1B Ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir (la Constitution)

1/01/2006 | 29 commentaires

Les hommes poli­tiques pro­fes­sion­nels, qu’ils soient actuel­le­ment au pou­voir ou même seule­ment can­di­dats au pou­voir, sont juges et par­ties dans le pro­ces­sus consti­tuant : par exemple, ils vont trou­ver tous les défauts au réfé­ren­dum d’i­ni­tia­tive popu­laire pour mettre leur propre pou­voir à l’a­bri du contrôle direct des citoyens au lieu de défendre l’in­té­rêt général.

Autres exemples impor­tants, ils vont s’ar­ran­ger pour ne pré­voir ni le décompte ni les effets des votes blancs qui per­met­traient aux élec­teurs de refu­ser tous les can­di­dats en pré­sence, et encore moins le man­dat impé­ra­tif qui per­met­trait de contrô­ler qu’ils ont bien res­pec­té leurs pro­messes électorales.

L’as­sem­blée Consti­tu­tante ne doit donc com­por­ter aucun par­le­men­taire ou ministre, actuel ou pro­chain, par­mi ses membres ayant droit de vote. Ceci est essen­tiel et vaut pour tous les peuples du monde.

Par ailleurs, puisque c’est la Consti­tu­tion qui éta­blit les pou­voirs des repré­sen­tants du peuple (Par­le­ment, Gou­ver­ne­ment, Juges), à l’é­vi­dence, il devrait donc éga­le­ment être inter­dit à ces repré­sen­tants de chan­ger eux-mêmes la Consti­tu­tion qui défi­nit leurs propres pou­voirs et responsabilités.

Ni les par­le­men­taires, ni les juges ne peuvent trans­for­mer le texte fon­da­men­tal qui éta­blit leur propre pou­voir : seul le peuple lui-même, direc­te­ment, par réfé­ren­dum, peut modi­fier les ins­ti­tu­tions, qui sont les siennes il ne faut pas l’oublier.

Aucune révi­sion de la Consti­tu­tion, si légère soit-elle, ne doit donc pou­voir être vali­dée sans référendum.

Voi­là, je pense que ce n’est pas la peine d’en rajou­ter sur ce billet, on a là un pre­mier beau sujet de conver­sa­tion : est-ce que quel­qu’un peut déve­lop­per ici de bons argu­ments pour lais­ser les hommes de pou­voir déci­der eux-mêmes de leur propre pou­voir ? Est-ce qu’il y a d’autres hommes à écar­ter du pro­ces­sus constituant ? 

Pour un argu­men­taire sur ce point, lire : Grands prin­cipes d’une bonne Consti­tu­tion et notam­ment le point IB.

Syn­thèse des argu­ments échangés :

(que je devrais nor­ma­le­ment tenir à jour en fonc­tion de nos échanges, on peut rêver :o)
Vous pou­vez sans doute m’ai­der en me pro­po­sant une nou­velle syn­thèse de temps en temps.
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Étienne

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29 Commentaires

  1. Thierry

    Il faut rendre à la demo­cra­tie sa repré­sen­ta­ti­vi­té. Je crois que c’est LE gros pro­blème de ce début de siècle. Mais il est vrai que créer un organe consti­tuant sépa­ré, au même titre que les pou­voirs, des pou­voirs… redo­re­rait le bla­son de la république.

    Réponse
  2. François

    seule­ment 2 comm­nen­taires sur ce sujet?! 
    CITOYEN TU SOMMEILLES et pen­dant ce temps TA DEMOCRATIE S’EN VA.…
    Com­ment faire pour que chaque citoyen fasse plei­ne­ment usage de ses droits (mani­fes­ta­tion, pétition,grève et vote) qui sont en fait des devoirs ? 
    Com­ment faire pour évi­ter que les élec­teurs en majo­ri­té par leur vote trans­forment les élec­tions en une machine à fabri­quer des notables !
    Com­ment reve­nir à une démo­cra­tie participative ?
    autant de ques­tions qui consti­tuent des ébauches de réponses. Usons plei­ne­ment des droits , des devoirs que nous confère la consti­tu­tion fran­çaise. Agis­sons, mani­fes­tons, péti­tion­nons, grè­vons et votons !
    Tous ces moyens per­mettent le contrôle de nos représentants ! 

    Réponse
  3. jean-louis

    « L’as­sem­blée Consti­tuante ne doit donc com­por­ter aucun par­le­men­taire ou ministre, actuel ou pro­chain, par­mi ses membres ayant droit de vote. »
    Si j’ai tout com­pris, être membre de l’Assemblée consti­tuante devrait rendre inéli­gible à vie ! Pour­tant, les femmes et les hommes qui seraient capables d’élaborer un texte juste méri­te­raient sans doute la confiance du peuple pour d’autres fonc­tions à venir. 

    Réponse
  4. Etienne

    Bon­jour Jean-Louis.

    C’est vrai, et cette inter­pel­lante remarque vaut aus­si pour la limi­ta­tion du renou­vel­le­ment des man­dats : ça paraît dom­mage de ren­voyer chez lui défi­ni­ti­ve­ment un élu qui a été méritant.

    Pour­tant, quand on tourne les avan­tages et les incon­vé­nients dans tous les sens, l’im­por­tant c’est qu’entre deux maux il faut choi­sir le moindre : est-ce que ça vaut le coup d’ac­cep­ter une cor­rup­tion cer­taine et répan­due (avé­rée dans tous les pays depuis des siècles) pour pou­voir récom­pen­ser une ver­tu éven­tuelle et peu probable ? 

    Il me semble que, au prix des quelques élus par­ti­cu­liè­re­ment ver­tueux qui auraient résis­té à la cor­rup­tion du pou­voir durable et que l’on ren­voie quand même chez eux, tous les citoyens ont beau­coup à gagner en pro­té­geant tous les autres élus de la cor­rup­tion du pou­voir grâce à une rota­tion rapide et for­cée par la Constitution.

    Et puis on prend ain­si pour acquis qu’il y a de très nom­breux citoyens de valeur, bien au-delà du petit micro­cosme poli­ti­cien actuel (consan­guin), et qu’on don­ne­rait enfin leur chance à tous ces obs­curs valeu­reux, une chance de par­ti­ci­per au ser­vice public une fois dans leur vie. 

    C’est la pos­ture démo­cra­tique contre la pos­ture aristocratique.

    On peut aus­si, peut-être, admettre que le non renou­vel­le­ment soit ‘dans la même fonc­tion’, et qu’un élu en fin de man­dat puisse aller ser­vir ‘à un autre poste’ (et après ‘une cou­pure’, d’un an ou deux, sans fonc­tion publique). 

    Pour la Consti­tuante, on peut, peut-être, admettre qu’a­près ’10 années’ (ou plus, ou moins), les consti­tuants puissent fina­le­ment accé­der au pou­voir (de toutes façons briè­ve­ment). Peut-être.

    Ami­ca­le­ment.
    Étienne.

    PS : je m’en veux parce que ça fait cinq para­graphes hors sujet (par rap­port au point trai­té par le billet)… Ne faites pas ce que je fais ;o)

    Réponse
  5. nanouche

    bon­jour à tous,
    sur ce point je pré­fère le moindre mal qui consiste à confier la rédac­tion de la consti­tu­tion à des gens qui ne sont et ne seront pas au pou­voir (au moins avant un cer­tain temps). Autre point posi­tif de cette idée : cela veut dire que ce seront des citoyens « nor­maux » (je veux dire non poli­tiques) donc vous ou moi pour­raient poten­tiel­le­ment alors y par­ti­ci­per et à mon avis, cela réveille­ra encore plus la conscience citoyenne des citoyens 😉 quelle belle aven­ture pour nous citoyens de prendre en main l’écriture de notre propre constitution !

    Réponse
  6. Fred. de L.

