Chers amis,
Je viens de taper pour vous un extrait important d’un livre merveilleux que je viens de recevoir. Merci à Bernard Maris d’avoir signalé cette perle (voir ses précieuses chroniques, sur le site de France Inter, et notamment : Où va l’argent ?). Il est épuisé, pour l’instant, et on le trouve d’occasion, ce qui n’est pas si mal car le livre d’origine, très ancien, est d’autant plus émouvant. On dirait vraiment un trésor. Bonne lecture.
Étienne
La grande relève
des hommes par la machine
de Jacques Duboin, 1932
Mise à jour 7 janvier 2011 : le fichier du livre entier (texte intégral) :

• Au format PDF : https://old.chouard.org/Europe/Jacques_Duboin_La_grande_releve_1932.pdf
(…)
(Extrait, page 287 s., chapitre intitulé « La grande relève » : Hermodan, sage ermite vivant sur une montagne, prend la parole 🙂
…
— Je ne vois pas pourquoi la race humaine serait condamnée au travail à perpétuité. Ou alors il ne fallait pas la doter d’un cerveau grâce auquel elle oblige la matière à travailler à sa place. Des trésors de patience et d’intelligence ont été dépensés par des générations et des générations, pour inventer et mettre au point des machines qui, de plus en plus, remplacent le travail des hommes. Nous assistons aujourd’hui à la grande relève des travailleurs par la matière disciplinée et animée d’une force de production. Ne peut-on concevoir une évolution du capitalisme qui tienne compte de cette relève, sans obliger l’armée qui descend des lignes à mourir de faim ?
Au cours des siècles passés, tous les hommes, sans exception, étaient mobilisés pour la guerre, incessante et sans merci, que la faim, la soif et le froid font à notre pauvre humanité. Tout le monde devait gagner sa vie au prix de la sueur de son front, et passer tous les jours dans les tranchées du champ de bataille.
Mais voici que, comme au cours de la grande guerre, la défense s’organise, le matériel vient se substituer, en partie, aux poitrines vivantes. Il faut des effectifs de plus en plus réduits pour tenir les lignes contre l’ennemi héréditaire : la misère humaine. Les hommes sont relevés de la fournaise ; petit à petit, ils sont libérés de l’obligation de lutter pour leur vie. Ces soldats qui descendent vers l’arrière, ce sont des libérés, des hommes dont on n’a plus besoin puisque, sans leur présence au chantier, la communauté possède enfin tout ce qui lui est nécessaire.
Les libérés d’autrefois s’appelaient les rentiers. Aujourd’hui, ce sont les chômeurs. Les uns comme les autres ne sont pas indispensables pour la production des richesses. Jamais les récoltes n’ont été plus abondantes, ni les stocks plus élevés.
Un pays devrait être fier du nombre d’hommes dont le progrès permet d’économiser l’effort. Le chômeur, au lieu d’être la rançon de la science, devrait en être la récompense. Plus il y a de chômeurs dans un pays, plus le niveau intellectuel, plus l’étiage économique est élevé. Théoriquement, n’est-ce pas vrai ?
— Vous m’effrayez, fit le propriétaire terrien.
— Qu’y a‑t-il d’effrayant ? répliqua tranquillement Hermodan ? Voici deux pays de même population. L’un comme l’autre produisent, chaque année, la même quantité de richesses, mais, dans le premier, ce résultat est obtenu grâce à l’effort intensif de tous les travailleurs ; dans l’autre, grâce au travail de la moitié seulement de la population. Laquelle de ces deux nations possède le niveau intellectuel, social, économique, — mettez l’adjectif qui vous plaira, — le plus élevé ? La seconde évidemment. Cependant, ce pays privilégié est à plaindre, car la moitié de sa population, réduite à ne rien faire, est condamnée à mourir de faim et de froid. Voilà le drame que nous vivons.
Transposons le problème sur un autre plan. Il n’y a pas que les hommes que le progrès technique a délivrés, en partie, du travail obligatoire. Il y a aussi les chevaux. Ceux-ci sont remplacés, de plus en plus, par les chevaux-vapeur qu’on élève dans les cylindres d’un moteur à explosions. Le travail des chevaux en chair et en os devient de moins en moins nécessaire. Comme dit mon ami Joseph Dubois, connaissez-vous des chevaux chômeurs ?
— Expliquez-vous, dit le propriétaire terrien.
— Très volontiers, reprit Hermodan. Comme on a trouvé inutile de nourrir les chevaux à ne rien faire, on s’est empressé, dès qu’on a eu moins besoin de leurs muscles, d’en envoyer quelques uns à la boucherie, et de limiter la saillie des juments. Est-ce le sort que vous réservez aux hommes dont le travail est accompli par des machines ?
— Le chômage serait donc un bien ? dit timidement le propriétaire terrien.
— Théoriquement, il est la preuve irréfutable que le pays où il sévit a réalisé de grands progrès techniques dans la production, répondit Hermodan. Théoriquement toujours, ces hommes qui ne sont plus obligés de tenir la tranchée, ces hommes qui ont été relevés par les machines, sont le signal qu’une victoire a été remportée par le commandement, c’est-à-dire par l’intelligence. La présence de ces affranchis devrait être un élément de confiance, de réconfort, de fierté pour toute la nation. Mais c’est à la nation qu’il incombe de les faire vivre. Elle s’en acquitte un peu partout sous forme d’indemnités de chômage. Seulement, on espère, dans l’état actuel des esprits, que ces secours sont passagers et ces libérés ne sont que des permissionnaires ; qu’ils vont bientôt être forcés de remonter aux tranchées et de reprendre leur métier de galérien en travaillant le plus d’heures possibles tous les jours. On souhaite que, pour obtenir ce résultat admirable, le niveau industriel baisse prochainement. Quelques uns vont jusqu’à rêver qu’on démolissent une partie de ces esclaves-matière ou chevaux-vapeur, afin de replacer leur fardeau sur des épaules de chair. Que tout le monde retourne au bagne, c’est à cela que s’emploient les experts qui veulent mettre fin au bienfaisant chômage.
