La civilisation qui n’a jamais eu besoin de Dieu (une démocratie de 3000 ans)

12/02/2026 | 2 commentaires

La civilisation qui n’a jamais eu besoin de Dieu

Par Arnaud Ber­trand – Le 9 février 2026 – Source Blog de l’auteur

 

C’est pro­ba­ble­ment la carac­té­ris­tique qui fait de la Chine une civi­li­sa­tion unique dans l’histoire de l’humanité : c’est la seule où la reli­gion n’a presque jamais eu son mot à dire dans les affaires politiques.

Pen­sez à n’importe quelle autre civi­li­sa­tion, l’Inde, la Perse, l’Égypte ancienne, la civi­li­sa­tion euro­péenne, les Incas : Elles avaient tous une classe sacer­do­tale qui déte­nait un pou­voir poli­tique consi­dé­rable. La Chine ? Jamais.

La Chine, à toutes fins utiles et pen­dant plus de 3 000 ans, a tou­jours été rigou­reu­se­ment laïque.

Ceci est bien illus­tré par l’une de mes his­toires pré­fé­rées sur la Chine. Au XVIe siècle, des mis­sion­naires euro­péens, pour la plu­part des jésuites, ont com­men­cé à se rendre en Chine pour ten­ter de conver­tir le pays au chris­tia­nisme. Le plus per­cu­tant de ces mis­sion­naires – de loin – était Mat­teo Ric­ci, une figure his­to­rique mal­heu­reu­se­ment trop mécon­nue mais pro­ba­ble­ment l’un des hommes les plus impor­tants de l’histoire.

Ric­ci, un homme très intel­li­gent, s’est dit que cela n’avait aucun sens pour lui d’aller en Chine vêtu de sa tenue de prêtre catho­lique euro­péen : s’il le fai­sait, les Chi­nois ne le ver­raient que comme un bar­bare exo­tique en robe. Alors qu’a‑t-il déci­dé de faire ? Il s’est dégui­sé en moine boud­dhiste, se disant qu’il ven­drait le chris­tia­nisme comme une variante étran­gère – et plus cor­recte – du boud­dhisme. Il a sup­po­sé que puisque le boud­dhisme était une reli­gion éta­blie en Chine, pré­sen­ter le chris­tia­nisme comme fai­sant par­tie de celle-ci serait un point d’entrée naturel.

Bien trou­vé, mais ça n’a pas mar­ché. Du tout. Ric­ci est res­té en Chine en tant que moine boud­dhiste pen­dant des années, mais il n’a pra­ti­que­ment fait aucune per­cée. Pour­quoi ? Parce que, habillé comme ça, per­sonne en posi­tion de pou­voir ne lui don­ne­rait de recon­nais­sance. Ce que Ric­ci n’a pas réus­si à pré­voir, c’est que les moines boud­dhistes – et toutes les per­son­na­li­tés reli­gieuses – avaient un sta­tut social bas en Chine : contrai­re­ment à l’Europe à l’époque de Ric­ci, la reli­gion n’était tout sim­ple­ment pas une affaire sérieuse en Chine.

Ric­ci, immen­sé­ment frus­tré, finit par com­prendre son erreur. Il a com­pris qu’en Chine, le che­min de l’influence ne pas­sait pas par les temples mais par les aca­dé­mies : les élites qui déte­naient les clés de tout étaient tous des éru­dits et des intel­lec­tuels. Ric­ci s’est donc trans­for­mé une fois de plus : il a appris à lire et à écrire le chi­nois clas­sique, a maî­tri­sé le canon confu­céen et s’est recon­di­tion­né non pas comme un homme de Dieu mais comme un homme de savoir – quelqu’un qui pou­vait faire le com­merce des mathé­ma­tiques, de la car­to­gra­phie et de la phi­lo­so­phie morale. Il a éga­le­ment chan­gé sa façon de s’habiller : il a com­plè­te­ment aban­don­né le dégui­se­ment boud­dhiste et a revê­tu les robes d’un éru­dit confu­céen. Là ça a mar­ché. Des portes qui avaient été fer­mées pen­dant des années ont fina­le­ment com­men­cé à s’ouvrir.

Ceci est une his­toire pour un autre article, mais Ric­ci est fina­le­ment deve­nu la pre­mière per­sonne à tra­duire les clas­siques chi­nois en latin, ce qui a eu un impact immense en Europe. En fait, on peut affir­mer avec une extrême force qu’il fut, plus que qui­conque, l’homme le plus res­pon­sable du mou­ve­ment des Lumières.

Ric­ci mou­rut à Pékin en 1610, mais grâce à ses tra­duc­tions, les idées qu’il ren­voya chez lui devinrent len­te­ment le fon­de­ment intel­lec­tuel de la remise en ques­tion du rôle de la reli­gion dans la vie publique : « l’argument chi­nois » devint une arme intel­lec­tuelle majeure maniée par les pen­seurs des Lumières, en par­ti­cu­lier Vol­taire, Bayle et de nom­breux phi­lo­sophes. L’argument était essen­tiel­le­ment : « Regar­dez, voi­ci une civi­li­sa­tion vaste, ancienne et sophis­ti­quée qui a main­te­nu l’ordre, la mora­li­té et la bonne gou­ver­nance pen­dant des mil­liers d’années – le tout sans chris­tia­nisme, sans révé­la­tion, sans Église. Cela prouve que la reli­gion n’est pas néces­saire pour une socié­té morale et qui fonc­tionne bien« . Et le maté­riel source pour presque tout cela fut… les tra­duc­tions jésuites, à com­men­cer par le tra­vail de Ricci.

