On se retrouve mercredi prochain, 19 novembre 2025 à 17h, sur Nexus, avec Marc et Léo, pour faire notre (premier) atelier constituant sur LA MONNAIE, et c’est vraiment très important :
pas de souveraineté politique (décider nous-mêmes)
sans souveraineté monétaire (financer nous-mêmes nos décisions).
J’ai hâte de vous y retrouver 🙂
Étienne.
Ressources importantes pour travailler le sujet :
- Essai de plan pour traiter la souveraineté monétaire v1
. - Les enjeux de la création monétaire : chômage et aliénation ou prospérité et démocratie ?
. - Monnaie : à savoir en première approche
. - Proposition d’articles de constitution relatives à la monnaie (chantier)
. - Playlist Youtube ÉC sur la Création monétaire
. - Dossier chouard.org sur la création monétaire
. - Tout notre débat sur la monnaie chez Paul Jorion (8 533 pages 🙂 )
Rappels de controverses utiles sur la monnaie :
Autres ressources sur la création monétaire :
Paul Grignon : l’argent dette (1 et 2) :
La monnaie miraculeuse (histoire merveilleuse de la commune de Wörgl, dans les années 30) :
Parabole de la dame de Condé (extrait important du film précédent) :
Plan détaillé de l’émission (Verbatim synthétisé)
[0:12] Introduction : Annonce du 9e atelier et actualités de Nexus
[1:37] Présentation des invités et du thème du jour : la souveraineté monétaire
[2:54] Léo Girod : La monnaie, un pan primordial mais complexe de la souveraineté
[4:12] Étienne Chouard : Vingt ans de travail sur la monnaie et la quête de simplification
[7:38] Comment fonctionne la monnaie actuellement ? Explication fondamentale
[10:06] La monnaie comme « certificat de travail » et la spécialisation de la société
[18:32] La masse monétaire : métaphore de la baignoire et mécanisme de création/destruction
[26:12] La parabole de « la dame de Condé » : l’importance de la circulation monétaire
[35:23] Le problème de l’intérêt : une dette non créée et une condamnation à la croissance
[39:23] Le pouvoir de corruption des « usuriers » et le complot de la Réserve Fédérale
[43:43] L’histoire de la Banque de France et la souveraineté perdue
[46:40] Le « miracle » des Trente Glorieuses : le circuit du Trésor et l’indexation des salaires
[51:54] La trahison de 1973 : la loi Rothschild-Pompidou et l’explosion de la dette
[55:20] Questions du chat : la June (Ğ1), la titrisation des prêts et l’inflation
[1:13:56] L’analyse de Léo : société du don, monnaie et travail, et le contrôle citoyen
[1:27:43] Passage à l’écriture : comment rédiger les articles sur la monnaie ?
[1:49:11] La construction politique du chômage et le choix de société entre inflation et emploi
[1:59:03] L’indexation comme antidote et la critique de l’étalon-or
[2:08:04] Présentation de la proposition constitutionnelle d’Étienne sur la monnaie
[2:17:14] Conclusion et thèmes pour la prochaine émission
Transcription verbatim (un peu résumée)
[0:12] Introduction : Annonce du 9e atelier et actualités de Nexus
Bonsoir à tous. Merci de nous retrouver en direct. Désolé pour le retard, on a eu quelques soucis techniques mais on y arrive. On est en direct pour cette 9e émission constituante avec Étienne Chouard qui va, avec Léo Girod, pour la 9e semaine, nous apporter leur éclairage sur la Constitution et comment le peuple peut récupérer sa souveraineté. On va parler de souveraineté monétaire cette fois-ci, le nœud gordien, le nœud du problème. Comment récupérer notre autonomie financière ?
