LOI DE 1973 : les aveux de Rocard et deux nouvelles pistes pour comprendre l’effet véritable de la loi

28/12/2012 | 433 commentaires

Rocard explique enfin lui-même, en 2 minutes,
L’IMPORTANCE CRUCIALE DE LA LOI DE 1973
dans la non néces­saire, rui­neuse et anti­so­ciale
DETTE PUBLIQUE de la Répu­blique Répri­vée Française

Voi­ci un extrait passionnant :

C’é­tait sur Europe1, same­di der­nier (22 décembre 2012). La source entière est là (ça com­mence à être inté­res­sant à la minute 12:55) :
http://www.europe1.fr/MediaCenter/Emissions/Mediapolis/Sons/Mediapolis-22–12-12–1356875/

Mer­ci à Ray­mond Zaha­ria qui a déni­ché (et mis en valeur) cette nou­velle perle.
C’est André-Jacques qui va être content 🙂

Nota : Mon­sieur Rocard est assez âgé (82 ans) et il se mélange un peu les crayons : quand il parle de « la loi ban­caire de 1974 », on se demande (une seconde) s’il parle de la loi de 1973 ou de la loi ban­caire de 1984… 🙂

Il fau­drait RETRANSCRIRE mot pour mot ces aveux : nos gou­ver­nants (même »de gauche«) savent donc depuis long­temps que la cause des causes de l’en­det­te­ment public (non néces­saire et rui­neux, muti­lant l’É­tat et pri­vant le peuple de la force publique comme défense contre les monstres pri­vés que sont les mul­ti­na­tio­nales de l’in­dus­trie et de la finance), nos pré­ten­dus >repré­sen­tants<, donc, savent depuis long­temps que ce sont LEURS propres déci­sions qui ont plon­gé le corps social dans la catas­trophe actuelle de la pré­ten­due « crise des dettes publiques ».

Ce n’est pas une crise, c’est un coup d’État.

Il faut abso­lu­ment que je rédige un nou­veau billet pour faire le point (détaille, ordon­né et docu­men­té) sur cette loi de 1973 :
ceux qui disent un peu par­tout que je me suis trom­pé sur la por­tée de cette loi se trompent encore davan­tage, je pense.

À la hâte, en deux mots, voi­ci les deux points essen­tiels qui n’ont pas (encore) été cor­rec­te­ment étu­diés, je pense :

André-Jacques et moi (avec quelques autres, comme Phi­lippe Derud­der ou Alain Gran­jean et Gabriel Galand dans leur excellent livre « La mon­naie dévoi­lée » (2006), qui ont levé ce lièvre et ont bos­sé pour écar­ter tout seuls les nuages de fumée enve­lop­pant ce vieux com­plot), nous nous sommes trom­pés, je crois, effec­ti­ve­ment, en foca­li­sant trop sur l’ar­ticle 25 (celui qui inter­dit la pré­sen­ta­tion directe par le Tré­sor de ses propres effets à la Banque Cen­trale) : nous igno­rions qu’une loi de 1936 inter­di­sait depuis long­temps ce type de finan­ce­ment « trop facile » (gasp) (aus­si facile qu’un dis­tri­bu­teur auto­ma­tique de billets).

MAIS la contro­verse ne s’ar­rête pas là : je vou­drais que nous par­lions des deux pistes sui­vantes (toutes les deux repé­rées par Sam, mer­ci à lui) :

1. FIN D’UN RÉSEAU D’IRRIGATION PUBLIQUE EN ARGENT GRATUIT : 

Cette contro­verse a per­mis de com­prendre ensuite qu’il y avait (avant 1973 !) mille AUTRES canaux que cette pro­cé­dure inter­dite : canaux d’ir­ri­ga­tion de l’é­co­no­mie en mon­naie publique gra­tuite via les banques publiques (à qui l’É­tat pou­vait don­ner des ordres de prêt à tel acteur et à tel taux, plus ou moins « boni­fié ») et via les lois spé­ciales qui auto­ri­saient la Banque de France à créer de l’argent spé­ci­fi­que­ment pour tel ou tel orga­nisme public ou semi-public) depuis 1945. 

Toutes ces pos­si­bi­li­tés alter­na­tives ont appa­rem­ment été sup­pri­mées par la loi de 1973 :
voir les très impor­tants com­men­taires de Sam, sur­tout à la fin du billet de Lior et Maga­li.

Sam, 27 juin 2012 02:25

Voyez un peu, rien que le titre de la plu­part des textes abro­gés par décret, au len­de­main de la pro­mul­ga­tion de la loi du 3 jan­vier 1973.

Dans l’es­prit ou dans la lettre, si l’ob­jec­tif n’é­tait pas d’en finir avec les faci­li­tés de caisses ouvertes à toutes sortes de tré­so­re­ries publiques, moi je suis Rocke­fel­ler…

Mais il y a une obser­va­tion impor­tante à en tirer : fina­le­ment, en 1973, ce n’est pas au niveau de l’É­tat qu’on inter­dit les avances, c’est au niveau de tout ce que la nation avait de pou­voirs « décen­tra­li­sés » d’une manière ou d’une autre. Pour pas mal d’entre eux, il s’a­git de ser­vices publics éta­blis après guerre ; sont aus­si concer­nées, il me semble, des banques publiques régio­nales et banques cen­trales des DOM-TOM et des colo­nies :

Décret n° 73–102 du 30 jan­vier 1973 sur la Banque de France

Article 17 – Sont abro­gés les textes sui­vants :
Ordon­nance du Roi du 15 juin 1834 réglant le mode d’exé­cu­tion de l’ar­ticle 3 de la Loi du 17 mai 1834 par lequel la Banque de France est auto­ri­sée à faire des avances sur Effets publics fran­çais à échéance non déter­mi­née ;
[…]
Décret du 3 mars 1852 approu­vant le Trai­té pas­sé le 3 mars 1852 entre le Tré­sor et la Banque de France ;
Décret du 28 mars 1852 por­tant que la facul­té accor­dée à la Banque de France à faire des avances sur Effets publics est éten­due aux Obli­ga­tions de la Ville de Paris ;
[…]
Décret impé­rial du 13 jan­vier 1869 concer­nant l’ad­mis­sion des Obli­ga­tions de la Socié­té Algé­rienne au béné­fice des avances de la Banque de France […]
Décret du 28 février 1880 auto­ri­sant la Banque de France à faire des avances sur Obli­ga­tions des Villes fran­çaises et des Dépar­te­ments fran­çais ;
Décret du 22 février 1899 auto­ri­sant la Banque de France à faire des avances sur Obli­ga­tions émises ou à émettre par le Gou­ver­ne­ment géné­ral de l’In­do­chine ;
Décret du 16 novembre 1902 auto­ri­sant la Banque de France à faire des avances sur Obli­ga­tions émises ou à émettre par le Gou­ver­ne­ment géné­ral de l’Al­gé­rie et par le Gou­ver­ne­ment tuni­sien ;
Décret du 2 juin 1909 auto­ri­sant la Banque de France à faire des avances sur les Obli­ga­tions des emprunts des Colo­nies et Pays de pro­tec­to­rat fran­çais ;
Décret du 22 décembre 1919 auto­ri­sant la Banque de France à faire des avances sur les Obli­ga­tions émises ou à émettre par le « Cré­dit Natio­nal pour faci­li­ter la répa­ra­tion des dom­mages cau­sés par la guerre » ;
Décret du 14 décembre 1926 auto­ri­sant la Banque de France à faire des avances sur les Obli­ga­tions émises ou à émettre par la Caisse Auto­nome de ges­tion des Bons de la Défense natio­nale, d’ex­ploi­ta­tion indus­trielle des tabacs et d’a­mor­tis­se­ment de la Dette publique ;
[…]
Décret du 13 juin 1962 auto­ri­sant la Banque de France à faire des avances sur les Obli­ga­tions, les Bons et les parts de pro­duc­tion émis avec la garan­tie de l’É­tat par Élec­tri­ci­té de France, Gaz de France et Char­bon­nages de France ;
[…]
Décret n°63–821 du 3 août 1963 auto­ri­sant la Banque de France à faire des avances sur les titres des emprunts uni­fiés émis par les Dépar­te­ments,
Com­munes, syn­di­cats de Com­munes, Chambres de com­merce, Ports auto­nomes et orga­nismes béné­fi­ciant de la garan­tie de ces col­lec­ti­vi­tés ;
Décret n°64–757 du 23 juillet 1964 auto­ri­sant la Banque de France à faire des avances sur les titres des emprunts émis par les socié­tés de déve­lop­pe­ment régio­nal ;
Décret n°65–619 du 29 octobre 1965 auto­ri­sant la Banque de France à faire des avances sur les titres des emprunts émis par la Caisse natio­nale des Auto­routes ;
[…]
Décret n°68–95 du 24 jan­vier 1968 auto­ri­sant la Banque de France à faire des avances sur les titres des emprunts émis par la Caisse d’en­traide à l’é­qui­pe­ment des col­lec­ti­vi­tés locales ;
Décret n°71–275 du 7 avril 1971 por­tant créa­tion du Conseil consul­ta­tif de la Banque de France ;
Décret n°72–511 du 16 juin 1972 auto­ri­sant la Banque de France à faire des avances sur les titres des emprunts émis par la Caisse natio­nale des Télé­com­mu­ni­ca­tions ;
[…]

Source : http://​www​.theo​rie​-du​-tout​.fr/​2​0​1​2​/​0​3​/​l​o​i​-​1​9​7​3​-​r​o​t​h​s​c​h​i​l​d​.​h​t​m​l​?​s​h​o​w​C​o​m​m​e​n​t​=​1​3​4​0​7​8​9​1​2​5​3​0​4​#​c​3​8​6​9​2​9​5​2​4​5​1​1​3​4​9​8​262

Nos contra­dic­teurs se sont, je crois, eux AUSSI, trop foca­li­sés sur l’ar­ticle 19 qui, SOI-DISANT, annu­le­rait l’in­ter­dic­tion de l’ar­ticle 25 (en per­met­tant que soient signées des Conven­tions créa­trices de mon­naie publique gra­tuite). Ain­si foca­li­sés (sur un article qui ne libère rien, d’ailleurs : voir ci-des­sous), ils n’ont pas du tout tra­vaillé (que je sache) sur ce réseau d’ir­ri­ga­tion qui a dis­pa­ru en 1973. J’ai hâte de lire leurs ana­lyses (et éven­tuelles réfu­ta­tions) sur ce point (nou­veau pour nous tous).

2. FIN DU DROIT D’INITIATIVE PUBLIQUE (OU DÉBUT D’UN DROIT DE VÉTO PRIVÉ)

Et même cette pos­si­bi­li­té de l’art. 19 (de signer des »conven­tions « gou­ver­ne­ment-par­le­ment »« pour créer de la mon­naie publique gra­tuite pour l’É­tat) est une FAUSSE pos­si­bi­li­té, car, cet article donne au Gou­ver­neur de la Banque de France un pou­voir scan­da­leux de blo­cage total (pou­voir mal expli­qué, et donc comme caché). Qui est ce « Gou­ver­neur » ? Le Gou­ver­neur de la BDF est un hié­rarque non élu dont il faut abso­lu­ment que nous tra­vail­lions le sta­tut, le dévoue­ment au bien com­mun et le contrôle public : Com­ment est-il nom­mé ? Pour com­bien de temps ? Par­mi les can­di­dats choi­sis par qui ? Com­ment peut-il être révo­qué ? Com­ment peut-on lui tordre le bras (ou pas) pour prendre une déci­sion d’in­té­rêt général ?

En don­nant à ce « Gou­ver­neur non élu » le droit d’I­NI­TIA­TIVE de créer la mon­naie gra­tuite pour finan­cer des inves­tis­se­ments publics (droit d’i­ni­tia­tive qui n’est pas don­né, par contre, au par­le­ment lui-même !!!), on donne à cet homme un droit abso­lu­ment stra­té­gique en l’oc­cur­rence, car s’il ne veut pas créer la mon­naie, il peut l’empêcher (et il l’a fait, cor­ne­gi­douille ! il l’a fait jus­qu’en 1992 !) : c’est un droit de VÉTO qui ne dit pas son nom.

Et le « droit de vote du Par­le­ment » (pré­sen­té fal­la­cieu­se­ment comme « la garan­tie démo­cra­tique » de la pro­cé­dure ain­si ins­ti­tuée) ne SERT À RIEN, abso­lu­ment à rien en l’oc­cur­rence, puisque le par­le­ment ne peut rien dire tant qu’on ne lui pro­pose rien : pour nos >élus<, c’est la ser­vi­tude de celui qui a été pri­vé de l’i­ni­tia­tive.

Il n’y a donc rien de >démo­cra­tique< dans le fonc­tion­ne­ment mis en place en 1973.

Et d’ailleurs, LES FAITS prouvent que cette ana­lyse n’est pas absurde : c’est bien depuis 1973 que la dette publique enfle puis explose.

3. En outre, des témoi­gnages acca­blants (des aveux, en fait) d’ac­teurs publics majeurs comme Gis­card ou Rocard, viennent ren­for­cer la démons­tra­tion de la mal­fai­sance cru­ciale de cette loi, que je conti­nue donc, jus­qu’à plus ample infor­mé, à consi­dé­rer comme scé­lé­rate 🙂

Il faut que je déve­loppe cor­rec­te­ment (avec toutes les notes en bas de page néces­saires) ces deux pistes de réfu­ta­tion de ceux qui disent que la loi de 1973 n’a rien chan­gé. Cette syn­thèse de nos échanges jus­qu’à ce jour sera sûre­ment, au final, un cha­pitre de livre 😉

Auriez-vous la gen­tillesse de me signa­ler ici, sur ce fil de blog, tout ce qui vous est pas­sé sous la main sur cette fichue loi de 1973 et qui semble utile, pour m’ai­der à faire la syn­thèse des points de vue en pré­sence sans rien oublier d’im­por­tant (ni personne) ?

Mer­ci à tous, pour tout ce que vous faites. Nous sommes comme un cer­veau col­lec­tif, qui cherche le vrai au milieu des mensonges.

Étienne.

PS : est-ce quel­qu’un peut me dire avec cer­ti­tude si ces conven­tions ini­tiées par le gou­ver­ne­ment et le Gou­ver­neur de la BDF exis­taient déjà avant 1973, ou pas ?

[Mise à jour 6 jan­vier 2013 :

Ça y est ! une Gen­tille Virus a retrans­crit l’en­tre­tien com­plet de Rocard.
Et elle m’a bien recom­man­dé de le colorier/barioler => donc j’ai le droit 🙂

Ver­ba­tim : Michel ROCARD – Emis­sion Media­po­lis sur la radio Europe 1,
le 22 décembre 2012 de 10h à 11h.

Émis­sion ani­mée par Michel FIELD et Oli­vier DUHAMEL.
Trans­crip­tion de Maga­li AB
(http://www.europe1.fr/MediaCenter/Emissions/Mediapolis/Sons/Mediapolis-22–12-12–1356875/)

Oli­vier DUHAMEL : Bon­jour à tous.

Michel FIELD : Bon­jour, c’est Media­po­lis, le ren­dez-vous qu’Eu­rope 1 vous pro­pose chaque same­di, pour ana­ly­ser com­ment les médias pèsent sur la poli­tique et com­ment, par­fois, les poli­tiques essaient de peser sur les medias. Et c’est une émis­sion spé­ciale rétros­pec­tive 2012 que nous vous pro­po­sons, avec un invi­té de marque.

Oli­vier DUHAMEL : Un invi­té, un seul : Michel ROCARD, l’an­cien Pre­mier ministre.

[Annonce : Sur Europe 1, Michel FIEL et Oli­vier DUHAMEL, Media­po­lis avec Michel ROCARD]

[Archive : Nico­las SARKOZY « Nous n’a­vons pas le droit, ici place de la Concorde, de lais­ser dila­pi­der l’hé­ri­tage de la France éter­nelle. Nous les fran­çais, nous ne vou­lons pas de la faci­li­té, du renon­ce­ment, de la mol­lesse, parce que ce ne sont pas des défauts qui sont dans les gênes de la France. » (…) « Peuple de France, entend mon appel, Fran­çaise, Fran­çais, aidez-moi, aidez-moi, aidez la France ».]

Oli­vier DUHAMEL : C’é­tait Nico­las SARKOZY, en cam­pagne élec­to­rale place de la Concorde, le 15 avril der­nier. Qu’est-ce que vous avez pen­sé, Michel ROCARD, de la cam­pagne élec­to­rale de Nico­las SARKOZY et de ce filon de « la France éter­nelle » que la gauche bafouerait ?

Michel ROCARD : Je n’ai pas aimé toute cette cam­pagne élec­to­rale. Elle a été très mar­quée du déni de la réa­li­té et Nico­las SARKOZY a cher­ché à exci­ter un natio­na­liste, une atti­tude assez fran­çaise, cocar­dière, faci­le­ment xéno­phobe, qui ne demande que ça, et qui est désa­gréable, et dont les résul­tats peuvent être poli­ti­que­ment dan­ge­reux. Je n’ai pas du tout aimé cette pré­sen­ta­tion… mais appa­rem­ment les fran­çais non plus : il a été bat­tu, ça n’a pas marché.

Oli­vier DUHAMEL : Bon, donc, Nico­las SARKOZY vous n’a­vez pas trop aimé ; Fran­çois HOLLANDE, on va voir…

[archive : Fran­çois HOLLANDE « Je vais vous dire qui est mon adver­saire, mon véri­table adver­saire. Il n’a pas de nom, pas de visage, pas de par­ti. Il ne pré­sen­te­ra jamais sa can­di­da­ture, il ne sera donc pas élu. Et pour­tant il gou­verne. Cet adver­saire, c’est le monde de la finance. »]

Michel FIELD : Fran­çois HOLLANDE au Bour­get le 22 jan­vier der­nier. Alors, cette phrase qu’on lui res­sort beau­coup en ce moment, sur­tout quand il essaye de séduire le patro­nat ou les banques. Alors « Cet adver­saire, c’est le monde de la finance » : vous n’a­vez pas ces­sé d’en­tendre ça, dans la gauche, depuis toujours.

Michel ROCARD : Non. Mais je regrette que ce ne soit pas plus pré­cis. Il vous sou­vient peut-être qu’en 2007 et 2008 il y a eu une épou­van­table crise finan­cière mon­diale où se sont vola­ti­li­sés pas mal de dizaines de mil­liers de mil­liards de dol­lars, avec la faillite des 4 plus grandes banques amé­ri­caines d’in­ves­tis­se­ment, puis fina­le­ment la faillite de Leh­man Bro­thers, une banque ten­ta­cu­laire, énorme. Nous sommes tou­jours dans le résul­tat de cette crise. Il y a tou­jours dans tout le sys­tème ban­caire des pays déve­lop­pés une inhi­bi­tion, une méfiance devant le fait de prê­ter à l’in­ves­tis­se­ment aux entre­prises, qui fait que nous sommes tou­jours en stag­na­tion. La finance a pris un contrôle du monde dont elle se sert très mal, c’est vrai. Mais il valait mieux le défi­nir avec plus de pré­ci­sion, parce qu’il y a en même temps des gens qui gagnent bien leur vie, et dont la rému­né­ra­tion est par­fois très forte – ça va jus­qu’à des joueurs de foot, par­fois des grands patrons. Elle n’a rien de mal­sain. Elle peut être exces­sive devant cer­taines exi­gences d’é­ga­li­té, elle n’est pas spé­cu­la­tive. Ce mélange n’est pas bon. De la même façon, je dirais aus­si qu’à gauche comme à droite, il ne faut pas cher­cher à exci­ter les pas­sions, il faut spé­ci­fier ce contre quoi on se bat. On se bat contre la xéno­pho­bie, on se bat contre l’en­ri­chis­se­ment illi­cite, on se bat contre le para­si­tisme que la spé­cu­la­tion fait peser sur la vie éco­no­mique. J’au­rais pré­fé­ré qu’on défi­nisse mieux l’ennemi.

Michel FIELD : Donc vous pré­fé­rez le HOLLANDE déve­lop­pant son pacte de com­pé­ti­ti­vi­té au HOLLANDE qui dénonce le monde de la finance ?

Michel ROCARD : ça va un peu ensemble. Parce que le pacte de com­pé­ti­ti­vi­té est un retour vers l’é­co­no­mie réelle, est un encou­ra­ge­ment aux entre­prises pour pro­duire dans de meilleures condi­tions. Reste que c’est vrai, le pacte de com­pé­ti­ti­vi­té a été trop long­temps atten­du. On l’a atten­du long­temps, avant que les nou­velles auto­ri­tés fran­çaises, le Pré­sident et tout le gou­ver­ne­ment, n’é­mettent un mes­sage vers tous ceux qui pro­duisent en France. C’é­tait très attendu.

Oli­vier DUHAMEL : Trop attendu ?

Michel ROCARD : Mais ça a été un bon message.

Oli­vier DUHAMEL : Alors, vous avez été pre­mier ministre. La pre­mière déci­sion que prend un Pré­sident de la Répu­blique lors­qu’il est vient d’être élu, c’est le choix de son Pre­mier ministre. Vous allez donc ana­ly­ser avec nous le choix de Jean-Marc AYRAULT, et c’est dans un instant.

[Annonce : Sur Europe 1, Michel FIEL et Oli­vier DUHAMEL, Media­po­lis avec Michel ROCARD]

Michel FIELD : Rétros­pec­tive de l’an­née 2012 : Fran­çois HOLLANDE revient sur son choix de nom­mer Jean-Marc AYRAULT à Mati­gnon, c’é­tait le 13 novembre à l’Elysée.

[archive : Fran­çois HOLLANDE « Je l’ai choi­si parce que j’ai une grande confiance en lui. C’est tout simple. Je l’ai choi­si parce que je consi­dé­rais que c’est lui qui pou­vait dans cette période si dif­fi­cile, conduire le gou­ver­ne­ment. Pour­quoi ? Parce qu’il est d’a­bord sérieux. C’est impor­tant. Il est loyal. C’est néces­saire. Il est dévoué, dévoué à la cause publique. Et il est concret. Il sait ce que déci­der, diri­ger veut dire, et ce que les Fran­çais veulent – c’est-à-dire une tra­duc­tion immé­diate de ce qui a été décidé. »]

Michel FIELD : sérieux, dévoué, loyal, concret, déci­dant, diri­geant… que d’éloges !

Michel ROCARD : Oui, mais ils sont méri­tés. Je connais bien Jean-Marc AYRAULT, qui est un homme c’est vrai, sérieux, pro­fon­dé­ment droit, loyal. Et figu­rez-vous que dans le monde poli­tique, ça compte. J’ai vécu long­temps dans le monde poli­tique. Le fait qu’on puisse se fier à la parole d’un homme, ça compte. En plus c’est un homme finan­ciè­re­ment impec­cable, par­fai­te­ment propre. Tout ça compte beau­coup. C’est clair aus­si que cet ancien pré­sident du groupe par­le­men­taire socia­liste a une expé­rience par­le­men­taire et une connais­sance du par­ti consi­dé­rable. Il a démi­né beau­coup de conflits. Et ça peut être une grande aide pour Fran­çois HOLLANDE.

Oli­vier DUHAMEL : Cela dit, Michel ROCARD, cela dit, il y a deux types de Pre­mier ministres, si on sim­pli­fie. Ce que j’ap­pelle le « Pre­mier ministre com­plé­ment » et le « Pre­mier ministre redon­dant ». Pour moi, Jean-Marc AYRAULT est le pro­to­type du Pre­mier ministre redon­dant : très proche et sur le fond et sur sa manière d’être…

Michel FIELD : … Michel ROCARD était l’illus­tra­tion de l’autre…

Oli­vier DUHAMEL : Et les Pre­mier ministres com­plé­ment, les deux illus­tra­tions les plus spec­ta­cu­laires sont POMPIDOU, Georges POMPIDOU, face au Géné­ral de GAULLE et Michel ROCARD face à Fran­çois MITTERRAND. Est-ce que, en son prin­cipe, il vaut mieux avoir un Pre­mier ministre com­plé­ment ou un Pre­mier ministre redondant ?

Michel ROCARD : Je ne suis pas sûr du tout qu’il faille mettre un prin­cipe là, et qu’il y ait une norme qui soit la bonne pour la vie publique. C’est le choix du Pré­sident de la Répu­blique et de toute façon la réponse à la ques­tion dépend beau­coup de la nature du Pré­sident de la Répu­blique lui-même…

Michel FIELD : Si vous aviez été élu vous auriez choi­si Jean-Marc AYRAULT ?

Michel ROCARD : … Il n’est pas impro­bable… N’ou­bliez pas que Fran­çois HOLLANDE n’a­vais jamais été ministre…

Oli­vier DUHAMEL :… ni Jean-Marc AYRAULT…

Michel ROCARD : … et il avait donc besoin d’être confor­té par une struc­ture gou­ver­ne­men­tale ani­mée par un Pre­mier ministre qui soit en sym­biose avec lui, vraiment.

Oli­vier DUHAMEL : Par un Pre­mier ministre qui n’a­vait jamais été ministre non plus…

Michel ROCARD : non, mais… mais… qui a fait mar­cher la machine si long­temps… alors que Fran­çois a été plus loin…
Oli­vier DUHAMEL : Je répète : si vous aviez été élu Pré­sident de la répu­blique le 6 mai 2012, est-ce que vous auriez choi­si Jean-Marc AYRAULT ou par exemple

Mar­tine AUBRY ?

Michel ROCARD : D’a­bord pour­quoi est-ce que vous vou­lez me faire répondre à une ques­tion pareille ? J’ai envie de gar­der les ami­tiés des deux. On joue à quoi là ? D’a­bord je ne suis pas Pré­sident de la Répu­blique – ça se sau­rait – et donc je réserve mon choix, natu­rel­le­ment. J’au­rais peut-être aimé faire une plus grosse surprise…

Michel FIELD : Chaque semaine ici on essaye de dis­sé­quer com­ment le poids des média aujourd’­hui déter­mine l’ac­tion poli­tique. Qu’est-ce qui manque à Jean-Marc AYRAULT média-poli­ti­que­ment, pour pas­ser la rampe ? Parce qu’on l’a vu, il y a quand même beau­coup de dif­fi­cul­tés qui sont liées à ce qu’on appelle des dif­fi­cul­tés de communication.

OD : Qu’est-ce qui manque à Jean-Marc AYRAULT dans la média-poli­tique que Michel ROCARD connait bien et cri­tique fort bien ? Vous le sau­rez dans quelques instants.

[Annonce : Sur Europe 1, Oli­vier DUHAMEL, Michel FIEL, Media­po­lis spé­ciale avec Michel ROCARD]

Michel FIELD : Dans cette rétros­pec­tive qu’on vous pro­pose de l’an­née 2012, on demande à Michel ROCARD qu’est-ce qu’il manque à Jean-Marc AYRAULT média-poli­ti­que­ment pour pas­ser la rampe, puis­qu’il y a beau­coup de couacs liés la com­mu­ni­ca­tion gouvernementale.

Michel ROCARD : Je pense pro­fon­dé­ment qu’il lui manque de n’être pas assez sor­ti… de la poli­tique média­tique quo­ti­dienne. Parce qu’il arrive à cette équipe, à

Jean-Marc AYRAULT, à Fran­çois HOLLANDE, une chose ter­rible : nous vivons dans une très grande crise. Elle est mon­diale, elle est gra­vis­sime, elle est com­plè­te­ment incon­nue. Elle nous prend com­plé­te­ment… de tra­vers, enfin dans des condi­tions que per­sonne n’a­vait mai­tri­sé jusque-là. Et il est essen­tiel pour y faire face, d’a­voir un esprit ouvert à toutes ces diver­si­tés, d’a­voir éla­bo­ré un peu quelques autres champs – la socio­lo­gie et l’é­co­no­mie sur­tout. Jean-Marc est presque trop un spé­cia­liste de la quo­ti­dien­ne­té. Et la quo­ti­dien­ne­té obs­cur­cit. Nous sommes dans une crise qui appelle une pen­sée longue. Ce n’est pas… il en est par­fai­te­ment capable – il fort intel­li­gent- mais ce n’est pas son habi­tude et ce n’est pas sa for­ma­tion surtout.

Oli­vier DUHAMEL : « La quo­ti­dien­ne­té obs­cur­cit » c’est du ROCARD dans le texte. Est-ce que je peux avoir quelques sous-titres ?

Michel ROCARD : On peut prendre un exemple assez simple : le chô­mage. Chaque fois qu’on en parle, la presse vous donne le chô­mage de ce mois-ci, et le chô­mage de deux mois avant – par­fois de trois mois avant. La der­nière année de plein emploi en France c’est 1972. Pour com­prendre quelque chose à l’é­vo­lu­tion du chô­mage il faut le regar­der par demi-siècle. Il s’est cas­sé quelque chose dans nos socié­tés. Ce n’est qu’un exemple, c’est par­tout comme ça. De la même façon, la fis­ca­li­té. On est en train de faire le bud­get de l’E­tat, il doit être en dis­cus­sion en ce moment, il y a quelques nou­veaux impôts dedans. Le vrai pro­blème fis­cal de la France, c’est sa récon­ci­lia­tion avec son his­toire. Nous avons empi­lé des quan­ti­tés d’im­pôts qui peut-être pèsent trop. Il fau­drait regar­der tout l’en­semble : c’est ça que je veux dire. La France a besoin de se reprendre un peu, au nom d’une vision longue.

[Annonce : Sur Europe 1, Oli­vier DUHAMEL, Michel FIEL, Media­po­lis spé­ciale avec Michel ROCARD]

[Archive : Fran­çois HOLLANDE : « C’est une bonne jour­née pour l’Eu­rope. Depuis le som­met de la fin du mois de juin, nous avons avan­cé et nous avons pu régler cette nuit-même et la ques­tion de la Grèce et la ques­tion de l’U­nion ban­caire. Alors voi­là : lorsque l’Eu­rope avance, nous devons et notam­ment en France, le sou­li­gner. Parce que ce qui s’est pas­sé au mois de mai, avec le vote des Fran­çais, a été je crois, un des élé­ments qui a per­mis d’ar­ri­ver à ce résul­tat. Main­te­nant, il faut le consolider. »]

Michel FIELD : Le Pré­sident HOLLANDE le 13 décembre der­nier à Bruxelles. Alors cette crise de l’Eu­ro, la sor­tie de la crise euro­péenne, c’est le leit­mo­tiv de Fran­çois HOLLANDE. D’un cer­tain point de vu, lui qui n’est pas étouf­fé par la quo­ti­dien­ne­té, en gros, sa théo­rie c’est : les crises sont cycliques et toutes les mesures que nous pre­nons aujourd’­hui, c’est en attente du début de la reprise à venir, néces­saire parce que les crises sont cycliques dans le capi­ta­lisme. Vous par­ta­gez cette forme d’op­ti­misme rai­son­nable du Pré­sident HOLLANDE ?

Michel ROCARD : je ne par­tage pas beau­coup cette vision. Je ne crois pas que les crises soient cycliques. Per­met­tez-moi de rap­pe­ler que de 1945 à 1972 ou 73, il n’y a jamais, JAMAIS – ça fait près de 30 ans – JAMAIS eu de crise finan­cière, pas de crise cyclique. On savait faire. On a métho­di­que­ment cas­sé tous les régu­la­teurs qui empê­chaient ça depuis, et main­te­nant nous avons retrou­vé une grande crise cyclique tous les 4 ou 5 ans, c’est vrai. Ça fait un cycle presque court. Mais ce n’est pas la vraie ana­lyse de ce qui se passe main­te­nant. Il faut se sou­ve­nir de Leh­man Bro­thers à qui j’ai fait allu­sion tout à l’heure. Il y a eu en 2007–2008 une explo­sion mon­diale ter­rible qui a com­men­cé aux Etats-Unis, avec une explo­sion dans l’im­mo­bi­lier. On avait trop prê­té sans faire atten­tion aux condi­tions aux­quelles on prê­tait, il y avait même une prime sup­plé­men­taire – la sub-prime et ce sys­tème ban­caire a fait une bulle, et a com­plè­te­ment explo­sé. Ça, ça a dégé­né­ré et ça a entraî­né une faillite géné­rale, qui avec la faillite de Leh­man Bro­thers et celle d’un mil­lier de banques amé­ri­caines quand même, a entrai­né un début de réces­sion mon­diale. On a eu ‑3% du PIB en 2009. C’é­tait une crise de la finance pure­ment pri­vée, les Etats n’y étaient pour rien. Mais nous étions déjà dans un sys­tème qui encou­ra­geait les Etats à s’en­det­ter. Qu’est-ce qu’on a fait à ce moment là ? On a déci­dé au G20 (pro­po­si­tion : SARKOZY d’ailleurs, sou­tient immé­diat : OBAMA, écri­ture du texte : Pre­mier ministre anglais – BROWN, il s’ap­pe­lait – et on a déci­dé de faire inter­ve­nir les contri­buables, les Etats pour empê­cher les banques de s’é­cra­ser plus com­plè­te­ment. On a donc presque créé une nou­velle crise, celle de la dette sou­ve­raine, qui n’exis­tait pas avant, parce qu’on a aggra­vé les situations.

Oli­vier DUHAMEL : Il y avait moyen de faire autrement ?

Michel ROCARD : Je ne suis pas sûr qu’il y avait… enfin « moyen de faire autre­ment » : c’est for­mi­dable ! Rap­pe­lons-nous quelque chose : la Banque de France a été créée en 1801 et jus­qu’en 1874 (ça fait quand même du temps, hein)…

Michel FIELD : oui, ce n’est pas la quo­ti­dien­ne­té, oui…

Michel ROCARD : … elle finan­çait l’E­tat sans inté­rêt. Sans inté­rêt. Si on était res­té là, aujourd’­hui, avec tous les emprunts qu’on a fait depuis – puis­qu’on emprunte tous les ans – la dette publique fran­çaise serait de 16 ou 17% du Pro­duit Natio­nal Brut. Mais en 1974 , on a eu une loi stu­pé­fiante qui s’ap­pelle la loi ban­caire, qui a inter­dit à l’E­tat de se finan­cer sans inté­rêt auprès de la Banque de France, et qui a obli­gé notre Etat… nous fai­sions comme les Alle­mands, tout le monde, c’é­tait un peu la mode, c’é­tait une façon de pen­ser… On a obli­gé les Etats à aller se finan­cer sur le mar­ché finan­cier pri­vé, à 4 ou 5%. Et du coup, notre dette, elle est main­te­nant à 90–91% du pro­duit natio­nal brut. C’est un peu effrayant. La dette s’est moins aug­men­tée du sur­plus post Leh­man bro­thers que j’é­vo­quais tout à l’heure. Ce qui veut dire tout d’a­bord que l’hu­ma­ni­té a vécu quelques siècles en se finan­çant à l’œil et sans avoir de crise de la dette sou­ve­raine. Ça donne des idées, tout de même…

Quand on sait que la Banque cen­trale amé­ri­caine, a depuis ça, pour évi­ter la réces­sion, fait bien plus que tous les autres en prê­tant 1.200 mil­liards de dol­lars en plus des 700 mil­liards de dol­lars du plan OBAMA offi­ciel à 0,01% d’in­té­rêt, aux banques en dif­fi­cul­té. Les banques, qui nous avaient mis en dif­fi­cul­té mais qui y étaient elles-mêmes, trou­vaient leur argent pour s’en sor­tir à 600 fois plus [moins] cher le loyer de l’argent que la pauvre Grèce. Et même à 300 fois plus [moins] cher que nous ! Qu’est-ce que c’est que ce jeu imbé­cile ? C’é­tait donc pos­sible de l’é­vi­ter.
C’é­tait votre ques­tion. Mais…

Oli­vier DUHAMEL : Mais nous repren­drons dans quelques instants…

Michel ROCARD : Mais, bon, et alors pour le moment nous sommes endettés…

Oli­vier DUHAMEL : car nous devons faire une cou­pure publi­ci­taire, on doit inter­rompre la rétros­pec­tive mul­ti­sé­cu­laire de Michel ROCARD parce que nous avons une pause publi­ci­taire obligée.

[Annonce : Sur Europe 1, Oli­vier DUHAMEL, Michel FIEL, Media­po­lis spé­cial avec Michel ROCARD]

Michel FIELD : Petite péda­go­gie de la crise finan­cière de Michel ROCARD

Michel ROCARD : haha…

Michel FIELD : On pou­vait faire autre­ment, donc ?

Michel ROCARD : On pou­vait faire autre­ment, mais on n’a pas fait autre­ment. Donc les règles du jeu sont là et main­te­nant on est coin­cé et il faut rem­bour­ser la dette. Alors, il y a de très grands éco­no­mistes – les deux der­niers Prix Nobel, l’un s’ap­pelle Paul KRUGMAN, l’autre s’ap­pelle Joseph STIGLITZ, qui disent « arrê­tez, arrê­tez, ne faites pas les fous, n’ag­gra­vez pas votre réces­sion, parce que la dépense publique, la dépense d’E­tat, c’est aus­si des salaires, des chan­tiers, des tra­vaux publics, de l’ac­ti­vi­té, de l’é­co­no­mie. Vous étei­gnez le moteur de la dépense publique : vous ralen­tis­sez la crois­sance. Faites pas ça, dit-il, si vous ralen­tis­sez votre crois­sance, vous ne pour­rez plus payer vos impôts ».

Oli­vier DUHAMEL : « Faites pas ça, dit-il » et pour­tant c’est ce que l’Eu­rope fait.

Michel ROCARD : ça c’est ce que disent les der­niers Prix Nobel, qui hurlent à la défense. Mais la loi reçue est ancienne, et la loi reçue, c’est pas ça, et son grand prêtre est encore Madame MERKEL. Et Madame MERKEL, elle dit : « les éco­no­mies se portent d’au­tant mieux que l’E­tat s’en mêle moins ». Ce qui veut dire d’ailleurs que sur la crise de 2007–2008, il aurait fal­lu lais­ser se faire com­plè­te­ment les faillites. Pas seule­ment Leh­man Bro­thers, beau­coup d’autres, pour que le mar­ché soit apu­ré. Voi­là ce qu’elle dit. Elle dit : « Vous retrou­ve­rez de la crois­sance quand vous aurez retrou­vé de la confiance. Quand tout le monde aura le sen­ti­ment qu’une dette est faite pour être payée. Que si on met de l’argent quelque part, on le récu­père : c’est ça la condi­tion pour redé­mar­rer la croissance. »

Dans la condi­tion où nous sommes, ce redé­mar­rage sup­pose que nous aggra­vions la réces­sion chez nous. Et c’est un com­bat intel­lec­tuel. Alors, il y a en fait deux batailles là-dedans. La pre­mière bataille, elle est ins­ti­tu­tion­nelle : quel est le pou­voir de com­man­de­ment dans l’Eu­ro ? Je vais prendre un exemple tout bête : il doit y avoir 150 ans que le dépar­te­ment de la Corse équi­libre mal ses comptes – la Corse est pas très bien gérée… Per­sonne n’a jamais enten­du dire, à la Banque de France, « j’en ai assez de la Corse, je ne recon­nais plus la Corse, et je l’en­voie se faire finan­cer sur les mar­chés étran­gers ». On n’a jamais dit ça. Alors le Franc est là, la Corse peut faire ce qu’elle veut au fond – ou la Bre­tagne – enfin, le Tré­sor garan­ti. Une vraie mon­naie, c’est ça. Et quand on a créé l’Eu­ro, on n’a pas don­né au gérant de l’Eu­ro, le vrai pou­voir de faire ça. Il fal­lait le faire pour la Grèce parce que sinon on ne pas croire en une mon­naie. Voi­là ce qui s’est pas­sé avec l’Eu­ro. Il fal­lait donc don­ner à la Grèce. Parce que la Grèce… tout cela est un peu idiot : la Grèce c’est tout petit, la Grèce c’est 1,5% du Pro­duit brut euro­péen. Un bon coup de bataille contre la spé­cu­la­tion avec des muni­tions mises par la banque cen­trale : on gagne. Mais la Banque cen­trale n’a pas le droit d’é­mettre. C’est ça, la crise.

Michel FIELD : C’est en train de chan­ger, ça…

Michel ROCARD : C’est pas une crise grecque, c’est une crise institutionnelle.

Michel FIELD : C’est en train de chan­ger, les nou­velles mis­sions de la BCE, fina­le­ment dans ce bras de fer l’Al­le­magne recule un peu.

Michel ROCARD : Alors je n’ai pas lu tout à fait le détail, je ne suis pas un spé­cia­liste poin­tu de ce genre de chose, et c’est en train de chan­ger un peu et je me demande si c’est en train de chan­ger suf­fi­sam­ment. Il m’est venu sous la lec­ture que l’ac­cord inter­ban­caire – l’U­nion ban­caire qui est en train de se faire garde encore quelques insé­cu­ri­tés, quelques imper­fec­tions. Je n’en sais rien, encore une fois, je ne suis pas spé­cia­liste. Mais ce qui sûr, c’est qu’en plus, pour que l’Eu­ro béné­fi­cie d’une totale soli­da­ri­té oppo­sable à tout spé­cu­la­teur, et qui tombe quel que soit le pays en dif­fi­cul­té der­rière – la Grèce, l’Es­pagne, l’I­ta­lie ou la France, ou même la Grande-Bre­tagne d’ailleurs, qui inci­dem­ment, il faut bien le rap­pe­ler est quand même bien plus endet­tée que nous, ça pour­rait lui arri­ver à elle aus­si – Que n’im­porte quel spé­cu­la­teur sache que l’Eu­ro, ça tien­dra. Der­rière cette volon­té ban­caire il fal­lait bien enten­du la garan­tie d’une inten­tion politique.

Cette inten­tion poli­tique, c’est « on fait l’Eu­rope pour des rai­sons bien plus géné­rales, bien plus géo­po­li­tiques, c’est pour l’a­ve­nir, et c’est pour se trou­ver grand dans le monde des géants, quand l’A­sie com­man­de­ra le monde, dans 30 ans d’i­ci. » L’A­sie, elle va pas iden­ti­fier sur une carte le Por­tu­gal ou le Luxem­bourg sur une carte du monde, ni même peut-être la France. Un demi-mil­liard d’Eu­ro­péens, tou­jours les plus riches du monde avant les Chi­nois : là on peut exis­ter. Voi­là pour­quoi on a besoin d’une Europe qu’on a jamais réus­si à faire. Or voi­là qu’on vient de prendre une semaine – enfin quelques mois de retard. Madame MERKEL et Mon­sieur HOLLANDE ont jugé qu’on allait peut-être un peu vite et qu’il était impru­dent élec­to­ra­le­ment d’en pro­po­ser trop. Je regrette cette déci­sion. Il faut bien qu’on dise aux gens qu’y’a pas de poli­tique sans risque. Une poli­tique sans risques, ça n’existe pas. Il y a des risques par­tout. Celui-là on a besoin de le prendre, parce qu’on a besoin d’être renforcés.

Nous avons cas­sé l’en­thou­siasme et la foi dans l’Eu­rope, au nom de laquelle on appe­lait à la soli­da­ri­té finan­cière abso­lue. Dan­ge­reux, ça. Alors je suis pas si sûr que ça qu’on soit débar­ras­sés de cette crise de la dette sou­ve­raine en Europe. Et je vais don­ner son vrai nom, à cette crise de la dette sou­ve­raine en Europe : c’est un sur­croit de dette publique créé par nous, pour des rai­sons ins­ti­tu­tion­nelles, à cause de la façon dont a été trai­tée la dette pré­cé­dente, dans le caphar­naüm extrê­me­ment dan­ge­reux d’une finance pri­vée deve­nue folle.

Écou­tez bien : il y a dans le monde aujourd’­hui une liqui­di­té mon­diale créée par les banques – elle a dou­blé depuis 5 ou 6 ans – qui est à 800 T. Il faut que nos audi­teurs apprennent les nou­velles uni­tés moné­taires. Quand on va faire de la mon­tagne, il faut apprendre les alti­tudes, l’u­ni­té est le mètre d’al­ti­tude, il faut com­pa­rer avec le Mont Blanc etc. Par­tout il faut apprendre les uni­tés, il nous est émer­gé une nou­velle uni­té : le T, pour tril­lion. Un T, c’est 1.000 mil­liards dol­lars. Nous avons donc 800.000 mil­liards de dol­lars en bal­lade dans le monde, dont les mil­liers de tran­sac­tions quo­ti­diennes concernent de l’ex­por­ta­tion ou de l’im­por­ta­tion de biens et de ser­vices pour 2%. Concernent la vraie éco­no­mie pour 2%. Et pour 98% joue sur des mar­chés spé­cu­la­tifs et ça peut explo­ser tous les jours parce que la contre­par­tie de cette mon­naie n’est pas en sécu­ri­té : c’est un endet­te­ment extrême.

Ça peut sau­ter n’im­porte où. Ça, c’est le vrai dan­ger. La petite Europe à côté de ça n’est qu’un déto­na­teur. Comme est un déto­na­teur la crise immo­bi­lière qui sévit en Chine actuel­le­ment. Tout le monde s’en fout, on ne le sait pas. Le monde est inter­con­nec­té. Nous sommes dans un désastre mon­dial. Il y a une crise immo­bi­lière en Chine, qui vaut bien celle des Etats-Unis d’il y a 5 ans.

Oli­vier DUHAMEL : Avec Michel ROCARD, on passe donc, comme on vient de l’en­tendre, de la rétros­pec­tive lucide à la pros­pec­tive plu­tôt inquiétante.

Michel FIELD : Petite appli­ca­tion de cette crise, on revient dans un ins­tant sur le cas Florange.

[Annonce : Sur Europe 1, Oli­vier DUHAMEL, Michel FIELD, Media­po­lis spé­cial avec Michel ROCARD]

Michel FIELD : Petite illus­tra­tion de la crise avec Flo­range. On écoute Jean-Marc AYRAULT :

[Archive : Jean-Marc AYRAULT : « Natio­na­li­ser MITTAL, ça avait un coût. Il fal­lait en gros mobi­li­ser, au-delà de ce que le repre­neur pou­vait appor­ter, autour de 400 mil­lions avec son par­te­naire, un mil­liard d’Eu­ros. Pour faire repar­tir les hauts-four­neaux, c’é­tait à peu près 450 mil­lions. Donc qui aurait payé ? Les contri­buables. Avec la cer­ti­tude que les emplois auraient été dans la durée main­te­nus ? Je ne pou­vais pas le garantir. »]

Michel FIELD : Le Pre­mier ministre, le 6 décembre der­nier sur RTL. Com­ment vous l’a­vez res­sen­tie, ana­ly­sée, cette aven­ture de Flo­range ? Et la manière dont Arnaud MONTEBOURG a bran­di la natio­na­li­sa­tion tem­po­raire comme solu­tion– et il conti­nue de le faire, d’ailleurs ?

Michel ROCARD : Pre­miè­re­ment, on peut dire sans doute que la plu­part des membres de cette équipe sont par­tis trop vite et ont par­lé trop vite. Ils se sont pas don­né le temps d’une réflexion sereine pour savoir où on va. Je veux dire que j’aime pas beau­coup la natio­na­li­sa­tion, c’est en géné­ral assez mal­adroit, mais qu’une natio­na­li­sa­tion tem­po­raire, après tout, ça peut ser­vir, ça existe. Les Etats-Unis viennent de s’en ser­vir à deux ou trois reprises – et très bien – notamment…

Michel FIELD : pour Gene­ral Motors

Michel ROCARD : … à pro­pos de l’au­to­mo­bile et d’une entre­prise de cen­tra­li­sa­tion immo­bi­lière. Pour­quoi pas ? ne fai­sons pas de prin­cipe là. Mais il fal­lait réflé­chir plus avant.

Oli­vier DUHAMEL : Donc vous êtes plus MONTEBOURG qu’AYRAULT.

Michel ROCARD : Deuxiè­me­ment, je ne crois pas à l’i­dée – c’est très grave – de mettre des sous là-dedans pour faire tour­ner mieux. C’est pas comme ça qu’ça’s’passe.

Oli­vier DUHAMEL : Ah, donc vous êtes plus AYRAULT que MONTEBOURG.

Michel ROCARD : Ce qui manque à MITTAL, c’est des ventes. Ce qui nous manque, c’est la crois­sance géné­rale. C’est donc dans… Et on a com­men­cé cette émis­sion en rap­pe­lant que je n’a­vais pas beau­coup aimé la cam­pagne élec­to­rale des deux côtés. Les deux can­di­dats prin­ci­paux avaient dédai­gné le fait que nous étions dans une crise qui se tra­dui­sait par une absence de crois­sance durable.

Oli­vier DUHAMEL : Donc sur Flo­range, vous êtes AYRAULT ou vous êtes MONTEBOURG ?

Michel ROCARD : Je ne vois pas de rai­son de répondre comme ça…

Oli­vier DUHAMEL : Ah, bon ?

Michel ROCARD : Venons au fond de l’af­faire. La part du salaire direct et indi­rect dans le pro­duit natio­nal brut fran­çais n’est plus qu’à 57%. Elle a per­du 10% en une dizaine d’an­née. Ce qui veut dire qu’il y a 30 à 40 mil­liards d’Eu­ros qui étaient du salaire direct ou indi­rect – donc du pou­voir d’a­chat – qui se sont éva­po­rés, qui sont par­tis vers les mar­chés finan­ciers, pen­dant que du côté des salaires, on a fait des pré­caires et des chô­meurs. Ceux-là consomment pas, et on vend plus d’a­cier à ceux-là parce qu’on vend moins de voi­tures. C’est ça, la crise.

Alors, sau­ver une entre­prise, iso­lée, on peut peut-être le faire si ses pers­pec­tives sont bonnes. Je ne connais pas assez bien le mar­ché pour savoir si elle est plus en crise que les autres, ou si ses four­nis­seurs, ses clients, les contrats d’ex­por­ta­tion qu’on peut avoir vers l’Al­le­magne (qui conti­nue à impor­ter) suf­fit… je n’en sais rien. Ça, c’est une res­pon­sa­bi­li­té gou­ver­ne­men­tale. Ayrault est un homme sage. Il a été un peu rapide à condam­ner l’i­dée de la natio­na­li­sa­tion tem­po­raire, la néces­si­té c’é­tait qu’ils se mettent d’ac­cord, qu’ils prennent du temps et qu’ils cal­culent juste. Je parle, qu’ils cal­culent juste dans la tête.

Eh bien ce qu’il faut c’est qu’il faut, Europe entière, que nous met­tions fin à cette situa­tion dans laquelle 30% – 30%, vous enten­dez ce pour­cen­tage démen­tiel ? – 30% de la popu­la­tion de tous les pays déve­lop­pés est soit au chô­mage, soit pré­caire, soit pauvre. Et tous ceux-là consomment pas. Et on se demande pour­quoi il y a plus de crois­sance. C’est ça, la règle. C’est un méca­nisme lent qui ne peut pas aller très vite.

Michel FIELD : A l’is­sue de la crise de Flo­range, on a vu la posi­tion d’Ar­naud MONTEBOURG le fai­sait être plus popu­laire fina­le­ment et gagner des points dans les son­dages d’o­pi­nion. Peu importe, mais ça veut dire aus­si que des poli­tiques qui affirment une volon­té poli­tique de faire quelque chose – peu importe le juge­ment qu’on porte – sont plé­bis­ci­tés par l’o­pi­nion. Et je repense à la phrase de Lio­nel JOSPIN « L’E­tat ne peut pas tout ». Qu’est-ce que peut aujourd’­hui le poli­tique devant cette crise-là ? A part dire la véri­té, comme vous vous effor­cez de le faire.

Michel ROCARD : Lio­nel Jos­pin l’a­vait dit, c’est évident que « L’E­tat ne peut pas tout ». Deuxiè­me­ment, tout indi­vi­du, Ministre, membre d’un col­lège, qui gou­verne, pré­sident, qui espère pou­voir prendre au jour le jour sur tout pro­blème, des mesure popu­laires se met le doigt dans l’œil jus­qu’au coude. C’est impos­sible. Quand on est en situa­tion de crise, on passe son temps à avoir des déci­sions extrê­me­ment dures à prendre. La réfé­rence aux son­dages est une folie. Les son­dages devien­dront bons, si le résul­tat est bon après. Mais pour que le résul­tat soit bon, il faut pro­ba­ble­ment faire de la chi­rur­gie. Quand vous pas­sez à l’hôst… à l’hô­pi­tal, votre pro­blème n’est pas la popu­la­ri­té du chi­rur­gien, y com­pris auprès de vous-même, c’est qu’il soit bon. Et sou­vent, ça fait mal. Voi­là la situa­tion où nous en sommes. Moi, ce que j’aime chez MONTEBOURG, c’est un cer­tain cou­rage et un cer­tain culot. Mais je n’aime l’ac­tion de franc-tireur : un gou­ver­ne­ment est néces­sai­re­ment un collège.

Oli­vier DUHAMEL : Donc votre appré­cia­tion est quand même très nuan­cée sur MONTEBOURG. Mais, un fonc­tion­ne­ment démo­cra­tique dans un gou­ver­ne­ment : quelle liber­té ça donne à cha­cun de s’ex­pri­mer avant que la déci­sion col­lec­tive ait été prise, ou est-ce qu’il faut la bou­cler et se conten­ter de gérer son secteur ?

Michel ROCARD : Il faut… c’est très com­pli­qué de gou­ver­ner… Il faut la bou­cler. Un gou­ver­ne­ment n’est effi­cace que s’il n’y a qu’une seule déci­sion, et elle a natu­rel­le­ment plu­sieurs contri­bu­teurs. Il faut savoir se mettre d’ac­cord. Il y a même un pro­blème d’hu­mi­li­té à cet égard. Il faut bien le dire. Mal­heu­reu­se­ment, je suis obli­gé de le dire comme ça. Mais la liber­té du com­men­taire une fois la déci­sion prise, est bien évi­dem­ment totale. Il y a des éclai­rages différents.

Michel FIELD : Il souffre un peu de manque de cohé­sion, ce gouvernement ?

Michel ROCARD : Je ne suis pas sûr qu’il souffre d’un manque de cohé­sion, parce que je ne vois pas de désac­cord là-dedans. Il souffre d’un manque d’ha­bi­tude de la pré­pa­ra­tion col­lec­tive. Tout ça est com­pli­qué, et tout ça sup­pose qu’on s’in­forme tou­jours sur le moyen et le long terme.

Oli­vier DUHAMEL : Et qui est en charge de faire vivre un col­lec­tif, de don­ner corps à ce col­lec­tif ? Le Pré­sident ou le Pre­mier ministre ?

Michel ROCARD : Le Pre­mier ministre. Très réso­lu­ment. Il est chef de la majo­ri­té par­le­men­taire et en même temps qu’il est le chef du gou­ver­ne­ment. Notre consti­tu­tion est com­pli­quée mais sur ce point elle est claire. Le Pré­sident est l’inspirateur.

Oli­vier DUHAMEL : Et bien on va voir si vous ins­pi­re­rez l’an­née 2013, et si ce col­lec­tif sur­gi­ra. Mer­ci beau­coup Michel ROCARD pour ces éclai­rages très utiles et très pro­fonds, sur notam­ment la crise dans laquelle nous sommes encore.

Michel FIELD : Nous allons nous quit­ter en musique…

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Étienne

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433 Commentaires

  1. Gaetan
  2. Lior

    Et bien 🙂

    Sacré Etienne !

    Nous atten­dons de tes nou­velles là des­sus. Néan­moins, je rap­pelle que la thèse de notre article n’est pas « La loi de 1973 est-elle démo­cra­tique ? » ou « La loi de 1973 est-elle gen­tille ? » 🙂

    C’est « La loi de 1973 empêche-t-elle l’E­tat d’emprunter auprès de la BdF ? » et c’est clair que oui, c’est le cas.

    Après je suis abso­lu­ment d’ac­cord (et on ne le cache pas), nous n’a­vons pas étu­dié toutes les conven­tions concer­nant les entre­prises publiques, les réseaux SNCF etc etc.

    Et je pen­sais d’ailleurs me lan­cer dans ce travail 🙂

    À bien­tôt j’espère !

    Réponse
  3. Lior

    Par­don, j’é­dite mon der­nier message :

    C’est « La loi de 1973 empêche-t-elle l’E­tat d’emprunter auprès de la BdF ? » et c’est clair que la réponse est non.

    A bien­tôt 🙂

    Réponse
  4. Morpheus

    @ Lior

    Un lap­sus révélateur ?

    😉

    Cor­dia­le­ment,
    Morpheus

    Réponse
  5. Étienne

    Cher Lior,

    L’ar­ticle 19 ne per­met PAS l’emprunt : il per­met l’emprunt SI l’o­li­garque ban­caire de garde veut bien. Façon hypo­crite (mais astu­cieuse, je le recon­nais) de dire que l’ar­ticle 19 ne per­met PAS l’emprunt.
    Et les FAITS le confirment sur 20 ans de NON conven­tion, entre 1974 et 1993.

    C’est conco­mi­tant de l’a­veu de Rocard, mais c’est un rai­son­ne­ment tout à fait indé­pen­dant, auto­nome. Et solide, je trouve.

    Non ?

    Je te voyais venir, petit canaillou ) quand j’ai dit 1974 : je sais bien qu’il y a eu une conven­tion signée en 1973, mais, de mon point de vue, cette conven­tion qui est la seule, que je sache, à avoir été signée (fin 1973 parce qu’on ne pou­vait pas faire autre­ment puis­qu’il y avait déjà 20 mil­liards de francs dehors, à légi­ti­mer à la nou­velle « mode ») est une (stricte et unique) excep­tion à la règle d’in­ter­dic­tion DE FAIT qui se met­tait en place en 1973, et pas du tout une démons­tra­tion de la non exis­tence de cette règle. 

    Et les FAITS (18 ans sans une seule conven­tion, et l’É­tat qui emprunte tou­jours avec inté­rêts désor­mais) montre que cette ana­lyse est sans doute la meilleure.

    Cette loi est scélérate 😉

    J’ai hâte de te revoir 🙂

    Étienne.

    PS : ne m’en veux pas, je laisse ton lap­sus, c’est trop beau 🙂 
    Bises.

    Réponse
  6. Polechomage

    J’ai conscience d’être loin d’être un éru­dit sur la ques­tion, et beau­coup d’entre vous ont étu­dié la ques­tion plus à fond que moi, mais j’ai l’im­pres­sion à chaque fois que j’en­tends par­ler de cette loi qu’il y a un biais de rai­son­ne­ment, peut-être ai-je mal compris. 

    Vous com­pa­rez un emprunt à la banque cen­trale à taux zéro avec un emprunt à une banque pri­vée à taux plus éle­vé, je n’a­vais pas cette vision de l’emprunt privé. 

    Pour moi, l’emprunt pri­vé était sous forme d’o­bli­ga­tions que l’É­tat émet, et des obli­ga­tions il en exis­tait avant la loi de 73, pourquoi ? 

    Peut-être y a‑t-il une piste de réponse dans le fait que l’argent inves­ti dans une obli­ga­tion est de l’argent tiré de l’é­pargne, il n’y aurait donc pas créa­tion moné­taire dans ce type de prêt pri­vé, alors qu’il y a créa­tion moné­taire quand on emprunte à sa banque centrale ? 

    Je n’ai pas la pré­ten­tion de déte­nir une quel­conque véri­té, mais depuis que je lis des cri­tiques de cette loi, cela me semble repo­ser sur une vision faus­sée de l’emprunt pri­vé : y a‑t-il vrai­ment des emprunts aux banques de la même façon que les ménages empruntent ou est-ce bien comme je le pense des obligations ?

    Réponse
  7. A-J Holbecq

    @Polechomage

    La ques­tion ne me semble pas là, mais dans le fait que si l’É­tat avait, au fur et à mesure, moné­ti­sé direc­te­ment ses faibles besoins de défi­cits *pri­maires*, la moné­ti­sa­tion aurait été très faible et nous n’au­rions qua­si­ment pas de dettes. 

    Voir par exemple le cal­cul pour la période 1994 – 2011

    Réponse
  8. Polechomage

    Oui ce gra­phique est dans votre livre que j’ai lu, mais l’État peut-il vrai­ment de façon illi­mi­tée et sans « effets secon­daires indé­si­rables » emprun­ter à sa banque centrale ? 

    Il me semble que la France émet­tait des obli­ga­tions avant la loi de 1973, il doit bien y avoir une rai­son, ce gra­phique sup­pose que l’on emprunte la tota­li­té à sa banque cen­trale il me semble, cette situa­tion a‑t-elle jamais existé ? 

    Si oui, cette loi est cer­tai­ne­ment un scandale, 
    si non le gra­phique est faussé 
    (ou alors j’ai mal com­pris ce qui est très possible)

    Réponse
  9. J.C

    Si j’ai bien com­pris, l’hy­po­thèse avan­cée est que la loi de 73 empê­che­rait l’é­tat d’emprunter à sa banque cen­trale non en inter­di­sant le prin­cipe de l’emprunt mais en lui reti­rant l’initiative ?

    Bien ami­ca­le­ment

    J.C

    Réponse
  10. A-J Holbecq

    @Pelochomage

    Non, cette étude est récente (octobre) et pour évi­ter tout débat part de 1994 (et non de 79 comme dans mon livre.

    Il n’a jamais été ques­tion ici que l’E­tat puisse emprun­ter d’une manière illi­mi­tée (encore que les néo­char­ta­listes consi­dèrent qu’il faut le faire, et non pas emprun­ter mais créer la mon­naie, tant qu’il y a du chô­mage puisque de leur point de vue ni les recettes fis­cales ni les emprunts ne sont néces­saires à l’E­tat). La ques­tion est de savoir si la même quan­ti­té de mon­naie émise par les banques com­mer­ciales serait moins infla­tion­niste que si elle était émise par la banque centrale.

    Mais encore, tous les cal­culs montrent ( à+ ou – 10%) que la dette est consti­tuée de 80% d’in­té­rêts qu’on aurait pu évi­ter d’emprunter en moné­ti­sant les défi­cits pri­maires… c’est aus­si ce que dit Rocard.

    @JC : Article 19 :

    « Les condi­tions dans les­quelles l’État peut obte­nir de la Banque des avances et des prêts sont fixées par des conven­tions pas­sées entre le ministre de l’é­co­no­mie et des finances et le gou­ver­neur, auto­ri­sé par déli­bé­ra­tion du conseil géné­ral. Ces conven­tions doivent être approu­vées par le Parlement. »

    On note­ra : « Peut obte­nir », « conven­tions pas­sées entre le ministre et le gou­ver­neur de la BdF » le Par­le­ment n’é­tant consul­té que pour appro­ba­tion ou rejet… mais encore faut-il que le Ministre pro­pose au Gou­ver­neur (ou l’in­verse) et que les deux tombent d’ac­cord : ce qu’ils n’ont jamais fait : le Par­le­ment n’a rien eu à dire, même si un pro­jet de loi avait été dépo­sé en 1981 ( http://​mon​naie​.wikis​paces​.com/​P​r​o​p​o​s​i​t​i​o​n​+​d​e​+​l​o​i​+​157 ), et rejeté…

    En fait le dogme de non moné­ti­sa­tion était tel que cette idée devait sem­bler aber­rante sauf à cer­tains éco­no­mistes éclai­rés comme Tovy Grje­bine qui est à « l’o­ri­gine intel­lec­tuelle » de ce pro­jet de loi.

    Réponse
  11. RHC

    Bon­soir,

    La loi de 1973 est-elle démocratique ?

    si le gen­til oli­garque ban­caire de garde le veut bien. lol
    La réponse devient oui et non (tétra­va­lente?)
    Ok ! j’ar­rête là ! 8) .
    Bonne fête à tous et à toutes.

    Réponse
  12. Ana Sailland

    Une belle per­cée 🙂 Bravo !

    Nous avions Vous aviez à quelques uns déjà cap­té il y a quelques mois le coup des conven­tions. Qui me fait furieu­se­ment pen­ser au coup de l’ar­ticle 11 de l’ac­tuelle « « Conges­tion » » de la ResNon­Pu­blique 😉 = Ce truc per­vers qui consiste à annon­cer un droit qui est en fait verrouillé.

    Ce qui est nou­veau pour moi, c’est cette longue série d’an­nu­la­tions. J’a­vais cher­ché en vain mais depuis ma mon­tagne, c’est pas évident. Ceci m’in­cite quand même dans ma para­noïa aigüe à soup­çon­ner une volon­té de dis­si­mu­la­tion de la part de la domi­nance hémi­cy­cliste et/ou finan­cière. Que diable ce Mon­sieur RockArt ne nous a‑t-il joué un concert hard lors­qu’il en était encore temps. Que diable FH reste-t-il éva­sif quand il est inter­viewé publi­que­ment sur cette ques­tion. Et en rai­son de quelle tur­pi­tude Fran­çois Fillon pleur­ni­chait il son « les caisses sont vides » sans en révé­ler la cause ?

    Com­pre­nons bien que ceux qui sont en place car pré­ten­dus com­pé­tents ne peuvent être que stu­pides ou mal­hon­nêtes. Je penche pour la seconde hypothèse.

    Au moins quelques uns d’entre eux ont déci­dé sciem­ment d’ins­ti­tuer le pro­ces­sus vam­pi­rique qui assèche et momi­fie les peuples.

    Je me réjouis moi aus­si de lire les contra­dic­teurs = en route pour l’i­se­go­ria enrichissante 🙂

    Plus haut quel­qu’un inter­roge sur la planche à billets (j’ai lu vite). Bien sûr que la créa­tion sans limite pose­rait pro­blème. Mais la créa­tion gérée démo­cra­ti­que­ment (donc avec intel­li­gence puisque le peuple est plus com­pé­tent que la classe dirigeante)(donc sans hubris ni sans trouillo­mètre ger­ma­nique) met­trait fin au chan­tage de la rare­té et à l’im­pôt astro­no­mique et inique, l’im­pôt féo­dal, l’im­pôt sur écri­ture per­çu par les sei­gneurs de la banque.

    Tout dans cette affaire apporte argu­ment à l’exi­gence de démo­cra­tie réelle.
    C’est pas un scoop 🙂

    Réponse
  13. cafard--na--home!

    J’é­cou­tais une confé­rence aujourd’­hui, ma foi, plu­tôt per­ti­nente et trans­po­sable à
    moult sujets dont voi­ci la sub­stan­ti­fique moelle.

    Il s’a­gis­sait d’aura qua­li­ta­tive en tant que son, le son dépas­sant la rai­son, il s’a­gis­sait de pas­ser du rai­son-nable à la réson-ance.Du quan­ti­ta­tif au qua­li­ta­tif.

    Il ne s’a­git pas de jouer les fines bouches, le quan­ti­ta­tif est néces­saire mais il est au ser­vice du maître, le qua­li­ta­tif, et non l’in­verse comme aujourd’­hui dans ce monde si dévoyé.

    La réso­nance n’a rien de repré­sen­ta­tif, ça par­ti­cipe de notre oreille interne, c’est l’ob­jet pre­mier de notre per­cep­tion, c’est ce qui nous vient du dedans et dont on est les pre­miers à s’étonner.

    Ce n’est pas un appren­tis­sage, ça ne vient pas de liens qu’on aurait tis­sé de ci de là, ça vient comme de plus loin, cer­tains ose­raient par­ler d’ar­ché­types, de cadres vides sur les­quels vien­draient réson­ner jus­te­ment les sons qui nous sont pro­po­sés dans l’es­pace de l’ins­tant, l’im­pres­sion de ci, de ça, d’une pré­sence, d’un écho, et si l’on a réus­si à construire notre caisse de réso­nance, càd qu’on a fait le vide, le net­toyage, alors on les entend ces sons, ces impres­sions, sinon, ce sont les bruits, les impres­sions faus­sées de nos repré­sen­ta­tions apprises qu’on entend, faute d’a­voir pas­sé le balai !

    Et si tout était ques­tion de balai !

    Réponse
  14. R. Zaharia

    Bon­soir à Tou(te)s

    Faute de pou­voir répondre de façon détaillée à Pole­cho­mage, je donne ci des­sous un lien sur un texte vieux d’un an :

    http://​www​.france​-alter​.info/​Q​u​e​s​t​i​o​n​s​_​a​u​t​o​u​r​_​d​e​_​l​a​_​d​e​t​t​e​.​htm

    Je n’ai hélas pas eu le temps de le mettre à jour. Il s’a­gi­rait sur­tout de lever quelques points d’in­ter­ro­ga­tion !(Cer­tains étaient « sin­cères » : j’i­gnore tou­jours la réponse ! D’autres étaient plu­tôt une « figure impo­sée »… pour sus­ci­ter le débat, alors qu’en réa­li­té, la réponse figure dans la question !)

    Le doc Natixis cité à la fin com­porte un tableau 3 qui donne une « piste » sur la ques­tion de Pole­cho­mage (la part de la dette publique qui n’a pas été finan­cée par de l’é­pargne, c a d de la mon­naie pre-exis­tante): il s’a­git des mon­tants de dette publique déte­nus par les banques ; mais cela ne cor­res­pond pas for­ce­ment au « vrai mon­tant » créée par les banques… car il peut y avoir eu, (avant ou depuis ce Flash Natixis), des tran­sac­tions sur le mar­ché secon­daire, avec des agents non ban­caires. On se heurte au « fait têtu » sui­vant : il nous manque des infos pour pou­voir par­ler cor­rec­te­ment de la dette publique !

    La seule remarque robuste est que la part de la dette F déte­nue par des banques F (~108,6 mil­liards) est en des­sous de 10%, bien moins que le ratio homo­logue pour l’Al­le­magne ou l’Italie.

    Réponse
  15. un monde absurde

    encore heu­reux que l’État ne puisse pas faire de la créa­tion moné­taire, sinon qu’est ce que je ferais de mon épargne ? 

    Et puis à quoi ça ser­vi­rait que je me fatigue à gagner de l’argent si, en face, on peut en fabri­quer en cla­quant sim­ple­ment des doigts, ça serait quand même dégueu­lasse non ?

    Réponse
  16. Morpheus

    Ah bon ?

    Donc, si l’État crée de la mon­naie, c’est un monde absurde, mais si ce sont des banques pri­vées (et des inté­rêts pri­vés), alors cela ne serait pas absurde ?

    Vrai­ment, votre rai­son­ne­ment est, lui, absurde. L’argent que vous avez gagné, vous croyez qu’il pro­vient d’où ? Du chau­dron magique de Pano­ra­mix, peut-être ?

    Créer la mon­naie avait tou­jours été un pri­vi­lège réga­lien, jus­qu’à ce que les banks­ters décident qu’il fal­lait chan­ger les choses et sou­mettre jus­qu’aux Empereurs.

    En fait, si nous devions abso­lu­ment vivre dans un monde géré par une éco­no­mie moné­ta­riste, il fau­drait que la créa­tion moné­taire soit un pri­vi­lège exclu­si­ve­ment public et réel­le­ment démo­cra­tique (je ne parle évi­dem­ment de nos pseu­do démo­cra­ties « par­le­men­taires » et pré­ten­du­ment « représentatives »).

    Vrai­ment, il faut s’in­for­mer avant de racon­ter des conneries.

    Cor­dia­le­ment,
    Morpheus

    Réponse
  17. Étienne

    N’é­tait-ce pas ironique ?

    Réponse
  18. Étienne

    Je m’en­traine 🙂

    Mais je peux mieux faire 🙂

    Réponse
  19. Étienne

    iro­nie ?

    Réponse
  20. Étienne

    Yeesss

    Réponse
  21. Morpheus

    L’i­ro­nie sans signal d’i­den­ti­fi­ca­tion (smi­ley’s), c’est du cynisme.

    Quand je fais de l’i­ro­nie ver­ba­le­ment, le ton iro­nique s’en­tend dans ma voix ou, au moins, peut se lire dans mes expres­sions faciales : par écrit, via le net, il faut pou­voir en faire autant, sans quoi le mes­sage devient par trop ambigu.

    La com­mu­ni­ca­tion écrite n’est pas le plus fiable de nos modes de com­mu­ni­ca­tion, mais il est sans doute le seul outil dont nous dis­po­sions actuel­le­ment, alors de grâce, fai­sons l’ef­fort d’en faire un usage correcte.

    Mor­pheus

    Réponse
  22. un monde absurde

    « Vrai­ment, il faut s’in­for­mer avant de racon­ter des conneries. »

    Non, c’est pas des conne­ries, du moins dans un monde absurde où c’est cha­cun pour sa gueule… mon­sieur le rêveur

    Réponse
  23. Kimberley

    À mon avis, il serait capi­tal de lis­ter les Gou­ver­neurs suc­ces­sifs de la Banque de France, et d’é­tu­dier leur situa­tion finan­cière (avant/après nomi­na­tion).

    Nous aurions une idée sur la valo­ri­sa­tion de ce poste stratégique … 

    La même approche reste à faire sur les hommes poli­tiques impor­tants des 60 der­nières années ; 
    plein de belles sur­prises en vue !

    Réponse
  24. CHENARD

    Monde absurde est juste à un niveau d’a­na­lyse sim­pliste et n’a aucune connais­sance ni de l’his­toire, ni de l’é­co­no­mie… il est vrai que c’est com­plexe à sai­sir tous ces para­mètres sur­tout quand on ne s’in­forme que pas les médias qui ne four­nissent que les infos qui per­mettent de nous asser­vir avec notre accord.

    Si Monde Absurde veut aller plus loin dans sa réflexion, çà ne dure que minutes 1⁄2 :

    http://​www​.you​tube​.com/​w​a​t​c​h​?​v​=​I​P​B​9​W​K​g​L​4as

    Réponse
  25. CHENARD

    J’ai appris récem­ment par cette inter­view d’un his­to­rien, Hen­ri GUILLERMIN, sur l’his­toire mécon­nue de la banque de France qui était stric­te­ment pri­vée depuis Napo­léon (en dupant les citoyens par le nom de banque d’E­tat ‑mono­pole avec garan­tie de l’E­tat) et remis à la Nation

    http://www.youtube.com/watch?v=6jIrpNCzA‑s

    Elle a été natio­na­li­sée en 1945 
    http://​www​.legi​france​.gouv​.fr/​a​f​f​i​c​h​T​e​x​t​e​.​d​o​?​c​i​d​T​e​x​t​e​=​L​E​G​I​T​E​X​T​0​0​0​0​0​6​0​7​2​6​8​6​&​d​a​t​e​T​e​x​t​e​=​2​0​1​0​1​130

    et voi­ci un texte sur les consé­quences de cette natio­na­li­sa­tion, notam­ment l’ef­fort d’ar­me­ment de l’Al­le­magne nazie : 
    http://​archives​-lepost​.huf​fing​ton​post​.fr/​a​r​t​i​c​l​e​/​2​0​1​1​/​1​1​/​1​6​/​2​6​3​9​7​7​2​_​s​c​a​n​d​a​l​e​-​h​i​s​t​o​i​r​e​-​d​e​-​l​a​-​b​a​n​q​u​e​-​d​e​-​f​r​a​n​c​e​.​h​tml

    Réponse
  26. ketsa

    1) Qu’ar­rive-t-il aux pays qui tentent de se libé­rer du joug de l’in­ter­na­tio­nale des Banquiers ?

    2) La France a‑t-elle les moyens d’y faire face ?

    Réponse
  27. un monde absurde

    http://​www​.you​tube​.com/​w​a​t​c​h​?​v​=​I​P​B​9​W​K​g​L​4as

    Bah, je viens de regar­der la vidéo et ce mon­sieur mélange tout. La dette génère des inté­rêts (assu­rances vie et autres) qui sont ver­sés aux épar­gnants dont la moi­tié sont des fran­çais de la classe moyenne, les banques ne per­çoivent que des com­mis­sions en tant qu’intermédiaire. Donc l’É­tat paie des inté­rêts qui sont rever­sés en par­tie aux fran­çais (pas for­ce­ment for­tu­nés d’ailleurs). Le seul pro­blème à la limite c’est la par­tie ver­sée aux épar­gnants étran­gers mais vu que les fran­çais eux même per­çoivent aus­si des inté­rêts de dette d’États étran­gers, ça doit bien s’é­qui­li­brer au final.

    Je te rap­pelle que les reve­nus finan­ciers dans le PIB de la France ne sont pas négli­geables et contri­buent à faire tour­ner l’é­co­no­mie française

    PS : et pas la peine de me par­ler du refi­nan­ce­ment (à court terme en période hors crise) des banques auprès de la BC , ça ne sert que de tam­pon entre la banque et la « récolte » de l’épargne

    Réponse
  28. Morpheus

    C’est bien ce que je pen­sais au départ. « monde absurde » n’é­tait pas iro­nique, fina­le­ment. Juste consi­dé­ra­ble­ment mal infor­mé et for­ma­té à la pen­sée unique, res­sas­sant comme des antiennes des psaumes du caté­chisme libé­ral qu’il ne com­prend même pas, mais aux­quels il croit parce que c’est tout ce qu’il connait.

    Enfin, l’i­gno­rance n’é­tant pas une fata­li­té, il reste encore de l’es­poir. Sauf, bien sûr, si la bêtise l’emporte.

    http://​vimeo​.com/​5​4​2​9​9​973

    Juste pour une mise en bouche

    http://​www​.dai​ly​mo​tion​.com/​v​i​d​e​o​/​x​7​5​e​0​k​_​l​-​a​r​g​e​n​t​-​d​e​t​t​e​-​d​e​-​p​a​u​l​-​g​r​i​g​n​o​n​-​f​r​-​i​_​n​e​w​s​#​.​U​N​7​P​S​H​d​5​ZcA

    Et puis la pilule rouge

    Mor­pheus

    Réponse
  29. un monde absurde

    « C’est bien ce que je pen­sais au départ. « monde absurde » n’é­tait pas iro­nique, finalement. »

    mais si !! « couillon », mon pseu­do c’est « un monde absurde ». je vais même (peut être) te faire peur, la seule poli­tique moné­taire qui peut encore nous sau­ver c’est celle de l’Al­le­magne d’a­vant guerre mais évi­dem­ment là on passe d’un monde absurde à un monde interdit…

    Réponse
  30. Olga

    le sort, lui, ne nous pré­vient pas de son ironie…En fait « la grande régres­sion » vers laquelle la « pla­nète-homme » est diri­gée par des domi­nants dro­gués qui fument les moquettes des « direc­toires », elle se pointe à notre ima­gi­naire, puis « l’i­ro­nie » fait qu’elle dépasse tout ce que l’i­ma­gi­na­tion la plus pes­si­miste fantasmait…Il est temps de cata­pul­ter cette moquette et ses fumeurs dans la grande pou­belle de l’his­toire, mais celle-ci déborde depuis bien avant 1929…De sorte que les « alter­mon­dia­listes » que nous sommes condam­nés à deve­nir sont trai­tés par l’i­déo­lo­gie domi­nante de « nostalgiques » :

    le pro­gramme du Conseil Natio­nal de la Résis­tance est ridi­cu­li­sé comme un balai de soie devant un aspirateur…Mais aujourd’­hui, le cou­rant est cou­pé, et (re)voila « l’i­ro­nie du sort » !

    Réponse
  31. J-Stéphane

    Bon­jour,

    Pour moi, l’intérêt sur un prêt et sur un pseu­do prêt, n’a aucune jus­ti­fi­ca­tion d’être, il est tout aus­si des­truc­teur que le prin­cipe de l’offre et de la demande.

    ils enri­chissent une mino­ri­té de pri­vi­lé­giés sur le dos d’une majo­ri­té de lésée. Notre méca­nisme éco­no­mique nuit à notre civilisation.

    Il rend payant ce qui nous est offert par la nature, il rend de plus en plus coû­teux à ceux qui ont le moins d’argent le même pro­duit et ser­vice, il fait aug­men­ter inexo­ra­ble­ment les tarifs au lieu de les baisser.

    Bref notre sys­tème éco­no­mique n’est ni démo­cra­tique ni pérenne.

    J‑Stéphane

    Réponse
  32. CHENARD

    Tu ne devrais pas t’ap­pe­ler Monde absurde mais absurde tout court car, pour com­mu­ni­quer, il y a un mini­mum de cor­rec­tion à avoir pour les lec­teurs. Effet dis­trac­teur très inutile et dis­cré­di­tant com­plé­te­ment tes mes­sages absurdes jus­te­ment. Quand les choses se conçoivent bien elles s’é­noncent bien. C’est à l’é­met­teur de faire l’ef­fort d’être clair et pas au récep­teur d’in­ter­pré­ter comme le rap­pe­lais jus­te­ment Morphéus.

    Règle de base de toute com­mu­ni­ca­tion humaine et res­pect d’au­trui, cher Absurde.

    Réponse
  33. J.C

    @ A‑J Holbecq

    Mer­ci, ça devient plus clair.
    de quel ministre s’agit-il ?

    J.C

    Réponse
  34. un monde absurde

    « Tu ne devrais pas t’ap­pe­ler Monde absurde mais absurde tout court car pour com­mu­ni­quer il y a un mini­mum de cor­rec­tion à avoir pour les lecteurs »

    C’est pour­tant clair, j’ai résu­mé gros­siè­re­ment dans mon 3eme com­men­taire le sys­tème finan­cier tel qu’il existe dans le monde réel(le sys­tème de l’argent dette de gri­gnon étant une fumis­te­rie à clas­ser dans la caté­go­rie théo­rie du complot).

    Le sys­tème actuel est absurde car au bout c’est soit la dic­ta­ture des riches sur les pauvres avec des­truc­tion de l’État pro­vi­dence, soit la guerre civile, soit la guerre tout court. J’ai 25 ans, fais par­ti des pauvres bien que sur-diplô­mé et j’ai pas envie de finir esclave ou de cre­ver demain

    Réponse
  35. J.C

    Etienne, tes mes­sages sont encore beau­coup trop long.
    Oui ou non, c’est le maximum
    qui a osé dire que nous étions binaire ? 😉

    Bien ami­ca­le­ment

    J.C

    Réponse
  36. A-J Holbecq

    @ 34. Le same­di 29 décembre 2012 à 15:45, par J.C

    L’ar­ticle 19 fait réfé­rence au Ministre de l’é­co­no­mie et des finances.

    Disons plus sim­ple­ment que si le Gou­ver­ne­ment avait deman­dé une moné­ti­sa­tion par la Banque de France celle ci aurait pu don­ner un avis défa­vo­rable, mais l’E­tat étant action­naire à 100% aurait pu impo­ser sa volonté.

    Je pense néan­moins que dans un sys­tème tel que je l’ap­pelle de mes vœux (à défaut du « SMART ») , c’est le Par­le­ment qui doit fina­le­ment déci­der la moné­ti­sa­tion néces­saire lors du vote du bud­get, quitte à deman­der préa­la­ble­ment l’a­vis du Gou­ver­neur de la BdF et pour­quoi pas de la Cour des Comptes.

    Réponse
  37. J.C

    @ A‑J Holbecq

    Je viens d’al­ler jeter un oeil sur le SMART.

    Peut être pour­riez vous m’é­clai­rez sur un autre point. j’ai quelques dif­fi­cul­tés avec l’i­mage de la bai­gnoire et de la créa­tion moné­taire. L’i­dée que la mon­naie de cré­dit soit détruite par le rem­bour­se­ment m’est incompréhensible.

    Je vais essayez de poser les choses plus clairement.

    La qua­si tota­li­té de la mon­naie étant du cré­dit, lorsque l’emprunteur rem­bourse chaque mois sont cré­dit, il le fait néces­sai­re­ment par le biais d’un autre cré­dit. autre­ment dit, un cré­dit ne peut être rem­bour­ser que par un autre cré­dit, il n’y a donc pas des­truc­tion moné­taire. Bien au contraire, chaque cré­dit ren­voie à un autre cré­dit. Ces cré­dits étant tou­jours accom­pa­gnés d’intérêts, ils ne sont jamais rem­bour­sable dans l’absolu.

    Logi­que­ment, dans sa glo­ba­li­té, la masse moné­taire ne peut qu’aug­men­ter continuellement.

    c’est d’ailleurs ce qu’on observe si on regarde sim­ple­ment l’é­vo­lu­tion de la masse moné­taire (euro) ces 10 der­nières années.

    Que pen­sez-vous de cette façon de pré­sen­ter les choses ? que peut-on en conclure ?

    Bien ami­ca­le­ment

    J.C

    Réponse
  38. c

    Bon­soir Stéphane,

    « Bref notre sys­tème éco­no­mique n’est ni démo­cra­tique ni pérenne. »

    Ima­gi­nez que l’É­tat prête gra­tui­te­ment aux citoyens.…

    Qui se trouve à la tête de l’État ?

    Des hommes et des femmes qui abu­se­ront de leur pou­voir ( le pou­voir change les individus..même lors­qu’ils ne le recher­chaient pas à priori …).

    L’É­tat dis­cri­mi­ne­rait lors de l’oc­troi des prêts et nous glis­se­rions dou­ce­ment vers des régimes tota­li­taires et régressifs.

    Le mar­ché peut gérer le sys­tème finan­cier, mais il fau­drait limi­ter les taux d’in­té­rêts (par la concur­rence ou par la loi), enca­drer sévè­re­ment les pra­tiques, sanc­tion­ner les abus, inter­dire la spé­cu­la­tion pure (ex. le métier de tra­der), don­ner un sens à ce métier.

    Mon­sieur Sté­phane, ce n’est pas la richesse, le riche, qui est en cause, il fait vivre des mil­liers de gens : pour­quoi par contre ne pas com­battre ces situa­tions de cumul d’ac­ti­vi­tés dans les grands postes occu­pés par ces diplô­més inca­pables sor­tant des grandes écoles et appar­te­nant à des réseaux de favo­ri­tisme et de népotisme ?

    Il faut se battre, consti­tuer un nou­veau mou­ve­ment com­po­sé de citoyens dés­in­té­res­sés et se bat­tant pour l’in­té­rêt général.

    Je constate que l’o­li­gar­chie qui nous gou­verne se par­tage les pri­vi­lèges au mépris des autres en agi­tant des slo­gans leur don­nant bonne conscience : qu’ils soient poli­tiques, jour­na­listes, acteurs, ils nous bernent.….….…

    Réponse
  39. philippe

    Bon­soir ,

    Ce qui comp­te­ra n’est pas ce que vous allez dire et qui a été dit et repris depuis des siècles, il faut agir…

    Agis­sez, créez un mou­ve­ment, des antennes dans les villes, faites adhé­rer et déve­lop­pez ces ver­tus que vous vantez.…

    Nous pour­rions être nom­breux à vous suivre.

    Cou­rage.

    Réponse
  40. philippe

    La « loi Pom­pi­dou, Gis­card, Roth­schild » votée en 1973 empê­che­rait l’État de battre monnaie

    http://​www​.lemonde​.fr/​i​d​e​e​s​/​a​r​t​i​c​l​e​/​2​0​1​1​/​1​2​/​2​9​/​l​a​-​l​o​i​-​p​o​m​p​i​d​o​u​-​g​i​s​c​a​r​d​-​r​o​t​h​s​c​h​i​l​d​-​v​o​t​e​e​-​e​n​-​1​9​7​3​-​e​m​p​e​c​h​e​r​a​i​t​-​l​-​e​t​a​t​-​d​e​-​b​a​t​t​r​e​-​m​o​n​n​a​i​e​_​1​6​2​3​2​9​9​_​3​2​3​2​.​h​tml

    La loi Pom­pi­dou-Gis­card du 3 jan­vier 1973
    Auteur : Baltec
    http://​www​.notre​-ecole​.net/​l​a​-​l​o​i​-​p​o​m​p​i​d​o​u​-​g​i​s​c​a​r​d​-​d​u​-​3​-​j​a​n​v​i​e​r​-​1​9​73/

    La Libé­ra­tion Monétaire
    La mon­naie, du pou­voir d’a­chat au pou­voir d’être
    Une confé­rence illus­trée de Phi­lippe Derud­der (novembre 2012)

    http://​www​.jean​pier​re​pou​lin​.com/​c​r​e​a​t​i​o​n​_​m​o​n​e​t​a​i​r​e​.​h​tml

    il s’a­vance quand même de manière péremptoire :

    Car si la Banque de France avait conti­nué d’é­mettre la mon­naie après 1974 il n’y aurait jamais eu de crise. Et si elle n’a­vait pas émis de la mon­naie à par­tir de 1945 (c’est-à-dire que si Charles de Gaule n’a­vait pas natio­na­li­sé la Banque de France en 1945) il n’y aurait tout sim­ple­ment jamais eu ni de recons­truc­tion ni de « 30 glorieuses » !

    Réponse
  41. J-Stéphane

    Bon­soir,

    Pour bien com­prendre le bon sens éco­no­mique moderne, il ne faut pas faire l’erreur de pla­cer la mon­naie comme valeur mar­chande (elle ne vaut plus son pesant d’or), elle ne vaut rien sans le mutua­lisme lucratif.

    Ce n’est qu’un lan­gage uni­ver­sel pour struc­tu­rer et faci­li­ter les échanges. Nous sommes reve­nus au prin­cipe du troc, mais plus éla­bo­ré, car un tiers par­ti (la banque) offi­cia­lise l’échange.

    Les ban­quiers ne sont pas des ges­tion­naires d’argent, ce sont des inter­mé­diaires entre l’offre et la demande. Ils se doivent de veiller à la flui­di­té des échanges et à la cor­ré­la­tion des marchés.

    Les ban­quiers doivent être les chefs d’orchestre de l’économie, Ils doivent gérer les musi­ciens qui offrent en fonc­tion des spec­ta­teurs qui demandent.

    Or, là, les ban­quiers ne tiennent pas leurs rôles, ils vam­pi­risent les offrants et les deman­deurs, car ils se sur rému­nèrent, sous-rem­boursent les offrants et font sur­payer les demandeurs.

    Les ban­quiers sont deve­nus des Geeks chefs d’orchestre, qui, seuls chez eux, piratent la musique et conduisent des musi­ciens vir­tuels sur leurs écrans avec leurs manettes de jeux.

    Le pro­blème c’est qu’il n’y a plus de vrais chefs d’orchestre aux com­mandes du vrai orchestre et la salle se vide.

    J‑Stéphane

    Réponse
  42. Étienne

    Sam vient de trou­ver une mine !

    Une liste de décrets et conven­tions signés 
    entre la Banque de France et le gouvernement 
    depuis… 1848 !

    http://​www​.banque​-france​.fr/​f​i​l​e​a​d​m​i​n​/​u​s​e​r​_​u​p​l​o​a​d​/​b​a​n​q​u​e​_​d​e​_​f​r​a​n​c​e​/​h​i​s​t​o​i​r​e​/​t​e​x​t​e​s​/​c​o​n​v​e​n​t​i​o​n​s​-​d​e​c​r​e​t​s​.​pdf

    Ce Sam, il est fort, quand même 🙂

    Ben, 299 pages… Y a du bou­lot, pour éplu­cher ce truc…

    Mais il en manque, sans doute, pour ce qui nous concerne, (en manque-t-il beau­coup ? je ne sais pas, faut creu­ser) car la conven­tion du 17 sep­tembre 1973 n’y figure pas.

    J’ai aus­si trou­vé ça :

    L’emprunt de l’État 
    Par Jean-Claude Ducros

    http://​www​.ama​zon​.fr/​L​e​m​p​r​u​n​t​-​l​E​t​a​t​-​J​e​a​n​-​C​l​a​u​d​e​-​D​u​c​r​o​s​/​d​p​/​2​2​9​6​0​6​5​708
    (J’ai com­man­dé le der­nier exem­plaire :-p )

    🙂

    Étienne.

    Réponse
  43. SamD

    La loi de 1973, quelle qu’en soit la por­tée, n’est pas le coeur du pro­blème. Le vrai pro­blème, c’est que l’argent est créé par la dette.

    Aus­si, la solu­tion, ce ne serait pas que l’E­tat puisse emprun­ter sans inté­rêt, mais qu’il n’ait pas à emprun­ter du tout.
    Car même si tous les prêts étaient gra­tuits, ils devraient tou­jours être remboursés. 
    Et une fois tous les prêts rem­bour­sés, il n’y aurait plus d’argent du tout.

    Idéa­le­ment :

    La mon­naie devrait être créée uni­que­ment par la Banque cen­trale (publique) et les banques pri­vées ne devraient pou­voir prê­ter que l’argent qu’elles gardent en coffre.

    La Banque cen­trale octroie­rait à l’État un cer­tain mon­tant d’a­vance non rem­bour­sable (« planche à billet » sans le côté exces­sif), cal­cu­lé selon la quan­ti­té de mon­naie requise pour faire fonc­tion­ner l’é­co­no­mie (fonc­tion du PIB et de la vitesse de cir­cu­la­tion de la monnaie).

    Cette mon­naie serait uti­li­sée par l’État pour le paie­ment de ses dépenses (salaires des fonc­tion­naires, mar­chés publics, etc.), c’est-à-dire que cet argent serait dépen­sé pour le bien de la com­mu­nau­té dans son ensemble.

    Et ain­si la mon­naie serait injec­tée dans l’économie.

    Si l’État avait besoin de davan­tage de mon­naie que cette quan­ti­té octroyée par la Banque cen­trale, alors il pour­rait recou­rir à l’emprunt (avec inté­rêt, là n’est pas le pro­blème, tant que le taux est « raisonnable »).

    Réponse
  44. Étienne
  45. Magali
  46. Ana Sailland

    Maga­li

    Le gou­ver­neur a‑t-il obli­ga­tion d’en­trer en matière ou au contraire jouit il d’un pou­voir de surdité ? .……

    Com­ment et par qui est il nommé ?

    Réponse
  47. Étienne

    Copie de l’é­change Face­book de ce soir, pour les aller­giques à Facebook 
    (après, je vais me coucher) : 

    Maga­li Pernin
    il y a envi­ron une heure ·

    Ma réponse à Etienne Chouard quant à ses doutes sur l’in­no­cence de la loi de 1973 🙂
    La loi de 1973 n’est pas une loi ‘scé­lé­rate’: réponse à Etienne Chouard
    contre​la​cour​.over​-blog​.fr
    Ven­dre­di der­nier, Étienne Chouard a publié sur son site un nou­vel article…

    Etienne Chouard J’ai imprimé,
    je bosse ça demain (ou après-demain)
    Tu sous-estimes beau­coup de droit de véto inavoué du Gou­ver­neur, je pense.
    Il me semble que la loi de 1973 a aug­men­té ses pou­voirs (et dimi­nué le nombre de repré­sen­tants de l’É­tat au Conseil de la BDF), non ?
    Il faut que je creuse ça, vrai­ment. Pas facile.
    Bonne nuit

    Maga­li Per­nin Je ne sous-estime pas. Je dirais que tu sur-estimes !
    Tous les argu­ments jus­qu’i­ci avan­cés (escompte, avances, « véto » du Conseil, …) ne sont pas des inno­va­tions de la loi de 1973. Je com­prends que l’on puisse cri­ti­quer ces élé­ments, mais je ne com­prends pas pour­quoi se foca­li­ser sur une loi qui ne change rien. Bonne nuit

    Maga­li Per­nin Quant au nombre de repré­sen­tants de l’E­tat au Conseil, je ne vois pas… Il y a le gou­ver­neur, les deux sous-gou­ver­neurs et 10 conseillers. Tout ce petit monde est nom­mé par le gou­ver­ne­ment, sauf 1 conseiller nom­mé par le per­son­nel de la Banque.

    Etienne Chouard Non Maga­li je ne sur-estime pas : sui­vant stric­te­ment le texte, si le Gou­ver­neur ne veut pas signer le pro­jet de conven­tion, RIEN N’A LIEU. => Il s’a­git donc bien d’un pou­voir de blo­cage de l’initiative.
    Autre­ment dit, pas d’i­ni­tia­tive (pas de créa­tion moné­taire publique gra­tuite) sans son accord.

    Etienne Chouard Et je n’ai pas dit mon der­nier mot sur le chan­ge­ment de rap­port de forces BDF/GVT opé­ré en 1973
    Mais bon, là, on va se cou­cher, non ?

    Maga­li Per­nin Pou­voir blo­quer l’i­ni­tia­tive ne signi­fie pas que l’on détient l’initiative.

    Maga­li Per­nin Bonne nuit J’at­tends « le der­nier mot » !

    Etienne Chouard Oui, mais tu as bien com­pris que l’in­té­rêt des gre­dins, c’est D’EMPÊCHER l’emprunt gra­tuit pour l’É­tat, pour le for­cer à payer. Et dans cette optique là, il était impor­tant de don­ner à un oli­garque le pou­voir de blo­quer l’i­ni­tia­tive. Ce qui fut fait.

    Maga­li Per­nin Pour­quoi avoir accep­té la conven­tion de sep­tembre 1973 ?

    Maga­li Per­nin De plus, la loi de 1973 ne donne rien de plus au Conseil des gou­ver­neurs que ce qu’il exer­çait déjà depuis la créa­tion de la Banque de France.

    Etienne Chouard Parce qu’on ne pou­vait pas faire autre­ment : il fal­lait don­ner le nou­veau sta­tut juri­dique aux sommes en cours, POUR LA DERNIÈRE FOIS.

    Etienne Chouard Eh bien c’est pré­ci­sé­ment ça que je vou­drais véri­fier. Ce qui ne sera pas facile, sans doute. Mais on est un vaillant cer­veau col­lec­tif, on a de la res­source. On ver­ra bien

    Maga­li Per­nin Rien ne prouve ceci :
    1) la conven­tion de 73 aurait tout aus­si bien pu pré­voir un échéan­cier de rem­bour­se­ment (comme la conven­tion de 93 l’a fait)
    2) une autre conven­tion aug­men­tant les pla­fonds aurait pu être contrac­tée si le gou­ver­ne­ment en avait fait la demande.
    Abso­lu­ment rien ne per­met d’af­fir­mer que la conven­tion de 73 serait néces­sai­re­ment, juri­di­que­ment, la dernière.

    Maga­li Per­nin La loi de 73 n’est pas très longue

    Yan Amare Camille le pro­fes­seur Chouard est dans la bonne direc­tion , tout est véri­fiable , nous sommes de plus en plus nom­breux à connaitre ses confé­rences , et comme il le dit , nous n’al­lons pas en res­ter sur des confé­rences nous allons agir, et mr Etienne Chouard auras le sou­tien de mil­liers de gens c’est garanti

    David Mou­lin @Magali & @ Etienne : Mer­ci pour cet échange, de l’in­tel­li­gence du débat et de l’hon­nê­te­té intel­lec­tuelle dont vous faites part tous les deux. Par­faite conclu­sion donc !

    Etienne Chouard La sug­ges­tion qu’on ne pou­vait pas faire autre­ment n’est qu’une hypo­thèse, bien sûr : j’au­rais dû mettre un point d’in­ter­ro­ga­tion à la fin de ma phrase. C’est le fait qu’il n’y en ait plus jamais eu après qui me sug­gère cette idée.

    Etienne Chouard Je cherche

    Etienne Chouard Je vois la courbe de la dette (plate jus­qu’en 73, crois­sante à par­tir de 74) => je cherche
    J »écarte « l’ex­pli­ca­tion » du choc pétro­lier parce que je ne vois pas le lien de cau­sa­li­té qui pour­rait exis­ter entre les deux phénomènes.

    Maga­li Per­nin Pour­quoi vou­loir for­cé­ment mettre sur le dos de la loi de 1973 le peu d’empressement de l’E­tat a vou­loir user de la planche à billets ? Je ne m’ex­plique pas cet acharnement.
    Crois-tu sin­cè­re­ment qu’il eut été besoin d’in­ter­dire à l’E­tat l’emprunt à la banque de France pour qu’il s’y refuse ?
    Et quand bien même : une loi se modi­fie par une autre loi !
    Pour une fois que c’est moi qui use d’ar­gu­ment poli­tique tan­dis que les autres (toi) veulent abso­lu­ment du juri­dique. Très étrange.

    Maga­li Per­nin Que l’E­tat n’ait plus emprun­té davan­tage à la banque de France à par­tir de 1974 ne signi­fie pas qu’il n’en avait pas la possibilité.

    Etienne Chouard Achar­ne­ment, c’est péjo­ra­tif. Opi­niâ­tre­té, c’est plus positif

    Etienne Chouard C’est une intui­tion, mais j’ai l’im­pres­sion qu’en aban­don­nant les pour­suites, on accor­de­ra l’im­pu­ni­té à des gredins.

    Etienne Chouard Quel achar­ne­ment à cher­cher la cause de la catas­trophe, la vraie, c’est vrai, quand même…

    Etienne Chouard 🙂

    Maga­li Per­nin Je main­tiens « acharnement »
    Quelle impu­ni­té quand on sait que tous les hommes poli­tiques de 74 à 93 ont lais­sé des bud­gets défi­ci­taires être votés ?
    Je crois bien au contraire que cette his­toire de loi de 1973 retire à beau­coup (dont Rocard) la culpa­bi­li­té de leur mau­vaise gestion.

    Etienne Chouard Un chef de gou­ver­ne­ment ultra­li­bé­ral (Pom­pi­dou en l’oc­cur­rence) qui essaie­rait, pen­dant qu’il tient le pou­voir, de mettre en place des ins­ti­tu­tions propres à empê­cher (ou à gêner) ses suc­ces­seurs (pos­si­ble­ment moins libé­raux) de reve­nir en arrière, ça s’est vu, effec­ti­ve­ment : la pré­ten­due « Union euro­péenne » ne sert qu’à ça, pré­ci­sé­ment, par exemple.

    Damn Head Lézard Drums Je tombe un peu des nues au vu de cette dis­cus­sion… Il ne faut pas « aban­don­ner » la pour­suite des res­pon­sables. Vous pré­fé­rez donc cou­rir après des res­pon­sables pour les condam­ner plu­tôt que regar­der devant vous et trou­ver des solu­tions pour demain… je trouve ça plu­tôt inquié­tant venant de vous…

    Pepe Miguel Maga­li, la loi rothschild/pompidou c’est le meme film que la crea­tion de la reserve fede­ral ame­ri­caine 60 ans plus tot, si t’ar­rives pas a com­prendre ca, on peut pas grand chose pour toi !

    Ghis­lain Mas­son En poli­tique rien n’ar­rive par hasard..

    Flo­rian Vasse Assez d’ac­cord avec Maga­li Per­nin, les poli­tiques semblent n’a­voir pas vou­lu recou­rir à une pos­si­bi­li­té qui était leur. Idéo­lo­gie très certainement.
    Si ils n’a­vaient pas les mains liées, cela les rend d’au­tant plus fau­tifs d’a­voir cau­sé l’en­det­te­ment phé­no­mé­nal dans lequel se trouve l’État.
    Par contre, cet endet­te­ment si il était effa­cé, per­met­trait (comme l’ex­pli­quaient deux autres inter­ve­nants sur le post ini­tial de Etienne Chouard) 
    d’en­té­ri­ner la créa­tion moné­taire liée comme étant permanente.
    Quand aux inté­rêts ou au capi­tal non rem­bour­sés… ils l’ont déjà été com­bien de fois en réa­li­té, vu les montants ?

    Etienne Chouard Dou­ce­ment, Pepe, il faut le prou­ver. Maga­li a rai­son de résis­ter : c’est la contro­verse qui nous fait pro­gres­ser. On se trompe peut-être, peut-être pas, on verra.

    Etienne Chouard L’im­por­tant c’est d’y voir clair.

    Etienne Chouard Oui oui, idéo­lo­gie, bien sûr. Mais pas seulement.

    Maga­li Per­nin Puisque je main­tiens que la loi de 1973 ne change rien, contrai­re­ment à vous. Je vous pro­pose de regar­der com­ment le bud­get de l’E­tat était géré avant cette loi. Vous ver­rez que les emprunts à la Banque de France n’é­taient qu’un moyen de finan­ce­ment par­mi d’autres (emprunt Pinay par exemple), et qu’il s’est lar­ge­ment frei­né entre 1950 et 1974.

    Léa Anders­teen La seule chose dont on peut être sûr, c’est que tout ce beau monde devrait se faire incul­per et qu’une véri­table enquête indé­pen­dante se fasse pour les juger et déter­mi­ner les culpa­bi­li­tés. A notre niveau, il est dif­fi­cile d’a­voir des preuves et même les avoir, cela ne sert à rien si cela ne passe pas devant un tribunal.
    Après, il ne faut pas que le débat sur cette loi de 1973 qui n’est plus d’ap­pli­ca­tion serve de contre-feu à la remise en ques­tion du sys­tème moné­taire et financier…

    Flo­rian Vasse @Damn Head : « Vous pré­fé­rez donc cou­rir après des res­pon­sables pour les condam­ner » c’est ce qu’on appelle la res­pon­sa­bi­li­té, la red­di­tion de comptes. Il faut rap­pe­ler ou apprendre aux poli­tiques qu’ils n’ont pas blanc seing dès lors qu’ils sont élus et ne sont pas irres­pon­sables des situa­tions catas­tro­phiques dans les­quelles ils plongent les États. On parle régu­liè­re­ment de l’im­pu­ni­té des ban­quiers. Je suis davan­tage gêné par celle des poli­tiques qui ne fait que sou­te­nir l’im­pu­ni­té sur les autres sec­teurs et de leurs copains (ban­quiers justement).

    Réponse
  48. J-Stéphane

    La loi de 1973 n’a‑t-elle pas tout sim­ple­ment ren­du offi­ciel ce qui se fai­sait officieusement ?

    La liai­son Rothschild/Pompidou avant qu’il soit pré­sident des Fran­çais est-elle avérée ?

    Nous savons que la dette n’est pas un prêt d’or ou d’argent. Cette somme dette, n’est qu’un chiffre ins­crit sur un contrat qui doit repré­sen­ter des ser­vices et pro­duits pro­ve­nant de socié­tés prestataires.

    Sont-elles encore deman­deuses de cette dette ? Existent-elles encore ? Car si je suis bien le pro­ces­sus, ce n’est pas aux banques que l’on est rede­vable, mais aux entre­prises. Les banques n’ont rien avan­cé, elles ont juste pac­ti­sé un échange entre offrants et demandeurs.

    Si demain on paye cash cette dette. À qui revient le pac­tole ? Les banques vont payer les pres­ta­taires de l’époque, même si elles n’existent plus ? Où vont-ils se le dis­tri­buer entre quelques très riches ? Où vont-ils tout sim­ple­ment effa­cer cette dette d’un simple clic de sou­ris ? Com­ment se concré­tise ce remboursement ?

    Puisque nous ne sommes plus dans la valeur de l’or et de l’argent, pour­quoi l’état n’applique-t-il pas l’équivalence des mar­chés par ser­vices prê­tés contre ser­vices ren­dus, exemple ; conces­sions des auto­routes, des voies fer­rées, etc. (louer un pays meu­blé, dont les contri­buables seraient les bailleurs).

    De plus, cher­chant à être le plus ration­nel pos­sible, je ne vois pas com­ment les banques peuvent jus­ti­fier des inté­rêts expo­nen­tiels sur la même somme. Si je dois un vélo à un ami, dans dix ans, s’il me dit que je lui dois dix vélos, ce n’est pas un ami, c’est un mafieux.

    Cer­tains vont dire, oui, mais la crois­sance ? Mais qui c’est qui nous a for­ma­té à croire qu’il fal­lait abso­lu­ment la crois­sance des tarifs ? C’est le contraire, notre intel­li­gence nous a tou­jours per­mis de faire réduire les coûts de production.

    J‑Stéphane

    Réponse
  49. Ana Sailland

    @toustes »> La pas­sion c’est beau, mais si on veut durer dans la lutte, faut dormir 😉

    @J‑Stéphane »> Je crois avoir com­pris que la crois­sance est ren­due néces­saire par la pré­sence des inté­rêts : En regar­dant les flux glo­baux d’argent et de dyna­misme, et non pas le cas par cas : Le loyer de l’argent sera payé avec un argent qui n’existe pas encore puisque celui qui existe est assi­gné au rem­bour­se­ment, et pour le créer, il faut emprun­ter, et pour jus­ti­fier ce besoin d’emprunter, il faut un désir de construc­tion, qui est donc arti­fi­ciel et non impul­sé par la vie.

    @Magali »>
    ‑Ce n’est bien enten­du pas celui qui prête qui va arri­ver la bouche en cœur et dans un gen­til sou­rire nous dire, cou­cou ! je prête . Pour qu’il prête, il faut qu’on le lui demande. Ce qui compte, ce n’est donc pas sa capa­ci­té d’i­ni­tia­tive, mais son droit de dire non.
    ‑Les annu­la­tions de décrets anciens ne sont pas ano­dines : quand on prête à EDF (ce n’est qu’un exemple) qui rap­pe­lons le était l’é­tat, on prête à l’é­tat. Annu­ler cette poten­tia­li­té témoigne donc, me semble-t-il, d’une volon­té d’as­sé­cher une res­source. Et quand Gis­card dit que la loi de 1973 n’est moti­vée que par la néces­si­té de sim­pli­fier les textes, c’est une belle hypo­cri­sie : Sup­pri­mer des res­sources est une « « sim­pli­fi­ca­tion » » qui peut sacré­ment com­pli­quer la vie, nous la rendre bien dif­fi­cile. Ces gens qui nous dirigent n’a­vaient pas la faci­li­té de la vie comme objectif !

    Réponse
  50. Ana Sailland

    Dans l’un de ses der­niers dis­cours à la nation , Sar­ko­sy nous dit, cité de mémoire, « ren­dez vous compte que le der­nier bud­get équi­li­bré date de 1974″.

    Et bien enten­du il embraye sur nos dépenses folles.
    Gis­card, lui, invo­quait à son époque le choc pétrolier.
    Oui, ça compte, mais pas au point d’en­gen­drer l’ex­plo­sion cata­clys­mique du ser­vice de la dette.

    Je crois que quand même la loi de 1973 est un peu oubliée par tous ces gen­tils poli­ti­ciens vis­cé­ra­le­ment atta­chés à l’in­té­rêt com­mun, du plus grand nombre. Alors, même si Maga­li a rai­son de poin­ter la sub­ti­li­té des choses, leur gros­siè­re­té demeure aveu­glante. Nous devons donc affi­ner pour n’être pas atta­quables, mais l’in­ten­tion de pom­per la vie au pro­fit de Dark Veau d’Or reste évi­dente et doit être dénon­cée encore et encore. Le 104 de Maas­tricht confirme la dyna­mique vam­pi­rique, mais n’in­nove pas l’es­prit bou­li­mique (et le 123 de Lis­bonne, indeed)

    Réponse
  51. A-J Holbecq

    @J‑Stéphane

    (excu­sez moi je n’ar­rive pas à suivre et donc à répondre, je suis sur plu­sieurs fronts à la fois)

    Ana a bien répon­du en écri­vant »> Je crois avoir com­pris que la crois­sance est ren­due néces­saire par la pré­sence des inté­rêts : En regar­dant les flux glo­baux d’argent et de dyna­misme, et non pas le cas par cas : Le loyer de l’argent sera payé avec un argent qui n’existe pas encore puisque celui qui existe est assi­gné au rem­bour­se­ment, et pour le créer, il faut emprunter,

    Ceci dit il faut quand même pré­ci­ser que les banques s’en­ri­chissent avec les inté­rêts mais que c’est ce qui leur per­met de payer leurs employés, leurs loyers, leurs charges, leurs impôts, les divi­dendes, etc, ) et que cette mon­naie des inté­rêts revient bien dans le cir­cuit moné­taire par créa­tion moné­taire de la banque (en fait simple des­truc­tion au compte de celui qui paye les inté­rêts, donc dimi­nu­tion de la dette de la banque), alors qu’ef­fec­ti­ve­ment la mon­naie du capi­tal est détruite lors du rem­bour­se­ment du prêt simul­ta­né­ment à l’ac­tif correspondant.

    Réponse
  52. A-J Holbecq

    Je pense quand même que notre com­bat devrait être tour­né vers l’ar­ticle 123 du Trai­té de Lis­bonne. Quelles que soient les res­pon­sa­bi­li­tés des diri­geants des années 1970, ce qui nous inté­resse main­te­nant et pour le futur c’est de sor­tir de celui ci.

    Réponse
  53. J-Stéphane

    Bon­jour,

    La crois­sance sans fin serait donc un engre­nage pour absor­ber les seuls inté­rêts des prêts (ou plu­tôt des pro­messes de paie­ments différés) ?

    Les consom­mables ne pou­vant être reven­dus plus cher, est-ce la crois­sance qui recouvre les inté­rêts ou les inté­rêts qui créent la croissance ?

    Ou, est-ce que l’économie du mar­ché de la consom­ma­tion est rééqui­li­brée par les mar­chés où il y a plus-value à la revente, ou est-ce le contraire ?

    Peut-on dire que le mar­ché de l’immobilier grimpe en flèche, parce que les prix de l’occasion englobent les prix de l’achat, du cré­dit et de la plus-value ? Et qu’ensuite ce barème est appli­qué au neuf, même si le coût de construc­tion est plus faible.

    Tout cela me semble volon­tai­re­ment bien com­plexi­fié, il serait bien plus sain de sim­pli­fier ce monstre qui nous dévore.

    Sup­pri­mer les taux d’intérêt, et faire que la banque se rému­nère au prix d’une tari­fi­ca­tion fixe, signer une pro­messe de rem­bour­se­ment pour mille ou dix mille, uti­lise exac­te­ment les mêmes moyens.

    Et par la même, sup­pri­mer tous les petits rackets, comme, inté­rêts de retard, agios, inté­rêts sur achats CB etc.

    J‑Stéphane

    Réponse
  54. A-J Holbecq

    @Stephane

    Ce n’est pas si simple … la banque paye sur ses fonds propres lors­qu’elle n’est pas rem­bour­sée, et des actifs pour­ris peuvent la faire plonger.

    La masse moné­taire peut res­ter constante et per­mettre néan­moins de la crois­sance : il suf­fit que la vitesse de cir­cu­la­tion de la mon­naie augmente.

    L’im­mo­bi­lier : la crois­sance du prix n’est elle pas une consé­quence de beau­coup de demande (crois­sance popu­la­tion, familles écla­tées, etc) et de peu d’offre (en plus de la raré­fac­tion donc de l’aug­men­ta­tion de prix des ter­rains construc­tibles et des normes qui aug­mentent le prix de construction.

    Réponse
  55. un monde absurde

    L’ar­gu­men­ta­tion de Maga­li est irré­pro­chable, celle d’Étienne Chouard trans­pire la mau­vaise foi, ce qui est humain étant don­né tout le tapage qu’il a créé autour de cette loi 73.

    C’est quand même pas com­pli­qué de com­prendre que la France a opté pour le moné­ta­risme anglo-saxon plu­tôt que le cré­dit public.. mon­dia­li­sa­tion finan­cière oblige !

    Réponse
  56. Étienne

    C’est quand même pas com­pli­qué de com­prendre que la France a opté pour le moné­ta­risme anglo-saxon plu­tôt que le cré­dit public.. mon­dia­li­sa­tion finan­cière oblige !

    Ben oui, « un monde absurde » : je n’ai jamais dit le contraire (évi­dem­ment).
    Je dis juste que c’est un coup d’É­tat contraire à l’in­té­rêt géné­ral, et j’es­saie de bien repé­rer les étapes du com­plot, sans me tromper. 

    L’ar­gu­men­ta­tion de Maga­li (qui est une fille bien) n’est pas irré­pro­chable (qui peut l’être, d’ailleurs ?) : tenir pour rien les aveux expli­cites des prin­ci­paux acteurs du sabor­dage (à droite et >à gauche), ce n’est pas… incontestable 🙂

    Vous voyez de la mau­vaise foi dans mes efforts, libre à vous. Je sur­vi­vrai à cette erreur (la vôtre ou la mienne, peu importe).

    En tout cas, je cherche, du mieux que je le peux.

    Étienne.

    Réponse
  57. Ana Sailland

    Cler­mont Fer­rand n’est pas Croy­don, que je sache, et de celui qui avait la pré­ten­tion d’être de l’a­ca­dé­mie, on atten­drait plus que du sui­visme. « On l’a fait parce que c’é­tait dans l’air du temps » répon­dait ~ Gis­card à l’un d’entre nous => C’est ça nos éco­no­mistes dis­tin­gués ?!? Des gens qui suivent la mode anglo saxonne ??? Que nen­nie : ils sont bien par­tie pre­nante dans un pro­ces­sus de mon­dia­li­sa­tion de l’ar­naque moné­taire .…. Com­plices, actifs et moteurs.

    En fait nous sommes dans un pro­cès d’as­sise : l’arme du crime est bien cachée mais la pré­mé­di­ta­tion semble pro­bable. Et l’in­ten­tion de nuire.
    Dans le contexte de fausse démo­cra­tie qui nous pré­oc­cupe, quoi de plus natu­rel que d’é­plu­cher l’in­ten­tion du légis­la­teur, au delà de la froide expres­sion des textes.

    Comme AJH, je pense que nous devons mettre le paquet sur le 123 de Lis­bonne. Mais nous ne sommes pas seule­ment en train de récla­mer la répa­ra­tion du sys­tème d’in­jec­tion moné­taire : il n’est qu’un cha­pitre de l’exi­gence démo­cra­tique ; et dans cette optique il est impor­tant quand on parle en public d’a­voir des argu­ments « éveilleurs » car « indi­gnants », mais qui soient en béton, inat­ta­quables. C’est pour­quoi cette recherche sur la loi de 73 a tout son sens et toute son impor­tance. Mais l’hu­mour gra­vi­fique du monde absurde manque en effet de fanion 😉

    Réponse
  58. J-Stéphane

    @A‑J Hol­becq

    Je n’ai pas du tout cette vision de l’immobilier. Les chiffres disent qu’il y a au moins deux fois plus de loge­ments que deman­deurs, étant dans les sys­tèmes de sécu­ri­té sur l’ IDF et Paris, je constate que beau­coup de loge­ments ont le chauf­fage et la pro­tec­tion d’une alarme, mais pas d’habitant, si !, sur le perron…

    Le mar­ché de l’immobilier, ou plu­tôt le mar­ché de la misère, est quand une Nation per­met au mar­ché du luxe d’appauvrir jusqu’à la misère.

    Les sans loge­ment et les mal-logés subissent une fausse pénu­rie en faveur des loueurs et des vendeurs.

    Si le prin­cipe de l’offre et de la demande était vrai­ment appli­qué (mal­gré son concept tota­le­ment immo­ral et injus­ti­fié, car pour moi, y a que le coût qui doit être pris en compte, sur­tout sur les besoins vitaux), les tarifs des loca­tions et des ventes de loge­ments devraient être à la baisse, car la demande de loge­ment est infé­rieure au nombre de loge­ments disponibles.

    For­cé de consta­ter qu’en plus de n’avoir aucune rai­son cohé­rente et morale, le prin­cipe de l’offre et de la demande est arti­fi­ciel­le­ment modu­lé, tou­jours en faveur des mêmes profiteurs.

    Ce crime contre l’humanité est gros comme une maison !

    De plus, pour­quoi nos gou­ver­ne­ments suc­ces­sifs font le jeu d’encourager la nata­li­té (allo­ca­tion etc.) et l’immigration (là aus­si les aides publiques ne manque pas)

    Pour les normes de plus en plus énormes, effec­ti­ve­ment ça gonfle les prix, mais, cela ne fait-il pas jus­te­ment par­tie de ces fausses bonnes solu­tions qui en faite gan­grène encore plus un système.

    Nous avons le poten­tiel de faire tou­jours mieux, et de le faire moins couteux.

    Tous ces pré­textes cachent sou­vent l’avidité d’une mino­ri­té qui pro­fite de leur pou­voir (exemple : les Garde-corps des ter­rasse d’immeubles).

    J‑Stéphane

    Réponse
  59. un monde absurde

    @Etienne C

    « Je dis juste que c’est un coup d’É­tat contraire à l’in­té­rêt général »

    Je ne sais pas si c’est un coup d’État, par contre je pense aus­si que le moné­ta­risme anglo-saxon est contraire à l’intérêt géné­ral. C’est nor­mal, ces gens-là sont malthusiens…

    Réponse
  60. RHC

    Bon­jour,
    Je par­le­mente un peu sur ce pro­blème de ser­ment et foi (par­don dette ) 8).

    Sur ce débat, je suis impres­sion­né par le fos­sé sépa­rant la pen­sée for­melle ou juri­dique de la réa­li­té psy­cho­lo­gique des acteurs en place(avant,73,84, 93, 2012).
    Ces acteurs, que nous pou­vons comp­ter sur les mains , qui n’ad­mettent jamais leurs erreurs,provoquent des ano­ma­lies dont la nation entière subit.
    La recherche de la véri­té sur cette loi 73 se base sur des textes offi­ciels, par­fois incom­plets, sou­vent tendancieux,presque tou­jours sujets à caution…Et cette situa­tion arrange bien ces gens, ils n’ont pas de ser­ment et foi à rendre à la nation.

    L’é­di­fice réel et mal­heu­reux est que, depuis 1973, nous sommes de plus en plus endet­tés dans toutes les nations. On peut même par­ler actuel­le­ment des expé­riences inhu­maines menées sur des nations entières. Ces gens et les membres (politiciens,banquiers, par­le­men­taires…) déve­loppent une vision du monde assez dif­fé­rente de celle de la majo­ri­té de la population.

    Le droit for­mel semble vrai­ment vul­né­rable contre la dis­pa­ri­té de la nature psy­cho­lo­gique de notre espèce homo sapiens. L’in­ter­pré­ta­tion mora­liste ne fonc­tionne pas à ces gens, je suis encore plus éton­né quand quelques per­sonnes demandent la for­ma­tion d’un nou­veau par­ti poli­tique pour virer ces gens. La seule reproche que je cri­tique qu’i­ci est que nous sommes ten­dances à sur­éva­luer la vision du monde de ses acteurs de catastrophes.
    Sincèrement,

    Réponse
  61. phil82

    Bon­jour Etienne

    j’ai télé­char­gé un bon nombre des >débats par­le­men­taires< (Assem­blée et Sénat), notam­ment la période 1969–1975. J’a­dresse ici un extrait du débat de la 89ème séance (1ère séance du 20 décembre 1972). Fran­çois Mit­ter­rand répond à une inter­ven­tion de Pierre Mess­mer 1er ministre :

    M. Fran­çois Mit­ter­rand. Et je n’ai pas d’autres com­men­taires à faire. (Excla­ma­tions sur les bancs de l’u­nion des démo­crates pour la République.)
    La gauche unie est prête depuis long­temps. (Rires et excla­ma­tions sur les bancs de l’u­nion des démo­crates pour la Répu­blique et du groupe des répu­bli­cains indépendants.).

    Je vous ai écou­té avec inté­rêt, mon­sieur le Pre­mier ministre, à un détail près : la réfé­rence au géné­ral de Gaulle qu’un tiers de vos ministres ont chas­sé ! (Applau­dis­se­ments sur les bancs des groupes socia­liste et com­mu­niste. Mou­ve­ments divers.)

    Peut-être M .Mau­rice Schu­mann vou­drait-il des précisions ?

    Au moment où s’a­chève la légis­la­ture, de nou­velles inquié­tudes sol­li­citent les Fran­çais. Elles s’ins­crivent dans la logique d’un gou­ver­ne­ment qui a tou­jours été en retard d’une idée, en retard d’une action. Les prix montent. L’an der­nier, ils ont aug­men­té de 6 p. 100.
    Les années, pré­cé­dentes, de 5 à 6 p. 100. En 1972, l’augmentation a atteint 7 p. 100 !

    M. Pierre Lepage. Et les salaires ?

    M. Fran­çois Mit­ter­rand. À cette hausse, le Gou­ver­ne­ment n’op­pose que les incan­ta­tions de M. Gis­card d’Es­taing et le rite des pro­nos­tics tri­mes­triels, chaque fois démen­tis par les faits.

    M. Hec­tor Rol­land. Ces pro­nos­tics sont plus sérieux que les vôtres.

    M. Fran­çois Mit­ter­rand. Il vient de recom­men­cer pour 1973. Il dit que tout ira bien, sauf acci­dent … élec­to­ral, et que les prix ne pas­se­ront pas la barre des 5 p. 100.

    Les erreurs répé­tées de juge­ment, l’im­pé­ri­tie du Gou­ver­ne­ment tout entier, expliquent avant toute autre chose les dif­fi­cul­tés présentes.

    Le Vème Plan avait pré­vu un rythme annuel d’aug­men­ta­tion qui ne devait pas dépas­ser 3 p . 100, et ain­si de suite. Sur ces bases a été fon­dé l’é­qui­libre de notre éco­no­mie. La hausse des prix, dont M. Gis­card d’Es­taing recon­nais­sait le mois der­nier qu’elle était deve­nue plus rapide que celle de la plu­part de nos voi­sins, signe l’é­chec d’une poli­tique. À cet égard, on peut dou­ter de l’ef­fi­ca­ci­té d’un plan anti­hausse qui ne sup­prime aucune dépense bud­gé­taire infla­tion­niste et qui s’ins­talle dans le défi­cit. Finie la légende du nou­veau bud­get Poincaré !

    M. Fran­çois Mit­ter­rand. Je répète à votre inten­tion et je vous recom­mande d’en pro­fi­ter pen­dant que vous êtes sur ces bancs : (Applau­dis­se­ments sur les bancs des groupes socia­liste et com­mu­niste) vous venez de battre le record du défi­cit bud­gé­taire depuis le début de la Vème Répu­blique, de rat­tra­per et de dépas­ser le volume d’im­passe du régime pré­cé­dent. (Inter­rup­tions sur les bancs de l’u­nion des démo­crates pour la Répu­blique et du groupe des répu­bli­cains indé­pen­dants.) J’ajouterai qu’à la ren­trée d’oc­tobre vous avez osé sai­sir le Par­le­ment d’un pro­jet de bud­get, argu­men­té sur lui, défen­du des thèses, enga­gé votre majo­ri­té sur des équi­libres qui étaient fic­tifs puisque vous aviez déjà don­né des ins­truc­tions à vos ser­vices pour qu’ils pré­parent les mesures qui en détruisent les fon­de­ments. Quant à la masse bud­gé­taire, vous l’a­vez lais­sé s’ac­croître dans l’a­nar­chie. Les banques d’af­faires ont même reçu de vous le droit de battre mon­naie. (Excla­ma­tions et inter­rup­tions sur les bancs de l’U­nion des Démo­crates pour la République.

    M. Robent Wag­ner. Soyez sérieux !

    M. Fran­çois Mit­ter­rand. Je pour­rais le démontrer.
    Hausse des prix …

    M. Pierre Lepage. Et des salaires !

    M. Fran­çois Mit­ter­rand .… Défi­cit bud­gé­taire, masse moné­taire, voi­là les vraies rai­sons de l’in­quié­tude actuelle. (Mêmes mou­ve­ments sur les mêmes bancs.)

    C’est M. René Ten­dron, Mon­sieur le Pre­mier ministre, qui hier dans Les Échos écri­vait que« la fuite des capi­taux n’est pas un phé­no­mène nou­veau s, qu’elle « remonte au mois de juin et que, si elle s’ac­cé­lère depuis quelque temps, on le doit iné­luc­ta­ble­ment à une orches­tra­tion qui frise l’incivisme. (Applau­dis­se­ments sur les bancs des groupes socia­liste et communiste.)

    M. Alain Pey­re­fitte a décla­ré, lun­di soir, à Mar­seille : « Il a suf­fi d’un son­dage sur des inten­tions de vote pour que les valeurs fran­çaises baissent et que l’or monte ver­ti­gi­neu­se­ment. Eh ! bien, en cette fin de légis­la­ture, j’ac­cuse nom­mé­ment M. Pey­re­fitte de jouer contre le franc, de mener cam­pagne contre la mon­naie natio­nale. (Applau­dis­se­ments sur les bancs des groupes socia­liste et com­mu­niste. — Vives pro­tes­ta­tions sur les bancs de l’u­nion des démo­crates pour la République.).

    J’ac­cuse M. Pey­re­fitte et la majo­ri­té de vou­loir pro­vo­quer la panique finan­cière. (Mêmes mouvements.)

    Et je conclus en disant que M. Pey­re­fitte n’est pas seul dans son cas.

    Au signal, l’O. R. T. F. et les édi­to­ria­listes des jour­naux écrits et par­lés, acquis à la majo­ri­té ont lan­cé une offen­sive désho­no­rante contre la gauche. (Inter­rup­tions sur les bancs de l’u­nion des démo­crates pour la République.)

    M. le pré­sident. Lais­sez conclure M. Mitterrand.

    M. Fran­çois Mit­ter­rand. Nous sommes prêts, mes amis et moi, à assu­mer les res­pon­sa­bi­li­tés dont notre peuple nous don­ne­ra man­dat. (Nou­velles inter­rup­tions sur les bancs de l’u­nion des démo­crates pour la. République.)

    M. le pré­sident. Mes­dames, mes­sieurs, veuillez lais­ser conclure M. Mitterrand.

    M. Fran­çois Mit­ter­rand. Mes­dames, mes­sieurs, nous sommes prêts, mes amis et moi, à assu­mer les res­pon­sa­bi­li­tés dont notre peuple nous don­ne­ra mandat.

    Plu­sieurs dépu­tés de l’u­nion des démo­crates pour la République
    . A Vichy ! A Vichy !

    M. Fran­çois Mit­ter­rand. Mais nous refu­sons de nous consi­dé­rer avec trois mois d’a­vance comme les res­pon­sables d’une poli­tique dont vous êtes seuls comp­tables devant le pays . (Applau­dis­se­ments sur les bancs des groupes socia­liste et com­mu­niste. — Excla­ma­tions et pro­tes­ta­tions sur les bancs de l’u­nion des démo­crates pour la République.)

    M. le pré­sident. D’après les ren­sei­gne­ments qui me sont four­nis, les textes ins­crits à l’ordre du jour prio­ri­taire ne seront en état d’être exa­mi­nés que dans une demi-heure. Je vous pro­pose donc de sus­pendre la séance.

    La séance est suspendue.

    LIRE ATTENTIVEMENT TOUS LES PARAGRAPHES !!

    Réponse
  62. RHC

    @Ana Sailland
    ‑Ils ont besoin de « big bro­ther » dans leur cer­veau… 8).

    Réponse
  63. Luc

    Bon­jour ,

    Votre dis­cus­sion sur la loi de 1973 me fait pen­ser à celle,récurrente, sur la courbe de Philips.

    Une dis­cus­sion menée cha­cun du côté de sa cha­pelle et n’ap­por­tant rien , ména­geant le temps des gou­ver­nants qui rient de vous voir si bien occu­pés à des que­relles sans fin tour­nées autour de pseu­do com­plots que vous alimentez .

    Pen­dant ce temps , les vrais pro­blèmes res­tent des problèmes.….

    Les indi­vi­dus qui vous lisent s’en fichent de votre loi de 1973 !

    Réponse
  64. RHC

    Mal­he­reu­se­ment, « big bro­ther », ils l’ont appli­qué à la popu­la­tion par le méca­nisme de refou­le­ment inconscient…Ok ! j’ar­rête 8) HS.

    Réponse
  65. J.C

    @ A‑J Hol­becq et J‑Stéphane

    Je per­siste à dire que la masse moné­taire ne peut décroitre mais seule­ment aug­men­ter conti­nuel­le­ment de volume.

    Pour mieux com­prendre cette affir­ma­tion voi­ci un exemple simple sur le prin­cipe du crédit.

    Lorsque qu’un indi­vi­du emprunte 100 000 euros à une banque pour ache­ter une mai­son, il devra rem­bour­ser 150 000 euros sur 20 ans (avec les intérêts).
    Ou va t‑il trou­ver ces 150 000 euros ? puisque l’argent n’est que de la dette, cet argent est aus­si créé par un emprunt de 150 000 euros aux­quels il fau­dra ajou­ter encore une fois les intérêts.

    Lorsque ces men­sua­li­tés sont rem­bour­sées, elles ne dis­pa­raissent pas. elles sont sous­traite de la dette de la 1ere banque mais réap­pa­raissent dans les comptes de la banque par laquelle l’emprunteur à pu obte­nir l’argent pour rembourser.

    Bien sur, cette expli­ca­tion peut sem­bler sim­pliste, il faut sim­ple­ment gar­der à l’es­prit que seul les banques peuvent créer de la mon­naie et par consé­quent, toute somme rem­bour­sée à une banque n’est qu’une nou­velle dette contrac­té aug­men­tée d’intérêts. Il n’y a pas de moyen d’en sortir.

    Quant n’est-il du défaut de paiement ?
    Dans l’ab­so­lu, il n’existe pas.
    d’a­près Jacques Atta­li (dont le pou­lain est Mr Hol­lande cela dit en pas­sant) quel­qu’un doit payer la dette, celle çi ne dis­pa­rait pas. Si un par­ti­cu­lier ne peut pas payer le rem­bour­se­ment de ses dettes, ses biens seront sai­sies, si un état fait défaut, quel­qu’un devra payer, d’une façon ou d’une autre.

    Voi­là le piège de l’argent dette. quelle lien avec ce qui nous occupe ? les intérêts.

    Bien ami­ca­le­ment

    J.C

    Réponse
  66. julien

    A JC ,
    « Lorsque qu’un indi­vi­du emprunte 100 000 euros à une banque pour ache­ter une mai­son, il devra rem­bour­ser 150 000 euros sur 20 ans (avec les inté­rêts). Ou va t‑il trou­ver ces 150 000 euros ? puisque l’argent n’est que de la dette, cet argent est aus­si créé par un emprunt de 150 000 euros aux­quels il fau­dra ajou­ter encore une fois les intérêts. »

    Je ne com­prends pas votre rai­son­ne­ment aus­si simple soit il : l’emprunteur rem­bourse 150 000 euros pour­quoi faut il encore ajou­ter des inté­rêts puis­qu’il a emprun­té pour rem­bour­ser 100 000 + 50 000 d’intérêts ?

    Réponse
  67. julien

    La banque n’emprunte pas les 150 000 euros elle crée la mon­naie par un jeu d’écriture.…

    Réponse
  68. julien

    Dans le débat Morpheus/Monde absurde :

    MA défend la créa­tion par les banques

    Mor­pheus , la créa­tion par l’E­tat qui solu­tion­ne­rait tout ou presque ?

    l’E­tat pour­rait prê­ter gratuitement.….c’est oublier un des défauts de l’E­tat sou­le­vé par Etienne dans son site :l’a­bus de pou­voir notam­ment lors­qu’il attri­bue­rait les prêts.…pensez à l’his­toire des pays dans les­quels l’E­tat prê­tait tout .….et à leur niveau éco­no­mique avant qu’ils ne passent à l’é­co­no­mie de marché…

    Peux t – on défendre un sys­tème dans lequel l’E­tat ferait fonc­tion­ner la planche à cré­dit : tu as besoin d’argent pas de pro­blème , voi­ci quelques mil­lions cher citoyen…reviens quand tu n’en auras plus.…voyez vous le pro­blème ou je dois vous faire un dessin ?

    Réponse
  69. julien

    Je par­tage la lec­ture faite par Maga­li sur la loi de 1973 : je n’y vois pas de pou­voir accor­dé au gou­ver­neur qui me paraît même obli­gé par l’a­vis de conseil (auto­ri­sa­tion) et par l’a­val du parlement.

    La loi de 1973 à per­mis l’in­ser­tion de la France dans un sys­tème plus ouvert.

    Réponse
  70. RHC

    La loi de 1973 à per­mis l’in­ser­tion de la France dans la patho­lo­gie de gigan­tisme. Bref, les mots ont aus­si ses limites.

    Réponse
  71. J-Stéphane

    @ J.C,

    Votre exemple cor­res­pond aux réelles condi­tions qui nous sont imposées.

    Main­te­nant, envi­sa­geons que nous sommes aux com­mandes, que nous vou­lions une éco­no­mie vrai­ment cos­taud et au ser­vice de l’humanité.

    Je prends ren­dez-vous avec un ban­quier, en une heure il fait ses inves­ti­ga­tions pour être convain­cu que je vais pou­voir hono­rer ma pro­messe de paie­ment différée.

    Il prend ses hono­raires, disons 100€ (c’est bien payé pour une heure), et, que je signe pour mille ou pour dix mille, il touche pareil.

    Si ma mai­son ma cou­tée 100, dans 20 ans je la revends 100 sauf, si elle s’est dégra­dée, je la vends moins que 100 et si au contraire, j’ai fait des tra­vaux pour la valo­ri­ser, là j’y ajoute une plus-value. Simple et de bon sens, non ?

    J‑Stéphane

    Réponse
  72. Étienne

    Julien,

    Vous rai­son­nez comme si l’en­jeu était d’a­voir le pou­voir de créer de la mon­naie publique gra­tuite. Et dans cette optique-là, bien sûr, PERSONNE n’a ce pou­voir à lui seul. 

    Mais là n’est pas la ques­tion cru­ciale pour nous tous, je crois.

    Ce qu’il faut com­prendre, je crois, c’est que l’en­jeu est d’a­voir le pou­voir D’EMPÊCHER l’É­tat de créer de la mon­naie publique gra­tuite. Et là, le « Gou­ver­neur non élu », oli­garque ban­caire issu du sérail, dis­pose bien de ce pou­voir, puisque sa signa­ture est obli­ga­toire sur l’in­dis­pen­sable conven­tion. Et ni le Conseil, ni le Par­le­ment, ni même le gou­ver­ne­ment ne peuvent l’o­bli­ger à signer, si je ne me trompe pas.

    Là où Lior et Maga­li ont peut-être rai­son, c’est que ce pou­voir exis­tait peut-être déjà tel quel avant 1973 (ce que je vou­drais véri­fier comme il faut), auquel cas la loi de 1973 ne pour­rait pas être tenue — sur ce point-là — pour res­pon­sable de la dérive (de rem­pla­ce­ment de toute créa­tion gra­tuite par de l’en­det­te­ment coû­teux) qui a sui­vi sa promulgation.

    Étienne.

    Réponse
  73. Morpheus

    @ julien

    Je ne pré­tends pas que la créa­tion de la mon­naie par l’É­tat résou­drait tout, comme vous dite (et je ne l’ai pas dit).

    Pour être clair sur ma position :

    1. Il me parait abso­lu­ment impen­sable d’ac­cor­der le droit de créer de la mon­naie à des inté­rêts pri­vés, quels qu’ils soient. Il s’a­git ni plus ni moins qu’une haute tra­hi­son de nos élus d’a­voir accor­dé ce droit à des banques privées.

    2. Si (et seule­ment SI) l’État est un état réel­le­ment démo­cra­tique (ce que nos états ne sont pas et n’ont JAMAIS été, je pré­cise !), alors j’af­firme que c’est seule­ment à l’État que doit reve­nir ce droit de créa­tion monétaire.

    3. L’a­van­tage évident d’une créa­tion moné­taire par l’État fait que les dépenses inhé­rentes à l’in­ves­tis­se­ment (créa­tion de nou­veaux biens publics – ex. voies de che­min de fer – et à l’en­tre­tient des biens publics exis­tant) se fait sans charge d’in­té­rêt sur l’emprunt que l’État s’ac­corde à lui-même.

    4. L’emprunt réa­li­sé de cette façon par l’État est rem­bour­sé par l’État grâce aux impôts. Il en résulte for­cé­ment que les coûts pour les contri­buables (nous) sont beau­coup moindres, et donc que cette mesure est émi­nem­ment d’in­té­rêt public ! Sans comp­ter qu’elle per­met à l’État de créer des emplois directs et indi­rects, les emplois directs étant eux-mêmes finan­cés par l’emprunt = sou­tien de l’ac­ti­vi­té éco­no­mique, sou­tien de l’im­pôt, sou­tien des caisses d’al­lo­ca­tion sociales (pen­sions, sécu­ri­té sociale, mutua­li­té maladie).

    5. De plus, une fois l’emprunt rem­bour­sé, la créa­tion moné­taire est annu­lée et ne consti­tue pas une infla­tion (l’emprunt consti­tue une infla­tion dégres­sive durant la période de rem­bour­se­ment de l’emprunt).

    6. Les sommes éco­no­mi­sées par les contri­buables (petits ou grands) sont énormes, et le fonc­tion­ne­ment des ins­ti­tu­tions d’in­té­rêt public (ser­vices publics qui servent à tous, et non à une petite classe de riches pri­vi­lé­giés pou­vant se les payer… sui­vez mon regard) est cor­rec­te­ment finan­cé, sans néces­si­té de « retours sur inves­tis­se­ments », « ren­de­ments » et autres couillon­nades libé­rales qui n’ont stric­te­ment aucun sens (et ne repré­sentent aucun inté­rêt) pour l’in­té­rêt public.

    7. La seule >jus­ti­fi­ca­tion< qui a ser­vi aux voleurs de pou­voirs (les élus à la solde des riches – je per­siste et je signe) pour expli­quer leur tra­hi­son est soi-disant de « lut­ter contre l’in­fla­tion créée par la poli­tique de la planche à billet ».

    8. Cette excuse bidon ne tient pas la route, d’au­tant moins que si infla­tion il y a, mais que celle-ci reste dans des pro­por­tions rai­son­nables (autre­ment dit si aucun >crise< n’est ouver­te­ment orches­trée par l’o­li­gar­chie finan­cière et indus­trielle mon­diale), elle est indo­lore pour 99% du peuple pour­vu qu’on y adjoigne une mesure d’in­dexa­tion des salaires.