L’ironie est excel­lente : Ric­ci est allé en Chine pour la conver­tir au chris­tia­nisme. Il n’a pas réus­si à le faire, mais a fini par plan­ter les graines qui conver­ti­raient sa propre civi­li­sa­tion à la laïcité.

Digres­sion un peu longue mais très illus­tra­tive du sujet : la laï­ci­té en Chine était si pro­fon­dé­ment ancrée qu’elle ne repous­sait pas seule­ment le chris­tia­nisme, elle rayon­nait vers l’extérieur et remo­de­lait toute notre civi­li­sa­tion occi­den­tale. Nous sommes deve­nus laïques nous-mêmes (ain­si que la plu­part des pays euro­péens) sous l’influence directe de la Chine.

La Chine a‑t-elle vrai­ment tou­jours été laïque ? Je dois admettre que j’ai un peu exa­gé­ré. Au tout début de son his­toire, la Chine est en fait presque deve­nue théo­cra­tique et c’est en fait ce presque qui a ancré la laï­ci­té dans son ADN civi­li­sa­tion­nel, jusqu’à nos jours.

Pour com­prendre ce qui s’est pas­sé, il faut remon­ter à la pre­mière dynas­tie chi­noise : la dynas­tie Shang qui a régné dans la val­lée du fleuve Jaune au 2ème mil­lé­naire avant JC.

Les Shang étaient, à toutes fins pra­tiques, à peu près aus­si théo­cra­tiques qu’une civi­li­sa­tion peut l’être. Le roi Shang était le devin suprême – à la fois sou­ve­rain et grand prêtre. Chaque déci­sion impor­tante de l’État était pas­sée au filtre de la divi­na­tion : des ques­tions étaient gra­vées dans des os d’animaux ou des cara­paces de tor­tues (les fameux “Os d’Oracle”), les os étaient chauf­fés jusqu’à ce qu’ils se fis­surent, et le roi lisait les sché­mas de frac­ture comme des mes­sages du monde des esprits. Le sacri­fice humain était pra­ti­qué à une échelle qui aurait impres­sion­né les Aztèques : des mil­liers de vic­times, offertes aux ancêtres et aux esprits dans des rituels éla­bo­rés. Si une socié­té de l’histoire chi­noise avait une classe sacer­do­tale avec un réel pou­voir, c’était bien celle-là. En fait, le roi était la classe sacer­do­tale à lui tout seul.

Un os d’oracle de la dynas­tie Shang sur une cara­pace de tortue

Puis, vers 1046 Av. J.-C., les Zhou ren­ver­sèrent les Shang et se heur­tèrent immé­dia­te­ment à un pro­blème exis­ten­tiel de légi­ti­mi­té. Les Shang pré­ten­daient régner parce que le Ciel les avait choi­sis. Si c’était vrai, alors les Zhou venaient de com­mettre l’acte ultime de sacri­lège. Com­ment jus­ti­fier aller contre la volon­té de Dieu ?

La réponse est venue d’un homme : le duc de Zhou, qui peut ain­si être cré­di­té comme l’inventeur – peut-être invo­lon­taire – de la laï­ci­té, et en tant que tel l’un des pen­seurs poli­tiques les plus influents de l’histoire humaine. Il a fait des décla­ra­tions docu­men­tées dans les textes chi­nois les plus anciens, notam­ment le Shu­jing (Livre des Docu­ments) et le Shi­jing (Livre des Chants), où il a expli­qué que le man­dat du Ciel n’est pas un droit de nais­sance mais un contrat condi­tion­nel à la ver­tu (Dé, Dé). Comme le dit le Shu­jing “Le man­dat du Ciel n’est pas constant” (天„ Tiānmìng m ch cháng) et comme le déclare le Shu­jing : « Le Ciel n’a pas de favo­ris ; il n’assiste que les ver­tueux« .

Cela peut sem­bler une idée facile, mais elle a com­plè­te­ment chan­gé toute l’équation : sou­dain, la légi­ti­mi­té du pou­voir ne repo­sait plus sur la volon­té de Dieu mais sur le juge­ment moral de l’homme, sur la ques­tion de savoir si le diri­geant avait de la ver­tu et gou­ver­nait bien. Et s’il ne le fai­sait pas, il per­drait sa légi­ti­mi­té à gou­ver­ner “aux yeux du Ciel”, tout comme les Shang.

Ce n’était pas de la laï­ci­té en soi, mais l’effet pra­tique de cela fut la dé-divi­ni­sa­tion de l’autorité poli­tique : si le man­dat du Ciel dépend de la ver­tu, et la ver­tu est mesu­rée par le fait que le peuple est bien gou­ver­né, alors en fin de compte c’est le peuple qui est l’arbitre de la légi­ti­mi­té d’un diri­geant. Le Shu­jing lui-même le rend expli­cite avec cette ligne remar­quable : “Le Ciel voit comme mon peuple voit ; Le Ciel entend comme mon peuple entend.” Le juge­ment du Ciel est donc le juge­ment du peuple.

