Vendredi dernier, le sort des 99% sur La Croix :
Repenser le long terme.
Pour une nouvelle Constituante.
Étienne Chouard, enseignant et blogueur
La Croix, 5 avril 2013.
« Dans une démocratie digne de ce nom, les citoyens devraient avoir toute la place. Leurs représentants devraient être des serviteurs, empêchés de devenir des maîtres par le tirage au sort des charges, par des mandats courts et non renouvelables, et par de nombreux contrôles avant, pendant et après leur mandat. Dans la réalité, chacun peut constater que c’est exactement le contraire qui se produit : sitôt élus, nos « représentants » se comportent comme s’ils étaient nos maîtres, tout en se mettant au service exclusif des cartels et des banques, contre l’intérêt général.
Notre problème fondamental n’est donc pas technique mais politique : nos « représentants » ne nous représentent pas, pour la bonne raison qu’ils ne nous doivent rien. C’est mécanique : celui qui passe le plus à la télé est élu, c’est tout. Il a donc suffi aux banques d’acheter les médias de masse pour être sûres de gagner les élections à tous les coups. Les élus ne représentent que les banques parce qu’ils leur doivent tout.
Quant à nous, simples électeurs (pas citoyens), nous sommes privés de toute institution pour nous défendre contre ces faux « représentants » : nous n’avons pas de Constitution.
Une Constitution, c’est un texte supérieur qui sert à protéger le peuple contre les abus de pouvoir, en surplombant tous les pouvoirs, publics et privés. Une Constitution digne de ce nom doit être crainte par les pouvoirs : il ne faut donc à aucun prix laisser les pouvoirs en question l’écrire eux-mêmes, ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir, ce n’est pas aux parlementaires, ni aux ministres, ni à aucun professionnel de la politique, d’écrire ou de modifier la Constitution.
Une bonne Constitution – que les « élus » n’écriront jamais, à cause de leur intérêt personnel – prévoirait de (vrais) référendums d’initiative populaire (RIP législatif, abrogatoire, révocatoire et constituant), la séparation des pouvoirs dangereux (législatif, exécutif, judiciaire, médiatique et monétaire) pour les affaiblir, une des Chambres législatives tirée au sort pour une représentation fidèle du pays, des mandats courts et non renouvelables pour éviter la professionnalisation, la responsabilité illimitée (et la révocabilité) des décideurs publics, des chambres de contrôle tirées au sort pour surveiller tous les pouvoirs sans exception, une création monétaire uniquement publique et des banques toutes publiques aussi, des services publics d’information rendus indépendants (sur le modèle des juges) mais eux aussi contrôlés par des jurys citoyens tirés au sort, etc.
Aucune de ces institutions, nécessaires à la justice sociale, ne verra jamais le jour tant qu’on n’aura pas compris et éliminé le conflit d’intérêts majeur qui est à la racine commune de toutes nos impuissances : il faut que les constituants soient désintéressés.
Alors, comment faire ? Soit on réunit une Assemblée constituante dans chaque commune ou quartier (où viendront ceux qui le voudront) et on en dégage une synthèse pour fédérer les principales exigences citoyennes. Soit on tire au sort une seule Assemblée constituante (au lieu de l’élire!) : c’est beaucoup plus simple et ça donnera probablement le même résultat, parce que finalement, nous avons tous intérêt aux mêmes institutions fondamentales.
Pour que cela advienne, il suffirait que nous soyons des millions à le vouloir ; c’est donc à nous de faire passer le message de façon virale, autonome, souterraine, insaisissable, pour devenir rapidement très nombreux à dire ensemble : « Nous voulons avant tout une Assemblée constituante tirée au sort – car tout le reste suivra. »
C’est une vraie cause commune : instituons d’abord notre puissance, on se disputera après. On n’échappera pas autrement aux usuriers, qui ont déjà volé presque tous les pouvoirs : si on veut une Constitution, il faudra l’écrire nous-mêmes.
Nous, on a commencé ; si le cœur vous en dit, rejoignez-nous (1). »
Étienne CHOUARD
(1) Site : https://old.chouard.org/Europe
Source : La Croix, http://www.la-croix.com/Archives/2013–04-05/Repenser-le-long-terme.-Pour-une-nouvelle-Constituante.-Etienne-Chouard-enseignant-et-blogueur-2013–04-05–929560


Merci à vous pour votre travail.