Mais avant cela, je voulais vous inviter à soutenir Nexus, le dernier média sans pub, disponible en kiosque, évidemment sans subvention, sans milliardaires, sans pression politique. N’hésitez pas à nous soutenir, c’est uniquement grâce à nos lecteurs que nous pouvons continuer de vous proposer une information libre et indépendante. Et le 19 décembre prochain au théâtre de la Tour Eiffel, pour ceux qui voudraient sortir des écrans et nous voir autour d’une soirée de conférence, c’est le lien dans la description, ce sera au théâtre de la Tour Eiffel, c’est le 19 décembre à 19h. N’hésitez pas, les places sont déjà quasiment toutes parties, il en reste encore une petite centaine. Donc je compte sur vous. Et aussi pour ceux qui ne pourraient pas venir sur Paris, vous pouvez accéder à la conférence en direct, en visio évidemment.
[1:37] Présentation des invités et du thème du jour : la souveraineté monétaire
Euh, tout de suite, je passe alors sur Streamyard… et voilà, je fais apparaître nos deux constituants en chef. Comment allez-vous messieurs ? Ça va ? Bon, merci pour votre patience. Salut Léo, ça va ? Est-ce que tu nous entends bien ?
(Léo Girod) : Très bien.
Bon, je sens que le sujet du soir va vous animer un peu plus parce que c’est un peu le nerf de la guerre. Comment faire pour que la souveraineté monétaire nous revienne ?
Avant cela, je vous rappelle le site comptesurmoi.org qu’on rappelle chaque semaine pour se compter, pour qu’on puisse savoir un petit peu combien de Français se sentent constituants, s’investissent dans cette tâche-là. Donc c’est comptesurmoi.org. Et évidemment, comme d’habitude, le site chouard.org, c’est la mine d’or d’information et sur ce site vous avez accès à toutes les ressources que l’on communique dans chaque émission chaque semaine.
Donc ce soir, messieurs, la création monétaire. Voilà. Déjà, en quoi est-ce que c’est un enjeu selon vous de s’intéresser à cette question-là ? Tu peux commencer, Léo ?
[2:54] Léo Girod : La monnaie, un pan primordial mais complexe de la souveraineté
Euh, pourquoi pas ? Déjà, je peux donner le cadre. Je ne suis pas un passionné de monnaie. On a traité cette affaire parce que c’est un pan quasi primordial dans la souveraineté. Disons que, à partir du moment où on n’a pas la main sur la monnaie, d’un seul coup, tous les travaux publics et toutes les choses nécessaires à faire pour faire fonctionner un pays dépendent de quelqu’un d’autre. La création monétaire, c’est un peu ce qui nous permet de faire des dépenses en fait, dans un système monétaire en tout cas, dans un système classique.
Donc, je m’y suis intéressé parce qu’on a fait des ateliers là-dessus et je ne suis toujours pas un passionné de la question parce que c’est complexe. D’où la nécessité absolue du travail qu’on va faire ici, de décortiquer un petit peu tout ça, parce qu’en fait c’est assez compliqué. On vit dans un système qui est compliqué et lorsqu’on essaie de l’améliorer, ce n’est pas forcément des choses évidentes qu’on va essayer de mettre en place. Donc, j’espère que ça va être compréhensible, y compris pour moi.
[4:12] Étienne Chouard : Vingt ans de travail sur la monnaie et la quête de simplification
Et alors moi, ça fait 20 ans que je travaille là-dessus et il y a eu des périodes extrêmement denses, notamment dans les années 2010. En fait, dans les cinq ans qui ont suivi le référendum qui était mon réveil, j’ai découvert le travail d’André-Jacques Holbecq et de Philippe Derudder, qui bossaient depuis longtemps déjà sur la monnaie. Et puis j’ai découvert Maurice Allais, que j’ai eu la chance de rencontrer et avec qui j’ai beaucoup discuté pendant les dernières années de sa vie. Maurice Allais, à la fin de la guerre, il a fait un énorme bouquin… « Économie et Intérêt ». Ça, c’est un pavé, il y a un millier de pages. C’est un gars qui était polytechnicien et autodidacte en économie. Il lisait les auteurs dans le texte, il n’avait pas été déformé par la faculté. Dans sa bibliothèque, il y avait 30 000 bouquins.
