3A2 Les élus devraient rendre des comptes à la fin de leur mandat impératif

17/01/2006 | 32 commentaires

Une invrai­sem­blable impos­ture, pas­sée dans les mœurs sans tam­bour ni trom­pette, est l’in­ter­dic­tion consti­tu­tion­nelle des man­dats impératifs.

En d’autres termes, l’é­lu fran­çais n’est pas tenu par la Consti­tu­tion de res­pec­ter ses pro­messes élec­to­rales, au contraire : sa totale liber­té par rap­port à tout enga­ge­ment est pro­cla­mée, sans honte, à l’ar­ticle 27 de la Consti­tu­tion de 1958 : « Tout man­dat impé­ra­tif est nul. »

On marche véri­ta­ble­ment sur la tête et, sous pré­texte d’ar­gu­ties qui vou­draient nous faire croire que cette dis­po­si­tion pro­tège les par­le­men­taires contre d’hy­po­thé­tiques pres­sions et d’im­pos­sibles mis­sions, on affran­chit en réa­li­té les élus de toute hon­nê­te­té par rap­port à leurs élec­teurs, on les dis­pense de tout contrôle du res­pect du « contrat » pour­tant pas­sé avec osten­ta­tion lors des cam­pagnes électorales.

Je dis « on », mais en fait il
faut se rap­pe­ler que cette règle n’est pas tom­bée du ciel, elle n’est pas
trans­cen­dante : les ins­ti­tu­tions ont été écrites par les poli­ti­ciens
eux-mêmes
, ce qui per­met de mieux com­prendre les rai­sons intimes de
cette escroquerie.

Il paraît évident que ce n’est pas aux
hommes au pou­voir d’é­crire les règles du pou­voir
. Cette pré­cau­tion
élé­men­taire ne devrait jamais souf­frir d’exception.

D’où l’im­por­tance, pour tous les simples citoyens, de bien com­prendre l’en­jeu et les rouages du pro­ces­sus constituant.

Tous les citoyens, de gauche à droite, ont un inté­rêt majeur à cette réforme de l’ar­ticle 27 :

Non seule­ment le pro­gramme des can­di­dats devrait consti­tuer la réfé­rence offi­cielle pour leurs enga­ge­ments au ser­vice de la Cité, mais la Consti­tu­tion devrait éga­le­ment pré­voir les organes de contrôle (indé­pen­dants, plu­ra­listes, publics et sujets à recours, comme d’ha­bi­tude) de la fidèle exé­cu­tion des pro­messes électorales.

Tout pou­voir doit rendre des comptes et redou­ter sa pos­sible révo­ca­tion.

Les par­le­men­taires et les ministres pour­raient ain­si être obli­gés, en fin de man­dat, de poin­ter publi­que­ment un docu­ment pro­gramme contrac­tuel, point par point, pour faire hon­nê­te­ment le bilan pré­cis et chif­fré de leur action au pou­voir
(une simple obli­ga­tion de moyen suf­fit sans doute).

On peut rap­pe­ler que tous les repré­sen­tants d’A­thènes, à la fin de leur man­dat (d’un an) devaient subir la dif­fi­cile épreuve de la red­di­tion des comptes, assor­tie de sanc­tions, et que cette pro­cé­dure consti­tue même depuis l’o­ri­gine l’élé­ment démo­cra­tique fon­da­men­tal du lien repré­sen­ta­tif.

Il est quand même éton­nant que tant de nos grands spé­cia­listes de la poli­tique, élus, pro­fes­seurs de droit, édi­to­ria­listes poli­tiques, média­ti­sés ou pas, aient ain­si lais­sé les citoyens « oublier » les prin­ci­pales leçons de nos aïeux.

Je dis bien ‘prin­ci­pales’ car la sur­vie de l’es­pèce tient sans doute au contrôle des pouvoirs.

Vous retrou­ve­rez cet argu­men­taire sur ce point et des élé­ments de biblio­gra­phie à : Grands prin­cipes d’une bonne Consti­tu­tion, point IIIA2.

Syn­thèse des argu­ments échangés :

(que je vou­drais tenir à jour en fonc­tion de nos échanges :o)
Vous pou­vez sans doute m’ai­der en me pro­po­sant une nou­velle syn­thèse des com­men­taires de temps en temps.
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Étienne

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32 Commentaires

  1. Roland Mattéoli

    Per­son­nel­le­ment, l’o­bli­ga­tion « contrac­tuelle » de tenir ses pro­messes ne me satis­fait pas. 

    En effet, on peut ima­gi­ner beau­coup de rai­sons qui empê­che­raient, en toute bonne foi, de ne pas pou­voir tenir une pro­messe : chan­ge­ment de contexte inter­na­tio­nal, catas­trophe natu­relle, guerre, etc… 
    De plus, il peut y avoir beau­coup d’am­bi­gui­tés, dans le fait de savoir si une pro­messe a été tenue ou pas : mani­pu­la­tion de chiffres, inter­pré­ta­tion faus­sée, etc. (voir à ce pro­pos les chiffres du chô­mage en ce moment).

    En fait, ce qui est gênant, ce ne sont pas tant les pro­messes non tenues, que le manque de contrôle des citoyens sur l’ac­tion du gou­ver­ne­ment en cours de man­dat. Depuis la mise en place du quin­quen­nat, le pro­blème est deve­nu criant.
    En réa­li­té, il suf­fi­rait de pou­voir des­ti­tuer le gou­ver­ne­ment en place à tout moment, y com­pris et sur­tout avant la fin de son mandat.

    Pour cela il y a 2 solu­tions simples :

    1. Le réfé­ren­dum d’i­ni­tia­tive populaire :
    Il suf­fi­rait de mettre en place un réfé­ren­dum d’i­ni­tia­tive popu­laire qui aura pou­voir de des­ti­tuer le gou­ver­ne­ment (soit des­ti­tuer le pré­sident, soit cas­ser l’as­sem­blée, pour­quoi pas les deux). 
    Si le pou­voir en place sait qu’il peut être « viré » à tous moments, il se méfiera.

    2. Le renou­vel­le­ment de l’As­sem­blée en cours de mandat.
    On pour­rait aus­si obte­nir un résul­tat presque équi­valent en renou­ve­lant l’As­sem­blée Natio­nale en cours de man­dat. Ain­si, si le pou­voir en place (la majo­ri­té) « s’é­gare », on pour­ra renou­vel­ler l’As­sem­blée rapi­de­ment, et chan­ger le gou­ver­ne­ment en place avant qu’il n’ait fait trop de dégâts. Du coup, soit la majo­ri­té en place réus­sit, et elle est réélue, soit elle ne réus­sit pas, et elle est changée.
    Bien sûr, le renou­vel­le­ment pour­rait se faire à mi man­dat, ou même plus sou­vent (mi man­dat me semble rai­son­nable, 2 ans et demi dans le cas du quinquennat). 

    Per­son­nel­le­ment je pré­fè­re­rais le renou­vel­le­ment de l’As­sem­blée, qui aurait pour effet de cor­ri­ger les effets per­vers du quin­quen­nat, sans tom­ber dans les dérives popu­listes tou­jours pos­sibles avec le réfé­ren­dum d’i­ni­tia­tive populaire.
    On pour­rait aus­si ima­gi­ner qu’un pré­sident ain­si désa­voué soit obli­gé de démis­sion­ner, ou bien réfor­mer la fonc­tion de Pré­sident pour en faire seule­ment un chef de gou­ver­ne­ment (un 1er ministre, comme en Angle­terre ou ailleurs).

    Réponse
  2. Jacques Roman

    Syn­thèse des argu­ments échangés

    Mon cher Etienne, si vous ne pou­vez pas faire vous-même cette syn­thèse, ce qui serait de loin la meilleure solu­tion, il serait bon qu’un par­ti­ci­pant (mais un seul) se charge de la faire, met­tons tous les trois mois.

    (Je pré­cise que je ne suis pas volon­taire…) JR

    Réponse
  3. Jacques Roman

    Man­dat impératif

    Je regrette d’a­voir à ce sujet une opi­nion com­plè­te­ment oppo­sée à celle d’E­tienne Chouard, pour les rai­sons que j’ai don­nées récem­ment sur le site CIPUNCE, et que je me per­met­trai de repro­duire à la suite. (Tou­te­fois, je suis prêt à chan­ger d’a­vis si les ques­tions que je pose en fin de com­men­taire reçoivent des réponses satisfaisantes.) 

