La trahison est naturelle dans un député, à quelque parti qu’il appartienne. Et la trahison, comme on l’a cent fois remarqué, consiste à tirer vers la droite après avoir juré de rester plus ou moins à gauche ; chacun sait qu’il y a une droite et une gauche en tous les points de l’hémicycle ; et vous n’entendrez jamais dire qu’un député ait glissé à gauche malgré les promesses faites aux électeurs. Ce phénomène d’attraction, ou de répulsion, ou d’ionisation, comme on voudra dire, mérite d’être considéré avec attention ; le jeu politique revient tout à ces mouvements insensibles qui déplacent lentement et sûrement les représentants du peuple vers les ennemis du peuple.
Ennemis du peuple ? J’appelle ainsi ceux qui pensent que la Révolution fut une folie, que le peuple ne connaît nullement son propre bien, qu’il faut le ramener à l’obéissance, et le conduire à ses destinées d’après les lumières supérieures, qui brillent pour Coty, Kérillis, Bourget et autres génies nationaux, qui éclairent encore un petit peu le boursier Herriot, mais qui sont invisibles à vous et à moi, au commerçant, au paysan, à l’ouvrier, à tous les petits. Là-dessus on peut rire, car le peuple est à ses prétendus chefs comme un terrassier à un enfant ; il est très sain de rire ; mais enfin les récents événements ont prouvé que les esprits enfants, ceux qui se trompent à tout coup et sur tout, ont plus d’un moyen de nous passer la bride. Et tant que nous n’aurons pas compris le jeu, nous perdrons. Je reviens donc à mon député.
Premièrement, il croit savoir, ce qui est la pire ignorance. Il ressemble à ces gens qui reviennent d’Allemagne, et qui disent : « Vous ne connaissez pas l’Allemagne. » L’Allemagne est à peu près aussi facile à connaître que l’Amérique, ou la Chine, ou le problème des changes, ou celui des douanes. Dans ces immenses objets on trouve de quoi prouver n’importe quelle thèse. Ce qu’on en dit n’est jamais vrai ; sans compter que tout change d’un jour à l’autre. Or, le député fait sonner cette fausse monnaie des pédants de politique ; il incline à penser que le peuple est là-dessus tout à fait aveugle, qu’il est difficile de l’éclairer, qu’il demande des choses impossibles, comme la paix, la justice dans l’impôt, une police égale pour tous, et qu’enfin l’art du politique est de refuser en détail ce qu’on a promis en gros. Ce métier, quand on le voit sous cette lumière, donne de l’amertume, de l’impatience, un peu de mépris.
Ces sentiments sont chauffés à blanc dans la cornue, parisienne, qui est méphitique.
Il faudrait plus d’espace et de solitude aux amis du peuple. Il faudrait que la populace des parasites, intermédiaires, intrigants, joueurs, marchands de plaisirs, journalistes, vaudevillistes, leur laissât un peu plus d’air. Il faudrait aussi qu’ils ne soient pas tant serrés les uns contre les autres, échangeant leurs idées, qui n’ont pas une journée d’âge, et qui périssent le soir même. Tour à tour flattés et injuriés selon qu’ils risquent un pas à droite ou qu’ils reviennent sur leurs positions. J’y joins les ambitions, qu’on ne peut blâmer, car, sans ce piquant, la vie du politique serait mortellement ennuyeuse. Et voilà pourquoi le député mûrit mal ; voilà pourquoi vous le retrouvez misanthrope et pessimiste par cette opinion trouble qu’il a de lui-même. Là-dessus on me dit souvent que les partis, s’ils étaient forts, vaudraient mieux que les hommes ; mais je n’en crois rien. Les partis ont leurs gouvernants, qui suivent le destin de tous les gouvernants, j’entends qu’ils sont hommes d’État, mais prématurément. Homme d’État, on l’est toujours trop. Dix minutes par jour c’est assez et trop ; le reste du temps qu’il soit homme ; mais c’est beaucoup demander.
Alain, Propos de politique, 1934.

https://sites.google.com/site/devenezdepute/ Cela ne fond parti d aucun parti, et me peuvent s orienter à gauche ou à droite car il ne font qu être le porte voix d un resultat, d’un sondage de l expression de leurs bases. Alors le texte ne tiens pas la route et est sûrement une réponse à une réponse dont vous est chargé de détourner. Cordialement.
LA CONSCIENCE PROFESSIONELLE est le talon d’achille de notre société…
Bonjour
Que penser-vous du Revenu Inconditionnel ???
Ci-joint un Lien :
http://lecercle.lesechos.fr/economie-societe/politique-eco-conjoncture/politique-economique/221141962/revenu-base-solution-antic
Merci de me faire part de vos commentaires
Cordialement
Sandrine Guillier
pour avoir une idée plus claire de ce que pourrait être ce « revenu de base », il faut absolument regarder cette vidéo :
http://www.kultkino.ch/kultkino/besonderes/le_revenu_de_base_film_francaise
le travail d’Etienne nous donne un horizon en matière de politique, mais ces idées de revenu de base nous en donnent en matière de social et d’économie … comme il y a aussi des choses à faire en matière d’environnement.
Ce n’est à mon avis qu’en conjugant les 3 que l’on pourra faire rêver le plus grand nombre qu’ »un autre monde est possible », et que ce n’est pas qu’une « utopie » irréalisable.
Il y a des choses que l’on ne peut ni ignorer ni déconnecter quand on aspire à changer l’organisation de nos vies, parce que la vie en société ne se résume pas à une seule de ces 3 composantes
Ce n’est que mon avis Sandrine 🙂