    Une objec­tion. Par­ti­ci­per à la poli­tique c’est noble. (il est beau ce mot ici) Mais, je sou­hai­te­rai rap­pe­ler l’ex­pé­rience des jury d’as­sises. On est choi­si au hasard et on est convié pen­dant une cer­taine période à par­ti­ci­per au pro­cès. On est prié de prendre des vacances. On est indem­ni­sé un peu. Et c’est déjà assez casse-pied… ce qui fait que nom­breux sont ceux qui refusent car ne pou­vant pas prendre de congés pour cela ni orga­ni­ser leur nou­velle vie pour cela (je ne me rap­pele plus dans quelle mesure on peut refuser…)

    S’en­ga­ger en poli­tique, et plus pré­ci­sé­ment deve­nir élu, ça signi­fie faire une croix pen­dant un cer­tain temps sur son emploi habi­tuel. Ca signi­fie ne pas for­cé­ment avoir les moyens de retrou­ver cet emploi. Ca signi­fie devoir démé­na­ger, s’or­ga­ni­ser, modi­fier sa vie.

    Bon… Je m’a­per­çois que moi aus­si je digresse du sujet prin­ci­pal. Cette objec­tion pour­rait venir au moment où on par­le­rait du tirage au sort par exemple. Et je le conserve ici pour mémoire 🙂 Déso­lé si ça fait pas propre :-p

    Concer­nant le fait que des hommes de pou­voir doivent ou non avoir leur place là dedans, ain­si que les hommes du métier. Il est tou­jours bon d’a­voir des hommes d’ex­pé­riences pour pou­voir éven­tuel­le­ment repé­rer les défauts, les vices, qui pour­raient être intro­duits par des non-pro­fes­sion­nels. C’est la force de l’ex­pé­rience. Du coup, ces gens se retrou­ve­raient ensuite écar­tés ? Pour­quoi pas. Ca serait un moindre mal. En fait, une assem­blée de gens pour­rait-elle être influen­cée par une ou plu­sieurs per­sonnes au point que le résul­tat final serait biai­sé et avan­ta­geux pour ces hommes de pou­voir ? En fait, un homme d’ex­pé­rience et de bonne volon­té mérite-t-il d’être écar­té du pou­voir ? La pru­dence, c’est bien, mais est-ce que ce n’est pas pêcher par excès dans le cas de l’As­sem­blée Constituante ?

    Ce que la Conven­tion pour le TCE avait de biai­sée, c’est que le mélange des genres (des « classes ») n’é­tait pas assu­ré. Mais une assem­blée où tout le monde est repré­sen­té, est-ce que ce n’est pas mieux qu’une assem­blée où les hommes d’ex­pé­rience seraient écartés ? 

    Est-ce que ce pré-requis posé n’est pas exces­sif et n’est fina­le­ment valable que parce que notre sys­tème actuel est tota­le­ment conçu autour de pro­fes­sion­nels de la politique ? 
    Dans un sys­tème où le cumul des man­dats est la règle et où le non-renou­vel­le­ment est aus­si pré­vu, est-ce que ce point ne devient pas exces­sif et même néga­tif, jus­te­ment parce qu’il écarte de la vie publique des gens bien ?

    Voi­là, j’ai posé ma vraie objec­tion. Ce n’est pas idéa­le­ment orga­ni­sé, mais ma der­nière ques­tion me semble clai­re­ment posée.

    Réponse
  7. Jacques

    Bon­jour,
    Je pense que les membres de la Consti­tuante ne doivent avoir aucune fonc­tion poli­tique au moment où ils sont élus, mais qu’ils peuvent bien en avoir une fois la Consti­tuante dis­soute. La par­ti­ci­pa­tion à l’é­la­bo­ra­tion de la Consti­tu­tion est une bonne formation. 

    Réponse
  8. Etienne

    Bon­jour Frédéric.
    Signa­lons qu’à la « Conven­tion Gis­card », si je ne m’a­buse, pas un seul phi­lo­sophe n’a été convié aux votes. Pas un seul. C’est le phi­lo­sophe Ber­nard Stie­gler qui le sou­li­gnait à France Inter le 5 oct. 2005 (voir page ‘Liens’).
    C’est vrai que la Poli­tique est belle et qu’il faut remer­cier des citoyens mili­tants de s’y enga­ger. Il faut d’ailleurs défi­nir un sta­tut de l’é­lu qui faci­lite les allers-retours avec la vie nor­male. Mais il faut aus­si connaître les dérives intel­lec­tuelles qui menacent ceux qui vou­draient faire de la Poli­tique leur ‘métier’.
    On devrait se rap­pe­ler tou­jours, à titre d’illus­tra­tion, l’ab­sence totale de contre-pou­voirs réels mis en place dans le TCE par tous les « gens biens » de la Convention.

    J’in­siste :
    « Les hommes de pou­voir sont défi­ni­ti­ve­ment et uni­ver­sel­le­ment inca­pables d’é­crire eux-mêmes des limites hon­nêtes à leur propre pou­voir » : il me semble qu’il ne s’a­git pas d’un pré­sup­po­sé exces­sif, mais bien d’un constat objec­tif :o)

    Jamais un par­le­men­taire ne vote­ra lui-même le non cumul et le non renou­vel­le­ment des man­dats, jamais il ne s’im­po­se­ra lui-même un man­dat impé­ra­tif avec contrôle d’exé­cu­tion des pro­messes en fin de man­dat, pas plus qu’il ne s’ex­po­se­ra au risque poli­tique du RIC, etc. Jamais, je pense. Même le valeu­reux Mon­te­bourg ne pro­pose pas tout ça :o)

    À pro­pos de la construc­tion euro­péenne, si on laisse les auteurs du plan A rédi­ger le plan B, on aura for­cé­ment encore un pro­jet antidémocratique.

    C’est la rai­son de cette pro­po­si­tion, déter­mi­nante de tout le reste.

    Dis­tin­guons peut-être les hommes de pou­voir et les hommes de métier : les phi­lo­sophes, jour­na­listes et essayistes spé­cia­li­sés sur ces ques­tions, les profs de droit consti­tu­tion­nel, les avo­cats (pas les juges), ont pro­ba­ble­ment voca­tion à par­ti­ci­per au vote (à mon avis avec pru­dence, parce qu’ils sont par­fois proches du pouvoir). 
    Il faut aus­si dis­tin­guer le vote du simple débat : on peut écou­ter les par­le­men­taires et les ministres plai­der leur cause (mais ils ne doivent pas voter).
    Autre idée : on pour­rait admettre les par­le­men­taires et les ministres « dans la pro­por­tion qu’ils repré­sentent dans le pays » (en gros 500 dépu­tés pour 50 mil­lions d’é­lec­teurs, soit un cent mil­lième). Par exemple, si l’As­sem­blée Consti­tuante regroupe 500 per­sonnes, on admet­trait un et un seul par­le­men­taire, parce qu’on ne peut pas n’en invi­ter qu’une frac­tion (0,5 %).
    Amicalement.
    Étienne.

    Réponse
  9. nanouche

    Bon­jour Fred. de L. 
    « Dans un sys­tème où le cumul des man­dats est la règle et où le non-renou­vel­le­ment est aus­si pré­vu, » avez-vous vou­lu dire « non cumul » ?
    Si c’est ça :
    Ok, si le sys­tème est réel­le­ment basé sur un non cumul des man­dats et un non-renou­vel­le­ment, peut-etre qu’il faut per­mettre à ceux qui écrivent la consi­tu­tion de par­ti­ci­per à la vie poli­tique après. Mais qui déci­de­ra du sys­tème ? ceux qui écri­rons la consti­tu­tion (c’est ça ?). Et s’ils pensent être au pou­voir après, vou­dront ils mettre dans la consti­tu­tion ce frein au pou­voir des élus ? Je n’arrive pas à ima­gi­ner un homme poli­tique en train de pro­po­ser une consti­tu­tion qui limite ses pouvoirs.
    On pour­rait ima­gi­ner une assem­blée consti­tuée uni­que­ment de per­sonnes a‑politiques, avec des experts pour les conseiller (poli­tiques, juristes, …). Ou deman­der à des per­sonnes ayant les connais­sances néces­saires mais n’étant pas au pou­voir d’y par­ti­ci­per (phi­lo­sophes, écri­vains, jour­na­listes, profs de droit …). Et leur lais­ser la pos­si­bi­li­té de par­ti­ci­per à la vie poli­tique après ? .
    Autre chose, les euro­péens devraient pou­voir suivre l’écriture de la consti­tu­tion et cri­ti­quer ou pro­po­ser d’autres choses.

