Jeudi Chouard #6, 18 avril 2019, sur Sud Radio : « À quoi sert la liberté d’expression en démocratie ? » avec Jean Bricmont et Ronald Mazzoleni

18/04/2019 | 9 commentaires

Plus que jamais en retard sur tout, je vous confirme le jour-même que la 6ème émis­sion de « Jeu­di Chouard, les citoyens consti­tuants ont la parole », ce 18 avril 2109 à 20 h sur les chaînes You­tube et Face­book de Sud radio, sera consa­crée à la ques­tion « À quoi sert la liber­té d’ex­pres­sion en démo­cra­tie ? », et que j’au­rai le plai­sir de rece­voir deux chers amis belges : Jean Bric­mont (phy­si­cien, grand connais­seur de Noam Chom­sky et phi­lo­sophe rigou­reux sur la liber­té d’ex­pres­sion) et Ronald Maz­zo­le­ni (com­men­ta­teur pas­sion­nant du blog).

J’ai bon espoir de rédi­ger avec eux un bon article de consti­tu­tion d’o­ri­gine citoyenne sur ce point pré­cis de la liber­té d’ex­pres­sion des citoyens d’un pays démocratique.

J’es­père qu’on pour­ra prendre quelques unes de vos ques­tions (c’est vrai­ment dif­fi­cile, quand il y a un invi­té, de s’en détacher).

Pen­dant la pre­mière heure (« Y’a du peuple, seul contre tous » à 19h), je serai avec Éli­sa­beth Lévy, d’a­bord d’a­bord autour de l’ac­tua­li­té (on voit venir l’in­cen­die de Notre Dame de Paris…), et ensuite autour de ce thème de l’im­por­tance d’une vraie liber­té d’ex­pres­sion, aus­si bien pour pro­té­ger les oppo­sants et une presse plu­ra­liste contre les pou­voirs poli­tiques, que pour pro­té­ger les lan­ceurs d’a­lertes contre les pou­voirs économiques.

Hâte de vous y retrouver.

Étienne.


Res­sources, texes et cita­tions utiles :

Décla­ra­tion des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789

Article 10
Nul ne doit être inquié­té pour ses opi­nions, même reli­gieuses, pour­vu que leur mani­fes­ta­tion ne trouble pas l’ordre public éta­bli par la loi.

Article 11
La libre com­mu­ni­ca­tion des pen­sées et des opi­nions est un des droits les plus pré­cieux de l’homme : tout citoyen peut donc par­ler, écrire, impri­mer libre­ment, sauf à répondre de l’a­bus de cette liber­té dans les cas déter­mi­nés par la loi.

Source : Conseil consti­tu­tion­nel


Charte des droits fon­da­men­taux de l’U­nion euro­péenne, Article 11 – Liber­té d’ex­pres­sion et d’information
1. Toute per­sonne a droit à la liber­té d’ex­pres­sion. Ce droit com­prend la liber­té d’o­pi­nion et la liber­té de rece­voir ou de com­mu­ni­quer des infor­ma­tions ou des idées sans qu’il puisse y avoir ingé­rence d’au­to­ri­tés publiques et sans consi­dé­ra­tion de frontières.
2. La liber­té des médias et leur plu­ra­lisme sont respectés.
https://​fra​.euro​pa​.eu/​f​r​/​c​h​a​r​t​e​r​p​e​d​i​a​/​a​r​t​i​c​l​e​/​1​1​-​l​i​b​e​r​t​e​-​d​e​x​p​r​e​s​s​i​o​n​-​e​t​-​d​i​n​f​o​r​m​a​t​ion


« La liber­té de tout dire n’a d’ennemis que ceux qui veulent se réser­ver la liber­té de tout faire. Quand il est per­mis de tout dire, la véri­té parle d’elle-même et son triomphe est assu­ré. » Jean-Paul Marat « Les Chaînes de l’esclavage »


Pour­quoi nous vou­lons abo­lir le délit d’opinion ?

La liber­té d’ex­pres­sion est une valeur humaine dans sa liber­té même de dire l’in­hu­main. Les opi­nions racistes, xéno­phobes, sexistes, sadiques, hai­neuses, mépri­santes ont autant le droit de s’ex­pri­mer que les natio­na­lismes, les croyances reli­gieuses, les idéo­lo­gies sec­taires, les clans cor­po­ra­tistes qui les encou­ragent ouver­te­ment ou sour­noi­se­ment selon les fluc­tua­tions de l’i­gno­mi­nie déma­go­gique. Les lois qui les répriment, telle, en France, la loi Gays­sot de 1992, s’en prennent au « pué­ril revers des choses » sans tou­cher aux causes. Elles exor­cisent le mal au lieu de le pré­ve­nir et de le gué­rir. Elles sub­sti­tuent la sanc­tion à l’é­du­ca­tion. Ce ne sont pas les pro­pos qui doivent être condam­nés, ce sont les voies de fait. Ce ne sont pas les dis­cours igno­mi­nieux du popu­lisme qui doivent faire l’ob­jet de pour­suites - sans quoi il fau­drait dénon­cer aus­si leur impré­gna­tion sour­noise et leur pré­sence mas­quée dans les décla­ra­tions déma­go­giques de la poli­tique clien­té­liste et bien-pensante -, ce sont les vio­lences à l’en­contre des biens et des per­sonnes, per­pé­trées par les sec­ta­teurs de la barbarie.

Le sens com­mun montre qu’il est incon­sé­quent d’in­ter­dire Mon Com­bat de Hit­ler, Baga­telles pour un mas­sacre de Céline, les Pro­to­coles des sages de Sion, ou les ouvrages révi­sion­nistes, et de tolé­rer par ailleurs les pro­pos miso­gynes de Paul de Tarse et du Coran, les dia­tribes anti­sé­mites de saint Jérôme et de Luther, un livre truf­fé d’in­fa­mies comme la Bible, l’ex­hi­bi­tion com­plai­sante des vio­lences qui forment la matière ordi­naire de l’in­for­ma­tion, l’af­fi­chage omni­pré­sent du men­songe publi­ci­taire et tant de contre­vé­ri­tés his­to­riques, enté­ri­nées par l’his­toire offi­cielle. Mieux vaut ne pas l’ou­blier : une fois ins­tau­rée, la cen­sure ne connaît pas de limites, car la puri­fi­ca­tion éthique se nour­rit de la cor­rup­tion qu’elle dénonce.

