L’exemple enthousiasmant d’un Président Ami du Peuple : Maduro le démocrate, fils spirituel de Chàvez le démocrate, explique la formidable dynamique constituante populaire au Venezuela

14/01/2026 | 1 commentaire

Pour la dixième fois consé­cu­tive, le pré­sident véné­zué­lien Nicolás Madu­ro a accep­té de nous accor­der une « inter­view du Nou­vel An ». Nous l’avons enre­gis­trée à Cara­cas en fin d’après-midi, le 31 décembre, alors que la nuit com­men­çait à tom­ber sur la magni­fique capi­tale et que l’année 2025 tou­chait à sa fin. Cette fois, le pré­sident Madu­ro a pro­po­sé une « inter­view mobile » : conver­ser à bord de sa voi­ture, qu’il condui­sait lui-même, tan­dis que nous tra­ver­sions les rues ani­mées de la ville. À l’arrière se trou­vaient Cilia Flores, son épouse et Fred­dy Ñáñez, le jeune vice-pré­sident à la Culture et à la Com­mu­ni­ca­tion. Il n’y avait ni gardes du corps ni hommes armés visibles.

Les décla­ra­tions du pré­sident Madu­ro revêtent un inté­rêt par­ti­cu­lier car, depuis plus de cinq mois, son pays subit la pres­sion d’une puis­sante marine états-unienne sta­tion­née au large de ses côtes. De plus, le pré­sident des Etats-Unis n’a ces­sé de pro­fé­rer des menaces contre la sou­ve­rai­ne­té du Vene­zue­la. Cette situa­tion ten­due place le pré­sident Nicolás Madu­ro au cœur même de la scène internationale.

Igna­cio Ramo­net : Mon­sieur le Pré­sident, je vous suis très recon­nais­sant de m’accorder, pour la dixième fois consé­cu­tive, cette inter­view de Nou­vel An. Je sais que votre emploi du temps est très char­gé, sur­tout dans le contexte actuel… J’aimerais com­men­cer par une ques­tion éco­no­mique : un rap­port vient d’être publié par la CEPAL (ONU, Com­mis­sion éco­no­mique pour l’Amérique latine et les Caraïbes) qui indique que le Vene­zue­la connaî­tra la plus forte crois­sance éco­no­mique d’Amérique latine en 2025, esti­mée à 6,5 %. Ma ques­tion est la sui­vante : com­ment, dans un pays sous blo­cus, sou­mis à tant de mesures coer­ci­tives uni­la­té­rales et illé­gales, et actuel­le­ment sous la menace mili­taire sérieuse des États-Unis, peut-il réa­li­ser ce « miracle économique » ?

Nicolás Madu­ro : Cela fait deux ans de suite que le Vene­zue­la affiche la plus forte crois­sance de l’économie réelle en Amé­rique latine et dans les Caraïbes. Nous avons enre­gis­tré vingt tri­mestres consé­cu­tifs de crois­sance depuis notre essor en 2021. Je me sou­viens que lorsque je vous ai pré­sen­té le plan éco­no­mique pour l’interview que vous avez publiée le 1er jan­vier 2022, et que vous pou­vez consul­ter, nous avions évo­qué la concep­tion d’un sys­tème de moteurs éco­no­miques, per­met­tant à cha­cun de fonc­tion­ner de manière auto­nome. Ces moteurs étaient pro­fon­dé­ment ancrés dans la réa­li­té véné­zué­lienne ; nous ne les avions pas inven­tés. Le déve­lop­pe­ment de chaque moteur, tant par sa capa­ci­té de crois­sance réelle que par la coor­di­na­tion de l’ensemble des moteurs, com­men­çait déjà à por­ter ses fruits.

En 2021, nous avons connu nos deux pre­miers tri­mestres de crois­sance ful­gu­rante, en plein cœur de la pan­dé­mie de COVID-19. J’ai mis au point la méthode désor­mais connue sous le nom de Méthode 7×7, qui nous a per­mis d’amorcer cette crois­sance. D’un point de vue spi­ri­tuel, on parle de « miracle », mais du point de vue de l’identité véné­zué­lienne, je dirais que la crois­sance de cette nou­velle éco­no­mie – qui compte aujourd’hui 14 sec­teurs – est le fruit de la volon­té d’entreprendre et de la capa­ci­té de toute la socié­té à se recons­truire, à se réin­ven­ter. Familles véné­zué­liennes, hommes, femmes, entre­pre­neurs, chefs d’entreprise, ouvriers – tous se sont réin­ven­tés. Des com­merces les plus simples : vente de café, vente d’are­pas (1)… Les gens se sont recons­truits, les cam­pagnes se sont recons­truites et la pro­duc­tion a repris… Alors qu’on disait tou­jours que c’était impos­sible. Pro­duire de la nour­ri­ture au Vene­zue­la : viande, lait, pou­let, maïs, riz, etc. Tout ce qui s’achetait aupa­ra­vant grâce à l’argent du pétrole. Le boom pétro­lier avait tout bouleversé.

Nous n’avions pas choi­si ce modèle ren­tier dépen­dant du pétrole. Quand je suis né en 1962, ce modèle capi­ta­liste dépen­dant du pétrole nous avait déjà été impo­sé. Nous étions une colo­nie pétro­lière états-unienne. Ce que nous avons choi­si, c’est de jeter les bases pour nous affran­chir de la rente pétro­lière, pour construire notre propre modèle. Le com­man­dant Chá­vez nous a lais­sé les grandes lignes du « Plan de la Patria » (Plan pour la Patrie), et nous les avons mises à l’épreuve au pire moment pos­sible, au milieu du blo­cus qu’ils nous ont impo­sé, lorsqu’ils nous ont pri­vés de 99 % de nos reve­nus pétroliers…

À cette époque, rien ne se pro­dui­sait au Vene­zue­la. Et, sans res­sources, nous ne pou­vions plus rien impor­ter… C’est alors que nous nous sommes dit : allons de l’avant, rele­vons le défi. Et c’est ce qui s’est pas­sé : le Vene­zue­la a gran­di, tant sur le plan spi­ri­tuel que sur le plan de la doc­trine éco­no­mique. Nous avons conçu une éco­no­mie réelle, fon­dée sur des valeurs authen­tiques, qui est pro­gres­si­ve­ment deve­nue une nou­velle force pro­duc­tive. En 2024, nous avons enre­gis­tré une crois­sance de 9 %, et en 2025, elle devrait se situer aux alen­tours de 9 %, voire davan­tage. Qu’est-ce qui croît ? L’économie réelle, celle qui pro­duit des biens et des ser­vices, qui génère de la richesse à un stade avan­cé, ce qui est véri­ta­ble­ment stu­pé­fiant. Car, je le répète, l’économie réelle est en crois­sance ; cha­cun des 14 moteurs de crois­sance est en crois­sance. Et le grand défi à pré­sent – comme je l’ai dit – est que ces 14 moteurs mettent en œuvre une stra­té­gie visant à réduire, voire à éli­mi­ner presque radi­ca­le­ment, toutes les impor­ta­tions. Nous devons impé­ra­ti­ve­ment réa­li­ser tout cela au Venezuela.