Impossible de s’en sortir sans écrire nous-mêmes notre Constitution, je pense :
Bonsoir,
Une question d’ordre technique : comment « on dégage une synthèse » à partir du travail d’un groupe ?
Il y a des méthodes un peu scientifiques qui existent qui permettent de synthétiser le cheminement et les résultats ? Et après on vote la synthèse ?
Qui anime et guide le groupe ? qui décide de la méthode d’animation .?
Merci par avance si vous avez des éléments de réponses à ces simples questions qui m’intéressent sincèrement.(peut ‑être sont ils sur le site que je n’ai pas encore fouillé)
(merci au passage pour votre intervention jeudi soir)
Jo,
Ta question est essentielle, car si grâce au tirage au sort on peut la fuir au moment de la constituante, par contre, plus tard, elle est incontournable, au moment de la vie réelle de la vraie démocratie.
Peut être, pour un pays de 60000000 de personnes, faut il envisager une foultitude d’assemblées avec des processus de navigation des individus de l’une à l’autre, ou une topologie des assemblées, en famille de poupées russes, avec des phénomènes de fonte de l’effectif (permettant de quand même bosser) assortis de processus de contrôle par les « éliminés ».
C’est le sujet central de la démocratie à grande échelle car le simple tirage au sort ne résoud pas tout. Et nous n’y passons pas assez de temps.
Je déborde de ta question :;)
Pour moi, le système suisse est chouette, et le tirage au sort aussi, mais il n’ont pas le mérite qu’aurait la démocratie vraiment directe de booster la compétence et la conscience du peuple, en portant à son maximum la responsabilité du citoyen.
Complément de réponse à Jo :
J’ai vécu un truc intéressant : l’écriture d’un petit bouquin à six personnes.
Et bien c’est extrêmement difficile !
Et nous avons dû à un moment confier le dernier sprint à une personne unique, avec toutefois des soubresauts de démocratie directe avant d’envoyer à l’éditeur.
Il se trouve que la personne choisie ne l’avait pas demandé ; cela me semble essentiel.
Une autre fois, nous avons à 20 construit un moulin à vent, avec la décision de ne pas avoir de maître d’œuvre. Là, après quelques heures de tergiversations verbales et d’enlisement, nous avons laissé choir l’intellect -> il s’est passé des phénomènes intéressants où, sans prononcer un mot, des gens amorçaient une gestuelle technique qui ensuite était suivie par les moins inventifs. Et le projet a abouti.
Sinon, il existe certainement des groupes de travail sur soi qui ont expérimenté la question de la synergie avec un esprit méthodique. Il faudrait chercher en effet.
Bonsoir Jo
Quelques pistes que nous mettons en pratique depuis un an au sein du collectif des Résistants. Inspirées par les principes de l’holocratie.
Il y a des méthodes un peu scientifiques qui existent qui permettent de synthétiser le cheminement et les résultats ?
Pour les synthèses je ne sais pas. En dehors du logique « bon secrétaire ».
Pour le cheminement des résultats :
1 Un cercle général CG prend les décisions finales par consensus.
2 Des cercles intermédiaires CI travail et exploitent un sujet précis jusqu’à obtention d’une solution consensuelle sur les résultats obtenus.
3 Les décisions des CI remontent et sont traitées pour approbation par le CG
Si approbation du CG ont passe à un autre sujet.
Si désaccord le travail redescend au CI concerné pour amendements et corrections.
Et ainsi de suite. Principe des allez retour jusqu’à consensus absolue. Où au minimum que personne ne s’oppose catégoriquement à la décision finale.
Et après on vote la synthèse ?
1- Décision par consensus absolue de la synthèse résumé en fin de séance.
2- Où au minimum personne ne s’oppose catégoriquement au contenu.
Qui anime et guide le groupe ?
Volontaire approuvé ou désignation du MC par le groupe. Ce dernier pouvant donner sa place en cours d’animation afin d’être plus présent dans les débats.
Qui décide de la méthode d’animation ?
Les techniques de l’holocratie
Des petits groupes max 8 à 10 personnes pour une rotation rapide.
La parole tourne jusqu’à se que le travail soit terminé. Ou reporté par le groupe.
1 Parole à tour de rôle dans le sens des aiguilles d’une montre. Souhaitable ! Si une personne n’a rien à dire elle passe son tour. Sinon elle s’exprime le temps qu’elle veut. Personne ne devant couper la parole à l’orateur. Il faut donc prendre des notes pour ne pas oublier ses objections quand s’est son tour de parler.