Malgré la stupéfaction indignée de tous ses auditeurs, Hermodan continua froidement :
— Évidemment, je m’aperçois que ce que je vous dis vous surprend légèrement. J’insisterai donc en affirmant que, du moment que vous n’avez plus besoin de ces hommes, vous êtes dans l’obligation absolue de les faire vivre sans travailler. Car du moment qu’ils sont venus au monde, ils ont droit à la vie. Ils y sont venus comme tous leurs frères, nus, sans poches remplies sur les côtés. Est-ce leur faute si toutes les richesses qui existent ont déjà un propriétaire légitime ? Et si l’abondance de ces richesses est telle que vous préférez les détruire ? Ah ! pour légitimer cette appropriation de tout ce qui est nécessaire à la vie, la société a élevé le travail à la hauteur d’une véritable religion. Ils ont accepté cette loi, bien qu’elle dût leur paraître dure, et ils se sont mis courageusement à l’œuvre. Mais voilà que, grâce au progrès technique, leur travail ne vous est plus nécessaire ! C’est cependant leur unique bien, qu’ils sont forcés d’échanger contre le morceau de pain indispensable à la vie. Concluez ?… Préférez-vous les faire disparaître comme les chevaux ? C’est la solution des anthropophages. Elle paraît tellement odieuse que, dans tous les pays, c’est l’État qui vient en aide à ces soi-disant déshérités. Vous savez, d’ailleurs, qu’une attitude différente conduirait droit à la révolution, car ils sont de plus en plus nombreux. Aujourd’hui 30 millions, demain 35, 40, 50 millions ! Il n’y a pas de raison pour que ça s’arrête, puisque l’idéal du progrès technique est la suppression totale de la main-d’œuvre.
— Mais comment cette situation a‑t-elle pu naître si brusquement, dit enfin le propriétaire terrien, qui fut le premier à reprendre ses esprits.
— Je vous ai expliqué déjà qu’elle menaçait depuis longtemps. La guerre a précipité les événements qui, sans elle, ne se seraient produits que beaucoup plus tard, mais qui se seraient produits tout de même.
— Et c’est vraiment sans appel ? risqua l’industriel.
— Sans appel, reprit Hermodan. Il faut en prendre une bonne fois son parti. Certes vous aurez des hauts et des bas, de petites reprises suivies de dépressions profondes. Mais franchement, je croyais que nous avions épuisé le sujet et que notre religion à tous était faite et archifaite. Croyez-vous encore au retour de la prospérité telle qu’on convenait de la définir autrefois ?
— Non, évidemment, dit l’industriel, mais tout de même…
— Croyez-vous sérieusement, interrompit Hermodan, que le monde revive l’année 1929 qui, si je ne me trompe, fut l’année de la prospérité exceptionnelle ?
— Non, dit l’industriel, 1929 fut évidemment une période unique ; c’est une époque qu’on ne revivra plus.
— Je ne vous le fais pas dire, reprit Hermodan. Sachez cependant que le chômage technologique existait déjà en 1929 ! Oui, même à ce moment de production intensive ! Interrogez un homme compétent, M. Picquenard notre directeur de travail, il vous le confirmera.
— C’est épouvantable ! dit le propriétaire terrien.
— Mon vieil ami, continua Hermodan, ne vous lamentez pas. D’abord, c’est complètement inutile, puisque cela ne changerait rien. Ensuite, dites-vous bien que ce qui arrive devait fatalement se produire. Logiquement, si la science, grâce aux savants, aux inventeurs, aux praticiens, est parvenue à fournir à l’humanité une armée d’un milliard d’esclaves de fer, et une autre d’un milliard de chevaux-vapeur, ce n’était pas pour que disparaissent quelques millions d’hommes, sous prétexte que leur travail ne devenait plus nécessaire. L’homme, contrairement à ce que vous avez cru, n’était pas condamné au travail à perpétuité. Il a durement peiné jusqu’à ce qu’il possède cette armée d’esclaves matériels qui, désormais, vont travailler pour lui. C’est la grande relève qu’il attend, qu’il a préparée et qui, enfin, est en marche pour le débarrasser de la corvée du labeur. Pourquoi serait-ce épouvantable ? La civilisation antique ? Quelques hommes libres portés par un monde d’esclaves. Demain ? L’humanité toute entière sera ces quelques hommes libres, et la matière sera la multitude d’esclaves. Je ne vois vraiment pas là de quoi nous attrister et vous empêcher de dormir.
— Mais voyez les conséquences, dit le propriétaire terrien. Vous avez eu la précaution de nous dire que vous nagiez en pleine hypothèse ; je crois que vous nagez en plein communisme, et cela, sans vous en douter.
— Pas fatalement, dit Hermodan. Je vous ai dit que, pas plus que vous, je ne connaissais l’avenir. Nous souhaitons que le désordre qui règne dans le monde ne nous conduise ni à la guerre, ni à l’anarchie. De plus, nous voudrions bien que le régime capitaliste, au lieu de s’effondrer, consente à évoluer afin de tenir compte des progrès scientifiques. Je cherche dans quelle voie il pourrait s’engager pour sauver notre civilisation. Voulez-vous me permettre de continuer ?
— C’est bien inutile, dit le propriétaire terrien. Vous imaginez un régime où celui qui ne travaille pas aura les mêmes avantages que le travailleur. Vous donnez une prime à la paresse et vous comptez que quelques braves gens dans la tranchée, pour employer votre expression, vont se faire tuer pour permettre aux autres de se goberger à l’arrière.
— Oh ! fit Hermodan en souriant. Voilà un sentiment de pudeur qui vous honore, mais qui me paraît bien tardif. Si l’idée que des hommes peuvent vivre sans travailler est de nature à vous faire souffrir, vous avez dû souffrir beaucoup et depuis longtemps. Car vous avez certainement entendu parler de centaines de milliers d’hommes qui ont vécu bien tranquillement de leurs rentes. Peut-être en avez-vous connu personnellement. Des millions d’hommes ont vécu, et bien vécu, sans jamais rien faire de leurs dix doigts, ni de leur substance grise. Certains journaux s’étaient même spécialisés dans la description de leurs faits et gestes. Comment se fait-il que cette paresse, du moment qu’elle reposait sur de bonnes rentes, ne vous ait jamais choqué ?
— Leurs parents et leurs grands-parents avaient travaillé pour eux, dit le propriétaire terrien.