Le souvenir le plus prégnant que j’ai, c’est un immense débat sur la monnaie avec Paul Jorion sur son site. J’ai gardé la trace de ces échanges parce que tous les jours, toutes les nuits, je dormais trois heures par nuit pendant des mois et des mois. Le document qui retrace tout notre débat sur la monnaie fait 8500 pages. C’est vraiment des débats… et puis aussi toute cette étagère-là, c’est sur la monnaie.
Donc ça fait longtemps que je travaille là-dessus. J’ai fait plein de synthèses, et en fait, une fois qu’on fait le tour de cette complexité et qu’on essaie de transmettre ce qu’on découvre, on essaie de simplifier. Est-ce qu’il y a besoin de 300 bouquins pour comprendre comment ça marche ? Je ne pense pas. Il y a vraiment un livre qui a été extrêmement important pour moi pour la vulgarisation, l’aspect simplification, qui est le livre de Philippe Derudder, qui s’appelle « Monnaies locales complémentaires : pourquoi, comment ? ». Dans ce livre, il y a un premier chapitre qui explique comment fonctionne la monnaie et je le trouve lumineux.
[7:38] Comment fonctionne la monnaie actuellement ? Explication fondamentale
(Interviewer) : Alors justement, comment fonctionne la monnaie actuellement pour qu’on comprenne la problématique ?
Sur le blog, sur chouard.org, sur le billet qui annonce notre soirée, j’ai mis plusieurs documents que vous pouvez consulter, imprimer. Je vous propose de commencer par utiliser l’un d’entre eux. C’est un document un peu polémique mais qui fait une synthèse. Il est polémique au sens où je suis complotiste, comme tout journaliste et comme tout citoyen, je suis vigilant par rapport au pouvoir. Et quand on étudie la monnaie, on s’aperçoit qu’on s’est fait piquer quelque chose d’essentiel, un outil de prospérité et de liberté qui est la monnaie. On se l’est fait piquer par une bande de malandrins, des canailles qui ont bien compris ce qu’ils allaient pouvoir faire avec et qui, depuis 1694, on peut noter cette date-là qui est la création de la Banque d’Angleterre…
On dirait une banque publique. « La Banque d’Angleterre », on se dit c’est public. Et bien non, justement. C’est une partie de l’arnaque, c’est de faire croire que les banques centrales sont publiques alors qu’elles sont privées. Elles s’appellent « Banque de France » et en fait elles sont un outil de quelques voleurs qui confisquent à la population du pays l’outil de création monétaire, c’est-à-dire l’outil qui crée le sang de l’économie. C’est une bonne image de comparer la monnaie au fluide qui permet à un organisme de vivre. Dans un organisme, le sang alimente tous les organes. Il ne faut pas qu’il y en ait trop, pas trop peu, il faut qu’il y en ait la bonne quantité et il faut que ça circule. La monnaie, c’est pareil, ça doit circuler.
[10:06] La monnaie comme « certificat de travail » et la spécialisation de la société
Je ne vais pas faire toute l’histoire de la monnaie, mais je vais vous dire où j’en suis sur la description la plus simple et la plus efficace. À mon avis, la monnaie, il faut la voir, si on veut pouvoir s’en servir comme d’un outil politique qui va nous donner la prospérité et la démocratie, il faut considérer chaque signe monétaire comme un « certificat de travail », la preuve qu’on a travaillé. Un titre, un bout de papier qui prouve que vous avez travaillé ou que vous avez échangé un objet contre cette preuve de travail.
Nous avons besoin de monnaie parce que nous nous sommes spécialisés, nous ne savons plus tout faire. À l’époque de Cro-Magnon, on était complètement autonome. Or, avec le progrès, nous nous sommes spécialisés. Nous sommes devenus chacun spécialiste d’un sujet ou deux, et donc incapables de faire le reste. Un paysan aujourd’hui va avoir besoin des autres et il va falloir qu’il échange son blé. Nous avons tous vitalement besoin des autres par le fait de la spécialisation du travail.
