Comme je l’ai plusieurs fois dit sur ce blog , j’ai mené une expérimentation dans ce domaine et au bilan des courses je suis en procès et bien isolé …Enfin ce soir un résultat de mon obstination : un mail du président de région qui va s’intéresser à ce qui s’est passé et commence donc à répondre à certaines de mes demandes.
Je pense donc que le travail doit plus porter sur la démocratie participative, sur établir un lien entre élus chargés de missions lambda et militants : si l’institution se trouve investie numériquement et que s’y déroule des réflexions , les référendums et le tirage au sort y trouvent place et sens mais comme des outils et non un aboutissement.
L’important étant que la démocratie soit vivante au niveau local.Que le fossé élus /lambda/militants se résolve au sein de l’institution dans une souveraineté partagée.
En parlant d’enjeux globaux et d’aménagement participatif d’économies locales solidaires pour affronter ces enjeux :
http://www.agoravox.fr/actualites/environnement/article/1972–2012-le-club-de-rome-confirme-114264
.….Et toujours pour prolonger la réflexion du réel local ‚local global
ce soir sur la cinq super débat sur l’énergie : on touche du doigt qu’on arrive au bout du bout des solutions dans ce domaine et que , du moins c’est mon point de vue , c’est en réaménageant complètement le territoire , avec des entités plus autonomes en nourriture et énergie qu’on s’en sortira ; quitte à se lever qu’à 10 h le matin quand le soleil fera grand jour.
Démocratie locale ou désastre global.
Et Mélenchon dans tout ça ?
@ di girolamo
et bah mélenchon il est d’accord, le PCF un peu moins mais ils y viennent, et les affreux militants du FdG ont même participé à une réflexion, en collaboration avec les asso et mouvements écolo et syndicaux, sur ce dont on a besoin pour mener à bien tout ça, le programme s’appelle « l’humain d’abord », et les points que tu évoques, ça s’appelle la planification écologique, produire autrement, et la VI république, avec des propositions notamment d’inscrire la participation citoyenne dans la constitution avec divers dispositifs, RIc, etc., http://www.placeaupeuple2012.fr/wp-content/uploads/humain_dabord.pdf
et puisque j’imagine que ce n’est pas le programme parfait qu’aurait fait tout seul dans son coin saint di girolamo-au-dessus-des-partis 😉 , comme le FdG, n’est pas tout vert mais qu’il est ouvert, il ne demande qu’à accueillir des gens de ta valeur, mélenchon appelle ça des « têtes dures », et on va en avoir besoin pour faire la révolution citoyenne, y compris contre certains élus du FdG.…
enfin, sur ton expérience, j’ai envie de dire, ça n’est qu’une expérience, il y a moult contre-exemples qui invitent à n’en pas faire une généralité,
je te rejoins sur la faible implication structurelle des citoyens dans les démarches de démocratie participative,
en revanche, objectivement,on note une tendance générale à un changement des mentalités dans les collectivités territoriales et à bien des endroits, un intérêt réel à l’intégration des avis et des initiatives des citoyens pour améliorer la qualité de l’action publique,
c’est particulièrement vrai dans l’ouest et dans certaines communes du pourtour parisien, et un certain nombre d’outils viennent solidifier les pratiques, tu en cites plusieurs, mais il y a également les agendas 21, les régies de quartier ou régies rurales, et dans bien des dispositifs de pilotage de politiques ciblées, fleurissent des clauses mentionnant la présence obligatoire des acteurs concernés au-delà des élus et des fonctionnaire, j’ai envie dire, ça c’est fini, has been, même si toutes les collectivités n’ont pas pris le train en même temps,
je ne citerais que la part croissante que prennent les acteurs associatifs dans l’élaboration des PDALPD (plan départemental d’action pour le logement des personnes en difficulté), on est certes à un autre niveau de la participation, celui de la société civile, mais il faut néanmoins souligner la dimension nouvelle que cela prend, ne serait-ce qu’en terme de qualité des réponses apportées, le souci de s’adapter aux besoins réels des personnes et non plus de les faire entrer dans des catégories et des dispositifs qui germent dans la tête d’élus ou d’énarques éloignés du terrain,
sur tous les projets expérimentaux que j’ai pu croiser, lorsque dans mon métier précédent, j’ai été amené à produire des évaluations, les initiatives ont toujours émergés d’une prise en compte de la parole des usagers et de l’examen de leurs problèmes concrets, et j’ai croisé bien des élus et des « chargés de mission » qui n’avaient que ce souci-là, et à chaque fois ils devaient se battre pour arracher des miettes ou des autorisations de la part des institutions de l’Etat ou gratter ça et là les largesses des potentats économiques locaux ou nationaux.
