« Clearstream : l’obscure affaire »

8/05/2006 | 5 commentaires

Les jour­na­listes (même à ASI ?!) semblent ne pas avoir envie (ont-ils peur ?) de trai­ter cette affaire à son échelle réelle.

Ce Denis Robert semble sacré­ment cou­ra­geux, si on se met à sa place, et très convain­cant, mal­gré les ques­tions gênantes d’A­SI (inter­rup­tions fré­quentes, pro­cès d’in­ten­tion, déta­che­ment amu­sé) et les « argu­ments » par­fois très courts du type « que répon­dez-vous à l’ac­cu­sa­tion de para­noïa com­plo­tiste ? » : le gars écrit un gros livre (éti­que­té « roman » peut-être pour se pro­té­ger des pro­cès écra­sants David-Goliath) tel­le­ment il a accu­mu­lé d’élé­ments fac­tuels détaillés dans des condi­tions d’ex­trême dif­fi­cul­té, et au lieu de l’ai­der, on se contente de tout repous­ser du revers de la main en invo­quant la com­mode théo­rie du complot.

Pour une fois, je suis un peu déçu par Daniel Schnei­der­mann (ça pas­se­ra, parce que c’est quel­qu’un de bien :o) : ce débat m’a fait pen­ser à celui sur « le trai­té consti­tu­tion­nel » où les oppo­sants ali­gnaient patiem­ment des pages d’ar­gu­ments pré­cis et où on se conten­tait de leur oppo­ser des impré­ca­tions, des injures et de beaux prin­cipes trompeurs.

ASI a été cou­ra­geuse, encore un fois, de don­ner un long temps de parole à cet ico­no­claste, mais les jour­na­listes d’A­SI sem­blaient avoir peur de se faire ber­ner au point de ne pas aider leur invi­té (qui en a pro­ba­ble­ment plus besoin que le monstre en face) pour se pro­té­ger eux-mêmes.

On a envie d’ai­der ce vaillant petit citoyen et de lire son his­toire en détail, dans son livre : « La domi­na­tion du monde » (Jul­liard, 347 p.).

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Étienne

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5 Commentaires

  1. Fred., de L.

    Ce détour­ne­ment de l’af­faire ClearS­tream, la vraie, me fait pen­ser au détour­ne­ment de sens que les UMP font par­fois, quand par exemple, Sar­ko explique qu’il faut lut­ter contre la Pen­sée Unique qui empêche les réformes… … c’est très « néo-con » à l’a­mé­ri­caine, très « mani­pu­la­tion » par le langage.

    Cette affaire de cor­beau est aus­si très inté­res­sante par la façon dont la Grande Presse insiste sur un sujet somme toute par­fai­te­ment bénin, stu­pide, inin­té­res­sant. Quand la Grande Presse insiste autant de temps sur un sujet aus­si creux, cela mérite d’y regar­der de beau­coup plus près. Car quand les médias ne bati­folent pas de grand-mère écra­sée à une tour­nante dans une cité, c’est qu’il y a qq chose à trouver.

    En Grande-Bre­tagne, Jack Straw, l’homme qui avait qua­li­fié l’op­tion mili­taire en Iran de « Nuts » a été viré lors du rema­nie­ment ministériel.

    En France, il y a qq jours, Vil­le­pin a expli­qué que l’op­tion mili­taire en Iran était incon­ce­vable. Per­sonne n’a fait part de cette par­tie de sa confé­rence de presse… per­sonne dans la Grande Presse, la presse « mains­tream ». À un moment où on parle avec insis­tance de rema­nie­ment minis­té­riel, je pense qu’il va fal­loir regar­der de trèèèès près qui va rem­pla­cer qui et pour­quoi. Ce sera tou­jours l’UMP au pou­voir… et voi­là plu­sieurs années que j’en­tends dire que Sar­ko’ est très proche des néo-cons américains…

    Ceux qui m’ont lu jus­qu’au bout et qui ont rat­ta­ché les bouts de mon pro­pos vont sûre­ment pen­ser à une n‑ième théo­rie du com­plot. Mais… Ça sent le rous­si… et il se peut que la France devienne fran­che­ment hos­tile à l’I­ran, au point de sou­te­nir les US dans la voie la plus dangereuse.

