Chers amis,
Mercredi prochain, 10 décembre 2025 à 17 h (environ 🙂 [edit] Marc vient de nous dire qu’on démarre à 17h45 [/edit]), avec Marc et Léo, comme une suite de la formidable émission #10 du 26 novembre avec Raphaël et Claude, on recevra L’Association des Mairies Démocrates de France (AMDF) dont je reproduis plus bas la description.
Le lien vers l’émission (direct et replay) :
L’AMDF, Association des Mairies Démocrates de France, est une association de citoyens pour tous les citoyens qui veulent développer leur pouvoir politique intérieur par l’action et la mise en place d’une des formes de Démocraties Directes au niveau local. Elle est apartisane, accueille toutes les composantes citoyennes et politiques, débat de façon divergente, contradictoire et bienveillante, en prônant la protection de l’intégrité physique, psychique, financière et sociale.
Elle s’adresse aussi aux élus communaux de la majorité ou de l’opposition qui veulent évoluer vers une des formes de Démocraties Directes, comme aux citoyens qui veulent constituer des listes de candidats aux municipales ou à d’autres éventuelles élections.Son objet statutaire est de promouvoir, de mettre en place, de développer toutes les formes de Démocratie Directes au niveau communal en France et de recenser toutes les communes qui appliquent une forme de démocratie directe, consultant de façon continue les citoyens à titre décisionnaire et applicatif.
Pour être « conforme aux critères » de l’AMDF, qui seront contrôlés par l’association « avant et tout au long du mandat », les listes citoyennes de Démocraties Directes doivent mettre en place les outils afin que les administrés de la commune puissent « Proposer, Voter, Abroger » de « façon continue et ininterrompue », avec la possibilité d’y adjoindre « une attestation sur l’honneur » collective ou individuelle. Elle a un rôle d’observateur contre le recyclage politique et le démowashing.
L’AMDF met à disposition des listes citoyennes de Démocraties Directes “conformes aux critères” : des conseils juridiques, des exemples de chartes, des outils divers de consultations et de votations, un espace numérique dédié pour constitution de listes candidates, pour consultations des administrés de leur commune, pour propositions des citoyens aux candidats, pour organisation des débats préparatoires, des votations et pour les abrogations.
L’AMDF et Démocraties Directes, initiative citoyenne génératrice, proposent des émissions podcastées ou visuelles sur ses réseaux sociaux : présentation de modèles démocratiques, d’expérimentations locales, d’actions politiques et sociales en faveur de l’autonomie et de la résilience, de personnalités engagées dans l’action et la réflexion de Démocraties Directes, des démarches de coalitions, de convergences et d’actualités.
La substitution est une des voies entreprises en s’emparant de thématiques sociétales, toujours inscrites dans le bénévolat politique, à fin de réappropriation de notre citoyenneté. Nous avons créé la CEC – Commission d’Enquêtes Citoyennes – à la place de la Commission d’Enquêtes Parlementaire, et l’I2C – Institut Citoyen de Consultations – à la place des RIC et des Référendums totalement absents, remplaçant aussi tous les instituts de sondages et d’enquêtes.
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L’AMDF montre la voie vers une communalité résiliente en termes d’urbanisme, de santé, d’alimentation, de services, d’agricultures, de sécurité, de mobilité, de social, d’économie, de gouvernance, voir de constitutionnalité. Toujours inscrite dans une approche systémique et holistique de préservation ou de régénération respectueuses des sols, de l’air, de l’eau et des écosystèmes de nature animale et végétale, elle propose un modèle de société préservatrice d’un équilibre dynamique au service de tous les citoyens.
https://www.amdfrance.org
En Atelier Nexus #12, 10 décembre 2025, Sentinelles municipales de la démocratie directe, avec Stéphane et Kaly, de l’AMDF
PLAN DÉTAILLÉ MINUTÉ (Table Complète)
- 01:01 – Introduction et présentation des invités (Le contexte des municipales et les sentinelles).
- 06:30 – Le danger du « Démo-Washing » (Distinguer les vrais démocrates des imposteurs).
- 08:47 – Présentation de l’AMDF (Association des Mairies Démocrates de France : Genèse et éthique).
- 13:36 – La complémentarité avec le Portail Municipal (Outils et recensement des communes).
- 19:23 – Les obstacles légaux à la démocratie directe (Mandat impératif et annulations préfectorales).
- 25:55 – L’exemple d’Ungersheim et la participation citoyenne (Pourquoi seulement 10 % d’actifs ?).
- 31:34 – Q&A : Déclaration des Droits de l’Homme et Constitution (Peut-on toucher au texte sacré ?).
- 41:13 – Nouveaux modes de votation : Le Vote Noir et le Vote Suspensif (Nuancer le choix pour plus de pouvoir).
- 44:43 – Le concept d’Involution (Se réarmer par le bulletin de vote et le changement intérieur).
- 49:34 – Q&A : Démocratie sans monnaie et mutualisation (Dépasser le frein économique par le partage).
- 01:06:08 – Le potentiel du bénévolat politique (Transformer l’engagement associatif en action citoyenne).
- 01:08:40 – Lien social vs Matérialisme (La tribu humaine et le bonheur au-delà de la possession).
- 01:14:00 – Radicalité vs Extrémisme (Prendre les choses à la racine sans violence : la bataille des mots).
- 01:21:50 – L’approche holistique : Les consultants extérieurs (Créer des ponts entre divers acteurs démocrates).
- 01:31:40 – Actions concrètes pour les municipales 2026 (Assemblées Citoyennes Locales et s’organiser dès maintenant).
- 01:40:20 – Étude de cas : Le « Démo-Washing » à Nice (Analyser les programmes des barons locaux).
- 01:50:00 – Les critères de sélection : Label vs Conformité (Proposer, Voter, Abroger en toute matière).
- 02:00:00 – Stratégie virale et critique des partis (Construire les convergences plutôt d’acter les divergences).
- 02:06:00 – L’opportunité des maires démissionnaires (Investir les vides politiques et les mairies sans candidats).
- 02:17:35 – Conclusion et rôle des médias (L’union des médias libres pour la cause constituante).
TRANSCRIPTION – PARTIE 1
01:01 – Introduction et présentation des invités
Marc Daoud : Bonsoir à tous les amis. Merci de nous retrouver en direct pour ce nouvel atelier constituant. Désolé pour le retard, c’est les aléas du direct, mais on est bien en bonne compagnie aujourd’hui comme d’habitude avec Étienne Chouard évidemment, Léo Girod qui vont nous apporter leur lumière sur les municipales, sur ces sentinelles municipales. Peut-on faire vivre la démocratie, la vraie hein, à partir de l’échelon local, municipal ?
On l’avait déjà vu il y a deux émissions avec entre autres Claude Kaiser qui fait vivre dans sa commune le RIC et qui implique les citoyens dans la démocratie locale. Et ce soir, nous allons recevoir Stéphane Bernard et Kaly de l’Association des Mairies Démocrates de France (AMDF) pour poursuivre sur le sujet.
Mais avant cela, comme d’habitude, je vous le rappelle, Nexus ne vit que grâce à ses lecteurs pour continuer de produire une information libre, indépendante de toute censure, pression politique et également sans publicité. Donc n’hésitez pas à nous retrouver en kiosque et sur nexus.fr. Et toujours pour nos prochains événements, le 19 décembre au théâtre de la Tour Eiffel. C’est quasiment complet dans le théâtre. Si vous voulez vous procurer les dernières places, n’hésitez pas, le lien est dans la description, ou alors le billet virtuel pour nous rejoindre depuis chez vous. Et évidemment le grand Festival Nexus pour l’année prochaine, juin 2026. La billetterie est déjà ouverte, vous pouvez d’ores et déjà vous procurer votre billet.
Et tout de suite, j’ai le plaisir de recevoir nos invités du soir. Bonsoir messieurs, comment allez-vous ?
Stéphane Bernard : Ça va, merci. Merci pour votre patience à attendre le début de cette émission.
Marc Daoud : On a un petit peu de retard mais bon, au moins en tout cas on tient le rendez-vous pour cette 12e semaine, 12e atelier constituant. On est, j’allais dire, on n’est qu’au début du travail constituant, du travail démocratique, de récupérer notre souveraineté, de comprendre comment fonctionnent nos institutions et de se donner les moyens de s’impliquer dans ces questions constituantes.
D’ailleurs, je le rappelle, le compteur comptesurmoi.org pour pouvoir nous compter. Voilà, nous les citoyens conscients, les citoyens constituants, n’hésitez pas à aller voir, je vous partage l’écran. Actuellement 333 648. Ça n’a vocation uniquement qu’à pouvoir se compter, se donner de la force et savoir combien de gens sont intéressés dans notre pays à la question constituante que vous partagez régulièrement messieurs.
Donc on avait parlé il y a deux semaines entre autres avec Claude Kaiser. J’ai oublié le nom de la commune, c’est une commune à l’est… Ménil-la-Horgne. La voilà, petite commune hein, de quelques centaines d’habitants je crois.
Stéphane Bernard : 200, 300 habitants. Moins de 200.
Marc Daoud : Ouais, moins de 200 habitants. Mais il a réussi le pari parce que, on le rappelle, je crois plus de 18 000 communes de France font moins de 1000 habitants, 500 habitants. Donc ça concerne quand même la moitié de nos communes. Et ce monsieur, il a réussi à faire vivre l’idée démocratique, c’est-à-dire faire décider les citoyens sur leur territoire concernant des projets. Est-ce qu’on peut impliquer les citoyens ? La réponse est oui. Quand les maires se donnent les moyens et qu’ils sont en bonne intelligence avec les personnes qui habitent sur place.
Et ce soir donc on va aborder à travers le travail de votre association Stéphane et Kaly, donc l’Association des Mairies Démocrates de France, cette question de comment rendre les communes les sentinelles démocratiques de notre pays. Parce que récupérer le pouvoir par le haut, on l’espère tous, mais ça paraît compliqué d’accéder aux plus hautes fonctions de l’État et de redonner le pouvoir au peuple. Alors peut-être que la solution c’est d’abord commencer par le bas, de montrer que ça fonctionne, d’inspirer les gens par l’échelon local et par capillarité de remonter jusqu’en haut. Alors qu’est-ce que vous en pensez messieurs ?
Étienne Chouard : Peut-être faut faire le lien avec le travail de Raphaël, puisque Raphaël anime le Portail Municipal Démocrate qu’on a vu la dernière fois et qui lui aussi joue un rôle de sentinelle puisqu’il décerne un label, un label démocratique ou pas. Ce que font aussi Stéphane et Kaly avec la MDF. Et donc c’est Stéphane qui va commencer, je pense, à nous présenter leur travail et leurs spécificités. Mais il arrivera un moment où je leur demanderai — alors je pense qu’ils travaillent déjà ensemble et peut-être que c’est bien qu’ils travaillent chacun de leur côté avec des méthodes, des outils, des peut-être même des publics différents — mais a priori quand on les regarde un peu de loin, ça se ressemble. Les deux assos vérifient la sincérité démocratique des candidatures qui se disent démocrates. Peut-être que Stéphane peut… Je ne sais pas si Léo a quelque chose à dire sur l’introduction peut-être ?
Marc Daoud : Léo, est-ce que tu veux avant Stéphane nous faire un petit résumé des enjeux ou est-ce qu’on passe tout de suite à Stéphane ?
06:30 – Le danger du « Démo-Washing »
Léo Girod : Bah les enjeux municipaux, bon on en a bien parlé déjà la semaine dernière, enfin il y a 15 jours. Le principe étant de créer des espaces d’expérimentation partout en France. Et depuis quelques années, on voit fleurir des groupes qui se prétendent démocrates mais qui ne le sont pas forcément. Donc il s’agit de vérifier qui est démocrate. On utilise le mot démo-washing aujourd’hui pour les gens qui se refont une parure de démocrates alors qu’en vrai ils ne cherchent qu’à s’accaparer le pouvoir comme les autres.
Et qu’est-ce que je peux dire ? Qu’avec Étienne, on est membres également de l’AMDF, et au comité éthique très exactement. On surveille ce qui se passe en interne, mais en vrai ça va, on n’a pas trop à surveiller. Mais j’essaie d’y participer à la mesure du possible. Et avant que ce soit dit : bah voilà, c’est une association à laquelle vous pouvez adhérer.
Marc Daoud : Oui, n’hésitez pas. D’ailleurs, on partage souvent les mêmes liens, les mêmes plateformes parce qu’on a comptesurmoi.org. Il y a aussi l’autre portail, comment est-ce qu’il s’appelle… où on a la carte de France avec les ateliers constituants : le Mouvement Constituant Populaire. Voilà, qui recense aussi d’autres collectifs. Donc là je tiens, je vais le partager à l’écran : le site de l’amdfrance.org. « Le candidat c’est vous ». Voilà, c’est un beau slogan.
08:47 – Présentation de l’AMDF
Marc Daoud : Mais alors comment passer du slogan à la réalité justement Stéphane ? Comment faire pour éviter de tomber dans le démocratie washing qu’on voit ? Beaucoup de gens se parer d’idées démocratiques, essayer de se dire « on va reconquérir une municipalité » et quand on creuse on voit, comme disait Léo à l’instant, qu’en fait ils veulent juste récupérer le pouvoir et qu’ils reproduisent les mêmes schémas. Est-ce que tu constates la même chose et comment éviter de tomber là-dedans et de réellement faire de ce slogan quelque chose de profitable pour les citoyens ?
