Un texte intéressant d’Yves Sintomer, sur laviedesidees.fr :
La révolution du tirage au sort
par Yves Sintomer, 8 novembre 2011
« Pour fêter le centenaire de la VIe République (2012), dont la création est due à l’introduction du tirage au sort dans les procédures démocratiques françaises, le ministère de l’Instruction et de la Citoyenneté a demandé à un collectif d’historiens de revenir, à l’intention des jeunes générations, sur ce tournant décisif.
Rétrospectivement, les années 2010–2013 apparaissent dans l’histoire comme le moment de basculement du système politique français. Les contemporains ne saisirent pas tout de suite l’importance de la mutation en cours. Et pourtant, des signes s’accumulaient.
Premières expérimentations
Le 12 décembre 2010, le groupe local d’Europe Écologie-Les Verts de Metz s’était réuni pour tirer au sort les candidats qui allaient le représenter à l’occasion des élections cantonales de mars 2011. Trois chapeaux étaient disposés sur la table, contenant respectivement les noms des quatre cantons dont le siège était à pourvoir et ceux des membres du groupe qui s’étaient portés volontaires, avec d’un côté les hommes, et de l’autre côté les femmes. Une militante tira successivement le nom du premier canton, un nom masculin et un nom féminin pour le titulaire et la suppléante – et alternativement un nom féminin et un nom masculin, afin qu’une fois tous les cantons attribués, hommes et femmes se répartissent à part égale entre titulaires et suppléants. Le recours à cette procédure permit de faire surgir des vocations. Des personnes qui n’auraient pas imaginé se lancer dans la bataille électorale se sentirent finalement habilitées à participer. Tous ceux qui avaient eu un mandat dans le passé, même minime comme celui de conseiller communal, avaient été préalablement écartés.
https://dai.ly/xm50kn
EELV Tirage au sort par laviedesidees
L’engagement était de travailler étroitement en équipe pendant la campagne et d’appuyer les candidats pour qu’ils puissent se former. Si la procédure fit grincer des dents, les candidats tirés au sort reçurent l’appui de José Bové (un leader paysan, pionnier de l’agriculture durable qui s’est imposée peu à peu au XXIe siècle, qui s’était fait connaître à la fin des années 1990 en démontant un magasin MacDonald, une enseigne très connue à l’époque), venu à Metz pendant la campagne. Malgré les craintes, le résultat électoral fut satisfaisant : avec 10 % en moyenne, le groupe fit un score comparable à la moyenne départementale. Si les relations restèrent tendues avec certains élus, les militants qui s’étaient engagés dans l’aventure apparaissaient très soudés et le fonctionnement collectif de l’équipe sembla remarquable. Résumant l’intérêt de l’initiative, l’une des candidates, venue du monde associatif, expliqua que « le tirage au sort permet d’expliquer aux gens qui font de la politique depuis toujours et qui considèrent que c’est leur chasse gardée qu’en fait, ce n’est pas le cas ». Faisant un parallèle avec le militantisme contre le nucléaire, longtemps marginal mais dont l’action aboutit à l’abandon de l’énergie atomique suite à l’accident de Fukushima le 11 mars 2011, un autre candidat décrivait ainsi la dynamique engagée : « Le tirage au sort fait partie de cette frange souterraine qui travaille » et qui pourrait un jour déboucher sur des mutations d’ampleur.
Les dimanche 9 et 16 octobre 2011, les électeurs de gauche se déplacèrent en masse pour désigner leur candidat aux élections présidentielles, démentant les sceptiques qui étaient légion quelques mois auparavant. L’expérience marqua les esprits. Les réformateurs qui pensaient que ce processus suffirait à redonner leur souveraineté aux citoyens furent cependant déçus. L’histoire s’accéléra : la Grèce fit faillite à la fin 2011, le Portugal et l’Irlande suivirent début 2012. En juin de la même année, ce fut le tour de l’Italie. La victoire de la gauche aux élections présidentielle et législatives de mai-juin 2012 intervint dans un contexte explosif. Les banques étaient dans la tourmente, la note de la France était fortement dégradée, la zone euro en plein désarroi. La dette souveraine du pays menaçait de devenir ingérable. Le mécontentement des citoyens explosa, à la mesure des angoisses. Il se manifesta par un soutien massif aux mouvements sociaux qui agitaient l’Hexagone. Menés par Stéphane Hessel (nonagénaire, cet ancien résistant avait un connu un succès planétaire inattendu en 2010 avec la publication d’un petit livre intitulé Indignez-vous !), les Indignés, un mouvement de base indépendant des partis politiques, clamèrent leur refus de payer pour les erreurs des banquiers et des politiques. Ils occupèrent la place de la Bastille. En juillet, le chaos menaçait. La droite était hors de combat, mais la concurrence s’aiguisait à gauche. Écologistes et communistes claquèrent la porte du gouvernement, Arnaud Montebourg et Ségolène Royal, qui avaient sans succès tenté d’être désignés comme candidats officiels du Parti socialiste lors des primaires, appelèrent à de nouvelles élections. Le nouveau président de la République, François Hollande, était sur la défensive. Martine Aubry, la Première Ministre, en profita pour affirmer son autorité. Elle parvint alors à convaincre la majorité de gauche à l’Assemblée et au Sénat de radicaliser le processus de révision constitutionnelle.