Pour échanger, si on n’a pas de monnaie, ce serait le troc. De nombreux économistes classiques nous présentent la monnaie en nous disant « au début il y avait le troc, ça ne marchait pas bien, la monnaie nous a simplifié la vie ». En fait, c’est pas vrai. Aucune société n’utilise le troc. Les anthropologues comme Graeber, qui a écrit « Dette, 5000 ans d’histoire » – c’est un livre très important – le montrent.
La monnaie, ce sont des signes qui représentent de la valeur. Alors la valeur, qu’est-ce que c’est ? Plein d’économistes disent que la monnaie devrait être basée sur l’or. Pendant longtemps, on a cru que c’était une bonne contrepartie.
(Interviewer) : D’ailleurs, pendant longtemps, le dollar était étalonné sur l’or.
Oui. On est à la recherche d’un signe qui permette d’inspirer confiance. Je pense, comme Keynes, que la référence à l’or est une « relique barbare ». C’est pas la bonne idée. La bonne contrepartie pour la monnaie partout sur Terre, c’est le travail, le travail humain. Pensez chaque billet comme un « bon de travail ». Combien de travail ? En général, pour étalonner, on prend le travail de l’ouvrier le moins qualifié, le plus simple. Le SMIC, disons 10€ de l’heure. 1€, c’est un dixième d’heure, en gros c’est 5 minutes de travail. Le bon repère, c’est que la monnaie ait comme contrepartie le temps de travail.
[18:32] La masse monétaire : métaphore de la baignoire et mécanisme de création/destruction
L’ensemble des signes monétaires, c’est la masse monétaire. Comment apparaissent-ils et disparaissent-ils ? La masse monétaire, vous pouvez la considérer comme une baignoire, avec un robinet (l’apparition de nouveaux signes) et une bonde au fond (la destruction de la monnaie). La monnaie apparaît quand on emprunte. Quand vous allez demander un crédit à une banque commerciale, une banque privée. Vous allez voir la BNP pour lui demander 100 000 €. Il ne les a pas, mais il va vérifier que vous êtes capable de les rembourser. S’il vous dit oui, il va prendre son bilan. Un bilan, c’est actif/passif. Actif, ce que j’ai ; passif, ce que je dois.
Quand le banquier vous prête, il écrit deux dettes. Il y en a une, c’est la monnaie, l’autre la contrepartie. La monnaie, c’est sa dette à lui, banquier, qui accepte de vous devoir 100 000 €. Il écrit à droite de son bilan « je vous dois 100 000 € ». La monnaie, c’est de la dette de la banque envers un citoyen. Et il a pu faire ça parce qu’en face, du côté de l’actif, il a noté la dette de son client. Le client lui doit 100 000 €. « Je te dois 100 000 € tout de suite, c’est la monnaie. Et toi, mon client, tu me dois 100 000 € plus tard. » C’est la contrepartie. Le travail là-dedans, c’est le travail que le client va devoir faire pour créer la valeur qui lui donnera les signes monétaires capables de rembourser.
Il y a les intérêts, qui sur 25 ans peuvent doubler le prix de la maison. Mais la monnaie apparaît quand vous empruntez. Il y a deux chiffres qui apparaissent dans le bilan de la banque. Et quand le gars qui a emprunté rembourse 10 000, il y a 10 000 qui disparaissent des deux côtés. Quand il a fini de rembourser, il n’y a plus ni monnaie ni contrepartie, oubliez l’intérêt pour l’instant. La monnaie apparaît quand on emprunte, la monnaie disparaît quand on rembourse. Si aujourd’hui nous remboursions toutes nos dettes, il n’y aurait plus de monnaie, il resterait les billets et les pièces, mais c’est très peu de choses.