mais sur les initiatives directes des citoyens, les améliorations sont tangibles, par exemple une association d’éoliennes « citoyennes » est en train de rendre le territoire concerné autonome en énergie, avec le soutien des collectivités et de l’ademe, mais surtout via un financement des citoyens qui ont souhaité souscrire au projet, et je suis sûr que ça va faire école,
par contre, il faut bien mettre en perspective les choses, je veux dire par là que sans changement radical à la tête de l’Etat, on ne peut que générer des transformations minimes et très lentes, et le sarkosisme va laisser des traces car c’est une véritable catastrophe, mais le problème est bien plus profond.
il faut bien voir d’abord que les structures étatiques sont dotées d’une culture particulière, issue du jacobinisme ( j’ai là-dessus un désaccord de fond avec mélenchon) et de l’élitisme à la française, d’où, en particulier en cette période de « cohabitation décentralisée », une méfiance réciproque entre agents de l’Etat, se percevant comme détenteurs de l’intérêt général de la Nation, et collectivités territoriales se percevant comme légitimes sur leur territoire, a qui l’État a « octroyé » des compétences, mais depuis très peu de temps finalement,
et ces tensions, sont régulièrement ravivées, parce qu’il existe bel et bien des problèmes de fond entre les différentes compétences et niveau de légitimité, notamment lorsqu’une commune s’oppose à tel ou tel projet de l’Etat, par exemple accueillir une prison ou un centre d’hébergement, et on voit bien que sur ces exemples, l’arbitrage n’est pas nécessairement solubles par la démocratie participative,
ensuite, dans la perception que peuvent avoir les élus territoriaux de la participation citoyenne, il ne faut pas non plus négliger l’ensemble des actions entreprises par les citoyens qui visent à freiner tel ou tel projet parfois même en dépit de son caractère indispensable,
puisque la démocratie représentative les a posée en détenteurs légitimes de la définition de l’intérêt général local, il me parait tout à fait normal qu’ils voient d’un mauvais oeil ces incessantes chicaneries de gens mécontents pour ceci ou pour cela, en somme, bien des élus, n’ont affaire qu’à des chieurs jamais contents et dont les désiderata sont fatalement contradictoires avec ceux d’autres groupes de pression,
immanquablement, les élus se trouvent pris entre les foudres contradictoires et, puisqu’on leur a déléguer ce rôle, trancher fait partie de leur devoir,
si je prends par exemple mon quartier parisien, les instances de démocratie participative sont envahies de retraités bourgeois dont l’obsession est d’empêcher la construction de logement sociaux, les bénéfiaires potentiels, fatalement, ils sont pas encore là, qui va parler pour eux sinon l’élu qui pense mixité, nécessiter de loger des gens qui habitent ailleurs et travaillent là pour ces mêmes bourgeois, ou des gens qui vivent des des habitats insalubres ou d’autres qui payent cher, bref, s’ils écoutaient ceux qui sont là, ils ferait le contraire de ce qu’il y a à faire,
c’est pourquoi la démocratie participative peut générer des a priori négatifs chez bien des élus, dans une démocratie directe, c’est le collectif qui prend une décision et qui en assume les conséquences, dans notre système, même avec des démarches participatives, ça reste l’élu, le maître à bord,
donc la démocratie participative ne sera jamais qu’un moyen pour l’élu d’améliorer ses décisions ou de mieux la faire comprendre et accepter, et la faible participation s’explique par là aussi, car ça n’intéresse pas les gens de n’influer que sur le déplacement d’une jardinière,
d’ailleurs, face à un élu récalcitrant, la participation « militante », c’est à dire en dehors des dispositifs prévus, est généralement bien plus efficace, puisqu’après tout, peut importe ce qui se dit dans un forum, commission consultatif machin truc, l’élu est élu, et les gens qui sont là, on saura jamais ce qu’ils représentent par rapport au reste de la population…qui élit…tu sais bien, la fameuse « majorité silencieuse » a toujours le même avis que l’élu…bref, un peu d’agitation, c’est toujours ça de plus dans le rapport de force.