— Les parents et les grands-parents des chômeurs d’aujourd’hui ont beaucoup travaillé pour nous, répliqua Hermodan. C’étaient des millions d’hommes qui bûchèrent toute leur existence et qui nous ont fabriqué cette armée d’esclaves-matière. Dites que les chômeurs d’aujourd’hui sont les successeurs des rentiers d’autrefois, si cela peut vous soulager. Des rentiers infiniment moins privilégiés, du moins pour l’instant, que ne le furent ceux que nous avons connus et que nous connaissons encore. Car il est évident que notre société ne peut pas faire, demain, à celui qui devra vivre sans travailler, un sort supérieur, ni même égal, à celui qui lutte pour se faire une place au soleil. Je souhaite, au contraire, que l’on puisse toujours maintenir ces possibilités d’émancipation, de mieux-être, qui sont la force du régime capitaliste. Donc, notre nouvelle classe de rentiers, soyez-en bien persuadé, sera dans une situation très inférieure à celle qui disparaît sous nos yeux.
— C’est la collectivité qui va assumer cette nouvelle charge, interrompit le propriétaire terrien. Vous voyez bien que, malgré tout votre désir de sauver le capitalisme, vous sombrez, vous aussi, dans l’étatisation à outrance.
— Voire, dit Hermodan.
— C’est tout vu, répliqua le propriétaire terrien. Baptisez votre système du nom que vous voudrez, c’est encore et toujours de l’étatisme. Il est impossible de mettre le doigt dans l’engrenage sans que le corps y passe tout entier. Paul-Boncour, Léon Blum, Staline !… Je ne présente pas la France et les Français soumis à ce régime. Cela vous plairait, à vous, qu’à chaque geste économique, à chaque transaction ou autre opération, nous fussions inscrits, enregistrés, recensés, timbrés, mesurés, tarifés, cotés, patentés, autorisés, licenciés, empêchés, contingentés ! À la suite de quoi nous serions traqués, houspillés, contrariés, poursuivis, interrogés, emprisonnés, fustigés, sacrifiés, vendus, contrecarrés, bernés, découragés, outragés, déshonorés ! Grand merci !
— Voilà que vous recommencez à vous lamenter, dit Hermodan…
— Mais c’est à cet étatisme que l’on court, interrompit le propriétaire terrien, et à quelle allure ! Voyez ce qui se passe en Allemagne. Il y fait des progrès inouïs. La législation de crise a déjà placé sous le contrôle de l’État les banques, l’industrie lourde, les lignes de navigation et, pratiquement, tout le commerce extérieur. C’est l’État qui fixe la durée de travail et la rémunération des ouvriers, les loyers, le taux de l’intérêt, bientôt le prix de toutes choses. À Rome, c’est encore l’étatisation, qui se prononce « fascisme » en italien. L’emprise de cet étatisme est sans doute déjà plus forte qu’en Allemagne. Toute création d’industrie nouvelle et tout agrandissement d’industrie existante sont soumis à l’autorisation du Sénat. Un propriétaire n’est plus libre de cultiver son champ comme bon lui semble. La nature de ses cultures lui est en quelque sorte imposée par le gouvernement. S’il refuse, il est dépossédé au profit du syndicat agricole le plus voisin.
— Propriété oblige ! c’est le principe de Mussolini, dit Hermodan ; la propriété fasciste a pris un caractère nouveau, celui de la fonction sociale, et le propriétaire a des devoirs envers la collectivité.
— Communisme ! dit le propriétaire terrien.
— Pas nécessairement, répliqua Hermodan.
(…)
(Fin du chapitre. Chapitre suivant : « L’État est l’héritier de ceux qui n’en ont plus »)
Extrait du livre merveilleux de Jacques Duboin,
« LA GRANDE RELÈVE des hommes par la machine »,
publié en 1932 par Les Éditions Nouvelles, 16 rue de la Sorbonne, Paris.
https://old.chouard.org/Europe/Jacques_Duboin_La_grande_releve_1932.pdf
Plan du livre :
• Où l’auteur dévoile sa source d’information
• Pourquoi un désordre universel ?
• Les progrès surprenants de la technique
• Plus la production augmente… et plus la consommation diminue
• De quelques conséquences
• Le chômage technologique
• La tenace illusion des besoins illimités est des débouchés nouveaux
• Propriété individuelle et profit
• L’abondance tue le profit et provoque la thésaurisation
• Si l’abondance ne réussissait pas à tuer le profit, la fiscalité s’en chargerait
• Alors on détruit l’abondance pour ressusciter le profit
• Où l’on cherche à établir que le progrès poursuit inlassablement sa carrière
• Où l’on consulte sans succès les doctrines économiques
• Et l’on échange quelques solutions
• Où l’on cherche à démontrer que l’économie dirigée est un bateau qui nous conduit tout droit dans les eaux communistes
• La semaine de 40 heures
• La solution du jeune ingénieur
• Où l’on explique comment la politique du « vase clos » n’est qu’un retour au Moyen Âge
• Et l’on presse Hermodan de dépasser le présent pour découvrir l’avenir
• La grande relève
• L’État est l’héritier de ceux qui n’en ont plus
• Il faut que les jeunes retrouvent la foi en l’avenir
La fille de ce grand homme, Marie-Louise Duboin, anime un site passionnant — « La grande relève », http://perso.orange.fr/grande.releve/index.html — et vient d’écrire un livre qui promet : « Mais où va l’argent ? » (http://economiedistributive.free.fr/spip.php?article1140).
« Dans ce livre, Marie-Louise DUBOIN démystifie les règles financières qui, en privant les responsables politiques de tout pouvoir monétaire, leur ôte, en fait, tout moyen d’agir pour le bien public. Et elle évoque des propositions, qui, en sortant des sentiers battus, permettraient une véritable démocratie, même dans l’économie. »

Il faut revenir au protectionnisme ! Il faut diminuer les charges du travail. Sinon, à quoi cela sert de travailler si on gagne plus à acheter indien ou chinois ?
Il faut détaxer les premières heures de travail et non les heures sup ! Un chômeur aimerait bien travailler, même quelques heures. Celui qui travaille n’a pas forcément envie de travailler plus.
Bonjour Étienne, et bonjour à tous.
Aussi intéressant comme livre du même auteur : « Kou l’ahuri ou La misère dans l’abondance »
Librement téléchargeable !
Il y a d’autres lectures aussi libre d’accès.
Pour autrenet :
Vous voulez vraiment travailler ou plutôt gagner de l’argent ? Je ne peux que vous suggérer cette lecture.
Bonjour !
Je suis chaque fois plus frappé de voir comment la classe politique est verrouillée, de voir comment les opinions avant-gardistes d’il y a 60 ans ont pu être muselées jusqu’à nos jours. J’ai, bien sûr, quelques éléments de réponse lorsque je me pose la question du pourquoi. Et j’en trouve chaque jour de nouveaux, notamment ici depuis ce soir.
