Le monde financier serait-il dirigé par des psychopathes, SANS VERGOGNE ?

22/01/2012 | 37 commentaires

- Je vous signale d’a­bord un article inté­res­sant, qui nous vient de Bel­gique,
– et qui m’ins­pire un impor­tant sou­ve­nir de lec­ture que je vous signa­le­rai juste après :

Les per­son­nages clés seraient-ils des psychopathes ?

Selon un ancien pro­fes­seur anglais, cela pour­rait expli­quer la crise que connait actuel­le­ment le monde.

Alors qu’on annonce que 2012 sera (encore) l’an­née de la crise de la dette, de l’aus­té­ri­té, bref de la crise éco­no­mique et finan­cière, de plus en plus de voix s’é­lèvent pour dénon­cer le sys­tème finan­cier, les mar­chés qui dirigent le monde. Des mar­chés sou­vent accu­sés de ne pas tenir compte des humains qu’ils broient. C’est ce qui fait dire à Clive R. Bod­dy, pro­fes­seur à l’u­ni­ver­si­té de Not­tin­gham, que beau­coup des hauts res­pon­sables finan­ciers seraient en fait des psychopathes.

Selon ce pro­fes­seur, cité par Bloom­berg, les psy­cho­pathes sont des per­sonnes « man­quant de conscience, ne res­sen­tant que peu d’é­mo­tions et inca­pables de res­sen­tir sen­ti­ments, sym­pa­thie ou empa­thie pour les autres ». Ces per­sonnes se montrent plus froides et cal­cu­la­trices que les autres et « repré­sentent donc une menace pour les entre­prises et la société ».

Mais com­ment des per­sonnes avec un tel pro­fil psy­cho­lo­gique ont-elles pu atteindre des postes si éle­vés ? Selon Clive Bod­dy, cela est impu­table au monde actuel et à l’or­ga­ni­sa­tion des entre­prises, avec un per­son­nel qui bouge tout le temps, passe de socié­tés en socié­tés. Cela per­met aux psy­cho­pathes de pas­ser inaper­çus et de mon­ter rapi­de­ment, pou­vant même appa­raître comme de bons lea­ders là où, à une autre époque, ils auraient été vite repé­rés pour leur égo­cen­trisme et leur manque d’éthique.

C’est l’as­cen­sion de ce type de pro­fils dans des entre­prises finan­cières qui aurait cau­sé la crise, selon le pro­fes­seur. Car à des postes-clé, ces psy­cho­pathes sont diri­gés par leur volon­té de s’en­ri­chir et de pro­gres­ser, au détri­ment de toute res­pon­sa­bi­li­té sociale. Peu importe, pour eux, les dégâts causés.

Ce n’est pas la pre­mière fois que des scien­ti­fiques mettent en avant le com­por­te­ment dan­ge­reux des employés du monde de la finance. Ain­si, en sep­tembre, une étude suisse affir­mait que cer­tains tra­ders avaient des com­por­te­ments plus dan­ge­reux que les psy­cho­pathes. 28 d’entre eux avaient été sou­mis à des tests psy­cho­lo­giques et les résul­tats avaient été com­pa­rés à ceux de 24 psy­cho­pathes hos­pi­ta­li­sés dans des éta­blis­se­ments sécu­ri­sés en Alle­magne. Il en res­sor­tait que dans un contexte de com­pé­ti­tion, les tra­ders étaient prêts à tout pour prendre l’a­van­tage sur leurs concur­rents. « Il s’est avé­ré qu’ils ont eu un com­por­te­ment plus égo­cen­trique et ont été plus enclins à prendre des risques que le groupe de psy­cho­pathes qui ont été sou­mis aux mêmes tests », expli­quait l’un des cher­cheurs au Spie­gel.

J.C.

Source : http://​www​.rtbf​.be/​i​n​f​o​/​s​o​c​i​e​t​e​/​d​e​t​a​i​l​_​l​e​-​m​o​n​d​e​-​f​i​n​a​n​c​i​e​r​-​s​e​r​a​i​t​-​i​l​-​d​i​r​i​g​e​-​p​a​r​-​d​e​s​-​p​s​y​c​h​o​p​a​t​h​e​s​?​i​d​=​7​3​4​0​243

Cette folie, cette húbris (déme­sure), redou­tée (et sévè­re­ment punie) par les Grecs anciens, me fait pen­ser à une pré­cieuse infor­ma­tion déni­chée au creux d’un de mes livres que j’ai tou­jours en poche, près de moi — LE CONCEPT FONDAMENTAL DE VERGOGNE.

Je sou­mets donc ce pas­sage anno­té de PLATON à votre réflexion :

Extraits du livre de Bru­no Ber­nar­di, « La démo­cra­tie », p. 56 :

D’a­bord, une expli­ca­tion limi­naire (très impor­tante) de Bru­no Ber­nar­di,
pour bien com­prendre le mot VERGOGNE, uti­li­sé dans l’ex­trait de Platon :

« La tra­duc­trice a rete­nu le terme ver­gogne, assez archaï­sant, pour rendre le grec aidos. Elle consacre une notice à cette notion qui pour­rait être défi­nie comme la prise en compte, dans le com­por­te­ment d’un indi­vi­du, de l’i­dée de soi qu’il don­ne­ra à autrui. »

Je trouve que faire de ce trait de carac­tère —lar­ge­ment mécon­nu aujourd’­hui— un FONDEMENT CENTRAL de toute démo­cra­tie digne de ce nom est sti­mu­lant pour l’es­prit. Ça se médite, je trouve.

Mais lisez plu­tôt ce pas­sage pas­sion­nant de Pla­ton pour décrire l’im­por­tance vitale de la ver­gogne dans un régime qui pré­sup­pose l’é­ga­li­té POLITIQUE géné­rale et donne la parole à tout le monde :

PLATON (Pro­ta­go­ras, 322b-323a) :

« Mais à chaque fois qu’ils étaient ras­sem­blés, ils se com­por­taient d’une manière injuste les uns envers les autres, parce qu’ils ne pos­sé­daient pas l’art poli­tique, de sorte que, tou­jours, ils se dis­per­saient à nou­veau et péris­saient. Aus­si Zeus, de peur que notre espèce n’en vînt à périr tout entière, envoie Her­mès appor­ter à l’hu­ma­ni­té la Ver­gogne et la Jus­tice, pour consti­tuer l’ordre des cités et les liens d’a­mi­tié qui ras­semblent les hommes. Her­mès demande alors à Zeus de quelle façon il doit faire don aux hommes de la Jus­tice et de la Ver­gogne : « Dois-je les répar­tir de la manière dont les arts l’ont été ? Leur répar­ti­tion a été opé­rée comme suit : un seul homme qui pos­sède l’art de la méde­cine suf­fit pour un grand nombre de pro­fanes, et il en est de même pour les autres arti­sans. Dois-je répar­tir ain­si la Jus­tice et la Ver­gogne entre les hommes, ou dois-je les répar­tir entre tous ? » Zeus répon­dit : « Répar­tis-les entre tous, et que tous y prennent part ; car il ne pour­rait y avoir de cités, si seul un petit nombre d’hommes y pre­naient part, comme c’est le cas pour les autres arts ; et ins­taure en mon nom la loi sui­vante : qu’on mette à mort, comme un fléau de la cité, l’homme qui se montre inca­pable de prendre part à la Ver­gogne et à la Justice. »

C’est ain­si, Socrate, et c’est pour ces rai­sons, que les Athé­niens comme tous les autres hommes, lorsque la dis­cus­sion porte sur l’ex­cel­lence en matière d’ar­chi­tec­ture ou de n’im­porte quel autre métier, ne recon­naissent qu’à peu de gens le droit de par­ti­ci­per au conseil, et ne tolèrent pas, comme tu le dis, que quel­qu’un tente d’y par­ti­ci­per sans faire par­tie de ce petit nombre ; ce qui est tout à fait nor­mal, comme je le dis, moi ; lors­qu’en revanche, il s’a­git de cher­cher conseil en matière d’ex­cel­lence POLITIQUE, chose qui exige tou­jours sagesse et jus­tice, il est tout à fait nor­mal qu’ils acceptent que TOUT homme prenne la parole, puis­qu’il convient à cha­cun de prendre part à cette excel­lence — sinon, il n’y aurait pas de cités. Voi­là donc, Socrate, la cause de ce fait. »

Source : Pla­ton, Pro­ta­go­ras, 322b-323a, trad. F. Ilde­fonse, Paris, GF-Flam­ma­rion, 1997, p. 86–87.
cité par Bru­no Ber­nar­di, dans son EXCELLENT flo­ri­lège inti­tu­lé sim­ple­ment « La démocratie »

Éton­nant, non ?

Vous ima­gi­nez une Consti­tu­tion moderne qui pro­cla­me­rait en pré­am­bule : « qu’on mette [au ban], comme un fléau de la cité, l’homme qui se montre inca­pable de prendre part à la Ver­gogne et à la Jus­tice. » ?

Au plai­sir de vous lire.

Étienne.