Ain­si, le duc de Zhou ne s’est pas conten­té de dé-divi­ni­ser le pou­voir, il a effec­ti­ve­ment pla­cé la source de la légi­ti­mi­té poli­tique entre les mains des gou­ver­nés. Non pas par des élec­tions ou des méca­nismes for­mels, mais par une phi­lo­so­phie de gou­ver­ne­ment qui décla­rait expli­ci­te­ment que le tra­vail du diri­geant est de ser­vir le peuple, et que sa légi­ti­mi­té dépend entiè­re­ment de sa capa­ci­té à le faire.

Ce n’est pas un prin­cipe abs­trait, il a impo­sé une contrainte struc­tu­relle très réelle à chaque diri­geant chi­nois pour les trois mille années sui­vantes. C’est pour­quoi la phi­lo­so­phie poli­tique chi­noise met un accent si intense sur les méca­nismes pra­tiques de la bonne gou­ver­nance : admi­nis­tra­tion méri­to­cra­tique, ges­tion de l’eau, infra­struc­ture, toutes les choses qui per­mettent aux gens de se nour­rir et d’être en sécu­ri­té. C’est une logique de sur­vie : ser­vir le peuple ou perdre le man­dat. Et si le diri­geant échoue, le ren­ver­ser n’est pas un sacri­lège, c’est la volon­té du Ciel. C’est pour­quoi tant de dynas­ties dans l’histoire de la Chine ont été ren­ver­sées par des rébel­lions popu­laires, et pour­quoi ces rébel­lions étaient consi­dé­rées comme légi­times plu­tôt que comme un péché.

C’est aus­si pour­quoi Men­cius pour­rait dire plus tard : « Le peuple est le plus impor­tant, l’État vient ensuite, le diri­geant est le moins impor­tant » ; ce qui est une décla­ra­tion extra­or­di­naire pour le 4ème siècle avant JC.

Si vous reve­nez à l’étymologie du mot démo­cra­tie – “kra­tos” pour le pou­voir et “démos” pour le peuple – on peut affir­mer que la Chine est une sorte de démo­cra­tie depuis plus de 3 000 ans : pas une démo­cra­tie de scru­tins et de par­le­ments, mais une démo­cra­tie où le pou­voir repo­sait tou­jours en fin de compte entre les mains du peuple, où chaque diri­geant gou­ver­nait en sachant que le peuple était, en der­nière ana­lyse, celui qui déte­naient le véri­table pou­voir au-des­sus de lui, celui pour qui il tra­vaillait et à qui il ren­dait des comptes.

Pour en reve­nir aux reli­gions, tout cela ne veut pas dire qu’elles n’existent pas en Chine. Elles sont bien pré­sentes. Et il y a eu de nom­breux épi­sodes de tiraille­ments dans l’histoire de la Chine où les reli­gions ont ten­té d’acquérir plus de pou­voir politique.

L’un de mes épi­sodes pré­fé­rés est celui de l’empereur Wu de la dynas­tie Liang (梁武帝, Liáng wìdì, 464–549 après JC) qui est deve­nu un conver­ti boud­dhiste fana­tique et, dans une ten­ta­tive d’amener l’État à finan­cer le boud­dhisme, a mis au point un pro­gramme de col­lecte de fonds créa­tif : il s’offrirait en « sacri­fice vivant » (sh, she­shen) à un monas­tère boud­dhiste. Ses ministres, lais­sés avec le petit pro­blème de ne plus avoir d’empereur, seraient alors obli­gés de le « rache­ter » avec des dons colos­saux au monas­tère. Il a réus­si ce coup au moins trois fois (voire quatre, selon cer­taines sources), extra­yant à chaque fois des mil­liards en espèces du tré­sor public.

Mais ensuite, le Man­dat du Ciel a joué son rôle : un petit géné­ral rebelle du Nord nom­mé Hou Jing est arri­vé à Nan­kin (la capi­tale à l’époque) avec quelques cen­taines de sol­dats, aidé par des pay­sans qui avaient afflué pour le rejoindre par dizaines de mil­liers. Ils encer­clèrent le palais impé­rial et l’empereur Wu – l’homme qui avait rui­né son empire pour la gloire de Boud­dha – mou­rut de faim à 85 ans, assié­gé dans sa propre capi­tale. Aucun autre diri­geant chi­nois n’a osé lais­ser la reli­gion se rap­pro­cher à nou­veau du trône.

Les chi­nois eux-mêmes ont une approche par­ti­cu­liè­re­ment prag­ma­tique de la reli­gion. Elle n’a jamais main­te­nu la socié­té unie comme ce fut le cas dans la plu­part des autres civi­li­sa­tions. Ce rôle était rem­pli par un sys­tème moral de croyances, avec la ver­tu (德, Dé) en son centre. Dans la plu­part des civi­li­sa­tions, les ques­tions fon­da­men­tales – qu’est-ce qui est bien et mal ? com­ment devrions-nous nous com­por­ter ? que nous devons-nous les uns aux autres ? – ont trou­vé des réponses dans la reli­gion. En Chine, les réponses ont été appor­tées par la phi­lo­so­phie morale. Le duc de Zhou a fait de la ver­tu la base de la légi­ti­mi­té poli­tique et Confu­cius l’a ensuite uni­ver­sa­li­sée en un cadre éthique com­plet pour toute la socié­té. Le résul­tat fut une civi­li­sa­tion qui avait tout ce que la reli­gion four­nis­sait ailleurs – un code moral, une cohé­sion sociale, un sens du sens, une hié­rar­chie des obli­ga­tions – sans aucune infra­struc­ture théo­lo­gique. Pas de Dieu offi­ciel, pas de dogme offi­ciel, pas de cler­gé offi­ciel. Juste l’idée que les êtres humains peuvent et doivent culti­ver l’excellence morale par l’étude, l’autoréflexion et la pra­tique, et que cela seul suf­fit à main­te­nir une civi­li­sa­tion unie. La famille, la pié­té filiale, le res­pect des anciens, la révé­rence pour l’éducation, tout cela découle de la ver­tu et non de la foi.