    9. Par contre, pour les gros épar­gnants (ceux qui stockent d’é­normes sommes de mon­naie – et donc empêchent du même coup cet argent d’être injec­té dans le cir­cuit pour sou­te­nir l’é­co­no­mie), il est cer­tain que l’in­fla­tion est rui­neuse. Mais fran­che­ment JE M’EN BAS LES COUILLES !!! Rien à foutre des malades men­taux qui thé­sau­risent la mon­naie dans leur seul inté­rêt pri­vé, et privent la socié­té de cette monnaie.

    10. On voit donc bien que la poli­tique menée depuis la fin des trente glo­rieuses a été menée par et pour ces 1% de riches, contre l’in­té­rêt géné­ral, donc contre les peuples. Nous n’y avons AUCUN inté­rêt ! Toute la construc­tion euro­péenne (l’UE) n’est rien d’autre que la mise en place, à l’é­chelle euro­péenne, de cette poli­tique spo­lia­trice menée dans le seul et unique inté­rêt des banques et des mul­ti­na­tio­nales. En aucun cas dans l’in­té­rêt des États, ni sur­tout des peuples.

    11. Cela étant, ma vrai marotte est encore tout autre : une éco­no­mie sans mon­naie. Mais c’est un autre aspect du débat et je n’en par­le­rai pas dans ce sujet, consa­cré à la loi de 73.

    J’af­firme donc, sans la moindre hési­ta­tion, qu’il s’a­git d’un poli­tique scé­lé­rate, dont la loi de 1973 est un évé­ne­ment mar­queur (à défaut d’être déter­mi­nant), et en tout cas révélateur.

    J’es­père avoir été plus clair dans la pré­sen­ta­tion de mon analyse.

    Cor­dia­le­ment,
    Morpheus

    Réponse
  74. A-J Holbecq

    Tout à fait d’ac­cord avec l’ar­gu­men­ta­tion de Mor­pheus (76) sur l’é­mis­sion de mon­naie publique (et avec ou sans inté­rêts, sans impor­tance, puisque la Banque de France appar­tient à 100% à l’E­tat … les inté­rêts seraient même de 10% par an que l’E­tat les récu­pè­re­rait par les divi­dendes et les impôts payés par la Banque de France)

    @J.C (78)

    Vous oubliez que la banque remets les inté­rêts en cir­cu­la­tion par ses dépenses (bon en fait c’est pas tout à fait ça, elle détruit la mon­naie des inté­rêts sur le compte de l’emprunteur et se la recrée en tré­so­re­rie, mais la tech­nique est un détail). Donc, la mon­naie des inté­rêts existe bien dans l’en­semble du sys­tème ban­caire … mais il est vrai que si vous faites un « arrêt sur image » ces inté­rêts n’existent pas encore. Il n’y a donc pas besoin de crois­sance de la masse moné­taire pour payer les inté­rêts… tant qu’on ne stoppe pas tout le sys­tème (auquel cas il n’y aurait effec­ti­ve­ment pas assez de mon­naie) . Je n’es­saye pas pour autant de jus­ti­fier le inté­rêts sur la créa­tion moné­taire ban­caire, mais c’est bien ce avec quoi les banques vivent (et acces­soi­re­ment redis­tri­buent dans l’économie).

    Bon bout d’an ..

    Réponse
  75. Étienne

    La suite du fil Face­book de Maga­li, cet après-midi (pour que les aller­giques à Face­book soient quand même un peu au cou­rant des discussions…) : 

    il y a 17 heures

    Ghis­lain Mas­son Le « Corps » poli­tique, en même temps que le pou­voir des indus­triels a gran­di en 50 ans, a vu son vrai pou­voir déci­sion­nel ce com­pri­mer. Rien que par l’in­fluence crois­sante du capi­tal dans la poli­tique. Je pense que ca fait bien long­temp que la morale à cédé sa place aux bud­jets des grosses entre­prises, pré­vus, jus­te­ment à cet effet.

    Pepe Miguel @magali je crois que la dette sou­ve­raine fran­caise explose depuis 1974, alors que aupa­rant c’e­tait un defi­cit plu­tot nor­mal pour un etat

    David Mou­lin Au final je trouve qu’on en revient à la cause des causes…notre impuis­sance poli­tique programmée…qui dans le domaine finan­cier se mani­feste aus­si clai­re­ment que dans bien d’autres domaines.

    Comme le dit Etienne dans un de ses confé­rences, la créa­tion moné­taire étant tel­le­ment stra­té­gique, ses moda­li­tés doivent être fixées dans une nou­velle Constitution.

    Maga­li Per­nin Pepe Miguel J’en­tends bien. Mais je main­tiens que la loi de 1973 n’y est pour rien. Bonne nuit.

    Pepe Miguel rem­bour­ser une dette avec taux d’in­te­ret et avec des bud­gets votes en deficit.…je vou­drais bien que tu m’expliques…bonne nuit a toi aus­si, et faites de beau reve les amis…

    Kévin Robin @Magali Per­nin (ou quel­qu’un d’autre) : Serait-il pos­sible d’ex­pli­quer ce point de détail (si ce n’est pas trop com­pli­qué) : « Consi­dé­rant les condi­tions de ces avances, il est par­fai­te­ment inop­por­tun de vou­loir les com­pa­rer aux avances et prêts octroyés de façon per­ma­nente à l’É­tat En effet, contrai­re­ment à l’argument avan­cé, ces avances ne consti­tuaient pas une créa­tion moné­taire publique. »

    Maga­li Per­nin Volon­tiers. L’ar­gu­ment d’E­tienne consiste à cri­ti­quer la loi de 1973 car les avances sur effets publics ont été abro­gées en 1973. Il indique que la loi aurait ain­si sup­pri­mer un canal de créa­tion moné­taire. Je dis que :
    1/ la loi de 1973 n’a pas sup­pri­mé la pos­si­bi­li­té d’a­vances sur effets publics.
    2/ les avances sur effets publics étaient très res­tric­tives. Elles consis­taient à deman­der une avance sur des obli­ga­tions déjà exis­tantes. Elles ne consti­tuaient donc pas une créa­tion moné­taire publique.

    Ein­sy Pyde Heu­reu­se­ment qu’il y a des gens comme toi qui arrivent à se col­ti­ner (appa­rem­ment avec délec­ta­tion) ce genre de sujet… sinon, c’est sûr que j’y com­pren­drais encore moins ^^ Mer­ci pour l’éclairage…

    Bachir Che­ki­ni Très bonne ana­lyse magali,vraiment… Très joli !!!

    Maga­li Per­nin Etienne Chouard : la ques­tion n’est pas tant « Pour­quoi la conven­tion de 1974 est la der­nière ? », car par cette ques­tion tu mets le point de bas­cule en 1974.
    La vraie ques­tion (puisque l’on sait que la conven­tion de 1974 n’a pas modi­fié les pla­fonds glo­baux) est : « quelle est la der­nière conven­tion ayant créé un nou­vel emprunt ? ». Ima­gi­nons que cette conven­tion date de 1955, il te fau­dra prou­ver ce qui, à cette date, a chan­gé dans l’es­prit du législateur.

    Jac Cuse je constate que cela fait des mois que le chien tourne en rond et se mord la queue

    Kévin Robin @Magali : « Elles consis­taient à deman­der une avance sur des obli­ga­tions déjà exis­tantes. » => Par­don pour mon ama­teu­risme en matière d’é­co­no­mie et de droit, mais com­ment peut-on faire une avance sur une obli­ga­tion non exis­tante ? Je n’ar­rive pas à voir la dif­fé­rence avec le prêt.

    Maga­li Per­nin J’ai eu du mal à com­prendre moi aus­si. Heu­reu­se­ment que Lior est là
    Ima­gines que tu as besoin de 100 euros tout de suite :
    – tu vas à la Banque faire un prêt » créa­tion moné­taire (emprunt)
    – tu vas à la Banque pour lui deman­der de t’a­van­cer de l’argent que je te dois dans six mois » pas de créa­tion moné­taire (escompte/avances sur effets). Quand je t’au­rais payé dans six mois, tu iras rendre l’argent à la Banque.

    Gene­viève Gri­maud j’ai pos­té un gra­phique et des chif­frages sur Twit­ter, très inté­res­sant à par­tir de 1950, à voir sur ma page…

    Gene­viève Gri­maud les banques ne vivent que des crédits…

    Gene­viève Gri­maud et des frais…

    Kévin Robin @Magali : OK mais tu dis toi-même que dans le second cas (celui de l’a­vance), il ne s’a­git pas de créa­tion moné­taire. Ma ques­tion est : dans quel cas une avance peut-elle induire de la créa­tion monétaire ?

    Flo­rian Vasse Peut-être vou­lait-elle dire qu’il s’a­git d’une sorte de créa­tion moné­taire, dans la mesure où l’É­tat n’a pas encore cet argent et qu’il « l’emprunte » sur pro­messe de rem­bour­se­ment assu­ré par… bah jus­te­ment, de l’argent-dette créé durant la période, par les entre­prises et par­ti­cu­liers, ces deux der­niers ver­sant de l’argent… à l’É­tat qui a aug­men­té ses moyens de recettes entre temps.

    Flo­rian Vasse N’ou­blions pas que cet argent avan­cé est cen­sé ser­vir à de l’in­ves­tis­se­ment, donc du retour ultérieur.

    Fred Hirn De ce que j’ai com­pris la loi de 1973 empêche l’emprunt des ser­vices publics à taux zéro. ça n’est que le pré­misse du trai­té de Maastricht.
    Il faut vrai­ment que je lise cette fameuse loi ban­caire, je suis obli­gé d’é­cou­ter les inter­ve­nants et les croire sur parole plu­tot que de me faire mon propre jugement…

    Nad Hup­per La loi de 1973 et la légende urbaine
    Dans les deux émis­sions « Des paroles et des actes » dif­fu­sées les 11 et 12 avril sur France 2, les dix can­di­dats à l’é­lec­tion pré­si­den­tielle se sont expri­més sur leur pro­gramme res­pec­tif. Crise de la dette oblige, ils ont tous été sou­mis à un inter­ro­ga­toire éco­no­mique minu­tieux mené par Fran­çois Len­glet. En par­ti­cu­lier, ils ont dû s’ex­pri­mer sur leurs solu­tions pour rem­plir les caisses de l’Etat.

    Etran­ge­ment, des per­son­na­li­tés aus­si dif­fé­rentes que Nico­las Dupont-Aignan, Marine Le Pen et Jaques Che­mi­nade se sont tous retrou­vés sur une même solu­tion miracle : abo­lir la loi du 3 jan­vier 1973. Cette loi inter­dit, selon eux, au Tré­sor public de s’en­det­ter auprès de « sa » banque, la Banque de France.

    En cause, l’ar­ticle 25 de la loi : « Le Tré­sor public ne peut être pré­sen­ta­teur de ses propres effets à l’es­compte de la Banque de France. » En d’autres termes, la Banque de France ne peut pas ache­ter direc­te­ment de Bons du Tré­sor, ou tout autre titre émis par l’E­tat (« ses effets ») au Tré­sor lui-même. Cet article semble donc bien inter­dire au Tré­sor d’emprunter à « sa » Banque.

    Si la Banque de France ne peut prê­ter au Tré­sor, qui le fait ? La réponse de nos poli­tiques est claire : les banques, aujourd’­hui en majeure par­tie pri­vées. Cette loi aurait donc livré le mar­ché de la dette publique aux banques pri­vées. L’i­den­ti­té des auteurs de la loi ren­force le soup­çon : le pre­mier ministre, George Pom­pi­dou, a diri­gé la banque Roth­schild, le conseiller du ministre des finances Valé­ry Gis­card d’Es­taing était Michel Pébe­reau, depuis pré­sident de BNP Paribas.

    Cette loi est-elle pour autant le pro­duit d’une cap­ture du pou­voir d’E­tat au pro­fit de la finance ? Nul­le­ment. Il suf­fit en fait de lire la loi dans son ensemble pour se rendre compte du « mal­en­ten­du ». Son article 19 dit clai­re­ment que : « Les condi­tions dans les­quelles l’E­tat peut obte­nir de la Banque des avances et des prêts sont fixées par des Conven­tions pas­sées entre le Ministre de l’E­co­no­mie et des Finances et le Gou­ver­neur, auto­ri­sé par déli­bé­ra­tion du Conseil géné­ral [de la Banque de France]. Ces Conven­tions doivent être approu­vées par le Par­le­ment. » Cet article auto­rise donc les prêts directs à l’E­tat mais exige désor­mais qu’ils soient expli­ci­te­ment approu­vés par le Par­le­ment, ren­dant ain­si le pro­ces­sus plus démocratique.

    Une conven­tion pour pré­ci­ser ces prêts est d’ailleurs approu­vée le 21 décembre 1973. Elle pré­cise que les dépôts du Tré­sor à la Banque de France sont rému­né­rés, et qu’il peut emprun­ter jus­qu’à 20,5 mil­liards de francs, dont 10,5 à taux zéro et dix au taux le plus bas pra­ti­qué par la Banque de France.

    L’ar­ticle 25 qui fait tant polé­mique n’est en véri­té qu’une dis­po­si­tion tech­nique ajou­tée par un séna­teur vigi­lant pour empê­cher que l’ar­ticle 19 ne soit contour­né et assu­rer le contrôle du Parlement.

    On peut se deman­der pour­quoi cette lec­ture polé­mique de la loi de 1973 n’est appa­rue que pen­dant la cam­pagne pré­si­den­tielle actuelle. Est-ce parce que nous tra­ver­sons une crise de la dette sans pré­cé­dent ? Peut être, mais une expli­ca­tion beau­coup plus pro­saïque est pos­sible : cette lec­ture semble appa­raître dans un livre publié en 2008 (soit après la der­nière élec­tion pré­si­den­tielle) par un cer­tain A. J. Hol­becq et inti­tu­lé La dette une affaire ren­table. Elle fait par­tie d’une des innom­brables théo­ries du com­plot de la finance publiées de manière récur­rente depuis des siècles. Sur le point pré­cis de la loi de 1973, A. J. Hol­becq a d’ailleurs depuis recon­nu publi­que­ment s’être trompé.

    Quant au fond, l’a­chat de dette publique par la Banque cen­trale – éga­le­ment évo­qué, pour la Banque cen­trale euro­péenne (BCE), par Jean-Luc Mélen­chon – est une pos­si­bi­li­té stric­te­ment limi­tée par le trai­té de Maas­tricht de manière à évi­ter le risque infla­tion­niste qui résul­te­rait de son usage abu­sif. Il est pra­ti­qué par la BCE depuis la crise de 2008 à une assez large échelle, par le rachat à des banques, non sans que celles-ci assument des pertes dans cette cir­cons­tance. Finan­cer le défi­cit bud­gé­taire par des prêts de la Banque cen­trale, autre­ment dire faire mar­cher la planche à billets, n’est qu’une fausse solu­tion de plus à un pro­blème com­plexe, au même titre que la colo­ni­sa­tion de la Lune, l’ac­crois­se­ment mas­sif du smic ou la sor­tie de l’eu­ro, qui ne sont là que pour faire croire au volon­ta­risme ou même trom­per déli­bé­ré­ment les électeurs.

    Pierre-Cyrille Haut­coeur, direc­teur d’é­tudes à l’E­HESS, et Mik­los Vari, étu­diant à l’E­cole d’é­co­no­mie de Paris en ana­lyse et poli­tique économiques

    Nad Hup­per Plu­sieurs hommes poli­tiques dénoncent une loi vieille de plus de 30 ans.

    Alors que l’élection pré­si­den­tielle se pro­file à l’horizon, chaque can­di­dat y va de son ana­lyse éco­no­mique sur les rai­sons de l’endettement de la France. Une loi en par­ti­cu­lier est poin­tée du doigt par Marine Le Pen, Jean-Luc Mélen­chon et Nico­las Dupont-Aignan : celle qui empêche l’Etat depuis 1973 d’emprunter à la Banque de France. Pour cer­tains hommes poli­tiques, elle serait à l’o­ri­gine de l’ex­plo­sion de la dette en France. Euro​pe1​.fr fait le point pour démê­ler le vrai du faux.

    De quelle loi parle-t-on ? Il s’agit de la loi dite Pom­pi­dou-Gis­card votée en 1973 sous l’im­pul­sion du ministre de l’E­co­no­mie de l’é­poque : Valé­ry Gis­card d’Es­taing. Elle modi­fie les sta­tuts de la Banque de France, notre ancienne banque centrale.

    Que pré­voit cette loi ? « Le Tré­sor public ne peut être pré­sen­ta­teur de ses propres effets à l’es­compte de la Banque de France ». En clair, la Banque de France ne peut plus faire cré­dit à l’E­tat, elle n’a plus le droit de le finan­cer. Jusque là, l’E­tat avait le droit d’emprunter à des taux d’in­té­rêt très faibles voire nuls auprès de la Banque de France. Désor­mais, il ne lui reste plus que deux options : se tour­ner direc­te­ment vers les par­ti­cu­liers ou vers les banques privées.

    Que reprochent à ce texte ses oppo­sants ? La ges­tion de la créa­tion moné­taire serait lais­sée aux mains des banques pri­vées, celles-ci « créant » de la mon­naie en émet­tant du cré­dit. En d’autres termes, l’E­tat ne peut plus faire tour­ner la planche à billets par lui-même pour com­bler ses défi­cits, ce qu’on appelle aus­si « moné­ti­ser sa dette ». Du coup, les banques pri­vées pour­raient impo­ser à l’E­tat les taux d’in­té­rêt qu’elles sou­haitent. La loi Pom­pi­dou-Gis­card serait ain­si à l’o­ri­gine de l’ex­plo­sion des déficits.

    « La loi de 1973 a obli­gé la France à emprun­ter sur les mar­chés finan­ciers inter­na­tio­naux, avec des taux d’in­té­rêt impor­tants », dénon­çait ain­si Marine Le Pen sur le pla­teau de l’é­mis­sion A vous de juger.

    Quels sont leurs argu­ments ? Le pro­blème de l’en­det­te­ment de la France ne serait pas tant ce que le pays emprunte mais les taux aux­quels il le fait. 

    Le ser­vice de la dette (autre­ment dit les inté­rêts à payer) étouf­fe­rait l’Etat.

    Dans leur livre inti­tu­lé La dette publique, une affaire ren­table : A qui pro­fite le sys­tème ?, André-Jacques Hol­becq et Phi­lippe Derud­der pré­cisent que de 1979 à 2009, la dette publique au sens de Maas­tricht est pas­sée de 240 à 1492 mil­liards d’eu­ros. La dette repré­sen­tait ain­si 78% du PIB en 2009, contre 21% en 1979. Sur cette période, les deux auteurs ont cal­cu­lé que la France a payé l’é­qui­valent de 1340 mil­liards d’eu­ros en inté­rêts. Moné­ti­ser la dette per­met­trait ain­si selon eux de réduire à néant ou presque les inté­rêts dus à l’avenir.

    Pour­quoi cette loi avait-elle été adop­tée ? « La pos­si­bi­li­té du prêt direct de la Banque de France au Tré­sor public a géné­ré par­tout où il fut appli­qué une situa­tion d’in­fla­tion moné­taire per­ma­nente », se défend Valé­ry-Gis­card d’Es­taing sur son blog. La loi de 1973 a jus­te­ment été votée pour encou­ra­ger une ges­tion saine des deniers publics. Il s’a­gis­sait d’é­vi­ter que les gou­ver­ne­ments ne soient ten­tés de finan­cer leur endet­te­ment par l’in­fla­tion, c’est-à-dire en rem­bour­sant avec de l’argent qui a moins de valeur (qui per­met d’a­che­ter moins de biens).

    Cette loi a‑t-elle contri­bué à notre endet­te­ment ? Non, pas en tant que telle. La ges­tion du bud­get fran­çais a été rigou­reuse jus­qu’à la fin des années 70 avec cette loi, mal­gré les deux chocs pétro­liers. Il ne faut pas oublier que le recours à la Banque de France pour se finan­cer n’a­vait rien de sys­té­ma­tique auparavant.

    L’ex­plo­sion de la dette fran­çaise coïn­cide en revanche avec les déré­gu­la­tions des années 1980 qui ont per­mis à l’E­tat d’ac­cé­der mas­si­ve­ment aux mar­chés finan­ciers internationaux.

    Les com­pa­rai­sons avec d’autres pays sont éga­le­ment inté­res­santes. Les Etats-Unis, le Japon et le Royaume-Uni ont par exemple la pos­si­bi­li­té de moné­ti­ser leurs dettes, ce dont ils ne se privent pas. Pour­tant, à part pour le Royaume-Uni depuis la crise, leur niveau d’in­fla­tion est sen­si­ble­ment le même qu’en France. Et l’Hexa­gone, où la dette repré­sente 86,2% du PIB au deuxième tri­mestre 2011, n’a rien à envier à leur endet­te­ment public : près de 80% du PIB au Royaume-Uni, envi­ron 100% aux Etats-Unis et plus de 200% au Japon. La nature de la dette et la répar­ti­tion géo­gra­phique de ceux qui la détiennent varient par ailleurs beau­coup d’un pays à l’autre.

    Inver­se­ment, com­ment expli­quer que d’autres pays comme la Nor­vège, qui comme la France ne peut pas faire mar­cher la planche à billets, est moi­tié moins endet­tée (sa dette publique pla­fonne à 44% du PIB) ?

    Cela signi­fie que la moné­ti­sa­tion de la dette n’est pas néces­sai­re­ment syno­nyme de réduc­tion des défi­cits publics ni de pous­sée infla­tion­niste incontrôlée.

    La France ne peut-elle pas encore moné­ti­ser sa dette ? En prin­cipe non mais dans la pra­tique si. Le Trai­té euro­péen inter­dit à la Banque cen­trale euro­péenne de prê­ter direc­te­ment aux Etats membres de la zone euro.

    Mais lorsque la Banque cen­trale euro­péenne rachète des obli­ga­tions sou­ve­raines (parts de dettes émises par les Etats), elle moné­tise la dette des Etats. La BCE en a ain­si déjà acquis pour 183 mil­liards d’eu­ros. Elle pour­rait ain­si un jour être ame­née à rache­ter de la dette française.

    Quelle est la solu­tion ? « Il n’y a pas de solu­tion miracle », tranche, inter­ro­gé par Euro​pe1​.fr, Jean-Her­vé Loren­zy, pré­sident du Cercle des éco­no­mistes. « La véri­té n’est ni d’un côté, ni de l’autre. D’un côté, vous n’a­vez pas de moyens. De l’autre, vous n’a­vez aucune limite », poursuit-il.

    D’a­près lui, le bon com­pro­mis serait d’a­voir « une vraie règle d’or en période de crois­sance, tout en auto­ri­sant la BCE à rache­ter de la dette ».

    Nad Hup­per Loi n°73–7 du 3 jan­vier 1973 sur la Banque de France

    http://​www​.legi​france​.gouv​.fr/​a​f​f​i​c​h​T​e​x​t​e​.​d​o​?​c​i​d​T​e​x​t​e​=​J​O​R​F​T​E​X​T​0​0​0​0​0​0​3​3​4​8​1​5​&​d​a​t​e​T​e​x​t​e​=​1​9​9​3​1​231

    Armand Fores­tier Bon, je sais Étienne ce que tu penses de lui, mais cela peu éclai­rer le débat :

    http://fr.scribd.com/doc/85967606/Alain-Beitone-Ide%CC%81es-fausses-et-faux-de%CC%81bats‑a%CC%80-propos-de-la-monnaie-Re%CC%81flexion‑a%CC%80-partir-de-la-%C2%AB-loi-de-1973-%C2%BB

    Flo­rian Vasse @Nad Hup­per : le deuxième com­men­taire est un article de blog j’i­ma­gine ? Où est-il disponible ?

    Maga­li Per­nin Fred Hirn : la loi de 1973 n’empêche pas l’E­tat d’emprunter gra­tui­te­ment à la Banque de France.

    Vincent Bou­caut Ma réponse à votre article :

    Pour répondre à la ques­tion : « La loi du 3 jan­vier 1973 empêche-t-elle l’Etat d’emprunter à la Banque de France sans inté­rêts ? » A cette ques­tion, selon votre article et ma réflexion, la réponse est : Non jus­qu’à 10 mil­liards, oui au-delà, selon l’ar­ticle 2 de la Conven­tion de 1973.

    http://​www​.theo​rie​-du​-tout​.fr/​2​0​1​2​/​0​3​/​l​o​i​-​1​9​7​3​-​r​o​t​h​s​c​h​i​l​d​.​h​t​m​l​?​s​h​o​w​C​o​m​m​e​n​t​=​1​3​5​6​8​5​8​9​9​2​9​0​5​#​c​1​8​7​9​2​3​7​1​7​6​8​7​4​0​5​5​516

    Guillaume Tra­vaillant @Etienne, vous dites ne pas voir de lien de cau­sa­li­té entre CHOC PETROLIER et ENDETTEMENT. Je vous sug­gère donc l’é­clai­rage de JM Jan­co­vi­ci sur le sujet (à par­tir de 13’40, mais le début est très inté­res­sant aussi) :

    http://​www​.dai​ly​mo​tion​.com/​v​i​d​e​o​/​x​g​g​a​2​s​_​j​e​a​n​-​m​a​r​c​-​j​a​n​c​o​v​i​c​i​-​c​o​l​l​o​q​u​e​-​o​u​-​v​a​-​l​e​-​m​o​nde

    - Jus­qu’en 1974, les 3 courbes (PIB, consom­ma­tion d’éner­gie et dette glo­bale des USA) aug­mentent à la même vitesse.
    – A par­tir de 1974, on a un décou­plage à cause des acti­vi­tés déma­té­ria­li­sées de la finance (= valo­ri­sa­tion d’ac­tifs sans lien avec l’é­co­no­mie réelle) et « la créa­tion de DETTE aug­mente à par­tir de ce moment-là. »
    – Les causes : lien sys­té­mique ? ou ouver­ture des vannes du cré­dit pour faire repar­tir une éco­no­mie qui « cale » sur son appro­vi­sion­ne­ment énergétique ?
    – Conclu­sion de JMJ : « Peut-on faire du PIB déma­té­ria­li­sé SANS FAIRE EXPLOSER LA DETTE ? (…) Si la réponse est non, ça veut aus­si dire que la créa­tion de dette – qui vient de faire sau­ter le sys­tème finan­cier à moi­tié – est déjà une contre­par­tie du RALENTISSEMENT DE LA PRODUCTION ENERGETIQUE que nous avons eu depuis 1974. »
    En espé­rant que cela vous don­ne­ra une piste de réflexion complémentaire.

    Maga­li Per­nin Vincent Bou­caut : Une simple nou­velle conven­tion suf­fi­sait à remon­ter ce plafond.

    Kévin Robin @Florian Vasse : Dans son article, Maga­li fait la dis­tinc­tion entre les avances per­mises par les textes abro­gés en 1973, et les « avances et prêts octroyés de façon per­ma­nente à l’É­tat » (je cite). Je n’ar­rive pas à com­prendre en quoi les pre­mières ne consti­tue­raient pas de la créa­tion moné­taire (mal­gré les limites qui les concernent, que Maga­li a bien sou­li­gnées), tan­dis que les seconds en constitueraient.

    Ste­phan Pain Pour com­prendre l’hu­ma­ni­té il faut rai­son­ner par analogie. 

    De même que les inter­ac­tions dans le domaine phy­sique obéissent à des lois, la pen­sée humaine est régie par des lois universelles. 

    La loi de conser­va­tion de l’éner­gie est une loi que per­sonne ne sau­rait remettre en cause. 

    Cer­tains diront : « C’est la nature ». Il en va stric­te­ment de même pour la pen­sée humaine : l’u­sure est contre nature car l’u­sure revient à créer de l’  »éner­gie » finan­cière à par­tir de rien. La dette n’est rien d’autre que l’u­sure à l’é­chelle de la nation. 

    La loi de 1973 semble cor­res­pondre à la créa­tion de ce ver­rou. Ce débat n’est qu’ar­gu­men­ta­tion de dates effec­tives, de détails poli­tiques et autres ter­gi­ver­sa­tions car en réa­li­té, nous avons tous compris.

    L’a­bou­tis­se­ment du tra­vail de des­truc­tion de la liber­té humaine ne pour­ra s’a­che­ver que lorsque ces lois auront un effet au niveau mon­dial. Nous sommes proches de cet ins­tant. Il ne reste qu’à détruire cer­tains pays musul­mans car la loi isla­mique, mal­gré tous les efforts des médias pour nous faire croire qu’elle se limite à la lapi­da­tion et autres hor­reurs d’une autre époque, condamne fer­me­ment l’u­sure sous toutes ses formes.

    Julien Lova­to La loi de 73 n’est pas scé­lé­rate, du tout, elle per­met de faire avan­cer à pas feu­trés des concepts iniques, au béné­fice d’une oli­gar­chie semi féodale. 

    Dans le lan­gage cou­rant, ce type de loi n’en­té­ri­nant pas tota­le­ment mais ouvrant la voie en la « susur­rant » on appelle ça « sub­ver­sion » ou com­ment faire cou­ler des mil­lé­naires de rap­port direct aux choses par des pseu­do concepts scien­ti­fiques alors qu’ils sont idéo­lo­giques. Cette loi se base sur le fait que le mar­ché est un sys­tème juste et par­fait avec sa pro­prié­té « clas­sique » dite de « concur­rence pure et par­faite », sous enten­du leur manoeuvre de réin­jec­tion s’ap­puyant sur l’ap­port d’argent frais va venir remettre de la dyna­mique à tout ça. 

    Cepen­dant le para­digme de concur­rence pure et par­faite est faus­sé dès le départ, dès les trusts, des les concen­tra­tions contour­nant les lois anti trusts. De plus les prix cen­sés aider à réa­li­ser les ajus­te­ments ne jouent en aucun cas leurs rôles d’indicateurs. 

    Autre­fois, ce qui était rare était cher, alors cer­tains ont orga­ni­sé la rare­té en spé­cu­lant et rete­nant les stocks, d’autres encore ont joué sur la per­cep­tion que les gens ont de la rareté. 

    Je pré­cise, on fait croire que le pro­duit est rare, que c’est main­te­nant ou jamais (c’est le prin­cipe des ventes flash après tout) mais en aucun cas il n’y a de rare­té. J’en reviens aux prix, l’é­qui­libre est cen­sé se faire grâce à eux mais on voit bien qu’ils sont tel­le­ment tri­tu­rés et sous l’ef­fet de spé­cu­la­tions qu’ils ne jouent pas leur rôle d’in­di­ca­teurs et donc ne per­mettent en aucun cas un ajus­te­ment selon les théo­ries clas­siques tou­jours pas ou peu contre­dites à ce jour. 

    Bref cette loi enté­rine ce sys­tème faux et archi faux pour per­mettre à cer­tains de se goin­frer et en le jus­ti­fiant par ce qui est deve­nu une reli­gion, que l’on a rha­billé de « liber­té » (libé­ra­lisme = liber­té nous dit-on ; beau et faux paral­lèle per­met­tant de construire à pas de loup l’empire de la finance de maintenant). 

    Je conti­nue­rai ma paren­thèse pour dire que ce com­por­te­ment de sub­ver­sion volon­taire se ren­force par la poli­tique cultu­relle influant sur les com­por­te­ments. Etu­dions les com­por­te­ments sociaux de cer­tains, se ruant sur du pseu­do haut de gamme fabri­qué en chine (un cos­tard sur mesure au Cam­bodge coute 75$ mais il sera ven­du par Her­mès 7500€ en France…

    comme le sport favo­ri de l’homme, c’est de se dis­tin­guer de l’autre pour avoir le meilleur par­te­naire sexuel ‑comme les ani­maux du reste‑, à ce jeu de dupes, il pré­fère avoir de la marque qui pour­tant intrin­sè­que­ment ne pos­sède aucune spé­ci­fi­ca­tions tech­niques vrai­ment dif­fé­rente du bas de gamme (pour la plu­part des pro­duits). Affir­mer et mon­trer qu’il y a mis le prix lui per­met de dire qu’il est plus qu’au­trui et de nier les autres. 

    Le glis­se­ment des valeurs est tel, que l’a­vis des petites gens n’est plus écou­té, après tout ils sont idiots puisque pauvres ! Beau sophisme si cher à nos libéraux. 

    La paren­thèse est longue, j’en conviens, mais de là on retombe sur la volon­té de cer­tains de détour­ner ce flux d’argent qui autre­fois était à taux zéro, pour se le mettre dans la poche non pas pour avoir un cos­tard à 75$ mais le même à 7500€ tout ça pour pou­voir le dire et ain­si soi­gner son égo. Et le fait est que cela s’ac­cé­lère, défense de faire de boy­cott de marques en France pour évi­ter que les goinfres ne se retrouvent à la mer­ci des réseaux sociaux véhi­cu­lant pêle-mêle véri­tés comme mythes urbains. 

    De là une poli­tique visant à cen­su­rer ces mêmes réseaux. Bref, votre loi de 73 n’est enté­ri­née qu’en 84 et pas­sée dans le marbre euro­péen qu’en 93 et autres trai­tés ; mais on voit très pré­ci­sé­ment à quoi elle sert, c’é­tait une avan­cée à pas de velours, réa­li­sée par un pré­sident de la répu­blique ancien Dg de la banque Rotschild.

    Maga­li Per­nin Etienne : Afin d’ap­puyer l’ar­gu­men­taire concer­nant le peu d’im­por­tance de l’an­née 1973, j’ai ajou­té ce para­graphe : « De plus, cette « der­nière » Conven­tion n’a fait que reprendre des pla­fonds d’en­cours qui exis­taient déjà aupa­ra­vant. Consi­dé­rant les textes ren­dus dis­po­nibles par la Banque de France, il appa­rait que les der­nières Conven­tions accor­dant de nou­velles avances au Tré­sor Public ont été pas­sé au prin­temps 1953. La même année, un nou­vel accord fixait un échéan­cier pour le rem­bour­se­ment de ces « avances spéciales ».

    Par consé­quent, 1974 n’est pas une année pivot pour ce qui est de juger de la volon­té de l’E­tat d’u­ser de ses pré­ro­ga­tives auprès de la Banque de France. »

    Didier Man­teau Que de temps de brillants cer­veaux dis­po­nible per­du en conjec­tures inutiles… 

    Qu’im­porte les outils uti­li­sés, loi de 73 ou pas, trai­tés de l’UE, Euro , le résul­tat est le même : l’as­ser­vis­se­ment par la dette nous rend éco­no­mi­que­ment et poli­ti­que­ment impuissants. 

    Qu’E­tienne se soit trom­pé (ou pas) sur la nature de l’une des mâchoires de la pince ne change rien à la vali­di­té de sa démonstration… 

    Pen­dant que l’on dis­serte si oui ou non la loi est scé­lé­rate, l’aus­té­ri­té pro­gresse, le lien social recule et les ultra-riches rachètent les pays d’Eu­rope par pans entiers ! Autant se crê­per le chi­gnon sur le sexe des anges… 

    Les maîtres du monde l’ont bien com­pris : G.W. Bush lui-même décla­rait cyni­que­ment que quelque soient les résul­tats d’une contre-enquête à pro­pos du 11⁄09 ils arri­ve­raient trop tard pour modi­fier quoi que ce soit à ses consé­quences. Lire Ber­nard Maris sur la com­plexi­té volon­taire du jar­gon éco­no­mique pour éloi­gner le vul­gum pec­cum et écou­ter Franck Lepage qui ne dit pas autre chose sur l’éducation. 

    Quand on est à vélo et que l’on se fait écra­ser par un bus, il est un peu tard pour polé­mi­quer sur qui avait la priorité !!!

    Vincent Bou­caut Si cette loi de 73 n’est pas à elle seule res­pon­sable du finan­ce­ment de l’é­tat avec inté­rêt, qui est de toutes façons relayée par d’autres lois depuis (euro­péenne notam­ment), il faut bien avouer qu’elle reste au moins sym­bo­lique, même pour les poli­tiques qui nous parlent d’in­fla­tion avant son existence.

    Main­te­nant, quand on paie 50 mil­liards d’in­té­rêts par an avec nos impôts tout en ne réglant pas les prêts prin­ci­paux, et qu’on galère à trou­ver 10 mil­liards par ci, 10 mil­liards par là, il est évident qu’il faut s’en­le­ver cette charge « non nécessaire ».

    Et à notre niveau, il ne s’a­git plus de la loi de 73 mais bien du trai­té euro­péen qui se place au-dessus.

    Gré­goire Keith Gar­rel Mettre un pla­fond aus­si bas (10 mil­liards), cela revient à inter­dire la créa­tion moné­taire publique. Arrê­tons de pinailler !

    Maga­li Per­nin Kévin Robin : en effet. Les deux consti­tuent une créa­tion moné­taire. Cepen­dant, les avances sup­posent l’exis­tence préa­lable d’une créance, contrai­re­ment aux emprunts.

    Maga­li Per­nin Je ne pinaille pas. Ce pla­fond est déter­mi­né par Conven­tion. Il peut être rééva­lué par Conven­tion éga­le­ment. Rien n’é­tait figé.

    Gré­goire Keith Gar­rel On est d’ac­cord rien n’est figé lors d’une loi. Il y a eu deux étapes : la mise en place de la loi puis la pas­si­vi­té des politiques.

    Gré­goire Keith Gar­rel D’où l’im­pos­si­bi­li­té de ne dési­gner qu’un seul responsable.

    Guillaume Tra­vaillant @Didier, il est tout de même impor­tant de savoir dans quelle mesure on peut se réfé­rer à cette loi de 1973 pour argu­men­ter et expli­quer la situa­tion à nos conci­toyens. Si l’ap­pa­ri­tion de cette loi ne sert à rien, on se décré­di­bi­li­se­rait inuti­le­ment et cer­tains ne se gêne­raient pas pour nous tirer dans les pattes (Jean Robin le fait déjà !).

    Kévin Robin @Magali : On est bien d’ac­cord là-des­sus. Ce que je ne com­prends pas, c’est en quoi les limites posées aux avances per­mises par les textes abro­gés en 1973 les dis­qua­li­fient en tant que créa­tion moné­taire à tes yeux. Ce point n’est pas expli­ci­té dans ton article et à mon avis, le père Chouard va se faire un plai­sir de reve­nir dessus

    Maga­li Per­nin J’ai cor­ri­gé ce point. Mer­ci à toi

    Etienne Chouard Si, ce pla­fond est figé (et l’in­ter­dic­tion qui va avec), SI un oli­garque ban­caire a le pou­voir légal (et ici, ce pou­voir est expli­cite et indu­bi­table) de ne plus jamais rien signer, dès que ça lui chante.

    Etienne Chouard Effec­ti­ve­ment, c’est dans les tuyaux
    Mais j’ai ma famille à la mai­son et je veux relire mon truc avant de le pos­ter => patience

    Maga­li Per­nin Si tu veux. Mais l’o­li­garque de la Banque de France a tou­jours eu ce pou­voir. Depuis 1801.

    Kévin Robin @Magali : De rien ! Il me sem­blait qu’il y avait un détail qui clochait.

    Maga­li Per­nin (je mai­trise pas beau­coup l’as­pect finan­cier. Heu­reu­se­ment que Lior est là!)

    Kévin Robin Et l’o­li­garque est nom­mé par le gouvernement…

    Etienne Chouard Ok : donc, si c’est le cas,
    il ne faut pas dire
    La loi de 1973 est une loi scélérate
    Il faut dire
    La loi de 1973 est une loi scé­lé­rate de plus

    Etienne Chouard tu vois que je sais m’amender 🙂

    Maga­li Per­nin Ahhhhh ! Bra­vo Mais c’est Napo­léon qui ne va pas être content 🙂

    Maga­li Per­nin « On peut cepen­dant trou­ver que ce sys­tème n’est pas le plus démo­cra­tique qui soit. Peut-être pour­rions nous rêver d’un sys­tème moins tech­no­cra­tique et lais­sant bien plus de pou­voir au Par­le­ment fran­çais. J’en conviens, et c’est là un débat sur le fonc­tion­ne­ment des ins­ti­tu­tions qui dépasse lar­ge­ment la loi du 3 jan­vier 1973. »

    Etienne Chouard Guillaume et les autres : il faut tordre le cou à l’i­dée que la dette publique extra­va­gante qui nous accable aujourd’­hui cor­res­pon­drait à des dépenses utiles exa­gé­rées (relan­cer la crois­sance ou réagir au choc pétro­lier dans le bien com­mun, ou autre dépense utile) : non, notre dette publique (inique) cor­res­pond très exac­te­ment (tout au long des 40 ans où elle a gran­di) au mon­tant des INTÉRÊTS (NON NÉCESSAIRES et rui­neux, je le rap­pelle) => la mon­naie dépen­sée qui a créé la pelote infer­nale de la dette n’é­tait PAS dépen­sée pour des inves­tis­se­ments, mais pour payer les SEULS inté­rêts de la dette.

    Avec ses mots à lui, il y a 150 ans déjà, Marx dénon­çait la dette publique comme un coup d’É­tat du capi­tal contre le tra­vail (des 1% contre les 99%, quoi).

    Etienne Chouard déjeu­ner de famille, je vous laisse

    Jean-Paul Pian­ta Je res­pecte et j’ap­pré­cie les com­men­taires mais je dois vous dire qu’à mes yeux les détails tech­niques men­tion­nés sont secon­daires. L’es­sen­tiel réside dans le fait que notre socié­té démontre une ten­dance glo­ba­le­ment patho­gène, entro­pique alors concen­trer toute son éner­gie sur tel ou tel décret me semble á ce stade vain et super­flu. Le pro­blème n’est pas tech­nique, il est d’a­bord humain.Trop d’in­di­vi­dus vivent dans la pré­ca­ri­té et trop de per­sonnes ne peuvent faire face aux dif­fi­cul­tés. La ques­tion est de savoir pour­quoi. Quelles sont les causes pro­fondes ? Tel ou tel par­ti poli­tique ? Tel ou tel décret ? Je ne pense pas. je pense plu­tôt qu’il faut pré­pa­rer et aider les per­sonnes à trou­ver leur place dans notre socié­té. Redé­fi­nir les prio­ri­tés, à com­men­cer par le droit natu­rel de chaque per­sonne de vovre son poten­tiel phy­sique, émo­tion­nel et social au mieux de ses pos­si­bi­li­tés. Ten­ter de régler les pro­blèmes par le haut est un échec.

    Jules Guillou A ce pro­pos, la théo­rie du choc pétro­lier est a écar­ter en effet, la conver­ti­bi­li­té en Or du pétrole est stable depuis la fin de la seconde guerre mon­diale selon Pierre Jovanovic..

    Guillaume Tra­vaillant @ Etienne, sans nier le racket (évi­dem­ment hon­teux) des inté­rêts de la dette, je poin­tais sim­ple­ment la conver­gence de date sur cette fichue année 1973–74 EGALEMENT du point de vue de l’ap­pro­vi­sion­ne­ment éner­gé­tique qui a aus­si com­men­cé à accé­lé­rer à cette époque (à la baisse, cette fois). Or, même si l’E­tat emprun­tait à taux zéro, on ne peut nier le pro­blème de la sur­ex­ploi­ta­tion des res­sources natu­relles pour assou­vir les « besoins » en éner­gie des pays riches, et la recherche de crois­sance per­pé­tuelle dans un monde fini. De mon point de vue, c’est « le pro­blème des pro­blèmes » ! Mon pro­pos est donc de sou­li­gner que la créa­tion moné­taire (qui devrait être contrô­lée par les peuples, on est bien d’ac­cord) n’est qu’un outil qui, aus­si impor­tant soit-il, ne per­met­tra de résoudre le pro­blème éner­gé­tique que lorsque, je vous rejoins, les peuples pour­ront eux-mêmes écrire et abro­ger leurs lois… sous réserve qu’ils veuillent gérer eux-mêmes leur des­tin com­mun. « La clé est sur la porte de la pri­son », dites-vous ? Le pro­blème est que celui qui s’en rend compte est enchaî­né à celui qui regarde la télé !

    J‑Stéphane Ven­geon J’ai peur de ne pas avoir bien com­pris le sens de votre dilemme, cher­chez-vous à dis­so­cier les res­pon­sa­bi­li­tés, entre la loi de 1973 qui per­met un choix et les poli­ti­ciens confron­tés à la ten­ta­tion du gain ?

    Réponse
  76. Morpheus

    @ A‑J Holbecq

    « avec ou sans inté­rêts, sans impor­tance, puisque la Banque de France appar­tient à 100% à l’État … les inté­rêts seraient même de 10% par an que l’État les récu­pè­re­rait par les divi­dendes et les impôts payés par la Banque de France »

    Il me semble que si l’on consi­dère le seul inté­rêt géné­ral, il n’est pas neutre que l’emprunt d’é­tat soit avec inté­rêt, même dans une conjonc­ture où la créa­tion moné­taire dépen­drait de l’é­tat lui-même.

    Car cet inté­rêt, pour être rem­bour­sé par la BdF, devrait au préa­lable être per­çu par l’é­tat sous forme d’im­pôts. Le coût réel des infra­struc­tures finan­cées de cette manière coû­te­rait donc arti­fi­ciel­le­ment plus cher aux contri­buables, ce qui me semble absurde (pour­quoi devrions-nous payer plus cher que le juste prix, qui ne devrait cor­res­pondre qu’au prix des res­sources et du travail ?).

    Donc, d’a­près moi, seuls des emprunts accor­dés à des entre­prises pri­vées par la BdF (par exemple à des banques pri­vées) devraient être majo­rés d’un taux d’in­té­rêt, mais pas les emprunts des­ti­né à l’é­tat lui-même (en sup­po­sant tou­jours que l’é­tat soient réel­le­ment démo­cra­tique et serve l’in­té­rêt géné­ral, bien entendu).

    Cor­dia­le­ment,
    Morpheus

    Réponse
  77. Morpheus

    @ TOUS et TOUTES

    Ce qui me frappe (bong !) dans ce débat, c’est l’ex­trême dif­fi­cul­té qu’il y a pour des citoyens dési­reux de s’in­for­mer (c’est-à-dire des citoyens dignes de ce nom, puis­qu’ils s’in­té­ressent aux affaires publiques) à obte­nir des infor­ma­tions sur des mesures poli­tiques aus­si impor­tantes que des lois qui influencent l’é­co­no­mie et la créa­tion monétaire.

    C’est – à l’é­vi­dence – et de façon fla­grante, une démons­tra­tion (s’il en fal­lait encore une) de l’o­pa­ci­té volon­tai­re­ment créée et entre­te­nue par les élus concer­nant la manière dont ils gèrent les affaires publiques.

    Cela signi­fie qu’ils ont des choses à cacher, donc qu’ils agissent contre l’in­té­rêt géné­ral, qu’ils s’es­timent supé­rieurs au peuple et aux citoyens qu’ils sont cen­sé repré­sen­ter (c’est-à-dire qu’ils devraient agir selon les volon­tés des citoyens, et non l’in­verse), et que donc, c’est une preuve sup­plé­men­taire que nous ne sommes pas (du tout) en démo­cra­tie et que ces élus ne sont pas des démo­crates, mais des oli­garques qui se fichent de l’in­té­rêt général.

    Dans une vrai démo­cra­tie, ces infor­ma­tions devraient être très facile à trou­ver, et la ques­tion qui ali­mente la polé­mique entre Étienne et Maga­li serait tran­chée depuis longtemps.

    Quel moyen existe-t-il de som­mer l’État (les élus et/ou les hauts fonc­tion­naires) de trans­mettre ces infor­ma­tions sur demande ? Peut-être Yvan Blot ou Fran­çois Asse­li­neau, qui connaissent les arcanes du pou­voir, pour­raient-ils répondre à cette question ?

    Cor­dia­le­ment,
    Morpheus

    Réponse
  78. A-J Holbecq

    @Morphéus

    Vrai « comp­ta­ble­ment » (mais il suf­fi­rait à la BdF d’aug­men­ter le prêt du mon­tant des inté­rêts qu’elle va per­ce­voir) et de toute façon sans plus d’in­fluence (sauf pour un éven­tuel del­ta posi­tif chaque année) dès la seconde année 😉

    Cor­dia­le­ment
    AJH

    Réponse
  79. A-J Holbecq

    Je vou­drais ren­voyer les lec­teurs des com­men­taires qui deviennent un peu longs sur mon « inter­ven­tion » du 1er novembre

    http://monnaie.wikispaces.com/M%27PEP+novembre+2012

    vous pour­rez y visua­li­ser les effets des inté­rêts sur la période que j’ai volon­tai­re­ment limi­tés entre 1994 => 2010.

    Réponse
  80. Morpheus

    @ A‑J Holbecq

    Je n’ai pas com­pris votre réponse (#81).

    Il est vrai que je ne suis qu’un ama­teur peu éclai­ré en matière de méca­nismes éco­no­miques (j’es­saye de com­bler cette lacune, je vous jure 🙂 ), mais disons que je résonne comme un citoyen lamb­da, et je me dis « pour­quoi faire com­pli­qué lorsque l’on peut faire simple ? » (en dépit – ou à cause ? – du fait que chez nous, en Bel­gique, nous avons la fâcheuse habi­tude de faire com­pli­qué lorsque l’on peut faire simple 😉 ).

    Il me semble en tout cas que, dans l’in­té­rêt géné­ral (et dans une situa­tion où le pou­voir est ren­du à une assem­blée citoyenne), il est pré­fé­rable de s’en tenir à des méca­nismes simples, com­pré­hen­sibles pour tous.

    La tech­ni­ci­té ne me semble utile que si vrai­ment il n’y a pas moyen de faire simple, car elle repré­sente tou­jours un dan­ger : elle embrouille les esprits et rends « indis­pen­sables » des tech­ni­ciens, dont nous avons alors vache­ment inté­rêt à garan­tir la pro­bi­té (la vertu).

    Cor­dia­le­ment,
    Morpheus

    Réponse
  81. RHC

    Re Bon­soir,
    {{
    Dans une vrai démo­cra­tie, ces infor­ma­tions devraient être très facile à trou­ver, et la ques­tion qui ali­mente la polé­mique entre Étienne et Maga­li serait tran­chée depuis longtemps.

    Quel moyen existe-t-il de som­mer l’État (les élus et/ou les hauts fonc­tion­naires) de trans­mettre ces infor­ma­tions sur demande ? Peut-être Yvan Blot ou Fran­çois Asse­li­neau, qui connaissent les arcanes du pou­voir, pour­raient-ils répondre à cette question ?}

    A mon avis, même pro­blème que l’at­ten­tat du 11 sep­tembre 2001.
    Sincèrement,

    Réponse
  82. RHC
    @J-Stéphane (com 81)

    Même un cro magnon n’ac­cep­te­rait jamais cette situa­tion 8).

    Réponse
  83. Morpheus

    En fait, RHC, NOUS SOMMES DES CRO MAGNONS ! 🙂

    L’homme de cro magnon est l’autre nom pour homo sapiens sapiens, c’est-à-dire nous.

    Cher­chez l’erreur … 😉

    Cor­dia­le­ment,
    Morpheus

    Réponse
  84. RHC

    Ok ! Par­don, j’ar­rête 8).

    Réponse
  85. J.C

    @ julien

    ‘Je ne com­prends pas votre rai­son­ne­ment aus­si simple soit il : l’emprunteur rem­bourse 150 000 euros pour­quoi faut il encore ajou­ter des inté­rêts puis­qu’il a emprun­té pour rem­bour­ser 100 000 + 50 000 d’intérêts ? ’

    Sup­po­sons que vous sou­hai­tiez emprun­ter 100 000 euros que vous n’a­vez donc pas pour ache­tez une mai­son. Avec les inté­rêts sur 20 ans sup­po­sons que la mai­son vous coûtes 150 000 euros.
    Si n’a­viez pas les 100 000 euros à plus forte rai­son, vous n’a­vez pas non plus les 150 000 pour rem­bour­ser le prêts. Jusque là vous me suivez ?
    Si seul les banques crées de la mon­naie par le cré­dit, les 150 000 euros que vous vous pro­cu­re­rez par votre tra­vail ou autres pro­vien­drons bien d’un cré­dit. Hors, les cré­dits ne sont pas accor­dés gra­tui­te­ment n’est ce pas ? Donc sur ces 150 000 euros créés par une banque, un inté­rêt vien­dra s’ajouter.
    Tout l’argent n’é­tant que de la dette avec inté­rêt. Pour rem­bour­ser une dette, on l’a rem­bourse avec une autre dette et les inté­rêts ne font que s’a­jou­ter. L’argent n’é­tant que de la dette, dans l’ab­so­lu rien ne peut être rem­bour­sé, l’en­det­te­ment ne fait qu’aug­men­ter et la masse moné­taire aussi.
    Voi­là un gra­phique pré­sen­tant l’é­vo­lu­tion de la masse monétaire.
    http://​www​.crea​tion​mo​ne​taire​.info/​2​0​1​1​/​0​6​/​m​a​s​s​e​-​m​o​n​e​t​a​i​r​e​-​e​u​r​o​-​j​u​i​n​-​2​0​1​1​.​h​tml

    @ A‑J Holbecq

    ‘Donc, la mon­naie des inté­rêts existe bien dans l’en­semble du sys­tème ban­caire … mais il est vrai que si vous faites un « arrêt sur image » ces inté­rêts n’existent pas encore. Il n’y a donc pas besoin de crois­sance de la masse moné­taire pour payer les intérêts… ’

    Je ne com­prends pas, vou­lez vous dire que ces 50 000 euros d’in­té­rêt existe déjà en cir­cu­la­tion grâce au prêt accor­dé de 100 000 euros avant même que l’emprunteur com­mence à les rembourser ?

    Bien ami­ca­le­ment

    J.C

    Réponse
  86. julien

    Déso­lé JC je ne vous suis pas ! seuls 150000 euros sont créés.
    L’ar­ticle 19 :
    « Les condi­tions dans les­quelles l’E­tat peut obte­nir de la Banque des avances et des prêts sont fixées par des conven­tions pas­sées entre le ministre de l’é­co­no­mie et des finances et le gou­ver­neur, auto­ri­sé par déli­bé­ra­tion du conseil géné­ral. Ces conven­tions doivent être approu­vées par le Parlement. »

    1. doit être lu dans le contexte géné­ral de la loi .
    2. le gou­ver­neur passe la conven­tion avec le ministre.
    3. la conven­tion est approu­vée par le Parlement.
    Dans le reste de la loi ou dans cet article
    Ou voyez vous un veto du gouverneur ?

    Cor­die­le­ment

    Réponse
  87. A-J Holbecq

    @JC (88)

    Oui, parce qu’un autre s’est endet­té et de loin en loin c’est la même chose. Pour rem­bour­ser les 150000 € il fau­dra donc que vous les obte­niez « de quel­qu’un d’autre » qui se sera effec­ti­ve­ment lui aus­si endet­té ou les aura éga­le­ment obte­nu de quel­qu’un d’autre, etc … ce « quel­qu’un d’autre » pou­vant être éven­tuel­le­ment un four­nis­seur ou un sala­rié de votre banque.

    Mais la banque que vous rem­bour­sez va sim­ple­ment effa­cer 100000 de mon­naie (votre dette) en dimi­nuant votre compte et simul­ta­né­ment annu­ler votre recon­nais­sance de dette qu’elle déte­nait en actif, et elle effa­ce­ra en plus 50000 de votre compte, en créant ins­tan­ta­né­ment 50000 dans sa tré­so­re­rie (son propre compte). Ces 50000 revien­dront dans le cir­cuit moné­taire par ses dépenses (qui aug­mentent le compte de ses four­nis­seurs , de ses sala­riés, etc), aug­men­tant ain­si d’au­tant la masse moné­taire (for­mée ‑en ins­tan­ta­né – par tous les cré­dits que toutes les banques ont accepté).
    L’i­mage de la masse moné­taire est celle de la bai­gnoire avec le robi­net du cré­dit et la bonde du remboursement…

    C’est parce que le sys­tème fonc­tionne en flux conti­nu qu’il n’y a pas de pro­blème de quan­ti­té de mon­naie, pour vous, pour rem­bour­ser votre prêts et les inté­rêts, même à masse moné­taire constant. Il en serait dif­fé­rem­ment si tous les prêts et les inté­rêts devaient être rem­bour­sés en même temps ou sans que les banques ne dépensent les inté­rêts payés.

    La masse moné­taire n’aug­mente pas à cause des inté­rêts mais du fait du déve­lop­pe­ment du PIB ou d’un ralen­tis­se­ment de la vitesse de cir­cu­la­tion de la monnaie…

    (je ne sais pas si je suis clair.… il est tard 😉 )

    A+

    Réponse
  88. J.C

    @ A‑J Holbecq

    100 000 euros ont été créé pour­tant il faut rem­bour­ser 150 000. puisque tout le monde s’en­dette, il faut bien s’endetter encore plus pour rembourser.
    Vous dites que la masse moné­taire n’aug­mente pas à cause des inté­rêts, puisque les inté­rêts ne sont de l’argent direc­te­ment créé par les banques, il faut bien trou­ver cette somme quelque part. la seule façon de la trou­ver c’est de contrac­ter de nou­veau cré­dit avant de ne plus pou­voir rembourser.

    ima­gi­nons que nous vivons dans une micro-socié­té de 20 per­sonnes et que ces 20 per­sonnes est besoin de 100 000 euros. 2000 000 euros sont créé mais avec les inté­rêts, il faut rem­bour­ser 3 000 000. à un moment ou un autre, par un ou plu­sieurs emprun­teur de nou­veau cré­dit devrons être contrac­té pour pou­voir rembourser.
    Les inté­rêts sont donc bien res­pon­sable de l’aug­men­ta­tion de la masse monétaire.
    les échanges entre acteurs éco­no­miques en revanche ne le sont pas. la crois­sance a des objec­tifs moné­taires avant tout.

    Mer­ci de votre patience

    Bien ami­ca­le­ment

    J.C

    Réponse
  89. Étienne

    Je suis en train de révi­ser ma position 
    — preuve de sou­plesse et d’ou­ver­ture d’esprit 😉 : 
    la loi de 1973 n’est pas seule­ment une loi scélérate : 
    la loi de 1973 est une loi scé­lé­rate DE PLUS 🙂

    URL courte de ce seul com­men­taire : http://​tinyurl​.com/​b​y​6​b​89l

    [ÉC : Bon­jour Magali,

    Bon, j’ai copié/collé ton texte ci-des­sous, et j’y réponds au fur et à mesure de la lec­ture, entre cro­chets et en vert, OK ?

    ÉC]

    La loi de 1973 n’est pas une loi « scé­lé­rate » : réponse à Étienne Chouard (par Maga­li Pernin)
    http://​contre​la​cour​.over​-blog​.fr/​a​r​t​i​c​l​e​-​l​a​-​l​o​i​-​d​e​-​1​9​7​3​-​n​-​e​s​t​-​p​a​s​-​u​n​e​-​l​o​i​-​s​c​e​l​e​r​a​t​e​-​r​e​p​o​n​s​e​-​a​-​e​t​i​e​n​n​e​-​c​h​o​u​a​r​d​-​1​1​3​8​9​6​5​4​9​.​h​tml

    Ven­dre­di der­nier, Étienne Chouard a publié sur son site un nou­vel article consa­cré à la loi de 1973. Un article pro­mis, que j’at­ten­dais depuis long­temps, depuis la publi­ca­tion en mars der­nier de notre étude (Lior et moi) concluant que la loi de 1973 n’a­vait pas empê­ché l’É­tat d’emprunter gra­tui­te­ment à la Banque de France.

    [ÉC : Ce n’est pas tout à fait l’ar­ticle pro­mis, par­don, car je n’ai pas encore pris le temps de creu­ser comme je le vou­drais : c’é­tait juste une évo­ca­tion rapide de deux pistes de dis­cus­sion qui me trottent dans la tête. 
    ÉC.]

    Il fal­lut donc que Michel Rocard évoque cette loi (semble-t-il) pour qu’É­tienne nous livre sa façon de voir les choses aujourd’hui. 

    [ÉC : C’é­tait une occa­sion, oui. 
    ÉC.]

    Voi­ci l’in­ter­ven­tion de Michel Rocard le 22 décembre der­nier dans Média­po­lis sur Europe 1 :

    « La Banque de France a été créée en 1801 et jus­qu’en 1974, elle finan­çait l’É­tat sans inté­rêts.

    Si on était res­té là, aujourd’­hui, avec tous les emprunts qu’on a faits depuis – puis­qu’on emprunte tous les ans – la dette publique fran­çaise serait de 16 ou 17% du PNB. 

    Mais en 1974, on a eu une loi stu­pé­fiante, qui s’ap­pelle la loi ban­caire, qui a inter­dit à l’É­tat de se finan­cer sans inté­rêt auprès de la Banque de France et qui a obli­gé (comme les Alle­mands, c’é­tait la mode à l’é­poque) l’É­tat a se finan­cer sur le mar­ché finan­cier pri­vé. »

    [ÉC : c’est quand même une bombe, cette décla­ra­tion, excuse-moi… 

    … une « mode »… 
    Gredins !

    ÉC.]

    Une inter­ven­tion qui, a l’ins­tar de Sté­phane Sou­mier, me laisse bien per­plexe : « Pour­quoi diable Michel Rocard a‑t-il remis à la une cette légende urbaine ? »

    [ÉC : Peut-être parce que, pré­ci­sé­ment, ce ne serait PAS une « légende urbaine » ? 😉 . 
    ÉC.]

    Car, de deux choses l’une :
    1/ La loi de 1973 n’a pas reti­ré la pos­si­bi­li­té à l’É­tat d’emprunter gra­tui­te­ment à la Banque de France.
    C’est en effet le Trai­té de Maas­tricht (que Michel Rocard a lar­ge­ment défen­du), et notam­ment la loi sur la Banque de France votée en 1992, qui a inter­dit ce type d’emprunt.
    2/ Même avant 1973, l’É­tat ne s’est jamais exclu­si­ve­ment finan­cé auprès de la Banque de France.

    [ÉC : Que veux-tu dire ? 

    Si je ne me trompe pas, l’ex­pres­sion « de deux choses l’une » signi­fie qu’il faut choi­sir entre les deux propositions. 
    Or, j’a­vais cru com­prendre que tu sou­tiens les deux. Non ? 

    En tout cas, ROCARD DIT PRÉCISÉMENT ET EXPRESSÉMENT LE CONTRAIRE de ce que tu dis, toi : ]

    1/ « en 1974, on a eu une loi stu­pé­fiante, qui s’ap­pelle la loi ban­caire, qui a inter­dit à l’É­tat de se finan­cer sans inté­rêt auprès de la Banque de France et qui a obli­gé (comme les alle­mands, c’é­tait la mode à l’é­poque) l’É­tat a se finan­cé sur le mar­ché finan­cier privé. »

    2/ « La Banque de France a été créée en 1801 et jus­qu’en 1974, elle finan­çait l’É­tat sans intérêt »

    Pour enfon­cer le clou, je rap­pelle que Gis­card LUI-MÊME avait dit (en 2008), POUR JUSTIFIER la loi de 1973 atta­quée sur son blog : 

    « La pos­si­bi­li­té du prêt direct de la Banque de France au Tré­sor public a géné­ré par­tout où il fut appli­qué une situa­tion d’in­fla­tion moné­taire per­ma­nente ».

    http://​vge​-europe​.eu/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​?​p​o​s​t​/​2​0​0​8​/​0​7​/​2​5​/​R​e​p​o​n​s​e​-​d​e​-​VGE

    Moi, je prends ça comme un aveu de ce à quoi ser­vait la loi dans leur tête à l’é­poque : reti­rer « la pos­si­bi­li­té du prêt direct de la Banque de France au Tré­sor public » (je reprends ses termes à lui).

    Alors, on peut consi­dé­rer qu’ils sont gâteux tous les deux, on peut. Mais on n’est pas obli­gé de le faire 🙂 

    On peut aus­si bien, et au contraire, consta­ter que, sou­vent, c’est en vieillis­sant que les res­pon­sables, per­dant un peu le contrôle d’eux-mêmes, « lâchent le mor­ceau » et avouent leurs méfaits sans s’en aper­ce­voir.

    C’est arri­vé à quelques uns des com­plo­teurs de l’île Jeckyll, ceux qui, en 1910, ont our­di en secret la loi US de 1913 de la pré­ten­due « Réserve Fédé­rale Amé­ri­caine » (qui n’est ni réserve, ni fédé­rale, ni amé­ri­caine) : sur le tard, des décen­nies après, ils ont avoué, qui dans ses mémoires, qui au détour d’un article de jour­nal. Il a fal­lu le tra­vail de four­mi de Mul­lins pour rap­pro­cher les pièces du puzzle. Les vieux ne disent pas que des choses inintéressantes 😉

    ÉC.]

    De ce fait, j’en viens rapi­de­ment à l’ar­ticle publié récem­ment par Étienne et inti­tu­lé « Loi de 1973 : les aveux de Rocard et deux nou­velles pistes pour com­prendre l’ef­fet véri­table de la loi ».

    • Concer­nant les sup­po­sés « aveux de Rocard »

    Dif­fi­cile de com­prendre de quoi parle pré­ci­sé­ment Michel Rocard car aucune loi rela­tive à la Banque de France n’a été votée en 1974. La « loi ban­caire » citée a été pro­mul­guée dix ans plus tard, en 1984, et a mis fin à la sépa­ra­tion des acti­vi­tés bancaires.

    [ÉC : Par­fois, il est dif­fi­cile de com­prendre parce qu’on n’a pas envie de comprendre 😉 
    On en est tous là, n’est-ce pas ? 
    Le tout est de le savoir. 

    On peut noter une erreur dans une expli­ca­tion, mais on n’est pas obli­gé de la mon­ter en épingle, d’en exa­gé­rer la portée.

    ÉC.]

    Ain­si, les pro­pos de Mon­sieur Rocard sont par­ti­cu­liè­re­ment confus. Étienne Chouard le recon­nait lui même : « Mon­sieur Rocard est assez âgé (82 ans) et il se mélange un peu les crayons : quand il parle de « la loi ban­caire de 1974 », on se demande (une seconde) s’il parle de la loi de 1973 ou de la loi ban­caire de 1984… ».

    [ÉC : « Par­ti­cu­liè­re­ment confus », tu me fais rire : ça, c’est un bon exemple de l’ex­pres­sion « mon­ter en épingle » une simple erreur de date et de libellé.

    Moi, sur l’es­sen­tiel (mais nous n’a­vons sans doute pas la même concep­tion de l’es­sen­tiel), SUR L’ESSENTIEL, donc, je le trouve au contraire très clair, PAS CONFUS DU TOUT 🙂

    ÉC.]

    Dans ces condi­tions, il appa­rait très dif­fi­cile de conclure à un quel­conque “aveu” sur la culpa­bi­li­té de la loi de 1973.

    [ÉC : Non, pas « très difficile » 🙂 

    Ce qu’il dit confirme CLAIREMENT, EXPRESSÉMENT, le rôle de la loi de 1973 dans la dette publique.

    ÉC.]

    Tout au plus pour­rait-on entendre dans les pro­pos de Michel Rocard une condam­na­tion de l’u­ti­li­sa­tion mas­sive de l’en­det­te­ment auprès du sec­teur pri­vé.

    Une condam­na­tion qui se com­prend par­fai­te­ment lorsque l’on constate que l’an­cien Pre­mier ministre s’emploie à défendre désor­mais le finan­ce­ment direct des États par la Banque cen­trale européenne.

    [ÉC : « tout au plus pour­rait-on entendre »… Tu me fais rire : ce serait déjà énorme puisque Rocard confirme ici (à son tour !) LE LIEN DE CAUSALITÉ entre l’u­ti­li­sa­tion mas­sive de l’en­det­te­ment RUINEUX de l’É­tat auprès du sec­teur pri­vé et la catas­trophe actuelle de la DETTE PUBLIQUE (qui est évi­dem­ment le résul­tat méca­nique de l’en­det­te­ment en question).

    ÉC.]

    Il est donc très cava­lier d’in­di­quer que « Rocard explique enfin lui-même, en 2 minutes, l’importance cru­ciale de la loi de 1973 dans la non néces­saire, rui­neuse et anti­so­ciale dette publique”.

    [ÉC : Je sug­gère à cha­cun de réécou­ter l’ex­pli­ca­tion de Rocard et de dépar­ta­ger en conscience le cava­lier de la cavalière 🙂

    http://​etienne​.chouard​.free​.fr/​E​u​r​o​p​e​/​U​n​e​_​v​r​a​i​e​_​m​o​n​n​a​i​e​_​R​o​c​a​r​d​_​E​u​r​o​p​e​1​.​mp3

    ÉC.]

    • Concer­nant les « deux nou­velles pistes pour com­prendre l’ef­fet véri­table de la loi » 

    Selon Étienne, « ceux qui disent un peu par­tout qu’ [il s’est] trom­pé sur la por­tée de cette loi se trompent encore davan­tage ».

    Pour ce faire, deux argu­ments sont avancés. 

    Pre­mier argu­ment : la loi de 1973 a conduit à abro­ger plu­sieurs textes légaux auto­ri­sant « la Banque de France à créer de l’argent spé­ci­fi­que­ment pour tel ou tel orga­nisme public ou semi-public ».

    En effet, le 30 jan­vier 1973, un décret est venu abro­ger de nom­breux textes auto­ri­sant la Banque de France à faire des avances à cer­tains orga­nismes publics :
    – Décret du 28 mars 1852 : la Ville de Paris ;
    – Décret impé­rial du 13 jan­vier 1869 : la Socié­té Algérienne ;
    – Décret du 28 février 1880 : des Villes fran­çaises et des Dépar­te­ments français ;
    – Décret du 22 février 1899 : le Gou­ver­ne­ment géné­ral de l’Indochine ;
    – Décret du 16 novembre 1902 : le Gou­ver­ne­ment géné­ral de l’Algérie et le Gou­ver­ne­ment tunisien ;
    – Décret du 2 juin 1909 : des Colo­nies et Pays de pro­tec­to­rat français ;
    – Décret du 22 décembre 1919 : le « Cré­dit Natio­nal pour faci­li­ter la répa­ra­tion des dom­mages cau­sés par la guerre » ;
    – Décret du 14 décembre 1926 : la Caisse Auto­nome de ges­tion des Bons de la Défense natio­nale, d’exploitation indus­trielle des tabacs et d’amortissement de la Dette publique ;
    – Décret du 13 juin 1962 : [les Bons et les parts de pro­duc­tion émis avec la garan­tie de l’État par] Élec­tri­ci­té de France, Gaz de France et Char­bon­nages de France ;
    – Décret n°63–821 du 3 août 1963 : les Dépar­te­ments, Com­munes, syn­di­cats de Com­munes, Chambres de com­merce, Ports auto­nomes et orga­nismes béné­fi­ciant de la garan­tie de ces collectivités ;
    – Décret n°64–757 du 23 juillet 1964 : les socié­tés de déve­lop­pe­ment régional ;
    – Décret n°65–619 du 29 octobre 1965 : la Caisse natio­nale des Autoroutes ;
    – Décret n°68–95 du 24 jan­vier 1968 : la Caisse d’entraide à l’équipement des col­lec­ti­vi­tés locales ;
    – Décret n°72–511 du 16 juin 1972 : la Caisse natio­nale des Télécommunications ;

    Tous ces textes sont dis­po­nibles ici.

    Leur lec­ture n’est pas très lumi­neuse, puis­qu’il est sim­ple­ment indi­qué l’au­to­ri­sa­tion don­née par le ministre à la Banque de France de four­nir les­dites avances.

    [ÉC : C’est déjà pas mal, je trouve.
    ÉC.]

    Ces der­nières doivent cepen­dant être étu­diée à la lec­ture du décret du 31 décembre 1936 por­tant codi­fi­ca­tion des textes concer­nant la Banque de France, et appli­cable jusqu’en 1973.

    [ÉC : « DOIVENT être » ? Je n’ai pas bien com­pris pour­quoi nous serions obli­gés de digé­rer cette nou­velle com­plexi­té : qu’ap­porte-t-elle pour y voir clair ? 
    ÉC.]

    En effet, à l’ar­ticle 1er dudit décret, on retrouve tous les décrets pré­ci­tés (anté­rieurs à 1936). 

    De fait, les avances auto­ri­sées pré­cé­dem­ment doivent désor­mais res­pec­ter les dis­po­si­tions des articles 128 à 134 du décret de 1936.

    Ceux-ci, rela­tifs aux avances sur les effets publics indiquent :
    – que la Banque peut faire des avances sur les effets publics qui lui sont remis en recou­vre­ment lorsque leurs échéances sont déter­mi­nées (article 128). Autre­ment dit, un orga­nisme qui a émis une obli­ga­tion peut deman­der à la Banque de France une avance sur cette dernière.

    [ÉC : Oui. 
    ÉC.]

    - les orga­nismes pou­vant béné­fi­cier de telles avances (article 129). Cette liste a été allon­gée par les décrets de 1962, 1963, 1964, 1965, 1968 et 1972 (pré­ci­tés).
    – que l’avance ne peut excé­der les quatre cin­quième de la valeur des effets pré­sen­tés (article 130).
    – que l’emprunteur sous­crit envers la Banque l’engagement de rem­bour­ser, dans un délai qui ne peut excé­der trois mois (article 131).
    – que les taux des avances sont fixés par le Conseil des gou­ver­neurs (article 134).

    Consi­dé­rant les condi­tions de ces avances, il est par­fai­te­ment inop­por­tun de vou­loir les com­pa­rer aux avances et prêts octroyés de façon per­ma­nente à l’É­tat En effet, contrai­re­ment à l’argument avan­cé, ces avances ne consti­tuaient pas une créa­tion moné­taire publique.

    [ÉC : « par­fai­te­ment inop­por­tun » ? Je ne trouve pas du tout : qui a par­lé de prêts octroyés de « façon PERMANENTE » ? Pas moi : je cherche à com­prendre quand et com­ment NOTRE puis­sance publique s’est fait voler, inter­dire, sa propre puis­sance de se finan­cer GRATUITEMENT. (Avec de la mon­naie tem­po­raire ou de la mon­naie per­ma­nente, c’est une autre affaire.)

    Il me semble au contraire que ces avances (tem­po­raires, par défi­ni­tion) peuvent très bien consti­tuer une créa­tion moné­taire publique aux condi­tions évoquées. 

    Je ne com­prends pas l’objection. 

    ÉC.]

    Cepen­dant, je vais tout de même au bout de l’analyse : la loi de 3 jan­vier 1973 a‑t-elle ren­du impos­sible l’octroi de telles avances ? Non.

    La loi du 3 jan­vier 1973 n’a pas abro­gé le décret de 1936.

    [ÉC : Et alors ? La loi de 1973 a bien abro­gé un à un les décrets qui auto­ri­saient la Banque de France à finan­cer les orga­nismes publics et semi-publics que l’É­tat avait déci­dé de finan­cer à bon compte. Non ?

    ÉC.]

    Par consé­quent, les dis­po­si­tions des deux textes n’étaient pas en contradiction.

    [ÉC : Admet­tons. Et alors ? 

    Je suis en train de révi­ser ma posi­tion : la loi de 1973 n’est pas seule­ment une loi scé­lé­rate : la loi de 1973 est une loi scé­lé­rate DE PLUS 🙂

    ÉC.]

    Concer­nant notam­ment l’escompte, nous avons pré­cé­dem­ment expli­qué que la loi de 1973 ne fai­sait que reprendre les dis­po­si­tions de la loi de 1936.

    L’ar­ticle 13 de ladite loi pré­cise en effet que « Tous les Effets de la dette flot­tante émis par le Tré­sor public et venant à échéance dans un délai de trois mois au maxi­mum sont admis sans limi­ta­tion au rées­compte de l’Institut d’Émission, sauf au pro­fit du Tré­sor public. »
    Des élé­ments qui sont réaf­fir­més par les articles 24 et 25 de la loi du 3 jan­vier 1973. 

    [ÉC : OK pour l’es­compte direct : on s’est (appa­rem­ment) trompés. 

    Mais ma nou­velle piste concerne les AUTRES moyens de finan­cer à bon compte les inves­tis­se­ments publics jugés utiles.

    ÉC.]

    Le décret de 1936 a cepen­dant été abro­gé par le décret du 30 jan­vier 1973, ce der­nier n’ayant pas intro­duit de dis­po­si­tions nou­velles rela­tives aux avances sur les effets publics.

    [ÉC : Hé ! tu ne viens pas de dire (plus haut) que la loi de 1973 n’a­vait pas abro­gé ce décret ??? 

    Alors ?

    Et faute de dis­po­si­tions de rem­pla­ce­ment sur les avances sur effets publics, ne sont-elles pas empê­chées faute de fon­de­ment juridique ? 

    À creu­ser encore, il me semble.

    ÉC.]

    Doit-on conclure que le ministre a sou­hai­té, par ce nou­veau décret, rendre impos­sible l’octroi de ces avances ? Dif­fi­cile de l’affirmer tant l’article 24 de la loi de 1973 laisse une grande liber­té à la Banque de France pour “escomp­ter, acqué­rir, vendre ou prendre en gage des créances sur l’État, les entre­prises et les par­ti­cu­liers”.

    [ÉC : « Dif­fi­cile de l’af­fir­mer » ? Je ne suis pas si sûr : la « grande liber­té » que tu lis dans l’ar­ticle 24 n’est pas confir­mée par les faits des 20 ans qui ont sui­vi. Il y a un truc qui ne va pas. Il y a un point de blo­cage ailleurs. C’est ça que je cherche. 

    Mais Maga­li, je n’ai pas ma réponse sur mon pre­mier argu­ment : de nom­breuses voies de finan­ce­ment public à bon compte ont bien été sup­pri­mées, et pas réta­blies, lors de cette loi de 1973.

    Non ?

    ÉC.]

    Second argu­ment : même si la loi de 1973 auto­rise, via son article 19, les prêts et les avances à l’É­tat, l’initiative don­née au gou­ver­neur de la Banque de France empêche, dans les faits, de tels emprunts.

    Article 19 de la loi du 3 jan­vier 1973 : “Les condi­tions dans les­quelles l’État peut obte­nir de la Banque des avances et des prêts sont fixées par des Conven­tions pas­sées entre le Ministre de l’Économie et des Finances et le Gou­ver­neur, auto­ri­sé par déli­bé­ra­tion du Conseil géné­ral. Ces Conven­tions doivent être approu­vées par le Parlement.”

    Nulle part il n’est indi­qué un quel­conque pou­voir l’i­ni­tia­tive octroyé au gou­ver­neur de la Banque de France. 

    [ÉC : Mais si, voyons ! C’est pour­tant par­fai­te­ment clair, relis soi­gneu­se­ment le texte de l’art. 19 ci-des­sus : pour lan­cer une opé­ra­tion d’a­vance de la BDF à l’É­tat, IL FAUT la signa­ture du Gou­ver­neur, au départ : ce n’est pas un droit d’  »ini­tia­tive », ça ? Si le Gou­ver­neur ne veut pas prê­ter à l’É­tat à bon compte, il refuse sa signa­ture et rien ne se fait, aucune mon­naie ne peut être créée à bon compte pour finan­cer les inves­tis­se­ments publics.

    Per­sonne ne dit que le Gou­ver­neur peut déci­der à lui seul. Mais ce n’est pas ça, l’en­jeu, Maga­li : du point de vue des grands prê­teurs (pri­vés), il faut pou­voir BLOQUER toute ini­tia­tive de finan­ce­ment de l’É­tat à bon mar­ché, et c’est pré­ci­sé­ment ce que per­met la posi­tion de ce « Gou­ver­neur » non élu mais signa­taire obli­ga­toire. Le (sale) bou­lot (la pre­mière pince de la tenaille) est fait.

    ÉC.]

    Au contraire, c’est bien à l’É­tat qu’il convient de deman­der à béné­fi­cier des avances ou des prêts (car l’État obtient de la Banque). 

    [ÉC : OK, mais l’im­por­tant n’est pas qu’il puisse seule­ment DEMANDER, bon sang, il faut qu’il puisse CRÉER.

    Il est cho­quant qu’une per­sonne seule (un oli­garque de for­ma­tion ban­caire) soit ain­si en mesure de blo­quer notre finan­ce­ment public à bon compte et nous contraindre ain­si à pas­ser par les mar­chés finan­ciers (rui­neux et antisociaux).

    ÉC.]

    Pour être por­tées à l’approbation des par­le­men­taires, les Conven­tions doivent donc être : 1/ sol­li­ci­tées par le ministre, 2/ signées par le gou­ver­neur après accord du Conseil général.

    Pré­tendre que l’initiative du gou­ver­neur de la Banque rend impos­sible la pas­sa­tion de telle conven­tion est donc faux, car cette ini­tia­tive est inexistante.

    [ÉC : c’est cette affir­ma­tion-là qui est fausse, puisque c’est LA POSSIBILITÉ DE BLOCAGE de l’i­ni­tia­tive que j’in­cri­mine, et PAS l’i­ni­tia­tive positive.

    Je n’ai PAS dit que le Gou­ver­neur avait un pou­voir auto­nome d’i­ni­tia­tive : je dis que SA PARTICIPATION EST OBLIGATOIRE DANS TOUTE INITIATIVE, CE QUI LUI DONNE UN DROIT DE VÉTO non affi­ché, mais scan­da­leux (selon moi, petit bon­homme de rien du tout : je peux me trom­per, évidemment).

    ÉC.]

    De même, pré­tendre que l’accord néces­saire du Conseil géné­ral de la Banque rend éga­le­ment impos­sible, concrè­te­ment, la pas­sa­tion des conven­tions ne sur­vit pas à l’analyse des faits. En effet, quelques mois après la pro­mul­ga­tion de la loi, la conven­tion de 1973 était approu­vée par le Par­le­ment français.

    [ÉC : ce qui « ne sur­vit pas à l’a­na­lyse des faits » 🙂 c’est de pré­tendre que l’ex­cep­tion fait la règle.

    Sou­ve­nir :

    « – Il y a des patrons de gauche, je tiens à vous l’apprendre ! »

    « – Il y a aus­si des pois­sons volants, mais qui ne consti­tuent pas la majo­ri­té du genre… » 🙂

    (Jean Gabin dans « Le Pré­sident », minute 5:17 et s.). 

    La conven­tion de 1973 est une excep­tion : c’est la pre­mière et la der­nière => donc, la loi de 1973, par un méca­nisme qui nous échappe encore peut-être (c’est qu’ils sont malins pour dis­si­mu­ler leurs tur­pi­tudes, ces affreux, mais les faits sont là), marque le début d’une période de sou­mis­sion de l’É­tat aux mar­chés financiers. 

    Et Rocard le confirme expres­sé­ment, je le rappelle.

    Donc, par­donne-moi de conti­nuer à « m’a­char­ner » à chercher 🙂

    ÉC.]

    Je conti­nue à pen­ser que si la Conven­tion de 1973 est la seule à avoir été signée après la loi de 1973, c’est sans aucun doute parce que l’É­tat n’a tout sim­ple­ment plus jugé utile d’utiliser la planche à billets. 

    [ÉC : C’est pos­sible. Par­fai­te­ment contraire à l’in­té­rêt géné­ral, mais pos­sible : on a déjà vu des élus tra­hir leurs électeurs.

    ÉC.]

    De plus, cette « der­nière » Conven­tion n’a fait que reprendre des pla­fonds d’en­cours qui exis­taient déjà aupa­ra­vant. Consi­dé­rant les textes ren­dus dis­po­nibles par la Banque de France, il appa­rait que les der­nières Conven­tions accor­dant de nou­velles avances au Tré­sor Public ont été pas­sées au prin­temps 1953. La même année, un nou­vel accord fixait un échéan­cier pour le rem­bour­se­ment de ces « avances spéciales ».

    Par consé­quent, 1974 n’est pas une année pivot pour ce qui est de juger de la volon­té de l’E­tat d’u­ser de ses pré­ro­ga­tives auprès de la Banque de France.

    [ÉC : Der­nière fois que la finance accepte don­ner de l’argent de poche à l’É­tat : l’a­ve­nir est pro­gram­mé pour 1) rem­bour­ser pro­gres­si­ve­ment ce qu’il avait reçu aupa­ra­vant et 2) ne plus jamais en rece­voir de nou­veau. Au contraire de toi, je lis une date char­nière : on va ces­ser le renou­vel­le­ment des avances, et on va les rem­bour­ser jus­qu’à ce qu’elles dis­pa­raissent. C’est bien la fin totale de l’argent gra­tuit pour l’É­tat (fin pro­gram­mée sui­vant une pro­gres­sion quand même) à laquelle on assiste.

    N’ou­blions pas, en plus, que L’INFLATION va rapi­de­ment réduire à rien la valeur de ce pla­fond qui n’aug­mente plus. Il fau­drait cal­cu­ler com­bien repré­sentent les dif­fé­rents pla­fonds en euros constants (on serait sans doute sur­pris de la vitesse d’as­sè­che­ment de la res­source pour notre État).

    De toutes façons, je recon­nais que la forme des avances directes au Tré­sor est mani­fes­te­ment mar­gi­nale dans les faits, avant et après 1973, et qu’elle consti­tuait un angle d’at­taque non per­ti­nent de la loi de 1973 ; c’est plu­tôt une AUTRE forme de finan­ce­ment gra­tuit ou peu cher des dépenses publiques (qui nous avait échap­pé au pre­mier abord) qui semble avoir dis­pa­ru en 1973 et qui devrait nous occu­per aujourd’­hui (c’est ma pre­mière pro­po­si­tion de nou­velle piste, à laquelle tu n’as pas (encore) répondu 😉

    ÉC.]

    Je main­tiens donc mon pro­pos : si cer­tains pensent que la dette publique a explo­sé après 1974, c’est peut-être parce que l’É­tat s’est refu­sé d’emprunter à la Banque de France. Je ne m’aventurerai pas sur le ter­rain du débat éco­no­mique. Cepen­dant, du point de vue légal, la loi du 3 jan­vier 1973 n’a en aucun cas contraint les gou­ver­ne­ments à s’endetter obli­ga­toi­re­ment sur les mar­chés finan­ciers privés.

    On peut cepen­dant trou­ver que ce sys­tème n’est pas le plus démo­cra­tique qui soit. Peut-être pour­rions nous rêver d’un sys­tème moins tech­no­cra­tique et lais­sant bien plus de pou­voir au Par­le­ment fran­çais. J’en conviens, et c’est là un débat sur le fonc­tion­ne­ment des ins­ti­tu­tions qui dépasse lar­ge­ment la loi du 3 jan­vier 1973.

    Aus­si, même à conve­nir que l’accord néces­saire du Conseil géné­ral rend plus mal­ai­sé l’octroi des prêts ou des avances, la faute ne pour­rait pas être mise sur le dos de la loi de 1973.
    En effet, les conven­tions ont TOUJOURS été approu­vées par les deux par­ties : État et Banque de France, et ce, MÊME AVANT 1973.

    [ÉC : Dont acte. (Pour en avoir le cœur net, je véri­fie­rai quand même que la dif­fi­cul­té n’a pas été accrue en 1973.) 
    Je confirme donc mon évolution : 

    La loi de 1973 n’est pas seule­ment une loi scélérate :
    la loi de 1973 est une loi scé­lé­rate DE PLUS 🙂

    Et elle est, en plus, un mer­veilleux détec­teur de men­songes de ban­quiers, un RÉVÉLATEUR 🙂

    ÉC.]

    En juin 1848, le gou­ver­neur de la Banque de France, auto­ri­sé par une déli­bé­ra­tion du Conseil de la Banque, a ain­si signé un Trai­té avec le ministre des finances dans lequel il s’engage à prê­ter 150 mil­lions de francs au Tré­sor. Cet emprunt a ensuite été auto­ri­sé par l’Assemblée natio­nale. Il s’agit du pre­mier emprunt de l’É­tat à la Banque à ma connaissance.

    Ce mode de fonc­tion­ne­ment (convention/traité approu­vé par les deux par­ties puis loi) n’a pas été remis en cause lors de la natio­na­li­sa­tion de la Banque de France en 1946. Cepen­dant, la mise en place de la 5ème Répu­blique en 1958, rédui­sant dras­ti­que­ment les pou­voirs du légis­la­teur, a confié au seul gou­ver­ne­ment le soin d’approuver les conventions. 

    La loi de 1973 a au moins eu le mérite de redon­ner au Par­le­ment le rôle d’approbateur en der­nier res­sort qui lui revenait. 

    [ÉC : Non, aucun mérite de ce côté : ce « rôle » du Par­le­ment n’a AUCUN inté­rêt, sinon celui de don­ner le change. 

    Je répète que, du point de vue du public (qui a besoin de mon­naie en quan­ti­té suf­fi­sante pour vivre), la ques­tion déci­sive est : « l’É­tat peut-il finan­cer gra­tui­te­ment ses inves­tis­se­ments en créant lui-même libre­ment la mon­naie dont il a besoin ? » 

    Alors que du point de vue des richis­simes grands prê­teurs à l’É­tat (ce sont tou­jours « les Giron­dins » qu’on a sur le dos), la ques­tion déci­sive est : « com­ment RETIRER pro­gres­si­ve­ment à l’É­tat toute pos­si­bi­li­té de créer lui-même, libre­ment et gra­tui­te­ment, la mon­naie dont il a besoin pour gérer le pays (pour qu’il soit obli­gé ensuite de pas­ser par nous, les plus riches, pour s’ap­pro­vi­sion­ner en monnaie) ? » 

    Dans ce contexte, la pos­si­bi­li­té qui est don­née au Par­le­ment de refu­ser une éven­tuelle ini­tia­tive de créa­tion moné­taire (vou­lue par d’autres, non élus) NE VAUT RIEN (puisque la ques­tion n’est PAS là). C’est un leurre : sur l’en­jeu essen­tiel (pou­voir déclen­cher libre­ment la créa­tion gra­tuite de la mon­naie dont le pays a besoin), sur cet enjeu, le par­le­ment n’a AUCUN pouvoir.

    On se fout de nous.

    ÉC.]

    CONCLUSION (pro­vi­soire) :

    [ÉC : Je retiens de cette contro­verse que des petits gusses de rien du tout comme nous, de simples citoyens, arrivent pro­gres­si­ve­ment à faire sur­gir dans le débat public un thème cen­tral pour la cité (com­ment finan­cer par créa­tion moné­taire au meilleur compte —et sans risque— les dépenses publiques et la pros­pé­ri­té ?), thème cen­tral qui avait tou­jours été tenu confi­den­tiel et mécon­nu jusqu’alors. 

    Cher­chant des aiguilles dans une meule de foin, gênés par un nuage de fumée sup­plé­men­taire soi­gneu­se­ment entre­te­nu par ceux qui ne veulent pas que nous y voyions clair (jour­na­listes, éco­no­mistes et uni­ver­si­taires DE BANQUE, notam­ment), il n’est pas éton­nant que nous com­met­tions des erreurs. Comme tout le monde, d’ailleurs. Abso­lu­ment tout le monde. Même ET SURTOUT les jour­na­listes, éco­no­mistes et uni­ver­si­taires de banque don­neurs de leçon de rési­gna­tion et de sou­mis­sion aux mar­chés financiers.

    Une erreur n’est pas grave du tout si on sait la recon­naître et si on en pro­fite pour pro­gres­ser. (On n’est quand même pas obli­gé de chan­ger d’a­vis tant qu’on n’a pas été cor­rec­te­ment convain­cu, hé ! 🙂 )

    Rap­pe­lez-vous du Trai­té ANTI­cons­ti­tu­tion­nel Euro­péen de 2005 (il vaut mieux dire TAE que TCE : ça montre qu’on a com­pris le fond des choses et que le peuple com­mence à refu­ser l’u­sage des mots men­teurs). Ce TAE, il n’a­jou­tait pas grand-chose aux trai­tés félons qui l’a­vaient pré­cé­dé, plus dis­crè­te­ment que lui : tout ce qui était le plus grave (la par­tie I, notam­ment, mais aus­si la II et la III) était DÉJÀ dans les trai­tés depuis long­temps ! MAIS le TAE a pour­tant ser­vi, mal­gré ce vide rela­tif de nou­veau­tés, de puis­sant RÉVÉLATEUR ET D’ALARME pour le peuple endor­mi sur la cru­ciale ques­tion euro­péenne.

    Il est bien pos­sible que la loi de 1973 res­semble au TAE de ce point de vue : une loi peut-être fina­le­ment VIDE de chan­ge­ment déci­sif, mais puis­sant RÉVÉLATEUR ET ALARME pour le peuple endor­mi sur la cru­ciale ques­tion moné­taire.

    Cette contro­verse fait mon­ter le niveau de tout le monde, sur le sujet de socié­té majeur et mécon­nu de la créa­tion monétaire.

    C’est du jamais vu. 

    Et c’est bien, je crois.

    ÉC.]

    Ma chère Maga­li, mon cher Lior, je vous remer­cie du fond du cœur pour tous les pro­grès que vous m’ai­dez à faire, par votre tra­vail cou­ra­geux et rigou­reux. J’ai hâte de vous revoir bien­tôt, autour d’un bon repas 🙂

    Étienne.

    URL courte de ce seul com­men­taire : http://​tinyurl​.com/​b​y​6​b​89l

    Réponse
  90. Magali

    1. Sur la décla­ra­tion de Rocard
    Ce n’est pas une bombe, encore moins un scoop. Les théo­ries moné­ta­ristes étaient « à la mode ».
    Que Gis­card soit d’ac­cord avec ces théo­ries est-il sur­pre­nant également ?

    2.  » je prends ça comme un aveu de ce à quoi ser­vait la loi dans leur tête à l’é­poque : reti­rer « la pos­si­bi­li­té du prêt direct de la Banque de France au Tré­sor public » (je reprends ses termes à lui). »
    Et « Ce qu’il dit confirme CLAIREMENT, EXPRESSÉMENT, le rôle de la loi de 1973 dans la dette publique. »
    Moi j’en tire uni­que­ment la conclu­sion que les emprunts gra­tuits n’é­taient plus à la mode. Les décla­ra­tions de Rocard ne sont pas par­ti­cu­liè­re­ment claires pour conclure à une mise en cause de la loi de 73.

    3. « Rocard confirme ici (à son tour !) LE LIEN DE CAUSALITÉ entre l’u­ti­li­sa­tion mas­sive de l’en­det­te­ment RUINEUX de l’É­tat auprès du sec­teur pri­vé et la catas­trophe actuelle de la DETTE PUBLIQUE »
    Cela ne nous avance pas sur la mise en cause de la loi de 73.

    4. Les décrets sur les avances sur effets publics doivent être étu­diés à la lec­ture du décret du 31 décembre 1936. En effet, c’est ce décret qui régle­men­tait le fonc­tion­ne­ment de ces avances. A noter que ces avances rele­vaient d’une simple FACULTE lais­sée à la Banque de France (qui res­tait donc libre de refu­ser d’ac­cor­der de telles avances).
    Ces décrets, ain­si que le décret de 1936, N’ONT PAS ETE abro­gés par la loi de 1973.
    Par consé­quent, on ne peut aucu­ne­ment tenir res­pon­sable la loi de 1973 d’une pré­ten­due inter­dic­tion de ces avances.

    5. Ces décrets, ain­si que le décret de 1936, ont été abro­gés par un AUTRE texte : le décret du 30 jan­vier 1973.
    Pour autant, confor­mé­ment à l’ar­ticle 24 de la loi de 1973, la Banque de France reste libre d’ “escomp­ter, acqué­rir, vendre ou prendre en gage des créances sur l’État, les entre­prises et les particuliers”.
    On pour­rait donc conclure que la liste pré­cise des orga­nismes pou­vant béné­fi­cier des avances a été abro­gée au pro­fit d’une auto­ri­sa­tion don­née à la Banque de four­nir de telles avances à tout organisme.

    6. J’ai cor­ri­gé ce matin mon erreur « ces avances ne consti­tuaient pas une créa­tion moné­taire publique ».

    7. Concer­nant le pou­voir d’i­ni­tia­tive du Conseil des gou­ver­neurs : je main­tiens que l’on ne peut pas confondre ini­tia­tive et autorisation.
    Le gou­ver­neur de la banque n’a pas l’i­nia­tive des prêts et des avances.
    Je peux prendre l’exemple de l’UE : la Com­mis­sion euro­péenne à l’i­ni­tiave des direc­tives, le Conseil les « auto­risent ». On ne peut pas dire que, de ce fait, le Conseil a l’i­nia­tive de ces textes. Il reste lié au bon vou­loir de la Com­mis­sion, tout comme la Banque de France devait attendre l’i­ni­tia­tive du ministre pour auto­ri­ser ces emprunts.

    8. Sur le fait que la conven­tion de 1973 ait été la « der­nière »:
    – qu’elle eut été la der­nière n’est pas par­ti­cu­liè­re­ment per­ti­nent dans l’a­na­lyse étant don­né qu’elle ne fait que reprendre des pla­fonds déjà exis­tants. Com­pre­nons-nous bien : la conven­tion de 1973 aurait très bien pu ne pas exis­ter, ce n’au­rait pas chan­gé grand chose sur les capa­ci­tés d’emprunts de l’Etat.
    – rien dans les dis­po­si­tions de la loi de 1973 consti­tue une nou­veau­té qui pour­rait expli­quer que cette conven­tion ait été la dernière.
    En effet, les conven­tions ont tou­jours été approu­vées par le ministre et le Conseil.

    9. Et conclusion 🙂
    Les lec­teurs auront donc au moins com­pris (j’es­père) et rete­nu que la loi de 1973 n’in­ter­dit en aucun cas les­dits emprunts gra­tuits de l’Etat.
    C’é­tait l’ob­jet ini­tial de la contro­verse. Il est réglé.
    Concer­nant les deux « nou­veaux » points (avances sur effets publics et « ini­tia­tive » du gou­ver­neur), la loi de 1973 n’in­tro­duit aucune nou­veau­té et ne peut donc être tenue pour responsable.

    Réponse
  91. Magali

    Au fait, on vient chez toi pour man­ger quand tu veux ! 🙂

    Réponse
  92. Étienne

    OK, on s’appelle 🙂

    Bonne nuit 🙂

    Réponse
  93. phil82

    Etienne,

    Voi­ci le compte-ren­du de la décla­ra­tion du séna­teur com­mu­niste lors de la dis­cus­sion géné­rale sur le pro­jet de loi « Banque de France », le 2 novembre 1972.

    C’est le Sénat qui a été sai­si de ce pro­jet de loi en pre­mière lec­ture le 2 novembre 1972, ce pro­jet de loi sera adop­té au Sénat en troi­sième lec­ture le 18 décembre 1972 ; seuls les articles 1er, 24bis [deve­nu 25] et 29 font l’objet d’une troi­sième lecture.

    Louis TALAMONI est comp­table de pro­fes­sion, il par­ti­cipe plus par­ti­cu­liè­re­ment aux débats bud­gé­taires. Il est en effet suc­ces­si­ve­ment rap­por­teur spé­cial de la com­mis­sion des finances pour le com­mis­sa­riat géné­ral du Plan, pour l’im­pri­me­rie natio­nale et enfin pour la marine marchande.

    M. Louis Tala­mo­ni. « Mon­sieur le pré­sident, mon­sieur le ministre, mes chers col­lègues, le pro­jet de loi sur la Banque de France sou­mis à nos déli­bé­ra­tions est mar­qué d’a­bord par l’im­pré­ci­sion de plu­sieurs articles, ensuite par le fait que les moda­li­tés d’ap­pli­ca­tion de la loi seront fixées en grande par­tie par décrets, ce qui ne per­met pas de voir toute la por­tée de ce texte, si ce n’est qu’il est à l’op­po­sé des inten­tions du légis­la­teur de 1945 qui vota la nationalisation.

    Au nom du groupe com­mu­niste, je vou­drais pré­sen­ter ici quelques obser­va­tions, poser quelques ques­tions, mais ces obser­va­tions rejoignent en par­tie celles que viennent de faire M. Tour­nan et M. le rap­por­teur géné­ral de la com­mis­sion des finances.

    Mon­sieur le ministre, vous avez tout à l’heure rap­pe­lé la loi du 2 décembre 1945 rela­tive à la natio­na­li­sa­tion de la Banque de France et des grandes banques ain­si qu’à l’or­ga­ni­sa­tion du crédit. 

    Cette loi réser­vait à la Banque de France une place déter­mi­nante dans la dis­tri­bu­tion du cré­dit, puisque toutes les pré­ro­ga­tives du conseil natio­nal du cré­dit étaient exer­cées par l’ins­ti­tut d’émission. 

    Nous avons dû attendre vingt-six ans, avez-vous sou­li­gné, pour voter cer­taines dis­po­si­tions. En tout cas, le texte qu’on nous pro­pose aujourd’­hui est loin de cor­res­pondre à la loi votée en 1945 qui, selon le Gou­ver­ne­ment de l’é­poque, était « la plus fon­da­men­tale à réaliser ». 

    Sui­vant l’ex­po­sé des motifs pré­sen­té par le Gou­ver­ne­ment le 30 novembre 1945, il ne parais­sait pas conce­vable que les besoins en finan­ce­ment de la nation « puissent être satis­faits d’une façon logique et coor­don­née en res­pec­tant les prio­ri­tés qui s’im­posent selon le cri­té­rium du seul inté­rêt natio­nal s’il n’est pas ins­ti­tué un orga­nisme per­ma­nent ayant la com­pé­tence la plus large pour exa­mi­ner les aspects finan­ciers du rééqui­pe­ment… » — il s’a­gis­sait alors du rééqui­pe­ment et non de l’é­qui­pe­ment comme actuel­le­ment — « … de la nation et pour expri­mer au Gou­ver­ne­ment un avis plei­ne­ment éclai­ré sur les condi­tions dans les­quelles le plan pour­ra être finan­cé ».

    Le pro­jet qui nous est sou­mis aujourd’­hui ne tient nul­le­ment compte de ces don­nées ni de ces inten­tions de l’é­poque. La Banque de France devait être char­gée, pour le compte du conseil natio­nal du cré­dit, de finan­cer les acti­vi­tés éco­no­miques prio­ri­taires en fonc­tion des dis­po­si­tions du plan démo­cra­ti­que­ment éla­bo­ré.

    C’est ce que pré­voit d’ailleurs le pro­gramme com­mun de gou­ver­ne­ment qui se pro­pose d’ac­croître le rôle de la Banque de France puis­qu’il indique : « La Banque de France et le Conseil Natio­nal du Cré­dit, dont les sta­tuts seront démo­cra­ti­sés, exer­ce­ront un contrôle réel de la dis­tri­bu­tion du cré­dit et la sélec­ti­vi­té de ce cré­dit s’ins­cri­ra dans le cadre des orien­ta­tions et des cri­tères d’exé­cu­tion du plan, lequel aura pour but la satis­fac­tion des besoins indi­vi­duels et col­lec­tifs. » Ce pro­gramme, il est vrai, pré­cise que, pour qu’il en soit ain­si, il sera pro­cé­dé à la natio­na­li­sa­tion de l’en­semble du sec­teur ban­caire et finan­cier, que la Banque de France contrô­le­ra les acti­vi­tés des banques étran­gères et veille­ra à ce que ces acti­vi­tés ne remettent pas en cause la natio­na­li­sa­tion du sec­teur ban­caire et finan­cier et n’aillent pas à l’en­contre des objec­tifs du plan et de la poli­tique éco­no­mique nou­velle. Voi­là qui montre l’im­por­tance que nous vou­lons don­ner à la Banque de France. 

    Or, le pro­jet qui nous est sou­mis ne donne à la Banque de France, selon l’ar­ticle 1er, qu’une mis­sion géné­rale de sur­veillance de la mon­naie et du cré­dit.

    À la véri­té, cet article vise à mettre en accord les textes avec la pra­tique. En effet, depuis plu­sieurs années, le réglage du finan­ce­ment du sys­tème ban­caire s’o­père par le manie­ment des taux du mar­ché moné­taire sans aucune sélec­ti­vi­té qui tienne compte de l’u­ti­li­té éco­no­mique et sociale.

    Quant à la démo­cra­ti­sa­tion du sta­tut, outre le fait que le conseil géné­ral est réduit de douze à dix membres, la nomi­na­tion des conseillers, à l’ex­cep­tion d’un conseiller élu par le per­son­nel, est lais­sée à la seule ini­tia­tive du ministre des finances, lequel ministre, avec l’en­semble du Gou­ver­ne­ment, ne cesse de prô­ner la par­ti­ci­pa­tion, mais les textes sont loin d’être en concor­dance avec les décla­ra­tions ! La par­ti­ci­pa­tion sup­po­se­rait que le monde du tra­vail, que les orga­ni­sa­tions syn­di­cales ne soient pas exclus du conseil géné­ral, alors que cette repré­sen­ta­tion se limi­te­ra à un seul membre. Outre l’in­suf­fi­sance de la repré­sen­ta­tion du monde du tra­vail au sein du conseil géné­ral, le per­son­nel déplore avec rai­son que le pro­jet ne fasse nul­le­ment état de son sta­tut, ni de celui de la caisse de retraite, et que ces pro­blèmes soient ren­voyés aux décrets d’ap­pli­ca­tion. A ce pro­pos, les orga­ni­sa­tions syn­di­cales seront-elles consul­tées avant que ces décrets soient publiés ? J’ose espé­rer qu’elles le seront, mais j’at­tends votre réponse à ce sujet, mon­sieur le ministre.

    En ce qui concerne la mis­sion de la Banque de France, le pro­jet ne recon­naît pas le mono­pole de la fabri­ca­tion des billets. Le Gou­ver­ne­ment envi­sa­ge­rait-il de déman­te­ler la fabri­ca­tion de ces billets au pro­fit d’en­tre­prises pri­vées, pra­tique qui a déjà eu cours lors des années pas­sées et qui a moti­vé le mécon­ten­te­ment ain­si que les pro­tes­ta­tions des orga­ni­sa­tions syndicales ?

    L’ar­ticle 5 ne pré­voit pas que la Banque de France puisse avoir le droit de recueillir direc­te­ment auprès des entre­prises les ren­sei­gne­ments néces­saires à la mis­sion d’in­for­ma­tion éco­no­mique et finan­cière qu’elle exerce depuis quelques années. Quelles sont les rai­sons qui ont ame­né le Gou­ver­ne­ment à pro­po­ser la sup­pres­sion de cette mis­sion ou à l’es­qui­ver dans les textes ? 

    Dans la rédac­tion de l’ar­ticle 17, il a employé l’ex­pres­sion « un compte du Tré­sor public ». Outre que cette dis­po­si­tion rom­prait l’u­ni­ci­té de ges­tion des deniers publics, elle est inquié­tante. Le fait que la Banque de France ne puisse plus avoir le mono­pole de tenue des comptes du Tré­sor crée­rait une brèche sérieuse dans le contrôle des flux moné­taires, soit que les comptes du Tré­sor gérés par les banques soient cré­di­teurs, ce qui per­met­trait à celles-ci de ne plus venir à la Banque de France pour se refi­nan­cer, soit, au contraire, que cela donne la pos­si­bi­li­té au Gou­ver­ne­ment, en cas de dif­fi­cul­tés finan­cières, de ne pas faire appel aux « avances à l’E­tat », les­quelles doivent être auto­ri­sées par le Par­le­ment.

    Lors de son audi­tion par la com­mis­sion des finances, M. le gou­ver­neur de la Banque de France [Oli­vier WORMSER] a indi­qué que la Banque devait renon­cer à être une banque com­mer­ciale. C’est sûre­ment à par­tir de cette concep­tion que, dans le pro­jet, sont igno­rées tota­le­ment les acti­vi­tés que la Banque tenait de l’ar­ticle 148 de la loi de 1936. Si l’on peut à la rigueur dire qu’il n’est pas dans le rôle de l’ins­ti­tut d’é­mis­sion de gérer les comptes de par­ti­cu­liers — ce que font pour­tant les comp­tables du Tré­sor — il paraît en revanche tout à fait nor­mal qu’il conti­nue de tenir les comptes d’une cer­taine clien­tèle ins­ti­tu­tion­nelle : com­pa­gnies d’as­su­rances, banques locales, compte de mineurs, entre­prises natio­na­li­sées. Il serait par­ti­cu­liè­re­ment sou­hai­table, notam­ment en cas de crise moné­taire inter­na­tio­nale, que la Banque puisse contrô­ler effi­ca­ce­ment les mou­ve­ments de capi­taux des entre­prises natio­na­li­sées. Lors de la crise de novembre 1969, ce manque de contrôle des capi­taux des entre­prises natio­na­li­sées a cer­tai­ne­ment per­mis à un cer­tain nombre de ces der­nières de contri­buer à la fuite et à la spé­cu­la­tion. Il serait, par consé­quent, nor­mal qu’un contrôle sévère soit exer­cé.

    En conclu­sion, ce pro­jet a pour effet d’ô­ter à la Banque de France son rôle fon­da­men­tal de contrôle du cré­dit, de lui reti­rer une par­tie de ses acti­vi­tés anciennes sans même codi­fier les acti­vi­tés nou­velles. Il contient un cer­tain nombre de prin­cipes et beau­coup d’im­pré­ci­sions. Les décrets devront régler ces problèmes ! 

    Si le conseil géné­ral est pla­cé sous la tutelle du minis­tère des finances, les pou­voirs du gou­ver­neur se trouvent être ren­for­cés.

    Le groupe com­mu­niste vote­ra un cer­tain nombre d’a­men­de­ments dépo­sés par la com­mis­sion des finances, qui, répon­dant aux cri­tiques que nous venons d’é­mettre, remé­die­ront à cer­taines lacunes ou pré­ci­se­ront cer­tains points. Mais, en tout état de cause, compte tenu de toutes ces impré­ci­sions et des rai­sons que je viens d’é­vo­quer, le groupe com­mu­niste ne vote­ra pas l’en­semble du projet. 

    (Applau­dis­se­ments sur les tra­vées communistes.) ».

    Réponse
  94. Vercoquin

    Ma petite pierre à l’édifice :

    DU POINT DE VUE DES PARAMÈTRES ÉCONOMIQUES :

    - Le taux de marge (rap­port de l’excédent brut d’exploitation à la valeur ajou­tée) est très éle­vé depuis 1986.

    - Le taux de chô­mage (au sens BIT) est très éle­vé depuis 1986. Le NAIRU.

    - Le taux d’investissement (par rap­port à la valeur ajou­tée) est très bas depuis 1984.

    - Le taux d’inflation est très bas depuis 1986.

    - Le taux d’augmentation du salaire moyen est lar­ge­ment en-des­sous du taux de crois­sance depuis très long­temps. Les sala­riés ne pro­fitent pas de la croissance.

    - Le taux d’augmentation de la masse moné­taire a atteint 13% en 2007. Entre 2001 et 2010, 2 000 mil­liards d’eu­ros auraient dû être inves­tis dans l’économie réelle.

    - Le bud­get est en défi­cit depuis 1973, par la volon­té des gou­ver­ne­ments et des parlementaires.

    - La dette publique était de 20% du PIB en 1980, 80% en 2011. Tou­jours par la volon­té des gou­ver­ne­ments et des parlementaires.

    - La part de l’aug­men­ta­tion de la dette publique depuis 1973 est de 44% à la droite et 15% à la gauche.

    - Le taux de crois­sance de la dépense publique est modé­ré 2%, depuis 1993. La France ne vit pas au-des­sus de ses moyens.

    - Inté­rêts de la dette en aug­men­ta­tion constante depuis 1973.

    - Depuis 1973, les états sont livrés à la vora­ci­té des mar­chés comme n’importe quelle socié­té pri­vée. Cela ne doit pas être.

    - La dette exté­rieure de la France n’est pas en mau­vaise place (12ème).

    - La dette des entre­prises pri­vées de la France est de 7000 mil­liards d’euros en 1971, alors que la dette publique est de 1750 mil­liards d’euros. De plus, les dettes des banques sont trans­for­mées en dettes publiques par l’état.

    - Les déré­gu­la­tions suc­ces­sives n’ont ces­sé de favo­ri­ser les crises et ain­si de ren­for­cer les trans­ferts de richesses des pauvres vers les riches. Les courbes de déré­gu­la­tion finan­cières (cri­tères FMI) suivent sen­si­ble­ment les courbes d’endettement. Soit : plus de déré­gu­la­tion = plus d’endettement.


    IL EN RÉSULTE QUE :

    - La dette n’est pas due au poids des salaires.

    - La dette n’est pas due aux charges sociales.

    - La France ne vit pas au-des­sus de ses moyens.

    - La dette est due à la réduc­tion des impôts des riches et au ren­floue­ment des banques.

    - La dette est due aux par­le­ments de gauche comme de droite qui votent des bud­gets en défi­cit depuis 1973. Le plus impor­tant, ce n’est pas la loi de 73.

    - La dette est due aux manques d’investissements, alors que la créa­tion moné­taire n’a pas de limite.

    - Les mar­chés finan­ciers créent les crises, récoltent les béné­fices, les peuples paient les déficits.

    - Inves­tis­se­ments bas = chô­mage éle­vé = infla­tion basse = salaires bas. Selon les courbes de Phi­lips, uni­que­ment valables sur du très long terme.

    - La hausse du chô­mage n’est pas de la res­pon­sa­bi­li­té des salariés.


    CONCLUSIONS :

    - Europe et Euro : On ne peut pas avoir une mon­naie com­mune qui lie des pays si dif­fé­rents du point de vue éco­no­mique, scien­ti­fique, agri­cole, indus­triel, cultu­rel, reli­gieux, etc…

    Par exemple, l’industrie du vête­ment est aban­don­née en France en contre­par­tie d’un accès des banques anglaises à Hong-Kong, et cela est de la res­pon­sa­bi­li­té du com­mis­saire euro­péen repré­sen­tant à l’organisation mon­diale du commerce.

    - Il appa­rait que la France et l’Europe souffrent d’un manque d’investissement des grands entre­pre­neurs dans l’économie réelle, c’est-à-dire dans l’économie qui crée de la richesse, (la seule source de richesse est le tra­vail). Pourquoi ?

    Les inves­tis­seurs indus­triels ont vou­lu s’enrichir comme cer­tains inves­tis­seurs (spé­cu­la­teurs) finan­ciers et ont récla­mé des ren­de­ments éle­vés (taux à deux chiffres 10% 15% 25%) au détri­ment des salaires des travailleurs.

    Faut-il employer des moyens inci­ta­tifs voire coer­ci­tifs pour que le bon argent aille dans la bonne éco­no­mie ? Un des moyens est de taxer les tran­sac­tions finan­cières comme le pré­co­nise ATTAC.

    - De ce fait, la dette s’accroit déme­su­ré­ment, on nous fait croire que la France vit au-des­sus de ses moyens, donc qu’il faut réduire les acquis sociaux héri­tés du CNR : retraite, san­té, mobi­li­té, chô­mage etc…

    - L’ultra-libéralisme nous conduit tout droit à l’esclavagisme.

    - La troï­ka (FMI, BCE, Com­mis­sion) ne rem­plit pas son rôle à l’égard du peuple. Il est évident que l’ultra-libéralisme ne fonc­tionne pas. Donc les ins­ti­tu­tions euro­péennes doivent ini­tier des réformes pro­fondes et reve­nir à des concepts locaux qui fonctionnent.

    Sous l’an­cien régime, le roi pro­té­geait le peuple, aujourd’­hui l’UE pro­tège les riches.

    Réponse
  95. phil82

    Pré­sen­ta­tion du pro­jet de loi « Banque de France » 
    par Valé­ry Gis­card d’Estaing au Sénat, le 2 novembre 1972.

    M. Valé­ry Gis­card d’Es­taing, ministre de l’é­co­no­mie et des finances. 

    Mon­sieur le pré­sident, mes­dames, mes­sieurs les séna­teurs, les mêmes expres­sions ne s’ap­pliquent pas néces­sai­re­ment aux per­sonnes et aux ins­ti­tu­tions. C’est ain­si que dire, en par­lant d’une per­sonne âgée, que c’est une vieille dame, c’est s’ex­pri­mer avec défé­rence. Par­lant au contraire d’une ins­ti­tu­tion, ce ne serait peut-être pas dire ce qui est le plus sou­hai­table. (Sou­rires.) Et pour­tant, on applique par­fois cette expres­sion à la Banque de France. En effet, les sta­tuts de la Banque de France ont sans doute un peu vieilli. Ses sta­tuts lui ont été don­nés par le Consu­lat et l’Em­pire et lui ont per­mis de connaître une longue jeu­nesse à tra­vers un dix-neu­vième siècle pour­tant tour­men­té et agi­té par les guerres, les révo­lu­tions et les dif­fi­cul­tés économiques. 

    Mais l’é­vo­lu­tion qui a été consta­tée au cours de la pre­mière moi­tié du XXe siècle a pro­vo­qué une sorte de vieillis­se­ment des sta­tuts que les réformes de 1936 et de 1945, en rai­son des cir­cons­tances dans les­quelles elles ont été déci­dées, n’ont que peu retardé. 

    Les sta­tuts qui ont été codi­fiés pour la der­nière fois voi­ci trente-six ans, c’est-à-dire, dans les temps modernes, il y a bien long­temps, contiennent 192 articles pro­ve­nant de trente-cinq lois ou ordon­nances, de seize conven­tions, de six décrets lois et de qua­rante décrets. Leur pré­sen­ta­tion est, par la force des choses, désor­don­née et confuse en rai­son de l’im­bri­ca­tion de dis­po­si­tions en vigueur et de dis­po­si­tions abro­gées, de mesures de nature légis­la­tive et de mesures de nature réglementaire. 

    Une part sub­stan­tielle des textes en vigueur est à l’heure actuelle archaïque, dépas­sée par l’é­vo­lu­tion des tech­niques moné­taires modernes. 

    Les mis­sions essen­tielles de la Banque de France n’ap­pa­raissent pas clai­re­ment dans ces textes qui les évoquent plus qu’ils ne les définissent. 

    Une œuvre de rajeu­nis­se­ment était donc sou­hai­table. Pour la pre­mière fois peut-être dans l’his­toire des tra­vaux par­le­men­taires, le Par­le­ment est sai­si d’une telle ques­tion à froid, en dehors de toute crise moné­taire inté­rieure ou exté­rieure et donc de toute pres­sion des évé­ne­ments, à un moment où le franc appa­raît comme une des mon­naies les plus fermes du monde occidental. 

    La réforme qui vous est pro­po­sée aujourd’­hui ne vise pas et ne pré­tend pas bou­le­ver­ser le fonc­tion­ne­ment de la Banque de France. Il s’a­git essen­tiel­le­ment d’une œuvre de codi­fi­ca­tion, de mise à jour et de cla­ri­fi­ca­tion qui vise à doter l’ins­ti­tut d’é­mis­sion de sta­tuts adap­tés à la réa­li­té finan­cière actuelle et à l’é­vo­lu­tion de nos pra­tiques contem­po­raines.

    Codi­fi­ca­tion tout d’a­bord : les textes doivent être redis­tri­bués confor­mé­ment à notre Consti­tu­tion entre le pro­jet de loi qui vous est sou­mis et les textes réglementaires. 

    Mise à jour ensuite : les dis­po­si­tions vieillies doivent être éli­mi­nées ; les condi­tions actuelles de fonc­tion­ne­ment de l’ins­ti­tut d’é­mis­sion sont décrites dans de nou­veaux articles avec exac­ti­tude et pré­ci­sion, mais non sans pré­voir la pos­si­bi­li­té d’é­vo­lu­tion chaque fois que cela appa­raît pos­sible ou nécessaire. 

    Cla­ri­fi­ca­tion, enfin, puisque le pro­jet de loi qui vous est sou­mis pré­sente suc­ces­si­ve­ment, dans un ordre logique, les mis­sions de la Banque de France, ses struc­tures, puis les tech­niques selon les­quelles elle inter­vient, qui font res­pec­ti­ve­ment l’ob­jet d’un pré­am­bule, d’un titre pre­mier et d’un titre deuxième. 

    Sur cha­cun de ces trois points, le pro­jet de loi apporte cer­taines nouveautés. 

    D’a­bord les mis­sions de la Banque de France. Le pré­am­bule défi­nit la Banque de France par sa mis­sion géné­rale, qui est de veiller sur la mon­naie et le cré­dit, et à ce titre de veiller au bon fonc­tion­ne­ment du sys­tème ban­caire. Nous aurons d’ailleurs un débat sur l’ar­ticle pre­mier, mon­sieur le rap­por­teur géné­ral, et je vous indique qu’il est pré­fé­rable, confor­mé­ment à notre texte, de défi­nir les mis­sions de la Banque de France avant de pré­ci­ser les sta­tuts juri­diques de celle-ci. Le pro­jet pré­cise ensuite, en les pré­sen­tant sous une forme moderne, les mis­sions par­ti­cu­lières de la Banque de France.

    Concer­nant son action sur la cir­cu­la­tion de la mon­naie, outre le pri­vi­lège tra­di­tion­nel et — pour­rais-je dire — d’o­ri­gine de l’é­mis­sion des billets, son rôle en matière de mon­naie scrip­tu­rale est évoqué.

    En matière moné­taire externe, les res­pon­sa­bi­li­tés exer­cées depuis 1936 pour le compte de l’État en ce qui concerne la régu­la­ri­sa­tion des rap­ports entre le franc et les devises étran­gères sont confir­mées, la pos­si­bi­li­té d’une par­ti­ci­pa­tion à des accords moné­taires inter­na­tio­naux — il s’a­git essen­tiel­le­ment d’ac­cords moné­taires euro­péens — est en outre évoquée. 

    Le pro­jet marque d’autre part l’im­por­tance de la res­pon­sa­bi­li­té de la Banque de France dans la pré­pa­ra­tion et la mise en œuvre de la poli­tique monétaire. 

    Il sou­ligne enfin le rôle d’é­tude et d’a­na­lyse de l’ins­ti­tut d’é­mis­sion qui jus­ti­fie ses pou­voirs de col­lecte d’in­for­ma­tions auprès des éta­blis­se­ments ban­caires et finan­ciers et le conduit à déve­lop­per ses rela­tions avec l’en­semble de l’économie. 

    Le titre pre­mier concerne les struc­tures de la Banque de France. Le pro­jet de loi rap­pelle que la direc­tion de la banque est confiée à un gou­ver­neur assis­té de deux sous-gou­ver­neurs et reprend les dis­po­si­tions essen­tielles actuel­le­ment appli­cables à ses diri­geants, notam­ment cer­taines mesures d’ordre maté­riel qui assurent L’INDÉPENDANCE de ceux-ci vis-à-vis des pou­voirs publics, c’est-à-dire du Gou­ver­ne­ment et du minis­tère des finances.

    Il pro­pose ensuite un réamé­na­ge­ment de la com­po­si­tion du conseil géné­ral, qui est l’or­gane déli­bé­rant de la Banque. Nous aurons l’oc­ca­sion de reve­nir sur ce point à pro­pos d’a­men­de­ments. J’at­tache le plus grand prix à ce que le conseil géné­ral de la Banque de France exerce plus lar­ge­ment les res­pon­sa­bi­li­tés qui lui sont actuel­le­ment dévo­lues et cette inten­tion d’a­ni­mer, d’af­fir­mer le rôle du conseil géné­ral se tra­duit par cer­taines consé­quences concer­nant sa composition.

    Cette com­po­si­tion avait été fixée en 1936 et la loi de natio­na­li­sa­tion de 1945, qui a mis fin à la repré­sen­ta­tion des action­naires, pré­voyait que la com­po­si­tion du conseil géné­ral devrait être modi­fiée par une nou­velle loi qui inter­vien­drait avant le 28 février 1946.

    Il arrive par­fois dans cette enceinte, comme à l’As­sem­blée natio­nale, que l’on fasse grief au Gou­ver­ne­ment de ne pas dépo­ser au cours de l’an­née N ‑1 un texte qu’on lui a fait man­dat de pré­pa­rer au cours de l’an­née N. Or, nous voi­ci en 1972 et la loi de natio­na­li­sa­tion a été votée en 1945.

    M. Louis Talamoni. 

    Cela fait qua­torze ans que vous êtes là !

    M. Valé­ry Gis­card d’Es­taing, ministre de l’é­co­no­mie et des finances. 

    Et je suis donc à même de tenir les pro­messes qui, de 1941 à 1958, n’a­vaient pas été hono­rées, je vous remer­cie de me don­ner l’oc­ca­sion de le préciser.

    En effet, cette modi­fi­ca­tion n’est jamais inter­ve­nue et la com­po­si­tion actuelle du conseil qui com­prend, outre le gou­ver­neur et les deux sous-gou­ver­neurs, douze conseillers et deux cen­seurs, est tout à fait ana­chro­nique. Alors que l’État est l’u­nique action­naire de la Banque, il a seule­ment pour repré­sen­tants deux cen­seurs aux pou­voirs juri­di­que­ment limi­tés et qui n’ont pas, d’ailleurs, de voix déli­bé­ra­tive. Sept des douze conseillers repré­sentent des inté­rêts éco­no­miques tels qu’on pou­vait sans doute les défi­nir en 1936 : com­merce et indus­trie, agri­cul­ture, tra­vail, inté­rêts fran­çais dans les ter­ri­toires d’outre-mer, inté­rêts fran­çais à l’é­tran­ger, inté­rêts éco­no­miques géné­raux. Enfin, alors que les acti­vi­tés ban­caires ne sont pas en tant que telles repré­sen­tées au conseil géné­ral — ce qui s’ex­plique — quatre man­dats de droit sont attri­bués au direc­teur géné­ral de la caisse des dépôts et consi­gna­tions, au gou­ver­neur du cré­dit fon­cier de France, au pré­sident du cré­dit natio­nal et au direc­teur géné­ral de la caisse natio­nale de cré­dit agri­cole, ce qui tourne en fait l’ex­clu­sion de prin­cipe des inté­rêts ban­caires du conseil géné­ral de la Banque.

    La réforme pro­po­sée par le pro­jet de loi don­ne­rait au conseil géné­ral une com­po­si­tion plus ration­nelle. Le nombre des conseillers serait rame­né de douze à dix. L’un d’entre eux conti­nue­rait, comme par le pas­sé, à être élu par le per­son­nel de la Banque. Les neuf autres seraient nom­més par­mi des per­son­na­li­tés ayant une com­pé­tence moné­taire, finan­cière ou éco­no­mique. C’est en rai­son de cette com­pé­tence que ces nomi­na­tions inter­vien­draient, avec l’in­ten­tion de don­ner ain­si plus de poids et plus de sub­stance aux déli­bé­ra­tions du conseil géné­ral. Ce mode de dési­gna­tion, ain­si que la limite d’âge de soixante-cinq ans pro­po­sée dans le texte, paraissent de nature à assu­rer à la fois l’é­mi­nence et l’in­dé­pen­dance des conseillers géné­raux. Les deux cen­seurs, dont les pou­voirs étaient jus­qu’i­ci très limi­tés, seraient rem­pla­cés par un seul cen­seur qui pour­rait faire oppo­si­tion aux déci­sions du conseil géné­ral, en pro­vo­quant ain­si une deuxième déli­bé­ra­tion. Le carac­tère solen­nel d’une telle pro­cé­dure garan­tit que ce droit ne sera uti­li­sé qu’à bon escient.

    Le deuxième titre du pro­jet de loi, très impor­tant même s’il retient moins l’at­ten­tion, a pour objet de pré­ci­ser les modes d’in­ter­ven­tion de la Banque de France. 

    Les sta­tuts actuels sont, en effet, dans ce domaine, il faut bien le dire, par­ti­cu­liè­re­ment ana­chro­niques, dans la mesure où ils réservent une large place à des tech­niques et à des méca­nismes dont l’im­por­tance s’est beau­coup réduite dans les ordres de gran­deur actuels et où ils traitent d’une façon impré­cise et par­fois étroite des moyens modernes d’in­ter­ven­tion lar­ge­ment uti­li­sés désor­mais par notre ins­ti­tut d’é­mis­sion. Il en est ain­si, notam­ment, des avances sur effets publics et sur valeurs mobi­lières, qui ne concernent pra­ti­que­ment plus que la clien­tèle par­ti­cu­lière de la banque.

    De même, l’es­compte occupe une sec­tion de 56 articles très détaillés dans les sta­tuts de la Banque, alors que les inter­ven­tions sur le mar­ché moné­taire, qui en ont lar­ge­ment dépas­sé le mon­tant, vous le savez, et qu’on appelle l’o­pen mar­ket, ne sont men­tion­nées que d’une manière très impré­cise et presque allu­sive dans les textes.

    Enfin, les textes actuels régle­mentent les opé­ra­tions de la Banque de la France de façon trop rigide dans des domaines tech­niques où il importe de réser­ver à cet orga­nisme, c’est-à-dire au gou­ver­neur et au conseil géné­ral, un pou­voir d’ap­pré­cia­tion suf­fi­sant pour s’a­dap­ter aux néces­si­tés du pré­sent et de l’a­ve­nir.

    Le pro­jet de loi attri­bue aux tech­niques d’in­ter­ven­tion l’im­por­tance qu’elles ont dans la réa­li­té et réserve les sou­plesses néces­saires. Les opé­ra­tions d’es­compte res­tent natu­rel­le­ment men­tion­nées par le texte, mais celui-ci prend en consi­dé­ra­tion le rôle joué de nos jours par les méca­nismes d’o­pen mar­ket qui, depuis le mois de février 1971, repré­sentent le prin­ci­pal mode de concours de la Banque de France au sys­tème ban­caire.

    Les caté­go­ries d’ef­fets ou de valeurs que la Banque de la France peut ache­ter ou escomp­ter ne sont plus énu­mé­rées désor­mais d’une manière limi­ta­tive. Il appar­tien­dra au conseil géné­ral d’en fixer la liste.

    Comme vous le voyez, le pro­jet de loi qui vous est sou­mis ne rompt donc pas avec la tra­di­tion de la Banque de France ; il en est au contraire le pro­lon­ge­ment direct. Il ne récuse pas l’hé­ri­tage du pas­sé, mais il le conso­lide et le trans­forme en le moder­ni­sant. Le pre­mier cen­te­naire de la Banque de France fut célé­bré, voi­là déjà soixante-douze ans, par un homme qui a éta­bli le record de lon­gé­vi­té des gou­ver­neurs et qui paraît d’ailleurs assu­ré de le déte­nir pour long­temps ; M. Pal­lin a, en effet, assu­ré le gou­ver­ne­ment de la Banque de France entre 1897 et 1920, c’est-à-dire pen­dant vingt-trois ans et, à l’é­poque, il avait célé­bré ce cen­te­naire dans les termes suivants : 

    « Ce n’est pas un mince sujet d’é­ton­ne­ment, dans ce siècle si mobile et si chan­geant, de voir qu’une légis­la­tion dont on a main­te­nu les bases fon­da­men­tales à tra­vers plu­sieurs pro­ro­ga­tions suc­ces­sives opé­rées sous les régimes dif­fé­rents les uns des autres puisse conti­nuer, en face des plus pro­di­gieuses trans­for­ma­tions éco­no­miques, à se prê­ter sans effort à tous les besoins nou­veaux du com­merce et de l’in­dus­trie. C’est en effet que les pré­vi­sions des hommes dont les idées et les vues ont ser­vi de base à nos sta­tuts ne se confi­naient pas dans le pré­sent ou dans un len­de­main immé­diat. Leur longue clair­voyance avait pres­sen­ti ce que serait dans la réa­li­té éco­no­mique de son extra­or­di­naire essor, l’a­ve­nir com­mer­cial, indus­triel et finan­cier de la France nou­velle ».

    L’or­ga­ni­sa­tion de la Banque de France lui a per­mis de se déve­lop­per dans l’exacte mesure des besoins géné­raux du pays. L’am­bi­tion de la réforme qui vous est pro­po­sée aujourd’­hui est de per­mettre à notre ins­ti­tut d’é­mis­sion de pour­suivre, avec le même bon­heur jus­qu’à son deuxième cen­te­naire, sa mis­sion éclai­rée au ser­vice des inté­rêts éco­no­miques de la Nation. 

    (Applau­dis­se­ments sur les tra­vées de l’u­nion des démo­crates pour la Répu­blique, à droite et sur cer­taines tra­vées à gauche.)

    Réponse
  96. phil82
  97. A-J Holbecq

    @ JC (91)

    On est quand même un peu hors sujet de ces com­men­taires très denses sur la loi de 73 et non sur la mon­naie … je vous sug­gère de m’é­crire direc­te­ment, je vous répon­drai ajholbecq[at]gmail.com

    Cor­dia­le­ment

    Réponse
  98. un monde absurde

    Nous sommes dans un rap­port de force. Si nous refai­sons du cré­dit public gra­tuit à la mode des 30 glo­rieuses (et il y a d’autres exemples dans l’his­toire que cette période), on nous fera la guerre, n’en dou­tez pas !

    Réponse
  99. Vercoquin

    Il n’y a aucune rai­son de payer un inté­rêt sur une somme emprun­tée alors qu’elle est créée à par­tir de rien (ex nihilo).
    La seule part immo­bi­li­sée par la banque est la réserve frac­tion­naire que doit pos­sé­der la banque et qui ne repré­sente que 1/10ème à peu près de cette somme.
    On ne devrait payer que les coûts de l’o­pé­ra­tion (salaires, bâti­ments, machines etc… répar­tis sur toutes les opérations).

    Si vous emprun­tez avec un inté­rêt de 4% par an, la banque récolte 40% par an de la somme réel­le­ment exis­tante immobilisée.
    Sachant que la somme emprun­tée revient à la banque par l’in­ter­mé­diaire du créan­cier de l’emprunteur, et que 10% de cette somme est mise en réserve frac­tion­naire pour pou­voir en prê­ter 90%, et ceci plu­sieurs fois, au final, la banque fait un pro­fit de 400% par an de la somme réel­le­ment immo­bi­li­sée au départ.

    Mora­li­té : l’in­té­rêt sur la somme emprun­tée c’est du vol, ne devrait pas s’ap­pe­ler « inté­rêt » mais « com­mis­sion » ou « frais de dossier ».

    Oui mais la banque prend un risque si l’emprunteur ne peux rem­bour­ser, alors ?

    Alors la banque peut s’as­su­rer contre ce risque sui­vant la qua­li­té de sol­va­bi­li­té de l’emprunteur et inté­grer la prime d’as­su­rance aux frais de dos­sier de l’emprunteur.

    Réponse
  100. Morpheus

    @ un monde absurde

    On nous ran­çonne, comme des gueux que l’on assaille au coin du bois, et vous nous dites « il vaut mieux céder aux malan­drins, sans quoi on devra se battre ».

    A vous suivre, il sem­ble­rait bien qu’on ait réel­le­ment besoin d’un Robin des Bois ou d’un Car­touche (ceux de la légende) pour régler leur compte aux malan­drins qui, comme dans ces légendes, sont les repré­sen­tants de l’État ou du Royaume.

    Il y a un moment ou, en effet, il faut choi­sir, soit de résis­ter soit de bais­ser son froc.

    Cor­dia­le­ment,
    Morpheus

    Réponse
  101. Sam

    Quel est le but du jeu ? 

    Salut à tous,

    je salue le tra­vail qu’ont fait Lior et Maga­li, sans que cela signi­fie aucun déni­gre­ment pour celui qu’on fait André-Jacques et d’autres, mais je sou­hai­te­rais leur deman­der à tous, et vous deman­der, quel est au final le but du jeu.

    Oublions d’abord les fausses oppo­si­tions, qui ne tra­duisent en défi­ni­tive que cette ten­dance natu­relle qu’on a de défendre son héri­tage du seul fait qu’il faut bien assu­mer ses propres œuvres. Bien sûr, nous le savons tous, il est for­cé­ment très réduc­teur de situer les causes et les ori­gines d’une phase poli­tique de quatre décen­nies dans un évè­ne­ment unique, ici la loi du 3 jan­vier 1973. L’Histoire est tou­jours infi­ni­ment com­plexe. Mais le tra­vail de recherche en his­toire – c’est bien ce dont il s’agit dans ces débats – doit bien com­men­cer et recom­men­cer tou­jours sur la base de ce qu’on sait et, comme on dit, s’articuler autour de « faits mar­quants ».

    D’un autre côté, les com­bats poli­tiques se mènent autour de sym­boles, à la fois parce qu’on ne se bat pas sans mobiles pal­pables et sans images d’espérance. Et au regard de cette fina­li­té, qui prime évi­dem­ment, il n’y a sur­tout pas à rou­gir de faire une lec­ture réduc­trice, à condi­tion que le sym­bole soit sinon fidèle aux faits, du moins repré­sen­ta­tif des faits. Or en l’occurrence, il se trouve qu’il l’est.

    Véri­té et poli­tique, mal­heu­reu­se­ment, font très rare­ment bon ménage. Parce que la poli­tique à l’œuvre est sur­tout affaire de pou­voir et parce que le pou­voir en action se moque bien de la véri­té – pire, le men­songe et l’illusion sont ce qu’on trouve tou­jours à la base de ces méca­niques qui font qu’une poi­gnée d’individus règnent sur tous les autres (le sys­tème tota­li­taire l’illustre jusqu’à la cari­ca­ture). En pra­tique, il faut faire avec le fait que la logique des par­tis, même dans ce qu’elle a de plus louable, se fout de la véri­té. Cela ne veut sur­tout pas dire que celui qui s’engage dans un com­bat poli­tique est mora­le­ment excu­sé de s’assoir sur la véri­té. Cela signi­fie par contre que la recherche de la véri­té se situe sur le ter­rain du contre-pou­voir, ou encore sur celui de l’éducation popu­laire, et que dans le temps de l’action poli­tique, que cela plaise ou non, ce tra­vail là ne se fait pas au front.

    Je tiens à vous assu­rer au besoin que, disant cela, je n’exprime pas du tout de mépris pour la recherche his­to­rique ou scien­ti­fique. Pour ma part, d’ailleurs, je tâche de consa­crer une bonne par­tie de mon temps libre à cher­cher sur ce dos­sier mais aus­si sur quelques autres, notam­ment celui du scien­tisme cli­ma­tique qui est un des grands fon­de­ments d’un fas­cisme vert que peu de gens recon­naissent comme tel (il est inté­res­sant de noter, comme dans le cas du tota­li­ta­risme finan­cier dont le mou­ve­ment n’a guère com­men­cé plus tôt, la curieuse com­bi­nai­son de conspi­ra­tion consciente et de science dévoyée qu’on trouve à la racine). Je dis qu’il ne faut pas négli­ger le com­bat poli­tique au motif qu’on recherche la véri­té, pas plus que l’inverse, et que le seul moyen de conci­lier ces deux objec­tifs tous deux indis­pen­sables est de res­pec­ter une forme de sépa­ra­tion et de rythme qui les ménage en les fai­sant coha­bi­ter au mieux, sans trop en deman­der toutefois.

    Il n’y a pas du tout à rou­gir de faire une lec­ture par­cel­laire et sym­bo­lique, non pas tant même du fait de ces néces­si­tés – et encore moins parce que la pro­pa­gande offi­cielle fait encore bien pire (voyez un peu les fables qu’on enseigne dans les écoles de l’arépublique, tout cet amon­cè­le­ment de sym­boles gras et gros, de men­songes éhon­tés et tout ce qu’on n’y dit pas) – mais parce que nous vivons à une triste époque d’impuissance poli­tique géné­ra­li­sée, où un foi­son­ne­ment infi­ni de débats sur le sexe des anges (sans par­ler de mil­liers de dis­trac­tions plus futiles) semble avoir pour résul­tat bien moins le pro­grès de la véri­té que la dis­trac­tion per­ma­nente, la dis­per­sion (pour ne pas par­ler d’un fichu rela­ti­visme sys­té­ma­tique) et, en défi­ni­tive l’atomisation des gens, autre­ment dit, en pra­tique, l’endormissement géné­ra­li­sé et l’incapacité totale des citoyens de bonne volon­té de s’unir pour chan­ger les choses.

    Dans ces débats, qui se sont mul­ti­pliés ici et là (tant mieux), on voit trop sou­vent se confron­ter des posi­tions affi­chant, en par­ti­cu­lier, un déter­mi­nisme juri­dique bien exces­sif – disant cela, je ne me situe pas du tout dans le rela­ti­visme oppo­sé – et même assez absurde car fruit d’une lec­ture trop par­cel­laire (cha­cun apprend à mesure). Étienne, sans doute parce qu’il s’ap­plique beau­coup à débattre point par point autant que pos­sible, s’y pren­drait d’ailleurs lui-même régu­liè­re­ment les pieds dans le tapis si on en juge par le fait que, foca­li­sant sur une loi, il semble presque oublier pour l’oc­ca­sion le carac­tère encore plus déter­mi­nant de la consti­tu­tion (sans par­ler du pro­ces­sus constituant)…

    Du côté de Lior et de Maga­li, je trouve que ça alterne trop sou­vent tan­tôt dans l’excès de déter­mi­nisme juri­dique tan­tôt dans l’excès oppo­sé. Je ne leur apprends rien, je juge du résul­tat d’un tra­vail qui, lui-aus­si, est for­cé­ment trop par­cel­laire – au pas­sage, ils le savent sans doute mais ça va mieux en le disant, leur recueil de textes rela­tifs à la Banque de France (1) est très incom­plet, ne serait-ce que parce qu’il y manque toutes les conven­tions pas­sées entre gou­ver­neurs de la Banque de France et ministres des finances suc­ces­sifs (voir le docu­ment (2) notam­ment), ce qui leur fait tirer des conclu­sions très en porte-à-faux avec les faits quand ils parlent de l’évolution des concours de la Banque de France au Tré­sor notam­ment avant et après le Front popu­laire (voir le gra­phique (3). Sinon, par exemple, il est naïf de s’en tenir au conte­nu des débats par­le­men­taires tenus à la veille de l’adoption d’une loi pour juger de l’ensemble des mobiles en pré­sence. Enfin, quitte à don­ner dans le déter­mi­nisme juri­dique, il est assez absurde de foca­li­ser à ce point sur un pan du droit (ils semblent s’évertuer à démon­trer ce dont cha­cun se doute, qu’une loi iso­lée ne fait pas tout), pan essen­tiel­le­ment natio­nal, en oubliant tout le contexte inter­na­tio­nal et ce qu’il a de juri­di­que­ment contrai­gnant. L’un dans l’autre, j’encourage de nou­veau Lior et Maga­li à se pen­cher non pas sur l’aveu de Rocard mais sur celui qu’a eu Gis­card il y a quelques années, lorsque AJH l’avait inter­pel­lé sur son blog, et sur­tout sur la seconde par­tie, abso­lu­ment lim­pide, de cet aveu.