Le précédent islandais
L’expérience de Metz était vivement discutée à cette époque, mais c’est surtout l’Islande qui s’imposa comme point de référence : elle venait d’adopter par référendum une nouvelle Constitution à l’issue d’une expérimentation démocratique inédite. Après la faillite des banques en 2008, d’énormes manifestations avaient imposé des élections anticipées qui portèrent au pouvoir une coalition de gauche. Par deux référendums successifs, les Islandais rejetèrent les accords concoctés par les banquiers et les gouvernements. Parallèlement, une Assemblée citoyenne de 1 200 personnes tirées au sort et de 300 personnalités était rassemblée à l’initiative d’associations civiques pour dégager les valeurs fondamentales sur lesquelles le système politique et économique devrait se baser. L’expérience fut réitérée en novembre 2010, cette fois avec le soutien étatique. La tâche de l’Assemblée citoyenne, composée d’un millier de personnes sélectionnées de façon aléatoire sur la base de quotas permettant la parité hommes / femmes et une représentation de toutes les régions, était de faire ressortir les axes sur lesquels devait porter la réforme constitutionnelle. Son fonctionnement fut exemplaire : les travaux en petits groupes, animés par des facilitateurs neutres et préalablement formés, furent synthétisés en suivant la procédure du town meeting électronique.
Dans la foulée, un Conseil constituant fut élu, composé de 25 citoyens « ordinaires ». Les 523 candidatures étaient individuelles, et la campagne électorale réduite au minimum. Les articles du projet constitutionnel furent ensuite mis en ligne au fur et à mesure de leur rédaction, le public pouvant faire des commentaires et émettre des suggestions via des pages Facebook, Twitter ou Flickr, les grands médias sociaux de l’époque. L’assemblée législative accepta de soumettre le projet au peuple en n’y apportant que des modifications secondaires.
Le passage à la VIe République : un bouleversement politique
Sous la pression, les députés et sénateurs français décidèrent à l’été 2012 de confier à une Assemblée citoyenne, tirée au sort, le soin d’élaborer un nouveau projet de constitution, s’inspirant au passage de https://youtu.be/MoPgLsSvV8g, qui avait au cours des années 2000 vu une telle institution rédiger un projet de loi sur les modes de https://youtu.be/MoPgLsSvV8g.
Début août, 1 000 citoyens furent ainsi sélectionnés, qui représentaient un mini-public représentatif de la diversité de la société française. Rémunérés comme des députés, ils alternaient pendant quatre mois travail en petits groupes et séances plénières, auditionnant des experts et des responsables politiques ou associatifs. Les contributions qui affluèrent on-line contribuèrent à renforcer l’audace des propositions. Certaines sessions furent retransmises par la télévision, et toutes pouvaient être visionnées sur Internet. L’opinion publique se passionna pour ces débats. Les responsables politiques les plus novateurs chevauchaient le mouvement pour s’imposer contre leurs adversaires. En décembre 2012, le projet issu des travaux de cette Assemblée citoyenne fit l’objet d’un référendum. Les citoyens l’approuvèrent à une large majorité : la VIe République était née.
Le système politique français en fut bouleversé. Si le président restait élu au suffrage universel, ce n’était plus lui qui gouvernait. Son rôle était seulement d’incarner la Nation et d’être le garant des institutions et du long terme. À tous les échelons de gouvernement, la fonction de la tête de l’exécutif était redimensionnée selon la même logique. Le cumul des mandats était désormais strictement interdit. La proportionnelle avec prime majoritaire devint la règle pour tous les scrutins. Le référendum d’initiative populaire ayant valeur décisionnelle fut légalisé à toutes les échelles, du quartier à la Nation. Une troisième Chambre, composée de représentants tirés au sort, fut également créée. Elle était chargée de veiller à la préservation des équilibres du long terme, et se vit dotée d’un pouvoir de veto suspensif. Elle pouvait juger les responsables politiques mis en cause devant la justice durant leur mandat. Elle fut enfin chargée d’élaborer les futures modifications des règles du jeu politique, celles-ci devant en tout état de cause être validées par référendum.
La procédure de désignation des élus fut réformée en profondeur par des dispositions législatives précises. Les candidats à l’élection présidentielle et les deux têtes de liste (une femme et un homme) dans les autres scrutins devaient être désignés à l’issue de primaires, qui pouvaient être ouvertes à tous les citoyens ou aux seuls sympathisants (les petits partis voulant ainsi éviter d’être en butte à des tentatives de manipulation). Les autres candidats étaient tirés au sort sur la base d’un vivier que les partis étaient libres de désigner comme ils le souhaitaient, mais qui devait compter au moins quatre fois plus de noms que de places à pourvoir et qui devait respecter la parité hommes / femmes.
La prise de décision et la sélection des dirigeants s’effectuaient donc désormais à travers un mixte d’élections, de référendum et de tirage au sort. Grâce aux primaires, les citoyens pouvaient mieux qu’avant choisir les gouvernants aux plus hautes fonctions, mais l’enjeu présidentiel était moindre. Le suffrage universel continua de déterminer les équilibres politiques majeurs. Les éléments de démocratie participative et directe permettaient l’intervention du peuple dans la législation. La suppression du cumul des mandats et le recours au tirage au sort élargissaient et diversifiaient considérablement la représentation politique. La sélection aléatoire, qui jouait dans la constitution des listes des candidats, contribuait aussi à réduire les conflits de personnes qui pourrissaient la vie partidaire. Elle garantissait l’impartialité de la troisième Chambre : tournée vers le futur, garante des règles du jeu, elle se voyait découplée des enjeux électoraux de court terme.
