Atelier Constituant en direct #8 TIRAGE AU SORT EN POLITIQUE : USAGES ET MODES D’EMPLOI sur Nexus, 12 nov 2025

11/11/2025 | 2 commentaires

Avec Marc et Léo, on revient demain sur le Tirage au sort en poli­tique, cette fois sous l’angle de ses dif­fé­rents usages et de ses diverses moda­li­tés pos­sibles de mise en œuvre.

Mer­cre­di 12 novembre, vers 17h – 17h30 🙂

Étienne.

 


Retrans­crip­tion Ate­lier Nexus CC#8 COMMENT le TAS : usages et modes d’emploi

Plan détaillé de l’interview

[04:44] Intro­duc­tion et actua­li­tés de Nexus
[06:57] Pré­sen­ta­tion du sujet du jour : les moda­li­tés du tirage au sort
[09:17] Intro­duc­tion d’É­tienne : Pour­quoi le tirage au sort ? Les vices de l’é­lec­tion et les ver­tus du tirage au sort
[29:42] Les usages pos­sibles du tirage au sort (le « comment »)
[37:06] Inter­ven­tion de Léo : Nuances sur l’é­lec­tion et le concept de « l’é­lec­tion sans candidat »
[44:44] Com­ment réa­li­ser concrè­te­ment le tirage au sort ? La méthode « par pas »
[57:24] Débat sur des points spé­ci­fiques : âge du droit de vote, vote élec­tro­nique et par­ti­ci­pa­tion des étrangers
[01:24:47] Autres moda­li­tés à défi­nir : volon­ta­riat, enca­dre­ment et chambres multiples
[01:43:03] Conclu­sion et annonce du sujet du pro­chain atelier

Trans­crip­tion de l’interview

[04:44] Intro­duc­tion et actua­li­tés de Nexus

Bon­jour à tous. Mer­ci de nous retrou­ver dans ce 8e ate­lier consti­tuant, une conver­sa­tion consti­tuante avec Étienne Chouard et Léo Girod. Nous allons retra­vailler la Consti­tu­tion et nous entraî­ner à reprendre notre sou­ve­rai­ne­té citoyenne. C’est déjà la 8e émis­sion. Nous avons par­lé des articles de la Consti­tu­tion, du tirage au sort, dont nous allons repar­ler aujourd’­hui, et aus­si des juges et de la jus­tice il y a deux émis­sions. Vous pou­vez retrou­ver tout ce conte­nu en accès libre, n’hé­si­tez pas, il est très précieux.

Avant cela, je vou­lais vous invi­ter à sou­te­nir Nexus, le der­nier média en kiosque sans publi­ci­té, sans sub­ven­tion et sans mil­liar­daire. N’hé­si­tez pas à nous sou­te­nir pour que nous puis­sions conti­nuer à vous dif­fu­ser une infor­ma­tion libre et indé­pen­dante, ain­si que des conte­nus en accès libre comme celui-ci. Je vous rap­pelle que Nexus est sans publi­ci­té sur You­Tube. Si vous voyez des publi­ci­tés, c’est à cause de You­Tube ; nous ne tou­chons pas un cen­time de nos vidéos. Vous pou­vez éven­tuel­le­ment uti­li­ser le navi­ga­teur Brave pour évi­ter les publi­ci­tés sur nos vidéos.

Je vous rap­pelle éga­le­ment le 19 décembre pro­chain, la grande soi­rée confé­rence Nexus au théâtre de la Tour Eif­fel. Le lien de la billet­te­rie se trouve dans la des­crip­tion et dans le chat. Vous y retrou­ve­rez des inter­ve­nants de qua­li­té que vous allez ado­rer. C’est une sur­prise, je ne vous en dis pas plus, mais n’hé­si­tez pas, vous n’al­lez pas être déçus. Comme pour le 5 sep­tembre, les places partent très vite ; déjà plus des deux tiers sont prises.