    Réponse
  10. Fred. de L.

    Oui, Nanouche, j’ai omis la néga­tion. Mer­ci d’a­voir corrigé.

    Ce que je vou­lais dire au sujet de l’ex­cès de pré­cau­tion, c’est que fina­le­ment, l’o­pi­nion des pro­fes­sion­nels de la poli­tique existe et mérite à mon avis d’être repré­sen­tée et débat­tue. Comme le dit Etienne, il faut sim­ple­ment veiller à ce qu’ils ne soient pas sur-représentés.

    De plus, ce n’est pas parce que ces pro­fes­sion­nels du pou­voir seraient absents que for­cé­ment, le RIC ver­rait le jour, par exemple. 

    Si l’ob­jec­tif est que le RIC soit for­cé­ment pré­sent et que le tirage au sort soit pré­sent dans la dési­gna­tion des repré­sen­tants du peuple (on ne peut plus dire élu là ? 🙂 ) est-ce qu’il est alors rai­son­nable de par­ler d’as­sem­blée consti­tuante, puisque le « consti­tuant » de la dite assem­blée est fina­le­ment déjà pré-écrit ?

    Fré­dé­ric

    Réponse
  11. nanouche

    là Fred., c’est vrai, vous sou­le­vez une ques­tion que je me pose à pro­pos de ces débats concer­nant une consti­tu­tion… on serait déjà en train de débattre du conte­nu d’une consti­tu­tion… Quel sera le deve­nir de ces débats ? Quelle ambi­tion avons-nous (avez-vous Etienne) pour les résul­tats du tra­vail d’E­tienne et de nos débats ? Par­tons-nous du prin­cipe que c’est uni­que­ment un outil pour pou­voir réflé­chir et échan­ger des idées ? C’est ce qu’il me semble. Alors, pour dis­cu­ter de qui ferait par­tie d’une assem­blée consti­tuante, il ne faut pas pré­ju­ger de ce qu’é­cri­rait cette assem­blée, ne pas déci­der à l’a­vance pour elle … ?
    Il fau­drait que dans la consti­tu­tion, un plus grand pou­voir du peuple soit pos­sible (comme toute autre pos­si­bi­li­té). Pour ça, il ne faut pas QUE des hommes poli­tiques dans l’as­sem­blée. Je crois qu’on est d’ac­cord là-dessus…

    Réponse
  12. Olivier

    Bon­jour à tous,
    sur ce thème de la place à réserve aux pro­fes­sion­nels, aux hommes de métier et autres experts dans l’é­la­bo­ra­tion d’une consti­tu­tion je crois qu’il faut leur lais­ser une place minimale.
    Comme le dit si bien Etienne, l’ob­jec­tif est de rédi­ger une consti­tu­tion simple, com­pré­hen­sible de tous, qui ne vieillise pas avec l’é­vo­lu­tion du contexte natio­nal ou inter­na­tio­nal et qui assure la pro­tec­tion du citoyen et le contrôle DES pou­voirs. J’ai peur qu’en fai­sant inter­ve­nir les experts on débouche inévi­ta­ble­ment sur un texte mou et insi­pide ! Le jeu des poli­tiques et des experts est tou­jours de dépeindre la réa­li­té comme plus com­plexe qu’elle n’est, voire même de la rendre com­plexe, ain­si ils peuvent faci­le­ment répondre à leur contra­dic­teur, sur un air gen­ti­ment mépri­sant : « mais les choses sont plus com­pli­quées que vous ne le pen­sez, vous ne vous ren­dez pas compte… ».
    Fred de L., j’ai ren­con­tré des gens qui ont été jurés et si au début ils ont été débous­so­lés, for­te­ment per­tur­bés par la res­pon­sa­bi­li­té qui était la leur, ils ont fini par mettre toute leur éner­gie et leur intel­li­gence afin d’être justes et cette expé­rience reste un sou­ve­nir fort. 
    A mon sens, on peut réunir des citoyens lamb­da (c’est à dire pas des hommes de métiers de la poli­tique) qui seront capables de prendre en main la réflexion pour construire une consti­tu­tion qui n’au­ra pas à rou­gir devant les textes exis­tants aujourd’­hui. L’im­por­tance de l’en­jeu sera trans­cen­dante, et comme bien sou­vent, c’est la hau­teur de l’ob­jec­tif qui ser­vi­ra de moteur aux consti­tuants pour se his­ser à son niveau.

    Réponse
  13. Jacques Roman

    “Ce n’est pas aux hommes de pou­voir d’écrire les règles du pouvoir”

    Sauf erreur, ce prin­cipe vise à inter­dire aux gou­ver­nants, aux par­le­men­taires (aux élus locaux aus­si, je sup­pose, puisqu’ils sont direc­te­ment inté­res­sés aux moda­li­tés d’exercice du pou­voir local défi­nies dans la consti­tu­tion) et même aux can­di­dats à toute fonc­tion poli­tique impor­tante de faire par­tie de l’assemblée consti­tuante. En d’autres termes, tous les citoyens exer­çant ou vou­lant exer­cer des fonc­tions poliques régies par la consti­tu­tion seraient exclus de l’assemblée constituante.

    J’imagine qu’il res­te­ra quand même per­mis aux gou­ver­nants, aux par­le­men­taires, aux poli­ti­ciens en géné­ral, de sou­mettre col­lé­gia­le­ment ou indi­vi­duel­le­ment leurs pro­jets de consti­tu­tion ou de prin­cipes consti­tu­tion­nels à l’assemblée.

    Même si c’est le cas, le prin­cipe tel que for­mu­lé par Étienne Chouard s’expose selon moi à deux cri­tiques graves : 1) il n’est pas pra­tique, parce qu’il exclut spé­ci­fi­que­ment les exper­tises les plus utiles à la mise sur pied d’une bonne consti­tu­tion ; 2) sur­tout, il ne serait pas démo­cra­tique (contrai­re­ment au but visé), du moins si cette exclu­sion devait s’imposer aux citoyens sans leur consentement. 

    C’est en effet au citoyens de déci­der qui fera par­tie de l’as­sem­blée consti­tuante. Par consé­quent, toute inter­dic­tion faite à une caté­go­rie de citoyens (gou­ver­nants ou autres) d’être membres de la future consti­tuante devra être approu­vée préa­la­ble­ment par les citoyens par réfé­ren­dum, préa­la­ble­ment à l’é­lec­tion de l’assemblée.

    Sommes-nous bien d’accord sur ce point fondamental ?

    Main­te­nant, si nous par­lons de la consti­tu­tion de l’Union euro­péenne, le réfé­ren­dum rela­tif à la consti­tuante devra por­ter sur un pro­jet de trai­té, puisque l’Union est actuel­le­ment une asso­cia­tion d’États et ne peut fonc­tion­ner et évo­luer que par trai­té. Si nous nous situons dans le contexte natio­nal, le réfé­ren­dum por­te­ra sur un pro­jet de loi rela­tif à l’organisation de la consti­tuante. (Je remarque à nou­veau ici que les pro­blé­ma­tiques de l’Union euro­péenne et des pays sont très dif­fé­rentes et que l’application des “grands prin­cipes” est à modu­ler selon le contexte.)

    Per­met­tez-moi d’élargir le débat.

    Les “grands prin­cipes” ont l’immense mérite de sou­le­ver les ques­tions consti­tu­tion­nelles essen­tielles. Ils ont cepen­dant, à mon sens, le défaut de trop s’inspirer de la notion de “contre­poids”.

