Tirage au sort ou élection ?
Démocratie ou aristocratie ?
Qui est LÉGITIME pour faire ce choix ?
Le peuple ou les élus ?
Cet article paru dans la revue Kaizen en septembre 2012 est désormais sur le net.
Économie & Gouvernance
Tirage au sort ou élection ?
Tirage au sort ou élection ? Démocratie ou aristocratie ?
Dans un contexte de méfiance générale à l’encontre des responsables politiques (44% d’abstention au second tour des élections législatives en juin 2012), le temps est venu de débattre publiquement du mode de désignation de nos représentants : élection ou tirage au sort ? Et pour quel mandat ?
Quand on étudie la question, on s’aperçoit avec surprise que l’élection n’est pas la solution idéale qu’on nous présente et qu’elle peut même être un parfait outil de manipulation. Le choix de l’élection, il y a deux-cents ans, a été imposé… par des élus… et n’a plus jamais été débattu depuis. Le tirage au sort n’aurait-il pas été trop vite jeté aux orties alors qu’il présente des qualités inestimables pour le plus grand nombre ?
Un choix originel oublié
Les révolutionnaires américains (Madison en 1776) et français (Sieyès en 1789) ont fait un choix décisif qui s’impose encore aujourd’hui des deux côtés de l’Atlantique : ils ont renoncé explicitement à la démocratie, au profit de ce qu’ils ont appelé « le gouvernement représentatif1 ». Les citoyens ont alors été réduits au rang d’électeurs, sans avoir été consultés, sans conserver aucun pouvoir entre deux scrutins, en somme ce que dénonçaient déjà Rousseau et Marat2 à propos du parlement anglais. Ce choix de société n’a pas été débattu par l’ensemble des citoyens à l’époque, ni validé par le peuple depuis : il a été imposé par les futurs élus eux-mêmes, d’autant plus facilement que l’élection constituait un progrès par rapport au système d’hérédité de l’Ancien Régime. L’idée du tirage au sort comme mode de désignation démocratique des représentants est désormais tombée dans l’oubli, très opportunément pour certains !
Dans son ouvrage Principes du gouvernement représentatif, publié en 1995, le politologue Bernard Manin évoque l’opposition entre tirage au sort et élection à l’occasion d’une analyse globale de la démocratie représentative :
« Quels que soient par ailleurs ses mérites et ses propriétés, le tirage au sort présente en effet ce caractère incontestable qu’il ne fait pas intervenir la volonté humaine et ne peut pas passer pour une expression du consentement (…). L’élection au contraire accomplit deux choses à la fois : elle sélectionne les titulaires des charges, mais en même temps, elle légitime leur pouvoir et crée chez ceux qui désignent un sentiment d’obligation et d’engagement envers ceux qu’ils ont désignés. Il y a tout lieu de penser que c’est cette conception du fondement de la légitimité et de l’obligation politique qui a entraîné l’éclipse du tirage au sort et le triomphe de l’élection3. »
Cette idée du consentement des gouvernés comme source de légitimité des gouvernants est fondée, il n’est donc pas question ici de fustiger le suffrage universel mais bien de dénoncer les travers de l’élection, que chacun peut vérifier tous les jours4.
Aujourd’hui plus personne ne songe à l’option du tirage au sort, au point qu’elle nous paraît inepte. Pourtant, si l’on veut bien dépasser la simple réaction épidermique et considérer ce qui a été proposé autour de ce sujet depuis 2 500 ans, on est vite séduit par les solutions apportées à une foule de problèmes majeurs, et sans présenter de défauts insurmontables.
Le suffrage universel ne tient pas ses promesses
L’élection laissait espérer une certaine émancipation, mais le choix restreint à un petit cercle de candidats induit au contraire une aristocratie fermée, avec son cortège de malhonnêtetés et d’abus de pouvoir.
En effet l’élection pousse au mensonge : pour accéder au pouvoir et s’y maintenir, les candidats ne peuvent être élus puis réélus que si leur image est bonne, ce qui les pousse mécaniquement à mentir, sur le futur et sur le passé. Elle engendre aussi la corruption, les élus devant « renvoyer l’ascenseur » à ceux qui ont financé leur campagne électorale (campagne au coût inaccessible pour un candidat seul). Le regroupement en ligues soumet en outre l’action politique à des clans et surtout à leurs chefs, induisant toutes les turpitudes liées aux logiques d’appareil et à la quête du pouvoir. Il prive la plupart des individus isolés, libres et sans carcan partisan, de toute chance de participer au gouvernement de la Cité, favorisant le désintérêt politique – voire le rejet – des citoyens. Dans son fonctionnement interne le système électoral n’assure que la légitimité des élus, sans garantir la moindre justice dans la répartition des charges : une assemblée sélective ne peut pas appréhender l’intérêt général comme le ferait une assemblée tirée au sort. Paradoxalement, il étouffe les résistances contre les abus de pouvoir en réduisant notre précieuse liberté de parole à un vote épisodique, tourmenté par un bipartisme de façade qui n’offre que des choix illusoires. La consigne du « vote utile » est un bâillon politique tout à fait emblématique. Ce procédé sélectionne par définition ceux qui semblent (et se considèrent comme) supérieurs aux autres, et renonce ainsi au principe d’égalité. On désigne davantage des chefs recherchant un pouvoir (dominateurs) que des représentants qui acceptent ce pouvoir (médiateurs, à l’écoute et au service des citoyens).
Ce n’est pas un hasard si élite et élection ont la même étymologie. L’élection est aristocratique par nature, pas du tout démocratique (l’expression « élection démocratique » est d’ailleurs un oxymore). Si l’on tire un bilan de 200 ans d’expérience concrète, on constate d’ailleurs que l’élection attribue systématiquement le pouvoir aux riches, jamais aux plus pauvres (par exemple, le dernier scrutin législatif n’a encore porté aucun ouvrier à l’Assemblée Nationale). Cette élite qu’on laisse imprudemment prendre racine acquiert un sentiment de puissance qui se développe au point que les élus finissent par se permettre n’importe quoi, jusqu’à modifier eux-mêmes la constitution, à laquelle ils sont pourtant censés se soumettre.
Malgré tous ces défauts – défauts qu’on pourrait considérer, avec beaucoup de bonne volonté, comme une sorte de « prix à payer pour la compétence sélectionnée » – l’élection ne donne pas les résultats escomptés et le moins qu’on puisse dire est qu’elle ne porte pas au pouvoir que des hommes compétents…
Le tirage au sort est juste et incorruptible
Il y a 2 500 ans, la démocratie originelle a été élaborée par tous les citoyens, sans théorie écrite5, pour protéger le plus grand nombre contre les abus de pouvoir. Le tirage au sort plébiscité à cette époque matérialise parfaitement le postulat démocratique de l’égalité politique, l’isiocratie ; il est même le seul à rendre effectives les protections attendues des grands principes démocratiques :
- Principe de liberté individuelle de candidature6 : tout citoyen devrait pouvoir, sans jamais y être obligé, occuper tour à tour les positions de gouvernant et de gouverné. Cette perspective libèrerait les énergies, développerait la confiance et le goût de l’engagement politique.
- Principe de rotation des charges, pour lequel le tirage au sort est une solution rationnelle et, au contraire, l’élection est contreproductive compte tenu du grand nombre de personnes à désigner7, et qui préserve en outre de la formation de castes politiciennes.
- Principe protecteur majeur : les gouvernants font plus attention aux gouvernés quand ils savent qu’ils reviendront bientôt eux-mêmes à la condition ordinaire8.
- Incorruptibilité et impartialité : le tirage au sort est la seule procédure qui permette une répartition des charges « sans l’intervention d’aucune volonté particulière9 ». Chacun peut comprendre la vertu pacificatrice de l’extériorité pour départager les factions : le hasard est désintéressé.
Le tirage au sort est donc un arbitre idéal, impartial et incorruptible, qui protège la liberté de parole et d’action de chacun. L’impossibilité de tricher dissuade les parties d’être malhonnêtes au lieu de les pousser au mensonge comme le fait l’élection, qui bénéficie toujours au meilleur menteur. On reproche au tirage au sort de risquer de porter au pouvoir un incompétent ou un escroc, or il ne désigne pas un chef mais des porte-parole, ce qui est très différent : un chef décide à notre place et nous empêche de débattre. Les porte-parole, eux, participent aux débats de fond avec tous ceux qui veulent s’y impliquer et représentent à plusieurs les idées qui en émergent, durant un mandat court et non renouvelable. Ils sont tenus de traduire fidèlement ce que choisissent les citoyens, travaillent sous leur contrôle constant, et doivent rendre des comptes en fin de mandat.
Rien n’est parfait, osons les systèmes mixtes
Bernard Manin explique bien comment les républiques italiennes, autour du XVe siècle, ont inventé des systèmes mixtes complexes, associant élections et tirages au sort pour « rendre presque impossible l’influence des brigues sur le processus d’ensemble10 » : à Florence, à Venise, les idées astucieuses ne manquaient pas. Aujourd’hui on pourrait sans dommage s’en inspirer et réinjecter un peu de tirage au sort dans nos institutions, sans renoncer à l’élection mais pour l’assainir, en prenant le meilleur de chaque procédure et en en limitant leurs inconvénients respectifs.
Les citoyens devraient pouvoir proposer librement les représentants qu’ils préfèrent, à l’occasion D’ÉLECTIONS SANS CANDIDATS. Ceci est essentiel. Ensuite, on pourrait procéder à un tirage au sort de 15 personnes parmi les 10% des citoyens volontaires les plus soutenus (ou les 10% suivants pour diminuer le biais médiatique), et la sélection se terminerait par un vote parmi ces 15. Cela renforcerait le principe du consentement préalable des citoyens et empêcherait toute corruption.
En ce qui concerne l’organisation des débats au Parlement, on pourrait prévoir une Assemblée Nationale élue, chargée d’écrire les lois mais qui, avant de les imposer, devrait convaincre une Assemblée des Citoyens de leur utilité. Cette assemblée serait établie par un tirage au sort parmi des citoyens volontaires et représenterait toutes les classes de la population. Les délégués citoyens pourraient ne siéger qu’à temps partiel, à leur convenance, pour préserver une vie extérieure, et il leur serait possible de convoquer autant d’experts qu’ils le souhaitent pour éclairer leurs réflexions. Un statut particulier les protègerait et faciliterait leur retour à la vie non-politique. Cette assemblée qui nous ressemble disposerait d’un droit de veto, d’un droit d’initiative et d’un puissant pouvoir de contrôle de toutes les institutions (sans pouvoir sanctionner elle-même), avec toujours la possibilité d’en appeler à l’arbitrage populaire par un référendum en cas de crise.
Grâce à Internet, les électeurs commencent à comprendre par eux-mêmes que le tirage au sort, sous contrôle citoyen, serait nettement moins délétère que notre système actuel ; il a fonctionné deux-cents ans à Athènes avant que les oligarques ne reprennent le pouvoir. L’enjeu d’institutions qui rendent enfin aux peuples la maîtrise politique des rouages économiques n’est rien moins que la survie de l’espèce. Sur ce sujet, on peut se référer à l’excellent livre d’Hervé Kempf, Comment les riches détruisent la planète, qui décrypte parfaitement l’articulation entre le social et l’écologique. À chacun d’entre nous de poursuivre cette réflexion : les idées appartiennent à ceux qui s’en emparent.eux qui s’en emparent.
Étienne Chouard.
http://etienne.chouard.free.fr/EuropeNotes
1 – Voir l’excellent livre Principes du gouvernement représentatif de Bernard Manin (Champs Flammarion, 1995).