La sortie de la crise économique s’effectua peu à peu, à la suite de décisions courageuses alliant justice sociale, modernisation de l’État, reconversion écologique et rigueur budgétaire. Le nouveau dispositif institutionnel facilita les choses, en favorisant la qualité du débat démocratique et en diminuant fortement l’autisme de la classe politique. L’équilibre qu’il instaura fut par la suite considéré comme une base durable, bien mieux adaptée aux exigences démocratiques et écologiques du XXIe siècle. »
Yves Sintomer
Source :
Yves Sintomer, « La révolution du tirage au sort », La Vie des idées, 8 novembre 2011.
ISSN : 2105–3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/La-revolution-du-tirage-au-sort.html
Mon commentaire :
Je suis juste étonné (et un peu triste, bien sûr) qu’Yves Sintomer (depuis des années que je parle de lui et de son travail partout en France) ne dise toujours pas un mot de notre propre travail, ici, sur les nombreuses branches interactives de ce site consacrées spécifiquement à ce sujet précis depuis six ans. C’est dommage.
Sans rancune, j’attends avec impatience le prochain livre de Sintomer, qui devrait sortir ce mois-ci et s’intituler
« Petite histoire de l’expérimentation démocratique. Tirage au sort et politique d’Athènes à nos jours », Paris, La Découverte, novembre 2011.
Étienne.

Salut,
À propos du tirage au sort, dont tu parles dans cette vidéo : http://assoculturelibre.wordpress.com/2011/05/30/etienne-chouard-le-tirage-au-sort-comme-bombe-politiquement-durable-contre-loligarchie/.
Je trouve que ce que tu racontes très intéressant, mais je dois avouer ne pas avoir tout compris. En particulier, quand tu dis que les personnes tirées au sort ne seront pas celles qui « seront aux manettes » (vers 49mn30), car ce sont les assemblées qui décident. Mais du coup, ça ne fait que déplacer le problème : on ne les tire pas au sort les parlementaires ?
Plus généralement, si on tire au sort ceux qui seront au manettes, je ne comprends pas ton argument, et si on ne les tire pas au sort j’ai l’impression que ça ne résout rien.
Pourrais-tu m’éclairer ?
Bonjour ®om, et bienvenue :
En démocratie, on ne tire pas au sort les parlementaires : on vote soi-même les lois, à l’Assemblée communale de la fédération ; on tire au sort ceux qui préparent les décisions de l’assemblée (les administrations) et ceux qui les exécutent (les policiers et les juges), de façon à ce que ces serviteurs ne deviennent jamais nos maîtres.
Mais pour commencer, comme un compromis pour essayer, on parle aussi, dans le cadre du régime actuel (qui est — volontairement — le contraire de la démocratie), de transformer une des deux chambres en Chambre des citoyens, tirée au sort et co-législatrice, effectivement. Mais ce n’est pas la démocratie, ça : c’est un compromis pour remettre un peu des gens normaux au cœur des mécanismes du pouvoir.
Par contre, le tirage au sort de l’Assemblée constituante, lui, à mon avis n’est pas négociable : rien de bon pour nous ne se fera sans ça. RIEN.
Je ne peux pas tout rependre ici, mais je vous invite à consulter ce commentaire du forum où j’explique à Sandy qu’il y a PLUSIEURS UTILISATIONS POSSIBLES du tirage au sort en politique et qu’il ne faut pas les mélanger, sous peine de ne plus se comprendre les uns les autres :
http://etienne.chouard.free.fr/forum/viewtopic.php?pid=10985#p10985
Tout ce fil de forum http://etienne.chouard.free.fr/forum/viewtopic.php?id=20, d’ailleurs, est littéralement passionnant, comme ce fil de blog : http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2011/05/30/127-le-tirage-au-sort-comme-bombe-politiquement-durable-contre-l-oligarchie-la-video, et je vous invite à les lire pour comprendre les arguments en présence : les controverses avec Raoul Marc Jennar et François Asselineau sont très éclairantes, je trouve.
Amicalement.
Étienne.
Merci beaucoup pour ta réponse, je vais aller lire tout ça.
PS : tu peux me tutoyer 😉
Bonjour,
Je m’en doutais
€€€ !!! MUST BUZZ !!! ENORME SCANDALE A STRASBOURG !! !!!.
On lit la honte sur leurs visages à tous ces bonimenteurs de toute obédience, bigre, tous ces imposteurs, dehors, que diable, qu’ils aillent se faire voir ailleurs tous ces chiens galeux, on les a assez vu et ils ont fait de la bien sale besogne !
Ce sont des assassins ces gens-là, ils ont du sang sur les mains et sont de surcroît payés de la sueur de leurs victimes, sale nuit à eux j’espère, si ce n’est aujourd’hui ce sera demain mais rien ne passe sans que ça repasse !