Deuxiè­me­ment, nous devons diver­si­fier nos expor­ta­tions au-delà du pétrole. Il nous faut de nou­velles sources de devises étran­gères. Troi­siè­me­ment : appro­vi­sion­ner le mar­ché. Mais j’estime que la meilleure approche consiste à rem­pla­cer radi­ca­le­ment toutes les impor­ta­tions, abso­lu­ment toutes, jusqu’à atteindre zéro impor­ta­tion. Et pro­duire tout ce dont nous avons besoin pour conti­nuer à appro­vi­sion­ner 100 % du mar­ché intérieur.

IR : l’alimentation ?

Nicolás Madu­ro : Non, abso­lu­ment tout. On parle des ser­vices publics, des biens, de tous les besoins du pays, des vête­ments, des chaus­sures, de tout, de la pro­duc­tion de tout.

IR : et les véhicules ?

Nicolás Madu­ro : oui, les véhi­cules, bien sûr. Et troi­siè­me­ment : pour­suivre la crois­sance du prin­ci­pal moteur : les expor­ta­tions hors pétrole. Conti­nuer à déve­lop­per les expor­ta­tions de pro­duits de la mer, de pro­duits bio­lo­giques… Conti­nuer à expor­ter notre café, le meilleur au monde ; expor­ter du cho­co­lat, du cacao, etc. Nous avons déjà pro­gres­sé ; nos expor­ta­tions aug­mentent sans cesse. Notre éco­no­mie doit donc rele­ver d’importants défis pour pour­suivre son déve­lop­pe­ment. Car per­sonne ne peut encore crier vic­toire. Le pro­ces­sus est tou­jours en cours, la construc­tion se pour­suit. Et les 14 sec­teurs ont fait preuve d’un grand dyna­misme. La bonne nou­velle, c’est que, pour la deuxième année consé­cu­tive, depuis un Vene­zue­la assié­gé et mena­cé, nous sommes à la pointe de la crois­sance éco­no­mique en Amé­rique latine et dans les Caraïbes. C’est une excel­lente nouvelle.

IR : Mon­sieur le Pré­sident, ce suc­cès éco­no­mique n’exclut pas une nou­velle hausse de l’inflation. Je vous demande, dans ce contexte géo­po­li­tique très dif­fi­cile, quelles stra­té­gies votre gou­ver­ne­ment met-il en œuvre pour maî­tri­ser l’inflation, sta­bi­li­ser la mon­naie et amé­lio­rer le pou­voir d’achat des retrai­tés, des tra­vailleurs et des salariés ?

Nicolás Madu­ro : Tout d’abord, notre stra­té­gie s’est avé­rée par­fai­te­ment juste : l’indexation. Ce n’est pas une pra­tique dont on parle beau­coup à l’échelle mon­diale… C’est une for­mule que nous avons tes­tée… L’indexation, conju­guée à l’entrepreneuriat, aux entre­prises fami­liales et aux coopé­ra­tives de tra­vailleurs, a per­mis au Vene­zue­la de se doter d’un mar­ché inté­rieur par­mi les plus per­for­mants au monde, et de ce que j’appelle, depuis sep­tembre 2024, une « sur­chauffe du com­merce inté­rieur ». Actuel­le­ment, en décembre 2025, les échanges com­mer­ciaux et la consom­ma­tion ont pro­gres­sé de 34 %, ce qui témoigne d’une sur­chauffe très impor­tante. Or, les pro­duits natio­naux couvrent déjà 90 % de la demande totale sur le mar­ché inté­rieur. Et la crois­sance des échanges s’élève à nou­veau à 34 % cette année… Ce qui signi­fie que les familles véné­zué­liennes dis­posent d’un réel pou­voir d’achat et d’une réelle capa­ci­té de consom­ma­tion. Et les familles véné­zué­liennes en sont conscientes. Mais il est essen­tiel de conso­li­der ce modèle.

L’autre pro­blème concerne les attaques spé­cu­la­tives per­sis­tantes contre notre mon­naie, le boli­var. Nous sommes par­ve­nus à le sur­mon­ter pro­gres­si­ve­ment. Car cela est deve­nu ce que l’on pour­rait appe­ler l’objectif prin­ci­pal de l’extrême droite et des cam­pagnes impé­ria­listes de menaces et de blo­cus économiques.

L’un de leurs objec­tifs, avec cette affaire d’attaques contre des pétro­liers et de vente de pétrole véné­zué­lien, est de per­tur­ber une fois de plus le sys­tème moné­taire et les équi­libres que nous avons déjà éta­blis et conso­li­dés. C’est une per­tur­ba­tion que nous savons gérer, à laquelle nous allons faire face, et lorsque nous réa­li­se­rons notre entre­tien dans un an, vous consta­te­rez que nous l’aurons déjà surmontée.

IR : Mon­sieur le Pré­sident, je sou­haite abor­der un autre sujet insuf­fi­sam­ment dis­cu­té : l’originalité du modèle poli­tique véné­zué­lien. Cette année, en 2025, vous avez for­te­ment mis en avant l’État com­mu­nal, et je vous demande, dans le contexte actuel de nom­breuses menaces pesant sur le Vene­zue­la, pour­quoi avoir choi­si de ren­for­cer l’autogestion popu­laire plu­tôt que de cen­tra­li­ser le pou­voir ? La Com­mune est-elle la réponse poli­tique boli­va­rienne au modèle démo­cra­tique libé­ral domi­nant en Occi­dent ? Envi­sa­gez-vous un nou­veau modèle spé­ci­fique de démo­cra­tie vénézuélienne ?