2 Personne levant la main pour prendre la parole. Le MC devant alors faire aussi office de secrétaire pour noter l’ordre des personnes qui se manifestes. (Beaucoup moins bien à mon avis.)
Voila en gros.
On peut utiliser les méthodes 1 et 2 à divers moments d’une même séance, selon ce qu’on est en train de faire.
Un bâton de parole creux avec un grelot à l’intérieur permet d’accepter le coupage de parole, ce qui dynamise, et s’en passer est un peu dommage, coupage qui sera interrompu par le détenteur du bâton s’il estime l’interruption inadéquate (vécu)
J’ai vu des gens fonctionner qui levaient la main en tendant un nombre de doigts proportionnel à leur sentiment d’urgence. c’était un groupe rodé et ça marchait super bien.
Un autre problème, c’est la durée du temps de parole. Il y a des gens qui ne savent pas s’arrêter. Mais il y a des choses à dire qui nécessitent du temps. Pas simple. Mais comprenons bien que la démocratie n’est pas simple, … au contraire de l’obéissance 🙂
Dans un autre groupe de résistants (RCR) j’avais proposé « le café des mots » qui ressemble à une des choses que tu suggères : des tables thématiques sont disposées éparses, avec pour chacune un secrétaire neutre qui ne fait que noter (bavardage exclu) ce que les gens qui passent lui disent concernant le thème de la table.
Puis rassemblement où les secrétaires lisent leurs notes.
ça permet d’obtenir en un temps record une vision complète de toutes les opinions et idées de toutes les personnes présentes !!!
Bonjour,
Ici et là des pionniers ont commencé à écrire cette constitution ( elle sera peut-être la première bible écrite par ces disciples ).
Il s’agit dans un premier temps ( collectif ) de donner corps à une version simpliste, mais essentielle, sur laquelle tous les autres projets pourront s’appuyer pour travailler à l’élaboration de versions plus détaillées.
Viendront des moments pour les rédacteurs de différents ateliers, de se réunir ( par rencontre et par Internet ) pour comparer leurs projets afin de synthétiser leurs constitutions et fusionner leurs groupes.
Il y aura des navettes, comme entre le sénat et l’Assemblée nationale, les non-rédacteurs seront fortement conviés à donner leurs avis.
Puis via les outils Internet, par sondages, pétitions ou autres outils, les citoyens se prononceront, article par article (adopter, modifier ou rejeter ).
On peut aussi imaginer un article qui stipule que tels thèmes ne peuvent faire l’objet d’articles verrouillés, ceci pour ne pas empêcher toute évolution à venir et saine, et d’autres, à l’inverse, doivent absolument être verrouillés à tout jamais.
Après cette fastidieuse période à s’exprimer par navettes, une première version numérique ( bêta ) pourra être mise à disposition sur Internet, et comme pour les logiciels, y intégrer un bouton à cliquer pour écrire un commentaire, qui sera automatiquement envoyé comme message sur un blog dédié, et où chacun aura le loisir de le commenter.
Quand les remarques s’épuiseront et n’auront plus d’objection pertinente, viendra le moment pour le peuple ( essayiste pluriel ) de trouver un éditeur qui acceptera de publier « la constitution démocratique » ( au format poche et à petit prix)
Je ne connaitrais surement jamais la démocratie de mon vivant, mais je serais le plus heureux des hommes si son esprit se démocratisait, car je pense aussi que « Rien n’est plus fort qu’une idée dont l’heure est venue. »
Étienne Chouard
Votre analyse et vos propositions de solutions sont très intéressantes, et j’y réfléchi déjà depuis plusieurs mois, en particulier parce qu’après y avoir adhéré franchement, quelques chose s’est mis à me gêner. Je l’identifie enfin et vous le livre.
En réalité nous ne connaissons pas les schémas qui peuvent fonctionner car lorsqu’ils sont mis en œuvre l’homme n’en respecte pas les règles.
L’orque nous identifions sur le tard les problèmes, notre réaction est de repenser, corriger ou changer le système. Or je ne vois que deux solutions pour aboutir à un système viable :
Soit l’homme est capable de changer en effectuant le travail sur lui même qui le lui permettra ???
Le professeur Laborit disait qu’il était inutile d’espérer un changement tant que l’homme ne connaîtrait pas comment il fonctionne.