@ étienne,
je ne comprends pas une chose dans ta réponse à Om,
tu dis bien et là dessus on est d’accord :
En démocratie, on ne tire pas au sort les parlementaires : on vote soi-même les lois, à l’Assemblée communale de la fédération
et puis hop, tu bascules sur tout autre chose :
Par contre, le tirage au sort de l’Assemblée constituante, lui, à mon avis n’est pas négociable : rien de bon pour nous ne se fera sans ça. RIEN.
et là, je ne suis pas vraiment d’accord, bien sûr je n’aurais d’autre choix que de me ranger à la dictature de la majorité si tout le monde veut faire comme ça,
mais il me semble que la première définition de la démocratie suffit et qu’il s’agit là d’un point non négociable,
d’autant que s’il faut faire des collectifs, des rassemblements pour obtenir le tirage au sort d’une assemblée constituante, pourquoi ne pas considérer que ces collectifs, ces rassemblements peuvent d’eux même se fédérer et élaborer une constitution,
ou mieux, pourquoi ne pas impulser un mouvement de formation d’assemblées citoyennes locales, qui œuvreraient à écrire cette constitution, on aurait là des instruments de délibération à la base, des moment d’apprentissage de la démocratie, très utiles comme une préfiguration des Communes fédérées que la Constitution pourrait instituer…
à partir de là, le projet de constitution issu de ce processus démocratique et à la base ne serait-il pas bien plus légitime et bien plus ancré dans le peuple (c’est-à-dire les motivés qui participent aux assemblées) ?
pourquoi ne pas proposer que le processus constituant soit déjà une application de la démocratie telle que tu la souhaites ?
bien sûr cette proposition (au passage ça fait des mois que j’en parle sur ce site sans autre réponse, à part l’effet « grande gueule souligné par A‑J Holbecq, et j’ai même été censuré chez Bellon…) est moins séduisante,
car avec une assemblée constituante on peut se tourner les pouces, on a une chance sur des millions de ne pas être tiré au sort même quand on se dit volontaire… donc je comprend que ça plaise au gens et que ça leur apparaisse comme La solution,
mais je trouve que l’idée d’assemblées locales délibérantes permet à chaque citoyen désireux de participer au processus constituant de mieux s’impliquer et surtout de mieux sécuriser le processus face aux inévitables contre-attaques des puissants, car on aurait là, à peu près dans chaque commune, un bon réseaux de résistants dopés par cette participation souveraine à la démocratie…
Cher « Sitouaillain »
Si l’organisation (séduisante) que tu proposes fonctionne, on est parfaitement d’accord, puisque c’est l’objectif qui compte, plus que la méthode, évidemment. Et effectivement, composer des assemblées constituantes un peu partout avec les citoyens eux-mêmes (tous ceux qui veulent venir), c’est encore mieux que le tirage au sort ! 🙂
Avec une (importante) réserve : si j’ai bien compris, ce système produira non pas une mais 36 000 constitutions (une par commune française), ce qui va faire un joli travail de synthèse.
Mais je sens bien que toi et moi ne sommes plus séparés que par une feuille de papier.
Étienne.
Si l’organisation (séduisante) que tu proposes fonctionne, on est parfaitement d’accord, puisque c’est l’objectif qui compte, plus que la méthode, évidemment. Et effectivement, composer des assemblées constituantes un peu partout avec les citoyens eux-mêmes (tous ceux qui veulent venir), c’est encore mieux que le tirage au sort ! 🙂
c’est encore mieux (selon moi) parce que cela permet de mieux faire coïncider l’objectif (obtenir une démocratie solide et la plus directe possible) avec la méthode (une constitution élaborée PAR le peuple). C’est-à-dire que le processus par le bas permet en même temps de pratiquer la démocratie directe, la preuve par les faits en quelque sorte que cela est possible et que la politique peut être pratiquée autrement,
le tirage au sort d’une assemblée constituante à pour moi ce principal défaut : elle exclut de fait 99,9% des citoyens qui resteront spectateurs (certes actifs pour certains, pouvant proposer des pétitions, mais tout de même). et ce faisant, sa dimension aléatoire fait que le dialogue de tous avec tous est fait par procuration et la dimension aléatoire de son remplissage empêche d’avoir la certitude que nos concitoyens sincères et possédant des idées proches de nôtres auront la capacité d’agir pour convaincre.
mon idée est que la chose peut se faire « ici et maintenant », c’est-à-dire dans un contexte où les média et les principaux partis taisent soigneusement nos thèses. Là où j’ai peur que des tirés au sort reproduisent leurs conditionnement et ne voient leur tâche que comme une exception et se servent de ce rôle exceptionnel pour produire un texte qui fait encore la part trop belle à l’oligarchie et au droit capitaliste, je vois dans la diffusion horizontale et a‑médiatisée des idées au sein d’assemblées locales une garantie supplémentaire, un antidote, face aux tentatives d’influences médiatiques… Bien sûr ceci dépend de la qualité des mécanismes de débat et de recherche d’info au sein desdites assemblées…et je serais d’accord pour exclure du processus constituant les « hommes de pouvoir » (i.e. ceux ayant exercé un mandat autre que conseiller d’une assemblée de collectivité territoriale, les dirigeants de partis, d’associations et d’entreprises de plus de X membres, voire même les détenteurs d’un patrimoine supérieur à X fois le patrimoine moyen)…
Avec une (importante) réserve : si j’ai bien compris, ce système produira non pas une mais 36 000 constitutions (une par commune française), ce qui va faire un joli travail de synthèse.
on a F. Hollande pour ça 🙂 .
D’abord, et je crois que Di Girolamo ne me contredira pas, en zones rurales, l’échelle pertinente de la participation semble être le Pays, c’est à dire un bassin de vie, une association de communes dont les habitants partagent certaine conditions géographiques (déplacements, travail, culture, consommation, etc.) et en zones urbaines, le quartier semble plus approprié, donc on est loin des 36000 assemblées, on serait plutôt à moins de 3000.