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Étienne

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37 Commentaires

  1. Heloise

    Ce n’est pas parce que l’on est psy­cho­pathe que l’on génère « la crise », c’est parce que l’on refuse de pen­ser ce qu’est « le fon­de­ment de la valeur » qu’on devient psychopathe…

    Et il n’y a pas que les élites du Capi­tal qui deviennent « psy­cho­pathes », il y a une mala­die qui fait par­tie de « la crise », elle atteint gra­ve­ment à la fois les « domi­nants » et les « domi­nés » dès lors qu’ils portent les mêmes œillères qui inter­disent (entre autre) de lire Marx quand il expose la théo­rie de la valeur et de l’exploitation, ou étu­die les condi­tions de repro­duc­tion du sys­tème, car il se place dans un monde abs­trait où le cré­dit, la finance, les ren­tiers, sont en quelque sorte absents et res­tent au second plan du face à face entre capi­ta­listes et tra­vailleurs, seule « ori­gine du mal »… Il ne s’agit pas d’une sim­pli­fi­ca­tion réduc­trice mais d’un moment dans la théo­rie qui conduit ensuite à l’introduction de caté­go­ries sup­plé­men­taires, telles que la rente ou l’intérêt.

    Dans cette méthode, les niveaux d’analyse sont imbri­qués de manière cohé­rente, ce qui veut dire que l’étude de la finance doit se faire en aval de la théo­rie de la valeur. De ces très riches pages de « l’au­teur tabou des psy­cho­pathes », on peut au fond rete­nir deux pro­po­si­tions essentielles :

    1) la finance ne crée pas de valeur, et les reve­nus finan­ciers sont des reve­nus déri­vés de la plus-value ;

    2) les actions consti­tuent un capi­tal fic­tif dont la valeur est un droit seule­ment vir­tuel sur la plus-value.

    La théo­rie de la valeur consiste à dire qu’il n’y a pas d’autre source de valeur que l’exploitation du tra­vail sala­rié. On ne peut « s’enrichir en dor­mant » qu’à la condi­tion de pou­voir cap­ter une par­tie des richesses pro­duites par d’autres. Pour­tant, aujourd’hui encore, et depuis vingt ans au moins, une couche sociale étroite s’enrichit grâce à la crois­sance spec­ta­cu­laire des reve­nus finan­ciers. Il en résulte une illu­sion, qui exis­tait déjà à l’époque de Marx, selon laquelle cer­taines frac­tions du capi­tal pour­raient se mettre en valeur, de manière sépa­rée du pro­ces­sus de pro­duc­tion : « L’idée que cette forme de capi­tal est auto­nome est ren­for­cée par le fait que du capi­tal prê­té rap­porte de l’intérêt, qu’il soit ou non effec­ti­ve­ment employé comme capi­tal »2.

    Marx insiste sur le fait qu’il s’agit là d’une repré­sen­ta­tion à la fois popu­laire et adé­quate à la réi­fi­ca­tion de l’ensemble des rap­ports de pro­duc­tion : « dans sa repré­sen­ta­tion popu­laire, le capi­tal finan­cier, le capi­tal rap­por­tant de l’intérêt est consi­dé­ré comme le capi­tal en soi, le capi­tal par excel­lence »3. C’est dans ces pas­sages que Marx déve­loppe le concept de fétichisme4 autour de l’idée fon­da­men­tale sui­vante : alors que le capi­ta­lisme est un ensemble de rap­ports sociaux, autre­ment dit de rap­ports entre les êtres humains, son mode de fonc­tion­ne­ment conduit à une repré­sen­ta­tion où le des­tin des hommes (et les femmes) est tri­bu­taire de choses (d’où le terme de réi­fi­ca­tion), par exemple les « mar­chés finan­ciers » : cette « capa­ci­té de l’argent ou de la mar­chan­dise de faire fruc­ti­fier leur propre valeur, indé­pen­dam­ment de la repro­duc­tion, – c’est la mys­ti­fi­ca­tion capi­ta­liste dans sa forme la plus bru­tale »5.

    Seule la théo­rie de la valeur per­met de com­prendre pour­quoi il s’agit d’une illu­sion » (extraits du blog Hus­so­net)… Or se cram­pon­ner à une illu­sion est le propre des « psychopathes ».

    Réponse
  2. Étienne

    Mais il n’y a rien à attendre de la ver­tu spon­ta­née des acteurs : il nous faut de bonnes INSTITUTIONS, qui contraignent les acteurs à a ver­tu et qui les contrôlent rigoureusement.

    D’où l’im­por­tance car­di­nale de la bonne qua­li­té du pro­ces­sus consti­tuant, sans conflits d’intérêts.

    Réponse
  3. Yann Noisette

    « Éton­nant, non ?
    Vous ima­gi­nez une Consti­tu­tion moderne qui pro­cla­me­rait en pré­am­bule : « qu’on mette au ban, comme un fléau de la cité, l’homme qui se montre inca­pable de prendre part à la Ver­gogne et à la Justice. » ?
    Au plai­sir de vous lire.
    Étienne. »

    N’est-ce pas ce que l’on fait avec les prisons ?

    Après, pour­quoi y a‑t-il si peu de finan­ciers en prison…

    Réponse
  4. Étienne

    Héloïse,

    Que vou­lez-vous dire ?

    Je lis Marx, bien sûr, sa théo­rie (très sédui­sante) de la valeur et ses pré­cieuses expli­ca­tions sur le capi­tal fic­tif, bien sûr. 
    J’en lis bien d’autres aus­si (sans tabou : j’ai quelques dizaines de livres impor­tants sur la valeur), comme par exemple ce très sti­mu­lant der­nier livre d’An­dré Orléan, « L’empire de la valeur. Refon­der l’é­co­no­mie » (2011), où je lis, par exemple, ce pas­sage qui ne man­que­ra pas de vous intéresser :

    Cha­pitre I La valeur sub­stance : Tra­vail et utilité

    Une éco­no­mie mar­chande est une éco­no­mie dans laquelle la pro­duc­tion des biens se trouve dans les mains d’une mul­ti­tude de pro­duc­teurs-échan­gistes indé­pen­dants qui décident, sou­ve­rai­ne­ment, en fonc­tion de leurs seuls inté­rêts per­son­nels, de la qua­li­té et de la quan­ti­té des biens qu’ils pro­duisent. En rai­son même de cette auto­no­mie des déci­sions pri­vées, rien n’as­sure a prio­ri que les biens pro­duits dans de telles condi­tions répon­dront aux besoins de la socié­té. Ce n’est qu’a pos­te­rio­ri, une fois la pro­duc­tion réa­li­sée, que s’o­père par le biais du mar­ché la mise en rela­tion des pro­duc­teurs. Dans une éco­no­mie mar­chande pure, la connexion entre les hommes se fait exclu­si­ve­ment ex post par le biais de la cir­cu­la­tion des choses. Par défi­ni­tion se trouve exclue de la rela­tion mar­chande toute rela­tion per­son­nelle ou hié­rar­chique de même que tout enga­ge­ment col­lec­tif qui vien­drait res­treindre a prio­ri l’au­to­no­mie des volon­tés pri­vées. Les pro­duc­teurs-échan­gistes ne se connaissent jamais les uns les autres que super­fi­ciel­le­ment, au tra­vers des objets qu’ils apportent au mar­ché : aucun lien direct, aucune dépen­dance per­son­nelle, aucune fina­li­té col­lec­tive n’y vient réduire la dis­tance à autrui. Tout advient par la média­tion des mar­chan­dises. Le terme de « sépa­ra­tion mar­chande » semble le plus adé­quat pour expri­mer ce rap­port social para­doxal où cha­cun doit constam­ment affron­ter autrui pour sus­ci­ter son inté­rêt s’il veut faire en sorte qu’il y ait tran­sac­tion. Pour autant, dès lors qu’on consi­dère une divi­sion sociale du tra­vail un tant soit peu déve­lop­pée, chaque pro­duc­teur-échan­giste sépa­ré se trouve dépendre maté­riel­le­ment d’un très grand nombre d’autres pro­duc­teurs-échan­gistes, d’a­bord du côté de la pro­duc­tion, pour l’ob­ten­tion de tous les inputs qui lui sont néces­saires, mais éga­le­ment du côté de la vente lors­qu’elle met en jeu une mul­ti­tude de consom­ma­teurs finaux. Qui plus est, l’i­den­ti­té de ce très grand nombre d’in­di­vi­dus varie en fonc­tion de l’é­vo­lu­tion des tech­niques de pro­duc­tion comme de celle des pré­fé­rences des consom­ma­teurs. À la limite, dans une socié­té mar­chande déve­lop­pée, cha­cun dépend poten­tiel­le­ment de tous, soit comme four­nis­seur, soit comme client, bien qu’é­tant sépa­ré de tous. Cette dépen­dance uni­ver­selle a pour lieu d’ex­pres­sion le mar­ché sur lequel les objets pro­duits sont échangés.