    La ques­tion est de savoir si les élec­teurs d’une cir­cons­crip­tion devraient pou­voir don­ner des ins­truc­tions obli­ga­toires à leurs élus. 

    Le man­dat impé­ra­tif est, comme la péti­tion, une ins­ti­tu­tion d’Ancien Régime. Il a été pra­ti­qué en der­nier lieu en France, sauf erreur, pour la dési­gna­tion des délé­gués aux États géné­raux de 1614 (vous me direz que ça ne fait guère que 400 ans) et sup­pri­mé juste avant les États géné­raux de 1789. La Révo­lu­tion fran­çaise et les régimes qui l’ont sui­vie ont exclu cette forme de man­dat, le par­fois expres­sé­ment (la consti­tu­tion de 1958, par exemple). 

    C’est dire que les démo­crates qui se déclarent main­te­nant en sa faveur feraient bien de se deman­der si l’institution est démo­cra­tique que ça ! 

    En fait, le man­dat impé­ra­tif n’est pas une pro­cé­dure de la démo­cra­tie mais une pro­cé­dure nota­riale (de pro­cu­ra­tion) éten­due au domaine poli­tique : il s’agit de dési­gner des man­da­taires qui auront à exé­cu­ter des tâches ponc­tuelles, ou en tout cas à repré­sen­ter des inté­rêts étroi­te­ment cir­cons­crits et aisé­ment définissables. 

    L’institution n’est pas digne de repré­sen­tants du peuple qu’on élit en fonc­tion de la confiance qu’on leur accorde pour contrô­ler les opé­ra­tions du gou­ver­ne­ment. De plus, elle est à peu près aus­si adap­tée à la démo­cra­tie moderne que la bicy­clette à la conquête de la lune. 

    J’aimerais qu’on m’explique quelles ins­truc­tions pour­raient être don­nées à nos dépu­tés modernes, qui les rédi­ge­rait, com­ment on ferait pour conci­lier les mul­tiples pro­po­si­tions que pré­sen­te­raient imman­qua­ble­ment les élec­teurs de la cir­cons­crip­tion et pour fina­li­ser les ins­truc­tions, com­ment on les modi­fie­rait en cas de chan­ge­ments de cir­cons­tances récla­mant une réac­tion immé­diate (par exemple dans le contexte de négo­cia­tions inter­na­tio­nales), qui contrô­le­rait l’exécution du man­dat, com­ment et avec quelles consé­quences en cas d’i­nexé­cu­tion. Et ce ne sont là que les pre­mières ques­tions qui me passent par la tête. 

    J’aimerais aus­si savoir si le sys­tème fonc­tionne actuel­le­ment quelque part, et avec quels résul­tats. JR

    Réponse
  4. Étienne

    Bon­jour Jacques.

    Vos dites : « La ques­tion est de savoir si les élec­teurs d’une cir­cons­crip­tion devraient pou­voir don­ner des ins­truc­tions obli­ga­toires à leurs élus. »

    Ce doit être un mal­en­ten­du, le pro­blème ne se pose pas dans ces termes, à mon avis. Je dirais plu­tôt : « la ques­tion est de savoir si un can­di­dat qui a pro­mis d’agir d’une cer­taine manière est obli­gé (ou non) d’agir hon­nê­te­ment comme il l’a pro­mis une fois qu’il est élu ».

    Et je ne vois vrai­ment pas pour­quoi répondre non (sauf force majeure ou expli­ca­tion valable, évidemment).

    D’abord, les « consignes » dont vous sem­blez redou­ter que les citoyens ne s’accorderont jamais pour les rédi­ger eux-mêmes avant l’élection, ce sont **les can­di­dats** (et pas les élec­teurs) qui les for­mu­le­ront et les assem­ble­ront dans un « pro­gramme », et cela ne pré­sente aucune dif­fi­cul­té, comme on le voit lors de chaque cam­pagne électorale.

    D’autre part, le retour en arrière sur les dif­fé­rentes dérives de l’Ancien Régime n’est pas éclai­rant, je trouve, car ces dérives d’hier (sans doute avé­rées) ne font aucu­ne­ment la démons­tra­tion que les élus d’aujourd’hui méritent d’être dis­pen­sés du res­pect de leurs enga­ge­ments publics.

    Par ailleurs, le fait qu’aucune « démo­cra­tie » moderne n’impose aux élus de res­pec­ter leur propre parole ne fait pas non plus la démons­tra­tion que cette traî­trise pro­gram­mée soit inévi­table : ça montre peut-être plu­tôt que, tou­jours et par­tout, le droit qui régit les pou­voirs (la Consti­tu­tion) finit par être confis­qué et écrit par les hommes au pou­voir eux-mêmes, avec les résul­tats dont nous par­lons précisément. 

    (Les Athé­niens avaient bien com­pris ce pro­ces­sus presque méca­nique, et ils en avaient déduit que seul le tirage au sort pro­té­geait dura­ble­ment les indi­vi­dus nor­maux contre les ‘voleurs de pou­voir’ atti­rés par l’élection comme la limaille par l’aimant.

    Et qui plus est, mêmes tirés au sort, les repré­sen­tants et magis­trats athé­niens, sou­vent pauvres, ren­daient tous des comptes à des contrô­leurs fort sévères.

    Mais lais­sons là le tirage au sort qui est un autre sujet, et dont nous pou­vons sans doute nous pas­ser si les pou­voirs sont bien contrôlés.)

    Enfin, je ne vois pas pour­quoi les citoyens devraient réduire à une simple « pro­cé­dure nota­riale » l’honnêteté élé­men­taire de l’élu qui consiste à **« faire effec­ti­ve­ment ce qu’on a pro­mis de faire une fois qu’on a été choisi »**.

    Ce que je dis, c’est que si on laisse les dépu­tés écrire eux-mêmes les règles de leur man­dat, on obtient ce résul­tat-là, et je ne trouve pas ça éton­nant, je trouve ça même tout à fait pré­vi­sible : un acteur qui est à la fois « juge et par­tie » va le plus sou­vent tri­cher et se don­ner un avan­tage indu. C’est tel­le­ment méca­nique qu’on ne peut presque pas lui en vouloir. 

    Par contre, nous ne sommes pas obli­gés de nous mettre nous-mêmes dans cette tenaille-là : si c’était les simples citoyens, évi­dem­ment sou­cieux d’être fidè­le­ment repré­sen­tés, qui écri­vaient leur propre Consti­tu­tion, le man­dat des élus serait, je pense, tout natu­rel­le­ment impératif.

    Je pro­fite de l’occasion pour vous féli­ci­ter, cher Jacques, pour votre gros tra­vail sur http://​www​.cipunce​.net même si j’ai quelques fortes (et bien­veillantes) objec­tions, bien sûr ;o)

    Ami­ca­le­ment.

    Étienne.

    Réponse
  5. Jacques Roman

    « Man­dat impé­ra­tif »/respect des pro­messes électorales

    Mon cher Etienne,

    Vous me sou­la­gez beau­coup, et je vois que mon mes­sage repo­sait en effet sur un mal­en­ten­du. Mais recon­nais­sez qu’on pou­vait bien s’y trom­per puisque vous men­tion­niez spé­ci­fi­que­ment, en vous en scan­da­li­sant, dans votre pre­mier mes­sage de ce forum, l’in­ter­dic­tion du « man­dat impé­ra­tif » qui figure notam­ment dans notre consti­tu­tion actuelle.

    Or cette inter­dic­tion vise le « man­dat impé­ra­tif » au sens tech­nique, tel qu’il a été pra­ti­qué dans un loin­tain pas­sé et tel que je l’a­vais en tête, et pas du tout, bien sûr, le « res­pect des pro­messes élec­to­rales » auquel je com­prends main­te­nant que vous vous référiez. 

    Ni la Révo­lu­tion, ni les consti­tu­tions qui l’ont sui­vie n’ex­cluent le prin­cipe du res­pect des pro­messes élec­to­rales : bien au contraire, il a tou­jours été consi­dé­ré comme le grand sup­port moral d’une saine démocratie.