    Car ledit contexte inter­na­tio­nal, pré­ci­sé­ment à cette époque, a vu s’établir un régime dans lequel la valeur des mon­naies ne devaient plus être déter­mi­née que par la loi de l’offre et de la demande mar­chandes (de mon­naie) : fin du sys­tème de Bret­ton Woods, carac­té­ri­sé par un régime de changes fixes et ajus­tables, et rem­pla­ce­ment par un sys­tème de changes flot­tants, muta­tion qui se com­bine natu­rel­le­ment avec celle, encore plus frap­pante (c’est dire), qui a vu dis­pa­raître le der­nier point d’ancrage des mon­naies sur les métaux pré­cieux. 1973, c’est pile entre 1971 et 1976 (accords de la Jamaïque modi­fiant les sta­tuts du FMI), et on peut véri­fier, comme je l’ai fait, que dans la décen­nie 70 et depuis, même les USA (en 1979) se sont inter­dits les achats de bons du Tré­sor par la banque cen­trale sur le mar­ché primaire.

    Quant aux avances, c’est-à-dire à l’autorisation de décou­vert, il faut com­prendre que la même logique impo­saient non pas for­cé­ment qu’elles soient inexis­tantes mais que leur volume ne soit plus révi­sable, par la suite, par déci­sion poli­tique. A cet égard, on peut noter que la der­nière conven­tion (si on exclut celle de 1993 qui visait seule­ment à sol­der le rem­bour­se­ment défi­ni­tif des avances) date de 1973 (17 sep­tembre, et 21 décembre pour la loi de rati­fi­ca­tion) et que les seules varia­tions du pla­fond qu’elle auto­ri­sait désor­mais se cal­cu­laient par indexa­tion auto­ma­tique sur les résul­tats des seuls méca­nismes de mar­ché, en l’espèce ceux liés aux gains et aux pertes enre­gis­trées sur le mar­ché moné­taire inter­na­tio­nal de méca­nismes de sta­bi­li­sa­tion des changes. Je conti­nue donc à pen­ser que Lior et Maga­li se trompent en ne voyant pas que les textes de 1973 (plu­tôt que la seule loi du 3 jan­vier) marquent clai­re­ment un tournant.

    C’est éga­le­ment un curieux pinaillage qui les fait s’en tenir à dire que les avances en ques­tion sont une chose et que le refi­nan­ce­ment par la Banque cen­trale des obli­ga­tions émises par un tas d’institutions locales et d’entreprises publique en est une autre. L’interdiction (faite par décret, en 1973 éga­le­ment) de ce second mode de finan­ce­ment est évi­dem­ment un tour­nant majeur, sans doute plus dra­ma­tique encore. Ce que ne semblent pas voir Lior et Maga­li, c’est qu’il s’agissait bel et bien, là aus­si, d’une forme de créa­tion moné­taire publique, qui ne coû­tait rien aux col­lec­ti­vi­tés locales et aux entre­prises publiques concer­nées. Quand il faut se tour­ner vers le mar­ché, les banques com­mer­ciales ont beau créer la mon­naie qui fait les cré­dits puis les dépôts, elles doivent elles-mêmes se cou­vrir indi­rec­te­ment en mobi­li­sant autant d’épargnes, donc rému­né­rer celles-ci (plus que l’inflation, si le jeu du mar­ché a réus­si en ce sens l’alignement vers le haut). Il fau­drait faire tout un tra­vail de recherche pour voir quels étaient les mon­tants en jeu à l’é­poque où ce mode de finan­ce­ment moné­taire avait cours. Cela dit, ce n’est pas tant un pro­blème de volume d’in­té­rêts, autre­ment dit d’injustice sociale, que d’impuissance poli­tique : en guise d’initiative, seuls seraient désor­mais finan­cés les pro­jets direc­te­ment rentables.

    Pour ma part, j’ai pas mal don­né aus­si dans les tra­vers en matière de déter­mi­nisme juri­dique. Pre­nez la ques­tion (essen­tielle) de l’i­ni­tia­tive : oui, l’ar­ticle 19 la laisse au couple Gou­ver­neur – Ministre des finances (et oui, la clause implique clai­re­ment que le Gou­ver­neur dis­pose d’un droit de véto), mais d’un autre côté : 1. le Gou­ver­neur et les sous-gou­ver­neurs sont nom­més par Décret en Conseil des Ministres (art. 10 de la loi du 3 jan­vier 1973) ; 2. on n’a jamais vu une loi de finances pré­cé­der une de ces conven­tions… mais de toutes manières, quand a‑t-on vu une majo­ri­té par­le­men­taire prendre des ini­tia­tives sans le gou­ver­ne­ment qu’elle a elle-même éta­bli, sans par­ler d’en prendre contre son avis ? Bref, oppo­ser Par­le­ment et Gou­ver­ne­ment, dans ce sys­tème élec­tif, c’est cher­cher un contre-pou­voir et une absence de concen­tra­tion de pou­voir qui n’y ont jamais existé…

    En arrière plan, impli­ci­te­ment, tou­jours la même ren­gaine qui ne relève que du vœu pieux : sur le papier, le Par­le­ment reprend l’i­ni­tia­tive quand ça lui chante, cir­cu­lez. Et c’est très exac­te­ment ce qu’a dit le Conseil consti­tu­tion­nel, aus­si bien avant qu’a­près Maas­tricht : avant, le Par­le­ment pou­vait bien se pri­ver de son pou­voir de défi­nir le régime de créa­tion de la mon­naie, et en défi­ni­tive, délé­guer impli­ci­te­ment ce pou­voir, sans s’en pri­ver réel­le­ment vu qu’il pou­vait aus­si déci­der l’in­verse quand bon lui semble ; après, le Par­le­ment peut très bien déci­der de sor­tir la France de l’UE quand il le veut…

    Bref, quitte à foca­li­ser sur le seul aspect juri­dique ne per­dons pas de vue ce qui fait l’es­sen­tiel du cadre, et pour le reste, bien sûr, les lois ne sont que des ins­tru­ments, quand bien même ils sont si cou­ram­ment au ser­vice des puis­sants, autre­ment dit elles se changent. D’autant que les juristes et les légistes, comme les éco­no­mistes, ont des cou­tumes qui ont elles aus­si une histoire.

    Ce que nous dit sur­tout le pro­pos de Rocard, c’est qu’une idée impen­sable à une époque peut émer­ger – et peut-être s’im­po­ser – ensuite, ou l’in­verse. Et ce qui importe sur­tout, dans le fait qu’il ait tenu ce pro­pos, c’est que cela montre une prise de conscience. D’ailleurs Rocard lui-même a beau avoir tenu des pro­pos à mon sens admi­rables dans le débat par­le­men­taire de la fin 1972, il n’a­vait pas en tête cet aspect-là à l’é­poque des faits. De mémoire, il avait notam­ment foca­li­sé sur la ques­tion de la concen­tra­tion du pou­voir de mener la poli­tique moné­taire sans l’avis du Par­le­ment. Quant aux com­mu­nistes, à part une bataille concer­nant les sta­tuts du per­son­nel de la Banque de France… (qui nous sem­ble­rait plu­tôt dépla­cée vu d’aujourd’hui), ils défen­daient sur­tout un autre aspect très impor­tant, allant éga­le­ment et même bien plus à l’opposé de ce qu’on pour­rait qua­li­fier de « cen­tra­lisme démo­cra­tique » en matière ban­caire, et qui met­tait en jeu aus­si bien les banques coopé­ra­tives que les comi­tés consul­ta­tifs pari­taires consti­tués pour inter­ve­nir dans les choix de poli­tique moné­taire – pour le coup, c’est nous qui avons per­du la mémoire. Sinon, la gauche avait bien sen­ti venir le mou­ve­ment qui livre­rait très bien­tôt la poli­tique moné­taire au mar­ché, autre­ment dit l’allocation du cré­dit à la seule logique mar­chande. Il faut aus­si se sou­ve­nir qu’à l’époque pas mal de banques étaient publiques. Et si l’on songe à la posi­tion per­son­nelle de Gis­card, à l’origine, on devrait finir de voir que cette opé­ra­tion de cen­tra­li­sa­tion qui se menait bel et bien était faite pour mieux pri­va­ti­ser et mar­chan­di­ser en bloc.

    Tou­jours s’agissant de modes et de cou­tumes, un autre exemple frap­pant, dans le cas de ce même sujet, qui montre l’importance du pré­cé­dent his­to­rique : voi­là ce qu’on lit en pré­am­bule de la Conven­tion du 29 mars 1878 : « 1° La Banque de France s’est enga­gée, aux termes du Trai­té du 10 juin 1857, à avan­cer au Tré­sor une somme de soixante mil­lions, qui ne porte inté­rêt que lorsque le solde cré­di­teur du Tré­sor des­cend à un chiffre infé­rieur. Cette avance, qui, avant 1872, consti­tuait en moyenne soixante et un pour cent du solde des fonds dépo­sés en compte cou­rant par le Tré­sor, ne repré­sente plus, depuis cette époque, que trente-six pour cent envi­ron du même solde. Il y aurait tout avan­tage pour l’État à aug­men­ter l’avance dont il s’agit d’une manière per­ma­nente, en la por­tant à un chiffre en rap­port avec l’importance des dis­po­ni­bi­li­tés que com­porte la situa­tion actuelle du bud­get et du ser­vice de la tré­so­re­rie ; ». Puis on apprend que « Les Lois annuelles de Finances, jusques et y com­pris la Loi de Finances de l’exercice 1897, ont suc­ces­si­ve­ment auto­ri­sé la pro­ro­ga­tion de cette Convention ».

    Du reste, à votre avis, quand la Banque de France a‑t-elle été sur­tout sol­li­ci­tée, sinon en temps de guerre, ou encore en période de risque d’insurrection populaire ?

    Mais pour la période des « trente glo­rieuses », c’est sans doute sur­tout la cou­tume (key­né­sienne), autre­ment dit l’idéologie domi­nante du moment, qui a vou­lu que l’autorisation de décou­vert de l’État soit main­te­nue à un bon niveau – de l’ordre de 10% à 15% du bud­get public national.

    Un coup d’arrêt est bien sif­flé en 1973, même si une Conven­tion de fin 1973 (et la Loi qui l’approuve) décide de fixer le pla­fond des avances à 20,5 mil­liards (modu­lo des béné­fices ou des pertes liées à la sta­bi­li­sa­tion des changes, ce qui explique que le pla­fond réel ait varié ensuite, sans que de nou­velles conven­tions aient été signées, et qu’il était, par exemple, de 23.58 mil­liards en 1985). Car faute de signer de nou­velles conven­tions, l’inflation allait assez rapi­de­ment abais­ser la valeur réelle de ce pla­fond : de l’ordre de 10% du bud­get en 1973, puis 8% en 1980, 5% en 1990.

    Arri­va 1993 (4%) et la trans­po­si­tion du trai­té de Maas­tricht qui joua évi­dem­ment un rôle déci­sif, mais la der­nière conven­tion, en sti­pu­lant sim­ple­ment que le solde serait à épon­ger dans les dix ans au maxi­mum, n’a fait qu’accélérer un peu encore l’extinction du reste de notre chère faci­li­té de caisse.

    Sur le gra­phique (3), qui retrace l’historique des avances de la banque de France au tré­sor depuis 1900, j’ai pris en compte l’inflation et conver­ti les valeurs en valeur moné­taire constante. La base choi­sie, euros 2011, offre cet avan­tage qu’elle per­met de consi­dé­rer, pour se figu­rer les choses, que les mil­liards reviennent en gros à des pour­cents du bud­get public national.

    Mais il faut éga­le­ment noter, chose (par­mi d’autres) qui appa­raît aus­si très bien sur ce gra­phique, que la ten­dance à lais­ser bais­ser la valeur réelle du pla­fond en ne modi­fiant plus sa valeur faciale avait com­men­cé en 1960.

    (1) http://​www​.banque​-france​.fr/​u​p​l​o​a​d​s​/​t​x​_​b​d​f​g​r​a​n​d​e​s​d​a​t​e​s​/​s​t​a​t​u​t​s​-​l​o​i​s​_​0​8​.​pdf

    (2) http://​www​.banque​-france​.fr/​f​i​l​e​a​d​m​i​n​/​u​s​e​r​_​u​p​l​o​a​d​/​b​a​n​q​u​e​_​d​e​_​f​r​a​n​c​e​/​h​i​s​t​o​i​r​e​/​t​e​x​t​e​s​/​c​o​n​v​e​n​t​i​o​n​s​-​d​e​c​r​e​t​s​.​pdf

    (3) http://​img716​.ima​ge​shack​.us/​i​m​g​7​1​6​/​5​3​9​2​/​e​u​r​o​s​c​o​n​s​t​a​n​t​s​2​0​1​1​.​png

    Réponse
  102. RHC

    Bon­jour,

    @Commentaire 91(1) ^^

    Mer­ci à tous et à toutes pour ce débat enri­chis­sant. 8)

    Réponse
  103. un monde absurde

    « Il y a un moment ou, en effet, il faut choi­sir, soit de résis­ter soit de bais­ser son froc. »

    Mor­pheus, résis­ter ça ne suf­fi­ra pas sur­tout avec un simple cla­vier. Le rap­port de force (mafia, média, éco­no­mie, finance et mili­taire) est tel que les jeux sont faits. En fait nous avons per­du depuis long­temps, on ne fait que décou­vrir notre asser­vis­se­ment. Seul un évé­ne­ment exté­rieur au sys­tème pour­ra chan­ger la donne

    Réponse
  104. RHC

    @107
    Au moment où beau­coup de per­sonnes se réveillent, et com­prennent com­ment ce sys­tème fonc­tionne, la suite est natu­relle. ça me fait pen­ser au magi­cien de Gurdjieff :

    « There was an evil magi­cian. He lived deep in the moun­tains and the forests, and he had thou­sands of sheep. But the pro­blem was that the sheep were afraid of the magi­cian because eve­ry day the sheep were seeing that one of them was being killed for his break­fast, ano­ther was being killed for his lunch. So they ran away from the magi­cian’s ranch and it was a dif­fi­cult job to find them in the vast forest. Being a magi­cian, he used magic.

    He hyp­no­ti­zed all the sheep and sug­ges­ted to them first of all that they were immor­tal and that no harm was being done to them when they were skin­ned, that, on the contra­ry, it would be very good for them and even plea­sant ; second­ly he sug­ges­ted that the magi­cian was a good mas­ter who loved his flock so much that he was rea­dy to do any­thing in the world for them ; and in the third place he sug­ges­ted to them that if any­thing at all were going to hap­pen to them it was not going to hap­pen just then, at any rate not that day, and the­re­fore they had no need to think about it.

    He then told dif­ferent sheep…to some, « You are a man, you need not be afraid. It is only the sheep who are going to be killed and eaten, not you. You are a man just like I am. » Some other sheep were told, « You are a lion – only sheep are afraid. They escape, they are cowards. You are a lion ; you would pre­fer to die than to run away. You don’t belong to these sheep. So when they are killed it is not your pro­blem. They are meant to be killed, but you are the most loved of my friends in this forest. » In this way, he told eve­ry sheep dif­ferent sto­ries, and from the second day, the sheep stop­ped run­ning away from the house.

    They still saw other sheep being killed, but­che­red, but it was not their concern. Some­bo­dy was a lion, some­bo­dy was a tiger, some­bo­dy was a man, some­bo­dy was a magi­cian and so forth. Nobo­dy was a sheep except the one who was being killed. This way, without kee­ping ser­vants, he mana­ged thou­sands of sheep. They would go into the forest for their food, for their water, and they would come back home, belie­ving always one thing : « It is some sheep who is going to be killed, not you. You don’t belong to the sheep. You are a lion – res­pec­ted, hono­red, a friend of the great magi­cian. » The magi­cian’s pro­blems were sol­ved and the sheep never ran away again.’ »

    Réponse
  105. lucien

    ++
    par Vercoquin++
    « Il n’y a aucune rai­son de payer un inté­rêt sur une somme emprun­tée alors qu’elle est créée à par­tir de rien »

    puis

    « On ne devrait payer que les coûts de l’o­pé­ra­tion (salaires, bâti­ments, machines etc… répar­tis sur toutes les opérations). »

    et

    « Oui mais la banque prend un risque si l’emprunteur ne peux rem­bour­ser, alors ?

    Alors la banque peut s’as­su­rer contre ce risque sui­vant la qua­li­té de sol­va­bi­li­té de l’emprunteur et inté­grer la prime d’as­su­rance aux frais de dos­sier de l’emprunteur. »

    Mais tout cela se fait déjà mon­sieur Ver­co­quin ! il faut bien sur un inté­rêt et cet inté­rêt n’est pas for­cé­ment injus­ti­fié ! vous le décri­vez vous même lol

    à beau­coup de participants :

    Trop de bavar­dages pour dire, répé­ter et don­ner des leçons.

    qu’a­vez vous mis en place depuis 2005 ? quelle est votre action pour le peuple ?
    vous êtes tout occu­pés à vos chi­mères lais­sant libre cours à ceux qui agissent et satis­font leur inté­rêts per­son­nels sur le dos du peuple.

    Beau­coup se com­plaisent à dis­cu­tailler, à crier au com­plot, à uti­li­ser des mots alar­mants et comploteux.

    Je vous sou­haite une bonne année 2013 pen­dant laquelle vous pren­drez peut être conscience que le chan­ge­ment n’at­tend pas.

    Réponse
  106. Morpheus

    Les jeux ne sont jamais « faits ».

    La nature même du réel est là pour nous le rap­pe­ler : ani­tya (tou­jours chan­geante, en constante évolution).

    Même Brez­sins­ki l’a dit lors d’une confé­rence faite récem­ment en Pologne : l’in­ter­net (dont il dit « qu’on n’au­rait jamais dû l’in­ven­ter ») a per­mis un réveil des peuples et une prise de conscience des enjeux, et cela a déjà consi­dé­ra­ble­ment bou­le­ver­sé le calen­drier de leur pro­jet de nou­vel ordre mon­dial (c’est tou­jours lui qui le dit).

    http://​glo​bal​presse​.word​press​.com/​2​0​1​2​/​1​2​/​0​1​/​b​r​z​e​z​i​n​s​k​i​-​u​n​e​-​r​e​s​i​s​t​a​n​c​e​-​p​o​p​u​l​i​s​t​e​-​f​a​i​t​-​d​e​r​a​i​l​l​e​r​-​l​e​-​n​o​u​v​e​l​-​o​r​d​r​e​-​m​o​n​d​i​al/

    Brze­zins­ki : une « Résis­tance Popu­liste » fait dérailler le Nou­vel Ordre Mondial

    Aujourd’­hui, la plu­part des peuples ont amor­cé un réveil des consciences. Les men­ta­li­tés com­mencent à chan­ger. Les vieilles recettes du pou­voir com­mencent à deve­nir rin­gardes : nous repas­ser les plats ne sera plus suffisant.

    Oh non, les jeux sont loin d’être « faits ».

    Mor­pheus

    Réponse
  107. A-J Holbecq

    @ 103. par Vercoquin

    Vous faites éga­le­ment plu­sieurs erreurs, en par­ti­cu­lier les réserves obli­ga­toires sont de 1% du MONTANT des dépôts et non de 10%, et non « des dépôts » : les RO ne sont pas une par­tie des dépôts (ces der­niers sont en mon­naie secon­daire alors que les R.O. sont en mon­naie cen­trale). Jetez un coup d’œil sur http://​mon​naie​.wikis​paces​.com/
    Vous ne pou­vez donc pas com­pa­rer les inté­rêts aux réserves de mon­naie cen­trale : ça n’a en fait rien à voir.

    Je ne défends pas pour autant les banquiers 😉

    Réponse
  108. A-J Holbecq

    Mer­ci Sam (105) pour ce magni­fique résu­mé.

    Je vou­drais juste rajou­ter que les 20,5 mil­liards de francs (pla­fond) repré­sen­taient à l’é­poque 2% du PIB , l’é­qui­valent de 40 mil­liards d’eu­ros actuels … pas négli­geables de toute façon…

    Bonne année 2013 Sam … tu ne l’as pas volée avec le tra­vail que tu as abat­tu ces der­niers jours, et dont ton com­men­taire est le résumé.

    Réponse
  109. J.C

    @ julien

    « Déso­lé JC je ne vous suis pas ! seuls 150000 euros sont créés »

    Pour­quoi 150 000 euros ?
    lors­qu’un indi­vi­du va deman­der 100 000 euros à sa banque, la banque rend dis­po­nible 100 000 euros et pas 150 000, non ?

    la banque ne prête pas le mon­tant des inté­rêts, par contre l’emprunteur devra bien trou­ver cette somme quelque part.
    (les banques pri­vés ne la crée­ront pas gratuitement)

    @ A‑J Holbecq

    Vous avez rai­son, je vous enver­rai un petit mail l’an­née prochaine.

    @ Etienne
    Je te sou­tiens dans ton achar­ne­ment. quelle qu’en soit la conclu­sion, il est impor­tant d’al­ler jus­qu’au bout et d’en connaitre le fin mot.

    Ps : il y a de quoi lire (fiouu)

    Bien ami­ca­le­ment

    J.C

    Réponse
  110. un monde absurde

    @lucien

    « à beau­coup de participants :

    Trop de bavar­dages pour dire , répé­ter et don­ner des leçons. »

    Et alors ? même ça c’est inter­dit ? et en plus vous faites ce que vous dénoncez !!

    Réponse
  111. les faux béotiens

    Ce débat est fort inté­res­sant et ins­truc­tif, cepen­dant à la ques­tion : l’ont-ils fait pour ser­vir un inté­rêt de caste où n’est ce qu’une déci­sion, judi­cieuse pour les uns dénoué de sens éco­no­mique pour les autres, qui a pro­fon­dé­ment mar­quée nos poli­tiques éco­no­miques de ces 30 der­nières années ?

    il semble qu’une volon­té sous-jacente appa­raissent chez cha­cun d’entre vous de d’a­bord répondre à la pre­mière par­tie ; sont-ils coupables ?

    certes ceci est d’im­por­tance pour un juge­ment « his­to­rique » mais en regard de l’in­ven­taire de ver­co­quin nous sou­hai­te­rions que les défen­seurs de ce chan­ge­ment radi­cal puissent nous décrire les apports de celle-ci en matière d’a­mé­lio­ra­tion de nos fon­da­men­taux éco­no­miques ; nous ne deman­dons qu’à être convaincus !!!!!

    Et de grâce pas d’é­co­no­mie « fic­tion » du type si nous n’a­vions pas eu cette loi cela aurait été bien pire ni le célèbre « cete­ris pari­bus » inven­té par les éco­no­mistes pour n’a­bor­der que les sujets qu’ils dési­rent et bien évi­dem­ment igno­rer ceux qui fâchent

    Réponse
  112. les faux béotiens

    d’autres façons de poser la ques­tion : À quoi sert réel­le­ment cette lutte achar­née contre l’inflation ?

    A‑t-elle amé­lio­ré notre situa­tion économique ?

    L’o­bli­ga­tion de construire cette Europe avec ces pauvres Alle­mands si dou­lou­reu­se­ment trau­ma­ti­sés ad vitam Aeter­nam par leur hyper infla­tion pas­sée en est-elle la rai­son fon­da­men­tale au détri­ment du reste ?

    Réponse
  113. Magali

    @Sam :

    Mer­ci pour ce beau commentaire.

    1/ le recueil des textes de la Banque de France, assez incom­plet en effet, n’est pas le nôtre.

    2/ « les seules varia­tions du pla­fond qu’elle auto­ri­sait [la conven­tion de 1973] désor­mais se cal­cu­laient par indexa­tion auto­ma­tique sur les résul­tats des seuls méca­nismes de marché »
    En effet, l’in­dexa­tion auto­ma­tique se caler sur ces pla­fonds. En revanche, rien, léga­le­ment par­lant, n’empêcher l’État de rehaus­ser ces pla­fonds par une nou­velle convention.

    De plus, je pense qu’il est inutile de se foca­li­ser sur cette conven­tion étant don­né qu’elle ne modi­fie en rien les pla­fonds déjà exis­tants. Ces pla­fonds ne semblent pas avoir été aug­men­tés depuis 1953.

    3/ « L’interdiction (faite par décret, en 1973 éga­le­ment) de ce second mode de finan­ce­ment est évi­dem­ment un tour­nant majeur, sans doute plus dra­ma­tique encore. »
    Selon moi, le décret de 73 n’in­ter­dit pas les avances sur effets publics. La loi de 1973 auto­rise l’es­compte et ne limite plus, contrai­re­ment au sys­tème pré­cé­dent, la liste des orga­nismes aux­quels la Banque peut accor­der des avances.

    PS : mer­ci beau­coup pour le graphique.

    Réponse
  114. A-J Holbecq

    La véri­té sort de la plume de VGE :

     » La réforme des sta­tuts de la Banque de France, adop­tée sous le man­dat de Georges Pom­pi­dou et lorsque j’é­tais Ministre des Finances, est une réforme moderne qui a trans­po­sé en France la pra­tique en vigueur dans tous les grands pays : il s’a­gis­sait à l’é­poque de consti­tuer un véri­table mar­ché des titres à court, moyen et long terme, qu’il soit émis par une enti­té pri­vée ou publique. »

    Clair, net et pré­cis … et dog­ma­tique : il fal­lait faire ce que fai­saient les autres !

    Bonne année 2013 …

    Réponse
  115. A-J Holbecq

    @Magali

    Tu écris  » auto­rise l’es­compte et ne le limite plus … »

    euh, l’ar­ticle 25 : « Le tré­sor public ne peut être pré­sen­ta­teur de ses propres effets à l’es­compte de la Banque de France »

    Donc, l’es­compte oui, mais pas celui de l’État, donc autant dire que l’E­tat devient obli­gé d’emprunter sur les mar­chés car il ne peut se trou­ver en tré­so­re­rie néga­tive, alors que, comme nous le montrent les char­ta­listes, il faut que l’État dépense pour que la mon­naie néces­saire au paie­ment des impôts soit mise en cir­cu­la­tion : les dépenses pré­cèdent les recettes !

    Bon réveillon et bonne année 2013

    AJ

    Réponse
  116. Sam

    @ Maga­li,

    mer­ci à vous.

    1) Le recueil, bien sûr, vient de la BdF, comme on le voit vite d’a­près l’a­dresse du lien. 😉 Je disais « leur » en pen­sant à la source que vous avez uti­li­sée. Je n’a­vais pas sou­ve­nir que vous ayez eue celle conte­nant les conven­tions. J’ai pu consta­ter aujourd’­hui que vous l’a­viez, au moins que vous l’a­viez trou­vée depuis.

    2) « Léga­le­ment » : peut-être pas si on tient compte du contexte juri­dique inter­na­tio­nal. Concer­nant ce point fon­da­men­tal de l’af­faire (du moins pour ce qui concerne les avances à l’É­tat), je crois qu’il reste de la recherche à faire de ce côté. En atten­dant, on doit voir que le régime de changes flot­tants implique, dans l’es­prit sinon dans la lettre, que les concours des banques cen­trales aux ins­ti­tu­tions et entre­prises publiques ne soient plus révi­sées par déci­sion poli­tique. Et c’est bien ce qui s’est pro­duit dans les faits. À confir­mer, donc, pour la lettre, mais je me per­mets d’a­jou­ter qu’en ce qui me concerne, avec à l’ap­pui trop d’exemples dégueu­lasses de ce qui a pu se pro­duire dans le cadre de l’U­nion euro­péenne ou celui de l’OMC en par­ti­cu­lier, je crois sin­cè­re­ment que dans les ins­ti­tu­tions inter­gou­ver­ne­men­tales, les cabi­nets minis­té­riels ont la fâcheuse ten­dance à y déci­der ce qu’ils veulent sans et contre l’a­vis des par­le­ments… Vous qui avez lu les débats par­le­men­taires d’a­vant la loi du 3 jan­vier 1973, vous pou­vez d’ailleurs consta­ter aisé­ment que l’ex­po­sé des motifs que VGE a don­né sur son blog 40 ans après les faits n’ont pas du tout été effleu­rés à l’époque.

    Le pla­fond a bien été aug­men­té, assez signi­fi­ca­ti­ve­ment d’ailleurs, en 1973, comme en atteste l’his­to­rique publié par la BdF, comme s’ils avaient don­né un coup de pouce pour aider la pilule à pas­ser avant la cou­pure du robi­net… Mais sinon il avait stag­né depuis 1960… en valeur faciale (non défla­tée). Note que les 240 mil­liards d’an­cien francs fina­le­ment ajou­tés dans la seconde moi­tié de l’an­née 1953 (il y a eu cette année-là plu­sieurs révi­sions) ne repré­sen­taient qu’une varia­tion modé­rée, de l’ordre de +20% de l’en­cours total. Ce pla­fond avait d’ailleurs mani­fes­te­ment été révi­sé aus­si début 1957, mais curieu­se­ment, pas trace d’une conven­tion de 1957. L’en­cours effec­tif total est pas­sé d’en­vi­ron 900 mil­liards d’an­ciens francs en 1953 à envi­ron 10 500 mil­liards en 1957, puis a pla­fon­né à envi­ron 10 mil­liards de nou­veaux francs depuis 1960.

    3) Vrai, mais je par­lais ici du décret qui a abro­gé en bloc des tonnes de lois anté­rieures, dont toutes celles qui per­met­taient à de nom­breuses ins­ti­tu­tions, col­lec­ti­vi­tés locales et entre­prises publiques de se finan­cer direc­te­ment auprès de la BdF.

    Réponse
  117. RHC

    @A‑J Hol­becq
    (com­men­taire 118)
    Oui
    Bonne année à tous et à toutes.

    Réponse
  118. Lior

    Excu­sez moi, je suis reve­nu ici parce qu’on m’a dit que le Com­men­taire de Sam était très inté­res­sant.

    1) Sur l’as­pect glo­bal de la discussion :

    Je suis presque d’ac­cord sur tout ce qu’a dit Sam, d’ailleurs je ne vois abso­lu­ment pas ce qu’il dit que nous n’ayons pas dit : En somme tout ça est his­toire de rela­tions inter­na­tio­nales (1971, 1976, la mon­tée en puis­sance du sys­tème moné­taire euro­péen et plus tard la ruée vers l’Eu­ro, ce que montre très très bien le gra­phique de Sam) et d’idéologie.

    La loi elle, ne change stric­te­ment rien : un gou­ver­ne­ment aurait pu faire une nou­velle conven­tion (Et Sam ne pour­ra que conclure sur la fai­sa­bi­li­té de cet acte, tant il a man­gé et man­gé dif­fé­rentes conven­tions qu’il a pu lire).

    Ce qui empêche le gou­ver­ne­ment de faire une conven­tion ce n’est pas la loi, c’est le contexte inter­na­tio­nal et idéologique.

    La loi de 1973 est donc par consé­quent tout à fait inno­cente de tout ce qu’on lui reproche, les vrais cou­pables sont les gou­ver­ne­ments successifs.

    2) sur l’his­toire des décrets qui auto­ri­saient les avances sur effets de la ville de Paris, de la Socié­té Algé­rienne etc.

    Il faut juste se rap­pe­ler qu’a­vant 1973, c’est l’E­tat qui gère quels effets la Banque peut prendre en gage, escomp­ter ou faire des avances. Il doit donc, à chaque situa­tion nou­velle, ajou­ter à la liste des effets auto­ri­sés de nou­veaux effets. Notez que l’on dit bien quels effets la Banque PEUT accep­ter. C’est son Conseil Géné­ral qui décide en der­nier res­sort si la Banque doit prendre en charge un effet pré­sen­té par un acteur.

    Je résume ce que je viens de dire parce que c’est impor­tant : Si vous lisez ces décrets, vous ver­rez que l’E­tat ne fait que DONNER LA FACULTE (le mot est très impor­tant) à la Banque d’ac­cep­ter tels ou tels effets (Ville de Paris, Socié­té Algé­rienne, Gou­ver­ne­ment de l’In­do­chine etc). Ces décrets ne sont donc là que pour aider à la liqui­di­té sur les mar­chés en per­met­tant aux acteurs ayant sous­crit à ces titres de pou­voir s’en déba­ras­ser auprès de la BdF si jamais ils étaient en manque de liquidité.

    Atten­tion donc, ce n’est pas UNE INJONCTION d’ac­cep­ter sys­té­ma­ti­que­ment ces titres, mais sim­ple­ment une auto­ri­sa­tion de les accep­ter quand le Conseil Géné­ral de la Banque estime qu’il peut le faire.

    Si la ville de Paris se met à émettre des titres pour s’en­det­ter, on a inté­rêt à faire en sorte que la Banque puisse jouer son rôle de prê­teur en der­nier res­sort et puisse s’ap­puyer sur ces effets pour refi­nan­cer les acteurs qui détiennent ces effets.

    En 1973, on explique dans la loi de 1973 (art.24) que la liste des effets accep­tables n’est plus don­née par l’E­tat mais devient désor­mais au choix du Gou­ver­neur et du Conseil Gene­ral, ce qui veut dire que la Banque peut tout à fait arrê­ter ou conti­nuer d’au­to­ri­ser tout ce que ces décrets auto­ri­sait et bien plus.

    Je réex­plique : Avant, c’est l’E­tat qui déci­dait que la BdF ne pou­vait accep­ter que ce qu’il lui disait. En 1973 il décide que la Banque pour­ra accep­ter ce qu’elle veut, ce qui veut dire non seule­ment ce qu’il lui avait auto­ri­sé par décret mais bien plus encore, au choix de la Banque.

    Les obli­ga­tions de la Ville de Paris n’ont peut-être pas arrê­té d’être accep­tées par la BdF après 1973, même après l’a­bro­ga­tion du décret, vu que la Banque était main­te­nant seule juge de ce qu’elle accepte ou pas, rien ne dit qu’elle se soit sou­dai­ne­ment arrê­té de prendre en charge ces titres.

    En d’autres termes, ces décrets et leurs sup­pres­sion n’en­lève stric­te­ment rien à la pos­si­bi­li­té pour la Banque de France de prendre en charge ces titres de ces dif­fé­rentes ins­ti­tu­tions, au contraire, la Banque est main­te­nant car­ré­ment auto­ri­sée à élar­gir la liste des effets qu’elle peut prendre en charge.

    En conclu­sion et à moins qu’on creuse plus dans ce sens là les décrets et autres (mais il me semble que Maga­li a fait ce bou­lot dans son der­nier article), ces abro­ga­tions de décrets ne sont abso­lu­ment pas qua­li­fiantes de ce débat, notez d’ailleurs que cer­tains d’entre eux étaient car­ré­ment obso­lètes. Ima­gi­nez vous que jus­qu’en 1973 la Banque Cen­trale pou­vait accep­ter les effets issus de la Socié­té Algé­rienne ou du Gou­ver­ne­ment d’indochine ? 😀

    Donc pour conclure sur les deux points :

    1) Je main­tiens, l’ar­ticle 19 est très clair même si je sais qu’E­tienne et Maga­li auraient pré­fé­ré don­ner l’i­ni­tia­tive au Par­le­ment (pour­tant, comme le dit Sam, qu’est-ce qu’on s’en fout en régime élec­tif du Par­le­ment, vu qu’il fait tou­jours la même chose que le gou­ver­ne­ment plus ou moins) ;

    2) Je doute que les abro­ga­tions de décrets qui ont été faites n’ait entra­vé quoique ce soit dans l’ac­ti­vi­té de la Banque et dans la prise en charge d’ef­fets de nom­breuses ins­ti­tu­tions publiques ;

    3) Mer­ci à Sam pour son gra­phique qui est par­ti­cu­liè­re­ment intéressant ;

    PS : Je suis bien heu­reux de ne pas être trai­té de valet des ban­quiers cette fois ci 🙂

    Cor­dia­le­ment à tous et bonne année.

    Réponse
  119. Morpheus

    Pour pou­voir mieux juger des enjeux de ces lois et décrets, il me manque cer­tains élé­ments d’informations :

    1) qui nomme le gou­ver­neur de la BdF ?
    2) sur quel(s) critère(s) les gou­ver­neurs sont-ils élus ?
    3) de quels milieux pro­fes­sion­nels pro­viennent-ils ? (une liste des dif­fé­rents gou­ver­neurs afin de com­pa­rai­son sur les actes)
    4) dans quel milieu pro­fes­sion­nel se retrouve-t-il après leur remplacement ?

    Pour­quoi ces questions ?

    Parce que, consi­dé­rant ce que disent Lior et Maga­li, si la loi de 1973 a don­né le pou­voir au gou­ver­neur de la BdF de refu­ser ou d’ac­cep­ter des effets (pou­voir qui était déte­nu avant cela, si j’ai bien com­pris, par le par­le­ment), il se trouve que ce pou­voir dis­cré­tion­naire (accep­ter ou refu­ser des effets publics) est un pou­voir puis­sant, et qu’en le confé­rant à une seule per­sonne (le gou­ver­neur de la banque), celui-ci se trouve dans une posi­tion de pou­voir très important.

    Si la BdF est natio­nale (ce qu’elle fut après la seconde guerre, suite à la natio­na­li­sa­tion par De Gaulle – qui n’ai­mait pas les ban­quiers et s’en méfiait), on peut sup­po­ser que le gou­ver­neur agit dans l’in­té­rêt de l’État. Mais com­ment en être sûr ? D’où mes ques­tions (qui ne sont pas exhaustives).

    Avons-nous des réponses à ces questions ?

    Mer­ci 🙂

    Mor­pheus

    Réponse
  120. phil82

    Dis­cours devant les dépu­tés de Vale­ry Gis­card d’Estaing ,
    ministre de l’économie et des finances, 
    le 24 octobre 1972 (loi de finances 1973).

    J’attire votre atten­tion sur la forme de lan­gage uti­li­sé, VGE se veut un poli­tique moderne (terme sou­vent uti­li­sé), pré­ci­sion dans ce 1er para­graphe du pré­sent discours.

    « Je ne par­le­rai pas main­te­nant du pro­blème de l’in­fla­tion ; j’y consa­cre­rai mon déve­lop­pe­ment sui­vant. Je trai­te­rai du chan­ge­ment des struc­tures finan­cières de l’é­co­no­mie fran­çaise. Car vous devez savoir qu’il n’y a pas actuel­le­ment et qu’il ne peut pas y avoir d’é­co­no­mie avan­cée sans un sys­tème moderne d’ins­ti­tu­tions moné­taires et finan­cières. Or nous avions dans ce domaine un très grand retard à rat­tra­per. »

    « Des chan­ge­ments pro­fonds sont inter­ve­nus, notam­ment la modi­fi­ca­tion des rap­ports exis­tant entre la Banque de France et les autres banques.

    Depuis l’Em­pire, ces rap­ports étaient régis par la loi du réescompte. 

    Pour la pre­mière fois, en jan­vier 1971, le taux du mar­ché moné­taire est pas­sé en-des­sous du taux d’es­compte ; il deve­nait ain­si plus inté­res­sant pour les banques de s’ap­pro­vi­sion­ner auprès du mar­ché moné­taire que de recou­rir à l’an­cien sys­tème rigide et pape­ras­sier de l’es­compte.

    En février 1971, nous avons créé le sys­tème des réserves sur les cré­dits, moyen moderne de régu­la­tion de la masse moné­taire. Je revien­drai tout à l’heure sur leur emploi. 

    En ce qui concerne les ins­ti­tu­tions finan­cières de notre éco­no­mie, nous avons pour­sui­vi, comme vous le savez, la déspé­cia­li­sa­tion du sys­tème ban­caire.

    Nous avons réfor­mé le régime des pla­ce­ments des com­pa­gnies d’assurance.
    Nous avons déve­lop­pé l’ins­ti­tu­tion des SICAV. 
    Nous avons réor­ga­ni­sé la pra­tique des offres publiques d’a­chat, puis créé avec l’ap­pro­ba­tion légis­la­tive ; la pos­si­bi­li­té pour les entre­prises d’offrir des actions option­nelles à leurs personnels. 
    Enfin, nous avons ren­for­cé la néces­saire et salu­taire action de la com­mis­sion des opé­ra­tions de bourse et déci­dé, en juillet der­nier, de créer une double cité finan­cière, l’une à Paris, l’autre dans la région pari­sienne, pour regrou­per l’en­semble des acti­vi­tés de ce secteur. 

    L’am­pleur de la trans­for­ma­tion de notre appa­reil de finan­ce­ment peut être illus­trée, je crois, par un chiffre auquel les élus et les admi­nis­tra­teurs locaux que vous êtes le plus sou­vent seront sensibles. 

    À l’heure actuelle, nous nous pré­oc­cu­pons d’assurer pour 1973 l’équilibre des res­sources et des emplois à long terme de l’é­co­no­mie fran­çaise. Désor­mais la masse cor­res­pon­dante est de 85 mil­liards de francs. 

    Paral­lè­le­ment au bud­get dont nous par­lons, existe donc un demi-bud­get com­pre­nant les finan­ce­ments à LONG terme de notre éco­no­mie.

    Pour bien réa­li­ser l’im­por­tance de cette trans­for­ma­tion, il faut savoir qu’en 1970 ces finan­ce­ments repré­sen­taient 40 mil­liards de francs. 

    Ils sont donc pas­sés de 40 à 85 milliards ! 

    Que sont ces finan­ce­ments à long terme ? 

    Je le pré­cise pour venir au secours de M. le rap­por­teur — bien que son talent n’en ait nul besoin — et lui don­ner des argu­ments sup­plé­men­taires contre telle ou telle pro­po­si­tion de l’opposition. 

    Lors­qu’on parle de l’é­pargne et des res­sources à long terme en France, on a très sou­vent l’i­dée simple, déma­go­gique et inexacte qu’il s’a­git d’une épargne s’a­che­mi­nant plus ou moins vers des emplois pri­vi­lé­giés, exclu­si­ve­ment industriels. 

    Quelle est la réa­li­té ? Sur les 85 mil­liards de francs dont je par­lais tout à l’heure, 30,5 mil­liards de francs iront au loge­ment, 20,5 mil­liards de francs aux inves­tis­se­ments col­lec­tifs de l’État ou des col­lec­ti­vi­tés locales, 18,5 mil­liards de francs aux inves­tis­se­ments de l’in­dus­trie et du com­merce, 7 mil­liards de francs aux inves­tis­se­ments des entre­prises nationales. 

    Donc, lors­qu’on parle de l’é­pargne avec légè­re­té, par là-même on parle aus­si avec légè­re­té du loge­ment, des inves­tis­se­ments col­lec­tifs natio­naux et des col­lec­ti­vi­tés natio­nales, puis de l’in­dus­trie et des entre­prises nationales. 

    Quant au finan­ce­ment de ces inves­tis­se­ments, il est frap­pant de consta­ter que sur les 30,5 mil­liards de francs consa­crés au loge­ment, la caisse des dépôts et consi­gna­tions, à elle seule, en four­nit le tiers et les deux tiers du mon­tant total des inves­tis­se­ments des col­lec­ti­vi­tés locales. Son sort doit donc être appré­cié, per­sonne ne me contre­di­ra, avec beau­coup de dis­cer­ne­ment et de soin. 

    En ce qui concerne le rôle du mar­ché finan­cier, désor­mais les inves­tis­se­ments indus­triels fran­çais, qu’il s’a­gisse des entre­prises pri­vées ou des entre­prises natio­nales pour les­quelles le chiffre est exac­te­ment le même, sont finan­cés pour les deux tiers par le mar­ché financier. 

    Il faut savoir aus­si que ce même mar­ché finan­cier finance désor­mais le tiers des inves­tis­se­ments col­lec­tifs natio­naux ou locaux.

    Telle est la trans­for­ma­tion de nos struc­tures financières. »

    Réponse
  121. phil82

    Bonne année à tous, conti­nuez à enri­chir le débat.

    Réponse
  122. BA

    Bonne année 2013 !

    Mar­di 1er jan­vier 2013 :

    France : 77 % des ouvriers regrettent le Franc.

    Lisez cet article :

    Selon un son­dage de l’I­fop, 62 % des Fran­çais regrettent le Franc.

    Les plus nos­tal­giques sont les femmes qui sont 70 % à regret­ter l’an­cienne mon­naie natio­nale, et les ouvriers avec 77 % des déçus de l’euro.

    Ce taux tombe à 41 % chez les cadres supé­rieurs et les pro­fes­sions libérales.

    Cette année, la défiance vis-à-vis de l’eu­ro peut s’ex­pli­quer par les mul­tiples crises de la mon­naie unique notam­ment à l’oc­ca­sion du dos­sier grec. Les scep­tiques de l’eu­ro étaient seule­ment 39 % en 2002, juste après l’en­trée en vigueur de la mon­naie unique pour grim­per par la suite à 48 % en juin de la même année.

    En 2005, les insa­tis­faits repré­sen­taient 61 % des son­dés, avant de mon­ter à un pic de 69 % en 2010 en rai­son de la crise.

    http://​www​.lade​peche​.fr/​a​r​t​i​c​l​e​/​2​0​1​3​/​0​1​/​0​1​/​1​5​2​6​7​8​7​-​s​o​n​d​a​g​e​-​l​e​s​-​f​r​a​n​c​a​i​s​-​r​e​g​r​e​t​t​e​n​t​-​l​e​-​f​r​a​n​c​.​h​tml

    Réponse
  123. Étienne

    Nos échanges sur la loi de 1973 montrent de plus en plus, grâce au tra­vail opi­niâtre de Lior et Maga­li, que ce ne sont pas des rouages juri­diques (la loi de 1973) qui ont conduit les poli­ti­ciens à renon­cer à la créa­tion moné­taire pour la rem­pla­cer par le recours aux mar­chés finan­ciers (renon­ce­ment qui reste un FAIT indu­bi­table), et que, DONC, ce sont donc les poli­ti­ciens EUX-MÊMES qui ont vou­lu et façon­né année après année cette catas­trophe anti­so­ciale qu’est la dette publique actuelle sans même y avoir été contraints par une loi !.

    À par­tir de ces échanges qui mettent bien en évi­dence notre erreur, (l’af­freux) Jean-Robin, dont je découvre chaque jour la cupi­di­té (vous pour­rez consta­ter par vous-même la façon dont JR a mal­trai­té Jean-Pierre Petit qui lui avait fait gen­ti­ment confiance), JR donc consi­dère que notre erreur est un « fias­co ». C’est une amu­sante bour­sou­flure. Et c’est assez pré­ten­tieux, si l’on y réflé­chit bien : l’in­fâme JR sup­pose sans doute qu’il ne se trompe jamais ?… 🙂 C’est amusant.

    Je relaie quand même ici sa petite vidéo de vic­toire, car elle est assez bonne, fina­le­ment : c’est un flo­ri­lège très inté­res­sant (où JR-Pïc­sou a oublié de citer l’ex­cellent Mélen­chon, pour­tant très bon sur la nais­sance de la spi­rale infer­nale de la dette), qui montre bien que cette his­toire de LOI est un détail, fina­le­ment, contrai­re­ment aux appa­rences (moi, je pen­sais que c’é­tait un rouage juri­dique impor­tant ; je me trom­pais => je dirai les choses autre­ment désor­mais), et que l’es­sen­tiel du rai­son­ne­ment de tous les pro­ta­go­nistes fil­més résiste très bien à la décou­verte de cette erreur : OK, ce n’est PAS la loi de 73 qui, dans ses méca­nismes juri­diques, OBLIGE l’É­tat à emprun­ter auprès des mar­chés finan­ciers, MAIS LE FAIT QUE L’ÉTAT EMPRUNTE AUX MARCHÉS FINANCIERS de plus en plus DEPUIS 1973 reste indu­bi­table, incon­tes­table, et sur­vit à cette erreur. Et c’est évi­dem­ment l’es­sen­tiel.

    On peut même dire que ce fait AGGRAVE la res­pon­sa­bi­li­té per­son­nelle des acteurs poli­tiques, puis­qu’ils ont donc créé cette dette, loi de finance après loi de finances, à tra­vers QUARANTE bud­get annuels de plus en plus lour­de­ment EN DÉFICIT DU SEUL FAIT DES INTÉRÊTS NON NÉCESSAIRES DE LA DETTE qu’ils lais­saient filer : 40 ans de tra­hi­son de l’in­té­rêt géné­ral, sans même y avoir été obli­gés par une légis­la­tion contrai­gnante !… Au tri­bu­nal de l’his­toire, s’il y en a un, toutes ces >élites auront à répondre de cir­cons­tances aggra­vantes, non ?

    Cette vidéo montre bien des RAISONNEMENTS qui res­tent solides, où sou­vent la loi n’est même PAS citée, d’ailleurs, mais où l’on insiste sur le fait que depuis 1973, nous avons renon­cé à la créa­tion moné­taire publique au pro­fit de l’emprunt aux mar­chés finan­ciers. Et ça, c’est incontestable. 

    Et la contro­verse sur l’ap­port en nou­veau­tés ou pas de la loi de 1973 (par rap­port à celle de 1936), ne change rien au fond de l’affaire.

    Au moins, la loi de 1973 aura-t-elle RENDU SENSIBLE un scan­dale qui ne se voyait pas avant.

    Exac­te­ment comme le Trai­té Anti­cons­ti­tu­tion­nel Euro­péen reje­té en 2005 : lui aus­si n’ap­por­tait pas grand chose de nou­veau — il appor­tait même du mieux, par endroits — mais il nous ren­dait sen­sible une catas­trophe en cours déjà très avancée. 

    Voyons donc la pro­fon­deur de l’a­na­lyse de Jean Robin 🙂 (qui, en tant que « libé­ral », sou­haite car­ré­ment la sup­pres­sion de la sécu, on peut le rappeler) :

    Étienne.

    Réponse
  124. Étienne

    L’in­fâme JR pré­tend que la dette publique vient de l’o­bé­si­té de l’É­tat (sic), et il pré­co­nise donc la baisse de toutes les dépenses publiques (c’est à vomir).

    Sur la période, les dépenses publiques n’aug­mentent PAS, en pro­por­tion du PIB.

    Ce sont les impôts des riches qui baissent. 
    JR-Pic­sou doit trou­ver ça nor­mal (et même insuffisant).

    Et au lieu de prendre de l’argent en impôt aux riches, désor­mais, l’É­tat le leur emprunte = > il fau­dra donc leur rem­bour­ser cet argent, avec en plus des inté­rêts (gras). C’est moins pénible que les impôts, c’est sûr. Mais ça ruine l’É­tat, ça le conduit à s’en­det­ter, C’EST FAIT POUR. (D’une pierre deux coups.)

    Dire que la dette pro­vient des dépenses exces­sives de l’É­tat fait par­tie du MENSONGE des pré­ten­dus libé­raux qui veulent en fait se débar­ras­ser du seul adver­saire qui pour­rait pro­té­ger les 99% contre eux (les 1%), contre la loi du plus fort. 

    Le pré­ten­du « libé­ra­lisme » est en fait pro­fon­dé­ment ANTISOCIAL : cha­cun sa gueule et mort aux faibles. 

    Quand l’af­freux JR réclame la sup­pres­sion de la sécu, il est bien dans sa cohé­rence anti­so­ciale : son rêve est de deve­nir très riche (ça, on a com­pris), à tout prix apparemment.

    Je trouve que la mas­cotte qui convien­drait bien, mais vrai­ment bien, à JR (et à la plu­part des pré­ten­dus « libé­raux »), sur le plan de la morale, c’est Vol­taire. (Ce n’est pas un compliment.)

    Étienne.

    Réponse
  125. Sam

    @ Lior,

    un grand mer­ci pour ces expli­ca­tions très éclai­rantes, et encore un plus grand mer­ci de ne pas t’a­don­ner à la rancune. 😉

    Toi qui a aus­si du te far­cir un tas de recherches pas sou­vent faciles et encore moins gui­dées, et qui sembles si bien savoir ce que signi­fie la rigueur du cher­cheur, tu com­pren­dras que celles de AJH, épau­lé de quelques autres simples citoyens dont je fais par­tie, nous avons sou­vent tâtonné.

    L’im­por­tant, et c’est d’ailleurs cela pré­ci­sé­ment qui fait le prin­cipe fon­da­men­tal de la recherche scien­ti­fique, c’est de savoir se remettre en ques­tion… car contrai­re­ment à la véri­té révé­lée des reli­gions et autres dogmes, la véri­té scien­ti­fique ne pro­gresse qu’en accep­tant en per­ma­nence de pou­voir être dans l’erreur…

    Il faut mal­heu­reu­se­ment accep­ter un autre pro­blème ici, tout par­ti­cu­liè­re­ment dans le cadre d’un régime où la repré­sen­ta­tion passe par la sélec­tion des par­tis, qui est que le com­bat poli­tique se mène fata­le­ment autour de sym­boles, ce qui s’a­joute à l’i­né­vi­table sim­pli­fi­ca­tion de toute lec­ture his­to­rique et poli­tique. Et de ce point de vue, aus­si exactes soient tes conclu­sions à mon avis, tu peux com­prendre que le choix de la vague « loi de 1973 » comme com­men­ce­ment (au sens d’une généa­lo­gie sans pré­ten­tion his­to­rique) de cer­tain pro­blème de fond vu de la France n’est peut-être pas inapproprié.

    Je suis entrain de rédi­ger une sorte de réponse « à l’a­ca­dé­mie », qui com­mence un peu par là… et qui finit par une thèse un peu hété­ro­doxe au sujet du rap­port entre les citoyens et les experts. 😉

    Réponse
  126. Sam

    @ Phil82,

    mer­ci beau­coup pour cette cita­tion de VGE (1972). Mais par pitié, indique nous un lien ou, encore mieux, des liens pour qu’on puisse aller cher­cher le reste ! 😉

    Réponse
  127. Lior

    Sam, je suis très bien pla­cé pour dire qu’il n’y a aucune honte à se trom­per et à tâton­ner : J’ai pro­fes­sé pen­dant plus de 3 ans contre la loi de 1973 moi-même, il est vrai, sans l’a­voir réel­le­ment étudié.

    Mais après tout l’ex­pli­ca­tion sem­blait sédui­sante et ça fonc­tion­nait bien. J’é­tais même fier que des poli­ti­ciens com­mencent à en parler.

    Bref l’im­por­tant comme tu le dis c’est d’a­van­cer dans le bon sens 🙂

    Bonne année encore.

    Réponse
  128. Eric-la-Marmotte

    Je trouve que cette cor­rec­tion sur la loi de 1973, bien qu’a­na­le­ment dou­lou­reuse, est plu­tôt bienvenue :

    1- elle ne remet en cause ni les réflexions fon­da­men­tales d’Étienne sur la démo­cra­tie et la consti­tu­tion, ni la cri­tique du sys­tème financier,

    2- elle per­met de s’affranchir de ce pro­cès d’in­ten­tion à la con qui consiste à dire « vous cri­ti­quez la loi Roth­schild, donc vous êtes antisémites »,

    3- ça montre que la loi que per­sonne n’est cen­sé igno­rer n’est exploi­table que par ceux qui peuvent se payer un juriste.

    Réponse
  129. Ana Sailland

    Lior dit (132): « J’é­tais même fier que des poli­ti­ciens com­mencent à en parler. »
    -> Seraient ils influen­çables ?!? Igno­rants ?!? Incom­pé­tents ?!? hihi
    En tout cas, si nous, outre les ban­quiers, nous pou­vons les influen­cer, c’est une presque bonne nouvelle.

    Eric dit (133) : « la loi que per­sonne n’est cen­sé igno­rer n’est exploi­table que par ceux qui peuvent se payer un juriste. »
    -> Nous démon­trons ici que mal­gré l’o­pa­ci­té (construite ?) nous pou­vons décor­ti­quer, et cela aus­si bien sinon mieux qu’un Rocard ou une Jean-Marine. Ce qui démontre, en est il besoin, la com­pé­tence supé­rieure du peuple, natu­relle, mais sur­tout for­ti­fiée par la déli­bé­ra­tion, dès qu’elle s’or­ga­nise large et libre.

    Ces der­nières années, nombre d’é­lus, par­fois très en vue, affi­chaient une igno­rance crasse du méca­nisme d’in­jec­tion monétaire.
    J’ai eu per­son­nel­le­ment le plai­sir amu­sé d’en bavar­der 13′ avec un cogou­ver­neur de la BdF qui n’en connais­sait couic keudal…

    Au delà de l’a­nec­do­tique bien qu’im­mense tra­vail, rete­nons l’exis­tence de cette com­pé­tence, et sa supériorité.
    À inté­grer dans notre expres­sion publique …

    Bonne année à toustes

    Réponse
  130. J-Stéphane

    Bon­jour,

    Oui !

    Nul n’est cen­sé igno­rer la loi, et pour­tant, nul n’ar­rive… à igno­rer la publicité…

    Réponse
  131. Ana Sailland

    Lorsque le peuple déli­bère en assem­blée large et libre, en mode élec­tro­nique ou phy­sique, lors­qu’il déve­loppe suf­fi­sam­ment de sagesse pour consi­dé­rer les désac­cords en son sein comme des pistes de tra­vail et non pas comme des sujets de dis­corde, alors, et cela de façon natu­relle, agréable, pas­sion­nante, il acquiert une com­pé­tence qui sur­passe celle des élus ; qui la sur­passe et de loin, car lui, n’é­tant sou­mis à aucune pres­sion, sinon le goût de l’in­té­rêt géné­ral, ne se pré­oc­cu­pe­ra pas de la chèvre et du chou.

    Réponse
  132. Sam

    @ Lior et à tous les autres,

    je vous sou­haite moi aus­si une très bonne année 2013.

    Ain­si le mou­ve­ment de contes­ta­tion vis-à-vis de « la loi de 1973 » certes informe et diver­si­fié serait en somme fon­dé sur un mythe. Ne per­dons pas de vue que les mythes ont aus­si leur carac­tère fondateur…

    … et sur­tout, que l’es­sen­tiel est bien est bien moins d’é­ta­blir ici une véri­té rele­vant de la science his­to­rique (je ne dénigre évi­dem­ment pas cette obli­ga­tion disant cela) que de conti­nuer à faire émer­ger une prise de conscience menant, pour faire simple, à reve­nir sur une injus­tice crasse (au total, je dirais 150 à 170 mil­liards d’eu­ros de pillage annuel en France) et une source d’im­puis­sance poli­tique majeure (via la dis­tri­bu­tion du pou­voir d’ob­te­nir du cré­dit, donc de déci­der des inves­tis­se­ments et de leur des­ti­na­tion) ain­si que de sor­tir tant que pos­sible d’un sys­tème intrin­sè­que­ment explo­sif (le sys­tème ban­caire à réserves fractionnaires).

    Il sem­ble­rait en effet que le déter­mi­nisme juri­dique ne soit pas en cause dans cette affaire. Nous avons par­lé notam­ment de cette ques­tion d’i­ni­tia­tive et de sépa­ra­tion illu­soire entre Par­le­ment et Gou­ver­ne­ment. Il faut aus­si son­ger à la natio­na­li­sa­tion de la BdF depuis 1945, mais cela veut dire aus­si qu’a­vant elle pou­vait avoir besoin de négo­cier le pro­lon­ge­ment de son pri­vi­lège… Quoi qu’il en soit, à ma connais­sance, et comme l’é­crit Maga­li (je crois) : « L’ac­cord de la Banque a tou­jours été deman­dé. Cela n’a pas empê­ché de mul­tiples conven­tions d’être signées. » Bref, c’est la consti­tu­tion qui est et qui était non pas scé­lé­rate, au sens on est sup­po­sés l’a­voir accep­tée plus ou moins direc­te­ment (faut voir…) mais en tous cas une sinistre plaisanterie.

    Mais j’ai le sen­ti­ment que la ques­tion n’est pas encore bou­clée et que nous ne sommes pas au bout de nos surprises.

    Le fameux aveu de Gis­card, par exemple, contraste bien trop avec ces conclu­sions tem­po­raires. Et moi je ne crois pas qu’il ait à ce point la mémoire qui flanche. Du reste, cet aveu colle trop si l’on veut bien pen­ser à ce qu’on a sous le nez au pré­sent comme un élé­phant dans le cor­ri­dor (oui, faut le buter…) : ces putains de mar­chés obli­ga­taires inter­na­tio­naux qui nous cassent si bien les oreilles, les couilles et le moral ces der­nières années auraient été mis en place de toutes pièces à cette époque.

    A ce sujet, il y a déjà une dimen­sion qui n’a pas été évo­quée dans ce débat, je crois : la consti­tu­tion d’un mar­ché secon­daire devrait avoir un effet consi­dé­rable sur la fixa­tion des taux d’in­té­rêts des bons à l’é­mis­sion (par simple effet d’ar­bi­trage entre l’a­chat de titres d’oc­ca­sion ou l’a­chat de neufs). Et si « le mar­ché » devient à la fois dense, fou et concen­tré, on ima­gine vite l’ef­fet de chan­tage permanent.

    Quoi qu’il en soit, pour reve­nir sur une conclu­sion d’é­tape d’É­tienne, je crois très peu à la non influence totale du juri­dique à l’ère moderne. J’y crois encore bien moins pour la période sui­vant la seconde guerre mon­diale, du fait qu’elle a vu se déve­lop­per des machins inter­gou­ver­ne­men­taux trans­for­més tous en agences supra­na­tio­nales sou­ve­raines et natu­rel­le­ment occultes. Voyez ces sale­tés que sont par exemple l’OMC, le FMI (et la BM) et l’UE.

    Nous avons évo­qué la piste poten­tiel­le­ment majeure sinon unique du cadre inter­na­tio­nal, carac­té­ri­sé par le régime de changes flot­tants. On peut et on doit conti­nuer d’en­quê­ter, sur­tout de ce côté là à pré­sent. Nous sommes jus­te­ment là au croi­se­ment de plu­sieurs élé­ments déci­sifs déjà iden­ti­fiés : d’un côté, la com­bi­nai­son du mono­pole de l’i­ni­tia­tive qu’on de fait des gou­ver­ne­ments dans nos régimes « repré­sen­ta­tifs » et l’é­di­fi­ca­tion d’a­gences supra­na­tio­nales édic­tant un droit contrai­gnant au-des­sus ; de l’autre côté, le déve­lop­pe­ment des mar­chés finan­ciers, moné­taires, de change, et notam­ment obligataires.

    Du reste, on sait que les alliances de puis­sants et l’instrumentalisation des gou­ver­ne­ments au-delà des fron­tières était déjà une pra­tique très usi­tée depuis long­temps. Dif­fi­cile, en regar­dant mon gra­phique, de ne pas son­ger notam­ment à tout ce qui s’est joué avant et pen­dant les guerres, mais aus­si avant les crises et pen­dant, par exemple dans la période du (pre­mier) « mur de l’argent » ou encore celle du Front popu­laire… et de l’a­vè­ne­ment de régimes fas­cistes dans d’autres pays euro­péens (on sait déjà pas mal le rôle ignoble qu’a joué la Banque de France, grâce à Annie Lacroix-Riz)…

    Pour en reve­nir à la ques­tion de la recherche hon­nête et rigou­reuse de la véri­té his­to­rique, il s’a­git bien sûr, tou­jours, d’une néces­si­té et il va sans dire que je nous invite tous à être rigou­reux dans nos travaux.

    Je vou­drais cepen­dant, pour finir, faire une dis­tinc­tion concer­nant ces idées de mythe fon­da­teur et de manque de rigueur. Comme le savent cer­tains d’entre vous, j’en suis en somme à consi­dé­rer la vague « thèse » du « réchauf­fe­ment cli­ma­tique » comme étant le fait d’un scien­tisme. Autre­ment dit un mythe (aus­si), mais bien plus que cela, quelque chose de bien plus dan­ge­reux, au poten­tiel tota­li­taire extrê­me­ment inquié­tant. On m’a sou­vent dit : au final, soit, met­tons que ce soient des conne­ries, ça va quand même dans le bon sens vu qu’il faut dimi­nuer notre consom­ma­tion d’éner­gies fos­siles. On voit là à quel point la poli­tique peut s’as­soir sur la véri­té, et de fait cet amal­game qui est en fait dra­ma­tique (je ne m’é­tends pas sur ce juge­ment ici) est au coeur de ce délire.

    Ce que je veux dire ici, du moins le sujet de réflexion que je vou­drais vous sou­mettre, c’est que si « mythe de 1973 » il y a, il pour­rait ne pas avoir de mau­vaises consé­quences… dans cer­taines condi­tions, les­quelles ? Evi­dem­ment, je pense avant tout au pro­blème géné­ral de la consti­tu­tion et au besoin de démo­cra­tie, au « sys­tème socia­li­sée du cré­dit » et tut­ti. Mais repen­sez à mon gra­phique et son­gez à cette autre thèse que je vous pro­pose : si les États, en géné­ral, font n’im­porte quoi avec la mon­naie les rares fois où ils récu­pèrent une par­tie impor­tante du contrôle de sa créa­tion, c’est parce que les seuls moments où nos gre­dins de maîtres, ban­quiers et gou­ver­nants main dans la main, se résignent à cette reprise en main toute théo­rique, il est déjà bien trop tard : confiance zéro dans le régime, guerre civile, guerre, etc., toutes merdes évi­dem­ment pro­vo­quées par les choix faits aupa­ra­vant par les­dits gre­dins, qui d’ailleurs avaient jus­qu’à la der­nière minute dimi­nué et main­te­nu à un niveau outra­geu­se­ment et explo­si­ve­ment bas les impôts des riches et cou­pé le robi­net du cré­dit pour ceux qui pro­duisent vrai­ment. Ce sché­ma est mal­heu­reu­se­ment fidèle, je le crains, mais si c’est le cas ça ne nous sim­pli­fie évi­dem­ment pas la tâche…

    Réponse
  133. phil82
  134. phil82

    Petit cours d’économie du pro­fes­seur Gis­card d’Estaing
    lors du débat de la loi de finances 1973 (assem­blée Natio­nale, 24 octobre 1972).

    Ce cours pour­rait s’intituler :
    « L’inflation pour les nuls »…

    M. le Ministre des finances : « En effet, dans la des­crip­tion que je vous ai faite de la tra­jec­toire éco­no­mique fran­çaise de 1972 et de 1973, la seule tache d’ombre, la seule zone de pré­oc­cu­pa­tion porte exclu­si­ve­ment sur l’inflation.

    Quelle est la nature de cette inflation ?

    Com­ment se mani­feste-t-elle en France ?

    C’est ce que je vou­drais essayer de déter­mi­ner avant de répondre aux deux ques­tions qu’on peut poser et que d’ailleurs, en fili­grane, vous m’a­vez posées. Un ralen­tis­se­ment de la demande en France per­met­trait-il d’ob­te­nir un ralen­tis­se­ment de la hausse des prix ? L’aug­men­ta­tion de la masse moné­taire est-elle ou non res­pon­sable de la hausse des prix ?

    D’a­bord la nature de l’inflation. Vous avez dit que vous ne vou­liez pas entrer dans des débats d’é­cole. Vous me per­met­trez de le faire un ins­tant, car je crois qu’ils ont une cer­taine valeur démons­tra­tive et éducative.

    L’in­fla­tion, au len­de­main de la der­nière guerre, était-essen­tiel­le­ment une infla­tion par la demande. On consi­dé­rait qu’il y avait infla­tion lorsque, en face de la demande qui s’exprimait, la pro­duc­tion n’é­tait pas capable de four­nir les quan­ti­tés de biens suf­fi­santes pour la satis­faire. C’é­tait tel­le­ment le sen­ti­ment de tous que cette notion de l’in­fla­tion est res­tée for­te­ment ancrée dans les esprits, consti­tuant presque une défi­ni­tion du phé­no­mène. Devant une infla­tion de cette nature, les éco­no­mistes ont cher­ché à déga­ger des solutions.

    Quel était leur raisonnement ?

    S’ap­puyant sur la courbe qui lie l’é­vo­lu­tion des salaires à celle du chô­mage, ils ont consta­té que lorsque le taux de chô­mage aug­men­tait le taux de crois­sance des salaires deve­nait plus faible. Il s’a­gis­sait donc de recher­cher un équi­libre entre ces deux élé­ments, duquel on pou­vait attendre un effet sur le taux de la hausse des prix.

    Le débat pou­vait être illus­tré par la ques­tion sui­vante : Vaut-il mieux x p .100 de hausse des prix en moins ou y p .100 de taux de chô­mage en moins ?

    Cette vision est aujourd’­hui com­plè­te­ment dépas­sée. On ne doit pas et on ne peut pas poser le pro­blème de l’in­fla­tion en ces termes. On s’est en effet aper­çu depuis une dizaine d’an­nées qu’à côté de l’in­fla­tion par la demande il y avait une espèce d’in­fla­tion auto­nome par les coûts, et qu’il se déve­lop­pait à l’in­té­rieur de l’é­co­no­mie, sans que les grands équi­libres ne soient modi­fiés, un cer­tain nombre de phé­no­mènes, de com­por­te­ments, de déci­sions qui entraî­naient une aug­men­ta­tion des coûts de pro­duc­tion et des prix, même en l’ab­sence de toute pres­sion sup­plé­men­taire de la demande.

    Ces deux types d’in­fla­tion ne doivent évi­dem­ment pas être trai­tés de la même manière. Lors­qu’il s’agissait d’une infla­tion par la demande, on s’ef­for­çait de com­pri­mer celle-ci par une poli­tique bud­gé­taire qui dimi­nuait les dépenses et aug­men­tait les recettes, par une poli­tique moné­taire qui com­pri­mait les cré­dits.

    S’a­gis­sant d’une infla­tion auto­nome par les coûts, il convient de déter­mi­ner la nature du mal, de l’at­ta­quer à sa racine, c’est-à-dire d’exa­mi­ner les moyens per­met­tant de ralen­tir l’aug­men­ta­tion des coûts de production.

    Quelle est en ce moment la nature de l’in­fla­tion française ?

    Com­ment se présente-t-elle ?

    J’ai dit tout à l’heure qu’elle était forte : la hausse des prix cette année attein­dra et sans doute dépas­se­ra celle de l’an der­nier. C’est ‑aus­si une infla­tion de carac­tère euro­péen. En témoignent les chiffres concer­nant le mois de sep­tembre. Ceux des autres pays euro­péens sont déjà connus, ceux de notre pays ne le sont pas encore, mais ils peuvent être éva­lués à par­tir de son­dages. Ceux-ci font appa­raître que la hausse des prix au mois de sep­tembre comme au mois d’oc­tobre, se pour­sui­vra sans doute sur la tra­jec­toire du mois pré­cé­dent. La hausse en Alle­magne fédé­rale, en Bel­gique, aux Pays-Bas, en Suisse, aura été ou sera, au mois de sep­tembre, supé­rieure à la nôtre — ce n’est pas un motif de satis­fac­tion, mais une constatation. 

    C’est enfin une infla­tion qui s’ac­com­pagne, mani­fes­te­ment, cha­cun le sait, d’une hausse des coûts de pro­duc­tion. Cette infla­tion com­prend deux élé­ments : la hausse des prix indus­triels, de l’ordre de 4 p .100 par an, et la hausse des prix ali­men­taires et des ser­vices, de l’ordre de 7 p .100 par an Et l’on com­prend que l’o­pi­nion publique res­sente pro­fon­dé­ment ce phé­no­mène, puisque la hausse des prix est d’au­tant plus forte qu’elle porte sur des pro­duits ache­tés quotidiennement.

    Il est très dif­fi­cile de deman­der à la ména­gère qui fait ses pro­vi­sions chaque matin d’é­ta­blir une sorte de moyenne intel­lec­tuelle en lui disant : « C’est vrai, le prix des pro­duits quo­ti­diens a aug­men­té de 7,5 p .100, mais celui des pro­duits que vous ache­tez une ou deux fois dans l’an­née, et même moins fré­quem­ment, a pro­gres­sé beau­coup moins ! S’il est- pour­tant cer­tain que les prix des pro­duits élec­tro­mé­na­gers ou des pneus ont aug­men­té dans une pro­por­tion plus faible que ceux des pro­duits alimentaires.

    C’est donc une infla­tion qui est très par­ti­cu­liè­re­ment ressentie.

    C’est pour­quoi il faut, un ins­tant, péné­trer la nature du phé­no­mène de la hausse des prix alimentaires.

    Je suis très frap­pé, je le dis très sim­ple­ment, de la rapi­di­té avec laquelle les juge­ments sont por­tés, les solu­tions pré­sen­tées — nous en aurons sans doute quelques exemples dans la suite du débat — sur un phé­no­mène aus­si com­plexe, aus­si vaste et où autant d’in­té­rêts et de situa­tions se trouvent mêlés. 
    Les pro­duits ali­men­taires ne peuvent s’i­den­ti­fier aux pro­duits agri­coles. Il faut savoir que la pro­duc­tion agri­cole repré­sente approxi­ma­ti­ve­ment 7 p. 100 de la pro­duc­tion inté­rieure brute fran­çaise. Une aug­men­ta­tion des prix limi­tée à cette seule par­tie de la pro­duc­tion ne devrait donc pas nor­ma­le­ment être res­sen­tie comme l’est actuel­le­ment la hausse des prix alimentaires.

    Com­ment expli­quer cette situation ?

    C’est qu’à côté de la pro­duc­tion agri­cole brute, il y a des impor­ta­tions de pro­duits et des pro­ces­sus de trans­for­ma­tion des pro­duits bruts. Les comptes de l’a­gri­cul­ture font appa­raître que, pour un pro­duit agri­cole ven­du en l’é­tat, tels les fruits et légumes, les œufs, les volailles, la viande, la part du prix qui revient au pro­duc­teur est de 53 p . 100, la part de la dis­tri­bu­tion repré­sen­tant 47 p.100. Si l’on prend le cas des pro­duits agri­coles trans­for­més par les indus­tries agri­coles et ali­men­taires, la part qui revient au pro­duc­teur est d’un tiers, celle que se par­tagent trans­for­ma­teurs et dis­tri­bu­teurs attei­gnant les deux tiers. Et j’in­dique donc par là qu’il ne faut pas confondre prix agri­coles à la pro­duc­tion et prix ali­men­taires. Com­ment ont évo­lué les prix agri­coles à la pro­duc­tion en France au cours des der­nières années ?

    L’aug­men­ta­tion s’est révé­lée modé­rée dans la période de 1962 à 1968, puisque, sur ces cinq ans, elle a été d’en­vi­ron 6 p .100. En revanche, elle a été très forte depuis 1969 : 18 p. 100. Et cette aug­men­ta­tion est très supé­rieure à celle de nos par­te­naires euro­péens, qui est en moyenne de 8 p .100.

    M. Ray­mond Tri­bou­let. C’est l’ef­fet de la dévaluation. !

    M. le ministre de l’é­co­no­mie et des finances. L’ex­pli­ca­tion est très simple — M .Tri­bou­let me l’a souf­flée — c’est le résul­tat des chan­ge­ments de pari­té moné­taire au cours de la période considérée.

    Il faut donc se rendre compte que l’é­vo­lu­tion des prix à la pro­duc­tion fran­çais au cours des trois der­nières années, résulte pour par­tie des évé­ne­ments monétaires.

    C’est pour­quoi on peut consi­dé­rer que ces prix vont désor­mais suivre une courbe paral­lèle à celle de nos par­te­naires euro­péens. C’est pré­ci­sé­ment ce qui s’ob­serve depuis le début de 1972 et qui fait que le pro­blème des prix se pose main­te­nant à l’é­chelle de la Com­mu­nau­té et ‘non plus à l’é­chelle de la France. »

    Réponse
  135. BA

    Mer­cre­di 2 jan­vier 2013 :

    Un son­dage très impor­tant concer­nant la mon­naie unique, l’eu­ro, et l’an­cienne mon­naie de la France, le franc.

    Ques­tion : « Regret­tez-vous le franc ? »

    Réponse :

    Les Fran­çais âgés de 18 à 24 ans répondent « oui » à 60 %.
    Les Fran­çais âgés de 25 à 34 ans répondent « oui » à 69 %.
    Les Fran­çais âgés de 35 à 49 ans répondent « oui » à 71 %.
    Les Fran­çais âgés de 50 à 64 ans répondent « oui » à 68 %.
    Les Fran­çais âgés de 65 ans et plus répondent « oui » à seule­ment 37 %.

    En clair : l’eu­ro, c’est une mon­naie de vieux, créée par des vieux, pour des vieux, et qui plaît aux vieux.

    Concer­nant les pro­fes­sions des per­sonnes inter­ro­gées dans ce sondage :

    Les ouvriers répondent « oui » à 80 %.
    Les employés répondent « oui » à 75 %.
    Les arti­sans et les com­mer­çants répondent « oui » à 72 %.
    Les chô­meurs répondent « oui » à 70 %.
    Les retrai­tés répondent « oui » à seule­ment 46 %.
    Les pro­fes­sions libé­rales et les cadres supé­rieurs répondent « oui » à seule­ment 41 %.

    Concer­nant les reve­nus des per­sonnes inter­ro­gées dans ce sondage :

    Les Fran­çais qui gagnent moins de 1499 euros par mois répondent « oui » à 74 %.
    Les Fran­çais qui gagnent de 1500 à 2299 euros par mois répondent « oui » à 70 %.
    Les Fran­çais qui gagnent de 2300 à 2999 euros par mois répondent « oui » à 61 %.
    Les Fran­çais qui gagnent de 3000 à 4500 euros par mois répondent « oui » à 54 %.
    Les Fran­çais qui gagnent plus de 4500 euros par mois répondent « oui » à seule­ment 35 %.

    En clair : l’eu­ro, c’est une mon­naie de vieux riches, créée par des vieux riches, pour des vieux riches, et qui plaît aux vieux riches.

    Réponse
  136. phil82

    Vu sur la Tri​bune​.fr aujourd’hui :

    « Roth­schild, la poli­tique et les affaires »

    http://​www​.latri​bune​.fr/​e​n​t​r​e​p​r​i​s​e​s​-​f​i​n​a​n​c​e​/​b​a​n​q​u​e​s​-​f​i​n​a​n​c​e​/​i​n​d​u​s​t​r​i​e​-​f​i​n​a​n​c​i​e​r​e​/​2​0​1​2​1​0​0​8​t​r​i​b​0​0​0​7​2​3​5​1​1​/​r​o​t​h​s​c​h​i​l​d​-​l​a​-​p​o​l​i​t​i​q​u​e​-​e​t​-​l​e​s​-​a​f​f​a​i​r​e​s​.​h​tml

    Après son ouvrage sur la banque Lazard, la jour­na­liste Mar­tine Orange s’est atte­lée à refaire l’his­toire de son concur­rent direct, l’empire Roth­schild. Une banque dont l’his­toire est indis­so­ciable des aléas de la vie poli­tique fran­çaise, et qui s’est patiem­ment recons­truite, armée de sa seule volon­té de revanche et de son nom.
    Sur le même sujet.

    La banque Roth­schild aurait pu dis­pa­raître au début des années 1980, à la faveur de la vague de natio­na­li­sa­tions. Pen­dant un temps, ses héri­tiers se voient même inter­dire d’utiliser leur nom, leur marque de fabrique, pour recons­truire leur socié­té familiale.

    De par leur pré­sence et leur influence au sein des réseaux poli­tiques et d’affaires, les héri­tiers Roth­schild ont tout recons­truit, brique après brique, comp­tant des sou­tiens indé­fec­tibles en cer­tains hommes poli­tiques ou diri­geants d’entreprise.

    Là est le cœur du der­nier ouvrage de la jour­na­liste Mar­tine Orange, Roth­schild, une banque au pou­voir (Édi­tions Albin Michel, 20€), après qu’elle a racon­té l’histoire de l’établissement concur­rent dans Ces Mes­sieurs de Lazard. Sans conces­sions et après un tra­vail de fin limier, la jour­na­liste ne fait l’impasse sur aucune anec­dote, poi­gnée de mains, défec­tion, ententes entre amis, tra­hi­sons, ou luttes de pou­voirs intestines.

    Dans les secrets du Tout-Paris.

    L’auteur écrit en pré­am­bule qu’aujourd’hui, « la banque Roth­schild est plus influente que jamais, délé­guant ses meilleurs asso­ciés jusqu’à l’Elysée, tan­dis que David de Roth­schild reçoit les grands et les petits secrets du Tout-Paris ». Mais Roth­schild n’a pas tou­jours été « une banque au pou­voir ». Elle en a même fait les frais : natio­na­li­sée en 1982, le Tré­sor public lui adresse un chèque de 500 mil­lions de francs (76.2 mil­lions d’euros) pour tout dédom­ma­ge­ment… L’État devra ensuite inves­tir plu­sieurs cen­taines de mil­lions de francs pour ren­flouer la banque exsangue.

    À la natio­na­li­sa­tion, étape dou­lou­reuse mais fina­le­ment sal­va­trice pour la banque, suc­cé­de­ra une période d’intense lob­bying de la part de la famille pour recou­vrer l’autorisation d’utiliser son nom pour rebâ­tir une affaire. D’une PME au début des années 1990, David de Roth­schild en fera alors une banque d’affaires incontournable.

    Des asso­ciés très politiques.

    « La poli­tique n’est jamais très loin de la banque d’affaires », écrit Mar­tine Orange. Avec le sou­tien Édouard Bal­la­dur, elle pros­pé­re­ra entre les murs du 17, rue Mati­gnon jusqu’en 2007, où la banque recrute des asso­ciés-gérants triés sur le volet (et qui le lui ren­dront bien par la suite). Par­mi eux : Jean-Charles Naou­ri (ancien direc­teur de cabi­net de Pierre Béré­go­voy), Fran­çois Pérol (ancien secré­taire géné­ral de l’Elysée, actuel pré­sident du direc­toire de BPCE), Gérard Worms (ancien pré­sident de Suez), Nico­las Bazire (ancien direc­teur de cabi­net d’Edouard Bal­la­dur), Nico­las Sar­ko­zy (ancien pré­sident de la Répu­blique), Gerhard Schrö­der (ancien chan­ce­lier alle­mand), ou encore Emma­nuel Macron (actuel secré­taire géné­ral adjoint de l’Elysée).

    « Les amis de longue date sont en train de pros­pé­rer et confient à la banque de plus en plus de man­dats », écrit Mar­tine Orange. Roth­schild tire­ra en cou­lisses les ficelles de dos­siers de taille : la pri­va­ti­sa­tion de Pari­bas puis sa fusion avec BNP, la pri­va­ti­sa­tion de Matra, la prise de contrôle du Cré­dit Lyon­nais par le Cré­dit Agri­cole, la créa­tion d’EADS, l’acquisition d’Orange par France Telecom…

    Un afflux de mandats.

    « Avec des équipes qui ne cessent de s’étoffer, la mai­son laboure méti­cu­leu­se­ment tout le tis­su éco­no­mique fran­çais, suit atten­ti­ve­ment les grosses PME, connaît les familles héri­tières des entre­prises de pro­vince », lit-on. Roth­schild se lance alors dans les opé­ra­tions de capital-investissement.

    Puis avec l’élection de Nico­las Sar­ko­zy en 2007, la banque connaît un afflux de man­dats : « chan­ge­ment de sta­tut de la Poste, rachat de Thales par Das­sault, sau­ve­tage de Dexia – ce qui n’empêchera pas sa spec­ta­cu­laire faillite quatre ans plus tard – étude pour la pri­va­ti­sa­tion de France Télé­vi­sions publi­ci­té, étude pour la pri­va­ti­sa­tion de la Fran­çaise des Jeux », énu­mère Mar­tine Orange.

    La mon­tée en puissance

    Une dis­cré­tion en affaires, le refus de conseiller un groupe étran­ger contre les inté­rêts d’un groupe fran­çais, un recru­te­ment poin­tilleux, des week-ends à Deau­ville et des heures dans les cou­loirs de Ber­cy ou de Ély­sée, seront les gages de la noto­rié­té et de la mon­tée en puis­sance de la maison.

    Au fil du livre, on croise aus­si Georges Pom­pi­dou, Claude Bébéar, Jacques Atta­li, Robert Badin­ter, Alain Minc, Antoine Bern­heim, Thier­ry Bre­ton ou Mar­tin Bouygues. Mais nous lais­se­rons au lec­teur le soin de décou­vrir quel a été leur rôle dans l’ascension ou les déboires de la banque…

    Au final, cet ouvrage se lit comme un roman à rebon­dis­se­ments, au cours duquel la dynas­tie Roth­schild évo­lue au gré des sou­bre­sauts du capi­ta­lisme et des volte-faces(*) politiques. 

    Le livre se referme sur l’union, le 8 juin 2012, des branches fran­çaise et anglaise du groupe Roth­schild. « Par­tis avec 30 mil­lions de francs (l’équivalent de 9.3 mil­lions en euros constants), les voi­là à la tête d’un ensemble qui pèse 1.2 mil­liard d’euros, contrô­lé pour moi­tié par la famille », constate l’auteur.

    (*) Je l’écrirais « volte-face » (inva­riable).

    Roth­schild, une banque au pou­voir (Édi­tions Albin Michel, 20€),

    Réponse
  137. phil82

    Un livre très intéressant :

    La Banque de France et l’Etat, de Gis­card à Mit­te­rand : enjeux du pou­voir ou résur­gence du mur d’argent ? (1978−1984) Vincent Duchaus­soy, l’Harmattan, Paris, 2011.

    http://​www​.ama​zon​.fr/​D​u​c​h​a​u​s​s​o​y​-​G​i​s​c​a​r​d​-​M​i​t​t​e​r​r​a​n​d​-​P​o​u​v​o​i​r​-​R​e​s​u​r​g​e​n​c​e​/​d​p​/​2​2​9​6​5​6​4​674

    (Je ne pos­sède que la ver­sion numé­rique du livre).

    Quelques pas­sages ins­truc­tifs sur le rôle du Trésor

    …« En proie à un défi­cit bud­gé­taire accru, le Tré­sor fait prin­ci­pa­le­ment appel au cré­dit ban­caire et par­ti­cu­liè­re­ment à la Banque de France, ain­si consi­dé­rée comme le ban­quier natu­rel de l’État, pour résor­ber ses dif­fi­cul­tés de trésorerie. 

    En effet, dans l’espoir de solu­tion­ner le pro­blème au moins à court terme, le Tré­sor pri­vi­lé­gie prin­ci­pa­le­ment le recours au méca­nisme des avances consen­ties par l’Institut d’émission.

    À nou­veau redé­fi­nies par la Conven­tion du 17 sep­tembre 1973 por­tant amé­na­ge­ment des rela­tions de tré­so­re­rie entre l’État et la Banque de France, les concours appor­tés par la Banque au Tré­sor s’élèvent au maxi­mum à 20.5 mil­liards de francs, dont la moi­tié à titre gra­tuit. Ce mon­tant est ensuite pon­dé­ré en fonc­tion du solde des opé­ra­tions de change affec­té par le Fonds de sta­bi­li­sa­tion des changes (FSC).

    Dans ce contexte de lutte ouverte contre l’inflation et de rigueur moné­taire affi­chés – et vive­ment encou­ra­gées par la banque cen­trale – toute la ques­tion consiste à connaître la part de l’activité du Tré­sor dans la créa­tion moné­taire.

    La réponse à cette inter­ro­ga­tion dépend for­te­ment de la conjonc­ture, mais aus­si de l’inclination de la poli­tique éco­no­mique dans son ensemble.

    On dis­tingue dès lors pas moins de trois phases entre le début de l’année 1978 et la fin de l’année 1980, ain­si que le confirment les notes de la direc­tion des ana­lyses et sta­tis­tiques moné­taires de la Banque de France. 

    En 1978, confor­mé­ment à la volon­té affi­chée lors de la défi­ni­tion de l’objectif de crois­sance moné­taire, le Tré­sor a pu pro­fi­ter d’une conjonc­ture rela­ti­ve­ment favo­rable pour par­ti­ci­per à la modé­ra­tion de la crois­sance moné­taire. La très nette réduc­tion des concours appor­tés au Tré­sor par l’Institut d’émission indique que 1978 a été une année sans dif­fi­cul­té de tré­so­re­rie majeure pour le Tré­sor. Par consé­quent, la « contri­bu­tion » du Tré­sor à la créa­tion moné­taire s’en est trou­vée réduite pour autant.

    Les concours four­nis au Tré­sor par la Banque de France se sont très net­te­ment réduits entre fin décembre 1977 et fin décembre 1978, reve­nant de 24.7 mil­liards à 8.6 mil­liards de francs (33).

    Cepen­dant, les concours de tré­so­re­rie de la Banque de France ne peuvent être comme le seul indi­ca­teur per­ti­nent, car le Tré­sor peut éga­le­ment se tour­ner vers les banques com­mer­ciales pour se finan­cer, et ses concours sont tout autant géné­ra­teurs de créa­tion moné­taire : « les concours des banques et éta­blis­se­ments finan­ciers au Tré­sor se sont accrus, pour leur part, de 9 mil­liards » rela­ti­vise d’ailleurs la même note d’étude (34).

    (33) et (34) ABF (Archives Banque de France)-DASM 1417200405⁄6 – Note 79–027 de février 1979 sur la créa­tion monétaire »…

    …« Cer­tains objec­tifs pour­sui­vis par les pou­voirs publics étant incon­ci­liables s’avèrent impos­sibles à mener de concert et com­plexi­fient davan­tage les choix à opé­rer. Il en va de même de réa­li­sa­tion de l’objectif de crois­sance moné­taire. Ce der­nier devient en effet dif­fi­cile à res­pec­ter dès lors que le ralen­tis­se­ment de l’activité éco­no­mique et la mon­tée du chô­mage font croitre les besoins de finan­ce­ment de l’Etat et le défi­cit des comptes sociaux ; ce alors même que l’Etat ne peut mobi­li­ser d’autres moyens que des res­sources moné­taires.

    Dès lors, nait dans cer­taines notes des ser­vices d’études de Banque de France la prise de conscience que le pro­blème est avant tout d’ordre struc­tu­rel et ques­tionne le fonc­tion­ne­ment de l’économie française. 

    On pour­rait qua­li­fier celle-ci d’économie d’endettement, pla­çant le cré­dit au cœur du sys­tème de finan­ce­ment des agents économiques. »…

    La suite du livre est très ins­truc­tive, l’auteur y détaille le nou­veau mode de finan­ce­ment sur les mar­chés à par­tir du der­nier tri­mestre 1979. Les titres émis par l’Etat trouvent rapi­de­ment pre­neur sur un mar­ché pour­tant encore balbutiant. 

    L’auteur cite Bru­no de Maul, un ancien du FMI et de l’Ambassade de France aux Etats-Unis, il est alors direc­teur adjoint au Tré­sor, voi­ci son commentaire :

    « L’emprunt de 1250 mil­lions du Cré­dit Natio­nal se place dans de bonnes condi­tions, mais il faut signa­ler aus­si celui de près de 2 mil­liards du Cré­dit Fon­cier de France (CCF) (…) qui se place éga­le­ment très bien. Le retour­ne­ment de ten­dance consta­té sur le mar­ché va per­mettre de lan­cer un cer­tain nombre d’emprunts, pour un mon­tant inusité.

    « L’expression « mon­tant inusi­té » révèle bien l’ampleur du chan­ge­ment puisqu’il s’agit véri­ta­ble­ment d’un saut dans l’inconnu pour une par­tie de l’administration, même si celle-ci est encou­ra­gée par les expé­riences des pays voi­sins » ajoute l’auteur

    Réponse
  138. Vercoquin

    Bon­jour à tous et bonne année 2013 (année du rêve ?).

    @ EC (128)

    Mer­ci Etienne d’avoir mis en évi­dence le pro­blème de la loi de 1973 depuis 2005 et ain­si d’avoir sus­ci­té les nom­breux ques­tion­ne­ments et les débats à ce sujet.

    Ain­si, sont appa­rus petit à petit, au fil des ans, les argu­ments des uns et des autres ( nom­breux sont les oppo­sants et les par­ti­sans ) qui ont per­mis l’émergence d’une pos­sible expli­ca­tion de la noci­vi­té de cette loi mais sur­tout du sys­tème poli­tique dans lequel nous enferment les diri­geants du pays, alliés du sys­tème financier.

    Je l’écrivais dans mon inter­ven­tion (97) :

    « La dette est due aux par­le­ments de gauche comme de droite qui votent des bud­gets en défi­cit depuis 1973. Le plus impor­tant, ce n’est pas la loi de 73. »

    Avant 73, le pro­blème de la dette ne se posait pas comme aujourd’hui et emprun­ter 10 ou 20 mil­liards de francs de l’époque (somme jamais rééva­luée) n’était pas une ques­tion sensible.
    73 marque le début des bud­gets en défi­cit et de l’augmentation de la dette.

    Comme tu le dis toi-même Étienne, « ce sont donc les poli­ti­ciens EUX-MÊMES qui ont vou­lu et façon­né année après année cette catas­trophe anti­so­ciale qu’est la dette publique actuelle sans même y avoir été contraints par une loi ! »

    « À par­tir de ces échanges qui mettent bien en évi­dence notre erreur »,
    CE N’EST PAS UNE ERREUR, c’est la mise en évi­dence de l’inadaptation de la loi (même de 36) à la situa­tion éco­no­mique qui est appa­rue en 73 : mais à par­tir de 1973, on constate de grands chan­ge­ments dans l’évolution des para­mètres éco­no­miques : début de l’augmentation du chô­mage, baisse du taux d’investissements, aug­men­ta­tion du taux de marges, etc…

    Mais sur­tout, du point de vue du PS, au congrès de Tou­louse de 1984, ce par­ti s’est orien­té vers la voie de « LA CULTURE DE GOUVERNEMENT » (je ne déve­loppe pas), aban­don­nant le prin­ci­pal de la notion « socia­liste » et s’intégrant tota­le­ment dans le moule euro­péiste donc mon­dia­liste, mer­ci Mit­ter­rand, Béré­go­voy, Delors et consort. La date de 1984 est LA DATE. Depuis cette date, l’UMPS, donc l’UMP et le PS se suc­cé­dant, n’ont ces­sé de péren­ni­ser la rup­ture entre le peuple et les élus, entre la sou­ve­rai­ne­té natio­nale et le sys­tème euro­péen. Il faut bien se rendre compte que le PS n’a de gauche que le nom, le PS usurpe l’étiquette « de gauche ».

    A par­tir de 1984, les para­mètres éco­no­miques s’orientent clai­re­ment vers l’augmentation des pro­fits et l’augmentation du chômage.
    http://h.abjean.free.fr/criteres_de_base_106.htm

    Les inves­tis­seurs indus­triels « ont vou­lu s’enrichir comme cer­tains inves­tis­seurs (spé­cu­la­teurs) finan­ciers et ont récla­mé des ren­de­ments éle­vés (taux à deux chiffres 10% 15% 25%) au détri­ment des salaires des tra­vailleurs. »(97).

    C’est peut-être de notre faute, notre manque de com­ba­ti­vi­té, on ne peut que consta­ter que le PS n’a pas été assez fort (ou sou­te­nu par nous) pour impo­ser les voies socia­li­santes aux euro­péistes mon­dia­listes de l’UE. C’est leur péché (notre péché). L’UE est-elle trop forte face à Hol­lande, eut-elle été si forte face à De Gaulle ?

    Même si la loi de 73 n’est pas déter­mi­nante, il n’en reste pas moins que la créa­tion moné­taire ne doit pas être livrée aux mains des banques pri­vées. Les décrets euro­péens Maas­tricht, consti­tu­tion, Lis­bonne et autres doivent être remis en cause sur ce sujet.

    A mon avis, il est impor­tant de mettre en cause ceux qui ont per­mis, ini­tié, voté les bud­gets met­tant en dif­fi­cul­té les inno­cents (le peuple) qui doivent aujourd’hui (par la volon­té des diri­geants) payer leurs erreurs. Ne doivent-ils rendre des comptes ? Il est cer­tain qu’une consti­tu­tion popu­laire aurait la réponse.

    Etienne, conti­nue ton com­bat, « conti­nuons le combat ».

    C’est en sui­vant, depuis peu, tes confé­rences, que j’ai pris conscience que la loi de 73 posait pro­blème, mais en appro­fon­dis­sant, que ce n’était pas for­cé­ment le pro­blème prin­ci­pal. Il y a des liens (que tu sou­lignes for­te­ment dans des dis­cours) entre la classe poli­tique et le sys­tème finan­cier. Ils sont tous issus du même moule.

    Par exemple :
    Pro­mo­tion Vol­taire de l’ENA : 1980, par­mi les plus connus :

    Véro­nique Alba­nel sœur de Domi­nique de Villepin,
    Fré­dé­rique Bredin,
    Renaud Don­ne­dieu de Vabres,
    Jean-Pierre Jouyet,
    Ségo­lène Royal,
    Michel Sapin,
    Domi­nique de Villepin,
    Fran­çois Hollande.

    Tout est dit

    http://h.abjean.free.fr/

    Réponse
  139. Sam

    Les concours four­nis au Tré­sor par la Banque de France se sont très net­te­ment réduits entre fin décembre 1977 et fin décembre 1978, reve­nant de 24.7 mil­liards à 8.6 mil­liards de francs (33). Cepen­dant, les concours de tré­so­re­rie de la Banque de France ne peuvent être comme le seul indi­ca­teur per­ti­nent, car le Tré­sor peut éga­le­ment se tour­ner vers les banques com­mer­ciales pour se finan­cer, et ses concours sont tout autant géné­ra­teurs de créa­tion moné­taire : « les concours des banques et éta­blis­se­ments finan­ciers au Tré­sor se sont accrus, pour leur part, de 9 milliards »

    Mer­ci une fois de plus à Phil pour l’info

    (je vais remettre à jour mon graphique).

    Réponse
  140. Sam

    Je trouve glo­ba­le­ment très ins­truc­tive cette inter­ven­tion d’un ban­quier cen­tral fran­çais (devant d’autres ban­quiers cen­traux), alors je vous invite à la lire en entier. J’en repro­duis sur­tout, ici, la par­tie concer­nant en gros la période 1945 – 1992 :

    BANQUE DE FRANCE – Col­loque du bicentenaire

    INDÉPENDANCE ET RESPONSABILITÉ
    ÉVOLUTION DU MÉTIER DE BANQUIER CENTRAL

    http://​www​.banque​-france​.fr/​f​i​l​e​a​d​m​i​n​/​u​s​e​r​_​u​p​l​o​a​d​/​b​a​n​q​u​e​_​d​e​_​f​r​a​n​c​e​/​E​c​o​n​o​m​i​e​-​e​t​-​S​t​a​t​i​s​t​i​q​u​e​s​/​L​a​_​r​e​c​h​e​r​c​h​e​/​I​n​d​e​p​e​n​d​a​n​c​e​-​e​t​-​r​e​s​p​o​n​s​a​b​i​l​i​t​e​-​e​v​o​l​u​t​i​o​n​-​d​u​-​m​e​t​i​e​r​-​d​e​-​b​a​n​q​u​i​e​r​-​c​e​n​t​r​a​l​.​pdf

    pages 55 à 68

    […]

    De la mon­naie admi­nis­trée à la poli­tique moné­taire de marché : 
    l’évolution du rôle de la Banque de France

    Inter­ven­tion de Jacques de Larosière
    Gou­ver­neur honoraire
    Banque de France »

    Le pri­vi­lège d’émission, pro­lon­gé à diverses reprises, est éten­du en 1848 à l’ensemble du ter­ri­toire fran­çais. En dehors de quelques très courtes périodes de cours for­cé (révo­lu­tions de 1848 et de 1870), les billets de la Banque de France étaient conver­tibles en métal.

    Ce pla­fond d’émission est ensuite régu­liè­re­ment rele­vé, la cir­cu­la­tion fidu­ciaire aug­men­tant au fil de la crois­sance éco­no­mique et de l’acceptation gran­dis­sante des billets par le public.

    Le réseau de comp­toirs et de suc­cur­sales s’étend. Le gou­ver­ne­ment, qui sou­haite accé­lé­rer la « ban­ca­ri­sa­tion » du pays et pal­lier l’insuffisance des ins­ti­tu­tions finan­cières, fait de la créa­tion de nou­velles suc­cur­sales une des condi­tions du renou­vel­le­ment du pri­vi­lège d’émission. La Banque de France déve­loppe éga­le­ment ses acti­vi­tés de cais­sier et de ban­quier de l’État, auquel elle peut accor­der des avances négo­ciées avec le gouvernement.

    […] le mar­ché moné­taire n’a joué en France qu’un rôle rela­ti­ve­ment limi­té au dix-neu­vième siècle.

    En tout état de cause, dans un sys­tème d’étalon-or, la marge de manœuvre de l’émetteur était réduite, compte tenu de la néces­si­té de pré­ser­ver la confiance dans la mon­naie par une cou­ver­ture forte. Dans ces condi­tions, l’influence que la Banque de France pou­vait exer­cer sur le niveau géné­ral des prix, et éven­tuel­le­ment sur la sphère réelle, était limi­tée. Le concept de poli­tique moné­taire n’a pris son sens moderne — ce qui n’est pas néces­sai­re­ment syno­nyme de pro­grès — qu’à par­tir de 1914.

    1.2. La mise en place d’instruments modernes de poli­tique moné­taire (1914−1940)

    Pen­dant la pre­mière guerre mon­diale, la Banque a contri­bué au finan­ce­ment de l’effort de guerre : le pla­fond d’émission fidu­ciaire a été rele­vé et la Banque a consen­ti des avances impor­tantes au Tré­sor. A l’issue de la guerre, le franc avait per­du les quatre cin­quièmes de sa valeur en or. Le Tré­sor conti­nuait à recou­rir aux avances de la Banque, par­fois avec une trans­pa­rence comp­table limi­tée : le pla­fond d’émission fidu­ciaire était dépas­sé subrep­ti­ce­ment grâce à des arti­fices d’écriture. Il a appar­te­nu fina­le­ment au gou­ver­ne­ment de Ray­mond Poin­ca­ré de mener à bien, non sans drame, une poli­tique de sta­bi­li­sa­tion, enté­ri­nant, en 1928, une déva­lua­tion du franc. Le ≪ franc Poin­ca­ré≫ valait 65,5 mg d’or fin au titre de 9⁄10. La réfé­rence à l’argent fut aban­don­née. La Banque devait cou­vrir ses enga­ge­ments à vue (billets et comptes cou­rants) à hau­teur de 35% par son encaisse-or mais la conver­ti­bi­li­té était supprimée.

    C’est dans le cadre de la poli­tique de sta­bi­li­sa­tion de Ray­mond Poin­ca­ré, sous l’inspiration du gou­ver­neur Moreau, qu’une réforme des modes d’intervention de la Banque sur le mar­ché moné­taire fut intro­duite. Jusqu’alors, la Banque de France inter­ve­nait direc­te­ment auprès des banques (par rées­compte ou avances sur titres) pour assu­rer leur refi­nan­ce­ment et pra­ti­quait aus­si l’escompte direct auprès des entre­prises indus­trielles ou com­mer­ciales. La réforme visait à concur­ren­cer la place de Londres pour cette acti­vi­té et com­por­tait, en par­ti­cu­lier, la créa­tion de mai­sons de rées­compte, sur le modèle des dis­count houses anglaises, qui s’interposent entre la banque cen­trale et les établissements.

    […]

    Pen­dant la deuxième guerre mon­diale, la Banque de France n’eut guère d’autonomie face à l’ ≪État fran­çais ≫ et à l’occupant. Il faut signa­ler que les réserves en or avaient pu être éva­cuées à temps en Afrique et dans des pays alliés.

    À la Libé­ra­tion, la Banque de France fut natio­na­li­sée par la loi du 2 décembre 1945 en même temps que les quatre plus grandes banques de dépôt. Son pri­vi­lège d’émission fut éta­bli sans limi­ta­tion de durée.

    2. Une poli­tique de contrôle du cré­dit dans le contexte d’une mon­naie admi­nis­trée (1944−1986)

    En 1944, la concep­tion de la poli­tique moné­taire fut subor­don­née aux besoins de la recons­truc­tion en France. Une struc­ture ori­gi­nale fut créée, visant à asso­cier les forces vives de la nation à l’orientation de la poli­tique moné­taire par l’intermédiaire du Conseil natio­nal du cré­dit (CNC). L’ambition était alors de mettre en place un par­tage des tâches entre la concep­tion de la poli­tique moné­taire éla­bo­rée par le gou­ver­ne­ment, son appro­ba­tion qui rele­vait du CNC, et sa mise en œuvre confiée à la Banque de France natio­na­li­sée. De fait, le rôle de la banque cen­trale avait pro­fon­dé­ment chan­gé. Il ne s’agissait plus tant pour l’Institut d’émission de réagir aux besoins spon­ta­nés des agents éco­no­miques et aux forces du mar­ché que de deve­nir l’élément cen­tral de ges­tion et d’allocation du cré­dit en fonc­tion des exi­gences de la recons­truc­tion et du redres­se­ment économique.

    Les ins­tru­ments ont été for­gés au fur et à mesure que se mani­fes­taient cer­tains besoins de l’économie. Leur gamme, très éten­due, visait à exer­cer une action à la fois sur la liqui­di­té du sys­tème ban­caire et sur celle de l’économie. Il s’agissait, en réa­li­té, davan­tage d’une poli­tique visant à agir sur la dis­tri­bu­tion du cré­dit à l’économie que d’une poli­tique moné­taire au sens contem­po­rain du terme.

    2.1. Le contrôle de la liqui­di­té ban­caire et de la dis­tri­bu­tion du crédit

    L’action par le réescompte

    Après 1944, la lati­tude de la poli­tique menée par la Banque était limi­tée par les contraintes ins­ti­tu­tion­nelles et par les néces­si­tés de la recons­truc­tion. Le manie­ment du seul taux d’escompte a été com­plé­té par la mise en place de méca­nismes plus complexes.

    Les pla­fonds de réescompte

    La poli­tique moné­taire repo­sait alors essen­tiel­le­ment sur la fixa­tion de pla­fonds d’escompte indi­vi­duels (banque par banque) à l’intérieur des­quels les banques pou­vaient se refi­nan­cer à taux fixe.

    Dans la limite de ces pla­fonds, la Banque de France ne pou­vait pas refu­ser son concours. Ces pla­fonds visaient à contrô­ler glo­ba­le­ment la liqui­di­té bancaire.

    Des opé­ra­tions hors pla­fond étaient pos­sibles, mais à des taux plus éle­vés et dis­sua­sifs que l’on sur­nom­mait l’≪ enfer ≫ et le ≪ super enfer ≫.

    Jusqu’en 1971, le réglage quan­ti­ta­tif de l’escompte aux banques et à cer­tains orga­nismes finan­ciers non ban­caires repo­sait prin­ci­pa­le­ment sur la dis­tinc­tion opé­rée entre les effets admis ≪ sous pla­fond ≫ et les effets accueillis ≪ hors pla­fond ≫,c’est‑à ‑dire sans limites de principe.

    La plu­ra­li­té des taux

    De plus, cer­taines caté­go­ries de cré­dits (notam­ment cré­dits à moyen terme et cré­dits à la construc­tion) béné­fi­ciaient de rées­comptes auto­ma­tiques à taux pri­vi­lé­giés. La Banque de France pra­ti­quait d’autres taux que le taux d’escompte, soit pour répondre à des objec­tifs de sélec­ti­vi­té, soit pour com­plé­ter les contrôles quan­ti­ta­tifs. Ain­si, les taux appli­cables aux créances sur l’étranger étaient infé­rieurs au taux d’escompte, avec pour objec­tif d’aider l’exportation. En 1969, on pou­vait recen­ser une quin­zaine de taux.

    Les ratios

    Un plan­cher de bons du Tré­sor fut ins­ti­tué qui obli­geait les banques à conser­ver des bons du Tré­sor, de même qu’un coef­fi­cient de tré­so­re­rie qui leur impo­sait de déte­nir une part mini­male de leur actif en effets à moyen terme.

    Le choix de l’ouverture sur l’extérieur lié à la construc­tion euro­péenne — le trai­té de Rome est signé en 1957 — a modi­fié les condi­tions d’exercice de la poli­tique moné­taire. Des nou­veaux ins­tru­ments sont appa­rus. En 1967, la créa­tion des réserves obli­ga­toires a mani­fes­té la volon­té de doter les auto­ri­tés moné­taires d’un ins­tru­ment d’action sur la liqui­di­té des banques proche des tech­niques uti­li­sées dans les pays anglo-saxons pour agir sur le volume du cré­dit. Avec ce sys­tème, la France se dotait d’un ins­tru­ment de poli­tique moné­taire beau­coup plus éla­bo­ré que ceux dont elle dis­po­sait auparavant.

    2.2. L’action par les taux d’intérêt

    La concep­tion fran­çaise du mar­ché moné­taire était à l’époque cor­po­ra­tiste et cen­tra­li­sée. Il était réser­vé aux banques et à quelques ins­ti­tu­tions finan­cières. Il était indé­pen­dant du mar­ché finan­cier : ce n’était pas un mar­ché de titres mais un mar­ché des réserves. En revanche, à Londres et à New York, la banque cen­trale et les banques inter­ve­naient pour ache­ter et vendre des titres publics à court, moyen et long termes.

    Dans les années soixante et soixante-dix, deux types de consi­dé­ra­tions influen­cèrent l’orientation de la poli­tique moné­taire : il s’agissait, selon l’état de la balance des paie­ments et le niveau des réserves de change, de favo­ri­ser ou de pré­ve­nir la sor­tie des capi­taux tout en main­te­nant les taux d’intérêt au niveau le plus bas pos­sible afin de sou­te­nir la demande.

    À cette fin, on dis­po­sait, outre le contrôle des changes, de deux ins­tru­ments : d’une part, les taux du mar­ché de l’argent, d’autre part, le taux de l’escompte, consi­dé­ré comme l’élément direc­teur du coût du cré­dit interne. Cette dis­so­cia­tion n’était bien enten­du pos­sible qu’en rai­son de l’administration des condi­tions ban­caires et de l’encadrement du cré­dit et du contrôle des changes.

    Les tech­niques d’intervention sur le mar­ché monétaire

    Les inter­ven­tions sur le mar­ché moné­taire pre­naient la forme de pen­sions ou d’achats fermes de bons du Tré­sor ou d’effets à court terme sur des entre­prises ayant béné­fi­cié d’un accord de clas­se­ment de la part des ser­vices de la Banque de France. Ces opé­ra­tions étaient menées par le biais d’appels d’offres et de pen­sions à sept jours, la Banque se réser­vant éga­le­ment le droit d’intervenir direc­te­ment, au taux en vigueur, sur le mar­ché de l’argent à très court terme. La Banque de France n’était pas pré­sente en conti­nu sur le mar­ché moné­taire mais inter­ve­nait par l’intermédiaire des mai­sons de réescompte.

    L’un des prin­ci­paux taux du mar­ché à court terme était celui de l’argent au jour le jour, qui fai­sait quo­ti­dien­ne­ment l’objet d’un fixage par la Banque de France. Les mai­sons de rées­compte infor­maient la Banque de l’état de la liqui­di­té ban­caire ; la Banque accor­dait des concours ou reti­rait des liqui­di­tés afin d’assurer l’équilibre du mar­ché au taux souhaité.

    Par ailleurs, depuis 1973, l’escompte direct de la Banque de France avait été aboli.

    2.3. L’encadrement du cré­dit en éco­no­mie d’endettement

    Pen­dant toute la période des ≪ Trente Glo­rieuses ≫, le choix d’une poli­tique inter­ven­tion­niste de sou­tien à l’économie avait conduit la France, comme la plu­part des pays euro­péens, à pri­vi­lé­gier comme ins­tru­ment de mise en œuvre de la poli­tique moné­taire un contrôle direct des quan­ti­tés de cré­dit. Il fut en usage prin­ci­pa­le­ment de 1962 à 1965 et de 1973 à 1986. Ce contrôle s’appuyait sur des méca­nismes d’encadrement indi­vi­duels pour la pro­gres­sion du volume de prêts dis­tri­bués, banque par banque, et sur une poli­tique sélec­tive visant à orien­ter la dis­tri­bu­tion des cré­dits vers des sec­teurs précis.

    Si le prin­cipe de l’encadrement du cré­dit est très simple, puisqu’il consiste à fixer auto­ri­tai­re­ment des limites d’augmentation annuelle d’encours, l’application sou­lève de nom­breux pro­blèmes, que la Banque a pu mesu­rer au cours de ses expé­riences successives.

    Les sys­tèmes d’encadrement et de sélec­ti­vi­té du cré­dit sont appa­rus de plus en plus inef­fi­caces, en rai­son à la fois de la part crois­sante prise par les cré­dits ban­caires désen­ca­drés et des dis­tor­sions de concur­rence consta­tées entre éta­blis­se­ments. [Drôle d’ar­gu­ment, sans par­ler du suivant…]

    Sur­tout, la néces­si­té de déré­gle­men­ter les mar­chés — pour faci­li­ter l’accès de nou­velles caté­go­ries d’émetteurs et d’investisseurs — et de les ouvrir sur l’extérieur en libé­rant les mou­ve­ments de capi­taux condam­nait de tels ins­tru­ments. Contin­gen­ter le volume des cré­dits ban­caires consen­tis par le sys­tème ban­caire natio­nal n’a plus de sens si les agents non finan­ciers peuvent se repor­ter sur les finan­ce­ments alter­na­tifs auprès des mar­chés ou des banques étrangères.

    L’encadrement du cré­dit s’inscrivait dans un contexte d’économie d’endettement où le mar­ché finan­cier était peu déve­lop­pé et où la concep­tion de la poli­tique moné­taire était rela­ti­ve­ment simple. La défi­ni­tion de la mon­naie était claire. Le contrôle de la quan­ti­té de mon­naie s’exerçait logi­que­ment et en tota­li­té sur l’action des éta­blis­se­ments de cré­dit. De ce fait, on contrô­lait la pro­gres­sion de la tota­li­té des finan­ce­ments de l’économie et de la contre­par­tie essen­tielle de la créa­tion moné­taire : les cré­dits ban­caires. L’≪ exté­rieur ≫ n’était pas enca­dré mais les mou­ve­ments de capi­taux étaient limi­tés par le contrôle des changes. Dans ce sché­ma, étant don­né la fai­blesse des mar­chés, les taux d’intérêt ne jouaient pas le rôle de point d’équilibre. La logique de l’économie d’endettement était d’alimenter l’économie en mon­naie et en cré­dits peu coû­teux. L’utilisation de l’encadrement du cré­dit per­met­tait donc à la fois de limi­ter la créa­tion moné­taire et la dis­tri­bu­tion du cré­dit lorsque celles-ci attei­gnaient un rythme exces­sif et de main­te­nir les taux d’intérêt au niveau, rela­ti­ve­ment bas, jugé néces­saire pour entre­te­nir la crois­sance et le plein emploi.

    L’économie d’endettement impli­quait ain­si une poli­tique moné­taire quan­ti­ta­tive basée sur l’encadrement du cré­dit et le contrôle des changes.

    3. Une poli­tique moné­taire réno­vée dans le cadre d’une éco­no­mie de mar­ché finan­cier (1986−1999)

    3.1. La trans­for­ma­tion du sys­tème finan­cier s’est accom­pa­gnée d’une réorien­ta­tion de la poli­tique économique

    Le déve­lop­pe­ment des mar­chés de capi­taux, l’amoindrissement du rôle des éta­blis­se­ments de cré­dit dans le finan­ce­ment des cré­dits, l’essor des pla­ce­ments et des finan­ce­ments négo­ciables à toute échéance, enfin, l’ouverture crois­sante sur l’extérieur, ont deux consé­quences : la concep­tion de la poli­tique moné­taire est plus com­plexe ; le contrôle des objec­tifs inter­mé­diaires repose, non plus sur l’encadrement du cré­dit, mais sur les taux d’intérêt.

    Jusqu’au début des années quatre-vingt, les obser­va­teurs ne man­quaient pas de sou­li­gner cer­taines spé­ci­fi­ci­tés de l’économie fran­çaise, notam­ment le fort degré de régle­men­ta­tion, le rôle limi­té des méca­nismes de mar­ché, la per­ma­nence des ten­dances infla­tion­nistes ain­si que les dés­équi­libres récur­rents de la balance com­mer­ciale et de la balance des paie­ments. La poli­tique moné­taire était accom­mo­dante lorsqu’elle accom­pa­gnait les poli­tiques de relance en 1975 et en 1981. Cette poli­tique s’est sol­dée par plu­sieurs déva­lua­tions. La dépré­cia­tion moné­taire ren­ché­ris­sait le coût des impor­ta­tions, affai­blis­sait la com­pé­ti­ti­vi­té des entre­prises, creu­sait le défi­cit commercial.

    Depuis, des trans­for­ma­tions radi­cales sont inter­ve­nues et la France a pro­fon­dé­ment chan­gé la ges­tion de son économie.

    En 1983, après de longs débats, le gou­ver­ne­ment fran­çais a opté pour la pleine par­ti­ci­pa­tion à la construc­tion euro­péenne, notam­ment aux dis­po­si­tions du Sys­tème moné­taire européen.

    En choi­sis­sant ain­si l’ouverture sur l’extérieur, ce que l’on bap­ti­sait jadis ≪ la contrainte exté­rieure ≫, la France a accep­té l’ensemble des consé­quences qui en décou­laient, notam­ment la libé­ra­li­sa­tion des échanges com­mer­ciaux, celle des mou­ve­ments de capi­taux et celle des inves­tis­se­ments étran­gers. Ain­si, entre 1984 et 1990, ont été sup­pri­mées toutes les régle­men­ta­tions res­tric­tives qui ont long­temps carac­té­ri­sé notre éco­no­mie, qu’il s’agisse du contrôle des changes, de la régle­men­ta­tion des prix ou de l’encadrement du crédit.

    En quelques années, la phy­sio­no­mie des mar­chés de capi­taux et plus lar­ge­ment du sys­tème éco­no­mique et finan­cier s’est pro­fon­dé­ment modi­fiée. La loi ban­caire de 1984 consacre l’unification des sta­tuts des ≪ éta­blis­se­ments de cré­dit ≫ et la réno­va­tion des orga­nismes de contrôle. L’émergence, à par­tir de 1983,d’un vaste mar­ché obli­ga­taire, puis les réformes du mar­ché moné­taire et la créa­tion des titres de créances négo­ciables inter­ve­nues en 1985 et en 1986 ont lar­ge­ment contri­bué à cette évo­lu­tion. L’encadrement du cré­dit a été sup­pri­mé défi­ni­ti­ve­ment en 1987. L’année 1989 a été mar­quée par l’abrogation totale du contrôle des changes qui exis­tait, avec des contraintes variables, depuis près de cin­quante ans. Il en est résul­té que le rôle des méca­nismes de mar­ché dans l’allocation des capi­taux a été sen­si­ble­ment accru au cours des années quatre-vingt.

    http://​www​.banque​-france​.fr/​f​i​l​e​a​d​m​i​n​/​u​s​e​r​_​u​p​l​o​a​d​/​b​a​n​q​u​e​_​d​e​_​f​r​a​n​c​e​/​E​c​o​n​o​m​i​e​-​e​t​-​S​t​a​t​i​s​t​i​q​u​e​s​/​L​a​_​r​e​c​h​e​r​c​h​e​/​I​n​d​e​p​e​n​d​a​n​c​e​-​e​t​-​r​e​s​p​o​n​s​a​b​i​l​i​t​e​-​e​v​o​l​u​t​i​o​n​-​d​u​-​m​e​t​i​e​r​-​d​e​-​b​a​n​q​u​i​e​r​-​c​e​n​t​r​a​l​.​pdf

    Réponse
  141. Ana Sailland

    Dans le docu­ment ci-des­sus, je retiens l’o­rien­ta­tion du crédit.

    Le pou­voir scrip­tu­ral n’est pas que celui d’in­jec­ter la mon­naie dans le cir­cuit, n’est pas que celui d’en­cais­ser le loyer de l’argent : Il est aus­si le pou­voir d’o­rien­ta­tion du prêt, et donc le pou­voir de juger tout pro­jet, pri­vé ou public, de lui accor­der droit de nais­sance et de vie, puis sou­vent, par méca­nismes per­vers, de le contrô­ler.

    Il s’a­git là d’un pou­voir immense, qui n’est pas public, mais au contraire appar­tient à « des gens » (alias le sec­teur pri­vé de la finance). Ce pou­voir per­met à qui en dis­pose de façon­ner à sa guise toute l’o­rien­ta­tion éco­no­mique, le style de pro­duc­tion, le mode de pro­duc­tion, de consom­ma­tion, le maillage de la dis­tri­bu­tion, et donc une bonne part du cadre de vie de la civilisation. 

    Et le cadre induit l’esprit. 
    Ce pou­voir, du fait qu’il appar­tient à des gens, qui ne sont pas des saints, est orien­té vers le pro­fit du petit nombre, sou­vent dans une vision court terme, au loin du sou­ci de l’essence_ciel, et imprime donc à la civi­li­sa­tion une orien­ta­tion malsaine.

    Réponse
  142. Sam

    Une hypo­thèse sérieuse…ment inquiétante

    Comme je le disais la der­nière fois, j’ai le sen­ti­ment que le dos­sier n’est pas clos et même qu’on n’est pas au bout de nos surprises.

    Je lisais hier encore une syn­thèse (infor­mée et auto­ri­sée) qui laisse très clai­re­ment entendre que « dans les rela­tions entre banque cen­trale et État » ce ne sont pas tant les textes que les « cou­tumes » qui font la règle. L’i­dée implique en par­ti­cu­lier (et ça, on l’a bien véri­fié glo­ba­le­ment avec le sys­tème ban­caire moderne) que les banques font d’a­bord libre­ment leurs règles, qui deviennent ensuite la cou­tume, et que si enfin, un jour, on codi­fie, on ne fait en qu’en­té­ri­ner le fait accompli.

    Que signi­fie exac­te­ment ce pro­pos de l’an­cien gou­ver­neur Jacques de Laro­sière : « depuis 1973, l’escompte direct de la Banque de France avait été abo­li » ? L’ « escompte direct » de quoi, et « abo­li » com­ment ? L’ar­ticle 24 de la loi du 3 jan­vier 1973 auto­ri­sait en tous cas la banque à escomp­ter tout ce qu’elle vou­lait bien escomp­ter (sauf, évi­dem­ment, les effets pré­sen­tés direc­te­ment par le Trésor). 

    Dans ses pré­sen­ta­tions à l’AN et au Sénat, fin 1972, VGE disait vague­ment qu’il y avait trop de codi­fi­ca­tion pour des pra­tiques qua­si désuètes, et inver­se­ment, que l’es­compte était tou­jours men­tion­né dans les textes enca­drant les pra­tiques de la BdF mais que « depuis 1971 » les opé­ra­tions d’open mar­ket sont deve­nues net­te­ment domi­nantes comme mode de concours de la Banque de France auprès des banques, ou encore que les « avances » sur effets publics ne « concernent pra­ti­que­ment plus que la clien­tèle par­ti­cu­lière de la Banque »…

    Mais j’en viens à un aspect qui me tur­lu­pine encore plus pour le moment. Le « fameux » aveu de Gis­card, fait 35 ans après les faits, m’ins­pire chaque jour de nou­velles réflexions. Je vais peut-être vous paraître un peu bizarre mais je songe sérieu­se­ment à ce que j’ex­plique un peu ci-dessous.

    Tout d’a­bord, j’in­siste sur ce fait : non seule­ment je ne crois pas du tout à une défaillance de mémoire, du moins pas au-delà de la double-pen­sée…, mais je suis par­fai­te­ment convain­cu que ce genre de per­son­nages est extrê­me­ment pré­cis dans le choix des termes qu’il emploie (qui plus est à l’é­crit). Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de lan­gage « codé », au sens ou le pro­pos est sus­cep­tible d’être per­çu de manière très dif­fé­rente selon la posi­tion de celui qui le reçoit. Au contraire.

    Vous note­rez d’a­bord une chose à laquelle AJH et les autres n’a­vaient peut-être pas encore pen­sé. Si vous lisez bien, il y a deux par­ties dis­tinctes dans sa réponse, qui ne sont pas sup­po­sées répondre à la même question. 
    Celle qui parle d’a­chat direct de bons et d’in­fla­tion répond sim­ple­ment à l’ar­gu­ment de AJH au sujet de la noci­vi­té de l’in­ter­dic­tion de la créa­tion moné­taire publique ; nulle part VGE ne dit que cette par­tie de sa réponse est sup­po­sé pré­sen­ter un argu­ment ayant pu moti­ver un chan­ge­ment qui aurait été mis dans la loi du 3 jan­vier 1973… 
    En même temps, et l’ob­ser­va­tion est toute aus­si inté­res­sante, je crois, il s’abs­tient peut-être soi­gneu­se­ment de ne pas mar­quer clai­re­ment la distinction.

    Ce que je suis en train d’in­si­nuer, oui, c’est qu’il est par­fai­te­ment pos­sible que VGE contri­bue lui-même à entre­te­nir le mythe. Je fais même très sérieu­se­ment l’hy­po­thèse qu’il l’a fait et le fait de manière tout à fait déli­bé­rée. Avant de dire pour­quoi je pense qu’il pour­rait ain­si jouer le jeu, je finis un peu le décryptage.

    Repre­nez ensuite l’autre par­tie de sa réponse. 
    For­mel­le­ment, déjà, il ne dit pas qu’il s’a­git de la seule loi du 3 jan­vier ; il vise « La réforme des sta­tuts de la Banque de France, adop­tée sous le man­dat de Georges Pom­pi­dou et lorsque (il) étai(t) Ministre des Finances ».
    Ensuite, il écrit qu’ « il s’a­gis­sait à l’é­poque de consti­tuer un véri­table mar­ché des titres à court, moyen et long terme, qu’il soit émis par une enti­té pri­vée ou publique. »
    D’un côté, il semble insi­nuer clai­re­ment que c’é­tait là l’ob­jec­tif (prin­ci­pal), mais il peut tout aus­si bien , rétros­pec­ti­ve­ment, prendre les dési­rs de ses com­pères ban­quiers pour des réa­li­tés, mélan­ger un peu les dates de l’é­poque, les causes et les conséquences. 
    De l’autre il ne dit pas non plus que la réforme de l’é­poque a bou­clé le travail. 
    Et de fait, d’a­près les « manuels », les mar­chés obli­ga­taires n’au­raient vrai­ment bour­geon­né en fait qu’à par­tir de 1983, je crois. Rome ne s’est pas faite en deux jours…

    Autre piste. Celui qui tente de pour­suivre cette recherche dans les textes et les actes offi­ciels inter­na­tio­naux se heurte ensuite à quelques gros pro­blèmes de date et à quelques dif­fi­ciles (voir impos­sibles) décryp­tages et recoupages.

    Essayez donc de trou­ver, dans les Accords de King­ston, une obli­ga­tion directe et for­melle de faire du change flot­tant… sans par­ler, évi­dem­ment, d’une inter­dic­tion faite aux membres du FMI de moné­ti­ser direc­te­ment des effets publics.

    Il faut bien avoir en tête que ces monstres que sont le FMI, l’OMC, l’UE et tut­ti ne sont pas des trai­tés mais des agences vivantes qui édictent du droit. Et s’a­gis­sant notam­ment des deux pre­miers, les cou­ra­geux ont tôt fait de com­prendre que si les trai­tés qui les encadrent fixent plus ou moins net­te­ment des orien­ta­tions puantes, ils édi­fient sur­tout des agences tyran­niques. Tota­li­taires serait ici le terme par­fai­te­ment appro­prié, et ceci jus­te­ment à cause de la nature des règles édic­tées, mais aus­si, c’est plus sub­til encore, de la manière dont se trans­met le mes­sage et dont se consti­tue la chaîne de « res­pon­sa­bi­li­té ». En fait, si on creuse bien, il n’y a pré­ci­sé­ment de res­pon­sable nulle part, et c’est bien ce qui est dérou­tant pour le chercheur… 
    Pour en reve­nir à du fac­tuel, les sta­tuts du FMI disent : 
    1. que les orien­ta­tions, sauf déro­ga­tion (à négo­cier on ne sait com­ment), seront celles du pur change flexible, mais c’est très vague ; 
    2. que les États membres devront pré­sen­ter au FMI leurs ins­tru­ments et leurs inten­sions concer­nant le régime de changes et que le FMI dira oui ou merde.

    Les dates, main­te­nant – 1976, c’est bien tard, et 1971 déjà loin aussi. 
    Un pre­mier fait curieux, si l’on songe à l’ « aveu » de Gis­card, est que dans les faits visibles le régime de changes flot­tants com­mence très pré­ci­sé­ment le 19 mars 1973. Pas en 1972, quoi. 
    Et for­mel­le­ment, com­ment est-il éta­bli ? Tout sim­ple­ment par déci­sion concer­tée des banques cen­trales (et/ou des gou­ver­ne­ments, donc) de dix pays qui jettent l’é­ponge s’a­gis­sant de devoir défendre la pari­té de leur mon­naie vis-à-vis d’un dol­lar qui n’en finit plus de sombrer. 
    Tout le monde connait l’his­toire : nous sommes pile à la fin de la guerre de Viet­nam (les grandes négo­cia­tions et accords de paix s’é­talent jus­te­ment entre jan­vier et mars 1973), etc. 
    Ce que je veux noter ici, sim­ple­ment, c’est que bien sûr, par­di, ce n’est pas un texte légis­la­tif ni un texte juri­dique inter­na­tio­nal qui décide du pas­sage aux changes flot­tants mais au mieux un acte de l’exé­cu­tif, et plus sûre­ment et glo­ba­le­ment une déci­sion de ban­quiers cen­traux. C’est bête à dire, d’au­tant plus que l’on ima­gine aisé­ment que la pres­sion des faits était lourde, mais ça n’est pas anodin.

    D’un autre côté, ça n’ex­plique pas pour­quoi VGE et ceux avec qui il a dit s’être enten­du à l’é­poque aient eu l’ob­jec­tif en ques­tion des 1972. Encore une fois, 1971 qui est déjà loin, la guerre du Viet­nam, le dol­lar en plein délire, et je veux bien croire tout ce qu’on vou­dra concer­nant l’i­dée que les milieux ban­caires et finan­ciers avaient déjà, sous la pres­sion des évé­ne­ments, expri­mé telle ou telle pré­oc­cu­pa­tion et tel ou tel sou­hait, mais il faut rap­pe­ler de nou­veau que le pro­jet évo­qué par VGE sur son blog, et qu’il pré­sente comme un motif majeur de « la réforme » de l’é­poque, n’a abso­lu­ment pas été pré­sen­té au Par­le­ment avant le 3 jan­vier 1973. Là encore, on peut se plan­ter sur le rôle de cette loi pré­cise, mais force est de conclure, alors, que VGE entre­tient lui-même le mythe.

    Je veux reve­nir à pré­sent sur l’i­dée de lan­gage codé, car il y a un « res­sort de pou­voir » qui, je crois, est très mal com­pris par l’im­mense majo­ri­té des gens. Plus pré­ci­sé­ment, je veux expli­quer ce que vou­lait dire Arendt quand elle écri­vait que les élites tota­li­taires reven­diquent leurs crimes. Il y a plu­sieurs choses à com­prendre pour cer­ner le phénomène.

    D’a­bord, le fait qu’elles parlent un lan­gage codé. 
    Au besoin, c’est tra­vaillé, mais la plu­part du temps, ne tient pas du tout à une manœuvre mais sim­ple­ment au fait que la « rhé­to­rique » idéo­lo­gique est reçue très dif­fé­rem­ment selon la posi­tion de celui qui le reçoit. 
    Autre­ment dit, la for­mule de Arendt veut tout sim­ple­ment dire, en par­ti­cu­lier, qu’on recon­naît l’é­lite à son degré d’im­pré­gna­tion idéo­lo­gique.
    Pour­quoi des « crimes » ? Là encore, ques­tion de degré plus que de nature : une idéo­lo­gie « pure » est fata­le­ment absurde et lors­qu’elle vise à s’ap­pli­quer envers et contre tout… pas besoin de faire un dessin. 
    À ce sujet, il faut aus­si pen­ser à la dyna­mique miroir « à la source », celle qu’Or­well appe­lait « double-pensée ».

    Un deuxième aspect important. 
    Enten­dant un jour le dis­cours d’un ami qui a ani­mé une antenne locale de Reopen911, il a fal­lu que je lui dise une chose qui ne lui avait mani­fes­te­ment jamais effleu­ré l’es­prit : s’il y a eu une forme d’ « inside job », comme ils disent, alors il est naïf de croire que ceux qui sont impli­qués et qui sont à la fois des per­son­nages poli­tiques en vue, lors­qu’ils imposent la thèse offi­cielle, vont sim­ple­ment essayer de la rendre le plus cré­dible possible. 
    Il est pour­tant évident, si l’on y songe, qu’ils n’ont pas maquillé cer­taines choses gros­sières. Le bud­get déri­soire alloué à l’en­quête, mais aus­si des choses plus évi­dentes encore mais qu’on ten­drait à ne même pas prendre en compte : le dis­cours débile du « bien » et du « mal ». Sur cha­cun de ces aspects gros­siers, vous pou­vez vous rendre compte que ça marche même si c’est gros du simple fait de l’a­to­mi­sa­tion des récep­teurs.
    Mais il y a plus : si le mes­sage doit évi­dem­ment être gobé par une par­tie de la popu­la­tion à chaque ins­tant, notam­ment dans les milieux « jour­na­lis­tiques » de la cour, il s’a­git tout autant de faire peur aux incré­dules et aux cri­tiques, les poten­tiels résis­tants. Autre­ment dit, il faut que ces der­niers per­çoivent un mes­sage qui, loin d’être cré­dible, soit plu­tôt une allu­sion d’a­veu et tout à la fois une démons­tra­tion que les salo­pards d’en-haut sont à l’a­bri et ne se sentent pas du tout mena­cés, quand bien même ils ne font pas grand chose pour évi­ter les soupçons. 
    Pour en reve­nir aux atten­tats en ques­tion, un exemple frap­pant : dans une phase plus tar­dive, l’at­ti­tude qu’ont eu cer­tains res­pon­sables poli­tiques mouillés jus­qu’au coup quand il était deve­nu mani­feste que leurs his­toires d’armes de des­truc­tion mas­sive étaient ridi­cules et qu’elles avaient été déli­bé­ré­ment inven­tées et sot­te­ment répé­tées. Se sont-ils éver­tués à nier ? Tu parles, c’est sur­tout le contraire. C’est un de ces moments où ils nous disaient le plus clai­re­ment : « voyez, bande de nazes, on vous la met bien pro­fond, on vous fait dan­ser avec des his­toires pour enfants débiles et pour­tant on ne risque rien. Allez, retour­nez bos­ser, et ren­dez-vous ce soir à la télé ! »…

    Par­don pour ces détours un peu trash mais il me faut bien esquis­ser ce sché­ma de réflexion qui me tra­vaille. Je vais m’en arrê­ter là pour l’ins­tant, je vou­lais évo­quer un réseau de pistes. Je ter­mine par un paral­lèle qui n’est pas sim­ple­ment un autre exemple : nous sommes en réa­li­té à la même époque et dans un milieu qui regroupe pro­ba­ble­ment les mêmes bandits.

    Si l’on remonte la piste de la thèse du réchauf­fe­ment cli­ma­tique, non pas sur son ver­sant scien­tiste mais sur celui de l’ins­tru­men­ta­li­sa­tion poli­tique, on est sur­pris de voir qu’on arrive assez faci­le­ment à remon­ter jus­qu’au début des années 1970. 

    Je vous conseille vive­ment la lec­ture, en par­ti­cu­lier, d’un livre fran­çais (c’est plu­tôt rare en la matière) inti­tu­lé La ser­vi­tude cli­ma­tique.

    Les livres cri­tiques sur cette affaire abordent des registres divers mais qui se croisent le plus sou­vent. Celui-là a un inté­rêt notable, c’est qu’il nous parle de gens comme Al Gore, mais aus­si et sur­tout Mau­rice Strong, l’homme qui, en un mot, a diri­gé le déve­lop­pe­ment de toute la par­tie « verte » des agences « onu­siennes », un type au par­cours hal­lu­ci­nant… et qui a ren­con­tré très jeune, et plus d’une fois ensuite, un cer­tain Davis Rockefeller. 
    Or ce der­nier se vante de cer­taines choses connues, y com­pris d’a­voir conspi­ré contre l’empire amé­ri­cain (via des agences inter­na­tio­nales très appré­ciées des banquiers). 
    J’ar­rête là, c’é­tait sim­ple­ment pour noter le détail sui­vant, qui est extrê­me­ment frap­pant et qui devrait nous rap­pe­ler notre pro­blème généa­lo­gique : lorsque le dos­sier cli­ma­tique a sau­té dans le domaine poli­tique, il a été accom­pa­gné d’un men­songe crasse selon lequel « la plu­part des scien­ti­fiques pensent que », une affir­ma­tion qui était abra­ca­da­brante à l’é­poque. Et de fait, ladite affir­ma­tion s’est trou­vée gra­vée à peine mas­quée dans tous les rap­ports inter­na­tio­naux sui­vants et dès le départ, dans les sta­tuts du GIEC.

    En sub­stance, ce que je vou­lais vous dire dans ce mes­sage, c’est qu’il y a des motifs très divers de pro­pa­ger des mythes. Et si quelques salo­pards orga­ni­sés entre­prennent d’es­sayer de dis­cré­di­ter ceux qui se battent pour une forme de réap­pro­pria­tion de la créa­tion moné­taire en employant l’ar­gu­ment du mythe de « la loi de 1973 », non seule­ment il fau­dra mar­te­ler que le pro­blème existe, avec ou sans 1973, mais il fau­dra aus­si, peut-être, se pré­pa­rer à ren­voyer la ques­tion du mythe à cer­tain expéditeur…

    Réponse
  143. Sam

    J’ou­bliais de reve­nir sur un point sur lequel il faut insis­ter, s’a­gis­sant de cer­tain type de mes­sages codés que j’ai évo­qué, car il nous ramène tout droit à la pro­blé­ma­tique. Je l’ai peut-être effleu­ré en pas­sant mais je n’ai pas du tout assez sou­li­gné : ce genre de mes­sage a le chic inquié­tant de brouiller et même d’in­ver­ser à la fois les rap­ports de cause et de consé­quence et les res­pon­sables et les vic­times. On en revient au mythe et à l’in­té­rêt que cer­tains peuvent avoir à le propager.

    Réponse
  144. Sam

    Déso­lé encore une fois : à la relec­ture, je constate que le prin­ci­pal mes­sage que je vou­lais trans­mettre ici n’est pas assez cor­rec­te­ment exprimé.

    C’est parce que j’ai oublié de rap­pe­ler un élé­ment fon­da­men­tal sur la manière dont s’im­posent l’i­déo­lo­gie et la logique tota­li­taire. Ils s’im­posent jus­te­ment l’un et l’autre ensemble. Car l’i­déo­lo­gie s’im­pose non pas par une supé­rio­ri­té dans le dis­cours mais pré­ci­sé­ment parce qu’elle s’ac­com­plit dans les faits, de sorte qu’elle a avec elle, en quelque sorte, la véri­té du fait accompli.

    Vous com­pre­nez peut-être mieux à pré­sent : il s’a­gis­sait tout sim­ple­ment de dire que les cra­pules concer­nées ont elles-même, bien plus que leurs oppo­sants, inté­rêt à pro­pa­ger des mythes, tout sim­ple­ment parce que faire c’est le moyen le plus effi­cace d’im­po­ser une idéo­lo­gique qui, en réa­li­té, ne fait que com­men­cer à s’im­po­ser. On pré­sente ain­si comme des faits, accom­plis ou inévi­tables et immi­nents, ce qui ne sont que des pro­phé­ties auto réa­li­sa­trices – évi­dem­ment, ça ne marche que pour les puis­sants orga­ni­sés agis­sant dans des canaux qui relaient les effets de la vio­lence à grande échelle (voyez par exemple le pou­voir auto­réa­li­sa­teur, s’a­gis­sant de dic­ter l’é­vo­lu­tion des cours, de celui qui vend bru­ta­le­ment 1 mil­liards en actions).

    Évi­dem­ment, l’o­pé­ra­tion est d’au­tant plus néces­saire qu’il s’a­git d’as­pects pri­mor­diaux pour la logique idéo­lo­gique, du fait qu’on se retrouve dans ce cas à un stade d’au­tant moins avan­cé de la marche vers l’é­ta­blis­se­ment du mou­ve­ment en régime.

