Chers amis,
Enfin, le film de Naomi Klein est disponible en streaming (vision libre sur le net) :
LA STRATÉGIE DU CHOC, FILM TIRÉ DU LIVRE DE NAOMI KLEIN
Vous y retrouverez, à travers des exemples remarquables, le cynisme terrifiant des riches sur terre quand il est question de préserver leurs privilèges :
Après l’élection régulière, en 1970 au Chili, d’un progressiste (Allende), Nixon et Kissinger, furieux, ont décidé, organisé et appuyé le coup d’État militaire de Pinochet, en 1973 : enlèvements politiques, torture et assassinat des opposants et syndicalistes, tout ça pour protéger les riches Américains et les riches Chiliens… « L’expérience » ultralibérale du Chili, laboratoire économique et politique, conduite par l’effrayant gourou Milton Friedman et ses fidèles fondamentalistes de « l’école de Chicago », nous concerne tous directement, ici et maintenant : nous sommes aujourd’hui les victimes des mêmes monstres, avec toujours la même source fondamentale : la cupidité des malades mentaux que deviennent invariablement les gens trop riches.
Les autres exemples que souligne Naomi Klein pour démontrer que les riches utilisent bel et bien consciemment la stratégie du choc contre nous, ces autres exemples sont terribles, comme le dictateur Videla en Argentine, avec les mêmes recettes de Chicago accompagnées de l’enseignement de la torture et l’utilisation systématique de cette torture contre les opposants civils.
L’application de ces théories ultralibérales est nettement plus difficile en milieu démocratique, comme aux USA ou en GB : on voit apparaître Donald Rumsfeld (un Chicago Boy), Thatcher, Reagan. On utilise alors la guerre comme moyen de faire plier les populations : guerre des Malouines, par exemple, utilisée par Thatcher pour imposer sa politique économique de choc : laminage des syndicats, privatisations à tout va, dérégulation financière, flambée des inégalités, suppression des protections sociales…
Autre exemple : le chaos de l’économie de marché déferlant en Russie avec Eltsine et là encore, ses Chicago Boys : catastrophe absolue pour les Russes : pauvreté, corruption, maffias, violences épouvantables ; le coup d’État d’Eltsine (bombardement du Parlement russe) soutenu par les USA. Régime des copains d’Eltsine, les richissimes « oligarques » se goinfrent pendant que les Russes sombrent dans une misère noire.
La nomination par Bush fils de Donald Rumsfeld à la défense ; Rumsfeld qui change d’ »ennemi » : à la place de l’URSS, il cible désormais (le 10 septembre 2001, veille de la mort de près de 180 personnes dans le Pentagone en feu), il cible « la bureaucratie du Pentagone »… Le choc du 11 septembre rend possible « la guerre contre le terrorisme », guerre abstraite et ingagnable, mais source d’enrichissements personnels gigantesques (industrie de la sécurité intérieure, capitalisme du désastre, nouvelle économie basée sur la peur), le bombardement de l’Afghanistan, la torture décomplexée, généralisée, systématisée, théorisée, légitimée… l’horreur absolue si vous comprenez que ce n’est pas un film mais la réalité (et pour nous, un avenir proche).
Le choc du 11 septembre a aussi servi de justification lointaine pour envahir, piller et détruire les populations civiles d’Irak, mais sans omettre trois nouveaux chocs : l’opération militaire « choc et effroi », d’abord : bombardement effroyable en très peu de temps, déluge de feu théorisé froidement par des « stratèges » cyniques à souhait. Ce choc des bombes est rapidement suivi d’un choc économique : Paul Bremer « ouvre l’Irak aux affaires » 2 semaines après son arrivée… Application intégrale du programme de l’école de Chicago : démantèlement de l’État, privatisation de tous les services publics, siphonage des fonds publics par les multinationales US, comme Haliburton, misère épouvantable, révoltes et violence endémique, un million de morts aujourd’hui… Ce n’est pas fini, il y a un troisième choc, la peur quotidienne de l’enfermement : arrestations arbitraires, emprisonnements, torture systématique, encore et toujours.
Géniales, les analyses libérales de Friedman, non ?
« La fin de l’État et la dérégulation conduisent toujours à la liberté et à la paix », qu’il disait, ce fou furieux. Il n’y a qu’à voir le Chili, l’Argentine, la Russie, l’Irak (des « laboratoires » où il a eu vraiment les mains libres), pour savoir quoi penser de ce triste sire. Alors, clairement, les théories de l’école de Chicago et le capitalisme du désastre sont un échec cuisant. Donc, on arrête là ? Pas du tout. Il y a tant d’argent à gagner avec la guerre généralisée… : les dépenses US d’armement ont doublé depuis 2001 : presque 700 milliards de dollars par an ces temps-ci.
Naomi rappelle l’avertissement, en 1961, du Président Eisenhower contre le lobby militaro-industriel. Peine perdue : nous sommes en enfer, comme prévu : les marchands d’armes ont gagné ; la guerre d’Irak est presque totalement privatisée. La société US BlackWater fournit les mercenaires en masse (il en a davantage que de Marines en Irak), à qui les USA garantissent l’impunité juridique pour tous leurs agissements (!!!)
Autre exemple : après que l’ouragan Katrina ait ravagé la Nouvelle Orléans, on a pu constater l’abandon total des pauvres par l’État, pendant que les riches fuyaient la zone. Juste avant de mourir, le philanthrope Friedman, toujours lui, délivrait ses merveilleux conseils dans une tribune d’un grand journal : » Les écoles de la Nouvelles Orléans sont en ruine, comme les maisons de leurs élèves. Ils sont maintenant dans tout le pays. C’est une tragédie, mais aussi l’occasion de réformer le système d’éducation. » Et les écoles furent effectivement presque toutes privatisées dans cette région : il n’y reste presque plus d’écoles publiques.
Même chose au Sri Lanka : après le tsunami de 2004, on a interdit aux pêcheurs de revenir sur leurs plages pour y construire des hôtels de luxe…
C’est ça, la stratégie du choc : des raids systématiques contre la sphère publique au lendemain de cataclysmes, quand les gens sont trop focalisés sur l’urgence, sur leur survie, sur la protection de leurs intérêts immédiats.
Le premier acte de résistance serait peut-être de refuser qu’on efface ces événements de notre mémoire collective. Par exemple, visiter et faire connaître la villa Grimaldi, principal centre de torture de Pinochet pendant la période des politiques de choc économique.
Le résultat mondial de toute cette horreur, c’est un gigantesque transfert de richesses publiques vers des acteurs privés, de plus en plus riches et de plus en plus capables de corrompre et de tuer pour devenir toujours plus riches. L’argent produit des fous dangereux. Pour toute société, les riches sont comme un cancer.
La stratégie du choc repose sur notre ignorance de son fonctionnement. Mais à force, Naomi (optimiste) a l’impression que nous devenons résistants aux chocs.
Noami nous rappelle que, aux syndicalistes qui venaient lui réclamer des progrès sociaux, Roosevelt les écoutait longuement puis à la fin leur disait : « descendez dans la rue et obligez-moi à le faire », ce qu’ils firent : en 1937, année charnière pour le New Deal, il y eut 4 740 grèves aux USA, de 20 jours en moyenne ! (applaudissements)
Mais aujourd’hui, combien de grèves en 2007 aux USA ?
21.
Donc, il faut garder en mémoire l’histoire des luttes pour bien comprendre que, si nous voulons un monde plus juste, plus sain, plus pacifique, IL VA FALLOIR DESCENDRE DANS LA RUE et les obliger à le faire. (applaudissements)
Naomi a raison, je pense. Son analyse nous est utile pour résister.
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Mais bien sûr —vous me voyez venir—, j’ai envie de souligner qu’il manque finalement à son analyse LA VRAIE CAUSE QUI PERMET AUX RICHES DU MONDE ENTIER DE CONTINUER À VOLER ET À TUER EN TOUTE IMPUNITÉ, ET MALGRÉ TOUTES LES BRILLANTES ANALYSES QUI PROUVENT LEUR CULPABILITÉ : cette cause centrale que tout le monde néglige, c’est L’ÉLECTION, qui permet aux riches d’acheter le pouvoir politique, assortie de NOTRE PROPRE NÉGLIGENCE à nous, nous qui laissons les élus (des riches) écrire et modifier eux-mêmes LA CONSTITUTION !
Alors que la constitution est précisément le seul texte qui pourrait nous protéger en pareil cas
(à condition, évidemment, qu’il ne soit pas écrit par nos bourreaux eux-mêmes).
Donc, comme je le remarque toujours à la fin d’un exposé d’un militant passionnant, il lui manque sa pierre de touche, il lui manque cette institution fondamentale qui permettrait de concrétiser enfin le changement, il lui manque l’idée que je trouve, moi, décisive : « mais qu’est-ce qui permet donc aux riches de prendre partout le contrôle du pouvoir politique ? Et bien c’est toujours, à la fois, l’élection et notre incroyable indifférence au sujet de la qualité du processus constituant ».
Nous ne nous libèrerons jamais de l’influence mortifère des riches sans imposer (au moins en partie) LE TIRAGE AU SORT dans le processus constituant.
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Au sujet du Chili, Daniel Mermet a diffusé hier une émission poignante de Là-bas si j’y suis, à l’occasion de la toute récente condamnation, en France et par contumace, de bourreaux chiliens de l’époque de Pinochet : http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=2065.
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Comme le suggère fortement Naomi Klein, la meilleure façon de résister, pour les victimes de chocs, c’est L’HISTOIRE : NE JAMAIS LAISSER PERDRE LE FIL DE L’HISTOIRE ; COMPRENDRE ET TRANSMETTRE.
Alors, faites passer l’information.
Étienne.

Un point de vue acéré.
Ceci dit, tout ceci dépend d’un niveau de pouvoir qui n’est jamais évoqué dans l’analyse : le système monétaire.
Sans un système monétaire qui permet d’allouer ici ou là pour tel ou tel but l’argent nécessaire à sa réalisation, tout ceci ne serait pas possible.
Le système monétaire en place est-il légitime ? Comment fonctionne-t-il ? Comment se crée la monnaie, qu’est-ce que la monnaie, pourquoi certains ont le droit d’en émettre et pas les autres ?
Là est la clé : http://www.creationmonetaire.info/2010/12/crise-monetaire-quel-debat.html
Bonjour Étienne
Je n’arrive pas à accéder à ton lien sur megavideo..
A+ / AJ
Etienne ,
deux posts de suite suggérant la révolte..
mais nous paraissons si fataliste ..
jusqu’où faudra-t-il que nous soyons humiliés pour réagir ?
Je retire .. le lien fonctionne 😉
A+
AJ
[OK, j’ai transmis cette requête à AJH. 🙂 ÉC]
Bonjour
L’origine de ce travail de Margrit Kennedy est publié dans son livre » Libérer l’argent de l’inflation et des taux d’intérêts » (éditions Vivez Soleil, 1993, ISBN 2−88058−161−3 ).
Je l’ai repris dans mon dernier livre « Argent dettes et banques » (chez Yves Michel) en le complétant de l’étude réalisée par Ralf Becker, étude – en allemand – qui n’a pas été publiée mais que m’avais transmise Ralf Becker.
Cordialement
Bon, je pense que ce fichu contrôle captcha est réparé : il n’y a plus qu’un seul type de question (celui qui fonctionnait toujours).
Pardon pour le dérangement.
Étienne.
Cher Etienne,
Je suis tant en accord avec tes billets qu’il m’est rarement donné d’intervenir tellement je me sentirais dans le rôle de la « claque ». A l’inverse, je me suis fait un devoir d’intervenir chez ceux où je trouve matière à mouvement d’humeur. Je ne résiste pas au plaisir d’en livrer un concernant l’inénarable banquier PEYRELEVADE, toujours lui, qui a trouvé l’explication à la crise : c’est la « la prédation » dont il a trés doctement livré la « théorie » qui doit constituer une partie de son prochain livre. L’affaire est instructive car c’est une nième version du refrain de tous les libéraux, déjà combattu par Frédéric Lordon : c’est la faute à la cupidité ! Sans cela, tout irait bien… Encore faut-il voir où cela se loge. J’en ai fait un petit résumé, satyrique mais fidèle :
LA “THÉORIE DE LA PRÉDATION” RACONTÉE À MONSIEUR JOURDAIN
J. PEYRELEVADE : La prédation se caractérise par une sur-rémunération du capital par rapport à son rendement moyen dans l’ensemble de l’économie.
M. JOURDAIN : J’entends tout cela.
JP : Cinq moyens principaux : l’invention (brevets et marques). On préfère : “protection schumpéterienne et « concurrence imparfaite »”
MJ : Ah ! que cela est beau !
JP : l’exploitation de la plus value du travail. Je dis : “le phénomène est peu à peu devenu marginal dans nos économies…même s’il fut élément fondateur de la théorie marxiste”
MJ : Vive la science !
JP : l’effet-levier chez le spéculateur. Je précise : “l’intensité capitalistique du processus diminue, pour ce qui le concerne”
MJ : Cela est admirable !
JP : l’héritage. Je définis : transfert de richesses déjà existantes entre individus d’un même noyau familial
MJ : Il n’y a rien de plus véritable !