C’est ce qui rend la Chine véri­ta­ble­ment unique par­mi les civi­li­sa­tions : elle a rem­pla­cé la théo­lo­gie par l’éthique comme prin­cipe d’organisation.

Alors, quel rôle joue la reli­gion ? Tout d’abord, il est inté­res­sant de noter que de nom­breuses divi­ni­tés véné­rées par les Chi­nois, même dans le boud­dhisme chi­nois et plus encore dans le taoïsme, sont véné­rées en rai­son de leur pra­tique de la ver­tu. Si vous allez dans un temple boud­dhiste ou taoïste en Chine, il est extrê­me­ment cou­rant de consta­ter que les per­son­nages véné­rés ne sont pas des Dieux au sens occi­den­tal du terme, mais des êtres humains divi­ni­sés en rai­son de leur ver­tu excep­tion­nelle. Guan Yu (关羽), peut-être la figure la plus véné­rée par les Chi­nois, était un véri­table géné­ral his­to­rique de la période des Trois Royaumes, véné­ré non pas parce qu’il accom­plis­sait des miracles ou livrait des révé­la­tions divines, mais parce qu’il incar­nait la loyau­té, la droi­ture et l’honneur. Il en va de même pour Mazu (妈祖), la déesse de la mer, qui était à l’origine une vraie femme de la pro­vince du Fujian qui aurait consa­cré sa vie à sau­ver les pêcheurs. Même dans le boud­dhisme chi­nois, la figure la plus popu­laire n’est pas le Boud­dha his­to­rique lui-même mais Gua­nyin (Gu), le bod­hi­satt­va de la com­pas­sion tou­jours repré­sen­té comme une femme (au moins depuis la dynas­tie Song), véné­rée pré­ci­sé­ment parce qu’elle a choi­si de res­ter dans le monde pour sou­la­ger la souf­france humaine plu­tôt que de mon­ter au nirvana.

Pho­to prise par votre humble ser­vi­teur au temple taoïste appe­lé « Erwang » (signi­fiant « 2 saints ») situé à Dujian­gyan dans la pro­vince du Sichuan. Les « 2 saints » en ques­tion sont deux ingé­nieurs en irri­ga­tion (Li Bing et son fils Li Erlang) qui ont construit le pro­jet d’irrigation voi­sin de Dujian­gyan en 236 av. JC. La Chine est pro­ba­ble­ment le seul pays au monde à avoir divi­ni­sé des ingénieurs !

Même la façon dont les Chi­nois prient est révé­la­trice : les gens ne vont pas au temple pour se sou­mettre à l’autorité divine ou cher­cher le salut, mais pour deman­der des choses pra­tiques ; la san­té, la pros­pé­ri­té, la réus­site aux exa­mens, un bon mariage. C’est tran­sac­tion­nel, prag­ma­tique, relié à ce monde.

Voi­ci une anec­dote per­son­nelle amu­sante : mes beaux-parents, qui vivent dans la pro­vince du Henan, se sont récem­ment conver­tis au chris­tia­nisme non pas à cause d’une croyance fon­da­men­tale, mais essen­tiel­le­ment à cause du résul­tat d’une ana­lyse per­son­nelle. Dans leur ana­lyse, le boud­dhisme était coû­teux (en termes d’offrandes qu’ils devaient faire dans les temples) et, mal­gré de nom­breuses demandes au fil des décen­nies, le retour sur inves­tis­se­ment avait été déce­vant. Le chris­tia­nisme était moins cher et offrait de meilleurs avan­tages, alors ils ont chan­gé de reli­gion. Vous pour­riez trou­ver cela sacri­lège et non spi­ri­tuel, mais croyez-moi, c’est la façon la plus terre-à-terre d’aborder la reli­gion en Chine. Les Chi­nois sont un peuple émi­nem­ment pragmatique.

Cette carac­té­ris­tique fon­da­men­tale de la civi­li­sa­tion reste abso­lu­ment essen­tielle pour com­prendre la Chine contem­po­raine. Beau­coup de gens décrivent sou­vent la laï­ci­té de la Chine comme une forme de nihi­lisme, une absence de croyance ou une croyance en rien. Je pense que c’est exac­te­ment le contraire : c’est, au fond, une foi en l’humanité elle-même. Il y a une phrase en chi­nois qui dit : 人天天 (rén dìng shèng tiān) : « la déter­mi­na­tion humaine peut conqué­rir le Ciel« . C’est en cela que consiste la laï­ci­té chi­noise : il ne s’agit pas de sup­por­ter cette vie en atten­dant le salut ou de croire qu’une puis­sance supé­rieure a un plan pour vous. C’est la convic­tion que les êtres humains, par l’effort, la ver­tu et la déter­mi­na­tion pure, suffisent.