2 – « Discours aux électeurs de la Grande-Bretagne » de Marat :
3 – Bernard Manin, op. cit. p. 116 et s.
4 – Voir deux livres décapants proposant certains points très intéressants : Le suffrage universel contre la démocratie de Philippe Braud (PUF) et Abolir les partis politiques de Jacques Lazure (Libre Pensée).
5 – Ce sont les philosophes hostiles à la démocratie qui en ont écrit les règles, et pas le peuple démocrate qui vivait la démocratie et l’imposait aux oligarques sans pitié, loin des théories. Voir Démocratie antique et démocratie moderne de Moses I. Finley (Payot), p 43–75.
6 – Bernard Manin, op. cit. p. 44.
7 – Bernard Manin, op. cit. p. 48.
8 – Bernard Manin, op. cit. p. 44–47.
9 – Bernard Manin, op. cit. p. 104–105.
10 – Bernard Manin, op. cit. p. 74 et s., 89.
Le 19 janvier 2013 © Kaizen, explorateur de solutions écologiques et sociales
C’est la publication de ma synthèse de 2007, que vous connaissez par cœur 😉

Faisons un sondage national sur la question :
Devons-nous voter ou tirer au sort ceux qui écrivent la constitution ?
Évidemment, il y a devoir d’informer et de former tout citoyen sur la question.
Étienne,
Je vais critiquer ta position sur le tirage au sort comme des affreux pourraient le faire.
En espérant que ce puisse être utile.
« tout citoyen devrait pouvoir, sans jamais y être obligé, occuper tour à tour les positions de gouvernant et de gouverné »
Ce qui sous-entend clairement que les tirés au sort sont les gouvernants et pas le peuple.
Confusion qui semble petit à petit s’estomper dans ton discours mais pas totalement apparemment.
On pourrait te reprocher de ne rien avoir compris à l’objectif du tirage au sort et d’en rajouter une couche en disant :
» Vous voyez bien qu’il n’a pas lui même confiance dans le tirage au sort et qu’il n’est pas cohérent avec lui même. Après avoir directement critiqué le principe même de l’élection, il revient en arrière et propose une dose d’élection comme quoi le tirage au sort (à lui seul) n’est pas vraiment viable. Le tirage au sort c’était bon à l’antiquité quand on était peu nombreux mais depuis on a fait des progrès, on voit bien qu’il plus légitime de choisir ses gouvernants que de laisser au hasard, à n’importe qui le droit de tous nous gouverner »
Je comprends, bien sûr, le tirage au sort différemment.
Cependant, l’élection comme le tirage au sort vise à désigner des représentants et je suis convaincu qu’il vaut mieux rejeter les deux (l’élection et le tirage au sort), c’est-à-dire la notion de représentant, pour que chaque individu composant le peuple puisse recouvrir sa souveraineté.
Puisque aujourd’hui, c’est techniquement possible, ces propositions m’apparaissent tout à fait inappropriées.
Bien amicalement
J.C
Quel bel article, c’est doux. Doux pour les idées, et doux dans le ton aussi je trouve. Bravo Etienne. Toi aussi tu commences à tailler à la cerpe…
Je trouve bien d’enlever les considérations « de classe », de se placer seulement en défenseur de la démocratie sans dire quel serait ton avis au sein de cette démocratie sur les sujets sociétaux (libertés, solidarités, intervention de l’état ou pas toussa).…
Car ensuite on se retrouve à débattre de ces sujets-là.
Juste l’essentiel, solide !
De mon point de vue, la question de l’aristocratie et de la démocratie ne se pose pas.
Si on vise un minimum d’efficacité,l’aristocratie s’applique aux fonctionnaires ou les outils de fonctionnement (dans le cas de l’automatisation des tâches) et la démocratie s’applique à l’ensemble de la population.
Cela me semble évident, ne l’est-ce pas ?
Bien amicalement
J.C
Explorez la liste des participants au forum de Davos
(rue89.com, 21/01/2013, François Krug)
La liste des participants au forum économique de Davos doit en théorie rester confidentielle, mais le site américain Quartz a mis la main sur le précieux document. Il en a tiré un graphique interactif (en anglais), et vous propose également le document en version tableur.
Ce sommet des grandes fortunes et grands cerveaux de la finance et de la politique aura lieu cette année du 23 au 27 janvier.
La France sera représentée par plusieurs vedettes du Cac 40 et trois ministres : le ministre de l’Economie Pierre Moscovici, la ministre déléguée au Numérique Fleur Pellerin, et la porte-parole du gouvernement et ministre aux Droits des femmes Najat Vallaud-Belkacem.
Comme l’avait annoncé Le Figaro, François Hollande ne fera pas le déplacement (contrairement à ses homologues David Cameron ou Angela Merkel).
L’Elysée dépêchera sur place son secrétaire général adjoint, Emmanuel Macron, lui-même ancien banquier d’affaires.
Un exposé intéressant :
Le peuple : un souverain sous contrôle
Stéphane Caporal
Professeur à l’Université de Saint-Étienne
Doyen honoraire de la faculté de droit
« Il y a deux vérités qu’il ne faut jamais séparer en ce monde : la première est que la souveraineté réside dans le peuple ; la seconde est que le peuple ne doit jamais l’exercer »
Antoine de Rivarol
Journal politique national
« Partageant avec Olivier Beaud la conviction selon laquelle le droit constitutionnel ne saurait se limiter à la conception normative aujourd’hui dominante on s’attachera ici à examiner la situation du peuple en tant que « souverain sous contrôle » notamment à la lumière de la notion de légitimité « qui revient à se demander pourquoi le pouvoir mérite l’obéissance des gouvernés » et ceci d’autant plus que la question de la légitimité est au cœur de la mise en place des institutions de la Ve République.
On suivra en particulier la recommandation de « prendre au sérieux cette prétention à la légitimité des fondateurs de la Ve, prétention qui « rencontre l’assentiment des citoyens » et c’est pourquoi on se réfèrera à « l’intention des fondateurs » et singulièrement à la conception gaullienne du régime de la Ve République. »
« La Ve République oppose la démocratie au parlementarisme par le biais de la distinction entre d’un côté le peuple, exerçant sa souveraineté par la voie référendaire, et de l’autre la représentation parlementaire.
Avant même la naissance de la Ve République, leur coexistence est conflictuelle tant théoriquement que pratiquement.
A partir de 1958, la vision gaullienne du président de la République (et même debréiste selon Olivier Beaud) qui rencontre l’assentiment des Français est « anti-parlementaire car elle fait du Parlement le lieu de la division, du pluralisme destructeur, alors que le chef de l’Etat serait le lieu de cristallisation de l’unité nationale, et la réminiscence monarchique est tout aussi claire ».
« Cette vision repose grosso modo sur la notion bodinienne de souveraineté qui, par-delà des différences irrécusables, est commune aux conceptions monarchique et démocratique en ce qu’elle est absolue, perpétuelle et inaliénable, et que sans elle il n’y a pas d’Etat.
A l’opposé, le parlementarisme a tendance à neutraliser la question de la souveraineté soit en réduisant cette dernière à n’être qu’un mot, comme en Angleterre où le souverain n’en a que l’appellation, soit en la considérant avec hostilité.
Sur ce dernier point, il est révélateur que Sieyès, le théoricien français du principe élémentaire du parlementarisme, c’est-à-dire de la représentation par des assemblées, se méfie du caractère absolu de la souveraineté : « même populaire, écrit-il, la souveraineté est une conception royaliste et monacale, une conception destructrice de la liberté et ruineuse de la chose publique comme de la chose privée »
« Cela explique que, comme le rappelle Frédéric Rouvillois, « Longtemps, l’effet combiné de la tradition libérale et du principe représentatif a exclu toute participation directe du peuple à la vie publique, ne lui laissant que le pouvoir de choisir des représentants chargés de vouloir à sa place et d’agir en son nom.
Cette situation d’exclusion a pris fin avec la Constitution de 1958, soucieuse, au contraire, de « rendre la parole au souverain captif8 », et de ménager au moyen du référendum un contact permanent entre la nation et le chef de l’Etat.
Pourtant, « quelle qu’ait pu être l’intensité de la pratique référendaire au début de la Ve République, le procédé n’a jamais cessé d’apparaître comme exceptionnel, même lorsqu’il n’était pas affublé du qualificatif infamant de « plébiscitaire »9 ». L’exercice direct de la souveraineté par le peuple est perçu comme relevant au mieux d’une aimable rêverie et au pire d’une dangereuse incongruité. »
« Comme le résume fort bien Frédéric Rouvillois, « pour les constituants de 1958 et dans la pratique, pour le général de Gaulle, le référendum était à la fois un moyen de rendre la parole au peuple et de la reprendre au Parlement ».
D’emblée, parlementarisme et démocratie apparaissent donc comme antagonistes, l’affirmation de la seconde se réalisant par une remise en cause radicale de la suprématie du premier. Le combat sera rude et l’issue incertaine. »
« En 1945, le général de Gaulle doit imposer l’intervention du peuple dans la procédure d’élaboration de la nouvelle constitution à des partis politiques le plus souvent réservés quand ils ne sont pas franchement hostiles20 et en 1946, de manière symptomatique, l’Assemblée constituante qui élabore la future constitution de la IVe République rejette à l’unanimité le référendum d’initiative populaire.
En 1958, encore, alors que la IVe République achève de se décomposer, les critiques contre la démocratie directe ne cessent pas : ainsi, lors des travaux préparatoires, Paul Reynaud conteste la reprise de la formule de Lincoln, « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple », comme principe de la République française et critique implicitement la notion de démocratie directe.
Selon lui, « il n’est pas vrai que le peuple gère lui-même ses affaires ; c’est une impossibilité si visible que la preuve [s’en] trouve à l’article » suivant, l’article 3, qui, après avoir rappelé que « la souveraineté nationale appartient au peuple », « nous dit, et c’est le bon sens même », que « le peuple l’exerce par ses représentants, et par la voie du référendum ». Il est vrai que le vocabulaire employé peut difficilement concerner l’acte constituant. Car enfin, exercer le pouvoir constituant est-ce simplement « gérer ses affaires » ?
« Le principe fondamental de la révision tel que l’ont conçu Charles de Gaulle et Michel Debré est d’une grande simplicité : « Une réforme des institutions que le peuple tout entier a mise sur pied en 1958 ne peut être décidée que par le peuple. Il faut que le peuple se prononce lui-même. Il est le seul à pouvoir transformer ce qu’il a fait ».
C’est cette idée que reprend Frédéric Rouvillois en expliquant que « C’est le peuple qui est en principe compétent pour approuver, par référendum, les révisions dont il est originairement le seul auteur. Celui qui a fait la Constitution est logiquement susceptible de la refaire, de même qu’il aurait la faculté d’en changer ».
Par voie de conséquence, « Normalement, c’est donc bien le peuple qui dispose de ce pouvoir constituant ».
Mais, comme dans la légende arthurienne, pour qu’il puisse exercer ce pouvoir, il faut qu’on le vienne tirer de son sommeil et ce ne doit pas être pour une cause futile. Un seul pourra le faire pour qui c’est en même temps un devoir et un risque. »
« Historiquement, le Parlement dispute toujours à quelqu’un le droit de gouverner : il le dispute au monarque, il le dispute au peuple car du point de vue parlementariste, autrement dit du gouvernement par les chambres, il faut que « le peuple règne mais ne gouverne pas » (de même que Thiers assurait en 1830 : « le roi règne mais ne gouverne pas »).