Nicolás Madu­ro : Je crois que ce modèle est né avec Le Livre Bleu (2). Dès 1990, le com­man­dant Chá­vez par­lait de « démo­cra­tie boli­va­rienne », de démo­cra­tie popu­laire. Sans aucun doute, la démo­cra­tie occi­den­tale, la démo­cra­tie clas­sique qu’ils qua­li­fient de libé­rale, est arri­vée à un point de non-retour. Elle ne repré­sente plus le peuple ; ce sont des démo­cra­ties sans peuple ; des démo­cra­ties mani­pu­lées, faci­le­ment mani­pu­lables ; des démo­cra­ties pour les mino­ri­tés ; et, de plus en plus, des démo­cra­ties qui fonc­tionnent selon les inté­rêts des mil­liar­daires et des grandes entre­prises… Ce sont des démo­cra­ties sou­mises à la mani­pu­la­tion des réseaux sociaux, à la mani­pu­la­tion émo­tion­nelle qu’ils opèrent. Par consé­quent, la com­mu­nau­té, le citoyen, n’a aucun pou­voir dans ces démo­cra­ties. Fon­da­men­ta­le­ment. Cela ne signi­fie pas pour autant qu’il n’existe aucune expé­rience posi­tive dans ce qu’ils appellent la « démo­cra­tie occi­den­tale ». Bien sûr que si.

Nous, dès le début, nous avions ici notre propre pro­jet ori­gi­nal, ins­pi­ré par Bolí­var, Simón Rodrí­guez et Eze­quiel Zamo­ra. Le com­man­dant Chá­vez, dans Le Livre Bleu pro­pose de refondre la démo­cra­tie par un pro­ces­sus consti­tuant popu­laire. Et de repen­ser la for­mule démo­cra­tique pour construire une démo­cra­tie au quo­ti­dien. Une démo­cra­tie per­ma­nente. Une démo­cra­tie du peuple. Où le pou­voir abso­lu appar­tient au peuple. Et qu’est-ce que le pou­voir ? Pre­miè­re­ment, le pou­voir poli­tique. Déci­der. Déci­der des poli­tiques publiques. Deuxiè­me­ment, le pou­voir éco­no­mique. Déci­der des bud­gets. Déci­der du bud­get natio­nal. Et troi­siè­me­ment, le pou­voir de la culture. Le pou­voir de l’éducation. Voi­là ce que nous construi­sons. Le com­man­dant Chá­vez a fon­dé les Conseils com­mu­naux. Et tu te sou­viens sans doute com­ment Chá­vez me l’a confié, et à tous. Il m’a dit : « Nico­las, me sai­sis­sant l’épaule, je te confie le pro­jet des com­munes comme si je te confiais ma propre vie. »

Quand il a dit ça, j’ai res­sen­ti le poids de siècles tom­ber sur mes épaules, j’étais juste à côté de lui… Mais heu­reu­se­ment, notre peuple a pris ce poids sur ses épaules, et main­te­nant il ne me pèse plus. Voyez, mes épaules sont libres, car notre peuple pra­tique désor­mais la démo­cra­tie directe.

Concrè­te­ment, cette année, nous avons tenu quatre consul­ta­tions natio­nales orga­ni­sées par les auto­gou­ver­ne­ments com­mu­nards qui décident, votent pour leurs pro­jets. Bien sûr, pour l’AP, EFE, CNN, UPI, AFP, pour les médias occi­den­taux, notre démo­cra­tie directe n’existe pas. Pour eux, il n’y a qu’une attaque constante contre le Vene­zue­la boli­va­rien. Mais je lance un défi à qui­conque sou­haite débattre, quel que soit son nom, quelle que soit sa posi­tion : je les invite à débattre dans n’importe quel quar­tier de Cara­cas, à débattre avec notre peuple, pas avec moi. Qu’ils débattent avec le peuple. Ain­si, ils pour­ront consta­ter com­ment se construit une nou­velle démocratie.

Nous ne pré­ten­dons pas être un modèle pour qui que ce soit, mais nous sommes fiers de ce que nous construi­sons. Les gens s’émancipent, tracent leur propre che­min et se déve­loppent. Nous avons mené quatre consul­ta­tions, une par tri­mestre, et cette année, nous avons éga­le­ment approu­vé 33.000 pro­jets com­mu­naux qui ont été finan­cés et réa­li­sés. Il s’agit notam­ment de tra­vaux publics, de centres de san­té, de dis­pen­saires, d’écoles, de lycées, de routes, d’autoroutes, d’infrastructures, de centres pour per­sonnes âgées, de centres de jeu­nesse, et bien plus encore. Il s’agit de résoudre les problèmes.

D’où viennent les pro­jets ? De l’assemblée de quar­tier. Et com­ment sont-ils approu­vés ? Pas par un maire, ni par un ministre, ni par un pré­sident. Ce n’est pas moi qui les approuve pour cette com­mune ; je ne dis pas : « Écou­tez, faites ceci pour nous », non. C’est le peuple qui les approuve par son vote. 33.000 pro­jets… Plus de 330 mil­lions de dol­lars ont été inves­tis. D’où viennent ces 330 mil­lions de dol­lars ? Leur équi­valent en boli­vars pro­vient des 14 moteurs, des impôts per­çus, des expor­ta­tions, du pétrole, des pétro­liers qui partent… Tout cela est ensuite trans­for­mé en tra­vaux d’intérêt géné­ral ; cela apporte des solu­tions aux besoins.

Je crois donc que nous construi­sons une démo­cra­tie dyna­mique et conti­nue de par­ti­ci­pa­tion directe, où le pou­voir appar­tient au peuple et où seul le peuple décide. C’est pour­quoi je fais mienne la phrase de Chá­vez : « Ce n’est pas un homme, c’est un peuple. » Ce n’est pas Madu­ro, c’est une Répu­blique, c’est un peuple. Ce que fait Madu­ro, c’est être le relais d’un pou­voir qui est le pou­voir du peuple. »

IR : Com­bien y a‑t-il actuel­le­ment de com­munes dans le pays ?

Nicolás Madu­ro : Il existe 49.000 conseils com­mu­nau­taires et 4100 com­munes. Cepen­dant, nos consul­ta­tions tri­mes­trielles sont orga­ni­sées en 5.336 cir­cuits com­mu­naux. Com­ment cela fonc­tionne-t-il ? Dans les com­munes, la com­mune coor­donne les conseils com­mu­naux : on parle alors de cir­cuit com­mu­nal. Là où il n’existe pas encore de com­munes, des cir­cuits com­mu­naux sont mis en place pour per­mettre aux citoyens de voter et de déci­der. C’est donc un modèle que nous avons déve­lop­pé nous-mêmes. Nous ne l’avons copié de personne.