    Réponse
  2. citrouille

    Bon­jour,

    pour avoir regar­dé l’é­mis­sion « Arrêt sur Image » avec Denis Robert, j’en suis sor­tie aus­si exté­nuée que lui a pu l’être à la fin de l’é­mis­sion. L’in­vi­ta­tion dans une émis­sion de la 5 prouve bien que Denis Robert gêne et que moins on en par­le­ra, mieux ce sera. De plus, il parle d’une his­toire très com­pli­quée, à mul­tiples rebon­dis­se­ments, et qui se déroule sur plu­sieurs périodes.

    Les trois jour­na­listes pré­sents autour de la table y com­pris le patron, ne l’ont pas lais­sé par­lé plus de deux minutes sans le cou­per. Les accu­sa­tions por­tées contre lui de manque de preuves ne sont pas rece­vables lors­qu’il dit qu’il est pas­sé par la jus­tice et en est res­sor­ti « blan­chi ». Or, il met en cause la toute puis­sance des banques et leurs dif­fé­rents stra­ta­gèmes pour trans­for­mer l’argent de la drogue, de la pros­ti­tu­tion, des pots de vins et des armes en argent propre.

    Par contre, à aucun moment, je n’ai enten­du les jour­na­listes poser la ques­tion : « mais qui dirige la machine ? et com­ment fait-on lors­qu’on s’a­per­çoit qu’elle s’est emballée ? »
    Lors­qu’on sait que la Banque cen­trale euro­péenne n’a de comptes à rendre à per­sonne hor­mis sur le taux d’in­fla­tion, et que les banques créent de l’argent sans contre­par­tie en accor­dant des cré­dit à la construc­tion, on a de quoi être inquiets sur la suite des choses. Les poli­tiques n’ont déjà plus leur mot à dire, ou ils en auraient trop s’ils le pou­vaient. D’où la guerre des chefs car ils se tiennent tous par la barbichette.

    Réponse
  3. Alexandre CARRET

    Bon­jour,

    Effec­ti­ve­ment, le dis­cours de Daniel Schnei­der­mann est étonnant :
    « Vous avez prou­vé que Clears­tream peut être un outil de blan­chi­ment incon­trô­lable mais l’est-il effec­ti­ve­ment ? Vous n’a­vez pas de preuve ! »

    Cela fait pen­ser à :

    « Certes, on peut virer un sala­rié au bout de deux ans sans rai­son valable mais les patrons le feront-ils ? Vous n’a­vez pas de preuve ! »

    et évi­dem­ment on pense à toutes les ambi­tions d’É­tienne, à savoir garan­tir que ce n’est pas aux déci­deurs de jurer qu’ils n’a­bu­se­ront pas de leur pou­voir, mais bien à d’autres de créer les condi­tions pour que ces abus soient impossibles.

    Alexandre.

    Réponse
  4. guillaume

    bon­jour Étienne,
    j’ai remar­qué plu­sieurs fois que vous accor­diez trop de confiance à Daniel Schnei­der­mann et à ASI. (à mon avis).

    Il semble évident pour­tant qu’ils res­tent à la sur­face des choses, voire qu’ils res­tent dans le poli­ti­que­ment correct.

    extrait de http://​www​.jp​-petit​.com/​D​i​v​e​r​s​/​P​E​N​T​A​G​A​T​E​/​P​e​n​t​a​g​a​t​e​4​_​l​e​t​t​r​e​s​.​htm :

    =debut=

    À pro­pos de l’é­mis­sion Arrêt sur Image, de Daniel Schnei­der­mann, lire l’in­ter­view de Bour­dieu dans le Monde Diplo­ma­tique, 1996 :

    http://​www​.monde​-diplo​ma​tique​.fr/​1​9​9​6​/​0​4​/​B​O​U​R​D​I​E​U​/​2​633

    Sujet : La télé­vi­sion peut-elle cri­ti­quer la télévision ?

    Le socio­logue Pierre Bour­dieu passe, sur la Cinq, dans l’é­mis­sion  » Arrêt sur Image  » le 23 jan­vier 1996. Il estime que cette émis­sion démontre l’im­pos­si­bi­li­té qu’a la télé­vi­sion de s’au­to-cri­ti­quer. Le thème de l’é­mis­sion pro­po­sée était « la télé­vi­sion peut-elle par­ler de mou­ve­ments sociaux ? ».