Stéphane Bernard : Alors, bonsoir Marc, merci de nous recevoir et merci à Étienne et à Léo de nous donner la parole. Je serai beaucoup plus nuancé et je donnerai aussi la parole à mon alter ego Kaly, puisque l’AMDF, peut-être qu’elle vous expliquera, est à la base une idée d’une initiative citoyenne de personnes à qui on ne donnait pas la parole. Et comme personne ne nous donnait la parole, on l’a prise, et petit à petit, de fil en aiguille, on a fait des émissions un peu comme toi et on a eu la chance d’avoir des gens qui nous ont suivis et qui ont répondu présent.
Donc dans la constitution de l’association, on a un comité éthique, on a un parrain Alexandre Langlois, on a Étienne et Léo qui participent activement et qui nous font grandement partager leur expérience. On ne présentera pas Étienne sur les avantages qu’il peut éventuellement nous donner en travaillant. Et puis on a des gens aussi divers que Didier Maïsto, Amélie Ismaïli, Paul-Antoine Martin, Philippe Ponchet du Mouvement Constituant. Donc on a un comité éthique qui, statutairement, a un droit de veto et peut remettre en question. C’est déjà arrivé une fois, Étienne a tapé du poing sur la table, donc on s’est sagement exécuté.
Et on essaie d’avoir avec ce comité éthique un autocontrôle, puisque de toute façon Kaly vous expliquera tout à l’heure, on est des systémiques nous, c’est-à-dire qu’on va encore plus loin que les travaux d’Étienne. On présente éventuellement un visage de la société sans aucun représentant. On s’inspire des travaux d’Étienne bien sûr et de ceux de Jacques Testart. Et Kaly et moi, on est tous les deux systémiques.
Mais là où je mettrai un bémol à ta question, c’est que l’initiative historique — je passerai la parole à Kaly après — c’était Démocratie Directe (DS), et notre principe était de donner la parole à tous les modèles. De la même manière avec la MDF, c’est une entité, un pendant juridique, parce qu’en France on ne peut pas exister vraiment si on n’a pas une identité juridique. On donne la parole et on écoute toutes les modalités et les subtilités de la démocratie directe. Donc il y a des participatifs, il y a des consultatifs, il y a des délibératifs. Et puis comme ils n’ont pas arrêté depuis des décennies d’employer des oxymores hein, « démocratie participative », ça a commencé il y a une petite vingtaine d’années avec c’est vrai l’ex-madame Hollande hein, tout le monde voit à qui je fais référence…
Et du coup bah nous, on a été obligés d’employer un pléonasme puisque normalement la démocratie, elle est directe si elle est… Voilà, c’est ça. Et nous, on essaie de faire de la politique au sens étymologique du terme. On est radical, c’est-à-dire qu’on va à la racine, mais aussi peut-être un peu radical tout en essayant d’être ouvert d’esprit. Et donc, on veut faire de la politique et la politique c’est la gestion de la cité. Et donc, naturellement, ben la cité c’est la commune et c’est pour ça qu’on a créé l’Association des Mairies Démocrates de France.
Et au sein de cette association, on a aussi plein de consultants extérieurs dont on parlera, mais je voudrais laisser la parole à Kaly qui va peut-être donner aussi son son de cloche parce que on a deux façons de penser complètement radicales. Et puis au sein de l’association, on en parlera, on a des gens complètement différents : des anciens Gilets Jaunes, des gens qui sont issus du monde post-monétaire et de l’économie basée sur les ressources. Bon, on ratisse très large et c’est ça qui est stimulant, c’est que du coup… parce qu’on va pas faire la démocratie qu’avec des gens qui sont d’accord et qui sont tous du même bord politique.
Marc Daoud : Sinon c’est la patience… C’est la difficulté éternelle. C’est-à-dire on croit souvent qu’on va avoir plus de facilité à parler, discuter, débattre avec des gens qui a priori seraient entre guillemets nos pairs. Et on se rend compte que c’est souvent les militants les plus exacerbés et les plus passionnés… à juste titre hein, c’est un peu comme les syndicats. Les syndicalistes de base sont des gens qui sont sincères. Malheureusement, bon, c’est pas le propos, mais on voit très bien comment le syndicalisme a été dévoyé. C’est pour ça que notamment on a des relations très étroites avec le Syndicat des Gilets Jaunes qu’on va d’ailleurs recevoir demain. Je vais passer la parole à Kaly si tu veux. Alors Kaly qu’on ne voit pas mais qui normalement est là, nous entend ?
Kaly : Je suis bien là, je vous entends, je vous vois. Bonsoir à tous, bienvenue. Donc que rajouter ? Parce que Stéphane en a déjà dit pas mal. Donc effectivement la genèse de tout cela et de l’AMDF est partie d’un compte sur le réseau X où Stéphane m’a contacté pour qu’on organise bah une sorte de libre antenne à tous ceux qui se considèrent comme démocrates et qui voudraient exposer leur vision de ce qu’est la vraie démocratie. Donc à partir de là, on a essayé d’exposer le maximum de modèles et de visions du principe démocratique.
Et à un moment s’est posée la question de rendre les choses plus concrètes. Au-delà de donner la parole et de faire émerger cette pensée, il fallait aussi s’inscrire dans l’action. Et ça c’est à l’honneur de Stéphane qui est quelqu’un de très actif, et le mot est vraiment faible quand on voit tout ce qu’il fait à travers la MDF et à travers la chaîne maintenant Démocratie Directe (DS).
Et donc l’AMDF était effectivement la réflexion qui a été portée à l’instant, à savoir que le meilleur moyen de mettre en application le principe démocratique, c’est de le faire au niveau local. Parce qu’on est encore à une échelle où finalement, avec une très grande quantité de communes avec relativement peu d’habitants, il est beaucoup plus facile d’organiser une vie réellement démocratique à cet échelon.
13:36 – La complémentarité avec le Portail Municipal
Kaly (suite) : C’est de là qu’est née un petit peu cette idée. À partir de là, Stéphane a structuré comme il sait le faire l’association. Il a su s’entourer de personnes de qualité comme celles qu’il a citées et mettre en avant un principe relativement simple, c’est de faire — comme ce fut le cas d’ailleurs pour la chaîne Démocratie Directe — une sorte d’espace d’expression de la démocratie. C’est-à-dire que le but, c’est pas d’être un parti, c’est pas de vouloir encadrer et imposer quoi que ce soit, mais c’est de donner une forme de boîte à outils à tous ceux qui voudraient pratiquer la démocratie et qui ne savent pas trop comment faire, comment la mettre en pratique.
Euh et c’est pour ça que le Portail Municipal Démocrate est finalement un outil qui a sa propre indépendance, sa propre vie bien évidemment, mais qui est totalement connexe au travail que nous faisons. C’est-à-dire que le portail démocrate a un intérêt en quelque sorte à travers nous et nous avons un intérêt à travers ce portail également. On est très complémentaires dans l’absolu et c’est la raison pour laquelle sur nos visuels, bah finalement le portail est à l’évidence présent.
Marc Daoud : Donc alors je rappelle le lien du site dont tu parles, le portail municipal c’est portail-municipal.fr. Effectivement, c’est là où sont recensés les projets les plus démocratiques à l’échelle communale, et je crois en numéro 1 desquels était la commune de Ménil-la-Horgne de Claude Kaiser, qui remplissait tous les critères en termes de démocratie directe. Et donc ça vient compléter votre portail à vous hein, Association des Mairies Démocrates de France.
Comment est-ce que vous, vous avez à travers votre portail, votre travail, peut-être réussi à convaincre des maires à distiller plus de démocratie, à s’investir plus dans ces questions-là, à donner plus de pouvoir aux habitants ? Est-ce que c’est ça le projet et est-ce que vous arrivez à obtenir des résultats ?
Stéphane Bernard : Bah le principe pour faire très simple, l’association s’appelle l’Association des Mairies Démocrates de France et non pas l’association des Maires Démocrates de France. Et ça a tout son sens. Le but c’est pas de convaincre les maires qu’il faut devenir démocrates. Le but c’est de convaincre les citoyens qu’il faut faire de leur mairie un espace démocratique.
Marc Daoud : Oui.
Stéphane Bernard : Donc aujourd’hui on est dans une démarche qui est de préparer 2026, d’initier cette réflexion, mais c’est un travail de longue haleine et Étienne est le premier à bien le savoir. C’est pas en claquant des doigts que les citoyens vont se dire « tiens finalement c’est vrai que dans ma commune je peux en faire une commune démocrate ». Donc le but c’est encore une fois de leur fournir une boîte à outils qui va leur permettre, à travers différents outils — et là Stéphane en parlera beaucoup mieux puisqu’il est à l’initiative de tous ces outils — de permettre aux citoyens de se constituer en fait véritablement citoyens et de mettre en place au sein de leur commune soit une équipe qui sera en capacité de faire pression sur l’équipe communale en place, soit tout simplement bah de se porter en concurrence à l’équipe municipale en place ou à celles qui se présenteront en mars prochain.
Marc Daoud : OK. Oui, c’est ambitieux mais c’est redonner le pouvoir directement aux gens. Sans avoir à convaincre politiquement les maires de changer leur méthode de travail, c’est plutôt de pousser les gens par le bas à solliciter leur mairie et leur donner un peu plus envie d’impliquer les citoyens. Un peu comme ce que fait effectivement Claude Kaiser. Je sais pas s’il y a d’autres exemples que Ménil-la-Horgne aussi flagrants, aussi révélateurs de ce qu’un maire… Tu dis oui Stéphane de la tête, il y a d’autres endroits où les citoyens ont leur mot à dire ?
19:23 – Les obstacles légaux à la démocratie directe
Stéphane Bernard : Euh oui. Alors après, il y a un phénomène de discrétion parce que toute la difficulté… Je voudrais faire une parenthèse mais je vais d’abord répondre à ta question. La difficulté de faire de la vraie démocratie directe, c’est un double pléonasme : c’est que c’est anticonstitutionnel et c’est contre le code électoral.
Comme vous le savez, le mandat… oui, puisque le mandat impératif est interdit par notre Constitution. On l’avait vu… alors j’ai plus la formule mais on va demander à Maître Yoda ici présent parce que enfin on en a deux, on a le jeune et le grand, on va dire le maître et le Padawan…
Marc Daoud : L’Yoda et le Padawan ! Ouais ou Léo il a dépassé le stade de Padawan depuis longtemps à mon avis.
Stéphane Bernard : Et dans le code électoral, il est dit que le maire et les conseillers municipaux doivent être libres de leur décision. Donc il y a une notion d’indépendance. Et il y a eu quelques cas où les tribunaux administratifs ont rejeté des décisions de conseils municipaux ou des prérogatives du maire sur le fait qu’il constatait qu’il y avait une subordination des citoyens et que du coup le Préfet s’est saisi d’arrêtés municipaux et les a invalidés.
Léo Girod : Si, si, si, tout à fait. Euh d’ailleurs, je crois qu’Étienne il y a deux émissions en arrière avait fait référence de ça. C’est-à-dire que des maires qui auraient fait comme Claude, c’est-à-dire qui font des votes à main levée — alors en l’occurrence Claude c’est ce qu’il fait pour faire participer les habitants sur des projets et ensuite le maire décide d’orienter sa décision en fonction du vote des habitants — le Préfet a le droit d’invalider cette décision en invoquant qu’il est subordonné au choix des habitants.
Marc Daoud : Oui.
Stéphane Bernard : Alors, c’est plus subtil que ça mais dans les faits, c’est ça. Qu’est-ce qu’on fait ? Alors, je sais pas si je devrais le dire, mais en fin de compte, on anticipe éventuellement… Là, on donne peut-être le bâton pour se faire battre, mais il y a quand même une stratégie à mener. C’est-à-dire que aujourd’hui ce qui a été invalidé, c’est une personne très connue de la commune, une société de la commune ou un groupe associatif qui ont donc fait une forme de lobby sur la mairie pour le pousser à prendre une forme de décision. Et après vient entrer en ligne de compte bien entendu les intérêts, les conflits d’intérêts locaux, etc.
Mais on a des décisions jusqu’au Conseil d’État, hein. Et ce qui est terrible, c’est que ce qu’ils invoquent, c’est la liberté de décision des maires et du conseil municipal et le mandat impératif. Et donc là, il y a pour nous pour l’instant les gens qui pratiquent la démocratie directe sont peu, mais il y en a beaucoup plus qu’on ne croit. Je crois que Léo pourrait compléter ce que je vais dire. Et nous, on a dédié une émission à Jean-Claude Mensch de Ungersheim qui a eu d’ailleurs les honneurs d’un documentaire qui est cité en exemple, qui est lui une ville en transition mais il ne le crie pas beaucoup sur les toits. Il y a des assemblées citoyennes. Enfin, c’est toute la difficulté. C’est-à-dire que Léo me contredira si je dis une bêtise, mais il ne faut pas que ce soit mentionné dans les décisions que la décision a été prise dans le cadre… C’est compliqué parce qu’on pratique une substitution, hein, dans ce cas de figure là, puisque légalement c’est pas…
Marc Daoud : Voilà, si je peux me permettre… C’était pour résumer : c’est que le maire en gros, s’il veut s’inspirer entre guillemets de sa décision du choix des citoyens, des habitants, il doit quand même éviter de le mettre trop en avant. Faut rester discret.