IR : Et cela est-il vrai aus­si bien en ville qu’à la cam­pagne ? Aus­si bien dans la capi­tale que dans les États ?

Nicolás Madu­ro : Oui. Du nord au sud, d’est en ouest. Que vous alliez dans la mon­tagne la plus recu­lée, dans le hameau, à la cam­pagne, dans n’importe quel quar­tier, vous y trou­ve­rez un conseil com­mu­nal, une com­mune, un porte-parole, une direc­tion. 70 % des postes de direc­tion sont occu­pés par des femmes. L’objectif est donc d’atteindre en 2026 le big bang du pou­voir démo­cra­tique du Venezuela.

IR : Mon­sieur le Pré­sident, vous avez cri­ti­qué et dénon­cé – vous venez de le faire – l’existence d’une guerre média­tique et cog­ni­tive contre le Vene­zue­la et contre le pro­ces­sus boli­va­rien. Com­ment votre gou­ver­ne­ment s’y prend-il pour que la véri­té sur ce qui se passe ici par­vienne à l’opinion publique inter­na­tio­nale ? Sur­tout à une époque où la com­mu­ni­ca­tion est domi­née par les réseaux sociaux.

Nicolás Madu­ro : Nous avons créé un sys­tème natio­nal qui com­mence déjà à avoir un impact inter­na­tio­nal, et que j’appelle dans un livre que j’ai publié, une sorte de manuel : Des rues aux réseaux, des réseaux aux médias, des médias aux murs. Et la Radio Bem­ba (3), qui ailleurs s’appelle Boca Ore­ja.

Nous avons donc mis en place ce sys­tème. Il reste encore beau­coup à faire, mais je suis vrai­ment heu­reux de voir com­ment des mil­lions d’hommes et de femmes, ici au Vene­zue­la et dans le monde entier, défendent la véri­té sur le Venezuela.

La guerre est cog­ni­tive car elle se joue dans le cer­veau ; le cer­veau gère les émo­tions et les concepts. Pour contrer cette guerre cog­ni­tive, nous devons ren­for­cer notre conscience, nos valeurs et notre spi­ri­tua­li­té, et mener le com­bat par la véri­té. Notre arme la plus puis­sante n’est pas un mis­sile nucléaire ; notre arme la plus puis­sante, c’est la véri­té sur le Vene­zue­la, une véri­té irré­fu­table et acca­blante. Lorsque l’on nous donne l’occasion de la dire, la lumière se fait pour le bien de notre pays. Nous défen­dons notre droit à la paix, notre droit à la sou­ve­rai­ne­té natio­nale, notre droit au droit inter­na­tio­nal qui garan­tit l’autodétermination des peuples. Nous défen­dons notre droit à un ave­nir et au développement.

Ce sont là des droits fon­da­men­taux garan­tis par les Nations Unies et tous les trai­tés inter­na­tio­naux : le droit au déve­lop­pe­ment des peuples, le droit à un ave­nir, le droit à la paix. Nous défen­dons éga­le­ment une his­toire glo­rieuse, celle des libé­ra­teurs de l’Amérique. Aus­si, je crois que ce sys­tème de rues, de réseaux, de médias et de murs se ren­for­ce­ra et nous per­met­tra, en 2026 et dans les années à venir, de faire connaître le Vene­zue­la pour sa véri­té et non pour les mani­pu­la­tions et les attaques ignobles qu’il perpètre.

IR : Mon­sieur le Pré­sident, pré­ci­sé­ment à cet égard, de récents son­dages indé­pen­dants montrent qu’il existe actuel­le­ment un large consen­sus au sein de la popu­la­tion véné­zué­lienne pour reje­ter les menaces mili­taires états-uniennes. Com­ment inter­pré­tez-vous ce sou­tien popu­laire et quelles stra­té­gies met­tez-vous en œuvre pour main­te­nir l’unité du peuple vénézuélien ?

Nicolás Madu­ro : Je crois que les gens, sur­tout à tra­vers le monde – et je parle en toute sin­cé­ri­té, car j’ai gran­di dans la sim­pli­ci­té – doivent com­prendre que les peuples du Sud ont le droit d’exister, de vivre. Je ne suis pas un magnat, je ne veux pas l’être ; je veux res­ter un homme du peuple, gou­ver­nant pour le peuple et avec le peuple. Aujourd’hui, le monde doit com­prendre, l’opinion publique états-unienne doit com­prendre, que les peuples du Sud ont le droit d’exister, de vivre… Qu’un nou­veau modèle colo­nial, un nou­veau modèle hégé­mo­nique, un nou­veau modèle inter­ven­tion­niste, ne peut être impo­sé par la doc­trine Mon­roe, ni par aucune autre doc­trine – un modèle où les pays devraient se rési­gner à être des colo­nies d’une super­puis­sance, et où nous, les peuples, serions les esclaves de nou­veaux maîtres… C’est irréa­li­sable. Au XXIe siècle, c’est tota­le­ment irréa­li­sable. Et il faut tenir compte des chiffres que donnent les son­dages. J’imagine qu’aux plus hauts niveaux de déci­sion aux États-Unis, au sein du gou­ver­ne­ment en géné­ral, dans toutes les ins­ti­tu­tions, ils doivent dis­po­ser de don­nées fiables sur le com­por­te­ment des citoyens, car il existe quelque chose qu’ils appellent désor­mais…Big Data et ils le font avec l’intelligence arti­fi­cielle qui per­met de connaître l’opinion publique de tous les pays…

Je vais te confier un secret, tu veux bien ?

IR : C’est pour ça qu’on est là, c’est une confession…

Nicolás Madu­ro : (rire) Nous avons déve­lop­pé une intel­li­gence arti­fi­cielle avan­cée et Big Data et l’intelligence arti­fi­cielle comme dans de nom­breux pays. Ce n’est pas com­pli­qué à com­prendre. Nous pos­sé­dons cette tech­no­lo­gie ; ce n’est pas seule­ment l’un de nos moyens d’analyser les évé­ne­ments publics, mais aus­si ceux d’autres pays… Ces puis­sances mon­diales la pos­sèdent éga­le­ment, et elles doivent savoir que la réac­tion immu­ni­taire de la socié­té véné­zué­lienne face à l’agression et au vol de son pétrole a été un rejet à 95 %. Le gou­ver­ne­ment états-unien actuel doit savoir qu’au Vene­zue­la et en Amé­rique latine – mais je parle ici du Vene­zue­la ; je ne te don­ne­rai pas de don­nées pour l’Amérique latine, nous pour­rons en repar­ler un autre jour, lors d’une autre conver­sa­tion en jan­vier – il doit savoir que 95 % des citoyens rejettent les agis­se­ments du gou­ver­ne­ment états-unien actuel lorsqu’il menace mili­tai­re­ment le Vene­zue­la. C’est la réac­tion immu­ni­taire de toute la socié­té véné­zué­lienne. Ils doivent savoir que la per­sonne qu’ils ont pla­cée à la tête de la droite est très iso­lée et reje­tée au Venezuela.