    Extraits :

    La télé­vi­sion, ins­tru­ment de com­mu­ni­ca­tion, est un ins­tru­ment de cen­sure (elle cache en mon­trant) sou­mis à une très forte censure.

    Faire la cri­tique de la télé­vi­sion à la télé­vi­sion, c’est ten­ter de retour­ner le pou­voir sym­bo­lique de la télé­vi­sion contre lui-même.

    Le rôle du pré­sen­ta­teur : Il impose la pro­blé­ma­tique, au nom du res­pect de règles for­melles à géo­mé­trie variable et au nom du public, par des som­ma­tions («  C’est quoi… « ,  » Soyons pré­cis… « ,  » Répon­dez à ma ques­tion « ,  » Expli­quez-vous… « ,  » Vous n’avez tou­jours pas répon­du… « ,  » Vous ne dites tou­jours pas quelle réforme vous sou­hai­tez…  ») qui sont de véri­tables som­ma­tions à com­pa­raître met­tant l’interlocuteur sur la sel­lette. Pour don­ner de l’autorité à sa parole, il se fait porte-parole des audi­teurs :  » La ques­tion que tout le monde se pose « ,  » C’est impor­tant pour les Fran­çais…  » Il peut même invo­quer le  » ser­vice public  » pour se pla­cer du point de vue des  » usa­gers « . Il dis­tri­bue la parole et les signes d’importance (ton res­pec­tueux ou dédai­gneux, atten­tion­né ou impa­tient, titres, ordre de parole, en pre­mier ou en der­nier, etc). Il crée l’urgence (et s’en sert pour impo­ser la cen­sure), coupe la parole, ne laisse pas par­ler (cela au nom des attentes sup­po­sées du public c’est-à-dire de l’idée que les audi­teurs ne com­pren­dront pas, ou, plus sim­ple­ment, de son incons­cient poli­tique ou social).

    Les pré­sen­ta­teurs sont les relais par­faits de la struc­ture, et, s’ils ne l’étaient pas, ils seraient virés.

    =fin=

    Un autre exemple tri­vial, votre lien :

     »Un bon papier, cou­ra­geux, de Daniel Schnei­der­mann dans Libération :
    « Son Influence Ardisson »
    http://​www​.libe​ra​tion​.fr/​p​a​g​e​.​p​h​p​?​A​r​t​i​c​l​e​=​3​7​8​172″

    et ma petite réflexion personnelle :

    dans ce papier plu­sieurs points m’in­ter­pellent. Tout d’abord,

    « les thèmes que Ardis­son, semaine après semaine, sans en avoir l’air, injecte dans le débat public. Rete­nons-en deux : la théo­rie du com­plot, et l’ob­ses­sion des Juifs » :

    - Qu’est-ce que le thème de la théo­rie du com­plot ?… la nou­velle dia­bo­li­sa­tion à la mode ?…

    - Dans l’ob­ses­sion des Juifs, n’est-ce pas aus­si un peu un par­ti-pris de M. Schnei­der­mann ? Il me semble que beau­coup d’in­vi­tés (juifs ou non) ne res­sentent pas cela (sinon je pense qu’Ar­dis­son serait vite rap­pe­lé à l’ordre). Et son « obses­sion » catho alors ?… et ses autres thèmes ?…

    Pour finir sur le der­nier paragraphe :
    « C’est ain­si, dans la durée, qu’un être seul est mis en posi­tion d’in­fluer sur l’i­ma­gi­naire col­lec­tif. C’est ain­si, par petites touches, qu’un talen­tueux bate­leur mul­ti­mé­dia fait pas­ser une vision du monde, des obses­sions per­son­nelles, comme évi­dentes et naturelles. »

    C’est tout sim­ple­ment la force de la posi­tion sub­jec­tive et pré­sen­tée comme telle, en face du mono­pole écra­sant de l’in­fo « objec­tive » et du poli­ti­que­ment cor­rect. (Sans en faire une réfé­rence, on voit tout de même là où se trouve le plus de « vie »…)

    « C’est un dis­po­si­tif d’in­fluence per­ma­nente sur le débat public (comme par exemple, dans un genre dif­fé­rent, la per­ma­nente pos­ture de rebelle bou­ti­quier d’un Jean-Pierre Per­naut sur TF1). Un mes­sage d’au­tant plus effi­cace qu’il est habi­le­ment noyé dans le sirop des trou­vailles visuelles, des effets spé­ciaux, et des applaudissements. »

    Ici, M. Schnei­der­mann n’a pas tort, mais il ne semble pas voir que c’est vrai de tout spec­tacle. Ce qui semble géner M. Schnei­der­mann, c’est l’a­bord des sujets vrai­ment sensibles.