JP : la rareté. Je théorise : “service immatériel dont on éprouve le besoin et qui ne relève pas d’une compétence ordinaire”
MJ : Ah ! la belle chose que de savoir quelque chose !
De cette arbitraire énumération, Jean Peyrelevade extrait finalement le spéculateur, qu’il transfigure du bienfait jusqu’à la spoliation pour conclure benoîtement :
JP : “Ainsi, l’exemple est parfait d’une activité qui, au nom d’une utilité sociale prétendue mais jamais démontrée, justifie la cupidité la plus extrême”
MJ : Cela est vrai ! Ah ! que n’ai-je étudié plus tôt pour savoir tout cela !
Cette présentation de “La théorie de la prédation” aux “cinq moyens” , à l’image de la prononciation des cinq voyelles telle qu’enseignée à Monsieur Jourdain, peut passer pour un pastiche gratuit. Il est pourtant bel et bien payant sur tous les points.
Qu’on en juge par les deux premiers :
LES BREVETS D’INVENTIONS
Commencer par citer les brevets comme exemple prioritaire de “prédation” illustre bien à la fois contradiction et parti pris dans le propos de Jean Peyrelevade.
Contradiction car qu’est-ce donc que l’institution des brevets d’invention, sinon le contraire : une protection de toute “prédation” sur l’inventeur, au moyen de la loi, c’est à dire par un titre de propriété (temporaire). Comme toute loi, celle-ci a sa finalité sociale qui est d’encourager par là même l’activité de recherche et d’innovation, considérée comme source de “progrés”.
Parti pris car cela illustre aussi, à soi seul, l’estime dans laquelle l’univers marchand du banquier tient les efforts, parfois de toute une vie, des chercheurs qui inventent autre chose que sa fumeuse “théorie”. Ceux-là sont évidemment des empêcheurs de tourner en rond, car ils produisent de l’innovation (seule source véritable de croissance des sociétés développées) et les exploitants sont obligés de leur verser des redevances.
Cela n’est-il pas insupportable ?…dirait le maître de philosohie de Monsieur Jourdain ?
C’est aux marchands, au premier rang desquels les banquiers qui nous vendent notre propre argent, qu’il revient de retirer de substantiels bénéfices de leur négoce !
Et non à ces gueux, inventeurs compris, que l’auteur avait déjà désignés comme ces universitaires “encyclopédistes de l’inutile” ! un autre s’empressant d’ajouter : ces “fonctionnaires” !
Car, contrairement à l’image d’Epinal, et celle que se plaisent à donner les politiques lorsqu’ils sont au pouvoir, il y a longtemps que l’ innovation dans l’industrie ne concerne plus que le fruit de ce qu’on appelle pudiquement “recherche d’adaptation” au lieu de recherche tout court.
La firme Monsanto n’a jamais inventé aucun gène, mais s’est contentée d’en breveter certains usages orientés (OGM) ce qui aurait dû questionner le législateur : le veau à deux têtes est-il une invention, parce que profitable aux restaurants ? Idem pour les plantes… Non, car les anciens connaissaient déjà ces modifications génétiques. La “prédation” porte en réalité sur un abus de langage par les marchands du temple, et ne saurait qualifier toute protection d’innovation véritable.
Même pour l’exemple tarte-à-la-crème du transistor, qui s’en veut le porte-drapeau, toujours cité comme issu des Bell Labs en 1947, celui-ci fut en réalité inventé en 1925 par l’Allemand J.E. Lilienfeld, qui le breveta en 1926 (Field effect transistor), avant d’émigrer aux Etats-Unis où il fut mis au point trop tard pour qu’il en touche les légitimes redevances. Et c’est Bardeen, Brittain et Schockley des Bell Labs qui reçurent le prix Nobel de physique pour cela… Pour le coup, on pourrait parler de “prédation”, mais en un tout autre sens !
LA PLUS-VALUE PAR SUR-EXPLOITATION DU TRAVAIL
“Le phénomène est peu à peu devenu marginal dans nos économies…même s’il fut élément fondateur de la théorie marxiste”
C’est un peu comme si l’on disait de la gravitation universelle :
“Le phénomène est peu à peu devenu marginal dans nos technologies…même s’il fut élément fondateur de la théorie newtonienne” !
Je connais un professeur d’université qui avait à peu prés cette vision des choses. Il conçut ainsi, et breveta, un amortisseur aux propriétés myrifiques : une vraie refondation ! Il n’avait oublié qu’une chose : sur terre, une masse a une inertie mais aussi un poids au repos. Lorsque l’erreur fut révélée, elle en révéla d’autres et l’on s’aperçut que la dite refondation n’était que dans l’esprit du concepteur…
La « refondation du capitalisme » de Peyrelevade sur les bases sus-dites, c’est tout comme refonder la mécanique en oubliant sur quoi elle est construite.
On a le droit de contester la construction, à condition d’en bien connaître les bases. Même un fantaisiste à la généralisation hative, comme l’est Attali, sait que la théorie de Marx n’est rien d’autre que la théorie du capitalisme. Il n’y a que Peyrelevade pour faire croire, et écrire en Octobre 2009, en interprétant “Das Capital” à sa façon :
“Pour un révolutionnaire, encore aujourd’hui, il est politiquement commode de nier toute contribution nette du capital à la production des richesses.”
Doit-on lui rappeler que le capital, né du travail humain, n’est que du travail en stock ?
(C’est l’oubli équivalent à celui du poids, ci-dessus)
On peut le dépenser aussi bien que le ré-investir dans la production. Ce n’est ni ce choix qui est en cause, ni sa contribution en cas d’investissement productif qui est niée par tout révolutionnaire. C’est la condition de son obtention, fondée sur l’appropriation par un seul des plus-values non partagées du travail collectif.
D’où les inégalités rapidement croissantes actuellement, dont l’origine est le capital investi pour l’appropriation de plus-values supérieures dans les pays émergents, au détriment des travailleurs en pays développés. C’est en effet oublier à nouveau que ces capitaux représentent le travail en stock, des mêmes, que l’on a détourné de sa fonction.
Le mécanisme est identique, mais les conséquences plus graves : le capital détourné ne revient plus dans le circuit des pays dont il provient, pour l’emploi notamment !
En somme, le banquier nous donne ici un bon aperçu de son parti-pris :
- l’invention brevetée est bien une “prédation” faisant obstacle à son univers marchand
- la sur-exploitation de la plus-value du travail est inexistante dans sa “théorie de la prédation”…
Ainsi à la question “Est-il prédateur, oui ou non?”, Bourvil banquier aurait certainement répondu, comme pour l’eau ferrugineuse :
Le chercheur qui brevète, oui ! Le patron qui délocalise, non !
Merci Hadrien.
Tu as bien noté, par ailleurs et surtout, que, nulle part, les autoproclamés « libéraux » ne font mention des INSTITUTIONS nouvelles qui ont (opportunément) permis et même accéléré la prédation.
Mieux encore, aucun de ces prétendus « libéraux » du moment n’aime s’apesantir sur les trésors d’imagination (et de fausse monnaie) qu’il a fallu répandre dans les plus hautes sphères, dites responsables, pour CORROMPRE les professeurs de l’enseignement dit supérieur, les journalistes, les faiseurs de livres, les ministres et technocrates, et jusqu’au dernier élu, pour modifier le DROIT, jusqu’à la CONSTITUTION même des États à piller.
Aucun de ces « libéraux » en peau de lapin, —donneurs de leçons de morale aux gueux en colère qu’ils calomnient par la marque infamante « extrême»—, aucun d’entre eux n’ose même évoquer, encore moins incriminer, LA PROCÉDURE REINE (de leur point de vue oligarchique), la modalité centrale, cardinale, fondamentale, l’escroquerie originale, fatale, létale, la source même de leur pouvoir usurpé : L’ÉLECTION.
Élection qui, TOUJOURS ET PARTOUT, permet aux riches du moment d’ACHETER LE POUVOIR POLITIQUE et d’ainsi rendre éternelles leur domination et leur prédation.
Plus ça va, plus c’est clair : pas de salut 🙂 démocratique hors du tirage au sort.
Mais je ne vivrai sûrement pas assez vieux pour voir cette idée décisive appliquée quelque part sur terre, je le crains : elle n’avance pas, personne n’y voit la prorité des priorités, tout le monde semble aimer la prison politique qui découle de l’élection.
Mortecouille, j’enrage !
Merci d’être toujours là, cher Hadrien.
Étienne.
Étienne,
Ton commentaire m’incite à poursuivre ici l’analogie entre libéraux économiques et libéraux politiques qui s’appuient sur une même formulation, dont on connaît pourtant aujourd’hui tous les manquements (souvent volontairement dissimulés). L’économie a eu le mérite de faire surgir tout cela explicitement :
Dans une collectivité citoyenne, chaque agent i (individu ou ménage) a une fonction d’utilité qui lui est propre u(i,xj,dij), où :
- l’argument vectoriel xj décrit tous les biens et services échangeables en économie, y compris le travail et le numéraire.
(Revenu, pouvoir d’achat, etc. ne sont que des aspects de cette fonction u(i,x) qui est elle-même un agrégat).
- Les contraintes sont toutes sur la variable x (ressources naturelles, capacités de travail, etc.). Le patrimoine est une dotation initiale Xo.
- l’argument vectoriel dij représente chaque décision de l’agent i d’échanger un bien ou service j.
Le dogme libéral a cru devoir justifier la démarche multi-critère suivante (« laisser-faire ») par l’existence d’équilibres :
1) équilibre de NASH : chaque agent maximise son utilité individuelle par ses décisions dij :
Max/dij de u(i, x, d11,…,dij,…), pour chaque i, et ce pour tous les j.
On a bien autant d’équations que d’inconnues, mais l’existence d’un équilibre n’est garantie que sous des conditions particulières (continuité, convexité, etc.)
Cet equilibre n’est pas en général un optimum de Pareto (où l’on ne peut améliorer une utilité qu’en dégradant une autre), à moins de conditions supplémentaires. On n’a pas, non plus, de garantie sur la stabilité de l’équilibre.
On note également que chaque agent doit résoudre le système en entier pour prendre sa décision. C’est donc plus couteux qu’une procédure centralisée qui le ferait une seule fois pour toutes.
2) équilibre de WALRAS (marché) :
Cette formulation vise à éviter aux agents d’avoir à connaître les fonctions d’utilité des autres. Elle imagine ainsi un “commissaire-priseur” capable de faire varier le système de prix des échanges comme celui de la bourse, pour converger vers le point fixe “offre = demande”, s’il existe.
Au sens de Walras originel, il n’y a pas plus d’existence d’équilibre garantie qu’à celui de Nash en stratégies pures. Arrow et Debreu ont énuméré des hypothèses (déterministes) assurant cette existence. Puis Allais, Arrow, Baumol en ont rajouté d’autres qui en font un optimum de Pareto. Mais le théorème de Sonnenschein assure qu’on ne peut garantir en général la stabilité de cet équilibre. (Ainsi, à la bourse, le commissaire n’attend pas d’égaliser offre et demande pour changer les prix, il poursuit une tendance qui varie en permanence!)
Wikipédia l’explicite ainsi :
“à partir du début des années 1970,…il devenait évident qu’il n’était pas possible, dans le contexte de cette théorie, d’expliquer comment une économie, initialement hors-équilibre, pouvait converger, par une suite d’échanges réalisés hors-équilibre, vers un équilibre… En d’autres termes, on était capable de montrer l’existence d’un équilibre dans un vaste ensemble de situations mais pas d’expliquer comment une économie pouvait l’atteindre dans un cadre d’échanges libres et décentralisés.”
Dans les sciences de la nature, on est encore plus clair : un équilibre instable, c’est un équilibre qui n’a pas d’existence réelle puisqu’on ne peut y rester même en y tombant dessus par hasard !
3) PARETO lui-même a été conduit à définir comme critère d’optimalité sociale l’utilité globale agrégée :
U(x) = Somme sur i de a(i).u(i,x,d).
Pour une population citoyenne en nombre N, a est égal pour tous en démocratie.
La démocratie Athénienne utilisait implicitement une formulation similaire, au plan politique, où la nature et surtout le nombre de variables sont plus faciles à manipuler. Elle avait compris qu’on peut simplifier considérablement la collecte des fonctions d’utilité u, en tirant au sort parmi la population citoyenne n agents (n beaucoup plus petit que N) qui seront représentatifs des divers types de besoins/capacités, corps de métiers, etc.
Chez eux, n égalait cinq cents (la boulée). Vingt formaient leur gouvernement dont dix élus (stratèges) et dix tirés à nouveau au sort (archontes). En bref, ils étaient chargés de résoudre le problème d’optimalité, à partir et sous le contrôle des voeux des cinq cent.
C’est la structure politique que l’on a gardée de nos jours, en éliminant malheureusement l’essentiel : le tirage au sort, seule garantie de représentativité (par la loi des grands nombres), éliminant du même coup les biais de l’élection (notabilité, démagogie, achat de votes, trahison des électeurs, etc.).
En économie, cette agrégation des facteurs en un mono-critère reste limitée, pour l’instant, aux sous-ensembles (entreprises, collectivités locales, etc.).