Soit, la correction ou le nouveau système, doit intégrer la réalité du comportement de l’homme.
En particulier qu’ils détournent naturellement les règles fixés, à son avantage, car il ne peut biologiquement pas, faire autrement.
Je pense comme Laborit qu’alors qu’il est possible grâce à la science de savoir assez précisément comment fonctionne notre cerveau. Que tout programme de gestion de nos sociétés, devra être, avant tout autre point, basé la dessus sous peine de nouvel échec.
Bonjour,
Merci beaucoup pour vos réponses, qui m’éclairent, et me réchauffent (quoique encore un peu sceptique ;))
Ce que je me dis, c’est qu’il ne faut pas regarder que les échecs de l’Etat démocratique, mais également du côté des corps intermédiaires : coopératifs, associatifs, mutualistes, syndicats qui, dans leur statuts, sont censés fonctionner de façons démocratiques.
En effet, dans ces structures de l’économie sociale ou syndicales, participe qui veut, et les assemblées « démocratiquement » élues, devraient être reines. Pourtant, la démocratie n’y existe pas non plus réellement
J’en reviens donc à me demander si cet exercice de synthèse des points de vues et des aspirations sur l’organisation de sa propre santé (mutuelle), de sa production (coopératives) ou de ses conditions de travail (syndicats) n’est pas en soi le processus-frein ? Si la solution à la démocratisation de la démocratie ne devraient pas être cherchée là ?
Pourquoi, dans ces organismes, qui devraient par essence fonctionner de manière démocratique, la production de décision, la production du droit interne (statut) et même la délibération, font souvent émerger de nouveaux lieux de blocage (omnipotence du président ou du manager dirigeant, définition unilatérale de projet institutionnelle par quelques uns, gérontocratie assumée (dans le Code la mutualité, il y a un ratio de x% de personnes de plus de 70 ans imposé pour freiner cette tendance naturelle (!!)), biais sociologiques, pouvoirs du savoir,…) ? Comment favoriser la fluidité des échanges puis une synthèse pertinente ?
Admettons que l’holocratie fonctionne ; comme – un peu – par exemple dans le milieu coopératif agricole : les agriculteurs adhèrent à une coop, les coopératives adhèrent à une union de coopératives…
Cependant, il n’y a que quelques membres qui finalisent une synthèse globale, et non pas chacun des agriculteurs. En fait, si une synthèse peut être réalisée à grande échelle, qui nous dit que nous réussirons pour autant à faire confiance à ceux qui établiront cette synthèse, tant cette dernière sera possiblement à l’opposée de ce que pensent certains ?
Là-dessus le système d’aller/ retour entre les différentes « chambres » (CG/ CI) est intéressant, mais jusqu’à quel point est-il envisageable. Il y a réellement des pensées antagonistes et inconciliables, cela existe 😉
In fine, le processus de synthèse devrait être
Je vais continuer à creuser le site car j’imagine que tout cela a déjà été débattu, et que le résultat du débat et du cheminement ayant amené à la synthèse de cette thématique peuvent facilement y être retrouvé.
Syncèrement démocrate 🙂
Jérôme cherche de nouvelles cordes pour notre arc.
Voici une approche inhabituelle, la déconne :
Problèmes d’élections : avez vous essayé la démocratie ?
L’impuissance n’est plus une fatalité !
http://jcfrog.com/democracy4all/
Vous souffrez d’impuissance politique depuis trop longtemps, vous désepérez de trouver une solution. Réjouissez-vous : il existe une méthode naturelle et sans risque ! [la suite…]
Merci Jérôme, elle est bien bonne, celle-là 🙂
C’est vraiment excellent, ça m’a arraché un grand sourire (et je suis loin d’être bon public). Merci à Jérôme.
(je fonce en commander une boîte!)
@ Étienne (#15)
D’un point de vue symbolique, je trouve absolument regrettable que les pilules soient de couleur bleue : elles devraient être rouges !
Donc, Jérôme, si tu me lis, je serais au comble du bonheur s’il était possible de corriger cela en changeant ces affreuses pilules bleues (pilules de la soumission volontaire à l’illusion qui masque la réalité) en pilules rouges (pilules qui permettent de se débrancher de la Matrice) 😉
Morpheus
Le parti du vote blanc peut il être un moteur politique ?
génial 🙂
{{16. Le dimanche 7 avril 2013 à 18:42, par Le parti du vote blanc
Le parti du vote blanc peut il être un moteur politique ?}}
Le vote blanc permettra dans un premier temps d’exclure les voyous, et ensuite, ça incitera les futurs candidats à rester le plus blancs possible.