    Cette pré­sen­ta­tion met bien en relief ce qui fait l’é­nigme spé­ci­fique de l’ordre mar­chand : sur quelle base des indi­vi­dus sépa­rés peuvent-ils se coor­don­ner dura­ble­ment ? N’y a‑t-il pas une contra­dic­tion fla­grante entre, du point de vue des forces pro­duc­tives, une dépen­dance maté­rielle étroite de cha­cun à l’é­gard de tous et, du point de vue de la rela­tion sociale, une extrême auto­no­mie for­melle des déci­sions pri­vées ? Com­ment ces deux aspects peuvent-ils être ren­dus com­pa­tibles ? Pour­quoi la logique de l’ac­ca­pa­re­ment pri­vé ne débouche-t-elle pas sur l’a­nar­chie ? Quelles forces agissent pour faire en sorte que les indi­vi­dus sépa­rés puissent tenir ensemble et consti­tuer une socié­té ? En un mot : pour­quoi y a‑t-il de l’ordre plu­tôt que du néant ? Il s’a­git de mettre au jour les média­tions sociales par le jeu des­quelles les dési­rs acqui­si­tifs indi­vi­duels se voient trans­for­més et mode­lés jus­qu’à être ren­dus compatibles.

    La réponse à ces ques­tions sup­pose que soit intro­duite une notion fon­da­men­tale : la valeur. Elle est au cœur de la régu­la­tion mar­chande. Il n’est pas exa­gé­ré de dire qu’elle en consti­tue l’ins­ti­tu­tion fon­da­trice. Pour en prendre plei­ne­ment la mesure, il n’est que de consi­dé­rer la rela­tion mar­chande élé­men­taire, l’é­change. Son prin­cipe de base est l’é­qui­va­lence en valeur, par laquelle les tran­sac­tions mar­chandes se dis­tinguent radi­ca­le­ment de toutes les autres formes d’ap­pro­pria­tion (don, redis­tri­bu­tion, vol ou cap­ture vio­lente). C’est en tant que valeur que les mar­chan­dises entrent dans l’é­change. « Comme valeur, la mar­chan­dise a la pro­prié­té de s’é­chan­ger dans des pro­por­tions déter­mi­nées avec d’autres mar­chan­dises ; c’est là que réside l’u­ni­té des marchandises1. » Dès lors qu’elle est recon­nue comme ayant une cer­taine valeur, la mar­chan­dise change de sta­tut. Elle cesse d’être le pro­duit spé­ci­fique de tel centre de pro­duc­tion par­ti­cu­lier, simple expres­sion des concep­tions per­son­nelles de son pro­prié­taire quant à ce qu’il faut pro­duire et selon quel pro­cé­dé, pour être désor­mais consi­dé­rée uni­ver­sel­le­ment comme apte à l’é­change, ce qui implique que son pro­prié­taire pos­sède désor­mais un droit de même mon­tant à l’é­gard des pro­duc­tions de toute l’é­co­no­mie. Autre­ment dit, en tant qu’elles valent, les mar­chan­dises accèdent à une forme d’ob­jec­ti­vi­té par­ti­cu­lière, l’ob­jec­ti­vi­té de la valeur, fon­da­men­ta­le­ment dis­tincte de leur objec­ti­vi­té en tant que valeur d’u­sage, mais qui s’im­pose aux acteurs mar­chands d’une manière tout aus­si impé­ra­tive. Cette objec­ti­vi­té si énig­ma­tique est ce qui carac­té­rise l’é­co­no­mie mar­chande. Pour cette rai­son, il faut défi­nir le rap­port mar­chand comme une rela­tion à autrui médiée par l’ob­jec­ti­vi­té de la valeur. Tout le mys­tère de l’é­co­no­mie est dans cette objec­ti­vi­té sui gene­ris, spé­ci­fique à la mar­chan­dise, qui ne se confond en rien avec l’ob­jec­ti­vi­té maté­rielle des mar­chan­dises en tant que choses. Marx exprime bien cette idée quand il remarque : « Par un contraste des plus criants avec la gros­siè­re­té du corps de la mar­chan­dise, il n’est pas un atome de matière qui pénètre la valeur. On peut donc tour­ner et retour­ner à volon­té une mar­chan­dise prise à part ; en tant qu’ob­jet de valeur, elle reste insaisissable2. » Cette énigme est au cœur de la réflexion des éco­no­mistes : « D’où vient l’ob­jec­ti­vi­té de la valeur ? »

    Si l’on exa­mine l’his­toire de la pen­sée éco­no­mique, on observe que deux réponses se sont suc­ces­si­ve­ment impo­sées : la valeur tra­vail et la valeur uti­li­té. La pre­mière carac­té­rise la période clas­sique, celles des pères fon­da­teurs, Smith, Ricar­do et Marx ; la seconde, la période néo­clas­sique qui a pour ori­gine les tra­vaux mar­gi­na­listes de Jevons, Men­ger et Wal­ras. Cette der­nière réponse a connu une éla­bo­ra­tion extrê­me­ment sophis­ti­quée grâce au déve­lop­pe­ment de l’é­co­no­mie mathé­ma­tique. Elle est aujourd’­hui abso­lu­ment domi­nante. C’est dans le cadre de celle-ci que rai­sonnent tous les éco­no­mistes contem­po­rains, ou peu s’en faut. Aus­si sera-t-elle au cœur de la réflexion que pro­pose le pré­sent livre, car il s’a­git bien, en prio­ri­té, ici, de dia­lo­guer avec l’é­co­no­mie telle qu’au­jourd’­hui elle se pra­tique. On la dési­gne­ra du terme de théo­rie « ortho­doxe » ou « domi­nante », par lequel il s’a­git sim­ple­ment de décrire ce qui est, sans juge­ment de valeur : l’exis­tence d’un para­digme accep­té très lar­ge­ment par la com­mu­nau­té des économistes.

    Cepen­dant, avant de l’a­na­ly­ser en détail dans le cha­pitre II, une consta­ta­tion pré­li­mi­naire s’im­pose : la théo­rie de la valeur uti­li­té par­tage avec la théo­rie de la valeur tra­vail une manière iden­tique de conce­voir la valeur et son objec­ti­vi­té, sans équi­valent dans les autres sciences sociales. Toutes deux y voient l’ef­fet d’une « sub­stance » ou qua­li­té que les biens mar­chands pos­sé­de­raient en propre. Cette hypo­thèse que nous nom­me­rons « hypo­thèse sub­stan­tielle » tend à « natu­ra­li­ser » les rap­ports éco­no­miques. En accor­dant la pri­mau­té aux objets, elle construit une « éco­no­mie des gran­deurs » au détri­ment d’une « éco­no­mie des rela­tions ». Mettre au jour cette struc­ture concep­tuelle per­met de com­prendre que les impasses actuelles de la théo­rie éco­no­mique ont des racines pro­fondes. Y remé­dier passe néces­sai­re­ment par une « refon­da­tion » concep­tuelle. Il s’a­git de pro­mou­voir un nou­veau cadre glo­bal d’in­tel­li­gi­bi­li­té appré­hen­dant la réa­li­té éco­no­mique sous une nou­velle pers­pec­tive. Par ailleurs, cette ana­lyse, parce qu’elle per­met de faire émer­ger, par-delà la cou­pure entre clas­siques et mar­gi­na­listes, une struc­ture concep­tuelle com­mune, éta­blit l’u­ni­té pro­fonde de la pen­sée éco­no­mique et en révèle l’o­ri­gine : l’hy­po­thèse sub­stan­tielle. Ce résul­tat ne doit pas être négli­gé. La pré­ten­tion à une scien­ti­fi­ci­té pop­pé­rienne comme la reven­di­ca­tion d’au­to­no­mie à l’é­gard des autres sciences sociales comptent par­mi ses expres­sions les plus notables1. On les trouve pré­sentes chez des auteurs que par ailleurs tout, ou presque, oppose. C’est cette tra­di­tion qui doit aujourd’­hui être transformée.

    Le pré­sent cha­pitre vise à mettre au jour cette struc­ture concep­tuelle commune2. Il s’a­git donc d’en reve­nir à ce que les éco­no­mistes nomment « théo­ries de la valeur ». Il est inutile d’in­sis­ter sur la place cen­trale qu’elles occupent dans la pen­sée éco­no­mique. Quatre pro­prié­tés seront mises en évi­dence : l’in­sis­tance sur le troc, l’ex­clu­sion de la mon­naie, la sous-esti­ma­tion des rela­tions d’é­change et le carac­tère glo­bal du concept de valeur. Ces quatre pro­prié­tés se déduisent logi­que­ment de l’hy­po­thèse sub­stan­tielle, comme l’at­teste le fait qu’elles sont pré­sentes aus­si bien chez les clas­siques que chez les néo­clas­siques. Une fois cette mise en évi­dence effec­tuée et après un ultime détour du côté de la pen­sée de Marx, le cha­pitre sui­vant se cen­tre­ra sur la seule pen­sée néoclassique.

    Avant de pour­suivre selon ces lignes, une ultime remarque intro­duc­tive s’im­pose : la réflexion de ce livre porte exclu­si­ve­ment sur l’é­co­no­mie mar­chande et non sur le capi­ta­lisme. S’in­té­res­ser au capi­ta­lisme sup­po­se­rait d’in­tro­duire, à côté de la sépa­ra­tion mar­chande, un autre rap­port social, à savoir le rap­port sala­rial. Il n’en sera rien. L’a­na­lyse qui suit ignore le sala­riat et traite la pro­duc­tion à la manière d’une boîte noire, chaque acteur étant simul­ta­né­ment pro­duc­teur et échan­giste comme le sou­ligne le terme de « pro­duc­teur-échan­giste ». L’é­co­no­mie mar­chande s’im­pose comme le cadre concep­tuel adé­quat pour mettre au jour le rôle que joue la valeur dans la coor­di­na­tion des acti­vi­tés sépa­rées. Là réside tout son inté­rêt. Même si la com­pré­hen­sion du capi­ta­lisme demeure le but final que pour­suit l’é­co­no­mie, cette com­pré­hen­sion passe au préa­lable par une pleine élu­ci­da­tion de la valeur.