    On ne dira jamais assez tout le mal que Mon­tes­quieu et les pré-révo­lu­tion­naires ont fait et conti­nuent de faire à l’organisation consti­tu­tion­nelle en accré­di­tant cette désas­treuse notion de contre­poids dans l’opinion publique euro­péenne à la suite des Anglais : même la Révo­lu­tion de 1789 n’a pas réus­si à nous débar­ras­ser de cette idée féodale.

    La notion de “contre­poids” repose en effet sur le prin­cipe pes­si­miste expo­sé par Hobbes, à savoir que l’État est un monstre (“Lévia­than”) et que l’individu doit conti­nuel­le­ment le com­battre par tous les moyens à sa dis­po­si­tion, notam­ment en for­çant ses organes à se contre­car­rer. Si l’on remonte plus loin, l’i­dée doit beau­coup aux vieilles his­toires de 1215 (la Magna Car­ta) et aux luttes menées pour la conquête du pou­voir par les rois d’Angleterre et leurs barons : luttes dans les­quelles la démo­cra­tie comme nous l’entendons n’a pas davan­tage à voir que la pré­ten­due démo­cra­tie athénienne.

    Les notions de « Lévia­than » et de contre­poids ont pu avoir une uti­li­té démo­cra­tique il y a deux ou trois-cents ans : elles n’en ont plus. L’histoire montre que le degré de liber­té, d’égalité et soli­da­ri­té dont jouissent les citoyens est, sur le long terme, à peu près pro­por­tion­nel au degré de déve­lop­pe­ment de l’État. Or, si le mérite essen­tiel du déve­lop­pe­ment de l’État revient aux citoyens eux-mêmes, concrè­te­ment ce déve­lop­pe­ment est pour une large part l’œuvre de ceux qu’ils ont élus pour les repré­sen­ter et les gou­ver­ner, qui ne sont pas plus (ni moins) égoïstes que les autres, et qui ont même démon­tré, s’ils ont choi­si la poli­tique pour métier, un goût par­ti­cu­lier du bien com­mun. Ces “poli­tiques” sont impar­faits, exac­te­ment comme les citoyens ordi­naires, mais l’État est per­fec­tible : mettre ses organes en concur­rence inami­cale et empê­cher ses agents les plus com­pé­tents de par­ti­ci­per à la construc­tion ins­ti­tu­tion­nelle com­mune à tous les stades ne sont pas, à mon avis, les bons moyens de le perfectionner.

    Cette ana­lyse ins­pi­re­ra cer­tai­ne­ment mes autres commentaires.

    Cor­dia­le­ment à tous.

    Jacques Roman, coor­don­na­teur pro­vi­soire CIPUNCE

    Réponse
  14. Samuel

    Bon­jour Etienne (mer­ci pour votre email si encou­ra­geant), bon­jour à tous, et longue vie à ce BLOG.

    Quelques remarques sur l’é­non­cé d’E­tienne tel qu’il est for­mu­lé (« ce n’est pas aux hommes au pouvoir… »).

    Ce « au pou­voir » désigne-t-il sim­ple­ment des élus (repré­sen­tants politiques) ?
    Je dirais non, justement. 

    Si on est là pour son­ger à moder­ni­ser et étendre le champ des ins­ti­tu­tions, c’est bien que nous avons affaire à une concep­tion au pire mal faite, au mieux vieille, du moins insuf­fi­sante, de la nature et du nombre des pou­voirs en place, et des équi­libres en jeu *. Je ne suis pas le pre­mier à faire ici l’observation (de mémoire, un cer­tain M. Adam en avait faite une en ce sens) – on ne peut pas poser le pro­blème des « ins­ti­tu­tions au sens large » (donc des futures ins­ti­tu­tions) à notre ère, en se can­ton­nant essen­tiel­le­ment aux aspects DEJA clas­sés dans la matière ‘droit constitutionnel’.

    Ain­si, s’a­gis­sant de la Consti­tuante, je dirais que le pro­blème concerne autant le QUI (par­ti­cipe) que le Quoi (pro­blé­ma­tique sou­mise comme « ordre de mission »). 
    Jus­te­ment parce que ce n’est que d’après le QUOI qu’on peut tra­duire en lan­gage moderne l’énoncé d’Etienne.

    N’en déplaise à Jacques Roman et à son « point fon­de­men­tal », je crois que je viens de répondre en par­tie, et la suite de mon mes­sage lui dira le reste : « pas d’ac­cord, déso­lé ». Quand la démo­cra­tie fonc­tionne, on peut consi­dé­rer que le peuple est en mesure de déci­der… mais jus­te­ment, c’est alors qu’on n’a pas besoin de consti­tu­tion. Pauvre de nous, on va payer long­temps le vice de forme (ou le flou total sur le sens de l’E­tat euro­péen et donc celui du terme « Consti­tu­tion » euro­péenne)…, même si jus­te­ment on est là pour cau­ser de la vraie Consti­tu­tion du vrai Etat Europe. Mam­mon, pitié… 

    Je reprends. En défi­ni­tive, le pro­blème du QUI de la consti­tuante, s’il se pose en fonc­tion du QUOI, n’en est pas un pour le moment… Levons déjà la ques­tion, on sau­ra s’il vaut le coup de com­men­cer à tra­vailler sur le QUI. 

    Je laisse donc la ques­tion en sus­pend, et prend les devants, puisque c’est dans le débat sur le fond, que se situe, à mon sens, toutes les dif­fi­cul­tés. Je conti­nue sur cette page volon­tai­re­ment, car je veux reve­nir jus­te­ment au QUI, après un court pas­sage sur le QUOI.

    Si tout le défi du pro­jet qu’on cherche à mener ici, même s’il s’arrête jus­te­ment à défi­nir une « pro­blé­ma­tique consti­tuante », est déjà énorme et de haute vol­tige parce qu’il faut arri­ver à rendre, dans ladite pro­blé­ma­tique, une liste de ques­tions cohé­rente. Donc il faut à la fois son­ger, en matière d’institutions, à ce qui ne va pas ou manque au pré­sent, et à la fois se pro­je­ter dans l’avenir en consi­dé­rant quelques belles cas­cades de rai­son­ne­ment. Heu­reu­se­ment, il y a un tas de gens qui bossent, notam­ment depuis 1945, même si on ne ris­quait pas d’avoir un écho de leur bou­lot dans ce cher T« C« E…

    Quand je dis « un tas de gens qui bossent », je pose une double question : 
    – peut-on consi­dé­rer qu’il existe un nou­vel existentialisme ?
    – si un nou­vel exis­ten­tia­lisme était déjà for­mé, le trou­ve­rait-on là où la majo­ri­té l’attend ?

    Autant le dire, je vois mal com­ment tra­vailler sans s’affranchir des para­doxes écra­sants d’une ratio­na­li­té déjà ins­tal­lée. Bref, sans rai­son­ner en terme d’idéologie (ratio­na­li­té domi­nante sur la scène poli­tique) et consi­dé­rer que nous subis­sons déjà le carac­tère tyran­nique de l’i­déo­lo­gie contem­po­raine, idéo­lo­gie qui va au delà des cli­vages de par­tis et de la vielle oppo­si­tion droite-gauche, qui implique le citoyen lamb­da … Cette ratio­na­li­té, faut-il le pré­ci­ser ici, est très cen­trée sur un dis­cours éco­no­mique, puisque de nos jours, l’Economie est personnifiée…)

    Ques­tions ?