    Nous sommes donc d’ac­cord. Reste à savoir ce que vous pro­po­sez pour par­faire l’ap­pli­ca­tion du prin­cipe : je vous avoue qu’en dehors de la pré­sen­ta­tion du pro­gramme élec­to­ral, de son appro­ba­tion par les élec­teurs (moyen­nant élec­tion du signa­taire du programme)et (en cas de non-res­pect du pro­gramme) de la non-rélec­tion de ce signa­taire, je vois mal quels autres méca­nismes uti­li­ser (sauf le réfé­ren­dum révo­ca­toire – sur lequel je n’ai pas encore une opi­nion très nette).

    En ce qui concerne le pro­jet CIPUNCE, vos remarques me vont droit au coeur. Je pré­cise que ce pro­jet de consti­tu­tion se veut sur­tout un moyen de réflexion tech­nique pré­cis sur la forme et le conte­nu géné­ra­le­ment accep­tables (c’est-à-dire adop­table par une majo­ri­té du corps élec­to­ral des 25 pays membres) à don­ner à la future consti­tu­tion de l’UE (car il y en aura une, et ce ne sera pas le TCE, même si on en reparle). L’ob­jec­tif n’est pas de pro­po­ser un texte à prendre ou à laisser.

    C’est dire que les forums CIPUNCE sont prêts à accueillir toutes les objec­tions – je dirais même : sur­tout les objections.

    Je suis enchan­té que vous ayez ouvert vos forums et je sou­haite que cette seconde par­tie de votre pro­jet donne d’aus­si bons résul­tats que la première.

    Cor­dia­le­ment. JR 

    Réponse
  6. Étienne

    (Ce com­men­taire pour­rait aus­si figu­rer dans le fil de dis­cus­sion « 3A1 Tirage au sort ou élection ? ».)

    Cher Jacques,

    Je viens de recher­cher un peu, dans les livres que j’ai lu récem­ment, des réflexions sur « le man­dat impé­ra­tif comme condi­tion élé­men­taire de la démocratie ».

    Vous dites : « Ni la Révo­lu­tion, ni les consti­tu­tions qui l’ont sui­vie n’ex­cluent le prin­cipe du res­pect des pro­messes élec­to­rales : bien au contraire, il a tou­jours été consi­dé­ré comme le grand sup­port moral d’une saine démocratie. »

    Je vous trouve ici un peu… opti­miste :o)

    Le livre, le pré­cieux livre de Ber­nard Manin, « Prin­cipes du gou­ver­ne­ment repré­sen­ta­tif », évoque plus de dix fois le man­dat impé­ra­tif, et c’est à chaque fois pas­sion­nant (on devrait étu­dier ce livre dans les écoles avec les jeunes citoyens).

    Je ne peux pas citer tous les points inté­res­sants, il fau­drait reco­pier le livre :o) Mais consi­dé­rez ces quelques courts extraits :

    « Le fait fon­da­men­tal concer­nant l’élection réside en ce qu’elle est *à la fois* et indis­so­lu­ble­ment éga­li­taire et inéga­li­taire, aris­to­cra­tique et démo­cra­tique. (…) Comme Janus, faut-il dire, l’élection pré­sente deux visages. »

    « Par­mi les théo­ri­ciens poli­tiques contem­po­rains, Carl Schmitt semble être le seul à avoir noté le double carac­tère de l’élection : « Par com­pa­rai­son au tirage au sort, écrit-il, l’élection est une méthode aris­to­cra­tique, comme Pla­ton et Aris­tote le disaient jus­te­ment. Mais par com­pa­rai­son avec la dési­gna­tion par une ins­tance supé­rieure ou même avec l’obtention par suc­ces­sion héré­di­taire, cette méthode peut paraître démo­cra­tique. L’élection contient les deux pos­si­bi­li­tés : elle peut avoir le sens aris­to­cra­tique d’une élé­va­tion du meilleur et du chef OU BIEN celui, démo­cra­tique, d’un com­mis ou d’un ser­vi­teur. L’électeur peut appa­raître comme le supé­rieur de l’élu OU son infé­rieur. » (…) » (p. 191–192)

    « Schmitt relie le carac­tère démo­cra­tique ou aris­to­cra­tique de l’élection à la forme juri­dique et consti­tu­tion­nelle du rap­port entre les élec­teurs et les élus. L’élection, affirme-t-il, peut être une méthode démo­cra­tique SI les élus sont trai­tés comme des agents, des com­mis ou des ser­vi­teurs. Mais elle peut aus­si être aris­to­cra­tique SI les repré­sen­tants sont indé­pen­dants dans le sens accor­dé à ce terme par la théo­rie consti­tu­tion­nelle, c’est-à-dire s’ils ne sont pas liés par des ins­truc­tions ou des man­dats impératifs. »

    « Pour Schmitt, l’élection est POTENTIELLEMENT démo­cra­tique ou aris­to­cra­tique. Une vir­tua­li­té ou l’autre est actua­li­sée par les dis­po­si­tions consti­tu­tion­nelles qui régissent la rela­tion entre les élus et les élec­teurs dans le cas concret. » (p. 195)

    Un peu plus loin, page 209 et sui­vantes, il faut abso­lu­ment lire le cha­pitre « la marge d’indépendance des gou­ver­nants », c’est lumineux.

    J’arrête ici avec le livre de Manin, mal­gré l’envie irré­sis­tible de tout reco­pier pour vous, c’est un livre idéal pour com­prendre les outils et enjeux démo­cra­tiques : 0% de matière grasse, lan­gage simple et clair, syn­thé­tique… Un régal :o)

    Jacques : c’est donc ce lien de dépen­dance des élus, que nous devrions ins­crire nous-mêmes dans notre Consti­tu­tion d’origine citoyenne, qui fera de l’élection une pro­cé­dure réel­le­ment démocratique. 

    Le man­dat impé­ra­tif est, je crois, un enjeu majeur pour tous les citoyens.

    Étienne

    Réponse
  7. Jacques Roman

    Man­dat impératif

    Cher Étienne,

    Ce livre de Manin est cer­tai­ne­ment inté­res­sant, mais quelles dis­po­si­tions, ou du moins quel prin­cipe pro­po­se­riez-vous d’in­sé­rer dans la consti­tu­tion euro­péenne ? JR

    Réponse
  8. Étienne

    Cher Jacques, tou­jours prag­ma­tique, n’est-ce pas ? :o)

    L’en­jeu du man­dat impé­ra­tif n’est pas spé­ci­fique à l’Eu­rope : le pro­blème est le même en France (et ailleurs).

    Il faut déjà ne pas écrire dans la Consti­tu­tion que les man­dats impé­ra­tifs sont nuls :o)

    Au contraire, il faut orga­ni­ser le contrôle offi­ciel du res­pect fidèle des enga­ge­ments électoraux : 
    – Dési­gner (ou créer) l’organisme (ce pour­rait être un simple tri­bu­nal) char­gé de rece­voir les pro­grammes des can­di­dats juste avant l’é­lec­tion, char­gé ensuite de contrô­ler le res­pect de ces pro­grammes, char­gé aus­si de don­ner des avis sur ce sui­vi pen­dant le man­dat et de don­ner une large publi­ci­té à ces avis, char­gé enfin de rendre un juge­ment sur chaque élu en fin de mandat, 
    – pré­voir le dépôt de leurs pro­grammes par les can­di­dats auprès de cet orga­nisme avant l’élection,
    – pré­voir des sanc­tions en cas de tra­hi­son des enga­ge­ments offi­ciels évi­dente et injustifiable.
    – pré­voir une sai­sine citoyenne de cet orga­nisme, et des déci­sions motivées.

    Mettre ces dis­po­si­tions en har­mo­nie avec celles qui pré­voi­ront le réfé­ren­dum révo­ca­toire, que cet orga­nisme devrait pou­voir déclen­cher de sa propre initiative.

    Mais il vaut mieux qu’on s’ac­corde d’a­bord sur les prin­cipes, les objec­tifs essen­tiels, avant de rédi­ger vrai­ment des articles, non ? 

    Réponse
  9. Étienne

    J’in­siste sur un point important : 

    D’une façon géné­rale, mais par­ti­cu­liè­re­ment sur le point du man­dat impé­ra­tif, il est essen­tiel que les contre-pou­voirs NE BLOQUENT PAS les pouvoirs. 