Et sérieusement, le principe fédératif permet de penser l’action coordonnée d’assemblées locales, selon le principe d’allers-retour du bas vers le haut, en plusieurs phases, le travail préparatoire incombant à des citoyens envoyés par les assemblées locales aux niveaux de régulation supérieurs.
Il me semble qu’il est nécessaire que chaque assemblée fixe d’abord de grands principes qui formeront le contenu primaire du mandat de ses délégués.
Ensuite, le travail de ces délégués sera de s’accorder sur des formulations plus précises qui seront autant de « questions référendaires » à soumettre aux assemblées locales, en s’assurant de la possibilité d’amendement par icelles, mais aussi en garantissant que le travail des assemblées locales est synchronisé.
Puis cette phase donnera lieu à l’élaboration au niveau des délégués nationaux d’un texte cohérent qui sera soumis à la discussion et aux amendements des assemblées locales.
Bon, tout cela est très peu précis et soulève nombre de questions et « réserves »,
rien que sur la question des « délégués », ambassadeurs de leur assemblée locale, je crois l’avoir déjà dit, sans rejeter à priori cette modalité, je ne suis pas favorable au tirage au sort, je préfère le consensus ou le vote préférentiel à la limite (là il s’agit pour moi de choisir le meilleur porte parole possible parmi le « nous » que constitue l’assemblée), en tous les cas sont non négociables le mandat semi-impératif, la révocabilité et la reddition des comptes,
s’agissant des dispositifs de perfectionnement,
il y a d’abord une instance de contrôle, neutre, extérieure, une chambre d’enregistrement des réclamations mais aussi de diverses opinions formalisées par pétition par des groupes organisés (partis, associations, syndicats) et qu’il semble pertinent de soumettre au débat des assemblées locales, là je verrais bien une assemblée tirée au sort,
ensuite il pourrait être pertinent que cette assemblée tirée au sort reçoive des candidatures pour un « comité d’experts » chargé d’émettre des avis dans le but de perfectionner les texte constitutionnel (notamment faire coïncider le plus possible la lettre et l’esprit, i.e. en imaginant les détournements et interprétations possibles on peut s’éviter quelques désillusions…), même si les « experts » théoriquement peuvent être membre d’une Assemblée locale, un tel comité me parait un mal nécessaire (il n’émet d’ailleurs que des avis) pour aboutir à un texte solide, cohérent et fonctionnel, sa relative neutralité étant garantie par les choix de l’assemblée de contrôle tirée au sort.
chacun de ces points méritent d’être développés, mais cela me semble suffisant pour se faire une idée de ma conception d’un processus constituant démocratique, nécessairement dynamique, participatif et alimenté par les citoyens eux-mêmes (enfin ceux que ça intéresse!).
le papier à cigarette est-il tombé ou s’est-il épaissi ?
La Constitution doit permettre les pratiques qui donnent vie à la démocratie . Elle est un repère , pas une fin en soi .
Pour quelle démocratie ? Pour moi celle que définit Paul Ricoeur .
Pour quelles pratiques ? L’imagination est au pouvoir , mais j’aime bien celle ci :
http://www.mjcris.org/lamjc.html
La véritable difficulté, c’est comment passer, sans trop de perte en ligne, de la démocratie de quartier à la démocratie mondiale.
La Constitution ( à défaut de démocratie ) mondiale , s’il y en a une un jour , doit selon mes vœux , permettre cette existence et compatibilité de l’exercice pratique de la démocratie à tous ces niveaux .
C’est pourquoi je doute de l’écriture « par le haut » d’une Constitution ( que ce soit par des délégués ou par des tirés au sort ), et je fonde plus d’espoir d’une écriture ( pas aisée non plus ) par le constat à un instant donné de cohérence entre des pratiques qui marchent .
Qui pour l’écrire alors ? Cela n’est pas vraiment important : il suffit d’être en aptitude de savoir ce qui se passe sur le terrain ( à toutes ses échelles) et de le transcrire ( à plusieurs mains contradictoires , c’est mieux ) de façon lisible et compréhensible par tous .
@ juan nessy,
peut-être que c’est ça que tu voulais citer à travers le liens?:
« Est démocratique, une société qui se reconnaît divisée, c’est-à-dire traversée par des contradictions d’intérêt et qui se fixe comme modalité, d’associer à parts égales, chaque citoyen dans l’expression de ces contradictions, l’analyse de ces contradictions et la mise en délibération de ces contradictions, en vu d’arriver à un arbitrage ».