    Ceci dit, mille bra­vos, Étienne, et mer­ci pour tout ce que vous faites tout de même.

    Réponse
  5. Adrien

    Depuis une semaine, Denis Robert met sur son site des pho­tos d’é­cran de ses fichiers Clearstream.

    http://​www​.lado​mi​na​tion​du​monde​.blog​spot​.com/

    On observe (c’est du moins mon impre­sion) que bon nombre de banques les plus res­pec­tables qui soient et d’autres moins (ex : la MENATEP serait une banque d’o­li­garques russes qui se serait ser­vis de la libé­ra­li­sa­tion des capi­taux pour sor­tir l’argent qu’ils ont obte­nu des pri­va­ti­sa­tions bra­dées des années 90) ont des comptes en banque dans des para­dis fis­caux et qu’elles s’en servent pour faire fruc­ti­fier leurs avoirs et ceux de leurs (riches) clients.

    Comme le dit City­group sur cette page pré­sen­tant sa filiale City­trust (qui a de nom­breux comptes enre­gis­trés chez Clears­tream dans les para­dis fis­caux et qui est spé­cia­li­sée dans le pla­ce­ment de riches for­tunes), « ils aident les per­sonnes riches et les inves­tis­seurs sophis­ti­qués à pré­ser­ver, pro­té­ger, et aug­men­ter leurs biens de géné­ra­tions en géné­ra­tion ».

    http://​www​.citi​group​.com/​p​r​i​v​a​t​e​b​a​n​k​/​t​r​u​s​t​_​f​i​d​u​c​i​a​r​y​.​htm

    Il est bon de rap­pel­ler que, chez Clears­tream qui per­met de mettre en réseau les banques entre elles, le pro­blème majeur dénon­cé par Denis Robert — outre la géné­ra­li­sa­tion des comptes ban­caires dans les para­dis fis­caux qui per­mettent de sous­traire l’argent obte­nu sur un pays à l’im­pôt — des comptes sont non-publiés, c’est-à-dire qu’ils ne laissent aucune trace, et ce en toute léga­li­té pour Clears­tream. Peut-être est-ce le sens des « 0 » et des « 1 » dans la deuxième colonne de ces pho­tos d’é­cran. Denis Robert ne nous le pré­cise pas (par peur de nou­veaux procès ?)

    Je m’in­quiète de cette situa­tion, qui se répand partout.

    Ex : la filiale par­ta­gée du Cré­dit Agri­cole, des Banques Popu­laires et des Caisses d’É­pargne, CACEIS fai­sant l’ac­qui­si­tion d’O­lym­pia Capi­tal, une socié­té spé­cia­li­sée dans le pla­ce­ment de fonds dans les para­dis fis­caux. Et tout le monde (médias au pre­mier chef) trouve ça par­fai­te­ment natu­rel. N’est-ce pas fou ?

    http://​www​.cre​dit​-agri​cole​-sa​.fr/​r​u​b​r​i​q​u​e​.​p​h​p​3​?​i​d​_​r​u​b​r​i​q​u​e​=​2​7​4​&​i​d​_​a​r​t​i​c​l​e​=​2​979

    « CACEIS, acteur majeur des ser­vices finan­ciers aux ins­ti­tu­tion­nels, a fina­li­sé l’acquisition de Olym­pia Capi­tal Inter­na­tio­nal (et ses filiales), spé­cia­li­sé dans l’administration de fonds alternatifs.
    Olym­pia Capi­tal Inter­na­tio­nal admi­nistre près de 70 mil­liards de dol­lars d’encours de fonds domi­ci­liés aux Ber­mudes, aux Iles Caï­mans, aux Iles Vierges Bri­tan­niques, en Irlande et aux États-Unis. Avec 230 col­la­bo­ra­teurs, Olym­pia Capi­tal est un acteur recon­nu pour la qua­li­té de ses pres­ta­tions dans l’industrie des fonds alternatifs… »

    Réponse

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