    Nous avons besoin des pou­voirs, et il faut qu’ils puissent tra­vailler, dans l’in­té­rêt général.

    On est loin de ce blo­cage, puisque la plu­part des contre-pou­voirs ins­ti­tu­tion­nels, en France comme en Europe, sont fac­tices (peu ou pas effi­caces), mais au moment de mieux défi­nir les limites des pou­voirs, il ne faut pas qu’un excès en jus­ti­fie un autre.

    Il faut éta­blir des contre-pou­voirs INTELLIGENTS, qui laissent aux pou­voirs des marges de manoeuvre, et en même temps aux citoyens un vrai droit de reprendre en main leur des­tin, à tout moment, en déci­dant direc­te­ment quand ils le jugent essentiel.

    Il me semble que TOUS les citoyens, quel que soit leur bord poli­tique, ont un inté­rêt direct, per­son­nel et quo­ti­dien à mettre en place ces règles pro­tec­trices de bon sens, et qu’il ne faut évi­dem­ment pas comp­ter sur les hommes au pou­voir pour défendre ces règles, et encore moins pour les écrire eux-mêmes.

    Réponse
  10. Jacques Roman

    230106-EC
    Contrôle des enga­ge­ments électoraux/« man­dat impératif »

    En effet, pour moi, le meilleur moyen de faire avan­cer un pro­jet consti­tu­tion­nel, c’est de se mettre au cla­vier et de rédi­ger un texte com­plet qu’on pour­ra com­pa­rer ensuite avec d’autres pro­jets : rien de tel qu’une bonne mise en forme pour s’éclaircir les idées. Mais je suis d’accord avec Étienne qu’il faut par­tir de principes.

    1) Étienne nous pro­pose donc le prin­cipe sui­vant :« Les élus devraient rendre des comptes à la fin de leur man­dat impératif ».

    • Je pro­pose de refor­mu­ler comme suit : « Chaque élu devrait être tenu de rendre publi­que­ment compte de sa ges­tion en fin de mandat »

    • En effet, je répète que la pro­po­si­tion d’Étienne ne concerne pas le « man­dat impé­ra­tif », qui consis­te­rait pour l’électeur à don­ner des ins­truc­tions à l’élu au moment de l’élection, mais la « red­di­tio­na­li­té » (pour reprendre un terme bien com­mode en usage dans le voca­bu­laire inter­na­tio­nal depuis quelques années).

    • Comme je l’ai dit aupa­ra­vant, le « man­dat impé­ra­tif » au sens exact du terme a fonc­tion­né pour la der­nière fois en France (sauf erreur) en 1614, et il est for­mel­le­ment pros­crit depuis la Révo­lu­tion fran­çaise. Mais je me suis tout d’un coup sou­ve­nu que l’institution a eu cours ailleurs en Europe il n’y a pas si long­temps : dans les pays du bloc sovié­tique, où les délé­gués aux congrès des divers par­tis com­mu­nistes votaient comme un seul homme dans le cadre du sys­tème du « cen­tra­lisme démocratique ».

    • Je répète aus­si que l’article 27 de la Consti­tu­tion fran­çaise de 1958 (« Tout man­dat impé­ra­tif est nul ») ne concerne que le man­dat impé­ra­tif au sens exact du terme – pas le prin­cipe « red­di­tio­na­li­té ». L’interprétation contraire consti­tue­rait à mon avis une grave erreur juridique.

    2) Je passe main­te­nant à la mise en oeuvre du prin­cipe (refor­mu­lé à ma manière) expo­sée par Étienne dans son mes­sage du 22 janvier.

    • L’organisme de contrôle qu’É­tienne nous pro­pose ne peut pas être un tri­bu­nal, pour la simple rai­son qu’un tri­bu­nal n’est com­pé­tent qu’en matière juri­dique et pas en matière poli­tique. Ou alors s’agirait-il de créer un tri­bu­nal poli­tique d’exception ? Si telle est l’intention, j’y serais pour ma part fer­me­ment opposé.

    • Cet orga­nisme de contrôle serait char­gé de « rece­voir les pro­grammes des can­di­dats juste avant l’é­lec­tion, de contrô­ler le res­pect de ces pro­grammes, de don­ner des avis sur ce sui­vi pen­dant le man­dat et de don­ner une large publi­ci­té à ces avis et de rendre un juge­ment sur chaque élu en fin de mandat ».

    Qui dési­gne­ra cet orga­nisme (ces orga­nismes) ? De com­bien de mil­liers de per­sonnes devra-t-il (devront-ils) se com­po­ser pour contrô­ler le res­pect des pro­grammes en cours de man­dat – c’est-à-dire exa­mi­ner dans le détail toutes les lois et toutes les réso­lu­tions (approu­vées ou non approu­vées) et tous les votes non seule­ment des par­tis poli­tiques mais de cha­cun de leurs membres exer­çant une fonc­tion élec­to­rale (on ne pour­rait pas juger sans entrer dans les détails)? Y aura-t-il un orga­nisme d’appel ?

    Concrè­te­ment, quelles consé­quences s’at­ta­che­ront au « juge­ment ren­du sur chaque élu » par cet orga­nisme ? Des sanc­tions comme une inter­dic­tion de se repré­sen­ter ? Un simple rap­port aux élec­teurs ? Mais cela jus­ti­fie-t-il de créer une aus­si lourde machine, qui s’appliquera aus­si, je sup­pose, aux élus locaux ?

    • Sur­tout, le sys­tème ne tient pas compte d’une consi­dé­ra­tion essen­tielle, à savoir que le corps élec­to­ral peut chan­ger d’avis entre le moment où le pro­gramme élec­to­ral a été dépo­sé et celui du contrôle d’exécution, cela par le simple effet de la modi­fi­ca­tion de la com­po­si­tion du corps élec­to­ral ou d’un chan­ge­ment de circonstances.

    Dans ces condi­tions, il se peut qu’à tout moment après l’élection le corps élec­to­ral sou­haite que le pro­gramme élec­to­ral enre­gis­tré par l’élu ne soit pas appli­qué. À quoi rime­rait alors le « juge­ment » de l’organisme de contrôle pro­po­sé : ou bien il ren­dra (s’il y arrive !) un juge­ment décla­rant que le pro­gramme n’a pas été exé­cu­té (contre­car­rant ain­si impli­ci­te­ment les citoyens), ou bien il se ran­ge­ra au nou­vel avis des citoyens, ce qui rédui­rait à néant le prin­cipe du res­pect des pro­messes électorales.

    Voi­là pour la théo­rie. Voi­ci main­te­nant un cas concret ima­gi­naire : celui d’une cir­cons­crip­tion dans laquelle l’élu aurait mis à son pro­gramme le réta­blis­se­ment de la peine de mort ou l’expulsion immé­diate de tous les immi­grés. Plus tard l’élu change d’avis. Que va faire l’organisme de contrôle ? « Condam­ner » l’élu parce qu’il n’a pas res­pec­té son programme ?

    3) L’exemple concret que je viens de don­ner devrait faire sen­tir le défaut radi­cal du prin­cipe tel que pro­po­sé pour le moment par Étienne : il consiste à pla­quer des méca­nismes juri­diques sur une réa­li­té pure­ment poli­tique évi­dem­ment sou­mise à l’ap­pré­cia­tion de chaque citoyen. La poli­tique et le droit, c’est comme les choux et les chèvres, ça ne se mélange pas (ou très peu).

    C’est pour­quoi, à mon avis, le sys­tème actuel, bien qu’imparfait, est infi­ni­ment pré­fé­rable. Chaque citoyen prend ses res­pon­sa­bi­li­tés et se pro­nonce sur les can­di­dat au moyen du bul­le­tin de vote. Si ce can­di­dat est réélu alors qu’il n’a pas appli­qué son pro­gramme anté­rieur, c’est que les citoyens ont d’autre rai­sons de le réélire, dont cha­cun est le seul juge : telle est l’ap­pli­ca­tion natu­relle de la démocratie.

    4) Je retiens de la pro­po­si­tion d’Étienne que ce serait une bonne idée d’inclure dans la consti­tu­tion euro­péenne le prin­cipe de red­di­tio­na­li­té, en ver­tu duquel tout élu serait tenu de publier un rap­port sur sa ges­tion en cours de man­dat. Ce sera fait dans le pro­chain avant-pro­jet CIPUNCE (Rév. 10).