Merci.
Mes réflexions actuelles vont vers la société de classe. Existe-t-il des études sur les nouvelles représentations de la société de classe ? Comment aller au-delà de la notion de pensée unique ? Autrement dit, les nouveaux auteurs électroniques et autres blogueurs s’organisent aujourd’hui en une nouvelle forme de domination par l’information et saturent les recherches Google de points de vue de moins en moins contradictoires. La question pourrait être formulée ainsi : Alors que le champ des orateurs publics s’élargit de concert avec la multiplicité des moyens d’expression, les équilibres ne sont toujours pas modifiés, et ne le seront sûrement pas. Comment contrer la pensée unique, comment imaginer un moyen que notre pensée multiple soit plus forte ? Comment imaginer une École plus forte que la publicité ?
Alors que la campagne électorale sur Internet prend une liberté de ton par rapport aux médias traditionnels, le fond reste le reflet de ce qui se dit à la télévision et dans les journaux. (1) . Comment imaginer des médias (traditionnels) qui relaieraient autant les expériences de démocratie participative, que les idées-vite-pensées, autant le chercheur que le communicateur vendu au plus offrant ?
Je n’aime pas les étiquettes, mais devant le flot d’information, je vois une nécessité de classement. Serait-il intelligent de militer pour un label « Pensée qui a subi une réflexion lente » ? dont seraient équipés les sites comme celui-ci, et qui permettrait au citoyen Lambda d’arriver plus facilement ici ?
Pour poser une question plus générale que je me pose depuis un moment : Existe-t-il une coordination nationale des acteurs de la société civile en France ? Si oui, pourquoi ne la connaît-on pas ? Est-elle efficace ? Si non, pourquoi ne pas la créer ?
Merci.
(1): Je parle des sites les plus connus, et j’enlève les discours complotistes ou révolutionnaires, qui desservent les discours sur un futur alternatif. Bien que nous dussions peut-être en arriver à une révolution de fait avec le potentiel Sarkozy.
Et, question annexe, pourquoi, malgré l’existence d’Attac, de GreenPeace, de la Confédération Paysanne, qui sont de vrais contre-pouvoirs au niveau de l’information, les mentalités continuent-elles de s’enfoncer encore plus profond dans le suivisme ?
@SylvanoDeLaSelva
» Pour poser une question plus générale que je me pose depuis un moment : Existe-t-il une coordination nationale des acteurs de la société civile en France ? Si oui, pourquoi ne la connaît-on pas ? Est-elle efficace ? Si non, pourquoi ne pas la créer ? »
Je crains qu’en définitive la « société civile » n’a que peu de pouvoirs pour faire bouger les lignes.
Faut-il créer un parti politique ?
Un mine sur le
travail et l’exploitation, trouvée là :
http://fra.anarchopedia.org/Citations_sur_le_travail_et_l’exploitation
Quand le travailleur s’endort
il est bercé par l’insomnie et quand son réveil le réveille il trouve
chaque jour devant son lit la sale gueule du travail qui ricane qui se
fout de lui.
Jacques
PRÉVERT : « Le paysage changeur », Paroles.
« Le travail rend libre » disait-on. Eh bien non ! On reconnaît
le niveau de liberté d’un individu non à sa capacité à travailler servilement,
afin de consommer servilement, mais à son degré d’épanouissement dans
les activités et les loisirs qu’il aura définis librement et en toute
conscience. Laissons tomber le partage du travail, et vive le partage
des bons moments ! Pour une révolution ludique et choisie !
GIGN
(Groupe d’Intervention Gaillardement Nuisible), Bordeaux, février 1998
Le travail est un meurtre en série, un génocide. Le travail tuera,
directement ou directement, tous ceux qui lisent ces lignes. Dans ce pays,
le travail fait chaque année entre 14 000 et 25 000 morts, plus de deux
millions d’handicapés, 20 à 25 millions de blessés. C’est bien ce qui
s’appelle un meurtre ! »
Bob
BLACK : Travailler, moi ? Jamais !
Que reste-t-il d’étincelle humaine, c’est-à-dire de créativité
possible,
chez un être tiré du sommeil à six heures chaque matin, cahoté dans les
trains de banlieue, assourdi par les fracas des machines, lessivé, bué
par les cadences, les gestes privés de sens, le contrôle statique, et
rejeté vers la fin du jour dans les halls de gare, cathédrales de départ
pour l’enfer des semaines et l’infime paradis des week-ends, où la foule
communie dans la fatigue et l’abrutissement ? (…) De la force vive déchiquetée
brutalement à la déchirure béante de la vieillesse, la vie craque de partout
sous les coups du travail forcé.
Raul
VANEIGEM : Traité du savoir-vivre à l’usage des jeunes générations.
L’organisation du travail et l’organisation des loisirs referment
les ciseaux castrateurs chargés d’améliorer la race des chiens soumis.
Raul
VANEIGEM : Traité du savoir-vivre à l’usage des jeunes générations.
Le mot même de travailleur ne suppose-t-il pas qu’il y a ceux qui
ne travaillent pas ?
T‑Bone Slim.
Le paradoxe du travail, c’est qu’on ne travaille, en fin de compte,
que pour le supprimer.
Boris
Vian.
Si le travail c’est la santé, faites travailler les malades.
Graffiti, Belleville 1995
La guerre est la forme la plus raffinée et la plus dégradante du
travail puisque l’on y travaille à rendre nécessaires de nouveaux travaux.
Boris
Vian.
Le réveil sonne : première humiliation de la journée.
Anonyme
américain.
Les patrons n’en reviennent pas ! Les esclaves sont ENCORE revenus
travailler !
Affiche
suisse allemande.
L’homme peut aimer son semblable jusqu’à mourir, il ne l’aime pas
jusqu’à travailler pour lui.
Pierre
Joseph Proudhon, système des contradictions économiques.
Le travail, c’est bon pour ceux qui n’ont rien à faire.
Léo
Campion
Nous ne voulons pas d’un monde où la garantie de ne pas mourir
de faim se paye par le risque de mourir d’ennui.
Raoul
Vaneigem.
Je ne veux pas gagner ma vie, je l’ai.
Boris
Vian
Le travail c’est la santé ! Rien faire, c’est la conserver.
Boris
Vian
Ne perdez pas votre vie à la gagner.
