Frelons oisifs (Thomas More)

3/09/2006 | 4 commentaires

S’a­git-il, au contraire, d’a­che­ter un plai­sir ? Ils sont pro­digues jus­qu’à la folie et la men­di­ci­té. » (p. 13)

Les nobles d’hier ont-ils vrai­ment dis­pa­ru ou bien ont-ils seule­ment tro­qué leur par­ti­cule pour quelques titres ?

Cette courte évo­ca­tion vous ferait-elle pen­ser à quelques modernes parasites ??

Vous êtes bien néga­tifs, je trouve.

Vous aime­rez lire ce que dit Fran­çois de Clo­sets de nos « fre­lons oisifs » à nous, qui savent mani­fes­te­ment tou­jours très bien « raser leurs fer­miers jus­qu’au vif » (ils doivent se trans­mettre la tech­nique de père en fils) :

(Extrait publié dans Marianne n°475, signa­lé sur ma page ‘Liens’ et repris ici pour nous per­mettre d’en cau­ser :o)

« C’est ça, le nou­veau capi­ta­lisme »
« Exit » l’en­tre­prise à « visage humain ».
Place aux fonds d’in­ves­tis­se­ment et cap sur la finan­cia­ri­sa­tion à outrance et le pro­fit à courte vue.
Tant pis pour les travailleurs !

« À la fin des années 60, l’é­co­no­miste John Ken­neth Gal­braith avait créé un véri­table choc en démon­trant que les action­naires des entre­prises avaient été dépouillés de leur pou­voir. Les pro­prié­taires étaient trai­tés comme des créan­ciers et les ges­tion­naires se pre­naient pour les patrons !

Dans la pyra­mide du pou­voir capi­ta­liste, les mana­gers sala­riés occu­paient le som­met, le per­son­nel le milieu et les action­naires la base, sans entre­te­nir de liens directs avec l’en­tre­prise.

Michel Albert a bap­ti­sé « capi­ta­lisme rhé­nan » ce type d’é­co­no­mie, qui pros­pé­rait en Alle­magne et dans d’autres pays euro­péens. Mais il faut désor­mais en par­ler au pas­sé. C’est désor­mais le modèle néoa­mé­ri­cain qui s’est par­tout impo­sé.

Le capi­tal ato­mi­sé se regroupe en effet tout au long des années 70–80. Il consti­tue d’é­normes fonds d’in­ves­tis­se­ment, fonds de pen­sion, fonds spé­cu­la­tifs, qui ras­semblent une puis­sance finan­cière colos­sale. Un seul d’entre eux, le fonds Cal­pers, qui gère les retraites de fonc­tion­naires cali­for­niens, pèse 150 mil­liards de dol­lars. Aujourd’­hui, ces fonds d’in­ves­tis­se­ment dis­posent de 10 000 mil­liards de dol­lars. Une puis­sance finan­cière qui dépasse celle des Etats, d’au­tant qu’elle jouit d’une totale liber­té de manoeuvre.

Les ges­tion­naires de ces fonds s’in­vitent au capi­tal des grandes entre­prises et les mana­gers découvrent des action­naires bien dif­fé­rents de ces petits por­teurs si dis­crets, de ces com­pa­gnies d’as­su­rances si fidèles, des « zin­zins » si accom­mo­dants. Les nou­veaux venus sont des finan­ciers pug­naces à la recherche d’un pro­fit maxi­mal, qui arrivent en posi­tion de force et qui entendent peser sur la ges­tion. Ils imposent pro­gres­si­ve­ment une gou­ver­nance fon­dée sur une nou­velle hié­rar­chie du pou­voir. Au som­met, les action­naires pro­prié­taires, en second rang, le mana­ge­ment à sa botte et, relé­gué à la base, le per­son­nel. La bonne gou­ver­nance consiste à faire pas­ser le pro­fit avant toute autre consi­dé­ra­tion.