Vous êtes-vous déjà deman­dé pour­quoi l’ouvrier du bâti­ment chi­nois se casse le dos en tra­vaillant comme per­sonne ? Parce qu’il est Dieu conqué­rant le Ciel.

Arnaud Ber­trand

Tra­duit par Wayan, relu par Her­vé, pour le Saker Fran­co­phone.

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2 Commentaires

  1. pierre

    Nah, j’a­dore Arnault Ber­trand, mais le daoisme est tout à fait une reli­gion, qui inclut un ensemble de pré­ceptes défi­nis­sant ce qu’il est ver­tueux ou non de faire(, ce qui, contrai­re­ment aux rela­ti­vistes, est assez simi­laire entre les cultures).

    Après, c’est sym­pa de défendre la Chine, mais comme les trots­kyistes se gourent en reje­tant des pays soi-disant auto­ri­taires qui se défendent des ingé­rences étran­gères et prônent un com­mu­nisme liber­taire, je ne veux pas faire par­ti des théo­crates rationnel/‘non lit­té­ra­listes’ qui rejetent les théo­cra­ties soi-disant fer­mées d’es­prit. Enfin bref.

    Si vous vou­lez que la consti­tu­tion de votre com­mune rejette l’é­du­ca­tion reli­gieuse alors ne la faites pas reje­ter l’é­du­ca­tion morale en tout cas, car nous avons détruit la reli­gion mal­gré les nom­breuses défi­ni­tions ration­nelles de Dieu(, comme le Tout, le Pre­mier, l’Im­por­tant, le Vrai/Beau/Bon/..,) sans avoir conser­vé les valeurs chré­tiennes liées aux ver­tus car­di­nales. Nous n’a­vons gar­dé que la valeur liber­taire et hédo­niste du « vivre et lais­ser vivre », une liber­té d’ex­pres­sion qui s’é­teint à toute vitesse et ne nous lais­se­ra même plus ces valeurs résiduelles.

    Bref, les idées que vous défen­dez sont les plus impor­tantes sur un « mar­ché des idées » pos­sé­dé par les riches.

    Réponse
  2. LeMatcheurdesIA

    Sans pré­ten­tion aucune, mais cette idée de ne pas avoir eu besoin de Dieu semble lar­ge­ment contes­table, voi­ci l’a­na­lyse de 3 IA différentes :
    (au pas­sage, s’il y a un homme de bien sur cette terre, c’est bien toi Etienne, un grand mer­ci pour ton travail ) 

    IA1 (Le chat)
    Résu­mé du conte­nu de l’article

    L’article affirme essen­tiel­le­ment que :

    La Chine serait une civi­li­sa­tion unique parce que, contrai­re­ment à d’autres socié­tés his­to­riques, elle n’aurait jamais lais­sé la reli­gion (et Dieu) jouer un rôle poli­tique ou social majeur.

    Cette laï­ci­té aurait façon­né sa culture, sa poli­tique et son modèle social depuis des millénaires.

    La légi­ti­mi­té du pou­voir chi­nois ne repo­se­rait jamais sur une auto­ri­té divine, mais sur une phi­lo­so­phie morale (ex : le Man­dat du Ciel condi­tion­né à la vertu).

    L’auteur va même jusqu’à dire que cela aurait influen­cé l’Occident et contri­bué à la mon­tée de la laï­ci­té en Europe via les jésuites comme Mat­teo Ricci.

    Ana­lyse cri­tique des prin­ci­paux points
    1. La Chine « n’a jamais eu besoin de Dieu » — vraiment ?

    Non. C’est une sim­pli­fi­ca­tion excessive.

    La civi­li­sa­tion chi­noise a eu des sys­tèmes reli­gieux et spi­ri­tuels importants :

    le taoïsme, avec ses cultes, ses rituels et ses divinités,

    le boud­dhisme, très influent sur­tout après son intro­duc­tion au 1er millénaire,

    le confu­cia­nisme, qui – même s’il n’est pas une reli­gion révé­lée – intègre des élé­ments rituels spi­ri­tuels, une vision du monde sacrée et des pra­tiques cérémonielles.

    Il y a aus­si des cultes locaux d’ancêtres et des reli­gions polythéistes.

    Dire que la reli­gion « n’a jamais eu son mot à dire » dans la poli­tique chi­noise est inexact his­to­ri­que­ment : par exemple, cer­tains empe­reurs ont uti­li­sé des rites et des sym­boles reli­gieux pour légi­ti­mer leur règne, et l’État lui-même a par­fois patron­né des cultes.

    Ce qui est peut-être par­tiel­le­ment vrai, c’est que le rôle ins­ti­tu­tion­nel de la reli­gion en Chine n’a jamais été exac­te­ment comme en Europe médié­vale (avec une Église indé­pen­dante ayant un pou­voir poli­tique auto­nome), mais il serait faux d’affirmer que les croyances ou pra­tiques reli­gieuses n’ont jamais compté.

    2. La laï­ci­té chi­noise serait ancienne et pure

    Là encore, c’est une sim­pli­fi­ca­tion his­to­rique et philosophique :

    La notion euro­péenne moderne de laï­ci­té (sépa­ra­tion stricte entre reli­gion et État) comme nous l’entendons aujourd’hui n’a pas d’équivalent direct dans l’histoire chi­noise ancienne.