Nous orga­ni­sons aus­si un café Nexus le 27 décembre, juste après Noël, de 14h à 18h au 14 rue de Patay. Ce sera l’oc­ca­sion de fêter la fin d’an­née de Nexus. Même si beau­coup de monde part en famille, nous serons là pour par­ta­ger une belle ambiance de Noël. L’en­trée est libre. Nous y fai­sons des ate­liers consti­tuants, où l’on passe à la pra­tique, en s’ap­puyant sur l’in­tel­li­gence col­lec­tive. Nous en aurons éga­le­ment un en novembre, le 22 ou le 29, la date reste à confir­mer. C’est une bonne rai­son de res­ter connec­tés et d’ac­ti­ver la cloche pour rece­voir toutes nos actua­li­tés en direct.

[06:57] Pré­sen­ta­tion du sujet du jour : les moda­li­tés du tirage au sort

Et tout de suite, j’ai le plai­sir de rece­voir Étienne et Léo. Bon­jour mes­sieurs. Nous avons deux heures devant nous. Je vous rap­pelle que vous pou­vez retrou­ver une play­list com­plète de nos émis­sions pré­cé­dentes sur notre chaîne YouTube.

Avant d’en­trer dans le vif du sujet, n’hé­si­tez pas à consul­ter le site d’É­tienne, chouard​.org, qui regorge de conte­nu pour appro­fon­dir ces sujets. Pen­sez aus­si à vous ins­crire sur le comp­teur comp​te​sur​moi​.org. Aujourd’­hui, nous sommes 333 044 per­sonnes. L’ins­crip­tion est gra­tuite et sans enga­ge­ment, elle nous per­met de voir com­bien de Fran­çais sont inté­res­sés par la ques­tion et nous donne plus de force.

La der­nière fois, nous avions par­lé de la jus­tice, de la place des juges dans la nou­velle consti­tu­tion et de la manière dont les citoyens peuvent reprendre leur sou­ve­rai­ne­té dans ce domaine. Aujourd’­hui, nous allons abor­der les moda­li­tés du tirage au sort, car c’est une base de solu­tion essen­tielle pour impli­quer les citoyens dans les dif­fé­rentes chambres de contrôle. Nous allons voir avec Étienne l’in­té­rêt du tirage au sort et com­ment le déployer concrè­te­ment. Beau­coup pensent que c’est far­fe­lu, mais nous avions déjà répon­du point par point à une tren­taine de faux argu­ments contre le tirage au sort dans une émis­sion pré­cé­dente. Aujourd’­hui, nous nous inté­res­sons à son appli­ca­tion concrète.

[09:17] Intro­duc­tion d’É­tienne : Pour­quoi le tirage au sort ? Les vices de l’é­lec­tion et les ver­tus du tirage au sort

Léo pour­rait-il com­men­cer ? Nous avions pré­vu une intro­duc­tion pour rap­pe­ler rapi­de­ment pour­quoi le tirage au sort est per­ti­nent. Pour beau­coup de gens, au pre­mier abord cette idée semble être une extra­va­gance. Pour­tant, on com­prend assez vite son inté­rêt, pour­vu qu’on ne la rejette pas trop vite.

Nous avons déjà beau­coup tra­vaillé sur le « POURQUOI » du tirage au sort en exa­mi­nant les vices de l’é­lec­tion, la seule pro­cé­dure que nous appre­nons à l’é­cole. Pour chaque défaut majeur de l’é­lec­tion, le tirage au sort pré­sente une ver­tu. En quelques minutes, je vou­drais rap­pe­ler ces points pour nous remettre dans le bain avant d’a­bor­der le sujet du jour : le « COMMENT » du tirage au sort, c’est-à-dire ses usages et ses moda­li­tés pratiques.

Il y a une véri­table effer­ves­cence intel­lec­tuelle autour du tirage au sort par­tout dans le monde. J’ai par­ti­ci­pé il y a quelques années à un col­loque en Irlande avec des uni­ver­si­taires de toute l’Eu­rope qui réflé­chis­saient à cette pro­cé­dure. Ils sont sou­vent très théo­riques et peu mili­tants, mais ils s’in­té­ressent à cette question.