Aujourd’hui, on pour­rait dire que les États-Unis n’ont aucun allié poli­tique au Vene­zue­la, car cette femme, María Macha­do – sur­nom­mée « La Sayo­na » (4) au Vene­zue­la – a un taux d’impopularité de 85 %, ce qui repré­sente un rejet total de la socié­té véné­zué­lienne. Ni elle ni ce qu’elle repré­sente ne seront jamais en mesure de gou­ver­ner ce pays.

Je sais qu’ils le savent. Ils le savent au Nord, et le monde entier le sait. Et ils doivent savoir que nous, les forces patrio­tiques du pays, le pré­sident Madu­ro, et bien au-delà du PSUV (5), bien au-delà du Grand Pôle Patrio­tique (6), nous béné­fi­cions actuel­le­ment d’un sou­tien de plus de 70 % dans le com­bat que je mène pour la défense de la sou­ve­rai­ne­té natio­nale et pour la paix. Plus de 70 %. Nous n’avons jamais atteint de tels chiffres. Le com­man­dant Chá­vez a béné­fi­cié d’un sou­tien constant ici, tout au long de son man­dat, et nous avons incon­tes­ta­ble­ment gagné des sou­tiens à dif­fé­rentes étapes, comme nous l’avons démon­tré lors des élec­tions. Ce sont donc des chiffres très élo­quents qui témoignent de l’état de l’opinion publique natio­nale et de la manière dont le Vene­zue­la a atteint un niveau de consen­sus et d’unité natio­nale sans pré­cé­dent. Du jamais vu ! Je l’appelle l’union par­faite entre la popu­la­tion, l’armée et la police, mais on pour­rait même par­ler de l’union la plus large de tous les sec­teurs, l’unité natio­nale la plus forte que nous ayons jamais connue.

Il s’agit de la réponse immu­ni­taire natu­relle de la socié­té véné­zué­lienne à l’agression illé­gale, dis­pro­por­tion­née, mena­çante et bel­li­ciste que nous subis­sons depuis 28 semaines consécutives.

IR : Par­lons donc de la menace mili­taire états-unienne. Le Vene­zue­la est confron­té à cette menace navale au large de ses côtes depuis plus de cinq mois. Nom­breux sont ceux qui se demandent com­ment inter­pré­ter les inten­tions des États-Unis. Que cherche Washing­ton ? Veulent-ils vous contraindre à bri­ser la cohé­sion natio­nale dont nous venons de par­ler, l’unité de la Révo­lu­tion boli­va­rienne, l’unité des Forces armées natio­nales boli­va­riennes ? Ou tentent-ils de lan­cer une véri­table attaque pour pro­cé­der à ce qu’on appelle un « chan­ge­ment de régime » ? Com­ment inter­pré­tez-vous cette menace ?

Nicolás Madu­ro : Je pense qu’il existe un débat ouvert au sein de la socié­té états-unienne, et ici au Vene­zue­la éga­le­ment : que cherche à obte­nir le gou­ver­ne­ment des Etats-Unis actuel avec toutes ces menaces ? Des menaces inha­bi­tuelles, illé­gales, voire extravagantes.

Quel est leur but ? Que recherchent-ils ? Il est clair qu’ils cherchent à impo­ser leur volon­té par la menace, l’intimidation et la force. Tout cela viole le droit inter­na­tio­nal et la paix, éta­blis après la Seconde Guerre mon­diale avec la fon­da­tion des Nations Unies en 1945 – dont on a récem­ment célé­bré le 80e anni­ver­saire. Et le droit inter­na­tio­nal, la Charte des Nations Unies qui consti­tue le fon­de­ment du droit inter­na­tio­nal depuis l’après-guerre, inter­dit et condamne expres­sé­ment tout État mena­çant un autre par l’usage de la force. Elle l’interdit, la condamne et l’érige en crime inter­na­tio­nal. Elle condamne et inter­dit éga­le­ment le recours à la force par un État contre un autre. Entre autres dispositions…

Cela a des impli­ca­tions juri­diques consi­dé­rables. Il s’agit d’une vio­la­tion fla­grante du droit inter­na­tio­nal, et la situa­tion sou­lève éga­le­ment d’importantes ques­tions éthiques et morales. Car le peuple états-unien doit se deman­der s’il a élu son gou­ver­ne­ment actuel pour qu’il lance une nou­velle fois des inter­ven­tions mili­taires en Amé­rique latine. Au public états-unien, aux médias, mais sur­tout aux citoyens ordi­naires, à la jeu­nesse des États-Unis, à la com­mu­nau­té chré­tienne, à mes frères et sœurs chré­tiens – je suis moi-même membre d’une église – je pose la ques­tion : est-il éthique, moral et conforme aux valeurs chré­tiennes d’agir comme le fait votre gouvernement ?

Ont-ils élu leur gou­ver­ne­ment pour qu’il relance les inter­ven­tions mili­taires en Amé­rique latine et dans les Caraïbes, pour qu’il cherche à chan­ger le régime par la force, pour qu’il orchestre des coups d’État, pour qu’il les encou­rage, pour qu’il entame les pré­pa­ra­tifs d’une grande guerre, une de ces guerres « éter­nelles » ? car je l’ai dit dans mes dis­cours et dans mes chan­sons… « Non à la guerre, pas de folie guer­rière..Oui à la paix. » Je l’ai dit, je l’ai même répé­té – et c’est deve­nu une chan­son – j’ai dit non à une autre guerre du Viet­nam. Êtes-vous fiers, aux États-Unis, de ce qui s’est pas­sé au Viet­nam ? Je ne le crois pas.