    On sait mieux que la lutte contre l’i­déo­lo­gie se fait en affron­tant des struc­tures bien plus que des mots. On ne pense pas aus­si aisé­ment que les­dites struc­tures peuvent gou­ver­ner des décen­nies durant, alors qu’elles ne sont que des mythes…

    Sou­ve­nez-vous enfin de mon allu­sion à l’im­por­tance du pré­cé­dent his­to­rique, et son­gez quel inté­rêt énorme — que dis-je, c’est essen­tiel — à lais­ser croire au peuple que, pour une rai­son à la fois obs­cure mais « his­to­ri­que­ment éta­blie », on ne fait jamais ceci ou cela avec la créa­tion monétaire…

    Voi­là, je crois vous pou­vez mieux com­prendre à pré­sent ce que j’en­tends par l’i­dée de « ren­voyer l’ar­gu­ment du mythe à cer­tain expéditeur ».

    Réponse
  145. phil82

    Un homme d’influence :
    Michel PEBEREAU

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_P%C3%A9bereau

    Ancien élève de l’É­cole poly­tech­nique (X 1961) et de l’É­cole natio­nale d’ad­mi­nis­tra­tion, Michel Pébe­reau a choi­si à la sor­tie de cette der­nière l’Ins­pec­tion des Finances.

    À par­tir de 1970, il est char­gé de mis­sion puis conseiller tech­nique auprès du ministre de l’é­co­no­mie et des finances, Valé­ry Gis­card d’Es­taing. Il occupe ces fonc­tions durant quatre ans. Il reste au minis­tère jus­qu’en 1982, notam­ment à la direc­tion du Tré­sor. Il a éga­le­ment diri­gé le cabi­net de René Mono­ry à par­tir de 1978 et jusqu’en 1980. Pen­dant cette période, il contri­bue notam­ment à la moder­ni­sa­tion du mar­ché des actions de Paris (Rap­port Baum­gart­ner) et à la créa­tion des « Sicav Monory ».

    Michel Pébe­reau quitte l’Administration pour rejoindre le Cré­dit com­mer­cial de France en 1982. Il mène à bien la pri­va­ti­sa­tion de deux banques dont il sera le PDG : le CCF de 1986 à 1993, puis la Banque natio­nale de Paris (1993), deve­nue BNP Pari­bas en 2000, qu’il pré­side de 1993 à 2003.
    Cette der­nière opé­ra­tion recueille en dix jours 2,8 mil­lions de sous­crip­tions, dont plus de 1,6 mil­lion de clients de la banque. De 1993 à 1999, un vaste tra­vail de moder­ni­sa­tion est entre­pris, qui per­met­tra à la BNP d’assurer sa péren­ni­té et de sai­sir les oppor­tu­ni­tés de déve­lop­pe­ment nées de la créa­tion de l’euro. De 56 000 col­la­bo­ra­teurs en 1993, le groupe passe à près de 90 000 en 2003, en pre­nant une dimen­sion de plus en plus inter­na­tio­nale, fon­dée sur un socle européen.

    En août 1999, Michel Pébe­reau lance une double offre publique d’é­change sur les titres de la Socié­té géné­rale et de Pari­bas. La pre­mière offre échoue, mais le suc­cès de la seconde per­met la créa­tion de BNP Pari­bas, enti­té dont il est le PDG de 2000 à 2003. Le rap­pro­che­ment de ces deux banques à la culture dif­fé­rente a per­mis de créer une nou­velle entre­prise dotée d’une culture cohé­rente fon­dée sur quatre valeurs (la réac­ti­vi­té, la créa­ti­vi­té, l’en­ga­ge­ment et l’am­bi­tion) 1.

    C’est à son ini­tia­tive que la sépa­ra­tion des postes de pré­sident et direc­teur géné­ral au sein de BNP Pari­bas est déci­dée en 2003. Michel Pébe­reau nomme alors Bau­douin Prot en qua­li­té de direc­teur géné­ral. Depuis lors, il assume les fonc­tions de pré­sident du conseil d’ad­mi­nis­tra­tion du groupe BNP Pari­bas, qui compte désor­mais plus de 205 000 collaborateurs.

    Lors de l’as­sem­blée des action­naires le 11 mai 2011, il annonce qu’il quit­te­ra cette fonc­tion le 1er décembre 2011 2.

    L’an­nonce lors de l’as­sem­blée géné­rale du 11 mai 2011 de sa suc­ces­sion donne lieu à de très nom­breux hom­mages de la part des médias tant fran­çais qu’étrangers.

    Vincent DUCHAUSSAY, dans son livre « La Banque de France et l’Etat, de Gis­card à Mit­te­rand : enjeux de pou­voir ou résur­gence du mur d’argent » (1978−1984), évoque l’influence de Michel Pébe­reau en ces termes :

    « Les pla­ce­ments sur le mar­ché obli­ga­taire pri­maire fran­çais ont atteint 111.7 mil­liards de francs en 1980 (contre 65.5 envi­sa­gés), soit une hausse de 70.5% par rap­port aux résul­tats de 1979. Cet excep­tion­nel déve­lop­pe­ment est l’une des carac­té­ris­tiques fon­da­men­tales de la conjonc­ture éco­no­mique en 1980 (56).

    Ces résul­tats inat­ten­dus, car dépas­sant très lar­ge­ment les pré­vi­sions, ne sont bien évi­dem­ment pas sans consé­quence pour l’économie. Le jeu des méca­nismes de mar­ché dans le finan­ce­ment de l’État influe à la baisse sur l’influence de l’activité du Tré­sor dans la créa­tion moné­taire, ain­si que le confirme lors d’une séance du Conseil Géné­ral Michel Pébe­reau, direc­teur adjoint du Tré­sor à par­tir de 1980 (57). Notons que Michel Pébe­reau est un fami­lier de ces ques­tions puisqu’il a occu­pé, de 1971 à 1980, le poste de chef de ser­vice des affaires finan­cières et moné­taires à la direc­tion de Trésor.

    M. Pébe­reau dit qu’il vou­lait ajou­ter un mot à pro­pos de l’emprunt d’État. Cette émis­sion, qui s’élève à 10.5 mil­liards, porte à 31 mil­liards le mon­tant des emprunts à long terme effec­tués cette année au Tré­sor public et per­met­tra de faire face par des res­sources non moné­taires à la tota­li­té du décou­vert bud­gé­taire (…) La créa­tion moné­taire par le Tré­sor serait pra­ti­que­ment nulle en 1980 (58).

    La réduc­tion de l’influence du Tré­sor sur la crois­sance moné­taire en 1980 est vécue comme un sou­la­ge­ment par la Banque de France, tant ce point avait cris­tal­li­sé les ten­sions en 1979. C’est sans doute une des rai­sons pour les­quelles, à comp­ter du second semestre 1979, les ser­vices d’études de la Banque tente très net­te­ment de favo­ri­ser un appel plus large aux mar­chés finan­ciers. De même, par la voix de son gou­ver­neur Renaud de la Genière et en réponse à la décla­ra­tion de Michel Pébe­reau, la Banque de France salue la moder­ni­sa­tion des condi­tions de finan­ce­ment de l’Etat et réaf­firme sa concep­tion glo­bale de la poli­tique économique.

    M. Pébe­reau vient d’illustrer le déve­lop­pe­ment du mar­ché finan­cier. La poli­tique moné­taire et la poli­tique finan­cière ne sont pas des poli­tiques sépa­rées obéis­sant à des cri­tères dif­fé­rents (59).

    Ain­si, en 1981, lorsqu’il est pro­je­té le finan­ce­ment des besoins à long terme de l’économie pour l’année en cours, le mar­ché obli­ga­taire occupe le pre­mier rang des postes de finan­ce­ment, repré­sen­tant 35% de la somme à financer. 
    En y ajou­tant le poids des mar­chés étran­gers, on constate que le recours aux finan­ce­ments des mar­chés est par trois fois supé­rieur à l’appel du cré­dit ban­caire. »

    (56) SAEF (ser­vice des archives éco­no­miques et finan­cières – minis­tère de l’économie – B 52370⁄1 – Note n°075/024 du 12 février 1981 inti­tu­lée « les émis­sions d’obligations en 1980 » direc­tion de la Pré­vi­sion, bureau 2.

    (57) Michel Pébe­reau a été nom­mé direc­teur adjoint du Tré­sor en 1979 en rem­pla­ce­ment de Bru­ni de Maul. Il prend ses fonc­tions le 1er jan­vier 1980.

    (58) ABF-pro­cès-ver­baux des déli­bé­ra­tions du Conseil Géné­ral- recueil n°171- séance du 16 octobre 1980- p.340.

    (59) Ibid.

    Renaud de La Genière de La Ramée de Sèpres, né le 9 février 1925 et mort en 1990, est un haut fonc­tion­naire français.
    Fils d’Yves de La Genière et de Mar­celle Mon­ti­gny, il est licen­cié en droit, diplô­mé de Sciences-Po Paris et ancien élève de l’E­NA (1948−1949).
    Sor­ti dans l’ins­pec­tion des Finances, il est nom­mé conseiller tech­nique au cabi­net d’An­toine Pinay de 1958 à 1959, puis direc­teur du Bud­get de 1967 à 1974. Il pré­side de 1978 à 1985 l’Ins­ti­tut des hautes études scien­ti­fiques (IHES). En 1974 il est nom­mé deuxième sous-gou­ver­neur de la Banque de France, puis pre­mier sous-gou­ver­neur la même année, poste qu’il occupe jus­qu’en 1979 avant de deve­nir gou­ver­neur 2 jus­qu’en 1984.
    De 1986 à 1990, il pré­side la Com­pa­gnie finan­cière de Suez, dont il mène à bien la pri­va­ti­sa­tion. Sous sa pré­si­dence, le groupe Suez prend le contrôle de la Socié­té géné­rale de Bel­gique et lance une OPA contre l’as­su­reur Vic­toire 3.
    Il est l’au­teur de plu­sieurs ouvrages, dont Le Bud­get, et Mon­naie, épargne, investissements5, parus aux Presses de Sciences-Po en 1976.

    Remarque :
    Vincent DUCHAUSSOY cite dans son livre (p.43) :
    « L’emprunt de 1 250 mil­lions du Cré­dit Natio­nal se place dans de bonnes condi­tions, mais il faut signa­ler aus­si celui de près de 2 mil­liards du Cré­dit Fon­cier de France (CCF)…
    – CCF est le sigle du Cré­dit Com­mer­cial de France. Michel Pébe­reau quitte l’Administration pour rejoindre le Cré­dit com­mer­cial de France en 1982.
    – Le CCF, après avoir été reca­pi­ta­li­sé par l’État, est pri­va­ti­sé en 1987 et est deve­nu HSBC France en 2005.

    Réponse
  146. Sam

    @ Phil,

    délec­table. Tu es vrai­ment une mine d’or !

    Réponse
  147. Kévin

    Pour ma part, j’ai du mal à com­prendre ce qu’il y a de si mys­té­rieux dans la réponse de VGE à AJH sur son blog par rap­port aux der­nières avan­cées du débat. Dans la pre­mière par­tie de son mes­sage, il écrit :

    « La réforme des sta­tuts de la Banque de France, adop­tée sous le man­dat de Georges Pom­pi­dou et lorsque j’é­tais Ministre des Finances, est une réforme moderne qui a trans­po­sé en France la pra­tique en vigueur dans tous les grands pays : il s’a­gis­sait à l’é­poque de consti­tuer un véri­table mar­ché des titres à court, moyen et long terme, qu’il soit émis par une enti­té pri­vée ou publique. »

    => Il ne fait là que rap­pe­ler, me semble-t-il, l’un des objec­tifs de la loi de 1973 qui consis­tait à faci­li­ter l’o­pen mar­ket, comme il le disait lui-même dans le dis­cours de pré­sen­ta­tion qui a été cité ci-des­sus, et comme le sou­li­gnaient Lior et Maga­li dans leur fameux papier. Pour rap­pel, voi­ci ce que VGE disait le 2 novembre 1972 :

    « De même, l’es­compte occupe une sec­tion de 56 articles très détaillés dans les sta­tuts de la Banque, alors que les inter­ven­tions sur le mar­ché moné­taire, qui en ont lar­ge­ment dépas­sé le mon­tant, vous le savez, et qu’on appelle l’open mar­ket, ne sont men­tion­nées que d’une manière très impré­cise et presque allu­sive dans les textes. »[…]

    « Le pro­jet de loi attri­bue aux tech­niques d’in­ter­ven­tion l’im­por­tance qu’elles ont dans la réa­li­té et réserve les sou­plesses néces­saires. Les opé­ra­tions d’es­compte res­tent natu­rel­le­ment men­tion­nées par le texte, mais celui-ci prend en consi­dé­ra­tion le rôle joué de nos jours par les méca­nismes d’open mar­ket qui, depuis le mois de février 1971, repré­sentent le prin­ci­pal mode de concours de la Banque de France au sys­tème bancaire. »

    Car il n’est pas contra­dic­toire que la loi de 1973 n’ait pas inter­dit à l’État de se finan­cer auprès de la Banque de France, et qu’elle ait faci­li­té le recours aux mar­chés pri­vés dans le même temps.

    Dans la seconde par­tie de sa réponse à AJH, VGE ne fait que condam­ner la « pos­si­bi­li­té du prêt direct de la Banque de France au Tré­sor public » sans jamais dire qu’elle fut inter­dite par la loi de 1973.

    Ce qui tend à confir­mer que c’est d’a­bord dans la pra­tique que le recours à la Banque de France pour la créa­tion moné­taire s’est amenuisé.

    Réponse
  148. phil82

    Mer­ci Sam, le mérite en revient à Vincent Duchaus­soy et son excellent livre, dont je livre encore ici un pas­sage savoureux

    La que­relle des avances de trésorerie

    …« Le pre­mier pic de ten­sions rela­tif à cette ques­tion sur­git dès aout 1981. 

    L’imputation au compte du tré­sor des résul­tats béné­fi­ciaires du Fonds de sta­bi­li­sa­tion des changes (FSC) va réduire dras­ti­que­ment le pla­fond des avances allouées par la Banque de France au Tré­sor, selon un méca­nisme ins­ti­tué par une conven­tion datant de 1949. 

    En d’autres termes, la dégra­da­tion de la situa­tion du franc par rap­port aux autres mon­naies – et en par­ti­cu­lier au dol­lar – amène le FSC – qui détient les réserves en devises – à réa­li­ser un béné­fice en francs. 

    Le phé­no­mène inverse se pro­duit en cas d’appréciation de la mon­naie natio­nale. Dans le cas pré­sent, la dépré­cia­tion bru­tale du franc pro­duit une baisse spé­cu­la­tive du pla­fond des concours de la Banque de France, dont s’émeut le direc­teur du Tré­sor, Jean-Yves HABERER.

    M. Habe­rer dit qu’il est sen­sible à l’hommage que le Conseil Géné­ral de la Banque de France vient de rendre aux tech­ni­ciens de la tré­so­re­rie de l’Etat. C’est grâce à eux que, mal­gré un niveau d’avances dont le Pro­fes­seur Coul­bois vient de rele­ver le mon­tant ridi­cu­le­ment faible, le Tré­sor n’est pas en ces­sa­tion de paie­ment. (…) Il vou­drait dire que la réac­tion de M. Coul­bois est celle du bon sens. Le Tré­sor manie, en recettes et en dépenses, des sommes qui atteignent plu­sieurs mil­liers de mil­liards (…) Aucun État indus­triel avan­cé n’a, dans les mêmes condi­tions, une aus­si faible marge de manœuvre. Avoir auprès de son ban­quier, celui que l’on s’est choi­si le jour loin­tain où le droit napo­léo­nien lui a don­né le pri­vi­lège d’émettre des billets de banque, une marge de tirage de 8 mil­liards est déri­soire et M. Habe­rer ne cache pas sa satis­fac­tion à voir explo­ser dans le ridi­cule une situa­tion qu’il signale pra­ti­que­ment chaque année, à l’attention des pou­voirs publics. Le secours que cette pos­si­bi­li­té d’avances peut consti­tuer pour les mou­ve­ments de tré­so­re­rie, alors que l’effet de l’inflation en limite sys­té­ma­ti­que­ment le mon­tant réel ; M. Habe­rer se réjouit que ce pro­blème soit à nou­veau posé (247). »…

    …« Deux semaines après le pré­cé­dent échange en séance du Conseil géné­ral, Jean Yves Habe­rer écrit au ministre Jacques Delors pour lui faire part du pro­blème et deman­der au légis­la­teur une hausse du pla­fond des avances. Par la même occa­sion, il réfute les argu­ments du gou­ver­neur quant au risque de déra­page budgétaire.

    Le gou­ver­neur demeure fer­me­ment oppo­sé à un relè­ve­ment du pla­fond des concours de la Banque de France au Tré­sor au-delà du mon­tant figu­rant dans la conven­tion de 1973 (20.5 mil­liards) et est a for­tio­ri hos­tile à tout méca­nisme per­met­tant de faire évo­luer ce montant.

    Or (…) la révi­sion de ce pla­fond est deve­nue impé­rieuse pour la ges­tion de la tré­so­re­rie de l’Etat et son relè­ve­ment à 50 mil­liards de francs ne sau­rait en aucun cas être consi­dé­ré comme exces­sif (…) Les avances gra­tuites ne consti­tuent, au même titre que les concours rému­né­rés, qu’une marge de sécu­ri­té per­met­tant au Tré­sor de cou­vrir des besoins tem­po­raires (249).

    Le tré­sor, par la voie de son direc­teur, demande donc un relè­ve­ment du pla­fond des avances à 50 mil­liards de francs. Dans l’esprit du Tré­sor, il s’agit là d’un chiffre peu éle­vé au regard de la crois­sance des opé­ra­tions de tré­so­re­rie, à rap­pro­cher du pla­fond en vigueur de 20 mil­liards de francs, consis­tant ain­si en une mul­ti­pli­ca­tion par 2,5 du pla­fond des­dites avances. 

    La banque, en revanche, diverge quant à l’appréciation du cal­cul. Pour ses tech­ni­ciens, une telle modi­fi­ca­tion équi­vau­drait à une mul­ti­pli­ca­tion par 5 du pla­fond car elle ne prend pas en compte les 10 mil­liards d’avances gra­tuites qui, étant consen­tis de longue date, ne consti­tuent pas selon elle de réels concours de trésorerie. 

    Jean-Yves Habe­rer ne l’entend pas de cette oreille et fait valoir le pro­blème posé par l’inflexibilité de ce pla­fond des avances. Pour le direc­teur du Tré­sor, la non-indexa­tion sur les résul­tats de l’économie du pays conduit inexo­ra­ble­ment à une baisse du pla­fond en valeur relative.

    Le coef­fi­cient de rééva­lua­tion serait alors cer­tai­ne­ment très supé­rieur au chiffre de 2,5, que j’ai pro­po­sé au ministre de rete­nir, puisque déjà depuis 1969 le PIB en valeur a été mul­ti­plié par 4,6 ; la masse moné­taire par 5,3 et la masse bud­gé­taire par 4,3. Je consi­dère qu’il est pos­sible de s’en tenir aujourd’hui au niveau de 50 mil­liards de francs, pour autant que ce mon­tant puisse ulté­rieu­re­ment évo­luer (250). »…

    …«M. Habe­rer, tient à sou­li­gner (…) le fait que la Banque de France, « ban­quier natu­rel » du Tré­sor, l’abandonne. À cet égard, il com­pare les bilans de la Banque de France l’année der­nière et à l’heure actuelle. En d’autres termes, il dénonce le phé­no­mène de CISEAU dont il est vic­time : besoins de finan­ce­ment mul­ti­plié par deux, concours de la Banque de France divi­sés par 10, ce qui oblige le Tré­sor à « ratis­ser les fonds » auprès de tout le sys­tème ban­caire « détour­nant celui-ci du finan­ce­ment des inves­tis­se­ments pro­duc­tifs ou des équi­pe­ments néces­saires aux col­lec­ti­vi­tés » (sic !). »…

    (247) ABF – pro­cès-ver­baux des déli­bé­ra­tions du conseil géné­ral – recueil n°172 – séance du 20 aout 1981 pages 264–265.

    (248) Ibid

    (249) ABF −1035200250÷66 – copie au gou­ver­neur de la lettre adres­sée au ministre le 2 sep­tembre 1981 par le direc­teur de Trésor.

    (250) Ibid


    Un autre homme d’influence, au des­tin pour le moins rocambolesque :
    Jean-Yves Habe­rer

    http://​fr​.wiki​pe​dia​.org/​w​i​k​i​/​J​e​a​n​-​Y​v​e​s​_​H​a​b​e​rer
    Un article de Wiki­pé­dia, l’en­cy­clo­pé­die libre.

    Jean-Yves Habe­rer, né en 1932, est un ins­pec­teur des finances, pro­fes­seur a l’Ins­ti­tut d’É­tudes Poli­tiques de Paris, direc­teur du cabi­net de Michel Debré, puis de Robert Bou­lin ministre des finances, direc­teur du Tré­sor à par­tir de 1978, pré­sident de Pari­bas en 1982–1986, puis du Cré­dit Lyon­nais en 1988–1993 dont il est tenu res­pon­sable de la reten­tis­sante qua­si-faillite et enfin du Cré­dit natio­nal en 1993–1994.

    Bio­gra­phie

    En 1959, Jean-Yves Habe­rer sort de l’E­NA second de sa pro­mo­tion et se lance dans une car­rière qui, de ses débuts à son dra­ma­tique épi­logue, mar­que­ra pro­fon­dé­ment le pay­sage finan­cier français.

    En 1966, jeune conseiller tech­nique (trente-trois ans) de Michel Debré, Ministre de l’Économie et des Finances, il redes­sine le pay­sage finan­cier fran­çais en orga­ni­sant la fusion des éta­blis­se­ments natio­na­li­sés, don­nant nais­sance à la BNP, à l’UAP, aux AGF et au Gan.

    Direc­teur du Tré­sor en 1978, il par­ti­cipe à la mise en place du Sys­tème Moné­taire Européen.

    En 1981, après la vic­toire de Fran­çois Mit­ter­rand, il ne conteste pas la légi­ti­mi­té du nou­veau pou­voir. Il y gagne­ra, en 1982, la pré­si­dence de Pari­bas, mais Édouard Bal­la­dur met­tra fin à ses fonc­tions en 1986.

    Lorsque la gauche revient, en 1988, il est nom­mé pré­sident du Cré­dit Lyon­nais par Pierre Bérégovoy.

    Ambi­tieux, il mul­ti­plie les acqui­si­tions ban­caires hasar­deuses, laisse à ses filiales la bride sur le cou, gonfle son por­te­feuille de par­ti­ci­pa­tions indus­trielles, une stra­té­gie obs­ti­né­ment offen­sive mal­gré une conjonc­ture éco­no­mique difficile.

    Les mau­vaises sur­prises appa­raissent vite, avec les dos­siers du finan­ce­ment de Ber­nard Tapie et de la socié­té finan­cière Sasea, par exemple, ou celui du rachat de la Metro-Goldwyn-Mayer, et en 1992 s’a­chève sur une perte abyssale.

    En novembre 1993, Jean-Yves Habe­rer est remer­cié et nom­mé pré­sident du Cré­dit natio­nal, où il ne res­te­ra pas.

    Le Cré­dit Lyon­nais ne ces­se­ra plus de défrayer la chro­nique entre la faillite pro­pre­ment dite, l’af­faire Adi­das avec Ber­nard Tapie et l’af­faire « Exe­cu­tive Life », absor­bant quelque 15 mil­liards d’eu­ros d’aides de l’État.

    Jean-Yves Habe­rer et Fran­çois Gille, l’un de ses anciens direc­teurs géné­raux, seront res­pec­ti­ve­ment condam­nés le 23 février 2005 par la cour d’ap­pel de Paris à dix-huit et neuf mois de pri­son avec sur­sis dans l’af­faire des comptes frau­du­leux de la banque. Ils devront éga­le­ment ver­ser 1 € de dom­mages-inté­rêts au Cré­dit Lyonnais.

    Les deux hommes ont été recon­nus cou­pables de pré­sen­ta­tion de comptes inexacts, de dif­fu­sion de fausses infor­ma­tions ou de nature trom­peuse, ain­si que de dis­tri­bu­tion de divi­dendes fic­tifs, au cours des exer­cices 1991, 1992 et du pre­mier semestre 1993 du Cré­dit lyonnais.

    Long­temps silen­cieux, Jean-Yves Habe­rer a publié, en 1999, un livre plai­doyer, Cinq ans de Cré­dit Lyon­nais (Ram­say).

    Les cri­tiques qui lui sont adres­sées sont regrou­pées dans un cha­pitre inti­tu­lé : « Dia­bo­li­sa­tion du bouc émissaire ».

    Réponse
  149. A-J Holbecq

    J’a­vais poin­té du doigt les pro­blèmes de tré­so­re­rie à court terme du Tré­sor Public comme l’une des causes de la néces­si­té de l’emprunt sur les mar­chés finan­ciers … Habe­rer remonte dans mon estime 😉

    mer­ci phil82

    Réponse
  150. Sam

    Je vou­drais com­men­ter le pas­sage qui se situe tout au début de la nou­velle trou­vaille de Phil (il faut vrai­ment qu’on lise ce bou­quin), car il nous donne au moins deux pré­cieuses expli­ca­tions que nous n’a­vions pas encore vues ou com­prises (et il semble qu’É­tienne et AJH ne les ont pas bien vues en lisant ce mes­sage ci-dessus).

    Nous avions vu que la conven­tion de 1973, qui est en pra­tique la der­nière, ne fai­sait pas que fixer un nou­veau pla­fond nomi­nal aux avances. Elle indexait aus­si ce pla­fond qui s’a­vè­re­rait être le der­nier « poli­ti­que­ment déci­dé » sur les résul­tats, gains ou pertes, enre­gis­trés sur les mar­chés par le Fonds de Sta­bi­li­sa­tion des Changes (FSC) (ain­si que sur les résul­tats d’au moins une autre agence à la voca­tion com­pa­rable mais ayant ses réserves domi­ci­liées, je crois, dans le cadre du FMI).

    Mais la com­bi­nai­son de ces dis­po­si­tions avec une dis­po­si­tion paral­lèle va intro­duire un effet par­ti­cu­liè­re­ment per­vers et sour­nois. Ce que nous rap­pelle par ailleurs ce même pas­sage, c’est que les textes de 1973 auraient pro­ro­gé, impli­ci­te­ment ou expli­ci­te­ment, une conven­tion de 1949 selon laquelle les béné­fices du FSC seront désor­mais trans­fé­rés dans les avances… Si on prend cette dis­po­si­tion là dans le contexte ini­tial et à pre­mière vue, on se dit : « chouette », vu que le méca­nisme semble conduire à une pos­sible aug­men­ta­tion du plafond.

    Seule­ment, l’ef­fet de la conven­tion de 1973 aura été pour ain­si dire d’in­ver­ser la donne, si je com­prends bien ce que nous dit le pas­sage en ques­tion. Puisque cette conven­tion fixe un pla­fond sur le total des avances, alors, lorsque le cours du franc bais­se­ra, notam­ment vis-à-vis du dol­lar, le FSF enre­gis­tre­ra des gains et cela condui­ra méca­ni­que­ment une baisse équi­va­lente du pla­fond d’a­vances dont le Tré­sor peut dis­po­ser effec­ti­ve­ment !… Ce que l’au­teur appelle « une baisse spé­cu­la­tive du pla­fond des concours de la Banque de France ».

    Il fau­dra creu­ser à nou­veau dans les textes, ceux de 1949 et de 1973 en par­ti­cu­lier, pour bien véri­fier (et si pos­sible quan­ti­fier ensuite) tout ça – à ce sujet, et pour savoir ce que ce méca­nisme spé­cu­la­tif est deve­nu au pré­sent, il faut notam­ment lire en inté­gra­li­té la conven­tion du 10 juin 1993. Mais ce mon­sieur était visi­ble­ment qua­li­fié pour décrire la situa­tion et je ne fais que tra­duire et expli­quer un peu ce qu’il dit manifestement.

    Il y a enfin une nou­velle piste qui res­sort de cette pre­mière obser­va­tion. Car il semble que nous avons là un élé­ment d’ex­pli­ca­tion concret fai­sant le lien entre le régime de changes flot­tants et la créa­tion moné­taire publique. Là encore, et sur­tout là, il reste beau­coup de tra­vail de décryp­tage et d’a­na­lyse à faire, mais ce point du méca­nisme devait déjà être noté.

    Où l’on recom­mence à voir que non, il ne s’est sans doute pas rien pas­sé en 1973 et que non, la légis­la­tion, sans avoir tout fait, n’est cer­tai­ne­ment pas étran­gère à ces mutations…

    Réponse
  151. Sam

    Dans le même texte qu Phil nous trans­met, vous pour­rez noter un autre indice met­tant la puce à l’oreille :

    « Le gou­ver­neur demeure fer­me­ment oppo­sé à un relè­ve­ment du pla­fond des concours de la Banque de France au Tré­sor au-delà du mon­tant figu­rant dans la conven­tion de 1973 (20.5 mil­liards) et est a for­tio­ri hos­tile à tout méca­nisme per­met­tant de faire évo­luer ce mon­tant. »

    « [le Tré­sor] consi­dère qu’il est pos­sible de s’en tenir aujourd’hui au niveau de 50 mil­liards de francs, pour autant que ce mon­tant puisse ulté­rieu­re­ment évo­luer »

    À l’é­vi­dence, ils ne débat­taient pas seule­ment de la pos­si­bi­li­té de mon­ter le mon­tant du pla­fond à l’ins­tant t mais aus­si et sur­tout de celle de révi­ser le méca­nisme de révision…

    Cinq ans après les accords de King­ston, tu parles… Au fait, on a oublié de rap­pe­ler un autre « détail » : la loi du 3 jan­vier 1973 sti­pule que désor­mais la Banque de France « peut par­ti­ci­per, avec l’autorisation du Ministre de l’Économie et des Finances, à des accords moné­taires inter­na­tio­naux (art. 3), que son gou­ver­neur « signe seul, au nom de la Banque, tous trai­tés et Conven­tions » (art. 8), sachant que son conseil géné­ral qui certes « fixe les condi­tions géné­rales des opé­ra­tions de la Banque », « approuve les Trai­tés et Conven­tions conclus avec des éta­blis­se­ments ban­caires ou finan­ciers étran­gers ou inter­na­tio­naux (art. 15).

    Les spé­cia­listes de l’OMC, en par­ti­cu­lier, appré­cie­ront le mon­tage : enfu­mage des élus assuré.

    Encore une fois, sou­ve­nez-vous de l’as­pect dyna­mique du cadre du FMI. Concrè­te­ment, et pour aller au-delà, même, il faut bien com­prendre que la France, à tout moment, et sans même sor­tir du FMI, peut très bien déci­der de sor­tir du régime de changes flot­tants… Vous pen­sez bien que l’in­té­rêt des bureau­crates de la mon­dia­li­sa­tion néo­li­bé­rale n’est cer­tai­ne­ment pas de rap­pe­ler aux par­le­ments natio­naux à quel point ils sont libres. Il est bien plu­tôt d’en­tre­te­nir des mythes qui finissent par le leur faire oublier.

    Idem des ser­vices de « la main droite de l’É­tat ». Mais même, sans aller cher­cher loin, ni au niveau inter­na­tio­nal ni dans les cou­lisses de l’ « exé­cu­tif », voyez le lan­gage extrê­me­ment soi­gné qu’emploie depuis tou­jours le Conseil consti­tu­tion­nel quand il est contraint de reve­nir sur la ques­tion qui tue, pour expli­quer que le droit de l’UE prime abso­lu­ment mais que la France reste par­fai­te­ment sou­ve­raine… Résul­tat : clai­re­ment, un tas de gens n’ont pas com­pris à quel point c’est simple et radi­cal : cela veut dire exac­te­ment, ni plus ni moins : « eh, vous les élus, vous nous sor­tez de là quand vous vou­lez, par un simple coup de sty­lo ». Mais ça, évi­dem­ment, ça n’est jamais dit ain­si dans les déci­sions du CS et on s’y applique même très sérieu­se­ment à ne lais­ser aucun indice.

    Vous pour­riez peut-être pen­ser, selon lec­teur, que j’en­fonce là des portes ouvertes ou bien que je nous saoule avec mes fan­tasmes. Que nen­ni, et la preuve que ces remarques n’ont vrai­ment rien d’a­no­dines, c’est qu’on trouve des études de dizaines de pages de spé­cia­listes du droit consti­tu­tion­nel cher­chant à nous tra­duire cette chose qui devrait pour­tant être dite de manière courte et lim­pide vu qu’elle se conçoit sans la moindre dif­fi­cul­té et par tous. Là aus­si, très clai­re­ment on entre­tient donc autant que pos­sible un mythe. Et c’est même uni­que­ment cette atti­tude qui est à blâ­mer, s’a­gis­sant du moins du Conseil consti­tu­tion­nel, qui dévoie ain­si un pré­am­bule de 1789 qu’il ne risque pas de ne pas connaître par cœur (pour le reste, le CS ne fait rien que tra­duire les ordres du sou­ve­rain). En tous cas, une chose est sûre, le ban­quier de l’É­tat qu’a tou­jours été en rêve VGE devait être bien rodé à ces exer­cices d’en­fu­mage en entrant au club des « sages »…

    Mais au cas où vous ne l’au­riez pas encore com­pris, l’É­tat dans son entier l’é­cole, la mon­naie, l’ar­mée n’est qu’une grande fable (le mar­ché aus­si, bien sûr). Ce qui ne veut sur­tout pas dire qu’il n’existe pas. Juste que tout l’é­di­fice ne repose que sur la croyance. Tout ça pour conti­nuer à vous dire qu’on peut et qu’on doit vrai­ment répli­quer, sur ce dos­sier, sur le ter­rain du mythe.

    Réponse
  152. COURTILLE

    Le maçon ROCARD sen­tant sa mort pro­chaine sou­lage sa conscience en dévoi­lant au peuple fran­çais com­ment lui et ses frères la truelle ont vécu comme des gros para­sites sur le corps de la France.…

    C’est éton­nant ce besoin qu’ils res­sentent de par­ler avant de mou­rir : sou­ve­nez-vous des décla­ra­tions de notre excellent pre­mier ministre Ray­mond BARRE ou encore de celles de MITTERRAND qui avouait que les USA était en guerre contre la France…

    Qu’est-ce qu’il va bien pou­voir nous apprendre, le GIBBON en rut GISCARD ?

    Réponse
  153. Sam

    Anti­mythe… la suite

    Ci-des­sous le mes­sage de « syn­thèse d’é­tape » que je viens de pos­ter sur le fil Face­Book « ma réponse à Maga­li ». Je la repro­duis ici sur­tout parce qu’en croyant ouvrir une paren­thèse illus­tra­tive, je suis encore tom­bé sur LA mine, L’ar­gu­ment qui tue… (par­don).

    Je vais vous faire un scoop : ceux qui ont pro­pa­gé ce mythe, ce sont sur­tout les cra­pules de la « main droite de l’État ». Pour com­men­cer, eux avaient un inté­rêt colos­sal à récu­pé­rer et à pro­pa­ger, sinon à inven­ter ce mythe. Et on peut même pré­ci­ser que ce fut le cas tout par­ti­cu­liè­re­ment au début des années 1970 (ils ont tou­jours un inté­rêt immense à l’entretenir, mais disons qu’un sur­croit de réa­li­té le relaie…)

    Je choi­sis cette approche pour contri­buer à cal­mer un peu les mou­ve­ments de foule… À pré­sent que cer­taines contre-véri­tés ont été cor­ri­gées, ce qui est tou­jours une très bonne chose, il fau­drait aus­si veiller à ne pas tom­ber dans l’ex­cès de sim­plisme inverse. D’ailleurs, il y a lar­ge­ment de quoi pen­ser que, même sur le strict plan juri­dique, la lumière est loin d’être faite encore sur cet épi­sode de l’histoire.

    Mais avant de reve­nir sur mon affir­ma­tion de départ, je veux rap­pe­ler une situa­tion géné­rale au regard de laquelle on convien­dra que cette accu­sa­tion de pro­pa­ger des mythes est fina­le­ment assez abra­ca­da­brante et inverse, en quelque sorte, la charge de la preuve. C’est en tous cas un exemple – un fait – très par­lant pour illus­trer ce que j’ai der­rière la tête. 

    Son­gez sim­ple­ment au sys­tème des réserves frac­tion­naires, autre­ment dit et pour être à peine vul­gaire, le fait que l’argent que prêtent les banques sort de leur cha­peau : ce sys­tème a des siècles d’âge alors qu’il ne tient que sur la croyance et, au final, sur le fait que les non croyants sont à peu près for­cés de faire comme s’ils croyaient eux aus­si (un peu comme le voleur recon­naît la règle du fait qu’il recon­naît qu’il viole la règle, les oppo­sants à ce sys­tème sont bien for­cés de se com­por­ter comme s’ils croyait lui aus­si que les banques ont tou­jours de quoi rembourser). 

    Mais ça n’est pas tout : ce sys­tème tient par ailleurs non pas même sur la com­pli­ci­té de la loi mais car­ré­ment sur le lais­ser-faire et le vide juridique. 
    Car des exemples de ce type, il y en a des tas, sinon, et par ailleurs cer­taines approches pour­tant très intel­li­gentes vous convain­cront qu’en somme l’É­tat dans son entier est une fable, en quelque sorte, ce qui ne l’empêche pas d’être sale­ment réel… 
    Mais là, et plus lar­ge­ment dans le domaine moné­taire, ladite fable bien réelle, assez puis­sante par la croyance pour impo­ser sa réa­li­té à tous, se paie en plus le luxe inouï de régner mal­gré un vide juri­dique carac­té­ri­sé et en quelque sorte assumé. 
    Mal­gré ce vide ou plu­tôt grâce à lui ? Allez savoir. 
    Vous com­men­cez peut-être à voir où je veux en venir quand je vous invite à ren­voyer à l’ex­pé­di­teur l’ac­cu­sa­tion de pro­pa­ger des mythes ?

    Par­don­nez-moi d’y insis­ter encore un peu, mais c’est le point capi­tal, je crois. 

    En arrière plan de toute cette affaire, il y a une accu­sa­tion plus géné­rale que l’on peut illus­trer, par exemple, par l’objection qu’avait faite Fré­dé­ric Lor­don selon laquelle cer­tains sème­raient des théo­ries du com­plot au sujet de la mon­naie alors qu’on enseigne aux étu­diants de pre­mière année d’économie que la mon­naie est créée par les banques (on peut dire la même chose notam­ment de tous les éco­no­mistes, en fait, mais lui a été par­ti­cu­liè­re­ment précis). 

    Or, si vous y son­gez, ce qu’il y a d’incroyable dans cette affaire c’est que cette sup­po­sée évi­dence qu’on apprend en éco­no­mie, le légis­la­teur, lui, ne la sait pas… ou, plus exac­te­ment, que tous ceux qui ont fait la légis­la­tion ou presque se sont tou­jours com­por­tés exac­te­ment comme s’ils ne le savaient pas. 

    Autre­ment dit, dans les faits, la loi parle de la mon­naie comme le fait ce cré­tin de Paul Jorion : comme si la mon­naie créée par les banques n’était pas de la mon­naie… légale !

    L’implication est énorme du point de vue juri­dique, et c’est avant tout en ce sens qu’il faut com­prendre le ver­dict d’Étienne selon lequel la loi du 3 jan­vier 1973 est une loi scé­lé­rate de plus, parce que la Consti­tu­tion dit pré­ci­sé­ment que c’est au Par­le­ment de défi­nir la loi concer­nant le régime d’émission de la mon­naie, ou encore qu’aucun indi­vi­du ou aucune ins­tance ne peut exer­cer arbi­trai­re­ment la sou­ve­rai­ne­té qui réside dans la nation… 

    Or, de fait, la loi ne dit nulle part que les banques peuvent créer (de) la mon­naie, elle ne fait qu’obliger les banques à rem­bour­ser à vue… 
    Une com­bine qui tient chaque fois jusqu’à ce que le sys­tème s’écroule (et qu’on sauve les banques avec l’argent du contribuable)…

    Reve­nons en à 1973. 
    Déjà, si notre affaire était close, alors vous convien­drez sans doute que l’ « aveu » que Gis­card a fait à AJH il y a plu­sieurs années sur son blog, ou encore celui, récent, de Rocard, laissent songeurs. 
    Or je ne crois pas du tout qu’ils aient à ce point la mémoire qui flanche. 
    D’un autre côté, encore fau­drait-il que notre affaire soit plus « fac­tuelle », et c’est bien la difficulté. 
    Rocard dit un truc comme : « c’était la mode, on n’y pen­sait même pas ». C’est là un mot qui me titille. En droit aus­si il y a des modes, après tout. 
    Et si l’é­vo­lu­tion juri­dique en ques­tion n’é­tait pas réelle, la ques­tion est aus­si et sur­tout de savoir dans quelle mesure les élus eux-mêmes, et le peuple plus lar­ge­ment, croyaient qu’il s’agissait d’un fait juri­di­que­ment établi.

    Quant au pro­pos de Gis­card, que j’ai bien mieux étu­dié… si on s’y penche bien, on voit qu’il est à la fois lim­pide sur le fond mais extrê­me­ment obs­cur à cause de sa forme. 
    Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il entre­tient volon­tiers le mythe en question. 
    Dans cette réponse, il accole en fait deux par­ties dont l’une semble répondre à la ques­tion : « Quel était le mobile de la loi du 3 jan­vier 1973 ? » et l’autre ne fait que don­ner un avis sur la ques­tion géné­rale de la créa­tion moné­taire publique. 
    En même temps, il s’abstient soi­gneu­se­ment de mar­quer la dis­tinc­tion et de pré­ci­ser que la loi du 3 jan­vier 1973 n’a pas fait ce dont AJH disait qu’elle l’avait fait. 

    Par ailleurs, VGE répond en par­lant non pas de la loi du 3 jan­vier 1973 mais, en géné­ral de « la réforme de la Banque de France » déci­dée à l’époque où il était ministre en charge. 

    Ensuite, le mobile qu’il donne est un indice abso­lu­ment cen­tral de l’affaire, et il était à l’évidence vu comme un mobile majeur par les ban­quiers cen­traux et les gou­ver­ne­ments dont il parle, mais : 
    1. il n’en a rien dit au Par­le­ment à l’époque ;
    2. même si 1971 était déjà assez loin der­rière, l’élément déclen­chant le pas­sage au régime de changes flot­tants se date pré­ci­sé­ment au 19 mars 1973, soit quelques mois plus tard ; 
    3. quant aux mar­chés obli­ga­taires inter­na­tio­naux dont il parle, il fau­dra attendre encore 10 ans, je crois, pour qu’ils émergent et que leur rôle devienne domi­nant en France. 

    Autre­ment dit, sous cou­vert de répondre avec grand pré­ci­sion, Gis­card prend un très grand soin dans le choix de son lan­gage pour mieux répondre de manière extrê­me­ment vague et trompeuse.

    Quand je sug­gère à qui pro­fite le crime, je veux par­ler bien sûr des tech­no­crates qui roulent pour l’oligarchie en place et dont l’entreprise s’apparente de plus en plus clai­re­ment à la mise en œuvre impla­cable, envers et contre tout, d’une logique idéo­lo­gique pure (donc absurde), autre­ment dit à un tota­li­ta­risme. « De mar­chés finan­ciers », pour­rait-on pré­ci­ser, mais peu importe : les objets idéo­lo­giques purs sont tou­jours des fic­tions absurdes. Pour com­men­cer, les mar­chés finan­ciers ne sont stric­te­ment pas assi­mi­lables à des mar­chés ordi­naires (c.à.d. avec des ins­ti­tu­tions sociales dont l’utilité est avé­rée dans un cer­tain cadre) du simple fait que, dans la loi du mar­ché qu’on pour­rait essayer de leur appli­quer, l’offre est illi­mi­tée, au sens où sa créa­tion ne coûte rien…

    L’idéologie domi­nante, en somme, s’impose dans les débats non pas parce que ses argu­ments sup­plantent les autres intel­lec­tuel­le­ment, mais parce qu’à l’heure où l’on débat, cette logique s’est impo­sée dans les faits. 

    C’est une obser­va­tion plu­tôt géné­rale, mais il faut aus­si voir que le mou­ve­ment tota­li­taire, lorsqu’il n’en est qu’à ten­ter d’imposer son idéo­lo­gie, joue de cette même méca­nique pour faire en quelques années ce qui devrait prendre des années ou des siècles. Il en joue, donc, à ceci près que lui est for­cé de prendre les devants en appli­quant dans les faits sa propre logique par des coups de force successifs. 
    D’un autre côté, il n’argumente pas, il vend des choses impos­sibles à véri­fier avant « mille ans » (seul moyen de mas­quer com­bien sa fina­li­té est vio­lente et par ailleurs inef­fi­cace, jusqu’à l’absurde).
    Ain­si, en quelque sorte, il pro­phé­tise et en même temps il réa­lise ses prophéties.

    Mais par ailleurs, quand on dit, obser­vant la chose de « dehors », qu’une logique s’est impo­sée dans les faits, on a vite ten­dance à s’imaginer qu’on ne fait qu’une bête des­crip­tion tech­nique, moyen­nant à la rigueur le fait qu’on prend poli­ti­que­ment par­ti en ceci et en cela, alors qu’en réa­li­té on relaie sur­tout des croyances même s’agissant d’un tas d’aspects au demeu­rant très concrets de la procédure. 
    Des croyances qui peuvent être celles de tous ou bien celles d’un cer­tain groupe de gens qu’on ima­gine plu­tôt comme des tech­ni­ciens du droit, de l’économie, etc.

    Par­don pour cette paren­thèse (joi­gnant deux mor­ceaux emprun­tées res­pec­ti­ve­ment à Arendt et à Bour­dieu) mais c’est essentiel. 
    Car l’un dans l’autre, vous com­pre­nez bien que le mou­ve­ment idéo­lo­gique qui tente de s’imposer par des coups de force a un inté­rêt immense à pro­pa­ger des rumeurs afin que le maxi­mum de gens croie, au sujet de telle dis­po­si­tion, qu’il s’agit d’une réa­li­té alors qu’il s’agit encore du fan­tasme des « putschistes ». 
    Natu­rel­le­ment, le fan­tasme a ten­dance à dif­fu­ser d’une manière sub­tile même si, comme disait Orwell, la mau­vaise foi, d’une part, et l’incrédulité de l’autre ne sont pas du tout éga­le­ment dis­tri­buées, ce qui rend le jeu de pistes très délicat. 
    Quoi qu’il en soit, dans la dyna­mique qui voit une nou­velle idéo­lo­gie s’imposer, une dif­fi­cul­té essen­tielle, à chaque ins­tant, est donc de savoir dis­tin­guer le bluff de la réalité. 
    Or, dans le cas où le carac­tère tota­li­taire du mou­ve­ment peut se juger à ses fruits, on peut être sûrs qu’il en a uti­li­sé les méthodes, fort bien connues depuis de nom­breuses décennies.

    Pour finir, rapi­de­ment car le reste est plus évident pour tous : puis­qu’il s’a­git avant tout de savoir à quoi rime cette his­toire, je rap­pelle que le pro­blème de fond reste là, avec ou sans 1973 peut-être mais cer­tai­ne­ment pas seule­ment ensuite (sans par­ler d’at­tendre Maastricht). 
    Main­te­nant, encore faut-il jus­te­ment s’entendre un peu sur le constat dudit problème… 
    Pour ma part, j’y vois infi­ni­ment plus que des chiffres, mais je chiffre aisé­ment cer­tain pillage que j’y asso­cie direc­te­ment à plus de 100 mil­liards d’euros par an en France, sans même comp­ter le ser­vice de la dette publique… et sans par­ler d’un tas de dizaines de mil­liards qui découlent direc­te­ment de la pre­mière opération. 
    Autre­ment dit, et pour par­ler vul­gai­re­ment, j’ai pour ma part une posi­tion anti­ca­pi­ta­liste et antilibérale. 
    Mais s’il s’agit de négo­cier, ce qui m’importe, bien plus que des oppo­si­tions de cha­pelles (à condi­tion, évi­dem­ment, de s’entendre sur une sor­tie de l’euro), c’est que mes par­te­naires se pré­oc­cupent sérieu­se­ment des ques­tions démo­cra­tiques, et pas en égre­nant des cha­pe­lets, bien sûr.

    Réponse
  154. question

    L’i­mage du monde n’est pas le monde et c’est bien cela le piège car nous ne pou­vons perce-voir le monde que par image donc jamais de manière im-media-te, à moins d’être réa­li­sé comme disent cer­tains, mais ces réa­li­sés- là, ils ne se bous­culent pas au por­tillon, hein !

    Est-ce que cette loi de 1973 ne pour­rait pas s’ap­pa­ren­ter à la para­bole de la flèche empoi­son­née ? Ques­tion, juste une question.

    N’est-il pas plus judi­cieux plu­tôt que de se perdre dans des conjec­tures infi­nies sur le pour­quoi du com­ment de cette loi, n’est-il plus judi­cieux de l’en­le­ver, c’est à dire uti­li­ser toute cette éner­gie à son balayage ?

    Ques­tion, juste une question !

    Réponse
  155. question en ...

    Sam, tu dis : » ce sys­tème tient par ailleurs non pas même sur la com­pli­ci­té de la loi mais car­ré­ment sur le lais­ser-faire et le vide juri­dique. » bien sûr que oui, ce n’est pas tant ce que l’on fait que ce que l’on ne fait pas qui construit le monde, ce n’est pas tant ce que l’on dit que ce que l’on tait qui construit la pen­sée et le faire qui lui succède.

    C’est du retrait, du creux que le plein prend sa source, bigre ! il suf­fit de regar­der notre vie pour le constater !

    La fable à force d’être répé­tée finit par deve­nir une réa­li­té, car l’i­mage du monde c’est le pro­duit de la com­mu­ni­ca­tion, et les images ont le pou­voir de favo­ri­ser ou de mena­cer la vie. Qui détient ce pou­voir com­mu­ni­ca­tion­nel détient la créa­tion de ce monde qui finit par s’in­car­ner à force de répé­ti­tion ! Les men­songes à force d’être répé­tés disait Goeb­bels finissent par deve­nir des vérités !

    Réponse
  156. question en ...

    C’est un monde schi­zo­phrène Sam, où tout est fait pour qu’au­cun corps ne se ren­contre cha­cun enfer-mé dans sa boîte, et ça donne ce que tu décris, des légis­la­teurs qui ne savent rien de l’é­co­no­mie et inver­se­ment des pseu­do-éco­no­mètres qui ne connaissent rien des lois, c’est fait pour ça les spé­cia­li­sa­tions « es » ceci ou « es » cela, pour cou­per ce qui devrait être marié et pour sûr que ça divorce puisque ça n’est pas marié et les divorces ça fait mal pour les petits qui sont engen­drés par une telle parenté.

    Les spé­cia­li­sa­tions c’est fait pour que cha­cun parle de son monde sans ren­con­trer le monde pour de vrai.

    Cha­cun dans son monde à croire qu’il est le seul à com­prendre les tenants et les abou­tis­sants du sys­tème mais ils n’ont pas vu ces dits per­son­nages que tant qu’ils res­te­raient dans ce dit sys­tème ils seraient enfer-més à jamais dans ses struc­tures, et que s’ils y res­tent c’est parce qu’ils y ont un inté­rêt, c’est sur cet inté­rêt qu’il faut tra­vailler, il est le coeur du coeur de ce qui pulse à tra­vers toutes ces mal­fa­çons à mon avis.

    Réponse
  157. question en ...

    Et puis dans ce que tu dis Sam, il y a un dis­tin­go à faire pour sûr, entre savoir et comprendre.

    C’est pour­quoi nous avons des singes « savants » comme Jorion qui répètent sans com­prendre, un peu comme des perroquets.

    Mais savoir que le feu brûle ce n’est pas la même chose que sen­tir dans son corps, le feu qui imprime une sen­sa­tion dou­lou­reuse qui nous fait sen­tir à jamais ce que brû­ler veut dire.

    Et là, et seule­ment là, on fait la dif­fé­rence entre le savoir des mots et le com­prendre des maux du corps, c’est toute la dif­fé­rence, mais elle est de poids.

    Réponse
  158. question en ...

    Et puis le mythe Sam, ça ren­voie à muthos, ce qui es tu mais qui cherche à se dire par ce biais-là. L’i­nef­fable qui devient fable pour que la fable devienne fabu­leuse, n’est-ce-pas le cas au regard d’une cer­taine perspective ?

    Réponse
  159. Ana Sailland

    Ques­tions « ano­dines » d’une béo­tienne 😉
    Quels sont les dis­po­si­tions légis­la­tives qui auto­risent les banques pri­vées à qua­si battre mon­naie (scrip­tu­rale)?
    Quel texte les auto­rise à « moné­ti­ser des actifs » (et des actifs futurs) ?
    Nous savons que par exemple la NEF ne dis­pose pas de ce droit => Base légale du monopole ?

    Réponse
  160. Ana Sailland

    Car si le frein aux banques cen­trales est assez clair, le feu vert offert au sec­teur pri­vé méri­te­rait d’être mis sous la loupe.

    (Le hold up dont la vie est vic­time étant fon­dé sur cette double bizar­re­rie : frein aux banques cen­trales et liber­té aux banques pri­vées)

    Réponse
  161. question en ...

    Pro­cé­dons par ana­lo­gie avec nous-mêmes, frein aux banques cen­trales et liber­té aux banques pri­vées Chère ana, c’est le prin­cipe même de notre être qui nous fait nous mou­voir, vers ce que l’on aime et nous éloi­gner de ce que l’on réprouve, tout dépend de QUI est au com­mande du bateau.

    Il fau­dra qu’ad­vienne le para–doxe pour récon­ci­lier les deux termes, le Nord et le Sud.

    Et si l’on osait soi­gner le sys­tème à coup d’in­jonc­tion paradoxale ?

    Réponse
  162. question en ...

     » si tu désires voir, apprends à agir » Heinz von Foerster

    Réponse
  163. question en ...

    C’est bien sou­vent ce qui crève les yeux que nous avons du mal sai­sir. Cher­cher à com­prendre le méca­nisme du com­man­de­ment, c’est cher­cher à chan­ger l’i­mage du monde en ten­tant de le com­prendre. Mais c’est oublier que les images ça ne se crée pas avec le cer­veau gauche de la rai­son rai­son­nante, mais avec le cer­veau droit de ce qui résonne en nous. La force de ce sys­tème, c’est de l’a­voir compris !

    Réponse
  164. J.C

    L’o­ri­gine de l’en­det­te­ment outre­passe allè­gre­ment la ques­tion de la loi de 1973.
    à par­tir du moment ou l’on donne le mono­pole de la créa­tion moné­taire aux banques et que l’on auto­rise celles-ci à pra­ti­quer l’u­sure, on leur per­met impli­ci­te­ment de prendre le contrôle à terme de tout ce qui peut être acheté.

    Les banques ne prêtent pas l’argent pour rem­bour­ser les inté­rêts. pour cela, il faut contrac­ter une nou­velle dette auprès des banques. le cycle d’en­det­te­ment est ain­si enclenché.

    Bien ami­ca­le­ment

    J.c

    Réponse
  165. Étienne

    J’ai reçu ça en MP sur FB, d’Adrien Abau­zit :

    Il est vrai que l’É­tat pou­vait s’en­det­ter auprès du pri­vé avant la loi de 73 mais ceci était réser­vé aux PARTICULIERS.

    Ain­si par exemple, jus­qu’à la pre­mière guerre mon­diale, beau­coup de ménages fran­çais se ser­vaient du rem­bour­se­ment de la dette comme retraite, à une époque où aucun sys­tème de retraite n’exis­tait. L’in­fla­tion géné­rée par la guerre a mis fin à ce système.

    De même, ponc­tuel­le­ment dans l’his­toire de France, de grands emprunts pri­vés ont été lan­cés par les gou­ver­ne­ments (ex Pinay, 1952, 1958). Mais là encore, ces emprunts visaient les PARTICULIERS.

    Ce que fait la loi de 73 en réa­li­té, c’est qu’elle créé un mar­ché obli­ga­taire inter­ban­caire, DONC OUVERT AUX BANQUES par défi­ni­tion.…

    Gis­card d’ailleurs le confesse dans sa réponse à AJH.

    Donc la loi de 73 n’est pas la pri­va­ti­sa­tion de la créa­tion moné­taire, mais l’é­lar­gis­se­ment aux banques de la pri­va­ti­sa­tion monétaire. 

    Bref, la vraie inno­va­tion de cette loi, j’y reviens, est la mise en place d’un mar­ché obli­ga­taire interbancaire.

    La loi de 73 a donc fait entrer le loup dans la bergerie : 

    SANS LOI DE 73, LES BANQUES N’AURAIENT PAS PU PRÊTER À L’ÉTAT.

    P.S : dans sa réponse, VGE évoque la créa­tion de ce nou­veau marché :

    http://vge-europe.eu/index.php?post%2F2008%2F07%2F25%2FReponse-de-VGE

    Réponse
  166. Morpheus

    Bonne ques­tion de Ana, je trouve.

    Mais il y a déjà une réponse, en tout cas après 1973 et en Europe (UE) : c’est d’a­bord le trai­té de Maas­tricht (1993), sui­vi du trai­té d’Am­ster­dam (1999), sui­vi du trai­té de Nice (2003) et enfin le trai­té de Lis­bonne (2007), chaque trai­té sup­plan­tant le précédant.

    Les articles en ques­tion sont le 104 du trai­té de Maas­tricht rem­pla­cé par le 123 du trai­té de Lis­bonne.

    La BCE (qui est un conglo­mé­rat de banques pri­vées et n’a stric­te­ment rien de public, et qui est stric­te­ment indé­pen­dante des gou­ver­ne­ments des États membres de l’UE) peut de ce fait prê­ter de l’argent à d’autres banques pri­vées à des taux d’in­té­rêts très bas (0.5%, par exemple), tan­dis qu’elle ne peut pas prê­ter aux états eux-mêmes ; ces der­niers sont donc contraint d’emprunter aux banques pri­vées qui, elles, le font à des taux lar­ge­ment supé­rieurs (5 à 7% dans les meilleurs cas … jus­qu’à 15, 20 ou 25% comme pour la Grèce dans les mau­vaises conjonc­tures)(*), soit en géné­ral avec une marge béné­fi­ciaire nette de 5 à 10 fois leur coût dans les bonnes situa­tions, et de 15 à 50 fois leurs coûts pour des prêts à des pays comme la Grèce !

    C’est très pré­ci­sé­ment ce qu’il se passe en ce moment. L’ar­naque et le scan­dale sont visible comme un élé­phant dans un maga­sin de por­ce­laine … Mais comme on n’a stric­te­ment aucun pou­voir (et les affreux ont tous les pou­voirs – com­ment on dit déjà ? … Ah oui : OMNIPOTENTS …), on ne peut rien y faire, sinon crier haro sur le bau­det… En vain jusqu’ici.

    Cor­dia­le­ment,
    Morpheus

    (*) En 2009 (je crois), la Bel­gique avait d’ailleurs choi­si, plu­tôt que de réem­prun­ter à la BCE pour finan­cer notam­ment le rachat de Dexia Bel­gium, d’é­mettre des bons d’é­tat publics à des taux de 3.5% à 4.5%, infé­rieurs au taux deman­dé par les banques, qui étaient de 6% à 7.5%, donc plus chers. Cer­tains, à la BCE, avaient grin­cé des dents, mais ils ne pou­vaient rien y faire (rien n’empêche un État d’é­mettre des bons d’É­tat sur les mar­chés publics). C’é­tait une bonne solu­tion pour les « épar­gnants » (notez les guille­mets, évi­de­ment volon­taires), puisque le taux de l’é­pargne clas­sique étaient à ce moment là ridi­cu­le­ment bas (de 1.5% sur les comptes d’é­pargne, soit moi­tié moindre que l’in­fla­tion à 3% – en d’autres termes, l’é­pargne, dans une telle conjonc­ture, est de l’argent fon­dant…)

    Réponse
  167. RHC

    Bon­soir,

    Mer­ci Sam pour le par­tage de vos réflexions.

    Peut être hors sujet ou un autre angle de vision, je vous laisse appré­cier les com­men­taires des per­sonnes à pro­pos de ces « gens ». 
    Cepen­dant, les com­men­taires s’adressent prin­ci­pa­le­ment au citoyen américain.

    Bob Alte­meyer est un pro­fes­seur de psy­cho­lo­gie à la retraite qui a pas­sé la plu­part de sa vie à étudier 
    l’au­to­ri­ta­risme.

    Ain­si :

    « Ceux qui ont un score éle­vé (au test qui mesure les traits des meneurs auto­ri­ta­ristes) sont enclins à être inti­mi­dants, impi­toyables et vin­di­ca­tifs. Ils méprisent les actes nobles comme aider autrui et être gen­til, cha­ri­table et indul­gent. À l’in­verse, ils seraient plu­tôt craints qu’ai­més et consi­dé­rés comme vicieux, cruels et ven­geurs. Ils aiment le pou­voir, y com­pris le pou­voir de bles­ser dans leur course vers le som­met… Les domi­na­teurs sociaux admettent donc, ano­ny­me­ment, s’ef­for­cer de mani­pu­ler les autres et être mal­hon­nêtes, hypo­crites, déloyaux et amo­raux. C’est comme si l’on pre­nait la devise Scout (« Un Scout est hon­nête, loyal, ser­viable, aimable… ») et la trans­for­mait en son exact opposé. »

    Au sujet de la poli­tique amé­ri­caine et la façon dont les meneurs auto­ri­ta­ristes appré­hendent le reste du monde, il disait ainsi :

    « Un magni­fique exemple, lar­ge­ment pas­sé à l’as, de l’ar­ro­gance qui s’en­sui­vit (11 sep­tembre 2001) fusa en 2002 quand l’ad­mi­nis­tra­tion (Bush) refu­sa de rati­fier la Cour Pénale Internationale. 

    Cette juri­dic­tion fut éta­blie par plus d’une cen­taine de nations, dont pra­ti­que­ment tous les alliés des États-Unis, pour pour­suivre les indi­vi­dus accu­sés de géno­cide, de crimes contre l’hu­ma­ni­té et ain­si de suite dans les cas où le pays pour le compte duquel ils ont agi n’au­rait pas la volon­té ou la com­pé­tence d’en­tre­prendre lui-même des poursuites. 
    C’est un tri­bu­nal « de der­nier res­sort » dans la défense de la race humaine contre la brutalité. 

    Pour­quoi diable les États-Unis, l’un des orga­ni­sa­teurs du Pro­cès de Nurem­berg et concep­teurs du chef d’ac­cu­sa­tion de « crimes contre l’hu­ma­ni­té », ne veut rien avoir à faire avec cet accord ? 

    La moti­va­tion ne devint claire qu’ultérieurement. 

    Non seule­ment l’A­mé­rique a‑t-elle refu­sé de rati­fier le trai­té, mais en 2002, le Congrès a adop­té une loi qui per­met aux États-Unis de punir les nations qui ne se sont pas jointes à l’ef­fort inter­na­tio­nal de pour­suivre les pires crimes qui pour­raient être com­mis ! Vous par­lez de faire l’im­por­tant et qui plus est, d’une manière qui a insul­té presque chaque ami qu’on peut avoir sur la planète. »

    L’Autre expli­ca­tion alter­na­tive de Lobac­zews­ki (Psy­chiatre polonais):

    « Depuis quelques années, de plus en plus de psy­cho­logues, psy­chiatres et autres tra­vailleurs du sec­teur de la san­té men­tale, com­mencent à regar­der ces choses autre­ment, en réponse aux ques­tions sur l’é­tat de notre monde et la pos­si­bi­li­té de l’exis­tence de dif­fé­rences essen­tielles entre des indi­vi­dus comme George W. Bush et ses « Néo-conser­va­teurs », et le reste d’entre nous.

    Nous avons aus­si réa­li­sé que les pro­fils qui émer­geaient décri­vaient aus­si assez pré­ci­sé­ment de nom­breux indi­vi­dus en recherche de posi­tions de pou­voir et d’au­to­ri­té, par­ti­cu­liè­re­ment dans la poli­tique et le com­merce. Cela n’est pas tel­le­ment sur­pre­nant, mais hon­nê­te­ment, cela ne nous était jamais venu à l’es­prit avant de voir les modèles et de les recon­naître dans les com­por­te­ments de nom­breuses figures his­to­riques, et récem­ment aus­si dans ceux de George W. Bush et de cer­tains membres de son admi­nis­tra­tion… La poli­tique, par sa nature, aurait même ten­dance à atti­rer davan­tage de « domi­na­teurs » que d’autres domaines d’ac­ti­vi­té. Cela est très logique, et nous avons com­men­cé à réa­li­ser que ce n’é­tait pas seule­ment logique, c’é­tait aus­si hor­ri­ble­ment exact ; hor­ri­ble­ment, parce que ces patho­lo­gies chez des gens au pou­voir peuvent avoir des effets dévas­ta­teurs sur tous ceux qui sont sous le contrôle de ces malades. »

    Bar­ry Lynn ne parle pas de psy­cho­lo­gie et n’u­ti­lise aucune ter­mi­no­lo­gie psychologique :

    http://​dis​si​dent​voice​.org/​2​0​1​0​/​0​3​/​b​a​r​r​y​-​c​-​l​y​n​n​s​-​c​o​r​n​e​r​e​d​-​t​h​e​-​n​e​w​-​m​o​n​o​p​o​l​y​-​c​a​p​i​t​a​l​i​s​m​-​a​n​d​-​t​h​e​-​e​c​o​n​o​m​i​c​s​-​o​f​-​d​e​s​t​r​u​c​t​i​on/

    « Durant la der­nière géné­ra­tion, on nous a appris à croire en une phi­lo­so­phie de ce qu’on appelle par­fois « fon­da­men­ta­lisme du mar­ché-libre »… Cette phi­lo­so­phie est conçue non pas pour éclai­rer les phé­no­mènes réels mais pour cacher la réelle uti­li­sa­tion que font les riches d’ins­ti­tu­tions créées par l’homme, tels les socié­tés et les mar­chés – et par­fois même notre propre gou­ver­ne­ment – pour s’emparer de nos biens et de nos liber­tés…

    Mon objec­tif est de nous recon­nec­ter à notre com­pré­hen­sion tra­di­tion­nelle de la façon dont les mar­chés opèrent et des buts qu’ils pour­suivent, pour ain­si res­tau­rer notre capa­ci­té à uti­li­ser les mar­chés pour aider à pro­té­ger nos inté­rêts les plus importants. »

    À pro­pos des Sui­veurs Autoritaristes

    Alte­meyer explique :

    « Ils sortent châ­tier le pécheur, ils se délectent d’être « le bras du Sei­gneur »… ce qui sug­gère que les sui­veurs auto­ri­ta­ristes ont un petit vol­can d’hos­ti­li­té qui bouillonne en eux et qui cherche un moyen (sûr, approu­vé) d’en­trer en éruption…

    Ils évitent géné­ra­le­ment tout ce qui se rap­proche d’un com­bat équi­table. Au lieu de cela, ils agressent lors­qu’ils croient que le droit et la force sont de leur côté. « Droit » pour eux signi­fie, plus que n’im­porte quoi d’autre, que leur hos­ti­li­té est (dans leur esprit) ava­li­sée par l’au­to­ri­té éta­blie ou sou­te­nue par une telle auto­ri­té. « Force » signi­fie qu’ils ont un énorme avan­tage phy­sique sur leur cible, en termes d’ar­me­ment ou en nombre, comme lors d’un lyn­chage. Il est frap­pant à quel point l’a­gres­sion auto­ri­ta­riste se pro­duit sou­vent de manières obs­cure et lâche, dans l’obs­cu­ri­té, par des lâches qui plus tard feront tout leur pos­sible pour évi­ter la res­pon­sa­bi­li­té de leurs actes. Femmes, enfants et autres per­sonnes inca­pables de se défendre elles-mêmes sont les vic­times typiques. Encore plus frap­pant, les assaillants se sentent géné­ra­le­ment mora­le­ment supé­rieurs aux per­sonnes qu’ils agressent dans un com­bat déloyal… »

    L’ex­pli­ca­tion de Lobac­zew­ki :

    « Le phé­no­mène du sui­veur auto­ri­ta­riste s’ex­plique par davan­tage que la simple crédulité. 

    Pou­vez-vous ima­gi­ner John Yoo, Alber­to Gon­zales, ou David Petraeus allant à l’en­contre de George W. Bush sur n’im­porte quel sujet lors­qu’il était au pouvoir ? 
    Cela aurait été hau­te­ment impro­bable car leur haute posi­tion de pou­voir dépen­dait entiè­re­ment de toute l’éner­gie qu’ils dépen­saient à anti­ci­per les besoins et à satis­faire leur « leader ». 

    George Bush a com­men­cé de la même façon. En tant que gou­ver­neur du Texas, tous ses efforts por­taient vers la satis­fac­tion de ses petits copains des grandes entre­prises. En retour, ils le récom­pen­sèrent géné­reu­se­ment en assu­rant sa richesse maté­rielle et en ser­vant de base poli­tique pour sa course à la présidence. »

    Sui­veurs ? À la mode ?

    Ami­ca­le­ment,

    Réponse
  168. RHC

    Le com­bat prio­ri­taire semble vrai­ment l’ins­tau­ra­tion de la vraie démo­cra­tie, un peu naïf peut être.

    Trois mots me viennent à l’esprit : 
    « Com­prendre ou Dis­pa­raître ».

    Réponse
  169. Ana Sailland

    @Étienne

    Sa vidéo est intéressante :
    http://​www​.dai​ly​mo​tion​.com/​v​i​d​e​o​/​x​p​e​h​b​q​_​e​n​t​r​e​t​i​e​n​-​a​v​e​c​-​n​i​c​o​l​a​s​-​a​b​a​u​z​i​t​_​n​e​w​s​#​.​U​O​f​Q​Z​6​x​P​_qc


    Entre­tien avec Adrien Abau­zit par Meca­no­po­lis

    Et Mor­pheus devrait aimer la fin de cette vidéo 😉

    ;;;;;;;;;;;;;;;

    @Morpheus

    Tu me réponds sur le blo­cage du prêt des banques cen­trales aux états, demi tenaille plus qu’ex­plo­rée, mais ce que je pro­po­sais c’est d’ap­pro­fon­dir l’autre branche, le cadeau mons­trueux aban­don­né aux banques —et à elles seules— de créer cette mon­naie (éphé­mère mais presque mon­naie unique) qu’est l’argent dette :

    l’his­toire des orfèvres qui prêtent plus qu’ils n’ont est inté­res­sante en tant que réfé­rence his­to­rique et géné­tique, expli­ca­tion d’un laxisme natu­rel qui cer­tai­ne­ment fut un cer­tain temps subrep­tice, non légi­fé­ré, mais ce qui serait utile c’est de savoir quand l’in­sane devient légal, de connaître la genèse puis l’é­vo­lu­tion des lois qui cer­tai­ne­ment encadrent la sang­sue ins­ti­tu­tion­nelle, et sur­tout QUI a vou­lu que ce droit de sucer soit ; et soit monopolistique.

    Car enfin, au delà de l’in­di­gna­tion ou de la cri­tique, chaque fois qu’un par­le­ment ou une com­mis­sion euro­péenne enté­rine le crime, notre volon­té démo­crate s’en­ri­chit d’un argu­ment à offrir au public. C’est là selon moi le sens de nos débats, ral­liés au panache blanc de la cause des causes hihi.

    Réponse
  170. Ana Sailland

    @RHC Oui

    Réponse
  171. Sam

    L’é­lé­phant dans le cor­ri­dor (1 – quelques rappels)

    ques­tion en …, RHC, ce sont là des décryp­tages et illus­tra­tions très per­ti­nentes. Je me per­met­trais juste de les com­plé­ter en reve­nant à des consi­dé­ra­tions plus « pro­saïques », je veux dire à une lec­ture qui tient les objets juri­diques pour des trucs spé­cia­le­ment déter­mi­nants… Bref, en repar­tant pour ain­si dire, de la ques­tion des ques­tions… du moins au sens du thème géné­ral du forum d’Étienne.

    Fai­sant cela, je cherche sur­tout à répondre le plus direc­te­ment et le plus clai­re­ment pos­sible à la ques­tion d’Ana.

    En même temps, je tâche de faire suite à une demande d’É­tienne dont la fatigue, hier soir, l’au­rait un peu empê­ché de com­prendre mon mes­sage… Je mets du condi­tion­nel car en réa­li­té, toute la par­tie qu’il a sur­li­gné en jaune, celle qui pointe direc­te­ment la ques­tion cen­trale dans l’af­faire, cela fait belle lurette qu’il l’a assi­mi­lée. Seule­ment, lorsque c’est trop gros on finit par ne plus s’é­ton­ner. Quant à la fatigue, je met­trais plu­tôt ça sur le compte d’une inévi­table dis­per­sion… Main­te­nant, je ne pré­tends pas avoir été d’une assez grande clarté.

    La réponse à la ques­tion d’A­na, je venais de la don­ner dans mon der­nier mes­sage, en gras, à la fin de la longue par­tie qu’É­tienne a sur­li­gnée en jaune :

    « de fait, la loi ne dit nulle part que les banques peuvent créer (de) la mon­naie, elle ne fait qu’obliger les banques à rem­bour­ser à vue… »

    Sauf qu’en écri­vant « à vue » (j’au­rais du écrire : « sur simple demande ») je me suis affreu­se­ment mal expri­mé : le choix du terme abou­tit même à un pur contre­sens… Ce terme évoque jus­te­ment la notion de « dépôt à vue » dont le détour­ne­ment du sens est au centre de la grande super­che­rie. Mais tant mieux, ce sera très bien pour reprendre l’explication.

    Car l’i­dée de « dépôt à vue » devrait signi­fier pré­ci­sé­ment que la mon­naie que chaque client dépose dans une banque, cette der­nière devrait être en mesure de lui prou­ver à chaque ins­tant qu’elle la garde bien dans son coffre. Or ce qui carac­té­rise pré­ci­sé­ment le sys­tème dit de « réserves frac­tion­naires », c’est que n’est pas le cas.

    Les « réserves frac­tion­naires », cela veut dire ni plus ni moins que la mon­naie que les banques ne créent pas elles-mêmes ne repré­sente qu’une frac­tion des dépôts comp­ta­bi­li­sés comme tels dans les comptes de leurs clients.

    Ou encore, ce qui revient stric­te­ment au même et est consti­tu­tif du même méca­nisme, cela veut dire que la mon­naie que les banques prêtent, elles la créent, pure­ment et sim­ple­ment. Seule­ment, quand celui qui l’emprunte paie, avec, ses achats à une autre per­sonne, celle-ci apporte à son tour cette mon­naie à sa banque, ce qui fait que cette banque peut consi­dé­rer ce mon­tant comme un nou­veau dépôt. Or cette mon­naie vient d’être créée par une banque.

    Je rap­pelle la généa­lo­gie du phé­no­mène pour Ana (qui devrait vrai­ment l’as­si­mi­ler). A l’o­ri­gine (depuis le XVIIe siècle), le phé­no­mène vient tout sim­ple­ment du fait que le plus gros de ces dépôts, les « orfèvres » qui les héber­geaient (les banques, par la suite) se sont mis à les prê­ter à d’autres clients.

    D’a­bord, ça arran­geait beau­coup leurs clients (qui étaient essen­tiel­le­ment des com­mer­çants) de ne pas trim­bal­ler de l’or, ou autres objets pré­cieux auquel tout un cha­cun attri­buait de la valeur, mais une image garan­tie de cet or ou de ces objet, laquelle image n’é­tait autre que le papier sur lequel une banque attes­tait qu’elle tenait ces dépôts dans le coffre de tel client.

    Et comme cer­taines banques offraient des réseaux géo­gra­phi­que­ment éten­dus, par­fois inter­na­tio­naux, fon­dés sur cer­taine confiance par­ta­gée entre ban­quiers, les clients trou­vaient même inté­rêt le plus sou­vent à s’é­chan­ger ces images, autre­ment dit à les accep­ter elles-mêmes comme moyen de paie­ment. Il suf­fi­sait de chan­ger le nom du pro­prié­taire du dépôt sur le papier de la banque, ce qui s’ap­pelle endos­ser (un chèque, une créance).
    Par ailleurs, les banques ont pu aisé­ment consta­ter que sta­tis­ti­que­ment, les clients ne reti­raient jamais qu’une frac­tion mino­ri­taire de ces dépôts en même temps… (c’est d’ailleurs une évi­dence, sinon il n’y aurait jus­te­ment pas d’in­té­rêt à faire des dépôts dans des banques). D’où l’i­dée d’en uti­li­ser une grande par­tie pour la prê­ter à d’autres clients. Ni vu ni connu, quoique la chose sera peu à peu com­prise mais aus­si et sur­tout admise.

    Enfin, les banques ont déve­lop­pé cette pra­tique, grâce à une « inno­va­tion finan­cière » impli­quant deux points tech­niques en particulier : 
    1. au lieu de sépa­rer les coffres des clients, on mit l’en­semble des dépôts dans un même coffre, et la situa­tion était cen­sée être garan­tie du fait que les banques attes­taient de ces dépôts en remet­tant un papier à chaque client déposant ; 
    2. puis ces mêmes papiers eux-mêmes furent pour ain­si dire décou­pés au sens où, quitte à se ser­vir sur­tout de la qua­si mon­naie papier des banques, donc à la consa­crer de fait comme mon­naie, on trou­va évi­dem­ment pra­tique de pou­voir écrire des mon­tants ronds sur ces papiers
    plu­tôt qu’être réduits à ne pou­voir échan­ger que des mon­tants fixes mais quel­conques asso­ciés au volume des dépôts que tel incon­nu avait eu un jour, lui, à sa banque.

    Ce qui fit que les images des dépôts, c.à.d. les papiers por­tant les recon­nais­sances de dette des banques envers les dépo­sants, allaient de plus en plus être uti­li­sées à la place de la mon­naie léga­le­ment recon­nue comme telle, et que les banques allaient bien sûr aug­men­ter encore leur pou­voir démul­ti­pli­ca­teur de créa­tion monétaire.

    C’é­tait ain­si à l’o­ri­gine mais la chose est en fait par­fai­te­ment trans­po­sable au pré­sent, même si la mon­naie fidu­ciaire a chan­gé de nature (en somme, de l’or elle est pas­sée aux billets « de banque » dont la banque cen­trale a le mono­pole de l’émission).

    Ce que je notais pré­cé­dem­ment, c’est que la loi n’a jamais auto­ri­sé expres­sé­ment les banques à avoir cette pra­tique, et d’ailleurs « le bons sens pay­san » sem­ble­rait plu­tôt dire qu’elle le leur inter­dit impli­ci­te­ment. Les banques ont sim­ple­ment déve­lop­pé une pra­tique qui ne leur était pas inter­dit expres­sé­ment.… et qui ne leur a jamais été for­mel­le­ment inter­dite ensuite, sans pour­tant jamais leur être auto­ri­sée expres­sé­ment non plus.

    Ce qui n’empêche pas, j’a­jou­tais, les profs d’é­co­no­mie d’en­sei­gner cette « évi­dence » à leurs élèves. Tan­dis que cette même « évi­dence », disais-je encore, tout se passe comme si le légis­la­teur ne la savait pas.
    On doit bien sûr reve­nir encore et tou­jours sur ce noeud capi­tal. Je pour­suis un peu.

    Je fais à ce stade une nou­velle obser­va­tion qui me paraît éga­le­ment impor­tante. « La mon­naie que les banques ne créent pas elles-mêmes », c’est quoi au juste ? A vrai dire, fata­le­ment, ce n’est pas for­cé­ment celle que le sou­ve­rain crée lui-même, ni même celle dont lui seul auto­rise la créa­tion. Et c’est bien là tout le pro­blème, pour voir les choses sous un angle un peu différent.

    On peut noter de même que la notion de « cours légal » donne tout autant matière à réflexion… et au demeu­rant, si on com­pare le sens des mots aux faits, elle sem­ble­rait avoir elle aus­si subi une grave dis­tor­sion de sens. Le cours légal d’une mon­naie, ça signi­fie que le sou­ve­rain inter­dit à tout citoyen de refu­ser cette mon­naie comme moyen de paie­ment (dans le même temps, il s’en­gage en quelque sorte à accep­ter lui-même cette mon­naie pour le règle­ment des impôts).

    Par « sou­ve­rain », évi­dem­ment, je désigne « les pou­voirs publics »… mais toute la ques­tion est sur­tout de savoir ce que c’est au juste…

    Du reste, « à l’o­ri­gine », avec une mon­naie dont la valeur recon­nue est sup­po­sée être liée essen­tiel­le­ment à la quan­ti­té de métaux pré­cieux qu’elle contient, on voit que ce serait très sim­pliste de dire que le sou­ve­rain décrète ce qu’il veut s’a­gis­sant de don­ner de la valeur à telle monnaie.

    Plus lar­ge­ment, il faut ouvrir encore une autre « paren­thèse » autour de la notion de « cours for­cé ». En trois mots, le terme signi­fie que l’É­tat décrète que nul citoyen ne peut lui récla­mer l’é­change de la mon­naie légale contre des métaux pré­cieux ou telle autre matière dont la valeur recon­nue ne peut pas être fixée par le sou­ve­rain. Notez bien le « peut », et voyez comme on est avancés…

    D’un côté, « les mar­chés », sans attendre que l’É­tat fixe les cours ou influe des­sus, défi­nissent une valeur à un tas de choses. Or on pour­rait par exemple se ser­vir de la mon­naie fro­mage. On pour­rait même ima­gi­ner exi­ger le rem­bour­se­ment en fro­mages de la mon­naie papier que sont les billets… Mais de l’autre côté, rien n’empêche le légis­la­teur, à tout moment, d’ad­mi­nis­trer le cours du fro­mage. Autre­ment dit, la contre­par­tie inter­dite de la mon­naie ayant cours for­cé sem­ble­rait être for­cé­ment des res­sources natu­relles rares…

    … ce qui ne nous avance pas beau­coup non plus. Pour se figu­rer le même pro­blème de fond, pre­nons l’exemple des expé­di­tions pour l’or lan­cées sous pavillon royal ou non, ou encore celui d’un roi d’une île du Paci­fique qui décrè­te­rait que la mon­naie ce sont tels coquillages : quel jeu pour­rait-il jouer ou devrait-il jouer en termes de rela­tions avec les pêcheurs de coquillage et sur­tout avec les pro­prié­taires de bateaux ? D’ailleurs, ne peut-il pas réqui­si­tion­ner sys­té­ma­ti­que­ment les bateaux et les offrir à tel ministre de sa cour, du moins sur le papier ? Etc.

    On peut sim­ple­ment admettre comme défi­ni­tion légi­time géné­rale que la mon­naie que ne créent pas les banques, fina­le­ment, c’est la mon­naie que le sou­ve­rain a expres­sé­ment dési­gnée comme ayant « cours légal »… Nous ne sommes ain­si guère avan­cés en pra­tique. Mais si cette conclu­sion d’é­tape était juste, la dis­tinc­tion qu’elle intro­duit autour du carac­tère soit expli­cite soit impli­cite de la loi consti­tue­rait un énorme pro­grès du point de vue du constat qu’il s’a­git de por­ter sur le ter­rain juridique.

    En pra­tique, la ques­tion est bien sûr de savoir à quel point et par le biais de quels arti­fices exac­te­ment le Droit trompe le peuple. Et ce que je vous invi­tais à noter en par­ti­cu­lier, c’est un para­doxe que je sug­gé­rais, après avoir fait réfé­rence au méchant bouf­fon Jorion.

    Je venais de conclure, donc, que la loi, par son silence étour­dis­sant, ignore pure­ment et sim­ple­ment la créa­tion de mon­naie par les banques. En ce sens, donc, il semble qu’elle ne la consi­dère pas comme une mon­naie ayant cours légal, au sens conven­tion­nel du mot, ce qui impli­que­rait qu’elle ne recon­naît expres­sé­ment comme mon­naie ayant cours légal que celle que créée la Banque de France, à qui elle attri­bue vague­ment le mono­pole de la créa­tion des « billets » et des « pièces » (libel­lées en francs) (oublions ici l’é­chelle euro­péenne qui n’im­porte pas pour cette ana­lyse), ce qui veut dire encore qu’elle laisse entendre aux citoyens qu’ils n’ont qu’à se démer­der avec les banques s’ils sont assez igno­rants pour croire qu’elles les lais­se­ront en toutes occa­sion récu­pé­rer la tota­li­té de leurs dépôts sur simple demande. C’est l’a­na­lyse du bouf­fon Jorion, anthro­po­logue de marché…

    Or la pré­su­mée conven­tion géné­rale, qui s’ex­prime en par­ti­cu­lier par cette « évi­dence » que les profs d’é­co­no­mie apprennent à leurs élèves, et par ailleurs la réa­li­té des faits (puisque les banques créent au pré­sent à peu près toute la mon­naie et qu’au­cun tri­bu­nal ne les pour­suit pour cela), sug­gère bien au contraire que la mon­naie que créent les banques a cours légal…

    Ce qui devrait jus­te­ment nous ame­ner à poser la ques­tion : au nom de quelle dis­po­si­tion légis­la­tive expresse enseigne-t-on que la mon­naie créée par les banques de dépôt a cours légal ? 

    Réponse : aucune.

    Donc une autre ques­tion : la loi dit-elle que la mon­naie créée par les banques a cours légal ? Oui et non. 
    Non, car elle ne l’é­crit nulle part. 
    Oui, parce qu’elle oblige de fait les citoyens à avoir un compte en banque pour accé­der aux moyens de dépôt (notam­ment pour le ver­se­ment de leurs salaires) et de règle­ment (exemple bien connu : au-delà d’un pla­fond on ne peut pas payer ses impôts en liquide). 
    Autre indice par­mi d’autres, le fait qu’à l’ap­proche de la grande crise la loi se mette à garan­tir expres­sé­ment la cou­ver­ture par l’É­tat des dépôts… jus­qu’à un cer­tain montant. 
    Un indice qui sou­lève d’ailleurs autant de ques­tions qu’il donne de réponse… mais qui nous confirme en tous cas que la loi donne de fait cours légal à une par­tie des dépôts ban­caires qui est net­te­ment supé­rieure en volume à M0, autre­ment dit à la seule mon­naie dont on pour­rait croire à pre­mière vue qu’elle est expli­ci­te­ment recon­nue comme telle par la loi.

    Réponse
  172. phil82

    Jean-Claude Tri­chet
    La légende du grand argentier

    Par Lhaik Corinne, publié le 8 juin 2000 dans l’EXPRESS

    Gou­ver­neur de la Banque de France, mais d’a­bord défen­seur du franc fort et arti­san de l’eu­ro, l’homme clef de la poli­tique éco­no­mique depuis qua­torze ans peut-il tré­bu­cher sur l’af­faire du Cré­dit lyonnais ?

    En 1996, deux jour­na­listes de Libé­ra­tion, Eric Aeschi­mann et Pas­cal Riché, consacrent un livre à la poli­tique du franc fort menée depuis 1989 (1). Quel est le per­son­nage le plus cité ? Fran­çois Mit­ter­rand, Pierre Béré­go­voy, Edouard Bal­la­dur ? Non. C’est Jean-Claude Tri­chet, men­tion­né 115 fois, selon l’in­dex de l’ou­vrage, contre 94 pour Béré­go­voy. Com­ment un haut fonc­tion­naire peut-il occu­per tant d’es­pace, incar­ner à ce point la poli­tique éco­no­mique de la France ?

    « La force de Tri­chet tient dans la déstruc­tu­ra­tion des ins­ti­tu­tions de la Ve Répu­blique, avec une alter­nance plus rapide des gou­ver­ne­ments. Les hauts fonc­tion­naires tiennent la bou­tique et donc le haut du pavé », estime Nico­las Bave­rez, ancien conseiller de Phi­lippe Séguin. 

    L’ad­mi­nis­tra­tion forte parce que les poli­tiques faibles ? Le cas Tri­chet est peut-être moins simple. 
    Suc­ces­si­ve­ment direc­teur du cabi­net d’E­douard Bal­la­dur (1986−1987), direc­teur du Tré­sor (1987−1993) puis gou­ver­neur de la Banque de France, il s’est for­gé une convic­tion et l’a « ven­due » aux politiques. 
    Voi­là deux sep­ten­nats qu’il séduit toute la famille, tel le héros de Théo­rème, de Pasolini. 
    Mais il n’au­rait pas réus­si ce tour de force si les poli­tiques n’a­vaient pas nour­ri un pro­jet – qui est le leur et pas celui de Tri­chet : la construc­tion moné­taire euro­péenne.
    Cet objec­tif éco­no­mique et géo­po­li­tique et celui – pure­ment éco­no­mique – de Jean-Claude Tri­chet sup­po­saient le même che­mi­ne­ment : la sta­bi­li­té de la mon­naie. Elle sera le via­tique de la gauche et de la droite. Les adver­saires de ce choix y ver­ront le triomphe d’une « pen­sée unique », alors que Jean-Claude Tri­chet parle de « consen­sus multipartisan ».

    Mais le magis­tère de ce haut fonc­tion­naire ne s’ex­plique pas seule­ment par l’His­toire. Il y a le per­son­nage. On dit de cer­taines actrices qu’elles savent prendre la lumière. Tri­chet, lui, sait cap­ter le pou­voir : en 1993, il quitte un Tré­sor en perte de vitesse pour une Banque de France indé­pen­dante du pou­voir poli­tique et donc toute-puis­sante.

    Le 1er mai 1998, l’eu­ro est offi­ciel­le­ment lan­cé et la Banque cen­trale euro­péenne (BCE), à Franc­fort, char­gée de le gérer. Voi­là la Banque de France trans­for­mée en mau­so­lée du défunt franc… Mais Tri­chet ne sera pas un eunuque moné­taire. Le len­de­main, le 2 mai, il est dési­gné pour suc­cé­der à Wim Dui­sen­berg, pré­sident de la BCE, après 2002.

    L’his­toire en est là lorsque, le 28 avril der­nier, Jean-Claude Tri­chet annonce lui-même sa mise en exa­men par le juge Jean-Pierre Zano­to. L’an­cien direc­teur du Tré­sor est soup­çon­né d’a­voir fal­si­fié les comptes du Cré­dit lyon­nais, où l’un de ses col­la­bo­ra­teurs, Jean-Pas­cal Beau­fret, éga­le­ment mis en exa­men, repré­sen­tait l’E­tat action­naire. Le futur pré­sident de la BCE pour­ra-t-il occu­per ce poste s’il fer­raille en même temps avec la justice ?

    Jean-Claude Tri­chet devient un homme public en 1986, quand Edouard Bal­la­dur, nou­veau ministre de l’Économie, le choi­sit comme direc­teur de cabi­net. Il est recom­man­dé par Jacques Fried­mann, conseiller de Bal­la­dur, qui l’a repé­ré lors­qu’il était chef de l’Ins­pec­tion des finances (le corps choi­si en prio­ri­té par les meilleurs élèves de l’E­NA). Fried­mann se prend d’in­té­rêt pour une pro­mo­tion de six jeunes fonc­tion­naires. Par­mi eux, Michel Bon, actuel patron de France Télé­com, Marc Tes­sier (PDG de France Télé­vi­sion) et Jean-Claude Trichet.

    La théo­rie de la « dés­in­fla­tion compétitive »

    En bon « dir­cab », Tri­chet applique la poli­tique de son ministre. Il n’a pas par­ti­ci­pé à son éla­bo­ra­tion, avant les légis­la­tives de mars 1986, mais y adhère à 100%. Lui qui était membre du PSU et a flir­té avec le PS dans ses années d’é­tudes, il a fait son aggior­na­men­to libé­ral. Il pri­va­tise, libère les prix et le cré­dit avec plaisir.

    Mais il déva­lue aus­si à deux reprises ! Dès son arri­vée, Edouard Bal­la­dur décide d’un réajus­te­ment du franc (insuf­fi­sant, il devra être renou­ve­lé en jan­vier 1987). Futur « aya­tol­lah du franc fort », Jean-Claude Tri­chet aura donc mené la der­nière déva­lua­tion.
    Qu’en dit l’in­té­res­sé aujourd’­hui ? « Ce furent des évé­ne­ments très dou­lou­reux. Nous avons pu mettre au point un plan d’ac­com­pa­gne­ment qui a réus­si, puisque nous n’a­vons plus jamais dévalué. » 
    Effec­ti­ve­ment, le 1er jan­vier 1999, date de nais­sance de l’eu­ro, la pari­té offi­cielle franc-mark était la même que celle de jan­vier 1987, 1 mark pour 3,35 francs. 

    À cette époque, Jean-Claude Tri­chet com­mence à s’ap­pro­prier la théo­rie qu’il « ven­dra » suc­ces­si­ve­ment à tous les poli­tiques : la « dés­in­fla­tion com­pé­ti­tive ». Cette savante expres­sion désigne tout sim­ple­ment la poli­tique sui­vie depuis 1983, date où la France décide de res­ter dans le Sys­tème moné­taire euro­péen (SME), donc arri­mée au deutsche mark. C’est Jean-Bap­tiste de Fou­cauld, ancien du cabi­net de Jacques Delors, ministre de l’É­co­no­mie, qui, en 1986, for­mule ce concept et invente ces mots. Tri­chet s’en fera le péda­gogue et le met­teur en scène zélé. De quoi s’a­git-il ? En gros, pour qu’une éco­no­mie vende ses pro­duits, il faut qu’ils coûtent le moins cher pos­sible. Donc l’in­fla­tion doit être faible et la mon­naie forte. Pour­quoi ? Parce que cela per­met d’im­por­ter à moindres prix et de béné­fi­cier de taux d’in­té­rêt bas, une mon­naie forte ins­pi­rant davan­tage confiance.

    En 1988, Pierre Béré­go­voy revient aux Finances, minis­tère qu’il a occu­pé de 1984 à 1986. 
    Entre-temps, Jean-Claude Tri­chet est deve­nu direc­teur du Tré­sor. Un poste hyper­sen­sible.
    Pierre Béré­go­voy a‑t-il eu la ten­ta­tion de se défaire de ce très bal­la­du­rien fonc­tion­naire ? En tout cas, l’in­té­res­sé a remis son poste à dis­po­si­tion en rap­pe­lant ses convictions. 
    Il sou­ligne qu’il va bien­tôt être enten­du par la Com­mis­sion d’en­quête sur les pri­va­ti­sa­tions et qu’il défen­dra ces der­nières. « Faites selon votre conscience », répon­dra le ministre. 
    Les éven­tuels doutes de Pierre Béré­go­voy se dis­si­pe­ront com­plè­te­ment quand son direc­teur du Tré­sor, expert en démi­nage de situa­tions déses­pé­rées, l’ai­de­ra à sor­tir de l’af­faire de la Socié­té géné­rale : le ministre de l’É­co­no­mie avait com­man­di­té une attaque finan­cière contre cette banque.

    Dès lors, les liens entre les deux hommes sont solides. Cela dit, Béré­go­voy s’est convain­cu tout seul de la néces­si­té d’une mon­naie forte : le ministre est per­sua­dé que celle-ci est indis­pen­sable pour par­ler d’é­gal à égal avec l’Al­le­magne. Pour la théo­rie éco­no­mique, il se tourne vers son direc­teur du Tré­sor. « Jean-Claude Tri­chet est l’hé­ri­tier d’une tra­di­tion de poli­tique du franc fort qui remonte à Poin­ca­ré, estime Hen­ri Emma­nuel­li, pré­sident de la com­mis­sion des Finances de l’As­sem­blée natio­nale. Mit­ter­rand y a adhé­ré pour des rai­sons euro­péennes et géo­po­li­tiques. Je ne suis pas sûr qu’il en ait mesu­ré les consé­quences éco­no­miques et sociales. »

    Jus­qu’en 1991–1992, cette ques­tion se pose assez peu. La crois­sance semble là et Jean-Claude Tri­chet dirige une admi­nis­tra­tion encore puis­sante, la direc­tion du Tré­sor. Le fonc­tion­ne­ment de cette petite équipe (envi­ron 430 per­sonnes) est très révé­la­teur du per­son­nage Tri­chet. Au Tré­sor, il y aura eu l’a­vant-JC et l’a­près-JC. La troupe adore son chef. Il sait la mobi­li­ser – « Il y a beau­coup de neu­rones, ici, mais pas assez de synapses », a‑t-il cou­tume de dire – la faire réflé­chir et l’é­cou­ter. Il est capable de chan­ger d’a­vis, si on lui donne de bons argu­ments, avec une ten­dance à oublier ce qu’il pen­sait au préa­lable. « Mais il oublie vrai­ment », note un haut fonctionnaire.

    Cette pru­dence admi­nis­tra­tive qui le caractérise.

    On peut tout lui dire. En 1989, l’un de ses col­la­bo­ra­teurs, Pierre Duquesne, aujourd’­hui conseiller de Lio­nel Jos­pin, à Mati­gnon, lui lance : « Cette mai­son est mal gérée. » « Je t’en confie la ges­tion », rétorque le direc­teur du Tré­sor. Il est vrai que Jean-Claude Tri­chet traîne une répu­ta­tion de piètre direc­teur des res­sources humaines. « Il disait oui à tout le monde et vous sor­tiez de son bureau avec la cer­ti­tude d’être le direc­teur du Tré­sor de l’an 2000. » Mais c’est un meneur d’hommes. « Quand je suis deve­nu chef du bureau de la zone franc (rela­tions moné­taires avec l’A­frique fran­co­phone), il a réus­si à me don­ner le sen­ti­ment que le sort de la Répu­blique repo­sait sur mes épaules », explique un ancien pou­lain de Tri­chet. Il connaît son monde par cœur. Pour com­mu­ni­quer par écrit avec ses subor­don­nés, il a mis au point un rituel et ne se trompe jamais : pour un chef de ser­vice (le rang juste après le sien), il men­tionne les ini­tiales de l’in­té­res­sé sou­li­gnées d’un trait ; un sous-direc­teur a droit à ses seules ini­tiales ; un chef de bureau, aux ini­tiales de son pré­nom sui­vies de son nom, le tout entre parenthèses. 

    Per­sonne ne l’a jamais sur­pris en excès de fan­tai­sie : même le tutoie­ment – les « tré­so­riens » y ont droit quand ils sont nom­més chefs de bureau – est régle­men­té. Tri­chet se livre peu, et reste tou­jours sur les sujets pro­fes­sion­nels. En toutes cir­cons­tances, il conserve cette pru­dence admi­nis­tra­tive qui le carac­té­rise. À preuve, cette anec­dote qui concerne sa femme, Aline Tri­chet, alors chef du ser­vice de la tra­duc­tion au minis­tère des Affaires étran­gères : en pleine guerre du Golfe, en 1991, le cabi­net de Roland Dumas, ministre des Affaires étran­gères, cherche à la joindre pour décryp­ter un télé­gramme russe. On appelle chez les Tri­chet, à 2 heures du matin, c’est Jean-Claude qui décroche. « Je vais voir si elle est là », répond le tou­jours direc­teur du Trésor…

    À la tête de la petite admi­nis­tra­tion, Jean-Claude Tri­chet consacre énor­mé­ment de temps à l’in­ter­na­tio­nal : réunions du G 7, conseil des ministres de l’Économie et des Finances euro­péens, négo­cia­tion du trai­té de Maas­tricht, ges­tion de la dette inter­na­tio­nale. Depuis 1985 et jus­qu’en 1993, il dirige le Club de Paris, qui regroupe les pays créan­ciers du tiers-monde et autres nations endet­tées. Il va ain­si gérer les crises polo­naise, égyp­tienne, bré­si­lienne, etc. Il fré­quente Fidel Cas­tro, Mikhaïl Gor­bat­chev… « C’est lui qui le pre­mier, en Occi­dent, a réus­si à éta­blir des liens avec la Rus­sie, à évi­ter qu’elle ne répu­die la dette de l’URSS. Et ce n’é­tait pas facile ! Je me rap­pelle cer­taines réunions où les Russes disaient : ?N’ou­bliez pas nos sous-marins nucléaires ? », raconte un haut fonctionnaire.

    Ce pal­ma­rès vaut à Jean-Claude Tri­chet d’être déco­ré de la Légion d’hon­neur dans huit pays dif­fé­rents. Les Amé­ri­cains saluent ses qua­li­tés, son rôle essen­tiel dans la créa­tion de l’eu­ro. « C’est l’un des meilleurs ven­deurs de la France », confie un offi­ciel. Tout récem­ment, le Wall Street Jour­nal a fait cam­pagne pour sa dési­gna­tion à la tête du Fonds moné­taire inter­na­tio­nal, pour suc­cé­der à Michel Camdessus.

    C’est dans son pays que Jean-Claude Tri­chet aura été un pro­phète contes­té. Que dit l’ac­cu­sa­tion ? Que sa poli­tique a aggra­vé la réces­sion qui frappe la France en 1993 et le chô­mage qui s’en­suit. À par­tir de 1990, l’Al­le­magne aug­mente ses taux d’in­té­rêt pour lut­ter contre la sur­chauffe pro­vo­quée par la réuni­fi­ca­tion. La France suit afin de main­te­nir la pari­té du franc face au mark.

    Or, pour com­battre le ralen­tis­se­ment de son éco­no­mie, sen­sible après la guerre du Golfe (au début de 1991), la France aurait besoin de taux d’in­té­rêt plus bas, d’argent moins cher. Pour­tant, la convic­tion de Tri­chet est inébran­lable : la déva­lua­tion est une fausse bonne solu­tion, elle se ter­mine tou­jours par une hausse des taux d’in­té­rêt. « Il ne s’a­git pas pour lui d’ac­cé­der à une forme d’or­tho­doxie moné­taire pour le plai­sir, plaide l’un de ses proches, mais de favo­ri­ser une crois­sance durable, donc la créa­tion d’emplois. » Seule­ment, cette stra­té­gie s’en­tend sur le long terme. Et les poli­tiques vivent dans l’ur­gence. Com­ment expli­quer qu’ils s’y soient fina­le­ment tous ral­liés ? Parce que ce che­min – si escar­pé soit-il – est aus­si celui qu’il faut prendre pour réa­li­ser la mon­naie unique euro­péenne, le grand œuvre de cette fin de siècle.

    Une ren­contre de la der­nière chance

    Le plus éton­nant est que Jean-Claude Tri­chet n’est pas, en tout cas au début, un fana­tique de cette idée. Il rêve d’un grand des­tin pour le franc : la réuni­fi­ca­tion (à par­tir de la fin de 1989) n’af­fai­blit-elle pas l’Al­le­magne ? Le franc ne peut-il pas pré­tendre rem­pla­cer le mark comme mon­naie phare de l’Eu­rope ? « Quand le choix de l’U­nion moné­taire est fait par les poli­tiques, on sent chez lui – de même que chez Pierre Béré­go­voy – une cer­taine nos­tal­gie à l’i­dée de voir le franc dis­pa­raître », note un haut fonc­tion­naire du Tré­sor. Mais Jean-Claude Tri­chet com­prend assez vite que la marche vers l’eu­ro (ce nom-là ne sera choi­si qu’à la fin de 1995) est un bon moyen d’ac­cé­lé­rer la conver­gence des pays euro­péens sur le modèle his­to­ri­que­ment exem­plaire, celui de l’Allemagne.

    Au début de 1991, Fran­çais et Alle­mands com­mencent à bâtir le futur trai­té de Maas­tricht (adop­té le 9 décembre 1991) à coups de réunions secrètes. Jean-Claude Tri­chet en sera l’ar­ti­san, côté fran­çais. Au début, il n’est pas favo­rable à ce que les banques cen­trales des pays de la future mon­naie unique deviennent indé­pen­dantes du pou­voir poli­tique. Mais les Alle­mands en font un préa­lable et il com­prend que cette conces­sion est inévi­table. Il ne la lâche­ra qu’a­vec la cer­ti­tude que ses par­te­naires sont prêts à aban­don­ner le mark pour l’eu­ro. Un jour, vers la fin de ces négo­cia­tions secrètes, il rentre à Paris, épui­sé, et lâche : « Pour­vu que l’on n’ait pas construit le pont de la rivière Kwaï. » Rare moment d’abandon…

    Car Tri­chet ne doute jamais. Sur cer­tains sujets – on vient de le voir – il change d’a­vis, évo­lue ou se ral­lie. Mais le cœur de sa convic­tion – la sta­bi­li­té des prix et de la mon­naie – est inat­ta­quable. Pen­dant la grande crise moné­taire de sep­tembre 1992, il va pas­ser de la théo­rie à la pra­tique. Le dimanche 20 sep­tembre 1992, les Fran­çais disent « oui » au trai­té de Maas­tricht. Mais un « oui » si petit (51,01%) que la spé­cu­la­tion s’en prend au franc. Pen­dant deux jours, le lun­di 21 et le mar­di 22, les Fran­çais vivent des heures folles. Jean-Claude Tri­chet se trouve à Washing­ton pour l’as­sem­blée géné­rale du FMI. Les Alle­mands aus­si, pour des rai­sons iden­tiques. Au même moment, Fran­çois Mit­ter­rand et le chan­ce­lier Hel­mut Kohl se voient à Paris pour une ren­contre pré­vue de longue date. L’Al­le­mand, convain­cu par le Fran­çais, décide d’ap­por­ter son sou­tien au franc. Mais les Alle­mands sont deux, le gou­ver­ne­ment et la Bun­des­bank. Diri­gée alors par l’in­flexible Hel­mut Schle­sin­ger, celle-ci ne veut pas dépen­ser ses pré­cieux marks pour ache­ter de la mon­naie française.

    Une ren­contre de la der­nière chance a lieu à l’hô­tel She­ra­ton de Washing­ton le mar­di 22. Elle com­mence par oppo­ser – c’est le cas de le dire – trois Fran­çais (Jean-Claude Tri­chet, Fran­cis Cap­pa­ne­ra, de la Banque de France, et Pierre Duquesne, de la direc­tion du Tré­sor) à sept Alle­mands (en par­ti­cu­lier Hel­mut Schle­sin­ger, son n° 2, Hans Tiet­meyer, Theo Wai­gel, ministre des Finances, et Horst Köh­ler, secré­taire d’E­tat). La Bun­des­bank annonce qu’elle refuse son sou­tien : « Quand on est dans la situa­tion du franc, on déva­lue. » Et d’in­sis­ter : « Que les gou­ver­ne­ments fassent ce qu’ils veulent de leur côté, moi je ne signe­rai rien. » Tri­chet se dit « stu­pé­fait » et « indi­gné ». Ces pro­pos sont contraires à l’es­prit des entre­tiens entre Kohl et Mit­ter­rand à Paris.

    La même poli­tique avec d’autres moyens

    La dif­fi­cul­té décuple son éner­gie. Car le direc­teur du Tré­sor aime les crises, le com­bat et l’o­deur de la poudre. Et de déployer toutes les facettes de son argu­men­ta­tion : ce n’est pas une ques­tion de fier­té et d’hon­neur, une déva­lua­tion serait infon­dée éco­no­mi­que­ment ; la France a bâti une stra­té­gie de mon­naie solide, d’in­fla­tion faible et de recherche de com­pé­ti­ti­vi­té, et elle entend la pour­suivre. Après plu­sieurs sus­pen­sions de séance, les par­ti­ci­pants fini­ront par mettre au point un « pro­to­cole opé­ra­tion­nel ». Ils rédigent le com­mu­ni­qué qui sera publié simul­ta­né­ment le jour sui­vant à Bonn, à Franc­fort et à Paris. Après quelques heures de sus­pense, la spé­cu­la­tion s’ar­rête. La par­tie est gagnée grâce à la force de convic­tion de Tri­chet, d’un côté ; mais aus­si à la déter­mi­na­tion tota­le­ment poli­tique de Kohl et de Mit­ter­rand, de l’autre.

    En août 1993, sous le gou­ver­ne­ment Bal­la­dur, nou­velle crise. Pour évi­ter la déva­lua­tion du franc, on l’au­to­rise à fluc­tuer plus lar­ge­ment autour de la pari­té offi­cielle : plus ou moins 15% au lieu de 2,25%. Immé­dia­te­ment, une ques­tion se pose : puisque le franc peut évo­luer avec davan­tage de liber­té, pour­quoi ne pas en pro­fi­ter pour bais­ser les taux d’in­té­rêt de manière volon­ta­riste ? Dans l’en­tou­rage de Bal­la­dur, cer­tains – comme Nico­las Sar­ko­zy, ministre du Bud­get, ou Alain Made­lin, ministre des PME – plaident pour cette option. Le Pre­mier ministre hésite, Jean-Claude Tri­chet sau­ra le convaincre : pas ques­tion de pré­ci­pi­ter le mou­ve­ment, cela risque de fra­gi­li­ser la mon­naie. Les faits lui donnent rai­son : en sep­tembre, le franc se redresse et les taux bais­se­ront naturellement.

    Le même mois, Jean-Claude Tri­chet est nom­mé gou­ver­neur de la Banque de France. Cet homme de l’ombre, si visible, devient offi­ciel­le­ment un per­son­nage public. Car l’ins­ti­tu­tion moné­taire acquiert, en jan­vier 1994, son indé­pen­dance par rap­port au pou­voir exé­cu­tif. Tri­chet conti­nue la même poli­tique avec d’autres moyens et… obli­ga­tions. Le gou­ver­neur décrit son rôle : « Je dois m’ex­pli­quer devant l’o­pi­nion, com­prendre que, dans une démo­cra­tie poli­tique qu’est une grande démo­cra­tie d’o­pi­nion, il est légi­time d’être cri­ti­qué et que les argu­ments d’au­to­ri­té ne sont pas accep­tables. » Alors, il reçoit : poli­tiques, syn­di­cats, à Paris et en pro­vince. Il invite régu­liè­re­ment les jour­na­listes à de célèbres petits déjeu­ners, où il dis­tri­bue ses non moins célèbres gra­phiques. Son pré­fé­ré : celui qui montre com­ment la com­pé­ti­ti­vi­té de l’é­co­no­mie fran­çaise s’est amé­lio­rée. Le pro­pos du gou­ver­neur est tou­jours « off the record » (il est inter­dit d’en citer l’au­teur), ce qui n’a guère d’im­por­tance : « on » ou « off », Tri­chet dit tou­jours la même chose.

    Il a le pou­voir ? Il l’exerce ! Peu à peu, Tri­chet se prend pour Tri­chet. Il reste, bien sûr, cet homme d’une exquise cour­toi­sie, atten­tif aux autres, capable de vous faire croire que vous êtes la per­sonne la plus impor­tante au monde. Mais il agace beau­coup avec ses gra­phiques, son ton pro­fes­so­ral et ce « consen­sus des grands ban­quiers cen­traux », dont il assomme les poli­tiques dubi­ta­tifs. Car tous dou­te­ront de ce qu’ils font ! Déjà, Pierre Béré­go­voy, face à la mon­tée du chô­mage et à l’ar­ri­vée de la réces­sion, était trou­blé. Edouard Bal­la­dur, lui, s’im­pa­tien­te­ra de la trop pru­dente baisse des taux menée par le gou­ver­neur de la Banque de France. Quant à Jacques Chi­rac, il n’est pas impa­tient, mais en ébul­li­tion ! Ses rap­ports avec Tri­chet com­mencent très mal. Il y a d’a­bord l’é­pi­sode de la lettre : à quelques jours du pre­mier tour de la pré­si­den­tielle de 1995, le can­di­dat Chi­rac lit à la télé­vi­sion les quelques lignes – bien choi­sies – d’une mis­sive que lui a envoyée le gou­ver­neur de la Banque de France. Un bre­vet de sagesse moné­taire ! Atta­qué par Edouard Bal­la­dur sur ce ter­rain, Chi­rac n’hé­site pas une seconde devant cette uti­li­sa­tion très poli­tique d’un cour­rier a prio­ri pri­vé. Et voi­là Tri­chet pié­gé : il paraît soit oppor­tu­niste – les son­dages donnent Chi­rac gagnant – soit naïf face au cynisme des politiques.

    Elu, Chi­rac ne com­prend pas pour­quoi le gou­ver­neur ne réduit par ses taux : Alain Jup­pé, Pre­mier ministre, ne vient-il pas de pré­sen­ter un col­lec­tif bud­gé­taire d’une rigueur exem­plaire ? Et puis Chi­rac n’aime pas Tri­chet, son côté poli­cé, son pas­sé bal­la­du­rien… Pour­tant, le 26 octobre 1995, il fera clai­re­ment allé­geance à cette poli­tique de rigueur, qu’il sou­te­nait jus­qu’a­lors du bout des lèvres. Et cela marche, les taux d’in­té­rêt fini­ront par bais­ser. Com­men­taire d’Hen­ri Guai­no, proche de Phi­lippe Séguin et de Charles Pas­qua, « anti­maas­trich­tien » mili­tant : « En 1995, Jacques Chi­rac n’a pas cru pou­voir chan­ger de cap, il a pen­sé qu’il lui était impos­sible de ne pas s’i­den­ti­fier à la rigueur. Il a recu­lé devant une autre poli­tique que beau­coup d’ex­perts offi­ciels pré­sen­taient comme un saut dans l’inconnu. »

    Aujourd’­hui, la France affiche une belle crois­sance, elle tire pro­fit de la dés­in­fla­tion com­pé­ti­tive et de la nais­sance de l’eu­ro. Mais l’in­ter­ro­ga­tion demeure : aurait-on pu par­ve­nir à ce même résul­tat avec un coût social moindre ? 

    Ou bien, comme l’af­firment les « tri­che­tistes », le remède eût-il été pire que le mal ? Faute de l’a­voir essayé, on ne le sau­ra jamais.

    En tout cas, les cri­tiques anti-Tri­chet se sont tues. On assiste à d’in­croyables retour­ne­ments en sa faveur, à com­men­cer par celui de Jacques Chi­rac. Avec la baisse des taux, à par­tir de 1995, l’ob­jet du litige s’es­tompe. Après une der­nière pous­sée de fièvre, le 14 juillet 1996 (voir page 166), les choses se nor­ma­lisent. Le contact s’é­ta­blit et il arrive aux deux hommes de par­ler « arts pre­miers », la pas­sion du pré­sident de la Répu­blique. De la coha­bi­ta­tion paci­fique, on va pas­ser au grand amour. Jacques Chi­rac ne veut pas se lais­ser impo­ser le choix du Néer­lan­dais Wim Dui­sen­berg comme pré­sident de la BCE. Il devient le VRP de Jean-Claude Tri­chet, seul Fran­çais capable d’exer­cer cette fonc­tion. Mais le Conseil euro­péen des 1er et 2 mai 1998, à Bruxelles, a bien du mal à trou­ver un com­pro­mis. En marge d’un déjeu­ner qui s’é­ter­nise, Jacques Chi­rac, Hel­mut Kohl et Tony Blair, le Pre­mier ministre bri­tan­nique, négo­cient. Pen­dant ce temps-là, les autres chefs d’E­tat et de gou­ver­ne­ment noient l’at­tente dans force alcools. Dans la soi­rée, Chi­rac dit à sa fille, Claude : « Appelle maman et pré­viens-la que je ne pour­rai pas être là pour la finale de la Coupe. » La nuit est bien avan­cée quand Yves-Thi­bault de Sil­guy, com­mis­saire euro­péen aux Affaires moné­taires, a une idée : pré­sen­ter Wim Dui­sen­berg à Jacques Chi­rac, qui ne le connaît pas. Entre hommes de bonne volon­té, on trouve une solu­tion : Dui­sen­berg sera le pre­mier pré­sident de la BCE, mais céde­ra « volon­tai­re­ment » sa place à Jean-Claude Tri­chet avant la fin de son man­dat offi­ciel de huit ans. La ces­sion se situe quelque part en 2002.

    Le der­nier ava­tar de l’af­faire du Lyonnais

    Voi­là cette pénible construc­tion aujourd’­hui mena­cée par le der­nier ava­tar de l’af­faire du Cré­dit lyon­nais. Et Chi­rac vic­time d’un redou­table effet boo­me­rang : la plainte judi­ciaire qu’il a déclen­chée en 1996 se retourne contre celui qu’il défen­dra avec tant d’a­char­ne­ment deux ans plus tard. Et auquel il rend aujourd’­hui hom­mage. Le 29 mai der­nier, la Banque de France fêtait son 200e anni­ver­saire. Sur le livre d’or de ce bicen­te­naire, le pré­sident de la Répu­blique a écrit : « En témoi­gnage de recon­nais­sance et d’es­time pour une action tou­jours exem­plaire au ser­vice de la France. Avec espoir et confiance. »

    Réponse
  173. question en ...

    Oui et non dis-tu Sam, c’est du quan­tique plein pot ce que tu for­mules, du para­doxe, ça veut dire que c’est au-des­sus de la vison binaire qu’on a, nous, sur le plan­cher de nos vaches quo­ti­diennes de cette fichue loi de 73 et d’autres encore !

    Alors for­cé­ment on ne com­prend rien, car nous, ma foi, on reste au niveau hori­zon­tal de lec­ture, celui du plan­cher des vaches, nor­mal, rien de plus nor­mal, mais là, comme tout para­doxe, ce oui et non, au lieu du oui ou non habi­tuel, ça vient fouet­ter notre enten­de­ment parce que c’est pas notre alpha­bet habituel.

    Notre alpha­bet habi­tuel c’est l’al­ter­na­tive même si l’al­ter­na­tive est sou­vent faus­sée c’est quand même elle notre éta­lon de lec­ture, mais là, on passe au degré du des­sus, c’est le oui et non qui récon­ci­lie, et si ça récon­ci­lie c’est parce que c’est au-des­sus du oui ou non, c’est l’o­ri­gine, la Cause ori­gi­nelle de la mani­fes­ta­tion et la mani­fes­ta­tion, c’est la loi de 73 et tut­ti quan­ti, l’ar­ticle du trai­té européen…

    Alors il faut se rap­pe­ler que jus­te­ment ce qui fait la dif­fé­rence entre la phy­sique clas­sique( par ana­lo­gie ici la loi de 1973, etc, etc) et la phy­sique quan­tique( cette loi qui sur­plombe la loi de 1973, son sub­strat, son essence pour­rait-on dire, ce dit qui se dit sans se dire et qui se fait sans se faire) c’est elle le moteur de notre affaire, la cause des causes, le coeur du coeur de l’énergie.

    Ses lois ne sont pas les mêmes, ses concepts non plus, c’est un autre monde qui vient englo­ber notre monde.

    C’est elle qui gou­verne tant qu’elle n’est pas détrô­née, mais pour qu’elle soit détrô­née, il faut déjà voir qu’elle existe, qu’elle est le moteur du bidule sur lequel beau­coup travaillent !

    Réponse
  174. A-J Holbecq

    Les réponses de Sam, les cita­tions de Phil sont des pépites qu’il ne fau­dra sur­tout pas lais­ser perdre : il faut sau­ve­gar­der ce billet en tota­li­té avec les commentaires !

    Mer­ci à vous deux et à tous les autres…

    Réponse
  175. question en ...

    Ne croyez pas que ce soit hors sujet.

    Dans la théo­rie des types logiques, on dif­fé­ren­cie la classe, des membres de la classe.

    Axiome essen­tiel, qui veut dire par exemple, que l’hu­ma­ni­té est la classe de tous les indi­vi­dus mais qu’elle n’est pas elle-même un membre de la classe.

    Un chan­ge­ment implique tou­jours un niveau immé­dia­te­ment supé­rieur, c’est ce que nous disait Ein­stein en nous disant que les pro­blèmes ne pou­vaient être réso­lus à l’in­té­rieur du sys­tème, qu’il fal­lait donc en sor­tir pour que le chan­ge­ment advienne sinon nen­ni, point de chan­ge­ment, juste des simi­li-chan­ge­ments, des alter­na­tives illu­soires en quelque sorte.

    ça veut dire qu’il faut faire un pas en dehors du cadre habi­tuel pour sor­tir du sys­tème qui régit nos lois quo­ti­diennes comme celle de 73, ou celle de l’ar­ticle 123 euro­péen, sinon on reste tou­jours à l’in­té­rieur de la pri­son, certes, il y a des condi­tions de vie dif­fé­rentes selon les pri­sons, mais une pri­son reste quand même une pri­son, non ?

    Et pour pas­ser d’un cadre à l’autre, d’un sys­tème à un autre, le hic, c’est que c’est comme dans le quan­tique, ça ne se fait qu’en sau­tant, le fameux saut quan­tique c’est ça, ça n’est pas linéaire, c’est un saut, c’est un risque donc, mais c’est le seul qui modi­fie le sys­tème lui-même, un peu comme un cauchemar.

    Le rêveur peut faire plu­sieurs choses en rêve, sau­ter, cou­rir, se cacher, se battre, mais rien ne le fait sor­tir de son cau­che­mar s’il ne réveille pas ! Pour sor­tir du cau­che­mar il faut pas­ser à l’é­tat de veille donc chan­ger radi­ca­le­ment d’é­tat de conscience

    Réponse
  176. phil82

    Der­nière lec­ture du pro­jet de loi « Banque de France » 
    à l’Assemblée Nationale 
    et au Sénat, le 18 décembre 1972.

    J’ai insé­ré entre les deux, une note rédi­gée par Jean-Yves HABERER, le 15 décembre 1972.

    Vous trou­ve­rez l’original de cette note publiée p.112 d’une thèse de Ben­ja­min LEMOINE inti­tu­lée, « Les valeurs de la dette – l’Etat à l’épreuve de la dette publique ».

    http://​pas​tel​.archives​-ouvertes​.fr/​d​o​c​s​/​0​0​/​7​1​/​2​2​/​8​4​/​P​D​F​/​T​H​E​I​_​S​E​_​B​E​N​J​A​M​I​N​_​L​E​M​O​I​N​E​_​L​E​S​_​V​A​L​E​U​R​S​_​D​E​_​L​A​_​D​E​T​T​E​.​pdf

    Deuxième et der­nière lec­ture de la loi « Banque de France 
    à l’Assemblée Natio­nale », le 18 décembre 1972 :

    « Après l’ar­ticle 24.

    M. le pré­sident. M. Capelle a pré­sen­té un amen­de­ment n° 3rectifié ain­si conçu :
    « Après l’ar­ticle 24, insé­rer le nou­vel article sui­vant : « Le Tré­sor public ne peut être pré­sen­ta­teur de ses propres effets à l’es­compte de la Banque de France. »

    La parole est à M .Capelle.

    M. Jean Capelle. Il s’a­git d’in­sé­rer après l’ar­ticle 24 une dis­po­si­tion intro­duite par le Sénat à l’ar­ticle 29 mais qui parait plus logi­que­ment devoir trou­ver sa place ici.

    L’a­dop­tion de cet amen­de­ment impli­que­ra celle de l’a­men­de­ment n°4 . En effet, l’a­men­de­ment n’ 3 rec­ti­fié reprend la sub­stance du deuxième ali­néa de l’ar­ticle 29 pour for­mer un nou­vel article après l’ar­ticle 24. La rédac­tion en est quelque peu dif­fé­rente, pour plus de clar­té, mais le fond n’est alté­ré en rien.

    Selon l’i­dée qui a conduit au dépôt de cet amen­de­ment, il doit être bien enten­du que les actions cau­tion­nées ne sont pas des effets au sens de l’ar­ticle 18. Dans le cas contraire, il y aurait quelque contra­dic­tion entre l’i­dée ajou­tée par le Sénat et l’ar­ticle 18 lui-même.

    M. le pré­sident. Quel est l’a­vis de la commission ?

    M. Guy Saba­tier, rap­por­teur géné­ral, la com­mis­sion est favorable.

    M. le pré­sident. Quel est l’a­vis du Gouvernement ?

    M. Jean Tait­tin­ger, secré­taire d’E­tat. Le Gou­ver­ne­ment est éga­le­ment favorable.

    M. le pré­sident. Je mets aux voix l’a­men­de­ment n° 3 rec­ti­fié, accep­té par la com­mis­sion et par le Gouvernement.
    (L’a­men­de­ment est adopté.)

    Article 29.

    M. le pré­sident. « Art. 29. — I. — Les opé­ra­tions de la banque sont régies par la légis­la­tion commerciale.
    « II. — Le Tré­sor public ne peut pré­sen­ter ses propres effets au rées­compte de l’ins­ti­tut d’émission. »
    M. Capelle a pré­sen­té un amen­de­ment n° 4 ain­si libellé :

    « Sup­pri­mer le deuxième ali­néa de l’ar­ticle 29. »

    L’a­dop­tion de cet amen­de­ment, mon­sieur le rap­por­teur géné­ral, est la consé­quence logique du vote qui vient d’intervenir ?

    M. Guy Saba­tier, rap­por­teur géné­ral. Nous sommes d’accord.

    M. Jean Tait­tin­ger, secré­taire d’E­tat. Le Gou­ver­ne­ment aussi.

    M. le pré­sident. Je mets aux voix l’a­men­de­ment n° 4.

    (L’amendement est adopté.)

    M. le pré­sident. Per­sonne ne demande plus la parole ?… Je mets aux voix l’ar­ticle 29, modi­fié par l’a­men­de­ment n° 4 :
    (L’ar­ticle 29, ain­si modi­fie, est adopté.)

    Article 35.

    M. le pré­sident. e Art. 35. —« Pour l’exé­cu­tion des mis­sions qui lui incombent en ver­tu de la pré­sente loi, la Banque de France peut ouvrir, dans ses écri­tures, des comptes qui ne peuvent pas pré­sen­ter un solde débi­teur non garanti. »
    Je suis sai­si de deux amen­de­ments identiques.
    L’a­men­de­ment n° 1 est pré­sen­té par MM. Regau­die, Boul­loche, Dar­dé et les membres du groupe socialiste.
    L’a­men­de­ment n° 5 est pré­sen­té par MM. Duco­lo­né, Pierre, Vil­lon et Léon Feix.
    Ces amen­de­ments sont ain­si rédigés :
    « Reprendre pour l’ar­ticle 35 le texte adop­té en pre­mière lec­ture par l’As­sem­blée et ain­si libellé :
    « La Banque de France ouvre, sur ses livres, des comptes cou­rants, des comptes de dépôts de fonds ou des comptes d’a­vance sur titres, à toute per­sonne offrant les garan­ties de sol­va­bi­li­té ou d’ho­no­ra­bi­li­té qu’elle juge conve­nables. Ces comptes ne peuvent pas pré­sen­ter un solde débi­teur non garanti. »

    La parole est à M. Charles Pri­vat, pour défendre l’a­men­de­ment n° 1.

    M. Charles Pri­vat. Mon­sieur le pré­sident, cet amen­de­ment tend à réta­blir les dis­po­si­tions votées en pre­mière lec­ture par l’As­sem­blée natio­nale, après l’a­dop­tion de l’a­men­de­ment n° 13 de la com­mis­sion des finances.

    M. le pré­sident. La parole est à M. Duco­lo­né, pour défendre l’amendement n° 5.

    M. Guy Duco­lo­né. Mon­sieur le pré­sident, notre amen­de­ment, en pro­po­sant le retour aux dis­po­si­tions intro­duites par l’As­sem­blée natio­nale en pre­mière lec­ture, tend à main­te­nir à la Banque de France ses acti­vi­tés actuelles.
    En effet, si nous accep­tions l’a­men­de­ment voté par le Sénat on lais­se­rait pla­ner un doute sur notre volon­té de faire jouer à la Banque de France la tota­li­té de son rôle, puisque, à la limite, on lui dénie­rait la pos­si­bi­li­té de contrô­ler l’ac­ti­vi­té d’une clien­tèle ins­ti­tu­tion­nelle qui lui revient de droit, comme les entre­prises natio­nales, les com­pa­gnies ‑d’as­su­rances, les notaires. En fin de compte, on peut même se deman­der si l’on ne ten­te­rait pas ain­si d’empêcher l’ins­ti­tut d’é­mis­sion de rem­plir plei­ne­ment ses devoirs en cas de vic­toire de l’union de la gauche. (Sou­rires sur les bancs de L’u­nion des démo­crates pour la République.)

    M. Pierre-Charles Krieg : Ils vendent la peau de l’ours avant de l’a­voir tué !

    M. le pré­sident. Quel est l’a­vis de la com­mis­sion sur ces deux amendements ?

    M.-Guy Saba­tier, rap­por­teur géné­ral. Je tiens à ras­su­rer tout de suite M. Duco­lo­né : dans l’hy­po­thèse extraordinaire. ..

    M. Guy Duco­lo­né. Mais tout à fait possible !

    M. Guy Saba­tier, rap­por­teur géné­ral .… De la vic­toire de l’u­nion de la gauche, je peux lui affir­mer que nous n’a­vons pas de mau­vaises inten­tions par le tru­che­ment de la Banque de France.

    M. Pierre-Charles Krieg : Reli­sez La Fon­taine, mon­sieur Ducoloné !

    M. Guy Saba­tier, rap­por­teur géné­ral. Mais accep­ter ces amen­de­ments serait créer la seule dif­fi­cul­té entre le Sénat et nous, car celle à laquelle j’ai fait allu­sion tout à l’heure à pro­pos de l’ar­ticle 1er va, je crois, se résoudre par un accord. Si l’on réta­blis­sait le texte adop­té en pre­mière lec­ture par l’As­sem­blée en adop­tant le texte des amen­de­ments d’o­ri­gine socia­liste et com­mu­niste, on crée­rait une dif­fi­cul­té alors qu’un accord entre les deux assem­blées est en vue sans trop d’efforts.

    En effet, que demande le Sénat ? De sub­sti­tuer à la for­mule que nous avions employée la rédac­tion sui­vante : « Pour l’exé­cu­tion des mis­sions qui lui incombent.., la Banque de France peut ouvrir dans ses écri­tures ». C’est une pos­si­bi­li­té pour la Banque rie France d’ou­vrir les comptes qu’il lui parait conve­nable de tenir. Ce n’est plus une obli­ga­tion comme cela sem­blait être le cas dans le texte voté en pre­mière lec­ture. En adop­tant celui du Sénat on ren­force l’au­to­no­mie de la Banque, auto­no­mie en faveur de laquelle socia­listes et com­mu­nistes se sont beau­coup pro­di­gués lors de la pre­mière lec­ture. C’est pour­quoi je demande à l’As­sem­blée de s’en tenir à la rédac­tion du Sénat.

    M. le pré­sident. La parole est à M. le secré­taire d’Etat.

    M. Jean Tait­tin­ger, secré­taire d’Etat. L’ar­ticle 35, tel qu’il est sou­mis à votre appro­ba­tion, avait fait l’ob­jet devant le Sénat d’un amen­de­ment du Gou­ver­ne­ment pour tenir compte du désir expri­mé par l’As­sem­blée en pre­mière lecture.

    Le Gou­ver­ne­ment sou­haite donc l’a­dop­tion de cet article dans la rédac­tion approu­vée par le Sénat, et émet un avis défa­vo­rable aux amen­de­ments de MM. ‑Boul­loche et Ducoloné.

    M. le pré­sident. Je mets aux voix le texte des amen­de­ments n°. 1 et 5.

    Sur l’a­men­de­ment n° 5 et, par voie de consé­quence, sur l’a­men­de­ment n° 1, je suis sai­si par le groupe com­mu­niste d’une demande de scru­tin public.

    Le scru­tin va être annon­cé dans l’en­semble du Palais et sera ouvert dans cinq minutes.

    M. le pré­sident. Je prie Mmes et MM. les dépu­tés de bien vou­loir rega­gner leur place. Le scru­tin est ouvert.
    (Il est pro­cé­dé au scrutin.)

    M. le pré­sident. Per­sonne ne demande plus à voter ?

    Le scru­tin est clos.
    Voi­ci le résul­tat du scrutin :
    Nombre de votants 455
    Nombre de suf­frages expri­més 428
    Majo­ri­té abso­lue 215
    Pour l’a­dop­tion 131
    Contre 297
    L’As­sem­blée natio­nale n’a pas adopté.
    Per­sonne ne demande plus la parole ?
    Je mets aux voix l’ar­ticle 35.
    (L’article 35 est adopté.)
    M. le pré­sident. Per­sonne ne demande plus la parole ?
    Je mets aux voix l’en­semble du pro­jet de loi.

    M. Guy Déco­lo­né . Le groupe com­mu­niste vote contre.

    M. Charles Pri­vat. Le groupe socia­liste également.

    (L’en­semble du pro­jet de loi est adopté.) ».


    Note pour le ministre » 
    signée de Jean-Yves HABERER 
    chef de ser­vice au nom du Direc­teur du Trésor, 
    Claude-Pierre Brossolette, 
    à des­ti­na­tion du ministre des finances (1).

    « J’estime par consé­quent, qu’il convient de reve­nir à la rédac­tion votée par l’assemblée Nationale.

    II – Article 29.-

    Le Sénat a ajou­té à cet article une for­mule emprun­tée à une loi du 24 juillet 1936, selon laquelle 
    « le tré­sor public ne peut pré­sen­ter ses propres effets au rées­compte de l’Institut d’Emission. »

    Cette for­mule appelle plu­sieurs obser­va­tions de forme et de fond :

    - Elle emploie deux mots désuets qui ne figurent nulle part ailleurs dans le pro­jet de loi : « rées­compte » (la banque escompte, elle ne rées­compte pas : cf. les articles 24 et 25) ; et « Ins­ti­tut d’Emission », déno­mi­na­tion cou­rante au XIXème siècle et écar­tée du nou­veau sta­tut, d’autant plus que la mon­naie Banque de France ne repré­sente que 15% de la masse monétaire.

    - Son inter­pré­ta­tion à l’article 29 (qui assu­jet­tit le Banque à la légis­la­tion com­mer­ciale) est ridi­cule.

    - La for­mule avait été impo­sée par Joseph Caillaux au temps du Front Popu­laire, époque où la dette publique a atteint son record, en pour­cen­tage du P.N.B. Elle était si aveugle qu’elle fut pri­vée de tout effet par le Décret-Loi du 17 juin 1938, texte qui a fon­dé et fonde encore les inter­ven­tions de la Banque de France sur le mar­ché moné­taire. Ce Décret-Loi s’est bor­né à dire que « les achats de valeurs négo­ciables par la Banque de France ne peuvent être faits au pro­fit du Trésor ».

    - Lais­ser sub­sis­ter l’amendement du sénat revien­drait à accré­di­ter l’idée qu’un désac­cord est pos­sible entre la Banque de France et le Tré­sor sur ce point, ce quoi n’est pas le cas.

    - L’amendement du Sénat contre­dit la liber­té très large et très moderne que l’article 24 confère à la Banque de France : « la Banque de France peut escomp­ter, acqué­rir, vendre ou prendre en gage des créances de l’État, les entre­prises et les par­ti­cu­liers dans les condi­tions qu’elle juge néces­saire pour atteindre les objec­tifs de la poli­tique moné­taire, et en tenant compte de la situa­tion par­ti­cu­lière des deman­deurs et des présentateurs ».

    - L’amendement du sénat mutile les pos­si­bi­li­tés conjonc­tu­relles ouvertes par une vraie poli­tique d’Open-Market. C’est pour­quoi aucune dis­po­si­tion de cette nature n’existe aux Etats-Unis et en Angle­terre, ou, la Banque Cen­trale peut sous­crire des titres publics à leur émission.


    Adop­tion du pro­jet de loi « Banque de France » 
    en 3ème lec­ture au Sénat, le 18 décembre 1972.

    BANQUE DE France

    Adop­tion d’un pro­jet de loi en troi­sième lecture.

    M. le pré­sident. Le dos­sier du pro­jet de loi ten­dant à la mise en œuvre de l’ac­tion­na­riat du per­son­nel dans les banques natio­nales et les entre­prises natio­nales d’as­su­rances n’é­tant pas tout à fait prêt, le Gou­ver­ne­ment accep­te­rait-il que nous exa­mi­nions main­te­nant le pro­jet de loi modi­fiant le sta­tut de la Banque de France ?

    M. Jean Tait­tin­ger, secré­taire d’E­tat au bud­get. Cer­tai­ne­ment, mon­sieur le président.

    M. le pré­sident. En consé­quence, l’ordre du jour appelle la dis­cus­sion en troi­sième lec­ture du pro­jet de loi, modi­fié par l’As­sem­blée natio­nale en deuxième lec­ture, sur la Banque de France. [N°’ 3, 36, 85 et 119 (1972–1973).]

    Dans la dis­cus­sion géné­rale, la parole est à M. le rap­por­teur général.

    M. Yvon Cou­dé du Fores­to, rap­por­teur géné­ral de la com­mis­sion des finances, du contrôle bud­gé­taire et des comptes éco­no­miques de la nation. Mon­sieur le pré­sident, mon­sieur le secré­taire d’État, mes chers col­lègues, sur le texte concer­nant la Banque de France, un cer­tain nombre d’ar­ticles res­taient en discussion.

    À l’ar­ticle ter, l’As­sem­blée natio­nale pro­po­sait de dire que, dans le cadre de la défi­ni­tion qu’elle lui avait don­née « la Banque de France reçoit de l’État la mis­sion géné­rale de veiller…», etc. Nous pro­po­sions de dire que « la Banque de France à la mis­sion géné­rale de veiller », etc.

    Le second article en dis­cus­sion concer­nait la nomi­na­tion des membres du conseil géné­ral. Nous avions sou­hai­té que la déci­sion fût prise en conseil des ministres et non pas sim­ple­ment par le ministre de l’é­co­no­mie et des finances. Ce texte a été adop­té conforme par l’As­sem­blée nationale.

    Nous avions, d’autre part, intro­duit à l’ar­ticle 29 un second ali­néa indi­quant : « le Tré­sor public ne peut pré­sen­ter ses propres effets au rées­compte de l’Ins­ti­tut d’é­mis­sion ». L’As­sem­blée natio­nale, sui­vant l’a­vis du Gou­ver­ne­ment — avis d’ailleurs curieux, mon­sieur le secré­taire d’E­tat — en a fait un article nou­veau. Sa rédac­tion ne nous choque pas, c’est le pro­cé­dé qui nous inquiète un peu. Cet article serait ain­si rédi­gé : « Le Tré­sor public ne peut être pré­sen­ta­teur de ses propres effets à l’es­compte de la Banque de France ». Des puristes nous ont d’ailleurs fait remar­quer que le terme « pré­sen­ta­teur » s’ap­pli­quait davan­tage à la télé­vi­sion qu’au Tré­sor public ; simple remarque pour la petite his­toire. (Sou­rires.)

    Enfin, res­tait en dis­cus­sion l’ar­ticle 35 qui, comme vous le savez, défi­nis­sait les opé­ra­tions aux­quelles la Banque de France pou­vait se livrer. Vous savez qu’en pre­mière lec­ture, l’As­sem­blée natio­nale nous avait envoyé un texte d’o­ri­gine par­le­men­taire, qui don­nait à l’Ins­ti­tut d’é­mis­sion le pou­voir et même lui fai­sait obli­ga­tion d’o­pé­rer comme les banques nationalisées.

    Nous avions fait remar­quer alors qu’à par­tir du moment où l’ar­ticle 1er sti­pu­lait que la Banque de France était un orga­nisme dif­fé­rent des autres, il parais­sait anor­mal de vou­loir lui impo­ser exac­te­ment les mêmes règles qu’aux autres banques. En fait rien ne lui inter­dit de les appli­quer, ce que plu­sieurs de ses suc­cur­sales, par­ti­cu­liè­re­ment une que je connais bien, font cou­ram­ment, même si c’est sur une petite échelle. Nous avions sup­pri­mé cet ali­néa qui n’a pas été réta­bli par l’As­sem­blée nationale.

    Res­tent en litige, si j’ose dire, deux articles. L’ar­ticle 1er que la com­mis­sion des finances vous pro­pose d’a­dop­ter dans le texte que nous vient de l’As­sem­blée nationale.

    Quant à l’ar­ticle 29, qui est deve­nu par la grâce du Gou­ver­ne­ment et la béné­dic­tion de l’As­sem­blée natio­nale, l’ar­ticle 24 bis…

    M. Jean Tait­tin­ger, secré­taire d’E­tat au bud­get. C’est l’in­verse, mon­sieur le rap­por­teur géné­ral. Cette modi­fi­ca­tion est d’o­ri­gine parlementaire.

    M. Yvon Cou­dé du Fores­to, rap­por­teur géné­ral. …comme il reprend le texte que nous avions pro­po­sé, nous nous y réfé­rons aus­si et la com­mis­sion des finances vous en recom­mande l’adoption.

    M. le pré­sident. Per­sonne ne demande plus la parole dans la dis­cus­sion générale ?…

    La dis­cus­sion géné­rale est close.

    Je rap­pelle qu’aux termes de l’ar­ticle 42, ali­néa 9, du règle­ment à par­tir de la deuxième lec­ture au Sénat des pro­jets ou pro­po­si­tions de loi, la dis­cus­sion des articles est limi­tée à ceux pour les­quels les deux Chambres du Par­le­ment n’ont pas encore adop­té un texte identique.

    Seuls les articles 1er, 24 bis et 29 font l’ob­jet d’une troi­sième lecture.