L’optimalité monocritère de Pareto, définie ainsi, n’a aucun des avatars précédents si le centralisateur (équivalent du commissaire-priseur) connaît les n fonctions d’utilité. Il peut même déterminer plus généralement la trajectoire dynamique optimale sur un horizon temporel (To,Tf), échappant aux cycles qui affectent le système conflictuel du laisser-faire. On peut donc se demander pourquoi l’adoption d’une telle formulation, qui est la règle pour de grandes entreprises, poserait plus de problèmes pour les nations.
Inversement, si la formulation libérale était la bonne pour le fonctionnement d’une nation, on serait en droit de demander qu’on l’applique aux entreprises.
Or, on n’a jamais vu une entreprise abandonnée aux désiderata conflictuels de chacun, pour définir quel doit être le mode de fonctionnement d’ensemble.
Il est un exemple qui vient à l’esprit : qui monterait dans un avion dont la conception et la fabrication résulteraient de l’équilibre spontané d’une équipe où chacun travaillerait pour son compte ? On sait déjà à quoi cela conduit pour la construction d’une maison, en l’absence de tout maître d’oeuvre…
C’est pourtant à ce genre d’ânerie que nous convie le libéralisme…ou, plus exactement ceux qui sont les bénéficiaires de cette pagaille !
Quant au “monde réel”, s’est-on seulement demandé pourquoi on peut avoir tant de demandeurs d’emplois au chômage pendant que Mme Bettencourt reçoit plus de vingt millions d’euros par mois ?
Précisément parce que l’équilibre multicritère ne permet pas le transfert que fait l’optimisation monocritère : on y constate immédiatement que le même numéraire accordé à Mme Bettencourt a une faible utilité marginale, alors qu’ils aura une très forte utilité marginale pour le chômeur (cf. définition des utilités).
C’est pour cela que Pareto conçut son monocritère, sans aucun doute, comme un progrès sur le multicritère : il permet de comparer l’utilité contributive de chacun au “bien-être” total !
À cet égard, parler de théorie du bien-être en multicritère est une escroquerie : abandonner le système économique à l’équilibre de marché ne garantit aucune propriété collective souhaitable, sinon celle qu’on décrète telles par tautologie : ainsi, “l’efficience” ou optimalité de l’équilibre multicritère est seulement qu’on ne peut ajouter d’utilité à l’un sans en enlever à l’autre un tant soit peu (la belle jambe !). L’exemple précédent prouve que cela peut être à peu près n’importe quel point, en faisant varier convenablement la dotation initiale et la forme des fonctions.
La question n’est pas de discuter les u spécifiques aux agents. Elle porte sur le nombre et le lieu des Max. Doit-on laisser chacun faire ce qu’il veut ou peut, et espérer de tout ça un équilibre stable qui soit un optimum de Pareto ? (Le théorème de Sonnenschein répond d’ailleurs que non, en général, ce qui explique les cycles et crises).
Ou doit-on s’entendre sur une formulation bénéfique à la moyenne (ou à sa variante, la majorité) et, à terme, à tout le monde ? Moyenne ou majorité n’ont évidemment de sens que rapportées à la vraie représentation fidèle (tirage au sort) et non à l’élection de notables en vue dans les médias.
Et Pourquoi “à terme, à tout le monde”?… Parce que, depuis l’ère préhistorique, les lois de la civilisation ont aboli la loi du plus fort, ce qui a dû être au début un traumatisme pour lui. À terme, il y a gagné la protection en commun contre la nature et les ennemis de toutes sortes et, plus tard, des progrès dans tous les domaines… Il en va de même aujourd’hui.
Ce mouvement semble avoir bien pénétré le droit (”libres et égaux en droit”), mais pas encore l’économie et la politique où l’on est entre l’entreprise et la nation : les libéraux prétendent toujours que les entreprises et lobbies doivent avoir le champ libre.
Ils ont même privatisé les entreprises nationalisées et services publics qui avaient réussi cette intégration de l’intérêt général en 1946. On sait ce qu’il en est, depuis, pour la satisfaction du citoyen moyen. À cet égard, il est cocasse d’entendre notre président et ses ministres, durant la visite en Chine, se glorifier de succès au nom d’Areva et Airbus, alors que les développements datent du CEA et d’Aerospatiale à l’issue des Trente Glorieuses ! Tous ceux qui ont cotoyé les anciens du Concorde se sont même entendus dire : “Jamais un Airbus n’aurait pu être construit sans le programme Concorde, qui a permis de rattraper (et, à certains égards, dépasser) Boeing”! Quelle entreprise privée l’aurait tentée ? Même Dassault, avec sa R&D et ses commandes assurées par l’État, ne l’a pas fait !
C’est pourquoi la revendication libérale européenne des grands groupes actuels, “concurrence libre et non faussée”, ressemble encore à celle des plus forts sous l’ère préhistorique : “compétition libre et non faussée” (j’ai le droit de tuer mon voisin, d’occuper son territoire, de lui chipper sa femme et/ou sa nourriture…).
Et l’on a étendu ça à la mondialisation, qui est une globalisation à l’envers (non pour optimiser l’intérêt général, mais agrandir le terrain de chasse des plus forts). C’est « Le grand bond en arrière », titre d’un livre de Serge Halimi (Fayard, 2006) ou, plus récemment, celui du livre de Jacques Généreux, « La grande régression » (Seuil, 2010).
Cher Hadrien,
Je te remercie pour cette réflexion.
Je me suis permis, comme d’habitude, de mettre un coup de projecteur sur les passages que je trouve particulièrement importants.
Étienne.
@Hadrien
Merci. Ton commentaire est en soi un article.
M’autorises tu à le diffuser sur » http://ecosocietal.wordpress.com/ » ?
AJH
Cher André-Jacques,
J’apprécie beaucoup ton intérêt, mais je me dois d’y répondre avec un complément essentiel. Tu vas comprendre tout de suite :
L’équilibre de Walras-Arrow-Debreu est statique et j’ai gardé ce cadre traditionnel par brièveté, mais il rend les choses peu compréhensibles. En fait, le marché est dynamique. L’état x des biens et services en possession de chaque agent est, du fait des transactions du marché, indicé par le temps :
x(t+1) = F(x(t),d(t)), ou, en continu :
dx/dt = f(x(t), d(t))
Ce que visent à optimiser les décisions de transaction d(t), c’est la (les) utilités u en fonction des x. Mais cela, sur un horizon temporel T (qui peut être grand pour des investissements) et non en instantané. Les critères sont donc en général non les u directement, mais leur intégrale temporelle sur cet horizon :
U(0,T) = Sommme sur t des u(x,t), avec un coefficient d’actualisation monétaire.
C’est un probléme de commande optimale qu’on sait résoudre à chaque instant en passant à l’Hamiltonien du système, et tout le reste de la discussion est inchangé. On parle de jeux dynamiques au lieu de jeux statiques.
En toute rigueur, le cas statique évoqué dans mon commentaire correspond à l’optimisation sur un coup (une unité de temps): u(i, Xo,…,dij,…, t=1)
Les économistes tentent de s’y ramener par des biens et services eux-mêmes anticipés, pour ne manipuler que des variables statiques. Mais cette approche n’est pas la bonne :
- on a des générations imbriquées qui deviennent vite inextricables.
- la notion de stabilité, si essentielle, perd son sens et son cadre naturel (la dynamique).
- le passage au continu, si essentiel pour un grand marché (cf la bourse) n’accepte pas cette approche.
Tu vois d’ici l’intérêt d’une bonne formulation pour en faire une base claire :
Dans notre économie de « marché mondialisé », nos gouvernants se sont targués récemment de succés avec Airbus et Areva, alors que ce sont les acquis de l’Aerospatiale et du CEA, à l’issue des trente glorieuses. Ceux qui ont cotoyé des anciens du Concorde s’entendent même dire qu’on n’aurait jamais pu sortir un seul Airbus sans le programme Concorde qui a permis de rattrapper et/ou dépasser les USA.
On ne peut donc pas aborder ces questions comme s’il s’agissait de la bourse où le trading à haute fréquence par les ordinateurs aujourd’hui descend sous la milliseconde pour éviter tout retard sur la moindre réaction du marché !
Je me propose d’approfondir ces éléments avec un collégue Professeur d’économie avec qui j’en ai déjà parlé. Si tu juges utile de l’inclure en l’état sur ton site, rajoutes le présent additif. Ça ne le rendra que plus attrayant…en attendant !
Cher AJ, cher Etienne
J’en profite pour vous faire part d’une nouvelle qui vous amusera, vous qui aviez découvert l’étendue de mon opposition à J. Peyrelevade sur son site LeMonde.fr « La refondation du capitalisme » :
Il a fini par craquer en effaçant tous mes commentaires depuis janvier 2010 !
Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer le dernier d’entre eux, que AJ pourra toujours essayer de lui (re)fourguer…avec l’appréciation qui s’impose (ses commentaires sont maintenant pleins d’ interjections du pauvre habsb dont on ne comprend plus à qui elles s’adressent) :
—
En cette période d’évènements de l’autre côté de la méditerranée, d’autres ont des pensées beaucoup moins libératrices.
“MELANCHTHON AUX CHIFFRES FAUX… est dédié aux Mélenchonites, cette secte… ”
Outre la faute d’orthographe sur le nom du disciple de Luther, on retrouve aisément que Mélanchton, au contraire, ”se fit un devoir d’instruire et de diffuser la juste doctrine”.
(http://www.wiki-protestants.org/wiki/Philipp_Melanchton)
On apprend aussi que le docteur Luther dit un jour : “Ce que Philipp Mélanchton écrit a des mains et des pieds, a de l’autorité et de la gravite, est plein de poids”…
À l’étymologie (terre noire), peyrelevade | le 17 janvier 2011 à 15:20 a crû bon d’ajouter qu’elle était “l’occasion d’un sourire” parceque “c’était tellement plus chic pour un type qui donnait des leçons de morale à tout le monde, Luther compris” !
Rappelons-lui, dans ce cas, tout d’abord :
Terre noire (terres volcaniques) est synonyme de terre fertile
Peyrelevade (pierres levées) est l’indice d’une terre stérile
Ensuite, ce passage de Crésus illustrant le dialogue entre deux banquiers :
“-Vous avez lu la presse ?
– De quoi parlez-vous ?
– Peu importe, il est partout !
– Qui ?
– Peyrelevade, évidemment ! Vous allez voir qu’il va nous donner des leçons…
Son livre était sorti fin août dans l’indifférence générale… Il faisait l’objet d’une critique plutôt salée dans “Le Monde” de la veille…
- Un donneur de leçons, voilà ce qu’il est devenu ! Quoique déjà, à l’époque du Lyonnais…”
“Confessions d’un banquier pourri” (Crésus, Livre de poche, p. 154 – 155)
À sourire, sourire et demi ! Passons maintenant à l’essentiel :
LA PART DES SALAIRES
Faut-il que le parti pris idéologique du banquier soit bien ancré pour qu’aprés les frasques financières des détenteurs du capital, qui nous ont mené à la crise actuelle, il n’hésite pas à répéter, de manière à peine édulcorée, l’erreur qu’il n’a cessé de proférer au point qu’un économiste bien connu l’avait plusieurs fois relevée sous sa forme originelle :
“Là où même le MEDEF se fait discret à propos du partage de la valeur ajoutée, Jean Peyrelevade jure que celui-ci est devenu atrocement défavorable…aux entreprises ! Et préconise en conséquence que ces goinfres enrichis de salariés restituent au plus vite quelques poins de PIB au capital qui dépérit!”
(Frédéric Lordon : Jusqu’à quand,? Pour en finir avec les crises financières, Raisons d’agir, 2008)
“Il faut avoir la bonne mine de Jean Peyrelevade pour soutenir, face caméra, sourire aux lèvres, que la part salariale n’a pas varié depuis cinquante ans ! Il est vrai que Jean Peyrelevade est le seul à dire aussi que la part des salaires dans la valeur ajoutée est bien trop élevée et qu’il s’agirait qu’elle rende au plus vite 3 ou 4 points au profit!”
(Frédéric Lordon : La crise de trop, Fayard, 2009)
En 2007, au FMI, à L’OFCE et à la Caisse des dépôts CDC-Ixis, on donnait pourtant déjà raison à Melenchon sur ce point :
- Au cours des deux dernières decennies, il y a eu un déclin continu de la part du revenu qui va au travail. La baisse est trés massive et atteint 10% en Europe et au Japon.
(Rapport du fonds monétaire international, Avril 2007)
- Dans la zone Euro, chaque année, les entreprises prennent l’équivalent de 1% du PIB dans la poche de leurs salariés, en plus de ce qu’elles ont fait les années précédents.
(Patrick Arthus, Directeur des études à la Caisse des dèpôts CDC- Ixis, Professeur à l’Ecole Polytechnique : Les incendiaires, Perrin, 2007)
- En France, 11 points de chute, sur un PIB de 1800 milliards, ce sont, cette année 200 milliards d’Euros qui vont rémunérer le capital, alors qu’ils iraient aux salariés si le marché du travail retrouvait l’équilibre de 1982.
(Héric Heyer, OFCE, L’Etat de la France, Juin 2007)
Concernant les interprétations trés personnelles des chiffres, on a déjà amplement prouvé dans les commentaires aux billets (7) et (8), à propos des courbes sur la part salariale en France de la valeur ajoutée :
- en quoi il faut une singulière myopie pour ne pas voir que la lente progression ascendante de tout l’aprés-guerre fut ruinée en une demi-décade par le “tournant de la rigueur” qui est chère au banquier, soit la perte de 8% évoquée par JL Melenchon.