On ne com­bat pas et on ne décou­rage pas la bêtise et l’i­gno­mi­nie en leur inter­di­sant de s’ex­pri­mer : la meilleure cri­tique d’un état de fait déplo­rable consiste à créer la situa­tion qui y remé­die. La bêtise, l’in­fa­mie, la pen­sée ignoble sont les sanies d’une sen­si­bi­li­té bles­sée.  Les empê­cher de s’é­cou­ler, c’est enve­ni­mer la bles­sure au lieu d’en diag­nos­ti­quer les causes afin d’y por­ter remède. Si nous ne vou­lons pas qu’une aber­ra­tion finisse par infec­ter le tis­su social comme une tumeur maligne, nous devons la recon­naître pour ce qu’elle est  : le symp­tôme d’un malaise dans l’in­di­vi­du et dans la société.

Ce n’est pas le symp­tôme qui est condam­nable, c’est notre peu
d’empressement à éra­di­quer des condi­tions qui pro­pagent le pru­rit, l’ab­cès, la peste. Au sou­ci d’é­cra­ser l’in­fâme, mieux vaut secon­der le désir de vivre mieux - c’est-à-dire plus humainement.

Raoul Vanei­gem – Rien n’est sacré, tout peut se dire.


Dans les États qui jux­ta­posent à la puis­sance légis­la­tive des Chambres la pos­si­bi­li­té de demandes popu­laires de réfé­ren­dums, c’est le peuple qui monte au rang suprême par l’ac­qui­si­tion du pou­voir de pro­non­cer le rejet ou l’a­dop­tion défi­ni­tive des déci­sions parlementaires.

Du coup le Par­le­ment se trouve rame­né au rang de simple auto­ri­té : il ne repré­sente plus la volon­té géné­rale que pour cher­cher et pro­po­ser l’ex­pres­sion qu’il convient de don­ner à celle-ci ; il ne rem­plit ain­si qu’of­fice de fonctionnaire.

Le véri­table sou­ve­rain c’est alors le peuple.

Car­ré de Mal­berg, dans un article de 1931 « Réfé­ren­dum Ini­tia­tive popu­laire », cité Dans « La démo­cra­tie locale et le réfé­ren­dum » de Marion Pao­let­ti, chez l’Harmattan page 89.


La liber­té de la presse, c’est la liber­té pour la presse de ne pas être un métier.
Marx.


« Sous le gou­ver­ne­ment repré­sen­ta­tif, sur­tout, c’est-à-dire, quand ce n’est point le peuple qui fait les lois, mais un corps de repré­sen­tants, l’exercice de ce droit sacré [la libre com­mu­ni­ca­tion des pen­sées entre les citoyens] est la seule sau­ve­garde du peuple contre le fléau de l’oligarchie. Comme il est dans la nature des choses que les repré­sen­tants peuvent mettre leur volon­té par­ti­cu­lière à la place de la volon­té géné­rale, il est néces­saire que la voix de l’opinion publique reten­tisse sans cesse autour d’eux, pour balan­cer la puis­sance de l’intérêt per­son­nel et les pas­sions indi­vi­duelles ; pour leur rap­pe­ler, et le but de leur mis­sion et le prin­cipe de leur auto­ri­té.

Là, plus qu’ailleurs, la liber­té de la presse est le seul frein de l’ambition, le seul moyen de rame­ner le légis­la­teur à la règle unique de la légis­la­tion. Si vous l’enchaînez, les repré­sen­tants, déjà supé­rieurs à toute auto­ri­té, déli­vrés encore de la voix impor­tune de ces cen­seurs, éter­nel­le­ment cares­sés par l’intérêt et par l’adulation, deviennent les pro­prié­taires ou les usu­frui­tiers pai­sibles de la for­tune et des droits de la nation ; l’ombre même de la sou­ve­rai­ne­té dis­pa­raît, il ne reste que la plus cruelle, la plus indes­truc­tible de toutes les tyran­nies ; c’est alors qu’il est au moins dif­fi­cile de contes­ter la véri­té de l’anathème fou­droyant de Jean-Jacques Rous­seau contre le gou­ver­ne­ment repré­sen­ta­tif absolu. » 

Robes­pierre, Le Défen­seur de la Consti­tu­tion, n° 5, 17 juin 1792.


« Ou tu défends la liber­té d’expression pour des opi­nions que tu détestes, ou tu ne la défends pas du tout. Même Hit­ler et Sta­line étaient ravis de défendre la liber­té d’expression pour des idées qui leur conve­naient. Voi­là les enjeux essen­tiels. Pour pou­voir élu­der ce débat, il y a tou­jours le flot de men­songes habi­tuels. » Noam Chomsky


« Quant à la liber­té de pen­ser, on dit vrai dans une large mesure quand on dit que sans elle il n’y a pas de pen­sée. Mais il est plus vrai encore de dire que quand la pen­sée n’existe pas, elle n’est pas non plus libre. » Simone Weil.


« On mesure le degré de liber­té d’une socié­té non pas à la façon dont elle traite les bons citoyens, obéis­sants et confor­mistes mais à la façon dont elle traite ses dis­si­dents et ceux qui résistent à l’or­tho­doxie. » Alexandre Astier.


« Il y a dans la Consti­tu­tion du 24 juin 1793 un article que je trouve tout à fait déli­cieux : « La loi doit pro­té­ger la liber­té publique et indi­vi­duelle contre l’op­pres­sion de ceux qui gou­vernent. » (Article 9.) »
Cathe­rine Baker, « Insou­mis­sion à l’é­cole obli­ga­toire » (1995), p22.