[26:12] La parabole de « la dame de Condé » : l’importance de la circulation monétaire
Il y a une parabole, l’histoire de la dame de Condé, que tout le monde devrait connaître. Une dame arrive dans un village, réserve une chambre à l’hôtel, laisse un billet de 50€ et va se promener. L’hôtelier prend le billet et va payer sa dette de 50€ au boulanger. Le boulanger, qui avait une dette envers son plombier, se sert des 50€ pour le payer. Le plombier paye le boucher, qui paye le dentiste, etc. Le billet passe entre 10, 20 mains, il a éteint 20 dettes. C’est de l’argent qui n’était pas dans le village.
Le billet finit par revenir chez l’hôtelier via le garagiste qui lui devait 50€. Le billet a bouclé la boucle. La dame revient et dit : « Finalement, je n’ai plus besoin de la chambre, pouvez-vous me rembourser ? » Il lui rend son billet. La dame repart avec. Il faut comprendre que la création/destruction de la monnaie a rendu possible plein d’opérations économiques. S’il n’y avait pas eu ce signe monétaire, les échanges sont bloqués.
(Interviewer) : Est-ce que c’est parce qu’il n’y avait pas d’intérêt entre toutes ces personnes que ça a pu être réalisé ?
On n’a pas du tout besoin de l’intérêt pour que ça fonctionne. Maurice Allais explique que c’est l’intérêt qui crée plein de problèmes. L’intérêt et la propriété foncière. Le fait que nous soyons propriétaires de la terre est une cause de dysfonctionnement majeur.
[35:23] Le problème de l’intérêt : une dette non créée et une condamnation à la croissance
L’intérêt, c’est un vrai fichu problème. Quand on crée 100 000, on ne rembourse pas 100 000, on rembourse peut-être 200 000. Mais les 100 000 d’intérêts, ils n’ont pas été créés. Comment vous faites pour les trouver ? Il va falloir les prendre à la société. Débrouillez-vous. C’est ce déséquilibre qui pose problème. C’est ça qui fait qu’on a toujours besoin de croissance. On est comme condamné à la croissance parce qu’il y a un diable qui nous vole les richesses. Le crédit devrait être un service public, pas à but lucratif.
Le deuxième problème, c’est que ce « seigneuriage », le revenu du créateur de monnaie, c’est l’équivalent de l’impôt sur le revenu tous les ans. Et c’est une poignée d’individus qui se goinfrent avec ça. Les employés de banque font un boulot important, mais ils devraient être des fonctionnaires au service de la nation. Ces parasites, les usuriers, sont tellement riches que ça leur donne un pouvoir de corruption contraire à l’intérêt général. Ils se sont donné le moyen de tout acheter sur Terre.
[39:23] Le pouvoir de corruption des « usuriers » et le complot de la Réserve Fédérale
Essayez d’avoir le nom des actionnaires des banques, c’est compliqué. Le livre « Les secrets de la Réserve Fédérale » de Mullins est important. Il est devenu un facho après, mais à l’époque où il a écrit ça, il n’y a pas un mot antisémite. Ce livre n’est pas antisémite. Ce type a fait une enquête sur la création de la Fed en 1913. Ça faisait des décennies que les Américains n’en voulaient pas. C’est un soir de Noël 1913 que Woodrow Wilson a, en secret, avec une bande du Congrès, fait passer la loi. Et la même année, il a créé l’impôt sur le revenu. L’ordre de grandeur du seigneuriage. On dirait qu’ils ont créé en même temps l’endettement de l’État vers les banquiers, et l’impôt qui permet à l’État d’aller prendre aux citoyens l’argent qu’il faudra donner aux banquiers.
[43:43] L’histoire de la Banque de France et la souveraineté perdue
En France, c’est aussi un complot. La Banque de France, c’est 1800, c’est Napoléon qui la crée, comme un retour d’ascenseur. Napoléon était le sabre des banquiers. Il a mis fin à la Révolution française, et en échange, il a donné aux banquiers la Banque de France. C’est une corne d’abondance. Napoléon décide que c’est la Banque de France qui va créer la monnaie française. Elle a cours légal, on ne peut pas la refuser. Et les contrefacteurs, c’est la peine de mort.