Stéphane Bernard : Malheureusement aujourd’hui oui. C’est un délire.
Léo Girod : Non mais c’est franchement… Stéphane, la décision à laquelle tu faisais allusion à l’instant là, c’était pas celle de Grenoble ? C’était où et quand ? Tu te souviens de ça ?
Stéphane Bernard : Euh alors écoute, je suis désolé, je l’ai dans mes archives mais je ne pourrais pas la retrouver mais je la communiquerai parce que ça fera partie de nos conseils.
Léo Girod : Ouais. Mais j’en ai trouvé trois moi à ce niveau-là, parce que celle que j’ai retrouvée, moi j’en ai retrouvé qu’une en faisant les recherches cette semaine là — pour je suis en train de faire la retranscription de l’émission historique numéro 10 là — et j’ai retrouvé la décision à laquelle je pensais, celle de Grenoble. Euh et en fait ils avaient fait voter… C’était un peu particulier quand même parce qu’ils avaient fait voter des mineurs.
Stéphane Bernard : C’est ça.
Léo Girod : Et donc ça, c’était plutôt ça la cause d’annulation parce qu’en fait on dirait que dans la jurisprudence c’est pas si clair en fait. La doctrine n’est pas fixée. Nous, nous on a peur que les tribunaux nous interdisent de la démocratie directe en interprétant toutes les règles du droit positif — droit en vigueur niveau constitutionnel ou législatif — on a peur que les juges les interprètent de façon très dure contre la démocratie directe. Et en fait, c’est comme s’ils n’osaient pas vraiment. On ne sait pas si dans le jugement de Grenoble, il y a vraiment autre chose. Il y a des choses, c’est vrai, qui correspondent pas au cadre de la République. Si on fait voter des enfants, bon c’est moins grave que d’interdire la démocratie directe. Mais bon…
Stéphane Bernard : Ouais, je te communiquerai ce que j’ai trouvé parce que en toutes lettres, ils invoquent le mandat impératif et la subordination citoyenne.
Marc Daoud : Donc là, les mots sont lâchés là. Ah oui, la subordination citoyenne. Franchement, c’est le monde à l’envers. C’est étonnant. C’est-à-dire qu’en fait pour eux, c’est un argument pour casser une décision municipale, c’est de dire « bah les citoyens peuvent pas subordonner au maire ».
Stéphane Bernard : Il faut y mettre des nuances encore une fois mais c’est une porte d’entrée.
25:55 – L’exemple d’Ungersheim et la participation citoyenne
Stéphane Bernard (suite) : Et je voulais donc terminer sur : on a dédié une émission qui fait presque 3h sur Ungersheim (Jean-Claude Mensch) qui est à son 5e mandat et il a un retour d’expérience. Il y a une seule chose, hormis le fait que c’est un homme extraordinaire et qui fait beaucoup pour sa commune — elle fait 2500 habitants, elle est en Alsace — là, il vient de terminer un documentaire avec une réalisatrice. Mais il ne peut pas, parce qu’à cause justement de la période préélectorale et comme il ne sait pas s’il va faire son 6e mandat ou pas…
Mais il nous donnait une statistique qui était incroyable, c’était que de ses citoyens actifs, ils sont entre 5 et 10 % maximum. Donc la vraie question à se poser, c’est de savoir si les 90 % c’est : est-ce que c’est des abstentionnistes chroniques ? Est-ce que c’est des gens qui ont rien à faire ou est-ce que c’est des gens qui sont satisfaits de ce qui se passe et qui donc pratiquent le « qui ne dit mot consent » ?
Mais on se rend compte que contrairement au milieu associatif en France — il y a 5 millions de bénévoles dans les associations chaque semaine qui œuvrent — euh donc ça fait une grosse partie de la population majeure en tout cas hein, les mineurs sont pas… on parle de ceux qui s’investissent. Et ça vient accréditer l’idée que le bénévolat politique et l’investissement citoyen en politique peut se faire puisque les gens s’investissent dans des associations à titre gracieux.
Étienne Chouard : Tu te souviens là, juste une petite incise sur ce que tu viens de dire. Euh Claude nous disait la dernière fois il y a 15 jours, il nous disait : on arrive à avoir presque tout le monde dans le village si on leur demande juste de voter. Il ne faut pas qu’on leur demande de travailler. Il faut que nous, les représentants, les élus, même si on fait tout ce qu’ils disent, il faut quand même qu’on leur prépare le travail et qu’on exécute tout après. La population semble avoir faim de décider, donc de voter, mais pas de travailler.
Et il expliquait la décrépitude de Saillans, tu sais l’expérience de Saillans avec Tristan…
Stéphane Bernard : Oui, tout à fait.
Étienne Chouard : Et toute sa bande… vraiment c’est une expérience formidable aussi hein. Et il disait : ça a probablement échoué parce qu’à Saillans ils ont essayé d’en faire trop. Ils ont essayé d’impliquer les citoyens et de les faire travailler beaucoup pour qu’ils deviennent acteurs quoi de la loi, rédacteurs, préparateurs. Et ça, ça a gonflé les gens, ça les a fatigués, ils n’ont pas revoté pour eux.
Donc en fait, il faut peut-être faire attention à, au moins au début, se cantonner à les faire décider. Donc leur présenter, leur préparer les lois, leur présenter, ils décident mais pas leur coller du travail. En tout cas, on peut essayer mais pas insister trop parce que ça, ça peut faire capoter le truc.
Stéphane Bernard : Ce qui serait déjà pas mal d’impliquer les citoyens… Bien sûr. Je ne crois pas trahir les propos de Jean-Claude Mensch en disant qu’il parlait des gens qui s’investissaient dans les assemblées. Euh qui là étaient plus présents. Donc cette partie du débat contradictoire et divergent qui prépare justement le vote, hein. Après, je me souviens plus, peut-être que dans le verbatim qu’on fait à chaque fois, on pourrait le retrouver, mais j’ai pas exactement la réponse. En tout cas, cette commune, elle fonctionne mais on la cite pas beaucoup parce que encore une fois c’est un homme habile quoi. Il essaie de « vivons heureux vivons cachés » comme dit l’autre.
Marc Daoud : C’est ça.
Stéphane Bernard : Non mais c’est ça qui est terrible, c’est même s’il est pas vraiment caché puisqu’il y a un documentaire, il est visité à l’international puisqu’il est déclaré comme une ville en transition. Il y a beaucoup des gens comme Fréquence Commune et cetera qui revendiquent 400 listes citoyennes et un millier peut-être sont dans ce schéma.
Marc Daoud : Est-ce que tu penses qu’il viendrait ici pour nous parler de son expérience démocratique comme Claude était venu ?
Stéphane Bernard : Je peux lui demander. Oui oui oui. Je pense que ce serait un très bon exemple.
Étienne Chouard : C’est super contagieux quoi. Les autres se disent « Mais pourquoi pas nous quoi ? ». En tout cas, l’émission d’il y a 15 jours, l’émission numéro 10, là c’était spectaculaire. Et puis toute la semaine après, j’étais avec Nathanaël et on a vu des gens qui, en voyant l’émission, se sont mis à s’activer, ils ne dormaient plus, écrivaient des tas de trucs là.
Parce qu’en fait là c’est concret. Dans le sens où, bon c’est très bien ce qu’on fait tout de suite très vite sur le travail constituant que vous faites Léo et toi Étienne, c’est génial et il va falloir le faire. Mais vu que pour l’instant on se prépare, c’est un entraînement en attendant le grand match, le grand jour, le jour J où les citoyens auront vraiment la possibilité de s’organiser en assemblée constituante. Pour l’instant, c’est un peu une attente. Alors que là, on est déjà capable, avec bah la complicité en tout cas le travail des maires, de récupérer le pouvoir à l’échelon local. Et donc c’est concret, c’est activable tout de suite, c’est réaliste. Il suffit juste de trouver des maires démocrates, il faut trouver des candidats vraiment démocrates quoi. Et j’avoue que c’est plus stimulant pour le citoyen de voir le résultat immédiatement.
31:34 – Q&A : Déclaration des Droits de l’Homme et Constitution
Marc Daoud : Alors juste avant de poursuivre juste, je crois que Miloud, il y avait des questions du chat pour nos invités.
Miloud : Exactement. Il y en avait deux. Bonsoir messieurs. La première question que je vous affiche à l’écran, question posée par Harry qui vous demande : « Est-ce que les mairies qui pratiquent la démocratie directe parviennent à sortir leurs administrés de la torpeur et de l’attentisme ? » Ça c’est la première question.
Et la seconde, question posée par Polo Gascoin : « Les ateliers constituants étant dans l’hypothèse définie opérationnelle, qu’advient-il de la Déclaration des Droits de l’Homme qui actuellement est posée en préambule ? » Voilà messieurs, qui veut répondre ?
Stéphane Bernard : Alors la première question, on va laisser répondre. Après, je ferai une incise, mais la deuxième, je pense qu’elle est pour Étienne et Léo. Elle n’est pas forcément pour nous, même si on a une idée.
Kaly : Alors, tout simplement, est-ce que les mairies qui pratiquent la démocratie directe parviennent à sortir leurs administrés de la torpeur et de l’attentisme ? Comme l’a expliqué Stéphane, on a un exemple où on était à 10 %, c’est ça Stéphane, à peu près de personnes qui s’investissent véritablement.
Euh alors moi, j’avais expliqué lors de ces échanges, c’est que dans une société où la démocratie n’est pas la norme, c’est compréhensible. C’est-à-dire que aujourd’hui, les émissions telles que celle-ci ce soir et que vous faites régulièrement, celles que nous pouvions et que nous pouvons faire sur Démocratie Directe, ça a beaucoup moins d’audience que ce qui passe à la télé qui va parler de toute autre chose parce que ce n’est pas la société à laquelle nous sommes habitués.
Donc bien entendu quand — parce que pour moi c’est un quand, c’est pas si — mais quand nos sociétés seront véritablement démocratiques, il est évident que pour les citoyens ce sera une norme. Ça sera considéré comme évident, tout comme aujourd’hui pour la majorité des citoyens appelés comme tels, c’est évident d’aller voter. La majorité des citoyens — même si c’est une minorité qui se réduit au fur et à mesure du temps parce que peut-être la déception les y incite — mais c’est considéré comme normal d’aller se choisir un maître, un responsable, un décisionnaire pour nous.
Bah, il faut espérer que nos enfants, nos petits-enfants, considéreront totalement normal que de s’impliquer dans la vie locale et nationale et d’être force de proposition, de réflexion, de votation. Donc 10 % déjà pour une commune qui initie, hein… J’ai vu passer une question en fait : « En quoi la commune de Ungersheim est-elle en transition ? ». Elle est en transition démocratique et elle est également en transition environnementale. Et effectivement bah sur ce type de commune, avoir déjà 10 % des citoyens qui s’impliquent, je trouve que c’est une réussite. Donc oui, ça les sort de leur torpeur mais il faut s’y habituer quoi.
Étienne Chouard : Oui, on dirait que c’est plus facile de les sortir de leur torpeur quand on les laisse décider et pas seulement bavarder. La torpeur qu’on regrette tout le temps, c’est en fait les gens n’ont pas envie d’aller dans les réunions où ils ne décident de rien en fait. On les fait parler, on les fait discutailler et puis ils voient bien que les maires prennent des décisions tout seuls indépendamment des assemblées. C’est pour ça qu’il y a une torpeur.
Mais ce que décrivait Claude il y a 15 jours, c’est que les gens viennent beaucoup plus volontiers. Et là, il parlait de cette assemblée où il y avait tout le monde. Oui. Et les jeunes, les vieux, parce qu’ils avaient organisé justement, ils avaient pris des décisions pour vivre ensemble et ça marchait vachement bien. Donc en fait quand les gens… Tu te souviens en 2005 quand on a voté pour un référendum, on vote beaucoup plus quoi. On est en situation de torpeur parce qu’on est infantilisés, enchaînés, muselés. Nos discussions ne servent à rien. Mais à mon avis on en sortira avec dans les vraies situations démocratiques, il y aura moins de torpeur.
Marc Daoud : Alors pour la deuxième question… Qu’est-ce que devient la Déclaration des Droits de l’Homme ?
Étienne Chouard : En fait, la Déclaration des Droits de l’Homme, elle a été écrite par des gens qui sont tous morts et nous sommes légitimes à… enfin vous souvenez de cette formule formidable qui dit : « Une génération ne peut pas assujettir à ses lois les générations suivantes. » Voilà. Donc en fait c’est pas normal que les morts gouvernent les vivants.
Nous sommes légitimes, nous les vivants dans ce moment, les vivants du moment, nous sommes légitimes à repenser, si nous le voulons, la Déclaration des Droits de l’Homme, qui est très bien sur plein de sujets et puis bon voilà. Mais au niveau des mairies, ben s’ils veulent la reprendre, ils la reprennent. S’ils veulent pas, ils la reprennent pas. Si vous êtes souverains, vous n’êtes pas tenus par… vous n’avez pas de compte à rendre à qui que ce soit.