    L’hy­po­thèse substantielle

    La tra­di­tion éco­no­mique nomme « théo­rie de la valeur » les approches qui cherchent à décou­vrir le secret de l’é­chan­gea­bi­li­té mar­chande dans l’hy­po­thèse d’une « sub­stance » ou qua­li­té confé­rant aux biens une valeur intrin­sèque. Le plus sou­vent, ce livre se confor­me­ra à l’u­sage et retien­dra la qua­li­fi­ca­tion usuelle de « théo­rie de la valeur » pour les dési­gner, mais sans jamais perdre de vue que, sous cette appel­la­tion d’ap­pa­rence géné­rale et neutre, se cache en fait une concep­tion très par­ti­cu­lière. Lors­qu’il s’a­gi­ra de les dis­tin­guer d’autres approches, le terme, plus lourd mais plus pré­cis, de « théo­rie sub­stan­tielle de la valeur », ou encore de « théo­rie de la valeur sub­stance », sera uti­li­sé. His­to­ri­que­ment, deux « sub­stances » ont été prises en consi­dé­ra­tion par les éco­no­mistes : le tra­vail et l’u­ti­li­té. Cepen­dant, quelle que soit la sub­stance consi­dé­rée, ces approches par­tagent la même concep­tion prin­ceps selon laquelle, pour pen­ser l’é­change, il convient d’al­ler par-delà l’ap­pa­rence des tran­sac­tions moné­taires de façon à mettre en évi­dence la pré­sence d’une gran­deur cachée qui pré­existe logi­que­ment aux tran­sac­tions et les orga­nise. L’i­dée d’une valeur objec­tive ordon­nant de l’ex­té­rieur l’a­nar­chie appa­rente des échanges mar­chands trouve dans ce corps de doc­trine son hypo­thèse fon­da­trice. Elle façonne en pro­fon­deur le regard que les éco­no­mistes portent sur la réa­li­té. Il s’a­git de faire appa­raître ce qui est dis­si­mu­lé : la loi de la valeur qui, à l’in­su des échan­gistes, com­mande aux tran­sac­tions. Il y a des échanges parce qu’il y a de la valeur et cette valeur se pré­sente comme une qua­li­té que pos­sèdent en propre les biens marchands.

    Ain­si, Léon Wal­ras com­mence-t-il ses Élé­ments d’é­co­no­mie poli­tique pure par une spé­ci­fi­ca­tion de ce qu’est la richesse sociale en par­tant de la notion de rare­té : « J’ap­pelle richesse sociale l’en­semble des choses maté­rielles ou imma­té­rielles qui sont rares, c’est-à-dire qui, d’une part, nous sont utiles, et qui, d’autre part, n’existent à notre dis­po­si­tion qu’en quan­ti­té limitée1. » Comme on le note, cette défi­ni­tion de la rare­té ren­voie à des réa­li­tés indé­pen­dantes de l’é­change, à savoir l’u­ti­li­té et une quan­ti­té limi­tée. Il énonce ensuite que la rare­té, pro­prié­té objec­tive, est ce qui confère de la valeur aux objets et fonde, de ce fait, l’é­change. La nature de la valeur est ain­si tota­le­ment spé­ci­fiée par des cri­tères objec­tifs. L’é­change en découle logi­que­ment. Comme le dit Wal­ras lui-même, le fait de l’é­change est déduit a prio­ri de cette sub­stance spé­ci­fique qu’il nomme « rare­té ». Une fois la valeur expli­ci­tée dans la pre­mière sec­tion des Élé­ments d’é­co­no­mie poli­tique pure, Wal­ras passe à l’é­tude de l’é­change de deux mar­chan­dises entre elles (sec­tion II), puis à celle de l’é­change de plu­sieurs mar­chan­dises entre elles (sec­tion III). Il démontre que, à l’é­tat d’é­qui­libre, le rap­port des valeurs est égal au rap­port des rare­tés. Ce n’est qu’en tout der­nier lieu que la mon­naie se trouve intro­duite. Cette pro­gres­sion valeur, troc, mon­naie est carac­té­ris­tique de l’hy­po­thèse substantielle.

    Pour ce qui est de la théo­rie de la valeur tra­vail, elle trouve son expres­sion la plus abou­tie chez Karl Marx. Dans le pre­mier cha­pitre du Capi­tal, Marx consi­dère deux mar­chan­dises, du fro­ment et du fer, et il observe que, dans l’é­change, « une quan­ti­té don­née de fro­ment est répu­tée égale à une quan­ti­té quel­conque de fer ». À par­tir de cette obser­va­tion, il s’in­ter­roge sur ce que signi­fie cette éga­li­té. Il répond : « C’est que [dans ces deux objets dif­fé­rents, le fro­ment et le fer], il existe quelque chose de com­mun. » En consé­quence, il cherche à déter­mi­ner ce « quelque chose de com­mun ». Selon lui, ce « quelque chose de com­mun » ne peut pas être « une pro­prié­té natu­relle quel­conque, géo­mé­trique, phy­sique, chi­mique, etc. ». Plus lar­ge­ment, il écarte tout ce qui est de l’ordre de la valeur d’u­sage. Il conclut avec assu­rance : « La valeur d’u­sage des mar­chan­dises une fois mise de côté, il ne reste plus qu’une qua­li­té, celle d’être des pro­duits du tra­vail » ! Plus loin, il pré­cise : « Tous ces objets ne mani­festent plus qu’une chose, c’est que dans leur pro­duc­tion une force de tra­vail humaine a été dépen­sée […]. En tant que cris­taux de cette sub­stance sociale com­mune, ils sont répu­tés valeurs. » En l’oc­cur­rence, cette « sub­stance sociale com­mune » est mesu­rée par le temps de tra­vail socia­le­ment néces­saire à la pro­duc­tion des biens. Il écrit : « Nous connais­sons main­te­nant la sub­stance de la valeur : c’est le tra­vail. Nous connais­sons la mesure de sa quan­ti­té : c’est la durée du travail. »

    À l’é­vi­dence, chez Marx, la valeur sub­stance a le sta­tut d’une hypo­thèse a prio­ri qui struc­ture le regard de l’é­co­no­miste et lui dicte ce qu’il doit voir. Elle est une construc­tion concep­tuelle et non pas un fait d’ob­ser­va­tion. Certes Marx cherche à per­sua­der son lec­teur qu’il suf­fi­rait d’exa­mi­ner atten­ti­ve­ment les échanges pour que la valeur tra­vail se révé­lât à ses yeux. Mais sa démons­tra­tion n’est guère convain­cante. Pour­quoi reje­ter la valeur d’u­sage comme source poten­tielle de la valeur ? Ou encore, une fois celle-ci reje­tée, pour­quoi ne res­te­rait-il que le tra­vail humain pour jus­ti­fier la commensurabilité ?

    Ces deux auteurs illus­trent par­fai­te­ment l’hy­po­thèse sub­stan­tielle. Il s’est agi pour Marx comme pour Wal­ras de mettre au jour une gran­deur, le tra­vail socia­le­ment néces­saire, pour le pre­mier ; la rare­té pour le second, qui fonde la valeur et, ce fai­sant, l’é­change. La force de cette construc­tion tient au fait que ces gran­deurs peuvent être cal­cu­lées sans réfé­rence aux échanges. Une fois l’é­co­no­mie mar­chande spé­ci­fiée par ses pro­duc­tions et ses consom­ma­tions, il est pos­sible de cal­cu­ler la valeur de toutes les mar­chan­dises. Ces gran­deurs peuvent être dites objec­tives. Ceci est clair pour Marx. C’est éga­le­ment vrai de Wal­ras mais deman­de­ra quelques expli­ca­tions sup­plé­men­taires dans la mesure où l’ob­jec­ti­vi­té de l’u­ti­li­té ren­voie à des pré­fé­rences indi­vi­duelles qui sont sub­jec­tives. Cepen­dant, dès lors que ces der­nières sont sup­po­sées exo­gènes, rien ne les dis­tingue plus des fonc­tions de pro­duc­tion. Elles sont tout autant objec­tives du point de vue du théo­ri­cien de la valeur. Elles sont des don­nées à par­tir des­quelles les valeurs se déduisent. Le cha­pitre II, consa­cré à la théo­rie néo­clas­sique, revien­dra lon­gue­ment sur ce point.

    La cen­tra­li­té du troc et l’ex­clu­sion de la monnaie

    […]

    Source : André Orléan, « L’empire de la valeur. Refon­der l’é­co­no­mie » (2011), pages 19 et s.

    Par contre, Héloïse, j’ai­me­rais bien que vous étayiez un peu votre hypo­thèse des « domi­nés psy­cho­pathes »… Je la trouve a prio­ri plu­tôt per­verse (met­tant les valeurs à l’en­vers : les vic­times cou­pables de se défendre…). Mais c’est sans doute un malentendu.