« La liber­té n’est pas mena­cée seule­ment par les régimes tota­li­taires ou auto­ri­taires. Elle l’est aus­si, de manière plus cachée mais non moins forte, par l’a­tro­phie du conflit et de la cri­tique, l’ex­pan­sion de l’a­mné­sie et de l’ir­re­le­vance, l’in­ca­pa­ci­té crois­sante de mettre en ques­tion le pré­sent et les ins­ti­tu­tions exis­tantes. » Cor­né­lius Cas­to­ria­dis, « La « fin de la phi­lo­so­phie » ? », in Les Car­re­fours du labyrinthe.


« Le gou­ver­ne­ment repré­sen­ta­tif devient bien­tôt le plus cor­rom­pu des gou­ver­ne­ments si le peuple cesse d’inspecter ses représentants.
Le pro­blème des Fran­çais, c’est qu’ils donnent trop à la confiance, et c’est ain­si qu’on perd la liberté.
Il est vrai que cette confiance est infi­ni­ment com­mode : elle dis­pense du soin de veiller, de pen­ser et de juger. »
Madame Rol­land (1789), citée par Rosan­val­lon (2006, n°3, min. 2:37).


« Aus­si, le plus grand mal­heur qui puisse arri­ver à un État libre, où le prince est puis­sant et entre­pre­nant, c’est qu’il n’y ait ni dis­cus­sions publiques, ni effer­ves­cence, ni par­tis. Tout est per­du, quand le peuple devient de sang-froid, et que sans s’in­quié­ter de la conser­va­tion de ses droits, il ne prend plus de part aux affaires : au lieu qu’on voit la liber­té sor­tir sans cesse des feux de la sédi­tion. » Jean-Paul Marat, « Les chaînes de l’esclavage » (1774).


« Ce qu’il faut sau­ve­gar­der avant tout, ce qui est le bien ines­ti­mable conquis par l’homme à tra­vers tous les pré­ju­gés, toutes les souf­frances et tous les com­bats, c’est cette idée qu’il n’y a pas de véri­té sacrée, c’est-à-dire inter­dite à la pleine inves­ti­ga­tion de l’homme ; c’est ce qu’il y a de plus grand dans le monde, c’est la liber­té sou­ve­raine de l’esprit ; c’est qu’aucune puis­sance ou inté­rieure ou exté­rieure, aucun pou­voir, aucun dogme ne doit limi­ter le per­pé­tuel effort et la per­pé­tuelle recherche de la race humaine […] ; c’est que toute véri­té qui ne vient pas de nous est un men­songe. » Chris­to­pher Hill, « 1640 : la révo­lu­tion anglaise » (1940).


« Il est donc incon­tes­table, et c’est la maxime fon­da­men­tale de tout le droit poli­tique, que les peuples se sont don­né des chefs pour défendre leur liber­té et non pour les asser­vir. » Jean-Jacques Rous­seau, « Dis­cours sur l’origine des inéga­li­tés par­mi les hommes » (1754).


Pour res­ter libre, il faut être sans cesse en garde contre ceux qui gou­vernent : rien de plus aisé que de perdre celui qui est sans défiance ; et la trop grande sécu­ri­té des peuples est tou­jours l’a­vant-cou­reur de leur servitude.

Mais comme une atten­tion conti­nuelle sur les affaires publiques est au-des­sus de la por­tée de la mul­ti­tude, trop occu­pée d’ailleurs de ses propres affaires, il importe qu’il y ait dans l’État des hommes qui tiennent sans cesse leurs yeux ouverts sur le cabi­net, qui suivent les menées du gou­ver­ne­ment, qui dévoilent ses pro­jets ambi­tieux, qui sonnent l’a­larme aux approches de la tem­pête, qui réveillent la nation de sa léthar­gie, qui lui découvrent l’a­bîme qu’on creuse sous ses pas, et qui s’empressent de noter celui sur qui doit tom­ber l’in­di­gna­tion publique. Aus­si, le plus grand mal­heur qui puisse arri­ver à un État libre, où le prince est puis­sant et entre­pre­nant, c’est qu’il n’y ait ni dis­cus­sions publiques, ni effer­ves­cence, ni partis. 

Tout est per­du, quand le peuple devient de sang-froid, et que sans s’in­quié­ter de la conser­va­tion de ses droits, il ne prend plus de part aux affaires : au lieu qu’on voit la liber­té sor­tir sans cesse des feux de la sédition.

Jean-Paul Marat, « Les chaînes de l’esclavage » (1774).


« Appre­nez donc que, hors ce qui concerne la dis­ci­pline mili­taire, c’est-à-dire, le manie­ment et la tenue des armes, les exer­cices et les évo­lu­tions, la marche contre les enne­mis des lois et de l’É­tat, les sol­dats de la patrie ne doivent aucune obéis­sance à leurs chefs ; que loin de leur être sou­mis, ils en sont les arbitres ; que leur devoir de citoyen les oblige d’exa­mi­ner les ordres qu’ils en reçoivent, d’en peser les consé­quences, d’en pré­ve­nir les suites. Ain­si lorsque ces ordres sont sus­pects, ils doivent res­ter dans l’i­nac­tion ; lorsque ces ordres blessent les droits de l’homme, ils doivent y oppo­ser un refus for­mel ; lorsque ces ordres mettent en dan­ger la liber­té publique, ils doivent en punir les auteurs ; lorsque ces ordres attentent à la patrie, ils doivent tour­ner leurs armes contre leurs offi­ciers. Tout ser­ment contraire à ces devoirs sacrés, est un sacri­lège qui doit rendre odieux celui qui l’exige, et mépri­sable celui qui le prête. »

Marat, « L’Ami du Peuple », 8 juillet 1790.