Marc Daoud : Oui, je comprends. Léo, rajouter quelque chose ?
Léo Girod : Bah, la Déclaration c’est du déclaratif comme son nom l’indique en fait. C’est-à-dire que ce n’est pas du droit. Et donc s’il y a des choses bien dedans, il s’agirait d’en faire du droit. Pour qu’il y ait un droit, donc faut qu’il y ait une règle, une sanction et un organe pour appliquer la sanction. Et voilà, si on garde tout, on peut potentiellement tout garder et tout transformer en droit.
Mais on peut aussi enlever des choses. On peut considérer qu’il y a des choses qui sont soit pas bonnes, soit qui n’ont rien à faire dans une Constitution et qui seraient plus de l’ordre du législatif. On peut en faire ce qu’on veut en fait. Pas de problème vis-à-vis de la Déclaration des Droits de l’Homme. Dans certaines propositions, ils excluent du RIC constituant la possibilité de toucher aux Droits de l’Homme, c’est-à-dire de les retirer. Mais en vrai, généralement ça n’a pas de sens et ça peut être un truc plutôt bloquant.
Euh ce qu’il faut voir, c’est que les Droits de l’Homme ont été donc, comme on disait, ajoutés au bloc de constitutionnalité dans le but masqué évidemment que le juge constitutionnel — donc le Conseil — puisse interpréter et bloquer des lois par son interprétation de ces textes déclaratifs et même philosophiques qui sont un peu flous et que donc on peut tordre à l’interprétation comme on veut. Donc voilà, plutôt se méfier de ce genre de texte à mon sens, vu que ça n’est pas du droit et que s’il existe un Conseil Constitutionnel qui n’est pas une obligation, bah voilà, c’est dangereux.
Stéphane Bernard : Est-ce que je peux me permettre de revenir sur un point ?
Marc Daoud : Oui, Stéphane était en train de parler. Je crois qu’il n’avait pas tout à fait terminé ce qu’il avait prévu de dire là.
Stéphane Bernard : Non, c’est pas grave. C’est que je voulais juste préciser une chose qui pour nous est très importante puisque tout à l’heure on parlait du Portail Municipal Démocrate et de l’excellent travail de Raphaël Robb qui est un vrai démocrate et un mec très bien. On est à tel point liés que dans les statuts que l’on a créés — que d’ailleurs Étienne et Léo ont signés avec d’autres — dans l’article 29, on officialise notre coopération avec le Portail Municipal. Donc on est à la fois complémentaires mais on est liés statutairement en tout cas pour une durée de 2 ans à chaque fois en reconduction automatique.
Et il faut savoir aussi que quand nous allons faire le recensement et notre travail de sentinelle, une des trois objectifs du travail des sentinelles est de recenser de lutter contre le démo-washing en accord aux critères de conformité avec nos valeurs de l’AMDF. C’est Raphaël avec le Portail Municipal qui va s’occuper de faire la carte AMDF sur le site du portail municipal. Et on a notre secrétaire que je salue, Marc Philippo, qui est son référent et avec qui il y a une étroite collaboration.
Marc Daoud : Elle recense quoi cette carte ?
Stéphane Bernard : Elle n’existe pas encore. Elle va recenser le travail de sentinelle que nous allons faire. C’est-à-dire que on va en parler à un moment donné forcément, c’est obligatoire pour nous.
41:13 – Nouveaux modes de votation : Le Vote Noir et le Vote Suspensif
Stéphane Bernard (suite) : Raphaël vous expliquait lors de l’avant-dernière émission qu’il y avait un label sous forme de questions et de critères, une forme d’autoévaluation qui parfois est mal prise d’ailleurs par certains démocrates participatifs qui ne comprennent pas et qui se sentent jugés, hein. Mais c’est comme ça.
Nous, on essaie — alors j’allais pas dire de ratisser large — parce qu’on essaie de s’appliquer à nous-mêmes ce que nous prenons comme idée. Donc par exemple on pratique le vote noir, le vote suspensif dans nos décisions d’assemblée générale.
Marc Daoud : C’est quoi le vote noir et le vote suspensif ?
Stéphane Bernard : Alors le vote noir c’est très simple. Vous avez trois propositions ou trois personnes que l’on vous demande de choisir de voter et aucun ne vous conviennent. Donc vous votez noir, ça veut dire que non seulement vous ne votez pas pour eux, mais vous les éliminez et c’est interdit de les représenter à la prochaine élection ou à la prochaine proposition.
Marc Daoud : C’est ce qu’on appelle aujourd’hui le vote blanc.
Stéphane Bernard : Oui. Alors le vote blanc chez nous n’existe plus. Ça s’appelle le vote sans avis. Puisque justement le vote blanc n’exclut pas. En fait le vote blanc s’abstient de se positionner alors que le vote noir se positionne contre ce qui a été proposé.
Marc Daoud : Ah oui, petite différence.
Stéphane Bernard : Même une très grosse différence. Et le vote suspensif pour le coup c’est ce serait quoi ? Vas‑y Kaly.
Kaly : Ah bah c’est tout simplement le fait de suspendre la décision dans le sens où il faut approfondir la réflexion et voir s’il n’existe pas d’autres solutions que celles déjà proposées.
Marc Daoud : C’est intéressant. Comme quoi, dès qu’on met un peu de nuance dans le vote, ça donne plus de pouvoir tout de suite.
Kaly : Et oui, parce que l’ensemble des règles du jeu qui ont été décidées ont été faites pour cadenasser au maximum. Donc il y a déjà les possibilités d’expression dans un scrutin, mais il y a aussi le type de scrutin et ça c’est l’une des premières questions que l’on doit se poser. Comment est-ce que l’on vote ? Il n’existe pas qu’un seul type de scrutin.
Stéphane Bernard : Et pour aller jusqu’au bout de l’explication, le vote suspensif nous oblige à avoir une temporalité, un débat convergent, divergent et contradictoire le plus large possible. Parce que le vote suspensif — je prends un exemple, si la proposition A a 8 et la proposition B a 10 et qu’il y a deux votes suspensifs — donc elle peut maîtriser l’élection, et ben on est obligé de refaire les débats.
Étienne Chouard : La mise en scène des conflits.
Stéphane Bernard : Voilà. Ça nous oblige parfois… et il nous a fallu parfois faire revoter deux, trois fois. On a même mis en place des votes par correspondance parce qu’on n’y arrivait pas et pourtant on était que cinq ou six à voter. Bon voilà. Mais donc tout ça pour vous dire qu’on est plus que complémentaires avec le travail de Raphaël. On est dans une véritable coopération et son travail est excellent et est très bien aidé par Léo et toute la nébuleuse RIC bien évidemment.
44:43 – Le concept d’Involution
Stéphane Bernard : Et je voulais aussi juste rajouter une petite chose. Peut-être que c’est Kaly qui pourrait expliquer. C’est-à-dire que nous on propose, les citoyens disposent, ils doivent faire leur involution. Ce qu’Étienne appelle devenir un adulte citoyen ou un citoyen pas d’évolution, mais involution.
Marc Daoud : Involution ? Faire quoi ? Se déformater ?
Kaly : Oui, on peut tenter… C’est que la définition d’involution c’est un… alors étymologiquement c’est finalement une forme de repli vers l’intérieur hein. C’est revenir en quelque sorte un petit peu aux sources mais c’est une modification régressive en fait. Donc c’est-à-dire que tout n’est pas à jeter. Et souvent, parfois on nous parle d’évolution comme s’il fallait absolument tout changer. Parfois, il suffit d’adapter les choses, de bien comprendre où est-ce que ça dysfonctionne.
Stéphane Bernard : Et puis aussi par rapport à la révolution, parce que nous on prône… on fait le même constat que tout le monde, c’est-à-dire que manifester ne sert à rien. Ils envoient les chars même contre les agriculteurs. La désobéissance civile ne sert… enfin est prônée toujours par ceux qui peuvent se le permettre. Mais aujourd’hui le citoyen lambda, comme disait Coluche « les fins de mois sont difficiles surtout les 30 premiers jours », comment voulez-vous faire de la désobéissance civile par rapport à l’impôt ou autre ? Sachant qu’il y aura toujours des fonctionnaires bien aidés qui viendront vous chercher au fin fond de vos comptes en banque.
Donc nous on prône vraiment un réarmement — c’est le mot à la mode — mais par le bulletin de vote quoi. La vraie arme qui nous reste aujourd’hui, c’est le bulletin de vote. Donc on appelle à involuer. C’est un terme aussi botanique dans lequel par exemple les Cattleyas — les orchidées — avant de refleurir… c’est une plante qui malheureusement d’un seul coup pendant plusieurs mois voire un an ou deux ne refleurit pas. Et puis à force en fin de compte d’involuer, elle finit par refleurir et à nouveau s’épanouir.
Marc Daoud : C’est intéressant de s’inspirer aussi de la nature.
Stéphane Bernard : Oui… C’est une notion qui est très importante. Alors, il y en a d’autres qui diraient « bon, il faut se sortir les doigts », quoi. En clair, en résumé en une phrase triviale, c’est ça. C’est-à-dire qu’il y a un moment donné, on est tous dans le même constat, on a tous acté les mêmes choses, on est tous écœurés mais au bout d’un moment, si on ne bouge pas, personne ne bougera pour nous. Donc il y a un moment donné où il faut prendre son destin en main.
49:34 – Q&A : Démocratie sans monnaie et mutualisation
Marc Daoud : Euh ouais Miloud, il y avait d’autres questions ?
Miloud : Exactement Marc, j’ai deux questions pour vous messieurs. La première question de Sofouuku qui vous demande : « Est-ce que la Constitution peut être évolutive d’année en année ? »
Et la seconde question, question proposée par Jérôme : « Alors, sans outil universel d’échange appelé monnaie, aujourd’hui, on n’est pas en démocratie. Y a‑t-il déjà eu un empêchement d’aller au bout d’une envie locale pour cause de manque d’argent ? »
Kaly : Bah déjà pour la Constitution, c’est exactement ce qui a été expliqué précédemment. On ne peut pas imposer en fait des règles édictées par des générations précédentes aux générations futures. Donc bien évidemment qu’une Constitution doit être évolutive en permanence par ceux qui la subissent en quelque sorte ou qui la vivent. Déjà parce qu’elle peut avoir été erronée dans sa structuration initialement. Et donc si on constate que la Constitution contient des éléments qui génèrent du dysfonctionnement dans la société, bah il peut être bon de se reposer la question. À partir du moment où c’est l’ensemble de la société qui décide, bah tout peut être décidé.
Stéphane Bernard : Et la deuxième question… C’est que si on recrée notre monnaie — d’ailleurs il va falloir qu’on fasse la suite de l’atelier sur la monnaie avec Étienne — parce qu’il n’y aura plus de problème normalement quand on sera souverain. Certains diraient que non, mais bon…
Il y a toute une partie de la société dont je fais partie d’ailleurs — c’est ce qui m’a mené à la démocratie directe, c’est le militantisme post-monétaire — je défends cette idée comme quoi le mal de notre civilisation c’est l’argent et ce système monétaire et cette croissance économique sans fin. Bon bref, c’est pas le débat.
Mais on peut effectivement raisonnablement penser que si notre civilisation veut rester en vie — à part peut-être si elle finit dans un chaos total — avec le développement de l’IA, on voit déjà poindre des gens qui se disent « Mais comment va-t-on faire quand les gens n’auront plus d’emploi ? ». Et donc il y a une réponse toute simple, ça s’appelle la mutualisation. C’est partir d’une société d’échange à une société de partage. Voilà tout simplement. Mais ça peut répondre à la deuxième question qui a été posée parce qu’au niveau communal…
Kaly : Oui, tu veux parler ? Non non vas‑y, je te laisse finir mais après j’aurai effectivement quelque chose à approfondir sur cet aspect-là.
Stéphane Bernard : On a fait une émission spéciale, je vous invite aussi à la voir, il y a 15 jours sur la June (Ğ1) avec trois personnes qui utilisent et qui font partie du développement de la June qui est une monnaie dite libre. Et d’ailleurs, on va continuer la réflexion puisque on va inviter des contradicteurs, mais il y a possibilité de pratiquer la substitution comme avec la démocratie directe et éventuellement de faire un réseau de Junistes.
Mais la deuxième partie de la réponse que je voulais apporter… bon, il y a les monnaies locales, hein, on est d’accord, mais les monnaies locales, c’est comme disait Pierre Rabhi, l’aménagement du Titanic. Tandis que bon, la June jusqu’à présent, c’est tellement confidentiel… mais ça peut marcher. Et puis il y a une autre solution que vous donneraient les post-monétaires tout de suite et qui existe déjà et qui est mise en application dans des petits secteurs, c’est simplement la mutualisation. Il y a plein de problèmes de notre société qui pourraient être résolus par le partage.