En Angleterre, Henry Campbell-Bannerman déclarait même d’une manière définitive que le référendum est « incompatible avec le gouvernement parlementaire et est [à mon avis] la destruction de celui-ci tel que nous le comprenons ».
C’est que l’opposition entre représentation parlementaire et votation populaire induit une opposition plus essentielle, entre parlementarisme et démocratie.
Depuis Montesquieu, cette opposition transparaît dans les écrits politiques et doctrinaux : ainsi pour Raymond Carré de Malberg, « La nature du gouvernement représentatif est distincte du gouvernement démocratique. Contrairement à ce qui se passe dans une démocratie, la nation ne peut parler, ne peut agir que par ses représentants […] Dans le gouvernement représentatif, le citoyen n’est qu’électeur, alors que dans la démocratie, il est législateur ».
Carré de Malberg a d’ailleurs des mots très durs à l’encontre du régime représentatif (c’est-à-dire parlementaire) : « Cette fiction, qui a servi originairement de base au régime représentatif, est l’une de celles à propos desquelles on a parlé du mysticisme révolutionnaire : ne serait-il pas plus exact ici de parler de mystification ? Il faudrait être bien crédule pour se laisser persuader que les volontés énoncées par une oligarchie sont l’expression de la volonté générale de la communauté, alors surtout que les soi-disant représentés sont exclus de la possibilité d’opposer une volonté contraire à celle qui passe pour représenter la leur. »
« Les autres critiques du référendum et la justification corrélative du régime représentatif se fondent sur le passage de l’Esprit des Lois dans lequel Montesquieu affirme que « Le grand avantage des représentants, c’est qu’ils sont capables de discuter les affaires. Le peuple n’y est point du tout propre […] » avant d’ajouter « [Le peuple] ne doit entrer dans le gouvernement que pour choisir ses représentants, ce qui est très à sa portée ».
Sieyès reprendra ces thèmes en distinguant nettement le régime représentatif qu’il prône et la « véritable démocratie » présentée implicitement comme irréaliste : « Les citoyens peuvent donner leur confiance à quelques-uns d’entre eux ; sans aliéner leurs droits, ils en commettent l’exercice ; c’est pour l’utilité commune qu’ils nomment des représentants bien plus capables qu’eux-mêmes de connaître l’intérêt général et d’interpréter à cet égard leur propre volonté. L’autre manière d’exercer son droit à la formation de la loi est de concourir soi-même immédiatement à la faire. Ce concours immédiat est ce qui caractérise la véritable démocratie ; le concours médiat désigne le gouvernement représentatif ; la différence entre les deux est énorme »
« Adhémar Esmein se fait le défenseur acharné de l’ « autorité » des parlementaires, appliquant le programme sur lequel ils ont été élus, face à des électeurs capricieux ou ignorants. Selon lui, « il n’est pas vrai que sous le gouvernement représentatif, la loi soit simplement l’expression de la volonté nationale. Le système repose, au contraire, sur cette idée que la nation souveraine est et se reconnaît incapable de formuler elle-même sa volonté en forme de lois. Pour avoir des lois sages, sérieusement préparées et scientifiquement rédigées, elle délègue à des représentants, qu’elle élit, le droit de légiférer en toute liberté, pour elle et en son nom ».
Autrement dit, le régime parlementaire en tant que régime représentatif dépossède totalement la nation de sa volonté souveraine au motif qu’elle ne pourrait l’exercer elle-même directement dans de bonnes conditions : de ce qu’en pratique la nation ne peut décider fréquemment par elle-même, Esmein conclut qu’elle ne doit jamais décider par elle-même. »
« Constatant qu’il s’est produit une identification du parlementarisme et de la démocratie à partir du XIXe siècle, Schmitt s’emploie à en suivre le fil et à rechercher les fondements intellectuels du régime parlementaire. Il estime que le Parlement se justifie d’abord par défaut : ne pouvant réunir le peuple pour voter, on lui demande d’accorder sa confiance et ses suffrages à des représentants élus censés décider à sa place et en son nom73.
On pense ici au célèbre passage de l’Esprit des lois dans lequel Montesquieu précise, que « dans un Etat libre, tout homme devrait participer aux affaires publiques ; car le peuple en corps y a la puissance législative, mais cela est impossible dans les grands États et sujet à beaucoup d’inconvénients dans les petits », c’est pourquoi « il importe que le peuple fasse par un représentant tout ce qu’il ne peut pas faire par lui-même »74. Ainsi, l’affirmation du parlementarisme est-elle consubstantielle à celle du régime représentatif. »
« D’abord, la discussion n’est pas libre : elle est conditionnée par l’appartenance partisane, par les promesses électorales et le désir d’être réélu, par les stratégies de carrière et une multitude d’arrière-pensées, par les tractations entre les partis, les groupes de pression et d’intérêt, par la publicité des débats. Entre discipline de vote d’un côté et retournements suspects de l’autre, quelle confiance le citoyen peut-il avoir dans le vote de ses élus ?
La thèse de Kelsen d’un compromis entre les intérêts de la majorité et de la minorité ne tient pas parce que rien ne démontre que d’un compromis sort nécessairement une décision optimale pour l’ensemble du corps politique.
De plus, le compromis n’est possible que dans un système sinon bipartisan du moins bipolaire, ce qui renvoie à une conception pour le moins restrictive du pluralisme.
Enfin, on sait que dans le normativisme kelsenien l’exercice du pouvoir constituant se trouve réduit à n’être qu’une simple législation constitutionnelle puisque aussi bien la Constitution elle-même n’est qu’un ensemble de lois constitutionnelles. »
« Ensuite, ces auteurs attribuent implicitement aux partis politiques des qualités démocratiques qui ne se vérifient pas en pratique : Christophe Boutin relève par exemple un « quasi-monopole des partis politiques déjà en place sur la présentation de candidats » en constatant avec Claude Emeri que : « l’agencement constitutionnel de la Ve République confère aux partis un rôle devenu primordial voire exclusif de cooptation de la classe politique ».
Ce phénomène lui paraît résulter, en partie au moins, du mode de financement de la vie politique qui place le candidat potentiel sous la totale dépendance des partis95 qui fait du parti politique à la fois un sésame par l’investiture qu’il accorde, un prêteur et une caution.
Christophe Boutin ajoute que le cursus honorum est en réalité une cooptatio honorum : « un parti est actuellement capable de prendre le pouvoir et de s’y maintenir en ne demandant plus qu’un vote de pure forme, au résultat en grande parti prévisible… et donc [que] le renouvellement des hommes ou des programmes n’est plus que théoriques ».
Au demeurant, « il n’y a pas vraiment de place pour les formes démocratiques dans les partis politiques » lesquels « ne sont pas faits pour le pluralisme ».
« Enfin, les thèses parlementaristes reposent sur une étrange pétition de principe selon laquelle il faut faire confiance aux élus de la représentation parlementaire.
Or, on ne voit pas du tout pourquoi les citoyens devraient accorder cette confiance aux députés lors des élections législatives alors qu’il serait mauvais de l’accorder à un homme à l’occasion d’une élection présidentielle, d’un référendum ou d’un plébiscite quel que soit le nom qu’on lui donne.
Poussant le raisonnement jusqu’à son terme, Schmitt observe que « Si, pour des raisons pratiques et techniques, des personnes de confiance décident en lieu et place du peuple, une personne de confiance unique peut après tout aussi bien décider au nom de ce même peuple et sans cesser d’être démocratique, l’argumentation pourrait justifier un césarisme antiparlementaire.
C’est pourquoi elle ne saurait être spécifique de l’idée du parlementarisme, et que le parlement soit une commission du peuple, un collège de personnes de confiance n’est pas l’essentiel ».
De deux choses l’une : soit on accorde la confiance à un homme sur ses qualités supposées mais les techniques de propagande et de communication politique font que l’on peut se faire gruger facilement, soit on accorde sa confiance au candidat d’un parti.
Mais dans cette dernière éventualité, on n’a rien résolu car si un électeur est incompétent pour décider par lui-même, comment pourrait-il juger de la pertinence d’un programme qui n’est jamais qu’une suite de décisions à prendre ? »
« Ensuite, l’hypertrophie de la fonction présidentielle s’accompagne d’un renforcement de son caractère partisan en raison de la coïncidence des élections présidentielle et parlementaires et de l’importance du parti d’abord pour la campagne électorale et ensuite pour le soutien au président élu.
L’actuel président gouverne à l’américaine, entouré de ses conseillers, mais eu égard au maintien de la responsabilité gouvernementale et de la dissolution, la Ve République tient à la fois du régime américain et d’un régime dans lequel le chef de l’Etat s’accapare la fonction primo-ministérielle en s’affirmant comme le leader effectif de la majorité parlementaire.
Il doit alors se rapprocher des parlementaires et le souhait de s’adresser directement à eux évoque au moins autant la déclaration de politique générale que le discours sur l’Etat de l’Union. »
« de Gaulle s’estimait tenu de recourir au référendum et d’en tirer les conséquences, François Mitterrand et Jacques Chirac l’organisaient mais ne se sentaient pas tenus d’y engager leur mandat et Nicolas Sarkozy en admet les conséquences mais ne se sent pas tenu de l’organiser. »
Le document complet :
http://www.droitconstitutionnel.org/congresParis/comC3/CaporalTXT.pdf
Ce texte (6) est précieux 🙂
En 987, dernier carolingien, Louis V meurt d’un accident de chasse.
L’État se trouve sans tête.
Le tropisme naturel de l’espèce humaine va pousser les grands mesnagiers, barons et ducs, à élire un roi, proposé par l’archevêque Adalbéron : ce roi nouveau se nomme Hugues Capet.
Démarre ainsi une nouvelle dynastie.
Et après la décapitation de Louis Capet, survient Napoléon.
C’est une constante !
Toujours quand l’État, comme ceci ou comme cela, se retrouve sans tête, sans tête incarnée par un seul veux-je dire, la tendance, qui est je pense de la nature d’une psychologie animale et collective, est d’induire, d’une façon ou d’une autre, la concentration du pouvoir en un seul.
Et c’est bien cela qui s’est produit avec l’impulsion gaullienne.
Dans le fil Marat, j’avais évoqué pour le corps social cette absence organique de tête comme cause de son tropisme à sécréter l’organe manquant et donc, pour le grand nombre, son tropisme à se soumette au petit nombre.
La fonction crée l’organe, en quelque sorte.
Au contraire de cette dynamique de groupe, atavique :
Le pari démocrate, c’est que le corps social peut se gouverner sans tête, en apprenant à mettre en réseau ses plus que multiples cellules pensantes originellement non corrélées.
On comprend la réticence, autant celle des « maîtrisés » que celle des « maîtres », à croire cela possible, tant c’est contraire aux usages gravés sur le disque rayé de l’Histoire, tant le pari semble difficile, techniquement, à relever.
La volonté générale n’existe pas tant qu’elle ne résulte pas d’une concertation générale, que nous devons, je le répète, apprendre à organiser, tant elle est peu naturelle à grande échelle.
La cristallisation de la volonté générale en un seul ou en un parlement, c’est donc pareil : une billevesée, puisque la volonté générale n’existe pas.
Plus haut, quelqu’un relève le fait que des tirés au sort qui peu ou prou remplaceraient les élus, ce ne serait toujours pas la démocratie étymologique idéale. J’approuve, et l’ai dit autrement ailleurs, car me semble évidente la nécessité de la susdite mise en réseau des cellules pensantes, condition sine qua non de l’accès de tous et chacun aux processus de réflexion, de proposition, et de choix. Ce qui n’exclue pas la valeur du tirage au sort, la mission des tirés au sort restant à définir ; peut être comme agents de transmission du Verbe entre d’éventuelles assemblées délibératives recouvrant géométriquement « tout ».