    Il fau­drait aus­si nous pré­ci­ser à quelles « œillères vous faites allu­sion ? Celles des mar­xistes, peut-être ? 😉 
    Cha­cun les siennes, d’une cer­taine façon.

    Moi, pour défi­nir « psy­cho­pathe », plu­tôt que « se cram­pon­nant à une illu­sion » comme vous le sug­gé­rez (à mon avis fau­ti­ve­ment, tant le trouble est fré­quent 😉 ), je pré­fè­re­rais par­ler de « mala­die men­tale », plus géné­ra­le­ment, et en l’oc­cur­rence sur­tout, d’ « insen­si­bi­li­té à la souf­france d’au­trui », ce qui est à la fois une absence de ver­gogne et du cynisme. Cette défi­ni­tion plus pré­cise me paraît une meilleure arme pour bien viser (sans se trom­per de cible 😉 ) les vrais res­pon­sables de la pré­ten­due « crise ». 

    Au plai­sir de vous lire.

    Étienne.

    Réponse
  5. Romain

    Les psy­cho­pathes finan­ciers, s’ils sont la cause de la crise, c’est seule­ment parce qu’on leur a lais­sé les commandes.

    Il ne faut pas amoin­drir la res­pon­sa­bi­li­té des poli­tiques qui les ont pla­cés là.

    Que l’on remonte le niveau d’in­fla­tion et nos psy­cho­pathes de finan­ciers, avec tous leurs outils com­plexes per­dront inexo­ra­ble­ment de leur pou­voirs sur la vie réelle. Il ne faut pas régu­ler la finance, car ils trou­ve­ront tou­jours des moyens détour­nés de refaire la même chose… (voir les périodes d’in­ter­dic­tions de vente à décou­vert). Il faut juste dimi­nuer l’in­fluence de l’a­sile sur la chose publique en rééqui­li­brant les poids du tra­vail et du capi­tal dans l’é­chelle des valeurs.

    Réponse
  6. Simon

    « Ver­gogne et à la Justice »

    Ce sont des valeurs qui peuvent trop faci­le­ment être détour­nées par de la rhé­to­rique poli­ti­cienne. D’autant plus qu’elle ne sont pas innées chez tout le monde, cela s’inculque bien sou­vent, et se découvre par­fois. Cela relève du constat pour moi.

    La jus­tice c’est mal­heu­reu­se­ment tou­jours celle du plus fort. D’ou l’importance d’affaiblir le pou­voir, voire de le « stériliser ».

    Ça reste une ques­tion de contexte et de rap­port de force.

    Vivre en socié­té n’est pas quelque chose des spon­ta­né, cela s’apprend (impor­tance de l’éducation).

    Tout est politique.

    Réponse
  7. Simon

    à Étienne,

    Je pense que cette ques­tion de la valeur nait d’une mau­vaise for­mu­la­tion d’un problème :

    Paul Jorion
    Le rap­port entre la valeur et le prix
    Ou com­ment revi­si­ter la théo­rie smi­thienne de la valeur en mobi­li­sant Aristote.
    http://​www​.jour​nal​du​mauss​.net/​s​p​i​p​.​p​h​p​?​a​r​t​i​c​l​e39

    à pro­pos de la théo­rie de la valeur, avez-vous lu ce texte ? Sinon, faites-le, c’est très intéressant.

    Jorion dit entre-autre dans ce texte que la ques­tion de la valeur peux par­fois ser­vir à mettre en évi­dence des faits sociaux* , mais qu’à part ça, sur le plan pure­ment éco­no­mique, elle est com­plè­te­ment super­flue. Il montre com­ment cette notion de valeur s’est for­gée dans le temps et notam­ment à par­tir d’une erreur de traduction (!).

    * (par exemple, la valeur-tra­vail chez Marx qui signi­fie sim­ple­ment la dépense d’une éner­gie vitale, ça c’est moi qui le dit).

    Réponse
  8. Gaudefroy

    Plus lar­ge­ment, c’est le monde de la CORPORATION (-dont le man­dat pre­mier est la recherche de son propre inté­rêt, où il n’est fait aucune men­tion d’une res­pon­sa­bi­li­té à l’é­gard des inté­rêts publics, où les ques­tions sociales sociales et éco­lo­giques sont décla­rée irre­ce­vables voire sont per­çues comme un obs­tacle à son man­dat pre­mier-) qui est fon­da­men­ta­le­ment psychopathe.

    C’est d’ailleurs la thèse prin­ci­pale du livre  » Psy­cho­pathes et com­pa­gnie  » (soif patho­lo­gique de pro­fit et de pou­voir) de Joel Bal­kan dont a été tiré le docu­men­taire for­mi­dable  » The corporation « .

    La cor­po­ra­tion n’a pas tou­jours exis­té. Mais ce lévia­than de notre temps de capi­ta­lisme glo­ba­li­sé est deve­nu le pire enne­mi de l’homme et de la nature.

    Déman­te­ler par des lois anti-car­tels devrait figu­rer par­mi les prio­ri­tés d’une authen­tique inter­na­tio­nale socialiste.

    Ami­ca­le­ment.

    Réponse
  9. Étienne

    Gau­de­froy,

    Effec­ti­ve­ment, c’est un bon livre, à trou­ver d’oc­ca­sion ou en biblio­thèque car il n’est plus disponible :
    « Psy­cho­pathes & Cie : La soif patho­lo­gique de pro­fit et de pouvoir »
    http://​www​.ama​zon​.fr/​P​s​y​c​h​o​p​a​t​h​e​s​-​C​i​e​-​p​a​t​h​o​l​o​g​i​q​u​e​-​p​r​o​f​i​t​-​p​o​u​v​o​i​r​/​d​p​/​2​8​9​4​7​2​2​63X

    Le film « The Cor­po­ra­tion » peut se voir sur le net :

    On dirait bien que la socié­té en RESPONSABILITÉ LIMITÉE est une CATASTROPHE pour l’hu­ma­ni­té ; huma­ni­té qui risque bien de le payer cher et de finir, pro­gres­si­ve­ment, en CAMPS DE TRAVAIL.

    Je rap­pelle que c’est le régime (incroya­ble­ment cor­rup­teur) du gou­ver­ne­ment repré­sen­ta­tif qui a per­mis aux avo­cats d’af­faires d’emporter (à l’ar­ra­ché) la déci­sion du légis­la­teur d’ac­cep­ter de don­ner LA PERSONNALITÉ MORALE aux entre­prises (quelle folie !), ain­si que LA RESPONSABILITÉ LIMITÉE (quelle autre sot­tise !) : deux poi­sons mor­tels anti-humains, mais à dif­fu­sion lente.

    « Cher­chez la cause des causes » (Héro­dote).

    À mon avis, on ne s’en sor­ti­ra pas dans LA CAGE de l’é­lec­tion de pro­fes­sion­nels de la poli­tique : il nous faut une vraie Consti­tu­tion, et donc, for­cé­ment, un pro­ces­sus consti­tuant débar­ras­sé de tout conflit d’intérêts.

    Étienne.

    Réponse
  10. François

    Encore fau­drait-il, que les États, càd les gou­ver­ne­ments, soient INDÉPENDANTS des « psy­cho­pathes ». Au fait qu’est-ce que l’État, cen­sé nous pro­té­ger et/ou être le garant de notre représentation.

    Nous sommes plu­sieurs à appli­quer à des groupes (cor­po­ra­tions, gou­ver­ne­ments…) ou à des indi­vi­dus (tra­ders…) des com­por­te­ments socié­taux décou­lant d’un manque d’é­du­ca­tion (le civisme par ex) lié :

    -aux conflits d’in­té­rêts per­ma­nents des diri­geants élus (Ces élus per­mettent et favo­risent la mul­ti­pli­ca­tion des déci­deurs finan­ciers, éco­no­miques, etc sans vergogne)

    - À une édu­ca­tion et une for­ma­tion jus­te­ment basées sur l’hu­bris (le tou­jours plus).

    Leur mala­die, ne peut donc QUE s’é­tendre à toutes celles et ceux qui rêvent le modèle (« la merde allant tou­jours en des­cen­dant disait un lieu­te­nant colo­nel de la garnison…)
    Rien d’é­ton­nant donc que ceux-ci ser­vissent et servent encore de modèles à de jeunes tra­ders, triés sur le volet POUR leur absence « d’éthique »
    Rien d’é­ton­nant alors que la valeur objec­tive dont nous par­lons ici soit « fixée » par l’or­tho­doxie économique.

    Cette valeur qui a évo­lué dans le temps semble t‑il, ne peut-être actuel­le­ment que prise en main (de fer) et viciée par des malades men­taux, tant sont exa­cer­bées la com­pé­ti­tion et l’ab­sence totale de ver­gogne pour reprendre le terme d’Étienne.

    J’ai lu et relis encore « La Grande relève (de l’homme par la machine) de Jean Baudouin…(Merci Étienne) C’est un trésor.

    Je laisse un extrait ci-des­sous, afin de mettre en lumière cette dif­fé­rence fon­da­men­tale qu’il existe entre une démo­cra­tie véri­table à fon­der, et une véri­table spo­lia­tion du terme même de la démo­cra­tie, à remplacer.

    Le mal est nom­mé, tra­qué, mis en lumière et l’heure très cer­tai­ne­ment à la solu­tion. Tan­dis que nous dis­cu­tons il pro­gresse. Fai­sons comme lui, mais pro­gres­sons en gen­til virus.