- en quoi cela apparait de façon plus frappante encore si l’on considère l’ensemble de l’économie (i.e. y compris les sociétés financières), où la perte est de l’ordre de 10%. La courbe, à partir des chiffres de l’INSEEE, figure dans :
“Sortir de la crise globale”, ATTAC, La découverte, 2009
Le “tournant de la rigueur” de 1983 représente avant tout une revanche du capital face au social-keynesianisme dont le programme de gauche était porteur :
Sous des variantes différentes, cette relance à l’encontre des politiuques keynesiennes avait déjà commencé lors du tournant monétariste aux Etats-Unis et en Grande-Bretyagne où la défaite des mineurs fut un moment crucial.
En France, en présence d’un nouveau “front populaire”, la confrontation ne prit pas la forme d’une réaction militaire violente à la chilienne. Elle eut pour alibi la “contrainte économique” matérialisée par la prise de risque que le capital financier décida de fixer pour ses placements, comme symbole d’un nouveau “mur de l’argent”.
Au regard des principaux indicateurs macroéconomiques, il était cependant fallacieux de conclure à l’innéfficacité économique de la “relance mitterrrandienne”:
La relance stimulait la concommation de 1,2% et l’investissement de 2,5%. Le taux d’inflation ne s’est accentué que de 1%. Au final, cette politique a soutenu une croissance annuelle de 2%, permettant la stabilisation du chomâge “sur la crête des 2 millions de chômeurs”.
À cette époque, tous les partenaires de la France, faut-il le rappeler, plongeaient dans la récession, et Notamment les pays anglo-saxons ayant inauguré le tournant monétariste (aux Etats-Unis, la production industrielle en 1982 s’effondrait de 7,2% et la croissance chutait de 2,1%).
C’est donc au nom de la “contrainte extérieure” que la stratégie keynésienne fut écartée, cette contrainte extérieure dont le terme “mondialisation” sera l’héritière dans le langage commun.
LA PART DES DIVIDENDES
C’est le quatrième billet, aprés Actualité (7), (8) et (10), qui se trouve consacré à celui considéré sans doute comme l’adversaire le plus lucide des lobbies capitalistes, au premier rang desquels le lobby des banques et de la finance. On comprend que J. Peyrelevade s’acharne en dénégations…
En homme de l’art, il reconnaissait tout de même que :
“Les dividendes net distribués par les sociétés non financières étaient bien en 1982… égaux à 3,2 % de leur valeur ajoutée et sont depuis remontés jusqu’à 8 % en 2007.
… rapportée au PIB, la distribution de dividendes est en fait passée de 1,6 % à 4 %, soit une variation du même ordre de grandeur que les ressources manquant au financement des retraites.”
Encore ces chiffres n’incluent-ils pas les sociétés financières qui les feraient bondir bien au delà…
De manière plus pertinente, on peut lire dans la rubrique du journal Libération intitulée
“Le monde économique et social décrypté par un directeur financier d’une PME” :
“S’il est un indicateur dont il y a lieu de s’inquiéter, c’est celui qui montre que, depuis quelques années, les entreprises versent bien plus de dividendes que leur résultat ne le permettrait…
En valeur absolue, les versements annuels de dividendes en France sont passés de 55 Mds€ annuels en 1990 à 120 Mds€ en 2000 puis 230 Mds€ environ sur 2007÷2008÷2009…
À partir de 2003…la période de croissance forte est passée, les marges des entreprises chutent. Et pourtant, elles choisissent de continuer à verser de plus en plus de dividendes. Ainsi, la part des dividendes dans l’EBE passe de 17% en 2001 à près de 26% en 2007. Et pourtant, sur la même période, la part des intérêts augmente aussi et la part d’IS reste stable. On arrive donc à une situation aberrante où les entreprises, depuis 2003, payent plus de dividendes que leur résultat net : en clair, elles s’endettent pour payer leurs actionnaires.”
Cela n’empêche pas notre banquier de désigner de tout autres coupables :
“En 81⁄82 la part des salaires dans la valeur ajoutée au prix de base a atteint un pic absolu, record historique qui n’a plus jamais été touché (ni avant, ni après) : 74%. Et celle de l’excédent brut d’exploitation un minimum absolu ayant dans l’autre sens les mêmes caractéristiques : 24%.
On peut rester un court moment en haut de l’Everest. Personne ne considère que c’est une situation normale. Juste pour donner un peu de perspective objective, je cite à nouveau les chiffres de la République, relatifs aux deux années extrêmes de la période considérée. En 1960, la part des salaires était de 67,1, celle de l’EBE de 30,2. En 2008, la part des salaires était de 65,1, celle de l’EBE de 31,3. Entre les deux, on a essayé de monter en haut de l’Everest et on s’est cassé la gueule.”
C’est oublier un peu vite que l’on ne s’est pas “cassé la gueule” sans avoir été poussé dans le dos, comme le soulignait JP Chevènement. On le doit, en effet, à ce cher “tournant de la rigueur” qui a poussé dans le fossé la “relance mitterrandienne”,
un fait d’armes évoqué avec gourmandise dans l’ouvrage de l’auteur en 2008 “Sarkozy : l’erreur hystorique”, qu’il eût mieux fait d’intituler “Plus anti-social que moi, tu meurs!” :
“Pascal Lamy à Rivoli…, moi-même à Matignon servions de relais entre nos patrons politiques respectifs (Jacques Delors ministre des Finances, Pierre Mauroy Premier ministre)” (p.158–159)
“C’est ainsi que fut pris le virage de politique économique de Juin 1982, puis mars 1983, vers ce que Lionel Jospin, alors premier secrétaire du parti socialiste, crut bon d’appeler la parenthèse de la rigueur, commettant ainsi une erreur de forme et de fond…” (p.151)
“Il y eut dans notre action, pour une part significative, comme une sorte de relicat de correction Barriste…Une hausse temporaire des prélèvements obligatoires sur les ménages fait partie intégrante de tout plan de redressement digne de ce nom”
(p.155–156)
“De 1982 à 1984, le taux de croissance de l’économie française fut divisé par deux (de 2,4 à 1,2%)… Simultanément, en 1983 et 1984, le pouvoir d’achat des ménages subit une légère diminution (-0,1 puis ‑1,1%), ce qui était conforme à la politique suivie.” (p.156–157)
En d’autres termes, l’auteur s’évertue aujourd’hui à justifier comme un fait naturel un partage en baisse qu’il a lui-même voulu amener là… C’est ce que l’on pourrait appeler la justification auto-réalisatrice !
On se souvient de Barre, le saint homme de Cap Ferrat traducteur de Hayek, que J. Peyrelevade n’évoque jamais sans émotion, doté d’un tour de ceinture respectable, qui ne cessait de geindre en demandant aux travailleurs de réduire le leur. Avec la Corrèze comme villégiature, c’est moins chic, mais comme banquier désignant ces salauds de ménages en tant que fautifs, il est vrai qu’ “y a comme un relicat” !
Etienne,
Dernier enchaînement de ma part :
J’ignore la raison pour laquelle les retours à la ligne sont ignorés par le logiciel, mais cela rend parfois difficile les textes où l’on voudrait en disposer sans avoir recours au saut d’une ligne. Exemple : le dialogue ci-dessus de « Confessions d’un banquier pourri ».
Autre remarque : Lorsqu’on accède à ton site « Le plan C », la mention « Blog du plan C » se trouve caché de la première page, ce qui me surprend toujours. Je sais que le site se propose de mettre en valeur beaucoup d’autres choses, mais ne pourrais-tu placer le blog (avec son image périodique) au centre, lieu et place actuels de « Présentation ». Ça rendrait la présentation plus vivante…et le blog plus attrayant.
Ça aidera en certaines circonstances… si le site se trouve assailli comme en 2005 !
à Hadrien, merci pour les commentaires qui sont aussi des billets.
Le temps de chargement du blog est horriblement long pour les utilisateurs d’ordinateurs un tant soit peu anciens. 🙁
Le blog pour être assailli comme en 2005 devrait subir une cure de rajeunissement.
Je propose quelques idées à cette fin :
1]— Un billet par page web
2]— Pour une recherche par date dans le site :
La liste d’archives par mois qui se trouve à la droite en bas du blog actuel transférée dans une page accessible par un lien. Cette page d’ « Archives classées chronologiquement » devra posséder un lien visible vers le dernier billet en cours et un autre vers la page « Table des matières ».
3]— Pour une recherche par thèmes dans le site :
La table des matières qui se trouve à la droite du blog actuel transférée dans une page accessible par un lien. Cette page « Table des matières » devra en outre comporter un lien visible vers le dernier billet en cours, un lien vers la page d’ « Archives classées chronologiquement ».
4]— Pour accéder rapidement aux cinq derniers billets dans la page « Le dernier billet » :
Cinq mini-résumés faisant aussi offices de liens.
Au choix, la page d’accueil pouvant être : la page « Le dernier billet » ou : la page « Table des matières ».
J’espère qu’Étienne trouvera le temps de restructurer le blog avant d’émettre en ligne les billets sur la Réserve Fédérale des États-Unis qu’il nous promet, ceci afin que même les pauvres possesseurs de vieux ordinateurs puissent accéder facilement à ces nouveaux billets de blogs ( et non billets de banque) !
J’imagine Étienne, ayant redressé les fondamentaux informatiques de son site, en 2011–2012, faisant tourner non pas la planche à billet de banque, mais la planche à billet de blogs. Une inflation de billets de blogs en quelque sorte 🙂
PENDANT QU’ILS NOUS INVITENT À JEÛNER…
LES BANQUIERS SE GAVENT !
Le New-York Times d’hier révélait ce qu’absorbe Goldman Sachs par la seule rétribution de ses “partners”, c’est à dire quelques centaines des “executives” qui oeuvrent à sa prospérité. Ce n’est pas par millions, mais par milliards (billion) qu’il faut compter, c’est à dire des sommes commensurables aux dettes qu’accumulent les Etats. Encore ne s’agit-il là que d’une seule banque d’affaires dans le monde :
“The documents illustrate just how much wealth the partnership owns and has cashed out. Goldman has almost 860 current and former partners, the documents show. In the past 12 years, they have cashed out more than $20 billion in Goldman shares and currently hold more than $10 billion in Goldman stock.”
Quand on observe le gigantisme des sommes aux mains de fonds rentiers qui gravitent autour de la planète en quête de rapport (e.g. 600 OOO milliards de notionnel en CDS), alors que les Etats s’endettent au nom de leurs sujets qui travaillent (seule source de création de richesses), on se dit que ce système de prédation est instable et qu’il n’y a pas qu’en Tunisie qu’il va atteindre ses limites.
Un extrait amusant montrant en quoi Peyrelevade débloque sur son blog :
RÉPONSE à J. Peyrelevade :
« Ce blog sera dorénavant fermé, dites-vous, à quiconque :
1/ pratique l’injure ou la diffamation envers les personnes » :
Il devrait donc être interdit, non à ceux qui ne l’ont ici jamais pratiquée, mais à l’auteur de ce blog qui titre : MELANCHTHON, déformation injurieuse de Mélenchon, et poursuit :
…ce billet est dédié aux mélenchonistes, cette secte !
Pourquoi, d’ailleurs, effacer du blog la réponse de JL Mélenchon parue dans Le Monde, en réplique à votre tribune libre. Les blogueurs pourraient en juger…
« 2/ répètera à pleines pages, en coupé-collé, des tonnes de citations sans intérêt de façon à simplement occuper l’espace et étouffer le débat (vieille technique léniniste, j’ai lu le “Que Faire” de 1905 quand j’étais jeune) » :
Celui qui a censuré la contribution de longue date d’Hadrien n’a pas cette excuse : Nous savons tous qu’il n’y a pas de copié-collé possible pour les extraits d’ouvrages qu’il citait. À commencer par celui de l’auteur (Peyrelevade : Sarkozy, l’erreur historique. Plon, 2008), dont il n’existe pas, que je sache, de version en ligne… Et serait-il sans intérêt ?
Par ailleurs, personne n’a prétendu ici au léninisme. Au demeurant, y aurait-il un délit d’opinion dans ce pays ? Pour ma part, je n’ai jamais lu « Que faire ? », mais je n’oublie pas le point d’interrogation qui, même en russe, est l’essentiel du propos !
- « Il n’y a aucune censure. La seule chose qui m’intéresse est le débat d’idées dont nous avons tous besoin et je ne le laisserai pas être étouffé par les slogans creux et le terrorisme intellectuel. »
Le débat d’idées, vous êtes le premier à en avoir besoin, étant donné vos lacunes d’une part, et vos affirmations erronées d’autre part. Pour quelle autre raison auriez-vous éliminé des écrans la contradiction apportée pendant plus d’un an par notre collègue ? Il s’agit d’un détournement propagandiste des blogs lemonde.fr, et d’une négation du droit de réponse argumentée.