Nous avons du travail car la démocratie, au delà d’une cité que le son d’une voix pouvait traverser (!) n’a jamais été inventée.
Le mercredi 23 janvier 2013 à 21:12, par phil82 : Un exposé intéressant (…)
Très intéressant, merci !
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Pour info, cette initiative de plateforme web permettant aux parlementaires et aux citoyens de construire ensemble les lois :
parlement-et-citoyens.fr
Rien de fondamentalement nouveau ou démocratique, mais une forme travaillée, ambitieuse … et attirante.
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Hors-sujet / démocratie
mais si le cœur vous en dit, savourez cette série de liens …
1)
La Grèce aurait gonflé son déficit public sous l’œil de Bruxelles pour justifier l’austérité (Romain Renier, 23/01/2013, latribune.fr)
2)
Les secrets belges de Bernard Arnault (23 janvier 2013, liberation.fr).
Exclusif : Libération révèle comment le patron de LVMH a transféré la quasi-totalité de sa fortune en Belgique en décembre 2011.
3)
Chronique d’une faillite programmée au Mali (22.01.2013, Jean-François Bayart, directeur de recherche au CNRS, lemonde.fr).
La France a une part de responsabilité directe dans l’effondrement de l’État malien. Elle a soutenu dès les années 1980 des programmes d’ajustement structurel d’inspiration néolibérale qui ont détruit l’école et la santé publiques et ont ainsi ouvert une voie royale aux institutions islamiques de substitution.
4)
Les expulsions de sans-papiers en forte hausse en 2012 (21 janvier 2013, liberation.fr)
5)
Flexicurité : à quoi sert la gauche du PS ? (21 janvier 2013, BRUNO AMABLE, liberation.fr)
6)
Émoi à Pôle emploi, « infiltré » par France 2 (23 janvier 2013, par Jean-Baptiste Chastand, emploi.blog.lemonde.fr)
(…) Ils montrent de manière éloquente ce que nombre de rapports écrivent depuis longtemps, mais qu’on n’a jamais vu aussi concrètement : l’incapacité des agents de Pôle emploi à faire leur métier (…)
Bonjour,
La constitution européenne ne peut-être légitime qu’à la condition quelle reprenne l’intégralité des constitutions des nations qui compose l’Union européenne.
Pour se faire, il faut donc d’abord rédiger une nouvelle constitution nationale qui devra être commune aux nations européennes.
Ensuite sur cette constitution nationale commune, il pourra être ajouté des articles sur les conditions communes des Nations unies, c’est cela qui lui donnera son caractère de constitution européenne.
Faire valoir les différences entre les constitutions nationales et l’absence de filiation avec la pseudo constitution européenne, devrait logiquement être un argument recevable pour la rendre illégitime.
En attendant, demandons qu’il soit interdit de nommer constitution européenne ce contrat qui privatise les nations pour quelques privilégiés.
@ Ana
« Plus haut, quelqu’un relève le fait que des tirés au sort qui peu ou prou remplaceraient les élus, ce ne serait toujours pas la démocratie étymologique idéale. J’approuve, et l’ai dit autrement ailleurs, car me semble évidente la nécessité de la susdite mise en réseau des cellules pensantes, condition sine qua non de l’accès de tous et chacun aux processus de réflexion, de proposition, et de choix. Ce qui n’exclut pas la valeur du tirage au sort, la mission des tirés au sort restant à définir ; peut être comme agents de transmission du Verbe entre d’éventuelles assemblées délibératives recouvrant géométriquement « tout ». »
Il semblerait que tu parles de mon intervention. Je partage tout à fait ton point de vue.
Pour ce qui est du traitement et de la transmission de l’information, il n’y a pas de véritable difficultés, il s’agit surtout d’une question de volonté. Nous n’en sommes plus à l’âge de pierre.
@ J‑Stéphane
« En attendant, demandons qu’il soit interdit de nommer constitution européenne ce contrat qui privatise les nations pour quelques privilégiés. »
C’est déjà ce que nous avons fait de manière la plus légale en votant non à la constitution européenne.
Crois-tu encore que nous avons notre mot à dire ?
Ils font ce qui a été décidé par eux, point.
Bien amicalement
J.C
Nous sommes souvent d’accord 🙂
L’actuelle constitution de la prétendue res publica est faite pour protéger les gens de pouvoir, les gens de bien, l’égrégore dominant, pour les protéger du peuple.
Ils ont leur constitution, pas nous.
(recherche de slogan 😉 )
Sur Carré de Malberg, ne ratez pas ça :
Carré de Malberg :
LA LOI, expression de la volonté générale
(1931).
Conclusion :
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Carre_de_Malberg_La_loi_expression_de_la_volonte_generale_Conclusion.pdf
En complément…
Le moment Carré de Malberg
Dans son célèbre article de 1931,Raymond Carré de Malberg s’est efforcé de démontrer que le droit constitutionnel de la IIIe République consacrait en fait une usurpation de la souveraineté nationale par le Parlement et qu’ainsi une communicabilité entre le régime parlementaire et le référendum était possible.
Le parlementarisme absolu « prend donc son origine dans la conception du régime représentatif qui a été accréditée chez nous par les fondateurs révolutionnaires de notre droit public moderne ».
Dès lors qu’il est admis que le corps des députés est chargé de « vouloir pour la nation », il en résulte selon Carré de Malberg que « le Parlement concentre en lui la souveraineté nationale elle-même : il est souverain pareillement, vis-à-vis du peuple par lui représenté, en ce que les citoyens sont exclus de la faculté d’énoncer par eux-mêmes, sur les objets relevant des décisions de leurs députés élus, une volonté autre que celle contenue dans ces décisions ».
Mais cette transformation n’a été possible que parce qu’elle était fondée sur un artifice juridique : l’article 6 de la Déclaration de 1789. « La loi est, dispose l’article 6 de la Déclaration, l’expression de la volonté générale. Tout citoyen peut concourir à sa formation soit directement, soit par l’intermédiaire de ses représentants ». D’inspiration rousseauiste, cet article prévoit subséquemment que la volonté générale puisse être directement exprimée par les citoyens, ce qui est une entorse aux principes structurants du régime représentatif. En revanche, est contestable l’idée que cette volonté puisse être représentée. Sur ce point, Rousseau est formel dans Du contrat social lorsqu’il soutient :
« La souveraineté ne peut être représentée par la même raison qu’elle ne peut être aliénée. Elle consiste essentiellement dans la volonté générale et la volonté générale ne se représente point. Elle est la même ou elle est autre ; il n’y a point de milieu. Les députés du peuple ne sont donc et ne peuvent être ses représentants ; ils ne sont que ses commissaires ; ils ne peuvent rien conclure définitivement ». Dans une perspective rousseauiste, il y a manifestement contradiction à vouloir retourner la volonté générale « contre ceux-là mêmes de qui peut émaner l’expression de cette volonté… »
Ainsi, Carré de Malberg soutient que « les motifs mêmes qui sont ordinairement invoqués pour justifier l’absolutisme parlementaire … portent en eux la condamnation de cet absolutisme parlementaire ». Comme il s’agit, pour lui, de limiter l’absolutisme parlementaire, il lui fallait par ailleurs justifier la communicabilité de la participation directe avec le parlementarisme. C’est d’abord à l’idée selon laquelle le régime parlementaire est porteur d’une dynamique démocratique que fait appel Carré de Malberg :
« Il est rationnel et conforme à la nature des choses que les droits du corps populaire aillent en croissant. De ce point de vue, on est porté à soutenir que le parlementarisme est un régime de transition, dont la destinée normale est d’aboutir sinon nécessairement à la démocratie intégrale, du moins à un mélange d’institutions démocratiques et représentatives »
Or, si le pouvoir présidentiel de dissolution des chambres peut contribuer à limiter leur omnipotence, « seul le référendum apparaît comme un complément suffisant de l’idée de représentation, parce que seul il donne satisfaction au concept sur lequel repose le régime représentatif, à savoir que par les élus, c’est le sentiment du corps populaire qui se manifeste ; ce concept appelle en effet comme conséquence forcée, la reconnaissance du droit pour les citoyens de manifester un sentiment contraire à celui qui, sur un point déterminé, a été manifesté en leur nom »
Dans l’esprit de Carré de Malberg, le référendum n’est pas exclusif de la représentation.
Maintenu dans son rôle et son pouvoir de représentation, le Parlement n’exercerait plus ses fonctions que « sous réserve des droits du peuple (…), les conditions de la représentation se (trouvant) ainsi ramenées à celles qui découlent normalement de la notion juridique de représentation ».
Située très amont des questions de « technique » constitutionnelle, la réflexion de Carré de Malberg ne préjugeait donc pas spécialement des modalités d’une « injection » du référendum dans les institutions parlementaires. La preuve en est que les deux « écoles » qui s’étaient constituées sur la question référendaire parmi les réformistes de la IVe République se réclamaient des idées du maître de Strasbourg : René Capitant d’un côté, qui concevait d’abord le référendum comme un instrument de participation populaire au processus de décision politique ; Michel Debré pour sa part, qui entendait plutôt œuvrer à la « restauration de l’autorité de l’État », le référendum étant dans cette perspective un moyen de « garantir l’indépendance du pouvoir exécutif pour guérir les abus du régime ultra-représentatif ».
De fait, entre une appréhension « démocratiste » de Raymond Carré de Malberg (R. Capitant) et une appréhension « technocratique » (M. Debré), c’est la seconde qui a prévalu en 1958, le domaine et la procédure référendaires prévus par l’article 11 de la Constitution des origines, laissant bien apparaître que la banalisation du référendum n’était pas envisagée. Moyen « d’arbitrage » des conflits entre le Parlement et l’Exécutif, son usage ne devait en être que plus exceptionnel compte tenu de la panoplie de moyens mis par ailleurs à la disposition du pouvoir exécutif pour « domestiquer » le Parlement.
http://www.editionsthemis.com/uploaded/revue/article/21791_menard.pdf
Carré Malberg magistral !
Superbe pépite, à placer au sommet du tas…
Merci Étienne
1)
Merci pour les extraits / Carré de Malberg !
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2)
A l’Assemblée, un ancien maître d’hôtel révèle les excès du questeur Mallié (23 janvier 2013, Mathilde Mathieu, mediapart.fr)
Extrait
(…) Si Christophe P. choisit aujourd’hui de lever une partie du voile sur les pratiques de « son » ancien questeur, c’est « pour briser l’omerta qui pèse sur le fonctionnement de l’Assemblée, tous partis confondus », explique-t-il. « Quelques personnalités clés sont toutes-puissantes, sans contre-pouvoir en face d’elles, personne à qui rendre des comptes. Heureusement que tout ce qui se passe au Palais-Bourbon ne se sait pas à l’extérieur, sinon ça entacherait gravement l’image des politiques. » (…)
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3)
Finance Watch, le poil à gratter des lobbies bancaires (Renaud Honoré, 230113, lesechos.fr)
Créée en 2011, l’ONG incarne un contrepoids à Bruxelles face aux nombreux représentants de banques ou d’investisseurs (…)
En 2010, il était quasiment impossible de ne pas les rencontrer à Bruxelles. Dans les couloirs du Parlement européen, assis à la table d’un des nombreux restaurants qui entourent les sièges de la Commission ou du Conseil, il y en avait forcément un, gros dossier sous le bras, expliquant à son interlocuteur pourquoi il fallait s’abstenir de légiférer, ou alors le faire avec d’infinies précautions. A l’époque, l’Europe tente d’encadrer l’activité des « hedge funds » ainsi que celle des fonds de « private equity », et ceux-ci se défendent avec force. « J’ai comptabilisé 198 rendez-vous avec les responsables du secteur, qui ont proposé plus de 1.600 amendements », se rappelle Jean-Paul Gauzès, l’eurodéputé PPE (conservateur) rapporteur de ce texte. Le lobbying de la finance fait la preuve de sa puissance.