Pour résu­mer, voi­ci les vices de l’é­lec­tion et, en miroir, les ver­tus du tirage au sort :

  1. Du côté des repré­sen­tés : L’é­lec­tion nous rend impuis­sants poli­ti­que­ment. Quand on décide d’é­lire, on décide qu’on ne vote­ra jamais nous-mêmes les lois. C’est une pro­cé­dure qui nous prive de tout moyen de déci­der, qui nous infan­ti­lise et nous humi­lie en nous rabais­sant au rang dégra­dant d’électeur. À l’in­verse, le tirage au sort nous honore, nous hisse au rang d’é­gaux poli­tiques. Quand l’élection nous décou­rage, nous déres­pon­sa­bi­lise et nous dépo­li­tise, le tirage au sort nous encou­rage, nous res­pon­sa­bi­lise et nous poli­tise, car savoir qu’on peut être tiré au sort demain nous incite à nous pré­pa­rer et à nous inté­res­ser à la politique.
  2. Du côté des repré­sen­tants : L’é­lec­tion donne le pou­voir à ceux qui le veulent, que l’on pour­rait com­pa­rer aux « mâles alpha » chez les grands singes. Or, nous savons depuis des mil­liers d’an­nées qu’il ne faut pas don­ner le pou­voir à ceux qui le dési­rent. L’é­lec­tion donne ain­si le pou­voir (et l’impunité) aux socié­tés secrètes, aux mafias et aux plus riches qui cherchent à l’ob­te­nir sans le dire. Alors que le tirage au sort, par construc­tion, leur coupe la route. Tota­le­ment. C’est un point fondamental.
  3. L’in­ci­ta­tion au men­songe : L’é­lec­tion pousse au men­songe ; le meilleur men­teur gagne­ra. Pre­nez quel­qu’un comme Macron : il a l’air char­mant, mais c’est un cri­mi­nel qui pille le pays. On l’a sélec­tion­né pour son appa­rence sans mon­trer que c’est une canaille. Le tirage au sort, lui, ne pousse pas au men­songe, car men­tir ou non ne change rien au résultat.
  4. La créa­tion de maîtres : Être élu par des mil­lions de per­sonnes donne un sen­ti­ment de légi­ti­mi­té immense et crée des maîtres par la vani­té qu’elle ins­pire. Le tiré au sort, lui, sait qu’il n’a pas été dési­gné pour son mérite mais par le sort. Il reste donc plus proche de nous, il reste un pair, un égal.
  5. L’ab­sence de contrôle : L’é­lec­tion est une pro­cé­dure de confiance, ce qui incite (logi­que­ment) les consti­tuants à un faible contrôle des élus. À l’in­verse, le tirage au sort sus­cite la méfiance, ce qui nous pousse tous (logi­que­ment) à mettre en place des contrôles robustes. Un tiré au sort qui se com­por­te­rait mal pour­rait être récu­sé et renvoyé.
  6. La pro­fes­sion­na­li­sa­tion de la poli­tique : L’é­lec­tion empêche la rota­tion des charges et pro­duit méca­ni­que­ment une caste de poli­ti­ciens pro­fes­sion­nels, ce dont tout le monde se plaint. Le tirage au sort, méca­ni­que­ment, assure la rota­tion et la déprofessionnalisation.
  7. La divi­sion par les par­tis : L’é­lec­tion engendre les par­tis poli­tiques, qui sont des machines de guerre conçues pour gagner la guerre élec­to­rale. Ces par­tis pola­risent la socié­té, sèment la ziza­nie, hys­té­risent nos échanges, et nous poussent à nous consi­dé­rer comme des enne­mis, ce qui conduit à toutes sortes de vio­lences par­mi les­quelles la calom­nie, la cen­sure, l’exclusion ou pire. L’élection crée du res­sen­ti­ment chez tous ceux qui l’ont per­due et de l’orgueil chez ceux qui l’ont gagnée. Le tirage au sort ferait dis­pa­raître cette men­ta­li­té par­ti­sane et apai­se­rait infi­ni­ment la société.
  8. Le pou­voir aux plus riches : C’est le point le plus impor­tant. L’é­lec­tion, par­mi des can­di­dats que l’on peut aider finan­ciè­re­ment, donne le pou­voir à ceux qui ont les moyens d’ai­der : les plus riches, les mul­ti­na­tio­nales, et sur­tout les banques, les « usu­riers ». L’é­lec­tion leur offre une auto­route vers le pou­voir et l’im­pu­ni­té, nous jetant dans le capi­ta­lisme où ceux qui ont « le capi­tal » deviennent les maîtres du monde. Le tirage au sort leur coupe ce che­min. Lit­té­ra­le­ment et dura­ble­ment. C’est une clé pour la paix et la prospérité.