    Ne peut-on pas pondre intui­ti­ve­ment un théo­rème du genre : « on mesure le carac­tère tota­li­taire d’un régime en place à ce que les idées géné­rales sont exclues de l’idéologie ?…**

    S’agissant du QUI de la Constituante :

    1. Peut-on poser qu’au­cun indi­vi­du ne devrait être membre de l’Assemblée consti­tuante en tant que repré­sen­tant d’une per­sonne morale agis­sant sur la scène poli­tique (qu’elle soit enti­té éco­no­mique, par­ti poli­tique, asso­cia­tion, syndicat) ?
    2. Y a‑t-il un lien entre exis­ten­tia­lisme et démarche consti­tu­tion­nelle ? Si oui, celui-ci inter­vient-il plu­tôt dans l’élaboration de la pro­blé­ma­tique sou­mise à la consti­tuante, ou plu­tôt car­ré­ment dans la consti­tuante ? Les deux ? Si c’est plu­tôt le deuxième choix, pour fon­der les condi­tions d’ex­pres­sion opti­males d’une « sphère publique » au sein de la consti­tuante, ne peut-on pas dire que non seule­ment les élites cultu­relles (au sens des experts dans les dif­fé­rents péri­mètres cou­verts par la pro­blé­ma­tique figée au préa­lable, et qui seraient élu sur les listes) doivent par­ti­ci­per, mais éga­le­ment avoir auto­ri­té ? Si c’est plu­tôt au niveau du « comi­té » ini­tial (par exemple, des gens qui inter­viennent ici) je dirais que nul ne peut impo­ser sa liste de « stars de la culture »… mais qu’on peut très bien com­men­cer. Une idée fera au moins des petits, si elle est bonne… comme le pro­jet en entier peut en faire, d’ailleurs.

    * Ne me deman­dez pas si je parle d’institutions de l’Europe ou de la France, tout le drame est bien que la ques­tion se pose, et que jusqu’à pré­sent, Bruxelles a déci­dé qu’il n’y aurait pas d’Etat fédé­ral euro­péen (on y revien­dra ailleurs, évi­dem­ment). En atten­dant, l’Etat fran­çais dans l’Europe pas­soire ultra libé­rale… je n’appelle plus çà une démo­cra­tie (fau­dra que je m’explique là-des­sus, et j’y tiens. En une phrase courte : « la guerre éco­no­mique c’est la paix » me semble un slo­gan pas trop dépla­cé s’agissant de l’Europe d’aujourd’hui).

    ** Rions un brin : A. Duha­mel (en début de mois – chez El-Kabach, Europe 1) qui pro­po­sait son cas­ting per­son­nel pour 2007, a lan­cé au sujet de D. De Vil­le­pin : « … oh, moi, vous savez, un pre­mier ministre qui écrit de la poé­sie la nuit, çà m’inquiète. »

    Salut.

    Réponse
  15. Jacques Roman

    Bon­jour Samuel.

    Vous pen­sez donc que la par­ti­ci­pa­tion à la consti­tuante devrait être inter­dite non seule­ment aux élus mais à quelques autres. Et si je vous ai bien com­pris, ce n’est pas à l’en­semble des citoyens qu’il appar­tient de déci­der des exclusions.

    Dans ces condi­tionsm j’ai deux ques­tions à vous poser :

    1) Qui va décider ?

    2) Quelles caté­go­ries envi­sa­ge­riez-vous d’exclure ?

    Cor­dia­le­ment. JR

    Réponse
  16. Samuel

    Bon­jour Jacques,

    Je n’é­cris jus­te­ment pas « ce n’est pas à l’en­semble des citoyens qu’il appar­tient de déci­der des exclu­sions », et c’est très bien que vous ayez ain­si pro­po­sé de résu­mer mon mes­sage, car je conçois assez bien qu’à pre­mière vue, c’est ce que j’ai l’air de dire.

    1) « Qui va déci­der ? ». L’en­semble des citoyens.

    Mais seule­ment lorsque ceux-ci auront vali­dé au préa­lable une pro­blé­ma­tique consti­tuante. J’ai écrit qu’on sau­ra le QUI (peut ou non par­ti­ci­per à la consti­tuante) quand on sau­ra le QUOI, puisque seul le QUOI défi­ni­ra, dans une lec­ture moderne et jugée per­ti­nente par la majo­ri­té popu­laire, l’ensemble des dif­fé­rents pou­voirs qu’il s’agit de sépa­rer, donc des abus de pou­voir poten­tiels dont il faut débar­ras­ser la constituante.

    Donc, oui, la déci­sion, revient aux peuples, mais elle ne sau­rait être prise ni dans l’anarchie, ni sui­vant un pro­to­cole impo­sé arbi­trai­re­ment. C’est le pro­to­cole lui-même qui doit être approu­vé par le vote popu­laire, si jus­te­ment on entend que pro­to­cole inclut le qui et le quoi de la consti­tuante. Et s’arrête là (voir aussi **).

    - « ni dans l’a­nar­chie » : effec­ti­ve­ment, j’ad­mets et pré­cise que dans la forme que je prône, on ne va jamais orga­ni­ser un vote ouvert à tous, qui dirait : « chois­sez libre­ment les caté­go­ries de can­di­dats exclus ou admis », mais qu’on devra à ce niveau de consultation :
    – figer ces caté­go­ries admises ou exclues, et condi­tion­ner l’ac­cord ou le rejet des citoyens en par­ti­cu­lier – à for­mu­ler expli­ci­te­ment dans « la ques­tion qui vous est posée » – à ce choix ;
    – accor­der le QUI au QUOI, en toute bonne foi. Et faire le pari que si le QUOI est jugé bon par les peuples, on sera déjà les plus à même d’a­voir pré­sé­lec­tion­né les caté­go­ries de gens admis ou exclus de la consti­tuante, ce qui nous per­met­tra jus­te­ment de lan­cer l’ap­pel à can­di­da­ture avant consul­ta­tion, et ain­si d’en­voyer les listes de can­di­dats pour vote en même temps que rati­fi­ca­tion de la problématique.

    - « ni par un pro­to­cole arbi­traire ». Évi­dem­ment, je ne peux pas moi-même, a prio­ri, défi­nir le pro­to­cole démo­cra­ti­que­ment valide. Mais com­men­cer par juger de celui impo­sé par la gou­ver­nance euro­péenne (en accord avec la majo­ri­té des élus des États et des acteurs cultu­rels agis­sant dans les grands médias) est une bonne base, du moins un incon­tour­nable, à condi­tion de savoir expli­quer clai­re­ment où était le noeud du vice de forme. Nous y reve­nons plus loin (je ne compte pas refaire cam­pagne, mais appor­ter ici du neuf… qui devrait être de l’évidence, pour­tant, depuis le départ).

    Un exemple. Vous com­pre­nez bien, par exemple, que si la pré­co­ni­sa­tion de Bour­dieu : « il faut lut­ter contre l’Audimat au nom de la Démo­cra­tie », alors que l’on peut sup­po­ser qu’elle pose un bout de pro­blé­ma­tique consti­tuante qui sera approu­vé par le grand nombre, fait par­tie de ces choses qu’une classe de ges­tion­naires nous exhorte (consciem­ment ou non, là n’est pas la ques­tion) à lais­ser dans nos biblio­thèques parce que la poli­tique est une affaire sérieuse… C’est bien à l’occasion de l’élaboration d’une Consti­tu­tion qu’il s’agit d’arrêter le dia­logue de sourds. 
    Or, si l’on com­mence à pro­po­ser des listes de can­di­dats pour une Consti­tuante sans connaître le pro­blème posé et savoir le tra­duire, soit en lais­sant des loups entrer dans la ber­ge­rie (parce qu’on ne connaît pas le carac­tère de ces loups), soit en n’appelant pas les élites cultu­relles spé­cia­li­sées sur une matière qu’on n’a pas iden­ti­fié… on a déjà dévoyé le projet.
    Obser­vez le pro­jet qui nous a été pro­po­sé. Cette ques­tion y trouve-t-elle un écho ? Non. Et pour­tant, nombre de libé­raux comme de socia­listes (il fau­drait se char­ger un peu de défi­nir les termes, jus­te­ment) prônent un sta­tut de ser­vice public par­ti­cu­lier pour les médias. Et ce genre de carences, mul­tiples, est tout aus­si frap­pant encore que les dés­équi­libres dénon­cés dans les ins­ti­tu­tions pro­po­sées (essen­tiel­le­ment « clas­siques, « juridiques »). 
    Com­ment vou­lez vous que la Com­mis­sion euro­péenne, n’ayant pas posé ce pro­blème pour­tant essen­tiel (et dont je tiens le pari qu’il est consi­dé­ré comme tel par la majo­ri­té popu­laire, pour­vu qu’on sache la consul­ter sur une ques­tion posée comme il faut) puisse garan­tir que la Conven­tion dési­gnée soit repré­sen­ta­tive du peuple pour l’élaboration d’une Constitution ? 