(…) l’AFME, la puissante association représentant les banques d’affaires (…) L’AFME n’est qu’un des nombreux lobbies de la finance installés à Bruxelles. Quand on parle de Finance Watch, le vieux cliché journalistique de David contre Goliath est très tentant. Partout dans le quartier communautaire, on retrouve les représentants de grandes banques ou d’investisseurs. Leur nombre exact reste imprécis : le chiffre de 700 à 1.000 personnes représentant les intérêts du secteur est souvent évoqué, avec un budget de plus de 300 millions d’euros pour faire prospérer leurs idées. En face, Finance Watch revendique un budget d’un peu plus de 2 millions…
« Les banquiers et les assureurs ont réussi à se constituer des réseaux très puissants, d’autant qu’ils recrutent des gens qui leur ouvrent bien des portes », relève un haut-fonctionnaire de la Commission. Goldman Sachs constitue le cas le plus extrême, qui compta à un moment dans ses rangs l’ancien commissaire Mario Monti. Mais tous les acteurs du secteur font peu ou prou la même chose, y compris les Français.
Depuis dix ans, la Fédération bancaire française (la FBF) est représentée à Bruxelles par un ancien directeur général adjoint de la Commission. Fin 2011, la Société Générale avait recruté le diplomate Gilles Briatta, jusqu’alors conseiller Europe de François Fillon et surtout patron du SGAE, le Secrétariat général aux affaires européennes. Méconnu du grand public, cet organisme est pourtant incontournable dans les relations entre Paris et Bruxelles. Inutile de dire que le carnet d’adresses de Gilles Briatta est des plus conséquents.
Avec de telles personnalités, il n’est pas étonnant de retrouver l’industrie de la finance dans tous les maillons de la chaîne législative européenne. Quand la Commission envisage de faire des propositions, elle fait appel en amont à des experts : parmi eux, on retrouve des employés de grands établissements financiers ou des professeurs un peu trop proches du secteur au goût des ONG (…)
Une fois que la directive a été mise sur la table par l’exécutif européen, le Parlement et le Conseil s’en emparent. A chaque fois, l’industrie financière veille. Pour les eurodéputés, on l’a vu, les contacts sont fréquents. Même au Conseil, où siègent les Etats membres, les échanges sont fréquents. « Ce sont les poids lourds du secteur qui dictent la pensée dominante dans chacun de leurs pays », assure Thierry Philipponnat, citant en exemple Deutsche Bank pour l’Allemagne ou BNP Paribas pour la France. Une photo parue à l’automne 2008 dans « Paris Match », où l’on voyait Michel Pébereau, alors patron de BNP Paribas, participer à une réunion de crise sur Dexia avec Christine Lagarde, vient donner de l’eau au moulin de l’ONG. « Il y a une asymétrie structurelle en faveur de l’industrie, quasi impossible à faire disparaître. Au moins, Finance Watch permet-elle d’en réduire les effets », relève le membre du cabinet de Michel Barnier.
(…) Fin septembre, le Parlement devait se prononcer sur la législation européenne sur les marchés financiers, le texte MIF. Une semaine avant le vote, Finance Watch se frotte les mains. Après un colloque organisé par l’ONG, une majorité de groupes parlementaires se disent prêts à soutenir un amendement qui interdit les commissions versées par les clients aux courtiers en gestion de patrimoine et aux intermédiaires d’assurance. Une mesure qui remet complètement en cause le modèle du secteur. Victoire ? Sauf que l’avant-veille du vote, l’industrie allemande bombarde les eurodéputés de mails, mettant en garde contre les conséquences sur l’emploi. Deux jours plus tard, les socialistes battent en retrait et l’amendement tombe à l’eau…
(…)
FORUM DE DAVOS…
UN ÉCRAN DE FUMÉE, UNE MASCARADE POMPEUSE POUR DIRE « RÉUNION DES PRINCIPAUX SBIRES DES 200 (OU PEUT ÊTRE 100, OU 50) FAMILLES QUI POSSÈDENT LA PLANCHE A BILLETS D’ARGENT SCRIPTURAL AU NIVEAU PLANÉTAIRE ET QUI, DONC, CONTRÔLENT TOUS LES AUTRES POUVOIRS : POLITIQUE, MÉDIATIQUE, (ET LE POUVOIR CULTUREL RÉSULTE DE CETTE TRIPLE TENAILLE).
SUFFISAMMENT DE POUVOIR POUR QU’ON N’ENTENDE JAMAIS PARLER D’ELLES, NI POUR QUE AUCUNE « FINANCE WATCH » NE VIENNE SE PROCURER LA LISTE DE LEURS NOMS…
LE COMBLE : SUFFISAMMENT DE POUVOIR POUR QUE LEURS SBIRES NE SACHENT MÊME PAS QUE C’EST POUR ELLES QU’ILS TRAVAILLENT…
DANS LE SYSTÈME PYRAMIDAL QUI S’EST MIS EN PLACE IL Y A 200 ANS, LES DYNASTIES QUI SONT VENUES REMPLACER LA ROYAUTÉ ET LA NOBLESSE ONT COMPRIS QUE LA SURVIE DE LEUR POUVOIR DÉPENDRAIT DÉSORMAIS DE LEUR CAPACITÉ A RESTER SECRÈTES : ELLES ONT COMPRIS QU’UN POUVOIR PYRAMIDALE VISIBLE EXPOSE TOUT OU TARD A LA GUILLOTINE… ELLES ONT COMPRIS QUE LE « RÉGIME REPRÉSENTATIF » POUVAIT LEUR FOURNIR UNE PLANQUE IDÉAL ET DE LONGUE DURÉE…
Bonjour,
Ceux qui se sont accaparé nos lois et notre argent peuvent se cacher, nous, peuple, nous ne voulons aucune relation avec ces crapules, nous ne devons même pas les entendre, c’est justement là qu’ils sont les plus néfastes.
Nous ne devons pas perdre notre temps avec ces parasites, de toute façon c’est un démon à plusieurs têtes.
Concentrons-nous sur ce que l’on veut, et ce n’est pas eux.
Nous devons prendre le contrôle d’une seule chose : le droit au peuple d’écrire les règles ; règles de la politique, règles de la justice, règles de la finance, etc.
Et toutes ces règles sont sous le contrôle des sujets mentionné dans la règle des règles, LA CONSTITUTION !!
Les crispations alarmantes de la société française
(24.01.2013, Gérard Courtois, lemonde.fr)
(…) Non seulement « le système démocratique fonctionne plutôt mal en France » (72 %), mais « les hommes et les femmes politiques agissent principalement pour leurs intérêts personnels » (82 %) et « la plupart » d’entre eux « sont corrompus » (62 %).
(…) « L’effet de la crise n’est pas surprenant, mais il est saisissant, tant l’inquiétude est désormais profonde », analyse Pascal Perrineau, le directeur du Cevipof. A ses yeux, le poujadisme qui s’est enraciné depuis une trentaine d’années « est en train de changer de nature : le ressentiment cède la place à l’hostilité et, sur de multiples valeurs, la crispation est très nette ». Cette crispation est, à la fois, autoritaire et identitaire.
La demande d’autorité n’est pas une surprise : depuis les années 1990, les « enquêtes Bréchon » sur les valeurs des Français témoignaient que l’idéologie antiautoritaire des années 1960–1970 refluait de façon spectaculaire, notamment à gauche. En 2008, Etienne Schweisguth l’analysait comme une « demande d’ordre public », équilibrant et compensant l’aspiration à davantage d’autonomie et de liberté individuelles dans la sphère privée.
Cette mutation est plus évidente que jamais : 86 % des sondés (sans écarts significatifs entre gauche et droite, jeunes et vieux) estiment que « l’autorité est une valeur trop souvent critiquée ». Et, pour la première fois, elle trouve explicitement sa traduction politique : 87 % des sondés sont d’accord pour dire que l’ »on a besoin d’un vrai chef en France pour remettre de l’ordre ». La question est brutale, la réponse aussi.
Quant à la crispation identitaire, elle n’est pas moins impressionnante. Depuis une trentaine d’années, elle s’était cristallisée sur la question de l’immigration. Celle-ci ne s’est pas effacée, loin de là : 70 % des sondés (et jusqu’à 83 % à l’UMP) jugent qu’il y a « trop d’étrangers en France » et 62 % que l’on « ne se sent plus chez soi comme avant ».
Mais le point de fixation de ce rejet massif s’est déplacé du terrain économique vers le terrain religieux. Ce n’est plus, majoritairement, le travailleur immigré, susceptible de « prendre le travail des Français » qui est pointé du doigt, mais le musulman, volontiers assimilé à « l’intégriste », et dont la religion est jugée, par 74 % des Français, intolérante et incompatible avec la société française.
Les ingrédients d’un populisme massif sont donc réunis : le traditionnel « tous pourris ! », l’appel au « chef » et la désignation de boucs émissaires (…)
Ça va bientôt exploser, cette fois préparons nos règles, ayons plusieurs cartes à jouer quand le moment tombera, tels des joueurs d’échecs, jouons les coups pensés et préparés longtemps avant…
Il est frappant de voir à quel point les débats publics sont à chaque fois organisés autour de la peur. Chacun cherche à affoler les citoyens à l’idée du camp adverse. Par exemple :
- « Si vous sortez de l’Europe, ce sera la catastrophe. »
- « Si on ne réduit pas les déficits, c’est la faillite. »
- « Si on n’autorise pas le mariage pour les homosexuels, c’est l’homophobie. »
- « Si on autorise le mariage homosexuel, c’est la fin de la parentalité. »
- etc.
Or, la peur est rarement bonne conseillère, au contraire.
Il serait préférable d’avoir des débats sereins , permettant de peser le pour et le contre de chaque proposition. Pour cela, il faudrait que chacun puisse réellement évaluer la portée de chaque proposition, ce qui n’est quasiment jamais le cas. Les contours sont toujours flous. Il faudrait aussi pouvoir proposer des alternatives nuancées, ce qui n’est pas autorisé.
Finalement, ce qui est angoissant, c’est qu’on nous demande de répondre à des mauvaises questions et nous disant que si on donne la mauvaise réponse, ce sera terrible…
L’ignorance est mère de toute peur, la peur est maîtresse de tout asservissement et l’asservissement engendre l’ignorance.
VIVE INTERNET !!
@ Papa
« Finalement, ce qui est angoissant, c’est qu’on nous demande de répondre à des mauvaises questions et nous disant que si on donne la mauvaise réponse, ce sera terrible… »
N’as-tu jamais remarqué qu’il n’y avait jamais de vrai débat ?
D’ailleurs, il ne nous demande jamais de répondre. Des sondages suffisent ou parfois dire oui ou non mais c’est pas pour autant que l’on choisi, on est sondé simplement.
Il faut que cela reste flou et que ça fasse peur pour qu’on accepte plus facilement de suivre le chef. On a d’autre choix que de s’identifier à la décision prise ou à celle de l’opposition.
Bien amicalement
J.C
La peur exacerbe le besoin d’autorité évoqué par AlainR :
« 87 % des sondés sont d’accord pour dire que l’ »on a besoin d’un vrai chef en France pour remettre de l’ordre »
La peur infantilise et empêche l’émancipation.
