Ne ratez pas cette conférence, ça décape :
http://www.ted.com/talks/lang/fr/bunker_roy.html
« À Rajasthan, en Inde, une école hors du commun forme hommes et femmes venant de milieux ruraux — illettrés pour la plupart — pour devenir ingénieurs en énergie solaire, artisans, dentistes et docteurs dans leur propre villages. Elle s’appelle l’Université des Va-nu-pieds, et son fondateur, Bunker Roy, nous explique comment elle fonctionne. »
La qualité des « talks » TED est vraiment remarquable.
Étienne.

Bravo à l’intelligence collective !
Ce monsieur avec ses amis a bien réfléchi et réalisé pour que les effets de « groupe monoïde » ne paralysent pas l’ensemble.C’est une guerre pacifique remarquable. On n’oublie pas aussi les autres
Oui, remarquables conférences TED où l’on doit tout dire en 20 minutes (écoutez le reportage sur la rsr :
http://www.rsr.ch/#/la-1ere/programmes/medialogues/?date=01–12-2011
Il faut savoir que si les conférences sont gratuites en ligne, le prix d’entrée est cependant très élevé.
Voici une autre conférence TEd qui est une très grande leçon de morale : la banalité de l’héroïsme face à la banalité du mal :
http://www.ted.com/talks/lang/fr/philip_zimbardo_on_the_psychology_of_evil.html
(ce sociologue, qui fut camarade de classe de Stanley Milgram, est connu pour avoir réalisé l’expérience dite de Stanford :
» L’expérience de Stanford est une étude de psychologie expérimentale menée par Philip Zimbardo en 1971 sur les effets de la situation carcérale. Elle fut réalisée avec des étudiants qui jouaient des rôles de gardiens et de prisonniers. Elle visait à étudier le comportement des personnes ordinaires dans un tel contexte, avec l’hypothèse que la situation induirait les « gardes » à adopter des conduites abusives et les « prisonniers » à accepter les humiliations. Pour montrer que c’était la situation plutôt que la personnalité des participants qui était à l’origine de ces comportements, les sujets avaient été sélectionnés pour leur stabilité et leur maturité, et leurs rôles respectifs de gardiens ou de prisonniers leur avaient été assignés aléatoirement. Zimbardo entendait également par cette étude contribuer à l’amélioration des conditions carcérales dans son pays.
Les prisonniers et les gardes se sont rapidement adaptés aux rôles qu’ont leur avait assignés, dépassant les limites de ce qui avait été prévu et conduisant à des situations réellement dangereuses et psychologiquement dommageables. Un tiers des gardiens fit preuve de comportements sadiques, tandis que de nombreux prisonniers furent traumatisés émotionnellement, deux d’entre eux ayant même du être retirés de l’expérience avant la fin. » wikipedia)
Peu à voir avec le post mais je travaille en ce moment sur la politique chez Nietzsche et quand je vois aujourd’hui les images des manifestations devant le Parlement grec, je ne peux m’empêcher de penser au procès de Socrate qui fit dire à Platon que « les maux ne cesseront pas pour les humains avant que les authentiques philosophes n’arrivent au pouvoir ou que les chefs des cités, par une grâce divine, ne se mettent à philosopher véritablement » – intimant jusqu’à aujourd’hui l’idée selon laquelle le pire ennemi du peuple était le peuple lui-même… que la question n’était plus désormais pour le peuple que de se trouver de bons maîtres plutôt que de juger ses serviteurs. La philosophie ou l’idiote utile de l’oligarchie.
@ Gaudefroy : l’expérience de Stanford est d’ailleurs un très bon argument en faveur du tirage au sort comme pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple (voir aussi Milgram). On met un peu trop souvent en valeur l’idée que nous sommes tous potentiellement des tortionnaires au lieu d’insister sur la véritable conclusion de l’expérience que tu cites très justement : « c’est la situation plutôt que la personnalité des participants qui est à l’origine de ces comportements ».