Donc oui, je pense que le parti du vote blanc va blanchir le paysage politique.
@ Jo
Il existe en effet des méthodes scientifiques de délibération et de synthèse, de même que des méthodes scientifiques de consensus. Par exemple (parmi d’autres), la méthode delphi.
Certaines de ces méthodes ont déjà été mise en œuvre dans de nombreuses expériences de commission citoyennes délibératives. Je crois que Yves Sintomer a écrit plusieurs ouvrages à ce sujet.
Cordialement,
Morpheus
Bonjour !
la question posée ici par Jo et complétée en quelque sorte par Philnosy me fait sortir de mon terrier car je sens un fromage (non c’est pas les grosses dragées bleues): question cruciale pour faire sortir le tirage au sort de sa réputation d’ « irréalisme ».
Je crois moi aussi qu’il faut prendre en compte la biologie humaine sous-estimée selon le Dr Laborit (« courage fuyons »)…
Mais aussi les observations de bien d’autres savants , qui touchent le phénomène de « l’émergence » , lié à complexité des « cybernétiques » entre cortex humain et « cerveau reptilien » : la vocation du tirage au sort peut être de produire une vraie démocratie, à condition d’ouvrir à ce potentiel le champ que les réalités humaines sous-estimées lui barrent : Les humains faillibles tirés au sort ont comme tous les autres le défaut d’être faillibles (je ne dis pas « corruptible » à ce stade), mais leur qualité est de l’admettre à priori en étant dépouillés de la fausse « compétence » donc de « l’autorité » d’un « élu du peuple ».
Ce qui signifie pour moi, qu’il faut placer le citoyen tiré au sort dans une situation d’où pourra émerger « une vraie compétence populaire », ce qui est un gros problème à prendre à bras le corps, et qui concerne le phénomène des rapports entre expert et enseignant, puis enseignant et apprenti, d’où doit émerger le dépassement du maître par l’élève, si le maître a été un vrai pédagogue : pour que le peuple s’émancipe, ce n’est pas le bâton merdeux du « pouvoir » qu’il doit prendre, c’est le fil du savoir qu’il doit tirer ! (ensuite, je crois possible de réfléchir avec succès quant à « ce qui constitue l’essentiel du fameux savoir » : il s’agit finalement du savoir émergeant d’une synthèse : si l’assemblée tirée au sort apprend vite à convoquer les experts dont elle estime collectivement ne pas pouvoir se passer, alors, cette assemblée saura faire les synthèses, donc les choix, justement au cours d’un rapport « conflictuel » avec…« l’autre » : ici qui doit jouer le rôle de « l’autre » ?
C’est l’Assemblée élue (conflit nécessaire à la pensée véritable, car conflit transposé au collectif, entre cortex et reptile-dixit-laborit)…il faut faire face aux requins « en amont du fleuve » !
En effet, le risque d’échec vient de la non visibilité du conflit caché, alors que sa mise en évidence fait gagner un temps contre « la fatalité des trahisons ».
J’espère n’être pas obscur, mais il faut confronter Laborit, Lucien Sève et Bourdieu au moins !
Pour répondre un peu à côté, ou pas :
Il m’est arrivé de poser cette question :
« Est il judicieux de réclamer la démocratie avant d’avoir élevé les consciences ? »
« J’aurais pu aussi la poser ainsi :
« Est il judicieux de réclamer le tirage au sort avant d’avoir élevé les consciences ? »
Et Étienne nous écrit ce jour :
« Aujourd’hui, après des siècles de conditionnement avec des institutions infantilisantes, nous avons désappris à faire de la politique. »
Et Alain Guillou, juste en dessus :
« il faut placer le citoyen tiré au sort dans une situation d’où pourra émerger une vraie compétence populaire »
Quand je posais mes questions, je ne savais pas y répondre. C’est pour ça qu’on pose des questions, pardi. Mais au fil du temps, ça se précise.
->
C’est la démocratie active qui induira la compétence nécessaire au peuple pour vivre sainement sa démocratie retrouvée.
Ma question était donc un peu absurde, car démocratie et compétence (du peuple) sont covariantes, et vouloir l’une avant l’autre n’est pas malin car chacune est nécessaire à l’autre, qui l’impulse.