Si on enlève les arguments négatifs et anxiogènes des débats actuels, on s’aperçoit que nos élus n’ont, en fait, rien à nous proposer.
@papa (24)
La peur oui,
et le stress aussi
impliquent
comme YEL l’a fait remarquer à l’occasion de la vidéo des rats de Nancy
la différentiation/hiérarchisation des rôles
l’apparition des dominants-dominés
autre exemple :
Au moyen âge, au moment des invasions/incursions ( normands au nord, « hongrois » à l’est, sarrazins au sud ), les structures s’effondrent et lorsque les digues sont tombées, c’est la curée. Grandes villes détruites, « où pousse désormais le liseron » dit la chronique.
Insécurité totale et stress => Les gens se réfugient dans les coins les plus reculés, parfois en forêt. Souvent en famille.
Et c’est là que l’ « homme fort » apparaît, capable de défendre les siens, par les armes.
Du coup la famille s’élargit et autour d’elle se greffe tout un très petit peuple sachant-faire culture et artisanat.
Cette famille élargie, c’est la mesnie qui sert son chef en contre partie de sa protection.
Et c’est là le germe de la seigneurie moyenâgeuse ; et donc du lien suzerain-vassal.
Plus tard ce lien deviendra l’essence relationnelle de tous les territoires, qui organisera toute la société dans une trame de dominants et dominés à laquelle personne n’échappe ((( comme de nos jours quoiqu’on en dise !!!)))
C’est bien le stress qui a institué la féodalité, fondée sur un rapport initial d’entraide et amour, de type familial ;
mais qui peu à peu, jusqu’à la décapetation 😉 ( et plus tard !!!) se transforme en rapport de domination et mépris.
Le stress n’est donc pas la cause unique puisqu’il y a en plus cette dégénérescence et perversion du lien initial ((( la même qui interdit au système représentatif d’être sain ))).
Et si le lien initialement contractuel entre le petit nombre et le grand nombre se voit ainsi toujours perverti en lien d’obéissance et coercition, je vois là quelque chose d’inhérent à nos comportements archétypaux, qui caractériserait le mammifère humain.
Donc désespérons nous 😉
mais pas que.
Car c’est là qu’intervient notre spécificité, qui est non seulement faite de notre intelligence, mais encore de notre conscience, c’est à dire (un des aspects de la conscience) de notre capacité à analyser nos fonctions et fonctionnements, et à les vouloir corriger hors déterminisme spéciste ou historique.
Et c’est bien cela, qui nous fait réclamer, réfléchie plus que naturelle, la démocratie, si difficile à obtenir, car pensée contraire aux tropismes archétypaux
(et aux difficultés techniques).
Bonjour Etienne, merci pour votre travail qui m’a ouvert les yeux.
Dans vos articles et différentes interventions, vous opposez systématiquement riches et pauvres face au pouvoir politique or je pense que les termes « riches et pauvres » sont très mal choisis car :
– d’abord ils ne sont pas définis (qui est riche ? qui est pauvre?),
– ensuite ils sont contre productifs car il font passer votre discourt pour un discourt gauchiste qui éloigne bon nombre d’auditeur potentiellement intéressés par le tirage au sort
– de plus ils créent une distinction entre 2 catégories de citoyen, là ou la démocratie ne devrait voir qu’un seul ensemble
– et enfin je pense qu’ils ne correspondent pas à la réalité car les « riches » (même hyper riche) ne profitent pas tous du système représentatif et certains « pauvres » via une ambition démesurée accèdent parfois à la représentation et au pouvoir politique.
Je vous propose les terme « 1% face au 99% » car je pense qu’ils sont plus parlant et soulignent beaucoup plus l’idée que vous voulez faire passer qui est celle de partage inéquitable du pouvoir. De plus il n’est pas nécessaire de préciser que le 1% est ultra riche, même les plus décérébrés le savent.
Je suis tout à fait d’accord avec Mush.
Il faut se méfier d’une dérive d’extrême gauche que je vois aussi pointer ici et là dans ce forum. Et faire très attention aux approches trop simplistes.
Par exemple, dans le projet de constitution, il est proposé d’instaurer un revenu minimum et un revenu maximum à chacun. Je suis d’accord avec le principe qu’il faut fixer des limites pour éviter les abus. Mais je pense qu’il faut le faire avec beaucoup de discernement et en veillant à l’intérêt général.
Prenons les cas suivants :
1) Un chirurgien qui gagne 1 000 000 € par an. Il a fait de longues études et a atteint un niveau exceptionnel qui lui permet d’être un des seuls à sauver des vies dans certains cas. Il en sauve d’ailleurs des dizaines chaque année. Il dépense son revenu comme suit :
– 500 000 € en impôts
- 200 000 € en pension alimentaire (son ex-femme a divorcé car elle ne supportait plus qu’il rentre tard et il était invivable quand il avait raté une opération, elle a obtenu la garde des enfants).
- 100 000 € en dans une association sociale et écologique qu’il a créée et qui emploie 3 personnes.
- 50 000 € en frais professionnels.
- 150 000 € pour son train de vie (il se fait quand même plaisir et n’est pas à plaindre).
2) Un chef d’entreprise qui gagne 500000 € par an. Sa société est constituée de commerciaux qui vendent des bouteilles de vin au porte à porte. Ce sont des bouteilles de vin ordinaire sur lesquelles ils mettent des belles étiquettes et qu’ils vendent au prix des grands crus, le plus souvent à des vieux qui sont plus faciles à embobiner. Il dépense son revenu comme suit :
– 100 000 € en impôts
– 100 000 € en placements spéculatifs
– 300 000 € pour son train de vie, essentiellement à l’étranger (il adore voyager et a une maîtresse en Russie).
3) Un chômeur qui reçoit 12000 € par an et qu’il dépense comme suit :
– 9000 € pour le logement, la nourriture,etc.
– 3000 € en alcool, cigarettes et jeux d’argent, addictions qu’il essaie de combattre sans succès.
En considérant l’intérêt général, qui gagne trop ? Qui ne gagne pas assez ? C’est à dire qui devrait gagner moins et qui devrait gagner plus ?
En regardant les exemples du commentaire 27, il apparaît que poser une seule limite aux revenus ne permet pas de satisfaire l’intérêt général : soit la limite sera trop haute (donc inefficace), soit trop basse (donc aura des effets pervers).
Il me semble plus approprié de fixer plusieurs limites de revenus, en fonction de :
1) Comment il est gagné (travail, rente, aides sociales, etc.)
2) Comment il est dépensé (besoins vitaux, confort, luxe, investissement, développement durable, oeuvre sociale, etc.).
Pour ce faire, il faudra bien définir l’intérêt général en donnant plus ou moins de priorité aux différents aspects : soutien à l’économie, redistribution sociale, développement durable, etc. Ce qui promet un vaste débat, qui me parait incontournable…
Peut-être parce qu’il faut totalement cesser de mettre l’argent sur le devant de la scène, fixons des limites minimum et maximum des biens et besoins.
Je reviens sur le sujet de la peur.
Face à quelqu’un qui a peur, le bon sens voudrait que l’on rassure.
Chacun sait que si quelqu’un a peur de quelque chose, il ne sert à rien de lui en faire le reproche ou de lui interdire d’avoir peur.
Cela ne le conduirait qu’à refouler ses émotions et à créer des psychoses.
A la limite, on peut l’encourager à surmonter sa peur pour continuer à vivre.
Je me souviens que dans le temps, les autorités condamnaient le racisme et les discriminations.
Maintenant, on condamne la xénophobie et l’homophobie.
Je ne pense pas que ce soit un progrès…
La démocratie à travers les journaux…
LEMONDE.FR
Guillaume Larrivé, député (UMP) de l’Yonne, élu en juin 2012, reconnaît s’être « amusé », tant il est vrai que sa proposition de loi constitutionnelle, déposée le 22 janvier 2013 à l’Assemblée nationale, a peu de chances de se faufiler dans l’ordre du jour des travaux parlementaires. Il n’empêche : ils ne sont pas si nombreux les députés qui se penchent sur le berceau des institutions. Force est de reconnaître qu’il est plus facile de « faire du buzz » avec le Nutella qu’avec la Ve République !
Le « plaisir » qu’a pris cet énarque de 36 ans, maître des requêtes au Conseil d’Etat, passé par les cabinets ministériels de Nicolas Sarkozy et de Brice Hortefeux, à rédiger sa proposition de loi constitutionnelle n’ôte rien à l’audace de l’entreprise. Son propos est ambitieux : « restaurer la confiance nécessaire à l’efficacité de l’action publique ». « Les réformes indispensables (…) ne pourront être décidées et appliquées, demain, que par des institutions pleinement légitimes aux yeux des Françaises et des Français », plaide le jeune député, constatant que les citoyens « n’accordent plus durablement leur confiance aux hommes et aux femmes qui conduisent les affaires publiques ».
http://parlement.blog.lemonde.fr/2013/01/31/a‑larrive-la-constitution-reconnaissante/
MARIANNE.NET
Le capitalisme profite d’une démocratie nécrosée, par Laurent Mauduit
a confrontation à laquelle Marianne me convie face à Gilles Finchelstein sur le thème « Le monde de la finance est-il soluble dans la démocratie » me pousse à un regard critique sur moi-même. Car je dois dire que j’ai longtemps pêché par optimisme. Et, en d’autres temps, j’aurais répondu par l’affirmative, faisant valoir que les mutations du capitalisme, sa financiarisation progressive, pouvaient aller de pair avec des avancées de l’Etat de droit. Or, je crois que je me suis beaucoup trompé dans le passé sur ce sujet. Et le regard que j’ai aujourd’hui sur cette question est très différent de celui que j’avais hier.
http://www.marianne.net/Le-capitalisme-profite-d-une-democratie-necrosee-par-Laurent-Mauduit_a226186.html
LIBERATION.FR
Etats Généraux de la République : Jeunes, débattez-vous !
Donner la parole aux jeunes, c’est le pari de cette cinquième édition des États Généraux de la République. Libération, en collaboration avec une vingtaine d’associations, fondations et think tanks, revendique l’image d’une jeunesse créative et ouverte au débat.
Et si les jeunes étaient des citoyens comme les autres ?
Nadia Bellaoui : Présidente de la Conférence permanente des coordinations associatives (CPCA)Michel Destot : Maire de Grenoble
Valérie Fourneyron : Ministre des Sports, de la Jeunesse, de l’Education populaire et de la Vie associativeCécile Van de Velde : Maître de conférences à l’EHESS, membre de l’Equipe de Recherche sur les Inégalités Socialesdu CMH
Modérateur : Vincent Giret, directeur délégué de la rédaction de Libération
Que fait l’Europe face à l’emploi des jeunes ?