Graffiti
de mai 68, inspiré par Raoul Vaneigem
La forme même des pyramides d’Égypte montre que les ouvriers avaient
tendance à en faire de moins en moins.
MissP
Le travail est l’opium du peuple et je ne veux pas mourir drogué
!
Boris
Vian
Chacun devra travailler pour manger. Tout homme qui ne voudra pas
travailler sera libre de mourir de faim, à moins qu’il trouve une association
ou commune quelconque qui consente à le nourrir par pitié. Mais, alors,
il sera probablement jugé juste de ne lui reconnaître aucun droit politique,
puisque étant capable de travailler, il préférera sa situation honteuse
et vivra aux dépens du labeur d’autrui. Car il n’y aura pas d’autre base
pour les droits sociaux et politiques, que le travail accompli par chacun.
Bakounine
Dans la glorification du « travail », dans les infatigables discours
sur la « bénédiction du travail », je vois la même arrière-pensée que
dans les louanges des actes impersonnels et conformes à l’intérêt général
: la crainte de tout ce qui est individuel. On se rend maintenant
très bien compte, à l’aspect du travail — c’est-à-dire de ce dur labeur
du matin au soir — que c’est là la meilleure police, qu’elle
tient chacun en bride et qu’elle s’entend vigoureusement à entraver le
développement de la raison, des désirs, du goût de l’indépendance. Car le travail use la force
nerveuse dans des proportions extraordinaires, et la soustrait à la réflexion,
à la méditation, aux rêves, aux soucis, à l’amour et à la haine, il place
toujours devant les yeux un but minime et accorde des satisfactions faciles
et régulières. Ainsi, une société où l’on travaille sans cesse durement,
jouira d’une plus grande sécurité : et c’est la sécurité que l’on adore
maintenant comme divinité suprême.
F. Nietzsche,
Aurore
L’esclavage humain a atteint son point culminant à notre époque
sous forme de travail librement salarié.
George
BERNARD SHAW
Arbeit macht frei
(Le travail rend libre)
Inscription à l’entrée des camps nazis
J’avais pris l’habitude de regarder autour de moi, d’observer ceuxmidi. Qu’avais-je vu ? des gueules
que je côtoyais dans la rue, dans le métro, au petit restaurant où je
prenais mes repas de
tristes, des regards fatigués, des individus usés par un travail mal payé,
mais bien obligés de le faire pour survivre, ne pouvant s’offrir que le
strict minimum. (…) Des êtres connaissant leur avenir puisque n’en
ayant pas. Des robots exploités et fichés, respectueux des lois plus par
peur que par honnêteté morale. Des soumis, des vaincus, des esclaves du
réveille-matin. J’en faisais partie par obligation, mais je me sentais
étranger à ces gens-là. Je n’acceptais pas que ma vie soit réglée d’avance
ou décidée par d’autres.
Jacques
MESRINE
Les pauvres croient […] que
le travail ennoblit, libère. La noblesse d’un mineur au fond de son puits,
d’un mitron dans la boulangerie ou d’un terrassier dans une tranchée,
les frappe d’admiration, les séduit. On leur a tant répété que l’outil
est sacré qu’on a fini par les en convaincre. Le plus beau geste de
l’homme est celui qui soulève un fardeau, agite un instrument, pensent-ils.
« Moi, je travaille », déclarent-ils, avec une fierté douloureuse
et lamentable. La qualité de bête de somme semble, à leurs yeux, rapprocher
de l’idéal humain. Il ne faudrait pas aller leur dire que le travail
n’ennoblit pas et ne libère point ; que l’être qui s’étiquette Travailleur
restreint, par ce fait même, ses facultés et ses aspirations d’homme ;
que, pour punir les voleurs et autres malfaiteurs et les forcer à rentrer
en eux-mêmes, on les condamne au travail, on fait d’eux des ouvriers.
Ils refuseraient de vous croire. Il y a, surtout, une conviction qui leur
est chère, c’est que le travail, tel qu’il existe, est absolument nécessaire.
On n’imagine pas une pareille sottise. La plus grande partie du labeur
actuel est complètement inutile. Par suite
de l’absence totale de solidarité dans les relations humaines, par suite
de l’application générale de la doctrine imbécile qui prétend que la concurrence
est féconde, les nouveaux moyens d’action que des découvertes quotidiennes
placent au service de l’humanité sont dédaignés, oubliés. La concurrence
est stérile, restreint l’esprit d’initiative au lieu de le développer.
Georges
DARIEN : La Belle France
Les hommes travaillent généralement trop pour pouvoir encore rester
eux-mêmes. Le travail : une malédiction que l’homme a transformée en volupté.
Œuvrer de toutes ses forces pour le seul amour du travail, tirer de la joie
d’un effort qui ne mène qu’à des accomplissements sans valeur, estimer qu’on
ne peut se réaliser autrement que par le labeur incessant — voilà une chose
révoltante et incompréhensible. Le travail permanent et soutenu abrutit,
banalise et rend impersonnel. Le centre d’intérêt de l’individu se déplace
de son milieu subjectif vers une fade objectivité ; l’homme se désintéresse
alors de son propre destin, de son évolution intérieure, pour s’attacher
à n’importe quoi : l’œuvre véritable, qui devrait être une activité de permanente
transfiguration, est devenue un moyen d’extériorisation qui lui fait quitter
l’intime de son être. Il est significatif que le travail en soit venu
à désigner une activité purement extérieure : aussi l’homme ne s’y réalise-t-il
pas — il réalise. »
Emil CIORAN : Sur les cimes du désespoir
VISION PATRONALE DU TRAVAIL :
Nous sommes en16 à 14 heures dans certaines entreprises
1848, à
la suite d’une longue lutte, la journée de travail vient de passer de
heures
lyonnaises. Pour le patronat c’est la catastrophe, ainsi qu’ils le disent
dans une lettre adressée au préfet :
« Nous attirons
votre attention sur les graves conséquences qu’auraient à subir nos industries
si la loi venait à être appliquée. Vous le savez la main d’œuvre, ici, est
exigeante et hors de prix. Avec seize heures nous tenions à peine. Quatorze
heures précipiteraient les faillites (déjà le coût du travail insupportable).