Cependant, en ces instants présents où nous souhaitons la démocratie, nous n’avons pouvoir que sur la compétence du peuple et sur la notre en particulier. C’est pourquoi les pollinisateurs de conscience sont si importants : ils sont ceux qui éviteront à la démocratie neuve d’être malade ou pervertie dès l’instant de sa naissance.
Le couplage tirage au sort + mandat court a surtout pour avantage de bloquer la corruption, ou les conflits d’intérêts.
Mais il ne dope pas la compétence du tiré au sort, et encore moins celle du peuple tout entier.
C’est en forgeant qu’on devient forgeron, dit on, et le mandat court ne prend pas en compte cet adage, qui n’est pas un lieu commun vide de sens.
Même si chacun a une chance d’être un jour tiré au sort, il ne faudrait pas que le tiré au sort soit un représentant bis servant d’alibi au citoyen lambda et à la paresse tamasique pour se distancer comme de nos jours dramatiquement de la problématique publique.
Il n’y a que la participation directe et continue à la prise de décision, par tous et chacun, qui soit à mon avis susceptible de faire naître cette compétence globale qui me préoccupe ici et que nous appelons de nos vœux car vitale.
Le gouvernement par la compétence et sans ni la corruption ni le conflit d’intérêt ne peut donc être que celui du peuple et du peuple tout entier.
Dans cette optique, le tiré au sort reste un représentant-serviteur, dont nous devons bien comprendre que statistiquement il n’a pas la capacité de gestion des choses complexes.
Il est certainement nécessaire pour certaines tâches mais parmi le nombre des missions incontournables, n’en pourra assumer que peu.
Sont donc nécessaires des professionnels-serviteurs, conseillers techniques des assemblées du peuple souverain. A surveiller comme le lait sur le feu … par des tirés au sort par exemple.
Mais pour résumer, car ça reste confus peut être, mon sentiment est que seule la démocratie directe débouche sur les autoroutes de la conscience collective, et que le tirage au sort, comme l’appel aux techniciens, doivent être réduits au minimum.
Et dans ce sens, je re_cite ce message de Robespierre offert hier par Étienne :
« La démocratie est un état où le peuple souverain,
guidé par des lois qui sont son ouvrage,
fait par lui-même tout ce qu’il peut bien faire,
et par des délégués tout ce qu’il ne peut faire lui-même. »
En y ajoutant : et le peuple dans son ensemble, du fait de sa pratique, verra naturellement croître sa capacité à ne pas déléguer, mais doit aussi se donner les moyens et s’efforcer de se former et d’apprendre tout ce qui lui est nécessaire pour être libre de gérer tout par lui-même.
En réponse à :Il m’est arrivé de poser cette question : « Est il judicieux de réclamer la démocratie avant d’avoir élevé les consciences ? » de Ana Sailland
Les Athéniens garantissaient l’absence de professionnalisme dans leur administration en exigeant que la plupart des magistrats fussent tirés au sort, pour une seule année, non renouvelable(…) c’étaient bien les institutions politiques qui façonnaient l’homme et la vie démocratique, pas l’inverse in Mogens Herman Hansen, La Démocratie athénienne, p350 & 364
c’étaient bien les institutions politiques qui façonnaient l’homme et la vie démocratique, pas l’inverse.
Tout est dit…
Je suis d’accord avec blabla 🙂
Morpheus
c’étaient bien les institutions politiques qui façonnaient l’homme et la vie démocratique, pas l’inverse.
Je me permets cette petite aparté. Ce cadre institutionnel va garantir de cette bonne hygiène démocratique, je suis bien d’accord, mais aussi avisé et perfectible puisse-t-il être, tout individu comme l’ensemble des citoyens peuvent très bien dévier du jour au lendemain et modifier, voire malmener tel système vertueux : l’un ne peut aller sans l’autre.
Je veux dire par-là que rien n’est jamais acquis et, de la même façon qu’une vraie démocratie se mérite et se conquiert au quotidien, tout absolu pressenti ou vécu en son for intérieur n’empêchera jamais le quotidien ni tout imprévu de changer la donne et d’usurper cette harmonie… tant
que l’esprit et le coeur, tant que le sentiment et le raisonnement, cette juste perception des choses et de la vie, n’ont pas atteint ce parfait équilibre et ce centre ultime de la Conscience, il est à considérer chacun d’entre nous comme perfectible et potentiellement défaillant.