J’en oublie.

Ne reje­tez pas trop vite l’i­dée du tirage au sort (TAS). Toutes les objec­tions au TAS sont réfu­tables. C’est la meilleure pro­cé­dure poli­tique au monde, et il nous devrions urgem­ment l’ap­pri­voi­ser pour la vou­loir, l’instituer et la défendre.

[29:42] Les usages pos­sibles du tirage au sort (le « comment »)

Main­te­nant que nous avons vu le « pour­quoi », réflé­chis­sons au « com­ment ». Quels sont ses usages et ses modalités ?

J’i­den­ti­fie quatre usages prin­ci­paux du tirage au sort en politique :

  1. Les magis­trats : Les juges devraient être tirés au sort, comme c’est déjà le cas pour les jurys d’as­sises. On pour­rait géné­ra­li­ser ce sys­tème à toutes les juri­dic­tions. C’est l’usage du tirage au sort que les gens com­prennent et acceptent le plus facilement.
  2. Les chambres de contrôle : Plus encore, toutes les Chambres de contrôle popu­laire des pou­voirs (des ministres, des juges, des jour­na­listes, des poli­ciers, etc.) devraient être des chambres tirées au sort. C’est un usage simple qui chan­ge­rait tout : une moda­li­té puis­sante du pou­voir populaire.
  3. Le Par­le­ment : Le recours au tirage au sort pour le Par­le­ment et sans doute l’usage du tirage au sort qui passe le moins bien chez les gens. Pour­tant, il s’envisage dif­fé­rem­ment selon la mis­sion qu’on confie au Parlement.
    . Si le Par­le­ment ne fait que pré­pa­rer les lois que nous votons ensuite (comme à Athènes), l’idée de tirer au sort ce Par­le­ment est facile à accep­ter puisque ce n’est pas lui qui décide.
    . Si on demande au Par­le­ment tiré au sort de voter lui-même les lois (comme aujourd’hui), cette nou­veau­té qui fait peur est plus accep­table si nous, citoyens, dis­po­sons d’un droit de véto fort : un RIC abro­ga­toire facile à mettre en œuvre.
  4. L’As­sem­blée Consti­tuante : Pour moi, c’est l’u­sage le plus impor­tant. Jamais une assem­blée élue n’é­cri­ra une consti­tu­tion qui donne le pou­voir au peuple. Il est donc vital que l’As­sem­blée Consti­tuante soit tirée au sort. L’humanité doit apprendre à refu­ser caté­go­ri­que­ment d’élire les Assem­blées constituantes.
    Cepen­dant, Léo m’a convain­cu que l’ob­ten­tion du RIC consti­tuant pour­rait être une voie plus réa­liste, per­met­tant de modi­fier la consti­tu­tion pas à pas, sans pas­ser par une assem­blée unique, ce qui ras­sure tout le monde et peut par­ve­nir au même résul­tat, plus len­te­ment mais ce n’est peut-être pas plus mal.

[37:06] Inter­ven­tion de Léo : Nuances sur l’é­lec­tion et le concept de « l’é­lec­tion sans candidat »

Je ne suis pas aus­si « élec­to­phobe » qu’É­tienne. Je pense que tout réside dans les moda­li­tés et le pro­ces­sus. Un mau­vais usage du tirage au sort, comme tirer au sort le pré­sident (au secours !), me ferait lui aus­si peur.

Concer­nant l’As­sem­blée Consti­tuante, j’ai tou­jours été (depuis le début) et je reste un défen­seur de l’Assemblée consti­tuante tirée au sort ; mais je suis favo­rable à ce que plu­sieurs méthodes coexistent. Les élus pro­po­se­ront un sys­tème basé sur l’é­lec­tion, les tirés au sort sur le tirage au sort, etc. Met­tons toutes ces pro­po­si­tions en concur­rence loyale, via un sys­tème de RIC, et voyons ce que les gens pré­fèrent. Si les pro­po­si­tions issues des assem­blées citoyennes sont meilleures, elles recueille­ront plus de soutien.