Il va falloir qu’on explique en quoi les crises monétaires régulières sont une extravagance.
[46:40] Le « miracle » des Trente Glorieuses : le circuit du Trésor et l’indexation des salaires
(Interviewer) : Il y a un moment dans l’histoire de France où on a été souverain ?
Oui, les Trente Glorieuses, juste après la Deuxième Guerre mondiale. Il fallait reconstruire le pays. On était dévasté, ruiné, endetté jusqu’au cou. Et malgré ça, on a tout reconstruit sans s’endetter. On a même mis en place la Sécurité Sociale généralisée, les retraites, l’assurance chômage… Comment ?
Un haut fonctionnaire, Bloch-Lainé, a mis en place le « circuit du Trésor ». Quand l’État avait besoin d’argent, il pouvait aller voir une banque privée et lui dire : « Prêtez-moi 10 milliards de francs, et vous allez me les prêter à un taux inférieur à l’inflation. » C’était un taux administré. L’État décidait du taux, et la banque n’avait pas le choix.
Il y avait un peu d’inflation, mais elle ne nous appauvrissait pas. Écoutez bien, c’est super important. Les salaires étaient indexés sur les prix. Quand les prix augmentaient de 2%, augmentation obligatoire de tous les salaires, loyers, pensions, de tous les contrats, d’au moins 2%. Ça a très bien marché, c’est un antidote robuste pour que les gens ne soient pas volés.
Le crime immense des socialistes, de Mitterrand, deux ou trois ans après son accession au pouvoir, c’est d’avoir supprimé l’indexation des salaires sur les prix. C’est criminel. Delors, c’est un diable. C’est un type de droite dure au service des plus riches.
[51:54] La trahison de 1973 : la loi Rothschild-Pompidou et l’explosion de la dette
Ce qui s’est passé en 73… Nous avons cru que Pompidou, qui était un associé gérant chez Rothschild, avait fait passer cette loi. Et c’est grâce à cette saloperie de procédure de l’élection. Regardez le résultat : on en est à 3300 ou 3400 milliards. Vous vous souvenez la différence ? 3000 km. En avion, il faut 4h pour arriver au bout. C’est dément.
Le concept même de dette publique est criminel, c’est un aveu de trahison. Un État digne de ce nom n’emprunte pas la monnaie. C’est parce que les représentants nous ont trahis qu’ils se sont mis à emprunter auprès des marchés financiers, c’est-à-dire les plus riches. C’est ceux précisément dont on a baissé les impôts depuis 50 ans. Tu places des millions pour élire Macron et tu ramènes des milliards. C’est pas beau, ça ?
On a cru que c’était en 73, mais il a fallu le bouquin de Benjamin Lemoine pour comprendre. C’est Pompidou, mais il l’a fait sans loi. Il a corrompu l’administration centrale. Les directeurs du Trésor se sont mis, sans y être obligés par une loi, à emprunter auprès des marchés financiers. La trahison a eu lieu avant la loi de 73.
[55:20] Questions du chat : la June (Ğ1), la titrisation des prêts et l’inflation
La June, c’est la matérialisation de la Théorie Relative de la Monnaie de Stéphane Laborde. C’est formidable, pédagogique, mais je vois deux trois problèmes. D’abord, elle n’est pas adossée au travail, elle est donnée sans contrepartie via un dividende universel. Ensuite, elle n’est pas politique. Moi, j’ai besoin d’une monnaie que la communauté politique peut créer pour venir à bout du chômage, en étant « employeur en dernier ressort ». La June ne me le permet pas.
Les prêts titrisés, c’est l’imagination financière des escrocs. Tu prêtes à un « clochard », quelqu’un qui ne peut pas rembourser. Puis tu mets sa dette dans un titre, tu la mélanges dans un mille-feuille avec des bons du Trésor, de la merde, de l’or, de la merde, de l’or… et les agences de notation, complices, disent « c’est de l’or ». En 1929, après la crise, ils ont fait le Glass-Steagall Act qui interdisait aux banques de jouer au casino avec l’argent des dépôts. Plus de crise financière. C’est à l’époque de Clinton qu’ils ont fait sauter ça, la « dérégulation ». Et boum, 2008.