Bref, rien n’est vrai en soi sans la considération de ce pas de deux, ce mouvement perpétuel binaire comme ce paradoxe en toute chose, et ne pas en tenir compte c’est comme vouloir mettre la Cause des causes autant avant l’oeuf qu’avant la poule.
Est il judicieux de réclamer la démocratie avant d’avoir élevé les consciences ?… les deux mon capitaine, l’un n’allant pas sans l’autre, tour à tour ou tout en même temps oeuf et poule, c’est aussi simple que cela ! là où ça se complique c’est dans son application et croyez bien que c’est là une véritable gageure : j’en parle en connaissance de cause moi qui l’expérimente au quotidien chez nous, à la maison, ces poules idiotes parfois ou ces comportments arbitraires voire sadiques à l’encontre d’une de leurs congénères_mais ces beaux oeufs dont elles nous gratifient, crèpes à la pelle et sandwiches copieux !
Cette Volonté démocratique et cet Idéal humain sont intimement imbriqués, enchevêtrés, cette Ethique et cette Transparence garantes du bon succès de l’entreprise, comme de cette passion qui nous anime tous ici et de cette publicité incontournable, cette donne essentielle, ce partage avec autrui et cet intérêt en commun_cette propagation virale mais cette légitimité à investir, à proposer, à imposer, eux qui nous en imposent jusqu’à l’eau qu’on boit et ce qu’on doit manger, grosses industries et gros monopoles livrés à eux-mêmes !
ALAIN GUILLOU, je crois avoir compris ton développement mais j’aimerais malgré tout que tu y reviennes, et confrontes quelque peu LABORIT, Lucien SEVE et BOURDIEU, ces noms-là me dépassent encore comme il me semble que tu as bien des choses intéressantes à dire là-dessus. Mais je ne voudrais surtout pas t’obliger et pardonne-moi si je ne me suis pas donné la peine de ce qui peut paraître si évident à d’autres.
Cordialement
Ces 27 minutes (LIEN ci-dessous) d’émission à la TV-suisse romande (en 1981) du professeur français Henri Guillemin (1903−1992) sont une excellente mine de mémoire historique s’agissant de l’impôt sur le revenu, depuis la Révolution française jusqu’à la veille immédiate de la 2ème guerre mondiale.
La Convention (1792−1795) n’avait que 2 députés venant vraiment du monde du travail !
Il y avait alors 750 députés rappelle H. Guillemin, donc sur 750 députés, 2 seulement représentaient les 98% de la société qui étaient pauvres. La quasi totalité des autres députés (donc au nombre de 748!…) étaient des notables, le plus souvent riches et cupides. Ils « arrangeaient » les choses de la Nation pour leurs intérêts sous verbiage démocratique soporifique. Et cette situation fut le modèle archétypal de roulage dans la farine du bon petit peuple ignorant durant des 140 ans qui allaient suivre ; bien écouter Henri Guillemin. Et c’est cette « structure fiscale » qui perdure encore aujourd’hui. Rien de changé pour l’essentiel depuis tant et tant d’années !
Je crois que c’est le Général de Gaulle qui a dit : « les lois conservent toujours les conditions qui les ont fait naître », rien n’est plus vrai ! Étienne Chouard, une fois de plus, on a la preuve de la nécessité de ce que tu démontres et propose de faire, le tirage au sort des dirigeants.
Henri Guillemin parle de son point de vue politique à lui, mais c’était un homme foncièrement honnête et fiable, qui, comme tout professionnel accompli, ne se réfère qu’aux choses dument documentées, même si ces choses ne recouvrent pas la totalité de la vérité (ce qui n’est guère possible), et c’est cela, seul, qui compte.
On comprend mieux l’actualité en écoutant attentivement cette vidéo (pas trop longue)
Henri Guillemin : La montée du fascisme
http://www.rts.ch/archives/tv/culture/histoire/3449601-la-montee-du-fascisme.html
Heureuse mise en relief.
Ces références historiques seront plus qu’utiles.
Ce qu’il faut absolument éviter chaque fois que comme récemment en Tunisie une étincelle du peuple allume l’incendie, c’est que ceux qui ont risqué leur peau soient mis sur la touche et qu’au festin de l’écriture ne soient pas présents les 99%, en proportion de leur nombre qui est leur droit naturel.