on constate aussi, que même de bonne volonté, les administrations ou les élus ne parviennent pas toujours à trouver la « recette » d’une démocratie locale vivante, car la participation ne se décrète pas,
dans le bouquin d’yves sintomer, on voit avec intérêt cette utilisation du tirage au sort dont tu parles, qui consiste à inviter nommément des citoyens à des réunions, afin de limiter la distorsion d’une participation réservée de fait à certaines catégories d’ »engagés » (militants,lobbystes, et citoyens « habitués » de ce genre de réunions et qui ont du temps), les effets sont pertinents,
mais plus globalement, cette généralisation de la participation qu’on devrait tous souhaiter, ne peut pas faire l’économie d’une véritable ingénierie qui la rend possible, fonctionnelle, et j’ai envie de dire « utile », ceci peut passer par l’emploi de professionnels sur des missions précises d’organisation et d’éducation, ou des mécanismes incitatifs,
mais, cela va de soi, ceci passe également par une refonte du contrat social via un processus constituant, à l’issue duquel nous pourrions avoir une définition claire des modalités d’intervention directe des citoyens,
et là, fatalement, nous seront confrontés à nos propres contradictions, c’est à dire que nous devrons bien reconnaître que le rôle de l’élu ou de l’administration comporte une dimension indépassable, non pas en tant qu’ »élu » ou « administration » mais en tant que référent, garant, etc., et ceci ne peut être évacué d’un revers de main,
ça n’est pas qu’une affaire d’inconscient collectif, puisque tu rappelais ceci à juste titre, mais c’est aussi une affaire de procédures et d’institutions qui garantissent la soumission de tous à la décision collective, qui, en l’absence de consensus, mécontentera nécessairement pratiquement tout le monde,
c’est un peu ce qu’on retrouve dans l’élection, et ton rapport à mélenchon par exemple, fatalement, tu ne trouveras jamais personne qui dira tout ce que tu penses, il est illusoire de rechercher l’unanimisme dans une élection, donc c’est un semi compromis qui est élu, et le scrutin majoritaire, nous assure de surcroit que c’est toujours un mauvais compromis ou pire, un choix par défaut, voire irréfléchi.
m^me chose avec la démocratie directe, mais là au moins, la recherche du consensus y est possible, cependant, nous avons du chemin à faire pour ôter de la tête des gens cette croyance en la vertu de la majorité, pour ne pas sombrer dans quelque chose de pire encore, il faudrait vraiment nous éduquer à avoir en horreur un décision prise à 51% des voix,
et ensuite nous éduquer à assumer nos propres décisions collectives, légitimées par les procédures, à les mettre en oeuvre nous mêmes, et je ne suis pas certain que ceci soit possible dès aujourd’hui sans « responsables » « institutionnels », qu’ils soient élu ou tiré au sort et encore moins sans qu’il s’appuient sur des compétences fixes (administration) ou variables (groupement professionnels,associations, syndicats, « experts », bénévoles) pour garantir la mise en oeuvre et l’évaluation des décisions prises, qu’elles soient le fait de citoyens « lambda » ou de professionnels,
après tout, la plupart des gens réclament que l’etat fasse ceci ou cela, ou la police, ou leur patron, ou « les autres », et puis se plaignent que ça n’est pas assez ceci ou trop cela…
tout ça pour dire que la tension existera toujours, entre définition collective et définition individuelle de ce qu’est l’intérêt général, nous devons chercher à l’atténuer, mais il s’agit bien évidemment d’une tension inévitable entre soi et le groupe, exacerbée dans une société individualiste, légitimement consacrée par les droits libéraux, et magistralement théorisée par Kant en tant « qu’insociable sociabilité de l’homme »,
au final nous devons parvenir à dépasser la contradiction de notre système politique qui invoque l’intérêt général (qui implique l’unanimisme) mais qui n’a pas encore trouvé de solution satisfaisante pour savoir le construire et qui ne parvient en fait qu’à l’imposition d’une balance des intérêts particuliers (qui implique que les « perdants » soient mécontents et revanchards), via des coalitions d’intérêts et de préoccupations « majoritaires »,
et pour dépasser ces contradictions, je suis convaincu que les expérimentations locales sont la voie pour que le niveau global, au moins national, reflète le potentiel démocratique de notre peuple, simplement, il faudra lutter pour cela, comme tu le fais à ton échelle, car les murs ne tombent pas tout seuls…
@ Saint Sitouaillain
Je te renvoies avec sympathie et malice la sainteté parce que sur tout ce que tu viens d’écrire je suis d’accord.
Je suis d’accord aussi sur le fait de l’utilité des combats citoyens en direct. Sur le fait qu’on ne peut pas d’une expérience donnée tirer des conclusions générales ; qu’il faut à un moment donné quelqu’un qui décide etc etc
MAIS
Je persiste et signe dans l’affirmation consistant à dire que :
-CE QUI NOUS MANQUE c’est au local comme au national un espace organisé pour faire émerger l’intelligence collective sur les grands enjeux.