Quant à la qualité revendiquée de Polytechnicien qui vous introniserait Docteur ès – vessies et lanternes, c’est précisément ce qui cloche : nous sommes au moins deux sur ce blog à avoir eu plusieurs X comme élèves ou collaborateurs. Il en va d’eux comme de tout le monde, si je me réfère à la maxime d’un ancien collègue diplomate :
Il y a dans tout groupe humain, quel qu’il soit, la même proportion de gens bornés !
À l’appui de mes dires, sur ce blog, le commentaire d’un inconnu, dès le début :
« Je ne regrette pas d’avoir lu ce blog aujourd’hui, non pas pour ce que dit Peyrelevade, mais pour le commentaire d’Hadrien(s) auquel je conseille de faire un blog. La référence à M. Allais me convient. Notre seul prix Nobel français n’est même pas enseigné en France. Et ceux qui se risquent à le citer sont regardés comme des demi-fous.
Quant au malheureux auteur de ce blog, il devrait commencer par constater que…
(alexandre clement | le 04 septembre 2009 à 08:51)
Cela n’a pas empêché notre auteur de persévérer, un an plus tard :
08 septembre 2010
Critique d’un prix Nobel
J’ai constaté…que l’on peut être prix Nobel d’économie et faire, par ignorance des faits, des erreurs de débutant.
24 septembre 2010
Critique d’un prix Nobel (suite)
Je conçois que mon papier précédent irrite certains d’entre vous…Donc je vais enfoncer le clou. Je persiste et je signe.
30 septembre 2010
Critique d’un prix Nobel – Conclusion
La véritable conclusion fut tirée par Christian Gomez (DG Société Générale-Suisse, et ancien élève de Maurice Allais) :
« Voilà… J’arrête là (il y aurait encore tant à dire) et je ne reviendrai plus sur votre blog, n’ayez crainte. Je l’ai fait aujourd’hui essentiellement pour les lecteurs afin de redresser les idées fausses que pouvaient suggérer vos analyses concernant ce maitre de la pensée économique française qu’est Maurice Allais. Quand on s’attaque à un tel chercheur (Prix Nobel et seul Médaille d’OR du CNRS dans le domaine économique), cher Monsieur, il faut être un vrai économiste, être (vraiment) très fort, maîtriser suffisamment les théories monétaires et connaître le sujet dont on veut parler, non seulement Allais mais toute la tradition dans laquelle il s’insère. Je laisse aux lecteurs le soin de juger vos écrits sur chacun de ces critères. »
(Christian Gomez | le 07 octobre 2010 à 10:44)
C/PH (le 09 octobre 2010 à 20:07) notait alors :
Jean_Tirole est médaille d’or du CNRS en 2007, et devient le second économiste après Maurice Allais à recevoir cette distinction. http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Tirole
NB : Senryu est le collègue de Jean Tirole.
http://peyrelevade.blog.lemonde.fr/2011/01/12/melanchthon-aux-chiffres-faux/#comment-3838
LA “LONGUE MARCHE” RÉACTIONNAIRE DU BANQUIER PEYRELEVADE :
Il y a un an et demi, j’écrivais déjà, sur son blog :
“- j’espère que J.Peyrelevade n’aura pas le mauvais goût, comme il l’a fait avec Hadrien, de censurer un commentaire qui ne lui est pas favorable.
Je suis de ceux qui ont eu le temps de lire ce(s) commentaire(s) disparu(s), où figuraient…l’ouvrage récent de James Galbraith, fils du célèbre John. Quelle ne fut pas ma surprise, en achetant hier le dernier numéro d’Alternatives Economiques, d’y retrouver sa louange…avec une appréciation qui semble taillée sur mesure pour ce blog : “Galbraith démontre avec précision comment la pensée économique conservatrice n’est là que pour justifier les intérêts des puissants.”
À la vérité, je crois que Jean Peyrelevade est géné
- qu’éclate au grand jour le profond conservatisme économique qui l’inspire…
- qu’il puisse justifier la censure par le fait que les réponses soient trop longues
‑et surtout trop pertinentes- …“
(Rédigé par : Sina | le 08 septembre 2009 à 17:04)
J’ai eu la curiosité de remonter à l’origine du propos de l’auteur, concernant son présent billet :
DU PARTAGE DE LA RICHESSE (1)
- Tout commence, pour moi, par un article de Michel Husson du 23 septembre 2007, “la baisse tendancielle de la part salariale”: …intervient au début des années 1980 un retournement de tendance qui conduit à une baisse régulière puis à une relative stabilisation à un niveau historiquement très bas”. Il ajoute : “La baisse de la part salariale enregistrée en France (9,3 points) entre 1982 et 2006 est voisine de la baisse observée dans l’Union Européenne (8,6 points)”. D’où la conclusion : “il n’est pas possible de faire reculer le chômage sans remettre en cause la financiarisation et donc la répartition des revenus actuels”.
- Le deuxième épisode est de décembre 2007. MM Jean-Marie Harribey et Pierre Kalfa publient dans “Le Monde” du 8 décembre…”Il n’est pas acceptable de considérer comme pérenne la baisse très importante de la part des salaires ayant eu lieu ces dernières années”.
Là, me dis-je, les choses deviennent sérieuses. Essayer de faire payer…les entreprises en revenant à la situation de 1982 où le partage de la valeur ajoutée leur était exceptionnellement défavorable, c’est bercer le peuple d’illusions. J’envoie au “Monde” un bref courrier pour marquer mon désaccord sur cette analyse. Le journal m’informe, trois mois plus tard, qu’il n’a pas l’intention de le publier.
- L’épisode suivant est à “Ripostes”, l’émission de Serge Moati diffusée chaque dimanche sur France 5. Cela se passe le dimanche 27 janvier 2008. Henri Emmanuelli reprend les mêmes affirmations, devant des millions de téléspectateurs. … Comme je suis au milieu de la rédaction de mon dernier livre “Sarkozy, l’erreur historique”, je décide de consacrer un chapitre entier à cette question et à la perte de compétitivité de l’appareil productif français. Le livre paraît en août 2008 :
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AVANT-PROPOS :
“La réforme de l’Etat…elle se traduit par des décisions qui sont loin de la dimension du problème de finances publiques que nous avons à traiter :
23000 agents de l’état en moins au budget 2008, soit une diminution de un pour mille. Non pas beaucoup de bruit pour rien, mais beaucoup de bruit pour pas grand chose, du moins dans l’ordre des chiffres” (p.9)
CHAPITRE 1
“On ne parle plus que de la répartition de revenus dont on ignore la provenance : la répartition de droite (en faveur des riches), aujourd’hui mise en oeuvre, s’oppose à la répartition de gauche (contre les riches) qui le fut hier. Pendant ce temps, faute de s’occuper vraiment de la santé de son appareil productif…la France recule.” (p.24)
CHAPITRE 2 (Le pouvoir d’achat) :
“La promesse d’amélioration du pouvoir d’achat faite pendant la campagne électorale devient une injure aux citoyens si elle ne peut être tenue… Or, elle n’est pas près de l’être. Dans la répartition de la richesse nationale, les ménages ont reçu leur dû et même un peu mieux.” (p.35)
CHAPITRE 3 (Le mal français) :
“ – Relever la part des salaires par rapport aux profits pour à la fois armer et équilibrer notre économie, ce serait une façon de redonner aux Français des repères !
Drôles de repères qui ont pour effet d’égarer. Quel malaise de voir Nicolas Sarkozy et Lionel Jospin professer les mêmes erreurs : démagogie de droite et démagogie de gauche, également ancrées, se rejoignent.Ce qui montre à quel point le mal est profond. A quoi sert de changer nos dirigeants s’ils professent tous les mêmes inepties ? ” (p.71)
CHAPITRE 4 :
” C’est aux bénéficiaires et à eux seuls de payer par leurs impôts et leurs cotisations les prestations qu’ils reçoivent. Les personnes physiques, les ménages, sont les seuls concernés, les seuls à être malades ou à prendre leur retraite. Que vient faire ici l’entreprise qui ne connaît pour elle-même ni droit à pension ni droit à assurance santé ? Demander une contribution au système productif n’a comme sens que de masquer l’ampleur de l’effort nécessaire et comme seul effet de peser sur sa compétitivité.” (p.103)
CHAPITRE 5 (Les fausses solutions) :
“Un Etat impécunieux est un Etat impuissant, on ne renforce pas une économie qui a un problème d’offre en allégeant les impôts des ménages, et les plus beaux gadgets ne peuvent pallier l’absence d’une vraie pensée macroéconomique . Si l’on veut trouver un sentier de croissance plus favorable, le transfert doit se faire dans l’autre sens. Seuls les ménages peuvent financer l’effort à consentir en faveur des entreprises.” (p.144)
CHAPITRE 6 :
“Pascal Lamy à Rivoli…, moi-même à Matignon servions de relais entre nos patrons politiques respectifs (Jacques Delors aux Finances, Pierre Mauroy Premier ministre)” (p.158–159)
“C’est ainsi que fut pris le virage de politique économique de Juin 1982, puis mars 1983, vers ce que Lionel Jospin, alors premier secrétaire du parti socialiste, crut bon d’appeler la parenthèse de la rigueur, commettant ainsi une erreur de forme et de fond… (p.151)
“Il y eut dans notre action, pour une part significative, comme une sorte de relicat de correction Barriste…Une hausse temporaire des prélèvements obligatoires sur les ménages fait partie intégrante de tout plan de redressement digne de ce nom (155−156):”
“De 1982 à 1984, le taux de croissance de l’économie française fut divisé par deux (de 2,4 à 1,2%)… Simultanément, en 1983 et 1984, le pouvoir d’achat des ménages subit une légère diminution (-0,1 puis ‑1,1%), ce qui était conforme à la politique suivie.” (p.156–157)
CHAPITRE 7 (Les voies du redressement) :
“Libérer le travail :
La première mesure consiste à libérer le travail…je veux dire le libérer vraiment en mettant fin aux trente cinq heures, sans avoir à payer pour cela des milliards d’euros d’argent public.” (p.169)
“Rétablir les finances publiques :
L’objectif central est de déplacer de quelques points, trois à quatre, en faveur des entreprises et donc au détriment provisoire des ménages, le partage de la valeur ajoutée…
Année aprés année, avec une sorte de tranquillité opininiâtre, il convient de modifier à la marge la répartition de la valeur ajoutée, du PIB, de façon à en laisser une part un peu plus fournie aux entreprises, un peu moins grande aux ménages.” (p.169–171)
“Diminuer l’impôt sur les sociétés :
On peut ainsi réver à une sorte d’utopie fiscale. Supposons que l’on réduise à rien l’impôt sur les sociétés qui est actuellement du tiers du bénéfice imposable. Les marges brute et nette de l’entreprise sont augmentées du montant de l’impôt supprimé.” (p.179–180)
“Cette utopie permettrait de résoudre au passage l’énigme déjà rencontrée de l’arbitrage fiscal entre le travail et le capital…Vaut-il mieux imposer les revenus du capital ou ceux du travail ? L’arbitrage fiscal, à partir du moment où l’on n’y mêle plus les entreprises, exercé au sein de la catégorie des seuls ménages, prend alors tout son sens, économique et politique.” (p.181–182)
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- L’épisode le plus récent (ce n’est sûrement pas fini, nous disait alors JP, la preuve!), est signé dans un blog du Monde diplomatique, par…Frédéric Lordon…
“Il faut avoir la bonne mine de Jean Peyrelevade pour soutenir face caméra sourire aux lèvres que la part salariale n’a pas varié « depuis cinquante ans ». Il est vrai que Jean Peyrelevade est le seul à dire aussi ouvertement que la part des salaires dans la valeur ajoutée est bien trop élevée et qu’il s’agirait qu’elle rende au plus vite 3 ou 4 points au profit.”
Les rodomontades du banquier trouvèrent, en fait, toutes leurs réponses :
Celle de Michel Husson fut une Tribune dans “Le Monde”, disponible en ligne :
article_de_m_husso.html »>http://mirabelle-rouge.blog4ever.com/blog/lire-article-382612–1758831-partage_de_la_valeur_ajouteearticle_de_m_husso.html
Celles de JM Harribey et P Kalfa sont parues dans diverses revues et sur le net.
Celle d’ H Emmanuelli prit la forme d’une controverse retranscrite par Libération :
H.E. “Ce mythe de l’entreprise française massacrée est faux. Dans ce pays, depuis Sully, quand on veut parler de fiscalité, c’est la mauvaise foi totale…La France est le pays occidental au taux d’épargne le plus élevé, 16% du PIB, mais cette épargne ne va pas dans l’appareil de production. Ce pays a des ressources mais n’est pas bien dirigé.”
Quant à celles d’Hadrien, qu’on a pu lire sur ce blog, pendant près d’un an et demi, toujours sur le fond, elles viennent apparemment d’être effacées et interdites d’accès.
Ce qui ‘empêche pas JP de clamer :
“Il n’y a aucune censure. La seule chose qui m’intéresse est le débat d’idées dont nous avons tous besoin… À l’évidence, il n’a surtout pas besoin d’un cours sur la jésuistique, mais comme ex-modem, il lui manquerait plutôt une mise à niveau sur la démocratie !