« Le droit qu’ont les citoyens de s’as­sem­bler où il leur plaît, et quand il leur plaît, pour s’oc­cu­per de la chose publique, est inhé­rent à tout peuple libre.
Sans ce droit sacré, l’é­tat est dis­sous, et le sou­ve­rain est anéan­ti ; car, dès que les citoyens ne peuvent plus se mon­trer en corps, il ne reste dans l’É­tat que des indi­vi­dus iso­lés ; la nation n’existe plus.
On voit avec quelle adresse les pères conscrits ont anéan­ti la sou­ve­rai­ne­té du peuple, tout en ayant l’air d’as­su­rer la liber­té indi­vi­duelle. En Angle­terre, toute assem­blée pai­sible est licite : la loi ne défend que les attrou­pe­ments sédi­tieux. Voi­là la liberté. »
Marat 16–17 août 1792.


« Quand on me contre­dit, on éveille mon atten­tion, mais non ma colère : je m’a­vance vers celui qui me contre­dit, qui m’ins­truit. La cause de la véri­té devrait être la cause com­mune de l’un et de l’autre. […]

Je fais fête à la véri­té et je la ché­ris en quelque main que je la trouve et je me livre à elle et lui tends mes armes vain­cues d’aus­si loin que je la vois appro­cher. Et, pour­vu qu’on n’y pro­cède pas avec l’air trop impé­rieux d’un maître d’é­cole, je prête l’é­paule aux reproches que l’on fait sur mes écrits ; je les ai même sou­vent modi­fiés plus pour une rai­son de civi­li­té que pour une rai­son d’a­mé­lio­ra­tion, car j’aime à favo­ri­ser et à encou­ra­ger la liber­té de ceux qui me font des cri­tiques par ma faci­li­té à céder, même à mes dépens. Tou­te­fois il est assu­ré­ment dif­fi­cile d’at­ti­rer à cela les hommes de mon temps : ils n’ont pas le cou­rage de cri­ti­quer les autres parce qu’ils n’ont pas le cou­rage de sup­por­ter de l’être, et ils parlent tou­jours avec dis­si­mu­la­tion en pré­sence les uns des autres. Je prends un si grand plai­sir à être jugé et connu qu’il m’est pour ain­si dire indif­fé­rent que ce soit de l’une ou de l’autre des deux façons. Ma pen­sée se contre­dit elle-même si sou­vent, et se condamne, qu’il revient au même pour moi qu’un autre le fasse, vu prin­ci­pa­le­ment que je ne donne à sa cri­tique que l’im­por­tance que je veux. »

Mon­taigne, « Essais », livre 3, cha­pitre 8 « Sur l’art de la conver­sa­tion », p 1119.


« Nous n’apprenons à dis­cu­ter que pour contre­dire, et, cha­cun contre­di­sant et étant contre­dit, il en résulte que tout le pro­fit de la dis­cus­sion, c’est de rui­ner et anéan­tir la véri­té. » Mon­taigne, « Essais », livre 3, cha­pitre 8 « Sur l’art de la conver­sa­tion », p 1121.


« Je hais la ser­vi­tude comme la source de tous les maux du genre humain. Les tyrans et leurs flat­teurs crient sans cesse : peuples, por­tez vos fers sans mur­mure car le pre­mier des biens est le repos ; ils mentent : c’est la liber­té. » Jean-Jacques Rous­seau, « Frag­ment de lettre à Chris­tophe de Beau­mont », 1763.


« Vous n’avez plus de tête : on vous l’a cou­pée en vous cou­pant la parole, en vous volant les mots. La liber­té, c’est d’avoir com­pris cela : qu’on va sans tête. Nous sommes enfu­més, enfer­més par nous-mêmes, et nous ne pou­vons comp­ter sur per­sonne pour nous déli­vrer. Pri­son modèle où les gar­diens sont les déte­nus eux-mêmes. » D’après Arnaud Upins­ky et Mar­cel Jullian.


Atten­tion ! Dans le texte sui­vant, la pre­mière par­tie est superbe, légen­daire, une invi­ta­tion à exer­cer libre­ment son esprit cri­tique, un pilier de la légende des Lumières. Mais ensuite, on com­prend que cette liber­té n’est pré­vue que pour les savants, en qua­li­té de savant ! Pour ce qui concerne les autres, nous sommes appa­rem­ment condam­nés à obéir ser­vi­le­ment ! Donc, exer­çons notre esprit cri­tique… sur l’idéologie des Lumières elle-même…

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Qu’est-ce que les Lumières ? (selon Emma­nuel Kant)

1. La sor­tie de l’homme de sa mino­ri­té dont il est lui-même res­pon­sable. Mino­ri­té, c’est-à-dire inca­pa­ci­té de se ser­vir de son enten­de­ment (pou­voir de pen­ser) sans la direc­tion d’autrui, mino­ri­té dont il est lui-même res­pon­sable (faute) puisque la cause en réside non dans un défaut de l’entendement mais dans un manque de déci­sion et de cou­rage de s’en ser­vir sans la direc­tion d’autrui.

Sapere aude ! (Ose pen­ser) Aie le cou­rage de te ser­vir de ton propre enten­de­ment. Voi­là la devise des Lumières.

2. La paresse et la lâche­té sont les causes qui expliquent qu’un si grand nombre d’hommes, après que la nature les a affran­chi depuis long­temps d’une (de toute) direc­tion étran­gère, reste cepen­dant volon­tiers, leur vie durant, mineurs, et qu’il soit facile à d’autres de se poser en tuteur des pre­miers. Il est si aisé d’être mineur ! Si j’ai un livre qui me tient lieu d’entendement, un direc­teur qui me tient lieu de conscience, un méde­cin qui décide pour moi de mon régime, etc., je n’ai vrai­ment pas besoin de me don­ner de peine moi-même. Je n’ai pas besoin de pen­ser pour­vu que je puisse payer ; d’autres se char­ge­ront bien de ce tra­vail ennuyeux. 

Que la grande majo­ri­té des hommes (y com­pris le sexe faible tout entier) tienne aus­si pour très dan­ge­reux ce pas en avant vers leur majo­ri­té, outre que c’est une chose pénible, c’est ce à quoi s’emploient fort bien les tuteurs qui très aima­ble­ment (par bon­té) ont pris sur eux d’exercer une haute direc­tion sur l’humanité.