Nous attirons d’autre part, votre attention sur le fait que libérée
plus tôt de sont labeur la main d’oeuvre n’y gagnerait pas en sommeil et en
repos. Elle s’empresserait de rejoindre le café ou le débit de boisson et
il y aurait fort à craindre pour les jeunes filles qui libres et désoeuvrées
trop tôt le soir, risqueraient de se livrer à des actes que la morale réprouve. »
(Toujours la même sollicitude
patronale pour le sort des travailleurs)
En 1919 même rengaine avec la loi des
huit heures définitivement adoptée. Voila ce qu’écrit un patron de l’électrochimie
lyonnaise à propos de cette loi :
« On en veut,
décidément à ceux qui font la richesse du pays. Les patrons ne cessent d’être
pénalisés alors qu’ils sont la principale force de notre essor économique.
Il est sûr que notre industrie ne supportera pas ce nouveau coup… (encore
l’insupportable coût du travail) Et que feront désormais nos ouvriers de tout ce temps vacant ?
Débauche désoeuvrement fainéantise fréquentation plus assidue des femmes de
mauvaise vie ?
(Toujours cette obsession du bien
être de la moralité des travailleurs) Décidément la morale n’est plus du coté du gouvernement. Faudra-t-il
bientôt que nous transportions nos usine dans les colonies là où la main d’oeuvre
est plus travailleuse. » (et voila l’histoire des délocalisation qui pointe son nez).
En 1938, quand DALADIER, par décrets-
loi, supprime les quarante heures obtenues en 1936 l’argument retenu vaut
la citation :
« Cette loi
de paresse et de trahison nationale est la cause de tout les maux de notre
économie. Elle a précipité la chute de la France. On ne peut avoir à la fois
une classe ouvrière avec une semaine de deux dimanches et un patron qui s’étrangle
à faire vivre le pays. »
Voici encore ce qu’Henri
SCHEINDER déclare en 1896 au journaliste Jules HURET (dans HISTOIRE
DE LA FRANCE de G. DUBY Ed LAROUSSE BORDAS 1997)
:
« QUESTION
: – Et la journée de huit heures ?
RÉPONSE :
- Je veux bien.… Seulement
les salaires baisseront ou le prix des produits augmentera, c’est tout comme.
Au fond la journée de huit heures c’est encore un dada du boulangisme. Dans
cinq ou six ans on n’y pensera plus on aura inventé autre chose. Pour moi
la vérité, c’est qu’un ouvrier bien portant peut très bien faire ses dix heures
par jour, et qu’on doit le laisser libre de travailler d’avantage si ça lui
fait plaisir. » (« Travailler
plus pour gagner plus », déjà cette vieille escroquerie de sophiste.)
Que voilà un sujet immense et nécessitant sans doute pas mal de définitions préalables partagées pour épargner les malentendus !
Nous avions été assez nombreux à réagir en son temps à un sujet voisin sur la notion de « temps libre » sur le blog de Jacques Attali .
Sur le « travail », je me reconnais dans l’utopie qu’il esquisse dans « la voie humaine ».
« Voici donc l’utopie : faire en sorte que chacun ait accès au bon temps, à un temps vraiment plein, à la vie devant soi. Que chacun puisse à tout moment faire un usage maximal des potentialités de sa vie. Nul ne pourra jamais escompter jouir d’une liberté absolue d’usage de son temps ; mais chacun peut avoir la possibilité de choisir, d’épanouir ses talents, même ceux qu’il ne se connaît pas ; chacun peut avoir devant soi la vie, la sienne propre, et non un écran où est projeté le spectacle de celle des autres, du malheur des humbles et de la félicité des étoiles. »
Puis-je dire que mes semaines de travail les plus lourdes sont souvent celles qui m’ont laissé le meilleur souvenir et sentiment d’être utile, et que, pourtant, j’ai (et toujours eu) une capacité à trouver une jouissance certaine à ne rien faire !
En Provence, le soleil se lève deux fois : le matin et après la sieste.
Excellent proverbe provençal, merci Juan :o)
Plus sérieusement, pour répondre à votre dernière question, je dirais comme Alain :
Le propre du travail, c’est d’être forcé.
Nous ne parlons probablement pas du même « travail ».
C’est sans doute sur la définition du mot TRAVAIL que tous les malentendus (et toutes les escroqueries) peuvent trouver leur source, non ? Est-ce que le Président de la République travaille ? Bien sûr que non. Est-ce que je travaille quand mes étudiants m’écoutent et me sourient du plaisir de progresser ? Bien sûr que non. Ces activités valorisantes donnent du sens à notre vie. Cela n’a rien à voir avec le travail, je trouve.
Il n’y a donc pas de malentendu entre nous (d’où l’importance des définitions préalables) !
Pour s’activer les neurones sur le mot travail, je vous recommande le dictionnaire d’Alain REY qui y consacre plus de quatre pages avec pas mal de grands référents.
J’ai aussi, pour mes petits enfants quand ils seront en âge de me poser cette question, une définition toute prête :
le temps utile (le « bon » travail), c’est la rencontre réussie entre l’attente de l’environnement, une disponibilité personnelle, des inclinations et talents innés ou acquis personnels.
Mais peut-être ne me poseront-ils pas la question, ou que j’aurai changé d’avis d’ici-là : grand-père, c’est un travail à plein temps épuisant !
« Il n’y a plus de travail »
par Gilles Louïse, sur Agoravox :
http://www.agoravox.fr/…article=15970
Bonjour,
Excellente initiative de mettre en débats ces idées de Jacques Duboin sur l’économie distributive qui ont tant été combattues car elles inquiétaient les « propriétaires » de la classe ouvrière.
J’ai moi-même été militant actif des GSED (Groupes de Salariés pour l’Economie Distributive) dans le milieu ouvrier de Saint-Nazaire. Cette branche ouvrière du MFA de Jacques Duboin était animée par Joseph Pastor, théoricien de l’économie et du politique. Toutes ces idées méconnues ont été farouchement combattues par le PCF et la CGT.… lire à ce sujet « Godeau, Hommage à une conscience » qui relate le parcours atypique d’un ex communiste, ex leader de la CGT, exclut et calomnié toute sa vie. Il animait les GSED aux chantiers navals de Saint-Nazaire.
Un oubli, lire de Joseph Pastor :
« Le Capitalisme n’est pas compliqué » en 4 petites brochures.
• « Partis ou Syndicats ? »
• « En retard d’une Révolution » adressé à l’extrême gauche
• La série de « L’inter Syndicaliste »
• « La Grève de la Gratuité et de la perception »
• « L’inflation »
et encore bien d’autres petits ouvrages de cet homme extraordinaire.
J’ai tous les livres de Jacques Duboin et Joseph Pastor.