    Arrê­tons là pour l’exemple, et regar­dons déjà la chose plus glo­ba­le­ment. Il y a en fait deux choses principales.
    D’une, la Com­mis­sion, à l’instar de la majo­ri­té de nos repré­sen­tants, a balayé le pro­blème – cf (1) – en pro­po­sant un État qui n’en est pas un, du moins pas une concep­tion démo­cra­tique, donc une Consti­tu­tion qui n’en est pas une, au sens de la de l’article 16 de la décla­ra­tion des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 *. (Expli­quez-nous donc SVP ce que Mon­tes­quieu a appor­té comme plaie dans notre concep­tion de la démo­cra­tie, qu’on soit fixés sur le « point fon­da­men­tal » que je sou­lève, moi).
    De deux, elle a pré­sup­po­sé, sui­vant une concep­tion au mieux actuelle, donc dépas­sée (à défaut, orien­tée par l’idéologie dont le pro­jet de Consti­tu­tion entend pour­tant impli­ci­te­ment nous débar­ras­ser – cf (2) -…) du nombre et de la nature des pou­voirs à iden­ti­fier et sépa­rer et donc du péri­mètre des ins­ti­tu­tions à mettre en place. 

    * L’article 16 de la Décla­ra­tion des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 sti­pule que : « Toute socié­té dans laquelle la garan­tie des droits n’est pas assu­rée ni la sépa­ra­tion des pou­voirs déter­mi­née, n’a point de Constitution. » 
    Voir à ce sujet le com­men­taire que je vais envoyer sous peu sur le volet « grands prin­cipes – choix difficile ».

    Et bien sûr, les citoyens ne peuvent pas expri­mer dans l’anarchie une pro­blé­ma­tique qui pour­rait pour­tant être consen­suelle. Cette anar­chie est ce que nous devons évi­ter ici – c’est là tout le pro­blème, et c’est bien ce qui m’amène car je sou­haite contri­buer à pro­po­ser des jalons dans la démarche. Il me semble que nous sommes pré­ci­sé­ment réunis ici (comme d’autres le font ailleurs) pour écrire le PROTOCOLE de la consul­ta­tion, de même que pour poser la PROBLÉMATIQUE qui devrait être sou­mise à une Consti­tuante. Les deux sont indis­so­ciables, d’une part parce qu’il faut bien qu’un groupe res­treint s’entende sur un pro­jet avant de lan­cer une consul­ta­tion ; parce que le pro­jet, c’est déjà la forme du pro­to­cole ; parce que la rati­fi­ca­tion popu­laire ** doit jus­te­ment se faire à l’étape de la pro­blé­ma­tique consti­tuante, et condi­tion­ner le QUI de la consti­tuante, lié au QUOI.

    ** Au moins, la pre­mière, rien n’empêche a prio­ri d’y ajou­ter une vali­da­tion de la Consti­tu­tion rédi­gée – je suis pour, mais à la condi­tion expresse que le texte final soit simple et acces­sible à tous, dans l’esprit du pré­am­bule de la Décla­ra­tion des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789.

    2) « Quelles caté­go­ries envi­sa­ge­riez-vous d’exclure ? »
    Je m’interdis de le poser a prio­ri. Et les sug­ges­tions sur le QUI que j’ai déjà faites dans mon pre­mier mes­sage, ne font que décou­ler de ma propre ana­lyse du QUOI. Ana­lyse qui, à ma connais­sance, a déjà un très large tronc com­mun avec celle que pro­pose Étienne. 
    Je ne sou­haite pas com­pri­mer ce qui ne peut l’être, mais il faut bien s’expliquer. Disons que l’idéologie néo libé­rale (appe­lez comme vous vou­drez la ratio­na­li­té finan­cière qui entend gérer l’humain au nom d’une Éco­no­mie per­son­ni­fiée et éman­ci­pée des États) n’a rien d’une volon­té poli­tique por­tée par un groupe d’ampleur signi­fi­ca­tive (évi­dem­ment, il s’en trouve tou­jours pour ratio­na­li­ser à leur avan­tage, soit pour jus­ti­fier, un mode éco­no­mique qui existe déjà) – et n’a rien de propre à la droite, ni au modèle libé­ral, pour faire vite – mais est direc­te­ment liée au cadre struc­tu­rel qui conduit lui-même à dis­soudre l’État (disons le cadre ultra libé­ral mon­dia­li­sé) et que cette idéo­lo­gie est « tyran­nique sous cou­vert d’apparence libé­rale et démo­cra­tique » jus­te­ment parce qu’elle repose sur un para­doxe énorme (1), mas­qué par une pen­sée ambi­va­lente dans la ges­tion de l’Économie, basée notam­ment sur ce que j’appelle, au regard du concept de « Fin de l’Histoire » de l’après-Guerre froide, et vu de l’Europe de la paix, une « fal­si­fi­ca­tion de l’« Autre His­toire » » (2).

    (1) Si on jus­ti­fie, dans le dis­cours poli­tique domi­nant, l’effort de guerre éco­no­mique, c’est néces­sai­re­ment au nom d’un quel­conque patrio­tisme éco­no­mique ; hors, la dis­so­lu­tion des État, au sens de l’État démo­cra­tique, se tra­duit par une perte de sens de ce patrio­tisme éco­no­mique, qui encou­rage elle-même, y com­pris chez les citoyens, la volon­té de réduire le poids de l’État.

    (2) Je suis aus­si là pour m’en expli­quer, bien sûr – c’est un peu moder­niste comme lec­ture (mais ce n’est pas la case appro­priée, je dirais de mon point de vue que sa place est déjà dans les grands prin­cipes…) À entendre comme brouillage et des­truc­tion, sur le plan de la morale et de la mémoire, du sens de l’activité éco­no­mique rap­por­té à la concep­tion usuelle de l’Histoire. On pour­rait ajou­ter (c’est là qu’il y a ambi­va­lence de pen­sée) que cette « autre his­toire », du fait du trompe l’oeil lié au para­doxe pre­mier – cf.(1) -, n’é­tant pas sou­mise à la morale (fut-elle celle d’une démo­cra­tie libé­rale – puisque le droit, la Liber­té, l’É­ga­li­té ne s’en­tendent qu’au sens où l’É­tat en est le garant), les acteurs éco­no­miques les plus puis­sants, qu’ils soient pro­duc­teurs, ache­teurs, inves­tis­seurs, ont tout loi­sir de se conduire de manière immo­rale, de même que faus­ser (même si c’est en par­tie mal­gré eux) la trace de leur action au sens de la morale, et ali­men­ter une ration­na­li­té qui nie le lien entre l’ac­ti­vi­té éco­no­mique moderne et la per­cep­tion que l’on en a, dans le sens historique.

    Par­don, c’est un peu long. Mais les pre­mières étapes de négociation…

    Slts.

    Réponse
  17. Jacques Roman

    Par­don Samuel, je me réserve de vous répondre un peu plus tard quand j’au­rai réflé­chi à votre mes­sage 16. JR

    Réponse
  18. anne

    Ques­tion à Jacques Roman :

    Bon­jour Jacques,

    dans votre mes­sage 13, vous dites « Les notions de « Lévia­than » et de contre­poids ont pu avoir une uti­li­té démo­cra­tique il y a deux ou trois-cents ans : elles n’en ont plus. »

    Et vous argu­men­tez par le fait que le degré de liber­té est pro­por­tion­nel au degré de déve­lop­pe­ment, et que c’est entre autres grâce aux hommes poli­tiques qu’on a atteint ces degrés. Ai-je bien com­pris votre pensée ?