    Ce que l’on observe plu­tôt, c’est un syn­cré­tisme : confu­cia­nisme, taoïsme, boud­dhisme coexistent, se mélangent, et influencent la socié­té et l’État de façons com­plexes, pas sim­ple­ment « laïques ».

    Le concept du « Man­dat du Ciel » (天命 tiānmìng) n’est pas une absence de divin, mais plu­tôt une vision cos­mique de légi­ti­mi­té où le ciel, les ancêtres et l’ordre moral jouent un rôle dans la légi­ti­ma­tion de l’État — ce n’est pas stric­te­ment séculier.

    3. Mat­teo Ric­ci et l’impact sur l’Occident

    Par­tiel­le­ment vrai, par­tiel­le­ment exagéré.

    Mat­teo Ric­ci a joué un rôle impor­tant dans les échanges cultu­rels entre Europe et Chine et a influen­cé la manière dont cer­tains Euro­péens com­pre­naient la pen­sée chinoise.

    Mais attri­buer à Ric­ci et à la Chine une influence majeure sur la nais­sance de la laï­ci­té en Europe comme l’auteur le sug­gère est his­to­ri­que­ment trop fort. La laï­ci­té moderne est le pro­duit d’un grand nombre de fac­teurs internes à l’Europe : Réforme pro­tes­tante, Lumières, guerres de reli­gion, mon­tée de l’État moderne, phi­lo­so­phie ratio­na­liste, etc.

    L’influence de la pen­sée chi­noise a exis­té, mais elle n’a pro­ba­ble­ment pas été déter­mi­nante ni exclusive.

    Conclu­sion : l’article contient des idées intri­gantes, mais…
    ❗ Ce qui est vrai :

    ✔ La Chine his­to­rique n’a jamais déve­lop­pé une Église orga­ni­sée dotée de pou­voir poli­tique auto­nome comme en Europe.
    ✔ Une phi­lo­so­phie morale (confu­cia­nisme) a pro­fon­dé­ment mode­lé sa culture politique.
    ✔ Les échanges cultu­rels europe-chi­nois ont sti­mu­lé des débats phi­lo­so­phiques en Europe.

    ❌ Ce qui est exa­gé­ré ou faux :

    ❌ L’affirmation que la reli­gion n’a jamais eu d’influence en Chine est incorrecte.
    ❌ Pré­sen­ter la laï­ci­té chi­noise comme iden­tique à la laï­ci­té moderne euro­péenne est his­to­ri­que­ment inexact.
    ❌ Sug­gé­rer une influence déter­mi­nante et cau­sale sur la laï­ci­té occi­den­tale dépasse les preuves historiques.

    Mon avis objectif

    L’article fait un bon point de départ pour une dis­cus­sion phi­lo­so­phique et com­pa­ra­tive sur reli­gion, socié­té et culture. Il attire l’attention sur une carac­té­ris­tique impor­tante de la civi­li­sa­tion chi­noise — la forte empreinte morale et bureau­cra­tique plu­tôt que théologique.

    Cepen­dant, il sim­pli­fie et géné­ra­lise exces­si­ve­ment l’histoire et les faits pour ser­vir une thèse. Sur le plan scien­ti­fique et his­to­rique, on ne peut pas sou­te­nir que :

    « La Chine n’a jamais eu besoin de Dieu »
    ou
    que son modèle a ins­pi­ré la laï­ci­té européenne.

    Ces pro­po­si­tions sont trop abso­lues et pas étayées par les consen­sus historiques.

    Voi­ci des sources aca­dé­miques et fiables que tu peux consul­ter pour com­prendre le rôle des reli­gions et phi­lo­so­phies en Chine, l’ampleur de leur influence his­to­rique, ain­si que la manière dont elles se com­binent ou inter­agissent. Ces sources te per­met­tront de dépas­ser les géné­ra­li­sa­tions sim­plistes (comme celles de l’article que tu m’as par­ta­gé) et d’avoir une vision his­to­rique, socio­lo­gique et phi­lo­so­phi­que­ment rigoureuse 

    Sources aca­dé­miques et ouvrages recommandés
    1. Sur la reli­gion et les phi­lo­so­phies chi­noises dans l’histoire

    Confu­cia­nism, Daoism, Bud­dhism, and Chi­nese Popu­lar Reli­gions – article de réfé­rence dans Oxford Research Ency­clo­pe­dia of Asian History
    → pro­pose un aper­çu his­to­rio­gra­phique des trois tra­di­tions reli­gieuses et de leur inter­ac­tion dans la civi­li­sa­tion chinoise. 

    Chi­nese Reli­gious Cultures : His­to­ri­cal Tra­di­tions and Modern Dyna­mics – dos­sier scien­ti­fique (MDPI)
    → montre la diver­si­té des tra­di­tions reli­gieuses en Chine (boud­dhisme, taoïsme, islam, chris­tia­nisme, pen­sées confu­céennes et reli­gions populaires). 

    Reli­gion in Chi­nese Social and Poli­ti­cal His­to­ry – cha­pitre aca­dé­mique (Oxford Academic)
    → ana­lyse l’évolution his­to­rique des reli­gions et pra­tiques spi­ri­tuelles dans le contexte poli­tique chi­nois sur des millénaires. 

    The Concept of Reli­gion in Chi­na and the West, par Vincent Goossaert
    → explore com­ment la reli­gion est défi­nie et com­prise dans le contexte chi­nois vs occi­den­tal (impor­tant pour évi­ter des ana­chro­nismes conceptuels). 