    Il est impé­ra­tif effec­ti­ve­ment de remettre en place un État digne de ce nom, et cet État c’est Nous, et c’est à nous de le mettre en place.

    Cha­pitre : L’État est l’hé­ri­tier de ceux qui n’en n’ont plus.

    L’É­tat, c’est autre chose encore.
    C’est la plus haute mani­fes­ta­tion de la soli­da­ri­té natio­nale qui, logi­que­ment, a pour fin suprême le pro­grès de l’hu­ma­ni­té ou, si vous pré­fé­rez, l’a­mé­lio­ra­tion du sort maté­riel et moral de la classe la plus nom­breuse et la plus pauvre. L’É­tat ne peut donc se dés­in­té­res­ser de la misère d’une par­tie des citoyens et même de leur bien-être. Il n’y a là rien qui puisse vous effa­rou­cher, car cette concep­tion est loin d’être révo­lu­tion­naire. Un pape, dans l’en­cy­clique Rerum Nova­rum, a admis l’in­ter­ven­tion de l’É­tat pour assu­rer la jus­tice dans les rela­tions natu­relles entre les hommes. Il doit deve­nir, a‑t-il dit, la pro­vi­dence des travailleurs.

    — Ses inter­ven­tions, en matière éco­no­mique, sont tou­jours désas­treuses, reprit le négo­ciant pari­sien qui ne vou­lait pas se rendre. Vous n’al­lez pas vous faire le défen­seur de toutes les sot­tises des admi­nis­tra­tions publiques ?

    — Je concède, dit Her­mo­dan, que l’É­tat ne doit pas se mêler de ce qui ne le regarde pas. Reste à défi­nir le domaine qui doit lui être her­mé­ti­que­ment défen­du. Si je vous pro­po­sais la for­mule d’un éco­no­miste de l’é­cole dont vous vous récla­mez constam­ment : l’é­cole clas­sique libé­rale ? Puis-je mieux choisir ?

    — Évi­dem­ment non, dit le pro­prié­taire ter­rien, quelle est-elle ?

    — Ni l’É­tat, ni les com­munes ne doivent jamais faire ce que peut faire un par­ti­cu­lier ; c’est la for­mule d’Yves Guyot, reprit Her­mo­dan. Vous l’ac­cep­tez sans réserve et je l’ap­plique à la situa­tion actuelle.

    — Com­ment cela ? dit l’ingénieur.

    — L’É­tat, dit Her­mo­dan, doit s’abs­te­nir d’être com­mer­çant ou indus­triel par­tout où un com­mer­çant et un indus­triel peuvent faire mieux ou aus­si bien que lui.

    —Bra­vo ! dit le pro­prié­taire ter­rien, voi­là qui est sage­ment raisonné.

    —Mais, conti­nua Her­mo­dan, chaque fois que le capi­ta­lisme est défaillant, l’É­tat ne doit pas inter­ve­nir pour ren­flouer les entre­prises pri­vées comme les inté­res­sés ne manquent jamais de le récla­mer. Ceux-ci ne doivent pas comp­ter sur l’É­tat pour créer arti­fi­ciel­le­ment le pro­fit lorsque celui-ci vient à disparaître.

    — J’ap­prouve encore, dit le pro­prié­taire terrien,

    — Alors je conti­nue, dit Her­mo­dan. Mais, ain­si que l’exige l’a­mour du pro­chain qui est au fond de chaque cœur d’homme, le pro­fit ne doit com­men­cer qu’a­près qu’il aura été pour­vu à l’exis­tence de ceux des citoyens qui, ne pos­sé­dant au monde que leur tra­vail, sont dans l’im­pos­si­bi­li­té de pré­le­ver quoi que ce soit des richesses dont le monde regorge, du moment que leur tra­vail ne trouve plus preneur.

    — C’est l’as­sis­tance actuelle aux chô­meurs, remar­qua l’ingénieur,

    — C’est mieux, dit Her­mo­dan, mais lais­sez-moi conti­nuer. Enfin, s’il arrive qu’en rai­son des pro­grès tech­niques réa­li­sés, le pro­fit vienne à dis­pa­raître de cer­taines acti­vi­tés indis­pen­sables à la vie de la nation, c’est l’É­tat qui doit recueillir ces acti­vi­tés car il est l’hé­ri­tier de ceux qui n’en ont plus. {…} 

    Cet écrit date de 1932… 80 longues années.

    Réponse
  11. Brice

    Bon­jour Étienne, toutes et tous,

    D’a­bord, tres bonne nou­velle annee (encore !) du Dragon.

    Je passe rapi­de­ment et n’au­rai pas le temps de deve­lop­per, mais je suis etonne qu’E­tienne n’ait pas fait men­tion des confe­rences et livres du col­lec­tif Ars Indus­tria­lis, et notam­ment de son co-fon­da­teur Ber­nard Stie­gler, qui denonce depuis quelques temps deja la deli­ques­cence du modele capi­ta­liste a tra­vers les prismes de la dis-trac­tion, la misere sym­bo­lique, et la dis­pa­ri­tion de la ver­gogne, justement.

    Voir par exemple « Consti­tuer l’Europe » :

    « La construc­tion et la consti­tu­tion de l’Eu­rope visent à créer un nou­veau pro­ces­sus d’in­di­vi­dua­tion psy­chique et col­lec­tive au sein duquel puissent se co-indi­vi­duer des pro­ces­sus d’in­di­vi­dua­tion déjà exis­tants : les nations euro­péennes. Parce qu’ont muté, du fait du déve­lop­pe­ment tech­no­lo­gique, les condi­tions géné­rales de l’in­di­vi­dua­tion à tra­vers l’en­semble du monde indus­tria­li­sé, il y a aujourd’­hui à faire conver­ger les pro­ces­sus d’in­di­vi­dua­tion natio­naux, en Europe et par­tout sur la Terre, vers des pro­ces­sus conti­nen­taux et supra­na­tio­naux : la nation n’est plus un cadre auto­suf­fi­sant pour assu­rer de bonnes condi­tions d’in­di­vi­dua­tion à ses habi­tants. Mais d’autre part, l’in­di­vi­dua­tion psy­chique et col­lec­tive indus­trielle issue du capi­ta­lisme contem­po­rain est deve­nue auto­des­truc­trice. Car elle est ron­gée par le contre pro­ces­sus d’une rui­neuse désu­bli­ma­tion, induite par une baisse ten­dan­cielle de l’éner­gie libi­di­nale que détruit sa cap­ta­tion par les médias de masse : c’est le  » temps de cer­veau dis­po­nible  » deve­nu une mar­chan­dise comme les autres – ce dont parle M. Le Lay sans ver­gogne, exhi­bant ain­si le règne d’une grande misère sym­bo­lique et d’une démo­ti­va­tion géné­ra­li­sée. Le modèle indus­triel domi­nant tend en effet à détruire cette ver­gogne dont les Grecs anciens, qui la nom­maient aidôs, posaient qu’elle est, avec la jus­tice (dikè), et comme prin­cipe sublime, la condi­tion de toute consti­tu­tion poli­tique. L’Eu­rope ne se consti­tue­ra qu’à la condi­tion de lut­ter contre ce qui, dans la socié­té indus­trielle, conduit à la désu­bli­ma­tion comme liqui­da­tion de toute ver­gogne. Cette ana­lyse est déve­lop­pée dans le pré­sent ouvrage sur le plan d’une éco­no­mie poli­tique et par des consi­dé­ra­tions de poli­tique indus­trielle : la pro­tec­tion de la ver­gogne n’est plus une simple ques­tion de morale, ou de  » valeurs « , mais d’or­ga­ni­sa­tion des échanges sym­bo­liques, c’est-à-dire d’a­bord, de nos jours, d’or­ga­ni­sa­tion indus­trielle de la pro­duc­tion et de la consom­ma­tion. La démo­ti­va­tion qui a été engen­drée du côté de la pro­duc­tion comme de la consom­ma­tion par la mise en œuvre, au XXe siècle, de tech­niques de cal­cul des per­for­mances et de recherche des moti­va­tions, sera le thème du second tome de cet ouvrage, Le motif euro­péen, qui esquis­se­ra les bases d’une nou­velle théo­rie du motif à par­tir du concept d’in­di­vi­dua­tion, et comme élé­ment cru­cial d’une civi­li­sa­tion indus­trielle réinventée. »

    Et bien sur http://​arsin​dus​tria​lis​.org/

    Bien a vous, et Chuc Mung Nam Moi !

    Réponse
  12. Sekane

    Je res­sens, en sui­vant cette page, mon seuil de com­pé­tence sur ces domaines très techniques.

    Si, on consi­dère nos diri­geants éta­tiques et finan­ciers comme psy­cho­pathes, on ne peut juger que leurs actes et/ou pen­sées comme tels. L’in­di­vi­du en lui-même ne l’est pas (son MOI pro­fond). Ces gens-là, sor­tis de leur contexte et remis dans la vraie socié­té avec des gens nor­maux, rega­gne­rons leur vision « juste » du monde. C’est l’en­fer­me­ment dans leurs micro socié­tés, entre­prises, par­tis, qui les res­treint dans une vision biai­sée de la réa­li­té. C’est ce que je pense et ça me ras­sure, car autre­ment il ne nous reste qu’une solu­tion, c’est de les enfer­mer comme réel­le­ment malades psychiatriques…

    En ce qui concerne la valeur d’un objet ou pro­duit, si je com­prends bien, on peut avoir une valeur :
    – tra­vail, coût du travail
    – rareté
    – utilité
    – sociale

    J’ai peut être raté une ou deux notions (c’est pas évident de tout assi­mi­ler, j’ai du retard !!)