J’en ai pleuré devant mon PC. Cela m’a bien évidemment rappelé Jacotot raconté par Rancière conseillé par Étienne plus avant…
Ma question est donc : QUAND ÉTIENNE VA-T-IL ALLER AU TEDxtruc ?
Quelle ampleur ça prendrait !
DES ENFANTS
Outre le fait de prendre enfin en compte les savoirs de vie et de survie, les savoirs et les capacités des gens méprisés, la démarche de Bunker ROY intègre les enfants.
(Que de compliments aux femmes n’est-il pas fait également !)
Électeurs majeurs assimilables à des citoyens enfants, en France (pour reprendre les mots d’Étienne), ici, les enfants votent (aussi) pour des représentants — de leur âge. On ne sait pas ce qui est dévolu aux élus, mais que leur statut en fait des êtres confiants, voire très affirmatifs de leurs prérogatives est nettement visible (les deux faces du pouvoir ?).
Je souligne ceci pour soulever un pan de ce qui m’intéresse diablement à la suite de la pensée d’Etienne : la place des enfants dans nos démocraties qui n’en sont pas, et celle que nous serions prêts à leur accorder dans une refondation démocratique. Aborder la démocratie sous l’angle des enfants expose aux interrogations qui dérangent… Hiérarchie des êtres, droits de mineurs, de majeurs, définition des valeurs cardinales, etc.
Je garde en tête aussi les derniers propos de Russell Banks invité pour son dernier livre aux Matins de France Culture (une émission écoutable jusqu’à sa fin, enfin ! si je conseille tout de même celle qui invita Jacques Sapir, avec une attaque proche de la calomnie par un Brice Couturier aussi politiquement correct et réellement méchant, qu’il se revendique être le contraire – quel spectacle en prime).
Je reporte donc ce que j’ai retenu : fixation actuelle de la société américaine sur la pédophilie comme symptome d’une société gravement malade, avec un traitement des anciens condamnés de délits en « paria » (je n’ai pas cherché le terme, qui se trouve être lié à la société indienne et donc à Bunker Roy, sachant que les analyses historiques de cette société stratifiée – quoique moins que ce l’on décrit trop rapidement – en arrivent souvent à une démographie de tous temps généreuse.
Le nombre faisant l'organisation ?autre thème à mes yeux inspirant).Pour revenir de l’autre côté de l’Atlantique avec Banks : le véritable mal serait l’abandon des enfants par les adultes à l’industrie… La pourchasse de la pédophilie ne serait que le masque (des propres problèmes des adultes – sexuellement ?) d’une démission magistrale.
Les enfants… ceux qui permirent à la grande bourgeoisie du 19e sciècle de se faire des ponts d’or. Grâce aux machines, le travail pouvait y être effectué par eux, avec un paiement 4 fois moindre que celui versé aux adultes. Le beau calcul, les belles affaires ! Quand Annie Lacroix-Riz nous dit que tout est là (les salaires) ! C’est Henri Guillemin que je reprends, son prédécesseur et peut-être modèle, puisque je découvre vraiment cet historien aussi pétillant (ironie radicale) que précis et savant, grâce au Plan C. Que la parole et le regard de cet homme nous parvienne, quelle chance !
Pour ceux qui aurait passé leur chemin trop vite avec l’article du 23 février dernier d’Etienne :
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2012/02/23/195-resume-de-mon-travail-en-30-minutes :
http://www.rts.ch/archives/dossiers/henri-guillemin/3477764-la-commune-de-paris.html
J’espère que je n’arrive pas trop tard, il en faut de temps pour se connecter à tout ce qui est important.
Je voudrais partager une expérience qui rejoint ce magnifique témoignage. En Palestine occupée et meurtrie, des médecins soucieux d’apporter les soins primaires à une population coupée de tout, ont eu l’idée de former des femmes des villages à tout ce qu’il faut savoir pour améliorer le niveau sanitaire. Ces femmes ont fait comme les grand-mères indiennes : elle se sont perfectionnées, ont communiqué aux autres leur savoir, ont tiré toute la population vers le haut.