À ce capi­tal restruc­tu­ré, le néo­li­bé­ra­lisme donne une impul­sion irré­sis­tible. Déré­gu­la­tion, dés­in­ter­mé­dia­ti­sa­tion, déré­gle­men­ta­tion, libre-échange, le rea­ga­nisme et le that­ché­risme abattent toutes les règles, toutes les fron­tières, toutes les limites et donnent nais­sance au grand mar­ché pla­né­taire.

Les mil­liards fran­chissent les océans à la vitesse de la lumière. Les dif­fé­rences de coûts sala­riaux ou de charges fis­cales créent une véri­table météo­ro­lo­gie mon­diale, avec des cou­rants irré­sis­tibles qui emportent les richesses des zones de haute pres­sion vers les zones de basse pres­sion. Rien ni per­sonne ne peut les rete­nir, le chan­tage à la délo­ca­li­sa­tion est per­ma­nent. La concur­rence, géné­ra­li­sée.

Dans la ges­tion finan­cière, la spé­cu­la­tion prend le pas sur l’in­ves­tis­se­ment. Les fonds spé­cu­la­tifs doivent assu­rer la plus forte ren­ta­bi­li­té, tout comme les grandes sur­faces doivent vendre le moins cher pos­sible. Car les pos­sé­dants, grands ou petits, font jouer la concur­rence en vrais consom­ma­teurs. Ici on joue les prix bas et là les pro­fits éle­vés. Seuls quelques inves­tis­seurs au long cours assurent encore la sta­bi­li­té aux entre­prises, mais les plus dyna­miques, les plus inci­sifs imposent une insé­cu­ri­té totale, une infi­dé­li­té de prin­cipe.

Aus­si uni­ver­selle que le foot, la nou­velle reli­gion impose par­tout le culte du pro­fit et la domi­na­tion de la finance. L’ordre nou­veau dis­pose de sa plus fidèle alliée, l’in­sé­cu­ri­té. Du patron qui craint pour son entre­prise au sala­rié qui risque de perdre son job, cha­cun en res­sent la morsure.

Le finan­cier n’a pas sup­plan­té le sala­rié en rai­son d’une uti­li­té supé­rieure : voi­là bien le para­doxe. Les nou­veaux maîtres n’ap­portent ni conseils ni fidé­li­té ni sécu­ri­té, rien que des contraintes sup­plé­men­taires qui rendent la vie des entre­prises plus dif­fi­cile et leur ave­nir moins assu­ré. Le prin­cipe est tou­jours le même, mieux vaut se faire craindre que se faire aimer. La plus grande menace impose sa loi, qu’il s’a­gisse de celle que font valoir les cor­po­ra­tions face à la col­lec­ti­vi­té ou de celle que fait peser la finance face à l’en­tre­prise.
.

La force de ce capi­tal errant, c’est de n’être pas lié à la socié­té dans laquelle il s’in­ves­tit. Contrai­re­ment au per­son­nel et au mana­ge­ment, il peut à tout moment reprendre ses plaques et aller jouer sur d’autres tables. Les mana­gers n’ont guère le choix : si le cours de Bourse baisse, ils se font virer et, s’il monte, leurs stock-options se trans­forment en tickets gagnants. Ils se mettent donc aux ordres des grands action­naires inter­na­tio­naux, anti­cipent leurs juge­ments, tremblent devant leurs menaces et vont les cour­ti­ser plu­sieurs fois par an.

Les sala­riés, au contraire, dépendent entiè­re­ment de leur entre­prise. La grève ne pèse pas lourd face aux sanc­tions du mar­ché, et le chan­tage à la démis­sion n’est d’au­cun poids face au chan­tage à la délo­ca­li­sa­tion.
.

Le capi­tal finan­cier a pris le pou­voir afin d’im­po­ser les lois du pro­fit. Pre­miè­re­ment : l’en­tre­prise a pour seule voca­tion d’en­ri­chir ses pro­prié­taires, ce qu’on appelle pudi­que­ment « créer de la valeur pour l’ac­tion­naire ». Elle n’a pas à se sou­cier de consi­dé­ra­tions locales, éco­lo­giques ou sociales, elle doit pri­vi­lé­gier la rému­né­ra­tion du capi­tal et non pas celle du tra­vail. Deuxiè­me­ment : l’ob­jec­tif n’est pas de faire des béné­fices mais de les aug­men­ter, pas de main­te­nir le cours de Bourse mais de le faire grim­per. Dans les plus belles années de la bulle Inter­net, les finan­ciers don­naient de la cra­vache sur les direc­tions pour obte­nir un retour sur inves­tis­se­ment de 15%. Jamais moins, pour­quoi pas plus ?