J’ai­me­rais aus­si par­ler de l’é­lec­tion sans can­di­dat, que nous pra­ti­quons dans nos col­lec­tifs. Le pro­ces­sus se déroule en plu­sieurs étapes :

  1. Cha­cun sélec­tionne une ou plu­sieurs per­sonnes de son choix.
  2. Un tour de table per­met à cha­cun d’ex­pli­quer les rai­sons de son choix, d’argumenter.
  3. Après avoir enten­du les argu­ments des autres, cha­cun a la pos­si­bi­li­té de chan­ger son vote.
  4. Nous avons ajou­té un tour final où cha­cun se pro­nonce sur l’en­semble des per­sonnes qui ont été sélec­tion­nées, pour sor­tir du vote uni­no­mi­nal qui nous pousse à choi­sir « le moins pire ». Nous vou­lons le meilleur (aris­to­cra­tie), pas le moins mauvais.

On peut aus­si ima­gi­ner des sys­tèmes qui mélangent tirage au sort et élec­tion au sein d’une même procédure.

[44:44] Com­ment réa­li­ser concrè­te­ment le tirage au sort ? La méthode « par pas »

Com­ment fait-on concrè­te­ment pour tirer au sort de manière simple, sans ordi­na­teur, et d’une façon qui soit contrô­lable par tous ?

La tech­nique que nous uti­li­sons n’est pas un tirage au sort tota­le­ment aléa­toire (ran­do­mi­sé), car celui-ci serait le plus facile à tru­quer sans qu’on puisse le véri­fier. Nous uti­li­sons donc une méthode véri­fiable, dite « par pas ».

  1. La liste de base : On prend une liste exis­tante, comme la liste élec­to­rale ou, idéa­le­ment, le registre d’é­tat civil com­plet. L’ordre de la liste (alpha­bé­tique, par exemple) n’est pas modifié.
  2. Défi­nir le « pas » : Pour tirer au sort 10 per­sonnes sur une liste de 1000, le pas sera de 100 (1000 divi­sé par 10). On sélec­tion­ne­ra donc une per­sonne toutes les 100 places.
  3. Choi­sir le point de départ, puis appli­quer le pas : Le seul élé­ment à déter­mi­ner aléa­toi­re­ment, le seul citoyen à vrai­ment tirer au sort, est la pre­mière per­sonne à sélec­tion­ner. Une fois ce point de départ choi­si, toute la liste des tirés au sort est auto­ma­ti­que­ment défi­nie (en uti­li­sant le pas pour dési­gner les suivants).
    Cette méthode empêche de choi­sir en douce l’en­semble des per­sonnes : on ne peut au mieux qu’in­fluen­cer le choix d’une ou deux per­sonnes sur un grand échan­tillon, ce qui n’a pas d’im­pact significatif.

Pour choi­sir ce point de départ de manière indis­cu­table, plu­sieurs méthodes existent :

  • Un tirage public avec des cartes ou des dés.
  • Deman­der à plu­sieurs per­sonnes (par exemple, des élus) de choi­sir cha­cune un chiffre qui com­po­se­ra le nombre de départ (l’un choi­sit la cen­taine, l’autre la dizaine et le der­nier choi­sit l’unité, par exemple). Le nombre de départ donne le pre­mier tiré au sort dans la liste.
  • Uti­li­ser une don­née externe incon­trô­lable, comme un chiffre indice de la bourse à une nano­se­conde pré­cise, ou sim­ple­ment comme la date et l’heure du tirage.

Le plus impor­tant est que la méthode soit publique, trans­pa­rente, et que n’im­porte qui, avec la liste de départ et le point de départ, puisse véri­fier et obte­nir exac­te­ment le même résultat.