– l’état des lieux du monde fait qu’aujourd’hui cette démocratie cognitive réalisant par delà les diversités une union de projet est une nécessité absolue parce que nous allons couler.
En d’autres termes ma conviction repose sur deux choses contradictoires :
-mon grand pessimisme sur nous même et l’idée forte, ancrée, du Titanic en cours de l’espèce humaine
– mon optimisme, ma foi en nous,en notre capacité de parvenir à une vraie démocratie écologique
C’est la raison pour laquelle je recherche des personnes, par exemple un président de la république ! qui propose cet effort d’intelligence nationale sur tous les grands sujets, au local et au national, avec l’aide de tous les partis toutes les composantes de la société ; c’est la raison pour laquelle je pense qu’il faut rompre avec ce mode d’élection qui ‚qu’on le veuilles ou non divise et reste dans cet affrontement électoraliste permanent. Les meilleures idées, les meilleures programmes, les meilleures personnes ne résistent pas à cette contradiction indépassable qu’un secteur de la société n’est pas la société .
C’est pourquoi la lecture de la constitution, au moins sur ce point, me convient parce que c’est la possibilité d’élire un président rassembleur ; le rassemblement n’étant pas dans mon esprit le gommage des différences comme chez les bisounours, mais tout le contraire ‚leur mise en avant , valorisation , pour aller au bout du bout de la compréhension des choses.
Pour comprendre ma pensée il faut comprendre et mon grand pessimisme et ma foi en nous ; et une certaine logique du genre on ne peut servir deux maîtres ou il est difficile de faire croire à la gravité de la situation mondiale quand on préfère passer par des élections au lieu de faire simple : quand un grand danger menace la tribu on se réunit pour en parler. Bref on ne peut pas résoudre des problèmes avec des outils impliqués dans leur création ; il faut une rupture . Mélenchon ne pourra jamais rassembler ; ce n’est pas son but, il croit au rapport de force ; moi même je ne le nie pas mais je pense que c’est dépassé du fait d’une situation planétaire inédite ; non qu’il n’y ait pas des intérêts divergents et des tyrannies insupportables ; mais il va falloir faire mieux que les mettre alternativement au pouvoir.
PS : tu dis »
c’est un peu ce qu’on retrouve dans l’élection, et ton rapport à mélenchon par exemple, fatalement, tu ne trouveras jamais personne qui dira tout ce que tu penses, »
eh OUI mon problème c’est de rechercher des gens qui ne pensent pas comme moi .Les élections à la fois exacerbent les différences et à la fois les nient ; la démocratie est un rapport apaisé de ces différences.
Bon, je vais écouter Mélenchon sur la 2 !
citoyen (a défaut d’être saint 😉 ) Di Girolamo,
que proposes-tu ? comment on s’y prend ? concrètement ?
parce que ça n’est pas une question d’optimisme ou de pessimisme, mais bien une question d’actions concrètes, d’organisation, de stratégies, gandhi ou malcom X, Proudhon ou Marx,tout çz à la fois et comment on labellise…je sais pas moi, comment t’arrives à ta belle unanimité et crois-tu vraiment qu’elle soit possible,
comment penses-tu qu’auraient été qualifié les révoltés tunisiens par le TF1 local ? des preneurs d’otage de la majorité silencieuse ?
PS : ce soir, pour une fois, mélenchon a été nettement moins convaincant que poutou…d’où l’intérêt de parler à plusieurs voix pour dire les mêmes choses…
(ouh pinaise un vieux sujet oublié)
J’ai un peu de mal à concevoir les antifas comme des défenseurs du systeme par interêt personnel. Précisément parce que je ne vois pas l’interêt que peuvent avoir ces gens là à s’opposer à Étienne à moins qu’ils ne soient liés à l’oligarchie directement ou financièrement ce que j’ai du mal à visualiser.
À mon sens, la défiance dont ils font preuve (de façon assez médiocre je vous l’accorde) vient d’amalgames. En effet, le non au TCE était soutenu par le front national donc (et hop raccourci facile) les nonistes sont des fascistes et des staliniens sanguinaires. Il en est de même aujourd’hui : des militants du FN utilisent des extraits de conférences d’Étienne pour étayer leur propagande et mettent « Étienne Chouard » en tag sur leurs vidéos. Du coup il ne faut pas s’étonner de voir débarquer des antifas sur nos plates bandes.
La réponse la plus savoureuse que j’ai trouvé (et qui va dans ce sens) est celle de Frédéric Lordon à arrêt sur image ici :
à partir d’1h 1min et 15sec.