    J’a­voue que j’ai du mal à être suf­fi­sam­ment confiante, vu tous les « monstres » qui pour­raient se retrou­ver au pou­voir, ou qui s’y sont retrou­vés il y peu.

    Le but d’une Consti­tu­tion n’est-il pas, entre autres, d’empêcher à ces « monstres » de prendre le pou­voir et de deve­nir dictateurs ?
    Ne faut-il pas tout faire pour se pro­té­ger d’hommes comme Hit­ler ou Ber­lus­co­ni ? (je ne les com­pare pas, je trouve que les deux ont sup­pri­mé des liber­té dans leurs pays, toutes pro­por­tions gardées).

    Aujourd’­hui encore, un homme peut se retrou­ver au pou­voir et limi­ter la liber­té de la presse dans une de nos démo­cra­ties modernes. Et il peut chan­ger des lois pour son béné­fice per­son­nel (ne pas se faire juger par exemple).
    Alors non, je n’ai pas confiance dans les hommes poli­tiques. Et je trouve que l’on ne se mon­tre­ra « jamais assez pru­dent » par rap­port à la conser­va­tion de la liber­té et la solidarité.

    Expli­quez-moi où vous pen­sez que je me plante 😉

    Anne

    Réponse
  19. Jacques Roman

    Bon­jour Anne (18).

    Nous, vous ne vous plan­tez pas : disons que vous êtes peut-être plus méfiante que moi (en théo­rie), ce qui est une qua­li­té la plu­part du temps.

    Il me semble en effet que le degré de liber­té, d’égalité et soli­da­ri­té est en gros à peu près pro­por­tion­nel au degré de déve­lop­pe­ment de l’État. C’est confir­mé par les clas­se­ments actuels. Mais par « Etat » je n’en­tends pas seule­ment les gou­ver­nants : les citoyens font aus­si par­tie de l’E­tat au sens d’or­ga­ni­sa­tion politique.

    Il faut des contrôles, et il faut déve­lop­per la démo­cra­tie participative.

    C’est vrai, cela dit, que j’ai pro­ba­ble­ment meilleure opi­nion que vous des poli­ti­ciens. JR

    Réponse
  20. Olga

    Les grands prin­cipes, eux aus­si, méritent des réexa­mens critiques.

    Le fon­de­ment de la démo­cra­tie, sauf erreur, me semble l’ac­cep­ta­tion de l’as­pect para­doxal des choses…

    Les réa­li­tés bougent, émergent, se déve­loppent, etc.

    Aus­si notre esprit d’a­na­lyse, « l’in­tel­li­gence « dont tout homme peut pré­tendre faire usage, nous impose non seule­ment de « détrô­ner » les gou­rous, les pro­fes­sion­nels de la poli­tique, mais aus­si, peut-être, de détrô­ner « les grands principes » :

    Je ne veux pas dire qu’il ne faut pas avoir de prin­cipes, ni de hié­rar­chie des principes :

    Ce que je veux dire, c’est que quand la réa­li­té change, les mots risquent de se vider de leur sens, et que par consé­quent, il faut avoir des prin­cipes véri­fiés, « en bon état de marche », et sou­mis à une uti­li­sa­tion « citoyenne » , pas dogmatique .

    Sinon, on aura tou­jours des « élites » déca­lées, loin des réalités.

    … Je recon­nais que ce que je dis est « dis­cu­table », peut-être schématique.

    Mon idée, c’est d’é­vi­ter les fon­da­men­ta­lismes, tout en culti­vant le meilleur des idéalismes.

    Réponse
  21. Étienne

    Je trouve cette réflexion par­ti­cu­liè­re­ment inté­res­sante, Olga (comme la plu­part de tes inter­ven­tions, d’ailleurs ;o)

    Pré­ci­sé­ment, c’est le soi-disant hori­zon indé­pas­sable (très dog­ma­tique) de la repré­sen­ta­tion poli­tique pro­fes­sion­na­li­sée, dési­gnée par élec­tion et fina­le­ment sans contrôle citoyen en cours de man­dat que je pré­tends ques­tion­ner en remet­tant les grands prin­cipes en chan­tier, entre simples citoyens plu­tôt qu’entre experts : à quoi servent les prin­cipes ins­ti­tu­tion­nels et quels sont ceux, les plus « grands », que les hommes devraient, tout bien réflé­chi, par­ti­cu­liè­re­ment pro­té­ger et défendre.

    Ce qui me fait tant tra­vailler en ce moment sur ce sujet car­di­nal, c’est exac­te­ment la crainte d’un fon­da­men­ta­lisme qui négli­ge­rait (qui néglige déjà, en fait) la fina­li­té humaine de la repré­sen­ta­tion politique.

    Je vais vous pré­sen­ter la nou­velle par­tie FORUM de ce site dans quelques heures :o)

    Étienne.

    Réponse
  22. Olga

    Per­met­tez-moi, Samuel, Jacques et Anne, de prendre mon souffle avant de jeter, peut-être un pavé dans notre mare…

    Sous réserve d’une relec­ture, bien sûr, je pense être à peu près sur votre lon­gueur d’onde.
    (par­don pour l’à-peu-près)

    (« pro­to­cole »,  » préa­lable », « loups », « agneaux ».)

    On a « l’a­van­tage » en France d’a­voir héri­té de la TERREUR, et c’est peut-être ce pas­sé qui nous pré­ser­ve­ra d’une guerre civile, car dès que l’on devient « consti­tuant », on s’en­toure de précautions.

    On a aus­si l’a­van­tage d’a­voir des par­tis poli­tiques cha­hu­tés par leurs bases, un peu, et par « leurs élec­teurs », beaucoup.

    Je pense que l’im­per­fec­tion fla­grante du sys­tème démo­cra­tique actuel ne doit pas faire l’ob­jet d’un constat déses­pé­ré, par­ceque « l’homme ne se pose que les pro­blèmes qu’il est en capa­ci­té poten­tielle de résoudre » (oui, je cite mal…!)

    Aus­si cri­ti­quables qu’ils soient, ces par­tis ont le mérite d’être un héri­tage démo­cra­tique et avant de les pas­ser par des­sus bord, la dyna­mique citoyenne peut les « sub­ver­tir », les « convo­quer », les uti­li­ser comme ils vont, en les assi­gnant ain­si à un rôle non plus « cen­tral », mais « complémentaire ».

    Bref : je ne suis pas pour « exclure », mais pour remettre à LEUR place « l’ex­per­tise », le « pro­fes­sion­na­lisme » (un peu comme la laï­ci­té a remis à leur bonne place les religions).

    Les idéo­lo­gies toutes fice­lées sont tom­bées d’elles-mêmes, mais la « guerre idéo­lo­gique « , elle, per­dure, ce qui nous per­met de nous « culti­ver  » avec l’é­tude des belles ruines, en nous disant : « quand même, il y avait matière là-dedans ! »

    Donc, pour moi, les citoyens doivent convo­quer les dino­saures, (voire cer­tains « loups » ?), pour « pen­ser avec », pas pour idolâtrer.

    Et puis il fau­dra bien trou­ver des formes nou­velles d’as­so­cia­tion pour don­ner consis­tance à tous ces forums citoyens, mais on ne les a pas encore inven­tées… Alors ?

    Qui nous aide­ra à trier, à mesu­rer nos idées, à les ran­ger sous des « éti­quettes  » (iden­ti­taires, oui !) pour ne pas les éga­rer dans une confu­sion ter­ri­fiante ? on ne veut pas de l’A­NAR­CHIE ? … Alors la ques­tion se pose.

    J’es­père bien que « l’as­sem­blée consti­tuante » (tirage au sort plus élec­tions pro­por­tion­nelles, etc.) serait capable de nous pro­po­ser une « bonne  » constitutions .

    Ne fai­sons pas « table rase  » avant !

    Me voi­là deve­nue conservatrice !!

    Réponse
  23. Olga

    « agneaux » n’a­vait pas été dit ici…

    Réponse
  24. Olga

    Si tout élu devient « homme de pou­voir », son expé­rience ne doit pas être perdue :

    Le « conseil » des anciens sur la touche reste utile.