    Par contre, je n’ai pas vu de notion d’ obso­les­cence d’un pro­duit, ni de « jus­tesse » (désigne la qua­li­té qui rend une chose par­fai­te­ment appro­priée à sa des­ti­na­tion et au fig., la facul­té d’ap­pré­cia­tion de l’es­prit (pen­ser avec jus­tesse que))

    On en revient à l’en­sei­gne­ment du Boud­dha, CONSCIENCE juste pour Soi et les autres, PERCEPTION juste pour toi et les autres, PENSÉES justes pour toi et les autres, PAROLES justes pour toi et les autres, ACTIONS justes pour toi et les autres et enfin le plus impor­tant sur­tout en ce moment, LES MOYENS D’EXISTENCE JUSTES pour toi et les autres.

    Je suis peut-être hors sujet !!

    Au plai­sir de vous lire et de vos réactions !

    Réponse
  13. Heloise

    Étienne mer­ci de vos réflexions. 

    « Les œillères », c’est une image, car en fait ce ne sont pas les indi­vi­dus qui les choi­sissent, je dirais qu’il y a des zones d’ombre orga­ni­sées par l’i­déo­lo­gie domi­nante, et notre esprit comme les plantes est enclin à obéir au tro­pisme de la lumière… Il faut être « per­vers » ou sim­ple­ment « rebelle » pour s’ac­cro­cher à des lec­tures confi­den­tielles comme les nôtres…(ce sont « les brouillons de Marx  » qui com­mencent à être intéressants !).

    Marx n’ar­rête pas son tra­vail quant à la valeur sur une sim­pli­fi­ca­tion pro­vi­soire « le fon­de­ment de la valeur c’est le tra­vail »… Non, il enchaîne ensuite quant à la dia­lec­tique des condi­tions néces­saires et des condi­tions suf­fi­santes pour que la graine d’une cer­taine « valeur » devienne une vraie valeur d’u­sage en cor­ré­la­tion avec sa valeur mar­chande… C’est là que « l’é­co­no­mie mar­xiste » refuse de pré­tendre être une science dis­tincte des autres « sciences humaines »… Et ses cher­cheurs l’ap­pellent « éco­no­mie et poli­tique »… Donc en effet, les tra­vaux les plus divers quant à « la valeur » peuvent eux-même prendre un sens émi­nem­ment utile, donc « leur valeur » … C’est ce qui me parait sous-tendre le fameux « pro­gramme par­ta­gé » pro­po­sé par les diverses com­po­santes du « FdG »… s’il ne se contente pas d’être un « pro­duit fini »(cer­cueil) de recettes pro­met­teuses : « l’hu­main d’a­bord » est une démarche phi­lo­so­phique qui peut deve­nir une puis­sante reven­di­ca­tion popu­laire si on en par­tage le « souci » !

    Réponse
  14. klimperei

    Le monde finan­cier serait-il diri­gé par des psy­cho­pathes, SANS VERGOGNE ?
    > pléonasme

    Réponse
  15. Ana Sailland

    Dans l’en­ca­dré du haut : 
     » Mais com­ment des per­sonnes avec un tel pro­fil psy­cho­lo­gique ont-elles pu atteindre des postes si élevés ? »

    »> C’est peut être jus­te­ment ce défaut qui les fait grim­per, méca­ni­que­ment, car dès lors que le sys­tème est fou, il a besoin de fous pour fonc­tion­ner. ((( comme sug­gé­ré, la folie dont il est ici ques­tion rési­dant dans la non-empa­thie radi­cale ))). Peut être nos struc­tures et nos usages empêchent ils l’ascension des gens bien (à ne pas confondre avec les gens de bien), qui ont peu de goût pour des hau­teurs para­doxa­le­ment boueuses.

    Plus bas :
    Il est sug­gé­ré que les domi­nés sont aus­si psychopathes.

    »> ça me fait pen­ser hors sujet au syn­drome de Stock­holm ; mais à part ça il est cer­tain que le couple dominant/dominé forme un tan­dem syner­gique : l’un n’existe pas sans l’autre. Mais n’exa­gé­rons cepen­dant pas : le tor­tion­naire est res­pon­sable à 99% de la situa­tion, sur­tout dans le cas poli­ti­co-socio-éco­no­mique où le domi­nant écrit les règles de la rela­tion, au point de les affu­bler du sigle de la loi.

    Et ailleurs :
    « Mais il n’y a rien à attendre de la ver­tu spon­ta­née des acteurs : il nous faut de bonnes INSTITUTIONS, qui contraignent les acteurs à la ver­tu et qui les contrôlent rigoureusement.
    D’où l’im­por­tance car­di­nale de la bonne qua­li­té du pro­ces­sus consti­tuant, sans conflits d’intérêts. »

    »> Oui, c’est le pen­sée qui nous réunit. ça nous réunit, mais j’é­prouve à chaque fois une gêne, sur laquelle je ne m’appesantirai pas : Il y a là dedans un petit quelque chose de défai­tiste ou pes­si­miste concer­nant la nature humaine. Je pense, mais c’est un long débat, et sur­tout un long tra­vail, qu’est pos­sible en ce monde une expan­sion de la conscience, jus­qu’à des hau­teurs insoup­çon­nées, expan­sion qui pour l’heure est inter­dite jus­te­ment par la conscience limi­tée incar­née en lois, règles, usages. C’est un peu le ser­pent qui se mord la queue.

    En fait la bataille se joue sur plu­sieurs étages. La bataille de la conscience étant un peu plus haut que les batailles éco­no­mique, poli­tique, sociale, cultu­relle, voire artis­tique. Elle n’est que peu visible. Ma convic­tion est que c’est là que tout se joue. Mais ça, c’est môâ hihi. Quand le sujet est abor­dé, il est répon­du que nous n’a­vons pas le temps et qu’il faut parer au plus pres­sé. C’est exact ! Mais ne per­dons pas de vue l’essenceciel.

    Réponse
  16. Ana Sailland

    Et oui, puis­qu’on nous en parle, le tra­vail de Ber­nard Stie­gler est impor­tant, qui par exemple à par­tir de son livre sur la media­cra­tie éclaire le champ de bataille auquel je fais ci-des­sus allusion.

    Réponse
  17. Kévin

    Dans la dédi­cace à la Répu­blique de Genève qui entame le Dis­cours sur l’o­ri­gine et les fon­de­ments de l’i­né­ga­li­té par­mi les hommes, Rous­seau écrit [en 1751] un para­graphe où l’i­dée de ver­gogne est tout à fait pré­gnante, et où il la lie à la vie en cité et à l’i­dée démocratique.

    « Si j’a­vais eu à choi­sir le lieu de ma naissance, 
    J’au­rais choi­si une socié­té d’une gran­deur bor­née par l’é­ten­due des facul­tés humaines,
    c’est-à-dire par la pos­si­bi­li­té d’être bien gou­ver­née, et où cha­cun suf­fi­sant à son emploi, 
    nul n’eût été contraint de com­mettre à d’autres les fonc­tions dont il était chargé : 

    un État où tous les par­ti­cu­liers se connais­sant entre eux, 
    les manœuvres obs­cures du vice ni la modes­tie de la vertu
    n’eussent pu se déro­ber aux regards et au juge­ment du public, et où cette douce
    habi­tude de se voir et de se connaître, fit de l’a­mour de la patrie l’a­mour des citoyens
    plu­tôt que celui de la terre.
    »

    On voit à tra­vers ce para­graphe que l’État-nation ne donne pas un ter­reau fer­tile à la ver­gogne, contrai­re­ment à la cité. 

    On peut éga­le­ment y voir un écho de ce que Cas­to­ria­dis disait au sujet des États modernes : comme ce sont des concepts déta­chés des citoyens en tant que per­sonnes phy­siques (mais atta­chés au contraire au Lévia­than qui les met en mou­ve­ment), les­dits citoyens, pour se sen­tir une attache à l’État, se trouvent obli­gés de s’at­ta­cher à la terre sur laquelle ils vivent plu­tôt qu’à leurs conci­toyens, dont ils ne connaissent que très peu de per­sonnes en vérité.