    2. Sur la coexis­tence des trois grandes tra­di­tions chinoises

    Trois ensei­gne­ments (Confu­cia­nisme, Taoïsme, Boud­dhisme) – article syn­thé­tique (Wiki­pe­dia sources académiques)
    → décrit l’expression tra­di­tion­nelle des 三教 (« trois ensei­gne­ments ») et leur syn­cré­tisme culturel. 

    Popu­lar Reli­gious Invol­ve­ment and Bud­dhist Tra­di­tions – article dis­po­nible via JSTOR
    → étude sur la reli­gion popu­laire chi­noise, sou­vent intri­quée avec les tra­di­tions boud­dhistes et taoïstes. 

    Syn­cre­tism of Confu­cia­nism, Bud­dhism and Daoism in Chi­nese culture – article académique
    → montre le carac­tère sou­vent syn­cré­tique et inter­ac­tif de ces traditions. 

    3. Sur Confu­cia­nisme et politique

    The Rela­tion Bet­ween Confu­cia­nism and Chi­nese Poli­tics – article publié par Cam­bridge Uni­ver­si­ty Press
    → ana­lyse l’influence du confu­cia­nisme sur la poli­tique tra­di­tion­nelle et contem­po­raine en Chine. 

    Confu­cia­nisme et his­toire intel­lec­tuelle de la Chine – essais et cours (Anne Cheng, Col­lège de France)
    → pers­pec­tive uni­ver­si­taire sur Confu­cius et la place du confu­cia­nisme dans la civi­li­sa­tion chinoise. 

    4. Sur his­toire et socio­lo­gie des reli­gions en Asie de l’Est

    His­to­ry and socio­lo­gy of reli­gion in East Asia, Ins­ti­tut Fran­çais de Recherche sur l’Asie de l’Est
    → res­sources et recherches uni­ver­si­taires fran­çaises sur l’histoire des reli­gions en Chine et plus lar­ge­ment en Asie orientale. 

    Pour­quoi ces sources sont utiles
    ✅ Elles sont aca­dé­miques ou publiées par des ins­ti­tu­tions recon­nues (Oxford, Cam­bridge, uni­ver­si­tés, revues scientifiques).
    ✅ Elles dis­tinguent clai­re­ment phi­lo­so­phie, reli­gion, pra­tiques popu­laires et sys­tème politique.
    ✅ Elles montrent que la Chine n’est ni sim­ple­ment athée, ni dépour­vue de spi­ri­tua­li­té ni d’influences reli­gieuses – mais qu’elle a déve­lop­pé des formes par­ti­cu­lières de reli­gio­si­té, sou­vent syn­cré­tiques et non dogmatiques.

    Ce que disent ces recherches (idée générale)
    La civi­li­sa­tion chi­noise est façon­née par plu­sieurs cou­rants reli­gieux et phi­lo­so­phiques – confu­cia­nisme, taoïsme, boud­dhisme, mais aus­si pra­tiques popu­laires (culte des ancêtres, divi­na­tion, etc.).
    Ces cou­rants ont joué des rôles sociaux, poli­tiques et spi­ri­tuels à dif­fé­rentes époques, par­fois en ten­sion, par­fois en complémentarité.
    Il existe his­to­ri­que­ment des inter­ac­tions entre reli­gion et pou­voir en Chine, même si elles ne coïn­cident pas avec les modèles occi­den­taux comme une Église ins­ti­tu­tion­na­li­sée indépendante. 

    ————

    IA2 (gemi­ni)

    L’ar­ticle que vous men­tion­nez, inti­tu­lé « La civi­li­sa­tion qui n’a jamais eu besoin de Dieu », est une tra­duc­tion publiée sur le site Le Saker Fran­co­phone. Ce texte traite géné­ra­le­ment de la civi­li­sa­tion chi­noise (ou par­fois de la vision confucéenne/taoïste) et sou­tient que, contrai­re­ment à l’Oc­ci­dent, la Chine a struc­tu­ré sa socié­té et sa morale sans recou­rir à un Dieu créa­teur ou à une révé­la­tion divine.

    Voi­ci une ana­lyse de la véra­ci­té et de la per­ti­nence de ce texte :

    1. Sur le fond his­to­rique et phi­lo­so­phique (C’est « vrai » avec des nuances)
    L’ab­sence de théo­cra­tie : Il est exact que la Chine ancienne n’a pas connu de reli­gion d’É­tat basée sur un Dieu unique et trans­cen­dant comme le chris­tia­nisme ou l’is­lam. Le sys­tème moral domi­nant, le Confu­cia­nisme, est une phi­lo­so­phie poli­tique et sociale cen­trée sur l’har­mo­nie humaine, le res­pect des ancêtres et l’ordre social, plu­tôt que sur le salut de l’âme.

    La notion de « Ciel » (Tian) : L’ar­ticle sim­pli­fie par­fois en disant qu’il n’y a « pas de Dieu ». En réa­li­té, il existe la notion de Man­dat du Ciel. Ce n’est pas un dieu qui parle, mais une force cos­mique imper­son­nelle qui légi­time le pou­voir de l’Empereur.