C’est vrai. Mais ça demande une réflexion. C’est-à-dire que quand on parle de mutualisation, on parle de vrai partage. C’est-à-dire que le don, le don serait même ou la gratuité serait même supprimée dans l’esprit puisque celui qui donne attend un retour et celui qui reçoit a forcément un lien de reconnaissance. Ouais. Alors bien sûr, on dit le don gratuit, on fait là aussi on met des pléonasmes, mais dans la véritable mutualisation, quand on réfléchit à ça, on peut tout à fait pallier à ces problématiques d’argent et il y a des gens qui le font hein : les ressourceries, les outils partagés, le système coopératif quand il a pas été dévoyé…
Marc Daoud : Voilà quand ça, ça fonctionne… Plein de gens, c’est des gens dont on parle pas mais ça existe vraiment cette idée de mutualisation par rapport au don. C’est vrai que ça change le rapport à l’objet et le rapport à l’autre bien sûr.
Kaly : Bien évidemment puisque le don, on se sent redevable, il y a une forme de redevabilité vis-à-vis du donneur même si c’est tout à fait logique et même si c’est fait dans un bon sens. La mutualisation, c’est pas pareil. Un petit peu comme dans certaines mairies. D’ailleurs, je crois qu’à Ungersheim ils le font aussi de mémoire. Ils ont des outils qui sont mis à disposition avec un planning, ils appartiennent à personne. Voilà, un peu comme une bibliothèque, une bibliothèque municipale. On emprunte un livre, on le ramène, on ne doit rien à personne mais tout le monde utilise le même objet.
Stéphane Bernard : Voilà. Et les ressourceries et cetera. Il y a bon, ça c’est tout un débat. L’obsolescence programmée… la machine à laver increvable, il y a une ampoule qui aux États-Unis qui est luminescente depuis 70 ans sans jamais se casser. Et les femmes d’avant-guerre qui portaient, avant la Seconde Guerre mondiale, des bas… et ben les industriels ont demandé aux ingénieurs d’inventer des bas qui filaient parce qu’ils étaient en fil de fer et les bas ne filaient pas. Mais comment on fait un modèle économique avec des bas qui ne filent pas et des lumières qui ne s’éteignent pas et des machines à laver qui ne tombent pas en panne ?
Kaly : Alors ça peut être une réponse, mais je voulais justement aborder parce que je me doutais que tu allais prendre la réponse par ce côté-là et je pense qu’il faut aussi se poser la question avec une réponse qui vient de l’autre côté.
La question c’était finalement : est-ce que quand on n’a pas la maîtrise de la création monétaire, il est possible de faire de la démocratie et est-ce qu’il n’y a pas des freins économiques à l’application de la démocratie ?
Évidemment, on a une création monétaire qui est aberrante quand on s’y penche. On a un système capitaliste qui par l’obsolescence programmée, donc cette fameuse ampoule de la caserne de pompiers aux États-Unis qui fonctionne depuis longtemps… c’est sur le prisme de l’économie. Mais finalement la démocratie c’est quoi ? C’est un système d’organisation de société. Donc, il n’est pas différent de l’organisation de la société telle qu’elle est faite aujourd’hui. Et je dirais même qu’un système démocratique est plus économique qu’un système républicain et représentatif puisque finalement on va avoir des prises de décision qui sont beaucoup plus proches des intérêts et des préoccupations réelles de ceux qui vont les financer.
C’est ce qui explique qu’en Suisse, plus un canton vote, mieux il est géré économiquement. Plus il y a de votations, moins finalement il est en difficulté économique. Donc bien évidemment que la question de la création monétaire et de la nature même de la monnaie est une question essentielle dans toute société et évidemment dans une société démocratique. Mais la question économique n’est en rien un frein à l’application de la démocratie puisque la démocratie c’est un système d’organisation et aujourd’hui le système d’organisation républicain a un coût. Et pourquoi l’organisation démocratique aurait-elle un coût supérieur ? Il n’y a pas de raison à cela.
Marc Daoud : Oui, on pourrait même considérer qu’on se passe de certains représentants qui nous coûtent très cher.
Kaly : On se passera de certains conseillers qui nous coûtent extrêmement cher, voire de cabinets de conseil qui nous coûtent encore plus cher, et que finalement les décisions qui sont prises par des personnes éloignées de ce que coûtent les prises de décision bah seront remplacées par des personnes qui vivent dans leur chair, dans leur porte-monnaie, les décisions qu’ils auront à prendre. Donc il y a fort à parier que les décisions seront beaucoup plus efficaces économiquement parlant.
Marc Daoud : C’est vrai que l’argument est imparable. Effectivement intéressant. Euh oui alors Miloud, il y avait une question du chat.
Miloud : Exactement. Question proposée par Jérôme qui vous demande : « Est-ce qu’il est possible de travailler gratuitement ? Est-ce que travailler gratuitement à condition d’avoir une contrepartie sociale, est-ce possible ? »
Marc Daoud : Bah les bénévoles existent.
Étienne Chouard : Après, c’est vrai que le bénévolat, il n’y a pas de contrepartie sociale. C’est sur du temps libre, c’est des gens qui ont déjà de quoi vivre. Euh et ça rejoint aussi la société, on en avait parlé avec Léo, c’est la société du don. Est-ce que du coup la monnaie a sa place dans une société démocratique ? Est-ce qu’on peut imaginer une société du don et que la monnaie n’ait plus d’utilité ? Voilà, c’est qu’en fait Léo parlait d’une société dans laquelle il y aurait tous les services publics seraient fournis et gratuits. Dans ce cas-là, il y a plus de monnaie quoi. Il y a plus besoin de monnaie que pour le luxe et superflu que disait Léo, non ?
Léo Girod : Alors oui, pour ce qui est de l’administration donc ce serait plutôt partir du principe que tout ce qui est nécessaire est disponible et distribué également à tout le monde dans la mesure du possible.
Et aussi une partie privée où il s’agit de se mettre à penser un petit peu les choses différemment et de fonctionner en grands cercles d’amitié. Les formes de famille élargie comme on dit parfois aujourd’hui. C’est-à-dire ne pas chercher à rendre tous les échanges économiques et au contraire chercher à ce qu’un maximum d’échanges ne le soient pas.
Et ça se voit, je dirais de plus en plus parce que ça a un intérêt, alors que ça s’était perdu. Mais en fait, c’est un petit peu la méthode à l’ancienne quoi. Quand on dit mettre à disposition des outils dans une commune… bah comment ça se passait avant quand je sais pas moi, quand dans une petite commune, il y avait qu’une charrue ? Est-ce que le gars qui avait la charrue, il la prêtait pas à celui qui en avait besoin ? Est-ce qu’il filait pas un coup de main sans lui demander de l’argent ? C’était un petit peu la norme en fait.
Aujourd’hui, on part du principe que chacun doit posséder. Et vu que chacun possède, du coup, « je possède donc c’est à moi ». Et si l’autre il a besoin de la même chose que ce que moi je possède, et ben il a qu’à se le procurer. Alors que c’est pas une logique absolue en réalité. Ça c’est justement le consumérisme d’un côté et la société de l’individualisation en fait. Tout le monde doit tout posséder. Quand tu vois par exemple que dans une famille, je vais exagérer le truc hein, mais il y a cinq personnes, les cinq personnes possèdent une voiture, une moto, un vélo…
On comprend bien qu’il y a des choses qu’il faut avoir en plusieurs exemplaires et que chacun en ait un, ça peut être bien pratique, mais tout ce qui peut être collectivisé à mon sens doit l’être. Et évidemment la commune c’est la bonne échelle quoi. Parce que à l’échelle nationale, tu vas pas aller chercher ta tondeuse à gazon à 100 km évidemment, mais si elle est au coin de la rue…
Marc Daoud : C’est que la force de la municipalité de cet échelon local de la commune peut permettre, si on pouvait l’exploiter dans le bon sens du terme, à sa juste valeur, de mettre en place énormément de stratégies de partage, de collectivisation sur des choses qu’on n’utilise pas tous les jours et qui peuvent largement suffire à plusieurs personnes en même temps. Et on pourrait faire des économies d’échelle, on pourrait recréer du lien social, on pourrait réduire les déchets. En fait, ça va dans le bon sens, ça nécessiterait une autre forme de conscience collective, un autre rapport au matériel, à la consommation.
Effectivement ça demande une involution comme tu disais tout à l’heure Kaly. Tu te souviens que Claude nous avait parlé il y a 15 jours de la une des expériences justement d’outils partagés ? C’était quoi déjà, il avait pris quoi comme exemple ?
Étienne Chouard : Ils ont organisé dans leur village un partage d’outils et j’avais évoqué la tradition iroquoise, tu sais des Maisons Longues, où c’était les femmes qui les géraient. Les maisons longues chez les Iroquois c’étaient des tentes dans lesquelles il y avait les outils partagés.
Marc Daoud : Il existe également des villages où des voitures sont mises à disposition gratuitement des résidents du village.
Stéphane Bernard : Alors oui, alors moi j’avais vu un documentaire…
Marc Daoud : Un nom de village à donner ?
Stéphane Bernard : Oui, j’en ai trois là. J’en ai trois mais c’est pas celui auquel je pensais parce que moi j’ai vu un village où ils avaient une voiture thermique. Les clés de la voiture étaient dans le petit bar du village. Alors c’est un village toujours… ce sont vraiment des villages de moins de 500 voire moins de 300 habitants. Euh et en fait bah il y a un petit planning, chacun peut réserver la voiture, il récupère les clés au bar du village qui est ouvert 7 jours sur 7 et finalement bah chacun peut utiliser cette petite voiture de marque française et thermique.
En recherchant ce village que je n’ai pas retrouvé, j’ai trouvé effectivement trois villages qui eux mettent à disposition des voitures électriques en autopartage. Donc vous avez Villerouge-Termenès dans l’Aude. Vous avez Allons dans les Alpes-de-Haute-Provence et vous avez Prugnanes dans les Pyrénées-Orientales. C’est trois villages donc qui font entre 80 et 100 habitants pour Prugnanes, je n’ai pas le nombre d’habitants pour Allons et 150 habitants environ pour Villerouge-Termenès. Ils mettent à disposition des voitures électriques à disposition de leurs administrés.
Stéphane Bernard : Vous avez Aubagne qui, près de Marseille, est une ville communiste dans laquelle tous les transports en commun [sont gratuits] depuis des décennies.
Marc Daoud : Oh là là ! Moi en tant que parisien ça me fait rêver.
Kaly : Il y a également donc juste à côté de chez moi, dans la ville où mes enfants sont scolarisés, la ville de Gaillac dans le Tarn où vous avez effectivement certains bus qui sont entièrement gratuits. Vous avez ce qu’on appelle La Transversale qui traverse toute la ville de Gaillac et qui est gratuite.
Marc Daoud : Bah ça c’est des bons exemples inspirants parce que comme quoi il y a des gens qui se bougent, qui s’organisent, on le sait pas forcément, et qui mettent en place des solutions où bah la collectivité joue pleinement son rôle dans la vie locale, quoi. C’est exemplaire.
01:06:08 – Le potentiel du bénévolat politique
Stéphane Bernard : Alors, je voudrais Marc, si c’est possible, compléter une chose. On a une quarantaine d’affiches qu’on mettra à disposition des listes qui sont conformes aux critères et qui le veulent bien entendu, y compris ceux qui ne sont pas conformes aux critères. Tout ce qu’on fait est libre de droit sous licence Creative Commons.
Mais dans une des affiches qu’on a faite, on a extrait les tranches les plus hautes et les plus basses sur le bénévolat en France. Donc des études du CEVIPOF, des études qui ont été faites aussi l’année dernière, et comme je disais tout à l’heure, il y a entre 10 et 13 millions de bénévoles en France. Donc 5 millions sont actifs chaque semaine. La tranche d’âge c’est 35–64 ans.
Et ce qui est très étonnant et ce qui est un espoir — parce que la politique on sait très bien que autant les femmes dans les tribus primales, c’est elles qui géraient les graines avant que l’homme vienne tout casser par son besoin d’économie et de tout gérer — mais il y a une majorité de femmes dans les associations. Et les associations, elles se trouvent où ? Elles se trouvent au niveau communal. Ces associations sportives, ces associations humanitaires, etc. Donc il suffit juste qu’à un moment donné tous ces bénévoles, 10 à 13 millions, c’est énorme quand même…
Marc Daoud : C’est énorme. D’ailleurs, je confirme pour parler un peu de notre cas nous à Nexus. On réalise tous les mois des Cafés Nexus à but non lucratif, c’est vraiment pour faire vivre des espaces d’échange, de solidarité, une fois par mois, entre les gens qui nous écoutent et de mettre en lien les personnes qui ont des compétences ou qui veulent partager des expériences entre eux. Et il y a beaucoup de bénévoles qui nous demandent vraiment de nous aider, qui veulent même pas être payés. Il y a vraiment un vivier de gens qui ont à cœur d’aider, de faire des choses qui ont du sens et de créer du lien et de faire ça régulièrement. Et c’est vrai que c’est pas pris en compte dans le calcul du PIB. Si on prenait en compte le travail du bénévolat dans le PIB, et ben là, on verrait la richesse que ça représente.
Stéphane Bernard : Tout à fait. On met la drogue et la prostitution mais pas le bénévolat. C’est paradoxal. Et c’est vrai que c’est porteur d’espoir parce que il n’y a pas de raison que le bénévolat politique ne soit pas approprié par le citoyen.