Après avoir ren­du bien sot leur bétail (domes­tique) et avoir soi­gneu­se­ment pris garde que ces pai­sibles créa­tures n’aient pas la per­mis­sion d’oser faire le moindre pas, hors du parc ou ils les ont enfer­mé. Ils leur montrent les dan­gers qui les menace, si elles essayent de s’aventurer seules au dehors. Or, ce dan­ger n’est vrai­ment pas si grand, car elles appren­draient bien enfin, après quelques chutes, à mar­cher ; mais un acci­dent de cette sorte rend néan­moins timide, et la frayeur qui en résulte, détourne ordi­nai­re­ment d’en refaire l’essai.

[…]

4. Mais qu’un public s’éclaire lui-même, rentre davan­tage dans le domaine du pos­sible, c’est même pour peu qu’on lui en laisse la liber­té, à peu près inévi­table. Car on ren­con­tre­ra tou­jours quelques hommes qui pensent de leur propre chef, par­mi les tuteurs paten­tés (atti­trés) de la masse et qui, après avoir eux-mêmes secoué le joug de la (leur) mino­ri­té, répan­dront l’esprit d’une esti­ma­tion rai­son­nable de sa valeur propre et de la voca­tion de chaque homme à pen­ser par soi-même. 

Notons en par­ti­cu­lier que le public qui avait été mis aupa­ra­vant par eux sous ce joug, les force ensuite lui-même à se pla­cer des­sous, une fois qu’il a été inci­té à l’insurrection par quelques-uns de ses tuteurs inca­pables eux-mêmes de toute lumière : tant il est pré­ju­di­ciable d’inculquer des pré­ju­gés parce qu’en fin de compte ils se vengent eux-mêmes de ceux qui en furent les auteurs ou de leurs devanciers. 

Aus­si un public ne peut-il par­ve­nir que len­te­ment aux lumières. Une révo­lu­tion peut bien entraî­ner une chute du des­po­tisme per­son­nel et de l’oppression inté­res­sée ou ambi­tieuse, (cupide et auto­ri­taire) mais jamais une vraie réforme de la méthode de pen­ser ; tout au contraire, de nou­veaux pré­ju­gés sur­gi­ront qui ser­vi­ront, aus­si bien que les anciens de lisière à la grande masse pri­vée de pensée.

5. […] Mais quelle limi­ta­tion est contraire aux lumières ? Laquelle ne l’est pas, et, au contraire lui est avan­ta­geuse ? – Je réponds : l’usage public de notre propre rai­son doit tou­jours être libre, et lui seul peut ame­ner les lumières par­mi les hommes ; mais son usage pri­vé peut être très sévè­re­ment limi­té, sans pour cela empê­cher sen­si­ble­ment le pro­grès des lumières. J’entends par usage public de notre propre rai­son celui que l’on en fait comme savant devant l’ensemble du public qui lit. J’appelle usage pri­vé celui qu’on a le droit de faire de sa rai­son dans un poste civil ou une fonc­tion déter­mi­née qui vous sont confiés. Or il y a pour maintes affaires qui concourent à l’intérêt de la com­mu­nau­té un cer­tain méca­nisme qui est néces­saire et par le moyen duquel quelques membres de la com­mu­nau­té doivent se com­por­ter pas­si­ve­ment afin d’être tour­nés, par le gou­ver­ne­ment, grâce à une una­ni­mi­té arti­fi­cielle, vers des fins publiques ou du moins pour être empê­chés de détruire ces fins. Là il n’est donc pas per­mis de rai­son­ner ; il s’agit d’obéir. Mais, qu’une pièce (élé­ment) de la machine se pré­sente en même temps comme membre d’une com­mu­nau­té, et même de la socié­té civile uni­ver­selle, en qua­li­té de savant, qui, en s’appuyant sur son propre enten­de­ment, s’adresse à un public par des écrits : il peut en tout cas rai­son­ner, sans qu’en pâtissent les affaires aux­quelles il est pré­po­sé par­tiel­le­ment en tant que membre pas­sif. Il serait très dan­ge­reux qu’un offi­cier à qui un ordre a été don­né par son supé­rieur, vou­lût rai­son­ner dans son ser­vice sur l’opportunité ou l’utilité de cet ordre ; il doit obéir. 

Emma­nuel Kant (1724−1804), « Qu’est-ce que les Lumières ? » (1784).


« Ceux qui sont pour la liber­té sans agi­ta­tion sont des gens qui veulent la pluie sans orage. » Mark Twain.


« Il y a des gens qui, à pro­pos de cer­tains pro­blèmes, font preuve d’une grande tolé­rance. C’est sou­vent parce qu’ils s’en foutent. » Mark Twain.


« Et quand même tous les vents de la doc­trine auraient libre cours sur Terre, si la Véri­té est en lice, c’est lui faire injure que dou­ter de sa force, en met­tant en place cen­sure et inter­dic­tion. Que la Faus­se­té s’empoigne avec elle ; qui a jamais vu que la Véri­té ait le désa­van­tage dans une ren­contre libre et ouverte ? Aucune cen­sure n’a le poids de sa réfu­ta­tion. » John Mil­ton, « Pour la liber­té d’imprimer sans auto­ri­sa­tion ni cen­sure » (1644).


« Les des­potes eux-mêmes ne nient pas que la liber­té ne soit excel­lente ; seule­ment ils ne la veulent que pour eux-mêmes, et ils sou­tiennent que tous les autres en sont tout à fait indignes. » Alexis de Toc­que­ville, « L’An­cien Régime et la Révo­lu­tion », 1866 [décri­vant hon­nê­te­ment le fond de l’idéologie escla­va­giste dite libérale].


Un domp­teur de cirque par­vient à dres­ser un élé­phant en recou­rant à une tech­nique très simple : alors que l’animal est encore jeune, il lui attache une patte à un tronc d’arbre très solide. Mal­gré tous ses efforts, l’éléphanteau n’arrive pas à se libé­rer. Peu à peu, il s’habitue à l’idée que le tronc est plus fort que lui. Une fois qu’il est deve­nu un adulte doté d’une force colos­sale, il suf­fit de lui pas­ser une corde au pied et de l’attacher à un jeune arbre. Il ne cher­che­ra même pas à se libérer.