    Article 1er
    M. le pré­sident. « Art. 1er. – La Banque de France est l’ins­ti­tu­tion qui, dans le cadre de la poli­tique éco­no­mique et finan­cière de la Nation, reçoit de l’État la mis­sion géné­rale de veiller sur la mon­naie et le cré­dit. À ce titre, elle veille au bon fonc­tion­ne­ment du sys­tème bancaire. »

    Per­sonne ne demande la parole ?…

    Je mets aux voix l’ar­ticle 1er.
    (L’ar­ticle t er est adopté.)

    Article 24 bis.
    M. le pré­sident. « Art. 24 bis. — Le Tré­sor public ne peut être pré­sen­ta­teur de ses propres effets à l’es­compte de la Banque de France. » — (Adop­té.)

    Article 29.
    M. le pré­sident. « Art. 29. — Les opé­ra­tions de la banque sont régies par la légis­la­tion commerciale. »
    La parole est à M. le rap­por­teur général.

    M. Yvon Cou­dé du Fores­to, rap­por­teur géné­ral. On a ampu­té l’ar­ticle 29 d’un para­graphe pour en faire un article 24 bis, au mépris de toutes les règles normales !

    M. le pré­sident. Per­sonne ne demande plus la parole ?…

    Je mets aux voix l’ar­ticle 29.
    (L’ar­ticle 29 est adopté.)
    M. le pré­sident. Per­sonne ne demande la parole ?…
    Je mets aux voix l’en­semble du pro­jet de loi.
    (Le pro­jet de loi est adopté.)

    Réponse
  177. phil82

    Michel CAMDESSUS vu d’ailleurs…

    La nou­velle du départ de Michel Cam­des­sus du Fonds moné­taire inter­na­tio­nal (FMI) n’a pas, pour para­phra­ser Ovide, occul­té le « farouche bruit que font dans le cré­pus­cule les chênes qu’on abat pour le bûcher » des pauvres. Elle n’a pas non plus fait taire les cris des sup­pli­ciés, car ils savent que ces bûche­rons qu’évoquait le poète à pro­pos d’Hercule, et des­quels le direc­teur géné­ral du FMI fut, il y en aura tou­jours. Ils se sont bous­cu­lés au por­tillon des chan­cel­le­ries pour lui suc­cé­der ; mais ils auront bien du mal à éga­ler son zèle au ser­vice de l’argent et de ses détenteurs.

    En tant que direc­teur du Tré­sor fran­çais, puis gou­ver­neur de la Banque de France, Michel Cam­des­sus a eu la haute main sur les poli­tiques éco­no­miques et finan­cières des anciennes colo­nies fran­çaises d’Afrique, grâce au FRANC CFA.

    L’énarque et l’inspecteur des finances qu’il était ne pou­vait igno­rer les effets dévas­ta­teurs qui résul­te­raient de la per­pé­tua­tion de cette relique coloniale.

    En se voyant impo­ser une mon­naie unique alors qu’ils n’opéraient plus au sein du mar­ché com­mun fédé­ral mis sur pied par la France pour maxi­mi­ser l’exploitation de ses colo­nies, les pays concer­nés s’enfermaient dans un piège mortel.

    En dépit de tous les avan­tages qu’un tel mon­tage moné­taire appor­tait à la France, mais aus­si de la dépen­dance et de la pau­vre­té qui en ont résul­té pour les popu­la­tions noires, Michel Cam­des­sus n’a eu aucun état d’âme à accen­tuer leur misère en pous­sant à la déva­lua­tion du franc CFA en jan­vier 1994, usant, pour ce faire, des pré­ro­ga­tives que lui confé­raient ses fonc­tions de direc­teur géné­ral du FMI. 
    Le déman­tè­le­ment du franc CFA plu­tôt que sa déva­lua­tion eût été une mesure plus appro­priée si l’objectif avait été de déve­lop­per et non d’assujettir en exploitant.

    À la tête du FMI, en col­la­bo­ra­tion avec la Banque Mon­diale, Michel Cam­des­sus a pré­si­dé aux poli­tiques et pro­grammes qui ont conduit au déman­tè­le­ment des garde-fous et des contre-pou­voirs qui don­naient encore au capi­ta­lisme un visage accep­table. L’action qu’il a menée au FMI a conduit à la dis­lo­ca­tion du capi­tal social et humain des hommes, ain­si qu’ au sac­cage de leurs res­sources natu­relles et à la des­truc­tion de leur environnement.

    Com­ment expli­quer que Michel Cam­des­sus soit res­té sourd à la lugubre lamen­ta­tion de tous les êtres humains que les­dits poli­tiques et pro­grammes ont trans­for­mé en dam­nés de la terre ?

    L’amour du pou­voir et l’appartenance à la cour des « grands » ne sau­raient, à eux seuls, expli­quer sa dévo­tion à des œuvres qui se sont révé­lées si nuisibles.

    Michel Cam­des­sus peut-il alors nous éclai­rer sur les moti­va­tions qui peuvent ins­pi­rer à un homme l’ambition d’être la pièce maî­tresse d’une machine à broyer ses sem­blables en anéan­tis­sant leurs cultures, leurs civi­li­sa­tions, leurs res­sources, leur envi­ron­ne­ment, et pire que tout, le res­pect d’eux-mêmes ?

    Cela m’amène à évo­quer le mot de Paul Valé­ry, je cite : « ce qui reste d’un homme c’est ce que donne à son­ger son nom et les œuvres qui font de ce nom un signe de gran­deur, de haine ou d’indifférence ».
    Dites-nous Mr Cam­des­sus, ce que vous pen­sez que votre nom évo­que­ra à tous ces sup­pli­ciés des ins­ti­tu­tions de Bret­ton Woods ? À la véri­té, ces consi­dé­ra­tions pour­raient vous paraître futiles mais sachez qu’elles sont d’importance pour nous qui appar­te­nons à l’armée des ombres.

    À pro­pos de l’auteur

    Sanou Mbaye, ancien haut fonc­tion­naire de la Banque afri­caine de déve­lop­pe­ment, est un chro­ni­queur poli­tique et économique. 
    Ses écrits sur le déve­lop­pe­ment des pays afri­cains pro­posent des poli­tiques alter­na­tives à celles mises en place, en Afrique, par des Occi­den­taux et leurs bras alliés : le FMI et la Banque mondiale

    Réponse
  178. Étienne

    J’ai reçu ce matin le livre de Duchaus­soy : c’est PA-SSIO-NNANT !

    Phil, MERCI 🙂

    Réponse
  179. Étienne

    Sur l’in­croyable, l’ex­tra­va­gante, la scan­da­leuse ser­vi­tude dans laquelle notre pays, aujourd’­hui encore !, 
    tient ses très actuelles (et pas du tout « anciennes » au sens de « libé­rées ») colo­nies
    via la ges­tion —fran­çaise !— du FRANC CFA,
    je recommande 
    le livre bou­le­ver­sant (mais deve­nu mal­heu­reu­se­ment introu­vable) de Joseph TCHUNDJANG POUEMI :
    « Mon­naie, ser­vi­tude et liberté. 
    La répres­sion moné­taire en Afrique » (2000)

    Il faut abso­lu­ment que je scanne (et main­tienne en vie) ce livre-bou­teille-à-la-mer-appel-au-secours.

    Réponse
  180. Sam

    Je l’ai com­man­dé hier. Impa­tient de lire ça.

    Réponse
  181. Sam

    (Je vou­lais par­ler du bou­quin de Duchaussoy.)

    @ ques­tion en …

    C’est un bon rap­pel d’un prin­cipe d’ac­tion poli­tique essen­tiel, qui remet l’es­poir sur le haut du pavé…

    Le pre­mier pas en ques­tion se fait, oui, bien sûr, par la pen­sée, seul moyen de contour­ner le para­doxe. L’im­pos­sible saut qui devient pos­sible par la pen­sée, on retrouve cette idée, par exemple, dans l’in­tro­duc­tion d’A­rendt à son recueil de confé­rences que les édi­teurs fran­çais ont inti­tu­lé La crise de la culture : la crise nous force à retrou­ver les ques­tions dont la tra­di­tion consti­tue une somme de réponses pas­sées ; nous avons per­du le fil de la tra­di­tion, il faut en quelque sorte le retrou­ver, au sens où nous avons besoin de pou­voir comp­ter sur des réponses au pré­sent, mais en même temps, la tra­di­tion d’an­tan, on ne peut pas et on ne doit pas essayer d’y reve­nir bêtement.

    A part ça, nous en sommes réduits à accu­mu­ler patiem­ment les éner­gies dont la somme nous fera pas­ser le saut quan­tique… Une accu­mu­la­tion dont on se doute bien qu’elle n’est pas linéaire, oui. Aus­si, entre deux séances de tra­vaux qui retapent ma mai­son et paie mes fac­tures… je m’ef­force modes­te­ment de trou­ver à ma manière des pistes de com­bat qui soient, comme on dit, « por­teuses », mais aus­si qui per­mettent de déjouer des pièges ou encore de pré­pa­rer des contre-feux…

    A ce sujet, au fait, je trouve qu’on devrait faire atten­tion à ce para­doxe : d’un côté, pour l’ap­pren­tis­sage per­son­nel, en somme, je sug­gère que le plus effi­cace serait de repar­tir du pro­blème géné­ral non pas en lisant la loi et la consti­tu­tion exis­tantes mais en écri­vant un exemple de ce qu’elle devraient être ; de l’autre, cette même méthode est sans doute très peu effi­cace quand il s’a­git de com­mu­ni­quer à des gens avec qui on n’a jamais com­mu­ni­qué, ne serait-ce que parce que, pour se l’ap­pro­prier, il ne s’a­git pas d’es­sayer de croire dans le résul­tat mais de réflé­chir par soi-même… (ce qui ne forme, bien sûr, que l’une des étapes d’un pro­ces­sus récur­sif, au cours duquel on trouve aus­si des moments de lec­ture et des temps de débat).

    Réponse
  182. Sam

    L’o­ri­gine nazie du Franc CFA

    En écho au signa­le­ment qu’É­tienne a fait d’un livre sur la ges­tion du franc CFA : je viens de me rap­pe­ler d’un confé­rence qu’un pro­fes­seur afri­cain a don­née assez récem­ment, sur ce sujet, dans le cadre d’une uni­ver­si­té du M’PEP, et je viens d’en trou­ver une pré­sen­ta­tion dia­po­si­tives en ligne. 

    Lisez ça, et notam­ment tout le cha­pitre I‑C, inti­tu­lé L’o­ri­gine nazie du Franc CFA…

    c’est mons­trueux :

    http://www.m‑pep.org/IMG/pdf/PrAgbohouNicolas.pdf

    Réponse
  183. Étienne

    Cher Phi82,

    Dans votre (pré­cieux) com­men­taire 182, deuxième cadre, une phrase de Jean-Yves Habe­rer (direc­teur du Tré­sor de l’é­poque, pré­ci­sé­ment le haut fonc­tion­naire qui était en train de se faire piller ses finan­ce­ments publics gra­tuits par cette loi de 1973, appa­rem­ment) me tire l’œil :

    - quand il dit d’a­bord « Le Sénat a ajou­té à cet article une for­mule emprun­tée à une loi du 24 juillet 1936,…, il ne dit PAS « le Sénat a ajou­té la règle énon­cée par la loi du 24 juillet 1936 » : il nous indique donc bien que c’est SEULEMENT LA FORMULE qui est reprise, pre­mier indice que cette dis­po­si­tion de la loi de 1936 n’é­tait PLUS EN VIGUEUR EN 1973.

    - Et quand il dit ensuite : « L’amendement du sénat mutile les pos­si­bi­li­tés conjonc­tu­relles ouvertes par une vraie poli­tique d’Open-Market. C’est pour­quoi aucune dis­po­si­tion de cette nature n’existe aux États-Unis et en Angle­terre, où la Banque Cen­trale peut sous­crire des titres publics à leur émis­sion. », est-ce qu’il ne dénonce pas pré­ci­sé­ment UNE NOUVEAUTÉ LÉGISLATIVE, spé­ci­fi­que­ment FRANÇAISE et datée « 1973 », que nous dénon­çons depuis des années ?

    …

    …

    Je réflé­chis… 🙂

    …

    Hum. Il est tou­jours vivant, Jean-Yves Habe­rer ? 🙂

    Il est né en 1932, il n’est pas mort, il a 80 ans, tout va bien 🙂

    Quel­qu’un a son numé­ro de téléphone ? 🙂

    Il faut que j’ap­pelle ce type 😉

    Étienne.

    Réponse
  184. Étienne

    Cher Sam,

    C’est éton­nant :
    j’ai ren­con­tré ce Nico­las AGBOHOU, cet été à Tunis, lors d’une confé­rence là-bas, le 10 juillet 2012. Je pas­sais juste après lui ! 🙂

    Ce que dénonce ce gars-là est explo­sif. Passionnant. 
    Mer­ci pour ce dia­po­ra­ma, donc ! 
    Ce qu’il dit est lit­té­ra­le­ment révoltant. 
    Je peux te dire que, en l’é­cou­tant, j’a­vais honte d’être Fran­çais, là… 

    Rap­pel du pro­gramme de cette ren­contre esti­vale à Tunis : 
    très émou­vante, très riche, for­mi­dable souvenir ; 
    je ne sais pas pour­quoi, mais j’aime vrai­ment bien son titre 🙂 : 

    Réponse
  185. Sam

    Suite à l’en­voi d’une des mines de Phil, je vous avais pro­po­sé une ten­ta­tive d’ex­pli­ca­tion sur un pos­sible méca­nisme très sour­nois intro­duit en 1973. 
    L’au­teur par­lait aus­si d’une com­bi­nai­son avec une dis­po­si­tion datant de 1949.
    Je m’é­tait arrê­té là en me disant que ça allait être du bou­lot de véri­fier et com­prendre ça proprement.

    Mais je suis retom­bé sur la loi n° 73–1121 du 21 décembre 1973 qui modi­fie la loi du 3 jan­vier, et la conven­tion qu’elle ratifie.

    Il faut vrai­ment lire et relire ça (juste 2 pages) :

    http://​www​.legi​france​.gouv​.fr/​j​o​p​d​f​/​c​o​m​m​o​n​/​j​o​_​p​d​f​.​j​s​p​?​n​u​m​J​O​=​0​&​d​a​t​e​J​O​=​1​9​7​3​1​2​2​2​&​n​u​m​T​e​x​t​e​=​&​p​a​g​e​D​e​b​u​t​=​1​3​6​6​0​&​p​a​g​e​Fin=

    Je crains fort que le méca­nisme y soit pré­sen­té clairement.

    Der­nière hypo­thèse angoissante : 
    se peut-il que ces varia­tions « spé­cu­la­tives » soient éga­le­ment indexées sur les résul­tats des méca­nismes colo­niaux visant appe­lés « comptes d’o­pé­ra­tion » (voir le lien cité dans mon mes­sage précédent) ? 

    Je m’ex­plique un tout petit peu : 

    Si la France crache un peu, soi-disant pour main­te­nir l’ar­ri­mage du franc CFA quand ça arrange, ce qui lui rap­porte bien plus par ailleurs… alors les avances rem­bour­sables de la BdF au Tré­sor fran­çais (la par­tie sans inté­rêt) grim­pe­raient d’au­tant… On aurait là, je n’ose pas y croire, une inci­ta­tion du par­le­ment (on gros­sit la colonne ‘recettes’ de l’an­née) à accep­ter ou encou­ra­ger le main­tien arti­fi­ciel d’un franc CFA fort…

    Ou alors, plus pro­ba­ble­ment, une sorte de com­pen­sa­tion auto­ma­tique consis­tant à gagner soit par le change soit par les recettes moné­taires.

    Je n’en sais rien, ça me dépasse encore lar­ge­ment, mais je veux savoir…

    Réponse
  186. Ana Sailland

    Mer­ci pour l’ef­fort de réponse 🙂

    « au nom de quelle dis­po­si­tion légis­la­tive expresse enseigne-t-on que la mon­naie créée par les banques de dépôt a cours légal ?
    Réponse : aucune. »

    Mais je reste sur ma faim.

    La dette des états euro­péens étant très lar­ge­ment supé­rieure à la masse exis­tante de mon­naie-BCE (un fac­teur 10 ?), il me semble dif­fi­ci­le­ment croyable que cette dette anxio­gène soit libel­lée en une mon­naie euro-bis dont aucun texte légis­la­tif n’af­firme le carac­tère fiduciaire/fiable/légal.

    Et puis com­ment exi­ger le rem­bour­se­ment d’un prêt illégal ???

    Sur ma faim, donc. Bien que j’ai pas­sé pas mal de temps à cher­cher en vain (et bien avant d’a­voir posé la ques­tion.

    Per­sonne ne nous exhume un texte rare caché der­rière les fagots ?

    Mais après tout, peut être devons nous ajou­ter le flou artis­tique à la pano­plie des outils de notre dic­ta­ture cyclique outra­geu­se­ment nom­mée démocratie.

    Réponse
  187. phil82

    Le cas CAMDESSUS est intéressant :

    http://​www​.europe​-soli​daire​.org/​s​p​i​p​.​p​h​p​?​p​a​g​e​=​a​r​t​i​c​l​e​_​i​m​p​r​&​i​d​_​a​r​t​i​c​l​e​=​4​538

    Je vous livre ici un flo­ri­lège du dis­cours poli­tique ver­sion Mau­rice PAPON, ministre du bud­get. Dis­cours de pré­sen­ta­tion de la loi de finances pour 1980.

    http://archives.assemblee-nationale.fr/6/cri/1979–1980-ordinaire1/017.pdf

    Une petite leçon de lan­guage poli­tique ; on y retrouve les >inva­riables< :

    - Adap­ta­tion

    - Obli­ga­tions

    - Restruc­tu­ra­tion

    - Éco­no­mie ouverte

    - Res­ser­re­ment de la solidarité

    - défi­cit bud­gé­taire volon­tai­re­ment impor­tant (mais oui !!!)

    - le défi­cit est efficace (??)

    Je devrais adres­ser ce dis­cours à l’ami Franck LEPAGE

    M. le ministre du bud­get. Cette adap­ta­tion de la France au nou­vel état du monde ne relève pas du dis­cours, mais d’une ana­lyse rigou­reuse des faits, de faits qui s’imposent à tous, aujourd’­hui et demain, et qui pro­cèdent d’o­bli­ga­tions natio­nales et de pers­pec­tives inter­na­tio­nales que le Pre­mier ministre n’a ces­sé de souligner.

    Pour les obli­ga­tions, nous devons sou­te­nir notre poli­tique de défense, quel qu’en soit le poids. Il nous faut conduire une poli­tique de l’éner­gie sans défaillance, quel qu’en soit le prix.

    Il nous faut déve­lop­per l’emploi, quelle qu’en soit la charge. Il importe de pour­suivre notre restruc­tu­ra­tion indus­trielle et d’en­ga­ger aus­si la seconde muta­tion de notre agri­cul­ture. Mais toutes ces actions néces­saires s’ins­crivent dans un envi­ron­ne­ment inter­na­tio­nal dif­fi­cile, mar­qué par le désordre moné­taire, par un renou­veau de l’inflation, par une com­pé­ti­tion sans merci.

    N’ayons aucune illu­sion ! La crise de l’éner­gie dure­ra. Et, comme une voix auto­ri­sée le rap­pe­lait récem­ment, « la fuite en avant, la crois­sance à tout prix avec un défi­cit et une infla­tion accrue nous asser­vi­raient de plus en plus à nos fournisseurs ».

    La France a failli jadis suc­com­ber à ce jeu.

    Le Gou­ver­ne­ment, sous la haute auto­ri­té du Pré­sident de la Répu­blique, refuse pour la France ces risques d’as­ser­vis­se­ment, quitte à bra­ver une impo­pu­la­ri­té qui n’est sou­vent que la fausse mon­naie de l’Histoire.

    Oui, certes, la marge de manœuvre est étroite dès lors qu’est don­née la prio­ri­té à un franc solide et à une éco­no­mie ouverte. Mais qui, aujourd’­hui, recom­man­de­rait de se replier sur soi-même et, ce fai­sant, d’être mis promp­te­ment hors-jeu ?

    Qui, aujourd’­hui, pro­po­se­rait les faci­li­tés de déva­lua­tions pério­diques dans l’ins­tant indo­lores et même eupho­riques, rapi­de­ment inutiles, et nocives à terme, alors que notre par­te­naire alle­mand admi­nistre tous les jours la preuve des ver­tus d’une mon­naie forte, y com­pris pour le com­merce extérieur ?

    Un choix s’im­pose donc dans la poli­tique à conduire, et il importe de l’ex­pri­mer clai­re­ment sans céder aux rêves. Ce choix a été fait et dit.

    Dans cette poli­tique glo­bale, l’un des ins­tru­ments les plus essen­tiels, c’est le bud­get, c’est la poli­tique budgétaire. .
    En l’es­pèce et pour 1980, cette poli­tique se défi­nit selon trois axes prin­ci­paux : le sou­tien actif de l’é­co­no­mie et de l’emploi ; le res­ser­re­ment de la soli­da­ri­té ; la conti­nui­té de l’effort.

    En ce qui concerne le sou­tien à l’é­co­no­mie, un effort excep­tion­nel est enga­gé dans ce bud­get de trois manières : par un défi­cit bud­gé­taire volon­tai­re­ment impor­tant ; par la sta­bi­li­sa­tion de la pres­sion fis­cale ; par des inves­tis­se­ments dyna­miques. Le défi­cit est un défi­cit affi­ché et, non point hon­teux, car il a une signi­fi­ca­tion éco­no­mique. Ce défi­cit est mis au ser­vice d’un sou­tien actif à l’é­co­no­mie avec la triple carac­té­ris­tique que voi­ci : c’est un défi­cit impor­tant, mais mesu­ré et, je l’es­père, efficace.

    Le défi­cit est impor­tant, puis­qu’il est le double du décou­vert ini­tial de 1979 et proche du résul­tat pro­bable d’exé­cu­tion pour la pré­sente année.

    Certes, le Gou­ver­ne­ment a déjà consen­ti des défi­cits bud­gé­taires impor­tants en exé­cu­tion : par exemple, 38 mil­liards de francs en 1975.

    M. Guy Duco­lo­né. Il s’a­gis­sait alors de défi­cits honteux !

    M. le ministre du bud­get. Pour 1980, le défi­cit ini­tial a été fixé à 31 mil­liards de francs, soit près de 6 p. 100 du total des masses bud­gé­taires qui s’é­lèvent à 525 mil­liards de francs. Ce défi­cit est cepen­dant com­pa­tible avec les capa­ci­tés de finan­ce­ment disponibles.

    Depuis 1976, le finan­ce­ment du bud­get de l’É­tat n’a pas pro­vo­qué une crois­sance de la masse moné­taire supé­rieure à celle du pro­duit inté­rieur brut et le recours à l’emprunt à long terme n’a ces­sé de s’ac­croitre jus­qu’à aujourd’hui.

    L’É­tat, en effet, doit comp­ter avec les besoins de finan­ce­ment du sec­teur pri­vé qui font appel à un mar­ché finan­cier limi­té à quelque 50 mil­liards de francs.

    Le défi­cit est mesu­ré, puis­qu’il repré­sente, pour 1979, 1,6 p 100 du pro­duit inté­rieur brut, alors que la moyenne des pays de la Com­mu­nau­té éco­no­mique euro­péenne devrait atteindre 4,7 p .100 en 1979, dont 3,4 p 100 pour la Répu­blique d’Al­le­magne fédérale.

    Pour 1980, les pour­cen­tages sont du même ordre. S’il est vrai que les charges liées à l’endettement public aug­men­te­ront de 35,4 p. 100 en 1980, l’en­cours de la dette pro­gresse moins vite que le pro­duit inté­rieur brut au cours des der­nières années et nous place, là aus­si, en posi­tion favo­rable com­pa­rée à celle de nos par­te­naires. Le coût bud­gé­taire de la dette publique, rap­por­té au total des dépenses bud­gé­taires, repré­sente ain­si 3,8 p. 100 en France en 1978 contre 4,7 p. 100 en Alle­magne, 9 p. 100 en Grande-Bre­tagne, 11,6 p .100 en Italie.

    Tout en res­tant atten­tif à une saine ges­tion des finances publiques, cette situa­tion n’est pas de nature à affec­ter nos capa­ci­tés finan­cières. Ce fai­sant, mon­sieur le rap­por­teur géné­ral, je donne un com­men­ce­ment de réponse à vos pré­oc­cu­pa­tions, sur les­quelles nous aurons l’oc­ca­sion de reve­nir au cours du débat.

    M. le ministre du bud­get. Enfin, le défi­cit est effi­cace puis­qu’il devrait concou­rir à rele­ver à 2,5 p .100 un taux de crois­sance qui, spon­ta­né­ment, s’é­ta­bli­rait à moins de 2 p. 100 et c’est bien là l’ob­jec­tif visé. On nous dit : ce taux de crois­sance est trop faible : Comme si le taux de crois­sance pou­vait se décré­ter à loi­sir ! Comme s’il pou­vait s’i­so­ler de l’en­vi­ron­ne­ment inter­na­tio­nal, alors que ce taux nous pla­ce­ra déjà dans le pelo­ton de tête de nos par­te­naires ! Dans les éco­no­mies ouvertes où nous sommes, on ne peut s’abs­traire de l’en­vi­ron­ne­ment inter­na­tio­nal sans mécon­naître gra­ve­ment les réalités.

    Effi­cace aus­si par la hié­rar­chie opé­rée dans la crois­sance des dépenses. Mis à part les charges de la dette publique qui ne repré­sente que 5 p .100 du bud­get, les dépenses d’in­ter­ven­tions sociales plus 17,6 p. 100 — et d’in­ter­ven­tions éco­no­miques – plus 15,4 p .100 — pro­gressent plus vite que la moyenne du bud­get dont le taux d’ac­crois­se­ment est de 14,3 p. 100. Mais sur­tout les dépenses d’in­ves­tis­se­ments et les auto­ri­sa­tions de pro­gramme croissent de 13,5 p .100, alors qu’à l’in­verse les dépenses de fonc­tion­ne­ment n’ac­cusent que 11,8 p. 100 d’augmentation.

    Le prin­cipe et l’am­pleur de ce défi­cit peuvent natu­rel­le­ment prê­ter à cri­tique — ce qui ne man­que­ra pas d’ailleurs pas de se pro­duire — soit parce qu’on le trouve trop impor­tant, soit parce qu’on l’es­time insuffisant :

    De ce fait, deux scé­na­rios sont concevables :

    Faut-il, contre le ralen­tis­se­ment de l’ac­ti­vi­té éco­no­mique, adop­ter le scé­na­rio de la relance qui com­porte un fort défi­cit budgétaire ?

    De bons esprits le pensent.

    Obte­nir un taux d’ex­pan­sion plus élevé ?

    Il ne peut en véri­té être pré­vu indé­pen­dam­ment des moyens dont on dis­pose, des dis­ci­plines finan­cières et moné­taires qui s’im­posent et sur­tout de l’en­vi­ron­ne­ment international.

    Mais ceux-là ont-ils bien mesu­ré qu’un défi­cit dépas­sant sen­si­ble­ment le chiffre arrê­té excé­de­rait de toute évi­dence les capa­ci­tés du mar­ché finan­cier, pri­vant les entre­prises d’y faire appel selon les besoins de l’é­co­no­mie mais, sur­tout, engen­drant une créa­tion moné­taire telle qu’elle affec­te­rait inévi­ta­ble­ment la tenue du franc, notre com­pé­ti­ti­vi­té, notre balance exté­rieure, sans par­ler de la valse des prix ?

    C’est alors que ceux qui reprochent au Gou­ver­ne­ment de consen­tir à un tel défi­cit seraient fon­dés à dénon­cer et condam­ner l’inflation.

    Faut-il, au contraire, contre la hausse des prix, contre le risque de dés­équi­libre des finances publiques, adop­ter le scé­na­rio d’un rigou­reux équi­libre budgétaire ?

    Cette façon d’o­pé­rer sup­po­se­rait deux actions cumu­lant leurs effets : d’a­bord des coupes sombres dans les cré­dits, telles que notre éco­no­mie en souf­fri­rait direc­te­ment et que notre poli­tique de soli­da­ri­té natio­nale serait remise en cause ; mais aus­si des pré­lè­ve­ments d’im­pôts sup­plé­men­taires qui sur­char­ge­raient encore nos entre­prises et ampu­te­raient le pou­voir d’a­chat des ménages. C’est alors que ceux qui reprochent au Gou­ver­ne­ment d’o­pé­rer une poli­tique de défla­tion seraient cette fois fon­dés à le faire.

    Ain­si, entre les faci­li­tés per­verses d’une poli­tique de relance à tout prix et les rigueurs insup­por­tables d’un bud­get de défla­tion, il y a place pour un défi­cit déli­bé­ré­ment choi­si et déli­bé­ré­ment mesu­ré en vue de sou­te­nir l’ac­ti­vi­té du pays ; il y a place pour une poli­tique du juste milieu.

    C’est le par­ti choi­si par le Gou­ver­ne­ment et c’est peut-être la rai­son pour laquelle on lui reproche tour à tour, et quel­que­fois en même temps, de sacri­fier à l’aus­té­ri­té ou au laxisme.

    J’at­tends en tout cas qu’on me montre qu’une poli­tique de relance peut s’ac­com­plir sans infla­tion : on en a fait l’ex­pé­rience chez nous et ailleurs et l’on sait ce que cela a don­né, après une eupho­rie fugi­tive qui a conduit à d’a­mers déboires et à des dif­fi­cul­tés accrues.

    Et j’at­tends encore qu’on me démontre qu’une poli­tique de défla­tion pour­rait évi­ter une dra­ma­tique aggra­va­tion du vrai chô­mage et per­mettre à la France de se refaire pour affron­ter la com­pé­ti­tion internationale.

    La poli­tique du Gou­ver­ne­ment, à égale dis­tance de ces deux ten­ta­tions et de ces deux écueils, en deman­dant aux Fran­çais de prendre leur part de charges à sur­mon­ter — et de la manière la plus équi­table pos­sible —sau­ve­garde, dans le pré­sent, les inté­rêts essen­tiels des Fran­çais, et notam­ment leur niveau de vie et la poli­tique sociale.

    Elle assure la bonne fin des grandes tâches de l’État. Enfin, elle place en prio­ri­té tout ce qui touche à l’a­ve­nir de la nation : pro­gram­ma­tion mili­taire, achè­ve­ment des pro­grammes prio­ri­taires du VIIème Plan, restruc­tu­ra­tion indus­trielle, inves­tis­se­ments, notam­ment dans le domaine de la tech­no­lo­gie avan­cée, de telle manière que la France tienne son rang dans le pelo­ton de tête du monde, confor­mé­ment aux orien­ta­tions fixées par le Pré­sident de la République.

    Ce défi­cit résulte de deux actions conver­gentes sur les recettes et les dépenses.

    Sur les recettes, il est fait en sorte que la pres­sion fis­cale glo­bale de l’État demeure stable. Ain­si, en 1980, la pres­sion fis­cale de l’État repré­sen­te­ra envi­ron 17,9 p.100 du pro­duit inté­rieur brut, soit un pour­cen­tage légè­re­ment infé­rieur à celui de 1976 qui était de 18 p. 100.

    Cette sta­bi­li­té n’est pas exclu­sive d’une modi­fi­ca­tion de la répar­ti­tion interne des impôts. Le Gou­ver­ne­ment, quant à lui, a choi­si de ne pas majo­rer les charges des entre­prises ni celles des consom­ma­teurs par un alour­dis­se­ment de la T .V .A . ou de la taxe inté­rieure sur les pro­duits pétroliers.

    Ou nous dit : pour­quoi n’a­voir pas choi­si la voie, déjà uti­li­sée par d’autres pays, de la réduc­tion des impôts ?

    Mais les expé­riences étran­gères sont celles d’un allé­ge­ment de la fis­ca­li­té directe avec un accrois­se­ment cor­ré­la­tif de la fis­ca­li­té indi­recte et, glo­ba­le­ment, un alour­dis­se­ment de la pres­sion fis­cale. Sta­bi­li­ser la pres­sion fis­cale en France depuis deux ans n’est déjà pas si mal dans les cir­cons­tances actuelles, d’au­tant que notre pro­blème de jus­tice fis­cale est de modi­fier le rap­port entre impôts directs et impôts indi­rects. Et, à cet égard, les pro­po­si­tions pour 1980 vont dans le ‘bon sens.

    Sans doute, s’a­gis­sant des autres pré­lè­ve­ments publics, la situa­tion est-elle dif­fé­rente. Pour’ la sécu­ri­té sociale, la majo­ra­tion des coti­sa­tions a été ren­due indis­pen­sable à court terme pour main­te­nir l’é­qui­libre, tout en évi­tant la dégra­da­tion des prestations.

    Un large débat sur le bud­get social de la nation ne peut qu’é­clai­rer uti­le­ment le sujet et orien­ter effi­ca­ce­ment l’action.

    Réponse
  188. Sam
    • En réponse à Étienne :

    1) c’est la loi du 3 jan­vier 1973 qui a abro­gé celle du 24 juillet 1936…

    2) Je sais pour l’a­voir véri­fié moi-même à la source que la loi amé­ri­caine a inter­dit les achats de bons du tré­sor US sur le mar­ché pri­maire (à l’é­mis­sion) par la Fed en 1978, avec prise d’ef­fet en (début ?) 1979. Quant aux avances, je ne sais pas mais ce serait là qu’il faut cher­cher sans doute.

    S’a­gis­sant de la Grande-Bre­tagne, je sais (véri­fié moi-même aus­si) que leur sys­tème d’a­vances existe tou­jours (ils ont envoyé bou­ler abso­lu­ment TOUTES les règles euro­péennes en matière moné­taire). Par contre, pour les achats de titres publiques par la Banque d’An­gle­terre sur le mar­ché pri­maire, je ne sais pas.

    • En com­plé­ment de mon mes­sage précédent :

    Je pense avoir retrou­vé la conven­tion de 1949 (daté du 27 juin 1949) qu’é­vo­quait Habe­rer. Voi­là tout d’a­bord ce qu’on y lit :

    ARTICLE PREMIER.

    En appli­ca­tion de l’article 20, 2ème ali­néa de la Loi n°49–310 du 8 mars 1949, il sera pro­cé­dé à l’apurement des opé­ra­tions du Fonds de Sta­bi­li­sa­tion des changes à la date du 31 décembre 1948. Cet apu­re­ment com­pren­dra la prise en charge par le Tré­sor des pertes subies par le Fonds de Sta­bi­li­sa­tion des changes depuis son ori­gine jusqu’au 31 décembre 1948, les­dites pertes étant com­pen­sées avec le mon­tant des avances consen­ties jusqu’à la même date par le Tré­sor au Fonds de Sta­bi­li­sa­tion des changes.

    Au titre de l’apurement ain­si déter­mi­né, le Tré­sor pren­dra en charge la contre-valeur des dettes contrac­tées à l’étranger en appli­ca­tion de la Conven­tion du 17 novembre 1947. (*)

    ART. 2.

    Les dis­po­ni­bi­li­tés en francs du Fonds de Sta­bi­li­sa­tion des changes sont désor­mais conser­vées exclu­si­ve­ment en compte cou­rant à la Banque de France.

    Les besoins en francs du Fonds de Sta­bi­li­sa­tion des changes sont assu­rés au moyen d’avances sans inté­rêt consen­ties par la Banque de France.

    (*) En deux mots, et sauf erreur de ma part, cette conven­tion inter­dit à la nation fran­çaise de moné­ti­ser des dettes contrac­tées vis à vis de l’é­tran­ger, vrai­sem­bla­ble­ment pour s’as­su­rer, au hasard, que les ricains qui paient en mon­naie papier seront rem­bour­sés en or…

    En posant une ques­tion simi­laire à celle que vient de sou­le­ver Étienne, on peut répondre : pour le coup, Habe­rer nous signi­fie clai­re­ment que les dis­po­si­tions de 1949 en ques­tion étaient encore en vigueur en 1973. Dif­fi­cile, donc, au demeu­rant, de dire s’il se pro­duit un chan­ge­ment déci­sif avec la loi du 21 décembre 1973…

    Mais pre­nez par exemple deux conven­tions de 1953 : elles décident des avances (25, puis 240 mil­liards d’an­ciens francs d’é­poque) EN PLUS de celles déci­dées par les conven­tions signées jus­qu’à cette date. Ce n’est pas non plus un auto­ma­tisme mais ce qui change en 1973, et du fait que la règle n’est plus révi­sée par la suite, c’est que les résul­tats de la sta­bi­li­sa­tion des changes sont mis sous le pla­fond, créant le jeu de vases com­mu­ni­cants dont j’ai parlé.

    Réponse
  189. Sam

    Pour 2 ci-des­sus, je par­lais bien sûr d’a­chats par la Fed sur le mar­ché pri­maire (à l’émission).

    Réponse
  190. phil82

    Étienne,

    Jean-Yves HABERER a eu cette réflexion en 2011 au sujet de cet amendement :

    « On a fer­mé cette porte pour l’obliger à vivre plus dan­ge­reu­se­ment, en emprun­tant au dehors.

    Alors est-ce que ça aug­mente la dette ? 

    Non ! Ça a chan­gé la nature de la dette. Au lieu d’avoir la planche à billets, la Banque de France, c’était de l’épargne publique, c’était au contraire très vertueux… »

    Il confirme bien que la dette n’a pas été inven­tée de toutes pièces en 1973 en « fer­mant la porte » du finan­ce­ment direct.
    Pour lui cet amen­de­ment vient cou­ron­ner la muta­tion des struc­tures de la dette et son chan­ge­ment de « nature ». 
    Les opé­ra­tions et les réseaux ins­ti­tu­tion­nels de la dette seront trans­for­més dans leur ensemble.

    Comme le dit HABERER, l’Etat doit aller « emprun­ter au dehors ». 
    Rece­vant de moins en moins « pas­si­ve­ment » les liqui­di­tés de son réseau ins­ti­tu­tion­nel, le Tré­sor s’efforce d’aller cher­cher des res­sources sur un mar­ché qu’il a lui-même contri­bué, par­fois à regret, à consti­tuer.
    (Ben­ja­min LEMOINE, qui a ren­con­tré Jean-Yves HABERER en 2011).

    Réponse
  191. Étienne

    OK Phil,

    mais alors, c’est évi­dem­ment un men­songe par omis­sion que d’  »oublier » ain­si de par­ler de LA CHARGE DES INTÉRÊTS qui est appa­rue à l’oc­ca­sion de ce « chan­ge­ment de nature » de la dette :
    – « la planche à billets de la BDF » n’im­po­sait PAS de charge d’intérêts, 
    – alors que le recours « très ver­tueux » à « l’é­pargne publique » impo­sait évi­dem­ment une charge d’in­té­rêts, NOUVELLE
    (non néces­saires et rui­neux, je le maintiens).

    Non ?

    Réponse
  192. phil82

    Sam,

    Mer­ci pour toutes tes infos précieuses.

    Réponse
  193. phil82

    Étienne,

    d’ac­cord avec toi, d’au­tant plus que je livre ici une par­tie d’un texte de J.-Y. HABERER

    Réflexion de Jean-Yves HABERER dans les années 1990.

    Source ici : http://​www​.revue​-pou​voirs​.fr/​I​M​G​/​p​d​f​/​P​o​u​v​o​i​r​s​5​3​_​p​2​7​-​3​6​_​p​o​l​i​t​i​u​e​_​m​o​n​e​t​a​i​r​e​.​pdf

    « …C’est la décen­nie com­men­cée en 1970 qui a mis la poli­tique moné­taire au centre de la poli­tique éco­no­mique, du fait du flot­te­ment géné­ra­li­sé des mon­naies, le renou­veau de la théo­rie autour des idées de Mil­ton Fried­man et de l’expansion des mar­chés de capi­taux dans un cli­mat de libé­ra­lisme offen­sif.

    Plus on s’est éloi­gné, en France, des illu­sions de la pla­ni­fi­ca­tion indi­ca­tive, dont les objec­tifs man­quaient de moyens sec­to­riels adé­quats, plus on a vu dans la poli­tique moné­taire un sys­tème d’influence glo­bal jouant sur les déci­sions des ménages et des entre­prises en matière de consom­ma­tion, d’épargne, d’endettement et d’investissement, c’est-à-dire le choix des diverses formes d’anticipation qui sont le prin­ci­pal moteur de l’économie dans un pays industriel.

    Le minis­tère de l’Économie et des Finances, comme tech­no­struc­ture au ser­vice de son ministre, a trou­vé son compte dans la pro­mo­tion de la poli­tique moné­taire, même si l’idée et l’exemple en sont venus des pays anglo-saxons qui, après avoir été key­né­siens, étaient deve­nus moné­ta­ristes. En effet, la poli­tique moné­taire est faite de mesures dis­crètes prises sous une forme un peu éso­té­rique, lisible pour les ini­tiés et des­ti­nés aux ini­tiés. La poli­tique moné­taire per­met de ne pas avoir à affron­ter un Par­le­ment (ce qu’impose au contraire, toute poli­tique bud­gé­taire) ; de ne pas affron­ter les syn­di­cats (ce que fait, natu­rel­le­ment, toute poli­tique des salaires) ou les caté­go­ries socio­pro­fes­sion­nelles sen­sibles (ce qu’impose la poli­tique des prix).

    La poli­tique moné­taire s’accompagne donc d’un assez fort degré d’anesthésie poli­tique et sociale… »

    « …En revanche, la signi­fi­ca­tion glo­bale des mesures moné­taires fait perdre de vue la rela­tion entre les causes et les effets. La hausse des taux des inter­ven­tions de la Banque de France sur le mar­ché moné­taire ou l’augmentation des réserves obli­ga­taires des banques n’inspirent pas d’émotion, sinon dans les banques, mais celle-ci ne font pitié à personne… »

    Réponse
  194. Sam

    Pour le 1, Étienne, déso­lé, j’é­tais à côté de la plaque : je n’a­vais pas com­pris que Habe­rer écri­vait ça fin 1972…

    • Mais tou­jours dans ce pro­pos de Habe­rer de fin 1972, il semble bien qu’on trouve encore au moins une nou­velle pépite, qui nous amè­ne­rait d’ailleurs sur d’autres… :

    « – La for­mule (de ce qui devien­dra l’ar­ticle 25 de la loi du 3 jan­vier 1973) avait été impo­sée par Joseph Caillaux au temps du Front Popu­laire, époque où la dette publique a atteint son record, en pour­cen­tage du P.N.B. Elle était si aveugle qu’elle fut pri­vée de tout effet par le Décret-Loi du 17 juin 1938, texte qui a fon­dé et fonde encore les inter­ven­tions de la Banque de France sur le mar­ché moné­taire. Ce Décret-Loi s’est bor­né à dire que « les achats de valeurs négo­ciables par la Banque de France ne peuvent être faits au pro­fit du Trésor ». »

    Curieu­se­ment (?), on trouve dans la double com­pi­la­tion de textes publié par la BdF ce décret loi… mais pas la conven­tion qu’il ratifie. 
    J’a­joute que ce n’est pas le pre­mier texte dont j’ai consta­té qu’il est zap­pé par cette compilation…

    Quoi qu’il en soit, il ne fait pas de doute, au regard de l’his­to­rique des concours, que ces concours ont flam­bé pré­ci­sé­ment en 1936, mais aus­si que, pile avant, il y a une semaine où on ne sait pas ce qu’il s’est pas­sé (si ça ne sent pas le coup de « rouge »… – cf. le texte ci-après…)

    On peut se deman­der, même si c’est une hypo­thèse peu pro­bable, si Habe­rer n’a pas zap­pé l’ar­ticle 19. 
    Mais j’ai peut-être trou­vé une expli­ca­tion, qui appor­te­rait une lumière nou­velle, spé­ci­fi­que­ment sur le futur article 25.

    Voir ce bout de texte (http://​www​.uni​ver​sa​lis​.fr/​e​n​c​y​c​l​o​p​e​d​i​e​/​t​r​e​s​o​r​e​r​i​e​-​h​i​s​t​o​i​re/) :

    « L’his­toire de la tré­so­re­rie de l’É­tat se confond avec celle des rap­ports du Tré­sor avec la Banque de France, ultime recours pour assu­rer la cou­ver­ture des charges lorsque les concours appor­tés par l’emprunt auprès du public (bons sur for­mules, emprunts à moyen et à long terme), auprès des banques (bons en comptes cou­rants) et auprès des cor­res­pon­dants se révèlent insuf­fi­sants. Le compte cou­rant du Tré­sor auprès de la Banque de France, compte unique par lequel tran­sitent tous les règle­ments met­tant en rela­tion le cir­cuit finan­cier du Tré­sor avec un autre cir­cuit de règle­ment, ne peut être en « rouge » ne fût-ce qu’un seul jour. Lors­qu’il s’a­vère qu’il ne peut être sol­dé, l’ins­ti­tut d’é­mis­sion inter­vient par la voie d’une sous­crip­tion directe à un bon du Tré­sor sans inté­rêt émis par l’É­tat, qui équi­vaut à un relè­ve­ment du pla­fond des avances qu’il consent à l’É­tat. Ces avances excep­tion­nelles, qui sont la tra­duc­tion d’une crise de tré­so­re­rie, donnent lieu à une conven­tion spé­ciale pas­sée entre le ministre des Finances et la Banque ; cette conven­tion doit obli­ga­toi­re­ment être rati­fiée par le vote du Par­le­ment. »

    Autre­ment dit, si le Gou­ver­neur est mis devant le fait accom­pli d’un décou­vert, il n’y aurait pas à se poser la ques­tion de savoir s’il va signer une conven­tion, il y sera for­cé. Au mieux (ou au pire), il va juste pou­voir impo­ser que ce décou­vert tem­po­raire soit épon­gé dans des délais très brefs, mais il faut bien accor­der l’a­vance ; quant au par­le­ment, il faut lui aus­si qu’il l’ad­mette, d’au­tant plus que lui, indi­rec­te­ment, et son gou­ver­ne­ment direc­te­ment, sont res­pon­sables de ce découvert. 

    En somme, on peut sérieu­se­ment se poser la ques­tion de la mise en œuvre de l’ar­ticle 25 et aus­si par rico­chet, celle de l’u­ti­li­té pra­tique de l’ar­ticle 19…

    De fait, la BdF et le Tré­sor sont bien obli­gés de consta­ter et de trai­ter le pro­blème du décou­vert s’il appa­raît, ceci avant que la loi de rati­fi­ca­tion de la conven­tion ne soit signée… L’a­lerte peut être com­mu­ni­quée rapi­de­ment au ministre des finances, bien sûr, mais le vote d’une loi, même en urgence, ça prend au moins plu­sieurs jours… Ce qui veut dire que, dans l’in­ter­valle, le Tré­sor est for­cé­ment obli­gé de prendre (sur lui) des enga­ge­ments sous une forme ou une autre envers la Banque de France, autre­ment dit de pré­sen­ter « ses propres effets » à son « gui­chet (du reste, le terme choi­si de « rées­compte » est effec­ti­ve­ment ridi­cule car il s’a­git néces­sai­re­ment d’es­compte)… Bref, le futur article 25 serait effec­ti­ve­ment « aveugle », au sens d’im­pra­ti­cable à la moindre petite crise (au moindre début de décou­vert, même). Autant dire nul et non avenu…

    Mais je ne peux me résoudre à ne pas citer ce bout de texte inté­gra­le­ment (la suite est payante…), car il donne d’autres bouts de réponse, du moins il ouvre des pistes, je pour­suis la citation :

    « Jus­qu’au milieu de l’entre-deux-guerres, les avances de la Banque de France don­naient lieu à rem­bour­se­ment. Ain­si, les avances consen­ties en 1870–1871 (1 530 mil­lions de francs) ont-elles été rem­bour­sées par annui­tés entre 1872 et 1879. De même celles qui ont été octroyées pen­dant la Pre­mière Guerre mon­diale ont-elles don­né lieu à amor­tis­se­ment par la suite. En 1928, elles avaient été inté­gra­le­ment rem­bour­sées et la dette du Tré­sor à l’é­gard de la Banque ne s’é­le­vait plus qu’à 3,2 mil­liards repré­sen­tant un concours de tré­so­re­rie per­ma­nent main­te­nu inchan­gé jus­qu’en 1935. (Sans com­men­taire) Entre le 18 juin 1936 et le 14 avril 1938, la Banque de France fut à quatre reprises ame­née à inter­ve­nir. Le mon­tant des prêts sans inté­rêts à l’É­tat fut por­té à 10 mil­liards et les avances pro­vi­soires attei­gnirent envi­ron 32 mil­liards. »

    Si je com­prends ce que dit Habe­rer, à la lumière de l’ex­po­sé pré­cé­dent, une dif­fé­rence capi­tale entre la loi de 1936 et celle de 1973 pro­vien­drait du fait que les avances au Tré­sor n’ont pas pour contre­par­tie des titres négo­ciables sur le mar­ché par la banque de France.

    Un indice en ce sens nous est d’ailleurs don­né par le fait qu’en 1936, le Tré­sor déli­vrait à la BdF, en contre­par­tie des avances, des bons (à 3 mois), sans plus de pré­ci­sion… et que s’il l’a encore fait ensuite, énor­mé­ment à la solde des Alle­mands mais aus­si après la guerre (conven­tions du 24 juin 1947, du 22 jan­vier 1953) ces bons sont deve­nus SANS INTÉRÊT. Or un bon qui ne porte pas inté­rêt, ne peut pas être consi­dé­ré comme négo­ciable vu qu’en pra­tique, il ne risque pas d’être ache­té par les marchés…

    Cer­taines conclu­sions de Lior et de Maga­li doivent vrai­sem­bla­ble­ment être revues : a mini­ma, leurs conclu­sions secon­daires sur la période du Front popu­laire, et pro­ba­ble­ment, au moins, cer­taines de leurs conclu­sions quant au contraste 1936 – 1973.

    Réponse
  195. Sam

    Phil, Étienne,

    ça saute pour­tant aux yeux. Déso­lé d’in­si­nuer que l’un au moins de nous est bon pour aller au dodo…

    … mais si vous par­liez, là encore, du même « fameux » amen­de­ment, celui ayant abou­ti au futur article 25 de la loi du 3 jan­vier 1973, alors Habe­rer dit très exac­te­ment l’in­verse de ce que conclut Phil : Habe­rer dit jus­te­ment qu’il s’est pro­duit une muta­tion en 1973 suite à laquelle l’É­tat a été pous­sé à emprun­ter au pri­vé (au « dehors »)…

    Gis­card, Rocard, Habe­rer (et tant d’autres déjà, sans doute)… ça fait beau­coup de vieux « ini­tiés » qui ont la mémoire qui déconne com­plè­te­ment… Blague à part : non, là, vrai­ment, ça com­mence à faire !!

    Réponse
  196. Étienne

    Pour info, LA SUITE DU copié/collé (44 p) d’un fil de com­men­taire Face­book sur l’ac­tuel sujet (pour que les aller­giques à FB ne res­tent pas à l’écart) :

    Ma réponse à Maga­li ; je suis en train de révi­ser ma position :
    la loi de 1973 n’est pas seule­ment une loi scélérate :
    la loi de 1973 est une loi scé­lé­rate DE PLUS 🙂

    http://​etienne​.chouard​.free​.fr/​E​u​r​o​p​e​/​F​i​l​_​F​a​c​e​b​o​o​k​_​M​a​_​r​e​p​o​n​s​e​_​a​_​M​a​g​a​l​i​_​5​_​j​a​n​v​_​2​0​1​3​.​pdf

    Réponse
  197. Étienne

    Donc la loi de 1936 (celle qui « PROUVE que la loi de 1973 n’ap­porte RIEN de nou­veau ») ne s’ap­pli­quait plus depuis… 1938…

    Est-ce quel­qu’un a été capable de trou­ver le texte com­plet du Décret-Loi du 17 juin 1938 ?

    Si on trou­vait le texte ori­gi­nal com­plet de ce décret et que l’in­fo soit confir­mée (ce n’est pas sûr encore), la balle serait à nou­veau dans le camp de Lior et Magali…

    Bonne nuit 🙂

    Réponse
  198. Étienne

    La Banque de France et la Mon­naie (1980)

    Voi­ci un docu­ment émis par la BDF (deve­nu à peu près introu­vable, je crois) extrait de mes soutes et qui devrait vous intéresser. 
    Je l’a­vais mobi­li­sé (trou­vé, scan­né, OCRi­sé) à l’oc­ca­sion de notre longue contro­verse chez Paul Jorion (8 500 pages) — Jorion qui sou­tient la thèse extra­va­gante que la créa­tion moné­taire par les banques pri­vées est une « légende urbaine » aux accents anti­sé­mites… (sic) — pour ras­sem­bler des don­nées sérieuses sur la monnaie.

    On y trouve une men­tion au décret de 1938. Mais non exploi­table, je crois. Vous y trou­ve­rez peut-être de nou­velles pépites 🙂

    La ver­sion « images scan­nées », au for­mat pdf, de ce docu­ment offi­ciel de la BDF qui n’est plus dis­po­nible (1978, MAJ 1980), est lisible à cette adresse : http://​etienne​.chouard​.free​.fr/​E​u​r​o​p​e​/​m​e​s​s​a​g​e​s​_​r​e​c​u​s​/​L​a​_​B​a​n​q​u​e​_​d​e​_​F​r​a​n​c​e​_​e​t​_​l​a​_​m​o​n​n​a​i​e​.​pdf

    Le texte au for­mat DOC vous per­met­tra de faire des recherche par mot. Les gras, les bor­dures et les cou­leurs sont de moi, pour aller vite à ce qui concerne le débat sur la créa­tion moné­taire privée. 

    Bonne lec­ture. ÉC.

    Réponse
  199. Étienne

    Ça y est ! une Gen­tille Virus a retrans­crit l’en­tre­tien com­plet de Rocard. 
    Et elle m’a bien recom­man­dé de le colorier/barioler => donc j’ai le droit 🙂

    Ver­ba­tim : Michel ROCARD – Emis­sion Media­po­lis sur la radio Europe 1, 
    le 22 décembre 2012 de 10h à 11h.

    Émis­sion ani­mée par Michel FIELD et Oli­vier DUHAMEL.
    Trans­crip­tion de Maga­li AB
    (http://www.europe1.fr/MediaCenter/Emissions/Mediapolis/Sons/Mediapolis-22–12-12–1356875/)

    Oli­vier DUHAMEL : Bon­jour à tous.

    Michel FIELD : Bon­jour, c’est Media­po­lis, le ren­dez-vous qu’Europe 1 vous pro­pose chaque same­di, pour ana­ly­ser com­ment les médias pèsent sur la poli­tique et com­ment, par­fois, les poli­tiques essaient de peser sur les medias. Et c’est une émis­sion spé­ciale rétros­pec­tive 2012 que nous vous pro­po­sons, avec un invi­té de marque.

    Oli­vier DUHAMEL : Un invi­té, un seul : Michel ROCARD, l’ancien Pre­mier ministre.

    [Annonce : Sur Europe 1, Michel FIEL et Oli­vier DUHAMEL, Media­po­lis avec Michel ROCARD]

    [Archive : Nico­las SARKOZY « Nous n’avons pas le droit, ici place de la Concorde, de lais­ser dila­pi­der l’héritage de la France éter­nelle. Nous les fran­çais, nous ne vou­lons pas de la faci­li­té, du renon­ce­ment, de la mol­lesse, parce que ce ne sont pas des défauts qui sont dans les gênes de la France. » (…) « Peuple de France, entend mon appel, Fran­çaise, Fran­çais, aidez-moi, aidez-moi, aidez la France ».]

    Oli­vier DUHAMEL : C’était Nico­las SARKOZY, en cam­pagne élec­to­rale place de la Concorde, le 15 avril der­nier. Qu’est-ce que vous avez pen­sé, Michel ROCARD, de la cam­pagne élec­to­rale de Nico­las SARKOZY et de ce filon de « la France éter­nelle » que la gauche bafouerait ?

    Michel ROCARD : Je n’ai pas aimé toute cette cam­pagne élec­to­rale. Elle a été très mar­quée du déni de la réa­li­té et Nico­las SARKOZY a cher­ché à exci­ter un natio­na­liste, une atti­tude assez fran­çaise, cocar­dière, faci­le­ment xéno­phobe, qui ne demande que ça, et qui est désa­gréable, et dont les résul­tats peuvent être poli­ti­que­ment dan­ge­reux. Je n’ai pas du tout aimé cette pré­sen­ta­tion… mais appa­rem­ment les fran­çais non plus : il a été bat­tu, ça n’a pas marché.

    Oli­vier DUHAMEL : Bon, donc, Nico­las SARKOZY vous n’avez pas trop aimé ; Fran­çois HOLLANDE, on va voir…

    [archive : Fran­çois HOLLANDE « Je vais vous dire qui est mon adver­saire, mon véri­table adver­saire. Il n’a pas de nom, pas de visage, pas de par­ti. Il ne pré­sen­te­ra jamais sa can­di­da­ture, il ne sera donc pas élu. Et pour­tant il gou­verne. Cet adver­saire, c’est le monde de la finance. »]

    Michel FIELD : Fran­çois HOLLANDE au Bour­get le 22 jan­vier der­nier. Alors, cette phrase qu’on lui res­sort beau­coup en ce moment, sur­tout quand il essaye de séduire le patro­nat ou les banques. Alors « Cet adver­saire, c’est le monde de la finance » : vous n’avez pas ces­sé d’entendre ça, dans la gauche, depuis toujours.

    Michel ROCARD : Non. Mais je regrette que ce ne soit pas plus pré­cis. Il vous sou­vient peut-être qu’en 2007 et 2008 il y a eu une épou­van­table crise finan­cière mon­diale où se sont vola­ti­li­sés pas mal de dizaines de mil­liers de mil­liards de dol­lars, avec la faillite des 4 plus grandes banques amé­ri­caines d’investissement, puis fina­le­ment la faillite de Leh­man Bro­thers, une banque ten­ta­cu­laire, énorme. Nous sommes tou­jours dans le résul­tat de cette crise. Il y a tou­jours dans tout le sys­tème ban­caire des pays déve­lop­pés une inhi­bi­tion, une méfiance devant le fait de prê­ter à l’investissement aux entre­prises, qui fait que nous sommes tou­jours en stag­na­tion. La finance a pris un contrôle du monde dont elle se sert très mal, c’est vrai. Mais il valait mieux le défi­nir avec plus de pré­ci­sion, parce qu’il y a en même temps des gens qui gagnent bien leur vie, et dont la rému­né­ra­tion est par­fois très forte – ça va jusqu’à des joueurs de foot, par­fois des grands patrons. Elle n’a rien de mal­sain. Elle peut être exces­sive devant cer­taines exi­gences d’égalité, elle n’est pas spé­cu­la­tive. Ce mélange n’est pas bon. De la même façon, je dirais aus­si qu’à gauche comme à droite, il ne faut pas cher­cher à exci­ter les pas­sions, il faut spé­ci­fier ce contre quoi on se bat. On se bat contre la xéno­pho­bie, on se bat contre l’enrichissement illi­cite, on se bat contre le para­si­tisme que la spé­cu­la­tion fait peser sur la vie éco­no­mique. J’aurais pré­fé­ré qu’on défi­nisse mieux l’ennemi.

    Michel FIELD : Donc vous pré­fé­rez le HOLLANDE déve­lop­pant son pacte de com­pé­ti­ti­vi­té au HOLLANDE qui dénonce le monde de la finance ?

    Michel ROCARD : ça va un peu ensemble. Parce que le pacte de com­pé­ti­ti­vi­té est un retour vers l’économie réelle, est un encou­ra­ge­ment aux entre­prises pour pro­duire dans de meilleures condi­tions. Reste que c’est vrai, le pacte de com­pé­ti­ti­vi­té a été trop long­temps atten­du. On l’a atten­du long­temps, avant que les nou­velles auto­ri­tés fran­çaises, le Pré­sident et tout le gou­ver­ne­ment, n’émettent un mes­sage vers tous ceux qui pro­duisent en France. C’était très attendu. 

    Oli­vier DUHAMEL : Trop attendu ?

    Michel ROCARD : Mais ça a été un bon message.

    Oli­vier DUHAMEL : Alors, vous avez été pre­mier ministre. La pre­mière déci­sion que prend un Pré­sident de la Répu­blique lorsqu’il est vient d’être élu, c’est le choix de son Pre­mier ministre. Vous allez donc ana­ly­ser avec nous le choix de Jean-Marc AYRAULT, et c’est dans un instant.

    [Annonce : Sur Europe 1, Michel FIEL et Oli­vier DUHAMEL, Media­po­lis avec Michel ROCARD]

    Michel FIELD : Rétros­pec­tive de l’année 2012 : Fran­çois HOLLANDE revient sur son choix de nom­mer Jean-Marc AYRAULT à Mati­gnon, c’était le 13 novembre à l’Elysée.

    [archive : Fran­çois HOLLANDE « Je l’ai choi­si parce que j’ai une grande confiance en lui. C’est tout simple. Je l’ai choi­si parce que je consi­dé­rais que c’est lui qui pou­vait dans cette période si dif­fi­cile, conduire le gou­ver­ne­ment. Pour­quoi ? Parce qu’il est d’abord sérieux. C’est impor­tant. Il est loyal. C’est néces­saire. Il est dévoué, dévoué à la cause publique. Et il est concret. Il sait ce que déci­der, diri­ger veut dire, et ce que les Fran­çais veulent – c’est-à-dire une tra­duc­tion immé­diate de ce qui a été décidé. »]

    Michel FIELD : sérieux, dévoué, loyal, concret, déci­dant, diri­geant… que d’éloges !

    Michel ROCARD : Oui, mais ils sont méri­tés. Je connais bien Jean-Marc AYRAULT, qui est un homme c’est vrai, sérieux, pro­fon­dé­ment droit, loyal. Et figu­rez-vous que dans le monde poli­tique, ça compte. J’ai vécu long­temps dans le monde poli­tique. Le fait qu’on puisse se fier à la parole d’un homme, ça compte. En plus c’est un homme finan­ciè­re­ment impec­cable, par­fai­te­ment propre. Tout ça compte beau­coup. C’est clair aus­si que cet ancien pré­sident du groupe par­le­men­taire socia­liste a une expé­rience par­le­men­taire et une connais­sance du par­ti consi­dé­rable. Il a démi­né beau­coup de conflits. Et ça peut être une grande aide pour Fran­çois HOLLANDE.

    Oli­vier DUHAMEL : Cela dit, Michel ROCARD, cela dit, il y a deux types de Pre­mier ministres, si on sim­pli­fie. Ce que j’appelle le « Pre­mier ministre com­plé­ment » et le « Pre­mier ministre redon­dant ». Pour moi, Jean-Marc AYRAULT est le pro­to­type du Pre­mier ministre redon­dant : très proche et sur le fond et sur sa manière d’être…

    Michel FIELD : … Michel ROCARD était l’illustration de l’autre…

    Oli­vier DUHAMEL : Et les Pre­mier ministres com­plé­ment, les deux illus­tra­tions les plus spec­ta­cu­laires sont POMPIDOU, Georges POMPIDOU, face au Géné­ral de GAULLE et Michel ROCARD face à Fran­çois MITTERRAND. Est-ce que, en son prin­cipe, il vaut mieux avoir un Pre­mier ministre com­plé­ment ou un Pre­mier ministre redondant ?

    Michel ROCARD : Je ne suis pas sûr du tout qu’il faille mettre un prin­cipe là, et qu’il y ait une norme qui soit la bonne pour la vie publique. C’est le choix du Pré­sident de la Répu­blique et de toute façon la réponse à la ques­tion dépend beau­coup de la nature du Pré­sident de la Répu­blique lui-même…

    Michel FIELD : Si vous aviez été élu vous auriez choi­si Jean-Marc AYRAULT ?

    Michel ROCARD : … Il n’est pas impro­bable… N’oubliez pas que Fran­çois HOLLANDE n’avais jamais été ministre…

    Oli­vier DUHAMEL :… ni Jean-Marc AYRAULT…

    Michel ROCARD : … et il avait donc besoin d’être confor­té par une struc­ture gou­ver­ne­men­tale ani­mée par un Pre­mier ministre qui soit en sym­biose avec lui, vraiment.

    Oli­vier DUHAMEL : Par un Pre­mier ministre qui n’avait jamais été ministre non plus…

    Michel ROCARD : non, mais… mais… qui a fait mar­cher la machine si long­temps… alors que Fran­çois a été plus loin…
    Oli­vier DUHAMEL : Je répète : si vous aviez été élu Pré­sident de la répu­blique le 6 mai 2012, est-ce que vous auriez choi­si Jean-Marc AYRAULT ou par exemple 

    Mar­tine AUBRY ?

    Michel ROCARD : D’abord pour­quoi est-ce que vous vou­lez me faire répondre à une ques­tion pareille ? J’ai envie de gar­der les ami­tiés des deux. On joue à quoi là ? D’abord je ne suis pas Pré­sident de la Répu­blique – ça se sau­rait – et donc je réserve mon choix, natu­rel­le­ment. J’aurais peut-être aimé faire une plus grosse surprise…

    Michel FIELD : Chaque semaine ici on essaye de dis­sé­quer com­ment le poids des média aujourd’hui déter­mine l’action poli­tique. Qu’est-ce qui manque à Jean-Marc AYRAULT média-poli­ti­que­ment, pour pas­ser la rampe ? Parce qu’on l’a vu, il y a quand même beau­coup de dif­fi­cul­tés qui sont liées à ce qu’on appelle des dif­fi­cul­tés de communication.

    OD : Qu’est-ce qui manque à Jean-Marc AYRAULT dans la média-poli­tique que Michel ROCARD connait bien et cri­tique fort bien ? Vous le sau­rez dans quelques instants.

    [Annonce : Sur Europe 1, Oli­vier DUHAMEL, Michel FIEL, Media­po­lis spé­ciale avec Michel ROCARD]

    Michel FIELD : Dans cette rétros­pec­tive qu’on vous pro­pose de l’année 2012, on demande à Michel ROCARD qu’est-ce qu’il manque à Jean-Marc AYRAULT média-poli­ti­que­ment pour pas­ser la rampe, puisqu’il y a beau­coup de couacs liés la com­mu­ni­ca­tion gouvernementale.

    Michel ROCARD : Je pense pro­fon­dé­ment qu’il lui manque de n’être pas assez sor­ti… de la poli­tique média­tique quo­ti­dienne. Parce qu’il arrive à cette équipe, à 

    Jean-Marc AYRAULT, à Fran­çois HOLLANDE, une chose ter­rible : nous vivons dans une très grande crise. Elle est mon­diale, elle est gra­vis­sime, elle est com­plè­te­ment incon­nue. Elle nous prend com­plé­te­ment… de tra­vers, enfin dans des condi­tions que per­sonne n’avait mai­tri­sé jusque-là. Et il est essen­tiel pour y faire face, d’avoir un esprit ouvert à toutes ces diver­si­tés, d’avoir éla­bo­ré un peu quelques autres champs – la socio­lo­gie et l’économie sur­tout. Jean-Marc est presque trop un spé­cia­liste de la quo­ti­dien­ne­té. Et la quo­ti­dien­ne­té obs­cur­cit. Nous sommes dans une crise qui appelle une pen­sée longue. Ce n’est pas… il en est par­fai­te­ment capable – il fort intel­li­gent- mais ce n’est pas son habi­tude et ce n’est pas sa for­ma­tion surtout.

    Oli­vier DUHAMEL : « La quo­ti­dien­ne­té obs­cur­cit » c’est du ROCARD dans le texte. Est-ce que je peux avoir quelques sous-titres ?

    Michel ROCARD : On peut prendre un exemple assez simple : le chô­mage. Chaque fois qu’on en parle, la presse vous donne le chô­mage de ce mois-ci, et le chô­mage de deux mois avant – par­fois de trois mois avant. La der­nière année de plein emploi en France c’est 1972. Pour com­prendre quelque chose à l’évolution du chô­mage il faut le regar­der par demi-siècle. Il s’est cas­sé quelque chose dans nos socié­tés. Ce n’est qu’un exemple, c’est par­tout comme ça. De la même façon, la fis­ca­li­té. On est en train de faire le bud­get de l’Etat, il doit être en dis­cus­sion en ce moment, il y a quelques nou­veaux impôts dedans. Le vrai pro­blème fis­cal de la France, c’est sa récon­ci­lia­tion avec son his­toire. Nous avons empi­lé des quan­ti­tés d’impôts qui peut-être pèsent trop. Il fau­drait regar­der tout l’ensemble : c’est ça que je veux dire. La France a besoin de se reprendre un peu, au nom d’une vision longue.

    [Annonce : Sur Europe 1, Oli­vier DUHAMEL, Michel FIEL, Media­po­lis spé­ciale avec Michel ROCARD]

    [Archive : Fran­çois HOLLANDE : « C’est une bonne jour­née pour l’Europe. Depuis le som­met de la fin du mois de juin, nous avons avan­cé et nous avons pu régler cette nuit-même et la ques­tion de la Grèce et la ques­tion de l’Union ban­caire. Alors voi­là : lorsque l’Europe avance, nous devons et notam­ment en France, le sou­li­gner. Parce que ce qui s’est pas­sé au mois de mai, avec le vote des Fran­çais, a été je crois, un des élé­ments qui a per­mis d’arriver à ce résul­tat. Main­te­nant, il faut le consolider. »]

    Michel FIELD : Le Pré­sident HOLLANDE le 13 décembre der­nier à Bruxelles. Alors cette crise de l’Euro, la sor­tie de la crise euro­péenne, c’est le leit­mo­tiv de Fran­çois HOLLANDE. D’un cer­tain point de vu, lui qui n’est pas étouf­fé par la quo­ti­dien­ne­té, en gros, sa théo­rie c’est : les crises sont cycliques et toutes les mesures que nous pre­nons aujourd’hui, c’est en attente du début de la reprise à venir, néces­saire parce que les crises sont cycliques dans le capi­ta­lisme. Vous par­ta­gez cette forme d’optimisme rai­son­nable du Pré­sident HOLLANDE ?

    Michel ROCARD : je ne par­tage pas beau­coup cette vision. Je ne crois pas que les crises soient cycliques. Per­met­tez-moi de rap­pe­ler que de 1945 à 1972 ou 73, il n’y a jamais, JAMAIS – ça fait près de 30 ans – JAMAIS eu de crise finan­cière, pas de crise cyclique. On savait faire. On a métho­di­que­ment cas­sé tous les régu­la­teurs qui empê­chaient ça depuis, et main­te­nant nous avons retrou­vé une grande crise cyclique tous les 4 ou 5 ans, c’est vrai. Ça fait un cycle presque court. Mais ce n’est pas la vraie ana­lyse de ce qui se passe main­te­nant. Il faut se sou­ve­nir de Leh­man Bro­thers à qui j’ai fait allu­sion tout à l’heure. Il y a eu en 2007–2008 une explo­sion mon­diale ter­rible qui a com­men­cé aux Etats-Unis, avec une explo­sion dans l’immobilier. On avait trop prê­té sans faire atten­tion aux condi­tions aux­quelles on prê­tait, il y avait même une prime sup­plé­men­taire – la sub-prime et ce sys­tème ban­caire a fait une bulle, et a com­plè­te­ment explo­sé. Ça, ça a dégé­né­ré et ça a entraî­né une faillite géné­rale, qui avec la faillite de Leh­man Bro­thers et celle d’un mil­lier de banques amé­ri­caines quand même, a entrai­né un début de réces­sion mon­diale. On a eu ‑3% du PIB en 2009. C’était une crise de la finance pure­ment pri­vée, les Etats n’y étaient pour rien. Mais nous étions déjà dans un sys­tème qui encou­ra­geait les Etats à s’endetter. Qu’est-ce qu’on a fait à ce moment là ? On a déci­dé au G20 (pro­po­si­tion : SARKOZY d’ailleurs, sou­tient immé­diat : OBAMA, écri­ture du texte : Pre­mier ministre anglais – BROWN, il s’appelait – et on a déci­dé de faire inter­ve­nir les contri­buables, les Etats pour empê­cher les banques de s’écraser plus com­plè­te­ment. On a donc presque créé une nou­velle crise, celle de la dette sou­ve­raine, qui n’existait pas avant, parce qu’on a aggra­vé les situations.

    Oli­vier DUHAMEL : Il y avait moyen de faire autrement ?

    Michel ROCARD : Je ne suis pas sûr qu’il y avait… enfin « moyen de faire autre­ment » : c’est for­mi­dable ! Rap­pe­lons-nous quelque chose : la Banque de France a été créée en 1801 et jusqu’en 1974 (ça fait quand même du temps, hein)…

    Michel FIELD : oui, ce n’est pas la quo­ti­dien­ne­té, oui…

    Michel ROCARD : … elle finan­çait l’Etat sans inté­rêt. Sans inté­rêt. Si on était res­té là, aujourd’hui, avec tous les emprunts qu’on a fait depuis – puisqu’on emprunte tous les ans – la dette publique fran­çaise serait de 16 ou 17% du Pro­duit Natio­nal Brut. Mais en 1974 , on a eu une loi stu­pé­fiante qui s’appelle la loi ban­caire, qui a inter­dit à l’Etat de se finan­cer sans inté­rêt auprès de la Banque de France, et qui a obli­gé notre Etat… nous fai­sions comme les Alle­mands, tout le monde, c’était un peu la mode, c’était une façon de pen­ser… On a obli­gé les Etats à aller se finan­cer sur le mar­ché finan­cier pri­vé, à 4 ou 5%. Et du coup, notre dette, elle est main­te­nant à 90–91% du pro­duit natio­nal brut. C’est un peu effrayant. La dette s’est moins aug­men­tée du sur­plus post Leh­man bro­thers que j’évoquais tout à l’heure. Ce qui veut dire tout d’abord que l’humanité a vécu quelques siècles en se finan­çant à l’œil et sans avoir de crise de la dette sou­ve­raine. Ça donne des idées, tout de même…

    Quand on sait que la Banque cen­trale amé­ri­caine, a depuis ça, pour évi­ter la réces­sion, fait bien plus que tous les autres en prê­tant 1.200 mil­liards de dol­lars en plus des 700 mil­liards de dol­lars du plan OBAMA offi­ciel à 0,01% d’intérêt, aux banques en dif­fi­cul­té. Les banques, qui nous avaient mis en dif­fi­cul­té mais qui y étaient elles-mêmes, trou­vaient leur argent pour s’en sor­tir à 600 fois plus [moins] cher le loyer de l’argent que la pauvre Grèce. Et même à 300 fois plus [moins] cher que nous ! Qu’est-ce que c’est que ce jeu imbé­cile ? C’était donc pos­sible de l’éviter. C’était votre ques­tion. Mais…

    Oli­vier DUHAMEL : Mais nous repren­drons dans quelques instants…

    Michel ROCARD : Mais, bon, et alors pour le moment nous sommes endettés…

    Oli­vier DUHAMEL : car nous devons faire une cou­pure publi­ci­taire, on doit inter­rompre la rétros­pec­tive mul­ti­sé­cu­laire de Michel ROCARD parce que nous avons une pause publi­ci­taire obligée.

    [Annonce : Sur Europe 1, Oli­vier DUHAMEL, Michel FIEL, Media­po­lis spé­cial avec Michel ROCARD]

    Michel FIELD : Petite péda­go­gie de la crise finan­cière de Michel ROCARD

    Michel ROCARD : haha…

    Michel FIELD : On pou­vait faire autre­ment, donc ?

    Michel ROCARD : On pou­vait faire autre­ment, mais on n’a pas fait autre­ment. Donc les règles du jeu sont là et main­te­nant on est coin­cé et il faut rem­bour­ser la dette. Alors, il y a de très grands éco­no­mistes – les deux der­niers Prix Nobel, l’un s’appelle Paul KRUGMAN, l’autre s’appelle Joseph STIGLITZ, qui disent « arrê­tez, arrê­tez, ne faites pas les fous, n’aggravez pas votre réces­sion, parce que la dépense publique, la dépense d’Etat, c’est aus­si des salaires, des chan­tiers, des tra­vaux publics, de l’activité, de l’économie. Vous étei­gnez le moteur de la dépense publique : vous ralen­tis­sez la crois­sance. Faites pas ça, dit-il, si vous ralen­tis­sez votre crois­sance, vous ne pour­rez plus payer vos impôts ».

    Oli­vier DUHAMEL : « Faites pas ça, dit-il » et pour­tant c’est ce que l’Europe fait.

    Michel ROCARD : ça c’est ce que disent les der­niers Prix Nobel, qui hurlent à la défense. Mais la loi reçue est ancienne, et la loi reçue, c’est pas ça, et son grand prêtre est encore Madame MERKEL. Et Madame MERKEL, elle dit : « les éco­no­mies se portent d’autant mieux que l’Etat s’en mêle moins ». Ce qui veut dire d’ailleurs que sur la crise de 2007–2008, il aurait fal­lu lais­ser se faire com­plè­te­ment les faillites. Pas seule­ment Leh­man Bro­thers, beau­coup d’autres, pour que le mar­ché soit apu­ré. Voi­là ce qu’elle dit. Elle dit : « Vous retrou­ve­rez de la crois­sance quand vous aurez retrou­vé de la confiance. Quand tout le monde aura le sen­ti­ment qu’une dette est faite pour être payée. Que si on met de l’argent quelque part, on le récu­père : c’est ça la condi­tion pour redé­mar­rer la croissance. » 

    Dans la condi­tion où nous sommes, ce redé­mar­rage sup­pose que nous aggra­vions la réces­sion chez nous. Et c’est un com­bat intel­lec­tuel. Alors, il y a en fait deux batailles là-dedans. La pre­mière bataille, elle est ins­ti­tu­tion­nelle : quel est le pou­voir de com­man­de­ment dans l’Euro ? Je vais prendre un exemple tout bête : il doit y avoir 150 ans que le dépar­te­ment de la Corse équi­libre mal ses comptes – la Corse est pas très bien gérée… Per­sonne n’a jamais enten­du dire, à la Banque de France, « j’en ai assez de la Corse, je ne recon­nais plus la Corse, et je l’envoie se faire finan­cer sur les mar­chés étran­gers ». On n’a jamais dit ça. Alors le Franc est là, la Corse peut faire ce qu’elle veut au fond – ou la Bre­tagne – enfin, le Tré­sor garan­ti. Une vraie mon­naie, c’est ça. Et quand on a créé l’Euro, on n’a pas don­né au gérant de l’Euro, le vrai pou­voir de faire ça. Il fal­lait le faire pour la Grèce parce que sinon on ne pas croire en une mon­naie. Voi­là ce qui s’est pas­sé avec l’Euro. Il fal­lait donc don­ner à la Grèce. Parce que la Grèce… tout cela est un peu idiot : la Grèce c’est tout petit, la Grèce c’est 1,5% du Pro­duit brut euro­péen. Un bon coup de bataille contre la spé­cu­la­tion avec des muni­tions mises par la banque cen­trale : on gagne. Mais la Banque cen­trale n’a pas le droit d’émettre. C’est ça, la crise.

    Michel FIELD : C’est en train de chan­ger, ça…

    Michel ROCARD : C’est pas une crise grecque, c’est une crise institutionnelle.

    Michel FIELD : C’est en train de chan­ger, les nou­velles mis­sions de la BCE, fina­le­ment dans ce bras de fer l’Allemagne recule un peu.

    Michel ROCARD : Alors je n’ai pas lu tout à fait le détail, je ne suis pas un spé­cia­liste poin­tu de ce genre de chose, et c’est en train de chan­ger un peu et je me demande si c’est en train de chan­ger suf­fi­sam­ment. Il m’est venu sous la lec­ture que l’accord inter­ban­caire – l’Union ban­caire qui est en train de se faire garde encore quelques insé­cu­ri­tés, quelques imper­fec­tions. Je n’en sais rien, encore une fois, je ne suis pas spé­cia­liste. Mais ce qui sûr, c’est qu’en plus, pour que l’Euro béné­fi­cie d’une totale soli­da­ri­té oppo­sable à tout spé­cu­la­teur, et qui tombe quel que soit le pays en dif­fi­cul­té der­rière – la Grèce, l’Espagne, l’Italie ou la France, ou même la Grande-Bre­tagne d’ailleurs, qui inci­dem­ment, il faut bien le rap­pe­ler est quand même bien plus endet­tée que nous, ça pour­rait lui arri­ver à elle aus­si – Que n’importe quel spé­cu­la­teur sache que l’Euro, ça tien­dra. Der­rière cette volon­té ban­caire il fal­lait bien enten­du la garan­tie d’une inten­tion politique. 

    Cette inten­tion poli­tique, c’est « on fait l’Europe pour des rai­sons bien plus géné­rales, bien plus géo­po­li­tiques, c’est pour l’avenir, et c’est pour se trou­ver grand dans le monde des géants, quand l’Asie com­man­de­ra le monde, dans 30 ans d’ici. » L’Asie, elle va pas iden­ti­fier sur une carte le Por­tu­gal ou le Luxem­bourg sur une carte du monde, ni même peut-être la France. Un demi-mil­liard d’Européens, tou­jours les plus riches du monde avant les Chi­nois : là on peut exis­ter. Voi­là pour­quoi on a besoin d’une Europe qu’on a jamais réus­si à faire. Or voi­là qu’on vient de prendre une semaine – enfin quelques mois de retard. Madame MERKEL et Mon­sieur HOLLANDE ont jugé qu’on allait peut-être un peu vite et qu’il était impru­dent élec­to­ra­le­ment d’en pro­po­ser trop. Je regrette cette déci­sion. Il faut bien qu’on dise aux gens qu’y’a pas de poli­tique sans risque. Une poli­tique sans risques, ça n’existe pas. Il y a des risques par­tout. Celui-là on a besoin de le prendre, parce qu’on a besoin d’être renforcés. 

    Nous avons cas­sé l’enthousiasme et la foi dans l’Europe, au nom de laquelle on appe­lait à la soli­da­ri­té finan­cière abso­lue. Dan­ge­reux, ça. Alors je suis pas si sûr que ça qu’on soit débar­ras­sés de cette crise de la dette sou­ve­raine en Europe. Et je vais don­ner son vrai nom, à cette crise de la dette sou­ve­raine en Europe : c’est un sur­croit de dette publique créé par nous, pour des rai­sons ins­ti­tu­tion­nelles, à cause de la façon dont a été trai­tée la dette pré­cé­dente, dans le caphar­naüm extrê­me­ment dan­ge­reux d’une finance pri­vée deve­nue folle. 

    Écou­tez bien : il y a dans le monde aujourd’hui une liqui­di­té mon­diale créée par les banques – elle a dou­blé depuis 5 ou 6 ans – qui est à 800 T. Il faut que nos audi­teurs apprennent les nou­velles uni­tés moné­taires. Quand on va faire de la mon­tagne, il faut apprendre les alti­tudes, l’unité est le mètre d’altitude, il faut com­pa­rer avec le Mont Blanc etc. Par­tout il faut apprendre les uni­tés, il nous est émer­gé une nou­velle uni­té : le T, pour tril­lion. Un T, c’est 1.000 mil­liards dol­lars. Nous avons donc 800.000 mil­liards de dol­lars en bal­lade dans le monde, dont les mil­liers de tran­sac­tions quo­ti­diennes concernent de l’exportation ou de l’importation de biens et de ser­vices pour 2%. Concernent la vraie éco­no­mie pour 2%. Et pour 98% joue sur des mar­chés spé­cu­la­tifs et ça peut explo­ser tous les jours parce que la contre­par­tie de cette mon­naie n’est pas en sécu­ri­té : c’est un endet­te­ment extrême. 

    Ça peut sau­ter n’importe où. Ça, c’est le vrai dan­ger. La petite Europe à côté de ça n’est qu’un déto­na­teur. Comme est un déto­na­teur la crise immo­bi­lière qui sévit en Chine actuel­le­ment. Tout le monde s’en fout, on ne le sait pas. Le monde est inter­con­nec­té. Nous sommes dans un désastre mon­dial. Il y a une crise immo­bi­lière en Chine, qui vaut bien celle des Etats-Unis d’il y a 5 ans.

    Oli­vier DUHAMEL : Avec Michel ROCARD, on passe donc, comme on vient de l’entendre, de la rétros­pec­tive lucide à la pros­pec­tive plu­tôt inquiétante.

    Michel FIELD : Petite appli­ca­tion de cette crise, on revient dans un ins­tant sur le cas Florange.

    [Annonce : Sur Europe 1, Oli­vier DUHAMEL, Michel FIELD, Media­po­lis spé­cial avec Michel ROCARD]

    Michel FIELD : Petite illus­tra­tion de la crise avec Flo­range. On écoute Jean-Marc AYRAULT :

    [Archive : Jean-Marc AYRAULT : « Natio­na­li­ser MITTAL, ça avait un coût. Il fal­lait en gros mobi­li­ser, au-delà de ce que le repre­neur pou­vait appor­ter, autour de 400 mil­lions avec son par­te­naire, un mil­liard d’Euros. Pour faire repar­tir les hauts-four­neaux, c’était à peu près 450 mil­lions. Donc qui aurait payé ? Les contri­buables. Avec la cer­ti­tude que les emplois auraient été dans la durée main­te­nus ? Je ne pou­vais pas le garantir. »]

    Michel FIELD : Le Pre­mier ministre, le 6 décembre der­nier sur RTL. Com­ment vous l’avez res­sen­tie, ana­ly­sée, cette aven­ture de Flo­range ? Et la manière dont Arnaud MONTEBOURG a bran­di la natio­na­li­sa­tion tem­po­raire comme solu­tion– et il conti­nue de le faire, d’ailleurs ?

    Michel ROCARD : Pre­miè­re­ment, on peut dire sans doute que la plu­part des membres de cette équipe sont par­tis trop vite et ont par­lé trop vite. Ils se sont pas don­né le temps d’une réflexion sereine pour savoir où on va. Je veux dire que j’aime pas beau­coup la natio­na­li­sa­tion, c’est en géné­ral assez mal­adroit, mais qu’une natio­na­li­sa­tion tem­po­raire, après tout, ça peut ser­vir, ça existe. Les Etats-Unis viennent de s’en ser­vir à deux ou trois reprises – et très bien – notamment…

    Michel FIELD : pour Gene­ral Motors

    Michel ROCARD : … à pro­pos de l’automobile et d’une entre­prise de cen­tra­li­sa­tion immo­bi­lière. Pour­quoi pas ? ne fai­sons pas de prin­cipe là. Mais il fal­lait réflé­chir plus avant.

    Oli­vier DUHAMEL : Donc vous êtes plus MONTEBOURG qu’AYRAULT.

    Michel ROCARD : Deuxiè­me­ment, je ne crois pas à l’idée – c’est très grave – de mettre des sous là-dedans pour faire tour­ner mieux. C’est pas comme ça qu’ça’s’passe.

    Oli­vier DUHAMEL : Ah, donc vous êtes plus AYRAULT que MONTEBOURG.

    Michel ROCARD : Ce qui manque à MITTAL, c’est des ventes. Ce qui nous manque, c’est la crois­sance géné­rale. C’est donc dans… Et on a com­men­cé cette émis­sion en rap­pe­lant que je n’avais pas beau­coup aimé la cam­pagne élec­to­rale des deux côtés. Les deux can­di­dats prin­ci­paux avaient dédai­gné le fait que nous étions dans une crise qui se tra­dui­sait par une absence de crois­sance durable.

    Oli­vier DUHAMEL : Donc sur Flo­range, vous êtes AYRAULT ou vous êtes MONTEBOURG ?

    Michel ROCARD : Je ne vois pas de rai­son de répondre comme ça…

    Oli­vier DUHAMEL : Ah, bon ?

    Michel ROCARD : Venons au fond de l’affaire. La part du salaire direct et indi­rect dans le pro­duit natio­nal brut fran­çais n’est plus qu’à 57%. Elle a per­du 10% en une dizaine d’année. Ce qui veut dire qu’il y a 30 à 40 mil­liards d’Euros qui étaient du salaire direct ou indi­rect – donc du pou­voir d’achat – qui se sont éva­po­rés, qui sont par­tis vers les mar­chés finan­ciers, pen­dant que du côté des salaires, on a fait des pré­caires et des chô­meurs. Ceux-là consomment pas, et on vend plus d’acier à ceux-là parce qu’on vend moins de voi­tures. C’est ça, la crise.

    Alors, sau­ver une entre­prise, iso­lée, on peut peut-être le faire si ses pers­pec­tives sont bonnes. Je ne connais pas assez bien le mar­ché pour savoir si elle est plus en crise que les autres, ou si ses four­nis­seurs, ses clients, les contrats d’exportation qu’on peut avoir vers l’Allemagne (qui conti­nue à impor­ter) suf­fit… je n’en sais rien. Ça, c’est une res­pon­sa­bi­li­té gou­ver­ne­men­tale. Ayrault est un homme sage. Il a été un peu rapide à condam­ner l’idée de la natio­na­li­sa­tion tem­po­raire, la néces­si­té c’était qu’ils se mettent d’accord, qu’ils prennent du temps et qu’ils cal­culent juste. Je parle, qu’ils cal­culent juste dans la tête. 

    Eh bien ce qu’il faut c’est qu’il faut, Europe entière, que nous met­tions fin à cette situa­tion dans laquelle 30% – 30%, vous enten­dez ce pour­cen­tage démen­tiel ? – 30% de la popu­la­tion de tous les pays déve­lop­pés est soit au chô­mage, soit pré­caire, soit pauvre. Et tous ceux-là consomment pas. Et on se demande pour­quoi il y a plus de crois­sance. C’est ça, la règle. C’est un méca­nisme lent qui ne peut pas aller très vite.

    Michel FIELD : A l’issue de la crise de Flo­range, on a vu la posi­tion d’Arnaud MONTEBOURG le fai­sait être plus popu­laire fina­le­ment et gagner des points dans les son­dages d’opinion. Peu importe, mais ça veut dire aus­si que des poli­tiques qui affirment une volon­té poli­tique de faire quelque chose – peu importe le juge­ment qu’on porte – sont plé­bis­ci­tés par l’opinion. Et je repense à la phrase de Lio­nel JOSPIN « L’Etat ne peut pas tout ». Qu’est-ce que peut aujourd’hui le poli­tique devant cette crise-là ? A part dire la véri­té, comme vous vous effor­cez de le faire.

    Michel ROCARD : Lio­nel Jos­pin l’avait dit, c’est évident que « L’Etat ne peut pas tout ». Deuxiè­me­ment, tout indi­vi­du, Ministre, membre d’un col­lège, qui gou­verne, pré­sident, qui espère pou­voir prendre au jour le jour sur tout pro­blème, des mesure popu­laires se met le doigt dans l’œil jusqu’au coude. C’est impos­sible. Quand on est en situa­tion de crise, on passe son temps à avoir des déci­sions extrê­me­ment dures à prendre. La réfé­rence aux son­dages est une folie. Les son­dages devien­dront bons, si le résul­tat est bon après. Mais pour que le résul­tat soit bon, il faut pro­ba­ble­ment faire de la chi­rur­gie. Quand vous pas­sez à l’hôst… à l’hôpital, votre pro­blème n’est pas la popu­la­ri­té du chi­rur­gien, y com­pris auprès de vous-même, c’est qu’il soit bon. Et sou­vent, ça fait mal. Voi­là la situa­tion où nous en sommes. Moi, ce que j’aime chez MONTEBOURG, c’est un cer­tain cou­rage et un cer­tain culot. Mais je n’aime l’action de franc-tireur : un gou­ver­ne­ment est néces­sai­re­ment un collège.

    Oli­vier DUHAMEL : Donc votre appré­cia­tion est quand même très nuan­cée sur MONTEBOURG. Mais, un fonc­tion­ne­ment démo­cra­tique dans un gou­ver­ne­ment : quelle liber­té ça donne à cha­cun de s’exprimer avant que la déci­sion col­lec­tive ait été prise, ou est-ce qu’il faut la bou­cler et se conten­ter de gérer son secteur ?

    Michel ROCARD : Il faut… c’est très com­pli­qué de gou­ver­ner… Il faut la bou­cler. Un gou­ver­ne­ment n’est effi­cace que s’il n’y a qu’une seule déci­sion, et elle a natu­rel­le­ment plu­sieurs contri­bu­teurs. Il faut savoir se mettre d’accord. Il y a même un pro­blème d’humilité à cet égard. Il faut bien le dire. Mal­heu­reu­se­ment, je suis obli­gé de le dire comme ça. Mais la liber­té du com­men­taire une fois la déci­sion prise, est bien évi­dem­ment totale. Il y a des éclai­rages différents.

    Michel FIELD : Il souffre un peu de manque de cohé­sion, ce gouvernement ?

    Michel ROCARD : Je ne suis pas sûr qu’il souffre d’un manque de cohé­sion, parce que je ne vois pas de désac­cord là-dedans. Il souffre d’un manque d’habitude de la pré­pa­ra­tion col­lec­tive. Tout ça est com­pli­qué, et tout ça sup­pose qu’on s’informe tou­jours sur le moyen et le long terme.

    Oli­vier DUHAMEL : Et qui est en charge de faire vivre un col­lec­tif, de don­ner corps à ce col­lec­tif ? Le Pré­sident ou le Pre­mier ministre ?

    Michel ROCARD : Le Pre­mier ministre. Très réso­lu­ment. Il est chef de la majo­ri­té par­le­men­taire et en même temps qu’il est le chef du gou­ver­ne­ment. Notre consti­tu­tion est com­pli­quée mais sur ce point elle est claire. Le Pré­sident est l’inspirateur.

    Oli­vier DUHAMEL : Et bien on va voir si vous ins­pi­re­rez l’année 2013, et si ce col­lec­tif sur­gi­ra. Mer­ci beau­coup Michel ROCARD pour ces éclai­rages très utiles et très pro­fonds, sur notam­ment la crise dans laquelle nous sommes encore.

    Michel FIELD : Nous allons nous quit­ter en musique…

    Réponse
  200. Étienne

    25 juillet 1958 : Pinay explique (un peu)
    l’al­ter­na­tive MÉNAGES/BDF pour finan­cer l’État :

    (Avances gra­tuites évo­quées à 1:30)

    Remarque : comme d’ha­bi­tude, le spectre de l’in­fla­tion est évo­qué SANS JAMAIS par­ler le moins du monde du puis­sant anti­dote de l’in­dexa­tion.

    Réponse
  201. AlainR

    Faites gaffe. Si ce fil (j’en ai rare­ment lu des comme ça …) va au bout de sa logique, c’en est fini du sys­tème ban­caire actuel 🙂

    Réponse
  202. AlainR

    « (…) Ce qui veut dire qu’il y a 30 à 40 mil­liards d’Euros qui étaient du salaire direct ou indi­rect – donc du pou­voir d’achat – qui se sont éva­po­rés, qui sont par­tis vers les mar­chés finan­ciers, pen­dant que du côté des salaires, on a fait des pré­caires et des chô­meurs. Ceux-là ne consomment pas, et on vend plus d’acier à ceux-là parce qu’on vend moins de voi­tures. C’est ça, la crise. »

    « (…) ce qu’il faut c’est qu’il faut, Europe entière, que nous met­tions fin à cette situa­tion dans laquelle 30% – 30%, vous enten­dez ce pour­cen­tage démen­tiel ? – 30% de la popu­la­tion de tous les pays déve­lop­pés est soit au chô­mage, soit pré­caire, soit pauvre. Et tous ceux-là consomment pas. Et on se demande pour­quoi il y a plus de croissance (…) »

    Le maître Rocard copie sur son élève Lar­rou­tu­rou …
    cf Roo­se­velt 2012.

    Concer­nant la créa­tion moné­taire, pour rappel : 
    cet article qui donne une solu­tion par rap­port à la situa­tion actuelle.
    Pour­quoi faut-il que les États payent 600 fois plus que les banques ?
    (Le Monde, il y a un an)

    Réponse
  203. MagaliAB

    Bon­jour et bonne année à tous les virus démocrates 🙂

    Cette ques­tion est pas­sion­nante, et consti­tue pro­ba­ble­ment l’un des piliers de la plou­to­cra­tie actuelle.

    Je ne peux pas m’empêcher de rap­pro­cher cette loi de 1973 de la décen­tra­li­sa­tion (1982) et de la mul­ti­pli­ca­tion des col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales depuis. 

    Ce n’est pas pour remettre en cause la recon­nais­sance des iden­ti­tés locales et l’op­por­tu­ni­té de démo­cra­tie locale qu’au­rait pu repré­sen­ter la décen­tra­li­sa­tion. Mais la loi de 1973 ne pro­duit-elle ses effets qu’au niveau de l’E­tat ?

    On ne parle pas suf­fi­sam­ment des 36.000 hold-up qui ont eu lieu (j’exa­gère à peine) cf. scan­dale DEXIA http://​www​.la​-bas​.org/​a​r​t​i​c​l​e​.​p​h​p​3​?​i​d​_​a​r​t​i​c​l​e​=​2​2​7​0​&​v​a​r​_​r​e​c​h​e​r​c​h​e​=​d​e​xia…

    Média­ti­que­ment, il est plus facile de faire pas­ser dans l’o­pi­nion une dette éta­tique énorme (en reje­tant la culpa­bi­li­té sur les fonc­tion­naires et le ser­vice public en géné­ral), que d’ex­pli­quer la part qu’ont pris ces scan­dales finan­ciers locaux à la « Dette »…

    Bien cor­dia­le­ment,

    Maga­liAB

    Réponse
  204. Sam

    Étienne,

    en fait c’é­tait pas dur de trou­ver ce décret du 27 juin 1938 (dans la par­tie légis­la­tive de la com­pi­la­tion de textes sur la BdF) ; c’est moi qui cher­chais bête­ment une conven­tion atta­chée alors qu’il n’y en a pas… et qui plus est mon Cntr+F a du m’en­voyer je ne sais où car je n’a­vais même pas vu le contenu.

    Il y a eu en fait deux décrets moné­taires ce jour-là (l’autre auto­rise l’en­caisse de la Banque d’Al­gé­rie à pas­ser de 3 à 4 milliards).

    À signa­ler éga­le­ment qu’ils ont été cosi­gnés et pré­pa­rés notam­ment sur le rap­port du ministre de la guerre.

    Je ne cite que l’ar­ticle 1 du pre­mier décret (la suite ne concerne que la pro­cé­dure de rati­fi­ca­tion clas­sique, qui implique une loi).

    Article 1 du Décret du 17 juin 1938 rela­tif à l’extension des attri­bu­tions de la Banque de France

    En vue d’agir sur le volume du cré­dit et de régu­la­ri­ser le mar­ché moné­taire, la Banque de France est auto­ri­sée, en plus des opé­ra­tions énu­mé­rées à l’article 106 du Décret de codi­fi­ca­tion du 31 décembre 1936, à ache­ter, sur le mar­ché libre, dans les limites et aux condi­tions fixées par le Conseil géné­ral, des Effets négo­ciables publics à court terme et des Effets pri­vés admis­sibles à l’escompte et à revendre, sans endos, les Effets pré­cé­dem­ment acquis.

    En aucun cas, ces opé­ra­tions ne pour­ront être trai­tées au pro­fit du Tré­sor public ou des col­lec­ti­vi­tés émettrices.

    Réponse
  205. Sam

    Décret de codi­fi­ca­tion du 31 décembre 1936

    TITRE III – DES OPÉRATIONS DE LA BANQUE GÉNÉRATRICES DE L’ÉMISSION DE BILLETS

    ART. 106.

    Les opé­ra­tions de la Banque géné­ra­trices de l’émission des billets, comprennent :

    1° Des opé­ra­tions sur or ;

    2° Des opé­ra­tions d’escompte ;

    3° Des avances sur Effets publics et sur valeurs mobilières ;

    4° Des avances per­ma­nentes à l’État.

    ART. 107.

    La Banque ne peut, dans aucun cas, ni sous aucun pré­texte, faire ou entre­prendre d’autres opé­ra­tions que celles qui lui sont per­mises par la Loi et par ses Statuts.

    En clair, et si j’ai bien com­pris, cela signi­fie qu’en 1936 le rôle de la Banque de France était réduit en gros à celui d’un ins­ti­tut d’é­mis­sion. Son mode de finan­ce­ment, aus­si bien du pri­vé que du public, était limi­té à l’es­compte et à des avances. Et si j’in­ter­prète bien, il ne lui était pas per­mis de revendre sur le mar­ché les divers effets qu’elle pre­nait en pension.

    En effet, sauf erreur, l’ar­ticle auquel il est fait réfé­rence en 1938, et sur­tout le sui­vant (art. 107) qui pré­cise que la liste des opé­ra­tions per­mises à la Banque de France est exhaus­tive… ne lui per­met­taient pas du tout les opé­ra­tions d’o­pen-mar­ket, et ils impli­quaient en par­ti­cu­lier que la Banque de France n’a­vait pas le droit d’a­che­ter, ni de revendre, des bons du Tré­sor sur le mar­ché secon­daire.

    Sinon, elle peut réa­li­ser des opé­ra­tions immo­bi­lières (achat ou vente) pour son propre compte mais seule­ment pour orga­ni­ser ses propres locaux, semble-t-il (art. 147). 
    Elle peut aus­si ser­vir de banque de dépôt (sec­tion VI). 
    Bref, rien vu qui remette en ques­tion ce qui précède.

    Réponse
  206. Étienne

    Ayant peur que cette perle soit noyée dans ce fil pas­sion­nant mais bouillon­nant, tour­billon­nant, je rap­pelle ici la trou­vaille de Phil (mes­sage 199) :

    Les aveux de Jean-Yves Haberer
    « La poli­tique moné­taire per­met de ne pas avoir à affron­ter un Parlement,
    de ne pas affron­ter les syndicats
    ou les caté­go­ries socio­pro­fes­sion­nelles sen­sibles. » (1990)

    Réflexion de Jean-Yves HABERER dans les années 1990.

    « …C’est la décen­nie com­men­cée en 1970 qui a mis la poli­tique moné­taire au centre de la poli­tique éco­no­mique, du fait du flot­te­ment géné­ra­li­sé des mon­naies, le renou­veau de la théo­rie autour des idées de Mil­ton Fried­man et de l’expansion des mar­chés de capi­taux dans un cli­mat de libé­ra­lisme offen­sif.

    Plus on s’est éloi­gné, en France, des illu­sions de la pla­ni­fi­ca­tion indi­ca­tive, dont les objec­tifs man­quaient de moyens sec­to­riels adé­quats, plus on a vu dans la poli­tique moné­taire un sys­tème d’influence glo­bal jouant sur les déci­sions des ménages et des entre­prises en matière de consom­ma­tion, d’épargne, d’endettement et d’investissement, c’est-à-dire le choix des diverses formes d’anticipation qui sont le prin­ci­pal moteur de l’économie dans un pays industriel.

    Le minis­tère de l’Économie et des Finances, comme tech­no­struc­ture au ser­vice de son ministre, a trou­vé son compte dans la pro­mo­tion de la poli­tique moné­taire, même si l’idée et l’exemple en sont venus des pays anglo-saxons qui, après avoir été key­né­siens, étaient deve­nus moné­ta­ristes. En effet, la poli­tique moné­taire est faite de mesures dis­crètes prises sous une forme un peu éso­té­rique, lisible pour les ini­tiés et des­ti­nés aux ini­tiés. La poli­tique moné­taire per­met de ne pas avoir à affron­ter un Par­le­ment (ce qu’impose au contraire, toute poli­tique bud­gé­taire) ; de ne pas affron­ter les syn­di­cats (ce que fait, natu­rel­le­ment, toute poli­tique des salaires) ou les caté­go­ries socio­pro­fes­sion­nelles sen­sibles (ce qu’impose la poli­tique des prix).

    La poli­tique moné­taire s’accompagne donc d’un assez fort degré d’anesthésie poli­tique et sociale… »

    « …En revanche, la signi­fi­ca­tion glo­bale des mesures moné­taires fait perdre de vue la rela­tion entre les causes et les effets. La hausse des taux des inter­ven­tions de la Banque de France sur le mar­ché moné­taire ou l’augmentation des réserves obli­ga­taires des banques n’inspirent pas d’émotion, sinon dans les banques, mais celle-ci ne font pitié à personne… »

    Source ici : http://​www​.revue​-pou​voirs​.fr/​I​M​G​/​p​d​f​/​P​o​u​v​o​i​r​s​5​3​_​p​2​7​-​3​6​_​p​o​l​i​t​i​u​e​_​m​o​n​e​t​a​i​r​e​.​pdf

    Elle est bien, cette CONTROVERSE SUR LA LOI DE 1973, non ?

    elle nous per­met de — et elle nous pousse à — apprendre et com­prendre plein de trucs importants.

    J’aime notre cer­veau collectif 🙂

    « De la dis­cus­sion jaillit la lumière », m’a tou­jours répé­té mon cher père.

    Il est ESSENTIEL, pour une démo­cra­tie digne de ce nom, 
    de GARANTIR une par­faite liber­té à TOUTES les pen­sées dis­si­dentes,
    et de faire confiance aux citoyens adultes pour trier EUX-MÊMES le bon grain de l’ivraie : 
    de la dis­cus­sion jaillit la lumière.

    Ami­tiés à tous.

    Étienne.

    PS : pen­dant que vous y êtes, 🙂 juste après, 
    LISEZ AUSSI l’im­por­tant mes­sage 200 de Sam !]

    …

    Réponse
  207. phil82

    Résu­mé ins­truc­tif trou­vé sur le net, j’ai des doutes sur cer­taines formulations :

    http://www.lacrisedesannees2010.com/article-banque-centrale-et-tresor-une-tres-instructive-histoire–partie‑1–65310831.html

    D’une cer­taine façon, la loi de natio­na­li­sa­tion du 2 décembre 1945 apporte de la cla­ri­fi­ca­tion : la banque de France était de fait publique depuis sa nais­sance, elle le devient en droit le 1–1‑1946, juri­di­que­ment un éta­blis­se­ment public administratif. 

    Les anciens pro­prié­taires étaient de fait expro­priés dès la nais­sance de la banque. 
    Les nou­veaux- idéo­lo­gi­que­ment le peuple sou­ve­rain- seront de vrais pro­prié­taires…. jusqu’à leur propre évic­tion, lorsque la banque devien­dra d’abord indé­pen­dante, pour inté­grer ulté­rieu­re­ment l’euro-système.

    Mais curieu­se­ment, nou­veaux, et vrais pro­prié­taires, qui vont main­te­nir la fic­tion d’une « indé­pen­dance » de la Banque. 

    Ain­si le mode opé­ra­toire va demeu­rer, avec à chaque fois un double texte : conven­tion entre ministre des finances et gou­ver­neur, elle-même « auto­ri­sée » par un texte rele­vant de l’exécutif (décret) ou du légis­la­tif (loi).

    Comme si la conven­tion, était d’essence contrac­tuelle, entre ins­ti­tu­tions libres de leur des­tin. Comme si le gou­ver­neur était autre chose qu’un simple pré­fet sou­mis à l’exécutif.

    Au cours de cette période, la banque reste évi­dem­ment banque du Tré­sor, mais plus encore, l’Etat l’utilise lar­ge­ment dans la construc­tion de ce que l’on pour­rait appe­ler « les infra­struc­tures du For­disme naissant ». 

    C’est ain­si que le décret du 13 juin 1962 auto­rise la banque à effec­tuer des avances sur les obli­ga­tions, les bons, et les parts de pro­duc­tion émis avec la garan­tie de l’Etat, au pro­fit d’EDF, GDF et Char­bon­nages de France. 

    D’autres nom­breux textes élar­gi­ront cette pos­si­bi­li­té, au pro­fit d’une foule d’organismes : Dépar­te­ments, com­munes, chambres de com­merce, ports auto­nomes (3 août 1963) ; Socié­tés de Déve­lop­pe­ment Régio­nal (23 juillet 1964) ; Caisse Natio­nale des Auto­routes (29 octobre 1965) ; Caisse Cen­trale de Cré­dit Hôte­lier et Com­mer­cial (22 décembre 1965) ; Caisse d’Aide à l’Equipement des Col­lec­ti­vi­tés Locales (24 jan­vier 1968) ; etc. 

    Faits inté­res­sants, puisque désor­mais, les inves­tis­se­ments publics cor­res­pon­dants se font sans pré­lè­ve­ment de rente : si la banque réa­lise des pro­fits sur les inves­tis­se­ments publics, ils sont empo­chés par le pro­prié­taire public.

    ……Mais des ban­quiers cen­traux libérés.

    La situa­tion va pro­gres­si­ve­ment se dété­rio­rer avec l’indépendance offi­cielle de la Banque de France. 
    L’évolution des mar­chés poli­tiques, déve­lop­pe­ra l’inscription légis­la­tive de la fin de la moné­ti­sa­tion, et le retour de la rente finan­cière qui lui est associée. 

    D’où la loi du 3 jan­vier 1973, qui va dans son article 25, arrê­ter la dite moné­ti­sa­tion : « Le Tré­sor public ne peut être pré­sen­ta­teur de ses propres effets à l’escompte de la banque de France ». 

    Mais loi qui n’interdit pas encore- dans son article 19- le jeu des avances et prêts qui assurent la liqui­di­té du Trésor. 
    Article tou­te­fois de pré­cau­tion, car de fait, la banque de France ces­se­ra d’être la Banque de L’Etat, et ne res­te­ra qu’instrument tech­nique de bonne cir­cu­la­tion de ses flux, avec un compte du Tré­sor à son bilan, de fait de plus en plus sem­blable, aux comptes des banques ordi­naires qu’elle porte également. 

    Il fau­dra attendre la loi du 12 mai 1998, loi modi­fiant les sta­tuts de la banque, pour voir le pro­prié­taire public, renon­cer aux droits qui lui sont tra­di­tion­nel­le­ment associés. 
    C’est ain­si que le texte pré­cise que le gou­ver­neur et les sous gou­ver­neurs : « ne peuvent ni sol­li­ci­ter ni accep­ter d’instructions du gou­ver­ne­ment ou de tout autre personne ». 
    Comme si une assem­blée géné­rale d’entreprise, renon­çait à tout contrôle de l’activité des managers. 
    Et le texte ira plus loin, puisque son article 5 sti­pule : « qu’il est inter­dit à la Banque de France d’autoriser des décou­verts ou d’accorder tout autre type de cré­dit au Tré­sor public ou à tout autre orga­nisme ou entre­prise publics ». 
    Et : « l’acquisition directe par la banque de titres de leurs dettes est éga­le­ment inter­dite » pré­ci­se­ra le texte. 
    Comme s’il était inter­dit, à un action­naire de banque, d’obtenir un prêt en pro­ve­nance de l’ éta­blis­se­ment, dont il est en par­tie ou tota­le­ment propriétaire. 

    Le pro­prié­taire de la banque de France dans sa nou­velle ver­sion – idéo­lo­gi­que­ment le peuple sou­ve­rain- devient ain­si davan­tage expro­prié que les « deux cents familles » de l’époque napoléonienne.

    Réponse
  208. Étienne

    Les aveux de Rocard (suite), traître à la patrie :
    « les seuls à savoir gou­ver­ner sont les patrons, 
    les sou­ve­rai­ne­tés natio­nales sont des nui­sances (sic) »

    Au moins, c’est clair…

    Encore un truc à retrans­crire, nom d’un chien ! 
    (Ça a sûre­ment été fait, c’est tel­le­ment énorme)

    J’a­vais signa­lé ici cette salo­pe­rie — pré­ten­du­ment « socia­liste » Atten­tion ! —, à l’époque, 
    mais ça fait un utile rap­pel ici, je trouve 
    (dans la rubrique « traîtres à la patrie »). 
    Non ?

    Réponse
  209. J-Stéphane

    C’est à vomir ! Encore un trans­fert des responsabilités.

    Les lau­riers aux 1% et les ronces aux 99%.

    Réponse
  210. Magali

    Poua­la­la ! Tout ceci est pas­sion­nant ! Le débat rebondit 🙂

    Impos­sible de retrou­ver trace sur inter­net du décret-loi de 1938. Je vais aller faire des recherches du coté de l’As­sem­blée nationale.
    (A ce pro­pos – @Sam – , le decret-loi dis­po­nible dans le dos­sier de la Banque de France n’est pas celui recherché).

    Si je com­prends bien :

    L’ar­ticle 13 de la loi de 1936 inter­dit l’es­compte au pro­fit du Trésor.

    Une dis­po­si­tions « aveugle » qui a été abro­gée par le décret-loi de 1938 qui indique cepen­dant que « les achats de valeurs négo­ciables par la Banque de France ne peuvent être faits au pro­fit du Trésor ».

    La loi de 1973 reprend – via son article 25 – une rédac­tion simi­laire à celle de la loi de 1936, mais laisse éga­le­ment, via son article 24, une liber­té très large en matière d’escompte.

    Habe­rer indique que les deux articles (24 et 25) sont donc contradictoires.
    Sam indique qu’en réa­li­té, l’ar­ticle 25 n’é­tait pas « res­pec­table » parce que les comptes du Tré­sor ne peuvent jamais être dans le rouge.

    Que conclure ?
    J’ai vrai­ment du mal à sai­sir tout ca.

    Réponse
  211. Morpheus

    En annexe à la dis­cus­sion sur la loi de 73, je vou­drais don­ner quelques liens vers des articles inté­res­sants du CADTM concer­nant les poli­tiques d’an­nu­la­tion de dettes à tra­vers 5000 ans d’his­toire. Ce n’est pas tel­le­ment du hors sujet, mais un rap­pel de la solu­tion qui fut pra­ti­quée sys­té­ma­ti­que­ment à tra­vers l’his­toire et les régimes poli­tiques pour régler les ques­tions de dettes publiques.

    5000 ans de dettes

    Extrait :

    « Les pre­mières traces écrites de sys­tèmes de dettes remontent à la Méso­po­ta­mie de 3500 av. J‑C, dans la civi­li­sa­tion Sumé­rienne. On y ins­cri­vait soi­gneu­se­ment les enre­gis­tre­ments des prêts et emprunts sur des tablettes et la plu­part des tran­sac­tions se fai­saient par crédit. 
    L’argent n’était donc pas uti­li­sé comme moyen d’échange (sauf peut-être entre étran­gers) mais comme uni­té pour comp­ta­bi­li­ser les dettes et ensuite en fin d’année les régler (en orge ou en n’importe quelle autre devise utilisable). 
    Il était cou­rant que de nom­breux pay­sans se retrouvent si endet­tés (pour cause de mau­vaise récolte par exemple) qu’ils étaient contraints de se livrer, eux ou leur famille, comme esclaves à leurs cré­di­teurs, créant de graves dés­équi­libres sociaux, voire des mou­ve­ments de révoltes. 
    Grae­ber sou­ligne – après Moses Fin­ley – que la dette a tou­jours été le moteur de ces mou­ve­ments, avec le même pro­gramme tout au long de l’histoire : annu­la­tion des dettes et ensuite redis­tri­bu­tion des terres.
    Rai­son pour laquelle les rois annon­çaient pério­di­que­ment des annu­la­tions de dettes géné­rales (sauf pour les prêts com­mer­ciaux) et éta­blis­saient sous la pres­sion de la popu­la­tion des réformes pour pro­té­ger les débi­teurs, comme la pro­hi­bi­tion de l’usure.
    On retrouve la même chose dans les empires Baby­lo­nien et Assy­rien, ou plus tard dans l’institution de cou­tumes comme le Jubi­lé par les tra­di­tions bibliques. »

    La remise des dettes au pays de Canaan au pre­mier mil­lé­naire avant notre ère

    Extrait :

    « La jus­tice sociale, par­ti­cu­liè­re­ment sous la forme de la remise des dettes qui enchaînent les pauvres aux riches, est un leit­mo­tiv dans l’histoire de l’Israël |1| ancien.

    Tous les 7 ans, dit le Deu­té­ro­nome, les Israé­lites ont l’obligation de libé­rer les esclaves hébreux qui se sont ven­dus à eux pour dettes, et de leur offrir quelque pro­duit de leur petit bétail, de leur champ et de leur pres­soir afin qu’ils ne rentrent pas chez eux les mains vides (cf. Dt. 15,14 et Ex. 21,2).

    Comme la loi est trop peu appli­quée, le Lévi­tique la réaf­firme en la modu­lant : « Tous les 50 ans, vous décla­re­rez une année sainte et pro­cla­me­rez l’affranchissement de tous les habi­tants du pays… cha­cun d’entre vous ren­tre­ra dans son patri­moine, cha­cun d’entre vous retour­ne­ra dans son clan » (Lv. 25,10). Et pour bien s’assurer que la loi sera cette fois sui­vie, les codes décrivent en détails com­ment les achats et les ventes de biens entre par­ti­cu­liers doivent se faire en fonc­tion du nombre d’années écou­lées depuis le jubi­lé pré­cé­dent (c’est-à-dire du nombre d’années qui sub­sistent avant de devoir rendre ces biens à leur pré­cé­dent propriétaire).

    Si nous ajou­tons à ces pas­sages les innom­brables ver­sets qui inter­disent de prê­ter à inté­rêt à leurs sem­blables et de prendre des biens en gage, nous avons une idée de ce que les Israé­lites du pays de Canaan avaient mis en place pour ten­ter de main­te­nir un cer­tain équi­libre social. »

    Endet­te­ments pri­vés et abo­li­tion des dettes dans la Rome antique

    Extrait :

    « Ce n’est donc pas du pro­blème de l’endettement public qu’il va être ques­tion ici, mais des dettes des par­ti­cu­liers dans le monde romain. 
    De ces dettes des par­ti­cu­liers et des crises qui en résul­taient, les textes antiques parlent souvent. 
    Par exemple, l’historien Tacite, pro­ba­ble­ment né en 58 ap. J.-C. et mort vers 120, écri­vait à pro­pos d’une crise d’endettement qui se pro­dui­sit en 33 ap. J.-C., sous le règne de Tibère : « Le prêt à inté­rêt était un mal invé­té­ré dans la cité de Rome, et une cause très fré­quente de sédi­tions et de dis­cordes ; aus­si le réfré­nait-on même dans les temps anciens… ». 
    Ces temps anciens sont le Ve et le IVe siècle av. J.-C., puisque, dans les lignes qui suivent, Tacite fait allu­sion à la « Loi des Douze Tables », texte nor­ma­tif datant de 450 av. J.-C., et à l’interdiction du prêt à inté­rêt, inter­dic­tion très pro­ba­ble­ment déci­dée en 342 av. J.-C. »

    Cor­dia­le­ment,
    Morpheus

    Réponse
  212. VeveQNV

    Bon­jour,

    Peut etre que la loi de 73 se jus­ti­fie par la logique. Peut etre. Mais ce n’est pas pour cela qu’elle ne révèle pas quel­que­chose d’absurde :

    Don­ner 10 fois plus de pou­voir (méca­nisme de réserve frac­tion­naire) a des éta­blis­se­ments pri­vés qui sont en com­pé­ti­tion pour l’ob­ten­tion de la mon­naie, une res­source en per­pé­tuelle rare­té à cause de l’exis­tence de taux d’in­te­ret posi­tif dans le sys­tème, ne peut pas abou­tir au bien etre du peuple puisque ce n’est pas leur role.

    Leur role c’est de garan­tir qu’il y a plus de + que de -. Quand bien meme ils en ont beau­coup, d’en avoir tou­jours plus pour évi­ter d’etre à la mer­ci de leur concur­rent. Et ca se com­prend cepen­dant, n’im­porte quel entre­pre­neur le com­prend, mais tout autant qu’une famille qui a du mal à bou­cler son mois pour nour­rir ses enfants. Et cet objec­tif ne pro­pose que l’aus­té­ri­té au peuple, là où pour­tant il y a des gens qui nagent dans la monnaie.

    Ne pas pen­sez que les pauvres sont des fai­néants alors qu’il mette une éner­gie fara­mi­neuse à vivre et à gar­der espoir, c’est pos­sible ? Arre­ter de pen­ser que les gens veulent plus que l’autre alors que l’on orga­nise des matra­quages publi­ci­taires les inci­tant à se com­por­ter de la sorte ? Arre­ter de pen­ser que les gens veulent du maté­riel alors que l’on orga­nise la fabri­ca­tion de ces outils et qu’on les mets sur le mar­ché ? Arre­ter de pen­ser que ce sont les gens qui les fabriquent alors qu’ils le font pour trou­ver un emploi pour pou­voir vivre.

    Où vou­lez vous aller ? Quelle est votre vision du monde ? La tech­no­lo­gie ? Sans fin ? Mais où va t’elle si quand on a les moyens d’en­fin l’u­ti­li­ser pour répondre aux idéaux humains on ne le fait pas ?

    Est-ce que par­ta­ger chez les riches a encore un sens ? Don­ner ? Don­ner du sens à l’argent, à sa vie, à la vie ? Faire dif­fé­rem­ment, pour juste don­ner une chance à l’es­poir de voir le jour ? Pro­fi­ter qu’on est riche et fort pour aider le faible a se rele­ver en ima­gi­nant qu’il serait emplit de gra­ti­tude à notre égard, c’est pos­sible ? Est-ce qu’il n’est pas trop tard alors qu’on a vu de vilains com­por­te­ments, et que l’on a nous meme pas été des anges dans ce milieu com­pé­ti­tif que l’on a choi­sit et où l’on a don­né des coups et où on s’en est pris mais où on a bien bos­sé à la sueur de notre front ? Est-ce que celui qui a tra­vaillé dans des condi­tions misé­rables 15h par jour sans don­ner de coup mais en les sup­por­tant, a plus de rai­sons de se plaindre ? Est-ce que les riches sont tou­jours des etres humains, doués de com­pas­sion et d’un coeur ? Est-ce qu’ils ont encore une notion de ce qu’est la fai­blesse et la fragilité ?

    Le bien etre ne passe pas for­cé­ment par la réa­li­sa­tion de pro­jets divers, l’en­tre­pre­na­riat et la créa­tion d’emploi, pas for­cé­ment même s’il faut bien s’ac­ti­ver pour pro­duire des res­sources pour vivre. Cela n’a jamais été vrai et encore moins de nos jours, sinon a déci­der de tra­vailler 8h par jour pen­dant des siècles tout en amé­lio­rant les outils de pro­duc­tion, on tra­vaille­ra dans 100 ans, 8h par jour à faire des truc com­plè­te­ment inutiles : les besoins fon­da­men­taux humains ne changent pas. Arri­vons nous à les satis­faire alors que nous en avons les moyens ? Non. Notre pro­blème il est éga­le­ment dans notre tete.

    Le bien etre passe par la rela­tion que l’on entre­tient avec ses sem­blables, mais nous avons oublié ce qu’il y a de posi­tif chez un etre humain ou n’a­vons pas connu ce que c’é­tait. Nous consi­dé­rons que l’Homme est égoiste par nature alors qu’il est un indi­vi­du auto­nome dans son essence mais que cela ne fait pas de lui quel­qu’un qui ne pense qu’à lui : les autres font par­tie de nous.

    Au contraire, nous nous nou­ris­sons de pré­di­cat des­truc­teur comme « c’est la nature humaine », « l’Homme est un loup pour l’Homme » pour jus­ti­fier par la logique tous nos crimes alors que pour­tant l’hu­ma­ni­té pré­fère la paix, c’est une évi­dence puisque vous meme si je vous le demande vous me direz que vous pré­fé­rez la paix à la guerre (même si vous me direz peut etre qu’il faut par­fois la guerre pour avoir la paix).

    Sauf si vous ven­dez des armes. Vous pré­fé­re­rez pro­ba­ble­ment l’exis­tence de conflit puisque c’est votre fond de com­merce et que sinon vous faites faillite. Alors vous me par­le­rez de dis­sua­sion, tout en occul­tant le fait qu’une balle c’est fait pour tuer. Pour se pro­té­ger de l’autre qui fait pareil, oui ca se com­prend, mais vous devrez regar­der les choses ne face un jour : avec les mots bombe ou pis­to­let, on ne fait que des phrases qui finissent par tuer.

    En atten­dant la majo­ri­té, pré­fère la paix c’est beau­coup moins cou­teux et la nature a tou­jours pri­vi­lé­gié une dépense d’éner­gie mini­male. La paix c’est moins cou­teux et beau­coup plus agréable que de voir du sang, des corps déchi­que­tés et de vivre dans la peur. Nous pen­sons que l’Homme n’est qu’un com­pé­ti­teur alors que la coopé­ra­tion est en fait ce que l’on peut consta­ter le plus autour de nous, n’im­porte quel objet sur les­quels nous posons notre regard est réa­li­sé col­lec­ti­ve­ment, n’im­porte quel etre humain passe son temps à trans­for­mer ou uti­li­ser des res­sources fabri­quées par d’autres etres humains. Nous pen­sons que nous sommes des ani­maux alors qu’il n’y a aucun ani­mal à notre connais­sance qui soit à un tel degré d’é­vo­lu­tion que nous. Nous n’a­vons pas foi en notre nature d’etre humain alors que notre nature est : LA VIE, par défi­ni­tion, pas la mort et la désolation.

    D’au­tant plus que nous gachons les res­sources en per­ma­nence : par­tout nous gachons. Essayons de nous rendre compte de la dépense d’éner­gie inutile que nous uti­li­sons pour etre plus fort que le voi­sin, pour détruire ce qu’il construit, ou l’empecher de le faire par peur et sou­cis de pro­tec­tion, quand lui aus­si ani­mé de ce meme sou­cis fait exac­te­ment la meme chose.

    Les vacances de l’es­prit vous connais­sez ? Vous n’y arri­vez pas ? Plus ? Ne rien faire ? Regar­der son voi­sin tran­quille­ment ? Sans lui vou­loir de mal ? Tra­vailler un peu et man­ger avec lui afin de pro­fi­ter de notre temps impar­ti de vie plu­tot que nous pas­sions mutuel­le­ment notre temps à nous mettre sur la figure et à dépen­ser de l’éner­gie à détruire tout en pen­sant que nous créons du positif.

    Alors oui se battre c’est impor­tant. Après tout si l’autre me veut du mal, je vais pro­té­ger la vie, ma vie puisque je ne peux pro­té­ger avec lui, nos vies. Mais si la com­pé­ti­tion est ins­tau­ré mathé­ma­ti­que­ment par l’exis­tence de taux d’in­te­ret : la faute à qui ?

    Le taux d’in­te­ret se jus­ti­fie peut etre dans l’His­toire de part la rare­té du sup­port de la mon­naie, l’or (inci­ter à dépo­ser à la banque et donc à par­ta­ger, diluer les défauts de paie­ments sur le col­lec­tif, payer le ban­quier, …) mais qui ne se jus­ti­fie plus de nos jours où l’on créé de la mon­naie avec un outil récent : l’ordinateur.

    Dans une com­pe­ti­tion il y a un pre­mier, un deuxieme et un der­nier sur­tout chez les plus faibles, donc ceux qui ont le moins de monnaie.

    Orga­ni­ser la coopé­ra­tion en mode com­pé­ti­tif est un non sens. Pen­ser qu’on peut y arri­ver selon des moda­li­tés qui res­pectent l’hu­main est un tour de force. C’est comme de pen­ser qu’à la fin d’un match de foot, les deux équipes ont gagnés, ou que l’une est contente d’a­voir perdue.

    Pour­tant c’est la où nous en sommes. Et nous pen­sons que la com­pé­ti­tion per­met de sti­mu­ler, qu’elle est une force créa­trice. Mais la coopé­ra­tion n’est elle pas une force beau­coup plus créa­trice car par essence moins destructrice ?

    L’au­to­ré­gu­la­tion des mar­chés pro­po­sées par le libé­ra­lisme est peut etre une idée qui a de la valeur car elle redonne à cha­cun un pou­voir créa­teur mais pas si mathé­ma­ti­que­ment nous avons ins­tau­ré la com­pé­ti­tion : dans un modèle com­pé­ti­tif, il suf­fit de regar­der un match de foot pour le com­prendre, c’est la loi du plus fort qui gagne. L’au­to­ré­gu­la­tion des mar­chés favo­rise en mode com­pé­ti­tif la domi­na­tion du plus faible par le plus fort afin d’é­vi­ter que le plus fort soit moins fort que celui qui sera demain encore plus fort, tou­jours plus fort.

    Mon­ter, croitre, sans fin et tou­jours plus haut au fur et à mesure que l’autre fait pareil. Mon­ter, croitre, à cause de % dans le sys­tème et envi­sa­ger la décrois­sance ou à l’in­verse de tou­cher des étoiles. Mais quelles étoiles au juste ?

    Dans une com­pé­ti­tion, les coups bas peuvent etre règle­men­tés pour peu que l’on ait les moyens de de faire ce qui est déli­cat concer­nant la mon­naie puisque cela coute de l’argent de faire des pro­cès, et que ce sont jus­te­ment ceux qui en ont des quan­ti­tés fara­mi­neuses qui sont en ligne de mire. Alors ils se pro­tègent et modi­fient les lois. Et nous lais­sons faire.

    Qu’en est il de mettre des normes qui garan­tissent le res­pect de l’en­vi­ron­ne­ment, lorsque celui qui veut les res­pec­ter se met alors en dif­fi­cul­té par rap­port à celui qui s’abs­trait des règles de moralités ?

    Que se passe t’il si on ne se bat pas pour ne pas accep­ter l’i­nac­cep­table, qu’on laisse faire, sans com­prendre que les mathé­ma­tiques sous-jacents, imposent une fata­li­té qui n’ap­par­tient à per­sonne mais aux mathématiques ?

    Au dela des inten­tions humaines qui peuvent etre com­pé­ti­tive, l’exis­tence de taux d’in­te­rets dans le sys­tème ins­taure une com­pé­ti­tion, favo­rise la peur et tous les com­por­te­ments qui vont avec. Il n’y en a jamais assez, et nous le consta­tons : régu­liè­re­ment c’est la crise, le blo­cage, plus per­sonne ne prete par peur de ne pas etre rem­bour­sé. Et ces crises sont de plus en plus vio­lentes au fur et à mesure que les % accroissent inexo­ra­ble­ment les enjeux.

    Serons nous au moins capable de sup­por­ter cette pres­sion sans que par fata­lisme l’un ou l’autre des pro­ta­go­nistes décide que toute cette mas­ca­rade sans queue ni tete est ter­mi­née et qu’il uti­lise sa puis­sance contre l’autre ? Que les guerres civiles s’ins­tallent alors que nous avons para­doxal­le­ment une puis­sance créa­trice de plus en plus grande pour satis­faire la vie pai­sible de chacun ?

    Nous pour­rions créer la mon­naie cor­res­pon­dant aux inter­ets au moment d’un emprunt et l’in­jec­ter dans des acti­vi­tés utiles afin de garan­tir qu’il y a, a mini­ma, et en l’ab­sence de nou­veaux emprunts suf­fi­sam­ment de mon­naie dans le sys­tème pour rem­bour­ser les précédents.

    Et que l’on ne me dise pas que la créa­tion moné­taire créé de l’in­fla­tion alors que l’in­fla­tion ne prend pas en compte une valeur essen­tielle qu’est l’im­mo­bi­lier ou que des éta­blis­se­ments pri­vés créés en per­ma­nence de la mon­naie par le méca­nisme de dette ou que l’on peut créer des mil­liards pour sau­ver les banques et leur clients. Que l’on ne me parle pas d’in­fla­tion quand celle ci atteint des puis­sances fara­mi­neuses de 10 alors qu’il n’y a jamais eu un accrois­se­ment iden­tique de l’offre et de la demande sur un besoin réel mais juste une hys­té­rie col­lec­tive que l’on per­mise via un jeu dont nous avons nous même conçu les règles.

    Créer de la mon­naie de nos jours, c’est simple grace à l’or­di­na­teur car il per­met de créer des outils infal­si­fiables faci­le­ment alors que l’in­fal­si­fia­bi­li­té néces­saire à la via­bi­li­té d’un outil d’é­change était obte­nue autre­fois par la rare­té (rare et donc infal­si­fiable mais rare et donc peu acces­sible). L’exis­tence de taux d’in­te­ret ne fait que main­te­nir une rare­té arti­fi­cielle dans le sys­tème. Et elle n’est pas liée à un peuple ou à un autre, ca serait dom­mage de semer la haine envers cer­tains, là où en réflé­chis­sant on com­prend que his­to­ri­que­ment l’in­te­ret avait éga­le­ment une utilité.

    Nous avons orga­ni­ser la com­pé­ti­tion là où nous devrions uti­li­ser les outils inédits de notre époque pour orga­ni­ser la coopération.

    C’est mon avis, et je le partage,

    Bon dimanche,

    Yves

    Réponse
  213. Étienne
  214. Morpheus

    @ Maga­li

    Que conclure, demandes-tu ?

    A tout le moins, que nos légis­la­teurs sont des incom­pé­tents qui n’en sont pas à une contra­dic­tion près.

    Per­son­nel­le­ment, je n’en suis pas éton­né, ce serait plu­tôt le contraire qui m’étonnerait 😉

    Cor­dia­le­ment,
    Morpheus

    Réponse
  215. J-Stéphane

    Bon­soir,

    L’Internet, même dans sa pra­tique dénon­cia­trice des cra­pu­le­ries des plou­to­crates et oligarques.

    N’est-il pas deve­nu le nou­vel opium du peuple ? Ne sommes-nous pas en train d’épuiser notre entrain révolutionnaire ? …

    Réponse
  216. Lior

    @Sam :

    Je ne com­prend pas bien ce qui change avec le décret de 1938, puisque rien ne peut être fait au pro­fit du Tré­sor .. On reste dans la même situa­tion que 1936 et 1973 : On escompte, mais on ne prend pas de bons du Tré­sor direc­te­ment auprès de celui-ci.

    Est-ce que quel­qu’un qui a tout sui­vi peut nous faire un résu­mé glo­bal de la controverse ?

    A ce que j’ai com­pris voi­là en gros où on en est :

    - L’ar­ticle 25 de 1973 (qui a don­né lieu à un débat lors de son intro­duc­tion par un amen­de­ment en tant qu’ar­ticle 29, qui était mal écrit et mal pla­cé dans la loi) empêche le Tré­sor de four­nir ses bons direc­te­ment à la BdF ;
    – L’ar­ticle 19 de 1973 explique néan­moins que les faci­li­tés de la BdF sont tou­jours acces­sibles, comme avant, via des conven­tions. A prio­ri le seul chan­ge­ment c’est d’ins­ti­tu­tion­na­li­ser le rôle du Par­le­ment dans cette affaire ;
    – Le décret de 1973 sup­prime une série de décrets pris depuis plu­sieurs dizaines d’an­nées qui auto­ri­saient la BdF à escomp­ter les bons de dif­fé­rentes socié­tés et administrations ;
    – Cette abro­ga­tion mas­sive ne change pas grand chose vu que l’ar­ticle 24 per­met à la BdF de conti­nuer à prendre en charge ces titres ;
    – L’ar­gu­ment qui consiste à dire que l’Es­compte direct au Tré­sor est inter­dite depuis (au mini­mum) le décret de 1936 serait faux puis­qu’en 38 il y a un nou­veau décret.

    Moi il me semble que le décret de 1938 ne change pas spé­cia­le­ment la dis­po­si­tion de 1936 puisque lui aus­si inter­dit tout escompte ou prise en charge de titres au pro­fit du Tré­sor (sous-enten­du direc­te­ment auprès de lui).

    J’ai bon ?

    Réponse
  217. R. Zaharia

    Bien sur, ce fil d’é­changes est pas­sion­nant ! J’ai appris plein de trucs !

    Pour moi, le plus extra, c’est le téles­co­page, (pré­mé­di­té… ou pas ?), d’Aout 1981 (entre le texte de 1949 et celui de 1973) !
    Il met JY Habe­rer dans la seringue… et celui-ci tente évi­dem­ment de… cafar­der au ministre » (J. Delor !), le petit cama­rade qui lui tord le bras (Renaud de la Geniere de la Ramée de Sèpres… nom­mé gou­ver­neur de la BdF par Gis­card, un loin­tain reje­ton de Louis XV !)

     »Mais… Gaaff­fee à l’ad­dic­tion monomaniaque !
     »
    Pen­dant que beau­coup d’entre nous res­tent scot­chés jour et nuit, (depuis l’an­née der­nière…), sur la recons­ti­tu­tion et le déco­dage du mau­vais coup d’il y a 40 ans… ils risquent de lou­per celui, tout aus­si grave, qui se pré­pare en ce moment même !

    Il ne fau­drait pas que la loi de 1973 devienne une arme de diver­sion mas­sive… pour « les 1% », dont nous vou­drions nous émanciper !

    Alors… je vous sug­gère for­te­ment d’al­ler voir le site d’A­lain Grandjean :
    http://​alain​grand​jean​.fr/​2​0​1​3​/​0​1​/​0​5​/​s​e​p​a​r​a​t​i​o​n​-​b​a​n​c​a​i​r​e​-​4​-​d​e​s​-​d​i​f​f​e​r​e​n​t​e​s​-​m​a​n​i​e​r​e​s​-​d​e​-​s​c​i​n​d​e​r​-​l​e​s​-​b​a​n​que

    Réponse
  218. Ana Sailland

    @J‑Stéphane

    Il y a du vrai dans ta ques­tion 221.

    Mais sans une réflexion popu­laire anté­rieure, les révo­lu­tions échouent.

    Réponse
  219. MagaliAB

    Pour ceux (dont je fais par­tie) qui ont la mémoire visuelle plus per­for­mante que la mémoire auditive.

    Aver­tis­se­ment :
    sur la forme, c’est aus­si pénible à entendre qu’à lire :-p ;
    sur le fond… c’est du « rocar­disme », ne fai­sons pas sem­blant de le découvrir.

    Ver­ba­tim : Conclu­sion de la confé­rence de Michel ROCARD 
    « L’émergence des nou­velles autorités », 
    Uni­ver­si­té d’été du MEDEF à Jouy-en-Josas, 
    jeu­di 2 sep­tembre 2010.

    Michel ROCARD : (…)

    « Ma conclu­sion est : nous allons de plus en plus vers la pro­ba­bi­li­té de déci­sion d’ordre public de plus en plus pro­fonde et de plus en plus urgente, sur le cli­mat un jour… ils vont de par­tout dire : « Vous êtes fou : faites quelque chose !». La peur, c’est qu’on fasse n’importe quoi ; la sûre­té… la cer­ti­tude, c’est qu’on fera vite et beaucoup. 

    Et donc on revient vers un besoin de poli­tique plus fort. Il fau­dra sur­mon­ter tout ça. 
    Parce qu’il s’agisse de la san­té, qu’il s’agisse des finances, qu’il s’agisse de la sur­veillance des armes etc., aucune des agences spé­cia­li­sées des nou­velles auto­ri­tés n’a les pou­voirs néces­saires pour trai­ter les pro­blèmes au niveau de l’ampleur où ils sont mondialement.

    Et par consé­quent, il faut bien aller jusqu’au bout. Il faut que les opi­nions publiques – notam­ment le seul milieu humain qui connaisse quelque chose au monde exté­rieur… ce n’est pas vrai­ment les jour­na­listes, ce n’est pas les poli­tiques (ils ne sont réfé­rés qu’à leur seules tra­di­tions), ce n’est pas le monde sala­rial et ses syn­di­cats, ce n’est pas beau­coup nos intel­lec­tuels trop sen­si­bi­li­sés par leur langue et leur culture… C’est vous les patrons. Vous n’avez pas de sub­sti­tut. Vous êtes la seule exper­tise par rap­port au pou­voir en connais­sance du monde exté­rieur et à ce qui s’y passe. Dites vos peurs, faites pres­sion : il est grand temps. Mais lais­sez pas passer. 

    Et l’urgence, c’est qu’il va fal­loir par finir par tom­ber d’accord pour dire : les sou­ve­rai­ne­tés natio­nales ont dépas­sé leur stade d’efficacité et elles entrent dans la période de la nuisance. »

    (…)

    Réponse
  220. Ana Sailland

    À coup de mega­oc­tets conver­sa­tion­nels, nous recher­chons la clar­té. Mais j’ai ici envie de m’in­té­res­ser à la complexité.

    Nous avions eu sur le forum un débat sur la clar­té des textes et quel­qu’un décla­rait que c’est au citoyen de faire l’ef­fort pour les déco­der. Hum hum, je trouve ça un peu fort de bouillon quand même et mon avis per­son­nel est que dans une vraie démo­cra­tie les textes légis­la­tifs doivent impé­ra­ti­ve­ment être rédi­gés en termes clairs et com­pré­hen­sible du plus modeste des citoyens. Car sinon com­ment vou­lez vous que le demos crate si déjà les man­da­rins l’ex­cluent par de tor­tueuses argu­ties. En outre ce devrait être une règle qu’il ne soit pas néces­saire de mener des fouilles archéo­lo­giques dans les archives pour seule­ment entre­voir l’in­ten­tion du légis­la­teur en tel ou tel alinea.

    Mais il n’y a pas qu’en démo­cra­tie réelle que cet objec­tif de clar­té devrait être cen­tral : dans le sys­tème « « repré­sen­ta­tif » » éga­le­ment, l’o­pa­ci­té est un vilain défaut. Car com­ment vou­lez vous qu’a­len­tour du réveillon de 1972 nos braves dépu­tés décodent la loi sur laquelle ils vont devoir voter le 3 jan­vier « « en leur âme et conscience » ». Quand je vois la peine que nous avons (et il n’y a pas que des nouilles ici) à déco­der l’af­faire 73, j’ai la cer­ti­tude qu’à l’é­poque les dépu­tés-indi­vi­dus, du moins la plu­part, ne com­pre­naient pas la por­tée de leur vote-sou­mis­sion à la dis­ci­pline de par­ti. Et c’est ain­si que des mani­pu­la­teurs habiles peuvent déci­der le futur et le déci­der seuls.