    5) On peut effec­ti­ve­ment aus­si envi­sa­ger d’introduire le réfé­ren­dum révo­ca­toire, sur lequel je n’ai pas pour le moment une opi­nion bien formée.

    Cor­dia­le­ment. JR

    Réponse
  11. Étienne

    Bon­jour Jacques.
    Juste un mot parce que je dois par­tir en cours :o)
    Un mot pour insis­ter : les impli­ca­tions en termes de res­pon­sa­bi­li­té indi­vi­duelle de l’ex­pres­sion « man­dat impé­ra­tif » sont pro­ba­ble­ment plus dis­cu­tables que vous ne le pen­sez, (sans enga­ger for­cé­ment de « grave erreur juri­dique » ;o) car des pro­fes­seurs de facul­té sou­tiennent ardem­ment la thèse dont je parle.
    Un exemple : Phi­lippe Braud, pro­fes­seur en sciences poli­tiques à l’U­ni­ver­si­té de Rennes, dans son livre pas­sion­nant « Le suf­frage uni­ver­sel contre la démo­cra­tie » (PUF), dit : 
    « En outre, le man­dat n’est pas « impé­ra­tif » (Consti­tu­tion du 4 octobre 1958, article 27), c’est-à-dire que rien n’o­blige l’é­lu à se com­por­ter confor­mé­ment aux enga­ge­ments élec­to­raux sous­crits (…) » (page 46).

    Je par­lais aus­si de Manin qui est prof à New York, et il y en a d’autres.
    À tout à l’heure, et mer­ci pour la richesse de vos inter­ven­tions :o)

    Réponse
  12. Jacques Roman

    Bon­jour Etienne et mer­ci de prendre le temps de me répondre.

    Dis­tin­guons le droit des com­men­taires des pro­fes­seurs de droit (ou de sciences poli­tiques, en l’occurrence).

    Telle quelle, sans contexte, la phrase du Pro­fes­seur Braud que vous citez est une déduc­tion per­son­nelle qui repose appa­rem­ment sur la même inter­pré­ta­tion erro­née que celle que je vous reproche (ami­ca­le­ment, croyez-le bien) : il semble confondre les ins­truc­tions don­nées par les élec­teurs et les enga­ge­ments pris par le can­di­dat lui-même dans son pro­gramme élec­to­ral : or, ce sont les pre­mières qui carac­té­risent le man­dat impé­ra­tif, pas les seconds.

    Le fait que l’é­lu n’a pas reçu d’ins­truc­tions des élec­teurs ne le dis­pense pas de ses propres enga­ge­ments, pris dans son pro­gramme ou autre­ment. Seule­ment voi­là : les enga­ge­ments de l’é­lu sont de nature poli­tique, pas juri­dique, et la sanc­tion de leur non-res­pect doit donc être poli­tique (la non-réélec­tion éven­tuelle), pas juridique.

    Manin donne-t-il quelque part une défi­ni­tion du « man­dat impé­ra­tif » ? Je serais curieux de le savoir.

    Dans tous les cas, je vous assure que la pauvre Consti­tu­tion de 1958 ne dit et n’im­plique nulle part que l’é­lu n’est pas tenu par ses pro­messes élec­to­rales. Elle a sim­ple­ment vou­lu inter­dire aux élec­teurs de don­ner des ins­truc­tions obli­ga­toires aux candidats.

    Je conti­nue de pen­ser que sou­te­nir le contraire relè­ve­rait d’une erreur juri­dique gênante dont nous pou­vons par­fai­te­ment faire l’é­co­no­mie : mieux vaut se concen­trer sur les méca­nismes propres à amé­lio­rer la situa­tion actuelle.

    De ce point de vue, je vous dois moi aus­si des remer­cie­ments, puisque le pré­sent échange m’a déjà per­mis de com­plé­ter mon avant-projet.

    Ami­ca­le­ment. JR

    Réponse
  13. philippe

    Bon­jour ,

    La consti­tu­tion de 1958 inter­dit le man­dat impé­ra­tif. Le dépu­té est le repré­sen­tant de la Nation toute entière

    le man­dat repré­sen­ta­tif est fidèle à la théo­rie de Rous­seau : la sou­ve­rai­ne­té est indivisible

    le dépu­té n’est pas lié par un enga­ge­ment pré­cis vis à vis de ses élec­teurs , il ne peut être révo­qué direc­te­ment pour manquement

    Réponse
  14. tchoo

    L’or­ga­nisme de contrôle des pro­messes élec­to­rales pour­rait être une chambre de repré­sen­tant des citoyens tirés au sort !

    Il sem­ble­rait, sui­vant quelques inter­ven­tions ici, que les pro­messes élec­to­rales se heurtent à la réa­li­té de l’exer­cice du pou­voir pour celui qui les a faites.
    Il me semble, que les rai­sons pour les­quelles, ces pro­messes n’ont pas été tenues, dans la mesure où elles sont réelles et avé­rées pour­rait être pré­sen­tées comme argu­ments face à cette chambre, qui pour­rait appré­cier leurs carac­tères. Tout cela bien sur à pos­te­rio­ri, au moment du bilan du man­dat de l’élu.

    Réponse
  15. Jacques Roman

    Tchoo (mes­sage 14),

    Est-ce que vous pen­sez qu’il serait facile à une chambre de citoyens tirés au sort (en fait, je sup­pose que vous pen­sez à une chambre par cir­cons­rip­tion élec­to­rale) de pas­ser au crible toutes les actions de l’é­lu en cours de mandat ?

    Remar­quez que je ne dis pas que ce soit impos­sible : mais alors il faut savoir que la chambre ren­dra un avis accu­sant ou excu­sant l’é­lu sur une base pure­ment poli­tique (ou extrê­me­ment aléa­toire si l’on pro­cède par tirage au sort)?

    Et puis, quelle suite serait don­née à l’a­vis ? JR

    Réponse
  16. Marc

    Mon cher Étienne,

    J’ai évo­qué, il y a quelques temps déjà, ce sujet de non tenue des pro­messes élec­to­rales et du contrat promesses/résultats/échéancier auquel les hommes poli­tiques devraient être sou­mis (ces prin­cipes sont bien appli­qués aux res­pon­sables dans les entreprises).

    Vous évo­quez :

    « mais la Consti­tu­tion devrait éga­le­ment pré­voir les organes de contrôle (indé­pen­dants, plu­ra­listes, publics et sujets à recours, comme d’habitude) de la fidèle exé­cu­tion des pro­messes électorales. »

    Le seul ‘hic’ dans cette affaire est qu’une com­mis­sion de contrôle indé­pen­dante dans le concept ne l’est jamais dans les faits.. : on dépend tou­jours de celui qui nous paie…

    Réponse
  17. Laure

    Un des points posi­tifs, serait peut-être de voir dis­pa­raître (enfin) des pro­grammes des can­di­dats les « pro­messes de gas­con » à simple voca­tion élec­to­ra­liste. Ce qui serait déjà pas mal.

    Laure.

    Réponse
  18. André

    Bon­soir

    À pro­pos de pro­messes non tenues, je me dois de rap­pe­ler la chose sui­vante, dont on parle très peu dans les médias !!

    La direc­tive Bol­ke­stein : en mars 2005 (juste avant le refe­ren­dum sur le TCE), le Pré­sident de la Répu­blique nous avait dit que le prin­cipe du pays d’o­ri­gine devait être aban­don­né. Cette direc­tive est lar­ge­ment cri­ti­quée, y com­pris par des patrons de PME.

    MME GEBHARDT, par­le­men­taire alle­mande de la com­mis­sion « mar­ché inté­rieur et pro­tec­tion des consom­ma­teurs » (IMCO), a éta­bli un rap­port amen­dant sen­si­ble­ment le texte, pour que l’on revienne sur le prin­cipe du pays d’o­ri­gine, que l’on exclue du champ de la direc­tive les ser­vices d’in­té­rêt géné­ral comme la san­té, l’éducation.