Comme ceux des élé­phants, nos pieds sont entra­vés par des liens fra­giles. Mais, comme nous avons été accou­tu­més dès l’enfance à la puis­sance du tronc d’arbre, nous n’osons pas lutter.

Sans savoir qu’il nous suf­fi­rait d’un geste de cou­rage pour décou­vrir toute notre liberté.

Pau­lo Coel­ho, « Maktub ».


« Pri­ver un homme des moyens que la nature et l’art ont mis en son pou­voir de com­mu­ni­quer ses sen­ti­ments et ses idées, pour empê­cher qu’il n’en fasse un mau­vais usage, ou bien enchaî­ner sa langue de peur qu’il ne calom­nie, ou lier ses bras de peur qu’il ne les tourne contre ses sem­blables, tout le monde voit que ce sont là des absur­di­tés du même genre, que cette méthode est tout sim­ple­ment le secret du des­po­tisme qui, pour rendre les hommes sages et pai­sibles, ne connaît pas de meilleur moyens que d’en faire des ins­tru­ments pas­sifs ou de vils automates. » 

Robes­pierre, « Dis­cours sur la liber­té de la presse », pro­non­cé à la Socié­té des Amis de la Consti­tu­tion le 11 mai 1791, et uti­li­sé en par­tie devant l’Assemblée Natio­nale le 22 août 1791.


« Si dans l’intérieur d’un État vous n’entendez le bruit d’aucun conflit, vous pou­vez être sûr que la liber­té n’y est pas. » Montesquieu.


« Toutes les opi­nions, y com­pris les erreurs, sont d’un grand ser­vice pour atteindre rapi­de­ment la plus haute vérité.
Tuer un bon livre, c’est à peu près comme tuer un homme.
Qu’on me donne la liber­té de connaître, de m’exprimer et de dis­pu­ter libre­ment, selon ma conscience, avant toute autre liberté. » 

John Mil­ton, Pour la liber­té d’imprimer, sans auto­ri­sa­tion ni cen­sure (1644).


« L’ordre social n’aura vrai­ment atteint le degré de per­fec­tion auquel on doit tendre sans cesse, qu’à l’époque où aucun article des lois ne sera obli­ga­toire qu’après avoir été sou­mis immé­dia­te­ment à l’examen de tout individu (…). 

Je pro­pose pour cette fois, de bor­ner ce droit indi­vi­duel aux seuls articles rela­tifs à la consti­tu­tion ; mais c’est dans l’espérance que les pro­grès de la rai­son et l’effet que des ins­ti­tu­tions plus légales et plus justes pro­dui­ront néces­sai­re­ment dans les esprits, per­met­tront à une autre époque d’étendre ce même droit à d’autres classes de lois, et suc­ces­si­ve­ment de l’étendre à toutes » 

« Les hommes ont tel­le­ment pris l’habitude d’obéir à d’autres hommes, que la liber­té est, pour la plu­part d’entre eux, le droit de n’être sou­mis qu’à des maîtres choi­sis par eux-mêmes. Leurs idées ne vont pas plus loin, et c’est là que s’arrête le faible sen­ti­ment de leur indépendance.
(…)
Presque par­tout cette demi-liber­té est accom­pa­gnée d’orages ; alors on les attri­bue à l’abus de la liber­té, et l’on ne voit pas qu’ils naissent pré­ci­sé­ment de ce que la liber­té n’est pas entière ; on cherche à lui don­ner de nou­velles chaînes, lorsqu’il fau­drait son­ger, au contraire, à bri­ser celles qui lui restent. »

Condor­cet, 1789 :
Sur la néces­si­té de faire rati­fier la consti­tu­tion par les citoyens.


L’homme est né pour le bon­heur et pour la liber­té et par­tout il est esclave et mal­heu­reux ! La socié­té a pour but la conser­va­tion de ses droits et la per­fec­tion de son être ; et par­tout la socié­té le dégrade et l’op­prime ! Le temps est arri­vé de le rap­pe­ler à ses véri­tables destinées.
(…)
Pour rem­plir votre mis­sion, il faut faire pré­ci­sé­ment tout le contraire de ce qui a exis­té avant vous.

Jus­qu’i­ci l’art de gou­ver­ner n’a été que l’art de dépouiller et d’as­ser­vir le grand nombre au pro­fit du petit nombre, et la légis­la­tion, le moyen de réduire ces atten­tats en sys­tème. Les rois et les aris­to­crates ont très bien fait leur métier : c’est à vous main­te­nant de faire le vôtre, c’est-à-dire de rendre les hommes heu­reux et libres par les lois.

Robes­pierre.
(Pour le bon­heur et pour la liber­té, actua­li­té d’un homme irré­cu­pé­rable, La Fabrique, 2000)


« L’anarchisme est cette ten­dance, pré­sente dans toute l’his­toire de la pen­sée et de l’a­gir humains, qui nous incite à vou­loir iden­ti­fier les struc­tures coer­ci­tives, auto­ri­taires et hié­rar­chiques de toutes sortes pour les exa­mi­ner et mettre à l’é­preuve leur légi­ti­mi­té ; lors­qu’il arrive que ces struc­tures ne peuvent se jus­ti­fier — ce qui est le plus sou­vent le cas — l’a­nar­chisme nous porte à cher­cher à les éli­mi­ner et à ain­si élar­gir l’es­pace de la liber­té. » Noam Chomsky.


« L’ac­cep­ta­tion d’une croyance n’est-elle pas un cou­vercle mis sur cette peur, sur cette peur de n’être rien du tout, d’être vide ? 

Et pour­tant un réci­pient n’est uti­li­sable que lors­qu’il est vide et un esprit qui est rem­pli de croyances, de dogmes, d’af­fir­ma­tions, de cita­tions est en véri­té un esprit sté­rile, une machine à répé­ti­tion. » Jid­du Kri­sh­na­mur­ti (1895−1986) La pre­mière et la der­nière liber­té, 1964.