    Il est tris­te­ment amu­sant de regar­der les débats de l’as­sem­blée natio­nale : clas­si­que­ment, l’op­po­si­tion conteste, mais sys­té­ma­ti­que­ment, et sans tou­jours une ana­lyse fine, tan­dis que de son côté la majo­ri­té campe sur ses posi­tions, sans aller très pro­fond puisque comme son nom l’in­dique elle a la majo­ri­té et n’a donc pas trop de sou­ci à se faire. Et c’est la que la « « ver­tu » » de la com­plexi­té appa­raît en pleine lumière : il serait très pos­sible si les textes étaient clairs que des dépu­tés de la majo­ri­té en viennent à « tra­hir leur camp » si d’a­ven­ture leur camp pousse le bou­chon trop loin et heurte leur conscience. C’est ain­si par exemple que l’on pour­ra lais­ser miroi­ter un pou­voir du par­le­ment en par­te­na­riat étroit avec le patron de la banque cen­trale (flou artis­tique sur sa nomi­na­tion et son man­dat) ; ce n’est qu’un exemple 😉

    Je change de sujet.
    Je pro­pose presque un jeu :

    Pour démon­trer le carac­tère insane de la loi de 1973, autant que la décor­ti­quer, ou plus, il serait peut être utile, voire amu­sant, d’é­crire ce qu’elle aurait pu-du être en réelle démo­cra­tie, inté­grant à la fois la ques­tion du finan­ce­ment gra­tuit de ce qui est com­mun, vital et néces­saire, et le méca­nisme réga­lien de créa­tion monétaire.

    Et dis­po­ser d’un bon brouillon pour­rait un jour être plus utile, qui sait 😉 que de dis­po­ser de la condam­na­tion solide des anciens.

    Ce qui n’ôte rien au côté pas­sion­nant de cette page.

    Réponse
  221. MagaliAB

    Tout ce que je lis et j’ap­prends est pas­sion­nant – j’es­père sin­cè­re­ment que l’on pour­ra démé­ler cette his­toire de loi de 1973 pour écrire le cha­pitre d’un ouvrage de réfé­rence d’his­toire du XXème siècle.

    Pour ce qui est du XXIème, il s’est ouvert en 2001 avec la créa­tion de l’A­gence France Tré­sor, qui est à pré­sent res­pon­sable de l’emprunt public (donc de la dette et de sa gestion).

    http://​www​.aft​.gouv​.fr

    Plu­tôt que de foca­li­ser sur ce que ne fait pas (plus) la Banque de France, pour­quoi ne pas regar­der ce qui se décide =effec­ti­ve­ment= au Minis­tère des Finances ? Sur un autre fil, peut-être…

    Réponse
  222. Étienne

    Avant de par­tir au lycée, je vous signale ces quelques mes­sages qui viennent de pas­ser sur le fil face­book « Ma réponse à Magali » :

    Lior Hol­lande Est-ce qu’on peut nous faire un résu­mé de où en est la contro­verse à l’heure qu’il est car Sam a répon­du sur le blog ce que je comp­tais répondre moi-même concer­nant le décret de 1938, qui n’ap­porte fina­le­ment rien à la controverse.

    Si quel­qu’un sait où on en est ?
    il y a 13 heures

    Lior Hol­lande Je ne com­prend pas bien ce qui change avec le décret de 1938, puisque rien ne peut être fait au pro­fit du Tré­sor .. On reste dans la même situa­tion que 1936 et 1973 : On escompte, mais on ne prend pas de bons du Tré­sor direc­te­ment auprès de celui-ci.

    Est-ce que quel­qu’un qui a tout sui­vi peut nous faire un résu­mé glo­bal de la controverse ?

    A ce que j’ai com­pris voi­là en gros où on en est :

    - L’ar­ticle 25 de 1973 (qui a don­né lieu à un débat lors de son intro­duc­tion par un amen­de­ment en tant qu’ar­ticle 29, qui était mal écrit et mal pla­cé dans la loi) empêche le Tré­sor de four­nir ses bons direc­te­ment à la BdF ;
    – L’ar­ticle 19 de 1973 explique néan­moins que les faci­li­tés de la BdF sont tou­jours acces­sibles, comme avant, via des conven­tions. A prio­ri le seul chan­ge­ment c’est d’ins­ti­tu­tion­na­li­ser le rôle du Par­le­ment dans cette affaire ;
    – Le décret de 1973 sup­prime une série de décrets pris depuis plu­sieurs dizaines d’an­nées qui auto­ri­saient la BdF à escomp­ter les bons de dif­fé­rentes socié­tés et administrations ;
    – Cette abro­ga­tion mas­sive ne change pas grand chose vu que l’ar­ticle 24 per­met à la BdF de conti­nuer à prendre en charge ces titres ;

    Der­nier déve­lop­pe­ment en date :
    – L’ar­gu­ment qui consiste à dire que l’Es­compte direct au Tré­sor est inter­dite depuis (au mini­mum) le décret de 1936 serait faux puis­qu’en 38 il y a un nou­veau décret.

    Moi il me semble que le décret de 1938 ne change pas spé­cia­le­ment la dis­po­si­tion de 1936 puisque lui aus­si inter­dit tout escompte ou prise en charge de titres au pro­fit du Tré­sor (sous-enten­du direc­te­ment auprès de lui).

    J’ai bon ?
    il y a 13 heures

    Etienne Chouard Cher Lior,
    1) il me semble qu’il y a plu­sieurs décrets du 17 juin (ça promet )
    2) Le juri­disme étroit est une pos­ture un peu étri­quée quand même, il me semble, parce que cette méthode met à la mer­ci d’une erreur grave par simple igno­rance (tou­jours pos­sible) d’un seul texte, alors que la prise en compte, EN PLUS du droit, du fais­ceau d’in­dices que sont les dis­cours (et théo­ries) éco­no­miques et poli­tiques du moment, donne plus de chances de com­prendre ce qui s’est pas­sé vrai­ment au tout début (en 1973 donc) de la courbe mon­tante de notre fol endet­te­ment public, avec moins de risque d’er­reur grave d’a­na­lyse, il me semble.

    3) C’est la fin des vacances et, par la force des choses, je vais être moins pré­sent sur le front.
    Mais je suis tou­jours en éveil
    (Un peu marre quand même, mais en éveil )
    À + jeune homme.
    Étienne.
    il y a envi­ron une heure 

    À ce soir
    Étienne.
    il y a quelques secondes 

    Réponse
  223. Sam

    @ Maga­li,

    la réponse à la ques­tion que tu poses dans ton mes­sage 216, concer­nant « le décret du 17 juin 1938 », je l’ai don­née à Étienne au télé­phone et il l’a trans­mise dans son mes­sage 219.

    En somme, il faut regar­der dans les deux volets de la compilation.

    Par contre, il s’a­gis­sait de dire que ce jour là il y a eu en fait 3 décrets dif­fé­rents. Deux sont dans la par­tie « textes his­to­riques », et concernent res­pec­ti­ve­ment la mesure visée dans la dis­cus­sion et une mesure qui aug­mente l’en­caisse de la Banque d’Al­gé­rie. Le troi­sième, repro­duit dans la par­tie « conven­tion-décrets », approuve une conven­tion du moi d’a­vril 1938 et curieu­se­ment non repro­duite dans cette compilation.

    Réponse
  224. Sam

    Dans mon mes­sage 211, coup de fatigue… je disais une énor­mi­té en concluant par­tiel­le­ment que (depuis la codi­fi­ca­tion du 31 décembre 1936) « la Banque de France n’a­vait pas le droit d’a­che­ter, ni de revendre, des bons du Tré­sor sur le mar­ché secon­daire »…

    On savait déjà que ce n’é­tait pas le cas. Ces opé­ra­tions étaient clas­sées dans la sec­tion « escompte » du titre III concer­nant les opé­ra­tions « géné­ra­trices de l’é­mis­sion de billets ». D’où ma confu­sion car j’au­rais plu­tôt clas­sé ça dans des opé­ra­tions de « rées­compte », au sens où une quan­ti­té équi­va­lente de mon­naie a d’a­bord été trans­fé­rée de l’a­che­teur de bons au Trésor.

    Quoi qu’il en soit, on trouve dans cette codi­fi­ca­tion du 31 décembre 1936 l’ar­ticle 122 repre­nant tex­tuel­le­ment l’ar­ticle 13 de la loi du 24 juillet 1936 :

    ART. 122.
    Tous les Effets de la dette flot­tante émis par le Tré­sor public et venant à échéance dans un délai de trois mois au maxi­mum, sont admis sans limi­ta­tion au rées­compte, sauf au pro­fit du Tré­sor public.

    D’ailleurs, il est bien pré­ci­sé, dans la codi­fi­ca­tion du 31 décembre 1936, qu’elle intègre notam­ment les articles 1 à 11, et 13, de la loi du 24 juillet 1936 (donc pas les autres).

    Réponse
  225. Sam

    J’es­saie de pour­suivre la ten­ta­tive de décryp­tage que je fai­sais dans mon mes­sage 200.

    Je repar­tais d’une note de ser­vice de l’é­poque (une pépite trans­mise par Phil), note signée de Habe­rer pour le Tré­sor et adres­sée à Gis­card, alors Ministre de tutelle, qui n’en a mani­fes­te­ment pas tenu compte. Du moins, de mémoire (il fau­drait que je relise une nou­velle fois les débats par­le­men­taires de la fin 1972), VGE avait dit que cet amen­de­ment était inutile mais qu’il l’acceptait.

    Si j’interprète bien ce qu’é­cri­vait Habe­rer dans cette note, il disait que le futur article 25 de la loi du 3 jan­vier 1973 ins­tau­rait une situa­tion inte­nable, tout comme le fai­sait l’ar­ticle 13 de la loi du 24 juillet 1936. Pour­quoi ? Pour une simple ques­tion de « timing dans la gestion ».

    Tout d’a­bord, les effets de la dette flot­tante, c’est quoi ? La dette publique flot­tante, ce sont : d’une part les titres de la dette publique à court terme (maxi­mum 3 mois) ; d’autre part, les avances et (à l’é­poque) autres formes de prêts de la Banque de France au Tré­sor. Autre­ment dit, tech­ni­que­ment, les « avances » de la Banque de France au Tré­sor appar­tiennent à la caté­go­rie des « effets » de la « dette flottante ».

    Si je reprends main­te­nant l’é­tat actuel de nos débats et la conclu­sion tem­po­raire qui en res­sort, il s’a­gi­rait de dire que le para­doxe appa­rent entre les articles 19 et 25 de la loi du 3 jan­vier 1973 se résout en consi­dé­rant que les effets visés à l’ar­ticle 19 sont une recon­nais­sance de dette (de l’É­tat envers la Banque de France) expres­sé­ment déci­dée par le Par­le­ment et qu’ils excluent donc les enga­ge­ments envers la Banque de France que le Tré­sor pour­rait prendre « en son nom », sans enga­ger le Parlement.

    Mais ce sur quoi nous alerte la note de Habe­rer, c’est qu’il y a là une impasse tech­nique qui rend la situa­tion inte­nable. Autre­ment dit, en par­ti­cu­lier, Habe­rer n’i­gno­rait pas l’ar­ticle 19, il disait que le futur article 25 empê­che­rait sa mise en œuvre, du moins dans cer­taines circonstances.

    Pour­quoi ? Parce qu’au moment où il est consta­té que le décou­vert dépasse le pla­fond des avances admis par la loi à l’ins­tant t, et dès lors que la Banque de France a noti­fié la situa­tion au Tré­sor, ce constat appelle, auto­ma­ti­que­ment et immé­dia­te­ment, que le Tré­sor recon­naisse sa dette. C’est une ques­tion évi­dente de res­pon­sa­bi­li­té, au sens fort de la sépa­ra­tion des pou­voir. Or dès lors qu’il le fait, à l’é­crit en tous cas, on est bien for­cés de consi­dé­rer que la recon­nais­sance de dette existe, for­mel­le­ment. Or elle consti­tue de fait un de ces « propres effets » du Tré­sor… répu­té être inter­dit désor­mais par la loi.

    Autre­ment dit, le pro­blème de l’ar­ticle 25 est qu’il impose que la dette soit tou­jours recon­nue par le Par­le­ment AVANT que cette dette soit contractée.

    Que va-t-il se pas­ser alors ? Vous feriez quoi si on vous disait que vous avez une auto­ri­sa­tion de décou­vert de 1 000 euros dans votre banque mais que si par mal­heur vous la dépas­siez un jour d’un seul cen­time la police vien­drait vous buter.… ? Vous n’u­ti­li­se­riez évi­dem­ment pas votre auto­ri­sa­tion de décou­vert, ou qu’une petite par­tie seule­ment. Et dès que vous seriez contraint de taper un peu dedans… vous iriez vite faire un cré­dit ailleurs pour ren­flouer votre compte !

    Réponse
  226. Sam

    (Je pour­suis ce qui précède.)

    À ce stade du décryp­tage, on peut se sou­ve­nir d’un fac­teur aggra­vant cet effet de blo­cage indi­rect ? C’est du moins un autre point de décryp­tage que j’ai intro­duit en paral­lèle (les deux res­tant bien sûr des hypo­thèses que je vous sou­mets) : un jeu de vases com­mu­ni­cants, me semble-t-il, rédui­sait auto­ma­ti­que­ment l’au­to­ri­sa­tion de décou­vert effec­ti­ve­ment uti­li­sable par le Tré­sor lorsque le Franc ten­dait à s’ap­pré­cier notam­ment par rap­port au dol­lar.

    Lequel méca­nisme était ain­si gou­ver­né lui-même par une cer­taine logique de mar­ché. Cette « logique » reste entiè­re­ment à décor­ti­quer, mais je vou­drais déjà noter à son sujet une chose qui m’in­ter­pelle for­te­ment. Il faut se sou­ve­nir quel était l’é­tat du sys­tème moné­taire inter­na­tio­nal et quelles étaient les ten­dances évo­lu­tives à cette même époque. D’un côté, la norme, mais aus­si l’in­té­rêt évident des entre­pre­neurs et l’o­pi­nion domi­nante à l’As­sem­blée (*), c’é­tait de défendre le sys­tème de pari­tés fixes. Mais de l’autre, le dol­lar, mon­naie de réserve et d’é­change archi domi­nante, était vir­tuel­le­ment en chute libre pour les rai­sons qu’on sait, ce qui for­çait pré­ci­sé­ment les banques cen­trales à en ache­ter à tour de bras… pour ten­ter de conte­nir la ten­dance per­ma­nente à l’ap­pré­cia­tion rela­tive de leurs mon­naies que cet état de fait engen­drait… Notez déjà comme le phé­no­mène est per­vers. Sou­ve­nez-vous aus­si, à ce sujet, que pour ache­ter du dol­lar, il faut soit battre du Franc, soit se sépa­rer de devises pré­cieuses pour les échanges de mar­chan­dises qu’on ne peut pas pro­duire sur son sol.

    Ce que je sou­hai­tais sou­li­gner ici, en par­ti­cu­lier, c’est que cette com­bi­nai­son que je viens d’é­vo­quer, impli­quait aus­si un cou­plage avec ledit phé­no­mène per­vers… et que la Banque de France et le Tré­sor étaient évi­dem­ment pous­sés, voire contraints, de s’y plier.

    Or arrive le 19 mars 1973. Les banques cen­trales de dix pays dont la France arrêtent les frais, elles décident qu’elles cessent de subir le phé­no­mène per­vers. Tra­duc­tion : (un peu para­doxa­le­ment) elles laissent faire, elles laissent le mar­ché se démer­der avec les cours du change. Consé­quence logique : dans le nou­veau régime de changes flot­tants ain­si obte­nu de fait, le Franc devrait avoir ten­dance à s’ap­pré­cier par rap­port au dol­lar… ce qui veut dire que les avances effec­ti­ve­ment mobi­li­sables pour des inves­tis­se­ments natio­naux vont bais­ser d’autant…

    Aucune chance que le gou­ver­ne­ment ait igno­ré cette situa­tion et ces méca­nismes. Il reste à voir s’il en a ren­du compte au Par­le­ment. Vous pre­nez les paris ? 
    Mais j’en reviens aux articles 19 et 25 de la loi du 3 jan­vier 1973.

    En tous cas, il est assez clair que ces deux, trois méca­nismes que j’ai essayé de décryp­ter ici étaient dif­fi­ci­le­ment visibles pour le Par­le­ment du seul fait qu’ils impliquent et sur­tout com­binent sub­ti­le­ment des dis­po­si­tions tech­niques et cette com­bi­nai­son est vrai­ment incom­pré­hen­sible sauf si on remonte patiem­ment la piste de tous les textes légis­la­tifs. Là encore, il faut voir si ça a été évo­qué dans les débats par­le­men­taires. Et même dans les décen­nies sui­vantes. Je n’en ai jamais enten­du d’é­cho en tous cas.

    Main­te­nant, à cette ana­lo­gie un rien bru­tale que je fai­sais à la fin de mon mes­sage pré­cé­dent… on son­ge­ra bien sûr à objec­ter que que l’É­tat n’est pas un père de famille ou une entre­prise, et qu’ « il » peut par­fai­te­ment évi­ter cette situa­tion de blo­cage indi­rect s’ « il » le sou­haite, en chan­geant les règles au niveau qui convient.

    Seule­ment, et si ce qui pré­cède est valide, une pre­mière conclu­sion qui en res­sort est qu’après le vote de la loi du 3 jan­vier 1973, et encore plus après sa modi­fi­ca­tion par la loi 21 décembre 1973, il ne suf­fi­sait pas d’une nou­velle conven­tion (et sa loi de rati­fi­ca­tion) pour lever ce double, et même triple phé­no­mène de blo­cage « aveugle », « trans­pa­rent » (c.à.d. invi­sible) pour le Par­le­ment, il fal­lait modi­fier la règle elle-même, autre­ment dit de révi­ser la loi, celle du 3 jan­vier 1973.

    Une conclu­sion contraire à celle à laquelle sont par­ve­nu Lior et Maga­li, ou encore d’autres (je pense notam­ment à A. Beitone).

    Cela dit, on peut tou­jours choi­sir de se mettre des œillères tech­niques et de conclure l’in­verse. Mais il faut savoir ce qu’on veut et se rap­pe­ler la ques­tion de base. Or, à mesure que l’on en débat, on ne cesse de consta­ter que sa per­ti­nence dimi­nue sur le ter­rain pure­ment tech­nique, en par­ti­cu­lier juri­dique, mais se main­tient sur celui de la bataille POLITIQUE.

    Mais pour sou­te­nir cette conclu­sion, j’in­siste à pré­sent sur d’autres aspects ren­voyant à la procédure.

    Reve­nons à la règle qui était en vigueur, semble-t-il, notam­ment de 1938 à 1973. Ima­gi­nez que la banque cen­trale (on s’en doute) mais éga­le­ment le Tré­sor et le Minis­tère des finances n’aiment jamais moné­ti­ser direc­te­ment de la dette publique. À cet égard, il faut rap­pe­ler, pri­mo, que ces ins­ti­tu­tions sont ce que la rhé­to­rique mana­gé­riale contem­po­raine appelle des « centres de pro­fit » (ceux qui ramènent le pognon, par oppo­si­tion à des organes « dépen­siers », par exemple ceux qui gèrent des inves­tis­se­ments publics dans l’é­du­ca­tion ou les « ser­vices sociaux »), autre­ment dit des corps irré­mé­dia­ble­ment consti­tu­tifs de « la main droite de l’É­tat » (pour employer le terme de Bour­dieu). Mais il faut aus­si obser­ver que la natio­na­li­sa­tion de la Banque de France a pu avoir un effet per­vers : celui de faire dis­pa­raître une ten­dance orga­nique à entre­te­nir une oppo­si­tion entre Tré­sor et Banque de France (son­gez par exemple au pos­sible chan­tage à natio­na­li­sa­tion), pour les mettre pour de bon, pour ain­si dire, dans le même bateau.

    Main­te­nant (plus concret), je reviens un ins­tant sur l’i­dée, déjà évo­quée, d’un blo­cage lié à un pro­blème de « timing dans la ges­tion ». Ce que je disais, en sub­stance, c’est qu’au moment où un défi­cit exces­sif est consta­té, le seul qui peut et doit agir, c’est le Tré­sor (avec ou sans l’a­val express du minis­tère). Car à ce même moment, le Par­le­ment n’est évi­dem­ment pas en mesure d’a­gir. Ce qui implique que le Tré­sor est for­cé de résoudre le pro­blème en urgence en pro­cé­dant à une émis­sion de bons à des­ti­na­tion du pri­vé. Je pour­sui­vrai encore un peu l’ar­gu­men­ta­tion à ce stade, mais j’ouvre ici une nou­velle parenthèse.

    Vous note­rez que cette ten­dance géné­rale et récur­rente (si on n’y remé­die pas pour de bon) incite logi­que­ment le Tré­sor et le Gou­ver­ne­ment à favo­ri­ser le déve­lop­pe­ment d’ins­tances aptes à pla­cer les bons rapi­de­ment et, au besoin, mas­si­ve­ment.

    Or il faut se sou­ve­nir qu’a­près la guerre ces ins­tances ont déjà été dési­gnées : à chaque adju­di­ca­tion, un panel de banques (16 ?) a l’o­bli­ga­tion d’a­che­ter sys­té­ma­ti­que­ment un cer­tain pour­cen­tage des titres de dette publique émis (30% ? 40% ?). Il fau­dra reve­nir sur ce méca­nisme très impor­tant, en vigueur « au bon vieux temps », mais je vou­lais dire ici que nous avions déjà, avec ces banques obli­gées, des agences aptes à absor­ber très rapi­de­ment, et mas­si­ve­ment au besoin, les émissions. 

    Il faut aus­si com­prendre (nou­velle paren­thèse) que ces banques aux­quelles il était ordon­né d’a­che­ter des bons n’a­vaient pas for­cé­ment voca­tion, du moins au départ, à les refour­guer à « la clien­tèle ». À sup­po­ser d’ailleurs qu’on le leur ait permis. 

    Mais son­gez aus­si qu’elles pou­vaient être contraintes elles-mêmes à ache­ter à des taux qui pou­vaient être impo­sés par l’É­tat… Elles moné­ti­saient de la dette, quoi.

    Or on peut jus­te­ment se deman­der si ce n’est pas ce même méca­nisme en place qu’on a dévoyé pour en faire plus tard ces « spé­cia­listes en pla­ce­ment de bons du tré­sor »… qui per­mettent sur­tout de concen­trer le cadre des adju­di­ca­tions, et ain­si le pou­voir du « mar­ché » d’exer­cer son chan­tage. Mais je referme cette nou­velle parenthèse.

    Ce que je vou­lais sur­tout poin­ter ici, c’est le fait que le Tré­sor et le Gou­ver­ne­ment avaient déjà non seule­ment des rai­sons mais aus­si des moyens concrets de répondre à une situa­tion où l’on consta­tait un dépas­se­ment de l’au­to­ri­sa­tion de décou­vert. Dans l’en­semble, il est donc fort logique qu’ils seraient d’au­tant plus pous­sés à déve­lop­per les émis­sions de dette adres­sées au pri­vé qu’à reve­nir devant le Par­le­ment pour lui pro­po­ser de modi­fier la loi.

    Je vou­drais enfin, tou­jours concer­nant la pro­cé­dure, faire une der­nière série de remarques qui ne me semble pas du tout inutile.

    Je reviens d’a­bord sur l’i­dée que cette néces­saire sépa­ra­tion des pou­voirs, notam­ment entre Par­le­ment et Gou­ver­ne­ment, qui serait soi-disant la seule jus­ti­fi­ca­tion de l’ar­ticle 25, est toute théo­rique. Le rôle du Par­le­ment, ici, ne le ramène-t-il pas, en pra­tique, à celui de la « majo­ri­té gou­ver­ne­men­tale » ? Autre­ment dit, et c’est aus­si là que je vou­lais en reve­nir, quel est le rôle de l’i­ni­tia­tive dans le méca­nisme ? Une des manières de tra­duire la ques­tion abou­tit à la ques­tion suivante :

    quel poids aura la pro­po­si­tion d’un nombre impor­tant mais mino­ri­taire de par­le­men­taires s’il s’a­git au final d’or­don­ner au Ministre des Finances qu’il ordonne au Gou­ver­neur de « conve­nir » d’une élé­va­tion du pla­fond des avances ? Réponse : aucun poids.

    L’ « Oppo­si­tion » vou­drait-elle lan­cer une motion de cen­sure ? Qu’elle essaie, la majo­ri­té la blo­que­ra. La majo­ri­té son­ge­rait-elle à ren­ver­ser le gou­ver­ne­ment qu’elle a nom­mé ? Très impro­bable pour un tas de rai­sons évi­dentes, mais il faut aus­si ajou­ter qu’un tel choix sanc­tionne une poli­tique dans son ensemble, ce qui invite plu­tôt à ne pas juger un seul acte et à négo­cier un paquet… avec son lot de sur­prises et d’ar­ran­ge­ments per­son­nels. Eh oui, la com­pro­mis­sion, on dira tou­jours aisé­ment que c’est pour la bonne cause.

    Aucun effet, je disais. Du moins pas en « sta­tique », c’est-à-dire dans le cadre strict des ins­ti­tu­tions offi­cielles : pas sans en appe­ler à « la rue »… et aux direc­tions de « nos » syn­di­cats qui nous invitent si sou­vent à la fermer.

    Et encore, jus­te­ment, le pro­blème nous ren­voie à celui de l’obs­cu­ran­tisme monétaire…

    Bilan : autant dire que dans le cas extrê­me­ment géné­ral et hors crise grave, la majo­ri­té du gou­ver­ne­ment a le mono­pole total, point.

    Alors on peut prendre une autre atti­tude en reve­nant à la ques­tion : quel sens cela a‑t-il, en pra­tique, d’in­ter­dire au Tré­sor de pré­sen­ter ses propres effets à l’es­compte de la Banque de France ? Un effet de garde fou obli­gé, évi­dem­ment (ils pour­raient tou­jours décon­ner là haut, dans le sens du robi­net ouvert) mais jus­te­ment, rien d’autre (et cela ne jus­ti­fiait évi­dem­ment pas de for­mu­ler les règles de sorte qu’elles aient tant d’ef­fets pervers). 

    Je veux dire que ça sent la concep­tion bête et méchante, de celui qui ne veut sur­tout pas se deman­der quel genre de dis­po­si­tions le ban­quier cen­tral et le ministre des finances sont le plus sou­vent sus­cep­tibles d’avoir…

    Deuxième conclu­sion : il suf­fit d’a­che­ter une seule per­sonne (qui nomme l’autre qui nomme les autres) pour mettre le levier bien à l’a­bri, par cap­ta­tion et annu­la­tion de l’i­ni­tia­tive néces­saire – s’a­gis­sant, donc, non pas seule­ment de mettre en œuvre l’ar­ticle 19 mais de deman­der une modi­fi­ca­tion de la loi du 3 jan­vier 1973.

    En pra­tique, pour décrire le méca­nisme de manière plus réa­liste, ce beau monde aura déjà été coop­té par des cénacles mi obs­curs mi experts. C’est orga­ni­que­ment inévi­table car trop facile et trop ten­tant. Un sché­ma qui vaut bien sûr sur le mode méchant, soit si on part du prin­cipe que l’é­lite ne veut pas de créa­tion moné­taire publique… sauf situa­tion excep­tion­nelle comme, par exemple, au hasard… pour arro­ser ses alliés cachés avant ou pen­dant une insur­rec­tion ou une guerre. Ce qu’il fal­lait entendre par « hors crise grave »…

    Au bilan, ques­tion de pro­tec­tion des droits et de sépa­ra­tion des pou­voirs, tu parles d’une farce. 

    Au fait, je ne devrais pas être obli­gé d’é­ta­ler tant de merdes en public mais que vou­lez-vous, c’est notre linge sale com­mun et faute de dire les choses clai­re­ment, il est tou­jours si facile à l’ex­pert de cour de jouer au con (quand il croit qu’il est plus utile de répondre)… Plus poli­ment… : sous cou­vert d’as­su­rer la sépa­ra­tion des pou­voirs on fait en réa­li­té l’in­verse : le pou­voir n’ar­rête pas le pou­voir vu que le second fait ce qu’il veut, à savoir ne sur­tout jamais prendre l’i­ni­tia­tive en ques­tion, et ceci jus­qu’à un nou­vel ordre dont on peut com­prendre, avec un peu de bonne foi, qu’il attente à la fausse « consti­tu­tion » en vigueur.

    Autre forme de ce qu’on pour­rait appe­ler l’hy­po­cri­sie juri­dique, forme plus tex­tuelle, auto­ma­tique, mais aus­si sub­tile au final : comme l’ont remar­qué cer­tains, si on a ajou­té l’ar­ticle 25 et si on a rédi­gé ain­si l’ar­ticle 19, c’est sim­ple­ment la faute de la lettre de la Consti­tu­tion, vu qu’elle confie à la loi, donc au Par­le­ment, le pou­voir de défi­nir le régime d’é­mis­sion de la mon­naie. Ce n’est pas seule­ment une autre manière de dire ce que j’ai décryp­té pré­cé­dem­ment. Entre ici en jeu une autre com­bi­nai­son verticale.

    Ima­gi­nez qu’un jour quelques dépu­tés demandent non pas seule­ment un relè­ve­ment du pla­fond mais une révi­sion de la manière dont il est déci­dé. Cela se serait d’ailleurs pro­duit de manière un peu sem­blable notam­ment en 1981, donc. Mais ima­gi­nez qu’ils en viennent à insis­ter sur le pro­blème du mono­pole de l’i­ni­tia­tive, ce qui est bien moins pro­bable (appe­lés à gou­ver­ner un jour, si pos­sible, ils défendent presque tous, au fond, ce sys­tème élec­tif « cen­tra­li­sé »). Que va on leur rétor­quer à coup sûr, sur­tout si ça se passe dans les années sui­vant l’a­dop­tion de la loi ? On va leur dire que les articles de la loi qu’ils pro­posent de modi­fier, et qui date de seule­ment quelques mois ou années, n’a­vaient sou­le­vé stric­te­ment aucune objec­tion de la part de « leurs par­tis », leurs groupes par­le­men­taires, dont vous pou­vez d’ailleurs être sûr qu’un­tel était en bonne place, à l’é­poque, dans la com­mis­sion en charge, ou encore que tel autre a eu le bon sens de col­la­bo­rer avec l’ad­ver­saire sur tel dos­sier où il fal­lait évi­dem­ment obte­nir une alliance sacrée, et que sais-je encore. Bref, on va leur faire le coup de la « res­pon­sa­bi­li­té », mais d’une « res­pon­sa­bi­li­té » qui fina­le­ment s’en­tend non pas du tout vis-à-vis des citoyens mais pure­ment vis-à-vis du sys­tème qui le gouverne.

    Pour dire la chose en pre­nant un autre angle, vous voyez ain­si qu’en réa­li­té, sur cer­tains sujets dont la liste varie selon les « modes », l’op­po­si­tion des par­tis pèse moins que l’an­cien­ne­té d’une loi… Or c’est un fait qu’il y a des modes, jus­te­ment, et Rocard par­lait d’ailleurs évi­dem­ment d’un truc qui, de fait, sur­pas­sait le cli­vage de la fausse droite et de la fausse gauche des assem­blées… À ce sujet, rap­pe­lez-vous que Lior et Maga­li ont cédé à un élan bien « natu­rel » en nous objec­tant le pédi­grée de celui qui avait pro­po­sé le futur article 25 – allez savoir ce que tra­duisent ces éti­quettes, en par­ti­cu­lier si « c’é­tait la mode » (du reste, je vais faire un nœud de plus sur mon tra­ver­sin pour me rap­pe­ler d’al­ler regar­der un peu si cet ex pré­sident de com­mis­sion n’est pas allé pan­tou­fler ensuite dans quelque banque…).

    Vous voyez ici un ensemble de rai­sons (la liste n’est sans doute pas exhaus­tive) de pen­ser qu’il est naïf de croire que la loi du 3 jan­vier n’a rien chan­gé sim­ple­ment parce qu’elle aurait repris des dis­po­si­tions déjà votées en 1936.

    (*) Lire à ce sujet, en par­ti­cu­lier, cette séance par­le­men­taire de ques­tions-réponses sur laquelle suis tom­bé hier : http://archives.assemblee-nationale.fr/5/cri/1972–1973-ordinaire1/104.pdf.

    Réponse
  227. AA

    Cher Étienne,

    J’ai exa­mi­né plus pro­fon­dé­ment la thèse, les choses s’éclairent pro­gres­si­ve­ment et je pense avoir com­pris une clé du mystère.

    Je vous invite à la lire à par­tir de la p 74⁄75. Le doc­to­rant détaille les divers leviers par lequel l’État se finance depuis 1945. Un tableau P 76 le res­ti­tue bien.

    Il se finance par un sys­tème sur­nom­mé le « cir­cuit du Tré­sor », un sys­tème de cen­tra­li­sa­tion des flux finan­ciers, qui com­prend plu­sieurs branches, le prin­cipe étant que le Tré­sor soit conti­nuel­le­ment irri­gué par des fonds pro­ve­nant d’institutions publiques, dont les banques publiques.

    Par­mi ses branches, il y en a une très inté­res­sante sur­nom­mée « plan­cher de bons du Tré­sor ».
    C’était une méthode de finan­ce­ment par les banques publiques (et pri­vées ? je ne sais pas, la thèse ne l’évoque pas clai­re­ment mais c’est très pos­sible). Ces der­nières sont obli­gées de prê­ter à l’État à des taux… fixés par l’État, les taux admi­nis­trés, des bons du tré­sor dits « hors mar­ché » ! En cette période d’inflation, cela reve­nait à prê­ter à des taux néga­tifs.

    Je me trom­pais donc en par­tie : les banques par­ti­ci­paient au finan­ce­ment du défi­cit… mais pas sous les formes obli­ga­taires contem­po­raines et pro­ba­ble­ment à perte.

    Mais vous disais-je donc, après la guerre s’est mis en place ce fameux « cir­cuit » des­ti­né à assu­rer aux Tré­sor les fonds dont il a besoin.

    À par­tir des années 60, une lutte interne va s’engager dans l’administration entre par­ti­sans de la remise en cause du « cir­cuit » (ces der­niers sont appuyés par un lob­bying des banques, voir le rôles des Worm­ser et VGE, alors ministre), cri­ti­qué car infla­tion­niste et cap­tant une par­tie de l’argent des banques, et les par­ti­sans du cir­cuit, qui comp­taient par­mi eux le direc­teur du Tré­sor Mau­rice Pérouse.

    La bataille va se concen­trer d’abord sur la fin du plan­cher de bons du Tré­sor. Mau­rice Pérouse y est hos­tile. Pour quelle rai­son ? P 94 : l’adjudication (la mise en vente des bons sur le mar­ché, soit le sys­tème actuel) : serait « un ren­ché­ris­se­ment consi­dé­rable pour le Tré­sor » et un « enri­chis­se­ment sans cause pour les banques ».

    En 1963, une solu­tion de com­pro­mis est tes­tée : on conserve le plan­cher de bons du Tré­sor, je le répète, obli­ga­tion pour les banques publiques (et peut-être pri­vées) de sous­crire à des bons dont les taux sont fixés par l’État lui-même, mais à côté de cela, les Banques peuvent volon­tai­re­ment ache­ter des bons des­ti­nés à l’adjudication donc au taux d’intérêt.

    En 1967, Michel Pérouse par­ti, le Tré­sor décide de sup­pri­mer entiè­re­ment le plan­cher de bons du Tré­sor. Ici encore, méprise de ma part, car on peut y voir l’amorce de la créa­tion du mar­ché obli­ga­taire moderne.

    En 1968, déjà l’État com­mence à avoir des pro­blèmes de tré­so­re­rie, si bien qu’une note interne sug­gère de reve­nir au plan­cher de bons du Tré­sor… mais au final le décon­seille car se serait un retour en arrière….

    Pour Jean-Yves Habe­rer, l’État rompt avec la sécu­ri­té et désor­mais, l’État sera sou­mis à la véri­té. Voir la cita­tion hal­lu­ci­nante d’Haberer p 99, il recon­nait que le nou­veau sys­tème coû­te­ra plus cher à l’État. Mais le plus impor­tant, c’est que Habe­rer recon­nait que son objec­tif est le déman­tè­le­ment du cir­cuit, voir la deuxième cita­tion (confes­sion ?) p 99, savoureuse.

    Les années sui­vantes, le cir­cuit va être peu à peu déman­te­lé, mais le trau­ma­tisme de 68 ralen­tit la venue du coup de grâce.
    La conclu­sion du doc­to­rant sur la loi de 73 est la sui­vante : elle n’impose pas une rup­ture, mais consacre en droit la fin du cir­cuit, qui exis­tait déjà en pratique.

    Ce qui reste trou­blant, c’est que tout ce que raconte le doc­to­rant n’a rien à voir avec ce qui est dit dans les textes de lois, à moins de consi­dé­rer qu’il faille entendre l’interdiction d’escompte comme en réa­li­té, l’interdiction du « Circuit ».

    Je pré­cise que le doc­to­rant et Habe­rer estiment tous les deux que l’escompte a été abo­li en 73….car je pense que der­rière le mot « escompte » dans leur esprit, il y a plu­tôt le circuit.

    Rap­pe­lons-nous que Habe­rer trouve la rédac­tion de l’article 25 ana­chro­nique et « ridi­cule » p 112, car repre­nant la loi de 36. Est-ce parce qu’en réa­li­té der­rière il sait que ce qui est visé est le cir­cuit et non la pra­tique d’escompte même ? Je le crois, car pour lui, la ques­tion ne se pose même pas ( p 107), le cir­cuit étant déjà mis sur le carreau.

    À ce stade voi­là l’explication du mys­tère selon moi : l’article 25 est mal rédi­gé, par escompte, il visait en réa­li­té tout le cir­cuit. Ça ne serait pas la pre­mière fois qu’un légis­la­teur se plante….

    Évi­dem­ment, j’avance à tâtons et tout cela se discute.

    Bien à vous,

    Réponse
  228. Sam

    Mer­ci beau­coup pour le décryp­tage, AA

    Quelle coïn­ci­dence (voir ma série de mes­sages pré­cé­dents)… Lol

    Non, sans blague : Étienne, une bonne conver­sa­tion au télé­phone de temps à autres ça fait progresser.

    Réponse
  229. phil82

    Bonne syn­thè­qse de AA

    Vale­ry Gis­card d’Es­taing tient pour ma part une res­pon­sa­bi­li­té sur les évè­ne­ments cités par AA

    Valé­ry GISCARD D’ESTAING :
    résu­mé de l’ac­tion ministérielle :

    Valé­ry GISCARD D’ESTAING a éta­bli, à la tête du minis­tère des finances, un record de lon­gé­vi­té : secré­taire d’É­tat puis ministre sans désem­pa­rer de 1959 à 1966, il retrouve l’ad­mi­nis­tra­tion des finances en 1969 et s’y main­tient jus­qu’au décès du pré­sident POMPIDOU. Il réus­sit sur la très longue durée (à l’é­chelle du temps poli­tique) à enga­ger une action de fond dans une conjonc­ture de crois­sance elle-même excep­tion­nel­le­ment longue.

    Le bilan peut se détailler comme suit :

    Restruc­tu­ra­tions admi­nis­tra­tives : dès 1962, le ministre réa­lise l’in­té­gra­tion admi­nis­tra­tive des ser­vices des affaires éco­no­miques ; en 1965 (décret du 5 juillet) la direc­tion du Tré­sor absorbe celle des finances exté­rieures et recons­ti­tue la direc­tion du mou­ve­ment géné­ral des fonds d’a­vant- guerre ; la même année, le ser­vice des études éco­no­miques et finan­cières devient la direc­tion de la pré­vi­sion ; en 1972, la très ancienne direc­tion de la dette publique est sup­pri­mée (décret du 27 décembre) et ses bureaux répar­tis entre la direc­tion de la comp­ta­bi­li­té publique et un ser­vice des pen­sions nou­vel­le­ment créé. C’est aus­si sous l’au­to­ri­té de Valé­ry GISCARD D’ESTAING que se réa­lise sur le ter­rain la fusion effec­tive des régies fis­cales (enre­gis­tre­ment, contri­bu­tions directes et indi­rectes). Une réno­va­tion radi­cale des moyens des ser­vices s’en­gage ; elle se tra­duit sur­tout en termes immo­bi­liers avec la construc­tion des hôtels des finances et des centres des impôts. Les finances sont aus­si pion­nières en matière d’in­for­ma­tique admi­nis­tra­tive : une com­mis­sion de déve­lop­pe­ment de l’in­for­ma­tique est créée en 1970 (arrê­té du 2 avril) et dès 1973, la paye des agents de l’É­tat et l’é­mis­sion des rôles sont entiè­re­ment informatisées.

    Bud­get et comp­ta­bi­li­té : Valé­ry GISCARD D’ESTAING publie le nou­veau règle­ment géné­ral de la comp­ta­bi­li­té publique (décret du 29 décembre 1962) qui rem­place un texte cen­te­naire ; il intro­duit le prin­cipe du paie­ment sans ordon­nan­ce­ment préa­lable des rému­né­ra­tions des agents de l’É­tat ; il ins­talle la com­mis­sion de ratio­na­li­sa­tion des choix bud­gé­taires (arrê­té du 17 novembre 1970) et décon­centre le contrôle finan­cier local au niveau des tré­so­riers-payeurs-géné­raux (décrets du 13 novembre 1970 et du 10 mars 1972).

    Fis­ca­li­té : Valé­ry GISCARD D’ESTAING engage plu­sieurs réformes fis­cales qui touchent suc­ces­si­ve­ment les droits d’en­re­gis­tre­ment et la fis­ca­li­té immo­bi­lière (loi du 15 mars 1963), le conten­tieux fis­cal (lois du 27 décembre 1963, des 3 et 9 juillet 1970), le régime fis­cal des pro­fits de construc­tion (loi du 29 juin 1971). Il pro­cède à l’ins­tal­la­tion du Conseil des impôts (décret du 22 février 1971) et ins­ti­tue une com­mis­sion d’é­tude de la patente (avril 1970), dont les tra­vaux sont à l’o­ri­gine de l’ins­tau­ra­tion de la taxe pro­fes­sion­nelle. Il convient enfin de signa­ler, en matière doma­niale, le rem­pla­ce­ment de la com­mis­sion de contrôle des opé­ra­tions immo­bi­lières par la com­mis­sion natio­nale des opé­ra­tions immo­bi­lières et de l’ar­chi­tec­ture (décret du 28 août 1969).

    Dette publique : Valé­ry GISCARD D’ESTAING attache son nom à l’é­mis­sion de l’emprunt natio­nal d’é­qui­pe­ment lan­cé en 1965 et sur­tout à celle de l’emprunt 7% 1973.

    Mon­naie : deux ans après la déva­lua­tion réus­sie d’août 1969, il doit sus­pendre la libre conver­ti­bi­li­té du franc, en réac­tion à la déci­sion des auto­ri­tés amé­ri­caines de lais­ser flot­ter le dollar.

    Cré­dit, épargne et mar­chés finan­ciers : Valé­ry GISCARD D’ESTAING ren­force l’en­ca­dre­ment du cré­dit à la consom­ma­tion, dont la crois­sance mal maî­tri­sée accé­lère l’in­fla­tion ; il orga­nise l’é­pargne-loge­ment ( loi du 17 juillet 1965), ins­ti­tue les socié­tés d’in­ves­tis­se­ment à capi­tal variable (SICAV)(1964) ; à la suite de l’af­faire Saint-Gobain/­Pont-à-Mous­son, il défi­nit en liai­son avec la Com­mis­sion des opé­ra­tions en bourse (COB) le régime des offres publiques d’a­chat (OPA) et des offres publique d’é­change (OPE)(décret du 13 jan­vier et loi du 29 décembre 1970) ; deux lois de 1973 (3 jan­vier et 21 décembre), enfin, réor­ga­nisent la Banque de France.

    Finan­ce­ments : avec l’ins­ti­tu­tion des primes de déve­lop­pe­ment ou d’a­dap­ta­tion indus­triels (décret du 21 mai 1964) puis celle des primes de déve­lop­pe­ment régio­nal (décret du 11 avril 1972), Valé­ry GISCARD D’ESTAING pour­suit une poli­tique qui allie l’aide aux entre­prises à l’a­mé­na­ge­ment du territoire.

    Prix : pour remé­dier à une infla­tion qui tend à deve­nir struc­tu­relle, il lance en sep­tembre 1963 un plan de sta­bi­li­sa­tion qui com­porte, outre des dis­po­si­tions bud­gé­taires, des mesures assez strictes d’en­ca­dre­ment des prix. Les suc­cès obte­nus en 1965 et confir­més sous son suc­ces­seur sont remis en cause par la crise de 1968. Le pre­mier choc pétro­lier (1973) achève de com­pro­mettre la sta­bi­li­té des prix.

    Assu­rances : Valé­ry GISCARD D’ESTAING orga­nise le régime d’as­su­rance contre les cala­mi­tés agri­coles en créant un fonds natio­nal de garan­tie (loi du 10 juillet 1964) ; il uni­fie le contrôle de l’État sur les entre­prises d’as­su­rances (loi du 8 juillet 1971).

    Mar­chés publics : la pre­mière édi­tion du Code des mar­chés publics est publiée en 1964 (décret du 18 juillet) ; huit ans plus tard, le ministre pré­side à l’ins­ti­tu­tion des com­mis­sions (inter­mi­nis­té­rielles) spé­cia­li­sées des mar­chés (décret du 13 mars 1972).

    Rapa­triés : il revient à Valé­ry GISCARD D’ESTAING de conce­voir les pro­cé­dures finan­cières et de mettre en place les struc­tures admi­nis­tra­tives char­gées d’as­su­rer l’in­dem­ni­sa­tion des rapa­triés d’A­frique du Nord. Il crée en 1962 (décret du 19 sep­tembre) l’AD­BIR (agence pour la défense des biens et inté­rêts des rapa­triés) qui devient en 1970 l’A­NI­FOM (agence natio­nale pour l’in­dem­ni­sa­tion des fran­çais d’outre-mer) et il appa­raît comme l’un des prin­ci­paux auteurs de la loi d’in­dem­ni­sa­tion du 15 juillet 1970.

    Réponse
  230. phil82

    Le père Debré n’est pas mal non plus ‘voir le para­graphe « banque, épargne et mar­ché financier ».

    Résu­mé de l’ac­tion ministérielle
    Michel DEBRÉ déploie, au cours des 29 mois qu’il passe au minis­tère des finances, une grande ardeur réfor­ma­trice, et ce dans tous les domaines d’in­ter­ven­tion de son département.

    Orga­ni­sa­tion des ser­vices : créa­tion d’un ser­vice de l’in­for­ma­tion, qui lance dès l’au­tomne 1966, les Notes bleues ; créa­tion de la recette géné­rale des finances (décret du 29 décembre 1966).

    Bud­get : l’ins­tal­la­tion de la mis­sion de ratio­na­li­sa­tion des choix bud­gé­taires (arrê­té du 13 mai 1968) engage l’ad­mi­nis­tra­tion dans une réflexion essen­tielle sur la pro­gram­ma­tion de la dépense publique.

    Fis­ca­li­té : dans le cadre de la mise en place de l’u­nion doua­nière euro­péenne, Michel DEBRÉ pré­pare la géné­ra­li­sa­tion de l’assujettissement à la TVA des com­mer­çants, arti­sans et pres­ta­taires de ser­vices, pré­vue par la loi du 6 jan­vier 1966 et qui inter­vient le 1er jan­vier 1968. Paral­lè­le­ment sont mises en œuvre les révi­sions des éva­lua­tions fon­cières des pro­prié­tés bâties (loi du 2 février 1968) et non bâties (loi du 22 décembre 1967).

    Prix et consom­ma­tion : le ministre tente de modé­rer l’in­fla­tion en négo­ciant avec les pro­duc­teurs et les com­mer­çants des contrats de pro­gramme ; il ins­talle d’autre part l’ins­ti­tut natio­nal de la consom­ma­tion crée par la loi du 22 décembre 1966.

    Mon­naie : Michel DEBRÉ crée l’ins­ti­tut d’é­mis­sion d’outre-mer (décret du 30 mars 1967) ; un décret du 2 décembre 1966 pré­cise d’autre part les moda­li­tés d’in­ter­ven­tion de la Banque de France sur le mar­ché monétaire.

    Banque, épargne et mar­ché finan­cier : les mesures de moder­ni­sa­tion sont ici par­ti­cu­liè­re­ment nom­breuses avec la loi du 16 juin 1966 sur l’exer­cice de la pro­fes­sion ban­caire, celle du 28 décembre 1966 sur l’u­sure, le décret du 9 jan­vier 1967 qui ins­ti­tue le sys­tème des réserves obli­ga­toires mais sur­tout avec les ordon­nances du 28 sep­tembre 1967 qui créent la Com­mis­sion des opé­ra­tions de bourse (COB), les grou­pe­ments d’in­té­rêt éco­no­mique (GIE) et les socié­tés immo­bi­lières pour le com­merce et l’in­dus­trie (SICOMI).

    Michel DEBRÉ est éga­le­ment inter­ve­nu de façon active lors de la pré­pa­ra­tion de l’or­don­nance du 17 août 1967 sur la par­ti­ci­pa­tion et l’in­té­res­se­ment des tra­vailleurs aux fruits de l’expansion.

    Finan­ce­ment et action régio­nale : créa­tion de la Caisse d’aide à l’é­qui­pe­ment des col­lec­ti­vi­tés locales (CAECL) et ins­ti­tu­tion des primes spé­ciales d’é­qui­pe­ment hôte­lier (PSEH).

    Finances exté­rieures : la loi du 27 décembre 1966 assou­plit nota­ble­ment le contrôle des changes, faci­lite les inves­tis­se­ments fran­çais à l’é­tran­ger et fait du franc une devise tota­le­ment convertible.

    Rela­tions éco­no­miques exté­rieures : mise en place (jan­vier 1967) de la com­mis­sion mixte franco-soviétique.

    Réponse
  231. Sam

    « Le circuit »…

    J’en par­lais, donc, moi aus­si, dans mon mes­sage pré­cé­dent, et j’é­vo­quais aus­si la faci­li­té d’un pos­sible dévoie­ment de ce sys­tème pour en faire un « nou­veau cir­cuit » par lequel les banques allaient prê­ter à l’É­tat… mais d’une toute autre manière.

    Note : Lior com­met un contre sens quand il écrit : « – L’ar­ticle 19 de (la loi du 3 jan­vier) 1973 explique néan­moins que les faci­li­tés de la BdF sont tou­jours acces­sibles, comme avant, via des conven­tions. A prio­ri le seul chan­ge­ment c’est d’ins­ti­tu­tion­na­li­ser le rôle du Par­le­ment dans cette affaire. »

    C’est évi­dem­ment faux de dire que la loi du 3 jan­vier 1973 octroyait un rôle au Par­le­ment (c’est trop gen­til…) puisque : 1. le rôle en ques­tion lui est déjà don­né clai­re­ment par la Consti­tu­tion (art. 34), ce qui signi­fie aus­si qu’on n’au­rait pas pu le lui ôter for­mel­le­ment, fut-ce par une loi ; 2. cela fai­sait déjà très long­temps que toutes les conven­tions étaient rati­fiées par le Par­le­ment et devaient l’être, et pour le véri­fier il suf­fit d’é­plu­cher rapi­de­ment les deux com­pi­la­tions de textes concer­nant la BdF.

    Non seule­ment c’est faux, donc, mais les déve­lop­pe­ments que j’ai faits dans mes der­niers mes­sages tendent à démon­trer que c’est bien plu­tôt le contraire qui s’est pro­duit avec la loi du 3 jan­vier 1973 (et ensuite, du fait d’un ver­rou com­po­sé de diverses mesures com­bi­nées, mais acti­vé de manière déci­sive par dette même loi) : on a mis le Par­le­ment hors du coup, ce qui se véri­fie bien en pra­tique, y com­pris par le fait que nombre de décla­ra­tions faites après coup par des ex par­le­men­taires démontrent qu’ils n’ont pas été infor­més des divers méca­nismes qui ont retour­né la situation.

    Réponse
  232. RHC

    Bon­jour,

    Oui Phil82, l’ap­proche avec les noms d’ac­teur est aus­si remarquable.Mais sur­tout les conseillers dans l’ombre ne laissent pas vrai­ment de trace (éso­té­rique?). Mal­heu­reu­se­ment, nous n’a­vons pas accès aux comptes en banque dans le monde de « ces gens ».

    Ami­ca­le­ment,

    Réponse
  233. phil82

    Je vous adresse un texte qui répond par­fai­te­ment à l’article 25 de la loi « Banque de France »

    Le texte en entier ici :

    http://​www​.per​see​.fr/​w​e​b​/​r​e​v​u​e​s​/​h​o​m​e​/​p​r​e​s​c​r​i​p​t​/​a​r​t​i​c​l​e​/​r​f​e​c​o​_​0​7​6​9​-​0​4​7​9​_​1​9​8​6​_​n​u​m​_​1​_​2​_​1​119

    Une dette insuffisante ? 
    Le cas fran­çais de 1958 à 1974

    Antho­ny Row­ley, Revue fran­çaise d’é­co­no­mie Année 1986.

    « …Avec l’en­ra­ci­ne­ment de la crise éco­no­mique, les diag­nos­tics rétros­pec­tifs se sont mul­ti­pliés. On a fait du suc­cès consi­dé­rable et pro­lon­gé de l’in­dus­trie auto­mo­bile le paravent des fai­blesses struc­tu­relles d’une indus­trie dont les capa­ci­tés auraient été incom­pa­tibles avec le rôle qu’une poli­tique exté­rieure ambi­tieuse assi­gnait à la puis­sance et à l’é­co­no­mie fran­çaises. Sans més­es­ti­mer ces obser­va­tions, il nous semble judi­cieux d’in­ter­pré­ter cette évo­lu­tion en la rap­pro­chant de la poli­tique de la dette sui­vie depuis 1958. Les débuts de la Ve Répu­blique coïn­cident en effet avec une volon­té de rééqui­li­brage de l’é­co­no­mie, mar­quée par une régres­sion de la part des dépenses publiques dans le Pro­duit Inté­rieur Brut (P.I.B.) et par une réduc­tion dras­tique du défi­cit bud­gé­taire. En un sens, 1958 clôt l’a­près Seconde Guerre mon­diale et la période des défi­cits bud­gé­taires com­pris entre 4 et 6 % du P.I.B. (à l’ex­cep­tion unique de 1950). Au moment où la France entre dans l’Eu­rope, l’i­déal de l’é­qui­libre bud­gé­taire d’a­vant 1914 rede­vient d’actualité.

    Qu’il s’a­gisse de la consis­tance de la dette ou de la charge qu’elle emporte, 1913 est bien une date de réfé­rence pour Jacques Rueff comme pour Valé­ry Gis­card d’Es­taing. A consi­dé­rer l’é­vo­lu­tion de la dette en francs constants, cette ambi­tion est loin d’être démesurée

    L’an­née 1958 marque une triple rup­ture dans les choix de l’en­det­te­ment à long terme. L’emprunt 3 1⁄2 %, amor­tis­sable jus­qu’en 2004, est le der­nier emprunt à long terme, la durée moyenne tom­bant à quinze ans pour le reste de la période. Par ailleurs, il clôt une longue période d’in­dexa­tion inau­gu­rée en 1925 avec l’emprunt 4 % à garan­tie de change ster­ling, et uti­li­sée mas­si­ve­ment entre 1952 et 1957. Il fau­dra attendre l’emprunt 7 % 1973 pour que réap­pa­raisse une indexa­tion sur l’u­ni­té de compte euro­péenne. Enfin, la dette exté­rieure, véri­table obses­sion des gou­ver­nants de la IVe Répu­blique, ne cesse de se réduire pour retrou­ver en 1973 un niveau proche des bonnes années de l’entre-deux-guerres. A l’in­verse, la struc­ture de la dette à court terme est peu modi­fiée par le chan­ge­ment de régime. Le suc­cès non démen­ti des bons sur for­mules, réser­vés aux par­ti­cu­liers, depuis les bons de la Libé­ra­tion de 1945 et ceux de la Recons­truc­tion de 1947, a inci­té les pou­voirs publics à renou­ve­ler ce type d’é­mis­sion jus­qu’en 1964. Paral­lè­le­ment, les comptes cou­rants de bons du Tré­sor ouverts au nom des banques et des éta­blis­se­ments finan­ciers depuis l’or­don­nance du 13 avril 1945, n’ont ces­sé de se gon­fler jus­qu’en 1970. Le sys­tème des plan­chers d’ef­fets publics, mis en place en 1948, contri­buait en effet au contrôle du crédit.

    Sur l’en­semble de la période, le réta­blis­se­ment pie l’é­qui­libre finan­cier est patent. La trans­for­ma­tion de la struc­ture de la dette semble éta­blir « une paix de vingt ans » dans les finances natio­nales. Jus­qu’en 1961, l’ex­cé­dent de la balance des paie­ments cou­rants et le ralen­tis­se­ment de la hausse annuelle des prix de détail — de 9 % en 1958 à 4 % en 1961 — accré­ditent l’i­dée d’une conso­li­da­tion durable des grands équi­libres. Or, dès 1964, puis de 1966 à 1970, le retour du défi­cit de la balance des paie­ments cou­rants témoigne de la fra­gi­li­té de l’é­qui­libre exté­rieur. A mesure que la France s’ouvre aux échanges exté­rieurs, le poids de la contrainte étran­gère s’accroît.

    Les choix de Jacques Rueff et d’An­toine Pinay illus­trent les com­por­te­ments d’une géné­ra­tion mar­quée par deux guerres et une crise mon­diale. Leurs yeux sont fixés sur la charge d’une dette qui est infé­rieure, en francs constants, à celle de 1913 — 0,924 mil­liards contre 0,958 —, mais qui a pro­gres­sé de 265 mil­lions de francs cou­rants en dix ans.

    Dans leur ambi­tion de désen­ga­ger l’E­tat dont les enga­ge­ments divers repré­sentent 28 % du coût de la dette, ils oublient que celui-ci équi­vaut seule­ment à 3,2 % du total des dépenses bud­gé­taires, chiffre déri­soire en regard des 18,9 % de 1913. A l’in­verse, les gou­ver­nants semblent avoir prê­té une atten­tion insuf­fi­sante à l’é­vo­lu­tion des taux d’in­té­rêt à court terme.

    Pour­quoi avoir admis une par­tie impor­tante de la dette per­pé­tuelle en sous­crip­tion à l’emprunt 3 1⁄2 % de 1958 et négli­gé la hausse des taux sur les bons du Tré­sor ? En 1960, ceux-ci atteignent 3,25 % à un an, 3,75 à deux ans et 4,33 à trois. On objec­te­ra qu’il s’a­gis­sait peut-être là du prix de la confiance et de la sanc­tion du dés­équi­libre bud­gé­taire ; alors celle-ci était dra­co­nienne en regard de la charge de la dette dans le bud­get. Elle paraît sur­tout inadé­quate au moment où l’é­co­no­mie affronte la concur­rence étran­gère, étant don­né que l’ef­fet mul­ti­pli­ca­teur du défi­cit bud­gé­taire était déjà sin­gu­liè­re­ment limi­té. Pour avoir pri­vi­lé­gié le mon­tant de la dette sur sa charge, les auto­ri­tés finan­cières ont, à notre sens, han­di­ca­pé la France dans son inser­tion européenne.

    L’ouverture de l’é­co­no­mie fran­çaise sur l’ex­té­rieur implique une libé­ra­li­sa­tion pro­gres­sive du mar­ché de l’argent et l’ex­ten­sion des règles de droit com­mun dans un contexte plus concur­ren­tiel. La nou­velle poli­tique de la dette néces­site ain­si une qua­druple rup­ture, même si la réfé­rence à l’or­tho­doxie est réaf­fir­mée. L’é­lé­va­tion des taux implique d’a­bord la sup­pres­sion des clauses d’exo­né­ra­tion fis­cale, qu’il s’a­gisse des trois emprunts d’é­qui­pe­ment de 1965, 1966, 1967, ou de la conver­sion de la rente 3 1⁄2 % de 1952–1958 pour les droits de muta­tion. Au sur­plus, le Tré­sor a dû rele­ver régu­liè­re­ment et rapi­de­ment les taux d’in­té­rêt de ses emprunts à long terme : 4,25 % en 1964, 5,50 % en 1965, 6 % en 1966–1967 et 7 % en 1973. De même, entre 1968 et 1973, le taux des bons sur for­mules a tou­jours été com­pris entre 6 2⁄3 et 7 1⁄3 %. Enfin, la poli­tique active des taux déci­dée par le Tré­sor et la Banque de France a conduit à un relè­ve­ment géné­ra­li­sé du taux de l’es­compte, accom­pa­gné de fluc­tua­tions pro­non­cées : de 3,5 % à 8 % entre 1965 et 1969, puis de 8 à 11 % en 1973, en pas­sant par un mini­mum de 5,75 % en 1970.

    Ces diverses mani­pu­la­tions mettent en évi­dence un des dilemmes majeurs de la poli­tique éco­no­mique des années Pom­pi­dou : la néces­si­té de modi­fier en sens contraire les taux d’in­ter­ven­tion à l’o­pen-mar­ket de la Banque de France. Cette der­nière a été en effet ame­née à s’a­li­gner plus ou moins sur les taux du mar­ché de l’eu­ro­dol­lar, afin de limi­ter l’am­pleur des mou­ve­ments de capi­taux à court terme.
    Mais, paral­lè­le­ment, la réus­site de l’in­té­gra­tion euro­péenne sup­pose une réduc­tion des taux d’in­té­rêt à long terme ain­si que de l’at­trait exer­cé par les actifs liquides. Ain­si, la « gou­ver­nante étran­gère » s’est-elle impo­sée dans la ges­tion de la dette.
    En pra­tique, les auto­ri­tés finan­cières se sont effor­cées de sur­mon­ter ce dilemme en sui­vant trois lignes direc­trices. En matière de dette exté­rieure, elles ont pour­sui­vi la poli­tique Pinay-Rueff et pro­cé­dé à divers amor­tis­se­ments, ce qui a entraî­né une baisse à la fois rela­tive et abso­lue de ce type d’en­det­te­ment. Encore convient-il de pré­ci­ser que cette baisse aurait été plus impor­tante sans la déva­lua­tion du franc de 12,5 % en août 1969. De 1964 à 1967, Valé­ry Gis­card d’Es­taing puis Michel Debré ont essayé d’u­ti­li­ser l’ex­haus­se­ment des taux pour réa­li­ser d’une part de nou­velles émis­sions attrac­tives à moyen terme, et pour aug­men­ter d’autre part l’en­cours des bons en comptes cou­rants, ce qui per­met­tait de ren­for­cer l’ac­tion conjonc­tu­relle menée sur le contrôle du cré­dit. Enfin, à par­tir de 1968–1969, l’ac­cé­lé­ra­tion de la hausse des taux a entraî­né l’a­dop­tion d’une stra­té­gie de désen­det­te­ment géné­ra­li­sé : de 1968 à 1972, les émis­sions concer­nant la dette inté­rieure à moyen et long terme ont été sus­pen­dues ; de même, l’en­cours des bons en comptes cou­rants s’est réduit de 1970 à 1972, le chiffre glo­bal reve­nant à un niveau infé­rieur d’un mil­liard de francs à celui de 1964.

    Dans la pers­pec­tive com­mu­nau­taire, les deux pre­miers choix appa­raissent comme for­te­ment dis­cu­tables. On voit mal, par exemple, l’a­van­tage du désen­det­te­ment exté­rieur, sachant que son coût est, sur l’en­semble de la période, fort peu oné­reux : 3 %! Pri­vi­lé­gier l’as­pect finan­cier de la contrainte exté­rieure, par crainte des effets per­vers d’un endet­te­ment struc­tu­rel, était déjà dis­cu­table compte tenu de l’in­fla­tion natio­nale com­pa­rée à celle de l’Al­le­magne. En consi­dé­rant l’in­fé­rio­ri­té indus­trielle de la France dans la com­pé­ti­tion euro­péenne, un tel choix conduit à pra­ti­quer des poli­tiques de « fine tuning » hau­te­ment déli­cates, comme le prouvent les résul­tats déce­vants de 1966–1967. D’autre part, l’i­dée de mani­pu­ler adroi­te­ment les taux d’in­té­rêt, même si elle se fonde sur l’ex­pé­rience finan­cière accu­mu­lée depuis la guerre, sup­pose encore que les auto­ri­tés sau­ront arbi­trer entre la créa­tion moné­taire néces­saire à la pour­suite de la crois­sance et le risque de dés­équi­libre finan­cier. C’est sur­tout consi­dé­rer que la capa­ci­té de finan­ce­ment des ménages équi­libre le besoin de finan­ce­ment des entre­prises et que cet équi­libre doit consti­tuer la pierre angu­laire de la poli­tique de la dette. Une telle poli­tique est cohé­rente, mais elle pré­sente, selon nous, le double risque d’être détrom­pée par des anti­ci­pa­tions pes­si­mistes sur la pro­fi­ta­bi­li­té des inves­tis­se­ments et d’être péna­li­sée à la fois par l’i­ner­tie bud­gé­taire et par les déca­lages avec des éco­no­mies indus­trielles, au rythme moins homo­gène qu’on ne veut bien le croire, l’an­née 1967 offrant une confir­ma­tion mal­heu­reuse de cette éventualité.

    Réflexions sur un comportement

    II n’entre pas dans notre pro­pos de por­ter un juge­ment d’en­semble qui ris­que­rait d’être sus­pect de rétro-dic­tion his­to­rique, voire d’es­quis­ser un bilan ici néces­sai­re­ment partiel.
    Nous vou­drions éclai­rer cer­taines moti­va­tions de la poli­tique de la dette. Et, au pre­mier chef, sou­li­gner l’im­por­tance des réfé­rences his­to­riques, puisque celles-ci sont pré­sentes dès les débuts des tra­vaux de la com­mis­sion Rueff et que les trois ministres des Finances les repren­dront, dans un ordre variable, mais avec une iden­tique fer­me­té. Trois moments reviennent en effet comme des leit­mo­tive : 1900–1913, 1926–1929,
    1945–1948.
    Le deuxième est essen­tiel, puis­qu’on peut l’i­den­ti­fier à un homme, Ray­mond Poin­ca­ré, et à une poli­tique, l’as­sai­nis­se­ment des finances de la France. Deux exemples sont repris à l’en­vi : la réduc­tion mas­sive des bons du Tré­sor sur for­mules opé­rée entre 1926 et 1929, et la conver­sion des rentes per­pé­tuelles inau­gu­rée en 1928. La pre­mière action avait per­mis d’é­pon­ger la majeure par­tie des 48 mil­liards de francs de bons de la Défense natio­nale, grâce à trois emprunts suc­ces­sifs. En 1929, l’en­cours des bons du Tré­sor était ain­si rame­né à l’é­qui­valent de 4,8 mil­liards de francs 1913. La seconde opé­ra­tion avait consis­té en une conver­sion des rentes per­pé­tuelles 1915–1916 et 1920 en rentes amor­tis­sables à taux d’in­té­rêt moindre.
    Le réta­blis­se­ment de la confiance pas­sait donc par une action volon­ta­riste. On le voit, le hasard ou, plus pro­saï­que­ment, l’exis­tence d’un contexte inter­na­tio­nal favo­rable tenaient une place secondaire.

    Thème récur­rent de ces trois moments, la sta­bi­li­té finan­cière consti­tue pro­ba­ble­ment une des moti­va­tions essen­tielles de la poli­tique conduite entre 1968 et 1973. Une sta­bi­li­té enten­due en tant que conti­nui­té dans la poli­tique finan­cière et quant aux prio­ri­tés de la poli­tique bud­gé­taire : limi­ta­tion du défi­cit et de la part des dépenses publiques dans la pro­duc­tion. En témoignent d’ailleurs la lour­deur de la pro­cé­dure bud­gé­taire et l’i­ner­tie des dépenses, proches de 80 % pour la décen­nie soixante. Pour­quoi accep­ter alors, dans ces condi­tions, le pari de l’in­ter­na­tio­na­li­sa­tion en refu­sant a prio­ri l’u­ti­li­sa­tion d’un endet­te­ment conjonc­tu­rel important ?
    L’or­tho­doxie offre une réponse com­mode mais peu expli­ca­tive. Le prin­cipe de symé­trie et l’i­dée d’une fos­si­li­sa­tion per­mettent de la pré­ci­ser. En 1958, l’in­ter­na­tio­na­li­sa­tion, c’est la sta­bi­li­té, puisque fonc­tionne enfin véri­ta­ble­ment le sys­tème mis en place à Bret­ton Woods ; puisque les pays occi­den­taux sont capables d’i­ma­gi­ner un pool de l’or qui fait vic­to­rieu­se­ment face à la spé­cu­la­tion. De ce point de vue, la C.E.E. repré­sente un mode d’in­ter­na­tio­na­li­sa­tion sup­plé­men­taire, non ori­gi­nal et pro­gres­sif. L’Eu­rope à Six est une réponse symé­trique à l’ins­ta­bi­li­té endé­mique des années 1919–1939 et, à usage interne, elle com­plète har­mo­nieu­se­ment le retour à l’é­qui­libre poli­tique célé­bré par les chefs de la Ve République.
    Dans ces condi­tions, point n’est besoin de jus­ti­fier la poli­tique de la dette par une réfé­rence théo­rique — à l’é­qui­libre wal­ra­sien, par exemple. L’in­té­gra­tion euro­péenne et la réduc­tion de l’en­det­te­ment vont de soi, par simple effet anti­thé­tique avec les périodes troubles, années 20 comme années 50.
    Par-là se trou­vaient réso­lues, dans le sens de la fos­si­li­sa­tion, toutes les ques­tions liées à la fina­li­té de l’en­det­te­ment et à l’or­ga­ni­sa­tion de la poli­tique bud­gé­taire : on avait paré au plus pres­sé. Il est cepen­dant évident que les répa­ra­teurs de 1958, pour méri­ter une par­tie des éloges dont la rumeur les a cou­verts, eussent dû au moins lever diverses incer­ti­tudes : com­ment et à quelle échéance liqui­der la dette à long terme ? Com­ment résoudre les dif­fi­cul­tés lais­sées par la IVe Répu­blique quant au finan­ce­ment de l’in­dus­trie ? Com­ment sur­tout adap­ter une ges­tion eth­no-cen­trée aux exi­gences inter­na­tio­nale nou­velles ? Sur ces divers points, aucun des res­pon­sables finan­ciers n’a fait preuve d’i­ma­gi­na­tion particulière.
    N’a­vaient-ils pas, en défi­ni­tive, pour ali­bi l’E­tat ? L’E­tat de l’his­toire immo­bile, déve­lop­pé par les guerres et les troubles, puis fos­si­li­sé par la paix… »

    http://​www​.per​see​.fr/​w​e​b​/​r​e​v​u​e​s​/​h​o​m​e​/​p​r​e​s​c​r​i​p​t​/​a​r​t​i​c​l​e​/​r​f​e​c​o​_​0​7​6​9​-​0​4​7​9​_​1​9​8​6​_​n​u​m​_​1​_​2​_​1​119

    Réponse
  234. Sam

    Le mes­sage 226 d’A­na m’a beau­coup inspiré…

    « com­ment vou­lez vous que le demos crate… »

    Comme on dit, énoooorme.

    Ce devrait être une règle qu’il ne soit pas néces­saire de mener des fouilles archéo­lo­giques dans les archives pour seule­ment entre­voir l’in­ten­tion du légis­la­teur en tel ou tel alinea.

    Je retourne (aus­si) la pro­po­si­tion, pour dire que les puis­sants orga­ni­sés, c’est bien logique, s’ap­pliquent à enfu­mer le peuple en par­ti­cu­lier avec l’arme du Droit.

    D’ailleurs, il ne faut pas oublier que le Droit, c’est l’une des grandes armes, sinon l’arme n°1 – voir notam­ment la notion de « noblesse de robe » – qu’a inven­tées l’o­li­gar­chie dite bour­geoise pour prendre le pou­voir sur une monar­chie dont on oublie sou­vent de voir qu’elle était for­cée de ser­vir suf­fi­sam­ment le peuple pour se défendre elle-même contre les oli­gar­chies « natu­relles ». Enfin, tu me diras, la plou­to­cra­tie en place pré­tend nous pro­té­ger contre Le Pen… et… 

    Rec­ti­fi­ca­tion, je dirais plu­tôt que le tota­li­ta­risme des mar­chés s’est posé en oppo­si­tion à la fois aux spe­ci­men nazi et sta­li­nien, ce qui ne l’empêchera pas d’être à peu près aus­si ragoû­tant si on le laisse faire encore deux décen­nies. Mais ça, inter­dit de l’ dire.

    En tous cas, cette capa­ci­té à perdre les gens dans une machi­ne­rie incom­pré­hen­sible, c’est ce qu’illus­trent de manière trop frap­pante les der­niers déve­lop­pe­ments faits, sur ce fil, autour d’in­dices don­nés par Habe­rer (indices trou­vés, bien sûr, après fouille archéologique).

    com­ment vou­lez vous qu’a­len­tour du réveillon de 1972 nos braves dépu­tés décodent la loi sur laquelle ils vont devoir voter le 3 jan­vier « « en leur âme et conscience.

    Ohla, quelle coïn­ci­dence, bien sûr (sinon, le 3 jan­vier c’est juste la pro­mul­ga­tion). Au pas­sage, l’une des com­bi­nai­sons scé­lé­rates dont nous par­lons en ce moment même remonte à une loi du 21 décembre (1973). Tiens, je suis encore retom­bé, il y a une heure, sur celle du 24 juillet 1936 (la trêve des confi­seurs ver­sion bon­bons qui fondent au bord de la plage), laquelle dit que telle bri­cole devra être réglée par décret avant le 15 décembre et rati­fié avant le 31 décembre (de la même année), mais sur­prise, le décret, qui tombe le 14, étend vache­ment le sujet pré­vu… par exemple en disant que le conseil de la banque est sou­ve­rain pour dire ce qu’on escompte et pour fixer les taux de l’es­compte… (un décret du 31 décembre codi­fie fina­le­ment le tout).

    Au fait, je viens de pen­ser : les trai­tés entrent géné­ra­le­ment en vigueur au 1er jan­vier. Ça paraît tout con mais fal­lait y pen­ser… Tiens :

    La créa­tion de l’OMC sur­vient par sur­prise en avril 1994, à l’issue du 8e « round » du GATT : le trai­té ins­tau­rant l’OMC et une bat­te­rie de 27 trai­tés qui étend for­te­ment le champ du com­merce, éla­bo­rés en petit comi­té, sont signés le même jour à Mar­ra­kech. Le ministre en charge pour la France avoue qu’il en ignore le conte­nu. L’entrée en vigueur de ces accords est fixée au 1er jan­vier de l’année sui­vante. L’Assemblée natio­nale vote la loi de rati­fi­ca­tion le 14 décembre : 91 voix pour, 17 contre… et 469 absents.

    L’OMC prend les déci­sions grâce à la pra­tique dite des « réunions infor­melles ». Ce sont des réunions secrètes, aux­quelles par­ti­cipent les Etats-Unis, l’Europe, le Japon et le Cana­da, plus un cer­tain nombre de pays qui sont invi­tés « à la carte » sui­vant le sujet dis­cu­té. En 2003, cette méthode était appe­lée méthode de la « chambre verte » parce que les réunions se tenaient dans le bureau du Direc­teur géné­ral alors peint en vert. […] Ain­si, à Can­cun, pen­dant la nuit du 13 au 14 décembre 2003, ils ont essayé d’amener par exemple les ministres bré­si­lien, indien et véné­zué­lien, dans une réunion où on a exer­cé sur eux toutes les pres­sions pos­sibles et ima­gi­nables. Quel est le but de ce genre de pres­sions ? C’est sup­pri­mer les aides, ou en offrir de nou­velles, ou renon­cer à des pro­grammes d’assistance tech­nique, ou en pro­mettre de nou­veaux… Ce sont ce genre de choses qui sont uti­li­sées comme moyen de pres­sion. On entend par­fois dire : « Oui vous venez à la réunion, mais vous ne pou­vez pas être accom­pa­gné de vos experts »

    (D’a­près deux textes du M’PEP à la rédac­tion des­quels j’a­vais participé).

    Quand je vois la peine que nous avons (et il n’y a pas que des nouilles ici) à déco­der l’af­faire 73, j’ai la cer­ti­tude qu’à l’é­poque les dépu­tés-indi­vi­dus, du moins la plu­part, ne com­pre­naient pas la por­tée de leur vote-sou­mis­sion à la dis­ci­pline de par­ti. Et c’est ain­si que des mani­pu­la­teurs habiles peuvent déci­der le futur et le déci­der seuls.

    Quand on donne dans l’an­ti­par­le­men­ta­risme, on en vient vite à s’en prendre aux par­tis… Et insi­nuer que tout ça est gou­ver­né par des pou­voirs occultes. Espèce de popu­liste ! Et vous vou­lez sup­pri­mer les par­tis ? Brrr, ça sent les bruits de bottes. Conclu­sion : conspi­ra­tion­niste = anti­sé­mite. CQFD.

    Blague à part, un jour que je tâchais d’ex­pli­quer à Étienne com­ment on peut défi­nir une secte, vlà-t‑y pas que ce dan­ge­reux popu­liste me répond : « … comme tous les par­tis, quoi… » !

    il serait très pos­sible si les textes étaient clairs que des dépu­tés de la majo­ri­té en viennent à « tra­hir leur camp » si d’a­ven­ture leur camp pousse le bou­chon trop loin et heurte leur conscience

    Non, là, Ana, ça va trop loin.

    Pour démon­trer le carac­tère insane de la loi de 1973, autant que la décor­ti­quer, ou plus, il serait peut être utile, voire amu­sant, d’é­crire ce qu’elle aurait pu-dû être…

    Je pen­sais la même chose hier. Pro­mis, je m’y lance sans tarder.

    Réponse
  235. phil82

    Vous trou­ve­rez ici un texte non moins intéressant :

    http://​www​.mel​chior​.fr/​f​i​l​e​a​d​m​i​n​/​f​i​c​h​i​e​r​s​/​R​e​v​u​e​s​/​S​o​c​i​e​t​a​l​/​j​m​d​_​d​o​s​s​i​e​r​_​6​2​.​pdf

    La pen­sée de Jacques RUEFF doit être com­pa­rée avec celle de Mau­rice ALLAIS.

    « …Quand cette his­toire com­mence, en 1958, la France souffre d’un défi­cit exté­rieur impor­tant (les expor­ta­tions ne couvrent que 90 % des impor­ta­tions). Ce défi­cit menace à court terme la sta­bi­li­té moné­taire et, à moyen terme, la crois­sance elle-même. 

    Un homme per­son­ni­fie la reprise en main et le retour à l’équilibre : il s’agit de Jacques Rueff. Il défend et impose une poli­tique de lutte contre l’inflation pour garan­tir la com­pé­ti­ti­vi­té, d’insertion dans le mar­ché mon­dial et de géné­ra­li­sa­tion de la concur­rence pour dyna­mi­ser la crois­sance et d’équilibre bud­gé­taire pour assu­rer un emploi opti­mal de l’épargne.

    En face de lui on trouve à la fois Albin Cha­lan­don, qui devient au début de 1959 secré­taire géné­ral de l’UNR, et Guy Mol­let, le lea­der de la SFIO . Ces oppo­sants militent pour une poli­tique bud­gé­taire active sou­te­nant la demande inté­rieure par le défi­cit public, une pla­ni­fi­ca­tion contrai­gnante axée sur les cré­dits d’investissements de l’État et des entre­prises publiques, et un strict contrôle des prix.

    Cette oppo­si­tion entre une ligne libé­rale incar­née par Rueff et une ligne plu­tôt diri­giste sym­bo­li­sée par Cha­lan­don et Mol­let réap­pa­raît au sein des dif­fé­rentes majo­ri­tés au pou­voir à cha­cun des moments déli­cats où les défi­cits exté­rieurs s’accumulant, une cor­rec­tion de la poli­tique éco­no­mique devient nécessaire. 

    Les héri­tiers de Jacques Rueff tant par leur déter­mi­na­tion que par la poli­tique qu’ils mènent sont Ray­mond Barre en 1976, Jacques Delors en 1983 et Alain Jup­pé en 1995. Or, mal­gré leur action et le redres­se­ment qui s’ensuit, sur le long terme, depuis 1958, la situa­tion finan­cière de l’État s’est dégra­dée, s’accompagnant du retour récur­rent d’un dés­équi­libre de la balance des paie­ments cou­rants et d’une accu­mu­la­tion de dette publique. Le défi­cit conjonc­tu­rel néces­saire au sou­tien de l’activité dans les périodes de ralen­tis­se­ment de la crois­sance s’est dou­blé pro­gres­si­ve­ment d’un défi­cit struc­tu­rel qui a atteint des som­mets au milieu des années 1990 et est depuis res­té substantiel… »

    Réponse
  236. Sam

    @ Ana encore,

    sans vou­loir décou­ra­ger ta bonne volon­té… je vou­drais te mon­trer par un rapide exemple com­bien cette réflexion sur la ques­tion ins­ti­tu­tion­nelle peut être dif­fi­cile, et dif­fi­ci­le­ment dis­so­ciable d’une réflexion économique.

    Ima­gine que l’on dise que la créa­tion moné­taire ne sau­rait pro­fi­ter indû­ment aux gens qui gagnent de l’argent en dor­mant… En pra­tique, cela veut dire qu’il faut inter­dire le sys­tème ban­caire à « réserves frac­tion­naires », autre­ment dit, que l’argent que les banques (socia­li­sées comme tu vou­dras) ne peuvent plus rému­né­rer les épar­gnants avec une par­tie des inté­rêts fac­tu­rés aux emprunteurs.

    Que vont faire les épar­gnants ? Ils seront ten­tés de faire faire des « petits » à leur argent en le pla­çant ailleurs. Par exemple, en ache­tant des mai­sons et en les louant. Consé­quence : une infla­tion impor­tante du côté du prix des loge­ments. Or le pro­blème sera, disons d’y répondre et même d’an­ti­ci­per ce pro­blème intel­li­gem­ment. Ques­tion : com­ment le faire sans tom­ber dans des mesures gros­siè­re­ment « diri­gistes », qui ont l’é­norme défaut de concen­trer le pou­voir dans les mains de gens qui ne sau­ront pas tout sur tout, et dont les déci­sions pour­ront créer de gros gâchis ici et là d’im­por­tante pénu­ries ? Ou bien, pour se tenir infor­més, ils ten­dront eux mêmes à inci­ter le déve­lop­pe­ment de grosses tech­no­cra­ties qui fini­ront vite par déve­lop­per leur propre logique, d’ex­perts, de corps, etc.

    Ima­gine, paral­lè­le­ment, que l’on dise que la créa­tion moné­taire, donc la défi­ni­tion de l’o­rien­ta­tion du cré­dit, acte sou­ve­rain s’il en est, « doit rele­ver de l’É­tat et de l’É­tat seul »… Rapi­de­ment, il va fal­loir délé­guer ce pou­voir colos­sal. Et même, sans doute, au mieux, en pas­sant par des banques coopé­ra­tives (emprun­tant elles-mêmes à la banque cen­trale la mon­naie qu’elle prêtent). Quoi qu’il en soit, la loi tri­che­ra vite avec la for­mule, inévi­ta­ble­ment, car en pra­tique chaque déci­sion sera prise par une « frac­tion de la nation » dont la nomi­na­tion et, plus encore, le contrôle, ne cor­res­pon­dront à l’i­dée que cette frac­tion « émane expres­sé­ment de la nation » que par une aimable vue de l’esprit…

    Mais encore une fois, cela ne doit pas nous décourager…

    Réponse
  237. Ana Sailland

    « épar­gnants, état, pou­voir colossal »

    Quand on veut réfor­mer un peu, tout ce qui ne change pas risque en effet de gêner ce peu.

    Si on cherche à ima­gi­ner radi­ca­le­ment neuf, c’est sans les abo­mi­na­tions du présent.

    Choi­sir la démo­cra­tie n’est pas poser un spa­ra­drap sur le pré­sent mais chan­ger de temps et de civi­li­sa­tion ; c’est modi­fier jus­qu’à l’in­cons­cient collectif.

    Réponse
  238. Lior

    Bon­soir,

    Juste pour dire que je ne suis pas du tout d’ac­cord avec AA sur l’ar­ticle 25 qui ne dirait pas ce qu’il veut dire tout en disant quelque chose d’autre.

    Selon moi, le cir­cuit du Tré­sor (qui est un ensemble de dis­po­si­tifs et de pro­cé­dures per­met­tant de drai­ner l’é­pargne des Fran­çais jus­qu’au Tré­sor) n’a stric­te­ment rien à voir avec une loi sur le sta­tut de la Banque de France.

    Ce n’est que mon avis, mais si on veut avan­cer sur la thèse sul­fu­reuse selon laquelle une loi sur la Banque de France de 30 articles (dont aucun ne parle en quoi que ce soit du Tré­sor, si ce n’est l’ar­ticle 25) ait suf­fit à mettre à mal le réseau ban­caire public et ses rela­tions au Tré­sor, il faut avan­cer avec énor­mé­ment d’arguments.

    D’au­tant que la thèse très inté­res­sante men­tionne la mort du cir­cuit du Tré­sor bien avant 1973 car consi­dé­ré comme inflationniste.

    La thèse men­tionne aus­si que pour le Tré­sor, les concours et avances de la BdF ne consti­tuent qu’une par­tie de son finan­ce­ment qui se fai­sait par la pré­sen­ta­tion au comp­toir de la banque de France d’o­bli­ga­tions cau­tion­nées (des effets de socié­tés ou de par­ti­cu­liers qui étaient rede­vables de leurs impots) dans la limite de mon­tant que fixaient les conventions.

    Ces concours et avances de la BdF ne se sont pas arrê­tés en 1973, ils ont été pro­ro­gés par la conven­tion de 1973 qui reprend les pla­fonds déjà défi­nis aupa­ra­vant sous forme de deux lignes de compte sur les­quelles le Tré­sor a un droit de tirage.

    En d’autres termes, le cir­cuit du tré­sor a dis­pa­ru, mais pas les concours et avances de la BdF (il fau­dra attendre 1993 pour cela comme le montre le gra­phique de Sam).

    Comme je le disais à AA, tout ce qu’on apprend me conforte dans ce que nous disions avec Maga­li dans notre article.

    La réelle dif­fé­rence entre les années 50–60 et les années 80–90 n’est pas du tout la loi de 1973 mais la dis­pa­ri­tion du réseau de banques publiques qui ali­men­taient le Tré­sor mais qui était jugé infla­tion­niste et trop diri­giste et qui aurait de toute manière été ban­ni par l’in­té­gra­tion européenne.

    Pour résu­mer, selon moi ce qui dis­tingue l’a­vant de l’a­près c’est jus­te­ment le cir­cuit du Tré­sor et en aucun cas la loi de 1973.

    Cela a beau­coup de consé­quences car cela sous-entend que l’axiome argu­men­ta­tif du ‘avant 1973′ ne fonc­tionne plus du tout dans le dis­cours qui consiste à pro­mou­voir les emprunts à la BdF.

    NÉANMOINS : La thèse rap­pelle que le cir­cuit du Tré­sor et les dif­fé­rentes pro­cé­dures de finan­ce­ment reve­naient sou­vent à de la CRÉATION MONÉTAIRE PUBLIQUE. Ce qui veut dire que bien que la loi de 1973 ne soit plus (pour moi en tout cas) un sujet impor­tant du débat de la créa­tion moné­taire, LA QUESTION DU CIRCUIT DU TRÉSOR, ELLE, EST EN PLEIN DEDANS.

    En effet, comme l’ex­plique la thèse et d’autres res­sources, le recours au cir­cuit du Tré­sor pou­vait se faire :

    « Par de l’é­pargne mobi­li­sée au pro­fit du Tré­sor (pour le contri­buable qui place cet argent, il y a INDISPONIBILITÉ DU MOYEN DE PAIEMENT, ce qui veut dire qu’il n’y a pas de créa­tion moné­taire mais sim­ple­ment un trans­fert de signes entre le contri­buable et le Trésor)

  239. Par DES CRÉDITS DU SYSTÈME BANCAIRE PUBLIC OU PRIVÉ, ce qui implique que le contri­buable DISPOSAIT TOUJOURS DE SES MOYENS DE PAIEMENT MÊME S’ILS ÉTAIENT VIRTUELLEMENT PASSÉS AUX MAINS DU TRÉSOR, ce qui consti­tue évi­dem­ment une injec­tion de nou­velle mon­naie dans l’é­co­no­mie par le Tré­sor. »
  240. J’en conclus et j’en ter­mine : La contro­verse sur la loi de 1973 n’a plus (à mon sens) d’im­por­tance dans le débat sur la créa­tion moné­taire publique, mais elle a per­mis de com­prendre (encore une fois à mon sens), que le vrai com­bat idéo­lo­gique devrait s’o­rien­ter sur le Cir­cuit du Tré­sor, qui lui-même implique des mesures très contrai­gnantes pour les Banques, voire car­ré­ment un réseau impor­tant de banques natio­na­li­sées et entiè­re­ment sous le contrôle de l’État.

    Voi­là donc ma conclu­sion à ce stade et j’at­tends de voir vos opi­nions là dessus.

    Bien cor­dia­le­ment les chercheurs.

    Réponse
  241. J-Stéphane

    Bon­jour,

    Vous avez tous fait un tra­vail colos­sal, mer­ci à tous ceux qui ont don­né de leur temps pour cher­cher et révé­ler sur la place publique, tous ces méca­nismes crapuleux.

    La preuve est faite que les poli­ti­ciens ne sont ni des patriotes ni des phi­lan­thropes. Conti­nuez à révé­ler au peuple que de délé­guer leur poli­tique à des mer­ce­naires ne peut être sain (le laxisme du peuple est com­plice de l’avidité des politiciens).

    Toute pro­fes­sion­na­li­sa­tion (le sport en est l’exemple fla­grant) mène inexo­rable à de la cor­rup­tion et à une dégé­né­res­cence des ins­ti­tu­tions qui n’ont pas pour voca­tion essen­tielle d’être lucra­tives. Exemple : sport, méde­cine, poli­tique, médias, etc. Ces « mar­chés » n’ont pas leur éco­no­mie propre, ils se nour­rissent de l’économie des mar­chés qui ont une vraie nature lucra­tive (le troc n’est pas possible).

    Mais main­te­nant j’ai l’impression que vous com­men­cez à vous éga­rer dans les eaux trou­blées par la vase que vous avez remuée. Pen­sez à sor­tir la tête de l’eau pour gar­der le cap, là vous êtes en train de dis­per­ser les troupes. Où va-t-on et dans quel but ?

    J‑Stéphane

    Réponse
  242. RHC

    Bon­jour 8).

    « À qui pro­fite la dette ?» 

    Un des­sin ani­mé pour com­prendre la dette publique belge en 4 mn, 
    avec les voix bien connues de Fré­dé­ric Jan­nin et Ste­fan Liberski. 
    Sou­te­nez la cam­pagne sur http://​www​.onveut​sa​voir​.be

    Réponse
  243. Ana Sailland

    J‑Stéphane (245)

    Pour ceux qui se sont expri­més en public sur la ques­tion, ou qui ont publié, et qui ont l’in­ten­tion, par ces deux voies, ou d’autres, de pour­suivre le tra­vail péda­go­gique et d’é­veil, il est néces­saire d’ap­pro­fon­dir. Et le sujet n’est pas for­cé­ment bou­clé. Par ailleurs des feux fol­lets s’al­lument, autres incen­dies futurs. Grat­ter la mon­tagne donne accès aux pépites cachées.

    C’est vrai que ça mange du temps. Tu as raison.

    Réponse
  244. AA

    Petite cita­tion :

    « Le juge­ment éthique por­té sur le méca­nisme du cré­dit ban­caire s’est pro­fon­dé­ment modi­fié au cours des siècles. (…) A l’o­ri­gine, le prin­cipe du cré­dit repo­sait sur une cou­ver­ture inté­grale des dépôts. (…) Ce n’est que vers le XVII e siècle, avec l’ap­pa­ri­tion des billets de banque, que les banques aban­don­nèrent pro­gres­si­ve­ment ce prin­cipe. Mais ce fut dans le plus grand secret et à l’in­su du public » (…) «‘En aban­don­nant au sec­teur ban­caire le droit de créer de la mon­naie, l’E­tat s’est pri­vé en moyenne d’un pou­voir d’a­chat annuel repré­sen­tant envi­ron 5,2 % du reve­nu natio­nal » (Mau­rice Allais, Prix Nobel d’économie 1988, La réforme moné­taire 1976).

    Réponse
  245. phil82

    A pro­pos des banques :

    LE TEMPS DES ILLUSIONS (1970-MILIEU DES ANNÉES 1980)

    Au début de la décen­nie 1970, le rôle des banques et le pay­sage ban­caire sont fort dif­fé­rents de ce qu’ils étaient une qua­ran­taine d’an­nées plus tôt, en rai­son notam­ment de la muta­tion éco­no­mique et sociale réa­li­sée durant les « Trente Glo­rieuses », mais aus­si des décrets pris en 1966–1967 sur l’i­ni­tia­tive de Michel Debré, pour trans­for­mer le fonc­tion­ne­ment du sys­tème de cré­dit.

    Tout d’a­bord la mon­naie de banque, autre­ment dit les dépôts, consti­tue désor­mais plus de 80 % de la masse moné­taire et l’u­sage du chèque au sein de l’é­co­no­mie fran­çaise a explo­sé, puisque le nombre de chèques échan­gés entre banques sur le ter­ri­toire métro­po­li­tain est pas­sé, entre 1965 et 1975, de 250 mil­lions à 1,2 mil­liard. Désor­mais, il est dif­fi­ci­le­ment envi­sa­geable que bon nombre de Fran­çais cessent, comme durant les années 1930, de recou­rir à leur banque, ce qui rend moins vrai­sem­blable, au moins dans un pre­mier temps, l’é­cla­te­ment sou­dain d’une panique généralisée.

    En outre, les banques sont bien moins nom­breuses, et la struc­ture ban­caire bien plus concen­trée. Au 2 jan­vier 1973, selon la Com­mis­sion de contrôle des banques, on comp­tait en France 326 banques ins­crites, dont 255 sous contrôle fran­çais. Les décrets Debré, en pro­vo­quant la fusion de la BNCI et du CNEP qui donne nais­sance à la BNP et en libé­ra­li­sant la créa­tion de nou­veaux gui­chets a accru l’im­por­tance des trois grandes banques de dépôt à carac­tère natio­nal (BNP, Cré­dit Lyon­nais et Socié­té Géné­rale), qui se lancent dans une course effré­née aux dépôts, cepen­dant qu’en 1968 le Cré­dit du Nord passe dans le groupe de la Banque de Paris et des Pays-Bas et la Banque de l’In­do­chine dans celui de la Com­pa­gnie de Suez. 

    De plus, sous l’im­pul­sion de l’É­tat, et à la suite du rap­port Lor­rain (nom don­né à un comi­té char­gé d’é­tu­dier le finan­ce­ment des inves­tis­se­ments en 1963), ces grandes banques pra­tiquent réso­lu­ment la trans­for­ma­tion, décou­vrant ain­si « la pos­si­bi­li­té, avec de l’argent à court terme, de consen­tir des cré­dits plus ou moins long terme. »

    Plus lar­ge­ment, le rôle de l’É­tat dans le fonc­tion­ne­ment du sec­teur ban­caire est deve­nu pré­pon­dé­rant. Non seule­ment il est l’ac­tion­naire des trois banques de dépôt natio­nales, mais « il est, direc­te­ment ou indi­rec­te­ment, le pre­mier client et le pre­mier four­nis­seur des éta­blis­se­ments ban­caires, la Direc­tion du Tré­sor demeure le répar­ti­teur de leurs fonds de com­merce, et l’ad­mi­nis­tra­tion l’é­cole de leurs diri­geants. Dans ces condi­tions, pri­va­ti­sée ou non, la banque fran­çaise n’est pas une « entre­prise ». Les orga­nismes de cré­dit vivent donc dans un sys­tème lar­ge­ment admi­nis­tré par l’É­tat, qui en contre­par­tie leur assure une effi­cace protection.

    Enfin, la crise des années 1970 est une crise d’un nou­veau type, for­te­ment infla­tion­niste, alors que durant les années 1930, c’est la défla­tion qui avait frap­pé dure­ment les res­sources des banques. Cepen­dant que dans le monde entier éclatent quelques sinistres ban­caires dès 1974, on n’en déplore pas de notable en France durant toute cette décen­nie. Leur situa­tion n’a rien à voir avec ces années 1930 où les banques s’é­taient trou­vées prises entre l’a­me­nui­se­ment de leurs res­sources emprun­tées et l’im­mo­bi­li­sa­tion de leurs cré­dits, puisque selon les rap­ports de l’As­so­cia­tion Pro­fes­sion­nelle des Banques, les dépôts de la clien­tèle dans ces der­nières se sont accrus en 1973 comme en 1972 de 39 mil­liards, ce qui repré­sente une aug­men­ta­tion annuelle de res­pec­ti­ve­ment 19,6 % et 16,4 %. Leur pro­gres­sion va se pour­suivre, ce qui per­met à la mon­naie de banque de repré­sen­ter, dès 1976, 87 % de la masse moné­taire. Et c’est durant ces années que s’a­chève qua­si­ment la « ban­ca­ri­sa­tion » des Français.

    Les quatre pre­mières banques fran­çaises (le Cré­dit agri­cole, la BNP, le Cré­dit Lyon­nais et la Socié­té Géné­rale) prennent enfin place régu­liè­re­ment dans le pal­ma­rès des dix pre­mières banques mon­diales clas­sées d’a­près le total de leur bilan. Bref, durant cette décen­nie de crise, les banques paraissent peu tou­chées. La taille des plus grandes et leur poids dans l’en­semble de l’é­co­no­mie conti­nuent à s’ac­croître, puisque leurs dépôts pro­gressent plus vite que le PNB. On ne va pas jus­qu’à les juger expli­ci­te­ment res­pon­sable de cette crise, mais elles sont sus­pec­tées d’être au moins cou­pables de favo­ri­ser l’ac­cé­lé­ra­tion de l’in­fla­tion qui l’accompagne.

    Plus d’un an avant le pre­mier choc pétro­lier, dans Le Monde du 22 février 1972, l’é­co­no­miste Serge-Chris­tophe Kolm les a dénon­cées comme les ini­tia­trices de l’in­fla­tion. Sa démons­tra­tion, reprise et déve­lop­pée dans le même jour­nal par Phi­lippe Simon­not, s’ar­ti­cule en deux démons­tra­tions successives. 

    Tout d’a­bord les banques sont les seuls agents éco­no­miques qui réa­lisent des super­pro­fits grâce à l’in­fla­tion, et cela pour deux rai­sons : elles ne versent aucun inté­rêt (depuis 1966) sur les dépôts à vue, ce qui péna­lise les dépo­sants en pro­por­tion du rythme de l’in­fla­tion, et elles exigent pour leurs prêts des taux nomi­naux éle­vés qui incor­porent la hausse pré­vue de l’in­dice des prix. Ain­si, comme l’é­crit Phi­lippe Simon­not, « le ban­quier fran­çais est en mesure de réper­cu­ter deux fois l’in­fla­tion, une pre­mière fois sur ses dépo­sants, et une seconde fois sur sa clien­tèle emprun­teuse ».

    La deuxième par­tie du réqui­si­toire sou­ligne que, par­mi toutes les entre­prises et tous les agents éco­no­miques les banques seules créent direc­te­ment de la mon­naie, à mesure qu’elles ouvrent de nou­veaux cré­dits. Et, en ver­tu de la théo­rie quan­ti­ta­tive de la mon­naie, c’est l’aug­men­ta­tion de la masse moné­taire qui entraîne l’in­fla­tion. Donc les banques détiennent l’arme qui leur per­met de pro­vo­quer cette forte infla­tion dont elles sont les seules à profiter.

    Les ban­quiers ont réagi vive­ment à ce pro­cès qui leur était fait. Ils sou­lignent tout d’a­bord que les banques n’ac­cé­lèrent pas à leur guise la dis­tri­bu­tion des cré­dits, c’est-à-dire la créa­tion moné­taire et qu’elles ne font que répondre à des demandes de cré­dit qui leur sont adres­sées par les firmes et par les par­ti­cu­liers. Sur­tout, ils nient caté­go­ri­que­ment que leurs entre­prises pro­fitent spé­cia­le­ment de l’in­fla­tion. Michel Caplain, alors PDG d’In­do-Suez a résu­mé ain­si leur posi­tion, en décla­rant dans Le Nou­vel Obser­va­teur en 1978, à pro­pos de l’in­fla­tion : « Les socié­tés qui en pro­fitent le moins sont les banques… (Leurs) marges ont ten­dance à être très petites en période d’in­fla­tion accé­lé­rée, et même à deve­nir néga­tives quand les taux d’in­té­rêt s’é­lèvent sur le mar­ché moné­taire ». Mais rares étaient alors, en dehors des ban­quiers, ceux qui se pré­oc­cu­paient de la pro­fi­ta­bi­li­té des banques. Seule comp­tait, pour l’o­pi­nion publique et pour les hommes poli­tiques, la crois­sance de leur taille et du volume de leurs opé­ra­tions. Aus­si les pou­voirs publics ont-ils d’a­bord déci­dé de peser sur elles pour réfré­ner l’in­fla­tion : c’est la pro­cé­dure de l’en­ca­dre­ment du cré­dit, mise en place en décembre 1972. Son but est de limi­ter quan­ti­ta­ti­ve­ment la pro­gres­sion du cré­dit ban­caire, consi­dé­ré comme le prin­ci­pal four­nis­seur de mon­naie. Mal­gré leurs pro­tes­ta­tions, beau­coup de ban­quiers se sont sou­vent accom­mo­dés d’un sys­tème sclé­ro­sant qui, en fixant à chaque banque un contin­gent de cré­dit par réfé­rence au pas­sé, pro­té­geait en fait les situa­tions acquises.

    Les pou­voirs publics ont simul­ta­né­ment et, de façon contra­dic­toire, vou­lu mettre à contri­bu­tion ces banques en appa­rence puis­santes pour venir au secours de sec­teurs (comme la sidé­rur­gie) d’entreprises ou de régions en dif­fi­cul­té. Cette ten­ta­tion d’u­ti­li­ser les banques comme arme anti-crise a joué dans les natio­na­li­sa­tions de 1982, qui ont tou­ché toutes les banques de quelque impor­tance. Le but était, ain­si que le décla­rait le pre­mier ministre Pierre Mau­roy, de « faire que dans les com­munes, dans les régions, les banques décen­tra­li­sées ne soient plus pour tous les entre­pre­neurs, des tuteurs, des sei­gneurs ou des exé­cu­teurs, mais des par­te­naires de déve­lop­pe­ment, atten­tifs aux exi­gences de l’en­vi­ron­ne­ment local et régio­nal ». Bref, elles sont appe­lées à ser­vir l’in­té­rêt géné­ral et à ces­ser de mener une poli­tique jugée trop « commerciale ».

    L’ac­crois­se­ment de la pres­sion concurrentielle,

    Jean-Marie Thi­veaud (1997) désigne l’an­née 1966 comme la date de rup­ture dans l’his­toire moderne du sys­tème ban­caire fran­çais. Les pre­miers signes d’une évo­lu­tion et d’un assou­plis­se­ment de la régle­men­ta­tion du sec­teur remontent en effet à la réforme « Debré-Habe­rer » dont la mesure du 10 jan­vier 1967 est la plus mar­quante avec la libé­ra­li­sa­tion de l’ou­ver­ture des gui­chets sans demande d’au­to­ri­sa­tion préa­lable. Cette réforme marque le début de la course aux gui­chets. La réforme de 1966–1967 a per­mis de mieux struc­tu­rer le sys­tème ban­caire fran­çais, de le ren­for­cer, ain­si que de déspé­cia­li­ser les banques sans tou­te­fois réus­sir à décloi­son­ner tota­le­ment le sec­teur. En effet, les règles de fonc­tion­ne­ment sont loin d’être équi­tables et homo­gènes, les dif­fé­rents réseaux (banques AFB, banques mutua­listes, Caisses d’É­pargne…) dépen­dant d’au­to­ri­tés de tutelle différentes.

    La seconde date clef est 1984 avec la nou­velle loi ban­caire dont les objec­tifs avan­cés sont d’u­ni­fier, de réno­ver et d’al­lé­ger la légis­la­tion et la régle­men­ta­tion rela­tives à la pro­fes­sion ban­caire ain­si que de favo­ri­ser la concur­rence et de bana­li­ser l’ac­ti­vi­té ban­caire. Cepen­dant, au milieu des années 1980, le poids de l’É­tat dans le sec­teur est plus impor­tant que dans les quatre décen­nies pré­cé­dentes. Ain­si, en 1986, les banques AFB rele­vant du sec­teur public repré­sentent entre 80% et 90% des dépôts et des cré­dits du réseau. Les pri­va­ti­sa­tions ou les déna­tio­na­li­sa­tions de 1986 sont aus­si un fac­teur impor­tant d’é­vo­lu­tion même si, en 1988, l’É­tat contrôle encore 42,2% du sec­teur bancaire.

    La période 1985–1990 est mar­quée par une forte muta­tion. Les éta­blis­se­ments de cré­dit se sont rap­pro­chés du modèle de la banque uni­ver­selle qui pri­vi­lé­gie la pro­duc­tion de l’en­semble des pro­duits et des ser­vices ban­caires pour la tota­li­té des clients.

    Réponse
  246. J-Stéphane

    @Ana Sailland

    Oui, il faut conti­nuer à grat­ter la mon­tagne ! Grat­tons, grat­tons, là où ça démange, là où ça dérange, mais atten­tion à se que cela ne devienne pas une par­tie de guili-guili.

    Je tiens juste à faire ici, la remarque, que ce sont les lour­deurs admi­nis­tra­tives de notre civi­li­sa­tion qui auront rai­son d’elle, comme un leurre qui nous détourne des essentiels.

    Certes il en faut, mais l’interface admi­nis­tra­tive, n’est-elle pas la pre­mière dis­trac­tion vir­tuelle qui nous a éloi­gnées du réel ?

    Il y a tant de che­mins à explo­rer et de poten­tiels en cha­cun, qu’il en est navrant ne pas les exploiter.

    Orga­ni­sons-nous, com­men­çons à syn­thé­ti­ser le pas­sé pour lais­ser une place au futur.

    Don­nons-nous un cap et gar­dons le, n’envoyons pas toutes les troupes pour cou­rir der­rière la chèvre qui nous est don­née en pâture.

    Avan­çons inexo­ra­ble­ment, c’est nous le nombre, et c’est à nous de les sub­mer­ger et c’est eux qui doivent se noyer !

    Réponse
  247. phil82

    « La démo­cra­tie ne consiste pas à mettre épi­so­di­que­ment un bul­le­tin dans une urne, à délé­guer les pou­voirs à un ou plu­sieurs élus, puis à se dés­in­té­res­ser, s’abs­te­nir, se taire, pen­dant cinq ans. Elle est action conti­nuelle du citoyen, non seule­ment sur les affaires de l’É­tat, mais sur celles de la région, de la com­mune, de la coopé­ra­tive, de l’as­so­cia­tion, de la pro­fes­sion. Si cette pré­sence vigi­lante ne se fait pas sen­tir, les gou­ver­nants (quels que soient les prin­cipes dont ils se recom­mandent), les corps orga­ni­sés, les fonc­tion­naires, les élus, en butte aux pres­sions de toutes sortes de groupes, sont aban­don­nés à leurs propres fai­blesses et cèdent bien­tôt soit aux ten­ta­tions de l’ar­bi­traire, soit aux rou­tines et aux droits dits acquis. Le mou­ve­ment, le pro­grès ne sont pos­sibles que si une démo­cra­tie géné­ra­li­sée dans tout le corps social imprime à la vie col­lec­tive une jeu­nesse constam­ment renou­ve­lée. La démo­cra­tie n’est effi­cace que si elle existe par­tout et en tout temps. »

    Pierre Men­dès France, La répu­blique moderne.

    Réponse
  248. Sam

    Quelle était la question

    La ques­tion d’o­ri­gine était de savoir quand il a été déci­dé, par le biais de règles gra­vées dans les lois, d’en finir avec les concours de la Banque de France au Tré­sor. Autre­ment dit : quand le légis­la­teur, en France, a‑t-il inter­dit à l’ensemble des ser­vices de l’exécutif de l’État de dis­po­ser du contrôle, d’une part, et du béné­fice direct, d’autre part, d’un volume signi­fi­ca­tif de la créa­tion moné­taire ?>

    La ques­tion plus géné­rale est de savoir quand il a été déci­dé, éga­le­ment au sens juri­dique (le seul qui puisse for­ma­li­ser une déci­sion sou­ve­raine mais aus­si une déci­sion poli­tique éga­le­ment com­prise par tous), d’en finir avec le « finan­ce­ment moné­taire » de l’État, des admi­nis­tra­tions et ser­vices publics et des col­lec­ti­vi­tés locales.

    Au-delà de cette des­crip­tion tech­nique du niveau de ver­rouillage, j’insiste éga­le­ment sur ce point, la ques­tion est pour moi de savoir quand et com­ment s’est for­ma­li­sée l’orientation idéo­lo­gique consis­tant à rendre invi­sible le levier poli­tique en ques­tion aux yeux des repré­sen­tants élus, car mas­qué der­rière une com­bi­nai­son de mesures tech­niques, notam­ment éco­no­miques et juridiques.

    On peut d’abord dire que la ques­tion géné­rale laisse entre­voir deux grandes voies de « décen­tra­li­sa­tion » qui s’opèrent, l’une en aval, l’autre en amont. Ce qu’ils appe­laient « Le Cir­cuit » après la seconde guerre mon­diale concer­nait poten­tiel­le­ment les deux ver­sants. S’agissant du pre­mier, l’idée est qu’on peut uti­li­ser le « finan­ce­ment moné­taire », en par­ti­cu­lier celui met­tant en jeu une mon­naie four­nie direc­te­ment par la Banque cen­trale, pour finan­cer non pas seule­ment le Tré­sor mais aus­si des entre­prises publiques ou des col­lec­ti­vi­tés locales (la même idée n’exclut pas la pos­si­bi­li­té de finan­cer aus­si des entre­prises pri­vées par sub­ven­tions ou boni­fi­ca­tion de cré­dits). Le second ver­sant, qui a été évo­qué récem­ment dans ce débat, ren­voie au fait de mobi­li­ser non pas seule­ment la Banque de France mais aus­si des banques com­mer­ciales (de dépôt), y com­pris des banques pri­vées, les­quelles créent de la mon­naie par le méca­nisme du cré­dit ban­caire, pour finan­cer le Tré­sor, à peu près gra­tui­te­ment aussi.

    Mais à l’origine de ce débat (si je me réfère notam­ment à l’article ini­tiale de Lior et de Maga­li), il n’était ques­tion que d’un mode par­ti­cu­liè­re­ment « cen­tra­li­sé » de finan­ce­ment public par créa­tion moné­taire : celui par lequel la banque cen­trale four­nit gra­tui­te­ment de la mon­naie au Tré­sor public.

    Dans ce cadre, la ques­tion était pré­ci­sé­ment de savoir quand il a été déci­dé d’en finir avec les concours de la Banque de France au Tré­sor. Là encore, par « il a été déci­dé », il s’agit évi­dem­ment de dire qu’il s’agit d’une déci­sion poli­tique for­ma­li­sée par le biais de règles gra­vées dans les lois. En pra­tique, cela veut dire : quand a‑t-il été déci­dé que le pla­fond des concours de la banque cen­trale au Tré­sor ne pour­rait plus être rehaus­sé par déci­sion politique ?

    Là encore, pour ma part, je tiens compte de la remarque que j’ai faite au deuxième para­graphe. Cela ne conduit pas for­cé­ment à chan­ger les orien­ta­tions de recherches, cela donne sur­tout un autre sens, disons, au fait qu’une orien­ta­tion ait pu être main­te­nue durant quatre décen­nies, ce qui est énorme en com­pa­rai­son des périodes anté­rieures, et ceci envers et contre tout, y com­pris l’apparition d’une crise éco­no­mique et poli­tique d’une ampleur jamais vue au XXe siècle.

    Mais à ce stade de la tra­duc­tion, il semble qu’il au moins un gros mal­en­ten­du sub­siste. Mer­ci Lior de faire réfé­rence à mon gra­phique, mais tu lui fais dire à peu près l’inverse de ce qu’il dit quand tu conclus qu’il fau­dra attendre 1993 pour voir la fin des avances. Et la cause de ton erreur ren­voie, je crois, à de bêtes consi­dé­ra­tions mathématiques.

    On a rap­pe­lé que la non aug­men­ta­tion du pla­fond implique qu’il ten­dra natu­rel­le­ment vers zéro avec l’inflation, mais on a com­plè­te­ment oublié de pré­ci­ser une chose encore plus élé­men­taire : le finan­ce­ment moné­taire ne réside pas dans l’existence d’une avance d’un niveau don­né, il réside dans l’augmentation de cette avance. Pour le dire en termes pom­peux de mathé­ma­tiques, l’historique du béné­fice que l’État tire des avances de la Banque de France ne se lit pas dans la courbe repré­sen­tée sur mon gra­phique, il se lit dans sa déri­vée première. 

    Quant à la ten­dance à mettre ou non en jeu ce méca­nisme selon les époques, au pas­sage, elle s’exprime par la déri­vée à l’ordre 2. retour au fran­çais cou­rant : les avances en ques­tion ne sont rien d’autre qu’une auto­ri­sa­tion de décou­vert ; il y a en per­ma­nence des entrées et des sor­ties mais au bilan, le fait que l’avance n’augmente pas signi­fie que la Banque de France n’a rien don­né cette année là. A for­tio­ri, si le niveau des avances dimi­nue, c’est que le Tré­sor a ren­du de la mon­naie à la Banque de France. Autre­ment dit, le fait que le niveau des avances n’augmente pas d’année en année signi­fie qu’on stoppe le finan­ce­ment moné­taire en ques­tion. Chose qui se pro­duit, dans les faits, non pas en 2003 ni en 1993, mais bien avant, un peu avant 1973 : en 1967.

    Ici, je ne veux pas trom­per les lec­teurs peu habi­tués à ces contor­sions. Je pré­fère donc leur dire qu’il y a en réa­li­té deux écoles de pen­sée, en quelque sorte, dont une consi­dère que la nor­ma­li­té est que les avances soient sys­té­ma­ti­que­ment rem­bour­sées. Mais c’est typi­que­ment une pen­sée d’oligarque pom­pant le sang des autres, ou de cré­tin qui croit qu’il s’est fait tout seul… car même d’un strict point de vue tech­nique, il suf­fit de voir que la masse moné­taire n’arrête pas de flam­ber et que dans leur fichu régime sup­po­sé neutre, les inté­rêts de la créa­tion moné­taire s’accumulent de fait dans les poches de ceux qui ont déjà de l’argent. Bref, leur soit disant nor­ma­li­té est quand l’argent va à l’argent. Bref, leur dis­cours revient donc à prendre les gens pour des cons et à les enfu­mer avec une fausse règle dégui­sée pour paraître aus­si évi­dente que 2 + 2 = 4.
    Non, la situa­tion neutre, c’est que lorsque la masse moné­taire double, cha­cun voit sa for­tune dou­bler… Et en ce qui nous concerne ici, elle est que le bud­get de l’État et son décou­vert auto­ri­sés aug­mentent dans les mêmes pro­por­tions que l’augmentation du PIB et de la masse monétaire.

    Ce qui nous amène à une der­nière pré­ci­sion d’ordre « mathé­ma­tique ». Pour rap­pel, pour les autres, il faut aus­si com­prendre que mon gra­phique conver­tit les valeurs en Francs ou en Euros constants, autre­ment dit à même pou­voir d’achat. En tenant compte, donc, de l’effet de l’inflation cumu­lée. Il faut avoir en tête que le pou­voir d’achat de la mon­naie a été divi­sé par plus de 1000 en un siècle (la vraie évo­lu­tion, soit sans faire atten­tion à une divi­sion liée au pas­sage au nou­veau Franc en 1960). Aus­si cela n’a‑t-il aucun sens de com­pa­rer des mil­liards du début XXe siècle à des mil­liards de 1973, par exemple.

    Mais il faut faire une dis­tinc­tion à ce sujet. Le pre­mier gra­phique j’avais fait repré­sen­tait le niveau des concours en échelle loga­rith­mique, jus­te­ment pour essayer d’atténuer, à la vue, l’effet trom­peur asso­cié à l’action cumu­lée de l’inflation sur de longues périodes. Ce n’est qu’un pis aller, car l’inflation a elle-même varié for­te­ment dans le temps. Mais il se trouve aus­si que j’ai conser­vé une échelle loga­rith­mique sur le second gra­phique, soit même après conver­sion des valeurs en euros constants 2011. Consé­quence par­ti­cu­lière : ce que Lior a l’air de voir comme une marche de dimi­nu­tion tran­quille après 1967, c’est en fait un plon­geon bru­tal qui se redresse un peu vers la fin… là où le niveau est déjà déri­soire, évidemment.

    Et c’est pire que ça, même. La par­tie finale du gra­phique, jus­te­ment après 1973, c’est pré­ci­sé, doit encore être affi­née par des véri­fi­ca­tions étant don­né que les chiffres de base, on le sait, impliquent la modu­la­tion par des méca­nismes « auto­ma­tique » désor­mais liés à la sta­bi­li­sa­tion des changes. Or si le Franc s’apprécie par rap­port au dol­lar, le niveau équi­valent des avances baisse. Et j’ai d’ailleurs enten­du dire qu’il n’était déjà plus qu’à 8 mil­liards de Francs d’époque bien avant que ce niveau n’ait été atteint du seul fait de l’inflation.

    Ces pré­ci­sions étant faites, Lior, note que ce gra­phique ne fait que confir­mer ce qu’on disait : à l’exception d’un der­nier ajus­te­ment poli­tique datant jus­te­ment de début 1974, le pla­fond ne sera jamais plus révi­sé que par des méca­nismes non poli­tiques. En encore une fois, cela veut dire que le mode de finan­ce­ment moné­taire public en ques­tion s’arrête non pas vingt ans après mais tout de suite, soit début 1974.

    Ou bien en 1967, mais c’est une autre ques­tion, qui dis­tingue le fait et le droit. Or la ques­tion, celle que tu poses toi aus­si, n’est pas de savoir quand une pra­tique a com­men­cé à se sys­té­ma­ti­ser dans les déci­sions des ser­vices d’un exé­cu­tif agis­sant à sa guise et dans d’autres ins­tances, pri­vées ou publique, ten­dant natu­rel­le­ment à s’émanciper du contrôle des repré­sen­tants, comme la banque cen­trale ; elle est pré­ci­sé­ment de savoir quand cette sys­té­ma­ti­sa­tion de ladite pra­tique a été gra­vée dans la loi. Du reste, le tour­nant de 1993 n’est évi­dem­ment pas à prendre en compte au sens où le ver­rou est trans­fé­ré au plan euro­péen, ce qui est une toute autre affaire. D’ailleurs, à ce jeu là, le finan­ce­ment en ques­tion serait fini en 2003 et non 1993, mais comme je viens de l’expliquer, cette inter­pré­ta­tion directe du gra­phique relève, je crois, d’une gros­sière erreur de compréhension.

    Réponse
  249. phil82

    1945 – 1980 : dyna­misme et cloi­son­ne­ment du sys­tème bancaire.

    Lorsqu’il faut réor­ga­ni­ser le sys­tème de finan­ce­ment de l’économie fran­çaise en 1945 de nom­breux fac­teurs vont déter­mi­ner une orien­ta­tion déci­sive vers le contrôle public de ce système.

    - Les cir­cuits de finan­ce­ment doivent assu­rer une recons­truc­tion rapide à par­tir d’une situa­tion de pénu­rie. Il faut donc fixer des prio­ri­tés, col­lec­ter l’épargne encore dis­po­nible, et gérer le crédit.

    - Les par­tis poli­tiques qui vont occu­per le pou­voir sous la qua­trième Répu­blique sont orien­tés à gauche.

    - Les mar­chés finan­ciers qui ne jouaient déjà pas un rôle impor­tant avant la guerre vont voir celui-ci se réduire à un rôle d’appoint uni­que­ment pour les grandes entre­prises. Les banques ont une « image néga­tive » repre­nant la dénon­cia­tion du « mur d’argent » et des « 200 familles » née pen­dant le Front populaire.

    La loi du 2 décembre 1945 est la trans­crip­tion juri­dique de cet état d’esprit. En déci­dant la natio­na­li­sa­tion com­plète de la Banque de France et des quatre grandes banques de dépôts : Cré­dit Lyon­nais, Socié­té géné­rale, Banque natio­nale pour le com­merce et l’industrie, Comp­toir d’escompte de Paris [4], et celle des grandes socié­tés d’assurance la loi donne aux pou­voirs publics le contrôle du finan­ce­ment de l’économie.

    La même loi reprend l’essentiel de la régle­men­ta­tion de Vichy, et éta­blit une cloi­son étanche entre les banques de dépôts, qui doivent pri­vi­lé­gier les emplois liquides, et les banques d’affaires, qui ont évi­té la natio­na­li­sa­tion et peuvent prendre des enga­ge­ments longs. La spé­cia­li­sa­tion ban­caire domi­ne­ra le sys­tème de finan­ce­ment fran­çais jusqu’au début des années 1980 en dépit des ten­ta­tives d’aménagement adop­tées dès la fin des années 1960.

    L’État a donc pris en main l’essentiel du cré­dit. Pen­dant une ving­taine d’années, les banques natio­na­li­sées se consacrent à la col­lecte de l’épargne à court terme, elles sou­tiennent les émis­sions du Tré­sor tout en par­ti­ci­pant au finan­ce­ment de la recons­truc­tion et de la moder­ni­sa­tion de l’économie. C’est tou­te­fois le Tré­sor qui finance prin­ci­pa­le­ment la réa­li­sa­tion des pre­miers Plans et c’est la Caisse des dépôts qui aide les col­lec­ti­vi­tés locales et finance la construc­tion des loge­ments popu­laires et moyens. Les banques pro­pre­ment dites consti­tuent un sec­teur car­tel­li­sé, évi­tant de se faire concur­rence et se par­ta­geant les autres acti­vi­tés finan­cières.

    La poli­tique res­tric­tive du Conseil natio­nal du cré­dit, freine le déve­lop­pe­ment du nombre de leurs gui­chets de 1945 à 1959 et elles se contentent de gérer, sans risque, les res­sources que l’inflation ram­pante qui carac­té­rise la période et les efforts de l’État pour favo­ri­ser l’usage du chèque gonflent tout natu­rel­le­ment.

    Au moment du cin­quième Plan (1965−1970), quand la pour­suite de l’expansion dans une éco­no­mie qui par­ti­cipe au mar­ché com­mun , néces­site un effort consi­dé­rable d’investissement, c’est au concours des grandes banques qu’on va faire appel. Vale­ry Giscard‑d’Estaing, Ministre de l’économie et des finances à par­tir de 1963, est un libé­ral convain­cu et consi­dère qu’il faut accé­lé­rer les muta­tions du sys­tème de finan­ce­ment. Une fois la recons­truc­tion ache­vée, il faut recon­naître que la spé­cia­li­sa­tion ban­caire et la seg­men­ta­tion des finan­ce­ments posent plus de pro­blèmes qu’ils n’en résolvent. Il est source d’inflation et d’incohérence. Des sec­teurs de finan­ce­ments connaissent une pénu­rie alors que d’autres sont dans une situa­tion favo­rable. Les taux d’intérêt pra­ti­qués varient d’un sec­teur à l’autre et cer­taines banques ou ins­ti­tu­tions finan­cières peuvent se consti­tuer des clien­tèles cap­tives parce qu’elles ont le mono­pole de cer­tains cré­dits boni­fiés.

    La pre­mière étape de la déré­gle­men­ta­tion du sys­tème ban­caire, la déspé­cia­li­sa­tion, résulte des réformes “Debré-Habe­rer” de 1966–1969 qui modi­fient pro­fon­dé­ment le cadre juri­dique du sys­tème bancaire.

    Dans ce sys­tème, trois caté­go­ries de banques étaient dis­tin­guées : les banques de dépôts spé­cia­li­sées dans les opé­ra­tions à court terme sans risque, les banques d’affaires prennent des par­ti­ci­pa­tions dans les entre­prises, en mobi­li­sant des res­sources stables, res­sources propres ou pro­duits d’obligation, les banques de cré­dits à moyen et long terme effec­tuent des opé­ra­tions de cré­dits longs à par­tir des res­sources d’épargne.

    Les réformes Debré-Habe­rer modi­fient pro­fon­dé­ment la nature du sys­tème ban­caire. La déspé­cia­li­sa­tion vise à la fois les res­sources et les emplois des banques. Un pas déci­sif vers les « banques à tout faire » est ain­si réa­li­sé. Le finan­ce­ment des inves­tis­se­ments par des res­sources courtes (la “trans­for­ma­tion” d’une épargne courte – les dépôts des clients – en épargne longue – les prêts accor­dés à d’autres clients) peut se déve­lop­per. Avec les réformes de 1966, l’économie fran­çaise devient de plus en plus “moné­taire”.

    La “trans­for­ma­tion” implique le déve­lop­pe­ment des opé­ra­tions de créa­tion moné­taire (les cré­dits font les dépôts) pour finan­cer les inves­tis­se­ments : dans une situa­tion carac­té­ri­sée par une inadap­ta­tion entre épargne et inves­tis­se­ment, la créa­tion de mon­naie per­met en effet d’anticiper sur la for­ma­tion de l’épargne (créa­tion de richesses futures).

    En assu­rant le finan­ce­ment d’investissements sup­plé­men­taires (aug­men­ta­tion à court terme de la demande de cré­dits) par rap­port à ceux que l’épargne exis­tante aurait per­mis de finan­cer, la trans­for­ma­tion favo­rise, ou tout au moins accé­lère, l’inflation. Il est vrai que cette accé­lé­ra­tion est d’autant plus mar­quée que le contexte éco­no­mique géné­ral est lui-même en proie à l’inflation.

    Par ailleurs, des mesures sont prises pour favo­ri­ser la conso­li­da­tion des pas­sifs, le déve­lop­pe­ment des dépôts à terme, qui ne peuvent don­ner lieu à des règle­ments scrip­tu­raux, par rap­port aux dépôts à vue. Dans ce but, la rému­né­ra­tion des comptes de chèques et des comptes cou­rants cré­di­teurs est sup­pri­mée ; pour les dépôts à terme et les bons de caisse, les taux d’intérêt sont libé­rés, donc éle­vés, en fonc­tion de leur mon­tant et de leur durée. S’ensuivent des trans­ferts mas­sifs des comptes à vue vers les comptes à terme. Ain­si, la réforme des inté­rêts cré­di­teurs modi­fie la com­po­si­tion de la masse moné­taire : les dis­po­ni­bi­li­tés qua­si moné­taires se déve­loppent au détri­ment des dis­po­ni­bi­li­tés moné­taires ; une par­tie des actifs est consolidée.

    En 1967, l’entière liber­té d’ouverture des gui­chets est déci­dée – sans auto­ri­sa­tion préa­lable du CNC (Conseil Natio­nal du Cré­dit).

    Cette mesure per­met aux banques de mul­ti­plier leurs suc­cur­sales et aux réseaux d’agences de s’étendre. Entre 1967 et 1975, 4 500 gui­chets – dont beau­coup ont été fer­més depuis – sont ouverts pour accroître les dépôts, donc les res­sources des banques. En outre, la liber­té du prix du cré­dit est réta­blie, puisque les taux mini­ma sont théo­ri­que­ment sup­pri­més. En fait, les banques s’entendent pour évi­ter une baisse trop forte des taux.

    Au début des années 70, la concur­rence entre les ins­ti­tu­tions ban­caires se déve­loppe, à la fois en termes d’ouverture de gui­chets et de taux d’intérêt pratiqués.

    Les années 1970 vont être celles d’une for­mi­dable crois­sance de l’activité ban­caire et les banques vont connaître une période de prospérité.

    Réponse
  250. phil82

    Un des pro­blèmes de l’ar­ticle 25 de la loi de 1973

    Une cas­cade d’é­vè­ne­ments pousse à l’en­det­te­ment du Tré­sor, en voi­ci un descriptif :

    Les achats de bons du Tré­sor par la Banque de France : le Tré­sor ne peut être pré­sen­ta­teur de ses propres effets à l’es­compte de la Banque de France ; pour trans­for­mer sa mon­naie en mon­naie banque cen­trale, le Tré­sor doit faire appel à des inter­mé­diaires, les banques com­mer­ciales. Or, il dis­pose de tous les pou­voirs néces­saires pour leur ins­pi­rer la conduite la plus conforme à ses objec­tifs : le taux de mobi­li­sa­tion du bon du Tré­sor est tou­jours infé­rieur aux taux de mobi­li­sa­tion des effets pri­vés, le taux de ren­de­ment du bon du Tré­sor est fixé par le Trésor.

    Si le Tré­sor veut sti­mu­ler la sous­crip­tion des banques com­mer­ciales, il lui suf­fit de por­ter le taux du bon à un taux supé­rieur à celui du mar­ché moné­taire (déter­mi­né par le taux des inter­ven­tions de la Banque de France). Il peut éven­tuel­le­ment dif­fé­rer son émis­sion. Les deux com­por­te­ments des banques com­mer­ciales à l’égard des bons du Tré­sor, sous­crip­tion et rées­compte auto­ma­tiques, sont liés et découlent de l’en­det­te­ment per­ma­nent des banques com­mer­ciales auprès de la Banque de France. Notons, pour finir, que l’a­chat de titres publics sur le mar­ché moné­taire est, dans les pays anglo-saxons, l’unique moyen que les banques cen­trales uti­lisent pour ali­men­ter le Trésor.

    Le rap­port Mar­jo­lin Sadrin Worm­ser (1968) avait déjà sou­li­gné l’obs­tacle qu’une forte infla­tion risque de dres­ser contre l’u­ti­li­sa­tion de l’arme des taux d’in­té­rêt. Le recours à l’en­ca­dre­ment du cré­dit à par­tir de la fin de 1972 a été bien sou­vent jus­ti­fié par l’am­pleur des ten­sions infla­tion­niste. L’ar­gu­ment prin­ci­pal est qu’en période d’in­fla­tion la demande de cré­dit serait peu sen­sible à la hausse des taux d’in­té­rêt. Cette pro­po­si­tion sup­pose impli­ci­te­ment que la hausse des taux d’in­té­rêt est insuf­fi­sante pour com­pen­ser la mon­tée des anti­ci­pa­tions infla­tion­nistes de telle sorte que les taux d’in­té­rêt réels dimi­nuent. Ce rai­son­ne­ment signi­fie a contra­rio que l’ef­fi­ca­ci­té d’une poli­tique des taux d’in­té­rêt en période d’in­fla­tion peut impli­quer une forte hausse du taux d’in­té­rêt sur le mar­ché monétaire.

    Une poli­tique moné­taire fon­dée sur une hausse des taux d’in­té­rêt du mar­ché moné­taire en période d’in­fla­tion est néfaste si elle se trans­met non seule­ment aux cré­dits ban­caires à court terme (ce qui cor­res­pond à sa fina­li­té), mais aus­si aux taux d’in­té­rêt des prêts à long terme et des obli­ga­tions. Mais cette trans­mis­sion résulte en fait de l’in­ter­dic­tion d’in­dexer les créances qui sévit en France depuis 1959. Si le capi­tal des prêts à plus d’un an pou­vait être libre­ment indexé sur le niveau géné­ral des prix, le taux d’in­té­rêt, appli­qué à une valeur du capi­tal constante en pou­voir d’a­chat, pour­rait reve­nir à un niveau nor­mal et l’é­chéan­cier des charges d’emprunt retrou­ver un pro­fil tem­po­rel sem­blable à celui d’un échéan­cier en période de sta­bi­li­té monétaire.

    Une poli­tique moné­taire libé­rale ne peut effi­ca­ce­ment s’exer­cer qu’en l’ab­sence d’en­traves au libre fonc­tion­ne­ment des mar­chés finan­ciers : la ten­ta­tive de pra­ti­quer en France une poli­tique moné­taire fon­dée sur l’open-market risque d’é­chouer devant une éven­tuelle accé­lé­ra­tion de l’in­fla­tion, si elle ne va pas jus­qu’au bout de sa propre logique qui implique non seule­ment de sup­pri­mer l’ad­mi­nis­tra­tion des taux d’in­té­rêt, mais aus­si l’in­ter­dic­tion d’indexation.

    Enfin la flexi­bi­li­té des taux d’in­té­rêt devra, à l’a­ve­nir, être sup­por­tée non seule­ment par les entre­prises et les par­ti­cu­liers, mais aus­si par le Tré­sor public. L’ins­tau­ra­tion en France d’une poli­tique moné­taire fon­dée sur les inter­ven­tions de la Banque cen­trale sur le mar­ché moné­taire (éven­tuel­le­ment même sur le mar­ché finan­cier), avec les réformes qui néces­sai­re­ment l’ac­com­pagnent (bana­li­sa­tion du cir­cuit du Tré­sor public et de la Caisse des dépôts et consi­gna­tions, sup­pres­sion de toute admi­nis­tra­tion des taux d’in­té­rêt), cor­res­pond à un trans­fert du « pou­voir moné­taire » du minis­tère de l’E­co­no­mie et des finances à la Banque de France. Or ce trans­fert va à l’en­contre d’une vieille tra­di­tion fran­çaise de sou­mis­sion de l’ins­ti­tut d’é­mis­sion au pou­voir poli­tique, tra­di­tion qui date de la réforme des sta­tuts de la Banque de France en 1936 et qui a été ren­for­cée par les nou­veaux sta­tuts de 1973 et la loi ban­caire de 1984.

    Réponse
  251. Lior

    @Sam : ne me fais pas dire ce que je n’ai pas dit.

    Je n’ai jamais dit « Ouaw super la BdF conti­nue ses avances jus­qu’en 93 et inonde le tré­sor de ses bienfaits ! »

    Je n’ai encore même jamais dit que les avances et concours avaient AUGMENTÉ (je n’ai même pas dit qu’ils avaient dimi­nué), j’ai sim­ple­ment dit qu’ils ont conti­nué jus­qu’en 1993.

    À par­tir de là, non seule­ment ils n’ont plus aug­men­té (ce que tu regrettes), mais ils ont en plus dû être rem­bour­sés (voir la conven­tion de 1993 qui demande à ce que ce soit rem­bour­sé dans les 10 ans si j’ai bien com­pris, fau­drait revoir ce point-là).

    Il est un fait juri­dique (puisque c’est ce qui t’in­té­resse) indé­niable que la déci­sion poli­tique qui scelle une bonne fois pour toute le sort du Tré­sor, c’est 1992 et 1993, lors de la trans­po­si­tion en droit Fran­çais de l’ar­ticle 104 de Maastricht.

    Mais mer­ci pour le cours de maths (j’ai pas com­pris grand chose).

    Bien le bonsoir 🙂

    Réponse
  252. Lior

    Quoi qu’il en soit, je suis plus sur la thèse du Cir­cuit du Tré­sor que sur celle de la BdF.

    Les avances de la BdF n’ont jamais été une source prin­ci­pale de finan­ce­ment du Tré­sor, ni avant ni après 1973.
    Ce qui change effec­ti­ve­ment entre avant et après 1970, c’est jus­te­ment la main mise du Tré­sor sur son cir­cuit de financement.

    Cela passe par dif­fé­rents outils et pro­cé­dures (les plan­chers de bons du Tré­sor, la pos­si­bi­li­té de pio­cher dans de nom­breux orga­nismes telles que les caisses d’é­pargne, le Cré­dit Agri­cole et autres ins­ti­tu­tions (même pri­vées), etc etc.) et les concours de la Banque n’ont pas l’air du tout d’être signi­fi­ca­tifs dans ce cir­cuit de financement.

    Le fait est que la dif­fé­rence, donc, entre avant et après, c’est ce cir­cuit qui existe, et qui n’existe plus. 

    Et c’est aus­si le fait que la dette passe d’un mode de pla­ce­ment tota­le­ment contrô­lé par le Tré­sor à un mode de pla­ce­ment « de mar­ché » (via des adju­di­ca­tions sur le mar­ché pri­maire sur lequel va jouer la concur­rence et duquel on attend la fixa­tion d’un prix réel des bons).

    Je reviens jour après jour ici pour lire les nou­veau­tés, il faut conti­nuer les inves­ti­ga­tions, on apprend des mil­lions de trucs.

    Cor­dia­le­ment aux chercheurs.

    Réponse
  253. Sam

    Lior,

    bien sûr, il y a la piste géné­rale du cir­cuit du Tré­sor, mais les concours de la BdF au Tré­sor sont une moda­li­té par­ti­cu­lière qui s’ins­crit dans cet ensemble.

    Il est tout à fait vrai que les avances n’ont pas ces­sé en 1967 ou en 1974 mais après, en 2003 au plus tard, et cela ren­voie effec­ti­ve­ment à une déci­sion prise en 1993.

    Mais il n’y a rien de contra­dic­toire avec cette affir­ma­tion quand on dit que le finan­ce­ment moné­taire de l’É­tat par la voie des concours de la Banque de France au Tré­sor s’ar­rête en 1974, et que cela ren­voie à une déci­sion prise en 1973.

    Tu te sou­viens que l’his­to­rique des concours publié par la BdF s’ar­rête en 1974. J’en concluais, comme AJH, que les concours avaient ces­sé en 1974. Tu avais objec­té que ces concours attei­gnaient 25,8 mil­liards en 1985 (de mémoire), chose qu’on peut véri­fier par ailleurs (dans le JO), ce qui mon­tre­rait en somme que le docu­ment en ques­tion est sim­ple­ment tron­qué après 1974. Mais c’est exac­te­ment la même fausse contradiction.

    Laisse de côté l’é­lé­va­tion de 20,5 à 25,8 mil­liards, qui vient uni­que­ment de la dépré­cia­tion du Franc entre 1974 et 1985 et qui, d’ailleurs, ne se tra­duit peut-être même pas par autant de dis­po­ni­bi­li­tés sup­plé­men­taires pour le finan­ce­ment public.

    Ce que ces chiffres disent sim­ple­ment, c’est qu’en 1974 le Tré­sor devait 20,5 mil­liards à la BdF et qu’en 1985 il lui devait tou­jours 20,5 mil­liards. Le niveau de l’a­vance en 1985 ou en 1993 signi­fie sim­ple­ment que la dette qui exis­tait déjà en 1974 n’a pas été rem­bour­sée, ou que ce que la BdF a pu prê­ter au tré­sor dans l’in­ter­valle ne fait que com­pen­ser ce que le Tré­sor a rem­bour­sé à la BdF dans le même temps.

    Autre­ment dit, la BdF n’a plus finan­cé le Tré­sor par créa­tion moné­taire depuis 1974.

    Or la ques­tion est de savoir quand ce finan­ce­ment cesse, et non pas de savoir quand telle quan­ti­té abs­traite, du moins toute conven­tion­nelle, atteint un mon­tant zéro.

    Si ta banque t’au­to­rise un cer­tain niveau de décou­vert et que son mon­tant n’a pas chan­gé depuis 10 ans, diras-tu que tu banque t’a don­né de l’argent ces dix der­nières années ? Ma réponse est non.

    Main­te­nant, encore une fois, il y a en quelque sorte deux écoles, dont l’une dira que si, en fai­sant valoir impli­ci­te­ment que ce mon­tant d’a­vances que ta banque t’octroie, tu pou­vais lui faire faire des petits pen­dant tout ce temps. Elle oublie­ra de dire que, même si tu l’as fait, tout te monde pou­vait le faire aus­si, à com­men­cer par tous ceux qui, en tant qu’é­par­gnants, pro­fitent direc­te­ment de la manne de la créa­tion moné­taire des banques, et elle oublie­ra sur­tout de rap­pe­ler que la masse moné­taire ne cesse de grim­per. Par exemple, qu’elle a lar­ge­ment plus que dou­blé depuis le lan­ce­ment de l’eu­ro fidu­ciaire. Et bien plus que le PIB, et bien plus que le bud­get public natio­nal. Or main­te­nir un niveau d’a­vance fixe, en valeur faciale, durant une cer­taine période, signi­fie non seule­ment que son mon­tant réel s’é­rode avec l’in­fla­tion, mais qu’il dimi­nue rela­ti­ve­ment au bud­get public et au PIB. C’est si com­pli­qué à comprendre ?