LA « LONGUE MARCHE » DE PEYRESALADE (-Suite-)
PARTIE II : DU PARTAGE DE LA RICHESSE (2) à (12)
Outre les courbes corrigées déjà données ci-dessus (Sina | le 24 janvier 2011 à 19:32, et Sina | le 24 janvier 2011 à 19:40), il est important de bien se mettre en tête les paroles de (peyrelevade | le 14 janvier 2011 à 17:04) :
JP : en 81⁄82 la part des salaires dans la valeur ajoutée au prix de base a atteint un pic absolu, record historique qui n’a plus jamais été touché… On peut rester un court moment en haut de l’EVEREST. Personne ne considère que c’est une situation normale. Juste pour donner un peu de perspective objective, je cite à nouveau les chiffres de la République, relatifs aux deux années extrêmes de la période considérée. En 1960, la part des salaires était de 67,1, celle de l’EBE de 30,2. En 2008, la part des salaires était de 65,1, celle de l’EBE de 31,3. Entre les deux, on a essayé de monter en haut de l’EVEREST et on s’est cassé la gueule.
…afin de mieux savourer celles qui les ont précédées depuis un an et demi :
COMMENT APLANIR L’EVEREST
JP : Je maintiens ma thèse : depuis cinquante ans, la marge brute des sociétés non financières n’a pas sensiblement varié.
JP : Il est vain de poursuivre la polémique : la répartition de la valeur ajoutée entre salaires et marge brute est en France restée remarquablement stable.
JP : La prise en compte des sociétés financières ne modifie pas le paysage. En d’autres termes, les financiers manipulent et font circuler d’énormes masses d’argent avec une valeur ajoutée faible !
JP : Regardons‑y de plus près…La marge brute s’effondre, de 30% …Les plans de rigueur de 1982 et 1983 et la “désinflation compétitive” permettent de corriger partiellement la situation.
JP : Les marges brutes des sociétés non financières sont stables depuis cinquante ans, aux alentours de 30% en moyenne. J’ai passé beaucoup de temps à essayer de vous en convaincre.
JP : Continuons notre promenade en prenant maintenant comme guide le rapport Cotis que j’ai enfin lu…Nous avons le même diagnostic : la stabilité du partage de la valeur ajoutée, ce qui signifie qu’au cours de la période les salaires bruts par tête ont augmenté au même rythme que la productivité du travail.
Outre les courbes déjà référencées, il est alors recommandé de jeter un coup d’oeil sur celle de la productivité, par Jacques Sapir :
http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2963
Car le rapport Cotis (Directeur de l’INSEE) commandé par Nicolas Sarkozy, lui aussi, commentait le diagramme par un résumé officiel qui noyait le poisson en ces termes :
– Il ressort de ce dernier que l’ensemble de la rémunération du travail représente 67% de la valeur ajoutée des sociétés non-financières. Depuis vingt ans ce niveau est plutôt stable…
Au vu des courbes, ce que l’on retenait de pareils commentaires, c’est le fameux
THEORÈME DE COTIS-PEYRELEVADE :
Lorsqu’une fonction du temps, aprés une progression ascendante durant plus de trois décennies (les Trente Glorieuses) s’effondre en moins d’une demie décennie (Tournant de la Rigueur) vers sa valeur la plus basse, c’est qu’elle est “plutôt stable” (COTIS)… et revient à sa valeur normale (PEYRELEVADE) !
COMMENT CONCEVOIR LE SENS DE L’HISTOIRE
JP : Passons donc au deuxième point, celui du partage des revenus entre les ménages. Tout part d’un article de Thomas Piketty dans Libération du 17 mars dernier : « les inégalités ont explosé en France au cours des dix dernières années.” Le terme est fort et je n’ai pas, intuitivement, le sentiment qu’il soit justifié.
JP : Je cite à nouveau TP : “L’étude de Camille Landais le démontre sans contestation possible…avec pour conséquence un transfert de l’ordre de 15 points de revenu national en direction du 1% le plus riche, et la stagnation du pourvoir d’achat du reste de la population.” Là, je m’interroge vraiment : un transfert de l’ordre de 15 points du revenu national en direction du 1% le plus riche, c’est énorme.
JP : Camille Landais nous dit que de 1998 à 2005 la somme des revenus déclarés par les ménages a augmenté de près de 19% en euros constants, soit un taux de croissance annuel moyen de 2,52%. Cependant, le nombre de ménages a simultanément augmenté d’un peu plus de 10%, soit 1,6% par an. De ce fait, le revenu moyen par ménage ne s’est accru que de 0,82% l’an (et 0,60% l’an pour le revenu médian) ce qui est effectivement bien peu.
JP : Y aurait-il eu captation de cette faible progression des revenus, au sein de la catégorie des ménages, par les plus favorisés ? Oui répond Camille Landais, et de façon spectaculaire. Ma propre réponse est sensiblement différente. La vraie raison, c’est la médiocrité de notre taux de croissance et l’on ne gagne rien à trouver une mauvaise cause à un vrai problème.
JP : Si on regarde la répartition des revenus entre ménages, il n’y a aucun doute que l’ “ultra-riche” (le millième des plus fortunés) a vu sa situation s’améliorer beaucoup plus vite que la moyenne depuis une quinzaine d’années… Quoi qu’il en soit, ce mouvement est-il contraire au sens de l’histoire ? Du partage de la richesse (12)
Répondre non à cette question, comme tous les progressistes, c’est bassement démagogique. Et JP n’en veut pas de la démagogie…Ah ça, non !
C’est pour ça qu’il est entré à la fondation SAINT-SIMON :
Créée en 1982 pour “dépasser certaines pesanteurs du passé et en finir avec la diabolisation antérieure de toute culture de gouvernement, pour ouvrir intellectuellement un nouvel espace à la pensée réformatrice”, ce fut l’un des réservoirs qui alimentèrent nombre de groupes de réflexion destinés à préparer « l’ajustement structurel de la France ».
Alain MINC fut le trésorier de la fondation. Jean PEYRELEVADE en constitua une recrue appréciée. Le président de la Société des lecteurs du Monde et lui ne manquaient pas d’amis dans les médias, ce qui leur permit d’injecter plus facilement dans les veines de la société leurs théories de la rationalité. Et ce qui conféra une coloration de gauche à des idées qui ne l’étaient pas.
Une idée centrale, que rapporte S. Halimi, « la préférence française pour le chômage », n’est elle-même que la resucée d’une exigence ancienne de Raymond Barre : celle d’une « désinflation sociale compétitive ». L’ancien Premier ministre avait en effet pourfendu « une défense aveugle et simpliste » des salaires. L’augmentation du nombre de chômeurs avait beau coincider avec la baisse du pouvoir d’achat des salaires, cela ne pouvait prouver qu’une chose : que la baisse n’avait pas été suffisante, et que l’augmentation des rémunérations et des charges avait excédé celle de la productivité…!
COMMENT FAIRE MAIGRIR LES FRANÇAIS
Il y a deux personnes que JP vénère entre toutes :
Raymond Barre, pour avoir dit « il faut que les Français maigrissent »,
et Jacques Delors, pour y avoir réussi avec l’Europe !
Car 1982, c’est le moment du “don Delors” au patronnat, celui de la desindexation des salaires sur les prix…et donc sur la productivité.
Le ministre en question s’en félicitera plus tard en ces termes :
” Nous avons obtenu la suppression de l’indexation des salaires sans une grève ! ”
(Cité in Jean Lacouture et Patrick Rotman : Mitterand, le roman du pouvoir, Seuil, 2000)
La France aurait-elle pu transiter du capitalisme d’Etat vers un socialisme de marché planifié ? Ou fallait-il préserver la nouvelle parité monétaire au sein du SME ?
Lors de la visite des “visiteurs du soir”, avant d’en décider le vendredi 23 mars 1983, la première ligne fut défendue par Jean-Pierre Chevènement, la seconde par Jacques Delors (chef de cabinet : Pascal Lamy) et Pierre Mauroy (conseiller économique : JEAN PEYRELEVADE), ceux que Chevènement décrit comme « adossés à l’establishment ».
Mitterand se résigna à « l’establishment ».
La “désinflation compétitive” fut la norme de politique économique conçue pour rétablir la “confiance des marchés” (déjà!). Elle reposait sur trois piliers : la rigueur monétaire, la rigueur budgétaire et la rigueur salariale. Elle annonçait la transition de l’économie française vers un capitalisme de type actionnarial, c’est à dire la prédominance des intérêts privés des riches…
Les grands patrons exultent.
Denis KESSLER, président délégué du Medef, expliquera plus tard, dans La Tribune :
” L’europe est une machine à réformer la France malgré elle ”
Mais une croissance divisée par quatre, par rapport aux Trente glorieuses !
Ce qui n’empêche pas notre banquier d’en redemander… Sarkozy, trop timoré au regard de Peyrelevade, n’est pas aussi fort que les sociaux-démocrates en la matière, ce qui lui a valu quelques leçons de l’auteur dans son ouvrage (Sarkozy : l’erreur historique, 2008) que nous avons relatées dans le précédent commentaire.
POURQUOI LA FINANCIARISATION, FONDEMENT DU CAPITALISME, LE REND … NON-REFONDABLE !
LA FINANCIARISATION
Dans une économie qui accepte qu’être propriétaire du capital donne un droit sur une partie de la production, le capital, dès qu’il apparaît , devient la source d’un revenu perpétuel pour ses propriétaires. Or, même si l’on admet que l’épargne est la source du financement du capital, on ne voit pas comment on peut justifier le revenu perpétuel des propriétaires du capital. En effet, lorsque le capital devient obsolete, c’est le revenu des travailleurs qui perpétue le capital, ce qui signifie que le nouveau capital leur appartient. Cela marque la limite absolue des théories qui considèrent qu’être épargnant donne un droit sur une partie du produit et, par conséquent, la limite absolue de la financiarisation de l’économie.
La financiarisation signifie la généralisation du financement des investissements par l’épargne (sous forme d’actions et d’obligations), le financement de la croissance externe des entreprises par le profit et par des emprunts, le développement du financement de l’achat de biens de consommation par des emprunts, etc.
La généralisation du financement des investissements par l’épargne peut créer un cercle où tout nouvel investissement paraît être financé par l’épargne. Or, en dernière analyse, les investissements sont financés par le profit. Lorsque le capital de l’ensemble des entreprises est financé par les actions et obligations, leur profit est partagé entre les actionnaires et les titulaires d’obligations, qui peuvent les préter à nouveau aux entreprises, une partie ou la totalité du profit ainsi partagé étant épargnée pour financer de nouveaux investissements, ce qui augmente encore le montant de leurs actions et de leurs obligations. Ce processus peut ainsi se renouveler indéfiniment.
Il n’aura pas échappé au lecteur que, dans ce cas, le financement de ces nouveaux investissements ne trouve pas sa source dans le revenu (épargne) que ces financiers tirent de leur participation à la réalisation de la production, mais dans le profit que les entreprises leur ont distribué. En d’autres termes, ces investissements sont financés directement ou indirectement par le profit. Directement, lorsque les entreprises utilisent leur profit pour financer des investissements. Indirectement, lorsque les entreprises distribuent leur profit qu’elles réempruntent. Dans les deux cas, le montant des actions augmente.
Rappelons que le profit représente une partie du revenu des travailleurs qui ont participé à la réalisation de la production. Mais lorsque le profit est distribué et consommé, le pouvoir d’achat réel des travailleurs diminue proportionnellement. C’est là l’une des causes des inégalités économiques, donc des inégalités sociales et de l’apparition de l’injustice sociale au détriment des travailleurs qui sont pourtant la cause de la production. Une économie financiarisée impose la règle arbitraire de la distribution du profit.
LE CAPITALISME
Le système capitaliste impose la règle arbitraire et partisane selon laquelle être propriétaire des moyens de production donne droit indéfiniment à une partie du produit.
Selon les partisans du capitalisme, l’épargne est indispensable dans une économie de croissance et, à terme, l’enrichissement de certaines catégories, celles des capitalistes, profite à tous.
Ils ont tenté de former ces affirmations sur une démonstration qui découle logiquement d’une hypothèse selon laquelle l’épargne constitue la source du financement des investissements additionnels. Il faut donc favoriser les catégories les plus riches car elles ont une capacité d’épargne plus importante…
Or, ce raisonnement se révèle faux dès lors que l’on démontre que ce n’est pas l’épargne mais le profit qui constitue la source de financement du capital. Et les partisans du capitalisme passent sous silence la question de savoir si le revenu des catégories les plus riches résulte ou non de leur participation à la réalisation de la production.
En fait, c’est l’épargne prétée aux entreprises qui diminue leur profit, les rend dépendantes du marché financier et se trouve à l’origine de la financiarisation de l’économie. (On notera que les PME familiales ou entrepreneuriales, tant vantées, n’obéissent pas à ce schéma et réinvestissent tout leur profit dans la production.)
Participer à la réalisation de la production est la seule façon d’obtenir un revenu légitime, car la production seule est source de ce revenu. Mais faire de l’argent avec de l’argent est actuellement accepté, et résulte de la financiarisation qui trouve son origine dans cette idée selon laquelle l’épargne est une nécessité absolue pour financer les investissements. Cette idée a été imposée et généralisée par ceux à qui elle profite, par certaines théories partisanes, en particulier par la théorie néoclassique, et grâce à la propagande amplifiée par les médias sous l’influence des lobbies financiers.