« La véri­té est le nom que les plus forts donnent à leur opi­nion. » Alphonse Karr (1808−1890)


La liber­té seule­ment pour les par­ti­sans du gou­ver­ne­ment, pour les membres d’un par­ti, aus­si nom­breux soient-ils, ce n’est pas la liber­té. La liber­té, c’est tou­jours la liber­té de celui qui pense autre­ment. Non pas par fana­tisme de la « jus­tice », mais parce que tout ce qu’il y a d’ins­truc­tif, de salu­taire et de puri­fiant dans la liber­té poli­tique tient à cela et perd de son effi­ca­ci­té quand la « liber­té » devient un privilège.

Rosa Luxem­bourg (La révo­lu­tion russe).


« La pen­sée facile consiste à choi­sir son camp, accu­mu­ler les savoirs et igno­rer l’autre côté.
Il s’ensuit une boi­te­rie logique qui donne une image hémi­plé­gique du psy­chisme humain. » Boris Cyrul­nik, De chair et d’âme.


« La déli­bé­ra­tion sera, en effet, meilleure si tous déli­bèrent en com­mun, le peuple avec les notables, ceux-ci avec la masse. » Aris­tote, Les Poli­tiques IV, 14, 1298‑b.


« Le mot isé­go­ria, le droit pour tous de par­ler à l’as­sem­blée, était quel­que­fois employé par les écri­vains grecs comme un syno­nyme de ‘démo­cra­tie’. »

Moses I. Fin­ley, « Démo­cra­tie antique et démo­cra­tie moderne » (1972), p 64.


La pen­sée facile consiste à choi­sir son camp, accu­mu­ler les savoirs et igno­rer l’autre côté.

Il s’ensuit une boi­te­rie logique qui donne une image hémi­plé­gique du psy­chisme humain.

Boris Cyrul­nik, De chair et d’âme.


« La déli­bé­ra­tion sera, en effet, meilleure si tous déli­bèrent en com­mun, le peuple avec les notables, ceux-ci avec la masse. »
Aris­tote, Les Poli­tiques IV, 14, 1298‑b.


« Tout endoc­tri­ne­ment faci­li­té par l’ignorance de l’informé, ne lui pré­sen­tant qu’un aspect des choses, ten­dant à lui impo­ser des auto­ma­tismes de pen­sée et de com­por­te­ment, occul­tant les opi­nions contraires en décré­tant qu’elles sont erro­nées ou ten­tant de les pré­sen­ter de telle sorte qu’elles perdent aus­si­tôt toute cohé­rence face à la solu­tion pré­pa­rée par celui qui informe, indi­vi­du ou ins­ti­tu­tion, est l’expression d’un mépris pro­fond de l’homme.

C’est consi­dé­rer qu’il est inca­pable de se faire une opi­nion per­son­nelle parce qu’ignorant, ce qui est vrai, mais au lieu de com­bler son igno­rance en lui four­nis­sant des opi­nions et des infor­ma­tions dif­fé­rentes ou contraires, c’est le trom­per que de ne lui mon­trer qu’un aspect des choses. C’est le consi­dé­rer comme un sous-homme, c’est faire preuve d’un véri­table racisme. 

Le rôle d’un pou­voir ne devrait pas être de « for­mer » l’opinion, mais de lui four­nir des élé­ments d’information nom­breux et dif­fé­ren­ciés per­met­tant à chaque indi­vi­du de remettre en cause chaque jour les bases de la péren­ni­té de ce pou­voir même. 

Autre­ment dit, ce serait alors se sup­pri­mer tout pou­voir cen­tra­li­sé. Ce serait de four­nir à chaque indi­vi­du les moyens d’apporter sa part ima­gi­na­tive à la construc­tion jamais finie de la socié­té humaine. »

Hen­ri Labo­rit, La Nou­velle Grille.


Puri­fi­ca­tion linguistique

« Vous n’ap­pré­ciez pas réel­le­ment le nov­langue, Wins­ton, dit-il presque tris­te­ment. Au fond, vous auriez pré­fé­ré res­ter fidèle à l’an­cien lan­gage, à son impré­ci­sion et ses nuances inutiles (…).
Ne voyez-vous pas que le but du nov­langue est de res­treindre les limites de la pen­sée ? À la fin, nous ren­drons lit­té­ra­le­ment impos­sible le crime par la pen­sée, car il n’y aura plus de mots pour l’ex­pri­mer. Tous les concepts néces­saires seront expri­més cha­cun exac­te­ment par un seul mot dont le sens sera rigou­reu­se­ment déli­mi­té. La Révo­lu­tion sera com­plète quand le lan­gage sera par­fait. Vers 2050, plus tôt pro­ba­ble­ment, toute connais­sance de l’an­cienne langue aura dis­pa­ru. Toute lit­té­ra­ture du pas­sé aura été détruite. Chau­cer, Sha­kes­peare, Mil­ton, Byron n’exis­te­ront plus qu’en ver­sion nov­langue. Même la lit­té­ra­ture du Par­ti chan­ge­ra. Même les slo­gans chan­ge­ront. Com­ment pour­rait-il y avoir une devise comme « La liber­té, c’est l’es­cla­vage », alors que le concept même de liber­té aura été abo­li ? En fait, il n’y aura pas de pen­sée telle que nous la com­pre­nons main­te­nant. Ortho­doxie signi­fie non pen­sant, qui n’a pas besoin de pen­sée. L’or­tho­doxie, c’est l’inconscience.
George Orwell (1903–1950),« 1984 » (1949).


« Comme le sou­li­gnait John Stuart Mill, pou­voir cri­ti­quer sans aucune crainte les lois de New­ton et voir qu’elles résistent à ces cri­tiques est une des rai­sons de croire aux lois de New­ton. Si on pour­sui­vait devant les tri­bu­naux tous ceux qui contestent la vali­di­té des lois de la phy­sique, il n’y aurait plus aucune rai­son d’y croire. La même chose est vraie, a for­tio­ri, pour la sociologie. »

Jean Bric­mont, la Répu­blique des Cen­seurs, 2014 (p24).