01:08:40 – Lien social vs Matérialisme
Stéphane Bernard (suite) : C’est juste que les études anthropologiques montrent quand même qu’on est un animal tribal. La première tribu, c’est la cellule familiale quand même, même si on essaie de la casser de plus en plus. Mais après c’est la cellule amicale et dans les petites communes, on se rend compte — alors on parle des petites communes mais c’est valable aussi dans les grandes villes où il y a des quartiers, des conseils de quartier, les associations de quartier — et on voit très bien que naturellement nous avons besoin de la reconnaissance et du regard de l’autre. Et que cette motivation-là dans cette relation quasi affective de nos liens au niveau de la société, elle est carrément salvatrice. Il y a eu des études qui ont montré que sans lien social les gens meurent hein.
Marc Daoud : C’est pour ça qu’on parle d’involution aussi, de souffrir plus du manque de lien social que du manque matériel.
Stéphane Bernard : Oui tout à fait. Sauf de l’eau et… bien sûr, voilà un peu de nourriture et d’eau, c’est sûr. Mais au-delà de ces besoins fondamentaux, l’accumulation de matériel a moins de bénéfices sur la vie humaine que l’accumulation de lien social.
Marc Daoud : Et ça c’est flagrant et on le voit, il y a tellement de gens, moi j’en vois autour de nous hein, parce que bon à Paris voilà c’est la ville la plus riche de France. Les gens les plus riches sont souvent les gens les plus malheureux. Ils sont isolés. Leurs liens sociaux sont délétères, ce ne sont pas forcément des liens sociaux de bonne qualité. Là où des gens plus modestes qui entretiennent des bons réseaux sociaux entre eux, avec de la solidarité, transpirent beaucoup plus le vivant et la joie de vivre que ceux qui ont toutes les richesses du monde.
Stéphane Bernard : Ça pourrait paraître très éloigné, mais le travail que fait Léo au quotidien et la réflexion depuis 20 ans d’Étienne… la Constitution, c’est un contrat commun pour que notre grande tribu arrive à vivre ensemble et se respecte. Donc ça marche à tous les niveaux. On n’a pas d’autre choix. Malheureusement on sait très bien que « diviser pour mieux régner », mais on n’a pas d’autre choix si on veut que ça se passe correctement de se remettre à voter, de refaire de la politique — c’est la gestion de la cité — et d’apprendre à se respecter. Mais bon, pour ça, il faudrait peut-être qu’on ait dans l’éducation un peu de psychologie, un petit peu de philosophie et pas dans les études supérieures et en terminale.
Étienne Chouard : Au niveau international, dans les enquêtes, on trouve souvent que les pays pauvres sont les plus heureux. Et paradoxalement, parce qu’en fait ils vivent mieux, il y a moins d’inégalité, donc il y a moins de jalousie, de rancœur, de ressentiment. Ils considèrent leur pauvreté… La pauvreté et la richesse, c’est relatif hein. Ils ne considèrent pas leur pauvreté comme de la pauvreté. C’est une dureté à vivre qui est naturelle. Et par contre, ils trouvent dans les relations humaines le bonheur.
Marc Daoud : C’est le Bhoutan qui calcule le Bonheur Intérieur Brut je crois.
Étienne Chouard : Exact. J’avais disparu un peu pour aller chercher un livre que je voulais vous montrer d’Elinor Ostrom qui est remarquable, qui fait une espèce de tour planétaire des différentes façons des humains à gérer les communs et c’est enthousiasmant. C’est très différent d’un pays à l’autre. Mais des expériences comme dans ce village où personne n’est propriétaire de sa terre… et en fait les terres tournent. Je crois que c’est tous les ans ou peut-être tous les 2 ans, chacun reçoit trois nouvelles terres : une bonne terre, une terre moyenne et une terre aride. Que personne n’ait à lui seul les bonnes terres, personne n’ait à lui seul les terres difficiles et ça tourne. Et en fait c’est eux qui ont décidé d’organiser ça comme ça. Ils le vivent très bien. C’est intéressant une expérience comme ça.
Marc Daoud : J’allais te dire comment éviter de tomber dans le piège tendu par une certaine élite, un certain État profond, parce que vous vous rappelez tous de cette fameuse phrase de Klaus Schwab : « Vous ne posséderez rien et vous serez heureux ». Bon, on voit que eux derrière cette phrase, je pense qu’il y a une vision du monde qui ne nous plaira pas. Là, on est en train de parler finalement d’à peu près la même chose mais finalement avec pas du tout la même intention.
Stéphane Bernard : Pas du tout. Et puis politiquement géré, voulu, c’est-à-dire que c’est nous qui allons contrôler que tout se passe bien quoi. Ça va être sous contrôle citoyen.
01:14:00 – Radicalité vs Extrémisme
Étienne Chouard : La pensée de Schwab là… J’ai son bouquin mais c’est un voleur de pouvoir, c’est un voleur tout court. Ils veulent tout et ils ne veulent plus de nous. Donc c’est vraiment des monstres qui nous sortent de l’équation. C’est des monstres, mais ils ne sont grands que parce qu’on est à genoux hein.
Et quand on repense la démocratie de façon radicale, c’est en prenant les choses à la racine. Je vous fais d’ailleurs remarquer que ça fait plusieurs années, plus de 10 ans, que je vois les dominants utiliser le mot radical comme extrémiste, comme terroriste. En fait, les gens qui passent à la violence et qui se mettent à tirer dans le tas, on dit qu’ils se radicalisent et qu’ils sont radicaux. Ils sont en train de saloper, ils sont encore en train de mettre un mot important à l’envers. Ils sont encore en train de faire comme ils ont fait pour complotisme quoi. Complotisme qui est une vertu citoyenne, ils en font un vice impardonnable.
Et radicalisme, c’est-à-dire prendre les choses à la racine, c’est-à-dire vraiment la façon rationnelle de régler les problèmes — c’est d’en chercher les causes et de donc les racines et de s’en prendre aux racines — ce qui est tout à fait positif, qui est philosophique, qui est ultra pacifique, qui est intelligent en fait, une façon intelligente de prendre les choses… et ben c’est présenté comme du terrorisme, comme un danger à combattre.
Les dominants du moment ne sont pas seulement dominants, pas seulement voleurs, pas seulement tueurs, exploiteurs… ils extraient de la terre tout jusqu’à ce qu’elle soit un bloc aride, des déserts, mais en plus ce sont des menteurs professionnels quoi. Donc faut vraiment qu’on se débarrasse des dominants du moment. Mais là, avec la démocratie, on va y arriver hein.
Et donc le fait de lier le bonheur à la richesse, c’est pas une bonne idée. C’est vrai que penser ensemble un contrat social et le faire vivre en étant constituant, c’est-à-dire en vérifiant tout le temps la qualité de notre contrat social… J’ai vu que les gens qu’on reçoit ce soir parlent plutôt de Charte et puis d’une façon générale parlent plutôt de Charte que de Constitution quand on est au niveau municipal.
J’ai expliqué que le mot Charte me plaisait pas trop parce que dans mon souvenir et dans mes études de droit, les chartes c’est octroyé par les puissants au gueux et donc le terme ne me plaît pas. Et puis Léo m’a convaincu en soulignant que ben si on considère que le peuple est en haut et qu’il octroie à ses représentants des droits qui sont dans une charte, ben ça reste un mot qui devient… qui garde son sens. Le souverain écrit le texte et comme c’est le peuple qui est devenu souverain, on peut utiliser charte. Je suis OK. Je trouve que l’argument se tient.
Stéphane Bernard : Si je peux compléter ton propos : sur le site, on a commencé en perpétuelle évolution parce que votre association elle date d’avril de cette année. Donc c’est le début de l’histoire et de la genèse. Mais dans la rubrique outil, on a donc une rubrique qui s’appelle Charte Communale Constituante. C’est-à-dire qu’on a voulu faire à la fois plaisir à Étienne, mais en même temps parce qu’on est convaincu… on a associé les deux mots parce qu’il y a un modèle où Étienne réfléchit sur la Constitution au niveau national, et puis il y a des modèles inversés de gens qui prônent des constitutions communales — des centaines, des milliers de constitutions — qui reviendraient en subsidiarité ascendante.
Bon, on inverse la méthodologie et c’est vrai qu’Étienne nous posait à juste titre la question : est-ce qu’il y a des constitutions communales ? Alors bon, on a ménagé la chèvre et le chou, on a appelé ça des Chartes Communales Constituantes et sur cette page vous avez d’abord un lien vers le portail municipal de Raphaël où là il y a des ressources.
Marc Daoud : Voilà, on arrive sur les ressources. Donc là, vous avez les chartes : il y a celle de Trifouilly-les-Oies qui est la deuxième, là il y a les 300 points qui est une autre… ce qui est la même mais améliorée pour atteindre les 300 points du label démocratique qu’ils octroient.
Stéphane Bernard : C’est vrai que non, franchement ils ont fait beau hein, c’est un beau site.
Marc Daoud : Plein de choses, plein de ressources et d’ailleurs même tous les autres hein, je vois aussi bah votre site là sur amfance.org ou portail-municipal.fr. Les gens font du beau boulot.
Stéphane Bernard : Alors ce que je si je peux me permettre de terminer justement, c’est-à-dire que nous on n’écrit rien, on propose, on accompagne les gens et encore une fois on veut qu’ils s’accaparent et qu’ils reprennent leur pouvoir. Donc on a fait travailler 6 IA différentes. On leur a demandé de nous faire un sommaire. À chaque IA on a redemandé de corriger l’IA de l’autre et une fois qu’elles ont corrigé les IA, on leur a demandé de faire une synthèse. Donc on a réussi à avoir quatre propositions que l’on soumet aux gens qui sont des propositions dans la démarche complètement exhaustive où on essaie de ne rien oublier.
Donc on peut faire une constitution comme expliquée, une charte pardon. Comme celle de Claude Kaiser, hein, Ménil-la-Horgne, elle fait une page. Et puis nous, on fait des propositions exhaustives, c’est-à-dire de quoi écrire, si on le veut, 20, 30, 40 pages. Les gens choisissent entre eux au niveau de leur assemblée citoyenne ou de leur liste citoyenne, puisque le principe est de se constituer en liste citoyenne parce que nous on s’en cache pas, on veut reprendre le pouvoir hein.
Marc Daoud : Oui, vous avez fait un peu comme Étienne, vous avez entraîné un modèle d’IA pour vous aider dans cette démarche, parce qu’Étienne aussi, il a son GPT constituant.
Stéphane Bernard : C’est bien en fait. C’est comment utiliser l’outil dont on se méfie, qui peut aussi apporter des aspects négatifs, mais à bon escient dans une démarche constituante. Alors l’IA sans intelligence humaine n’apporte rien si ce n’est dans la science où les techniques… Je suis ça de près. En ce qui concerne la réflexion, la pensée, le bien commun… bon voilà.
Marc Daoud : Oui, mais on voit que dans certaines entreprises, ils ont déjà remplacé des postes par de l’IA, et d’ailleurs des journalistes.
01:21:50 – L’approche holistique : Les consultants extérieurs
Stéphane Bernard : Est-ce que je peux me permettre… je voulais qu’on attaque un petit peu sur les consultants extérieurs et sur l’approche holistique et systémique de notre travail et justement des gens avec qui on établit des ponts. Peut-être que Kaly, tu pourrais faire l’introduction de ça si tu veux bien.
Kaly : Ah bah oui, mais là c’est vraiment une partie que tu maîtrises beaucoup plus parce que moi je ne suis d’ailleurs au sein de l’association qu’un consultant extérieur du fait de mon anonymat, de mon pseudonymat auquel je suis attaché par sécurité, on pourrait dire, mais aussi vraiment par idéologie. C’est-à-dire que je considère que dans une véritable démocratie — parce que je suis aussi un petit peu, on pourrait dire, anarchiste, je l’assume — en anarchie, nul n’est au-dessus ou en dessous d’un autre. Donc finalement, personnellement, je ne suis que un parmi tous, quoi. Et je n’ai pas… mon identité n’a aucun intérêt de mon point de vue. Ce qui est important, c’est les idées que je peux apporter et les mots que je peux prononcer.
Donc au sein de l’AMDF, parce que j’ai considéré que en étant anonyme, bah il serait de mon point de vue illégitime que je prenne une place au sein du bureau, au sein du conseil d’éthique ou de quoi que ce soit. J’ai volontairement décidé d’être en retrait et en fait Stéphane a souhaité que je sois consultant extérieur sur justement le principe systémique démocratique. Mais l’intérêt de ces consultants extérieurs, c’est d’avoir au sein de l’AMDF bah un ensemble d’individus qui ont des domaines de prédilection pour lesquels ils vont pouvoir apporter une expertise et donc permettre justement d’approfondir les réflexions et de, ou du moins d’initier les réflexions. Et là, Stéphane va pouvoir vous en dire beaucoup plus parce que c’est lui qui connaît beaucoup plus l’ensemble de ces consultants extérieurs que moi.
Stéphane Bernard : Ouais. Aujourd’hui, on en a 13, 14, 15 dans les tuyaux. Le but c’est de créer des passerelles et des ponts avec des gens qui normalement ne devraient pas entre guillemets se rencontrer. Sauf que l’intérêt commun au niveau communal… on s’est aperçu que chacun de notre côté nous avions des initiatives et des idées absolument bonnes.