    Je crois même que pour ne pas recom­men­cer à tom­ber dans le pan­neau (cor­rup­tion, naï­ve­té, etc.), il ne faut pas igno­rer « le vécu  » de l’élu.

    « Qui oublie son his­toire, etc… »

    Et puis, avoir un avis « de l’ex­té­rieur du pou­voir », sup­pose de ne pas igno­rer « le point de vue interne ».

    Com­ment un patron de cha­lu­tier qui tra­verse le « rail mon­tant » avec ses lignes peut-il ima­gi­ner la dif­fi­cul­té du capi­taine d’un car­go « han­di­ca­pé pour sa manoeuvre » du fait de son gigantisme ?

    Il faut être mon­té à bord de cha­cun de ces navires pour com­prendre « l’autre » !

    … La Consti­tu­tion, c’est la mise en place d’un dis­po­si­tif qui ne mécon­nait pas la réa­li­té de ceux qui vont l’appliquer .

    Il n’y a donc pas que des véri­tés objec­tives appré­ciables « de l’ex­té­rieur », il ne faut donc pas avoir des « assem­blées » de néo­phites exclu­si­ve­ment : le pro­fes­sio­na­lisme ne doit pas rem­pla­cer la démo­cra­tie, mais la démo­cra­tie doit pou­voir l’en­tendre, lui aussi.

    Serais-je hors-sujet ?

    … Il paraît que « le pou­voir est un trou noir » pour la démocratie…

    Réponse
  25. Batswann

    Bon­jour Olga,

    Je réponds rapi­de­ment car per­son­nel­le­ment j’adhère à votre pro­pos. Je crois en effet qu’il est néces­saire d’a­voir une aide, ne serait-ce que tech­nique, pour que les « néo­phites » rédigent une constitution.
    Que ce soit des juristes, des poli­tiques ou autres, le plus dur sera de conser­ver la fron­tière entre l’aide, l’ap­pui tech­nique et l’influence.
    Per­son­nel­le­ment, je ne suis pas oppo­sé à ce que des poli­tiques par­ti­cipent direc­te­ment à la rédac­tion d’une Consti­tu­tion. En revanche, s’il le font, je veux avoir l’as­su­rance qu’ils ne pour­ront plus par­ti­ci­per à des man­dats élec­tifs par la suite.

    Réponse
  26. Ozone

    Bon­jour à tous !

    Ah le beau pro­jet que de faire écrire un texte fon­da­men­tal par les inté­res­sés eux même ! Mais com­ment gérer les contra­dic­tions des par­ti­ci­pants ? L’in­té­rêt géné­ral est dif­fé­rent de la somme des inté­rêts de ses membres !

    Ce ne sont pas les élus qui rédigent les textes fon­da­men­taux, ils ont leurs « nègres » : des pro­fes­sion­nels du droit qui tra­duisent leurs volon­tés ! Et ces auteurs, il faut les for­mer pour qu’ils ne rédigent pas « n’im­porte quoi » !

    Ques­tion : qui les forme ? ou les formatte ?

    Et puis l’en­fer est pavé de bonnes inten­tions ! Et le droit est bien la science de l’in­ter­pré­ta­tion de textes pou­vant paraître ano­dins de prime abord !

    Alors lais­ser faire des intel­lec­tuels qui pensent savoir ce qui est bon pour la popu­la­tion ? Quelle dif­fé­rence avec nos élus ? L’af­faire est complexe !

    Et puis cette notion de rota­tion des res­pon­sables me conduit à deux remarques : cela me rap­pelle de mau­vais sou­ve­nirs pas for­cé­ment démo­cra­tiques, et puis cela n’empêche pas la cor­rup­tion, en sous main, de se faire repré­sen­ter par un « nou­veau » qui accepte contre espèces son­nantes et tré­bu­chantes ! L’homme de paille parfait !

    Votre dia­logue est louable mais la solu­tion est bien déli­cate à mettre en oeuvre ! Il existe bien des écueils sur la route !

    En tout cas je suis d’ac­cord sur le point qu’à tout pou­voir il faut un contre pou­voir et que, depuis un jour de novembre 1989 et la chute d’un mur, il n’en existe plus beau­coup de nos jours !

    Réponse
  27. Olga

    Per­sonne n’a pré­ten­du que « la chose » est simple.

    Mais il faut qu’elle reste, en der­niere ins­tance, sous le contrôle des citoyens.

    Dans l’i­dée d’au­to­ges­tion, il n’y a pas un simple rêve d’u­na­ni­mi­té popu­laire et d’au­to­sa­tis­fac­tion facile.

    Il y a plu­tôt, je crois, la conscience de cette » com­plexi­té », et de la néces­si­té de « faire le quart  » devant ses « méca­nismes per­vers », pour ne pas les lais­ser déri­ver « en auto­ma­tismes diaboliques »

    Ce qui devrait être auto­ma­tique, c’est le réflexe des citoyens qui alertent quand « ça va de travers » :

    Si les ins­ti­tu­tions ne leur accordent que « la rue » pour cela, voire « la grève », avouez que cela relève d’une concep­tion pri­maire des « droits de l’homme », car l’homme est un être capable d’in­ter­ven­tion intel­li­gente, sauf erreur :

    L’er­reur en ques­tion, c’est d’ex­clure à prio­ri les « per­son­nels d’exé­cu­tion » de cette flat­teuse per­cep­tion qu’ont d’eux-mêmes les grands cadres diri­geants qui se croient d’une race supé­rieure par­ce­qu’ils ont tou­jours fré­quen­té les meilleures écoles :

    Pro­to­type : L’ENA… (je ne crache pas des­sus, mais comme tout le monde, je sens bien que cette « intel­li­gence-là » souffre d’une consan­gui­ni­té avec celle des « nomen­cla­tu­ras » les pires).

    Les capi­taines d’in­dus­trie qui méprisent leurs équi­pages sont les pre­miers à quit­ter le navire quand ça tourne mal.

    Réponse
  28. TCHOO

    Une assem­blée consti­tuante se doit de repré­sen­ter tous les citoyens.
    Exclure les élus en postes et les futurs ( qui va défi­nir qui sont les futurs élus, y a ‑t-il des lec­teurs de marc de café recon­nus et com­pé­tent?) selon le prin­cipe de « on ne peut pas être juge et par­tie » me semblent à prio­ri intel­lec­tuel­le­ment défen­dable, cepen­dant cela revien­drait à enté­ri­ner qu’il existe des citoyens avec des droits différents.
    Dilemne, ô dilemne, peut-être pour­rions orga­ni­ser la Consti­tuante avec des col­lèges d’é­lus, dont le tra­vail serait limi­té à une force de pro­po­si­tion et non de décision.

    Réponse
  29. Étienne

    5 février : je ferme les com­men­taires sur ce fil de dis­cus­sion car j’ai créé un vrai ‘forum’ pour mieux pré­sen­ter et struc­tu­rer nos échanges.

    Le pré­sent fil se pour­suit sur le forum à http://​etienne​.chouard​.free​.fr/​f​o​r​u​m​/​v​i​e​w​t​o​p​i​c​.​p​h​p​?​i​d​=16.

    Je vous invite à vous ins­crire à ce nou­veau forum (c’est facile) et à copier/coller, les mes­sages que vous esti­mez les plus inté­res­sants, voire tous bien sûr, depuis ce blog jus­qu’au nou­veau forum. Le plus simple pour aller vite, c’est d’ou­vrir deux fenêtres, une sur le blog, l’autre sur le forum, et copier/coller d’une fenêtre à l’autre.

    Je vous demande bien par­don pour la gêne que je vous cause ain­si, mais je suis sûr que vous pré­fé­re­rez ce nou­vel outil de débat.

    Écri­vez-moi si vous avez du mal, je vous aide­rai :o)

    Au plai­sir de vous lire à nou­veau très bien­tôt :o)

    Réponse

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