    Réponse
  254. Sam

    Lior,

    pour en reve­nir main­te­nant à la ques­tion plus générale :

    - en 1973, le niveau des concours repré­sen­tait tout de même plus de 10% du bud­get public natio­nal, comme tu le sais. Cela ne fai­sait pas le tout, oui, mais ça n’est pas rien… Et encore une fois, ça plonge vite après 1967, ce que tu peux lire presque direc­te­ment sur mon gra­phique : au pre­mier ordre, tu peux assi­mi­ler les mil­liards en ordon­née à des pour-cent du budget ;

    - une thèse vers laquelle cer­tains, ici, dont moi, semblent conver­ger, est qu’on finit d’en­té­ri­ner par la loi, autour de 1973, un ensemble de pra­tiques qui consacre la fin de tout le « cir­cuit » (natu­rel­le­ment, c’est un sché­ma, et d’ailleurs on sait que cer­tains détails pren­dront encore du temps, par exemple la domi­ci­lia­tion des comptes chèques pos­taux ou celle des avoirs de la Caisse des Dépôts et Consi­gna­tion, qui per­met­tra encore un peu de finan­ce­ment moné­taire public). On sait par exemple que le « plan­cher en comptes cou­rant » prend fin en 1967. Quant au finan­ce­ment moné­taire public par le biais des avances de la BdF au Tré­sor, donc, je maintiens.

    Tiens, au pas­sage, je viens de lire que l’en­ca­dre­ment du cré­dit remon­te­rait à une mesure en décembre 1972… Une idée ?

    Réponse
  255. BA

    Taux de chô­mage en zone euro : novembre 2012 :

    1- Médaille d’or : Espagne : 26,6 %.

    2- Médaille d’argent : Grèce : 26 %.

    3- Médaille de bronze : Por­tu­gal : 16,3 %.

    4- Irlande : 14,6 %.

    http://epp.eurostat.ec.europa.eu/cache/ITY_PUBLIC/3–08012013-BP/FR/3–08012013-BP-FR.PDF

    Zone euro : le chô­mage atteint 11,8 % en novembre, un record.

    L’ascension du chô­mage se pour­suit en Europe avec 11,8% de la popu­la­tion active sans emploi en novembre dans la zone euro, contre 11,7% en octobre. Un nou­veau record.

    Selon les chiffres publiés mar­di par l’office euro­péen de sta­tis­tiques Euro­stat, 18,82 mil­lions de per­sonnes étaient au chô­mage en novembre dans la zone euro, soit une hausse de 113.000 per­sonnes par rap­port à octobre, et une hausse de 2,015 mil­lions par rap­port à novembre 2011.

    Et, sur­tout, répé­tons le slo­gan habituel :

    « L’euro nous pro­tège. L’euro nous enri­chit tous. L’euro nous pro­tège. L’euro nous enri­chit tous. L’euro nous pro­tège. L’euro nous enri­chit tous. L’euro nous pro­tège. L’euro nous enri­chit tous. »

    Réponse
  256. zedav

    Bon­jour à tous les contri­bu­teurs et mer­ci pour vos pas­sion­nants travaux.

    Juste une pré­ci­sion sur le chô­mage, les dif­fé­rentes caté­go­ries sont un enfu­mage de plus, un maquis des­ti­né aux prises de becs télé­vi­suelles sans fin.

    Pour évi­ter de pen­ser avec « leurs » caté­go­ries, il suf­fit de regar­der les chiffres d’un autre point de vue, un indice jamais évo­qué par les mer­dias, le taux d’emploi vali­dé uti­li­sé par l’IN­SEE : Le taux d’emploi d’une classe d’in­di­vi­dus est cal­cu­lé en rap­por­tant le nombre d’in­di­vi­dus de la classe ayant un emploi au nombre total d’in­di­vi­dus dans la classe. Il peut être cal­cu­lé sur l’en­semble de la popu­la­tion d’un pays, mais on se limite le plus sou­vent à la popu­la­tion en âge de tra­vailler (géné­ra­le­ment défi­nie, en com­pa­rai­son inter­na­tio­nale, comme les per­sonnes âgées de 15 à 64 ans), ou à une sous-caté­go­rie de la popu­la­tion en âge de tra­vailler (femmes de 25 à 29 ans par exemple).

    Le taux d’emploi 2011 pour la France est de 63,9% càd que plus d’un fran­çais sur trois en âge de tra­vailler est sans emploi.

    Si nous étions unis, nous serions une force irrésistible…

    Réponse
  257. Lior

    Sam : En gros tu constates comme tout le monde que le gou­ver­ne­ment n’a pas fait de conven­tion nou­velle après 1973 (par exemple en 1981 ou en 1983).

    Encore une fois, la ques­tion de base est « La loi de 1973 empêche-t-elle l’E­tat d’emprunter à la BdF à taux zéro comme le pré­tendent main­te­nant un cer­tain nombre de personnes ? »

    Et à cette ques­tion, nous avons répon­du non et selon moi avec rai­son. Nous avons dès le départ annon­cé que le pro­blème n’é­tait donc pas la loi de 1973 mais les conven­tions qui l’ont sui­vi (c’é­tait dans notre article dès le départ).

    En fait ce que tu vou­lais, toi et d’autres, c’est qu’à par­tir de 1973, la BdF prenne le relais du Cir­cuit du Tré­sor qui avait déjà en grande par­tie dis­pa­ru, ce qui n’a jamais été le cas, même avant 1973.

    Je conti­nue de dire donc que la vraie ques­tion n’est pas tant le rap­port du Tré­sor à la BdF, mais le rap­port du Tré­sor avec l’en­semble des flux finan­ciers nationaux.

    Cor­dia­le­ment,

    Réponse
  258. Morpheus

    @ Sam, Lior, Maga­li, Étienne, phil82, AJH

    Bon, il va tout de même fal­loir que, une fois vos recherches menées à une conclu­sion (même pro­vi­soire), vous vous atte­liez à un tra­vail de syn­thèse et sur­tout de vul­ga­ri­sa­tion (façon « l’argent dette », de Gri­gnon), parce que, mal­gré mes efforts, à par­tir d’un cer­tain moment, j’ai été tout de même bien lar­gué dans le débat (pas faute d’a­voir lu et relu, et essayé de comprendre).

    Je pense qu’il fau­drait expli­quer ce que sont :

    - le Trésor

    - le « cir­cuit » du Trésor

    - les « bons » du Trésor

    - la Banque de France

    - les « concours » de la BdF au Trésor

    - « sous­crip­tion » (des banques commerciales)

    - les avances

    - l’es­compte

    - le réescompte

    - le change flottant

    Et j’en oublie sans doute…

    Sans une expli­ca­tion claire de tout ce jar­gon finan­cier, le débat res­te­ra cloi­son­né à quelques « experts » et vos conclu­sions, quelles qu’elles puissent être, res­te­ront lettres mortes, parce que une fois encore, le citoyen non ini­tié se trou­ve­ra obli­gé de se fier soit à l’un soit à l’autre sur un simple « acte de foi », plu­tôt que sur sa propre opi­nion fon­dée sur sa propre ana­lyse d’élé­ments contradictoires.

    Ceci dit, non pour vous jeter la pierre – vous faites un remar­quable tra­vail de recherche et d’a­na­lyse ! – mais parce qu’au final, il faut que ces recherches soient com­pré­hen­sibles par Mon­sieur et Madame tout le monde.

    🙂

    Cor­dia­le­ment,
    Morpheus

    Réponse
  259. Caroline Porteu

    Bon­jour Étienne Chouard et Mer­ci pour ces remar­quables aveux .. que je viens de découvrir .

    En dehors de la Loi spé­ci­fique de 1973, il y a de mul­tiples aspects sur la gou­ver­nance Finan­cière Euro­péenne sur les­quels il serait impé­ra­tif de lever le voile .

    C’é­tait mon der­nier billet sur Media­part, je l’ai com­plé­té sur mon forum pro­vi­soire actuel :

    La super­vi­sion finan­cière euro­péenne qui ne peut s’ef­fec­tuer sans une connais­sance par­faite des flux finan­ciers au sein même de l’Eu­rope, reste très opaque, puisque 
    les chambres de com­pen­sa­tion sont pro­prié­té d’ac­tion­naires pri­vés dont il est impos­sible de déter­mi­ner les vrais action­naires. (Socié­té Deutsche Boerse).

    J’ai cher­ché ces action­naires sans suc­cès, mais j’en ai quand même trou­vé 35% sur les 95% exis­tants .. puis­qu’il n’y a que 5% dans le public .

    Le plus curieux, c’est que la com­mis­sion Euro­péenne qui avait refu­sé les pro­po­si­tions d’a­chat de Nyse Euro­next par la socié­té Deutsche Boerse, vient d’ap­plau­dir le rachat par ICE

    Si l’on se donne la peine de cher­cher , on va voir que très curieu­se­ment les action­naires iden­ti­fiés chez Deutsche Boerse sont les mêmes que chez ICE !!!! …

    Vous trou­ve­rez l’é­tat actuel des recherches ici .. N’hé­si­tez pas à lire les com­men­taires qui suivent le billet lui même , vous y trou­ve­rez en par­ti­cu­lier les action­naires de ICE .

    http://​fip​ca​ro​li​nep​.xooit​.fr/​t​1​7​-​Q​u​i​-​v​a​-​s​u​p​e​r​v​i​s​e​r​-​l​a​-​F​i​n​a​n​c​e​-​E​u​r​o​p​e​e​n​n​e​.​htm

    Deutsche Boerse vient d’ailleurs d’an­non­cer qu’ils n’é­taient plus inté­res­sés par le rachat d’Eu­ro­next .. et pour cause !!!

    Réponse
  260. BA

    Le 14 avril 1898, la Banque de France avait prê­té 180 mil­lions de francs à l’État.

    Le 31 jan­vier 1974, la Banque de France avait prê­té 13,7 mil­liards de francs à l’État.

    http://​www​.banque​-france​.fr/​f​i​l​e​a​d​m​i​n​/​u​s​e​r​_​u​p​l​o​a​d​/​b​a​n​q​u​e​_​d​e​_​f​r​a​n​c​e​/​h​i​s​t​o​i​r​e​/​a​n​n​h​i​s​/​h​b​.​w​.​1​4​0​0​0​.​0​0​0​0​.​txt

    Depuis jan­vier 1974, la Banque de France ne prête plus rien à l’État.

    Depuis jan­vier 1974, l’État se finance en lan­çant des emprunts sur les mar­chés internationaux.

    Depuis jan­vier 1974, l’État a choi­si de deve­nir l’es­clave des mar­chés internationaux.

    C’est un choix.

    C’est un choix politique.

    Mais ce qu’un gou­ver­ne­ment a choi­si de faire, un nou­veau gou­ver­ne­ment pour­ra choi­sir de le défaire.

    Aucun choix poli­tique ne dure éternellement.

    Ce qu’une majo­ri­té par­le­men­taire a fait hier, une nou­velle majo­ri­té par­le­men­taire pour­ra le défaire demain.

    Rien n’est éternel.

    Réponse
  261. Voxien2011

    Je me suis sou­vent deman­dé si depuis la fin de la colo­ni­sa­tion, les états riches n’a­vaient pas inté­rêt à dis­si­mu­ler l’o­ri­gine des richesses.

    Le recours des États au finan­ce­ment par le mar­ché est indis­pen­sable puisque les richesses liées à l’es­cla­vage, à l’ex­ploi­ta­tion, aux pillages, aux vols, à la tri­che­rie, à la cor­rup­tion et aux tra­fics en tout genre repré­sentent une part très impor­tante des richesses mondiales.

    Renon­cer à ces finan­ce­ments, c’est déci­der de choi­sir la sobrié­té, autre­ment dit la décroissance !

    PS :
    Les 500 pre­mières mul­ti­na­tio­nales cumulent à elles seules 25 000 mil­liards de chiffre d’af­faires. Ça repré­sente 50% du PIB mondial !

    Seul 737 groupes finan­ciers et indus­triels contrôlent 80% des 43.060 mul­ti­na­tio­nales dans le monde. Les chiffres sont astronomiques.

    Ceci nous dit où sont les richesses et qui sont les puis­sants et qui gagne.

    Réponse
  262. Voxien2011

    J’a­vais déjà pos­té un com­men­taire sur ago​ra​vox​.fr de même acabit :

    Réponse
  263. phil82

    Mophéus,

    DE QUOI LA DETTE EST ELLE LE NOM ? (*)

    Tout au long de ce blog, nous essayons de déchif­frer, dans tous les sens du terme, le pro­blème de la dette et de la créa­tion monétaire.

    Trou­ver les ori­gines de la dette d’aujourd’hui peut nous paraître un long che­min tor­tueux ; nous voyons, au fur et à mesure de nos décou­vertes, que le méca­nisme de la dette implique de nom­breux fac­teurs et acteurs, mais avant tout, concerne tous les habi­tants de cette Nation.

    Les ACTEURS :

    En pre­mier lieu, l’organisation du sys­tème poli­tique après la Consti­tu­tion de 1958 modi­fiée le 6 novembre 1962, avec l‘élection du Pré­sident de la Répu­blique au suf­frage uni­ver­sel pour une durée de 7 ans. Cette Consti­tu­tion n’est pas écrite pour un homme, mais pour un sys­tème per­met­tant à un par­ti poli­tique de gérer la Nation à lui seul. Nous savons tous que le par­le­ment n’est qu’une façade, les pro­jets de loi sont éla­bo­rés dans des cabi­nets d’experts, qui sont pour la plu­part de jeunes loups de la poli­tique, ins­pec­teurs des finances, pas­sés par la Banque de France ou le Tré­sor, ayant eu pour pro­fes­seurs les ministres avec les­quels ils col­la­borent, le tan­dem Debré-Habe­rer en 1966–1967.

    Nous obser­vons cet état de fait dans le lan­gage uti­li­sé par nos poli­tiques. De 1962 à nos jours, les mêmes termes sont uti­li­sée, mais un d’entre eux arrive en tête : MODERNISATION. Si vous tapez sur Google ce mot, le pre­mier site qui appa­rait est http://​www​.moder​ni​sa​tion​.gouv​.fr. En ce sens, je rejoins la théo­rie d’Etienne et les pro­pos de Sam.
    Qu’est-ce que une éco­no­mie moderne ? Nous en avons le sens aujourd’hui…

    Les IMPLIQUÉS :

    Je retiens pour par­tie, et après mure réflexion, la théo­rie de Lior : le cir­cuit du Tré­sor. Je met­trais par ordre d’importance les acteurs suivants :

    Nous voyons que le Tré­sor, à tra­vers son cir­cuit de dépense, de finan­ce­ment et de refi­nan­ce­ment, qu’il est une « banque » pour l’Etat. Son pou­voir est très impor­tant, ses res­sources mul­tiples et com­plexes et c’est à lui que revient de cou­vrir le besoin de finan­ce­ment de l’État.

    Les agents finan­ciers (AF) et en pre­mier lieu les banques com­mer­ciales. Qu’elles soient publiques ou pri­vées, elles pos­sèdent une rela­tive auto­no­mie de ges­tion et sont deve­nues moins dépen­dantes de la Banque de France avec le temps, à tra­vers les lois de 1967 et 1984. On peut y voir ici un défaut ou effet de nui­sance en fonc­tion de la conjonc­ture et de la ges­tion des banques pro­pre­ment dites. Le cir­cuit de finan­ce­ment du tré­sor passe en par­tie par les banques com­mer­ciales depuis les années 1960. De nos jours les banques fran­çaises ne financent pra­ti­que­ment plus le Tré­sor, ce sont les banques étran­gères qui par­ti­cipent, pour une part impor­tante, aux res­sources du Trésor.

    La Banque de France pos­sède aus­si un cer­tain pou­voir, mais bien moindre que celui du tré­sor. Je dirais que cet orga­nisme est un peu « effa­cé » der­rière le Tré­sor. Son sta­tut de pseu­do-indé­pen­dance ou pseu­do-dépen­dance en font un acteur certes essen­tiel dans le finan­ce­ment de l’économie, mais voyant ses pou­voirs s’amenuiser avec le temps. Les ordon­nances « Debré-Habe­rer » ont ren­for­cés les banques com­mer­ciales, et, par consé­quent, affai­blis ceux de la Banque Cen­trale, je rejoins donc à ce sujet la théo­rie de Lior. Mais nous pou­vons alors se poser la ques­tion du pou­voir de nui­sance ou de bien­fai­sance de cette ins­ti­tu­tion de par sa situa­tion « ban­cale ». Son rôle dans la créa­tion moné­taire par le contrôle de l’encadrement des cré­dits (mon­tée des taux), afin de dimi­nuer la demande de cré­dit a‑t-il été efficace ?

    Un troi­sième acteur et non des moindres, la Caisse des Dépôts et Consi­gna­tions (CDC). Gère l’équipement des col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales. Les créances déte­nues par la CDC peuvent se sub­sti­tuer à celles déte­nues par la Banque de France. En d’autres termes, une aug­men­ta­tion des créances de la Banque de France sur le Tré­sor peut être com­pen­sée par une dimi­nu­tion des créances de la CDC sur le Trésor.

    Les CONCERNÉS :

    Les acteurs ou agents non finan­ciers (ANF). Ils sont mul­tiples. Il doit être exa­mi­né sur ce point le rôle de la Sécu­ri­té Sociale. Son finan­ce­ment pré­vu par les coti­sa­tions sociales (sala­riales et patro­nales) est-il effi­ca­ce­ment le même que lors de sa créa­tion en 1945. Je rejoins à ce sujet la pen­sée de Ber­nard FRIOT. Les acteurs du finan­ce­ment de la SECU sont-ils jus­te­ment sol­li­ci­tés ? C’est là, je trouve un point cru­cial de la réponse à l’endettement. L’Etat prend à charge, dès 1962, cer­taines dépenses de la SECU, pour­quoi ? Par une répar­ti­tion injuste des coti­sa­tions sociales le fameux « salaire indi­rect » auquel le patro­nat sub­sti­tue les mots « charges sociales »…

    (*) Para­phrase du livre d’Alain Badiou, De quoi Sar­ko­zy est-il le nom ?

    « Il y a dans le monde, plus d’idoles que de réa­li­tés : c’est ce que m’apprend le « mau­vais œil que je jette sur le monde » et aus­si, la « méchante oreille que je lui prête… »

    FRIEDEICH NIETZSCHE
    Le cré­pus­cule des idoles

    Réponse
  264. Caroline Porteu

    @Voxien 2011

    « Je me suis sou­vent deman­dé si, depuis la fin de la colo­ni­sa­tion, les états riches n’a­vaient pas inté­rêt à dis­si­mu­ler l’o­ri­gine des richesses. »

    Vous avez une réponse très simple avec la Grèce .
    Wikis­trike m’a même fait l’hon­neur de nom­mer mon article Wiki d’or des articles 2012 ..
    http://​www​.wikis​trike​.com/​a​r​t​i​c​l​e​-​l​a​-​g​r​e​c​e​-​e​s​t​-​l​e​-​p​l​u​s​-​r​i​c​h​e​-​d​e​s​-​p​a​y​s​-​e​u​r​o​p​e​e​n​s​-​d​u​-​f​a​i​t​-​d​e​-​s​e​s​-​g​i​s​e​m​e​n​t​s​-​p​e​t​r​o​l​i​e​r​s​-​e​t​-​g​a​z​i​e​r​s​-​m​a​i​s​-​q​-​1​0​7​3​4​8​0​4​3​.​h​tml

    Ria Novos­ti en Rus­sie a repris les infor­ma­tions sur les richesses éner­gé­tiques grecques Début Décembre 2012 .
    http://​fr​.rian​.ru/​b​u​s​i​n​e​s​s​/​2​0​1​2​1​2​0​5​/​1​9​6​8​3​2​4​3​8​.​h​tml

    S’ap­pro­prier les richesses éner­gé­tiques grecques a sûre­ment été l’une des causes de ce qu’ils subissent depuis 4 ans.

    La pri­va­ti­sa­tion des ser­vices éner­gé­tiques grecs et les conces­sions des forages sont des enjeux majeurs.

    La socié­té qui veut récu­pé­rer ces forages se nomme Noble Ener­gy dont vous cher­che­rez par curio­si­té les actionnaires.

    Mais ils ont trou­vé un concur­rent de taille avec Gaz­prom car les Russes ont tout compris .

    Noble Ener­gy est d’ailleurs la même socié­té que celle qui essaie de mettre la main sur un autre per­mis de forage du bas­sin médi­ter­ra­néen, fran­çais cette fois, per­mis inti­tu­lé le per­mis Rhône Maritime .

    Réponse
  265. Voxien2011

    Il fau­dra pas trop deman­der à la BdF puis­qu’on a eu des épi­sodes dans l’his­toire plus favo­rables aux réformes éco­no­miques et sociales de gauche, mais qui ont but­té, si j’ai bien com­pris, au mur d’argent :

    http://​www​.ago​ra​vox​.fr/​t​r​i​b​u​n​e​-​l​i​b​r​e​/​a​r​t​i​c​l​e​/​l​a​-​g​a​u​c​h​e​-​e​t​-​l​e​-​m​u​r​-​d​-​a​r​g​e​n​t​-​1​1​4​543

    Les états veulent beau­coup de finan­ce­ment, ils en ont trou­vé dans les mar­chés financiers.

    J’a­vais fais une des­crip­tion de la struc­ture de la dette sur ago­ra­vox, j’é­cri­vais ceci :

    Si je dois décrire la struc­ture de la dette des pays, alors je dirais qu’elle est le résul­tat de :

    1 - La cor­rup­tion (tra­vaux, construc­tions, inves­tis­se­ments créés prin­ci­pa­le­ment pour enri­chir cer­tains groupes et cer­taines multinationales)

    2 - Encore plus impor­tant que tout le reste, cette dette est liée au défi­cit de soli­da­ri­té, de par­tage, et des liens sociaux et humains (ami­caux, amou­reux, fra­ter­nel, fami­liaux, …etc.)

    En fait, le deuxième point est dû au fait que nous avons trans­for­mé tous les liens entre nous en liens marchands

    Réponse
  266. Caroline Porteu

    Etienne , André Jacques et les autres .

    Tout d’a­bord Mer­ci pour ce débat pas­sion­nant que je n’ai pas encore fini de lire et que je vais enregistrer.

    Je vou­drais vous signa­ler que le site Bour­so­ra­ma (et pour­tant je suis cliente) vient de me cen­su­rer pour la sixième fois la réfé­rence à votre ver­ba­tim et l’é­loge que j’en fai­sais , ain­si que celui des com­men­taires qui sui­vaient .. qui rendent tous les méca­nismes actuels, à la fois bud­gé­taires et moné­taires d’une clar­té saisissante .

    Votre débat et les infor­ma­tions pas­sion­nantes que vous appor­tez tous , doivent vrai­ment déran­ger et per­tur­ber ceux qui ont inté­rêt à faire per­du­rer la totale incom­pré­hen­sion du public sur les enjeux Euro­péens de notre sys­tème éco­no­mique et monétaire .

    De la part de site se pré­ten­dant site d’in­for­ma­tion finan­cière, cette cen­sure sys­té­ma­tique s’ap­pa­rente à de la dés­in­for­ma­tion volon­taire et c’est la rai­son pour laquelle je pré­fère pour prévenir .

    Réponse
  267. julien

    Plu­sieurs points :

    « PS : Les 500 pre­mières mul­ti­na­tio­nales cumulent à elles seules 25 000 mil­liards de chiffre d’af­faire. ça repré­sente 50% du PIB mondial ! »

    => com­pa­rez ce qui est com­pa­rable : VA et PIB ; mais pas CA et PIB.

    « de GARANTIR une par­faite liber­té à TOUTES les pen­sées dissidentes,
    et de faire confiance aux citoyens adultes pour trier EUX-MÊMES le bon grain de l’ivraie :
    de la dis­cus­sion jaillit la lumière. »

    La lumière ne jaillit pas tou­jours ; de plus, faire confiance aux citoyens pour trier relève de la crédulité !

    « Les aveux de Rocard (suite), traître à la patrie »

    Aucun res­pect lol

    « Le taux d’emploi 2011 pour la France est de 63,9% càd que plus d’un fran­çais sur trois en âge de tra­vailler est sans emploi. »

    Ceci est inexact…

    Deman­dez-vous pour­quoi l’É­tat Fran­çais a‑t-il eu recours à l’endettement ?

    Réponse
  268. Wybak

    Fina­le­ment même si c’était car­ré­ment brouillon
    je ne regrette pas d’a­voir mon­té cette vidéo, les choses bougent, 
    et tout le monde à enfin l’air de connaître Mr Hen­ri Guillemin.

    Kill Bank

    Réponse
  269. Étienne

    Qui dirige les Banques Centrales ?
    Les aveux de Jean-Claude TRICHET (en 26 sec.) :

    Tri­chet, Dra­ghi, Gold­man Sachs : gre­dins com­plices, piliers du capi­ta­lisme cra­pu­lisme triomphant

    On est bien d’ac­cord, hein ?

    Nous n’a­vons pas de constitution.

    Réponse
  270. zedav

    « « Le taux d’emploi 2011 pour la France est de 63,9% càd que plus d’un fran­çais sur trois en âge de tra­vailler est sans emploi. »

    Ceci est inexact… »

    Je ne sais pas si c’est exact : je pré­ci­sais que c’est le chiffre INSEE (véri­fiable sur leur site).

    Quant à se conten­ter de dénon­cer l’i­nexac­ti­tude d’un fait ou d’un chiffre sans appor­ter le moindre argu­ment, preuve ou réfé­rence, je trouve ça un peu court, voire limite malhonnête.

    Cor­dia­le­ment,

    Réponse
  271. Wybak

    Com­plé­te­ment 😉

    Réponse
  272. Étienne
  273. gilles

    L’Af­faire de la loi de 1973 est enten­due et jugée. Et maintenant ? 

    Appel à recherches sur les der­niers méca­nismes les plus récents et plus dif­fi­ciles à comprendre.

    à Étienne, Liior, Maga­li, Sam et tous ceux que je ne peux pas citer.

    Bon, Rocard a avoué, plus tous les élé­ments qui ont été appor­tés au dos­sier, l’af­faire de la loi de 1973 est enten­due et jugée. Bien que les méca­nismes de la loi de 1973 nous asser­vissent encore, j’ai­me­rais que nous puis­sions aller plus loin et que nous nous pen­chions sur les nou­veaux méca­nismes d’as­ser­vis­se­ment qui ont été mis en vigueur récemment. 
    J’ai décou­vert le 7 jan­vier 2013 un article 
    sur le pou­voir dis­cré­tion­naire qu’a la BCE d’ac­cep­ter ou non cer­taines garan­ties de prêts.

    Début du texte :

    La Banque cen­trale euro­péenne, bien qu’elle ne béné­fi­cie d’aucun man­dat démo­cra­tique, a plu­sieurs outils pour contraindre les gou­ver­ne­ments natio­naux élus à obéir à sa volonté. 

    Le moins connu de ces outils est peut-être le « Risk Control Fra­me­work » qui per­met à la BCE de ces­ser ses prêts habi­tuels au sec­teur finan­cier d’un pays donné.

    Fin de citation

    Je tra­dui­rais « Risk Control Fra­me­work » par accep­ta­tion dis­cré­tion­naire des garan­ties d’emprunt pré­sen­tées par les États-membres de la part de la BCE.

    L’ar­ticle détaillé est ici :

    http://​www​.craig​willy​.info/​?​p​=​1​7​8​2​&​l​a​n​g​=fr

    J’ai cher­ché rapi­de­ment une confir­ma­tion offi­cielle par des ins­ti­tu­tions de l’UE ou BCE des intui­tions bien étayées quand même de Craig Willy, l’au­teur de l’article.

    Je n’y ai pas pas­sé suf­fi­sam­ment de temps, c’est tel­le­ment com­plexe, ces ver­sions modi­fiées par des adden­das, consolidées/pas conso­li­dées, enfin … Il y a sûre­ment des docu­ments plus récents, mais j’ai trou­vé ceci dans un docu­ment daté du 31 août 2000 : « La BCE peut déci­der à tout moment de reti­rer cer­tains titres de créance de la liste des actifs éligibles. »
    dans la page 39 du docu­ment pdf offi­ciel de l’U­nion Euro­péenne télé­char­geable ici :

    http://​eur​-lex​.euro​pa​.eu/​L​e​x​U​r​i​S​e​r​v​/​L​e​x​U​r​i​S​e​r​v​.​d​o​?​u​r​i​=​O​J​:​L​:​2​0​0​0​:​3​1​0​:​0​0​0​1​:​0​0​8​2​:​F​R​:​PDF

    En somme, un pays qui appor­tait des garan­ties☜ pour les prêts qu’il demande à la BCE et qui étaient accep­tées par la BCE, du jour au len­de­main, de manière dis­cré­tion­naire, la BCE fait savoir qu’elle n’ac­cepte plus ce type de garanties.

    ☞ ( les titres de créance men­tion­nées dans la liste accep­tées par la BCE )

    Les garan­ties ? Ques aco ?

    Eh, bien, ima­gi­nez qu’un voi­sin vous demande de vous prê­ter de l’argent : 300 €. Vous lui prê­tez de bon cœur et puis quand vous vou­lez le joindre à la date conve­nue du rem­bour­se­ment, il n’est jamais là. Au bout de quelque temps, puisque c’est un voi­sin, vous finis­sez par le croi­ser, si vous êtes gen­til ou par le coin­cer, si vous aus­si vous avez un besoin pres­sant d’argent. Il vous dit : « Je ne peux pas rem­bour­ser tout, tout de suite. » Vous lui répon­dez : « Com­bien, main­te­nant ? et pour le reste quand ? »

    « Beinh, euh, 50 € main­te­nant et 50 € tout les mois après le paie­ment de l’ASS. »

    Vous lui répon­dez OK ! Il vous file les 50 € et puis le mois sui­vant le manège se répète, il ne tient pas sa pro­messe, alors vous vous fâchez et vous obte­nez les 50 € de ce mois, puis après il devient cor­rect avec vous et vous rem­bourse le reste cor­rec­te­ment à 50 € tous les mois jus­qu’à que le prêt soit soldé.

    Eh bien, la pro­chaine fois qu’il vien­dra vous emprun­ter, vous aurez réflé­chi et vous lui répon­drez quand il vou­dra emprun­ter : « Oui, 200 € OK, mais pas comme l’autre fois, main­te­nant, je ne veux pas être bala­dé, je veux une garan­tie, vous me rédi­gez 4 chèques de 50 € en contre­par­tie du prêt de 200 €, sinon je ne vous prête pas.

    Les 4 chèques sont la garan­tie du prêt de 200 €.

    La BCE fait savoir qu’elle n’ac­cepte plus ce type de garanties.

    Elle les accep­tait aupa­ra­vant, elle ne les accepte plus. C’est une forme de chan­tage. Ce chan­tage a été prou­vé uni­que­ment par les docu­ments confi­den­tiels divul­gués ça et là : exemple, la lettre de Jean-Claude Tri­chet au gou­ver­ne­ment italien.

    Certes à chaque plan de sau­ve­tage ( Grèce, Irlande, Espagne, Por­tu­gal ), il y a eu des reculs des droits des tra­vailleurs et des droits démo­cra­tiques. Nous n’a­vons pas de mal à ima­gi­ner que la BCE a pro­fi­té de sa posi­tion de force pour impo­ser les condi­tions ou les poli­tiques qu’elle demande. Les fameuse mesures struc­tu­relles sur le mar­ché du tra­vail ( flexi­bi­li­té sans contre­par­tie pour les sala­riés, baisse des salaires, relè­ve­ment de l’âge de la retraite, … ) ne sont pas tom­bées sur ces pays par hasard. En plus des textes offi­ciels comme les textes des mémo­ran­dums infli­gés à la Grèce, il fau­drait prou­ver par les textes offi­ciels cette intui­tion d’un pilo­tage par des chan­tages de la BCE sur les gou­ver­ne­ments qua­si­ment au quotidien.

    Embryon de métho­do­lo­gie pour ceux qui vou­draient se lancer :

    1 ] Prou­ver que la BCE a des pou­voirs dis­cré­tion­naires sur l’ac­cep­ta­tion ou non des garan­ties pré­sen­tées par les États-membres de la zone euro en contre­par­tie des prêts qu’ils demandent, ceci en exploi­tant les docu­ments UE : « Gui­de­line of the Euro­pean Cen­tral Bank » == les ins­tru­ments et pro­cé­dures de poli­tique moné­taire de l’Eurosystème. Ceci un peu mieux que je l’ai fait en exploi­tant rapi­de­ment un docu­ment unique, mais bien mon­trer qu’il existe une volon­té per­ma­nente dans les textes successifs.

    2 ] Choi­sir par­mi les faits pré­sen­tés par Craig Willy ( Irlande fin 2010 ou Espagne mai 2011 ou démis­sion pro­vo­quée de Ber­lus­co­ni ) qui auraient été influen­cés de manière dis­cré­tion­naire par la BCE, le fait sur lequel nous nous pro­po­sons de creu­ser plus avant.

    3 ] Tra­duire les articles mis en lien par Craig Willy avec ce fait

    4 ] Trou­ver les traces de cette influence par la fluc­tua­tion de la poli­tique de garan­tie des prêts de la BCE dans ses textes offi­ciels ( les mesures tem­po­raires ), pour les plus récents voir ici =>

    http://​www​.ecb​.int/​e​c​b​/​l​e​g​a​l​/​1​0​0​2​/​1​0​1​4​/​h​t​m​l​/​i​n​d​e​x​.​f​r​.​h​tml

    ****

    C’est ce qu’il me semble Léon Blum appe­lait le « mur de l’argent ». La dic­ta­ture mili­taire, nous la voyons, elle nous fait mal direc­te­ment, il y a des images de chars, de poli­ciers, tout le monde com­prend, tout le monde réagit. La dic­ta­ture moné­taire, cela prend des jours, des semaines, des mois à être com­pris, ce sont des effets indi­rects d’une sub­ti­li­té de pres­ti­di­gi­ta­teur. J’ai bien peur, par­fois, que cer­taines per­sonnes ne com­prennent jamais. Déjà que tout ce que je ne com­prends pas est immense. Si des per­sonnes comme Sam, Maga­li, Liior pou­vaient pour­suivre cette esquisse, grands mer­cis à eux.

    ****

    Réponse
  274. A-J Holbecq

    @ 270. Le mer­cre­di 9 jan­vier 2013 à 15:06, Voxien2011 écrit : « J’a­vais fais une des­crip­tion de la struc­ture de la dette sur agoravox »

    La struc­ture actuelle de la dette est pour (sen­si­ble­ment) 80% dans le cumul des inté­rêts … vous sem­blez oublier le plus important !

    Réponse
  275. Ana Sailland

    Dans la vidéo 280, il y a encore deux oublis clas­siques : la dette, rebe­lote, c’est les inté­rêts et non pas la dépense + les socia­listes (?) ont mis fin à l’in­dexa­tion des salaires sur l’inflation.

    Et quand le bon­homme dans un brillant rat_courci nous dit qu’on (la BC) ne peut pas inven­ter l’argent comme ça pour finan­cer l’É­tat, il omet de dire que le sec­teur pri­vé le fait.

    Réponse
  276. Ana Sailland

    @Étienne

    on peut en savoir plus sur le conte­nant de 274 ?

    Réponse
  277. Louledori

    @ Mor­pheus

    262. Le mer­cre­di 9 jan­vier 2013 à 12:44, par Morpheus

    Pas mieux

    Déso­lé, mais je ne suis pas encore por­té par l’ex­pres­sion écrite avec les bons mots.
    Je n’ai fait qu’af­fu­ter mon esprit sur la cri­tique et/ou les défauts d’un problème.
    Étant bcp plus por­té par l’ex­pres­sion orale et phy­sique pour juger ces der­niers ain­si que les per­sonnes (PNL)

    Mer­ci pour vos mul­tiples recherches, j’ai eu plai­sir à vous lire

    Réponse
  278. Étienne

    Chers amis, 

    La syn­thèse (ci-des­sous) pro­duite par Adrien est tout sim­ple­ment passionnante. 

    Effec­ti­ve­ment, je me suis trom­pé sur la loi de 1973, sur le rôle qu’elle a joué dans le sabor­dage moné­taire que je dénonce depuis 2006 avec André-Jacques. Mais je ne me trom­pais que sur un détail, je pense, sur un des mécanismes. 
    SUR L’ESSENTIEL, sur le sabo­tage et sur la période, sur la tra­hi­son des >élites, ON A BEL ET BIEN RAISON, et com­ment !Cette erreur nous a conduits à cher­cher davan­tage, à com­prendre davan­tage COMMENT les banques pri­vées avaient scan­da­leu­se­ment pris le contrôle de la force publique (en la ren­dant mons­trueu­se­ment débi­trice), et le résul­tat d’ap­pren­tis­sage col­lec­tif, popu­laire et auto­nome, est spec­ta­cu­laire, je trouve, sur un sujet car­di­nal et bien plan­qué (jus­qu’i­ci).

    Mer­ci à Adrien pour cette synthèse.

    Je crois qu’il ne sert plus à grand chose de fer­railler sur la loi de 1973 elle-même au plan juri­dique : OUI, JE ME SUIS TROMPÉ SUR L’IMPORTANCE RELATIVE DE L’ARTICLE 25 DE LA LOI DE 1973 ; MAIS J’AI DÉCOUVERT À L’OCCASION DE CETTE ERREUR — ET DE LA LIBRE CONTROVERSE QUI EN EST NÉE — LA STRATÉGIE HONTEUSE PLUS VASTE ENCORE QUI A PERMIS LE SABOTAGE TRAÎTREUX QUE JE DÉNONCE PRINCIPALEMENT.

    Mer­ci à tous pour ce tra­vail épa­tant de cer­veau col­lec­tif. Cette éman­ci­pa­tion de nos maîtres a quelque chose de très exci­tant. Même si l’his­toire nous montre que les grands voleurs pri­vi­lé­giés fini­ront par nous mas­sa­crer dans un bain de sang s’il est un jour ques­tion qu’ils perdent vrai­ment leurs pri­vi­lèges… Ils déclenchent une guerre à chaque fois, civile ou mili­taire peu importe pour­vu que les peuples en révolte crèvent. J’ai donc du mal à être opti­miste… Mais fai­sons notre pos­sible, du mieux que nous pou­vons, et advienne que pourra.

    Je vous laisse lire et relire le texte d’Adrien.

    Salut.

    Étienne.

    Loi de 1973 : le mot de la fin ?

    « Le juge­ment éthique por­té sur le méca­nisme du cré­dit ban­caire s’est pro­fon­dé­ment modi­fié au cours des siècles. (…) À l’o­ri­gine, le prin­cipe du cré­dit repo­sait sur une cou­ver­ture inté­grale des dépôts. (…) Ce n’est que vers le XVIIe siècle, avec l’ap­pa­ri­tion des billets de banque, que les banques aban­don­nèrent pro­gres­si­ve­ment ce prin­cipe. Mais ce fut dans le plus grand secret et à l’in­su du public » (…) « En aban­don­nant au sec­teur ban­caire le droit de créer de la mon­naie, l’É­tat s’est pri­vé en moyenne d’un pou­voir d’a­chat annuel repré­sen­tant envi­ron 5,2 % du reve­nu national. »

    Mau­rice Allais, « Prix Nobel » d’économie 1988, La réforme moné­taire 1976 

    Les récentes décla­ra­tions de Michel Rocard au micro d’Europe 1, le 22 décembre 2012, ont relan­cé une nou­velle fois le débat sur la loi de réforme de la Banque de France de 1973. On ne peut que se réjouir du fait que les citoyens, disons plu­tôt le pays réel pour être taquin, se soit empa­ré de la ques­tion de la cause de la dette. Qu’en est-il alors réel­le­ment ? Cette loi est-elle vrai­ment la cause de notre dette ? La réponse à cette ques­tion est oui. Mais pas pour la rai­son habi­tuel­le­ment invo­quée sur ce sujet. Se foca­li­ser sur les avances à taux zéro faites par la Banque de France était une erreur. 

    Une thèse remar­quable de clar­té et de pré­ci­sion de Ben­ja­min Lemoine, « Les valeurs de la dette », sou­te­nue à l’École des mines de Paris le 21 décembre 2011, nous aide à com­prendre le rôle de la loi de 1973 dans la poli­tique de la dette française.

    Le finan­ce­ment du défi­cit lors de la recons­truc­tion : LE CIRCUIT

    Pour com­prendre où la loi de 1973 nous a emme­nés, il faut d’abord connaître et com­prendre les ins­tru­ments de finan­ce­ment du Tré­sor au len­de­main de la Seconde guerre mon­diale. Contrai­re­ment aux idées reçues, le Tré­sor n’était pas uni­que­ment finan­cé grâce aux avances de la Banque de France. Ce levier n’en était qu’un par­mi d’autres.

    Alors qu’il était en fonc­tion, Fran­çois Bloch-Lai­né, direc­teur du Tré­sor de 1947 à 1952, concep­tua­li­sa l’idée de « CIRCUIT DU TRÉSOR ».

    Il s’agissait de construire une véri­table « archi­tec­ture ins­ti­tu­tion­nelle ban­caire et finan­cière » pour sécu­ri­ser le finan­ce­ment du Tré­sor, notam­ment en cas d’insuffisance des avances de la Banque de France (p 73). 

    Le « cir­cuit » était donc un ensemble de méca­nismes condui­sant de nom­breuses ins­ti­tu­tions à dépo­ser au Tré­sor une par­tie, voire la tota­li­té des res­sources col­lec­tées. Les ins­ti­tu­tions concer­nées étaient appe­lées « les cor­res­pon­dants du Tré­sor ». Par­mi elles, on trouve les banques natio­na­li­sées, la Caisse des dépôts, les Caisses d’épargne, les col­lec­ti­vi­tés locales et les entre­prises publiques et semi-publiques.

    Ce cir­cuit ali­men­tait le Tré­sor en liqui­di­té par cinq grands leviers (p 76) : 

    - La dette à vue : le Tré­sor pou­vait se ser­vir des dépôts qui n’étaient pas à lui, soit ceux de ses « correspondants » ;

    - Les avances de la Banque de France ;

    - Les bons auprès du sys­tème ban­caire, dit aus­si PLANCHER DE BON : les banques déten­trices d’un compte cou­rant de bons du tré­sor à la Banque de France, sont contraintes d’emprunter auprès de l’État à des taux d’intérêt fixés par l’État lui-même. Compte tenu de l’inflation de l’époque, le risque de contrac­ter des prêts à inté­rêts néga­tifs était impor­tant. Pour dire les choses sim­ple­ment, le « plan­cher » était une sous­crip­tion obli­ga­toire. Au terme du pro­ces­sus, les fonds tran­si­taient du compte cou­rant (à la Banque de France) de la banque prê­teuse au compte cou­rant du Tré­sor. La Banque de France jouait donc dans cette pra­tique un rôle majeur (p 83) ;

    - Les bons sous­crits auprès du public ;

    - L’apport de la Caisse des dépôts et consignation.

    DE LA SORTE, DONC, LE TRÉSOR ÉTAIT CONTINUELLEMENT IRRIGUÉ ET LE CRÉDIT ÉTAIT LARGEMENT CONTRÔLÉ PAR LE SECTEUR PUBLIC. LE DÉFICIT QUANT À LUI, ÉTAIT RENDU QUASIMENT IMPOSSIBLE.

    PAR LA POLITIQUE DU CIRCUIT, FRANÇOIS BLOCH-LAINÉ ACCEPTA DE CRÉER DE L’INFLATION POUR STIMULER L’EXPANSION ÉCONOMIQUE DE LA France ET, AU PASSAGE, ASSURER SA RECONSTRUCTION. 

    C’est pour­quoi deux éco­no­mistes, Jean-Pierre Patat et Michel Lut­fal­lah au sujet de la période 1946–1951 diront que LA RECONSTRUCTION FUT « PAYÉE PAR LA MONNAIE ».

    Mal­gré son effi­ca­ci­té, ce sys­tème anti-dette ne dure­ra pas long­temps. Il sera pro­gres­si­ve­ment sabor­dé par une haute admi­nis­tra­tion pan­tou­flarde et une classe poli­tique sous influence.

    La sup­pres­sion pro­gres­sive du circuit

    Comme on pou­vait s’y attendre, l’oligarchie fran­çaise ne per­ce­vait le cir­cuit que comme une néces­si­té et un sacri­fice conjonc­tu­rel qu’il fal­lait aban­don­ner à la pre­mière occasion.

    Quatre per­sonnes semblent avoir joué un rôle déci­sif dans la sup­pres­sion du cir­cuit : Georges Worm­ser (direc­teur de la Banque d’escomptes), Valé­rie Gis­card d’‘Estaing, Jean-Yves Habe­rer (haut fonc­tion­naire, futur direc­teur du Tré­sor) et Jacques Rueff (qui en 1959 plai­da pour l’abandon du cir­cuit afin de limi­ter l’inflation).

    Ces per­son­na­li­tés pesèrent de tout leur poids pour mettre un terme au cir­cuit. Le cœur de leur bataille se por­ta sur l’a­ban­don du plan­cher, qui, pour rap­pel, obli­geait les banques à ache­ter des bons du Tré­sor dont les taux étaient fixés par l’État et non par le marché.

    L’entreprise des réfor­ma­teurs fut cepen­dant entra­vée pen­dant plu­sieurs années à cause d’un obs­tacle et non des moindres : Michel Pérouse, le direc­teur du Tré­sor de 1960 à 1967.

    Celui-ci pen­sait que le tré­sor serait mis en péril par l’adjudication (la mise sur le mar­ché de la dette, en somme, les taux d’intérêts seraient déci­dés par le mar­ché et non plus par l’‘État) car « cela pro­vo­que­rait un ren­ché­ris­se­ment consi­dé­rable pour le Tré­sor du coût de ses opé­ra­tions et se tra­dui­rait du même coup, par un enri­chis­se­ment sans cause pour les banques ». (p 94)

    À cette époque de moné­ta­risme conqué­rant, où la lutte contre l’inflation devint l’objectif des gou­ver­ne­ments, le cir­cuit ne pou­vait avoir qu’’une faible espé­rance de vie.

    Dès 1963, l’adjudication fut tes­tée pour les sous­crip­tions volon­taires des banques, c’est-à-dire qu’outre la sous­crip­tion obli­ga­toire de bons dont les taux étaient fixés par l’État, les banques pou­vaient sous­crire à des bons dont les taux étaient fixés par le marché.

    Dans l’histoire de la mise en place de la domi­na­tion de l’oligarchie finan­cière, cette méthode des petits pas ne nous est pas étrangère…

    En 1967, Michel Pérouse doit ava­ler la pilule : les plan­chers sont défi­ni­ti­ve­ment sup­pri­més. Doré­na­vant, le mar­ché peut fixer les taux d’intérêts des bons du Tré­sor. Nous sommes six ans avant la loi de 73. Néan­moins, cette mesure ne pro­duit pas d’effets simi­laires à ceux de notre époque car les autres branches du cir­cuit sont tou­jours là pour ali­men­ter le Tré­sor et parce que sous les 30 glo­rieuses, les défi­cits sont moindres que ceux d’aujourd’hui…quand les comptes ne sont pas tout sim­ple­ment en équi­libre.

    Jean-Yves Habe­rer, haut fonc­tion­naire, futur direc­teur du Tré­sor (pour ser­vice ren­du ?), rap­porte cet échange entre lui et Michel Pérouse, le jour de la sup­pres­sion du plan­cher (p 99) : 

    « Mais ma tré­so­re­rie, mais com­ment est-ce qu’on va finan­cer le Trésor ?

    -Par les taux ! Vous paie­rez le taux qu’’il faut. »

    Appuyé notam­ment, par les banques et une par­tie de la haute admi­nis­tra­tion, Habe­rer est clair dans ses inten­tions, il veut « déman­te­ler le cir­cuit » (p 99) : « c’est-à-dire tous ces méca­nismes auto­ma­tiques, qui fai­saient que le Tré­sor sans bou­ger le petit doigt, était irri­gué de liqui­di­tés qui lui arri­vaient de tous les cir­cuits finan­ciers fran­çais. On va peu à peu l’obliger à vivre comme un emprun­teur, c’est-à-dire à se poser les ques­tions de l’emprunteur sur le coût de l’emprunt et le ser­vice de la dette. »

    Les res­sources ne doivent plus aller au Tré­sor, le Tré­sor doit désor­mais aller les chercher.

    De tout ceci il res­sort deux remarques : 

    - Les >réfor­ma­teurs ont DÉLIBÉRÉMENT pous­sé le Tré­sor à emprun­ter avec des inté­rêts fixés par le marché ;

    - Les réfor­ma­teurs SAVAIENT PARFAITEMENT que l’adjudication condui­rait à un ren­ché­ris­se­ment de la dette.

    Les décla­ra­tions d’Haberer nous confirment bel et bien qu’il n’a pas fal­lu attendre le trai­té de Maas­tricht pour que l’É­tat aille se finan­cer sur les marchés.

    Dès 1969, le Tré­sor connaît ses pre­mières dif­fi­cul­tés de tré­so­re­rie, si bien qu’on songe déjà sérieu­se­ment à réins­ti­tuer le plan­cher, mais l’administration n’ose pas ce retour en arrière.

    Le déman­tè­le­ment du cir­cuit est lan­cé, rien ne doit le stop­per. En 1969, Mau­rice Couve de Mur­ville, Pre­mier ministre du géné­ral De Gaulle, com­mande un « rap­port sur le mar­ché moné­taire et les condi­tions de cré­dit » (p 103). Les trois rédac­teurs de ce rap­port sont Oli­vier Worm­ser, Robert Mar­jo­lin (éco­no­miste) et Jean Sadrin (haut fonc­tion­naire). Ce rap­port est pour les hauts fonc­tion­naires du Tré­sor une « révo­lu­tion paradigmatique ».

    Leur conclu­sion est claire : il faut pour­suivre la fer­me­ture pro­gres­sive du cir­cuit. C’est-à-dire que « mise à part l’existence des avances de la Banque cen­trale, le Tré­sor ne dis­po­se­rait plus que de moyens dits « nor­maux » ou « moné­tai­re­ment neutres » d’alimentation en liqui­di­té, limi­tés à l’émission de bons en comptes cou­rants par adju­di­ca­tion sur le mar­ché moné­taire. »

    Ceci est le sché­ma exact de la future loi de 73. Nous y revien­drons. Notons pour le moment que ce qui gêne les réfor­ma­teurs n’est pas les avances faites par la Banque de France au Tré­sor, mais la « dette à vue » et le plan­cher. Ces deux der­niers leviers seront aban­don­nés de fait dans les années à venir.

    Les cri­tiques (dont l’auteur de ces lignes fait par­tie, mea culpa) et défen­seurs de la loi de 73 avaient tout faux sur l’angle d’attaque de la loi. Il était erro­né de cen­trer le débat sur l’opposition avances à taux zéro de la Banque de France/prêts avec inté­rêt au mar­ché. Le vrai débat était le finan­ce­ment du Tré­sor par le cir­cuit ou sans le circuit.

    Cepen­dant, le fond du pro­blème, lui, était bien cer­né, puisqu’était posée la ques­tion des consé­quences des inté­rêts impo­sés par le marché.

    La loi de 73 consacre en droit la fin du circuit

    Il fau­dra attendre quatre années, suite au rap­port sur le mar­ché moné­taire et les condi­tions de cré­dit, pour qu’une loi consacre le sys­tème de finan­ce­ment du Tré­sor envi­sa­gé dans le rap­port (adju­di­ca­tion + avances de la Banque de France). Cette len­teur est due à la mésen­tente entre Oli­vier Worm­ser, gou­ver­neur de la Banque de France, et Valé­rie Gis­card d’Estaing, alors ministre des finances. Comme espé­ré cepen­dant, la dis­pa­ri­tion du cir­cuit sera consacrée.

    Écou­tons l’auteur de la thèse sur le rôle joué par la loi de 73 (p 104) : 

    « En 1973, quelques années après l’échec du rap­port Mar­jo­lin-Sadrin-Worm­ser une réforme des sta­tuts de la Banque de France tra­duit dans le droit les trans­for­ma­tions du fonc­tion­ne­ment de la tré­so­re­rie de l’État. » La loi de 1973 est « l’ins­crip­tion dans le droit d’un chan­ge­ment des pra­tiques anté­rieures peu à peu natu­ra­li­sées. » (p 107)

    Ce qu’il est impor­tant de bien com­prendre, c’est que le vice de la loi de 73 n’est pas de mettre un terme aux avances à taux zéro, elle ne le fait pas, mais de mettre un terme au cir­cuit, soit prio­ri­tai­re­ment au plan­cher et à la dette à vue. La foca­li­sa­tion sur les avances de la Banque de France était donc une erreur. On ne peut pas com­prendre le chan­ge­ment que trans­pose la loi 73 si l’on ne consi­dère que la ques­tion des avances de la Banque de France.

    « La loi de 1973, por­tant réforme des sta­tuts de la Banque de France, reprend dans l’article 25 une pra­tique déjà réglée. L’in­ter­dic­tion à l’État de se finan­cer direc­te­ment, auprès de la Banque de France, en dehors des avances régle­men­tées et rému­né­rées » (p107).

    L’honnêteté intel­lec­tuelle oblige à dire que l’in­ter­dic­tion de la dette à vue et du plan­cher ne figure pas dans la lettre de la loi, qui ne parle que de l’‘escompte.

    Mais Jean-Yves Habe­rer, lui, asso­cie bel et bien l’article 25 à la fin de la planche à billets (p 109) : « On a fer­mé cette porte pour l’o­bli­ger à vivre plus dan­ge­reu­se­ment, en emprun­tant dehors. » La dette est défi­ni­ti­ve­ment déta­chée des méca­nismes de créa­tion moné­taire publics.

    Alors pour­quoi l’article 25, qui ne parle que de l’escompte, est-il per­çu par l’ancien Direc­teur du Tré­sor comme la fin de la planche à billets ?

    Ici, l’auteur de l’article se risque à une hypo­thèse. Jean-Yves Habe­rer ne com­prend pas l’usage du terme d’«escompte » dans l’article 25, qui est repris d’une loi de 1936 (p 112). Pour lui ce terme est désuet. L’escompte est de prime abord hors sujet vis-à-vis de l’objet de l’article 25 qui est l’interdiction des grands leviers du circuit.

    Ce que votre ser­vi­teur sup­pose, c’est que l’amendement, l’article 25, dont Habe­rer sou­hai­tait d’ailleurs la sup­pres­sion car il intro­dui­sait une ambi­guï­té sur les pra­tiques du Tré­sor, a été mal rédi­gé par le séna­teur concer­né, qui, comme l’étonnement d’Ha­be­rer le tra­duit, n’avait semble-t-il pas une connais­sance tech­nique suf­fi­sante des méca­nismes de finance publique. Ça ne serait pas la pre­mière fois que le légis­la­teur se trompe.

    Très pro­ba­ble­ment, le séna­teur a‑t-il vou­lu inter­dire à la Banque de France de contri­buer au finan­ce­ment du Tré­sor (hors conven­tion d’avances), ou plus pré­ci­sé­ment, inter­dire au Tré­sor de béné­fi­cier des trans­ferts de fonds de compte cou­rant à compte cou­rant, de comptes de la Banque de France. Pour qua­li­fier ces pra­tiques dans leur glo­ba­li­té, le séna­teur n’a rien trou­vé de mieux que le terme d’escompte.

    Quoi qu’il en soit, c’est ain­si que cet article a été per­çu par la haute admi­nis­tra­tion et la classe poli­tique qui, de toute manière, étaient cha­cune réso­lues à ne plus recou­rir au cir­cuit, soit à un sys­tème de finan­ce­ment qui nous avait jusqu’alors pré­ve­nu de la dette.

    En tout état de cause, la classe poli­tique a trahi

    On ne peut pas faire l’impasse sur le fait que la loi de 73, mal­gré tous ses défauts, conser­vait encore un levier de finan­ce­ment du défi­cit à taux zéro : les avances accor­dées par la Banque de France (article 19), au titre d’une conven­tion conclue entre la Banque de France et le gou­ver­ne­ment. C’é­tait on peut dire un levier du cir­cuit qui était pas­sé à tra­vers les mailles du filet.

    Il sem­ble­rait que ces avances n’aient pas eu le rôle que les cri­tiques de la loi de 73 leur ont attri­bué, et que leur impor­tance ait été gros­sie au détri­ment de la dette à vue et du plan­cher. Cepen­dant, il est indis­cu­table que les avances étaient un moyen de finan­ce­ment pos­sible du défi­cit. Les gou­ver­ne­ments, d’ailleurs, ne s’en pri­vèrent pas dans la limite des pla­fonds pré­vus par la convention.

    Après la loi de 73, nos gou­ver­ne­ments pou­vaient encore user de ces avances et, avec l’accord de la Banque de France, le pla­fond de ces avances pou­vait être augmenté.

    Force est de consta­ter que, si la conven­tion de 1973 a été pro­ro­gée, son pla­fond n’a jamais été rehaus­sé. Le déve­lop­pe­ment du mar­ché obli­ga­taire fut pré­fé­ré. Notre classe poli­tique est donc d’autant plus cou­pable, car elle a lais­sé échap­per un mal qu’elle pou­vait juri­di­que­ment conju­rer. Ce moyen juri­dique dis­pa­raî­tra défi­ni­ti­ve­ment avec l’article 104 du trai­té de Maas­tricht, qui devien­dra l’‘article 123 du trai­té de Lisbonne.

    La boucle sera bouclée. 
    LE CIRCUIT sera entiè­re­ment liqui­dé.

    La France avec ?

    Adrien Abau­zit

    Source : http://​www​.scrip​to​blog​.com/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​?​o​p​t​i​o​n​=​c​o​m​_​c​o​n​t​e​n​t​&​v​i​e​w​=​a​r​t​i​c​l​e​&​i​d​=​909

    Réponse
  279. Voxien2011

    bon­jour
    @AJH
    Mon com­men­taire concer­nant la struc­ture de la dette n’est pas d’ordre technique.
    ET tech­ni­que­ment par­lant, je suis tout à fait d’ac­cord avec vous.
    __
    Sur le pre­mier que j’ai évo­qué :__
    Les finan­ce­ments et inves­tis­se­ments en tout genre faits par l’é­tat et les col­lec­ti­vi­tés orientent l’é­co­no­mie dans une direc­tion plu­tôt que dans d’autres. Et ma convic­tion est qu’ils sont en par­ti fait pour ali­men­ter cer­taines entre­prises et sec­teurs bien plus que d’autres.

    Sur le deuxième point :
    L’é­goïsme et l’individualisme fait en sorte que cha­cun essai de s’en sor­tir tout seul. Or quand on est seul on est obli­gé de recou­rir à des ser­vices éta­tiques et pri­vés sur­tout les vieux, les malades, les han­di­ca­pés, les dépri­més, les divor­cés, les enfants esseu­lés, les femmes bat­tues, les hommes et les femmes vio­len­tés, un parent vivant seul avec ses enfants …etc. Seul aus­si, pour noyer nos angoisses exis­ten­tiels, nous n’a­vons d’autres choix que dans la consom­ma­tion effré­née et le tra­vail achar­né plu­tôt que dans le par­tage, la convi­via­li­té, la coopé­ra­tion, l’entre aide, …etc. ! Seul et pour éva­cuer les angoisses on pré­fère capi­ta­li­ser, épar­gner et inves­tir dans les assu­rances vie, les porte-feuil, les actions et autres comptes rémunérateurs.

    Réponse
  280. Voxien2011

    Sinon la thèse de Mr Ben­ja­min LEMOINE pos­tée par Étienne à l’air super inté­res­sante. Merci

    Réponse
  281. kate

    l’E­tat a sabor­dé l’Etat..

    Réponse
  282. RHC

    Bon­jour,
    @Etienne
    @274 : Aus­si clair comme un lac de montagne
    @284 :
    Eux, ils se trompent pra­ti­que­ment à chaque déci­sion… Il me semble que votre démarche adhère com­plè­te­ment avec la démons­tra­tion mathé­ma­tique par l’ab­surde. La fina­li­té est que les par­tis poli­tique, les mul­ti­na­tio­nales , les hauts fonc­tion­naires, les ban­quiers, nous ont bien .…

    Un pro­verbe chinois : »

    Peu importe que le chat soit gris ou noir pourvu qu’il attrape les souris ". 8)
    Réponse
  283. phil82

    Etienne,

    le rap­port Worm­ser, Mar­jo­lin, Sadrin est à la BNF, j’en ai com­men­dé une copie.

    La ques­tion est la sui­vante : le Tré­sor est-il deve­nu une ins­ti­tu­tion privée ?

    Fran­çois Bloch-Lai­né a été par la suite direc­teur du Cré­dit-Lyon­nais, puis viré par VGE en 1974. Oli­vier Worm­ser a connu un sort iden­tique, après avoir cri­ti­qué la poli­tique du gou­ver­ne­ment dans un article publié dans le Figa­ro en mai 1974.

    Je vous laisse décou­vrir le pro­fil de l’a­vant der­nier direc­teur du Tré­sor : Xavier MUSCA :

    http://​fr​.wiki​pe​dia​.org/​w​i​k​i​/​X​a​v​i​e​r​_​M​u​sca

    Réponse
  284. RHC

    Etienne dit :Mer­ci à tous pour ce tra­vail épa­tant de cer­veau col­lec­tif. Cette éman­ci­pa­tion de nos maîtres a quelque chose de très exci­tant. Même si l’his­toire nous montre que les grands voleurs pri­vi­lé­giés fini­ront par nous mas­sa­crer dans un bain de sang s’il est un jour ques­tion qu’ils perdent vrai­ment leurs pri­vi­lèges… Ils déclenchent une guerre à chaque fois, civile ou mili­taire peu importe pour­vu que les peuples en révolte crèvent. J’ai donc du mal à être opti­miste… Mais fai­sons notre pos­sible, du mieux que nous pou­vons, et advienne que pourra.

    A mon avis, c’est nous qui vous( et les autres ani­ma­teurs) remercions.Le débat est vrai­ment enrichissant.
    @289 Phil82
    lol, mais triste…
    Don Juan :
    Je vais faire appel à ton esprit ana­ly­tique. Réflé­chis un moment, et dis-moi com­ment tu peux expli­quer la contra­dic­tion entre, d’une part, l’in­tel­li­gence de l’homme sur le plan scien­ti­fique et tech­nique et, d’autre part, la stu­pi­di­té de ses sys­tèmes de croyances ou l’in­co­hé­rence de son comportement. (…)

    Sin­cè­re­ment,

    Réponse
  285. RHC

    Je pro­fite en pas­sant de vous signa­ler le com­bat d’un homme.

    Amicalment,

    Réponse
  286. phil82

    Je vous livre ici une inter­view de l’économiste Jacques SAPIR (*) sur BFM BUSINESS le 7 jan­vier dernier.

    BFM : on évoque d’abord tous ensemble ces ques­tions de Bale III, on a choi­si du côté du Comi­té d’assouplir un petit peu les règles de liqui­di­tés, quel est votre sen­ti­ment… C’est la pre­mière étape d’un enter­re­ment en grande pompe de ces normes très strictes qu’on avait des­si­nées au plus fort de la crise.

    J.S : Ce n’est même pas la pre­mière étape, c’est une étape de plus effec­ti­ve­ment, vers le déman­tè­le­ment qua­si com­plet de ces normes. Il faut com­prendre ce qui est en train de se pas­ser. C’est vrai qu’aujourd’hui nous sommes confron­tés à une contrac­tion bru­tale du cré­dit, parce que les banques, plom­bées en par­tie par les pro­blèmes de dette sou­ve­raine, contri­buent aujourd’hui à réduire for­te­ment le cré­dit. Mais, quand on va tou­cher, et que l’on touche aux normes éta­blies sur les liqui­di­tés éta­blies par les accords de Bale III, c’est beau­coup plus grave, parce que de fait, cela revient à dire aux banques : écou­tez ! Vous êtes tel­le­ment impor­tant, que vous pou­vez faire ce que vous vou­lez, nous n’avons pas la volon­té de vous contrôler.

    BFM : en clair, si on avait vou­lu leur tordre le bras, c’était, jus­te­ment au moment où on avait com­men­cé à dis­cu­ter de ces normes de Bale III.

    J.S. : abso­lu­ment, et c’était à ce moment, et il fal­lait dire qu’il y avait un échéan­cier pré­cis d’application, que cet échéan­cier pou­vait conte­nir des clauses d’assouplissements tem­po­raires, quand on était en pré­sence d’une contrac­tion de cré­dits par­ti­cu­lière, mais, que sur le fond les normes s’imposaient, et sis vous vou­lez, en sacri­fiant le stra­té­gique au tac­tique, ce que l’on vient de faire, on envoie le plus mau­vais signal pos­sible à l’industrie bancaire.

    BFM : aujourd’hui les ban­quiers nous disent, cela ne concerne que les liqui­di­tés à court terme, on ne met pas tel­le­ment d’actifs si toxiques la dedans, c’est plu­tôt des liqui­di­tés de bonnes qua­li­tés, même si c’est vrai, il y a des prêts immo­bi­liers « titrisés ».
    J.S. : mais atten­dez, dans les liqui­di­tés à court terme, vous avez des prêts à 3 mois, à 6 mois, etc. à des socié­tés qui ne sont pas des banques, mais qui empruntent mas­si­ve­ment à une ou deux banques pour faire des inves­tis­se­ments extrê­me­ment dan­ge­reux. On le sait très bien, c’est toute la pra­tique du « sha­dow ban­king (1) », et, si vous vou­lez, le fait de ne pas contrô­ler aujourd’hui les mou­ve­ments des liqui­di­tés, le fait de na pas contrô­ler la com­po­si­tion des actifs, le fait de ne pas contrô­ler ce « sha­dow ban­king », cela revient à lais­ser la bride, sur le coup à l’industrie bancaire.

    BFM : en même temps, Jacques, vous le sous-enten­dez, il n’y avait plus le choix, s’il avait fal­lu ren­for­cer la bride, c’était il y a deux trois ans, au cœur de la crise financière.

    J.S. : c’est évident et il fal­lait pré­voir des mesures…. Dire par exemple pour six mois nous sus­pen­dons ces normes, mais ces normes de toute manière vont s’appliquer et elles s’appliquent. Sim­ple­ment, on pré­voir une sus­pen­sion tem­po­raire pour six mois ou pour 1 an de cer­taines de ces normes, et, si vous vou­lez, le pro­blème est, qu’au lieu de réagir tac­ti­que­ment à un pro­blème tac­tique des banques, on sacri­fie la stratégie.

    BFM : oui, c’est vrai, le lob­by ban­caire l’a empor­té, mais en même temps, c’est quand même bon pour la crois­sance cet assou­plis­se­ment des nou­velles normes.

    J.S. : alors, c’est bon pour la crois­sance à très court terme…

    BFM : si il n’y a pas de crise quoi !

    J.S. : ah ben oui ! Si on se retrouve avec des bulles dans dif­fé­rents sec­teurs, ça sera extrê­me­ment mau­vais. Cela ne règle pas fon­da­men­ta­le­ment le pro­blème ; que les banques elles, ont pour but, pour fonc­tion de faire de l’argent et pas néces­sai­re­ment de prê­ter à des acti­vi­tés productives.

    BFM : eh bien voi­là le coup d’œil de Jacques Sapir sur ces normes de Bale III. Autre thème qui vous « titillais » un peu, la guerre des changes entre les deux rives du paci­fique, entre les cotes japo­naises et les côtes américaines.

    J.S. : oui, c’est un pro­blème impor­tant, parce que le Japon est la troi­sième éco­no­mie du monde, les Etats-Unis, la pre­mière éco­no­mie du monde et ces deux pays sont aujourd’hui enga­gés dans une guerre des changes. En un mois, on a vu le Yen pas­ser de 82 yens à peu près pour un dol­lar, à 87.5, 88 yens pour un dol­lar ; cela veut dire qu’il y a une dépré­cia­tion du yen d’environ 5% en un mois. C’est par­fai­te­ment cohé­rant avec la poli­tique que le nou­veau pre­mier ministre, mon­sieur ABE, veut mettre en œuvre et il l’a dit.

    BFM : c’est une volon­té poli­tique japonaise.

    J.S. : ah oui tout à fait ! Il veut une déva­lua­tion du Yen de 20%. Aujourd’hui, on voit à dif­fé­rents signes que le Réserve Fédé­rale veut ralen­tir cette déva­lua­tion du yen, elle sait très bien qu’elle ne peut pas com­plè­te­ment s’y oppo­ser, mais qu’elle veut ralen­tir et d’une cer­taine manière, elle a les moyens de mena­cer rela­ti­ve­ment le Japon, ne serait-ce qu’en rache­tant des titres japo­nais de manière à faire remon­ter le yen. On voit qu’il y a un bras de fer de ce point de vu là impor­tant. L’importance de ce pro­blème réside dans le fait que, cette ques­tion moné­taire, échappe com­plè­te­ment, d’abord, aux ins­ti­tu­tions inter­na­tio­nales. On voit très bien que le G20 n’a pas son mot à dire. Echappe com­plè­te­ment aux ins­ti­tu­tions euro­péennes et démontre par ailleurs, et c’est un point impor­tant, pour les auto­ri­tés de la zone Euro, que des déva­lua­tions rela­ti­ve­ment signi­fi­ca­tives peuvent-être un ins­tru­ment e relance. Or la des­sus, on voit que les auto­ri­tés de la zone Euro res­tent aveugles et sourdes à ce qu’il se passe.

    BFM : oui, et en plus cette déva­lua­tion du yen est peut-être qu’à ces débuts, Jacques ? On a fait un petit cal­cul ce matin, le yen reste 15% au-des­sus au niveau moyen de ces dix der­nières années. On reste 15% au-dessus.

    J.S. : tout à fait ! L’objectif de M. Abe est une déva­lua­tion de 20%. Il a d’ores et déjà obte­nu 5% en un mois, et il a bien l’intention de conti­nuer. Sauf qu’une déva­lua­tion de cette ampleur pour une mon­naie de l’importance du yen, pour une éco­no­mie de l’importance du Japon…

    BFM : ce n’est pas anodin…

    J.S. : ce n’est pas ano­din. Cela vou­dra dire des pres­sions concur­ren­tielles, à la fois sur les Etats-Unis, mais aus­si sur l’Europe tout à fait considérables.

    (*)Éco­no­miste, Direc­teur d’études à l’É­cole des Hautes Études en Sciences Sociales.

    (1) Le « Sha­dow Ban­king » : voir cet article de la tri­bune en 2011 :

    http://​www​.latri​bune​.fr/​e​n​t​r​e​p​r​i​s​e​s​-​f​i​n​a​n​c​e​/​b​a​n​q​u​e​s​-​f​i​n​a​n​c​e​/​b​a​n​q​u​e​/​2​0​1​2​1​1​1​9​t​r​i​b​0​0​0​7​3​1​8​2​0​/​s​h​a​d​o​w​-​b​a​n​k​i​n​g​-​l​e​-​s​y​s​t​e​m​e​-​b​a​n​c​a​i​r​e​-​p​a​r​a​l​l​e​l​e​-​q​u​i​-​v​a​l​a​i​t​-​6​7​.​0​0​0​-​m​i​l​l​i​a​r​d​s​-​d​e​-​d​o​l​l​a​r​s​.​h​tml

    Réponse
  287. Wikicrate

    Bra­vo Etienne de gar­der cette capa­ci­té d’autocritique.
    Il va main­te­nant fal­loir faire un peu de ménage dans les ana­lyses pos­tées sur le web pour adap­ter le discours…
    Amicalement,
    Emmanuel

    Réponse
  288. phil82

    Extrait d’un livre « Les cor­res­pon­dants du Tré­sor », Eli­sa­beth Val­let, Paris, l’Harmattan, 2003.

    Une hété­ro­no­mie finan­cière imposée

    « …Le tré­sor est au cœur du dis­po­si­tif finan­cier de l’Etat. « Etat dans l’Etat (1)», son rôle lui a été confié par l’Histoire, ses moyens par la conjonc­ture. OI cette struc­ture « n’a guère d’équivalent dans le monde (…) En sus, le Tré­sor fran­çais assume les fonc­tions ban­caires que (ses homo­logues étran­gers) n’ont pas : c’est le plus gros col­lec­teur de fonds du pays avec (les) fonds dépo­sés par les par­ti­cu­liers et les entre­prises, plus (les) dépôts, contraints et non rému­né­rés, d’entités du sec­teur public sans oublier les Centres des chèques pos­taux qui, bon gré mal gré, four­nissent (…) des liqui­di­tés au Tré­sor. Ce qui fait l’une des plus grosses banques fran­çaises (2). La spé­cia­li­té de cet Etat ban­caire tient du fait que, le plus sou­vent, ce sont des argu­ments de puis­sance et de contrainte qui lui per­mettent de drai­ner les dis­po­ni­bi­li­tés d’entités juri­di­que­ment dis­tinctes. Les cor­res­pon­dants du Tré­sor, qui repré­sentent la plu­part du temps des enti­tés juri­di­que­ment auto­nomes, sont ain­si sou­mis aux dis­po­si­tions exor­bi­tantes du droit com­mun mises en place par l’Etat et pour l’Etat.

    Parce qu’ils sont enser­rés dans des rela­tions déter­mi­nées par l’Etat, les cor­res­pon­dants du Tré­sor sont étroi­te­ment dépen­dants de ce der­nier. Cette dépen­dance est impo­sée par les textes mais elle éga­le­ment ren­for­cée par le fait que se mul­ti­plient les liens entre le Tré­sor et ses cor­res­pon­dants. Ces liens sont tels que même s’ils sont juri­di­que­ment auto­nomes, les cor­res­pon­dants du Tré­sor sont tant et si bien reliés à l’Etat que, de fac­to, ils deviennent hété­ro­nomes. Ain­si, l’hétéronomie finan­cière des cor­res­pon­dants du Tré­sor est fon­dée d’une part sur la logique contrai­gnante de leur sta­tut, tel qu’il est défi­ni par l’Etat et d’autre part sur la mul­ti­pli­ca­tion des liens finan­ciers entre le Tré­sor et ses correspondants… »

    (1) Et (2) MAMOU Yves, Une machine de pou­voir – La Direc­tion du Tré­sor, Paris, La Décou­verte, 1988.

    Un article d’Yves MAMOU dans le Nou­vel Obser­va­teur en 1988

    http://​refe​ren​tiel​.nou​ve​lobs​.com/​a​r​c​h​i​v​e​s​_​p​d​f​/​O​B​S​1​2​1​6​_​1​9​8​8​0​2​2​6​/​O​B​S​1​2​1​6​_​1​9​8​8​0​2​2​6​_​0​5​7​.​pdf

    Décret por­tant liste des cor­res­pon­dants du Trésor :

    http://​www​.legi​france​.gouv​.fr/​j​o​p​d​f​/​c​o​m​m​o​n​/​j​o​_​p​d​f​.​j​s​p​?​n​u​m​J​O​=​0​&​d​a​t​e​J​O​=​2​0​0​7​0​1​2​5​&​n​u​m​T​e​x​t​e​=​1​3​&​p​a​g​e​D​e​b​u​t​=​0​1​4​3​2​&​p​a​g​e​F​i​n​=​0​1​432

    - Banque cen­trale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO).
    – Banque des Etats de l’Afrique cen­trale (BEAC).
    – Banque cen­trale des Comores (BCC).
    – Ins­ti­tut d’émission d’outre-mer (IEOM).

    Réponse
  289. phil82
  290. Sam

    Une pause avant ten­ta­tive de syn­thèse d’étape

    Sans aucun mau­vais esprit, ce que je trouve le plus sédui­sant dans la thèse attri­buée à Adrien, c’est qu’en sui­vant une démarche un peu simi­laire à celle qu’ont sui­vie Lior et Maga­li, et même bien plus faci­le­ment pour le coup, on pour­ra s’i­ma­gi­ner démon­trer rigou­reu­se­ment qu’elle est encore plus fausse que celle qui était cri­ti­quée au départ de ce débat. Or je suis convain­cu qu’elle elle est encore plus juste, pour ne pas dire que ce para­doxe ne fait que ren­for­cer mon intuition.

    Sauf erreur de ma part, cette thèse ne fait qu’é­tendre la pro­po­si­tion que Lior et Maga­li ont cri­ti­qué, rejoi­gnant la thèse plus géné­rale selon laquelle, en somme, l’É­tat se serait pri­vé de tout contrôle et de tout béné­fice de la créa­tion moné­taire, qu’il avait un temps repris après guerre, la loi du 3 jan­vier 1973 ayant joué un rôle déci­sif dans l’opération.

    La mise en pers­pec­tive pro­po­sée par AA semble poli­ti­que­ment très sen­sée, au moins autant que la thèse (tron­quée) que nous savons, ne serait-ce que parce qu’elle est confir­mée à la fois par les faits et par les inten­tions des acteurs, reven­di­quées à l’é­poque et depuis.

    Mais si elle est sans doute très por­teuse pour ce débat, c’est aus­si parce qu’elle pré­sente le même double défaut que la thèse « réduite » :

    - d’une part, si on l’a­borde sous un angle basi­que­ment tech­nique, et sur­tout si on foca­lise sur les seules clauses de la loi du 3 jan­vier 1973, on doit pou­voir démon­trer aisé­ment qu’elle repose sur une gros­sière erreur. En effet, selon ses termes, la loi de 1973 est encore plus trans­pa­rente s’agissant de fer­mer les autres vannes du « Cir­cuit » que s’agissant d’interdire les seules avances… Il est évident qu’elle n’effleure même pas la ques­tion du « plan­cher » ni celle de la « dette à vue », en par­ti­cu­lier. Elle ne risque pas de le faire pour la bonne rai­son qu’elle porte sur la Banque de France et pas du tout sur les banques (de dépôt) secon­daires (ni sur le Tré­sor, à l’exception déjà notée des articles 19 et 25, jus­te­ment).

    À ce stade en réa­li­té très super­fi­ciel de l’a­na­lyse, le plus cocasse est que si Adrien semble encais­ser un penal­ty sans même avoir plon­gé… le bal­lon rebon­dit aus­si sec jus­qu’à l’autre bout du ter­rain de jeu pour entrer dans les buts de Lior qui, lui, venait de plon­ger… dans le piège. Piège consis­tant à suivre la piste géné­rale du « Cir­cuit » tout en oubliant de pré­ci­ser quel est le rap­port avec la ques­tion de départ : la loi de 1973 et ce que ses clauses ont de mani­fes­te­ment contrai­gnant. Cette obser­va­tion a sur­tout fini de me convaincre d’une intui­tion dont je veux vous par­ler ici et qui peut se résu­mer ain­si : il y a une manière d’en­quê­ter qui fait que plus on avance, plus on recule…

    - D’autre part, il est plu­tôt évident que cette thèse, du moins la par­tie qu’A­drien en a expo­sé à ce stade, est très incom­plète : on nous a fer­mé le « Cir­cuit » (du Tré­sor), certes, mais on a éga­le­ment mis en place de vastes mar­chés finan­ciers. Bref, au mieux ça sent fort la par­tie émer­gée de l’iceberg.

    Encore une fois, ne voyez aucun mau­vais esprit dans ces remarques. J’es­saie d’être le plus pos­sible construc­tif mais j’es­saie aus­si de faire court et de trou­ver la bonne approche, pour aller droit au but. Je sou­haite moi aus­si, bien sûr, nous aider à en venir rapi­de­ment à une ten­ta­tive de syn­thèse (d’é­tape).

    Je vou­drais qu’elle porte sur le fond mais aus­si sur la forme. Je l’ai déjà assez insi­nué, je nous décon­seille de trop dis­so­cier les deux. Autre­ment dit, nous avons beau­coup de leçons à tirer de nos démarches.

    Fichu para­doxe qui – n’a­vez-vous pas remar­qué ? – revient sans cesse dans ce débat : on peut dif­fi­ci­le­ment faire des reproches à Lior et Maga­li qui, après tout, n’ont fait que cher­cher hon­nê­te­ment à cri­ti­quer une for­mule dont ils semblent pen­ser qu’elle résume cer­taine thèse, mais il faut envi­sa­ger (pour res­ter opti­miste) l’i­dée un peu inquié­tante que d’autres uti­li­se­ront et uti­lisent peut-être déjà ce tra­vail pour des entre­prises moins… éclai­rantes. Bref, je ne veux plus rete­nir une idée qui me tra­casse beau­coup et je les invite vrai­ment à prendre du recul et à s’in­ter­ro­ger, sur­tout si ça n’é­tait pas déjà fait, sur la por­tée de cette affaire et sur le rôle que peut jouer le choix d’une approche.

    S’il me fal­lait résu­mer le reproche que je leur adresse, c’est d’a­voir énor­mé­ment DÉPOLITISÉ le sujet par la manière dont il ont trai­té la ques­tion. C’est le meilleur moyen de voir toutes sortes de bribes de ses tra­vaux récu­pé­rés. Avec ses propres conclu­sions dis­tor­dues à loi­sir, ça va sans dire. Sur­tout sur un tel sujet, aus­si obs­cur et idéo­lo­gi­que­ment imprei­gnable qu’il est poli­ti­que­ment décisif.

    J’ai même déjà enten­du (comme vous, sans doute) une pro­cla­ma­tion se réjouis­sant expli­ci­te­ment à l’i­dée que ces mêmes conclu­sions que Lior semble sou­te­nir auraient fait perdre une grosse bataille, pour ne pas dire la guerre, aux « anti-libé­raux ». Une idée qui me donne vrai­ment envie de vomir tel­le­ment elle confine au contre­sens aux yeux de qui­conque lutte contre l’o­li­gar­chie en place et connait un peu l’im­por­tance que revêtent ces ques­tions dans notre mal­heur com­mun. C’est un peu comme si une fille se fait vio­ler publi­que­ment et que les salauds qui ont lais­sé faire (et se sont rin­cé l’oeil), pour l’a­che­ver mora­le­ment en lui mon­trant à quel point la force et l’im­mo­ra­li­té gou­vernent, lui lancent un bruyant : « Salope ! Dis-le qu’t’aimes ça ! »

    Que Lior et Maga­li m’en excusent, je prends sur moi de faire ces remarques qui me tra­vaillent. À la lumière de ce genre d’é­vè­ne­ments je les invite, peut-être au nom de beau­coup de gens qui se battent plus ou moins ensemble pour une cause que je crois juste, non seule­ment à assu­rer ici et là le « ser­vice après-vente » dans la mesure de leurs forces, mais d’a­bord et sur­tout à prendre un sacré recul dans leur manière d’a­bor­der ce sujet et de com­mu­ni­quer à son propos.

    Pour prendre une image dont j’ai­me­rais qu’elle soit déca­lée, on ne mène pas une enquête sur une grande mafia en s’obs­ti­nant à se convaincre qu’on peut tran­quille­ment appli­quer les pro­cé­dures de rou­tine apprises dans une école de bonnes soeur dont le direc­teur est un cou­sin du par­rain, et en s’i­ma­gi­nant que la petite lumière qu’on pro­jette ira loin au-delà des pre­miers rideaux de façade.

    Et pour prendre une autre image, sans doute au moins aus­si proche du sujet, quand on se pose des ques­tions sur l’exis­tence du bon dieu machin, on ne boucle pas son enquête en consul­tant les ser­vices de sa sain­te­té le pape.

    En tous cas, il devient de plus en plus évident qu’en sui­vant une telle approche, ici, plus on démontre un tas de véri­tés toutes « for­melles » et vrai­sem­bla­ble­ment très décon­nec­tées des réa­li­tés, au motif d’être conformes à je ne sais quel déter­mi­nisme juri­dique sup­po­sé tout puis­sant, et plus on s’é­loigne, au regard du pro­blème d’en­semble, de la « véri­té poli­tique », celle qui res­sort aus­si bien de l’ob­ser­va­tion des faits que des reven­di­ca­tions de l’en­semble des acteurs.

    Du reste, il va sans dire qu’au pre­mier degré la ques­tion, telle qu’elle est for­mu­lée, n’a stric­te­ment plus aucune por­tée pra­tique depuis des lustres. 

    Or il est évident que la consi­dé­rer dans une pers­pec­tive pra­tique, poli­tique, devrait au contraire invi­ter à accor­der bien plus de sérieux au sens « his­to­rique » se déga­geant de l’en­semble des évè­ne­ments et des posi­tions des acteurs. 

    Quant audit déter­mi­nisme juri­dique, on se demande par la ver­tu de quel loi imma­nente il tien­drait. Celle qui aurait aus­si décré­tée que le domaine des pou­voirs publics est néces­sai­re­ment bien limi­té et bien étanche ? (Eh, oh, quand on n’a plus de consti­tu­tion, c’est que le pape­lard n’en­gage que ceux qui boivent les pro­messes…)

    Donc pour la nième fois, quitte à devoir tou­jours réduire le sens de ce qu’on dit : non, Lior, la réponse n’est mani­fes­te­ment pas celle-ci,(j’y revien­drai bien sûr) mais sur­tout, la ques­tion n’est pas celle que tu poses. Elle est sans doute (en par­tie) celle que tu for­mules, mais le déter­mi­nisme qu’elle implique n’a cer­tai­ne­ment pas à être réduit à celui que tu pré­tends obser­ver, ce qui fait que la ques­tion et la réponses varient beau­coup selon qui les formule.

    Atten­dez, je vous vois venir. Je ne suis pas du tout en train de dire que, la mon­naie étant un sujet magique, dans lequel le mythe et la réa­li­té se rejoignent – comme tout ce qui touche de près à l’É­tat (guerre, reli­gion, école, etc.) – il serait vain d’en­quê­ter scien­ti­fi­que­ment. Loin de moi cette idée. Je dis, par contre, que la pre­mière erreur est de ne pas com­prendre que la véri­té au sens scien­ti­fique et la véri­té au sens his­to­rique sont des choses extrê­me­ment dif­fé­rentes et que les éta­blir (et les main­te­nir) impliquent des pro­ces­sus sou­vent très dif­fé­rents. C’est une chose qu’il faut d’ailleurs avoir bien en tête dès lors que l’on est confron­té à des experts qui oublient d’être scien­ti­fiques (la véri­té révé­lée et la mon­naie, tout un programme…)

    Au mini­mum, ce pro­blème énorme nous appelle à adap­ter chaque fois la démarche de recherche et notam­ment à varier et à alter­ner les pers­pec­tives pour évi­ter de tom­ber dans les gros pièges d’une logique inap­pro­priée, d’au­tant plus lors­qu’elle se veut unique – Bour­dieu disait quelque chose comme : il y a la logique de la rai­son et la logique des corps, qui s’im­pose dans les faits sans pour­tant faire appel à la raison.

    Mais il y a aus­si des impasses logiques plus direc­te­ment cri­ti­quables. Par exemple, un défaut de l’ap­proche posée par Lior (du moins au départ) est qu’elle ne cherche que ce que la loi en ques­tion inter­dit, sans regar­der ce qu’elle per­met de nou­veau. En l’es­pèce, je crains d’a­voir décou­vert que cette impasse était rédhi­bi­toire. On peut d’ailleurs son­ger que ce réflexe était d’au­tant plus vital, ici, que la loi en ques­tion, après un cer­tain stade de l’a­na­lyse est répu­tée n’a­voir rien chan­gé… et qu’en même temps les faits comme les pro­pos semblent curieu­se­ment s’obs­ti­ner à dire le contraire.

    Or on peut tout autant com­men­cer en posant la ques­tion ain­si : qu’est-ce que la loi du 3 jan­vier 1973 intro­duit comme nou­velles pos­si­bi­li­tés (notam­ment pour la Banque de France), et est-ce que ces nou­veaux pos­sibles ne pous­se­raient pas fran­che­ment le Gou­ver­ne­ment et le Tré­sor à emprun­ter sur les mar­chés finan­ciers, au point que la pra­tique puisse appa­raître « forcée » ?

    J’ar­rête là cette par­tie intro­duc­tive de ma syn­thèse, sur cette ques­tion dont je pres­sens bien sûr qu’elle nous ouvre une boîte de Pandore.

    Réponse
  291. t'es moins pour le plus du moins!

    Sam, c’est qui le Adrien dont tu parles ?

    Donne-nous les réfé­rences du mes­sage stp pour qu’on suive ton rai­son­ne­ment, merci.

    Réponse
  292. plus loin que le trottoir...

    Voir la théo­rie de Mac-Luhan sur le fond et la forme du message…

    Réponse
  293. au-delà des tourments...

     » il y a une manière d’en­quê­ter qui fait que plus on avance, plus on recule… »

    eh, nor­mal ma foi, la volon­té crée une résis­tance et la résis­tance, c’est quoi, c’est une res, une chose comme un mur, et un mur, c’est comme une pri­son, ça ferme au lieu d’ou­vrir, en fait celui qui avance c’est celui qui va au-delà de la volon­té, qui n’a pas de volon­té mar­quée, qui va son che­min, qui butine toutes les fleurs et qui en fait son miel…N’oublions pas les phrases para­doxales qui disent beau­coup car ne l’ou­blions pas non plus, le para­doxe récon­ci­lie les contraires, celui qui ne veut rien à tout !

    celui qui veut n’a rien !

    Réponse
  294. Et si demain c'était hier!

    Les détails, les détails, les tous petits détails, c’est sur eux qu’il faut foca­li­ser l’at­ten­tion, n’ou­blie pas le tra­vail d’Han­nah Arendt Sam !

    Réponse
  295. lit et rature

    Toute chose peut être vue sous son double aspect.

    Cette chose que j’ob­serve, qu’empêche-t-elle, qu’autorise-t-elle ?

    Ne rien empê­cher ce n’est pas rien, ce n’est pas inac­tif, c’est au contraire bigre­ment agissant !

    Si je n’empêche pas mon voi­sin de tuer sa femme, eh, bien, ma foi, ce n’est pas rien, ça pro­duit des effets !

    Réponse
  296. Sam

    @ t’es moins pour le plus du moins !

    (z’a­vez d’ces pseudos.… ;)…)

    La thèse d’A­drien, facile, c’est le pre­mier enca­dré colo­ré que tu ren­contres quand tu remontes (cité dans le mes­sage 284 d’É­tienne).

    Réponse
  297. rat---à la --tee--boisée

    Tant qu’on recherche la solu­tion à l’in­té­rieur de la dicho­to­mie a et non‑a, on est pris dans une illu­sion de choix pos­sible, un piège à rat quoi !

    Réponse
  298. Sam

    @ Et si demain c’é­tait hier !

    n’ou­blie pas le tra­vail d’Han­nah Arendt Sam !

    ‘fait c’ qu’on peut mais ça, tu parles si j’essaie !

    Réponse
  299. pagir el nagir

    Agir contre, c’est encore agir selon, ne l’ou­blions, ne l’ou­blions pas !

    Agir contre, c’est encore agir selon !

    Réponse
  300. Moi le Sage

    Ce n’est pas éton­nant que Lioor se fasse le défen­seur de cette fameuse loi Pom­pi­dou… Ce gar­çon n’est qu’un troll de la finance inter­na­tio­nale envoyé sur FB pour répandre la bonne parole… Vous per­dez votre temps en vous posant toutes ces ques­tions sur cette loi votée en cati­mi­ni pen­dant les fêtes de fin d’an­née 72⁄73 sous la pré­si­dence d’un ancien bras droit des Roth­schild… Les faits sont là pour démon­trer la noci­vi­té de cette loi et la com­pli­ci­té inté­res­sée de nos Poli­tiques d’après le Gaul­lisme… Le bon sens est sou­vent suf­fi­sant pour com­prendre l’histoire…

    Réponse
  301. ravi de la crèche

    Je m’ex­plique.

    Agir contre c’est agir selon,ça veut dire que c’est une ré-action à un sys­tème qui s’é­di­fie sur une idéo­lo­gie qui elle-même est une ten­sion entre deux pôles + et -, mais ces deux signes même s’ils sont dif­fé­rents appar­tiennent bien au même mode de fonc­tion­ne­ment, ils sont com­plé­men­taires et s’en­tre­tiennent mutuel­le­ment, si l’un des deux termes s’é­va­nouit, c’est tout le sys­tème qui dégrin­gole car la ten­sion n’existe plus alors, c’est pour­quoi la réac­tion je la classe dans ce mode de fonc­tion­ne­ment, agir contre c’est agir selon la généa­lo­gie de ce sys­tème-là, c’est lui appar­te­nir, c’est être alié­né à lui, c’est lui obéir.

    Réponse
  302. MagaliAB

    Il est anor­mal que la ligne poli­tique éco­no­mique de notre pays soit si com­pli­quée à comprendre. 
    L’é­so­té­risme de la loi de 1973 me fait pen­ser à l’his­toire de la concep­tion de « la règle d’or des 3% ».

    Vous connais­sez peut-être déjà le témoi­gnage d’un de ses inven­teurs, Guy Abeille :

    http://​www​.latri​bune​.fr/​a​c​t​u​a​l​i​t​e​s​/​e​c​o​n​o​m​i​e​/​f​r​a​n​c​e​/​2​0​1​0​1​0​0​1​t​r​i​b​0​0​0​5​5​4​8​7​1​/​p​o​u​r​q​u​o​i​-​l​e​-​d​e​f​i​c​i​t​-​a​-​3​-​d​u​-​p​i​b​-​e​s​t​-​u​n​e​-​i​n​v​e​n​t​i​o​n​-​1​0​0​-​f​r​a​n​c​a​i​s​e​.​h​tml

    À pla­cer tout en haut dans le top des ravages de la comm’… et 30 ans plus tard, cette bla­gou­nette des­ti­née à débar­ras­ser le pré­sident de la répu­blique des ministres qué­man­deurs, a acquis force de loi non seule­ment en France, mais dans l’Eu­rope entière.

    Réponse
  303. Sam

    Début d’une ten­ta­tive de synthèse

    J’en viens à la grande piste que j’ai évo­quée en finis­sant mon mes­sage pré­cé­dent (298). Pour cela, je vous pro­pose une approche fai­sant conver­ger un ensemble de che­mins des­si­nant contexte tel que je le com­prends. Il a le contexte his­to­rique, au sens de ce qui s’est pas­sé avant et de ce qui est entrain de se pas­ser, mais il y a aus­si celui que des­sinent d’autres obser­va­tions, qui peuvent d’ailleurs se rap­por­ter à des évè­ne­ments ultérieurs.

    Un pre­mier indice, qui nous rap­pelle à lui seul com­bien la conclu­sion de Lior est pré­caire : comme l’a bien noté Lior, for­mel­le­ment, la loi du 3 jan­vier 1973 per­met à l’État de CONTINUER à « faire tour­ner la planche à billets » d’une cer­taine manière : le Gou­ver­ne­ment de l’État, qui nomme d’ailleurs celui de la banque de France (depuis 1936, sauf erreur), peut très bien deman­der à ce der­nier de conve­nir de rehaus­ser le pla­fond des avances.

    J’ai objec­té, et je conti­nue plus que jamais d’objecter, que cette per­mis­sion est toute for­melle. J’ai par­lé de mono­pole de l’initiative, etc. Des choses tout de même sacré­ment déci­sives. Et j’ai ajou­té qu’on peut clai­re­ment consta­ter que, dans les faits, la chose ne s’est pro­duite que rare­ment, et même qu’elle s’est le plus sou­vent pro­duite dans des cir­cons­tances « extrêmes », semble-t-il.

    À cet égard, la men­tion d’Olivier Ber­ruyer fait vrai­ment de la peine : le fait est que la planche à billet en ques­tion a essen­tiel­le­ment arro­sé les enva­his­seurs alle­mands et leurs com­plices, mas­si­ve­ment et à plu­sieurs reprises… Pas dif­fi­cile à voir, même dans les deux com­pi­la­tions très offi­cielles de textes rela­tifs aux sta­tuts, lois et conven­tions concer­nant la BdF, sur­tout quand elles sont croi­sées avec un simple gra­phique retra­çant les concours.

    Regardons‑y d’ailleurs d’un peu plus près. Excep­té les incroyables épi­sodes de guerre voire d’avant guerre, on note en par­ti­cu­lier (depuis 1929) 4 vagues de finan­ce­ment moné­taires par le biais des concours. Pas plus.

    Une pre­mière fin 1936. C’est à l’avant-veille de la 2e guerre mon­diale, et les hypo­thèses les plus lou­foques au demeu­rant sont per­mises quand on lit notam­ment « Le choix de la défaite ». Mais on peut au moins ajou­ter que les for­mi­dables aug­men­ta­tions de salaires décro­chées au temps du front popu­laire seront éro­dées par l’inflation avant même la fin de l’année 1936… Cet épi­sode moné­taire a d’ailleurs un trait remar­quable lorsqu’on le com­pare à tous les autres : la planche à billet se met à tour­ner extrê­me­ment vite et fort subi­te­ment, juste après les grèves de juin 1936. 

    Ensuite, nous avons (bien plus en sou­plesse, pro­gres­si­ve­ment) les deux années 1946–1947. On peut faci­le­ment sup­po­ser qu’il s’agissait de gros tra­vaux urgents de recons­truc­tion, entre­pris dans un contexte dont on ima­gine l’humeur d’union sacrée nationale. 

    Après, nous avons une hausse signi­fi­ca­tive des avances en 1953… mais avec rem­bour­se­ment rapide ensuite, dans les 3 années suivantes. 

    Enfin, en 1957, avec, semble-t-il, ten­ta­tive de rem­bour­se­ment dif­fé­ré à par­tir de 1960 mais à moi­tié avortée. 

    Note sup­plé­men­taire : aucune trace des conven­tions signées en 1957.

    Mais ne nous éga­rons pas trop. La logique la plus élé­men­taire nous per­met en tous cas de faire la remarque sui­vante : si la loi du 3 jan­vier 1973 per­met à l’État de conti­nuer à « faire tour­ner la planche à billets », l’un des mots clés, ici, est le verbe conti­nuer. Et on peut vrai­ment se deman­der pour­quoi, de fait, cette pos­si­bi­li­té a si peu (et si mal) été uti­li­sée jusqu’à pré­sent. Autre­ment dit, si rien n’a chan­gé, on peut d’ores et déjà pos­tu­ler que cette pos­si­bi­li­té ne sera sans doute uti­li­sée qu’en cas de force majeure. Disons pour le moment : à défaut de toute autre possibilité.

    Deuxième indice. « Comme par hasard », j’ai enten­du dire (je ne suis pas encore allé véri­fier moi-même ce point) que les par­le­ments se sont mis à voter des bud­gets en défi­cit depuis 1974 et ensuite, chaque année, pen­dant des décen­nies. Je n’avais jamais bien foca­li­sé sur cet aspect jusqu’à ce jour. Et je crois sur­tout que j’ai tou­jours pris ce bout de la ques­tion à l’envers faute de l’avoir posée clai­re­ment, en me disant sim­ple­ment, chaque fois que j’y pen­sais vague­ment, que c’était la consé­quence de « la loi de 1973 » qui inter­di­sait à l’État gnin­gnin­gnin. On retrouve ici la super­fi­cia­li­té et l’étroitesse d’un « rai­son­ne­ment » plus géné­ral qu’on connait bien.

    Il y a quelque chose de frap­pant dans le contraste entre cette pra­tique sys­té­ma­tique et l’acharnement, invo­qué au point pré­cé­dent, à ne jamais recou­rir aux concours de la banque de France au Tré­sor. Mais il y a ici un ensemble de points sur les­quels et je veux tout autant insister.

    D’abord, le fait que les par­le­ments aient voté des bud­gets en défi­cit implique que les gou­ver­ne­ments asso­ciés se sont mis à les pro­po­ser sys­té­ma­ti­que­ment, ces bud­gets en défi­cit. Il ne s’agit pas de dire que des défi­cits n’étaient jamais atteints avant, il s’agit de voir à la fois une dif­fé­rence de nature dans le nou­veau régime et un bout de méca­nisme associé. 

    Que se pas­sait-il, jus­te­ment, si l’exécution du bud­get mon­trait un dépas­se­ment impré­vu des dépenses ? On consta­tait le défi­cit après coup et on tachait de le com­bler d’une manière ou d’une autre. Rapi­de­ment, car on ne peut main­te­nir un compte dans le rouge à la Banque de France. 

    J’ai déjà évo­qué cette séquence d’urgence dans un mes­sage pré­cé­dent. En somme, c’est jus­te­ment à ce moment que le Gou­ver­ne­ment, via le Tré­sor, était ten­té de mettre la planche à billet de la Banque de France à contribution. 

    Or s’il insis­tait et s’il ne vou­lait pas recou­rir à d’autres moyens, elle ne pou­vait tout sim­ple­ment pas le lui refu­ser.

    Mais on le sait très bien, par ailleurs, d’après les faits comme les dis­cours, tout ce beau monde, du moins avant guerre et à nou­veau depuis les années 1960, a tou­jours vou­lu évi­ter une telle situation.

    Autre­ment dit, ce qui appa­rais­sait comme un com­por­te­ment irres­pon­sable de la part d’un gou­ver­ne­ment au sens très large, et aux yeux de la classe poli­tique au sens très large, c’était de lais­ser se pro­duire une situa­tion telle qu’on doive en arri­ver à cette extré­mi­té. Tan­dis que s’endetter d’une toute autre manière n’était pas du tout vu comme un acte irres­pon­sable au demeu­rant.

    D’ailleurs, les idées de Keynes n’étaient-elles pas tou­jours archi en vogue ? Bref, ça se jus­ti­fiait sans aucun mal par une volon­té de relance. Et tant pis si, au motif de ne pas faire mar­cher la planche à billet de l’É­tat, on fai­sait en fait tour­ner celle des banques : on l’a dit, la res­pon­sa­bi­li­té, c’est d’as­su­mer véri­té des prix, etc. 

    Une petite remarque sup­plé­men­taire, à cet égard : une par­tie des inté­rêts revient dans la poche de l’É­tat via le béné­fice du refi­nan­ce­ment de la Banque de France et le divi­dende qu’elle paie à l’É­tat. Mais de toutes manières, ça a été dit et redit, on peut tou­jours déci­der d’aug­men­ter les impôts pour équi­li­brer le bilan, avec ou sans la dette. Bref, simple ques­tion de poli­tique contra-cyclique, autre­ment dit de relance.

    Nou­veaux indices. Pri­mo, à la place du Gou­ver­ne­ment, qu’est-ce que j’en aurais à foutre d’emprunter à des banques et avec inté­rêts ? D’une, je me casse dans cinq ans. Deux : si, au lieu de lan­cer un emprunt à l’intitulé bien sym­bo­lique et direc­te­ment auprès des citoyens, j’emprunte tran­quillou « aux mar­chés », qui sau­ra que j’ai emprun­té, com­bien et à quel taux ? À part des gens dont c’est le busi­ness ou le métier. Bref, ceux qui peuplent les ser­vices de la tech­no­cra­tie d’État ou ceux de la tech­no­cra­tie de marché ?

    J’ai par­lé de relance. Cela peut paraître contra­dic­toire quand elle devient sys­té­ma­tique… (j’ai sou­li­gné par ailleurs le carac­tère chro­nique, sys­té­ma­tique, du défi­cit). Mais il n’y a en réa­li­té aucune contra­dic­tion. Déjà, le gou­ver­ne­ment ça n’est per­sonne dans la durée (non plus). Et cha­cun peut déci­der de faire de la relance.

    Mais plus basi­que­ment, comme l’a si bien dit Habe­rer lui-même, la poli­tique moné­taire est trans­pa­rente pour les « repré­sen­tants » élus, tan­dis que les contraintes bud­gé­taires, elles, ils sont bien for­cés de les voir et de com­po­ser avec eux-mêmes. Ain­si, ce qu’il y a de frap­pant à cet égard, c’est qu’on pré­tend avoir ins­tau­ré le nou­veau régime au motif de mettre les pou­voirs publics face à leurs res­pon­sa­bi­li­tés alors que les faits ont mon­tré plu­tôt l’in­verse… Et d’ailleurs, qu’est-ce qu’il s’en tape, le gou­ver­ne­ment en exer­cice, de la « véri­té des prix », si les gou­ver­ne­ments qui passent peuvent emprun­ter tou­jours plus (je revien­drai par un autre ver­sant sur cet aspect très important) ?

    Cha­cun de ces bouts de rai­son­ne­ment peut paraître très ano­din, mais l’ensemble donne beau­coup de sens. Car vu ain­si, on voit qu’en pra­tique, donc en réa­li­té, la ques­tion n’est pas de savoir si le Tré­sor veut emprun­ter à la Banque de France, elle est essen­tiel­le­ment de savoir s’il peut faire autre­ment, d’une manière à la fois pra­tique, rapide, au besoin mas­si­ve­ment, et d’une manière qui le fasse APPARAÎTRE COMME RESPONSABLE. En un mot : sans se mouiller lui-même.

    Par­don­nez-moi d’insister mais cette manière de poser la ques­tion est déjà toute dif­fé­rente, tan­dis qu’elle semble reve­nir au même. 
    Voi­là un pre­mier exemple, Lior, de ce que j’entendais en évo­quant l’idée d’un déter­mi­nisme plus « ouvert ».

    Du reste, il n’est pas indis­pen­sable de pour­suivre ce bout de déve­lop­pe­ment : on voit déjà clai­re­ment s’ap­pro­cher le mythe de la véri­té des taux d’intérêts fixés par « le mar­ché ».
    Ici, on est du côté de la demande. Reste à voir l’offre, qui relève encore plus clai­re­ment de la mau­vaise farce.

    Avant toute chose, pour que puisse s’appliquer la sup­po­sée loi du mar­ché, encore faut-il qu’il y ait un mar­ché. Et c’est là une chose qui tend à nous échap­per quand on regarde les choses 40 ans après les faits, car cela fait des décen­nies qu’on s’est employé à « natu­ra­li­ser » ledit mar­ché (pour reprendre une notion cen­trale dans la thèse de Ben­ja­min Lemoine). 

    Ain­si la ques­tion se trans­forme de nou­veau : elle est sur­tout, à pré­sent, de savoir dans quel état était ce mar­ché à l’époque et ce que la loi du 3 jan­vier 1973 a bien pu faire pour per­mettre son déve­lop­pe­ment, sa struc­tu­ra­tion, voire même pour qu’il puisse sim­ple­ment com­men­cer à exis­ter, ce marché.

    Pour qu’il y ait un mar­ché, il faut des ache­teurs mais il faut d’abord que les ven­deurs aient envie de se bous­cu­ler au por­tillon pour écou­ler leur came. 
    Autre­ment dit, que soient réunies un ensemble de condi­tions qui, d’un côté, main­tiennent les prix (ici les taux d’intérêt) vers le haut, et de l’autre, les poussent vers le bas. 
    Le pre­mier ensemble de ces condi­tions se syn­thé­tise par une rare­té de ladite came – on ver­ra que la rare­té, en l’es­pèce, est par­fai­te­ment artificielle. 
    Le second, par l’existence d’une concur­rence entre les dealers.

    Quel rap­port avec la loi du 3 jan­vier 1973, puisqu’elle ne concerne ni les banques « ordi­naires » ni leurs rap­ports avec le Tré­sor ni l’adjudication de bons du Tré­sor, etc. ? 
    Là encore, il fau­dra étu­dier soi­gneu­se­ment plus d’un mor­ceau tech­nique de la ques­tion pour démon­trer rigou­reu­se­ment ce qui doit l’être, si ça peut l’être, mais je crois qu’il y a là une autre obser­va­tion déci­sive à faire, que je n’ai pas inventée.

    La loi du 3 jan­vier 1973, par ses articles 26 et 27, confère à la Banque de France le pou­voir inouï d’escompter ou d’acquérir non plus sim­ple­ment une liste exhaus­tive d’effets défi­nie a prio­ri par le légis­la­teur mais abso­lu­ment tous les titres finan­ciers aux­quels elle accor­de­ra une valeur. Pou­voir natu­rel­le­ment décli­né : en la pos­si­bi­li­té d’a­che­ter aus­si bien ferme (défi­ni­ti­ve­ment, donc par créa­tion moné­taire pure et dure, per­ma­nente) que pour revendre, ain­si qu’en sou­ve­rai­ne­té s’a­gis­sant de déci­der du taux des escomptes et de la durée et de toutes les autres condi­tions qui régissent ces opé­ra­tions. La Banque de France est deve­nu une banque cen­trale au sens tris­te­ment « moderne », autre­ment dit « libé­ral », du terme.

    Elle assure désor­mais le rôle de pré­teur en der­nier res­sort non seule­ment pour des banques allouant du cré­dit dans des condi­tions qui pour­raient bien être entiè­re­ment admi­nis­trées, mais aus­si désor­mais, pour abso­lu­ment tous les agents pri­vés qui déci­de­ront d’émettre eux-mêmes des demandes de cré­dits en tous genres. Et ceci dans des condi­tions qui font que la fameuse « véri­té des prix », sou­te­nue en der­nière ana­lyse par une banque cen­trale for­cé­ment pri­son­nière de ces « mar­chés » qui se créent ou se recréent, et donc vouée à tra­duire leurs quatre volon­tés, ne tra­dui­ra rien d’autre que la loi de la ren­ta­bi­li­té pure et dure. Ren­ta­bi­li­té d’activités menées par des agents qui, évi­dem­ment, ne sont pas là pour coopé­rer et se par­ta­ger les « exter­na­li­tés » (le coût des dégâts) mais pour se livrer une concur­rence.

    Les élus socia­listes et com­mu­nistes avaient par­fai­te­ment com­pris le manège, comme en atteste l’in­tro­duc­tion des débats par­le­men­taires qu’on sait, ceux de la fin 1972.

    En d’autres termes, cette soi-disant loi du mar­ché, pour four­nir soi-disant la meilleure allo­ca­tion des res­sources (pré­misse tota­li­taire néo­li­bé­rale) exi­geait d’a­bord, pour se réa­li­ser, la mise en place de vastes mar­chés finan­ciers, en haut des­quels les banques de dépôt mais aus­si la banque cen­trale, pièce abso­lu­ment indis­pen­sable pour sou­te­nir l’é­di­fice.

    Pour celles et ceux qui ne sont pas rodés aux réflexions sur la mon­naie et le cré­dit, je me conten­te­rai de leur faire obser­ver ceci : pour que les agents finan­ciers, notam­ment les banques, soient assu­rés de pou­voir tirer pro­fit des titres finan­ciers, autre­ment dit pour que ces titres, comme la mon­naie dont ils sont l’i­mage, conservent leur « pou­voir libé­ra­toire », il faut qu’ils soient assu­rés qu’ils pour­ront tou­jours les revendre. Il faut donc que la banque cen­trale, seule à pou­voir créer une mon­naie réel­le­ment libre de tout contre­par­tie direc­te­ment mobi­li­sable (contrai­re­ment à la recon­nais­sance de dette expli­cite d’un agent envers un autre), puisse se por­ter acqué­reur plus ou moins mas­si­ve­ment de ces titres, pour en main­te­nir le cours, si pour une rai­son ou une autre (d’o­ri­gine spé­cu­la­tive très géné­ra­le­ment) la valeur d’é­change de ces titres s’ef­fondre (ce qu’on appelle un crash obli­ga­taire, les obli­ga­tions étant pré­ci­sé­ment cette forme de cré­dit libé­ra­li­sé dont je cause).

    En somme : pas de prê­teur en der­nier res­sort => pas de mar­ché finan­cier qui tienne.

    Ce qui nous amène à entre­voir le ver­sant d’à côté. Troi­sième mor­ceau de contexte : la situa­tion internationale. 

    Aux États-Unis, sous le pavillon des­quels n’importe qui pour­ra vite consta­ter qu’un nou­vel empire émer­geant s’abritait, et d’où il domi­nait une vaste par­tie du monde depuis au moins la 2e guerre mon­diale, une énorme planche à billet en réa­li­té pri­vée, pro­prié­té de ban­quiers célèbres, fonc­tion­nait désor­mais fré­né­ti­que­ment pour mener une guerre impi­toyable au com­mu­nisme.

    En face, que pou­vaient faire les banques cen­trales des autres « grands pays » sinon essayer de conte­nir la hausse tout aus­si absurde qu’in­dui­sait l’ef­fon­dre­ment vir­tuel du dol­lar sur la valeur de leurs mon­naies ? Donc ache­ter du dol­lar à tour de bras… (pour entre­te­nir une demande arti­fi­cielle qui en sou­tienne le cours). Ce qui signi­fiait, pour la Banque de France, par exemple, émettre du Franc à tour de bras… Des Francs qui n’iraient sans doute pas irri­guer l’économie pro­duc­tive. Car c’était ça où devoir se sépa­rer de ces res­sources réel­le­ment rares que sont les devises ou encore l’or. (Sorte d’ultime déri­vé pathé­tique de cette situa­tion déses­pé­ré, je l’avais signa­lé : les effets d’une dis­po­si­tion de 1949 font que lorsque le cours du Franc s’apprécie par rap­port au dol­lar, les avances de la Banque cen­trale réel­le­ment dis­po­nibles pour les inves­tis­se­ments publics natio­naux dimi­nuent méca­ni­que­ment…) Dans tous les cas, ce régime moné­taire de fous pous­sait tout à la fois à faire tour­ner les planches à billet et… à la réces­sion sur tous les fronts de la pro­duc­tion digne pen­dant que le pognon ali­men­tait la guerre.

    Arrive 1971, paroxysme de cet incroyable sys­tème moné­taire. La der­nière amarre qui liait la valeur des mon­naies aux métaux pré­cieux est coupée. 

    Vu d’aujourd’hui, pas besoin d’être bien cynique pour ima­gi­ner tout seul la solu­tion radi­cale qui allait pré­tendre résoudre le pro­blème dans « les grands pays » : faute de tout éta­lon légi­time ou pra­ti­cable à « la mesure de toutes choses », « le mar­ché » allait s’imposer comme méca­nisme le plus effi­cace pour fixer la valeur des mon­naies.

    Mais c’est même encore plus natu­rel que ça : les banques cen­trales des autres pays que les USA ne pou­vaient tout sim­ple­ment plus sou­te­nir ce régime de fou dont j’ai taché de rap­pe­ler les grands traits, et le seul fait qu’elles étaient for­cées de jeter l’éponge signi­fiait que les changes flot­taient désor­mais. Autre­ment dit, qu’ils étaient livrés aux lois du mar­ché, quel que soit la gueule de ce marché.

    En réa­li­té, donc, la ques­tion qui se posait n’était pas de savoir si on avait déci­dé de faire du change flot­tant mais de savoir, vu que cette situa­tion s’était impo­sée de fait, com­ment struc­tu­rer et, si néces­saire, déve­lop­per, voire créer de toutes pièces, les mar­chés qui per­met­traient que la véri­té des prix (des taux) soit le moins pos­sible, disons, sou­mis à l’arbitraire d’une ou quelques grosses puis­sances. À com­men­cer par les gros États eux-mêmes, bien sûr. Encore une fois, faute de créer autre chose, cette véri­té des prix était déjà impo­sée par l’arbitraire de quelques grosses machines, et sur­tout par la poli­tique étran­gère des USA.

    Vous com­pre­nez peut-être mieux, vu ain­si, qu’un Rocke­fel­ler ait pu se van­ter, dit-on, de s’entendre avec un ensemble de ban­quiers et d’intellectuels à leur ser­vice pour conspi­rer contre les sou­ve­rai­ne­tés natio­nales, à com­men­cer (oublie-t-on sou­vent de noter) par celle qui s’exprimait au tra­vers des déci­sions du gou­ver­ne­ment des États-Unis… 
    Et vous serez peut-être moins sus­pi­cieux aus­si si je vous dit que le même mou­ve­ment a com­pris d’emblée à quel point il pou­vait uti­li­ser les dis­cours « décrois­sants », et qu’il a récu­pé­ré dès le départ le mythe d’un réchauf­fe­ment cli­ma­tique dû aux hommes, au point qu’on peut dire qu’il l’a entiè­re­ment créé. Même si le mythe de l’ef­fet de serre atmo­sphé­rique exis­tait bel et bien dans le champ scien­ti­fique : à cette même époque il était encore géné­ra­le­ment acquis qu’on avait infir­mé cette curieuse théo­rie qui pour­rait bien être contraire au 2,d prin­cipe de la ther­mo­dy­na­mique, excu­sez du peu. En tous cas, à l’é­poque, la même époque, il était abso­lu­ment ridi­cule de pro­cla­mer que « tous les scien­ti­fiques le sou­te­nait. Pas­sons et reve­nons en à nos mou­tons un peu plus son­nants et trébuchants.

    Il fal­lait donc un mar­ché. Seule­ment (nou­vel indice), « le mar­ché », en l’espèce, c’était quoi ? Un mar­ché finan­cier… c’est-à-dire un oxy­more. Pour­quoi ? Pour diverses rai­sons, notam­ment le fait que les pro­duc­teurs sont plu­tôt gros et rares, mais sur­tout pour la rai­son élé­men­taire que je viens d’évoquer : l’offre, ici la créa­tion de mon­naie, ne coûte presque rien à fabri­quer et pas grand-chose à dis­tri­buer : elle est donc tout sauf une res­source rare, et elle le sera désor­mais moins que jamais… Entre­te­nir cette rare­té et pré­tendre équi­li­brer cette offre et la demande (bien réelle, elle) est donc déjà depuis très long­temps, mais elle sera plus que jamais l’ESCROQUERIE qui nous gouverne.

    On devrait finir de voir, ici, que c’est une erreur d’essayer de répondre à la « ques­tion réduite » du finan­ce­ment plus ou moins cen­tra­li­sé de l’État sans pla­cer cette ques­tion par­ti­cu­lière dans son contexte géné­ral. Mais je poursuis.

    Or qui détient le mono­pole de l’offre ? Les banques com­mer­ciales de dépôt. Sur­tout les plus grandes, qui s’évertuent natu­rel­le­ment à étendre leur « mar­ché », aus­si vrai qu’elles essaient cha­cune de bouf­fer les autres, ou encore de limi­ter l’accès aux aspi­rants pro­duc­teurs, ou enfin d’orienter les lois de sortent qu’elles trompent le peuple et le dis­persent (ensemble de traits cités en réfé­rence à un pro­pos plu­tôt célèbre d’Adam Smith).

    Enfin, il sub­siste, sur­tout dans cer­tains pays, une forme d’ « inter­ven­tion­nisme » consis­tant, pour l’État, à créer lui-même une par­tie de la mon­naie et à en dis­po­ser pour finan­cer des inves­tis­se­ments déci­dés un peu démo­cra­ti­que­ment. La France a atteint sans doute un som­met en 1946, quand la moi­tié (!) des « emplois » des banques de dépôt (natio­na­li­sées) ali­men­taient « Le Cir­cuit »… (Ajou­tez à cela que la Banque de France devait créer dans les 10–15% de la monnaie.)

    Mais à la veille de « la loi de 1973 », tout ça est presque fini : 90% de la créa­tion moné­taire des banques est déjà reve­nu dans le giron de l’investissement privé.

    Seule­ment, sans même consi­dé­rer la ques­tion de la véri­té des prix, est-il déjà bien sûr que les banques puissent se satis­faire de cette situa­tion ? La réponse est clai­re­ment non : en réa­li­té, les banques, elles, veulent jus­te­ment pou­voir pla­cer une bonne par­tie de leurs « emplois » dans le sec­teur de la dette publique.

    Ce sera plus tard exac­te­ment pareil pour les fonds de pen­sion et les grosses assu­rances. Ceci pour une rai­son très simple : ces gros agents sur les­quels reposent le finan­ce­ment de vastes pans de l’économie ont un besoin vital de garan­tir leurs ren­trées d’argent, dans la durée. Or ces titres qu’on qua­li­fie aujourd’hui de « sou­ve­rains » sont les rentes les plus stables et les plus sûres.

    Tenez, ça ne vous a jamais éton­né que durant qua­rante longues années, plus les États s’endettent, plus « on » leur prête ? Pour n’im­porte quel autre agent emprun­teur, c’est plu­tôt le contraire : plus il s’en­dette, plus on hésite à lui prê­ter (c’é­tait le cas, du moins, avant qu’on en arrive à cer­taines des consé­quences les plus déli­rantes du décloi­son­ne­ment des banques de dépôt et des banques d’af­faires… mais c’est une autre affaire). 

    Au fait, si cer­tains ne l’ont pas encore com­pris, durant tout ce temps, au glo­bal, les États ne rem­boursent pas, ils empruntent tou­jours plus.

    Bref, les banques crèvent d’envie de prê­ter aux États, pour la bonne rai­son que c’est le truc le plus sûr à qui l’on puisse se fier – démon­trant par là la contra­dic­tion pro­fonde et ultime de la même logique qui les a consa­crées en ces « mar­chés finan­ciers »… Et la seule chose qui com­mence, un peu, seule­ment, de les rete­nir de le faire, c’est une situa­tion où tout s’écroule…

    Dans l’avant der­nière étape, on l’aura com­pris éga­le­ment, ces « mar­chés finan­ciers » sont deve­nus rien moins qu’un « gou­ver­ne­ment » tota­li­taire, autre­ment dit un machin qui règne sur tout le reste mais qui est lui-même entiè­re­ment esclave de la logique qui l’a fait naître.

    Nous en reve­nons ain­si, par un nième ver­sant déjà, à la nou­velle grande piste que j’ai évo­quée en finis­sant mon mes­sage précédent. 
    Il y a encore sans doute d’autres facettes à contem­pler dans ce tableau, mais je pense que ça ira pour l’instant (c’est déjà long, une fois de plus…)

    Réponse
  304. AA

    Com­men­taire sur mon récent article :

    J’allais pos­ter un mes­sage indi­quant qu’à ma connais­sance, les col­lec­ti­vi­tés locales et les éta­blis­se­ments publics admi­nis­tra­tifs ont tou­jours l’obligation de pla­cer leur tré­so­re­rie auprès du Tré­sor public (décret de 1962 sur la comp­ta­bi­li­té publique – sauf déro­ga­tion du ministre des finances qui n’était jamais don­née) et que cela fait des années que les banques font du lob­bying pour que cette obli­ga­tion soit sup­pri­mée (on devine pour­quoi), mais sans suc­cès jusqu’ici…

    …Par acquis de conscience je vérifie… 
    Et je m’aperçois que le décret de 1962 vient d’être abro­gé par un décret du 7 novembre 2012, qui étend les pos­si­bi­li­tés de déro­ga­tion à cette obli­ga­tion de « concen­tra­tion » des fonds des col­lec­ti­vi­tés et éta­blis­se­ments publics auprès du Tré­sor : cf article 197 du nou­veau décret :

     » I. ― Sur auto­ri­sa­tion déli­vrée par le ministre char­gé de l’économie et le ministre char­gé du bud­get et par déro­ga­tion à l’article 47, les orga­nismes peuvent dépo­ser leurs fonds à la Banque de France dans les condi­tions pré­vues par l’article L. 141–8 du code moné­taire et finan­cier, ou dans un éta­blis­se­ment de crédit.

    II. ― Les fonds dépo­sés au Tré­sor par les orga­nismes ne béné­fi­cient d’aucune rémunération.

    Tou­te­fois, sur auto­ri­sa­tion expresse des ministres char­gés de l’économie et du bud­get, ou s’agissant des fonds libres pro­ve­nant de libé­ra­li­tés ou d’aliénation d’éléments du patri­moine, ces dépôts peuvent être placés :

    1° Sur un ou plu­sieurs comptes à terme ouverts auprès du Trésor ;

    2° Sur un compte de pla­ce­ment rému­né­ré ouvert auprès du Trésor ;

    3° En titres libel­lés en euros, déte­nus direc­te­ment, émis ou garan­tis par les Etats membres de l’Union euro­péenne ou les autres Etats par­ties à l’accord sur l’Espace éco­no­mique européen.

    Les moda­li­tés de fonc­tion­ne­ment du compte à terme et du compte de pla­ce­ment rému­né­ré sont fixées par arrê­té conjoint des ministres char­gés de l’économie et du budget.

    III. ― Les auto­ri­sa­tions minis­té­rielles déli­vrées en appli­ca­tion du I et du II sont valables pour une durée maxi­male de trois ans. »

    En gros, conti­nua­tion du gri­gno­tage en faveur de plus d’intermédiation ban­caire (pla­ce­ment en titres de dette publique ou direc­te­ment sur des comptes ban­caires) et de plus d’intérêts payables par l’Etat.

    Reste à voir com­ment le gou­ver­ne­ment fera usage de cette nou­velle « sou­plesse »… et com­ment les col­lec­ti­vi­tés locales ferons usage de cette nou­velle liber­té si elle leur est accordée… 

    Un nou­veau scan­dale Dexia ?

    [Adrien Abau­zit]

    Réponse
  305. zedav

    Au secours Etienne, cette page s’af­fiche désor­mais (du moins sur mon ordi) en écri­ture noir sur fond bleu foncé…presque illisible…ma que passa ???

    « Entre­te­nir cette rare­té et pré­tendre équi­li­brer cette offre et la demande (bien réelle, elle) est donc déjà depuis très long­temps, mais elle sera plus que jamais l’ESCROQUERIE qui nous gouverne. »

    C’est la troi­sième fic­tion de la mon­naie comme mar­chan­dise comme une autre (bien expli­ci­té par Sam) après la fic­tion de la terre et de la main d’œuvre comme mar­chan­dises par­mi d’autres (Karl Pola­nyi, la grande transformation).

    Ces fic­tions sont les rami­fi­ca­tions du tronc cen­tral tota­li­taire (au vrai sens du terme, soit qui pré­tend expli­quer le réel à par­tir d’un dogme unique, sorte de théo­rie de tout, et qui le dis­tingue d’autres formes de tyran­nies) que consti­tue l’hy­po­thèse absurde à tout esprit un tant soit peu cri­tique qu’est la « main invi­sible du mar­ché », sub­sti­tut providentiel(pour les puis­sants), faus­se­ment imma­nent et objec­tif, aux encom­brantes règles morales des mythes monothéistes.

    « En somme : pas de prê­teur en der­nier res­sort, pas de mar­ché finan­cier qui tienne. »

    Sam, je me per­mets de refor­mu­ler en espé­rant pré­ci­ser ta pen­sée, sur­tout, cor­rige-moi si je me trompe : 

    Pas de prê­teur en der­nier res­sort institutionnel, 
    lui même ados­sé à la pro­duc­tion de richesses réelles d’une nation 
    dans les­quelles il peut pui­ser via dif­fé­rents canaux, 
    pas de mar­ché spé­cu­la­tif qui tienne sur le moyen long terme.

    Réponse
  306. Sam

    Zedav,

    bien sûr je sous­cris entiè­re­ment à ta pré­ci­sion. C’est très bien for­mu­lé et résumé.

    Réponse
  307. Pelx

    Bon­jour

    Est-ce qu’il serait pos­sible de faire un débat avec les acteurs de cette période éco­no­mique pen­dant qu’ils sont encore là, et qu’ils puissent expli­quer leurs choix de ces moments ?

    Sinon l’ his­toire les juge­ra sans procès. 
    Je trouve que ce serait faire hon­neur à la démocratie !

    Réponse
  308. MagaliAB

    Docu­ment d’é­poque pour appuyer les remarques précédentes, 
    avec quelques extraits pro­ve­nant de http://​www​.per​see​.fr/​w​e​b​/​r​e​v​u​e​s​/​h​o​m​e​/​p​r​e​s​c​r​i​p​t​/​a​r​t​i​c​l​e​/​e​s​t​a​t​_​0​3​3​6​-​1​4​5​4​_​1​9​8​1​_​n​u​m​_​1​3​9​_​1​_​4​560

    Un haut fonc­tion­naire qui tra­vaille au minis­tère des finances, 
    Rol­land De Vil­le­pin (le cou­sin de l’autre) a écrit un article intitulé 

    « Vingt ans de finances publiques »

    in Eco­no­mie et sta­tis­tique, n°139, en décembre 1981 (pp57-72).

    Pour la petite his­toire, c’est le deuxième lar­ron qui a inven­té la règle d’or du 3% à peu près à la même époque.

    « La dette de l’État : 
    un sixième du pro­duit inté­rieur brut

    La rai­son la plus déci­sive du refus du défi­cit est son carac­tère cumu­la­tif : l’en­det­te­ment conduit à des charges d’in­té­rêts de plus en plus lourds qui aggravent d’au­tant les défi­cits sui­vants. L’é­vo­lu­tion obser­vée dans les grands pays indus­tria­li­sés montre que la France dis­pose de marges de manœuvre (gra­phique III). Tou­te­fois les rythmes actuels de pro­gres­sion de la dette et de sa charge sont très rapides dans notre pays. Le pro­blème concerne l’É­tat et les col­lec­ti­vi­tés locales. Ces der­nières voient leurs charges d’in­té­rêt pro­gres­ser vive­ment depuis 1970 (+ 20 % l’an en moyenne) pour deux rai­sons : leur effort d’in­ves­tis­se­ment s’est accom­pa­gné d’un endet­te­ment crois­sant ; le taux d’in­té­rêt de la Caisse des dépôts et consi­gna­tions, prin­ci­pal créan­cier des col­lec­ti­vi­tés locales, a crû net­te­ment de 1968 à 1975. En revanche, le ralen­tis­se­ment de l’ef­fort d’é­qui­pe­ment des col­lec­ti­vi­tés locales, et la sta­bi­li­té, à un niveau encore bas, des taux de la Caisse des dépôts sur prêts à treize- vingt ans (9,25 % de 1975 à 1979 ; 10 % en 1980) devraient allé­ger la charge de leur dette.

    La dette de l’É­tat a connu des évo­lu­tions sen­sibles en mon­tant et en struc­ture ces dix der­nières années. Trois périodes doivent être dis­tin­guées. Au début des années 1970, les excé­dents bud­gé­taires ont per­mis une dimi­nu­tion de la part de la dette de l’É­tat dans le PIB (23,6 % début 1970, 15,5 % fin 1974) par un désen­det­te­ment mas­sif au niveau des bons du Tré­sor en compte cou­rant. En 1975 et 1976, le défi­cit bud­gé­taire fut finan­cé essen­tiel­le­ment par la créa­tion moné­taire. Mais la per­sis­tance d’un solde néga­tif du compte de l’É­tat conduit à une modi­fi­ca­tion du com­por­te­ment des pou­voirs publics qui réagissent désor­mais en fonc­tion d’ob­jec­tifs de poli­tique moné­taire.

    Pour limi­ter la créa­tion de mon­naie par le Tré­sor, ils s’en­gagent pro­gres­si­ve­ment dans une poli­tique de finan­ce­ment par l’emprunt à long terme : 8 mil­liards de F d’emprunts d’É­tat émis en 1977, 13,5 mil­liards en 1978, 15 mil­liards en 1979 et 31 mil­liards en 1980. 

    Ces emprunts furent émis à des taux de plus en plus éle­vés : à la volon­té de rendre plus attrac­tif ce type de pla­ce­ment dès lors que cette moda­li­té de finan­ce­ment deve­nait une don­née per­ma­nente de la poli­tique des finances publiques, se sont conju­guées l’ac­cé­lé­ra­tion de l’in­fla­tion, la mon­tée des taux inter­na­tio­naux et la poli­tique de relè­ve­ment des taux à long terme par rap­port aux taux à court terme. 

    À la fin de 1980, la dette publique totale s’é­lève à 365 mil­liards de F soit 13,3 % du PIB si l’on ne tient pas compte des garan­ties accor­dées au capi­tal de cer­tains emprunts (4,5 % 1952 ; 4,5 % 1973 ; 7 % 1973 ; 8,8 % 1977) et à 449 mil­liards de F soit 16,3 % du PIB si l’on comp­ta­bi­lise toutes ces garan­ties (tableau 11). 

    Ain­si la dette de l’É­tat reste d’un mon­tant encore modé­ré com­pa­ra­ti­ve­ment au début des années 1970, mais sa pro­gres­sion est vive en rai­son de l’ac­cu­mu­la­tion des défi­cits à finan­cer, et sa struc­ture a été sen­si­ble­ment modi­fiée par le gon­fle­ment très impor­tant de la part de la dette à moyen et long terme.

    Les inté­rêts ver­sés par l’É­tat, moins impor­tants en valeur nomi­nale en 1974 (5,6 mil­liards de F) qu’en 1970 (5,8 mil­liards de F) ont presque dou­blé en 1975 avec l’ap­pa­ri­tion du défi­cit bud­gé­taire et pro­gressent de 23,3 % par an en moyenne de 1976 à 1980. 

    Cette évo­lu­tion tra­duit plu­sieurs phénomènes : 
    l’ac­cu­mu­la­tion des défi­cits conduit à un endet­te­ment croissant ; 
    les émis­sions d’emprunts et sur­tout le refi­nan­ce­ment du stock de la dette à court terme se font à des taux d’in­té­rêts crois­sants en rai­son de l’ac­cé­lé­ra­tion de l’inflation ; 
    les inté­rêts ver­sés au titre de l’emprunt 7 % de 1973 atteignent des niveaux très éle­vés à cause de la hausse des cours de l’or : 2,6 mil­liards de F ver­sés à ce titre en 1980 et même 4 mil­liards de F en jan­vier 1981 contre 455 mil­lions de F par an de 1974 à 1977, avant que ne joue la clause d’indexation. 

    Au total, les inté­rêts ver­sés par l’É­tat atteignent 25,3 mil­liards de F en 1980. Leurs part dans les dépenses de l’É­tat (4,2 %) n’a pas encore retrou­vé le niveau de 1960 (5 %) mais elle pro­gresse rapidement.

    Vivre avec le déficit ?

    Les finances publiques fran­çaises se sont sen­si­ble­ment modi­fiées depuis vingt ans : les fonc­tions réga­liennes et tuté­laires connaissent un recul rela­tif tan­dis que la fonc­tion de redis­tri­bu­tion prend de l’am­pleur.

    Ces évo­lu­tions deviennent plus mani­festes dès lors que le rythme des recettes s’in­flé­chit dans la crise, car la remise en cause de la crois­sance des dépenses à carac­tère redis­tri­bu­tif est plus dif­fi­cile que celle des dépenses de fonctionnement. 

    La ten­dance défi­ci­taire des comptes publics devient désor­mais une don­née per­ma­nente du mou­ve­ment économique.

    Les poli­tiques alter­na­tives de finances publiques com­portent cha­cune des risques. 

    Tout d’a­bord, l’ag­gra­va­tion du besoin de finan­ce­ment des admi­nis­tra­tions n’a pas jus­qu’à main­te­nant engen­dré de ten­sions impor­tantes dans les cir­cuits finan­ciers. Ces der­niers sont déjà for­te­ment orien­tés, par tra­di­tion, vers la satis­fac­tion des besoins des admi­nis­tra­tions ; en outre, le ralen­tis­se­ment de l’in­ves­tis­se­ment dans les branches mar­chandes de l’é­co­no­mie laisse dis­po­nible l’é­pargne des ménages pour les admi­nis­tra­tions publiques. Mais ce dan­ger d’un effet d’é­vic­tion peut rede­ve­nir réel en cas de reprise de l’investissement. 

    Deux autres- limites se pré­sentent face à l’ac­crois­se­ment des défi­cits : d’une part des risques d’ag­gra­va­tion cumu­la­tive pour la charge de la dette, d’autre part des contraintes d’ordre macroé­co­no­mique (solde exté­rieur, inflation).

    En second lieu, les poli­tiques de désen­ga­ge­ment du sec­teur public par la moindre pro­gres­sion des dépenses se heurtent à la dif­fi­cul­té de la remise en cause des dépenses sociales et sup­posent à la fois une poli­tique struc­tu­relle de longue haleine (pro­duc­ti­vi­té des ser­vices publics, maî­trise des dépenses hos­pi­ta­lières) et un renon­ce­ment à des aspects impor­tants ou une inflexion de la poli­tique sociale (san­té, retraites, etc.); de sur­croît, leur impact est défla­tion­niste à court terme. 

    Enfin, les poli­tiques de rééqui­li­brage des finances publiques par la crois­sance des pré­lè­ve­ments obli­ga­toires com­portent éga­le­ment des incon­vé­nients évi­dents par leur carac­tère à la fois dépres­sif et infla­tion­niste qui com­plique toute ten­ta­tive de. réduc­tion durable des ten­dances défi­ci­taires actuel­le­ment à l’œuvre.

    On trouve dans l’en­semble des pays occi­den­taux des exemples de ces trois types de poli­tique des finances publiques. Le désen­ga­ge­ment paraît à l’ordre du jour chez nos par­te­naires, après qu’ils ont lais­sé les défi­cits s’ac­croître. La France ayant d’a­bord plu­tôt choi­si des poli­tiques de rééqui­li­brage s’o­riente à par­tir de 1981 vers une poli­tique active de finances publiques. Seul point de conver­gence, on devrait assis­ter à une rap­pro­che­ment du poids des défi­cits publics, en part de PIB, dans les dif­fé­rents pays. »

    Réponse
  309. zedav

    Pas de prê­teur en der­nier res­sort ins­ti­tu­tion­nel, lui même ados­sé à la pro­duc­tion de richesses réelles d’une nation dans les­quelles il peut pui­ser via dif­fé­rents canaux, pas de mar­ché spé­cu­la­tif qui tienne sur le moyen long terme.

    On peut rendre compte de la façon dont fonc­tionne le capi­ta­lisme de façon moins tech­nique et plus évi­dente dans son principe :
    Les puis­sants (ou riches, cela revient au même dans notre monde)siphonnent les richesse pro­duites par les citoyens au moyen de tech­niques finan­cières « rideau de fumée » qui rendent leur vol invi­sible à la plu­part des citoyens (sur­tout ceux qui sont hyp­no­ti­sés par la télé ou qui reçoivent une part suf­fi­sam­ment impor­tante pour avoir inté­rêt à ne pas comprendre).

    Le prin­ci­pal fon­de­ment moral jus­ti­fiant ces pra­tiques étant la notion mys­ti­fi­ca­trice de mérite (elle même fon­dée sur l’illu­sion du libre arbitre)ces fon­de­ments étant par­ta­gés par l’im­mense majo­ri­té des êtres humains y com­pris des gens se pré­ten­dant de gauche com­plé­te­ment empri­son­nés par la pri­son men­tale du mérite.

    Réponse
  310. Morpheus

    @ sam

    J’a­dore lire tes ana­lyses et tes réflexions ; ça cogite là-dedans 🙂

    Juste une petite remarque, tout de même : dans ton inter­ven­tion #298 tu as écris  » (…) Avec ses propres conclu­sions dis­tor­dues à loi­sir (…) », et il s’y trouve (il me semble) une erreur de ponc­tua­tion qui donne un sens ambi­gu à la phrase. Tel quelle, l’ad­jec­tif « dis­tor­dues » s’ac­corde aux conclu­sions de Lior et Maga­li, signi­fiant que ces conclu­sions sont distordues.

    Or, il me semble (mais je me trompe peut-être ?) que tu vou­lais dire que ces conclu­sions allaient être dis­tor­dues par des per­sonnes mal­in­ten­tion­nées et mal­hon­nêtes, qui exploi­te­rons le tra­vail de Lior et Maga­li en le détour­nant à leurs propres fins.

    Si c’est bien le cas, il serait judi­cieux de pla­cer une vir­gule entre « conclu­sions » et « distordues ».

    [« Avec ses propres conclu­sions, dis­tor­dues à loisir »]

    🙂

    Cor­dia­le­ment,
    Morpheus

    PS : c’est fou ce qu’une vir­gule change au sens d’un texte, pas vrai ? Mais si l’on traite, pré­ci­sé­ment, d’une ques­tion juri­dique, on en prend toute la mesure…

    Réponse
  311. Étienne

    Mémoires d’un ministre du Tré­sor Public (1780−1815)

    Nico­las Mollien

    http://​gal​li​ca​.bnf​.fr/​a​r​k​:​/​1​2​1​4​8​/​b​p​t​6​k​3​9​6​5​0​z​.​r​=​m​e​m​o​i​r​e​s​+​M​o​l​l​i​e​n​.​l​a​n​gFR

    http://​gal​li​ca​.bnf​.fr/​a​r​k​:​/​1​2​1​4​8​/​b​p​t​6​k​3​9​6​5​1​9​.​r​=​m​e​m​o​i​r​e​s​+​M​o​l​l​i​e​n​.​l​a​n​gFR

    http://​gal​li​ca​.bnf​.fr/​a​r​k​:​/​1​2​1​4​8​/​b​p​t​6​k​3​9​6​5​2​n​.​r​=​m​e​m​o​i​r​e​s​+​M​o​l​l​i​e​n​.​l​a​n​gFR

    Sou­ve­nez-vous : Mol­lien, je crois que c’est ce Ministre dont parle Hen­ri Guille­min dans sa for­mi­dable confé­rence (« Un caïd res­pec­tueux ») sur la nais­sance mafieuse de la Banque dite « de France », Ministre EFFARÉ par le contrat léo­nin signé « en notre nom » par Napo­léon-Le-Traître, Mol­lien conster­né par la totale sou­mis­sion de l’É­tat à la nou­velle Banque pré­ten­du­ment « de France ».


    Napo­leon : Un caïd res­pec­tueux à l’égard de… par rikiai

    http://www.rts.ch/archives/tv/culture/dossiers-de-l-histoire/3448829-caid-respectueux‑6.html

    Si vous ne connais­sez pas cette confé­rence, il faut vite com­bler cette lacune : c’est une des meilleures de Guille­min (dif­fi­cile de dire quelle est la meilleure, en fait 🙂 ).

    Enre­gis­trez bien toutes les confé­rences de Guille­min sur votre disque : il y a un risque non nul qu’on ne les trouve bien­tôt plus du tout sur le net.

    Étienne.