« À chaque époque, il existe des libres pen­seurs, c’est-à-dire des gens qui n’ap­par­tiennent à aucune secte, n’adhèrent à aucune reli­gion, s’in­té­ressent aux faits avant de par­ler de valeurs, jugent de la véri­té d’une opi­nion indé­pen­dam­ment de la per­sonne qui l’é­nonce, qui écoutent dif­fé­rents points de vue, hésitent, doutent et dis­cutent avec tout le monde. Ils pensent que cha­cun a le droit d’ex­pri­mer son opinion.

En face d’eux, il y a les fana­tiques, les clé­ri­caux, les obs­cu­ran­tistes, qui font exac­te­ment le contraire. Ils tiennent (plus ou moins) à jour leurs fiches, sur­veillent qui parle avec qui et lancent des cam­pagnes de haine et de dif­fa­ma­tion contre les libres pen­seurs. Ils cen­surent tout ce qu’ils peuvent. Ils croient incar­ner la lutte du Bien contre le Mal.

Mal­heu­reu­se­ment, de nos jours, les fana­tiques, les clé­ri­caux et les obs­cu­ran­tistes ne parlent que de démo­cra­tie et de droits de l’homme, de lutte contre la haine, l’ex­trême-droite, le racisme et l’antisémitisme.

Cela a pour effet d’é­ga­rer un cer­tain nombre d’es­prits faibles qui se pensent comme étant de gauche tout en n’é­tant que des vic­times de l’illu­sion consis­tant à croire que l’on appar­tient au camp du Bien et qui se privent et tentent de pri­ver les autres des res­sources de l’es­prit critique. »

Jean Bric­mont, juin 2016.


Les livres auto­ri­sés par la cen­sure ne font qu’exprimer les idées reçues de l’époque.
Fran­cis Bacon.

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9 Commentaires

    • Chris

      Bon­soir,
      Oui Joss, mer­ci pour le lien, ça va secouer( dans le tout sens du terme…).
      Bien à vous,

      Réponse
  1. Jean-Stéphane

    La liber­té d’ex­pres­sion c’est la liber­té d’in­for­mer et de s’in­for­mer, c’est l’as­su­rance d’une volon­té géné­rale libre et non faussée.

    Réponse
  2. Pierre

    Si je peux me per­mettre une petite remarque en tout bienveillance :
    Quand c’est Éli­sa­beth Lévy qui est là, je trouves que tu la coupe un peu beau­coup, Étienne. Après je sais que quand on est pas­sion­né c’est dif­fi­cile de se retenir !

    Réponse
    • etienne

      OK, mer­ci, je vais tâcher de me retenir 🙂


      Elle me coupe pas mal aus­si, non ? 🙂
      Mais bon, c’est vrai : un excès n’en jus­ti­fie pas un autre 🙂

      Réponse
      • Chris

        Bon­jour,
        Bah oui et non 8-), vous avez rai­son d’es­sayer de cor­ri­ger ou contre dire,
        extrait :
        La haine anti-riche en per­ma­nence — ce n’est pas la haine, c’est une reproche.
        Le patron crée l’empire –Arnault crée un empire ?
        Au sujet Pinault–( le débat était orien­té par l’animateur)

        Dom­mage que le méca­nisme d’ac­cu­mu­la­tion de capi­tal contre le peuple n’é­tait pas abor­dé pour jus­ti­fier la richesse de cer­taines personnes :
        – Les groupes qui s’alimentent auprès de l’é­tat (conni­vence) et la per­fu­sion QE(Monnaie de singe) aux consen­sus oli­gar­chies de la BCE.
        – La frag­men­ta­tion des chaînes de pro­duc­tion en dehors de la France
        – Le trans­fert des capi­taux en dehors de la France
        – Le contrôle des médias en France
        – L’op­ti­mi­sa­tion fiscale…etc.

        Le ventre vide– Étienne n’é­tait pas d’ac­cord, il y a deux visions non réconciliables. 

        Cas­ser – non protesté

        Il y a de bon et méchant, c’est du fas­cisme –mar­xiste et pas du fascisme 

        Vision citoyen poli­cière – contrô­ler le gouvernement 

        La deuxième par­tie du débat, il n’y a pas vrai­ment de coupure :
        Les deux sont d’ac­cord sauf Mme Éli­sa­beth Lévy pose une limite non négo­ciable sur le cas de Robert Fau­ris­son : Le néga­tion­nisme cache la haine de juif. 

        Au sujet de la véri­té sur la science, Mme Éli­sa­beth Lévy ne veut pas dis­cu­ter en argu­men­tant que l’exis­tence de la table et la cou­leur d’un livre sont évi­dentes. Pour­tant la table n’existe pas en réa­li­té, si on pousse un peu plus loin scientifiquement…

        Vous par­lez de la loi de New­ton, mais actuel­le­ment en 2019, la théo­rie de Janus et la MHD de JPPe­tit subissent le même problème. 

        Bref, qui a le pou­voir de fixer la limite du débat ? 

        Bien à vous,

        Réponse
        • Chris

          Bon­jour,
          Nous sommes dans un pro­ces­sus d’ amé­lio­ra­tion conti­nue, donc je m’en excuse de cor­ri­ger, rec­ti­fier ou amé­lio­rer :. 8)
          Corrections :
          1- Ce n’est pas « la théo­rie de Janus », mais « le modèle de Janus », il com­plète et véri­fie pour­tant la théo­rie de la rela­ti­vi­té d’Ein­stein. C’est le silence com­plet de la com­mu­nau­té scientifique.

          2- « Qui a le pou­voir de fixer la limite du débat ? » 

          QUI EST LÉGITIME pour contrô­ler et fixer la limite de toutes formes de débats (Scien­ti­fique, éco­no­mique, poli­tique, la créa­tion moné­taire, la vie sociale…etc. ) ?

          Bien à vous,

          Réponse

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