Si tu fais un son­dage, 80 % de la popu­la­tion états-unienne ne sou­haite pas de nou­velle guerre du Viet­nam. Elle ne sou­haite pas une nou­velle guerre comme en Afgha­nis­tan. Est-elle fière de l’Afghanistan ? Vont-ils impor­ter une guerre du Viet­nam, une guerre d’Afghanistan, une guerre d’Irak, une guerre de Libye ici, dans les Caraïbes, en Amé­rique du Sud ? Ce ne sont que des sup­po­si­tions. La poli­tique actuelle du gou­ver­ne­ment états-unien est contraire aux aspi­ra­tions de la socié­té états-unienne et de l’Humanité. Car l’Humanité aspire au dia­logue, à la diplo­ma­tie, à la paix, au res­pect entre les États, au res­pect entre les peuples. Nous agis­sons dans le cadre de notre droit. En tant que Pré­sident, j’agis dans le cadre de notre droit. Nous agis­sons dans le cadre de notre droit, du droit inter­na­tio­nal et de la Consti­tu­tion. Nous défen­dons ce qui nous est le plus sacré : notre terre, nos res­sources natu­relles. Car quel est le but ? Quel est le but du gou­ver­ne­ment actuel des États-Unis ? Ils l’ont déjà dit. N’est-ce pas ? S’emparer de tout le pétrole du Vene­zue­la. Ils l’ont déjà dit. L’or. Les terres rares. Les richesses du Vene­zue­la. Il existe une expres­sion espa­gnole qui dit : « Comme ça, non ! Comme ça, non ! » Nous vou­lons la paix. Nous vou­lons le res­pect du droit inter­na­tio­nal. Espé­rons que, dans les semaines et les mois à venir, la socié­té états-unienne et la socié­té mon­diale sau­ront trou­ver des solu­tions pour dis­si­per et mettre fin à cette menace.

IR : Les médias états-uniens les plus répu­tés ont déjà affir­mé que cer­tains argu­ments avan­cés par leur admi­nis­tra­tion dans le cadre de cette cam­pagne de pres­sion contre le Vene­zue­la – par exemple, l’affirmation selon laquelle le Vene­zue­la serait un « pays pro­duc­teur de cocaïne » – sont faux. Il ne s’agit pas d’une décla­ra­tion du gou­ver­ne­ment véné­zué­lien, mais des médias états-uniens eux-mêmes. Cela ne cor­res­pond en rien à la réa­li­té telle que la démontre toute per­sonne connais­sant le sujet. Quant à la ques­tion du pétrole, la décla­ra­tion du pré­sident états-unien selon laquelle il désap­prouve la « natio­na­li­sa­tion du pétrole » de 1976, soit bien avant le cha­visme, est éga­le­ment absurde. Par consé­quent, les argu­ments concrets jus­ti­fiant cette pres­sion mili­taire res­tent flous.

Nicolás Madu­ro : Écoute, concer­nant la drogue, je peux t’en par­ler. Le Vene­zue­la pos­sède un modèle, je dirais, par­fait, pour lut­ter contre le tra­fic de drogue. Aujourd’hui, nous avons réus­si à détruire le qua­ran­tième avion étran­ger uti­li­sé par les tra­fi­quants de drogue colom­biens. Com­ment ? Avec un chas­seur Sukhoi véné­zué­lien. Cha­peau aux pilotes ! Aujourd’hui, lors d’un com­bat dans la région véné­zué­lienne du Lla­no (7), le der­nier chef opé­ra­tion­nel du gang Tren del Lla­no a été neu­tra­li­sé à Guá­ri­co, ain­si que quatre de ses hommes de main. Il était le der­nier sur­vi­vant du Tren del Lla­no. Nous avons un modèle par­fait pour lut­ter contre le tra­fic de drogue et ses orga­ni­sa­tions cri­mi­nelles. Toute la cocaïne qui cir­cule dans cette région est pro­duite en Colom­bie. Abso­lu­ment toute. Nous sommes vic­times du tra­fic de drogue colom­bien. Non seule­ment aujourd’hui, mais depuis des décen­nies. Et grâce à notre modèle, nous avons réus­si par le pas­sé à maî­tri­ser l’impact du tra­fic de drogue colom­bien sur le Venezuela.

Nous sommes donc confron­tés à une lutte achar­née à la fron­tière. Nous consa­crons des mil­liards en res­sources au déploie­ment de poli­ciers, de sol­dats et aux opé­ra­tions, car la fron­tière colom­bienne est tota­le­ment dépour­vue de pro­tec­tion mili­taire et poli­cière. Nous avons créé trois zones de paix le long des 2.200 kilo­mètres de fron­tière avec la Colom­bie. Mais nous ne béné­fi­cions d’aucune coopé­ra­tion de la part des Colom­biens. Nous devons donc tout faire nous-mêmes.

Et de ces qua­rante avions abat­tus, tous venaient de Colom­bie… La loi étant en vigueur, la loi d’interdiction, ils ont été pré­ve­nus à temps, tout ce qui devait être fait a été fait, et puis, bang bang bang, les roquettes des Sukhoi ont fait le tra­vail. Aujourd’hui, nous avons abat­tu 431 avions étran­gers et colom­biens trans­por­tant de la drogue… dans le res­pect de la loi. Nous dis­po­sons donc d’un modèle exem­plaire et très efficace.

Tout le reste, vois-tu, fait par­tie d’un récit auquel même aux États-Unis, on ne croit pas une seconde. Et, tout sim­ple­ment, puisqu’ils ne peuvent pas m’accuser, puisqu’ils ne peuvent pas accu­ser le Vene­zue­la de pos­sé­der des armes de des­truc­tion mas­sive, puisqu’ils ne peuvent pas nous accu­ser de pos­sé­der des mis­siles nucléaires, de pré­pa­rer une arme nucléaire, de pos­sé­der des armes chi­miques, alors ils ont inven­té une accu­sa­tion que les États-Unis savent aus­si fausse que celle concer­nant les armes de des­truc­tion mas­sive, accu­sa­tion qui les a entraî­nés dans une guerre sans fin.

Aux États-Unis, on sait que c’est faux. Il faut donc, à mon avis, mettre tout cela de côté et enta­mer un dia­logue sérieux, en se basant sur des faits. Le gou­ver­ne­ment états-unien le sait, car nous l’avons dit à nombre de ses porte-parole : s’il sou­haite des dis­cus­sions sérieuses sur un accord de lutte contre le tra­fic de drogue, nous sommes prêts. S’il veut du pétrole véné­zué­lien, le Vene­zue­la est prêt à accueillir des inves­tis­se­ments états-uniens, comme ce fut le cas avec Che­vron, on peut en par­ler quand, et où ils veulent.