    Réponse
  18. EFFAB

    « Après tout, quand nous trai­tons de « connard » le chauf­fard sur l’autoroute, l’insulte ne vise pas tant à bles­ser le connard en ques­tion (qui ne l’entendra pas) qu’à affir­mer notre bon droit et, si nous ne sommes pas seuls, à cher­cher l’approbation des autres. »

    « Ain­si se conclut cette recen­sion. Mal­gré ses qua­li­tés, ou plu­tôt du fait même de ses qua­li­tés (sérieux, tech­ni­ci­té), l’ouvrage de Aaron James tire un peu en lon­gueur. La blague tend donc à s’épuiser et la verve de l’auteur à s’essouffler : on sent que le sur­moi pro­fes­sion­nel de l’auteur l’a empê­ché de se livrer plei­ne­ment à ses pul­sions de « pop phi­lo­so­phie ». Il n’empêche que l’auteur par­vient à tirer d’un phé­no­mène appa­rem­ment banal des consi­dé­ra­tions tech­niques, éla­bo­rées et sti­mu­lantes sur des sujets aus­si divers que notre désir de recon­nais­sance, la res­pon­sa­bi­li­té et le déter­mi­nisme ou la coopé­ra­tion éco­no­mique. Sur­tout, son décou­page concep­tuel de la caté­go­rie du connard se déploie avec une telle évi­dence que l’on prend grand plai­sir à mettre une théo­rie sur le sen­ti­ment désa­gréable que nous font res­sen­tir cer­tains indi­vi­dus. Reste alors à se poser la ques­tion de savoir si l’on est soi-même un connard. »

    (@19 – http://​www​.slate​.fr/​t​r​i​b​u​n​e​/​8​1​1​4​5​/​u​n​-​c​o​n​n​ard)

    Un auteur peut-être à ne pas trop citer non plus, de par ces lon­gueurs et toute cette tech­ni­ci­té, nous qui avons à faire à tant de publics variés, ce trop de pro­fon­deur pou­vant nuire à toute bonne cap­ta­tion de la masse ou de la popu­lace, pour s’en tenir à ces deux termes quelque peu conno­tés^^… comme je me demande si il est per­ti­nent d’as­so­cier telle théo­rie des connards avec ce patro­nyme qui nous réunit tous ici… mais nous sommes bien là au coeur du sujet : il faut bien des connards en ce monde pour éra­di­quer des Chouans, des Com­mu­nards et tant d’autres Causes nobles et justes !

    Réponse
  19. Ana Sailland

    Il y a aus­si le goulamas 😉

    Le gou­la­mas est celui à cause de qui l’a­nar­chie demeure un mythe 🙁

    Conver­tir les gou­la­mas au civisme revien­drait à sau­ver le monde.

    Car on ne les trouve pas qu’en quad sur un che­min vici­nal, mais aus­si à Davos.

    Cer­tains sont des cochons, et c’est ce qui leur vaut leur titre, qui vident leur cen­drier au feu rouge.

    Cer­tains sont élé­gants, ne pètent ni ne se mouchent en public, mais cepen­dant d’un paraphe licen­cient 500 personnes.

    Réponse
  20. FURAX

    l’obéissance est la mère de tous les vices.

    Le front popu­laire – A nous la vie 

    Réponse
  21. Ana Sailland

    Ce film est pas­sion­nant, mer­ci Furax.

    Mais en même temps il me serre le cœur, car on y res­sent une sorte de résis­tance sys­té­mique et ata­vique au pro­grès réel par­ta­gé entre tous.

    Qui de nos jours encore sévit.

    Et des méca­nismes occultes, de dévia­tion de tout idéa­lisme, vers la perversion.

    Trop de gens, de tous temps, donnent leur force ou leur vie à des idéaux frelatés.

    Tout ceci ren­force mon idée que la révo­lu­tion indi­vi­duelle prime sur toute autre et que sans elle le mieux devient vite le pire. Mais face aux lames de fond de l’His­toire, elle peut sem­bler déri­soire cette pauvre pen­sée, et peser bien peu devant ces lea­ders habiles qui savent uti­li­ser les pas­sions des peuples, les enflam­mer, les mettre à leur service.

    Réponse
  22. FURAX

    Ata­visme, c’est exac­te­ment mon res­sen­ti, et je me deman­dais si l’obéissance n’y était pas pour quelque chose…

    Réponse
  23. Étienne

    Révo­lu­tion indi­vi­duelle (deve­nir consti­tuant) ET contagieuse.

    Ça peut marcher. 

    Faut trou­ver la for­mule qui contagie 🙂

    Réponse
  24. Ana Sailland

    Je pen­sais plu­tôt au « sois le chan­ge­ment » de Gandhi 🙂

    ->

    Pour­quoi pas : sois le chan­ge­ment, deviens citoyen constituant.

    Ou bien

    La révo­lu­tion, c’est toi : sois citoyen constituant.

    sois la révo­lu­tion, sois constituant.

    Créa­teur de la liber­té, deviens citoyen constituant.

    C’est aux modestes d’é­crire les règles du pou­voir de tous.

    Espé­rons que d’autres trou­ve­ront mieux 😉

    ;;;;

    l’AG de citoyens consti­tuants aura lieu le 8 jan­vier.
    (Après lec­ture de l’ODJ, ça roule et je me garde mon réser­voir de kilo­mètres pour une autre circonstance)

    Réponse
  25. Ana Sailland

    Qu’ils s’en aillent tous, sois acteur de notre constitution.

    La consti­tu­tion par le peuple et pour le peuple.

    Notre consti­tu­tion, pas la leur, occupe t’en

    Occupe toi de tes oignons, deviens citoyen constituant

    Qu’ils s’oc­cupent de leurs oignons, occupe toi de ta constitution

    Les puis­sants au ren­cart, sois démo­crate, deviens citoyen constituant

    200 ans ça suf­fit, sois le changement

    « 1789, Essaye encore » 😉

    Réponse
  26. FURAX

    Les poli­ti­ciens sont comme les ban­quiers, ils servent juste à se servir.

    Réponse
  27. EFFAB

    @22

    FURAX, c’est là je crois un super docu­men­taire… en tout cas une syn­thèse, un récit très péda­go­giques de cette période et de cet his­to­rique du Front Popu­laire, énième décou­verte d’une His­toire de France dont je connais­sais sur­tout que le nom et deux trois choses enten­dues et autres lieux communs…

    Cet élan popu­laire fut incroyable et tout cela est très opti­miste, nous qui avons tant d’a­touts et tant de poten­tiels aujourd’­hui… et pour­tant, ces images et cette réa­li­té de cette seconde par­tie nous font entre­voir com­bien est déme­su­ré ce chal­lenge qui est le nôtre, nous inter­nautes contrô­lés, sur­veillés, nous citoyens juste estam­pillés, abu­sés, écon­duits quoi qu’on dise et quoi qu’on veuille…

    Réponse
  28. EFFAB

    @22

    Ce docu­men­taire m’a déci­dé­ment beau­coup marqué…

    … cette Répu­blique repré­sen­ta­tive d’a­lors (très sem­blable à notre élec­to­cra­tie actuelle) cou­pant tout espoir et toute éman­ci­pa­tion sociale, tout sta­tut digne et équi­table, res­pec­tueux, sans par­ler de cette alter­na­tive fas­ciste déve­lop­pée en pre­mier lieu (c’est en tout cas aujourd’­hui mon avis) pour contra­rier voir com­battre tout avan­cée et toute révo­lu­tion démo­cra­tique, cette grave crise éco­no­mique de l’entre-deux-guerre peut-être dans cet esprit et cette volon­té éli­tiste de façon­ner le monde à l’ins­tar et à l’i­mage du Grand Architecte…

    … mais dans ce cas, pour­quoi l’op­tion amé­ri­caine ? peut-être tout sim­ple­ment ces deux options, ces deux cartes à jouer et l’une for­cé­ment gagnante, quoi qu’il arrive et quels que soient les impré­vus ; l’op­tion tota­li­taire en ultime res­sort mais le rêve amé­ri­cain si por­teurs en dol­lars, en consom­ma­tions, en sou­mis­sions incons­cientes… peut-être le Monde encore par trop divi­sé, une éthique et un huma­nisme encore pré­pon­dé­rant ou des élites trop divi­sées, des oppo­si­tions idéo­lo­giques, des Chambres pas suf­fi­sam­ment noyau­tées ou des Loges déci­dé­ment trop gour­mandes et man­quant encore de tous les pleins pou­voirs, que sais-je, moi qui ne suis ni his­to­rien ni illuminati !

    Réponse
  29. FURAX

    Je vous invite à suivre la dette de guerre de 14⁄18 et ces effets.

    Je me demande si la popu­la­tion alle­mande aurait été assez pauvre pour être enrô­lée par Hit­ler, et si Hit­ler aurait été assez riche pour s’armer…

    Réponse
  30. EFFAB

    Oui, comme nombre d’entre nous qui avons été à l’é­cole de l’é­lec­to­cra­tie, j’ai bien enten­du par­ler de cette fameuse dette de guerre si lourde à por­ter pour l’Al­le­magne… d’au­tant plus étrange aujourd’­hui à notre per­cep­tion conspi­ra­tion­niste du Monde et de l’His­toire que cela n’a guère empê­ché ce sur­ar­me­ment et la consti­tu­tion d’un Etat natio­nal-socia­liste alle­mand très fort et très puis­sant ! Elé­men­taire, mon cher Adolphe, nous affa­mons et insé­cu­ri­sons les popu­la­tions pour les ame­ner là où nous l’a­vons déci­der et, comme par magie, quand cela une fois réso­lu, nous ouvrons les caisses et libé­ra­li­sons à outrance toutes les faci­li­tés et tous les potentiels !

    Hit­ler La nais­sance du mal

    Réponse
  31. FURAX

    Entre les deux guerres 1919 1939 

    Réponse
  32. Marie
  33. Marie

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