J’ai écrit un livre sur ma rencontre avec ces femmes merveilleuses, « Libres femmes de Palestine ». Les médias bien sûr l’ont ignoré, mais l’info a circulé, avant le Net, d’associations en paroisses, de braves gens en braves gens.
Rien que d’y penser, j’en ai encore aujourd’hui les larmes aux yeux.
Marion
Merci Marion.
Cette réflexion sur l’aptitude des hommes à se former entre eux, sans maîtres, entre pauvres gens (pauvres en argent, mais pas pauvres en esprit), me fait penser à ce livre enthousiasmant de Jacques Rancière, « Le maître ignorant », dont j’ai mis cet extrait formidable dans ma page ‘En vrac’ :
ÉMANCIPATION UNIVERSELLE :
le cercle de la puissance
L’expérience lui sembla suffisante pour l’éclairer : on peut enseigner ce qu’on ignore si l’on émancipe l’élève, c’est-à-dire si on le contraint à user de sa propre intelligence. Maître est celui qui enferme une intelligence dans le cercle arbitraire d’où elle ne sortira qu’à se rendre à elle-même nécessaire. Pour émanciper un ignorant, il faut et il suffit d’être soi-même émancipé, c’est-à-dire conscient du véritable pouvoir de l’esprit humain. L’ignorant apprendra seul ce que le maître ignore si le maître croit qu’il le peut et l’oblige à actualiser sa capacité : cercle de la puissance homologue à ce cercle de l’impuissance qui lie l’élève à l’explicateur de la vieille méthode (nous l’appellerons désormais simplement la Vieille).
Mais le rapport des forces est bien particulier. Le cercle de l’impuissance est toujours déjà là, il est la marche même du monde social qui se dissimule dans l’évidente différence de l’ignorance et de la science. Le cercle de la puissance, lui, ne peut prendre effet que de sa publicité. Mais il ne peut apparaître que comme une tautologie ou une absurdité. Comment le maître savant entendra-t-il jamais qu’il peut enseigner ce qu’il ignore aussi bien que ce qu’il sait ? Il ne recevra cette augmentation de puissance intellectuelle que comme une dévaluation de sa science. Et l’ignorant, de son côté, ne se croit pas capable d’apprendre par lui-même, encore moins d’instruire un autre ignorant. Les exclus du monde de l’intelligence souscrivent eux-mêmes au verdict de leur exclusion. Bref, le cercle de l’émancipation doit être commencé.
Là est le paradoxe. Car, à y réfléchir un peu, la « méthode » qu’il propose est la plus vieille de toutes et elle ne cesse d’être vérifiée tous les jours, dans toutes les circonstances où un individu a besoin de s’approprier une connaissance qu’il n’a pas le moyen de se faire expliquer. Il n’y a pas d’homme sur la terre qui n’ait appris quelque chose par lui-même et sans maître explicateur. Appelons cette manière d’apprendre « enseignement universel » et nous pourrons l’affirmer : « L’Enseignement universel existe réellement depuis le commencement du monde à côté de toutes les méthodes explicatrices. Cet enseignement, par soi-même, a réellement formé tous les grands hommes. » Mais voilà l’étrange : « Tout homme a fait cette expérience mille fois dans sa vie, et cependant jamais il n’était venu dans l’idée de personne de dire à un autre : J’ai appris beaucoup de choses sans explications, je crois que vous le pouvez comme moi (…) ni moi ni qui que ce soit au monde ne s’était avisé de l’employer pour instruire les autres. » À l’intelligence qui somnole en chacun, il suffirait de dire : Age quod agis, continue à faire ce que tu fais, « apprends le fait, imite-le, connais-toi toi-même, c’est la marche de la nature ». Répète méthodiquement la méthode de hasard qui t’a donné la mesure de ton pouvoir. La même intelligence est à l’œuvre dans tous les actes de l’esprit humain.