Troi­sième point : cette ren­ta­bi­li­té s’ap­pré­cie aujourd’­hui et main­te­nant, pas dans le futur. La finance ne veut prendre aucun risque, elle éva­lue sur six mois, pas davan­tage. La ges­tion doit se pen­ser dans cet hori­zon extra­or­di­nai­re­ment limi­té, un hori­zon qui finit par l’as­phyxier. Pour le finan­cier, seul compte le ren­de­ment à court terme. Peu importe que cette cupi­di­té se révèle des­truc­trice par la suite. L’ac­tion­naire ne sera plus là lorsque le sur­pâ­tu­rage aura sté­ri­li­sé la prairie. (…) »

Lire la suite de cet extrait du livre de Fran­çois de Clo­sets, « Plus encore ! » dans l’ex­cellent Marianne n°475.

Je vous invite à com­plé­ter ce billet avec d’autres textes que vous connaî­triez sur l’u­ti­li­té ou l’i­nu­ti­li­té des action­naires dans nos sociétés.

Le fait de rendre pro­gres­si­ve­ment les sala­riés eux-mêmes (très mar­gi­na­le­ment) action­naires de leur entre­prise est par­ti­cu­liè­re­ment habile, n’est-ce pas ? Com­bien de lut­teurs ain­si démo­bi­li­sés à bon compte ?

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Étienne

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4 Commentaires

  1. NingunOtro

    Étienne, ça fait quelques semaines que je visite votre site, tant le blog comme la wiki et les autres pages web, et j’ai quelques ques­tions à poser et de sug­ges­tions à faire pour les­quelles je ne trouve pas l’en­droit appro­prié. Je vous prie donc de m’ex­cu­ser si celui-ci ne l’est pas, et appelle à votre bien­veillance pour relo­ca­li­ser ma contri­bu­tion là où ça vous sem­ble­ra le plus opportun.

    En pre­mier lieu, je crois qu’on a besoin d’a­na­ly­ser pour­quoi le TCE fût pré­pa­ré de la façon qu’on a tous connue, contient ce qu’il contient, et pré­voyait un sys­tème de rati­fi­ca­tion si peu démo­cra­tique qui a échoué seule­ment parce qu’ils ne furent pas capables d’é­vi­ter le besoin de le sou­mettre à des réfé­ren­dums popu­laires dans les pays où cette figure était incon­tour­nable pour assu­rer la ratification.

    Pour com­prendre la situa­tion, il faut d’a­bord ana­ly­ser l’é­vo­lu­tion his­to­rique de l’hu­ma­ni­té. Je ne vais pas répé­ter l’his­toire offi­cielle sur l’é­vo­lu­tion géo­po­li­tique des nations et la confron­ta­tion idéo­lo­gique entre la droite et la gauche qui est bien trop sou­vent uti­li­sée comme excuse. Celle-ci ne donne guère de points d’ap­pui solides pour com­prendre les rai­sons d’une telle évo­lu­tion. Au lieu de cela, il fau­drait plu­tôt ana­ly­ser l’é­vo­lu­tion en fonc­tion de l’ap­pli­ca­tion des stra­té­gies de sur­vie exis­tant à chaque moment et des effets cumu­la­tifs de cette appli­ca­tion et les résul­tats obte­nus sur la situa­tion finale qui sert ensuite de base à encore plus de déci­sions stra­té­giques ten­dant à assu­rer la survie.