Définition de la démocratie selon le philosophe Paul RICOEUR
je suis d’accord avec ce que tu exprimes,
et ma vision des choses d’ailleurs y correspond du mieux que je puisse imaginer, en considérant tout de même que la dérive oligarchique laisse place à des situations où les intérêts de certains et de ceux qui leurs sont soumis n’ont pas nécessairement à être considérés comme légitimes en tant qu’intérêts à soumettre aux arbitrages, et d’autre part je considère que cette définition de Ricoeur n’est pas suffisante, puisque, entre autre, la capacité d’une société démocratique à ne pas basculer en « dictature de la majorité » se mesure à son savoir-faire en matière de débat (exprimer, analyser,arbitrer des intérêts, oui, mais encore faut-il savoir comment!)
et surtout, la vision qui consiste à voir l’ »espace public » (lire Habermas) comme lieu d’expression des seuls « intérêts » me parait bien loin de ce qui anime les êtres humains…il suffit de regarder les combats écologistes pour le comprendre.
s’il faut une constitution, elle ne doit pas être écrite par le haut, et quand je parle de « délégués », d’une nécessaire coordination du travail local, à partir de pratiques expérimentées localement, ces « délégués » ce sont des membres de ces assemblées locales, ils sont des mandataires, ils sont envoyés pour « négocier » avec les autres assemblées encadré par un mandat qui a un contenu défini par l’assemblée locale, cela ne coupe pas le lien de souveraineté, ils reviennent vers leurs mandants et les discussions reprennent,
ceci n’a rien à voir avec les principes de la démocratie représentative, à savoir élire ou tirer au sort quelqu’un qui est alors rendu légitime pour décider à la place de, qui a en quelque sorte carte blanche, là les « pertes en ligne » sont potentiellement catastrophiques, of course !
@Sitouailain :
Même si le terme « intérêt » figure bien dans la défintion de Ricoeur , je ne pense pas qu’il faille y lire la seule traduction matérialiste qui nous vient trop naturellement aujoud’hui .
C’est en tous cas pas sous cette seule acceptation que je l’avais reçue de mes lectures , et je ne conçois pas d’incompatibilté de sa définition de la démocratie avec une lecture plus vaste de » l’intérêt » .
Arbitrer , entre monsieur et madame , si ce soir on regarde Carmen ou le match de foot , c’est à mon goût une application numérique claire d’acte démocratique , dans la même définition .
Sur les délégués ou pas , ce dont je niais la pertinence , c’est la volonté éventuelle de leur donner mission de rédaction d’une Constitution , et j’exprimais l’idée , peut être aussi utopique que le tirage au sort , de dire :
- faire vivre la démocratie dans tous les territoires
- l’écriture de la Constitution est le simple relevé des compteurs de ces pratiques. Le rédacteur pourvu qu’il ne soit pas ignare , peut être un simple scribe .
En clair , pratiquer la démocratie plutôt que la déléguer ou confier au sort .
sur Ricoeur, je ne me sens pas capable de poursuivre le débat, je ne connais pas suffisamment, je n’ai lu qu’un livre, et je n’ai pas pu aller au bout… ça arrive 🙂 mais je parlais bien d’intérêt « au sens large », mais si je ne m’abuse, le débat est magistralement rendu par B. Constant, cela fait partie de la fameuse querelle entre les Anciens et les Modernes.
faire vivre la démocratie dans tous les territoires
là-dessus on n’est parfaitement en phase, et ma proposition de processus constituant ne vise qu’à ça finalement : instituer la démocratie en la pratiquant ;
Pour ton dernier point, l’écriture de la Constitution est le simple relevé des compteurs de ces pratiques. Le rédacteur pourvu qu’il ne soit pas ignare , peut être un simple scribe .,
c’est sans nul doute un idéal à atteindre, et à ce stade, il ne serait pas nécessaire d’écrire une constitution, les procédures seraient aussi « naturelles » que les règles de politesse, les écrire et les décrire serait une simple marotte d’anthropologue !
Je ne suis pas convaincu cependant que cela s’inscrive dans un horizon atteignable à moyen terme (tu me diras, c’est l’hôpital qui se moque de la charité!),
je crois que le degré de cohésion sociale est trop faible, la pratique démocratique et les effets des décisions prises pourront sûrement permettre d’en arriver là, mais en attendant, à mon avis, mieux vaut s’appuyer sur la sagesse qui consiste à s’appuyer sur des règles explicitement instituées, sans cesse à remettre en cause, mais « dites », i.e. connues de tous,
en ce sens la règle protège et permet la coordination,
et bien évidemment, l’efficacité de la règle à remplir son rôle réside dans la participation et la pratique civique,
d’où mon attachement à un processus constituant délibératif, actif et sans représentation.
à mon sens, la constitution c’est l’institution (au sens dynamique du terme, « nous instituons ») de la règle du jeu,
une règle du jeu qui protège des imperfection de l’accord tacite, informel et ses dérivations possibles (hybris collective, tyrannie, abus de pouvoirs, incapacité du pouvoir, etc.) et surtout une règle du jeu qui s’explicite comme œuvre collective, construite en conscience donc amendable en conscience, soit le contraire de l’arbitraire, de la tradition, de la morale ou de la vérité révélée.
Et encore une fois le seul moyen de rendre cette règle du jeu efficace du point de vue des buts que se fixe le corps social, est de la construire ensemble.
cette métaphore du jeu n’est donc pas anodine, les œuvres collectives que représentent les règles de la belote ou du football sont des manifestations fascinantes de la capacité humaine à créer en interaction les uns avec les autres, au fil du temps, des règles et des attitudes qui visent à garantir le plaisir et l’harmonie dans le jeu, ce sont des créations imparfaites mais infiniment plus aptes à assurer le plaisir de jouer que le bordel, la jungle, la loi du plus fort ou du meilleur tricheur…
je rejoins donc peut être ton point de vue en disant que la constitution en tant que processus et moment fondateur (nous nous constituons comme corps politique) est un processus démocratique incrémental, issu de la pratique et des interactions des citoyens, et réflexif, issu de l’analyse de ces pratiques et des dysfonctionnements dans les interactions,
ce processus débouche sur l’écriture d’un texte fondateur, encadrant les pratiques politiques qui devront s’y conformer pour produire décisions et actes légitimes (i.e acceptables par tous, faisant force de loi).
ce texte fondateur doit prévoir la révision régulière de son contenu afin de permettre au corps politique de tirer les leçons des imperfections qu’il contient.