[email protected]
Merci Gilles, je vais chercher ça :o)
Est-ce que vous avez des liens vers des textes libres de droits, téléchargeables ?
Étienne.
Chers amis,
Comme je le fais avec tous mes livres, j’ai scanné mon exemplaire (qui date de 1932) de LA GRANDE RELÈVE, je l’ai traité avec un logiciel d’OCR (reconnaissance de caractères), je l’ai corrigé comme j’ai pu (il doit rester des coquilles ; tout ça prend un temps fou) et je le publie ici, puisqu’il est absolument introuvable aujourd’hui. Il me semble qu’il ne faut pas que ces précieuses pensées de Jacques Duboin sombrent dans l’oubli.
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Jacques_Duboin_La_grande_releve_1932.pdf
J’espère que Marie-Louise (Duboin) sera contente que le livre de son père ressorte ainsi du fond des mers, comme un trésor qui avait disparu depuis longtemps 🙂
Amicalement.
Étienne.
PAUL ARIÈS : SOMMES-NOUS FAITS POUR TRAVAILLER ?
Bonjour,
Je viens de passer une nouvelle dizaine d’heures à finaliser le texte intégral de LA GRANDE RELÈVE, de Jacques Duboin.
Désormais, il n’y a plus de sauts de pages intempestifs au milieu du texte, ce qui facilitera les copier-coller de fragments remarquables, j’ai corrigé de nombreuses coquilles, et j’ai mis des liens hypertexte dans la table des matières pour faciliter les accès directs à un chapitre ou à un autre. J’ai aussi placé des titres courants qui rappellent l’intitulé du chapitre en cours.
Je recommande à votre attention les chapitres suivants (mais tous les chapitres de ce livre sont importants, en fait) :
• L’abondance tue le profit et provoque la thésaurisation
• Si l’abondance ne réussissait pas à tuer le profit, la fiscalité s’en chargerait
• Alors on détruit l’abondance pour ressusciter le profit
• La grande relève
Le texte intégral de LA GRANDE RELÈVE est donc disponible à cette adresse :
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Jacques_Duboin_La_grande_releve_1932.pdf
Je vous invite à REPRODUIRE ICI (par copier-coller) LES PASSAGES FORMIDABLES À NE PAS RATER, SELON VOUS, pour faciliter la vie à tous ceux qui n’ont pas le temps de lire un livre entier.
Bonne lecture.
Étienne.
Merci Monsieur pour ce livre, j’aurais mieux fait de bien fouiller le site avant de vous envoyer mes réflexions sur ce sujet !
Pour vous réconforter après ce « travail » :
http://www.youtube.com/watch?v=tVKTcWp_W9k
— Mais que faire ? demanda le négociant parisien.
— J’allais vous le demander, répondit Hermodan.
— Quoi ! Vous n’avez pas de solution, s’exclama le négociant parisien. Vous vous contentez de décrire le mal dont nous souffrons et vous n’apportez aucun remède ? Quelle utilité d’annoncer une catastrophe sans indiquer le moyen de l’éviter ?
— Mon bon ami, dit Hermodan, il y a de longues années que l’on connaît la tuberculose et ses diverses manifestations, le cancer et ses suites fâcheuses. Je n’ai jamais entendu reprocher au corps médical son impuissance à guérir toutes les maladies. On ne mourrait plus…
— De mieux en mieux, observa l’industriel, vous annoncez froidement la fin du capitalisme.
— Je me borne à constater, dit Hermodan, que la production, au lieu d’être basée sur l’ensemble des besoins des hommes, ne trouve au contraire des débouchés que dans la proportion des besoins solvables, ce qui provoque, d’une part, des stocks inutiles, d’autre part, la misère. Je constate que le progrès technique, au lieu de profiter à l’humanité tout entière, ne profite guère qu’aux privilégiés de la fortune et aux privilégiés du travail. Je constate, encore, que le machinisme tue d’abord l’artisanat et réduit l’artisan au rôle d’ouvrier d’usine ; qu’il l’oblige à quitter son pays pour venir s’agglutiner aux centres industriels devenus d’énormes aspirateurs de main-d’œuvre ; qu’il l’abandonne ensuite àla détresse autour d’immenses stocks que le travail a permis d’accumuler. Je constate qu’il y a trente millions de chômeurs dans le monde et je redoute, avec logique, que leur nombre n’aille croissant, même si quelques petites reprises partielles font naitre d’illusoires espoirs. Je constate…
— Vous constatez, interrompit vivement le propriétaire terrien, que le capitalisme n’a plus qu’à déposer son bilan. Si je ne vois pas quel en serait le liquidateur, vous ne voyez, vous, aucun remède, aucune possibilité d’arrêter son effondrement sous le poids de la machine. De sorte qu’on pourrait comparer le capitalisme à quelque obus conscient, car il sait quel désastre il va provoquer à son point de chute, mais incapable de dévier de sa trajectoire !
— Vous avez été artilleur ? questionna Hermodan.
— Ou alors le capitalisme, continua le propriétaire terrien de plus en plus ému, serait comme un beau fruit arrivé à maturité. Un affreux ver, le progrès technique, le rongerait intérieurement. Il va se détacher, tomber, pourrir.
— Vous êtes un horticulteur averti, répartit Hermodan.
— Décidément, je me refuse à vous suivre, reprit le propriétaire terrien, pour la raison bien simple, je le répète, que je ne vois pas le liquidateur. Le régime disparaît ; quel en serait le bénéficiaire ? Par quoi le remplacerait-on ? Toute une civilisation ne s’écroule pas, comme cela, un beau matin.
— Bien des civilisations cependant, dit Hermodan, n’ont pas disparu autrement, et ceux qui vécurent leurs dernières heures ne se doutaient certainement pas que c’était la fin. La Chine, l’Assyrie, la Perse, la Chaldée, la Judée, les Indes, l’Égypte, la Grèce, Rome…
— Rome ? dit le Militant.
— Oui Rome, continua Hermodan. Après Théodose, l’empire romain s’est effondré sans que personne ne conteste l’étiage élevé où il avait permis à l’intelligence de parvenir, mais simplement parce qu’il avait vécu et qu’il ne pouvait plus vivre.
Extraordinaire !
Merci Étienne pour ce livre, que je me suis empressé de télécharger.