Donc il y a des choix qui sont stratégiques et politiques. Et on a des gens comme Renaud Alquier qui gère la Coalition Citoyenne qui essaie de regrouper donc toutes les listes citoyennes — qu’elles soient citoyennes, simplement participatives, consultatives, etc. Bon, nous on est dans la radicalité avec la démocratie directe, encore une fois ce pléonasme. Mais Renaud Alquier fait un travail extraordinaire, très difficile hein, parce qu’il essaie quand même de marier la carpe et le lapin.
On a Yvan Bachaud, bon qu’on ne présente plus dans ce milieu-là, qui quand je pose la question à Léo, il me dit que c’est son mentor. Et bon, pour avoir fait presque 3 heures d’émission avec lui, c’est un homme extraordinaire. Donc on l’a rattaché au Référendum d’Initiative Citoyenne parce que c’est l’homme emblématique.
On a des gens comme Louis-Marie Blanchard qui s’occupe de la Coalition du Renouveau Démocratique et lui travaille beaucoup plus… alors, ce qui pourrait paraître comme une trahison, avec les collectivités territoriales. Parce qu’on sait très bien que chez les démocrates, il y a une frange qui s’inscrit dans la forme de transition qui travaille avec les collectivités territoriales et puis il y en a d’autres qui veulent absolument pas en entendre parler. Et c’est intéressant dans une politique de nébuleuse de pouvoir avoir des gens qui nous, de temps en temps, nous disent « Et là vous allez peut-être un petit peu trop à gauche ou un petit peu trop à droite ».
Des gens comme Thomas Branth, bon qui est un spécialiste ingénieur en outil numérique. On a Paul Sbit qui s’occupe d’un site internet de sondage et d’enquête et qui est un ancien de l’IPSOS et qui fera partie du comité éthique de rédaction de l’Institut de sondage qu’on montera à terme. On a Pamela Doline que j’ai vu qui est dans… d’ailleurs que vous avez posté une de ses réflexions, qui elle s’occupe des tiers-lieux, qui a un site qui s’appelle La Passerelle.org et qui est notre référente et notre consultante extérieure.
On a Claude et Martine [Claude Diot et Martine Donnette] que j’ai reçus ce midi, que vous avez reçus d’ailleurs la semaine dernière. Bon, qui font un travail admirable. Voilà, parce que on ne voit de leur côté que leur lutte contre la grande distribution. Nous, ce que l’on veut en tirer comme enseignement — c’est pour ça qu’on leur a demandé d’être consultants dans le commerce local et l’artisanat — c’est que par la négative, la grande distribution… et moi je suis un ancien repenti, hein, j’ai fait 20 ans de grande distribution, je sais vraiment de quoi je parle. Non seulement c’est…
Marc Daoud : Tu bossais dans la grande distribution ?
Stéphane Bernard : Oui oui dans ma première partie de carrière. Mais hormis les malversations qu’ils mettent en avant, hormis les conflits d’intérêt, hormis les rendez-vous de salon entre les grands patrons et les grandes familles historiques de la grande distribution et des gens comme certains de nos présidents de la République… Ils nous rappellent et ils nous obligent à penser que le tissu local et les circuits courts sont une obligation et qu’il faut redynamiser absolument nos centres-villes.
Et Claude et Martine ont un travail symbolique extraordinaire puisque c’est simple : prenez leur combat, vous faites tout l’inverse et vous avez tout juste. Donc c’est pour ça qu’on les suit régulièrement. Aujourd’hui, on les a reçus. Ils nous ont fait un petit cours pour nous expliquer comment marchaient les commissions et cetera, parce qu’on pense que c’est important que les citoyens sachent.
Et si un jour dans la cité que l’on rêve, hein, une cité démocrate que l’on rêve, où on respectera la résilience alimentaire… Donc on [suit] le travail par exemple d’Alexandre Boisson avec SOS Maires, ce que fait Philippe Grégoire aussi sur le Plan Personnalisé Agricole et cetera. Donc on essaie de travailler à tous les niveaux.
On a aussi Chloé Frammery que vous connaissez bien, alors qui nous intéresse parce qu’elle est franco-suisse. Et hormis le sympathique personnage qu’elle est, cette grande résistante puisqu’elle aussi malheureusement elle a payé bien cher son engagement, elle est consultante à l’international et elle nous montre aussi les travers de ce que l’on pense tous que la Suisse est un modèle de démocratie. Alors, c’est bien sûr un exemple, c’est presque un phare qui nous ramènerait sur la terre, mais c’est pas la démocratie idéale dont on rêve.
Bon, on a Kaly bien sûr. On a aussi Karim Mahmoud-Vintam qui a une association, La Voix Citoyenne, et qui est un homme d’une grande culture multi-diplômé et qui a œuvré sur le terrain sur l’éducation de banlieue mais pas que, et qui travaille lui sur la voie des législatives. Là aussi, on ne s’interdit pas de pouvoir aller à toutes les élections. On réfléchit à présenter dans les législatives avec Karim qui a un mouvement en réflexion qui s’appelle « Converger pour gagner ».
Carlos Pinedman qui est un militant pour le vote noir et qui… c’est lui qui nous a initiés à ça et donc on le remercie, et qui s’occupe des modalités de votation. Et puis on a un homme, Baptiste San Juan, qui est un soignant de Montpellier qui va monter une liste citoyenne et qui est notre référent qui nous fait des remontées et qui nous explique ce dont les listes ont besoin. Voilà.
01:31:40 – Actions concrètes pour les municipales 2026
Marc Daoud : Alors justement, j’allais vous demander pour cette dernière demi-heure ensemble : comment pour les prochaines échéances des prochaines municipales en France peut-on s’investir sur ces questions-là ? Est-ce qu’il y a des choses à faire à travers vos plateformes, vos collectifs, vos associations ? Est-ce que on peut nous, en tant que citoyens, aider les collectifs locaux ? Qu’est-ce que vous préconisez ?
Kaly : Bon, je vais me lancer. (Stéphane : Vas‑y, je compléterai.) Euh bon, déjà dans un premier temps, vous avez effectivement la possibilité d’aller vous inscrire sur le Portail Municipal Démocrate pour être soit à l’origine d’une initiative, soit même essayer de constituer une équipe, ou d’être force de proposition de l’équipe en place ou qui se constitue pour la prochaine élection. Vous pouvez également bien sûr aller sur le site de l’AMDF pour regarder toutes les initiatives qui sont en cours et essayer de vous les approprier.
Marc Daoud : Je vais mettre en même temps les liens dans le chat hein.
Kaly : Un autre point qui peut être effectivement appliqué assez facilement — et là, c’est le vice-président qui en est l’essentiel porteur au sein de la MDF — ce sont les Assemblées Citoyennes Locales (ACL). Le principe est très simple hein, c’est le fait de former des agoras. Donc la première chose qu’il est possible de faire c’est de se créer en comité de pilotage d’une de ces ACL, voire même de créer une association pour pouvoir justement disposer de locaux ou d’assistance en quelque sorte de la commune.
Parce que le but c’est pas d’être un caillou dans la chaussure de l’équipe communale mais d’être au contraire une forme d’outil d’apport pour l’équipe communale en place. Parce que l’objectif c’est quoi ? C’est de développer l’exercice de la démocratie. Donc ça c’est l’objectif d’une assemblée citoyenne locale, mais elle va permettre en quelque sorte aux citoyens de se constituer pour pouvoir faire des audits, des propositions et puis bien sûr des référendums.
Donc déjà, bah allez sur le site de l’AMDF, allez sur le Portail Municipal Démocrate, renseignez-vous auprès de vos voisins, recréez du lien interpersonnel pour pouvoir bah vous constituer comme véritable citoyen actif.
Marc Daoud : C’est déjà pas mal. Surtout quand on est dans des petites communes comme tu disais, c’est plus facile. On le rappelle hein, plus de 18 000 communes en France font moins de 500 habitants. C’est sûr que en Île-de-France, c’est plus compliqué.
Kaly : Oui et non. Juste pour terminer, en sachant que quand les citoyens réussissent à se constituer et à finalement prendre le pouvoir dans leur municipalité, dans leur petit village de faibles habitants, c’est aussi un outil pour les sénatoriales et puis pour les présidentielles. Parce que bah bien évidemment, des candidatures véritablement citoyennes auront d’autant plus de chance d’obtenir les parrainages s’il y a un grand nombre de communes bah qui sont déjà finalement gouvernées par les citoyens. Si on reste sur le jeu républicain qui est un jeu de division, finalement on reste impuissant.
Stéphane Bernard : Alors encore une fois, comme d’habitude, il faut toujours nuancer. Bien évidemment, je suis certain qu’il y a plein d’Ungersheim en France qu’on ignore et qu’on ignorera parce que ils travaillent d’abord naturellement peut-être en démocratie directe sans s’en rendre compte. Léo dans vos séries d’émissions certainement il est comme nous, il va commencer, il a déjà fait des recensements. Quand on est exigeant, on s’aperçoit que c’est pas vraiment de la démocratie directe, mais il y a quand même déjà une implication bilatérale, on va dire, entre le citoyen et les élus.
Nous, on essaie entre guillemets de ne pas être puristes et de pouvoir se dire : ceux qui sont en chemin ou ceux qui ont une forme de démarche vers la démocratie directe, allons‑y, essayons d’y réfléchir ensemble.
Par rapport aux grandes communes : là on a commencé des émissions, on a changé un peu notre fusil d’épaule. Avant on faisait des émissions le soir à 21h, et là c’est plus possible. Donc maintenant, on fait les émissions le midi. Et là on en a trois qui sont déjà programmées. Donc on a Milo avec Rémy, un jeune gars qui prend à corps et esprit la démarche. Bernard Holdel qu’on va recevoir. On va recevoir à nouveau aussi des personnes de Nîmes : Jean-Marc Philibert et Françoise Martin.
On a déjà reçu aussi en banlieue parisienne monsieur Ara Auré qui n’a rien à voir avec Adamain… qui lui aussi œuvre et dans les déclarations d’intention va être dans une démarche de démocratie directe. Donc il y en a pas mal.
01:40:20 – Étude de cas : Le « Démo-Washing » à Nice
Stéphane Bernard (suite) : Et puis on a, dont je voulais parler, on a aussi une ville emblématique qui est là… qui est vraiment emblématique à tous les égards. D’abord c’est pour l’instant la seule ville déclarée où on a un élu d’opposition qui aujourd’hui œuvre déjà au conseil municipal. Ensuite on a une ville où on a deux barons nationaux : Ciotti et Estrosi. Donc vous avez déjà vu où je veux aller.
On a donc une ville emblématique, une grande ville, et nous allons avoir une liste qui va s’appeler Nice Démocratie Directe 100 % Citoyen Libre. C’est initié par une association qui s’appelle AC Nice — alors c’est un jeu de mot avec Assemblée Citoyenne Nice et AC Nice (Assez Nice). Où il y a beaucoup de femmes.
Et donc là, c’est magnifique parce que en préparation de l’émission, j’étais en train de faire des statistiques et je prenais les déclarations terribles de démo-washing ou de recyclage politique. On a Christian Estrosi qui commence sa campagne : il n’y a pas une seule fois le mot démocratie qui est mis dedans. On a la liste Gauche Écologique qui se pique d’éthique : bon, il n’y a pas une seule fois le mot démocratie dans les intentions. On a notre Christian Estrosi national qui lui parle d’un référendum citoyen d’audit des finances dans son petit article sur Nice Presse : on a trois fois le mot démocratie mais il est complètement dévoyé.
On a aussi une jeune femme, Nathalie Lusky, qui lance sa campagne « Ensemble pour la grandeur de la France ». Bon, il y a le mot démocratie une fois, hein, donc elle prône la démocratie directe carrément. Mais comment ? Bah, on ne sait pas.
Donc, encore une fois, l’usage et l’abus de langage du mot démocratie dans tous les sens… c’est Orwellien. Donc on a allié Huxley, Le Meilleur des mondes, avec Orwell. Et donc comme dit Étienne depuis le début, c’est pour ça qu’on fait des ateliers Lexico-constituants où on remet des mots [à l’endroit]. Vous trouverez ces ateliers sur le site de l’AMDF.
Et je termine sur un grand moment : on a à Nice Jean-Marc Governatori avec qui j’ai eu un dialogue et là c’est je crois… plus recyclage politique du mot démocratie que ça, c’est incroyable. Donc on parle de conseil municipal citoyen avec des personnes volontaires tirées au sort, mais 10 % de ce conseil serait constitué par des élus de la majorité de l’opposition. Il se réunirait trois fois par an, pas plus, en salle de conseil pour faire des propositions peut-être débattues par le conseil municipal des élus.
Il parle du RIC donc il s’approprie le mot RIC : applicable à partir du moment où au moins 10 % des votants de l’élection municipale précédente ont validé la proposition du RIC. Si vous avez compris quelque chose, vous êtes moi, rien du tout. Bref, c’est comme le Référendum d’Initiative Partagée (RIP) au niveau national, hein. C’est-à-dire que c’est des grands mots, c’est inapplicable. Et quand je pose la question à ce monsieur… il dit qu’il est tout à fait d’accord avec les critères « si un quorum comparable à celui du jour de l’élection est atteint ».