    Les dépu­tés euro­péens de la droite ont pro­po­sé des amen­de­ments pour reve­nir sur les dis­po­si­tions ori­gi­nales, et il est à sou­li­gner que les dépu­tés de droite fran­çais, contrai­re­ment à l’en­ga­ge­ment de M. CHIRAC, se sont soli­da­ri­sés avec leur groupe.

    Nous n’en­ten­dons plus le gou­ver­ne­ment ou M. CHIRAC sur ce thème en ce moment !

    Je suis inter­ve­nu sur ce sujet, parce que si la parole du pre­mier magis­trat de France n’a aucune valeur, nous sommes au niveau zéro de la démocratie.

    J’in­vite ceux qui pensent comme moi et qui le peuvent à se rendre à Stras­bourg le 11⁄02 pour l’eu­ro­ma­ni­fes­ta­tion. On peut en pro­fi­ter pour ren­con­trer d’autres européens.

    Réponse
  19. Batswann

    Bon­jour à tous. Avant tout vous m’ex­cu­se­rez si je reprends quelques argu­ments déjà pré­sen­tés : j’a­voue que, par manque de temps (et aus­si un peu par flemme), je n’ai pas pris le temps de tout lire.

    Je crois, d’une manière géné­rale, qu’il faut réfor­mer le sta­tut de l’é­lu pour évi­ter d’ar­ri­ver aux dérives de la mul­ti­pli­ca­tion et du cumul des man­dats. Pour cela il faut à mon sens inci­ter le plus grand nombre à s’in­té­res­ser et à s’im­pli­quer dans la politique.

    Le contrôle des pro­messes élec­to­rales, je suis évi­de­ment pour à 100%. Tou­te­fois, je crois qu’il devrait s’exer­cer dès la mi-man­dat (selon la durée de ces man­dat) et à la fin du man­dat avec sanc­tion et éven­tuel­le­ment révo­ca­tion. Pas plus, pas moins. Pas plus, car un contrôle constant pour­rait, à mon sens, poser des pro­blèmes d’ins­ta­bi­li­té. Et pas moins, c’est-à-dire pas seule­ment à la fin du man­dat, parce que, en cours de man­dat, il peut être utile aux citoyens de dire, « oui, nous vou­lons conti­nuer dans cette voie », ou « non, on veut changer ».

    Sur le non res­pect des pro­messes, je suis d’ac­cord qu’il doit être sanc­tion­né, tou­te­fois, je crois que dans ce contrôle (sanc­tion ou non), il est néces­saire de gar­der un mini­mum d’ob­jec­ti­vi­té : met­tons qu’un can­di­dat pro­mette de réduire le chô­mage de 10% (à titre indi­ca­tif) et qu’il ne le réduit que de 8%, doit-on réel­le­ment dire qu’il a démé­ri­té ? De plus, nous ne sommes jamais à l’a­bri d’un pro­blème ou d’un autre (inon­da­tion, 11 septembre…).

    Bonne fin de jour­née à tous.

    Réponse
  20. André

    Bon­soir Étienne

    J’ai le sen­ti­ment que le thème des fonc­tion­naires est épuisé.

    Tout d’a­bord, sur la jus­tice, tout le monde semble d’ac­cord pour dire qu’il faut une réforme du rôle du juge d’ins­truc­tion. Cela passe par un pro­jet de loi. Le thème me paraît com­plexe pour des citoyens non spé­cia­li­sés dans les pro­cé­dures judiciaires.

    Pour les autres admi­nis­tra­tions, il est dif­fi­cile d’a­voir des solu­tions toutes faites dans la mesure où les situa­tions sont très hétérogènes. 

    Per­sonne n’a trou­vé de choses for­mi­dables, mis à part sanc­tion­ner davan­tage. Cer­tains parlent de mana­ge­ment comme dans le pri­vé. Dans cer­taines admi­nis­tra­tions, c’est déjà le cas, je vois mal cela dans l’é­du­ca­tion nationale.

    Reste une par­ti­ci­pa­tion des citoyens à définir ??

    J’ai le sen­ti­ment qu’il en est de même pour le thème de limi­ta­tion du droit de pro­prié­té, thème très idéologique. 
    Limi­ter le droit de pro­prié­té des action­naires (il ne s’a­git pas de confis­ca­tion) sup­pose que l’É­tat fasse pré­va­loir, à côté du droit de pro­prié­té, un droit social. Cela s’op­pose à la liber­té de cir­cu­la­tion des capi­taux de l’Eu­rope de Maas­tricht, alors ?

    Reste le RIP, qui me semble pro­met­teur : je n’ai pas le sen­ti­ment que ce pro­jet ait l’as­sen­ti­ment des poli­tiques, quelle que soit la tendance.

    Je ne veux pas être pes­si­miste, mais je sens venir une panne d’ins­pi­ra­tion, et je mets de côté les que­relles idéologiques.

    Je note néan­moins l’as­pect posi­tif de cer­taines dis­cus­sions entre gens opposés.

    Je pense que, pour aller au-delà, il fau­dra abor­der des ques­tions juri­diques plus poin­tues, et ne risque-t-on pas d’a­voir alors des dis­cus­sions de spécialistes ?

    Cela dit, féli­ci­ta­tions pour ton action.

    Cor­dia­le­ment

    Réponse
  21. Olga

    « Limi­ter le droit de pro­prié­té… sup­pose que l’É­tat fasse prévaloir … »

    André, je suis d’ac­cord, mais per­son­nel­le­ment je flotte entre un rêve de « démo­cra­tie natio­nale » et le rêve d’une démo­cra­tie com­mune à l’en­semble des nations (euro­péennes…).

    Les États-Nations sont atta­qués par les groupes mul­ti­na­tio­naux… Chaque État essaye d’as­seoir ses cham­pions, mais ceux-ci s’é­man­cipent et mettent les États en concurrence…

    Pour dépas­ser l’im­puis­sance poli­tique devant « l’en­fer éco­no­mique », il est temps de s’ex­traire de l’é­ta­tisme et des cri­tères domi­nants du mar­ché financier :

    C’est bien vers les peuples qu’il faut se tour­ner, en leur fai­sant se construire une consti­tu­tion ouvrant à leur « sou­ve­rai­ne­té » le champ des cri­tères de ges­tion, cette « ouver­ture » se fon­dant sur des pou­voirs moins délé­ga­taires , moins « lea­der­ship » (pyra­mi­daux), moins éta­tistes, plus « auto­ges­tion­naires » : là est la voca­tion du RIP, selon ma vision d’une véri­table « revi­vi­fi­ca­tion  » de « la politique ».

    Ce « rêve », il s’est ren­for­cé pen­dant la cam­pagne (« du NON et d’un cer­tain « OUI », aus­si) : que l’on recon­naisse le peuple capable de s’ins­truire auprès des experts, et de trancher…oui : « TRANCHER ! »

    … Quelle « arro­gance » ! Quelle « agressivité » !

    Je pré­fère qu’on demande cet effort aux peuples, plu­tôt que de leur mettre « la fleur au fusil » !

    Ah, j’exa­gère ?

    Bonne soi­rée .

    Réponse
  22. alain guillou

    Cher André

    Il n’y a, au Par­le­ment Euro­péen, que 7 dépu­tés, je crois bien, (ceux du groupe « Gauche Unie Euro­péenne » ?), qui ont voté contre la « Direc­tive » que per­sonne n’ose sou­te­nir autre­ment que dans le huis-clos de la Com­mis­sion européenne.

    Cela fait beau­coup d’hy­po­crites qui dirigent cette pauvre « Europe » à la manière d’une entre­prise honteuse !

    C’est pour­quoi je suis pour l’i­den­ti­fi­ca­tion des groupes par­le­men­taires, « éti­que­tage » qui sert aux citoyens dési­reux de savoir qui, se récla­mant de tel « prin­cipe direc­teur » devant ses élec­teurs, pié­tine ensuite ces prin­cipes, une fois élu./p>

    Les par­tis, deman­dons-leur des comptes !

    Contre la « clause du pays d’o­ri­gine », j’i­rai à Stras­bourg mani­fes­ter le 11 février.

    … Cette démarche citoyenne s’im­pose, car on sent bien à quel point les gou­ver­nants ont honte de ce qu’ils font, à quel point ils n’as­sument rien, il suf­fit de voir leur recu­lade devant la belle mobi­li­sa­tion des « tra­vailleurs portuaires ».