[57:24] Débat sur des points spé­ci­fiques : âge du droit de vote, vote élec­tro­nique et par­ti­ci­pa­tion des étrangers

  • Sur l’âge du droit de vote : J’ai émis l’i­dée, à la suite d’Em­ma­nuel Todd, de réflé­chir à la per­ti­nence du droit de vote des per­sonnes très âgées. En vieillis­sant, on observe une ten­dance géné­rale au conser­va­tisme et à un cer­tain cynisme (indif­fé­rence au mal­heur d’autrui). Lors de l’é­lec­tion de 2007, Ségo­lène Royal était majo­ri­taire dans toutes les tranches d’âge, sauf les plus âgés, et c’est à lui seul le vote mas­sif des plus âgés pour Nico­las Sar­ko­zy qui a fait bas­cu­ler le résul­tat. C’est une réflexion, pas une pro­po­si­tion arrê­tée, mais il est légi­time de se deman­der si des déci­sions qui impac­te­ront l’a­ve­nir dans 40 ans devraient être prises par ceux qui ne seront plus là pour en subir les conséquences.
  • Sur le vote élec­tro­nique : Pour l’ins­tant, le vote élec­tro­nique est opaque et invé­ri­fiable, c’est la porte ouverte à toutes les fraudes mas­sives. Il faut le refu­ser. Tant qu’une tech­no­lo­gie ne garan­tit pas à la fois l’a­no­ny­mat et une sécu­ri­té infaillible et véri­fiable par tous, il faut s’en tenir à des méthodes phy­siques comme l’urne et l’i­so­loir, mal­gré leurs propres failles.
  • Sur la par­ti­ci­pa­tion des étran­gers au tirage au sort : Cela dépend de l’ob­jec­tif. Pour recueillir l’a­vis des étran­gers sur une loi concer­nant l’im­mi­gra­tion, les tirer au sort par­mi eux serait per­ti­nent. His­to­ri­que­ment, cer­taines cités ita­liennes fai­saient appel à un étran­ger (le podes­tat) pour gou­ver­ner la Cité et garan­tir la neu­tra­li­té, car il n’a­vait aucun conflit d’in­té­rêts local. Aujourd’­hui, dans un monde glo­ba­li­sé, cette neu­tra­li­té semble deve­nue impos­sible à trou­ver chez les étran­gers, mais l’i­dée d’un regard exté­rieur reste inté­res­sante pour conseiller. Pour un pou­voir de déci­sion sur les ins­ti­tu­tions du pays, ce serait (beau­coup) plus problématique.

[01:24:47] Autres moda­li­tés à défi­nir : volon­ta­riat, enca­dre­ment et chambres multiples

D’autres ques­tions sur le « com­ment » doivent être tranchées :

  • Volon­ta­riat ou obli­ga­tion ? Si on ne tire au sort que des volon­taires, on risque de perdre les meilleurs, ceux que l’on veut, jus­te­ment, parce qu’ils ne veulent pas du pouvoir.
    À l’inverse, si on oblige les gens tirés au sort à rem­plir leurs fonc­tions, on risque d’a­voir des par­ti­ci­pants non moti­vés, voire oppositionnels.
    Une solu­tion inter­mé­diaire serait d’im­po­ser une courte période de for­ma­tion (par exemple, une semaine) avant de per­mettre aux gens de refu­ser. Ils pour­raient ain­si décou­vrir l’in­té­rêt de la mis­sion avant de prendre leur décision.
  • Enca­dre­ment ou auto­ges­tion ? Dans les jurys d’as­sises, les tirés au sort sont enca­drés par des juges pro­fes­sion­nels, ce qui conduit à une très forte influence (des juges sur les citoyens).
    Les faci­li­ta­teurs pro­fes­sion­nels, eux aus­si, peuvent être extrê­me­ment manipulateurs.
    Il est pré­fé­rable que les assem­blées tirées au sort s’autogèrent.
    Elles peuvent être for­mées à des tech­niques de faci­li­ta­tion pour dis­tri­buer la parole équi­ta­ble­ment et faire appel elles-mêmes aux experts contra­dic­toires dont elles ont besoin, sans être « guidées ».
  • Une ou plu­sieurs chambres ? Pour des sujets com­plexes et cru­ciaux comme la créa­tion moné­taire, on pour­rait ima­gi­ner plu­sieurs assem­blées tirées au sort, répar­ties géo­gra­phi­que­ment, tra­vaillant en paral­lèle sans com­mu­ni­quer entre elles. Si elles arrivent indé­pen­dam­ment aux mêmes conclu­sions (par exemple, sur la néces­si­té de créer une cer­taine quan­ti­té de mon­naie pour lut­ter contre le chô­mage), la déci­sion acquer­rait une légi­ti­mi­té immense et quasi-indiscutable.