Vanessa Debiais-Sainton : Chef d’équipe Erasmus à la Direction Education et culture de la Commission européenne
Mathilde Lemoine : Directrice des Etudes économiques et de la Stratégie marchés d’HSBC France, membre de laCommission économique de la nation (CEN)Abdelbasset Zintouni : Président ANJE
Modérateur : Magali Balent, Fondation Robert Schuman
Débat organisé par la Fondation Robert Schuman et EuropaNova
Tout un programme…
la suite ici : http://fr.scribd.com/doc/122551552/Programme-des-Etats-generaux-de-la-Republique
Un peu d’économie maintenant
LATRIBUNE.FR
La dette américaine pourra dépasser son plafond légal jusqu’en mai
Le gouvernement américain a encore jusqu’au 18 mai pour emprunter. Grâce une loi l’autorisant à dépasser le plafond légal de sa dette jusqu’à cette échéance, les Etats-Unis évitent un psychodrame au sujet du plafond de la dette, contrairement à la situation en 2011, qui avait causé la perte du « triple A » du pays. Les démocrates et les républicains ont donc un peu plus de trois mois pour s’entendre sur le budget et éviter une nouvelle crise.
http://www.latribune.fr/actualites/economie/international/20130201trib000746333/la-dette-americaine-pourra-depasser-son-plafond-legal-jusqu-en-mai.html
Le Crédit Agricole enregistre 3,8 milliards de pertes nettes au 4ème trimestre 2012
Le Crédit Agricole continue à faire le ménage dans ses comptes. Vingt jours avant la publication de ses résultats annuels le 20 février, le groupe bancaire avertit le marché que Crédit Agricole SA, sa structure cotée en Bourse, affichera des pertes nettes de 3,8 milliards d’euros au 4ème trimestre 2012. Sur ce montant 2,676 milliards proviennent de dépréciations d’actifs dans ses comptes liés à des écarts d’acquisition qui correspondent à la différence entre le montant payé pour acquérir une société et la valeur comptable de ce même actif. De plus, Crédit Agricole SA enregistre 1,1 milliard d’euros de pertes lies à des évènement exceptionnels.
http://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/industrie-financiere/20130201trib000746314/le-credit-agricole-enregistre-38-milliards-de-pertes-nettes-au-4eme-trimestre-2012.html
Pas une journée sans parler du QUATAR :
Le Qatar rachète l’hôtel Martinez
Par Christophe Palierse | 01⁄02 | 11:48 | mis à jour à 12:16
Le Qatar a finalisé le rachat de 4 fleurons de l’hôtellerie française : l’Hôtel du Louvre et le Concorde Lafayette à Paris, le Martinez à Cannes et le Palais de la Méditerranée à Nice. Il a confié leur gestion à Hyatt Hotels.
Déjà solidement implanté dans l’hôtellerie de luxe française ‑avec à Paris le Royal Monceau Raffles et le futur Peninsula qui ouvrira ses portes fin 2013 ‑le Qatar a finalisé vendredi le rachat auprès de la société de capital-investissement américaine Starwood Capital de ses derniers fleurons de l’ancien pôle prestige de l’ex Société du Louvre.
L’émirat a donc mis la main sur l’Hôtel du Louvre et le Concorde Lafayette à Paris, le Martinez à Cannes et le Palais de la Méditerranée à Nice. La transaction a été réalisée par Constellation Hotels Holdings, une société de portefeuille basée au Luxembourg, qui détient déjà des cinq étoiles et des immeubles de bureaux. Le montant de l’opération, qui porte au total sur 1.700 chambres, n’a pas été communiqué. Selon nos informations, il se situerait entre 700 et 800 millions d’euros.
http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/service-distribution/actu/0202540474808-le-qatar-rachete-quatre-fleurons-de-l-hotellerie-francaise-qu-il-confie-en-gestion-a-hyatt-534475.php
Ainsi va le monde…
la peur n’est qu’une conséquence à mettre au même rang qu’une maladie.
En focalisant la conséquence, on ne peut que l’entretenir.
On ne doit pas à la médecine, la disparition de certaines maladies, mais à une politique sanitaire et sociale, qui, elle, s’attaque à la cause.
La démonstration se fait de nos jours et chez nous.
Alors que les progrès en médecine sont formidables, on voit de plus en plus de cas de tuberculose et autres maladies dû à la misère.
Focalisons sur la cause politique sanitaire et sociale pour faire reculer les maladies organiques et psychologiques.
Élisée Reclus
Lettre à Jean Grave
Clarens, Vaud, 26 septembre 1885.
Compagnons,
Vous demandez à un homme de bonne volonté, qui n’est ni votant ni candidat, de vous exposer quelles sont ses idées sur l’exercice du droit de suffrage.
Le délai que vous m’accordez est bien court, mais ayant, au sujet du vote électoral, des convictions bien nettes, ce que j’ai à vous dire peut se formuler en quelques mots.
Voter, c’est abdiquer ; nommer un ou plusieurs maîtres pour une période courte ou longue, c’est renoncer à sa propre souveraineté. Qu’il devienne monarque absolu, prince constitutionnel ou simplement mandataire muni d’une petite part de royauté, le candidat que vous portez au trône ou au fauteuil sera votre supérieur. Vous nommez des hommes qui sont au-dessus des lois, puisqu’ils se chargent de les rédiger et que leur mission est de vous faire obéir./span>
Voter, c’est être dupe ; c’est croire que des hommes comme vous acquerront soudain, au tintement d’une sonnette, la vertu de tout savoir et de tout comprendre. Vos mandataires ayant à légiférer sur toutes choses, des allumettes aux vaisseaux de guerre, de l’échenillage des arbres à l’extermination des peuplades rouges ou noires, il vous semble que leur intelligence grandisse en raison même de l’immensité de la tâche. L’histoire vous enseigne que le contraire a lieu. Le pouvoir a toujours affolé, le parlotage a toujours abêti. Dans les assemblées souveraines, la médiocrité prévaut fatalement.
Voter c’est évoquer la trahison. Sans doute, les votants croient à l’honnêteté de ceux auxquels ils accordent leurs suffrages — et peut-être ont-il raison le premier jour, quand les candidats sont encore dans la ferveur du premier amour. Mais chaque jour a son lendemain. Dès que le milieu change, l’homme change avec lui. Aujourd’hui, le candidat s’incline devant vous, et peut-être trop bas ; demain, il se redressera et peut-être trop haut. Il mendiait les votes, il vous donnera des ordres. L’ouvrier, devenu contre-maître, peut-il rester ce qu’il était avant d’avoir obtenu la faveur du patron ? Le fougueux démocrate n’apprend-il pas à courber l’échine quand le banquier daigne l’inviter à son bureau, quand les valets des rois lui font l’honneur de l’entretenir dans les antichambres ? L’atmosphère de ces corps législatifs est malsain à respirer, vous envoyez vos mandataires dans un milieu de corruption ; ne vous étonnez pas s’ils en sortent corrompus.
N’abdiquez donc pas, ne remettez donc pas vos destinées à des hommes forcément incapables et à des traîtres futurs. Ne votez pas ! Au lieu de confier vos intérêts à d’autres, défendez-les vous-mêmes ; au lieu de prendre des avocats pour proposer un mode d’action futur, agissez ! Les occasions ne manquent pas aux hommes de bon vouloir. Rejeter sur les autres la responsabilité de sa conduite, c’est manquer de vaillance.
Je vous salue de tout cœur, compagnons.
Élisée Reclus.
@J‑Stéphane
Superbe trouvaille
Un résumé du travail de Bernard Manin à Lieux communs :
http://www.magmaweb.fr/spip/spip.php?page=article&id_article=656
Pour info, la page « LOI DE 1973 » est devenue beaucoup trop lourde, mon ordi ne la charge pas (et je ne peux donc pas lire le dernier commentaire de Sam).
Étienne , pourrais tu séparer cette page en 2 parties ?
Bonsoir,
J’ai envoyé un message le 7 janvier à Étienne à ce propos.
J’avais fait la remarque de l’intérêt de migrer son blog en version mobile (ou, au moins d’ouvrir une nouvelle page sur une limite de commentaires).
Il y a bien longtemps que je ne peux plus accéder à cet article avec mon Smartphone.
La justice compte d’abord sur le tirage au sort avant de faire voter.
{{…citoyen-assesseur La loi du 10 août 2011 prévoit que des citoyens-assesseurs, tirés au sort puis sélectionnés à partir des listes électorales, devront participer au jugement de certains délits graves et à certaines décisions de libération conditionnelle.
Deux citoyens-assesseurs feront ainsi partie, avec trois juges professionnels, des juridictions suivantes :
Tribunal correctionnel et chambre des appels correctionnels de la cour d’appel pour le jugement des délits violents les plus graves commis contre les personnes.
Tribunal correctionnel des mineurs pour le jugement de ces mêmes délits commis par des mineurs récidivistes âgés de plus de seize ans.
Tribunal de l’application des peines et chambre de l’application des peines de la cour d’appel pour l’examen des demandes de libération conditionnelle des personnes condamnées à des peines de plus de cinq ans d’emprisonnement…
http://www.justice.gouv.fr/publications-10047/guides-professionnels-10048/guide-pratique-du-citoyen-assesseur-23282.html}}
Le sens moral de ce principe reste comme même discutable. Il semblerait que le tirage au sort parmi les citoyens soit une évidence pour ce qui est de faire le sale boulot… mais bon, il faut retenir que l’on fait appel aux citoyens lambda pour arbitrer sur les conséquences et pas sur les causes.
Pourtant, décider de l’avenir des Hommes, ne doit pas être plus l’affaire d’un Homme, que l’avenir d’un Homme, ne doit-être l’affaire des Hommes.
Du communisme (cerisesenligne.fr, Pierre Zarka, 1er février 2013)
Extraits :
L’Association des communistes unitaires appelle à (re)définir le communisme. « Re » ? Il n’échappe à personne que le mot est issu du siècle passé, mal en point.
(…) Que faire de cet anticapitalisme ? De quelque côté que l’actualité nous tourne on trouve des personnes qui ont le sentiment de se heurter à un mur.
(…) Nous héritons d’un regard sur l’État qui en fait un arbitre, hypertrophie le rôle des élus et des élections au détriment des mouvements de chacun. Il est vrai que durant des décennies, cela a porté des fruits. Encore qu’à chaque fois (1936, 45, 68) l’ État ait été contraint par une formidable interruption de la normalité institutionnelle.
(…) L’État n’est ni arbitre, ni lieu de communauté mais instrument de dépossession.
(…) il nous reste dans l’esprit que le capitalisme serait aménageable : nous réclamons, faisons pression et n’empêchons pas la crise de s’aggraver. Nos méthodes ne sont-elles pas inconsciemment respectueuses des conceptions de ceux que nous combattons ? Cela s’appelle l’idéologie dominante. Le difficile est de s’en arracher.
(…) Tout nous ramène à une question de pouvoir. Mais Pouvoir d’État à prendre, et alors par qui ? Ou le verbe pouvoir faire ?
Pouvoir faire : n’est-ce pas le désir des luttes sociales, de ceux de Notre-Dame-des-Landes ou de ceux qui réclament l’égalité de tous à travers le mariage pour tous ? N’est-ce pas là le point commun, le point de rencontre qui permettrait de grandes convergences plutôt que la multiplicité ne se traduise par un éparpillement ?
(…) On se transforme en s’arrachant aux idées qui vont trop facilement de soi. Ne nous voyons pas tels que la société nous façonne mais tels que l’on peut devenir avec nos semblables : capables d’adapter le monde à notre mesure. L’émancipation commence ainsi.
Le communisme c’est le mouvement des gens du commun. Il n’y a de démocratie que du pouvoir des « quelconques ». On ne peut être citoyen seulement le temps passé dans un isoloir à désigner ceux auxquels il faudra obéir ensuite. Il n’y a qu’oser l’impensable qui se réalise. L’impensable, pas n’importe quoi. Il est temps de se mettre au travail.
Je viens de voir ce lien et je voulais le partager ici :
http://www.terraeco.net/En-Islande-les-ressources,47767.html
« La nouvelle Constitution islandaise, choisie par référendum, prévoit que
les ressources naturelles soient « détenues par le peuple islandais ». »
Les conséquences positives en cascade d’une reprise en main de notre constitution et nos institutions.