    Basi­que­ment, j’i­den­ti­fie deux stra­té­gies de sur­vie anta­go­niques et qua­si­ment mutuel­le­ment excluantes :

    1.) La col­la­bo­ra­tion : plu­sieurs indi­vi­dus mettent leurs res­sources et savoirs en com­mun pour faire face aux pro­blèmes ensemble, en béné­fi­ciant tous des résultats.

    2.) La com­pé­ti­tion : chaque indi­vi­du emploie ses propres res­sources et savoirs pour faire face à tous les périls en soli­taire, en ne béné­fi­ciant qu’à lui-même.

    His­to­ri­que­ment, il y a des étapes dif­fé­ren­ciées : cha­cune des stra­té­gies a de l’es­pace pour se déve­lop­per sans devoir tenir compte de l’autre, en pas­sant par un moment où ceux qui pra­tiquent la com­pé­ti­tion s’ap­pro­prient des res­sources de ceux qui pra­tiquent la col­la­bo­ra­tion, et finis­sant dans une étape où ceux qui pra­tiquent la com­pé­ti­tion se battent entre eux.

    Le pro­blème qui se pose de nos jours, c’est que la stra­té­gie de sur­vie par la com­pé­ti­tion ne s’ar­rête pas là où l’in­di­vi­du pos­sède assez de res­sources pour sur­vivre aisé­ment, mais que celui-ci se voit per­pé­tuel­le­ment mena­cé par qui­conque aurait assez de res­sources pour avoir la pos­si­bi­li­té de se battre avec lui et lui enle­ver ce qu’il a labo­rieu­se­ment réuni.

    De cette façon, tous ceux qui ont opté pour une stra­té­gie de com­pé­ti­tion se voient inexo­ra­ble­ment condam­nés à une bataille sans fin pour conser­ver les res­sources accu­mu­lées et en ajou­ter encore plus, car la seule façon d’as­su­rer sa sur­vie consiste à avoir plus de res­sources, pour se défendre, que n’im­porte quel autre, pour l’attaquer.

    Je réca­pi­tule : leur pro­blème n’est pas concret [abso­lu] —avoir assez de res­sources—, mais rela­tif —avoir plus de res­sources que n’im­porte quel autre—, et il n’y a donc pas de limite ni fin aux quan­ti­tés de res­sources qu’ils réclament pour soi.

    De nos jours, ceux qui uti­lisent la stra­té­gie de la com­pé­ti­tion forment des asso­cia­tions libres dans le but d’in­cré­men­ter l’ef­fi­ca­ci­té avec laquelle ils s’at­tri­buent les res­sources au détri­ment d’autrui.

    Le néo-libé­ra­lisme est une doc­trine éco­no­mique par­ti­cu­liè­re­ment effi­cace pour jus­ti­fier une accu­mu­la­tion sans fin des res­sources en pour­sui­vant la sur­vie par la voie de la force brute. En consé­quence, dès le moment où l’un des par­ti­ci­pants dans la course pour la sur­vie l’u­ti­lise, les autres n’ont guère le choix et doivent suivre s’ils ne veulent pas aban­don­ner la compétition.

    La logique est impec­cable et connue depuis quelque temps, et alors le pro­blème qui se pose est de déci­der si l’on prend le risque de ne pas l’u­ti­li­ser, en sachant qu’on n’a pas le pou­voir pour impo­ser à autrui de ne pas l’u­ti­li­ser non plus, et que, si les autres ne s’en privent pas, on aura per­du l’avantage.

    Alors, le pro­blème en termes de sur­vie, c’est que les amé­ri­cains ne se privent pas d’u­ti­li­ser la stra­té­gie néo-libé­rale parce qu’ils ne prennent pas le risque d’être dépas­sés par la com­pé­ti­tion, et que donc, pour res­ter com­pé­ti­tifs, les autres n’ont pas d’autre alter­na­tive que suivre le jeu.

    Tant les chi­nois que les russes, et tous les autres, sont en train de se conver­tir en éco­no­mies néo-libé­rales, ain­si que l’Europe.