Aux États-Unis, il faut qu’ils com­prennent que s’ils veulent des accords de déve­lop­pe­ment éco­no­mique glo­baux, ici au Vene­zue­la aus­si – je l’ai dit mille fois – il faut regar­der ce qui s’est pas­sé avec la ques­tion migra­toire. Je me dois de vous le dire car nous avions conclu un accord le 31 jan­vier 2024 avec l’envoyé Rick Gre­nell. Il fonc­tion­nait par­fai­te­ment, et il y a trois semaines, les auto­ri­tés états-uniennes ont ces­sé de rapa­trier des migrants au Vene­zue­la, tout sim­ple­ment. Elles parlent sans cesse de migra­tion, mais ce sont elles qui ont sus­pen­du l’accord, entre autres. S’il y avait un mini­mum de ratio­na­li­té et de diplo­ma­tie, ces ques­tions pour­raient être abor­dées, et nous avons la matu­ri­té et l’autorité néces­saires. D’ailleurs, nous sommes des gens de parole, Ramo­net. Nous sommes des gens sérieux. Et un jour, on pour­ra en dis­cu­ter, avec le gou­ver­ne­ment actuel ou le prochain.

IR : Mon­sieur le Pré­sident, une ques­tion très impor­tante. D’après les der­nières décla­ra­tions à Washing­ton, une sorte d’« attaque ter­restre » aurait eu lieu au Vene­zue­la, visant pré­ten­du­ment une usine de pro­duc­tion de drogue. Votre gou­ver­ne­ment n’a ni confir­mé ni infir­mé cette infor­ma­tion. Que pou­vez-vous nous dire à ce sujet ?

Nicolás Madu­ro : écoute, c’est un sujet que nous pour­rions abor­der dans quelques jours, dans un deuxième épi­sode de ce pod­cast ? Ce que je peux te dire, c’est que notre sys­tème de défense natio­nale, qui réunit les forces popu­laires, mili­taires et de police, a garan­ti et conti­nue de garan­tir l’intégrité ter­ri­to­riale, la paix du pays et le droit de jouir plei­ne­ment de notre ter­ri­toire. Notre peuple est en sécu­ri­té et vit en paix.

IR : Vous avez eu une conver­sa­tion directe avec le pré­sident Donald Trump, n’est-ce pas ? Et récem­ment, il a été dit qu’il y avait eu une deuxième conver­sa­tion. Pou­vez-vous confir­mer si cette deuxième conver­sa­tion avec le pré­sident Trump a bien eu lieu ?

Nicolás Madu­ro : j’ai vu des rumeurs concer­nant une seconde conver­sa­tion. Nous, Ramo­net, n’avons eu qu’une seule conver­sa­tion. Il m’a appe­lé ven­dre­di der­nier, le 21 novembre, depuis la Mai­son Blanche, et j’étais au palais de Mira­flores. Nous avons par­lé pen­dant 10 minutes. C’était une conver­sa­tion, comme je l’ai dit, res­pec­tueuse, très res­pec­tueuse et cordiale.

IR : Que vous a dit le pré­sident Trump ?

Nicolás Madu­ro : la pre­mière chose qu’il m’a dite, c’est : « Mon­sieur le Pré­sident Madu­ro » Et je lui ai dit : « Monsieur le pré­sident Donald Trump ». Et je crois même que cette conver­sa­tion était agréable. Mais les évé­ne­ments qui ont sui­vi ne l’ont pas été. Atten­dons, pre­nons patience. Je m’en remets à Dieu. Sur­tout en ce 31 décembre. Sous un ciel magni­fique et majes­tueux, aux teintes cha­toyantes du cré­pus­cule, dans cette pai­sible et belle Cara­cas ; Dieu sait ce qu’il fait. Agis­sons avec éthique, avec mora­li­té, avec patrio­tisme, avec amour pour notre pays.

D’ici 2026, que j’ai bap­ti­sée « l’année du défi admi­rable », nous sur­mon­te­rons les troubles et les pro­blèmes, et nous pour­rons pour­suivre la conso­li­da­tion du Vene­zue­la en tant que pays en paix. Et au peuple des États-Unis, je le répète : ici, au Vene­zue­la, vous avez une nation sœur. Au peuple des États-Unis, je dis même : vous avez ici un gou­ver­ne­ment ami. Je connais bien les États-Unis ; j’y ai beau­coup voya­gé : à New York, Bos­ton, Bal­ti­more, Phi­la­del­phie, dans le New Jer­sey, dans le Queens, à Man­hat­tan, à Washington…

Je l’ai dit au pré­sident des États-Unis. Je connais très bien cette ave­nue Consti­tu­tion. C’est abso­lu­ment magni­fique. Penn­syl­va­nia Ave­nue, où se dresse la sta­tue de Bolí­var. Le Lin­coln Memo­rial, qui est splen­dide. J’y ai beau­coup cir­cu­lé en voi­ture. Les états-uniens doivent savoir qu’ils vivent ici avec un peuple ami­cal et paci­fique, et un gou­ver­ne­ment ami­cal éga­le­ment ; ils doivent le savoir. Et notre devise est très claire :Non à la guerre, oui à la paix.

IR : Der­nière ques­tion, Mon­sieur le Pré­sident, pré­ci­sé­ment sur ce point. Ces der­nières semaines, mal­gré cette pres­sion indé­niable, nous vous avons vu très actif publi­que­ment et lar­ge­ment sou­te­nu par la popu­la­tion. Autre­ment dit, vous n’êtes pas retran­ché dans un bun­ker, à l’abri de cette menace. Vous êtes entou­ré de gens, et cer­tains de vos dis­cours ont fait le tour du monde. C’est pré­ci­sé­ment ce slo­gan qui a mar­qué les esprits. « Non à la guerre, oui à la paix »… et les dif­fé­rentes chan­sons que vous avez com­po­sées. Je crois que les réseaux sociaux vous ont témoi­gné une grande sym­pa­thie. Et j’aimerais que nous ter­mi­nions par une réflexion per­son­nelle de votre part : com­ment vivez-vous cette situa­tion per­son­nel­le­ment, psy­cho­lo­gi­que­ment et spi­ri­tuel­le­ment, face à la menace d’une attaque de la pre­mière puis­sance mili­taire mondiale ?