 

Texte de Léo sur la méthode de tirage au sort par pas (par­ta­gé pen­dant l’émission) :

Léo juge impor­tant de mettre la des­crip­tion des moda­li­tés du tirage au sort dans la consti­tu­tion même (et non dans les annexes orga­niques) car leur fia­bi­li­té, leur robuste sim­pli­ci­té et leur véri­fia­bi­li­té consti­tue un socle fon­da­men­tal pour toutes les ins­ti­tu­tions démocratiques.

  • Afin d’être indis­cu­table, la méthode de tirage au sort choi­sie est une méthode qui ne fait pas appel entiè­re­ment au hasard mais pro­cède à un tri dit « par pas ». Ain­si, le tirage est véri­fiable par tous.
  • La liste de base a été lais­sée dans l’ordre dans lequel elle a été reçue (c’est-à-dire clas­sée par ordre alpha­bé­tique des noms de naissance).
  • La pre­mière per­sonne tirée au sort dans la liste de base est déter­mi­née par addi­tion des chiffres de la date du jour du tirage. Ici : 29/04/2023 -> 2+9+0+4+2+0+2+3 = 22. Le pre­mier tiré au sort est donc le 22ème élec­teur de la liste de base.
  • Le « pas » du tirage (c’est-à-dire le nombre d’é­lec­teurs entre deux tirés au sort) est déter­mi­né en divi­sant le nombre total d’ins­crits (liste de base) par le nombre de per­sonnes à tirer au sort. Ici : 1005 (ins­crits) / 100 (à tirer au sort) = 10,05, arron­di à l’u­ni­té infé­rieure, soit 10.
  • La seconde per­sonne tirée au sort est donc le 32ème élec­teur de la liste (22+10), la sui­vante est le 42ème (32+10), et ain­si de suite jus­qu’à com­po­ser toute la liste des 100 tirés au sort.

 

[01:43:03] Conclu­sion et annonce du sujet du pro­chain atelier

Il est cru­cial de s’en­traî­ner non seule­ment à écrire des articles de consti­tu­tion, mais sur­tout, comme le sou­ligne Léo, à apprendre à lire et à décryp­ter les textes juri­diques de manière cri­tique, pour deve­nir capable de voir une escro­que­rie, de détec­ter une arnaque. L’exer­cice d’é­cri­ture est un excellent moyen pour cela : rendre les citoyens vigi­lants et effi­cace dans leur sur­veillance des pou­voirs abusifs.

N’hé­si­tez pas à rejoindre les ate­liers exis­tants, comme ceux du Mou­ve­ment Consti­tuant Popu­laire ou les cafés Nexus, pour vous exercer.

La semaine pro­chaine, nous abor­de­rons un sujet majeur : la créa­tion moné­taire. Nous com­men­ce­rons par expli­quer le sys­tème actuel avant de pro­po­ser des alter­na­tives basées sur une sou­ve­rai­ne­té popu­laire retrouvée.

Mer­ci à tous de nous avoir sui­vis. Nous vous encou­ra­geons à mul­ti­plier ces conver­sa­tions consti­tuantes autour de vous. C’est en pré­pa­rant col­lec­ti­ve­ment notre éva­sion de la pri­son consti­tu­tion­nelle actuelle que nous retrou­ve­rons notre pou­voir. Conti­nuez de sou­te­nir les médias indé­pen­dants comme Nexus.


 

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Étienne

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2 Commentaires

  1. Pierre-Jean MARQUET

    Je ne serai pas dis­po­nible à cet horaire. Pour­rez-vous svp mettre un replay en ligne ?
    Ami­tiés sincères

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