@Sitouaillain :
Sur la pratique démocratique :
on ne part pas de rien et c’est faire injure à celles et ceux qui nous ont précédés depuis quelques siècles, en le payant souvent de plus de souffrances que nous, que de contester la force de l’héritage. Il n’y a donc aucune naïveté « naturaliste » dans mon propos, car si je renvoie au terrain c’est bien parce que c’est là que s’affrontent concrètement des divergences ( qui elles sont naturelles ) qui « s’arbitrent « ( et ça ça n’est pas » naturel » ).
Au passage , il n’y a pas qu’une règle à la belote et on ne la pratique pas de la même façon à Saint-Étienne ou à Lyon. Pour le football, je suis moins calé .
Pour l’essentiel , je reste sur l’intuition que plutôt que d’une révolution procédurale sur l’écriture dune Constitution, on a plus besoin de montrer sur le terrain :
- que l’on se donne la peine de faire déjà respecter la Constitution actuelle ,
– qu’on trouve les moyens conceptuels et concrets de faire modifier ( on sera toujours d’accord sur le caractère tempraire des textes sacrés ) , notre Constitution , si on se borne à elle , sur le sujet crucial du rapport à la propriété .
Car c’est là que pour moi le bât constitutionnel blesse en grande partie, et que Liberté-Égalité-Fraternité est devenu Liberté-Égalité-Propriété.
Ce qui renvoie à toutes réflexions ( et tentatives concrètes de terrain ) de faire vivre d’autres rapports sociaux , d’autres sens de la propriété , d’autres sens des « besoins » , d’autres rapports entre ressources et travail , voire d’autres sens du travail .
Je ne vois pas de modification Constitutionnelle par le haut , qui pourrait ‚sans risque de se tromper , fournir les quelques articles qui imagineraient possiblement tout ça .
Pour illustrer ce sentiment : je vois mal que les Français puissent voter autrement que droite libérale ou sociale démocratie de marché , tant que des millions d’entre eux sont pratiquants des assurance-vie ou de la rente foncière ou immobilière .
salut juan,
tu as X fois raison, et je n’ai pas l’impression d’avoir dit autre chose…
j’ai même dit —je ne sais plus où mais sur ce blog en tout cas— que les assemblées locales sont pour moi l’organe de base de la démocratie car elles peuvent permettre de créer des à‑côtés qui attirent les indécis en montrant qu’il est possible d’agir autrement en initiant des coopératives, des mutuelles, des échanges, de l’entraide, etc., bref faire vivre la démocratie.
et c’est parce que je suis d’accord avec toi que je ne peux pas être d’accord avec Étienne quant à sa proposition d’assemblée constituante tirée au sort…
car je crois que c’est en pratiquant et en vivant ces « tentatives de terrain » dont tu parles que peut s’imaginer collectivement des règles qui formeraient le socle constitutionnel (je maintiens, il faut à un moment donné formaliser, sinon c’est la porte ouverte à des manipulations terribles…leçon d’histoire espagnole ou russe…),
en ce sens, le processus constituant est dynamique et par le bas, je ne pense pas avoir dit le contraire, non ?
par contre, c’est un détail, mais, faire appliquer la constitution actuelle… euh… non, merci, au contraire il faut la contredire et la subvertir, et même souvent être hors-la-loi pour expérimenter d’autres rapports à la propriété, à l’autre et à la politique… et pour passer à un autre régime de propriété (c’est tellement fondamental ça, que j’aimerais bien qu’un TF1 émancipateur existe pour le faire comprendre à chacun ! et j’espère que les assemblées locales auront cet effet !) il faut même contester les droits de l’homme tels que retenus dans le bloc constitutionnel…
Le tirage au sort de EELV est certes bien joli pour le geste, mais regardons de plus près : il y a 4 cantons, 4 femmes et 5 hommes.… Bon, à part le fait de peut-être éviter aux hommes de se battre pour un canton, ce n’est pas vraiment un enjeu important. Ils savent tous qu’ils vont avoir un canton ou presque, ce n’est pas du tout la même mesure que tirer au sort parmi 2000 candidats pour 4 postes…
Cher Sitouaillain,
Je parle de vous sur le forum (sur le fil dédié au tirage au sort en politique) :
http://etienne.chouard.free.fr/forum/viewtopic.php?pid=12426#p12426
Au plaisir de vous lire.
Étienne.
Sitouaillain « propose que des constituantes soient réunies dans toutes les communes (ou regroupement de communes) et qu’une synthèse soit dégagée sur le mode de la fédération de communes, avec un étroit contrôle des représentants par la base » .
Proposition géniale avec pourtant un gros bémol : les citoyens ne sont pas forcément des Sitouaillains et je ne suis pas sûr que la constitution soit la première approche à avoir ; il faut d’abord parvenir à mobiliser , intéresser les citoyens de base en les sollicitant sur LEURS préoccupations ; la pratique des réunions aidant, et se dégageant le fait que se réunir pour comprendre et agir ensemble est essentiel , la possibilité de travailler sur la constitution viendra ;par contre d’accord sur l’échelon communal qui est selon moi le bon échelon de travail.