    Rien ne ser­vi­rait de pré­tendre à une Consti­tu­tion redon­nant les pou­voirs aux citoyens, si ces der­niers avaient la flemme d’exer­cer dès aujourd’­hui le seul « pou­voir » qui leur reste : la grève, la mani­fes­ta­tion, la pétition !

    Réponse
  23. Olga

    Je reviens sur ce qu’a écrit ici Roland Matéoli :

    À pro­pos de « red­di­tion des comptes » du man­dat, et des « pro­messes non tenues »…

    Un élu n’est jamais seul face à une pro­messe : ils sont tou­jours un « groupe » pour l’a­voir faite ensemble, et un groupe pour l’a­voir tra­hie ou ren­due « caduque ».

    … Et il y a aus­si les élec­teurs, qui se la sont faite à eux-mêmes, en quelque sorte, cette « pro­messe », en votant « POUR »… et qui ne s’en­gagent pas plus avant vers « l’in­ter­ven­tion citoyenne » POUR UN SUIVI DE CETTE PROMESSE.

    J’ai regar­dé Danièle Mit­ter­rand à la télé, qui expli­quait « le tour­nant de 1983 », et ce qui m’a aler­tée, c’est qu’elle disait en gros ceci :

    -  » Les mobi­li­sa­tions citoyennes n’é­taient pas à la hau­teur, ce sont les tenants de l’é­cole pri­vée qui se sont levés en masse à l’ap­pel des par­tis de droite, quant au « peuple de gauche, il atten­dait que tout vienne d’en haut »…

    puis : –  » il n’y avait pas, à l’é­poque , les Forums sociaux Mon­diaux, le mou­ve­ment alter­mon­dia­liste. Bien au contraire, l’U­nion Sovié­tique et les pays de l’Est figu­raient le « contre-modèle », et tous les gou­ver­ne­ments de l’Eu­rope étaient conformes à l’op­po­si­tion de droite qui har­ce­lait en France… »

    C’est du moins ce que j’ai retenu…

    Je crois que bien des « pro­messes tenables » auraient été pos­sibles si la socié­té avait été dotée d’une consti­tu­tion dif­fé­rente, avec un « prin­cipe » consti­tuant car­di­nal : « l’in­ter­ven­tion citoyenne », et donc des « ins­ti­tu­tions » pour la déployer.

    Il n’y eut pas besoin de « péda­go­gie du renon­ce­ment » pour dis­sua­der les citoyens, car le renon­ce­ment est ins­crit dans la logique même de « la démo­cra­tie délégataire ».

    Je ne sais si ma réflexion milite pour le RIP, ou pour le « tirage au sort », mais pour moi, il est sûr qu’il faut inven­ter une Consti­tu­tion indui­sant la « démo­cra­tie participative » !

    Réponse
  24. André

    Bon­soir à tous.

    Olga et Alain, je trouve vos contri­bu­tions très intéressantes.

    Alain, peut-être nous ver­rons-nous le 11⁄02 à Stras­bourg : je serai avec la comi­té local ATTAC Sambre Aves­nois (région de Maubeuge).

    Pour res­tau­rer la démo­cra­tie, je crois davan­tage à un refe­ren­dum d’i­ni­tia­tive popu­laire qu’à un tirage au sort. Cela peut s’en­vi­sa­ger au niveau des com­munes sur des thèmes concer­nant la vie locale. Le chan­ge­ment consti­tu­tion­nel n’est pas très impor­tant pour le permettre.
    Je dois partir.

    Ami­ca­le­ment.

    Réponse
  25. Olga

    Cher André,

    Vous défen­dez l’ad­mi­nis­tra­tion fis­cale, mais les fran­çais savent que l’im­pôt, actuel­le­ment, est injuste.

    Si la « charte du contri­buable » était appli­quée, comme vous sem­blez sûr du fait, le fisc ne dépouille­rait pas les petits entre­pre­neurs qui sont har­ce­lés, qui ne dis­posent pas du temps libre ni des « fis­ca­listes » oné­reux pour se défendre.

    La « charte » est res­pec­tueu­se­ment appli­quée, avec la plus extrême bien­veillance à l’é­gard des « hono­rables notables », sur­tout ceux qui ont le bras assez long pour que les hié­rar­chies orientent les petits ins­pec­teurs vers les proies les plus faibles, avec des « objectifs »…

    La com­plexi­té de la fis­ca­li­té est telle qu’un jeune tra­vailleur indé­pen­dant devrait pas­ser trop de temps à faire la queue pour ren­con­trer un conseiller com­pé­tent, et encore, il n’ob­tien­drait que des indi­ca­tions orales sans garantie :

    Tout est fait pour que les petits boivent le bouillon : voyez, par exemple, ce qu’il est adve­nu des régimes des « micro-entreprises » :

    Ce sont elles que le fisc traque avec la plus bru­tale des for­mules :  » inutile de recou­rir au média­teur, votre affaire relève du juridique ».

    Ce que je veux dire, c’est que la loi concer­nant les acti­vi­tés simples devrait être simple, de même qu’une « consti­tu­tion » doit être « lisible ».

    Le reve­nu maxi­mum annuel à ne pas dépas­ser pour avoir droit à la sim­pli­ci­té fis­cale est inchan­gé en francs constants depuis des décenies !

    Cela signi­fie que cette admi­nis­tra­tion fis­cale est uti­li­sée par un pou­voir dont la voca­tion est de dépouiller « les petits » et d’o­bli­ger « les gros ».

    La fis­ca­li­té est pro­fon­dé­ment injuste, il fau­drait la réfor­mer, comme le reste.

    Réponse
  26. André

    Chère Olga

    Je vais essayer de vous répondre de façon hon­nête et objec­tive rapi­de­ment, j’ai besoin d’un peu de temps pour vous faire une réponse sérieuse.

    Cor­dia­le­ment

    Réponse
  27. Olga

    André, ce n’est pas une attaque per­son­nelle, cela ne concerne même pas pré­ci­sé­ment « le sta­tut des fonctionnaires »…

    Il se peut, en effet, que celà concerne l’hy­per com­plexi­té des textes d’une part, et la raré­fac­tion des effec­tifs d’autre part, du moins, de ceux qui sont mis à la dis­po­si­tion du « public » pour l’ai­der à ne pas se trou­ver mis en accu­sa­tion de « fraude », ou du moins, de « décla­ra­tion à tort »…

    Les fran­çais sont peut-être « pro­cé­du­riers », mais ils n’en sont pas encore ren­dus à avoir « cha­cun son avo­cat fiscaliste ».

    Le pro­blème que je sou­lève est celui du droit à une jus­tice pas trop oné­reuse, face à la com­plexi­té des lois.

    Il me semble que cela concerne les « moyens « mis dans le ser­vice public, pour que ces der­niers res­tent proches du citoyen. (Coût de la « proximité » ?)

    Cela concerne notre recherche d’une « bonne Consti­tu­tion » dans la mesure où de beaux prin­cipes pour­raient demeu­rer lettre morte faute de « volon­té poli­tique » réelle, son­nante et tré­bu­chante entre autre, pour les mettre en oeuvre…

    … Ce qui signi­fie que je suis POUR assez d’im­pôts … (quel paradoxe !)

    …On rejoint ici « les pro­messes non tenables » qui peuvent être écrites dans une « charte bien belle » .

    …et la néces­si­té des « mobi­li­sa­tions citoyennes » pour obte­nir les « moyens des fins ».

    … Bonne fin de semaine !

    Réponse
  28. André

    Chère Olga

    En tant qu’ins­pec­teur des impôts, je ne peux pas vous contre­dire sur le carac­tère injuste de la fiscalité.

    La notion de jus­tice fis­cale dif­fère selon les appré­cia­tions, je pren­drai trois cri­tères qui peuvent être critiqués.

    Un impôt juste doit être acquit­té de la même façon par tout contri­buable quelque soit sa situa­tion, cela sup­pose une légis­la­tion cohé­rente et une admi­nis­tra­tion pour­vue des moyens per­met­tant le contrôle.

    Tous les reve­nus doivent être taxés de la même façon, en outre il convient de limi­ter les niches fiscales.

    Il convient de pri­vi­lé­gier les impôts directs aux taux pro­por­tion­nels ou pro­gres­sifs par rap­port aux impôts sur la consommation.