Toute la force du tirage au sort est d’éviter le squat du futur par les voleurs de révolution.
Sous une forme ou une autre, cette alerte doit faire partie du message viral.(?):
En cas de révolution inattendue, le peuple ne devrait jamais accepter d’autre processus constituant. Et il doit donc être massivement instruit de cela avant que d’en avoir besoin.
Lessig’s TED talk on fighting corruption in politics
with campaign finance reform
Il faudrait traduire cette conférence en français, je trouve 🙂
Étienne.
(@27)
Apparemment, pour cette vidéo, nous avons à présent les sous-titrages en français.
Merci, MYEFOX, pour ce rappel !
@Etienne
J’ai découvert récemment les travaux et vos conférences / rencontres, votre ouverture d’esprit et votre modestie. J’ai aussi découvert que les soit-disant « antifa » cherchaient à nuire, non pas à vous, encore que c’est à votre présence qu’ils s’en prennent, mais à l’idée centrale que vous mettez en avant : la non-démocratie et son antidote, le tirage au sort des « constituants ».
Proche du PG et ancien de la LCR, je m’inquiétais encore récemment de l’exigence proclamée par le FdG d’une sixième république, munie d’une constituante digne de ce nom. Il semble bien que la symbiose n’est pas loin d’être faite mais pas dans l’esprit de tous… même au PG car la « boue » antidémocratique a parfaitement compris que, vue la tournure que prenait l’emprise de vos idées et la manière dont elles se répandaient, il fallait absolument leur barrer le chemin. Qui y‑a-t-il de mieux que de salir l’image d’un vrai démocrate aux yeux de ceux qui pourraient l’accompagner que de le traiter de fasciste ?
Je n’ai pas de conseil à vous donner, mais peut-être mettre en avant de façon plus explicite que ce n’est pas l’intégralité de l’œuvre que vous validez mais une idée, un papier. Vous aurez beau dire que vous êtes un démocrate, ce n’est pas contre vous (encore que..) mais plutôt contre vos idées que les faux « antifa » se dressent.
Rien à voir mais connaissez-vous Paul Jorion… C’est un bonhomme plus qu’intéressant, à la façon de B Friot mais sur un autre mode.
Bravo et courage, le courant se répand mais il va falloir faire vite.
Paul JORION chez TADDEI :
source : http://www.planete-revelations.com/t13512-paul-jorion-le-travail-disparait-et-c-est-ce-qu-on-voulait
Bonsoir,
Pourquoi ne pas envisager un parti politique qui aurait pour seul programme de porter le projet d’une assemblée constituante tirée au sort ?
Le parti du vote blanc a pris ce pari pour faire reconnaître le ni oui ni oui, et ça commence à germer…
L’association « citoyens constituants » pourrait jouer ce rôle.
-> ?
Bonjour,
Petite réflexion du matin qui va me tenir la journée.
Il nous faut, pour percer dans ce monde politique perverti, de nouveaux partis ; le parti du vote blanc, le parti constituante citoyenne, et le parti monnaie publique…
@33
« Ce qu’on appelle hasard, c’est peut-être la logique de Dieu »
(Georges BERNANOS)
Très simple et très abordable, merci pour ce partage, FURAX, où nous abordons ici aux mécanismes institutionnels, et celui en particulier et fondamental qu’est le Tirage au Sort…
… sinon nous avons également ceci, dans un autre genre, une autre approche quant aux mécanismes, quant aux agissements plus occultes au sein de toute électocratie qui se respecte…
http://www.youtube.com/watch?v=bcG2sRkgyzQ
@34
Mais des partis sans pouvoir réels, sans hiérarchie aucune, des collectifs de citoyens, des opinions voire des idéologies mais ces collectifs au service de chacun et dans ce respect du bien public…
« Ce qu’on appelle hasard, c’est peut-être la logique de Dieu » !?
http://youtu.be/0qznEbmzSLo
@37
Oui, cela semble fuser de toute part actuellement, entre ces quenelles qui en interpellent certain(s) ministre(s), le coup de gueule d’un Godfrey BLOOM au Parlement européen, Dianne REYNI ici au Sénat américain, tous ces documentaires ô combien révélateurs sur le 11/9…
…je sais pas si c’est le bon endroit pour le poster…?
Etienne Chouard : les raisons de notre impuissance politique
http://www.agoravox.tv/actualites/citoyennete/article/etienne-chouard-les-raisons-de-44983