Donc Sylvie Bonaldi s’est déclarée avec son association et on aura dans une ville hautement symbolique à Nice un laboratoire expérimental incroyable.
01:50:00 – Les critères de sélection : Label vs Conformité
Marc Daoud : Excusez-moi… Il faudrait préciser s’il te plaît les critères parce que vous mettez, comme le portail municipal qui lui met un label démocratique, vous vous mettez un tampon… « Conforme aux critères ». Ce serait bien peut-être que vous nous disiez quels sont les critères que vous utilisez et s’il y a une différence avec ceux du portail municipal.
Stéphane Bernard : Je vais laisser la parole à Kaly. Mais je vais juste quand même préciser une chose, c’est que nos critères sont complémentaires de ceux du portail municipal. C’est pas les mêmes. On a voulu s’extraire pour une raison entre guillemets stratégique. C’est-à-dire que le mot Label déplaisait beaucoup à certaines listes citoyennes.
Et d’ailleurs, si tout le monde croit que tout le monde il est beau et tout le monde est gentil dans le monde des démocrates… c’est ce qui nous a valu une grosse engueulade d’ailleurs avec Raphaël que je salue à nouveau ce soir, parce qu’on s’est bien pris la tête pour ces problèmes entre autres de critères mais c’est pas grave, ça fait partie constituante.
Marc Daoud : Oui, comme tu disais souvent Étienne… c’est souvent il faut savoir bien mener les controverses et c’est bien de ne pas être d’accord. Encore faut-il construire nos désaccords, ça nous fait progresser.
Kaly : Oui. Donc effectivement la différence je dirais avec le portail, c’est que le portail en fait il y a une question de points. Donc il y a une quantification à travers la labellisation que permet le portail. Nous concernant, les critères sont extrêmement simples : Proposer, voter, abroger de façon continue et ininterrompue en toute matière. Voilà. Bah la municipalité qui permet cela, elle a le droit effectivement à ce petit tampon AMDF.
Marc Daoud : Est-ce que vous rédigez une espèce de petit texte de motivation comme fait Léo ? Léo fait ce travail remarquable de Label RIC.
Kaly : Je pense que effectivement il y a à travers l’AMDF une volonté d’accompagner. Donc le but c’est pas simplement d’être un juge mais d’être un accompagnateur. Et donc la municipalité qui souhaiterait et solliciterait finalement notre certification… il sera effectivement important de leur préciser pour quelle raison ils ne bénéficient pas de ce label et finalement comment l’obtenir de façon très simple et les accompagner.
Léo Girod : Ce que je pense des critères… je pense que ça va pas être évident de juger ça sur les chartes des programmes. Là on va être sur de la grande promesse.
En fait, je pense que ce qui va être vraiment intéressant, c’est dans le cas où il y a des gens qui se pensent démocrates qui se retrouvent sans ces critères-là. Et plus que la carte de ceux qui sont conformes aux critères, moi ce qui me ferait marrer, c’est la carte de ceux qui ne sont pas conformes aux critères.
Parce que moi je vois le truc dans le temps. Évidemment les villes ne vont pas se battre pour faire partie de cette liste dans un premier temps. Mais pour cette échéance-là, voir ceux qui acceptent l’accompagnement, c’est-à-dire qui font des efforts pour être plus démocrates.
Mais ceux qui vont être élus, voir s’ils tiennent leurs promesses. Parce que donc nous on fait quelque chose de similaire avec Yvan depuis 2014. Et en fait dans les gens qui s’étaient engagés en gros sur du RIC local, et ben il y en a un… lorsque c’est venu le moment de le faire ce RIC local, « Ah bah non je ferai pas ça ». Alors que bon, on a le papier avec sa signature dessus quoi.
Donc c’est aussi un moyen de voilà, dans le temps, de faire le point sur qui a trahi. Et les trahisons aussi sur des choses qui n’étaient pas dans le programme et qu’ils se mettent à faire. Et en fait, c’est à ça que servent les critères aussi, c’est à juger.
Moi, je parle beaucoup du droit d’opposition. C’est-à-dire juger quelle commune va permettre aux citoyens de faire quelque chose avec lequel le conseil municipal est en désaccord. On l’a vu il y a 15 jours avec Claude Kaiser et je pense que c’est un truc assez central. C’est-à-dire que dans notre système représentatif, ne peuvent être considérés que démocratiques des systèmes dans lesquels en fait il est possible de faire quelque chose contre la volonté du conseil municipal.
02:00:00 – Stratégie virale et critique des partis
Marc Daoud : C’est ça. C’est comment donner aux gens l’envie de s’engager d’ici les prochaines échéances ? Comment viraliser ce travail ?
Kaly : Alors là, j’ai une réponse toute faite. C’est-à-dire que finalement quand on voit que des irresponsables politiques — comme j’aime les appeler — font du démo-washing, qu’est-ce qu’ils font ? Ils s’accaparent une idée à laquelle ils sont opposés bien évidemment, mais s’ils se l’accaparent, c’est qu’elle a un intérêt.
J’aime bien cet adage qui dit que rien n’est plus puissant qu’une idée dont le temps est venu. Moi, je l’ai transformé en disant que rien n’est plus puissant qu’une démocratie dont le temps est venu. Et finalement, c’est dommage que le vice rende hommage à la vertu. En utilisant notre vocabulaire, en utilisant nos outils, même s’ils dévoie au premier degré, finalement, ils font un travail qui est le nôtre. C’est sûr que ça va prendre du temps pour faire la différence entre ces usurpateurs et ceux qui sont véritablement des démocrates.
Et aussi ça c’est quelque chose que je voulais aborder : ces personnes-là qui se présentent comme étant des démocrates, en réalité elles ne font que le jeu républicain qui est d’acter les divergences. Elles actent les divergences en enfermant dans un parti, ce qui est antidémocratique. Simone Weil exprime très bien dans sa Note sur la suppression générale des partis politiques, c’est-à-dire que le parti politique en son sein en lui-même est naturellement antidémocratique. Eux, ils actent les divergences à travers les partis. Nous, on doit construire les convergences. C’est ça la démocratie.
Stéphane Bernard : D’ailleurs, pour parler de ce sujet, Thomas Branth l’a mis en musique avec chanté par une IA et c’est un CD très intéressant.
02:06:00 – L’opportunité des maires démissionnaires
Stéphane Bernard : Le rôle aussi des sentinelles que l’on veut recruter, c’est aussi de recenser les communes qui ont des maires démissionnaires. Parce qu’il va y avoir plein de communes où les maires sont démissionnaires et donc là il y a une porte ouverte puisque souvent il y a personne derrière.
Marc Daoud : Léo, il y en avait 200 je crois.
Léo Girod : Il me semble que ça a été mis sur le portail.
Stéphane Bernard : Il faut savoir une chose, là aussi il faut être dans la nuance. C’est-à-dire que il y a des maires démissionnaires mais il y a des mairies sous tutelle. Les mairies sous tutelle, si elles sont sous tutelle, ça s’appelle des mairies sous délégation. Quand vous téléchargez la liste des communes de France, vous avez la liste des mairies sous délégation. Ce sont donc des mairies qui n’ont pas de maire. Le vide a appelé une concentration et donc une délégation, mais le vide peut appeler aussi une liste citoyenne.
Léo Girod : Non là c’est… c’était celles où il y avait pas de candidat pour une raison X ou Y en 2020. Et donc c’est sur le portail en fait. Quand on va sur « Communes » au-dessus de la carte, il y a écrit « Voir les communes sans candidats en 2020 ».
Marc Daoud : Ah oui, je partage le lien dans le chat les amis. Ça, c’est une information primordiale parce qu’elle est efficace tout de suite. Il y a pas besoin de faire une manif. Il y a des communes où il y a personne qui veut le pouvoir. Allez‑y.
Léo Girod : La question sur laquelle on était parti en fait, c’est par rapport au fait que donc la loi a changé et les communes de moins de 1000 habitants sont obligées maintenant de faire des listes qui à deux personnes près doivent être complètes et qui doivent être paritaires. Ce qui fait que on va probablement en avoir beaucoup plus que ça [des communes sans candidats]. Et on s’est dit que peut-être celles qui n’avaient déjà pas de candidat en 2020 seraient très susceptibles de se retrouver à nouveau dans ce cas-là, quoi.
Stéphane Bernard : Il y a aussi le cas de figure… Le gouvernement avait sorti une notice en septembre annonçant que pendant la dernière mandature, donc c’est-à-dire celle-ci, il y avait 1300 maires démissionnaires. Donc si y a un maire démissionnaire, parfois il y a une possibilité là aussi, il y a un vide, quoi.
Marc Daoud : À quelle adresse il faudrait qu’ils écrivent pour qu’on centralise ça ?
Stéphane Bernard : Vous trouverez l’adresse mail : [email protected]. Et puis il va y avoir un formulaire que nous allons mettre en place d’ici une vingtaine de jours.
Étienne Chouard : Je voudrais juste prendre une minute pour juste prendre de la hauteur sur cette invraisemblance : ce sont des élus, hein, les gouvernements et les élus, qui écrivent le code électoral et qui nous compliquent ainsi la vie de façon littéralement scandaleuse quoi. C’est pas à eux d’écrire les règles électorales du tout. C’est à nous de décider de ces règles-là. On est tenu partout comme même pas comme des enfants hein, comme des incapables, comme bétail électoral.
Léo Girod : Je suis pour que toutes les lois organiques aient un statut constitutionnel en fait. Mais souhaitant faire de la France un immense espace d’expérimentation, je pense que tout ne devrait pas être dans la Constitution parce que je souhaite que les communes puissent décider elles-mêmes comment elles décident.
02:17:35 – Conclusion et rôle des médias
Marc Daoud : Messieurs, faut qu’on clôture cette émission. Je vous laisse un tout petit mot de la fin si vous le souhaitez.
Kaly : Moi, je dirais simplement à chacun qui peut nous écouter ici : Actez quoi. C’est-à-dire tout simplement, quel que soit votre possibilité, votre niveau, n’hésitez pas à faire ce que vous pouvez faire. Allez sur le site de l’AMDF, sur le portail municipal. Échangez avec vos semblables. Ne laissez pas les médias vous dire quoi penser. Faites-vous confiance et puis si vous en avez la possibilité, souscrivez, participez, faites, agissez.
Étienne Chouard : Ben moi je vais remercier Marc pour continuer à faire ce travail remarquable parce que c’est exemplaire. Tous nos médias, les vrais médias, donc les médias sentinelles du peuple hein, devraient faire ce travail de conversation constituante pour aider les gens à se transformer, aider les gens à muter, à devenir des adultes politiques.
Ce matin, j’étais sur GPTV, c’est en train de germer. Probablement vous serez les deux premiers à non seulement avoir parlé de cette priorité constituante, mais en plus de commencer à travailler ensemble entre médias. Il faut qu’on arrête de se disputer. Il faut sortir de la tôle hein. Faut arrêter de regarder à travers les barreaux de la prison. Il faut d’abord sortir de la prison et on verra plus tard.
Quand des gens comme Idriss Aberkane, Olivier Berruyer, Alexis Poulin, tous les gens de gauche et de droite, vont intégrer cette dimension constituante et de rapprochement pour montrer qu’il faut s’unir pour s’évader… Il va se passer quelque chose.
Marc Daoud : À ce propos, les médias, on va certainement essayer de les mettre en avant sur le compteur constituant… Probablement la page sera en ligne la semaine prochaine. L’idée c’est vraiment de mettre à l’honneur donc sur une page qui devrait s’appeler « Compte sur eux ».
Léo Girod : Mais aussi on aimerait, je sais que Daniel tient beaucoup à avoir ton témoignage Marc, et évidemment ton témoignage Étienne. Hésitez pas à témoigner sur le compteur, vraiment c’est ce qui va le faire avancer et c’est ce qui va convaincre vos proches.
Marc Daoud : D’ailleurs voilà, je vous le dis, il y aura un atelier constituant lors du prochain Festival Nexus qui sera les 27–28 juin prochains au Château Grimaldi [correction : Château de la Tour d’Aigues ou lieu similaire mentionné « Château Grévi » dans l’audio, phonétiquement].
Stéphane Bernard : Le témoignage sur le compteur de Yvan Bachaud est à voir. C’est un grand moment de télévision spontanée. Ce n’est pas parce qu’ils sont nombreux à avoir tort qu’ils ont raison (John Kennedy Toole).
Marc Daoud : Et ben merci infiniment messieurs. Je rappelle : Stéphane et Kaly, vous êtes membres de l’AMDF (amdfrance.org). Merci à Léo et Étienne pour votre patience et votre inspiration.
Stéphane Bernard : Je voudrais remercier chaleureusement Rémi Jouadé qui est notre trésorier mais surtout notre infographiste qui fait un travail de fou.
Marc Daoud : Merci à vous tous. On se retrouve la semaine prochaine, mercredi 17 décembre, pour le 13e atelier constituant. Cette fois, Étienne, tu seras avec nous en plateau. Bonne soirée.
[FIN DE LA TRANSCRIPTION]









j’ai participé à plusieurs ateliers d’écriture de la Constitution il y a longtemps à Bédarieux et Montpellier je crois
Marc vient de nous dire qu’on démarre à 17h45
embouteillages… 18 h