Elle se trouve donc à l’origine d’une sorte de vol. En effet, c’est le profit qui permet aux entreprises de payer dividendes et intérêts, et le profit représente une partie du revenu des travailleurs captée par les entreprises.
D’aucuns pourraient prétendre que ceux qui proposent de moraliser le capitalisme pensent pouvoir le faire en écartant ses excés qui aboutissent aux crises financières. Or, ils ne voient pas que la financiarisation, la spéculation, les délocalisations, etc. sont inhérentes au capitalisme.
SPÉCULATIONS, DÉLOCALISATIONS
Les spéculations de toutes sortes (sur les marchés financiers, immobiliers, des produits, des matières premières, etc.) et les délocalisations sont inhérentes aux économies financiarisées.
Premièrement, dans une économie où il est possible de gagner de l’argent avec de l’argent, certains tentent de faire fructifier leurs placements par tous les moyens, entre autres par la spéculation.
Deuxièmement, lorsque les entreprises se trouvent dans l’impossibilité de payer par leurs propres moyens, par le profit réalisé dans leur pays, les dividendes des actionnaires et les intérêts de leurs emprunts, elles sont obligées de délocaliser ou de spéculer.
Troisièmement, elles agissent de même lorsque les financiers se trouvent dans l’impossibilité d’assurer la rentabilité des placements promise aux épargnants.
Les spéculations et les délocalisations offrent des occasions réussies ou avortées, de faire face à toutes ces situations. Ces spéculations et délocalisations ont des conséquences économiques et sociales néfastes. Mais ceux qui défendent la financiarisation et qui en profitent, ceux qui cultivent la cupidité et l’induvidualisme ne se préoccupent pas de ses conséquences néfastes.
Extrait de Elie Sadigh, Economiste de l’Université de Bourgogne, dans :
LA FINANCIARISATION : CAPITAL CONTRE TRAVAIL, L’Harmattan, 2010
Autres ouvrages du même auteur, même éditeur :
LA THÉORIE ÉCONOMIQUE DOMINANTE : UN SIÈCLE D’IMPOSTURE , 1998
PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE SALARIALE, 1999
VALEUR, PRIX ET CAPITAL, 2001
LA PROPRIÉTÉ, LE PROPRE, L’APPROPRIATION. Ellipses, 2004
DÉLOCALISATIONS, CHÔMAGE (2006)
ORGANISATION MONDIALE DU COMMERCE : LA SUPERCHERIE, 2007
DES INÉGALITES ÉCONOMIQUES AUX INÉGALITES SOCIALES, 2008
Merci Sina, j’ai mis en valeur votre dernière citation, c’est très intéressant.
Étienne.
C’EST REPARTI COMME EN… 29 !
La moitié du patrimoine national (en 2005, 185 400 euros selon les calculs de l’OFCE, représentant dix fois la dette cumulée) est détenu par 10% des français. Pour les riches, c’est sous forme de capitalisation financière, sans compter celle non déclarée dans les paradis fiscaux, dont on découvre aujourd’hui l’immensité des montants… On peut ainsi vérifier le chiffre souvent prononcé d’un notionnel de 600 000 milliards de dollars en produits dérivés de type CDS :
“Les CDS (crédit default swaps) représentent 600 000 milliards de dollars, soit 12 fois le PIB mondial. Compagnies d’assurance et hedge funds possèdent plus de 50% du marché qui est concentré dans 14 institutions”. Interview de Gary Gensler, président de la CFTC, L’Agefi.
Lorsque se creusent à la fois l’endettement public et privé alors que les liquidités explosent, et que les salaires stagnent depuis 1993 alors que la productivité du travail n’a pas cessé de croître, il faut bien que le profit soit passé en des mains indues… C’est ce qu’explique Elie Sadigh dans l’ouvrage cité précédemment :
” Participer à la réalisation de la production est la seule façon d’obtenir un revenu légitime, car la production seule est source de ce revenu. Mais faire de l’argent avec de l’argent est actuellement accepté, et résulte de la financiarisation qui trouve son origine dans cette idée selon laquelle l’épargne est une nécessité absolue pour financer les investissements. Cette idée a été imposée et généralisée par ceux à qui elle profite, par certaines théories partisanes, en particulier par la théorie néoclassique, et grâce à la propagande amplifiée par les médias sous l’influence des lobbies financiers.
Elle se trouve donc à l’origine d’une sorte de vol. En effet, c’est le profit qui permet aux entreprises de payer dividendes et intérêts, et le profit représente une partie du revenu des travailleurs captée par les entreprises.
Dans une économie qui accepte qu’être propriétaire du capital donne un droit sur une partie de la production, le capital, dès qu’il apparaît , devient la source d’un revenu perpétuel pour ses propriétaires… Lorsque le capital de l’ensemble des entreprises est financé par les actions et obligations, leur profit est partagé entre les actionnaires et les titulaires d’obligations, qui peuvent les prêter à nouveau aux entreprises, une partie ou la totalité du profit ainsi partagé étant épargnée pour financer de nouveaux investissements, ce qui augmente encore le montant de leurs actions et de leurs obligations. Ce processus peut ainsi se renouveler indéfiniment … le montant des actions augmente…”
(JUSQU’À LA CRISE ET LA GRANDE DÉPRESSION) !
C’est ce qui s’est déjà produit en 29, et est en passe de se reproduire si, après la crise financière, ”il se trouve encore des inconscients pour y voir la culpabilité des salariés ou de notre système social”, et nous plonger dans la dépression.
Lorsque ce scénario de crise et de dépression fut imaginé et décrit en détails par MARX, les Rosensthiel de l’époque laissèrent, eux aussi, leur pensée-réflexe proclamer ne jamais avoir “autant ri à lire un texte d’économiste” ! Mais en 29 et après, lorsqu’il s’étala au grand jour, le scénario ne fit rire personne…
À ceux qui préfèrent l’histoire plutôt que l’économie, je recommande le petit livre de François Lenglet, “La crise des années trente est devant nous”, Éditions Perrin, 2007/2008, que l’on peut résumer à partir d’extraits :
- C’est ici que la comparaison avec l’entre-deux-guerres est éclairante. La grande panne que connaît notre système contemporain est la réplique d’une autre, qui a saisi le monde aprés le crash de 1929 et surtout aprés l’extraordinaire exubérance des années 1920, en de nombreux points semblable à celle que nous vivons depuis une quinzaine d’années.
PROFITS ET DETTES :
” L’inégalité de revenus aux États-Unis est à son plus haut depuis la pire des années, 1929. Et dans tout le monde anglophone, ces disparités ont atteint des extrêmes que nous n’avions pas observées depuis Gatsby le magnifique”, observe John Plender dans le Financial Times du 8 Avril 2008.
“Comme notre décennie, poursuit le journaliste, les années 1920 ont été une période de forte croissance des profits et d’envolée de l’endettement des ménages. Wall Street, noyé sous l’argent facile a cédé à ce que l’économiste John Kenneth Galbraith allait décrire dans son oeuvre fondamentale de l’époque, Le Grand Krash, comme la magie de la dette : l’augmentation des rendements financiers grâce à l’endettement.” Et Plender de noter une ressemblance étonnante avec la situation actuelle des marchés financiers.
PRODUCTIVITÉ :
À quelques soixante dix années d’intervalle, notre capitalisme connaît des phases d’expansion inhabituelles très similaires, marquées toutes deux par une forte poussée technologique qui transforme complétement les modes de production et de consommation des produits, la relation au travail et le lien social. Dans les années 1920, c’est l’arrivée de l’électricité industrielle qui provoque une forte concentration des entreprises et met à l’épreuve le modèle social paternaliste de l’époque… Trois quarts de siècle plus tard, l’internet aura exactement les mêmes effets.
LAISSER-FAIRE :
Ces embellies du capitalisme s’accompagnent également d’une progression de la mondialisation : le commerce international connaît alors une vive accélération, tout comme les flux d’investissements industriels et financiers transfrontières et le nombre de migrants internationaux. Autre similitude, elles se traduisent aussi, dans les deux cas, par une forme de laisser-faire en matière de politique économique, à la fois sur le plan de la doctrine – celle du libéralisme – et dans les faits, où l’on voit la puissance publique reculer à peu prés partout dans le monde.
NON-PARTAGE :
Dans la plupart des pays, et en particulier aux États-Unis et au Royaume-Uni, à coup sûr les contrées les plus libérales, la distribution de revenus ne profite alors qu’aux individus les plus favorisés, comme le note le commentateur du Financial Times cité plus haut. L’environnement macro-économique est lui aussi étrangement similaire d’une période à l’autre : pas d’inflation, taux d’intérêt faible, et progression substantielle de la dette.
L’analyse de l’économiste Rocardien Pierre Larrouturou, figure dans son livre “Pour en finir avec Sarkozy”, Editions Du Rocher, 2008, dont le titre rappellera quelque chose…
Dans un Chapitre intitulé “Que faisons-nous de la productivité?”, le passage concerné figure au sous-titre :
COMME EN 1929 ?
” Mais d’où venait la crise de 1929 ? Je l’ai dit plus haut : entre 1900 et 1920, les nouvelles technologies et les nouvelles organisations du travail mises en oeuvre par Ford et Taylor avaient permis à l’économie américaine de faire des gains de productivité très importants. ET quelques patrons qui voilaient partager ces gains de productivité avec les salariés (Ford, Kellog : passage aux trente heures avec maintien du salaire intégral) avaient été moqués et marginalisés par l’immense majorité des chefs d’entreprises qui préfèraient garder les bénéfices pour eux-mêmes et leurs actionnaires. C’est ce non-partage des fruits de la productivité qui a provoqué la crise de 1929 :
1900–1929 :
- Gains de productivité importants non-distribués aux salariés
- Les Bénéfices augmentent, provoquant une belle euphorie financière
- L’augmentation de la dette permet de cacher les dégâts provoqués par la déflation salariale
1921 :
- Première crise économique : dix-huit mois.
- Cette crise, dont on est sorti sans trop de casse, va renforcer le sentiment que tout est permis.
1929 :
- La grande crise éclate
- De part et d’autre de l’Atlantique, des milliers de salariés vont se retrouver au chômage, jusqu’à la guerre…
La période de 1990 à 1929 ressemble étrangement à celle que nous connaissons depuis trente ans : des gains de productivité mal gérés qui affaiblissent la situation des salariés, une explosion des bénéfices qui provoque une euphorie financière… et finalement un endettement qui provoque une crise économique majeure.
Cela ne vous dit rien ? ”
La seule leçon qui fut tirée de la crise de 1929 est une injection de liquidités par les banques centrales, afin d’éviter l’asphyxie immédiate de la finance, mais cela n’a fait que retarder celle de l’économie…
Dans ces conditions, comme disait Lénine, Que faire ?
Là, c’est Patrick Artus et Marie-Paule Virard qui s’y collent, dans un livre déjà cité, dont on peut rappeler les préconisations :
POURQUOI IL FAUT PARTAGER LES REVENUS, Éditions La découverte, Mai 2010,
n’est autre que la suite développée du FLASH ÉCONOMIE du 30 mars :
http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=52370
(”Comment faire repartir la croissance en Europe ?”)
Un extrait de l’introduction suffit à donner un avant goût du paysage, néanmoins sombre, que dépeint Artus pour les années à venir :
“ Dès lors, que reste-t-il comme pistes possibles ?
D’abord, modifier le partage des revenus entre salaires et profits en faveur des premiers. Spontanément, la crise pèse et va peser sur les salaires en raison du chômage élevé, de la volonté des entreprises de maintenir coûte que coûte la rentabilité du capital, de la concurrence accrue des pays émergents. Pourtant, la baisse de la part des salaires dans le revenu national est une très mauvaise idée, car les salaires sont consommés, alors que les profits sont peu dépensés, surtout dans un environnement où les investissements des entreprises sont déprimés avec la faiblesse de l’utilisation des capacités de production. Il est donc absurde de réduire les salaires quand on veut stimuler la demande. D’où la nécessité de réfléchir à des solutions innovantes pour infléchir le partage des revenus en faveur de ceux qui consomment, c’est à dire les salariés.”
“Ensuite, la réforme fiscale. Après la crise, il est indispensable de repenser la structure de la fiscalité. En effet, il n’y a pas assez d’emplois, plaie de la lupart des économies développées , et il n’y a pas besoin de beaucoup investir, puisque le monde est en surcapacité de production et que la demande est plutôt faible. Dans ces conditions, il est aberrant d’avoir une taxation très élevée des revenus du travail, et faible des revenus du capital : pourquoi décourager l’emploi et la consommation et favoriser l’épargne, quand le problème est l’excès mondial d’épargne ? ”
On est ravi d’apprendre l’idée nouvelle entre toutes de Moscovici sur « ces nouveaux outils économiques : les différentes contributions et taxes (telles que la TVA) », relayant son mentor DSK qui avait évoqué « des instruments plus transparents au niveau européen, comme une TVA européenne », que l’on retrouve sous la plume, et maintenant sur le blog, de cet autre inévitable grand démocrate qu’est le banquier Peyrelevade :
17 nov. 2010 Le Figaro,
Pourquoi il faut augmenter la TVA : Pour Jean Peyrelevade, une hausse de cet impôt sur la consommation est indispensable pour réduire les charges des entreprises.