Je ferai passer dans quelques temps un compte rendu /évaluation d’une expérimentation de démocratie participative à l’échelon communal que j’envoie à la région Rhône-Alpes qui a aidé financièrement cette action. Dur dur la vie d’artiste !
Bon, je n’ai pas encore lu ce que tu as écrit Etienne, mais je peux déjà te dire Di Girolamo que pour moi tu as raison, en tout cas c’est évident :
» il faut d’abord parvenir à mobiliser , intéresser les citoyens de base en les sollicitant sur LEURS préoccupations ; la pratique des réunions aidant, et se dégageant le fait que se réunir pour comprendre et agir ensemble est essentiel , la possibilité de travailler sur la constitution viendra .
et avec l’austérité qui se prolonge, ce ne sont pas les occasions qui vont manquer !
et peut être qu’un jour, fruit du travail au niveau communal dont tu parles, au lieu de sortir dans la rue pour protester contre telle ou telle réforme, on y tiendra des assemblées, sur la base du constat que chaque réforme contraire à la volonté du peuple est une preuve de plus que nous ne sommes pas vraiment en démocratie et qu’il faut donc cesser de s’attaquer aux conséquences, cesser de réclamer des choses à l’Etat pour devenir l’Etat, la Res Publica…bon, je m’enflamme encore, et j’en ai les larmes aux yeux (à cause des lacrymos 🙂 )
@ etienne,
je ne savais pas qu’il y a d’autres discussions en parallèle, et très intéressantes qui plus est !
je ne sais trop quoi penser, mais en même temps, je ne peux t’en tenir rancune :
j’ai déjà répondu il me semble sur le « bémol des 36000 constitutions » (voir )
À noter que dans mon esprit, en accord avec les remarques de juan nessy et di girolamo, l’unité de base de la démocratie, la Commune, est aussi un lieu d’apprentissage de la démocratie, un lieu d’action, de mise en pratique de l’éthique démocratique, de lancement d’initiatives locales, de résolution de problèmes locaux ou de réponses locales à des problèmes globaux, et un organe de lutte, un collectif de citoyens actifs,
soit un processus constituant qui en est nourri, qui se fait en parallèle peut être, ou en couronnement, mais en tout cas un processus constituant qui peut se faire parce que justement le peuple s’est organisé et a suffisamment de puissance pour se déclarer insolemment souverain… quoi qu’il advienne !
(ceci est valable mais de moindre portée, tout en étant plus simple (du moins au départ) dans le cas où des dirigeants élus décideraient de redonner le pouvoir au peuple)
je propose, à partir d’assemblées locales (qui ne seront pas 36 000 !), un processus d’allers-retours du bas vers le haut.
c’est donc un processus nécessairement synchronisé, en différentes étapes, jusqu’à l’obtention d’un texte final, rien à voir avec l’image de chaque assemblée faisant sa constitution dans son coin (même si, entre nous, j’aimerais bien que cela soit possible…).
plusieurs modalités/méthodes sont possibles, et je n’ai pas la science infuse (d’ailleurs, je n’ai lu nulle part comment les X constituants tirés au sort allaient s’y prendre pour s’accorder sur un texte!),
l’essentiel est d’arriver à l’étape du « premier jet », c’est à dire une ébauche de texte sur laquelle chaque AC locale peut travailler, rajouter des propositions, affiner, amender, etc.
Pour obtenir ce premier support du travail constituant, je suis plutôt pour une définition de « grands principes » par chaque AC locale, qui formeraient le contenu du mandat d’un délégué, délégué qui va ensuite au niveau supérieur, élaborer avec ses homologues ce premier jet (bien sûr il rend des comptes et est révocable pendant tout ce temps), en gros ça ressemble à une traduction moderne de l’étape des cahiers de doléances aux Etats Généraux, puis à une définition des grandes lignes de la future constitution, pour laisser place à des discussions point par point.
mai on peut aussi imaginer qu’on tire au sort une assemblée locale chargée de faire une constitution, pour que les autres aient un support sur lequel engager les discussions… je suis ouvert aux discussions !
la suite du processus, est plus simple à imaginer : chaque assemblée locale peut alors proposer aux autres des amendements, une proposition ou une contradiction (de préférence comme dans les méthodes de production de consensus), et pendant ce temps là, tous s’imprègnent des enjeux, du texte, de son sens et de sa portée…et de ses défauts ! 🙂
sans oublier le contrôle impartial et indépendant du processus par un organe collégial tiré au sort (l’idéal serait de tirer au sort des étrangers de diverses nationalités?), pour que chaque citoyen puisse au moins dénoncer tout dysfonctionnement, entourloupe, etc. et que tout dérapage soit stoppé à temps (infiltrations de la CIA, pressions des fascistes, manipulations bolcheviques, que sais-je !).
Dans une commune proche de la mienne vient de démarrer un conseil municipal de jeunes ; je compte proposer aux élus (qui sont des amis) d’adjoindre à ce conseil de jeunes , l’idée qu’ils préparent au moins une fois par an avec ces jeunes une soirée sur nos institutions , leur fonctionnement , la constitution etc destinée à apprendre et questionner ; avec des intervenants ayant des regards différents ; les élus locaux , parents et habitants seraient bien sûr invités à ces soirées .