L’inflation est-elle inévitable ? Oui, un peu d’inflation, c’est bien. Ça fait que la valeur de la monnaie baisse un peu, comme si elle fondait. Ça t’incite à ne pas la garder, à la dépenser. Et quand tu dépenses le billet, il sert aux autres. L’inflation booste l’activité. La déflation, la baisse des prix, bloque tout. On a besoin d’un peu d’inflation et on gomme ses effets par l’indexation.
[1:13:56] L’analyse de Léo : société du don, monnaie et travail, et le contrôle citoyen
Une émission ne suffit même pas pour faire l’intro. Je vais parler un peu des réflexions. Je suis dans l’absolu pour une société du don. À petite échelle. À grande échelle, il faudrait que l’être humain évolue. Si économie il y a, et donc si monnaie il y a, il faut que l’économie soit au service de la société. La monnaie est un marqueur à la fois de confiance et de non-confiance. On l’utilise parce qu’on n’a pas confiance.
Mon autre idéal, contrairement à Étienne, c’est que la monnaie puisse ne pas être adossée au travail. Je suis pour une société de l’activité. On doit agir parce qu’on aime ce qu’on fait, pas pour obtenir des signes monétaires. C’est pour ça que les systèmes de revenu de base ou de monnaie libre m’intéressent.
Je différencierais dette et crédit. Le service de prêter de l’argent que l’on possède réellement (et dont on se prive) mérite une rémunération. Mais récupérer des intérêts sur quelque chose qui n’a rien coûté, la création ex nihilo, c’est indu.
Le cœur du truc, c’est le contrôle citoyen. Mettre les citoyens à la décision. Nous sommes pour la création d’une « Banque Centrale Citoyenne », pas gérée par l’État abstrait. Une institution qui crée, une qui détruit, une qui répartit, avec des systèmes locaux pour collecter et réinjecter. Il faut mettre des limites à l’accumulation. C’est la structure pour que les citoyens aient la main.
[1:27:43] Passage à l’écriture : comment rédiger les articles sur la monnaie ?
Ce serait bien de faire avec toi, Marc, le spectacle de quelques copains qui ont une conversation constituante. On commence avec une feuille blanche. Qu’as-tu retenu ? On pourrait définir le mot « monnaie ». Décider qui la crée, sous quel contrôle. Qui la détruit. Qu’est-ce qu’on fait des banques commerciales ? Est-ce qu’on les nationalise ?
(Interviewer) : Est-ce que la création monétaire doit être publique ou privée ?
Il ne faut pas qu’elle soit privée du tout. Pour que ce soit un outil de prospérité, un outil politique…
Début de la rédaction en direct :
« La puissance publique crée la monnaie quand elle dépense en service public […]. Elle détruit la monnaie quand elle perçoit l’impôt. »
« Nous donnons à la puissance publique la mission de créer de la monnaie quand il y a du chômage et de détruire la monnaie quand il y a de l’inflation. »
« Il est définitivement interdit aux banques commerciales de créer la monnaie qu’elle prête. »
[1:49:11] La construction politique du chômage et le choix de société entre inflation et emploi
Le chômage, écoutez bien, c’est une construction politique. C’est fait exprès. C’est ultra-complotiste, mais extraordinairement documenté. Le livre de Grégoire Chamayou, « La Société ingouvernable », le montre. Après 68, où les travailleurs n’obéissaient plus, les capitalistes se sont dit « on est foutus ». Le plan pour reprendre le contrôle était : supprimer ou corrompre les syndicats, se débarrasser des meneurs, et il faut qu’il y ait du chômage. Comment créer du chômage ? Deux techniques : le libre-échange, qui met en concurrence avec des pays esclavagistes. Et la lutte contre l’inflation (qui nous condamne au chômage).