On ne peut qu’adresser ici à DSK et son disciple les mêmes félicitations qu’à leur aîné :
Bravo DSK, bravo les démocrates, les grands esprits se rejoignent !
Ainsi, face à la crise due à l’impéritie de la finance globalisée, les financiers proposent déjà leur remède : l’augmentation de la TVA dont la caractéristique, on le sait, est d’être le plus durement ressenti par les faibles revenus. Rappelons ici à nouveau que les taxes, contrairement aux impôts sur le revenu, ne sont ni progressives, ni même proportionnelles, mais constantes : les mêmes pour Mme Bettencourt au revenu annuel de 400 millions, pour DSK qui reçoit 500 000 euros nets d’impôts au FMI, et pour le chômeur en fin de droit. C’est génial !
DSK nous avait déjà fait comprendre ses motivations personnelles d’une rare subtilité concernant les travailleurs : “je n’ai pas le dogme des soixante ans…”
Il nous en dit plus aujourd’hui sur la durée du travail : « Les citoyens ne sont pas à leur plein potentiel… »
Denis Kessler, ancien maoïste devenu N° 2 du MEDEF de 1994 à 1998, le déclarait tout de go en félicitant le nouveau président de la République Sarkozy, le 4 octobre 2007, dans le magazine Challenges :
« À y regarder de plus près, on constate qu’il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! ».
Au fait, qui a soutenu DSK dans sa candidature au FMI ?
Et quel autre point commun relie donc Kessler à DSK ? C’est facile :
Comme on l’a déjà signalé, c’est Claude BEBEAR, président du conseil de surveillance du principal groupe d’assurances au monde AXA, qui l’a rappelé en déclarant :
“ Il y a vingt ans, nous étions quelques assureurs à avoir chargé Denis KESSLER et Dominique STRAUSS-KHAN d’une étude sur les fonds de pension. Ils avaient démontré tout l’intérêt de ces fonds, s’opposant en cela à l’opinion générale, et il nous a fallu vingt ans d’explications, de conférences pour faire admettre à 80% de la population qu’il était salutaire de compléter par une dose de capitalisation la retraite par répartition. Convaincre demande de la patience : tout l’art de gouverner consiste à faire passer les idées et à apprécier le moment où elles peuvent être mises en application.”
(Entretien avec le Figaro Magazine, 13 Juillet 2002)
Par une ironie de l’histoire, tous ceux-là montrent le nouveau modèle, l’eldorado des temps modernes : la Chine, qui a subitement gagné ses galons de respectabilité du simple fait que son régime inchangé permet aujourd’hui d’y « investir » et réaliser des plus values sur le travail sans commune mesure avec celles de notre vieux continent.
Ainsi, les fonds de pension imaginés par Strauss-Kahn et Kessler pourront faire fructifier à souhait sur ces terres lointaines les faramineux montants que représentent nos actuels budgets sociaux. Ne sont-ils pas supérieurs au budget de l’État ? Voilà donc qui est parfait… Après avoir spéculé sur les dettes budgétaires, le monde de la finance mondialisée pourra bientôt gagner encore plus d’argent sur les dettes sociales !
- Mais tout celà ne va-t-il pas s’écrouler ? demande le profane. Cette finance mondialisée ne peut indéfiniment soustraire leurs ressources et leurs acquis aux gens, sans qu’ils s’en aperçoivent…
- Pensez donc ! Ils ont voté Sarkozy lorsque celui-ci le leur disait ouvertement… Ils voteront bien Strauss-Kahn qui ne leur en dit que la moitié !
Cher Étienne, Cher AJ,
Un dernier mot (espérons-le) sur l’acharnement propagandiste de J.Peyrelevade dans son blog « La refondation du capitalisme », dont il convient d’être prévenu :
L’auteur prétend démontrer que les chiffres de Mélenchon (et d’autres) sur la forte diminution de la part salariale depuis 1982 sont faux, car ils ne concerneraient en pourcentage que la moitié du PIB.
Or, ces chiffres existent bien en termes de points PIB, sur : http://gesd.free.fr/pcrt.pdf,
incluant la correction idoine des biais de salarisation, car :
- pour avoir l’évolution de la part salariale en moyenne, il faut évidemment corriger par l’augmentation du nombre de salariés depuis cette date !
- de même pour avoir l’évolution réelle des revenus du capital, il faut évidemment y ajouter les divers interessements, primes, etc., notamment des sociétés financières, que l’INSEE assimille faussement à des salaires !
Tout cela, mis à jour, est consultable en ligne sur la référence indiquée en lien,
gesd.free.fr/pcrt.pdf
On peut y lire, en termes de PIB, les 8 à 10 points de chute aprés 1982 que J.Peyrelevade s’évertue à nier depuis un an et demi.
(Michel Husson relevait, un an auparavant, les mêmes biais statistiques sur : hussonet.free.fr/psal49.pdf)
L’auteur a censuré à plusieurs reprises ces références, parmi bien d’autres d’une longue liste fournie, afin qu’on ne puisse les lire…
Pour ajouter des boulets aux pieds de ses contradicteurs, le site élimine systématiquement tout texte ayant plus d’un lien comme référence (ce qui écourte toute discussion sérieuse : imagine-t-on une revue scientifique où aucun « reviewer » n’admettrait plus d’une référence par article ?).
Dans la rubrique « la stratégie des riches pour choquer les pauvres », voici les ultimes arguments du banquier Peyrelevade :
« Faut-il taxer davantage les revenus du capital, de manière à aligner leur imposition sur celle du travail ?…Point du tout : son effet sur les ressources de l’Etat sera marginal. Il serait temps que la gauche comme la droite cessent de se nourrir de rêves. »
L’ennui, c’est que cette argumentation est démentie par l’ouvrage qui vient de paraître de Landais, Piketty et Saez (”Pour une révolution fiscale”) et qui fait le point sur le sujet en ces termes (pp. 70–71) :
Pour l’impôt sur le revenu (IR):
“Les revenus financiers sont presque entièrement sortis du régime d’imposition au barème. En toute légalité, le régime de droit commun est progressivement devenu l’exception pour ces revenus et les régimes dérogatoires sont devenus la règle…
Moins de 20% des revenus du capital réels (50 milliards sur 300 milliards) se retrouvent dans la base de l’impôt progressif sur le revenu. Par comparaison, plus de 90% des revenus du travail réels sont imposés au barème progressif d’imposition.
Pour les revenus fonciers, on retrouve à peine plus de 25% des revenus réels dans la base d’imposition
Pour les revenus financiers, on retrouve moins de 15% des revenus réels dans la base d’imposition. Par exemple, sur les quelque 170 milliards d’intérêts et de dividendes reçus chaque année, moins de 20 milliards se retrouvent dans les déclarations de revenus.
En d’autres termes, sur ces vrais bases, “l’esprit rapide” en déduit immédiatement qu’aligner l’imposition des revenus du capital sur celle du travail, c’est passer de :
50 x 17% = 8,5 milliards, à : 270 x 30% = 81 milliards,
soit prés de dix fois plus !
Pour la Contribution sociale (CSG):
De même, l’assiette de la CSG est loin de l’égalité de traitement :
« Environ 40% des revenus du capital réels se retrouvent dans l’assiette imposable de la CSG… »
D’une part, la base pour les revenus fonciers est quasiment la même que pour l’IRPP (moins de 30%)…
D’autre part, pour ce qui concerne les revenus financiers, on constate qu’au total à peine 50% des intérêts, dividendes et produits financiers…se retrouvent dans l’assiette de la CSG.
Quant à l’impôt sur les sociétés (IS), Peyrelevade lache des commentaires que le MEDEF n’oserait même pas reprendre :
- « La taxation des dividendes, quand l’on tient compte de l’impôt sur les bénéfices payé en amont, est plus lourde que celle de la dernière tranche de l’impôt sur le revenu
(100 x 34% + 51% x 60%) = 64,6% »
- « Il faudra, en bonne logique, diminuer l’imposition des dividendes (ou, au choix, l’impôt sur les bénéfices des sociétés : je suis pour) »
Or, rappelons tout d’abord que l’impôt sur les bénéfices des sociétés est perçu sur celles-ci en tant que personnes morales : une entreprise n’utilise-t-elle pas les infrastructures et services publics pour son fonctionnement et finalement son profit (communications routières, recours auprés de la justice ou de la police, etc.)? Il est donc normal qu’elle contribue aux biens et services publics, au même titre qu’une personne physique dans son usage privé. (Encore heureux que la base d’imposition en soit le bénéfice, et non le chiffre d’affaires qui est pourtant plus indicatif de l’intensité d’usage.)
On ne saurait donc confondre l’impôt sur la société avec l’impôt sur le sociétaire, chacun s’adressant à un usage différent de la collectivité.
En ce qui concerne les dividendes, la pertinence des arguments déjà évoqués d’Elie Sadigh 1 saute aux yeux :
« Le système capitaliste impose la règle arbitraire et partisane selon laquelle être propriétaire des moyens de production donne droit indéfiniment à une partie du produit.
Selon les partisans du capitalisme, l’épargne est indispensable dans une économie de croissance et, à terme, l’enrichissement de certaines catégories, celles des capitalistes, est nécessaire.
Ils ont tenté de former ces affirmations sur une démonstration qui découle logiquement d’une hypothèse selon laquelle l’épargne constitue la source du financement des investissements additionnels. Il faut donc favoriser les catégories les plus riches car elles ont une capacité d’épargne plus importante…
Or, ce raisonnement se révèle faux dès lors que l’on démontre que ce n’est pas l’épargne mais le profit qui constitue la source de financement perenne. Et les partisans du capitalisme passent sous silence la question de savoir dans quelle mesure le revenu des catégories les plus riches résulte ou non de leur participation à la réalisation de la production :
Dans une économie qui accepte qu’être propriétaire du capital donne un droit sur une partie de la production, le capital, dès qu’il apparaît , devient la source d’un revenu perpétuel pour ses propriétaires.
Lorsque le capital de l’ensemble des entreprises est financé par les actions et obligations, leur profit est partagé entre les actionnaires et les titulaires d’obligations, qui peuvent les prêter à nouveau aux entreprises, une partie ou la totalité du profit ainsi partagé étant épargnée pour financer de nouveaux investissements, ce qui augmente encore le montant de leurs actions et de leurs obligations. Ce processus peut ainsi se renouveler indéfiniment…
Or, même si l’on admet que l’épargne est la source du financement du capital originel, on ne voit pas comment on peut justifier le revenu perpétuel des propriétaires de ce capital. En effet, lorsque le capital investi devient obsolete, c’est la plus-value du travail qui perpétue le capital, ce qui signifie que le nouveau capital appartient aux travailleurs. Cela marque la limite absolue des théories qui considèrent qu’être épargnant donne un droit perpétuel sur une partie du produit et, par conséquent, la limite absolue de la financiarisation de l’économie.
Participer à la réalisation de la production est la seule façon d’obtenir un revenu légitime, car la production seule est source de ce revenu. Mais faire de l’argent avec de l’argent (c’est à dire en dormant, selon l’expression d’un ancien président) est actuellement accepté, et résulte de la financiarisation qui trouve son origine dans cette idée selon laquelle l’épargne est une nécessité absolue pour financer les investissements. Une telle idée a été imposée et généralisée par ceux à qui elle profite, par certaines théories partisanes, en particulier par la théorie néoclassique, et grâce à la propagande amplifiée par les médias sous l’influence des lobbies financiers.
Elle se trouve donc à l’origine d’une sorte de vol. En effet, c’est le profit qui permet aux entreprises de payer dividendes et intérêts, et le profit ne représente plus, à terme (aprés amortissement du capital initial), qu’une plus-value des travailleurs captée par l’entreprise. »
N’est-ce pas, d’ailleurs, ce que la loi reconnaît aux commerçants par la notion de fonds de commerce ? Le propriétaire de l’outil de travail qu’est le local, même entretenu et sujet au risque de dépradations, n’est pas pour autant propriétaire du succés commercial. Pourquoi donc les travailleurs qui ont fait le succés d’une entreprise industrielle bénéficiaire se trouveraient-ils sans droit sur le « fonds industriel », lorsque les actionnaires trouvent à leur convenance d’aller porter cet acquis à de petites mains plus profitables encore ?
Les actionnaires doivent donc, non seulement être imposables sur leurs dividendes au même taux que les travailleurs sur leur salaire, mais encore s’estimer heureux de pouvoir disposer ainsi de l’exploitation du travail d’autrui…
1 Elie Sadigh, Professeur d’Economie à l’Université de Bourgogne ;
LA FINANCIARISATION : CAPITAL CONTRE TRAVAIL, L’Harmattan, 2010
Parler de finances autrement
qu’en homme intéressé
c’est-à-dire sans finasseries
je suis pour !
Aussi voici :
Roman de la ruelle en rut
Que peut-on espérer quand on est milliardaire ?
Que cent zouaves expliquent toutes nos beautés !
Qu’envers de poème assoiffé d’éternité
notre âme acquiert les arômes d’un sanctuaire.
(le texte en entier sur http://lapetiteguerre.over-blog.com/)
Quelle rubrique pour poster ce lien…
Génocide au Rwanda : Bisesero, trois jours de trop
http://www.jeuneafrique.com/Article/JA2702p084.xml0/
http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/genocide-du-rwanda-vingt-ans-deja-150447