Bonne journée 🙂
Conférence de Bernard Manin
(Colloque « Le tournant délibératif »)
J’avais raté ça.
Il va vite, le bougre !
(Tous ces profs hyper-compétents qui lisent pourtant mécaniquement leur texte me surprennent un peu.)
Il vaut mieux l’écouter sans le regarder, pour bien se concentrer sur le propos.
Il faudra le réécouter plusieurs fois, bien sûr.
Je trouve très intéressant de voir parler (et de façon si dense) celui dont le livre a tant changé ma vie 🙂
Et je suis heureux de revoir la bonne tête de cet homme jovial et vif avec qui j’ai eu la chance d’échanger quelques idées importantes autour d’un verre.
Je retrouve dans cette conférence des idées importantes qu’il avait développées dans son article sur Internet.
Étienne.
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Merci à Protagoras, pour nous avoir signalé cette perle. C’est là (18:08 le 06/02/2013), dans un long échange assez intéressant également.
Si un gentil virus trouve (ou réalise) une retranscription de cette conférence, il nous rendra bien service.
Tout ça est passionnant, en particulier les pièges de la délibération, et mériterait justement une délibération point par point, en assemblée physique veux-je dire. Ça me plairait vachement, d’autant plus que ça fait pas mal de fois sur ce site que je mets en avant les assemblées délibératives structurées en poupées russes comme fer de lance de la réelle démocratie, autant sinon plus que le tirage au sort.
Cette écoute a fait germer sous mon scalp au moins quatre idées :
¤
Je remarque que dans le système représentatif actuel il y a deux assemblées délibératives :
‑Celle du peuple, qui se passe au bistrot et sur le net, et qui est sans poids, ou presque.
‑Celle des élus.
L’assemblée délibérative entre élus est complètement biaisée, en ce sens que si la minorité parlementaire peut et doit s’exprimer au débat contradictoire, la majorité parlementaire quant à elle a une double casquette : non seulement elle a mission de présenter un point de vue, mais encore elle a le pouvoir de trancher.
Si bien que le débat est assez bidon.
Il manque à l’assemblée nationale un parterre d’écouteurs silencieux, éventuellement tirés au sort, qui seuls voteraient, après que les différents partis lui auraient présenté l’éventail des options et des arguments.
Et c’est bien cette carence, doublée de la permanence sur cinq ans d’une majorité monolithique, qui fait que notre prétendue démocratie représentative est de fait une dictature cyclique.
¤¤
Les orateurs dont parle Bernard Manin sont je pense perçus comme institutionnels, ou au mieux VIP.
C’est ici, entre autres, que le tirage au sort pourrait intervenir, qui au parterre des écoutants-voteurs offrirait le Verbe à des modestes.
(((Je suis le discours et ne pense pas forcément que le couple orateurs/écouteurs soit toujours la meilleure solution)))
¤¤¤
Une idée folle serait de parfois placer les orateurs ( éventuellement orateurs stochastiques) dans une sorte de confessionnal, afin que nul ne sache qui ils sont, ce qui leur confèrerait une totale liberté d’expression, favorable in peto à leur propre remise en cause .….…
¤¤¤¤
J’attire votre attention sur ce message d’AJH, qui, au delà de son contexte, me porte à réfléchir sur la taille idéale des assemblées délibératives.
Qui n’est probablement pas que de 6 ou 7, mais ne doit pas être trop grande.
À moins qu’une multiplicité des tailles (et des modus vivendi) ne soit condition nécessaire à l’émergence d’un consensus non biaisé.
À la fin de la vidéo apparaît aussi la mosaïque d’autres intervenants qu’il faudra peut être écouter … 😉
Il ne serait pas logique, vu le thème de la vidéo de Bernard Manin, de ne pas apporter du contradictoire à son exposé :
Discussion par Loïc Blondiaux et Yves Sintomer de la conférence de B. Manin
Merci pour cette incitation à regarder plus loin que ma fatigue 🙂
Je suis très sensible à la question de la « binarisation » et à ses dangers, que j’ai plusieurs fois pointée (rapidement)sur le site. Le ponpon allant à la forme la plus restreinte (et aliénante) du débat contradictoire qui est le referendum tel qu’on le connaît.
Un remède à peine esquissé réside dans la multiplicité des assemblées et la variété de leur modus vivendi.
Qui permet la pluralité des thématiques et une grande variété de façons de les aborder/résoudre, qu’une grande assemblée bloque mécaniquement.
Un autre remède, qui n’est pas abordé ici, est la lenteur acceptée du débat, hors de l’urgence compulsive qui signe nos traditions, afin de permettre l’émergence et l’expression de pensées imprévues, inattendues.
Exactement comme un chercheur isolé qui se donne le temps de voir depuis l’onirique génial venir à lui et en lui des idées neuves et surprenantes.
Bernard Manin estime que plus de cinq branches à la discussion dépassent souvent nos facultés cognitives. C’est probablement exact dans l’urgence, mais ne le serait pas dans la lenteur et la dispersion choisies des centres nerveux du cerveau collectif.
Quand il voit (je ne sais plus les mots exacts) dans le débat binaire une façon de permettre aux gens simples de suivre, je craints de percevoir un début de mépris ; justifié tant que justement on n’est pas en démocratie et tant qu’on n’offre pas au neurone national l’occasion de se fortifier.
L’érudit a tendance à faire régresser sa diction au point de ne plus être compris par le plus grand nombre.
Cela va à l’encontre de l’idée de la démocratie.
Celui qui a évolué ne doit pas oublier ses origines.
Au-dessus de l’aristocrate, il y a « l’aristos démocrate ».
Mon cher Protagoras m’a signalé aussi cette autre perle :
Patrick Tort 1 par urbain_glandier
Patrick Tort 2 par urbain_glandier
Patrick Tort 3 par urbain_glandier
Patrick Tort 4 par urbain_glandier
Patrick Tort 5 par urbain_glandier
Patrick Tort 6 par urbain_glandier
Merci Protagoras : il y a des années que je trouve Patrick Tort et ses travaux (sur Darwin et sur les mécanismes de conservation du pouvoir) passionnants 🙂
Étienne.
Pour info :
Après avoir été adopté à l’Assemblée Nationale le 22 novembre dernier, le projet de loi sur le vote blanc sera débattu au Sénat le jeudi 28 février 2013 entre 16h et 20h.
Attention, ce texte de loi ne reconnait pas le vote blanc comme un suffrage exprimé, il ne prône que la séparation des votes blancs et des votes nuls.
« L’érudit a tendance à faire régresser sa diction au point de ne plus être compris par le plus grand nombre » J‑Stéphane
Le but de l’érudit n’est peut-être pas ici de s’adresser au plus grand nombre, mais juste aux érudits qui travaillent sur le même sujet que lui.
Si vous écoutez parler des cuisiniers entre eux, sans nul doute vous serez incapable de refaire la recette dont ils parlent. Ils pourront par contre aller à l’essentiel et discuter de la pincée de sel qui fait la différence. C’est cela qui fait avancer la recherche.
Il en va tt autrement pour ce qui est de la « vulgarisation ».
Je suis entièrement d’accord.
Dans mon métier, quand je parle entre collègues, je n’ai pas du tout les mêmes mots que quand je m’adresse aux clients.
Je pensais plus au deuxième cas de figure, si des érudits veulent rallier le peuple à leurs idées démocratique, il faut qu’ils fassent l’effort d’être compris par le plus grand nombre.
Et quand on filme une séance, c’est pour qu’elle soit vue par un plus grand nombre.
C’est cette diction d’enseignant qui a rassemblé autant de gens autour d’Étienne.
@Ana
Je suis d’accord avec vous sur la notion de temps qui me semble, à moi aussi, essentielle.
Outre les raisons fort justes que vous avez émises, il me semble que le temps peut être un élément pour lutter contre le biais de conformité.
Il faut du temps pour digérer certaines pensées qui n’ont jamais, ou fort peu, été mises en lumière.
@J‑Stéphane
Je suis d’accord avez-vous sur le principe de « rassemblement »
Mais il se trouve qu’ici, c’est bien nous qui nous invitons là où nous ne devrions point être.
C’est bien un colloque, ce qui veut dire : « conférences de spécialistes pour les spécialistes ». Il serait mal placé de notre part de leur reprocher de parler entre eux alors que c’est l’objet même de leur rencontre.
Le fait que le medium soit la vidéo ne signifie en rien que le public soit autre que spécialiste.
Vous noterez de fait que pour la 2em vidéo, on exclut tt personnes ne parlant pas correctement l’anglais.
Leur but n’étant pas de rallier qui que ce soit mais de faire avancer leur science.
Le ralliement, comme vous dites, se fera dans un deuxième temps si l’un d’entre eux (pensant être allé au bout de quelque chose) l’estime nécessaire.
@46 (patrick Tort)
C’est en effet passionnant.
remarques en vrac ; n’y cherchez pas une analyse.
Une culture intense dont je ne dispose pas pour tout apprécier.
Mais qui peut être noie la simplicité.
S’il n’y avait pas les questions, j’ai l’impression que nous serions restés dans l’historique des pensées de quelques uns, sans en tirer profit jusqu’à l’arrimage à notre propre pensée prospective.
Au fil de l’écoute je découvre des thèmes qui ont été inscrits sur le site. Témoignant donc d’une pensée collective naissante.
Par exemple dans la vidéo5 les cercles concentriques de solidarité (qui hélas s’arrêtent ici à l’espèce humaine, bien que le chapitre écologie rattrape le coup plus loin.
Autre exemple : l’allusion à la sympathie (nous avons ici un fil sur l’empathie) comme terme factuel de l’évolution.
Grosso modo on reste centré sur l’interprétation mécaniste de l’évolution, de l’évolution de la société.
C’est un peu « occidental » et manquent les cultures de l’orient ou de l’Asie (dont en voix off quelqu’un rit à un moment donné). Je recommande une fois de plus la lecture du yoga intégral d’Aurobindo et répète qu’au sens de l’évolution, l’homme est l’animal charnière qui pour la première fois dans l’histoire de la vie sur Terre dispose du pouvoir de se choisir lui-même en boucle de rétroaction conscientisée ; pouvoir dont il use encore peu, car accompagné de tout ce qui est l’animalité classique, ce tout dernier point est abordé dans les vidéos.
Kropotkine un peu vite mis de côté, bien que certains de ses points de vue soient présents par moments.
Le fait de dire que c’est l’homme qui donne du sens à la nature qui n’en a pas me paraît discutable.
A approfondir.
Je me souviens des années 70 où l’on se gaussait des partisans de la décroissance.
On ne se gausse plus, mais « on » (le pouvoir) bloque.
Il (Patrick) regrette l’existence d’un parti écologique, avec des mots qui contiennent peut être un certain mépris (mais on ne peut pas être parfait deux heures durant 😉 )
Il ne regrette pas l’existence des partis comme certains d’entre nous 😉 mais ce n’est pas le thème …
Suite à une question : Allusion à l’écologisme de droite qui rejoint ceux qui craignent une dictature de l’écologie ( je me souviens d’un entretiens avec Lama Denis qui le premier me parla de ce danger)
Allusion à l’urgence ; (plusieurs fois mentionnée sur le site)
« le capitalisme préfèrera mourir en entraînant le monde dans sa chute »
C’est bien l’un des enjeux de la bataille pour la démocratie.
J’ajoute :
Pas de démocratie sans conscience ; pas de conscience sans démocratie ; pas de survie sans démocratie ni conscience.
Dans la conclusion :
« On s’exerçait à penser et c’est la définition de la philosophie <> philosophie mondaine »
J’apprécie 🙂