    Une spi­ri­tua­li­té dif­fé­rente : Si la Chine n’a pas eu de « Dieu » au sens occi­den­tal, elle n’est pas pour autant « athée » au sens moderne. Le taoïsme et le boud­dhisme (impor­té) ont appor­té une dimen­sion méta­phy­sique et spi­ri­tuelle très riche.

    2. Sur la source (Le Saker Francophone)
    Il est impor­tant de noter que Le Saker Fran­co­phone est un site de réin­for­ma­tion clas­sé dans la « sphère géo­po­li­tique alternative ».

    Leur angle : Ils publient sou­vent ces textes pour cri­ti­quer l’Oc­ci­dent. L’i­dée est de dire : « Regar­dez, la Chine réus­sit sans les bases morales chré­tiennes ou libé­rales de l’Oc­ci­dent, donc le modèle occi­den­tal n’est pas universel. »

    L’o­pi­nion véhi­cu­lée : Le texte est géné­ra­le­ment uti­li­sé pour van­ter la rési­lience et la sta­bi­li­té du modèle chi­nois (plus col­lec­tif et prag­ma­tique) face à un Occi­dent per­çu comme déca­dent ou trop cen­tré sur l’individu.

    3. Mon opi­nion : Est-ce « vrai » ?
    Sur le plan aca­dé­mique : Oui, la thèse selon laquelle la Chine est une civi­li­sa­tion « huma­niste imma­nente » (qui trouve ses règles en elle-même et non dans un au-delà) est une thèse vali­dée par de nom­breux sino­logues (comme Mar­cel Gra­net ou Simon Leys).

    Sur le plan fac­tuel : C’est une inter­pré­ta­tion juste de la struc­ture phi­lo­so­phique chi­noise. Cepen­dant, il faut faire atten­tion à ne pas idéa­li­ser cette absence de reli­gion : elle a été rem­pla­cée par une hié­rar­chie sociale extrê­me­ment rigide et, plus récem­ment, par une idéo­lo­gie d’É­tat tout aus­si contraignante.

    En résu­mé : Le texte dit vrai sur la spé­ci­fi­ci­té de la Chine qui s’est construite sur une éthique sans Dieu. Cepen­dant, gar­dez à l’es­prit que ce genre d’ar­ticle a sou­vent pour but de ser­vir un dis­cours poli­tique actuel visant à contes­ter l’u­ni­ver­sa­li­té des valeurs occidentales.

    ———

    IA3 : Perplexity

    Le texte défend une thèse dis­cu­table intel­lec­tuel­le­ment et très fra­gile his­to­ri­que­ment : il s’agit davan­tage d’un essai d’opinion que d’une véri­té établie.

    Sur le fond de l’article
    L’idée qu’il exis­te­rait une « civi­li­sa­tion qui n’a jamais eu besoin de Dieu » ne cor­res­pond pas à l’état des connais­sances his­to­riques : toutes les grandes civi­li­sa­tions connues ont déve­lop­pé des formes de reli­gion, de culte des ancêtres ou de sacré, même quand elles n’ont pas un « Dieu per­son­nel » au sens occidental.

    Pré­sen­ter une civi­li­sa­tion (ici, la Chine) comme n’ayant « jamais eu besoin de Dieu » repose en géné­ral sur une défi­ni­tion très occi­den­tale et très étroite de « Dieu », qui invi­si­bi­lise les pra­tiques reli­gieuses, rituelles et sym­bo­liques pour­tant omni­pré­sentes (culte des ancêtres, rites confu­céens, taoïsme, boud­dhisme, etc.).

    Pro­blèmes de méthodologie
    Le texte mélange dis­cours phi­lo­so­phique, inter­pré­ta­tions cultu­relles et affir­ma­tions géné­rales sur « les civi­li­sa­tions » sans appui clair sur la recherche his­to­rique, anthro­po­lo­gique ou reli­gieuse moderne.

    Affir­mer qu’une civi­li­sa­tion entière « n’a pas eu besoin de Dieu » est qua­si-impos­sible à démon­trer : cela sup­pose de connaître de manière exhaus­tive les croyances intimes de mil­lions de per­sonnes sur des siècles, ce qui dépasse ce que per­mettent les sources.

    Ce qu’on peut rai­son­na­ble­ment dire
    On peut dire qu’il existe des civi­li­sa­tions où la notion de Dieu créa­teur, per­son­nel et unique (modèle judéo‑chrétien) n’a pas occu­pé la place cen­trale qu’elle a eue en Occi­dent, et que d’autres formes de sacré ou de pen­sée (morale confu­céenne, cos­mo­lo­gie, culte des ancêtres) ont joué ce rôle.

    On peut aus­si dire qu’il existe des indi­vi­dus et des cou­rants phi­lo­so­phiques dura­ble­ment agnos­tiques ou athées, mais ce n’est pas la même chose qu’une civi­li­sa­tion entière « sans besoin de Dieu ».

    Mon opi­nion sur la « véri­té » du texte
    Si tu com­prends le texte comme une des­crip­tion fac­tuelle de l’histoire des civi­li­sa­tions, je dirais que ce n’est pas vrai : l’affirmation est exa­gé­rée et réductrice.

    Si tu le lis comme une réflexion phi­lo­so­phique sur la manière dont cer­taines cultures struc­turent le sens, l’ordre social et la morale autre­ment qu’avec un Dieu per­son­nel, alors il peut être inté­res­sant, mais il faut le prendre comme une opi­nion, pas comme un constat scientifique.

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