    La dif­fé­rence, c’est que, aux États-Unis, les lob­bies éco­no­miques ont tota­le­ment enva­hi la struc­ture poli­tique et en font à leur gré, pen­dant qu’en l’Eu­rope, la poli­tique est encore gran­de­ment influen­cée par le vote des masses sociales qui ont tou­jours un com­por­te­ment idéa­liste plu­tôt que prag­ma­tique.

    Pour cette rai­son, les élites euro­péennes, prag­ma­tiques elles, eurent besoin de rédi­ger ce Trai­té pour une Consti­tu­tion Euro­péenne entre eux, afin de mas­quer leur besoin d’a­dop­ter les règles néo-libé­rales tant que pos­sible dans un texte qu’ils pen­saient pou­voir faire pas­ser sans être trop contes­tés s’ils appe­laient à des sen­ti­ments simples d’u­ni­té et jouaient avec la psy­cho­lo­gie des gens en uti­li­sant des cam­pagnes publi­ci­taires bien dignes de Goebbels.

    Les Euro­péens ne se sont pas lais­sés convaincre, et c’est bien pour eux, mais quelle est la situa­tion résul­tante, et où allons-nous à par­tir d’ici ?

    Je suis, moi aus­si, favo­rable à une nou­velle Consti­tu­tion Euro­péenne qui tienne compte des dési­rs de l’im­mense majo­ri­té des citoyens, qui sont plu­tôt contre la com­pé­ti­ti­vi­té extrême et l’in­so­li­da­ri­té des peuples, mais je crois que l’a­dop­tion d’une Consti­tu­tion Citoyenne doit être un pro­ces­sus à échelle mon­diale qui éli­mine les désa­van­tages qu’en­traî­ne­rait l’a­dop­tion de celle-ci pour quelques-uns tan­dis que d’autres res­tent libres d’en faire à leur gré en pour­sui­vant un agen­da néo-libé­ral.

    Com­ment faire ?

    Je crois qu’on a sur­tout besoin d’ex­pli­quer aux gens la dif­fé­rence entre ceux qui pré­fèrent la stra­té­gie de col­la­bo­ra­tion et ceux qui pré­fèrent celle de la com­pé­ti­tion, en leur mon­trant bien clai­re­ment, avec des paroles simples, quel est le résul­tat inévi­table de la stra­té­gie com­pé­ti­tive. Ceux qui pré­fèrent cette stra­té­gie sont une mino­ri­té, même si c’est une mino­ri­té très puis­sante, mais ils tirent leur puis­sance des res­sources qu’on veut bien leur céder, et on peut les iso­ler pro­gres­si­ve­ment en leur déniant sélec­ti­ve­ment ces res­sources.

    Autre­ment dit, on peut mettre à genoux ceux qui ne suivent pas les dési­rs démo­cra­tiques de la majo­ri­té sim­ple­ment en les igno­rant et les écar­tant des échanges éco­no­miques entre ceux qui pré­fèrent la stra­té­gie collaborative.

    Il est impé­ra­tif de créer des condi­tions adé­quates à l’é­chelle mon­diale pour que l’a­dop­tion d’une Consti­tu­tion Citoyenne équi­table ne soit pas vue comme une perte de com­pé­ti­ti­vi­té et un aban­don des pos­si­bi­li­tés de sur­vie au béné­fice d’au­trui, mais l’é­ta­blis­se­ment de chances égales pour tous, même ceux qui doivent aban­don­ner les pri­vi­lèges qu’ils ont accumulés.

    Je trouve que c’est impor­tant d’a­na­ly­ser la situa­tion pré­sente et celle vers laquelle nous vou­lons évo­luer avant de nous mettre à la rédac­tion de cette Consti­tu­tion Citoyenne parce que, évi­dem­ment, le conte­nu qu’on don­ne­ra à celle-ci dépen­dra gran­de­ment de notre vision pré­sente et notre pro­jec­tion future.

    Trop de pro­jets sociaux ont échoué parce qu’ils igno­raient com­plè­te­ment le besoin de s’im­mu­ni­ser contre l’in­si­dieuse influence de ceux qui pour­suivent avant tout leur inté­rêt per­son­nel en implé­men­tant la stra­té­gie de la compétition.