Nicolás Madu­ro : J’ai un refuge infaillible : Dieu Tout-Puis­sant. J’ai confié le Vene­zue­la à notre Sei­gneur Jésus-Christ. Il est le Roi des rois. Le Roi de notre patrie. Je me confie à lui chaque jour. Je lui confie notre patrie. Tou­jours, pas seule­ment main­te­nant, tou­jours. Et de plus, le peuple est notre plus grand rem­part, notre plus grande source d’inspiration, notre plus grande éner­gie. Car c’est de ce peuple que nous tenons tout ce que nous sommes.
Et pour ce peuple, nous don­nons tout ce que nous sommes. Je ne suis pas sim­ple­ment moi-même. Je repré­sente un pro­jet his­to­rique de 500 ans de lutte. Je pour­rais vous dire : « Je suis Guai­cai­pu­ro (8), je suis Zamo­ra (9), je suis Chá­vez », car je suis le peuple. Et embras­ser le peuple, don­ner le pou­voir au peuple, c’est notre rai­son d’être, l’essence même de notre pro­jet his­to­rique. Sur cette voie, nous pros­pé­re­rons tou­jours, tou­jours, quelles que soient les cir­cons­tances. Notre déci­sion abso­lue est de res­ter fidèles au ser­ment de mener notre patrie vers la gran­deur. Mais pour que le Vene­zue­la soit grand, nous ne devons faire de mal à per­sonne. N’est-ce pas ? Tout comme les États-Unis, qui aspirent à retrou­ver leur gran­deur. Eh bien, qu’ils y par­viennent par l’effort, par le tra­vail, par une voca­tion paci­fiste. Et non par les menaces, ni par la guerre. Trop c’est trop, nous ne vou­lons plus de guerres. Ce sont des convic­tions. Nous sommes gui­dés par des convic­tions, des enga­ge­ments, des ser­ments et une force divine et sacrée qui trans­cende le visible. Car Dieu est avec nous, et comme le dit notre peuple : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » Ain­si, la vic­toire, en toutes cir­cons­tances, nous appar­tien­dra tou­jours. C’est pour­quoi nous avons la tran­quilli­té, la séré­ni­té et la cer­ti­tude de défendre la cause la plus juste qui ait jamais été défen­due. Et que la vic­toire de la paix nous appartient.

IR : Mer­ci, Mon­sieur le Pré­sident, et bonne année !
(Cet entre­tien a été enre­gis­tré pour la télé­vi­sion. Sa durée totale est de 1 heure et 4 minutes. Cette ver­sion écrite est plus courte. Je l’ai moi-même rema­niée, en sup­pri­mant les points moins impor­tants et en conser­vant les élé­ments essen­tiels, ceux qui sont le plus étroi­te­ment liés à l’actualité inter­na­tio­nale. IR.)

Source : https://​www​.jor​na​da​.com​.mx/​n​o​t​i​c​i​a​/​2​0​2​6​/​0​1​/​0​1​/​m​u​n​d​o​/​n​i​c​o​l​a​s​-​m​a​d​u​r​o​-​a​l​-​p​u​e​b​l​o​-​d​e​-​e​u​-​l​e​-​d​i​g​o​-​q​u​e​-​a​q​u​i​-​e​n​-​v​e​n​e​z​u​e​l​a​-​t​i​e​n​e​-​a​-​u​n​-​p​u​e​b​l​o​-​a​m​igo

Tra­duc­tion : Thier­ry DeronneVene­zue­lain­fos

Pho­tos publiées avec l’aimable auto­ri­sa­tion d’Ignacio Ramonet

Notes (du tra­duc­teur) :

  1. Galette de maïs pré­sente dans les repas quo­ti­diens au Venezuela.
  2. Télé­char­ger le “Libro azul” de Hugo Chá­vez : http://​www​.psuv​.org​.ve/​w​p​-​c​o​n​t​e​n​t​/​u​p​l​o​a​d​s​/​2​0​1​3​/​1​0​/​l​i​b​r​o​a​z​u​l​.​pdf. Dans ce texte de 50 pages, rédi­gé en 1990, le futur pré­sident déve­loppe l’idéologie et la vision boli­va­riennes basées sur « l’arbre aux trois racines » : Simón Bolí­var, Simón Rodrí­guez et Eze­quiel Zamo­ra. Sur toute cette spi­ri­tua­li­té qui émane des racines indi­gènes, afro­des­cen­dantes, et les reli­gio­si­té et culture popu­laires de résis­tance, lire de Car­los Ron : “Saint José Gre­go­rio Hernán­dez and the Splen­dour of Vene­zue­lan Popu­lar Resis­tance” (décembre 2025), https://​the​tri​con​ti​nen​tal​.org/​a​r​t​-​b​u​l​l​e​t​i​n​-​j​o​s​e​-​g​r​e​g​o​r​i​o​-​h​e​r​n​a​n​d​ez/
  3. Radio Bem­ba, “bouche à oreille”. Au Vene­zue­la comme en Amé­rique Latine, la com­mu­ni­ca­ti­vi­té ver­bale est première.
  4. “Âme en peine”, “pleu­reuse esseu­lée”, figure magique de la culture popu­laire et des chan­sons paysannes.
  5. Le PSUV est le prin­ci­pal par­ti cha­viste, http://​www​.psuv​.org​.ve/​p​s​uv/.
  6. Coa­li­tion des par­tis pro­gres­sistes sou­te­nant la révo­lu­tion bolivarienne.
  7. Vaste région rurale de l’Ouest du Venezuela.
  8. Figure cen­trale de la spi­ri­tua­li­té popu­laire, Guai­cai­pu­ro (1530−1568) fut un des lea­ders des peuples autoch­tones qui résis­tèrent à l’invasion des espa­gnols, avant d’être assas­si­né par eux.
  9. Géné­ral des “terres et hommes libres”, Eze­quiel Zamo­ra (1817−1860) mobi­li­sa une armée popu­laire contre l’oligarchie ter­rienne res­tau­rée après la mort de Boli­var et fut assas­si­né par elle. Hugo Chá­vez en a fait un pré­cur­seur du socia­lisme bolivarien.

Source : Mémoire des luttes, https://​www​.mede​lu​.org/​N​i​c​o​l​a​s​-​M​a​d​u​r​o​-​A​u​-​p​e​u​p​l​e​-​e​t​a​t​s​-​u​n​i​e​n​-​j​e​-​d​i​s​-​i​c​i​-​a​u​-​V​e​n​e​z​u​e​l​a​-​i​l​-​a​-​u​n​-​p​e​u​p​l​e​-​ami

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1 Commentaire

  1. olivier

    J’ai peur de ne pas com­prendre. Je connais plu­sieurs véné­zué­lien et ils le voient comme un dic­ta­teur et voleur.
    Il a créer volon­tai­re­ment une hyper infla­tion pour enri­chir ses copains.

    En tout cas, c’est ce que me disent des citoyens vénézuliens

    Réponse

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