Mais c’est là le saut le plus difficile. Tout le monde pratique cette méthode au besoin mais nul ne veut la reconnaître, nul ne veut se mesurer à la révolution intellectuelle qu’elle signifie. Le cercle social, l’ordre des choses, lui interdit d’être reconnue pour ce qu’elle est : la vraie méthode par laquelle chacun apprend et par laquelle chacun peut prendre la mesure de sa capacité. Il faut oser la reconnaître et poursuivre la vérification ouverte de son pouvoir. Sans quoi la méthode de l’impuissance, la Vieille, durera autant que l’ordre des choses.
Jacques Rancière, « Le maître ignorant », p. 29 et s..
L’âme humaine est capable de s’instruire seule et sans maître. (Jacotot, 1918)
(Extrait de ma page ‘En vrac’.)
Je suis en train de dévorer tes livres, Marion, et j’ai déjà hâte de lire les prochains.
Je t’embrasse.
Étienne.
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PS : à tous, je recommande la lecture des livres de Marion Sigaut, historienne libre, rebelle à toute histoire officielle, comme Henri Guillemin, comme Michel Onfray :
• lisez « La marche rouge » (histoire passionnante des enfants perdus de l’Hôpital général),
• « Mourir à l’ombre des Lumières. L’énigme Damiens » (très éclairante contre-histoire du régicide Damiens et des prétendues « Lumières » environnantes),
• et « Le mystère du tableau de David » (étonnante et décapante recherche sur l’assassinat de Michel Le Peletier de Saint-Fargeau).
Tout ça est très bien écrit, très agréable à lire et surtout formidablement instructif.
Le peuple a grand besoin de tels historiens, capables d’écrire la contre-histoire des vaincus, celle qui lui permet de s’affranchir des tromperies de l’Histoire officielle, presque toujours écrite par des criminels (dixit Simone Weil, selon Henri Guillemin : http://www.rts.ch/archives/tv/culture/dossiers-de-l-histoire/3448487-la-revolution-francaise.html (minute 0:40).
Merci à toi aussi, chère Florence 🙂
J’ai bien du mal, cher Etienne, à retenir une formule comme « apprendre par soi-même ». On apprend toujours des autres, et le savoir est l’accumulation de tout ce que les autres ont fait avant nous et nous ont légué, pour nous permettre de commencer là où il en sont restés.
En Histoire, c’est flagrant : d’abord lire tout ce qui a été écrit sur un sujet par nos maîtres, puis fouiller à son tour ce qui n’a pas encore été exploré.
Pour ce qui regarde les « Libres femmes de Palestine », elles ont d’abord reçu la formation des médecins qui venaient les voir, puis elles ont généreusement communiqué ce savoir aux autres,chacune apportant son lot au pot commun, jusqu’à tirer tout le monde vers le haut. Rien qui ressemble à un « apprentissage par soi-même ».
La leçon que nous donnent les « va-nu-pieds » est surtout que tout le monde peut apprendre, quel que soit son milieu d’origine, s’il en a la motivation.
Ça, j’y crois fermement.
Marion, c’est un malentendu.
Pour Jacotot, il s’agit de se déprendre des « maîtres explicateurs » ; pas des auteurs.
Thèse qui est, elle aussi, me semble-t-il, une voie d’émancipation pour les pauvres gens.
Mais peut-être le parallèle qui m’est venu à l’esprit n’est-il pas bien fondé.
Pas grave.
C’est que je suis, cher Étienne, extrêmement méfiante vis-à-vis de tout ce qui remet en cause l’autorité en tant que telle : résister aux abus ne doit pas faire jeter le bébé avec l’eau du bain. Derrière la société idéale sans police ni autorité, je vois poindre la barbarie de la loi du plus fort.
Mais comme tu dis, c’est peut-être un malentendu.
http://videos.arte.tv/fr/videos/360_geo-6669530.html
cette vidéo vient juste de passer sur Arte
j’y ai reconnu la ministre des enfants .…
les journées d’une ministre des enfants .…
à propos de l’âge et des « capacités requises » pour être « nominés aux tirage au sort « pour participer à la vie de la société :
quelle place donner aux « enfants » dans la constitution ? aux vieux ? aux va- nu- pieds d’ici et d’ailleurs ?
ça m’interpelle beaucoup …et vous ?