    Pour m’ac­cro­cher un peu au sujet de votre article :

    « La prin­ci­pale cause de la misère publique, c’est le nombre exces­sif des nobles, fre­lons oisifs qui se nour­rissent de la sueur et du tra­vail d’au­trui, et qui font culti­ver leurs terres, en rasant leurs fer­miers jus­qu’au vif, pour aug­men­ter leurs reve­nus ; ils ne connaissent pas d’autre économie.
    S’a­git-il, au contraire, d’a­che­ter un plai­sir ? Ils sont pro­digues jus­qu’à la folie et la men­di­ci­té. » (p. 13)

    Ce qu’il faut sur­tout com­prendre, c’est que le choix de la stra­té­gie com­pé­ti­tive n’est pas libre mais le fruit d’une logique impec­cable qui ne mène pas à la liber­té mais à la ser­vi­tude à une série de règles qui mini­misent les risques devant l’in­con­nu.

    Au moment où on sera capable de mini­mi­ser les pos­si­bi­li­tés de devoir affron­ter l’in­con­nu, (il est plus pro­bable aujourd’­hui que pas grand chose dans ce monde n’a plus le poten­tiel pour nous sur­prendre), la néces­si­té d’ac­cu­mu­ler des res­sources pour faire face à des risques impon­dé­rables dis­pa­raît. Faut-il encore que nous nous limi­tions à démon­ter les struc­tures d’ac­cu­mu­la­tion, sans nous consti­tuer en menace pour la sur­vie phy­sique de ceux qui les ont uti­li­sées, faute de quoi ils orga­ni­se­raient une défense à outrance qui ne béné­fi­cie­rait personne ?

    À mon avis, Tho­mas More se trompe quant il attri­bue le besoin d’ac­cu­mu­ler à des rai­sons seule­ment économiques.

    Réponse
  2. André

    Bon­jour

    Cer­tains psy­cho­logues pensent que le désir d’ac­cu­mu­ler sans fin des richesses que l’on n’u­ti­lise pas pro­vien­drait de la peur plus ou moins consciente que l’on a de la mort et de notre dis­pa­ri­tion. Cette accu­mu­la­tion de richesses serait un moyen de se pré­mu­nir contre le risque, mais aus­si une ten­ta­tion illu­soire de créer une cer­taine forme d’é­ter­ni­té que la nature ne nous donne pas.

    Je ne peux pas évi­dem­ment prou­ver cette chose, il n’y a aucune véri­té mathé­ma­tique, comme nous sommes dans le domaine des sciences sociales. J’ai tou­te­fois été ame­né de par mon métier à ren­con­trer des per­sonnes for­tu­nées qui avaient cette angoisse, qui vou­laient lais­ser des biens après leur mort. Ça m’a quand même trou­blé. Mais cela montre au moins une chose : l’é­co­no­mie fait par­tie des sciences sociales, elle est induite par des com­por­te­ments pas tou­jours rationnels.
    Heu­reu­se­ment, d’autres per­sonnes ont une approche dif­fé­rente et consi­dé­rent que, bien sûr, notre vie est éphé­mère, mais vou­loir chan­ger les choses lui donne un sens.

    Cor­dia­le­ment.

    André

    Réponse
  3. Matthieu

    Cher Mon­sieur,

    Ayant appré­ciés vos théses pen­dant la cam­pagne réfé­ren­daire sur la consti­tu­tion euro­péenne, nous sou­hai­te­rions vous faire publier une tri­bune libre sur notre blog de cam­pagne http://​www​.ladroi​te​la​plus​be​te​du​monde​.com

    Ce der­nier est le résul­tat d’une ren­contre entre mili­tants et sym­pa­thi­sants de gauche après la cam­pagne réfé­ren­daire et celle contre le CPE.

    Vos avis et contri­bu­tions en matière euro­péenne nous inté­ressent beaucoup.

    Au nom de l’é­quipe de campagne,
    Matthieu

    [email protected]
    http://​www​.ladroi​te​la​plus​be​te​du​monde​.com

    Réponse

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