Je note en aparté que les réflexions de cet auteur vont complètement dans le sens de celle de Fresco (Projet Venus). Plus les progrès scientifiques et techniques modifient notre façon de produire des biens, plus cela « mange » du temps de travail. Et c’est logique : si, dans les temps passé (avant la révolution industrielle), la valeur-travail était déterminante, ce qui nécessitait, pour une nation ou un empire, d’avoir beaucoup de mains d’œuvre disponible et à faible coût (= esclavage), de nos jours, les « esclaves » humains sont amenés à disparaître progressivement, car les machines, partout, sont moins chère et plus efficaces …
Ce qui, pour le syndicaliste de base et l’ouvrier ayant une famille à nourrir, semble une plaie (puisque cela lui enlève son gagne-pain), est en réalité une formidable opportunité pour améliorer le sort des peuples. A condition, évidemment, de revoir à la racine (= radicalement) nos valeurs et nos structures sociales.
Demain, les « esclaves » seront des machines, qui permettront de réduire si considérablement le temps de travail nécessaire pour faire fonctionner la société, et surtout le temps de travail pénible, que ce temps dégagé pourra servir, notamment, à élever le degré de connaissances de l’ensemble des peuples, dégager du temps pour les associations culturelles, l’éducation, la philosophie, la science, la spiritualité, l’entraide, etc. Au lieu de se spécialiser dans un domaine, il sera possible (à ceux qui le souhaitent) d’acquérir des connaissances poussées dans de multiples domaines. Consécutivement, dégagés des contraintes du travail « gagne-pain », les citoyens auront tout loisir de participer au fonctionnement de la cité (= politique) et ainsi participer activement à la démocratie véritable.
Un superbe grand merci Étienne pour ce fantastique travail ; une vraie découverte pour moi, cet ouvrage que je viens de télécharger et qui est à présent, non seulement sauvegardé pour les générations futures, mais aussi sur mon iPod pour de grands plaisirs de lecture du soir avant de dormir 🙂
JACQUES DUBOIN
KOU L’AHURI
ou la MISÈRE dans L’ABONDANCE !
http://economiedistributive.free.fr/IMG/pdf/Kou_l_ahuri.pdf
Merci Kild.
Je trouve ce texte formidable aussi. 🙂
Étienne.
Merci pour ce travail !
Dommage d’utiliser un format propriétaire (pdf) pour « libérer » l’oeuvre de quelqu’un.
J’espère que vous le pourrez aussi le diffuser au format ePUB qui est ouvert et bien meilleur pour les liseuses électroniques.
Vous avez raison, clm. Je viens de préparer et mettre en ligne (en tête là-haut) deux autres formats : RTF et EPUB :
• Au format RTF : http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Jacques_Duboin_La_grande_releve_1932.rtf
• Au format EPub : http://etienne.chouard.free.fr/Europe/La_grande_releve_des_Hommes_par_la_Machine-Jacques_Duboin_1932.epub
Désolé de ne pas penser à tout d’emblée, je suis complètement débordé… 🙂
Étienne.
Consécutivement, dégagés des contraintes du travail « gagne-pain », les citoyens auront tout loisir de participer au fonctionnement de la cité (= politique) et ainsi participer activement à la démocratie véritable.
Eh ben ce sera un joli bordel ! Déjà qu’aujourd’hui, tout le monde la ramène sur tout et se pense détenteur de la vérité.…
Foutaises
@ lucas
« Foutaises », dites-vous, dans un jugement péremptoire, fondé sur un a priori négatif et sans la moindre analyse ni prise de recul ?
Bigre, j’énoncerais donc des foutaises ?
Connaissez-vous le principe du logiciel libre, où ce que l’on appelle encore « open source » ?
« Le concept du Libre a essaimé vers d’autres domaines d’activité. Citons l’Art Libre, l’électronique libre (projet Gaisler, projet F‑CPU, etc), la culture libre (Wikipedia), etc. »
« Certaines auteurs utilisent le terme Open Innovation pour désigner l’application des principes de l’Open Source à d’autres domaines que le logiciel. »
Comment cela fonctionne ? Des contributeurs volontaires s’organisent, sans hiérarchie (sans chef), se mettent d’accord sur une procédure (ensemble) et travaillent – gratuitement – afin de développer un logiciel (ex. Linux), une encyclopédie (ex. Wikipédia), ou n’importe quel autre projet.
Pas de chef, pas de hiérarchie, pas de règlement. A la place, une procédure adoptée de commun accord entre contributeurs et un projet. La motivation de ces contributeurs ? Fournir – gratuitement – le meilleur service, le meilleur logiciel, les meilleures informations / connaissances, le mieux qu’ils peuvent donner.
Foutredieu ! Ils ne sont même pas motivé par l’argent ? Brrrrr, ça fait froid dans le dos, hein ?
Et le pire ? Ça marche ! Et même très bien.
« De tout temps – a écrit A. Einstein – les grands esprits ont affronté l’opposition féroce des esprits médiocres. »
De même, il disait aussi « Condamner sans chercher, c’est le summum de l’ignorance. »
Et aussi « Il est plus facile de désagréger le noyau d’un atome qu’un préjugé humain. »
Je souhaite que, plutôt qu’une intervention médiocre, lapidaire, fondée sur des préjugés et une ignorance entretenue, vous contribuiez de manière plus constructive au débat. A moins que vous ne préfériez vous complaire dans l’ignorance, les idées préconçues et les jugements péremptoires ? Je suis sûr qu’il n’en est rien.
Cordialement,
Morpheus
Excellent livre. Je recherche Le principe du gouvernement représentatif de Bernard Manin, bien qu’ouvrage de référence il est impossible à trouver. Serait il possible d’en avoir une version numérique comme pour La Grande Relève ? Merci.
À consulter également sans modération :
le site et les ouvrages de PROSPER
sur le DISTRIBUTISME
par Jean Paul Lambert (notamment 1 consacré à J. Duboin)
http://www.prosperdis.org/n_spm.php
Cher Etienne,
félicitations pour votre travail.
Je vous conseille de lire un ouvrage passionnant sur ce sujet :
http://www.thelightsinthetunnel.com/LIGHTSTUNNEL.PDF.
Ce monsieur a aussi un blog : http://econfuture.wordpress.com.
Voilà aussi quelques liens qui peut-être vous intéresserons si vous ne les connaissez pas :
• http://jeanzin.fr/, ou alors
• http://fr.wikipedia.org/wiki/Andr%C3%A9_Gorz et encore
• http://www.alaindebenoist.com/pdf/l_ideologie_du_travail.pdf
Cordialement,
Oscar.