    La France pos­sède deux impôts pro­gres­sifs : l’im­pôt sur les grandes for­tunes (ISF) et l’im­pôt sur le reve­nu. Comme cha­cun sait, l’ISF peut être faci­le­ment contour­né, il suf­fit de deve­nir résident de pays voi­sins de la France (Bel­gique, Luxem­bourg, etc.). 

    Quant à l’im­pôt sur le reve­nu, il est certes pro­gres­sif, ce qui en fait en thèo­rie l’im­pôt le plus juste, mais il est com­pli­qué dans la mesure où il existe des tas d’exo­né­ra­tions qui ne pro­fitent qu’à une popu­la­tion ciblée !!

    Je parle des déduc­tions pour inves­tis­se­ment dans les DOM TOM, des lois DEROBIEN DE MESSINES etc. Il s’a­git d’ac­qui­si­tions dans le domaine de l’im­mo­bi­lier. On peut remar­quer, en outre que ces mesures ont contri­bué à une vogue sur l’im­mo­bi­lier avec les consé­quences sur l’aug­men­ta­tion des loyers, (je loue les appar­te­ments pour mes deux jeunes, j’en sais quelque chose), en outre tous les reve­nus ne sont pas taxés de la même façon. Par exemple avec la sup­pres­sion de l’a­voir fis­cal, les reve­nus de capi­taux mobi­liers seront taxés sur une demi base, les sala­riés ont juste 10%, les indé­pen­dants l’a­bat­te­ment du centre de ges­tion agréé.

    On peut éga­le­ment remar­quer que les recettes de l’É­tat pro­viennent pour 55% de la TVA et de la TIPP, tous les autres impôts y com­pris la CSG repré­sentent les 45 autres.

    Mais selon moi le plus impor­tant pro­blème pro­vient de l’ab­sence d’har­mo­ni­sa­tion euro­péenne : un article du TCE ne la pré­voyait qu’en cas d’u­na­ni­mi­té de tous les membres !!! Un état comme Malte, para­dis fis­cal, peut donc s’y opposer.

    Les dif­fé­rences de légis­la­tion fis­cale dans le domaine des directs sont tels, que des gens bien ren­sei­gnés et mobiles, (ce qui n’est pas le cas du fran­çais moyen) a tout loi­sir de pra­ti­quer une opti­mi­sa­tion fis­cale de qualité !!

    Pre­nons l’exemple d’un diri­geant d’une chaîne de super­mar­chés (exemple non for­tuit), il démé­nage en Bel­gique, il ne paie pas d’ISF, il réa­lise des plus values de ces­sion de valeurs mobi­lières, elles ne sont pas taxées en Bel­gique (en France 16% + 11 de CSG). Les socié­tés fran­çaises dis­tri­buent des divi­dendes à sa socié­té hol­ding en Bel­gique qui, à son tour, lui dis­tri­bue ses divi­dendes. Entre la France et la Bel­gique, il n’y a plus de rete­nue à la source (entre pays de la CEE). À son niveau en Bel­gique, la socié­té hol­ding acquit­te­ra une rete­nue à la source de 25%, et c’est tout. 

    Et je passe les régimes déro­ga­toires des hol­dings luxem­bour­geois, hol­lan­dais, etc.. Depuis le début des années 1990, l’har­mo­ni­sa­tion qui était rela­ti­ve­ment effec­tuée en matière de TVA a fait la place à la concur­rence en matière de directs.

    L’ob­jec­tif est la poli­tique du moins disant fis­cal (le pen­dant de la direc­tive Bol­ke­stein pour le social), ain­si les taux d’im­pôts sur les socié­tés et d’im­pôt sur le reve­nu baissent régu­liè­re­ment dans tous les pays de la CEE. Com­ment équi­li­brer les bud­gets ?? Très simple, on aug­mente la TVA (MERKEL en Alle­magne) et on sabre dans les bud­gets sociaux comme ceux des hôpi­taux. En dehors de ces pro­blèmes de fond, la coopé­ra­tion fis­cale laisse à dési­rer entre les pays, la pro­cé­dure est lourde est compliquée.

    Reste ensuite le carac­tère éle­vé des hono­raires des conseils que ne peuvent se payer tous les rede­vables, et quand une mesure d’op­por­tu­ni­té est prise par le minis­tère, le nombre d’emplois en jeu est aus­si un critère.

    Vous voyez, nous sommes fice­lés dans un sys­tème que l’on ne peut modi­fier, ayant 52 ans pas mal de recul, je peux en parler !!

    Mais pour reve­nir au débat de fond, les citoyens ont leur mot à dire concer­nant la poli­tique fis­cale. Je ne sais com­ment, mais il me paraît impor­tant que les légis­la­teurs rendent compte de l’ef­fi­ca­ci­té des modi­fi­ca­tions des lois fis­cales votées, et de la notion de jus­tice fiscale.

    Cor­dia­le­ment

    Réponse
  29. André

    Olga

    Je prends connais­sance de votre nou­veau mes­sage, je vais bien­tôt y répondre.

    Cor­dia­le­ment

    Réponse
  30. André
    Chère Olga

    Les impôts sont avant tout des ser­vices publics, donc au ser­vice des conci­toyens, ce qui veut dire qu’ils ont droit à des infor­ma­tions de qua­li­té et évi­dem­ment gra­tuites, dans la mesure où les ser­vices publics sont finan­cés par l’im­pôt des contri­buables.
    Je vais vous décrire briè­ve­ment les évo­lu­tions dans notre fonc­tion­ne­ment pour répondre au mieux aux attentes des usagers.
    Un ser­vice d’ac­cueil étof­fé est nor­ma­le­ment créé dans tous les centres des impôts, de plus il est pré­vu la créa­tion d’hô­tel des finances (fusion des impôts et per­cep­tions), de façon à ce que les pro­blèmes de décla­ra­tions et de recou­vre­ment puissent être réglés sur place.
    Des obli­ga­tions appe­lées stan­dards de qua­li­té ont été intro­duites, le cour­rier, les récla­ma­tions doivent être trai­tées dans un temps record (des sta­tis­tiques sont éta­blies sur les délais de trai­te­ment), aucun appel télé­pho­nique ne doit res­ter sans réponse. Par ailleurs, il existe dans cha­qur région un centre impôt ser­vice, qui est char­gé de répondre aux appels télé­pho­niques des rede­vables. Les coor­don­nées sont géné­ra­le­ment indi­quées sur beau­coup de docu­ments fis­caux. Je vous donne ces élé­ments objec­tifs sans aucun cor­po­ra­tisme de ma part. 
    Main­te­nant la légis­la­tion fis­cale est com­plexe, chaque loi fe finance annuelle apporte son lot de nou­veau­tés, et celà va rare­ment vers la simplification!!
    Bien enten­du, je suis d’ac­cord que les contri­buables puissent don­ner leur avis pour une amé­lio­ra­tion tou­jours pos­sible, et au delà avoir leur mot à dire sur le pro­blème épi­neux de la jus­tice fis­cale( cf. mon mes­sage précédent)

    Cor­dia­le­ment

    Réponse
  31. Étienne

    5 février : je ferme les com­men­taires sur ce fil de dis­cus­sion car j’ai créé un vrai ‘forum’ pour mieux pré­sen­ter et struc­tu­rer nos échanges.

    Le pré­sent fil se pour­suit sur le forum à http://​etienne​.chouard​.free​.fr/​f​o​r​u​m​/​v​i​e​w​t​o​p​i​c​.​p​h​p​?​i​d​=21.

    Je vous invite à vous ins­crire à ce nou­veau forum (c’est facile) et à copier/coller, les mes­sages que vous esti­mez les plus inté­res­sants, voire tous bien sûr, depuis ce blog jus­qu’au nou­veau forum. Le plus simple pour aller vite, c’est d’ou­vrir deux fenêtres, une sur le blog, l’autre sur le forum, et copier/coller d’une fenêtre à l’autre.

    Je vous demande bien par­don pour la gêne que je vous cause ain­si, mais je suis sûr que vous pré­fé­re­rez ce nou­vel outil de débat.

    Écri­vez-moi si vous avez du mal, je vous aide­rai :o)

    Au plai­sir de vous lire à nou­veau très bien­tôt :o)

    Réponse

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