Il y a un choix de société à faire entre inflation et chômage. Si tu te bats contre l’inflation, tu le paies en chômage. Si tu te bats contre le chômage, tu le paies en inflation. Or, on a un antidote à l’inflation : l’indexation. Donc on pourrait choisir de lutter contre le chômage. Ne vous laissez pas intimider par les experts qui disent que c’est une science : c’est un débat et un choix POLITIQUES.
[1:59:03] L’indexation comme antidote et la critique de l’étalon-or
(Question du chat) : La monnaie serait-elle indexée sur une valeur réelle ?
Ce n’est pas la monnaie qui est indexée. C’est les salaires, les contrats, qui sont indexés sur les prix pour annuler les effets de l’inflation.
(Question du chat) : Faut-il un étalon comme l’or ?
(Léo) : C’est rassurant, mais Étienne veut pouvoir créer de l’argent quand il y en a besoin. Une quantité finie est un frein.
*(Étienne) : Si on adosse à l’or, les pays qui ont de l’or deviennent riches, les autres pauvres. C’est injuste.
Il y a quelque chose de faux dans la description du système actuel : dire que la monnaie est créée ex nihilo. Ce n’est pas vrai. Elle n’est pas créée à partir de rien dans la mesure où il y a une contrepartie. La contrepartie, c’est la dette de celui qui a emprunté et qui va devoir travailler pour rembourser. La monnaie aujourd’hui est créée sur du travail à venir. Ce n’est pas rien. C’est vachement bien de pouvoir anticiper sur l’activité. Quand on dit ex nihilo, ça veut dire que le banquier ne prend pas de risque et ne mérite pas un intérêt aussi élevé, mais ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de contrepartie.
[2:08:04] Présentation de la proposition constitutionnelle d’Étienne sur la monnaie
(Étienne présente son document écrit)
Dans une colonne, l’article, dans l’autre, les commentaires.
« Nous appelons monnaie les signes porteurs du pouvoir d’achat… »
« Il est définitivement interdit aux banques privées de créer la monnaie qu’elle prête sous peine de fermeture. »
« Nous donnons à l’État la mission de protéger la valeur de la monnaie. »
« Les budgets doivent être équilibrés. »
« Le concept même de dette publique est une contradiction dans les termes, un aveu de trahison. »
« Nous confions la mission d’employeur en dernier ressort. »
« Garantir l’indexation générale de tous les contrats. »
« Empêcher que notre monnaie soit traitée comme une marchandise. »
« Le fanatisme marchand appelé libre-échange est déclaré inconstitutionnel. »
Aujourd’hui, la mission unique de la BCE, c’est de lutter contre l’inflation. C’est nous condamner à un chômage de masse, mais sans le dire. C’est hypocrite.
[2:17:14] Conclusion et thèmes pour la prochaine émission
On n’a à peine évoqué la répartition. Pour faire quoi ? On associera ça au Parlement, au RIC… Il faudra une base de données. Il faudra des chambres de contrôle de la monnaie.
(Interviewer) : Je voudrais creuser l’idée d’avoir deux monnaies qui coexistent.
(Étienne) : Et la Charte de La Havane, c’est formidable, c’est l’exact contraire de l’OMC.
(Léo) : Une estimation : pour rédiger, ça nous a pris peut-être dix séances. L’objectif ici n’est pas d’écrire le texte idéal, mais de donner envie à d’autres d’écrire le leur. On n’est même pas obligés de se mettre d’accord. C’est impossible de mettre tout le monde d’accord sur ce thème.
(Étienne) : On n’a pas fait la liste incroyable des fléaux imposés au nom de la dette publique. Tu inverses cette liste et tu as une société prospère. La dette est un outil de maître-chanteur.
(Marc conclut l’émission, recommande le film d’animation « L’Argent Dette » de Paul Grignon et annonce la partie 2 pour la semaine suivante.)


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