    PS : c’est bien ça : c’est à la minute 24:50 que Guille­min parle de Mollien.

    Réponse
  312. RHC

    Bon­soir,
    @319
    Bingo!…

    Réponse
  313. Lior

    Bon­jour à tous,

    Grâce à la pro­gres­sion de la contro­verse et des docu­ments déter­rés depuis peu, on a pu se pro­cu­rer l’ou­vrage d’Ha­be­rer (sou­vent cité dans la thèse de Ben­ja­min Lemoine) qui parle de l’his­toire et du fonc­tion­ne­ment du Trésor.

    Même si je n’a­vais pas besoin de lire ces quelques lignes pour être en désac­cord radi­cal avec Adrien Abau­zit (http://​www​.scrip​to​blog​.com/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​?​o​p​t​i​o​n​=​c​o​m​_​c​o​n​t​e​n​t​&​v​i​e​w​=​a​r​t​i​c​l​e​&​i​d​=​9​0​9​:​l​o​i​-​d​e​-​1​9​7​3​-​l​e​-​m​o​t​-​d​e​-​l​a​-​f​i​n​-​&​c​a​t​i​d​=​3​9​:​e​c​o​n​o​m​i​e​&​I​t​e​m​i​d​=54) sur la ques­tion de la loi de 1973, la lec­ture de cer­tains cha­pitres de son ouvrage m’a per­mis de déga­ger des pré­ci­sions. Je vous donne donc ci-des­sous ma « Réponse à Adrien Abau­zit », mon mot de la fin à somme :

    Toute la par­tie que je cite ci-des­sous est tout sim­ple­ment fausse et abu­sive, et j’y répond point par point [entre cro­chets et en magen­ta] :

    - – - – - – - – - – - – - – - – - – - – - -

    La loi de 73 consacre en droit la fin du circuit

    Il fau­dra attendre quatre années, suite au rap­port sur le mar­ché moné­taire et les condi­tions de cré­dit, pour qu’une loi consacre le sys­tème de finan­ce­ment du Tré­sor envi­sa­gé dans le rap­port (adju­di­ca­tion + avances de la Banque de France). Cette len­teur est due à la mésen­tente entre Oli­vier Worm­ser, gou­ver­neur de la Banque de France, et Valé­rie Gis­card d’Estaing, alors ministre des finances. Comme espé­ré cepen­dant, la dis­pa­ri­tion du cir­cuit sera consacrée.

    Écou­tons l’auteur de la thèse sur le rôle joué par la loi de 73 (p 104) :

    « En 1973, quelques années après l’échec du rap­port Mar­jo­lin-Sadrin-Worm­ser une réforme des sta­tuts de la Banque de France tra­duit dans le droit les trans­for­ma­tions du fonc­tion­ne­ment de la tré­so­re­rie de l’Etat. » La loi de 1973 est« l’ins­crip­tion dans le droit d’un chan­ge­ment des pra­tiques anté­rieures peu à peu natu­ra­li­sées. » (p 107)

    Ce qu’il est impor­tant de bien com­prendre, c’est que le vice de la loi de 73 n’est pas de mettre un terme aux avances à taux zéro, elle ne le fait pas, mais de mettre un terme au cir­cuit, soit prio­ri­tai­re­ment au plan­cher et à la dette à vue [Entiè­re­ment faux, selon Habe­rer (qui reste la source glo­ba­le­ment la mieux fou­tue), la fin des plan­chers date de 1967, de plus, la dette à vue me semble être tout sim­ple­ment la pos­si­bi­li­té pour le Tré­sor de se ser­vir de l’argent dépo­sé dans ses comptes comme tout orga­nisme finan­cier, à véri­fier].

    La foca­li­sa­tion sur les avances de la Banque de France était donc une erreur. On ne peut pas com­prendre le chan­ge­ment que trans­pose la loi 73 si l’on ne consi­dère que la ques­tion des avances de la Banque de France.

    [Tout à fait d’ac­cord, sur le plan des strictes rela­tions finan­cières exis­tant entre le Tré­sor et la Banque, rien ne change, donc for­cé­ment, « on ne peut pas com­prendre le chan­ge­ment etc si l’on ne consi­dère que la ques­tion des avances » 🙂 ]

    « La loi de 1973, por­tant réforme des sta­tuts de la Banque de France, reprend dans l’article 25 une pra­tique déjà réglée. L’in­ter­dic­tion à l’Etat de se finan­cer direc­te­ment, auprès de la Banque de France, en dehors des avances régle­men­tées et rému­né­rées » (p107)

    [Tout à fait, il est logique, autant pour Habe­rer que pour les poli­ti­ciens depuis plus d’un demi-siècle (avec Maga­li, nous pen­sons même depuis la créa­tion de la Banque), que cette pra­tique n’a pas lieu d’exis­ter, elle est donc pros­crite par le décret de 1936, reprise dans une autre for­mu­la­tion (qu’­Ha­be­rer semble pré­fé­rer) dans un décret de 1938, et bien enten­du remise en place dans la loi de 1973, bien que le gou­ver­ne­ment n’y était pas vrai­ment favo­rable, tant cette dis­po­si­tion était logique, et qu’en plus l’ar­ticle 24 de la loi explique que c’est la Banque qui décide ce qu’elle escompte ou pas, bref, rien de neuf sous le soleil]

    L’honnêteté intel­lec­tuelle oblige à dire que l’in­ter­dic­tion de la dette à vue et du plan­cher ne figure pas dans la lettre de la loi [Bah oui, ça se sau­rait quand même … Puis ça serait bizarre vu que selon Habe­rer (je n’ai pas encore retrou­vé le texte de loi, légi­france n’est pas très pra­tique) les plan­chers sont sup­pri­més … En 1967], qui ne parle que de l’‘escompte.

    Mais Jean-Yves Habe­rer, lui, asso­cie bel et bien l’article 25 à la fin de la planche à billets (p 109) : « On a fer­mé cette porte pour l’o­bli­ger à vivre plus dan­ge­reu­se­ment, en emprun­tant dehors. »

    [La thèse sur ce point donne une mau­vaise impres­sion : Habe­rer sait très bien (il l’a écrit ;-)) que l’ar­ticle 25 n’a rien de neuf, ni même glo­ba­le­ment la loi de 1973 (du moins en ce qui concerne le finan­ce­ment de l’E­tat), il parle là de la fin du Cir­cuit, des Bons plan­chers etc. Il se réfère donc (c’est la seule pos­si­bi­li­té logique) à l’en­semble de la période dans laquelle on a déman­te­lé les struc­tures qui étaient nées après la guerre]

    La dette est défi­ni­ti­ve­ment déta­chée des méca­nismes de créa­tion moné­taire publics.

    Alors pour­quoi l’article 25 qui ne parle que de l’escompte, est per­çu par l’ancien Direc­teur du Tré­sor comme la fin de la planche à billets ?

    [Il ne l’est pas, en tout cas pas dans son bouquin]

    Ici, l’auteur de l’article se risque à une hypo­thèse [Je confirme]. Jean-Yves Habe­rer ne com­prend pas l’usage du terme d’«escompte » dans l’article 25, qui est repris d’une loi de 1936 (p 112). Pour lui ce terme est désuet

    [C’est faux, c’est le terme « Rées­compte » qui avait été inclu par le séna­teur Yvon Cou­dé du Fores­to (oui oui, l’in­fo est dis­po­nible sur notre article de l’é­poque), et explique jus­te­ment que le terme adap­té est ESCOMPTE, il com­prend donc très bien le sens d’ES­COMPTE, c’est RÉESCOMPTE qui le gêne. De plus, ce qu’il trouve désuet c’est le terme Ins­ti­tut d’Émission qui a été rem­pla­cé par­tout dans le texte par Banque de France].

    L’escompte est de prime abord hors sujet vis-à-vis de l’objet de l’article 25 qui est l’interdiction des grands leviers du circuit

    [Ha bon ? Donc en fait l’es­compte, c’est pas l’es­compte, c’est les grands leviers du cir­cuit ? C’est pas méchant mais fran­che­ment …].

    Ce que votre ser­vi­teur sup­pose, c’est que l’amendement, l’article 25, dont Habe­rer sou­hai­tait d’ailleurs la sup­pres­sion car il intro­dui­sait une ambi­guï­té sur les pra­tiques du Tré­sor, a été mal rédi­gé par le séna­teur concerné

    [En effet, Habe­rer disait que l’a­men­de­ment qui conte­nait le texte Rées­compte était mal rédi­gé. Mais l’ar­ticle défi­ni­ti­ve­ment adop­té a été cor­ri­gé selon les vœux d’Ha­be­rer],

    qui, comme l’étonnement d’Ha­be­rer le tra­duit, n’avait semble-t-il pas une connais­sance tech­nique suf­fi­sante des méca­nismes de finance publique. Ça ne serait pas la pre­mière fois que le légis­la­teur se trompe

    [Qu’un séna­teur se goure en uti­li­sant le terme Ré-escompte au lieu d’Es­compte, et Ins­ti­tut d’Émission au lieu de Banque de France, c’est une chose. Que les deux com­mis­sions des finances (du Sénat et de l’As­sem­blée Natio­nale) se gourent sur un texte qui a fait 2 allers-retours entre les deux chambres, ain­si que l’en­semble des dépu­tés qui ont voté la loi, ain­si que le Ministre des Finances et ses ser­vices qui suivent de près et par­ti­cipent à l’é­la­bo­ra­tion des lois, ain­si que les ser­vices mêmes de la Banque de France et pour­quoi pas même les ser­vices du Minis­tère du Bud­get et donc du Tré­sor public, que tout se beau monde se goure, ça me semble juste hal­lu­ci­nant. Quoi­qu’il en soit, qu’ils se soient gou­rés, c’est très bien pour eux, mais force est de recon­naitre que le terme escompte n’a stric­te­ment rien à voir avec les plan­chers (qui avaient dis­pa­rus depuis déjà 6 ans …) ou les dépôts à vue etc.]

    Très pro­ba­ble­ment, le séna­teur a‑t-il vou­lu inter­dire à la Banque de France de contri­buer au finan­ce­ment du Tré­sor (hors conven­tion d’avances), ou plus pré­ci­sé­ment, inter­dire au Tré­sor de béné­fi­cier des trans­ferts de fonds de compte cou­rant à compte cou­rant, de comptes de la Banque de France. Pour qua­li­fier ces pra­tiques dans leur glo­ba­li­té, le séna­teur n’a rien trou­vé de mieux que le terme d’escompte.

    [Encore une fois, le Séna­teur avait dit « Rées­compte », c’est cela qui gênait Habe­rer. Les dépu­tés ont cor­ri­gé pour rem­pla­cer par Escompte (répé­tons que tout ça est acces­sible depuis plu­sieurs mois sur l’ar­ticle que nous avons publié, tous les liens vers les dis­cus­sions, l’é­vo­lu­tion de la loi durant sa construc­tion etc etc). Quant au trans­ferts de fonds de compte cou­rant à compte cou­rant, c’est tout à fait dans les pos­si­bi­li­tés de la Banque, je dirai même que c’est sa mis­sion pre­mière que de gérer les comptes et écri­tures du Tré­sor y com­pris dans la loi de 1973 (article 17)]

    Quoi qu’‘il en soit, c’est ain­si que cet article a été per­çu par la haute admi­nis­tra­tion et la classe poli­tique qui de toute manière, étaient cha­cune réso­lues à ne plus recou­rir au cir­cuit, soit à un sys­tème de finan­ce­ment qui nous avait jusqu’alors pré­ve­nu de la dette. [Mouais…]

    Déso­lé pour la longueur.

    Cor­dia­le­ment à tous les chercheurs 🙂

    Réponse
  314. Ana Sailland

    C’est presque d’ac­tua­li­té récente(je pense en par­ti­cu­lier à l’in­dé­pen­dance de la banque cen­trale, déci­dée contre l’in­té­rêt du peuple, par les caïds eux-mêmes, qui renoncent ain­si, pour eux et pour l’é­tat, au pou­voir économique)

    Mais décoif­fée par la cita­tion finale, je n’ai pas résis­té à l’en­vie de la transcrire :

    bloc note de Fran­çois Mau­riac, 23 sep­tembre 1966 (par­lant de l’homme de juin 40)

    « Ce que le géné­ral n’a pas fait,
    et ce qu’il ne dépen­dait pas de lui de faire,
    c’est d’o­bli­ger à lâcher prise
    ces mains, ces quelques mains,
    oui, ce petit nombre de mains,
    qui tiennent les com­mandes secrètes de l’État,
    qui assurent les immenses pro­fits de quelques uns,
    et qui font de cha­cun de nous
    les têtes d’un trou­peau exploi­table,

    exploité. »

    Réponse
  315. Ana Sailland

    322 cor­res­pon­dait à 319 bien sûr.

    Réponse
  316. Lior

    Je répond main­te­nant à Sam pour ses reproches que je ne prend abso­lu­ment pas mal, mais que je trouve gra­ve­ment iro­nique notam­ment sur le concept de prise de recul 😀

    Qu’on nous tombe des­sus ou pas, ce n’est pas le problème.

    Il y a un moment où le sophisme et le pro­cès d’in­ten­tion n’est sim­ple­ment plus accep­table : Quelle est la ques­tion posée dans notre article DE BASE que Sam a l’air de condam­ner sans le condam­ner tout en le condam­nant : La loi de 1973 empêche-t-elle l’E­tat d’emprunter à la Banque de France ?

    Nous avons répon­du NON. Nous y avons appor­té les preuves et per­sonne qui serait de bonne foi ne pour­rait dire le contraire.

    Nous avons JUSTEMENT INVITE LES GENS A PRENDRE DU RECUL CHER SAM ET A COMPRENDRE QUE LA TRANSFORMATION NE VIENT PAS DE CETTE LOI !

    C’est la seule chose qui vaille la peine dans l’ar­ticle d’A­drien Abau­zit : l’ex­pli­ca­tion qu’il exis­tait un cir­cuit, des bons plan­chers, etc etc.

    Donc OUI, COMPREND QUE LE CIRCUIT PREND FIN SUR UNE PERIODE LONGUE ALLANT DE 1958 A AU MOINS 1985 MEME SI LA MAJEUR PARTIE DE CE CIRCUIT A ETE DEMENTELE DES 1967 (LES BONS PLANCHERS).

    Je ne veux pas paraitre comme étant en colère, mais c’est juste qu’à la fin ça me gonfle. Vous avan­cez sans réelles sources, sans faits réels et avé­rés, et vous avan­cez des thèses. Alors nous on est obli­gé de lire des bou­quins et des sites et des autres bou­quins pour confir­mer vos dires, et en plus de ça on ne serait pas sérieux ou je ne sais quels reproches.

    VOUS VOULEZ QUE LA LOI DE 73 AIT QUELQUE CHOSE DE SPECIAL DONC VOUS ALLEZ CHERCHER ET CHERCHER ET CHERCHER PENDANT DES ANNEES, ET A CHAQUE FOIS QU’ON VOUS MONTRERA FACTUELLEMENT QUE NON, VOUS TROUVEREZ D’AUTRES CHOSES POUR INCRIMINER LA LOI HONNIE.

    D’a­bord c’é­tait l’ar­ticle 25, et quand on a expli­qué que ce n’é­tait pas l’ar­ticle 25 et qu’on a « annon­cé » l’exis­tance de l’ar­ticle 19, alors cer­tains sont par­tis sur la thèse des décrets abro­gés, et quand on a mon­tré que ces décrets étaient logi­que­ment abro­gés et que cela ne chan­geait rien, alors Adrien est allé tel­le­ment loin dans l’ob­ses­sion qu’il a échaf­fau­dé toute une his­toire hal­lu­ci­nante de gouvernement/parlement qui se gourre de mot et qui sup­prime les plan­chers sans en par­ler par le mot escompte etc …

    C’est un confu­sion­nisme, c’est de la pure idéo­lo­gie, on se place défi­ni­ti­ve­ment dans un cadre où cer­tains ont une CONCLUSION qu’ils cherchent à prou­ver par cer­tains FAITS, et NON PAS DES FAITS des­quels se dégagent une conclusion.

    Au fait mon cher Sam, tu as dit toi-même :

    Deuxième indice. « Comme par hasard », j’ai enten­du dire (je ne suis pas encore allé véri­fier moi-même ce point) que les par­le­ments se sont mis à voter des bud­gets en défi­cit depuis 1974 et ensuite, chaque année, pen­dant des décen­nies. Je n’avais jamais bien foca­li­sé sur cet aspect jusqu’à ce jour. Et je crois sur­tout que j’ai tou­jours pris ce bout de la ques­tion à l’envers faute de l’avoir posée clai­re­ment, en me disant sim­ple­ment, chaque fois que j’y pen­sais vague­ment, que c’était la consé­quence de « la loi de 1973 » qui inter­di­sait à l’État gnin­gnin­gnin. On retrouve ici la super­fi­cia­li­té et l’étroitesse d’un « rai­son­ne­ment » plus géné­ral qu’on connait bien.

    Rien que cette phrase montre que notre article a atteint son but et on ne le renie­ra pour rien au monde. Et oui nous avons une démarche APOLITIQUE. C’est à VOUS de faire de la poli­tique, nous nous cher­chons la véri­té sur cette loi et hon­nê­te­ment, je pense en avoir fait le tour (du moins au niveau des emprunts d’E­tat, reste à régler toutes les ques­tions rela­tives à l’ins­tau­ra­tion de l’o­pen market).

    Et pour Jean Robin, même si c’est regret­table, nous n’a­vons pas à nous res­treindre sous pré­texte que des gens mal-inten­tion­nés uti­lisent nos infor­ma­tions pour mani­pu­ler tel ou tel. Man­que­rait plus que ça tiens.

    LE PIRE DANS CETTE HISTOIRE c’est qu’à AUCUN MOMENT NOUS N’AVONS REMIS EN CAUSE LA PERTINENCE DU DEBAT SUR LA CREATION MONETAIRE PUBLIQUE.

    Nous avons sim­ple­ment cor­ri­gé une ANECDOTE DE CE DEBAT qui est PAR QUELLE LOI EST-CE ARRIVE.

    Dans tous les cas, je suis très content que la contro­verse ait conti­nué car j’en ai encore plus appris. Très content aus­si d’a­voir eu accès à des docu­ments déni­chés par Adrien et d’autres.

    Voi­li vou­lou, en espé­rant apprendre encore plus de choses.

    Bonne soi­rée les chercheurs !

    Réponse
  317. Lior

    En fait j’ai même rien à dire, je viens de voir toute la lit­té­ra­ture de ce fil de dis­cus­sion, et je crois que le mythe de 1973 grande rup­ture etc a disparu.

    Sam nous a fait un pavé sur la situa­tion natio­nale et inter­na­tio­nale etc etc.

    J’ai même croi­sé des gens qui m’ont dit « Sérieux ? Tu veux dire que l’en­det­te­ment sur les mar­chés c’est les gou­ver­ne­ments qui l’ont vou­lu ?! Haaa miiince, moi qui croyais qu’ils y étaient contraint par une loi … »

    Réflé­chis­sez à la der­nière cita­tion que j’ai fait, elle est dra­ma­ti­que­ment triste 🙂

    En tout cas mer­ci encore pour cette contro­verse, en espé­rant qu’on découvre d’autres choses encore.

    Lior

    Réponse
  318. Étienne

    Cher Lior,

    Maga­li et toi, je vous embrasse bien fort 🙂

    Et on n’a tou­jours pas déci­dé quand vous veniez dîner à la maison 😉

    Mer­ci pour tout.

    MERCI.

    La vache, ça c’est de la controverse…

    Les pro­grès qu’on a faits, sur ce coup-là, c’est un vrai cas d’école.

    Il fau­dra évi­ter la tris­tesse de n’a­voir pas eu rai­son sur tout, 
    et plu­tôt culti­ver le plai­sir immense d’a­voir pro­gres­sé beaucoup.

    (Mer­ci à Sam, à Phil82, à Adrien, et à tous les autres, d’a­voir si posi­ti­ve­ment réagi à l’ob­jec­tion puis­sante de Lior et Magali.)

    See you soon, jeune homme, et encore merci.

    Étienne.

    Réponse
  319. phil82
  320. Pelx

    Bon­jour

    Un peu de grain sous la meule :

    Comme très bien expli­qué dans les vidéos de Phi­lippe Derud­der, l’ argent est un moyen de faci­li­ter l’ échange de travail.

    1 ) Est- il rai­son­nable ou pos­sible de vou­loir gagner de l’ argent avec de l’ argent ( sous enten­du, sans tra­vail )? A mon avis non.
    Ce qui remet en cause les prêts ( ventes en réa­li­té ) avec intérêts.

    2 ) La mon­naie créé par la banque lors du prêt est rem­bour­sé par de la mon­naie gagnée par du tra­vail. Ce qui fait que in fine le tra­vail est annu­lé pour la société.

    Réponse
  321. Sam

    En réponse à Lior,

    je m’enfonce, tu t’enfonces. Mais bon, ça avance par les bords.

    « Vous avan­cez sans réelles sources, sans faits réels et avé­rés, et vous avan­cez des thèses. Alors nous on est obli­gé de lire des bou­quins et des sites et des autres bou­quins pour confir­mer vos dires, et en plus de ça on ne serait pas sérieux ou je ne sais quels reproches. »

    Je passe sur le « sérieux ou je ne sais quels reproches » : dans mon mes­sage 298, j’a­vais pris soin de mettre des pré­cau­tions ora­toires qui ne laissent aucune ambi­guï­té : « on peut dif­fi­ci­le­ment faire des reproches à Lior et Maga­li qui, après tout, n’ont fait que cher­cher hon­nê­te­ment à cri­ti­quer une for­mule dont ils semblent pen­ser qu’elle résume cer­taine thèse ».

    Mais per­mets-moi de me sen­tir un peu insul­té, là. Et pour AJH ou Étienne, par exemple, faut-il s’a­bais­ser à répondre en dénom­brant les livres et les sites qu’ils ont lus ? Arrête donc un peu, Lior, tu te cas­se­ras vite les dents à ce jeu à la con. Ça fait 15 ans qu’A­JH tra­vaille sur ce sujet, et tu as déjà visi­té un peu la biblio­thèque d’É­tienne. Ne par­lons pas de la sphère internet.

    Seule­ment, et c’est jus­te­ment très révé­la­teur de la démarche que je vous reproche, pen­dant que tu foca­lises (de manière de plus en plus inquié­tante) sur le seul fait de « véri­fier », avec une petite boite à outils, un point que tu qua­li­fies toi-même d’a­nec­do­tique, tu oublies l’é­norme tra­vail de détec­tion, de mise en contexte, d’a­na­lyse et de syn­thèse, de com­pré­hen­sion, de poli­ti­sa­tion et que sais-je.

    Mais tiens, rap­pe­lons déjà sim­ple­ment les termes de votre propre introduction :

    «  »Nous avons appris à connaître cette loi grâce au tra­vail inces­sant d’An­dré-Jacques Hol­becq, Phi­lippe Der­ru­der et Étienne Chouard.

    Suite à la tri­bune d’A­lain Bei­tone sur le site LeMonde​.fr, nous avions pu avoir accès à un docu­ment dans lequel il évo­quait ses doutes sur ce qu’on pense sou­vent de cette loi.

    Les pistes évo­quées nous ont per­mis, après des heures de lec­ture et d’a­na­lyse des débats, de mon­trer que (…) » »

    Ce qui nous fait déjà un sacré tribut.

    « D’a­bord c’é­tait l’ar­ticle 25, et quand on a expli­qué que ce n’é­tait pas l’ar­ticle 25 et qu’on a « annon­cé » l’exist(e)nce de l’ar­ticle 19, alors cer­tains sont par­tis sur la thèse (…) »

    C’est très gen­til, là encore, Lior, mais tu pour­ras aisé­ment véri­fier que cette « révé­la­tion » avait déjà été faite, et cette consi­dé­ra­tion prise en compte, au plus tard le 5 février 2008 par l’auteur de cette page : http://​www​.faux​mon​nayeurs​.org/​a​r​t​i​c​l​e​s​.​p​h​p​?​l​n​g​=​f​r​&​p​g​=90

    Bon en fait, c’était moi. Mais on s’en fout.

    « « C’est la seule chose qui vaille la peine dans l’ar­ticle d’A­drien Abau­zit : l’ex­pli­ca­tion qu’il exis­tait un cir­cuit, des bons plan­chers, etc etc. » »

    Ah parce qu’il t’a fal­lu Adrien pour connaître l’existence du ‘plan­cher de bons’ ?

    À ce sujet, je me rap­pelle d’ailleurs que Jacques Niko­noff en par­lait de manière extrê­me­ment inté­res­sante dans une confé­rence de juin 2010, à Paris, dont AJH et moi-même avions été invi­tés à faire la pre­mière partie.

    J’arrête là ce jeu idiot. Sim­ple­ment pour te sug­gé­rer d’arrêter de tendre le bâton. Cela étant, il est évident que les divers auteurs auquel on se réfère soi-même font tou­jours des erreurs, qu’ils ne savent pas tout et qu’il leur reste beau­coup à apprendre.

    Quant à Bei­tone, son article en ques­tion était vrai­ment digne d’être publié dans Le Monde… Par res­pect pour lui, je pré­fère l’oublier et m’en tenir à celui qu’il a com­mis quelques mois plus tard, dans un timing et un for­mat libre­ment choisis.

    Je rap­pelle encore une fois que, dans les années pré­cé­dentes nous avions eu beau­coup de mal à trou­ver ne serait-ce que le texte de la loi de 1973. Comme tu le sais, par exemple, Légi­france est mal gau­lé quand il s’agit de vieilles lois archi­vées sous formes d’images « mortes ». Quant aux archives de la Banque de France ren­dues publiques, elles sont bizar­re­ment clas­sées et vrai­sem­bla­ble­ment très incomplètes.

    D’un autre côté, je rap­pelle éga­le­ment – car, déci­dé­ment on n’arrête pas de l’oublier – qu’un tas de res­pon­sables de l’époque et/ou de fins connais­seurs du champ concer­né disent eux-mêmes « la chose qui n’est pas » (si on s’en tient à tes conclu­sions dont tu viens encore de pré­tendre expli­ci­te­ment qu’elles sont indé­mon­tables : « per­sonne qui serait de bonne foi ne pour­rait dire le contraire »).

    Ain­si, par exemple, quand Jacques de Laro­sière, Gou­ver­neur hono­raire de la Banque de France, s’adressant à un par­terre de ban­quiers cen­traux, dans un col­loque orga­ni­sé par la Banque de France elle-même en et autres gens si bien auto­ri­sés, dit : « Par ailleurs, depuis 1973, l’escompte direct de la Banque de France avait été aboli. »

    Il n’est pas non plus ano­din, je crois, de faire remar­quer qu’ils disent tou­jours « la chose » de manière floue et en passant.

    Ain­si de la réponse de Gis­card, à la fois très claire et au final très floue, qui ne dit ni oui ni non, for­mel­le­ment, pour répondre à la ques­tion posée.

    Tou­jours à ce sujet, tu peux faire dire ce que tu veux à Habe­rer mais ce qu’il dit dans sa note de ser­vice de fin 1972 est par­fai­te­ment clair, y com­pris s’agissant de l’article 25 et de l’abrogation en juin 1938 d’une mesure de 1936 inte­nable en cer­tains cas et vio­lée de fait, ce qui a conduit le gou­ver­ne­ment à faire modi­fier la loi en urgence. Encore une fois, votre conclu­sion sur cet aspect est fausse.

    Je pense avoir four­ni ce qui consti­tue pour le moment l’hypothèse la plus cré­dible sur ce bout de sujet, en sug­gé­rant qu’en cas de dépas­se­ment du pla­fond des concours, avant que la loi rati­fiant une éven­tuelle nou­velle conven­tion puisse être voté, il fal­lait néces­sai­re­ment que le Tré­sor pré­sente lui-même à la BdF des bons non négo­ciables. J’aurais dû ajou­ter que cette manière ultime de résoudre le pro­blème et donc la même contrainte qui l’amenait, dis­pen­sait en pra­tique, en retour, d’avoir à modi­fier le pla­fond des avances, puisque cela don­nait du temps, les quelques jours néces­saires pour emprun­ter ailleurs (3 jours c’est bien assez long pour four­guer des bons aux banques, quand bien même le mar­ché est loin d’être « struc­tu­ré »). Autre­ment dit, l’ensemble de cette séquence évi­tait d’avoir à affron­ter le par­le­ment pour lui expli­quer qu’on avait mal géré le bud­get.
    À ce sujet encore, on peut ajou­ter que la loi vali­dant a pos­te­rio­ri les finances de l’exercice, elle, se vote bien plus tard (deux ans après la loi de finances) et que de ce point de vue il y a des com­bines de « poli­tique moné­taires » qui sont trans­for­més en des mesures de « poli­tique bud­gé­taire » pour les­quelles c’est une vue de l’esprit aimable de dire qu’elles sont sou­mises à la loi de la res­pon­sa­bi­li­té du fait qu’elles passent devant le parlement.

    Pour en reve­nir à l’escompte direct de bons (non négo­ciables), qui res­tait donc non pas tant excep­tion­nel mais tou­jours très tem­po­raire, après, il n’est pas impos­sible qu’ils aient un pro­fi­té de ce bout du cir­cuit pour faire un temps, après guerre, ce qui se pra­ti­quait ailleurs : déve­lop­per la pra­tique de l’escompte direct de bons du tré­sor par la banque cen­trale. Comme par exemple aux USA entre leur entrée en guerre et fin 1978. Mais ici, Habe­rer, qui a d’autres pré­oc­cu­pa­tions en tête, oublie de noter que la Fed est privée…

    Cela ne veut évi­dem­ment PAS dire que les concours de la Banque de France et l’escompte direct d’effets (non négo­ciables) du Tré­sor aient été une source de finan­ce­ment moné­taire MAJEURE à l’époque du CIRCUIT, ni que les sources prin­ci­pales du cir­cuit n’avaient pas été taries de fait avant que la loi soit reprise en 1973. Mais pour le coup, c’est votre ques­tion qui foca­lise sur l’escompte direct et les avances…

    « Votre ques­tion » : vous ne l’avez évi­dem­ment pas inven­té, cette ques­tion. Je dis sim­ple­ment qu’il faut être logique quand on répond à une pro­po­si­tion pré­cise, mais que par ailleurs per­sonne n’a à décré­ter quelle est LA question.

    « Nous avons JUSTEMENT INVITÉ LES GENS À PRENDRE DU RECUL, CHER SAM, ET À COMPRENDRE QUE LA TRANSFORMATION NE VIENT PAS DE CETTE LOI ! »

    Tu peux bien gueu­ler encore plus fort, Lior… Je répon­drai encore une fois que votre conclu­sion n’est valide que selon une approche bête­ment tech­nique et poli­ti­que­ment très sté­rile, et que c’est sur­tout vous qui devriez prendre du recul à présent.

    Mon cher Lior, moi aus­si, encore une fois, je te remer­cie pour tes contri­bu­tions au débat, mais de là à te don­ner rai­son pour ta petite conclu­sion concer­nant une ques­tion réduite à je ne sais quelle tech­ni­ci­té, il y a encore un gouffre. Et d’ailleurs, je te l’ai dit, je suis en désac­cord même avec ladite conclu­sion. Mais ce qui me pose sur­tout pro­blème, c’est que tu puisses te satis­faire de répondre à cette ques­tion en lais­sant « le reste » aux autres.

    Je ne prends pas non plus mal ta réponse, mais elle me cha­grine car elle confirme mal­heu­reu­se­ment ce que je crai­gnais : une inten­tion absurde de prendre cette ques­tion de manière apo­li­tique, et par suite la volon­té de s’en tenir à une vision res­tric­tive de ce qui serait une cau­sa­li­té valable ou non, et d’im­po­ser cette lecture.

    « Sérieux ? Tu veux dire que l’en­det­te­ment sur les mar­chés c’est les gou­ver­ne­ments qui l’ont vou­lu ?! Haaa miiince, moi qui croyais qu’ils y étaient contraint(s) par une loi … »

    Je ne suis pas vrai­ment convain­cu que tu aies réflé­chi à tout ce que cet énon­cé a de ridi­cule. Ce sont les gou­ver­ne­ments qui font les lois (qui les font signer par leur « majo­ri­té » crou­pionne). Autre­ment dit, la loi n’est que l’un des modes d’ac­tion du gou­ver­ne­ment. Com­ment donc un gou­ver­ne­ment peut-il être « contraint » par une loi qu’il lui suf­fit de modifier.

    D’un bête point de vue tech­nique, la ques­tion a du sens si on rem­place « gou­ver­ne­ment » par « Tré­sor ». Mais cela devient encore plus ridi­cule quand on rem­place par exemple, dans la ques­tion, le terme « gou­ver­ne­ment » par le mot « État » : « « La loi de 1973 empêche-t-elle l’État d’emprunter à la Banque de France ? » »

    Autre­ment dit, la ques­tion est conne. Et ques­tion bête, réponse bête. Je refor­mule : la ques­tion telle qu’elle a été posée est pra­ti­que­ment et poli­ti­que­ment sté­rile, et il est tout aus­si sté­rile de s’évertuer à y répondre en repre­nant les mêmes pré­sup­po­sés qui amènent à trou­ver per­ti­nente ladite formulation.

    « « Et pour Jean Robin, même si c’est regret­table, nous n’a­vons pas à nous res­treindre sous pré­texte que des gens mal-inten­tion­nés uti­lisent nos infor­ma­tions pour mani­pu­ler tel ou tel. Man­que­rait plus que ça tiens. » »

    « « Nous avons sim­ple­ment cor­ri­gé une ANECDOTE DE CE DÉBAT qui est PAR QUELLE LOI EST-CE ARRIVÉ. » »

    Je ne sais pas qui est Jean Robin. Ce que je sais, c’est que vous n’avez pas du tout la même vision que moi s’agissant de la por­tée poten­tielle de votre tra­vail s’agissant d’être récu­pé­ré et dis­tor­du. Or, tu dis toi-même que c’est aux autres de faire le bou­lot sur le ter­rain poli­tique. J’arrête, j’ai déjà été assez clair et je n’ai mal­heu­reu­se­ment pas l’occasion de reve­nir sur ce que j’ai dit là-dessus.

    « « l’ar­ticle défi­ni­ti­ve­ment adop­té a été cor­ri­gé selon les vœux d’Haberer » »

    C’est assez curieux. Car il y a eu deux et même trois cor­rec­tions d’un coup. « Escompte » au lieu de « rées­compte » ; « Banque de France » au lieu d’ « Ins­ti­tut d’émission ». Mais aus­si dépla­ce­ment : B. Lemoine ne l’a pas vu, mais ce qu’Haberer qua­li­fiait de « ridi­cule », c’est d’avoir pla­cé cette clause dans un article visant à pla­cer les opé­ra­tions de la BdF sous le régime de la « légis­la­tion commerciale ».

    Cette triple cor­rec­tion est pré­sen­tée par un cer­tain Jean Cap­pelle qui, comme Yvon Cou­dé du Fores­to, était vieux et ancien ingé­nieur de l’industrie agri­cole. Sauf erreur, et pour la petite his­toire, qui en inté­res­se­ra juste quelques uns… c’est lui qui été le prin­ci­pal créa­teur de l’INSA de Lyon, rai­son pour laquelle le « grand amphi » du pre­mier cycle inté­gré (spé­cia­li­té mai­son) porte ce nom. En tous cas, ce mon­sieur, qui appro­chait le cré­pus­cule de sa vie, avait été élu dépu­té pour la pre­mière fois. Jamais bos­sé dans la banque, semble-t-il. Mais je note quand même qu’il était de l’UDR.

    M. Yvon Cou­dé du Fores­to qui, lui, avait ali­gné les man­dats – à part ça, il avoue plus loin (dis­cus­sion sur l’article 35) qu’il exerce la fonc­tion de « modeste cen­seur de l’une des plus modestes suc­cur­sales de la Banque de France », dira qu’il est cho­qué non pas par la nou­velle rédac­tion de l’article mais par le pro­cé­dé. Tout à la fin, il dit que ça a été fait « au mépris de toutes les pro­cé­dures nor­males » (de mémoire). Mais d’abord, au moment du trans­fert au nou­vel article 25, il dit que la modi­fi­ca­tion a été faite par « l’As­sem­blée natio­nale, sui­vant l’a­vis du Gou­ver­ne­ment ». Mais bon, il com­men­çait vrai­sem­bla­ble­ment à deve­nir un peu gâteux…

    Je passe sur cet épi­sode, je notais sim­ple­ment ces quelques observations.

    Je sais que je suis long, Lior, mais je me demande si tu lis atten­ti­ve­ment dès lors qu’on te pro­pose une « cau­sa­li­té dyna­mique à com­po­santes mul­tiples »… Tu n’as même pas rele­vé, de mon der­nier mes­sage, le coup des articles 26 et 27 et tout ce qu’ils auraient de déci­sif dans notre affaire. Bref, je subo­dore qu’une cer­taine ani­mo­si­té nais­sante te fait sur­tout te rac­cro­cher à tes acquis (c’est natu­rel) et je t’invite à nou­veau, comme tu l’as gen­ti­ment fait aupa­ra­vant, à la détente…

    Der­nière remarque : je ne sais pas si vous avez noté (dans la thèse de B. Lemoine, notam­ment) mais 
    il sem­ble­rait que le « Cir­cuit du Tré­sor », comme sa mesure pilier qui était la natio­na­li­sa­tion de la BdF, aient été mis en place pen­dant la guerre et non après. Autre­ment dit, par les « Boches » pour les « Boches »… devant qui le mur d’argent s’était effon­dré. Preuve écla­tante qu’il les a bien entu­bés, le petit tei­gneux, les nobles et les grands bour­geois « de chez nous » qui comp­taient mettre cette « contrainte exté­rieure » au ser­vice de leur guerre inté­rieure de classes.
    Mais tout de même : drôle d’ironie de l’Histoire, en tous cas : l’une des « causes directes » de ce déve­lop­pe­ment ulté­rieur serait à trou­ver dans un ver­sant du « nazisme moné­taire »…

    Réponse
  322. phil82

    Un article très intéressant

    LE PLAN DE STABILISATION PINAY-RUEFF, 1958

    Michel-Pierre Ché­li­ni

    Belin | Revue d’his­toire moderne et contemporaine

    2001⁄4 – no48‑4
    pages 102 à 123

    « …Pinay se décide à assi­mi­ler les condi­tions du nou­vel emprunt à celles de 1952, pour ren­for­cer l’image de conti­nui­té finan­cière comme pour accé­lé­rer sa pré­pa­ra­tion technique. 
    L’ordonnance et le décret de lan­ce­ment sont pro­mul­gués le 11 juin, moins de deux semaines après l’investiture du gouvernement.

    Ses carac­té­ris­tiques sont atti­rantes pour l’épargnant : il est por­teur d’intérêts à 3,5 % (soit 3 500 F par an pour 100 000 F sous­crits) pour un long amor­tis­se­ment de 54 ans. Les titres du 3,5 % 1958 sont exo­né­rés de l’impôt sur le reve­nu et sur les droits de suc­ces­sion. Il est indexé sur l’or et non sur la hausse des prix : la réfé­rence est la moyenne des cours de la pièce d’or 20 F dite Napo­léon, sur le mar­ché libre de l’or à Paris pen­dant les 100 der­nières séances de la Bourse pré­cé­dant la reprise du titre ; le cours de réfé­rence du Napo­léon est celui du 1er semestre 1958, 3 600 F (infé­rieur de 10 % aux 3 960 F de 1952). Le rem­bour­se­ment est pré­vu par tirage au sort jusqu’en 1970, libre au-delà.

    Le lan­ce­ment du 17 juin est accom­pa­gné par un dis­cours du ministre et un autre du chef du gou­ver­ne­ment. Pinay déve­loppe les thèmes de la défense du franc, de la mise en acti­vi­té des richesses thé­sau­ri­sées au ser­vice de la nation et de son équi­pe­ment, le géné­ral de Gaulle attend un suc­cès triom­phal, pre­mière étape du redressement.

    La publi­ci­té est cen­trée sur le thème « l’emprunt 3,5 %, de l’or qui rap­porte ». La presse offre un éven­tail inté­res­sant d’opinions : La Vie Fran­çaise (27 juin) titre « à l’enseigne de la confiance », The Eco­no­mist (21 juin) plai­sante sur l’« Opé­ra­tion Napo­léon », L’Humanité (16 juin) se scan­da­lise d’« Un cadeau royal pour les capi­ta­listes », Le Monde (16 juin) résume les deux objec­tifs de l’emprunt, « Aux urnes du Trésor ».

    L’emprunt rap­porte 325 mil­liards de F cou­rants, dont 295 mil­liards en moyens de paie­ments (90 %). On peut com­pa­rer cette somme avec les recettes bud­gé­taires totales, dont elle repré­sente envi­ron 6% ou avec le défi­cit de 1958, dont elle pour­rait com­bler la moi­tié. Par rap­port à l’emprunt Pinay de 1952 (430 mil­liards), la col­lecte est plus modeste et par rap­port à l’emprunt Rama­dier de 1956 (320 mil­liards) le résul­tat est iden­tique. En francs constants 2000, cela repré­sente 29 mil­liards pour l’emprunt de 1958, 158 mil­liards pour 1944, 48 mil­liards pour 1952, 119 mil­liards pour celui de 1993. Le Fonds de Sta­bi­li­sa­tion des Changes récu­père 150 tonnes d’or pen­dant la durée de l’emprunt, soit envi­ron 80 mil­liards de F – 1⁄4 des sous­crip­tions – et la Banque de France consi­dère presque l’emprunt comme une amnis­tie pour capi­taux expa­triés. On compte en métro­pole un peu plus de 870 000 sous­crip­teurs, soit envi­ron 6% des ménages, pour une sous­crip­tion moyenne de 350 000 F, ce qui repré­sente six mois de salaire moyen de l’époque.

    Le Tré­sor a cal­cu­lé qu’il était ren­table sur­tout pour les par­ti­cu­liers sous­cri­vant entre 500 000 et 5 mil­lions de F. Par la suite, le cours de la « rente Pinay » pro­gresse len­te­ment au cours des années 1960, attei­gnant, sur la base 100 en 1958, l’indice 192 en 1969. L’absence de droits de suc­ces­sion joue beau­coup plus que son indexa­tion sur l’or, aug­men­tant lar­ge­ment son coût rela­tif pour le Tré­sor, et en sep­tembre-octobre 1973, les Finances pré­fèrent pro­cé­der à son rem­bour­se­ment anticipé.

    Un plan Rueff ?

    La spé­cu­la­tion à la baisse du Franc se pour­suit de manière sourde jusqu’en décembre 1958, ce qui signi­fie qu’une par­tie de la crise moné­taire n’est pas réso­lue. La liqui­da­tion de l’Union Euro­péenne des Paie­ments (UEP) au 31 décembre va lais­ser une dette de 2 950 mil­lions d’unités de compte, alors que les condi­tions finan­cières de l’Accord Moné­taire Euro­péen (AME), char­gé de lui suc­cé­der, seront plus strictes. Le der­nier emprunt en date auprès du FMI, en jan­vier 1958, était assor­ti de recom­man­da­tions d’experts limi­tant le défi­cit bud­gé­taire à 600 mil­lions de F. Par ailleurs, le géné­ral de Gaulle veut un plan en bonne et due forme qui marque le début de son gou­ver­ne­ment avec éclat dans le domaine économique.

    Deux optiques par­tagent alors le monde des spé­cia­listes et des poli­tiques :
    – un cou­rant s’oppose à toute déva­lua­tion et à la réduc­tion de la dépense col­lec­tive, pro­po­sant de faire jouer la fis­ca­li­té, l’encadrement du cré­dit, la pla­ni­fi­ca­tion, le contrôle des prix : c’est le cas d’Albin Cha­lan­don à l’UNR, de Guy Mol­let à la SFIO. 
    – Un second cou­rant, plus libé­ral, sou­haite ouvrir les fron­tières pour ren­for­cer les ten­dances concur­ren­tielles et agir sur la demande inté­rieure par la fis­ca­li­té et le crédit. 

    Jacques Rueff, ins­pec­teur des Finances, déjà expert auprès du cabi­net Poin­ca­ré en 1926–1928 et plu­sieurs fois auteur de plans de sta­bi­li­sa­tion, émerge du second courant. 

    Le 10 juin, dix jours après l’investiture du gou­ver­ne­ment de Gaulle, il adresse au ministre des Finances une note : « Élé­ments pour un pro­gramme de réno­va­tion éco­no­mique et finan­cière », qui pro­pose un plan de mesures libé­rales pour résoudre ce qui est à ses yeux le mal fran­çais, l’inflation.

    Deux séries de remèdes doivent s’épauler :

    - sur le plan finan­cier, il convient de limi­ter les emprunts du Tré­sor au mar­ché finan­cier en ces­sant les recours à la Banque de France et d’interdire à la Banque de France de finan­cer des cré­dits à moyen terme pour les entre­prises, selon les dis­po­si­tions de mars 1944 des­ti­nées à la Recons­truc­tion.

    - Sur le plan com­mer­cial et concur­ren­tiel, il s’agit de limi­ter au mini­mum les bar­rières, contin­gen­te­ments et pro­tec­tion­nismes divers, depuis les taxes doua­nières jusqu’aux pro­fes­sions pro­té­gées et autres corporatismes. 
    Il conclut sur l’appel à la « res­tau­ra­tion d’une mon­naie française ».

    Il semble que Roger Goetze ait pris l’initiative de don­ner des pro­lon­ge­ments à ce texte. En effet, Antoine Pinay, quoique libé­ral aus­si, se méfiait de ces pro­jets. Selon R. Goetze, les colères du géné­ral de Gaulle deviennent régu­lières entre le 15 août et le 15 sep­tembre : « Quand donc le ministre des Finances va-t-il me pro­po­ser le pro­jet de bud­get et les réformes qui doivent y être asso­ciées ? ».
    C’est le cabi­net de Mati­gnon qui contri­bue à convaincre Antoine Pinay de rece­voir Jacques Rueff à plu­sieurs reprises et de créer UN COMITÉ D’EXPERTS des­ti­né à pré­pa­rer un pro­gramme d’ensemble, plus vaste qu’un emprunt assor­ti de mesures d’économies.
    Le 30 sep­tembre, deux jours après le réfé­ren­dum qui accor­dait des pou­voirs spé­ciaux au gou­ver­ne­ment, Antoine Pinay accepte sans enthou­siasme la for­ma­tion de ce comi­té. Celui-ci devant res­ter secret, l’opinion publique n’apprit son exis­tence qu’à la veille de sa dis­so­lu­tion, tan­dis que Jacques Rueff n’était que son « coor­di­na­teur » pour le ministre des Finances.

    Les membres du comi­té, comme en 1926, repré­sentent la haute fonc­tion publique ou les affaires. Ils sont huit. Dans le monde de l’entreprise, on relève la pré­sence de Jean Guyot, gérant de la banque Lazard, ami de J. Rueff, véri­table chef de cabi­net offi­cieux du comi­té, M. Lorain, pré­sident de la Socié­té Géné­rale, M. Alexandre, pré­sident du conseil des Experts-Comp­tables, ami d’A. Pinay, C.J. Gignoux, éco­no­miste, ancien diri­geant de la CGPF (Confé­dé­ra­tion Géné­rale du Patro­nat Fran­çais) dans les années 1930–1940, orga­nisme patro­nal ancêtre du CNPF, Raoul de Vitry, pré­sident de Péchi­ney. Dans la fonc­tion publique figurent C. Bra­sart, conseiller d’État où il pré­side la sec­tion des Finances, Jean Saltes, sous-gou­ver­neur de la Banque de France et Jean-Mar­cel Jean­ne­ney, pro­fes­seur de sciences éco­no­miques, futur ministre du géné­ral de Gaulle. Le comi­té fait figure de Conseil éco­no­mique et social en consul­ta­tion et ses membres, choi­sis par Jacques Rueff, témoignent d’options éco­no­miques majo­ri­tai­re­ment libérales… »

    Article com­plet :

    http://www.cairn.info/revue-d-histoire-moderne-et-contemporaine-2001–4‑page-102.htm

    Réponse
  323. RHC

    Bon­jour,

    @Lior

    Sam et les autres (vous même) sont remar­quable dans ce débat. Suivre le réseau espace-temps de liens cau­saux aus­si qua­li­ta­ti­ve­ment com­plexes que celui qui inter­vient dans le pro­ces­sus de la dette demande une approche remar­quable. La loi de 1973 sert uni­que­ment de point de départ. Enfin, c’est mon humble avis.

    Ok ! j’ar­rête 8).

    Réponse
  324. RHC

    Il ne manque plus qu’à étu­dier le « Reset » du cir­cuit finan­cier le jour du 11 sep­tembre 2001. Ou le mas­ca­rade du pro­cès de Nurem­berg, le mythe s’écroule …

    Réponse
  325. Sam

    Concer­nant la navette par­le­men­taire de 1972 et la pos­sible ini­tia­tive du Gou­ver­ne­ment prise, via un (nou­veau) dépu­té de l’U­DR suite à la note du tré­sor (de Habe­rer), j’ai oublié d’a­jou­ter plu­sieurs choses :

    - Gis­card n’est venu qu’en pre­mière lec­ture. Pour rem­pla­cer le gou­ver­ne­ment, il est rem­pla­cé ensuite par Tait­tin­ger, secré­taire d’É­tat. Il n’est donc pas là quand l’a­men­de­ment du Sénat est intro­duit ni quand il est modi­fié. Main­te­nant, qui croi­ra qu’il n’a pas sui­vi le dos­sier ? D’un autre côté, cer­tains bout les pro­pos que tient Tait­tin­ger devant les chambres rap­pellent les termes de la note de Habe­rer. Du reste, comme on dit, le secré­taire d’É­tat n’a pas trou­vé ça tout seul.

    - Or si la cor­res­pon­dance est éta­blie, elle démon­tre­rait sur­tout que le gou­ver­ne­ment avait bien été aver­ti de la por­tée du futur article 25 – et encore une fois, ni Gis­card ni Habe­rer ne pou­vaient être cons au point d’i­gno­rer celle de l’ar­ticle 19 – et qu’il a jus­te­ment pris soin de ne pas suivre son aver­tis­se­ment (cf. la séquence 1936 – 1938). Autre­ment dit, ça démon­tre­rait que le Gou­ver­ne­ment savait que l’ar­ticle 25 inter­di­rait de fait les emprunts à la Banque de France.

    Sur cette affir­ma­tion, je me suis déjà expli­qué (notam­ment dans mon der­nier mes­sage) en par­lant du pro­blème de timing dans la ges­tion d’une crise momen­ta­née de tré­so­re­rie et de l’ef­fet de « cli­quet » qu’il induit. Effet qui contri­bue à dis­sua­der de recou­rir à l’ar­ticle 19. La réin­tro­duc­tion de la « méthode dure » de l’ar­ticle 25 n’y change rien tan­dis qu’elle incite sur­tout à aller déve­lop­per ces mar­chés finan­ciers aux­quels on emprunte déjà à chaque fois qu’on passe dans le rouge.

    Autre piste, pas non plus signa­lée encore dans ce débat, à ma connais­sance : du point de vue d’un gou­ver­ne­ment qui, de toutes manières, ne veut jamais moné­ti­ser direc­te­ment s’il peut faire autre­ment, à quoi sert sur­tout la pos­si­bi­li­té lais­sée à la banque cen­trale d’a­che­ter des bons à l’é­mis­sion ?

    Autre ques­tion qui appelle la même réponse : pour­quoi l’es­compte direct de bons du tré­sor par la Banque de France est-il clas­sé par cer­tains acteurs (dont Habe­rer, qui n’aime pas le Cir­cuit) par­mi les opé­ra­tions d’o­pen-mar­ket ?

    Réponse : tout sim­ple­ment parce que cette opé­ra­tion per­met, en cas de besoin, d’empêcher la flam­bée des taux d’in­té­rêts. Un pro­blème qui, jus­te­ment, ne se pose que s’il y a adju­di­ca­tion sur « les mar­chés », et plus que jamais quand la par­tie des émis­sions enca­drée par les taux admi­nis­trés est réduite à rien…

    J’ai posé la ques­tion du point de vue d’un gou­ver­ne­ment qui, de toutes manières, ne veut jamais moné­ti­ser direc­te­ment s’il peut faire autre­ment parce que c’est bien ce que montrent les faits, et pour le coup constam­ment comme les dis­cours, et pour le coup tous les discours. 
    On peut faire obser­ver à ce sujet que les autres voies du Cir­cuit, celles qui ne mettent pas en jeu la Banque de France (du moins pas direc­te­ment), impliquent une forme de créa­tion moné­taire direc­te­ment com­pa­rable à ce que font toutes la banques – autre­ment dit, c’est sim­ple­ment comme si on natio­na­lise les banques – tan­dis que les concours de la Banque de France ou l’es­compte direct impliquent une émis­sion « ferme », per­ma­nente, de mon­naie banque cen­trale (non pas scrip­tu­rale ban­caire), ce qui n’est tout de même pas la même chose du point de vue de l’ef­fet multiplicateur…

    C’est pour cette même rai­son aus­si, sans doute, que l’es­compte direct de bons du Tré­sor par la banque cen­trale n’a jamais été admis que comme une mesure tem­po­raire, de simple ges­tion, qui appelle un rem­bour­se­ment rapide ensuite (des­truc­tion de mon­naie banque centrale).

    On retrouve là le grand mal­en­ten­du de ce débat : on aurait effec­ti­ve­ment ten­dance à s’i­ma­gi­ner les avances ou l’es­compte direct comme une forme de finan­ce­ment moné­taire durable alors que ça n’a jamais été la ques­tion. Ce qui a conduit Lior, fina­le­ment, à enfon­cer une porte ouverte du fait qu’il en a enfon­cé une autre…

    Il s’a­git par contre de voir que, si on inter­dit ce mode excep­tion­nel et tou­jours très tem­po­raire de ges­tion d’une crise de tré­so­re­rie, on ne fait que pous­ser défi­ni­ti­ve­ment le Tré­sor non pas à emprun­ter auprès des banques, ce qu’il se fait déjà, évi­dem­ment, mais ce qu’il ne fait que ponc­tuel­le­ment, en cas de néces­si­té urgente, mais à sys­té­ma­ti­ser (au sens pra­tique comme au sens idéo­lo­gique), déve­lop­per, natu­ra­li­ser, struc­tu­rer, orga­ni­ser, le cadre de ce méca­nisme d »endet­te­ment.

    D’un autre côté, encore une fois, le fait d’emprunter et même d’emprunter cou­ram­ment, n’é­tait pas du tout vu comme un pro­blème. Dire le contraire serait aus­si stu­pide qu’i­ma­gi­ner que les entre­prises n’ont pas besoin de finan­ce­ment ou bien que le cré­dit n’existe que pour elles mais pas pour l’État.

    Leur pro­blème n’é­tait pas le volume ou le carac­tère répé­ti­tif de l’emprunt, il était que les taux soient admi­nis­trés. Si ça ne nous paraît pas évident, c’est peut-être parce qu’on a régu­liè­re­ment ten­dance à faire une confu­sion plus géné­rale : emprun­ter et rem­bour­ser sans inté­rêt, ce n’est pas débour­ser ; le prix de la mon­naie c’est le taux d’in­té­rêt, pas le capital.

    Or l’ex­tinc­tion – déjà réa­li­sée – des autres méca­nismes de finan­ce­ment moné­taire du Cir­cuit contrai­gnait évi­dem­ment à orga­ni­ser un vaste mar­ché capable d’ab­sor­ber « l’offre » et d’y asso­cier un taux d’in­té­rêt soit disant juste.

    À ce sujet, vous note­rez un autre aspect dont on n’a pas encore par­lé ici, je crois, et qu’on appelle l’ef­fet d’é­vic­tion. Ici, il s’a­git de dire que, du moins dans l’i­dée des « réfor­ma­teurs », si on prête à taux trop bas à l’É­tat (chose qui se pro­duit sur­tout si le taux est fixée par l’É­tat), cela veut dire que l’on coupe d’au­tant plus les vivres à l’in­ves­tis­se­ment privé.

    Encore une fois, Lior, je t’in­vite à relire plus atten­ti­ve­ment mon mes­sage pré­cé­dent. Avec ces com­men­taires sup­plé­men­taires. Je pense que c’est une démons­tra­tion suf­fi­sam­ment lim­pide qui montre inci­dem­ment que la loi du 3 jan­vier, et y com­pris son article 25, inter­dit au Tré­sor de se finan­cer auprès de la Banque de France – alors der­nier des rési­dus « souples » du Cir­cuit (on ne décrète pas en 5 minutes le démé­na­ge­ment de comptes ban­caires vers la caisse des dépôts ou vers la Poste) – et, plus lar­ge­ment, jouent un rôle clé dans la genèse de cette dette qui nous tien­dra en escla­vage par la suite.

    Réponse
  326. Lior

    Sam, on en revient tou­jours au même point, si c’est l’ar­ticle 25 qui te gêne, il faut alors expli­quer que ce n’est pas une inno­va­tion de la loi de 1973, et donc recon­naitre que 1973 n’est pas une rup­ture à ce niveau là.

    Moi je veux bien que vous fas­siez des thèses et hypo­thèses sur ceci ou cela, mais il faut que cela soit un mini­mum cohérent.

    Si l’ar­ticle 25 vous gêne, alors il faut dire que ce n’est pas 73 qui l’amène.

    Donc je rede­mande : Qu’y a‑t-il de spé­cial dans la loi de 1973 en ce qui concerne les rela­tions entre le Tré­sor et la Banque de France ? Quel article qui régit ces rela­tions vous semble scandaleux ?

    Soyons clairs : Que repro­chez vous à la loi de 1973 en ce qui concerne ses rela­tions finan­cières avec l’E­tat, qui ne soit pas une dis­po­si­tion habi­tuelle prise anté­rieu­re­ment à 1973 ?

    L’ar­ticle 25 reprend une inter­dic­tion déjà sti­pu­lée en droit depuis des décen­nies lors­qu’il est rédi­gé.

    Plus encore, il est tel­le­ment INIMAGINABLE pour tous les acteurs concer­nés que le Tré­sor puisse même PENSER a faire escomp­ter ses bons en direct et que la Banque puisse même PENSER a escomp­ter les bons du tré­sor sur le mar­ché pri­maire, que la majeure par­tie des acteurs de la rédac­tion de la loi pen­saient car­ré­ment qu’il n’y avait MÊME PAS À ÉCRIRE CET ARTICLE.

    Donc puisque tu reviens des­sus dans ton der­nier com­men­taire, Sam, et que tu théo­rises une pro­blé­ma­tique liée à l’ar­ticle 25, je te demande d’être clair et fac­tuel : cet article n’est pas nou­veau, il n’est pas un chan­ge­ment entre AVANT et APRÈS 1973. En ce sens, quel est le reproche que tu fais à 1973 ? Si ce n’est d’a­voir per­pé­tué cette situa­tion qui est déjà antérieure.

    Si tu veux, ce que nous avons vou­lu faire, quelque part, c’est de répondre à la thèse du AVANT/APRÈS. C’est un argu­men­taire très sédui­sant (Étienne le manie à mer­veille, et c’est grâce à ça que je suis entré en poli­tique quelque part) qui consiste à expli­quer qu’il y a eu une situa­tion jugée « bonne » et qu’il y a ensuite eu une situa­tion jugée « mau­vaise », et que la rup­ture entre les deux situa­tions est une loi por­tant sta­tut de la Banque de France et pro­mul­guée le 3 jan­vier 1973.

    Donc face à cet argu­ment, on objecte (à rai­son selon moi) que la loi de 1973 n’ap­porte stric­te­ment rien de neuf et n’in­ter­dit rien de plus que ce qui était déjà inter­dit auparavant.

    Enfin, je suis encore une fois stu­pé­fait de ton der­nier com­men­taire, et je pense pou­voir répondre très bien­tôt à TOUTES tes avan­cées (très inté­res­santes mais assez long mal­heu­reu­se­ment à lire) sur le sujet notam­ment en me ser­vant de l’ou­vrage d’Ha­be­rer et de la Thèse de Ben­ja­min Lemoine qui sont tout deux lim­pides et com­plets sur le sujet. En effet ton der­nier com­men­taire dit « Démons­tra­tion lim­pide qui montre que la loi de 3 jan­vier inter­dit au Tré­sor de se finan­cer etc. » … Et la conven­tion ? Et l’ar­ticle 19 ?

    Encore une fois, vous repro­chez à une voi­ture d’in­ter­dire au pilote de rou­ler à 130 km/h. Or c’est faux, la voi­ture est tout à fait capable d’y aller, c’est le pilote qui est en cause. De la même manière que la loi de 1973 offre les outils néces­saires à mon­ter à 130 km/h mais que les gou­ver­ne­ments ont jugé qu’il était mau­vais d’y toucher.

    Je ne bouge donc pas de ce qui est deve­nu mon antienne : La loi de 1973 n’empêche abso­lu­ment pas l’État d’emprunter auprès de la Banque de France, y com­pris à TAUX ZÉRO, comme le prouve la conven­tion de sep­tembre 1973.

    Elle laisse libre choix aux gou­ver­ne­ments de faire de nou­velles conven­tions (a mon sens le « véto » d’un gou­ver­neur choi­si et révo­cable par le gou­ver­ne­ment n’est pas un argu­ment qui tient, du moins pas jus­qu’en 1992, mais il fau­dra y réfléchir).

    À bien­tôt.

    Réponse
  327. Lior

    @Sam :

    Déso­lé je n’a­vais pas vu ton com­men­taire où tu réponds à ma réponse, un peu vio­lente il est vrai, et où je prends des liber­tés que je ne devrais pas prendre.

    Comme tu dis, je m’en­fonces, tu t’en­fonces, on s’en­fonce, mais on avance par les bords. Il n’est pas du tout ques­tion de mino­rer le tra­vail de cha­cun y com­pris le tiens que je res­pecte, et bien enten­du pas celui d’A­JH et d’É­tienne qui connaissent de toute manière mon ami­tié et ma gra­ti­tude pour ce qu’ils ont fait de moi.

    Mais il est vrai que j’é­tais aga­cé que l’on dise que notre article avait un sou­ci de ceci ou de cela. Notre article répon­dait à une ques­tion simple de manière tout à fait fac­tuelle et indé­mon­table (ça par contre je main­tiens : l’  »indé­mon­ta­bi­li­té » de notre article tient sur l’ar­ticle 19 cou­plé à la conven­tion de 1973 qui enlève TOUT DOUTE POSSIBLE quant à la ques­tion des concours de la BdF à l’Etat).

    Donc voi­là je me suis empor­té et un peu éner­vé et j’ai pêché par orgueil. Mais bon je suis jeune et donc vous m’ex­cu­se­rez sûrement 😀 😀 😀

    Pour le Cir­cuit et les ‘bons plan­chers’, non je n’ai pas atten­du Abau­zit : je sou­li­gnais juste que c’est très bien qu’il fasse décou­vrir cet aspect de la situa­tion au grand public, bien que moi même je ne l’ai appris qu’il y a très peu de temps, notam­ment avec la Thèse qu’il avait déni­chée, même si j’en avais déjà lu quelques bribes dans les bou­quins de Pli­hon sur la mon­naie et le Tré­sor etc. (on le cite dans notre article sur le blog, notam­ment quand on parle du sys­tème de banques natio­na­li­sées et du cré­dit administré).

    Moi ce qui m’a fait mal, c’est de voir Étienne et toi par­ta­ger une thèse qui serait lumi­neuse (celle d’A­bau­zit) quand celle-ci ne tient abso­lu­ment pas la route. Ça m’a fait mal, je me suis dit que vous aviez tel­le­ment envie de repro­cher quelque chose à 1973 que vous étiez prêts à accep­ter un argu­men­taire assez fai­blard à mon sens qui consis­te­rait à dire que le légis­la­teur s’est trom­pé de mot ou je ne sais quoi, ce qui aurait en fait mis fin aux ‘bons plan­chers’ et à la dette à vue du Trésor.

    Un peu comme si je détes­tais tel­le­ment la loi sur le mariage homo­sexuel que j’in­ven­tais un terme ambi­gu et une fausse polé­mique signi­fiant qu’en fait elle auto­rise le mariage avec des ani­maux parce qu’en fait le séna­teur s’est trom­pé et tout le monde s’est trom­pé et donc on peut se marier avec des ani­maux quoi…

    Et vous par­ta­gez ça en disant que c’est une thèse lumi­neuse et inté­res­sante. Ça m’a déçu.

    Bref je m’ex­cuse donc de mon ton assez désin­volte et je te donne acte du fait que je suis allé trop loin.

    Réponse
  328. Sam

    Lior,

    un grand mer­ci pour ces mani­fes­ta­tions d’hu­ma­ni­té. Je suis aus­si trop sou­vent ani­mé par la colère, mais faut admettre que ça aide aus­si à avan­cer en un sens (par les bords)… À part ça, moi j’ai 35 ans.

    Pour nous aider un peu, je te pro­pose un petit échange ques­tion mise ou remise en contexte. Pour ma part, j’ai à m’ex­cu­ser de ne pas avoir assez pris en compte une chose : en vous accu­sant de ne pas avoir mis assez les choses en pers­pec­tive, autre­ment dit de ne pas avoir fait une bonne par­tie d’un bou­lot dont je conti­nue à dire qu’il est essen­tiel de le faire, cha­cun, je demande tout – tout de suite, ce qui est stu­pide. Oui je crains une vaste récu­pé­ra­tion, mais cha­cun fait ce qu’il peut.

    Quant à toi, je te prie une fois encore de bien vou­loir tenir compte de mes allu­sions répé­tées à cette mise en contexte en ce qu’elle a de déter­mi­nant pour l’a­na­lyse.

    Tu par­lais de confu­sion­nisme idéo­lo­gique, je crois. Mais cela n’a rien à voir avec une obs­ti­na­tion à faire dire aux faits ce qu’ils ne disent pas. C’est bien plus une ques­tion de res­pect pour la manière dont les idéo­lo­gies se réa­lisent dans les faits. Et de ce point de vue je n’ai pas honte de dire que tu prends une approche per­due d’a­vance car l’in­ten­tion des acteurs et l’é­vo­lu­tion des faits pas­sés est ce qu’elle est.

    Main­te­nant, évi­dem­ment, tu peux vrai­ment te pen­cher sur l’as­pect déter­mi­nant ou non d’une seule clause d’une seule loi. Mais je ne me suis pas refu­sé à cet exer­cice et mes mes­sages qui pré­cèdent n’ont ces­sé de le montrer.

    Reve­nons en donc au fond.

    « Si l’ar­ticle 25 vous gêne, alors il faut dire que ce n’est pas 73 qui l’amène. »

    1) Oui, je l’ai redit, l’ar­ticle 25 conti­nue de me « gêner ». Plus que jamais, en fait, et après avoir failli être convain­cu du contraire.

    2) Bien sûr que si que c’est la loi du 3 jan­vier 1973 qui l’a­mène, vu que la mesure équi­va­lente de 1936 avait été abo­lie en juin 1938. Cf. la note de Habe­rer déni­chée par Ben­ja­min Lemoine, et qui remet en ques­tion cette par­tie de votre argumentation.

    Je pen­sais que c’é­tait acquis (ce 2). Dis-moi plu­tôt ce qui ne te convainc pas, ça m’é­vi­te­ra de me répé­ter encore.

    Dans l’ex­pli­ca­tion d’Ha­be­rer, tu note­ras que le pivot se situe autour de la dis­tinc­tion entre le carac­tère « non négo­ciable » ou « négo­ciable » des bons. Il veut donc dire clai­re­ment qu’entre 1938 et 1973 le Tré­sor pou­vait deman­der à la BdF (sou­mise au gou­ver­ne­ment dès lors qu’il le sou­haite) d’es­comp­ter des bons pour­vu que ce ne soit pas des bons négociables.

    Autre­ment dit, ce qui était inter­dit à la BdF entre 1938 et 1973 ce n’é­tait pas d’être mise à contri­bu­tion pour résoudre un pro­blème de tré­so­re­rie d’É­tat – très tem­po­rai­re­ment (et sous trois mois au plus, tu le sais) – mais d’a­che­ter des bons négo­ciables, autre­ment dit d’in­fluer direc­te­ment sur le taux d’in­té­rêt à l’é­mis­sion sur les marchés…

    Tu note­ras d’ailleurs aus­si que la posi­tion d’Ha­be­rer est duale à l’é­gard des effets négo­ciables, au sens où il est jus­te­ment, lui, pour que la BdF puisse escomp­ter direc­te­ment des bons mais au titre d’o­pé­ra­tions d’open-market…

    Tu note­ras enfin, si tu as bien lu ce qui pré­cède et si tu en es d’ac­cord, que l’ef­fet le plus ter­rible, sans doute, de l’ar­ticle 25 (et que je n’ai même pas encore évo­qué) est de livrer les taux d’in­té­rêt sur les bons au dik­tat des gros ache­teurs… Rai­son de plus pour se magner de déve­lop­per « le mar­ché », en croi­sant les doigts pour que s’ac­com­plissent les effets mer­veilleux de la concurrence.

    Tu as peut-être raté d’autres bouts de mes mes­sages qui t’ont peut-être paru être des lon­gueurs… mais à l’é­vo­ca­tion de « la thèse d’A­drien », j’a­vais répon­du, presque immé­dia­te­ment, qu’en sui­vant une approche simi­laire à celle de Lior et Maga­li, et même plus faci­le­ment encore pour le coup, on peut démon­trer qu’elle est encore plus fausse que celle qui nous amène à ce nou­veau débat (ce qui me fait plu­tôt pen­ser qu’elle est encore plus juste, mais passons).

    Je me suis conten­té d’un argu­ment qui saute aux yeux : la loi du 3 jan­vier 1973 ne peut pas avoir inter­dit, par exemple, les plan­chers de bons en compte cou­rant ou encore la « dette à vue » (ou la natio­na­li­sa­tion de banques, etc.) pour la bonne rai­son qu’elle porte sur la Banque de France et pas du tout sur les banques (de dépôt) secon­daires (et sur le Tré­sor, par excep­tion, mais uni­que­ment dans ses rela­tions avec la Banque de France)…

    « Donc je rede­mande : Qu’y a‑t-il de spé­cial dans la loi de 1973 en ce qui concerne les rela­tions entre le Tré­sor et la Banque de France ? Quel article qui régit ces rela­tions vous semble scan­da­leux ? »

    … et j’a­vais sug­gé­ré que (sans aller trop loin dans ce que tu assi­miles à du « confu­sion­nisme idéo­lo­gique ») l’un des défauts de ton approche a été que tu penses pou­voir t’en tenir à cher­cher ce que cette loi a inter­dit alors que, même si ça paraît para­doxal, qu’il fau­drait aus­si cher­cher du côté de ce qu’elle per­met et qui n’é­tait pas per­mis auparavant.

    Et j’ai cité les articles 26 et 27. un pas­sage qu’É­tienne a depuis mis en rouge et en gros au point qu’on peut dif­fi­ci­le­ment le rater…

    Ensuite, j’ai fait le lien entre ces diverses dis­po­si­tions et encore quelques autres don­nées pour en conclure qu’en pra­tique, cette loi a inter­dit tout finan­ce­ment moné­taire de l’É­tat sauf jus­te­ment celui qui enri­chit les banques. Mais cette tra­duc­tion est très polie (je ne vais pas me répé­ter), c’est bien pire que ça.

    Réponse
  329. loyalcanin

    « para­doxal, il fau­drait aus­si cher­cher du côté de ce qu’elle per­met et qui n’é­tait pas per­mis auparavant »

    Eh oui Sam, et bien sûr que ce pôle est sou­vent oublié et pour­tant c’est lui qui est créa­teur de beau­coup de sinistres réa­li­tés.

    Je pense notam­ment à la crise des sub-primes où les tenants du vrai pou­voir finan­cier, les quelques têtes qu’on ne voit pas et que l’on entend pas, c’est au tra­vers de ce qu’elles auto­ri­saient davan­tage que ce qu’elles empê­chaient, que s’est crée sciem­ment( de leur côté à eux) l’a­bîme ( voulu)et a per­mis de pha­go­cy­ter quelques banques au pro­fit d’une concen­tra­tion tou­jours plus concen­trée comme par hasard.

    Tant qu’on reste rivé sur les empê­che­ments d’un évé­ne­ment, d’une loi, ou de Dieu sait quoi, on oublie inva­ria­ble­ment un côté du pano­ra­ma et du coup, on est à moi­tié aveuglé !

    Réponse
  330. Sam

    @ Lior toujours,

    le gou­ver­ne­ment de l’é­poque, s’il n’a pas lui-même pro­po­sé le futur article 25, s’est abs­te­nu de pro­po­ser le retrait de l’a­men­de­ment en ques­tion. Il en avait encore par­fai­te­ment le temps et l’oc­ca­sion. Et il me paraît tout à fait cer­tain que celui qui a brie­fé le secré­taire d’É­tat était aver­ti de la note d’Haberer.

    Quoi qu’il en soit, ni ce gou­ver­ne­ment ni les sui­vants n’ont vou­lu reve­nir sur cette dis­po­si­tion. Et ce qui rend cette ques­tion com­plè­te­ment conne, je l’ai dit, c’est qu’ils pou­vaient le faire. Foca­li­ser sur les conven­tions est une erreur, ce qui comp­tait c’é­tait le méca­nisme de la révi­sion du décou­vert auto­ri­sé – plus exac­te­ment, ce n’é­tait pas tant la pos­si­bi­li­té de remon­ter le pla­fond des avances (art. 19) mais celle d’y déro­ger tem­po­rai­re­ment (art. 25). Mais si tu y tiens, à cette ques­tion, alors cela veut dire aus­si que le gou­ver­ne­ment de l’é­poque a pris sur lui d’in­tro­duire ce qui était une nou­veau­té (depuis 1938).

    Vas-tu encore me sus­pec­ter de « confu­sion­nisme idéo­lo­gique » si je te dis que :

    1) de la part du gou­ver­ne­ment de l’é­poque, du Tré­sor et de la Banque de France, j’au­rais été trop heu­reux de cette « bourde » de la com­mis­sion du Sénat, qu’elle ait été ou non invo­lon­taire. Pour la bonne rai­son qu’elle per­met­tait de faire pas­ser, sans en prendre la res­pon­sa­bi­li­té, une mesure qui fai­sait bas­cu­ler (certes un peu bru­ta­le­ment pour cer­tains) dans un régime qui avait été déci­dé dans tous ces ser­vices. Si ça se trouve, et ça ne me paraît d’ailleurs pas si impro­bable, Habe­rer et d’autres ont même enfu­mé Gis­card (lui était au front, poli­ti­que­ment parlant).

    2) Je ne trou­ve­rais pas du tout sur­pre­nant que la com­mis­sion du Sénat n’ait pas du mesu­ré la por­tée de son amen­de­ment et je trou­ve­rait très logique qu’elle ait rai­son­né comme tu le fais, comme l’a fait Bei­tone, et comme je le fais moi-même d’ailleurs sou­vent, en réflé­chis­sant à des méthodes qui pour­raient per­mettre un contrôle bien plus ser­ré de l’exé­cu­tif par un vrai parlement.

    En somme, avec cet article 25, le par­le­ment aurait sim­ple­ment vou­lu assu­rer la sépa­ra­tion des pou­voirs et même sim­ple­ment appli­quer la consti­tu­tion à la lettre en disant que le pla­fond et autres condi­tions des avances devait être vali­dé par la loi.

    Au-delà, j’en conviens volon­tiers à pré­sent, le par­le­ment enten­dait lut­ter contre l’inflation.

    Seule­ment, il ne s’est pas ren­du compte que sa clause avait un gros effet per­vers qui allait rendre impra­ti­cable tout finan­ce­ment moné­taire même tem­po­raire. Bêtise du légis­la­teur que Habe­rer a qua­li­fié de mesure « aveugle ».

    Je vou­drais reve­nir là-des­sus car c’est là le cœur de notre désac­cord sur le plan « bas­se­ment tech­nique » et parce que je viens de com­prendre une chose qui est bien plus convain­cante que mes expli­ca­tions pré­cé­dentes sur ce point.

    La for­mule de l’a­men­de­ment pré­sen­té par la com­mis­sion du Sénat ignore mani­fes­te­ment les néces­si­tés pra­tiques de la ges­tion de la tré­so­re­rie. Et là, c’est de la grosse bourde.

    Ils savent sans doute, tout de même, que c’est inévi­table, pour un Tré­sor qui gère d’é­norme ren­trées et sor­ties, de se retrou­ver en grosse crise pas­sa­gère de tré­so­re­rie – ponc­tuel­le­ment mais fré­quem­ment – dès que la situa­tion géné­rale est un peu ten­due. (*) Mais ils n’en ont visi­ble­ment pas tiré les consé­quences. D’un autre côté, dans ce timing ser­ré du débat par­le­men­taire de fin 1972, cer­tains, déjà réso­lus qu’ils étaient à appli­quer les réformes dès que l’oc­ca­sion s’y prê­te­rait (Gis­card était d’ailleurs lui-même per­çu comme un frein), semblent s’être oppor­tu­né­ment abs­te­nus (de venir… ou) d’ex­pli­quer au légis­la­teur des choses évi­dentes pour les ges­tion­naires du Trésor.

    Jus­qu’à pré­sent, j’a­vais pré­sen­té le pro­blème de blo­cage ain­si : lorsque la crise de tré­so­re­rie se pro­duit, c’est-à-dire lorsque le Tré­sor dépasse un peu son décou­vert auto­ri­sé à la Banque de France, il est déjà trop tard pour aug­men­ter le pla­fond des concours, du simple fait qu’il fau­drait attendre de repas­ser par le Par­le­ment. En atten­dant il n’y a que deux solu­tions : émettre une recon­nais­sance de dette n’ayant voca­tion qu’à com­pen­ser vir­tuel­le­ment le dépas­se­ment du décou­vert, ou un coup de fil aux banques (qui sont alors dans une posi­tion de force face à un État men­diant). On inter­dit le pre­mier, on a donc le second.

    Et j’ai ajou­té : une fois qu’on aura fait appel aux banques, en retour, il n’est jus­te­ment plus utile de négo­cier une hausse du décou­vert auto­ri­sé (du pla­fond des concours). Ce qui tombe bien car le par­le­ment croi­ra (et tous les acteurs à l’af­fut diront) qu’on a mer­dé dans l’exé­cu­tion du bud­get alors qu’il s’a­gis­sait sim­ple­ment de pas­ser un bête décou­vert de 3 semaines ou deux mois, sim­ple­ment lié à des mou­ve­ments de tré­so­re­rie dans le plan­ning d’un État qui se pla­ni­fie pour un an et même plus.

    Je reviens sur cette expli­ca­tion dont je constate à pré­sent qu’elle n’é­tait pas du tout suffisante.

    Il y a bien une troi­sième solu­tion, qui consiste à prendre un peu les devants pour aug­men­ter le pla­fond des avances afin d’an­ti­ci­per une pro­chaine crise de tré­so­re­rie. Effec­ti­ve­ment, il y a donc sur le papier pos­si­bi­li­té de recou­rir à l’ar­ticle 19. Seule­ment, cette voie ne répond tout sim­ple­ment pas au pro­blème qui se pose, qui est celui de la ges­tion d’une crise de tré­so­re­rie tem­po­raire, tan­dis qu’elle est jugé infla­tion­niste par tout le monde.

    Non seule­ment ça ne répond pas au pro­blème réel au moment où il sur­vient, comme je viens de le dire, mais essayer de recou­rir à l’ar­ticle 19 en anti­ci­pant ce pro­blème est une solu­tion illu­soire, mau­vaise, et dont ni le gou­ver­ne­ment ni le par­le­ment, sans par­ler de la banque cen­trale, ne vou­dront. Pourquoi ?

    Ce pla­fond des avances, ce n’est jus­te­ment pas un prêt à court terme qu’il s’a­git de rem­bour­ser juste après avoir pas­sé le cap d’une bête crise de tré­so­re­rie, c’est un décou­vert per­ma­nent auto­ri­sé. Or, le niveau des concours est repor­té pour l’es­sen­tiel, il ne des­cend pas à zéro tous les deux ou trois ans ; per­sonne ne peut rai­son­na­ble­ment dire qu’il serait légi­time de le faire : on ne peut pas deman­der à un gou­ver­ne­ment d’as­su­mer lui seul les conne­ries de gou­ver­ne­ments pas­sés depuis des décen­nies, et dont tout le monde se fiche de les voir « payées » au pré­sent, à part des requins (enfin, ces salo­pards l’ont fait en 1924 en deman­dant à la gauche de rem­bour­ser vite fait les emprunts de guerre). Ce niveau de décou­vert yoyotte pas mal au fil des mois, chose pas repré­sen­tée sur mon gra­phique, mais rien à voir – d’ailleurs quand ça se voit c’est que le pla­fond des avances est deve­nu ridi­cule au regard du bud­get ou du PIB.

    Du coup, c’est ingé­rable et per­vers d’es­sayer de trai­ter un simple pro­blème de tré­so­re­rie avec ces avances.

    Ima­gi­nez par exemple que le gou­ver­ne­ment pré­cé­dent ait mon­té le décou­vert à ras du pla­fond : vous n’a­vez plus aucune marge de décou­vert. D’un autre côté, si c’est vous qui vou­lez aug­men­ter le pla­fond, l’op­po­si­tion va chan­ter que vous faites de l’in­fla­tion déli­bé­ré­ment et hon­teu­se­ment , sans rap­pe­ler qui avait creu­sé le décou­vert. Etc. Mais ça, encore, ça n’est pas grand chose.

    Le vrai gros pro­blème, c’est que si vous aug­men­tez le pla­fond, vous allez assez vite dépas­ser l’an­cien de manière qua­si per­ma­nente, autre­ment dit injec­ter de la mon­naie banque cen­trale dans le cir­cuit éco­no­mique de manière per­ma­nente – ce qui n’est accep­té par per­sonne ou presque à l’é­poque, ce n’est pas là la question.

    Autre­ment dit, vous n’au­rez rien réglé au vrai pro­blème de la ges­tion des crises de tré­so­re­rie, vous l’au­rez juste repor­té. Et ceci moyen­nant une infla­tion inutile que tout le monde d’im­por­tant vous reprochera.

    Il faut encore ajou­ter une chose qui est sans doute déjà enten­due à l’é­poque, du moins pour les hauts fonc­tion­naires : la lutte contre l’in­fla­tion ne peut se mener que dans la durée. De ce point de vue, il est évident qu’il ne s’a­git sur­tout pas d’aug­men­ter le décou­vert per­ma­nent alors qu’on est sup­po­sé sim­ple­ment per­mettre une ges­tion de crise tem­po­raire et qu’il s’a­git de rem­bour­ser rapi­de­ment, ensuite, la mon­naie injec­tée à cet effet.

    D’ailleurs, ils admettent sans doute à peu près tous l’es­compte de courte durée (comme Habe­rer), pour des motifs plu­tôt évi­dents de tré­so­re­rie, mais pas l’i­dée du décou­vert per­ma­nent. Du moins, encore une fois, ils tolèrent les avances pour­vu qu’elles ne soient pas révi­sées sin­gu­liè­re­ment à la hausse (ils savent bien qu’à cette condi­tion elles sont sim­ple­ment la trace d’une dette pas­sée, dont le gou­ver­ne­ment de l’é­poque n’est pas du tout responsable).

    Comp­tables de ser­vice, ils sont d’au­tant mieux pla­cés pour savoir que l’ob­jec­tif des avances et celui des émis­sions de bons à court terme n’ont pas la même fonction.

    L’un dans l’autre, l’i­dée d’aug­men­ter le pla­fond des avances pour soi-disant com­pen­ser une inter­dic­tion de l’es­compte direct des bons du tré­sor par la banque cen­trale ne doit avoir aucun sens à leurs yeux. Et il y a de quoi les comprendre…

    En somme, je crois que l’er­reur que com­met un peu tout le monde depuis pas mal de temps, dans ces débats (je l’ai com­mise moi-même jus­qu’à un jour récent et net­te­ment pos­té­rieur au tra­vail de Lior et de Maga­li), c’est de consi­dé­rer que les objets visés aux article 19 et 25 sont peu ou prou inter­chan­geables alors qu’ils ont en réa­li­té des voca­tions très différentes.

    Je pense avoir assez bien mon­tré, cette fois, que le relè­ve­ment du pla­fond des avances ne répond pas au pro­blème inévi­table des crises de tré­so­re­rie ponctuelles.

    Ce que devait faire le légis­la­teur, au plus sévère, c’é­tait non pas d’in­ter­dire bête­ment que le compte du Tré­sor soit à un quel­conque moment d’un hors pla­fond pré­dé­fi­ni pour un autre usage (celui du décou­vert per­ma­nent auto­ri­sé), c’é­tait de règle­men­ter les condi­tions de cette ges­tion tem­po­raire de tré­so­re­rie, en enca­drant l’u­sage de l’es­compte des bons de manière à rendre le plus pos­sible tem­po­raire la créa­tion moné­taire induite. Il aurait pu le faire, par exemple, en sti­pu­lant sim­ple­ment que la créa­tion moné­taire qui en découle doit être com­pen­sée par une des­truc­tion équi­va­lente de mon­naie dans les 3 mois sui­vants. Et c’est d’ailleurs ce qui se fai­sait depuis 1938. Pas plus dif­fi­cile que ça.

    Cette fois, j’es­père que tu auras (lu et) com­pris ma démons­tra­tion, Lior.

    Sinon, la pro­chaine fois, puisque tu as trou­vé une illus­tra­tion avec la bagnole, je dirai : allons y pour la bagnole…

    Main­te­nant, ça rem­place en par­tie une ques­tion par une autre… Mais pour cer­tains lec­teurs qui seraient peu habitués :

    - tout d’a­bord il ne faut pas confondre trois choses : 
    1) une créa­tion moné­taire publique per­ma­nente, sans aucun rem­bour­se­ment (que je sache, il n’en a jamais été ques­tion, en tous cas pour les poli­ti­ciens professionnels) ; 
    2) le finan­ce­ment moné­taire à moyen ou long terme (comme on en avait avec « Le Cir­cuit »), per­met­tant des inves­tis­se­ments publics (dans ce cas la mon­naie revient plu­tôt tar­di­ve­ment à la banque cen­trale pour être reti­rée du circuit) ; 
    3) la pos­si­bi­li­té pour les pou­voirs publics d’a­voir leurs compte dans le rouge pas­sa­gè­re­ment (quelques mois au plus), le temps que les impôts déjà déci­dés couvrent les dépenses déci­dées en même temps (créa­tion de mon­naie banque cen­trale mais injec­tion de courte durée).

    - Ce qui compte en réa­li­té dans notre affaire, du moins si on veut répondre direc­te­ment à la ques­tion du rôle de la loi de 1973, c’est le 3). Pas le 2), qui ren­voie à la belle époque du Cir­cuit, dont les sources prin­ci­pales étaient déjà taries. 
    Et ce qu’il faut sur­tout bien voir, c’est que cet effet de ver­rou que j’ai décrit ici, et qui vient effec­ti­ve­ment de l’ar­ticle 25, se croise avec celui des mesures visant à déve­lop­per les mar­chés finan­ciers ache­teurs de titres publics – y com­pris et sur­tout les articles 26 et 27 de la même loi du 3 jan­vier 1973 – pour pous­ser les ser­vices des gou­ver­ne­ments ulté­rieurs à sys­té­ma­ti­ser le recours à des mar­chés finan­ciers qui vont pou­voir chaque fois impo­ser leurs conditions.

    Ce qui pose pro­blème avant tout (du moins jus­qu’à Maas­tricht), c’est donc bien la loi du 3 jan­vier 1973. C’est elle qui bloque l’ac­cès du Tré­sor à tout finan­ce­ment tem­po­raire de ses inévi­tables sou­cis de tré­so­re­rie et le force à aller men­dier sur des mar­chés et même à pro­mou­voir le déve­lop­pe­ment de ces der­niers (en espé­rant payer ain­si moins cher).

    Révi­ser les conven­tions (art. 19), je l’ai mon­tré, n’a en réa­li­té pas de sens s’il s’a­git de répondre à ce pro­blème. Cela ne ferait que le repor­ter un peu sans le résoudre. De sur­croit, per­sonne par­mi les élus ne le vou­drait vu que ce serait une mesure (pour le coup inuti­le­ment) infla­tion­niste – sans par­ler des tech­no­crates ou des enga­ge­ments qui seront rapi­de­ment pris dans la pers­pec­tive puis dans le cadre du SME (vu que les taux d’in­fla­tion et les taux de change sont liés).

    (*) Notez ceci au pas­sage : la modi­fi­ca­tion de la loi du 3 jan­vier 1973 par celle de décembre de la même année a inter­dit que la Banque de France avance au Tré­sor les sommes que lui doivent les agents qui ont du retard dans le règle­ment de leurs impôts… Là encore, je suis sûr que c’é­tait au motif de res­pon­sa­bi­li­ser les services…

    Réponse
  331. Lior

    Sam ..

    Je crois qu’il y a effec­ti­ve­ment un énorme pro­blème d’in­com­pré­hen­sion entre toi et moi.

    MA COMPRÉHENSION ET MA LIMITE :

    Je pense sim­ple­ment que si le gou­ver­ne­ment l’a­vait vou­lu, il aurait pu faire ce qu’il sou­hai­tait ! Emprun­ter plus, emprun­ter moins, pour un gou­ver­ne­ment socia­liste par exemple, qui a une majo­ri­té à l’as­sem­blée en 1981, sous le régime de la loi de 1973, aurait toute légi­ti­mi­té à faire ce qu’il veut dans une nou­velle conven­tion avec de nou­veaux plafonds.

    À par­tir de ce moment là, pour ma part, cette loi cesse d’être une inter­dic­tion à l’État d’emprunter à la Banque de France.

    Donc ça, c’est ce que je pense, c’est mon angle de vue.

    TA FAÇON DE VOIR ET DE RÉFLÉCHIR :

    Le tiens est tout à fait dif­fé­rent : Il consiste à essayer de trou­ver une cause à la DETTE. On ne pose donc abso­lu­ment pas la même ques­tion et il me semble donc évident qu’on n’ar­rive jamais aux mêmes conclu­sions et réponses.

    LE JUSTE MILIEU :

    Je vais essayer de des­si­ner un juste milieu entre nos deux positions :

    Je suis entiè­re­ment d’ac­cord pour dire que la trans­for­ma­tion de la Banque en banque de type anglo-saxon, pra­ti­quant l’o­pen mar­ket (même si c’é­tait déjà le cas depuis les années 30 à cer­tains moments pré­cis (au-delà de mes com­pé­tences, lu dans le livre d’Ha­be­rer)) a dû avoir une influence sur la manière dont la dette serait gérée sur le mar­ché moné­taire, je ne dis pas le contraire, je dis juste et je conti­nue de dire que la loi de 1973 per­met­tait à l’État d’emprunter des mil­liards et des trilliards si seule­ment il en avait le pou­voir poli­tique (a prio­ri un gou­ver­ne­ment dis­po­sant d’une majorité).

    Dans ton angle de vue, les articles 24 et autres articles qui fondent les inter­ven­tions sur le mar­ché moné­taire sont des articles qui ont per­mis (et tu as tout à fait rai­son là des­sus) de créer enfin un mar­ché moné­taire à l’an­glo saxone, avec un prê­teur en der­nier res­sort, qui n’est pas tenu par le gou­ver­ne­ment dans ce qu’il peut accep­ter ou pas (ce qui ouvre des pos­si­bi­li­tés tout à fait inno­vante comme le fait de pou­voir accep­ter au refi­nan­ce­ment des obli­ga­tions pri­vées, ce qu’elle ne pou­vait abso­lu­ment pas faire tant que l’État ne lui avait pas auto­ri­sé par décret). Donc oui, bien sûr que ces articles ont sûre­ment un rap­port avec l’é­vo­lu­tion de la dette, par le simple fait que le mar­ché moné­taire lui-même s’en trouve changé.

    Mais dans le mien, dans le point de vue du jeune homme qui regarde froi­de­ment les choses d’un côté pure­ment tech­nique, je main­tiens que la loi de 1973 n’empêche pas d’emprunter, et là des­sus nous sommes tout à fait d’ac­cord. Donc la boucle est bou­clée.

    TOUT N’EST PAS TRANCHÉ : L’ARTICLE 25

    Reste un point de dis­corde, c’est l’ar­ticle 25, dont je consi­dère qu’il n’a rien chan­gé et qu’il est un point tra­di­tion­nel (en cela appuyé par Habe­rer dans son bou­quin), mais dont tu consi­dères qu’il amène une nou­veau­té par rap­port à la situa­tion anté­rieure (et en cela appuyé toi aus­si par Habe­rer, dans une cer­taine mesure (celle où l’on com­pren­drait vrai­ment ce qu’a vou­lu dire Habe­rer dans sa note).

    LA DISTINCTION QU’HABERER FAIT DANS SA NOTE :

    Tu as peut-être rai­son de faire la dis­tinc­tion entre les valeurs négo­ciables ou non du Tré­sor qui peuvent être prises ou pas en escompte. Je n’en ai pas la cer­ti­tude mais après tout je n’ar­rive abso­lu­ment pas à com­prendre quelle est la dif­fé­rence entre le décret de 1936 (art.13 : Tous les Effets de la dette flot­tante émis par le Tré­sor public et venant à échéance dans un délai de trois mois au maxi­mum sont admis sans limi­ta­tion au rées­compte de l’Institut d’Émission, sauf au pro­fit du Tré­sor public) et celui de 1938 (selon la note d’Ha­be­rer il dit : Les achats de valeur négo­ciables par la Banque ne peuvent être faits au pro­fit du Tré­sor).

    Selon l’en­cy­clo­pé­die, la dette flot­tante c’est : Par­tie de la dette publique qui n’est pas conso­li­dée, c’est-à-dire repré­sen­tée par des titres à moyen ou à long terme, la dette flot­tante regroupe l’en­semble des bons du Tré­sor, auquel s’a­joutent, dans une défi­ni­tion large, l’en­det­te­ment de l’É­tat sous forme d’a­vances consen­ties par l’ins­ti­tut d’é­mis­sion et les dépôts effec­tués au Tré­sor par ses « cor­res­pon­dants ». (http://​www​.uni​ver​sa​lis​.fr/​e​n​c​y​c​l​o​p​e​d​i​e​/​d​e​t​t​e​-​f​l​o​t​t​a​n​te/) ils expliquent d’autres choses mais là, je pense que c’est au-delà de mes compétences.

    Peut-être aus­si que le pro­blème vient de la for­mu­la­tion de 1936 (qui est peut-être aveugle comme il le dit) qui explique que TOUS LES EFFETS SONT ADMIS AU RÉESCOMPTE SANS LIMITATION et qui fait donc qu’à l’é­poque où la dette publique était le plus éle­vé, cela a obli­gé la Banque a escomp­ter des titres pour tous ceux qui lui deman­daient, sans pos­si­bi­li­té de refuser.

    A prio­ri, Habe­rer pré­fère le décret de 1938 car il confère plus de liber­té à la BdF et explique d’ailleurs que c’est ce « texte qui fonde jus­qu’à aujourd’­hui (1973) le fonc­tion­ne­ment des inter­ven­tions de la Banque sur le mar­ché moné­taire ».

    De plus j’ai lu dans beau­coup de conven­tions qui auto­ri­saient la Banque à escomp­ter des bons du Tré­sor que cela se fai­sait jus­te­ment « en déro­ga­tion du décret-loi du 17 juin 1938″, ce qui m’a effec­ti­ve­ment pous­sé à me dire que non, il n’y a rien de dif­fé­rent entre 1936 et 1938 qui se rap­porte direc­te­ment au tré­sor, ce qui change par contre c’est le rap­port de la banque avec les autres acteurs puisque selon le décret de 1936, TOUS LES EFFETS SONT ADMIS SANS LIMITATION AU RÉESCOMPTE (c’est effec­ti­ve­ment abu­sif, ça res­semble un peu au bazoo­ka de la BCE en ce moment non ?), alors que dans celui de 1938 c’est sim­ple­ment qu’en gros la Banque fait ce qu’elle veut tant que ce n’est pas au pro­fit du Tré­sor (donc elle escompte ce qu’elle estime devoir escomp­ter, sans qu’un décret la force à le faire SANS LIMITATION).

    Enfin bref, il fau­drait que tu nous expliques bien la dif­fé­rence entre 1936 et 1938, puis­qu’­Ha­be­rer y voit une dif­fé­rence dans sa note et que tu y vois a prio­ri aus­si une dif­fé­rence, il fau­dra voir com­ment cela se pro­file. Moi je ne com­prends pas en quoi ces deux dis­po­si­tions sont dif­fé­rentes en ce qui concerne le Trésor.

    Pour autant, il est mar­rant de voir que dans son livre, il ne fait abso­lu­ment pas état de cette his­toire. Il confirme que l’ar­ticle 25 est tout à fait tra­di­tion­nel (il parle d’une naïve malé­dic­tion il me semble). Il rentre d’ailleurs dans beau­coup de consi­dé­ra­tions tech­niques qui montrent que, si le Tré­sor veut faire gon­fler la masse moné­taire, il y arri­ve­ra tou­jours par d’autres moyens détour­nés etc etc mais là c’est plus de ma com­pé­tence (on rentre dans la poli­tique du cré­dit etc etc, là c’est plus mon truc).

    Bref, nous avons donc deux angles de vue dif­fé­rents, deux ques­tions dif­fé­rem­ment posées et donc deux réponses dif­fé­rentes. La tienne est poli­ti­sée et elle cherche les res­pon­sables de la dette publique, les mesures qui ont mené à l’é­tat actuel du sys­tème finan­cier etc. La mienne est naï­ve­ment tech­nique et explique que (on ne le répè­te­ra jamais assez ^^) non, la loi de 1973 n’empêche pas du tout, mais pas du tout d’emprunter à taux zéro à la Banque de France, il suf­fi­sait l’é­lire des gens qui ont des couilles.

    À bien­tôt !

    Réponse
  332. Lior

    Sam, je viens de lire ton mes­sage, tu vas vrai­ment me trou­ver bor­né et têtu mais après tout on avance bien et ça me semble intéressant.

    D’a­bord Habe­rer parle dans son livre du fait qu’ef­fec­ti­ve­ment l’ar­ticle 25 et ses pré­de­ces­seurs sont naïfs car il pensent empê­cher le recours du finan­ce­ment moné­taire hors des conven­tions. Or il aborde un sujet assez inté­res­sant qui sont les Concours inévi­tables de la Banque au Tré­sor. Et jus­te­ment ces concours inévi­tables sont ce dont tu parles : pro­blèmes de tré­so­re­rie à très cours terme.

    Pour le reste, la seule pos­si­bi­li­té que le Tré­sor a tou­jours eu n’é­tait non pas celle de faire escomp­ter les bons du Tré­sor, mais celle de faire escomp­ter les effets des contri­buables ou socié­tés rede­vables de l’im­pot. C’est ce qu’­Ha­be­rer et Ben­ja­min Lemoine appellent les obli­ga­tions cautionnées.

    En gros, de tout temps que l’on connaisse his­to­ri­que­ment via les dif­fé­rents textes que j’ai pu voir :

    1. Le Tré­sor ne pou­vait faire escomp­ter ses bons du Tré­sor que sur déro­ga­tion du décret de 1938 (voir le docu­ment ren­fer­mant toutes les conven­tions de la BdF) ;
    2. Le Tré­sor a bien sur en revanche le droit de faire escomp­ter les « obli­ga­tions cau­tion­nées », c’est à dire qu’il peut deman­der des avances sur la col­lecte d’im­pots par exemple ;
    3. La conven­tion de 1973 modi­fie l’ar­ticle 18 de la loi de 1973 en disant que le mon­tant des effets mobi­li­sés peut être limi­té par une conven­tion en ver­tu de l’ar­ticle 19 (notons que dans la loi de 1973 elle-même avant la modi­fi­ca­tion appor­tée par la conven­tion de 1973, il n’é­tait pas fait réfé­rence à des limites, mais je suis reste per­sua­dé que ces avances sur effets étaient de tout temps limités).
    4. Cette conven­tion modi­fie encore une chose de taille : Il n’est plus ques­tion que le Tré­sor ait à four­nir des effets mobi­li­sables de contri­buables en échange des avances. On décide donc qu’on va fondre toutes les lignes qui per­mettent cha­cune une manière par­ti­cu­lière et une pro­cé­dure par­ti­cu­lière pour obte­nir des fonds auprès de la Banque, en deux lignes de cré­dits qui repré­sentent les prêts sans inté­rêts et les prêts avec inté­rêts. Habe­rer explique dans son bou­quin (encore lui) que l’o­pé­ra­tion n’a rien chan­gé au niveau des mon­tants mais sim­ple­ment des pro­cé­dures : Avant on pou­vait avoir 20,5 mil­liards d’a­vances de la Banque en uti­li­sant 5 ou 6 moyens dif­fé­rents, désor­mais on peut tou­jours avoir ces 20,5 mil­liards tout sim­ple­ment en en fai­sant la demande et en « tirant » (puis­qu’on appelle ça un droit de tirage il me semble) l’argent néces­saire dans un compte puis en remboursant.

    Donc quand tu dis à la fin « l’i­dée d’aug­men­ter les pla­fonds des conven­tion pour com­pen­ser l’in­ter­dic­tion de l’es­compte etc », c’est exac­te­ment ce qu’ils ont fait en 1973, et encore, ce qu’ils ont com­pen­sé eux, ce n’é­tait pas l’in­ter­dic­tion d’es­compte, c’est juste qu’ils ont arrê­té de mobi­li­ser des obli­ga­tions cau­tion­nées et autres effets de rede­vables d’im­pots et qu’ils ont maté­ria­li­sé ces sommes dans la fameuse ligne « Avances sans intérêts ».

    Bref a la limite le pro­blème des effets mobi­li­sables est celui de l’ar­ticle 18, pas celui de l’ar­ticle 25 qui inter­dit la pré­sen­ta­tion des BONS DU TRESOR et non pas des effets mobi­li­sables ou obli­ga­tions cautionnées.

    Bref, rien qui ne soit (encore une fois) modi­fiable par une nou­velle convention ..

    A bien­tôt.

    Réponse
  333. Lior

    Je reviens pour repor­ter petit-à-petit tout ce que je lis dans 
    le livre d’Ha­be­rer
    sur notre affaire :

    Je com­mence à par­tir du cha­pitre qui s’appelle 

    La dis­pa­ri­tion des concours de type qua­si-com­mer­cial :

    Il faut d’a­bord rap­pe­ler que le Tré­sor, en ver­tu d’une malé­dic­tion aus­si naïve qu’an­cienne, reprise d’ailleurs par un amen­de­ment par­le­men­taire deve­nu l’ar­ticle 25 de la loi de 1973, « ne peut être pré­sen­ta­teur de ses propres effets à l’es­compte de la Banque de France ». On peut voir, en étu­diant le mar­ché moné­taire, ce qu’il faut pen­ser de cette inter­dic­tion : le Tré­sor, dans les périodes de détresse, a tou­jours trou­vé des tiers présentateurs.

    En revanche, le Tré­sor peut, en quelque sorte, pré­sen­ter les effets des autres. L’es­compte des obli­ga­tions cau­tion­nées est une forme de cré­dit conforme au modèle le plus clas­sique. Les obli­ga­tions cau­tion­nées sont des effets de com­merce à court terme sous­crits par cer­taines entre­prises débi­trices de taxe à la valeur ajou­tée, d’impôts indi­rects ou de droits de douane, aux­quelles le Tré­sor accorde ce que l’on appelle le cré­dit des droits pour leur per­mettre de com­mer­cia­li­ser leur mar­chan­dise pas­sible de l’impôt avant d’acquitter celui-ci. La banque de France doit escomp­ter ces effets comme des effets ordi­naires et le Tré­sor les lui pré­sente lors­qu’il a besoin de liquidités.

    En effet, selon la loi de 1973 (article 18à, « la Banque assure la ges­tion et la mobi­li­sa­tion des effets sous­crits à l’ordre ddes comp­tables publics par les rede­vables d’impôts, de taxes et de droits ». Mais, pré­cise la loi, « le mon­tant des effets mobi­li­sés peut-être limi­té par des conven­tions entre le ministre de l’é­co­no­mie et des finances et le gou­ver­neur de la banque de France ».

    C’est dans cet esprit que la Conven­tion du 17 sep­tembre 1973 a sti­pu­lé que désor­mais le Tré­sor ces­se­rait de faire usage de sa facul­té de mobi­li­ser les obli­ga­tions cau­tion­nées. Ce n’est pas un sacri­fice pour le Tré­sor, c’est une sim­pli­fi­ca­tion : le mon­tant des concours rému­né­rés qu’il peut obte­nir de la banque de France a été aug­men­té du mon­tant moyen des obli­ga­tions cau­tion­nées aupa­ra­vant mobi­li­sables. Il reste, par ailleurs, à savoir com­bien de temps encore on trou­ve­ra nor­mal qu’en France, l’État fasse du cré­dit (rému­né­ré) aux entre­prises, sous le pré­texte qu’elles sont des contri­buables, alors que c’est le métier des banques d’as­su­rer la tré­so­re­rie des entre­prises, quelle que soit la nature de leurs échéances.

    Une même sim­pli­fi­ca­tion, mise au point en contre­par­tie de l’aug­men­ta­tion des concours de tré­so­re­rie assu­rés à l’État, a mis fin à une pra­tique inven­tée sous la IVème Répu­blique, et demeu­rée dis­po­nible, bien que rare­ment uti­li­sée, depuis lors : la mobi­li­sa­tion d’ef­fets repré­sen­ta­tifs de cré­dits spé­ciaux à moyen terme. Créés par le Cré­dit Fon­cier avec la garan­tie du Tré­sor, ces effets sont conser­vés en por­te­feuille par la Caisse des Dépôts pour un mon­tant qui ne devait pas en prin­cipe, être infé­rieur à 4,5 mil­liards de francs. Lorsque le Tré­sor avait des besoins de liqui­di­tés, il pou­vait deman­der à la Caisse des Dépôts, qui est un éta­blis­se­ment public, d’es­comp­ter les­dits effets à la Banque de France et de dépo­ser le pro­duit de cette mobi­li­sa­tion dans le compte de la Caisse des Dépôts au Tré­sor, à titre de prêt pour une durée de quelques jours. L’es­compte accor­dé par la Banque de France béné­fi­ciait donc, en fait, au Tré­sor Public et le por­te­feuille d’ef­fets déte­nus à cette fin par la caisse des dépôts entrait tout natu­rel­le­ment dans l’estimation quo­ti­dienne des marges d’ap­pel dont dis­po­sait le Tré­sor auprès de la Banque de France.

    De cet ingé­nieux filet de sécu­ri­té, qui n’é­tait plus guère uti­li­sé sous la Vème Répu­blique, il ne faut plus aujourd’­hui rete­nir qu’une idée : C’est qu’en cas d’ur­gence, c’est à dire de besoin impé­rieux, impré­vu et pro­cé­dant de cir­cons­tances extra­or­di­naires (guerre, révo­lu­tion, crise), le Tré­sor pour­ra tou­jours deman­der à un éta­blis­se­ment finan­cier proche de lui (par exemple Caisse des Dépôts ou Caisse Natio­nale de Cré­dit Agri­cole) de mobi­li­ser auprès de la banque de France une frac­tion de son por­te­feuille pour en dépo­ser le pro­duit dans les comptes créditeurs.

    Cha­pitre sui­vant et après, j’ar­rête, j’en peux plus : 

    La révo­ca­tion des concours directs au Tré­sor :

    L’ar­ticle 19 de la loi du 3 jan­vier 1973 qui a codi­fié toutes les dis­po­si­tions légales concer­nant la Banque de France a ain­si for­mu­lé le prin­cipe tra­di­tion­nel : « Les condi­tions dans les­quelles l’État peut obte­nir de la banque des avances et des prêts sont fixées par des conven­tions entre le ministre de l’é­co­no­mie et des finances et le gou­ver­neur auto­ri­sé par déli­bé­ra­tion du Conseil géné­ral. Ces conven­tions doivent être approu­vées par le Par­le­ment ». Au moment du vote de la nou­velle loi, il y avait encore, en effet, une dis­tinc­tion entre les prêts et les avances.

    Les prêts à l’État repré­sen­taient la trace du pas­sé. Toutes les avances anté­rieures à la cin­quième répu­blique et non rem­bour­sée avaient été regrou­pées en une seule ligne. C’é­tait un seul compte inac­tif, blo­qué à un mon­tant déter­mi­né : 5 mil­liards 450 mil­lions de francs, mon­tant qui, aujourd’­hui, parait insi­gni­fiant tant l’é­ro­sion moné­taire l’a dimi­nué. Il n’y avait plus ni tirages au Tré­sor, ni rem­bour­se­ments à la Banque de France. En revanche, les avances à l’État répon­daient aux besoins du pré­sent. Il s’a­gis­sait d’une avance per­ma­nente, cor­res­pon­dant à la néces­si­té de four­nir au Tré­sor un volant de tré­so­re­rie qui puisse être uti­li­sé pen­dant que­lues jours en cas de besoin et recons­ti­tué par le Tré­sor dès que pos­sible. C’é­tait en somme, un droit de tirage, accor­dé par une conven­tion de 1958 pour un mon­tant total de 5 mil­liards F. soit 10% du bud­get de l’é­poque. Ce mon­tant avait été dimi­nué pro­gres­si­ve­ment par une impu­ta­tion, sup­pri­mée en 1969, des divi­dendes ver­sés par la Banque de France à l’État. La marge d’a­vance était donc de 3,4 mil­liards de F, soit à peine 1,5% des masses bud­gé­taires de 1973.

    La conven­tion du 17 sep­tembre 1973 a remé­dié à cette étrange évo­lu­tion par une impor­tante réforme. Les cré­dits qua­si-com­mer­ciaux, les prêts à l’État, les Bons du Tré­sor sans inté­rêts des­ti­nés à finan­cer la moins-value sur les avoirs en dol­lars déva­lués ont dis­pa­ru, tan­dis que le volume des avances était aug­men­té d’au­tant. La réforme a ain­si été neutre à la fois pour le mon­tant des concours ouverts à l’État et pour le régime de gra­tui­té ou de rému­né­ra­tion de ces concours. Désor­mais dans la limite de 10,5 Mil­liards de francs au départ, ces concours ne sont pas rému­né­rés. A concur­rence de 10 mil­liards de francs, ils sont rému­né­rés au taux le plus bas pra­ti­qué par la banque de France à l’oc­ca­sion de ses inter­ven­tions les plus récentes, au jour le jour ou à très court terme, sur le mar­ché monétaire.

    Cela dit, la réforme a appor­té deux inno­va­tions importantes :

    • Cer­tains concours (prêts à l’État, bons du Tré­sor sans inté­rêt) étaient accor­dés pour une seule fois. Un rem­bour­se­ment par le Tré­sor n’ou­vrait pas une nou­velle facul­té de tirage. Il n’y avait pas d’al­ler-retour. Désor­mais, il n’y a plus que des marges d’ap­pel, dont le Tré­sor ne se prive pas s’il les reconstitue.
    • L’ins­ta­bi­li­té moné­taire inter­na­tio­nale mul­ti­pliant, pour des rai­sons de taux de change, les moins-values ou plus-values sur les réserves publiques de change, l’ar­ticle 5 de la conven­tion a éta­bli une rela­tion auto­ma­tique entre cette variable et le mon­tant des concours non rému­né­rés, qui est aug­men­té du mon­tant de la perte nette subie par le Tré­sor, et réduit en cas de béné­fice net. La clause a déjà joué plu­sieurs fois depuis la conven­tion : le mon­tant des concours gra­tuits offerts au Tré­sor s’é­ta­blit, au début de 1976, à 16,35 mil­liards F.

    Ain­si au total, le mon­tant total des concours, rému­né­rés et non rému­né­rés de la Banque de France est actuel­le­ment de 26,35 mil­liards F, soit envi­ron 5,5% des masses bud­gé­taires de 1976.

    Cha­pitre suivant :

    La sur­vi­vance des concours invo­lon­taires de la Banque de France au Trésor

    (c’est comme ça que s’ap­pelle le cha­pitre), on y parle du décret de 1938 :

    Les achats de Bons du Tré­sor par la Banque de France :

    Il y explique que le fameux décret de 1938 marque l’in­tro­duc­tion en France des pra­tiques d’o­pen mar­ket. Selon Haberer :

    Lorsque la BdF inter­vient sur le mar­ché moné­taire pour acqué­rir des bons du Tré­sor et qu’elle aug­mente donc le stock de bons qu’elle détient, elle REFINANCE par ce moyen un prêt direct déjà fait au Tré­sor, et assure ain­si la liqui­di­té de cette créance sur le Tré­sor. Ain­si au début de 1976, la Banque de France détient 18 mil­liards de F de bons du Tré­sor acquis sur le marché.

    Ce pro­cé­dé d’aide indi­recte au Tré­sor, par le canal d’a­chat de titres publics sur le mar­ché moné­taire est en fait l’u­nique moyen qu’u­ti­lisent, pour venir en aide au Tré­sor de leur pays, les banques cen­trales des pays anglo-saxons. Tout le pro­blème est celui de l’in­ter­valle entre la sous­crip­tion d’un bon du Tré­sor par une banque com­mer­ciale et sa mobi­li­sa­tion auprès de la banque de France.

    C’est donc un pro­blème de taux, car d’une part, la banque com­mer­ciale appré­cie le taux de ren­de­ment du bon au Tré­sor par­mi les taux de ren­de­ment de ses autres actifs mobi­li­sables ; et, d’autre part, elle com­pare le taux de mobi­li­sa­tion du bon du Tré­sor à celui des autres effets, qui est tou­jours supé­rieur. Il en résulte que le Tré­sor est maître du pro­blème. S’il veut réduire au mini­mum le séjour des bons dans la banque qui les a sous­crits, afin qu’elle puisse en sous­crire d’autres aus­si­tôt après la mobi­li­sa­tion des pre­miers, il faut et il suf­fit que les bons du Tré­sor soient émis à un taux supé­rieur à celui du mar­ché moné­taire, lequel est déter­mi­né par le taux des inter­ven­tions de la Banque de France.

    C’est dire la vani­té de la dis­po­si­tion de 1938 selon laquelle les achats de valeurs négo­ciables par la Banque de France ne pour­raient pas être faits au pro­fit du Tré­sor. Chaque fois que le mal­heur des temps l’a ren­du néces­saire, le Tré­sor a eu cet accès indi­rect aux liqui­di­tés de la BdF. Certes, la loi lui inter­dit d’être le pré­sen­ta­teur de ses propres effets. Mais, en cas de besoin, à condi­tion de sup­por­ter un cer­tain niveau de taux d’in­té­rêt, le Tré­sor pour­ra tou­jours trou­ver tous les pré­sen­ta­teurs qu’il voudra.

    Voi­là ce qu’a à dire Habe­rer sur la loi de 1973, en plus de la note que l’on connait.

    Bien cor­dia­le­ment et à bientôt.

    Réponse
  334. Lior

    Et je m’ex­cuse par avance auprès d’E­tienne qui devra mettre en forme tout le texte ^^ mais en même temps je suis sur qu’il va ado­rer le texte d’Haberer.

    Néan­moins y a des pépites de recherches dans ce que dit Habe­rer, plus encore sur la conven­tion que sur la loi.

    Sur la théo­rie de Sam, qui est que le nou­veau sys­tème (qui n’en est pas un à mon sens) ne per­met pas de faire des emprunts à court terme auprès de la BdF .. Mais c’est jus­te­ment ce à quoi servent les pla­fonds de la Conven­tion ! Faire des emprunts et béné­fi­cier d’a­vances à court terme quand le Tré­sor en a besoin ! 😀 😀

    Les avances de la BdF ont presque tou­jours été uti­li­sées, il me semble, à court terme. Les emprunts à long termes étaient pra­ti­qués auprès d’autres orga­nismes (le sys­tème ban­caire, via le mar­ché moné­taire, au début via les plan­chers, puis via adjudication).

    Quand bien même il y aurait un pro­blème de Tré­so­re­rie à gérer, par exemple si on se rend compte qu’ef­fec­ti­ve­ment le Tré­sor n’ar­rive pas à bou­cler cer­tains mois, il suf­fit d’aug­men­ter les pla­fonds. Ce qui est per­mis par l’ar­ticle 19 de la loi de 1973.

    Erf, on en revient tou­jours au même point 😉

    Réponse
  335. Lior

    Pour tous les cher­cheurs qui vou­draient connec­ter les élé­ments de l’é­poque, une amie me signale ce petit fait assez intéressant :

    http://​www​.vie​-publique​.fr/​d​e​c​o​u​v​e​r​t​e​-​i​n​s​t​i​t​u​t​i​o​n​s​/​f​i​n​a​n​c​e​s​-​p​u​b​l​i​q​u​e​s​/​a​p​p​r​o​f​o​n​d​i​s​s​e​m​e​n​t​s​/​p​r​e​l​e​v​e​m​e​n​t​s​-​r​e​c​e​t​t​e​s​.​h​tml

    Deux types de pré­lè­ve­ments sur recettes

    Ils repré­sentent un mon­tant crois­sant des dépenses de l’État et s’élèvent dans la loi de finances pour 2005 à 62,3 mil­liards d’euros, soit 16 % des recettes brutes de l’État.

    On en dis­tingue deux types selon les bénéficiaires.

    1. Le pré­lè­ve­ment sur recettes au pro­fit de l’Union euro­péenne est appa­ru en 1973.
      Il devait faire figu­rer dans le bud­get de l’État les pré­lè­ve­ments opé­rés pour le compte des Com­mu­nau­tés euro­péennes sur les droits d’importation, les coti­sa­tions sur les sucres, la contri­bu­tion ver­sée au titre de la taxe sur la valeur ajou­tée (TVA) et désor­mais la res­source PNB. 
      Il s’agit en agré­geant ces dif­fé­rents types de res­sources (trans­fert au bud­get com­mu­nau­taire d’impôts per­çus par l’administration fran­çaise pour son compte et sub­ven­tions bud­gé­taires cal­cu­lées en réfé­rence à d’autres valeurs comme le mon­tant de la richesse natio­nale ou les recettes de TVA) de débattre lors du vote de la loi de finances de la contri­bu­tion fran­çaise au bud­get euro­péen.
      Le Conseil consti­tu­tion­nel l’a admis à pro­pos de la loi de finances pour 1978. Ce pré­lè­ve­ment s’élève en 2005 à 16,6 mil­liards d’euros.
    2. Les pré­lè­ve­ments au pro­fit des col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales regroupent de nom­breuses dota­tions ver­sées par l’État : dota­tion glo­bale de fonc­tion­ne­ment, fonds de com­pen­sa­tion de la TVA, fonds de péréqua­tion de la taxe pro­fes­sion­nelle. Ils repré­sentent 45,7 mil­liards d’euros.

    Enfin, de 1975 à 1978, un pré­lè­ve­ment fut opé­ré au pro­fit de la Sécu­ri­té sociale pour assu­rer la prise en charge par l’État de cer­taines dépenses.

    C’est cadeau 😀

    Réponse
  336. Sam

    @ Lior,

    je suis bien content qu’on ait autant pro­gres­sé (en tous cas sur la tech­nique) et ça tombe bien : je vais être à peu près for­cé de m’ac­cor­der une pause…

    À ce stade, je vou­drais faire quelques remarques rela­tives à cer­tains aspects tech­niques que nous avons tout deux notés, tout en essayant de les repla­cer, une fois de plus, dans un contexte géné­ral, poli­tique, hors duquel je répète qu’il n’y a pas de cau­sa­li­té (« froide ») qui fasse sens.

    S’a­gis­sant de la déro­ga­tion au décret du 17 juin 1938, elle ne concerne que les conven­tions de la période 1952–1953 : conven­tions du 29 février 1952 (bons négo­ciables < 1 mois), du 13 mars 1952 (bons négo­ciables < 1 mois), du 22 jan­vier 1953 (bons dont je sup­pose qu’ils sont négo­ciables mais en moi­tié à 4 mois, l’autre à 3 mois), du 24 mars 1953 (bons < 2 mois), du 28 mai 1953 (« pro­ro­ga­tion ») et du 15 juin 1953 (seconde « prorogation »).

    C’est pré­ci­sé­ment l’é­poque (1952−1953) où il s’o­père, sauf erreur, un rema­nie­ment (libé­ral) à la tête du Tré­sor,
    et c’est éga­le­ment le moment où est expé­ri­men­tée L’ADJUDICATION de bons en sup­plé­ment du ‘plan­cher de bons’ à TAUX ADMINISTRÉ
    (en pré­vi­sion, on le sait, de la future sup­pres­sion du second, qui inter­vient en 1967, de mémoire).

    Cette déro­ga­tion consis­tait pré­ci­sé­ment à per­mettre à la Banque de France de sous­crire à l’é­mis­sion de bons qui soit négo­ciables. Autre­ment dit, à inter­ve­nir au titre d’une opé­ra­tion d’o­pen-mar­ket. Elle visait donc vrai­sem­bla­ble­ment, pour le lan­ce­ment de cette phase expé­ri­men­tale, à per­mettre une inter­ven­tion de la Banque de France qui puisse limi­ter au besoin le taux d’in­té­rêt récla­mé par les banques, s’il venait à flam­ber. Car le but du jeu était jus­te­ment d’in­ci­ter les banques à ache­ter ces bons aux enchères, condi­tion qu’il fal­lait obte­nir pour per­mettre de réduire ensuite, pro­gres­si­ve­ment, la part obli­ga­toire à taux admi­nis­tré. Or une éven­tuelle flam­bée des taux de mar­ché se serait tra­duite par un blo­cage de l’é­vo­lu­tion sou­hai­tée : le Tré­sor n’au­rait pas pla­cé ces bons sur le mar­ché, il aurait donc été inci­ter à arrê­ter l’expérience.

    Cette déro­ga­tion ne concerne pas les épi­sodes de 1946–47 et de 1957. Autre­ment dit, elle vise à inci­ter le recours pro­gres­sif à l’ad­ju­di­ca­tion sur les mar­chés et n’a pas d’u­ti­li­té s’il s’a­git sim­ple­ment des avances de la Banque de France.

    On peut consi­dé­rer notam­ment la conven­tion du 27 mars 1947, qui porte de 10 à 50 mil­liards de Francs d’époque le pla­fond des avances, en contre­par­tie de quoi le Tré­sor remet à la Banque de France un bon de 40 mil­liards sans inté­rêt ni échéance (et une com­mis­sion). Un bon qui n’a évi­dem­ment rien d’un titre négociable.

    Autre point inté­res­sant, qui va au demeu­rant dans ton sens s’il s’a­git de contre­dire ma lec­ture au sujet du blo­cage que nous savons : la conven­tion du 24 juin 1947 décide d’une nou­velle avance pro­vi­soire (à concur­rence de 50 mil­liards), mais il est inté­res­sant de voir qu’elle n’est pas de même nature que l’avance déci­dée par la pré­cé­dente conven­tion (qui n’est même pas citée, d’ailleurs) : elle sti­pule que l’avance sup­plé­men­taire ne sera mise à dis­po­si­tion du Tré­sor que pour une durée n’ex­cé­dant pas 6 mois (en outre, elle pré­voit un décou­page en mon­tant, 2 fois 25 mil­liards, et en durée, via des bons à 3 mois renouvelables).

    Autre­ment dit, on peut très bien pas­ser par le régime « nor­mal » des avances tout en restrei­gnant expli­ci­te­ment leur durée de sorte qu’elles soient affec­tées uni­que­ment à la ges­tion d’une crise de tré­so­re­rie et ne risquent pas de se tra­duire par une hausse de la masse moné­taire « inuti­le­ment » longue.

    Je crois que nous avons déjà ample­ment décryp­té tous ces points tech­niques. Et oui, on en revient tou­jours à la même ques­tion, bas­se­ment tech­nique, mais dont je suis satis­fait de voir que tu com­prends toi-même qu’elle a une por­tée poli­tique bien limitée.

    Ain­si, je tiens une fois de plus à remettre un mini­mum la chose dans son contexte.

    Je vou­drais sou­li­gner une fois de plus que Habe­rer porte deux juge­ments très dif­fé­rents au sujet de l’ar­ticle 25 de la loi de 1973 et de l’ar­ticle 13 de la loi de 1936. Il dit d’un côté que ces clauses sont naïves, mais de l’autre il dit qu’elles sont aveugles.

    Aveugles, au sens clas­sique d’une loi mal conçue parce qu’en mécon­nais­sant les néces­si­tés pra­tiques auquel l’exé­cu­tif doit faire face, elle le met dans des impasses qu’il lui fau­dra de toutes manières contourner.

    Naïves, au sens où, oui, on peut consi­dé­rer que si le Tré­sor veut trai­ter ses pro­blèmes de tré­so­re­rie par moné­ti­sa­tion tem­po­raire, il peut tou­jours le faire par d’autres voies.

    Seule­ment la ques­tion tech­nique cen­trale est bien de savoir com­ment ces autres voies vont évo­luer, et ceci au regard de plu­sieurs cri­tères inex­tri­ca­ble­ment liés au contexte et aux grandes orien­ta­tions politique : 
    1) leur volume et les condi­tions et méca­nismes déter­mi­nant son évolution ; 
    2) la com­pa­ti­bi­li­té de leur effet avec les grandes orien­ta­tions politiques ; 
    3) leur inter­ac­tion avec la « contrainte exté­rieure », en ce qu’elle est une lec­ture du contexte inter­na­tio­nal vu à l’aune des­dites orien­ta­tions politiques.

    Pour reprendre, tout d’a­bord, la ques­tion tech­nique par un autre ver­sant, tout en se réfé­rant à d’autres détails (déjà notés et) rap­pe­lés dans les pro­pos de Habe­rer que tu cites, je ferais remar­quer que, tant les « obli­ga­tions cau­tion­nées » que les marges de tré­so­re­rie offertes par la mobi­li­sa­tion des dis­po­ni­bi­li­tés des comptes de la Caisse des dépôts, etc. sont a prio­ri sus­cep­tibles d’aug­men­ter pro­por­tion­nel­le­ment au PIB et donc, gros­so modo, d’é­vo­luer dans les mêmes pro­por­tions que les bud­gets publics. Or la réforme de fin 1973 fige ces mon­tants en valeur faciale…

    On avait aus­si déjà par­lé de la réper­cus­sion auto­ma­tique des résul­tats liés aux taux de change, réper­cus­sion elle-même figée par la modi­fi­ca­tion de la fin 1973.

    Ce que je veux sou­li­gner ici, c’est que 
    cet ensemble de « sim­pli­fi­ca­tions » aura sur­tout pour effet de « dépo­li­ti­ser la ques­tion » et de la mas­quer sous les non-dits de l’i­déo­lo­gie dominante.
    En effet, ces méca­nismes deviennent à la fois invi­sibles pour le Parlement, 
    pré­sen­tés désor­mais comme pure­ment techniques 
    et donc natu­rel­le­ment délé­guées à l’exécutif, 

    cepen­dant que l’é­vo­lu­tion des choses, telle qu’elle va appa­raître qua­si « natu­relle » à l’a­ve­nir — cf. le 3) et donc le 2), autre­ment dit l’i­déo­lo­gie domi­nante —, va inévi­ta­ble­ment dimi­nuer la valeur réelle de ces marges d’ « appel » (comme dit l’autre).

    Bref, c’est une chose (par­mi tant d’autres) qu’il nous faut abso­lu­ment consi­dé­rer s’il s’a­git de par­ler des « couilles » des élus… Faute de quoi on tombe dans pas mal de pan­neaux, à com­men­cer par celui qui amène à for­mu­ler une pro­po­si­tion aus­si ridi­cule que : l’É­tat s’est inter­dit ceci par une loi.

    Qu’on le veuille ou non, il faut consi­dé­rer l’É­tat dans toute sa com­plexi­té, et celle-ci concerne tout par­ti­cu­liè­re­ment l’en­semble des méthodes qui per­mettent de créer des « mythes d’É­tat ». L’É­tat n’est fait QUE de mythes. Autre­ment dit, en par­ti­cu­lier, c’est une res­tric­tion magique du champ des pos­sibles ima­gi­nables, qui s’ap­plique à tous parce que tout le monde y croit.

    Ces mythes impliquent notam­ment toutes les mani­pu­la­tions d’ordre juri­dique ain­si que tous les pré­sup­po­sés et les non-dits des idéo­lo­gies domi­nantes. Ces mythes conduisent notam­ment, oui, à lais­ser croire, à l’a­ve­nir, aux citoyens et y com­pris à leurs élus, que telle ou telle chose n’est plus pos­sible (plus pen­sable même, par­fois) parce qu’elle est inter­dite par des lois aux­quelles ils conti­nuent d’adhérer.

    Or, je te le répète, Lior, il y a des grandes orien­ta­tions, telles que la lutte contre l’in­fla­tion, qui n’ont plus été du domaine du négo­ciable depuis cette époque et par la suite.

    Autre­ment dit, la ques­tion n’é­tait plus de savoir si les couilles des élus com­mu­nistes pou­vait se mesu­rer à l’aune de leur volon­té de tolé­rer une infla­tion signi­fi­ca­tive. Sans par­ler de tous les autres per­son­nels de la poli­tique et des technocrates.

    Ain­si, lorsque l’on reprend la navette avec la tech­nique, on ne doit pas faire comme si cette lati­tude res­tait ouverte. Et j’ai donc sug­gé­ré qu’a mini­ma, tous les res­sorts de l’É­tat, depuis 1973 et même bien avant, refu­saient les méca­nismes infla­tion­nistes dès lors qu’on pen­sait qu’on pou­vait atteindre les mêmes objec­tifs autrement.

    Or la ten­sion infla­tion­niste repré­sen­tait une menace par­ti­cu­liè­re­ment pro­blé­ma­tique à cer­tains moments qu’on peut voir comme clé a pos­te­rio­ri. Notam­ment à cause des crises pétro­lières, bien sûr. Mais il faut aus­si apprendre à accor­der du sérieux à l’in­fluence du pré­cé­dent, puis de la tra­di­tion. Bref, la « mode » dont par­lait Rocard est tout sauf un détail qu’on peut envoyer bou­ler en évo­quant les couilles des élus, et cela vaut de plus en plus, ensuite, à mesure que le temps passe.

    Or les arti­fices juri­diques et tout par­ti­cu­liè­re­ment les arti­fices comp­tables, c’est bien connu depuis long­temps, sont une voie de poli­ti­sa­tion ou de dépo­li­ti­sa­tion majeure. Donc, tous ces méca­nismes que j’ai par­cou­rus, notam­ment les plus petits détails que j’ai abor­dés dans mes der­niers mes­sages, on peut bien sûr dis­cu­ter et conti­nuer à fouiller pour savoir quel était leur poten­tiel, mais ils ne peuvent pas être négli­gés si on songe à notre ques­tion, sauf à pour­suivre déli­bé­ré­ment dans une absurde lec­ture apo­li­tique (qui ôte toute per­ti­nence à la ques­tion, qui ne peut en avoir hors du champ de la réflexion politique).

    Tu parles de 1981 d’une manière fran­che­ment désin­volte. En deux mots, il était déjà bien tard pour reve­nir sur les diverses grandes orien­ta­tions, qui étaient deve­nues des don­nées de la contrainte exté­rieure ou des pré­sup­po­sés idéo­lo­giques lar­ge­ment partagés.

    Basi­que­ment, et pour ne prendre que l’un des grands paramètres, 
    pour­quoi ont-ils déve­lop­pé les mar­chés obligataires ? 
    Tout sim­ple­ment parce qu’il leur sem­blait qu’il s’a­gis­sait d’un finan­ce­ment non géné­ra­teur de créa­tion moné­taire.

    Cela veut dire avant tout que le monétarisme 
    mais aus­si les acteurs et les pro­mo­teurs des mar­chés financiers 
    s’é­taient déjà impo­sés d’une cer­taine manière. 
    N’ou­blions pas le dres­sage de l’E­NA, etc. au passage. 
    Pri­mo, on avait de nou­veau convain­cu la plu­part des poli­tiques que l’in­fla­tion est pure­ment monétaire 
    et aus­si que la hausse des taux d’in­té­rêt la réduit, 
    alors alors qu’elle vient tout autant des exi­gences des capitalistes, 
    de leur rapa­ci­té qui s’ex­prime aus­si bien par l’a­mour des taux d’in­té­rêt éle­vés, qui les enrichissent, 
    que de leur volon­té de déci­der eux-mêmes de tous les inves­tis­se­ments au motif que c’est plus productif, 
    alors que c’est sur­tout effi­cient du point de vue de leur enri­chis­se­ment personnel, 
    non pas pour la socié­té dans son ensemble 
    (en d’autres termes, la concur­rence effré­née mul­ti­plie les gâchis). 

    En arrière plan, ça vou­lait aus­si dire que la dis­tri­bu­tion du cré­dit n’é­tait guère plus encadrée 
    que par le levier aveugle des taux de refinancement 
    (ce que la nou­velle idéo­lo­gie appelle « la poli­tique moné­taire »…)

    J’ar­rête là : on ne sor­tait pas de l’E­NA en 1981 avec n’im­porte quels préjugés.

    Ils savaient que la charge de la dette allait peser un beau jour, mais ils voyaient ça comme de la relance non infla­tion­niste, en somme.

    Du reste, pour ceux qui gou­vernent, il est tou­jours ten­tant de se sim­pli­fier la tâche. Et il suf­fit de lire le dis­cours de Men­dès que vient de citer Phil, par exemple, pour voir à quel point les poli­tiques libé­rales sont confor­tables pour les gou­ver­ne­ments. Là aus­si, parle-nous de couilles si tu veux, mais c’est sim­ple­ment se voi­ler la face sur la logique propre des corps sociaux, en par­ti­cu­lier ceux dits « consti­tués », et même sur des don­nées encore plus contrai­gnantes de la nature humaine — tu remar­que­ras d’ailleurs que la taille des couilles n’est pas sup­po­sée dépendre du bon vou­loir des individus… 😉

    Ces « don­nées du poli­tique » s’é­ten­daient notam­ment, bien sûr, à la construc­tion euro­péenne mais, au-delà, à la glo­ba­li­sa­tion au sens notam­ment de la libé­ra­li­sa­tion financière. 
    Mais je ne vais pas refaire toute la mise en contexte que j’ai ébau­chée notam­ment dans mon mes­sage 200 et dans ma ten­ta­tive de syn­thèse (311).

    Je vois d’ailleurs que tu as réagi, par exemple, au sujet des articles 26 et 27. 

    Je vou­lais sim­ple­ment reprendre une fois de plus ma mise en garde tout en conti­nuant de faire le grand écart avec les détails de la technique.

    Réponse
  337. Lior

    Bah c’est super Sam, tu as trou­vé une réponse glo­bale et poli­ti­sée à la ques­tion « Pour­quoi l’E­tat n’a plus uti­li­sé la créa­tion moné­taire publique ? » et du coup oui, la réponse est « Parce qu’ils jugent ça infla­tion­niste et qu’ils n’aiment pas l’inflation ».

    Tant que tu ne prends pas la loi de 1973 comme pré­texte à ne pas emprun­ter en citant l’ar­ticle 25, à la limite, j’suis ok 🙂

    Bien à toi.

    Réponse
  338. Lior
  339. Ana Sailland

    En réponse à quelques lignes éparses concer­nant les alibis/motivations des autorités.

    L’hy­per­com­pé­tence (tech­nique) n’est pas absente de leurs rangs. Je pense donc que les « élites » sont plus intel­li­gents que sim­ple­ment le nez scot­ché sur des dogmes ou la peur de l’in­fla­tion. Au vu du mor­ti­fère et triste résul­tat de leur tra­vail méti­cu­leux et constant, je reste per­sua­dée qu’il y a chez cer­tains (élus ou non élus) une inten­tion déli­bé­rée de favo­ri­ser la féo­da­li­té ban­caire jus­qu’à l’ins­tal­ler au des­sus du réga­lien. En France et en Europe.

    Jus­qu’à ins­tau­rer ins­ti­tu­tion­nel­le­ment un flux confis­ca­toire et mas­sif du fruit de l’éner­gie humaine glo­bale vers des poches abyssales.

    Et il s’a­git là bel et bien de l’un des enjeux de ce fil de dis­cus­sion : démon­trer la col­lu­sion du sys­tème pré­ten­du­ment repré­sen­ta­tif avec la bou­li­mie bar­bare d’un petit nombre de per­sonnes ou d’é­gré­gores déshumanisés.

    Ceci afin que nous soyons capables d’a­ler­ter et de sus­ci­ter, après la néces­saire phase d’in­di­gna­tion, le désir d’au­to­no­mie, et donc de démocratie.

    Sur ce che­min, le finan­ce­ment de l’é­tat, qui est évoqué/scruté ici, avec le pro­ces­sus de créa­tion moné­taire, sont des mines. (Les concer­nant, nous devrions pro­chai­ne­ment nous deman­der que dire aux gens, quel essen­tiel pré­sen­ter, en lais­sant peut être un peu de côté l’a­na­lyse his­to­rique)

    Mais ce ne sont pas les deux seuls indices de la sus­dite col­lu­sion. Un tra­vail inté­res­sant serait de col­lec­ter dans un même docu­ment les bizar­re­ries de la déci­sion poli­tique depuis 20 ou 30 ans, dont le rythme s’ac­cé­lère me semble-t-il.

    Réponse
  340. Sam

    @ Lior,

    quitte à s’en­li­ser dans les rideaux de la tech­nique, je pré­fé­rais quand tu essayais un peu de réflé­chir par toi-même… Là, tu nous cites un article dont l’argumentation consiste sim­ple­ment à se réfé­rer à deux autres articles et à leur faire dire tout, n’im­porte quoi ou même rien.

    Le pre­mier, il en tire sim­ple­ment un char­mant sophisme (on ne sait même pas de quoi il veut par­ler). Bien filé, ça en jette.

    En colonne d’un tableau, au centre de sa démons­tra­tion sup­po­sée, une vague notion, libé­ra­li­sa­tion », qui inter­vien­drait comme phé­no­mène dans tous les pays, un peu à la même date (vers 1980), fixée à une date arbi­traire et unique – 1984 pour la France – qui n’ap­pa­raît fina­le­ment comme un tour­nant, du moins dans l’ar­ticle du « Cap’­tain » que parce que c’é­tait le pos­tu­lat de départ…

    Nulle part il n’est dit qu’en situant la date pivot en 1973 on n’au­rait pas éga­le­ment un pas­sage de néga­tif à à posi­tif pour le « TME défla­té », avec un saut qui pour­rait peut-être même être plus flagrant.

    À part ça, aucune idée des pos­sibles effets d’i­ner­tie en tous genres, y com­pris ceux rela­tifs à la « conjonc­ture poli­tique », pour prendre une ter­mi­no­lo­gie un peu digne de l’au­teur (tu sais, tout ce qui ne relève pas de la sou­mis­sion à la rai­son de la « science » économique).

    D’un autre côté, on se deman­de­ra ce que peut bien signi­fier ladite « libé­ra­li­sa­tion » (posée comme contraire d’un concept de « répres­sion finan­cière » qu’il n’a évi­dem­ment pas inven­té tout seul) appli­quée au Bré­sil, pays pour lequel le même couple de chiffres sup­po­sés démon­trer on ne sait quoi pour le Cap’­tain est à (-0,21 / ‑21,87) -… MDR – ou encore pour la Corée (7,94 / 4.08).

    Mais il le dit lui-même, ça peut vou­loir dire que ces pays ont vu leur taux de crois­sance aug­men­ter… Pour ne pas dire qu’on les appelle émer­gents quand les fruits de cette crois­sance, ils l’ex­portent pour mieux nour­rir ceux qui les bap­tisent ain­si. Les expor­ta­tions des uns font les impor­ta­tions des autres. Les­quelles tendent à alour­dir leur dette publique, laquelle finit par peser, inquié­ter les « zin­zins » qui montent les taux, etc. Quel rap­port avec une chan­ge­ment de la source de la créa­tion moné­taire ? Démer­dez-vous. On ne sau­ra rien du concept de libé­ra­li­sa­tion. Quant à la teneur de la loi de 1973, pen­sez donc.

    Ces chiffres, ça peut aus­si reflé­ter l’in­fla­tion. Bien sûr. Mais encore fau­drait-il mon­trer, jus­te­ment, quel est le lien avec le sta­tut de ceux qui dis­posent de la planche à billets. L’in­fla­tion cau­sée par les banques, on n’ar­rête pas de la voir depuis 10 ans, par exemple. Mais elle gonfle aus­si et sur­tout des actifs finan­ciers… dont on pré­tend ensuite que la norme est d’en garan­tir la valeur…

    …ce qui sup­pose d’en­tre­te­nir en per­ma­nence une offre arti­fi­cielle ali­men­tée par rien moins que la planche à billet des banques. Mais cette der­nière induit aus­si méca­ni­que­ment la rota­tion de celle de la banque cen­trale. (*)

    Plus lar­ge­ment, les gâchis monu­men­taux de ce sys­tème, et de la concur­rence de barges à laquelle se livrent les agents de l’é­co­no­mie réelle livrés à la tyran­nie de cette ver­rue finan­cière n’en finis­sant plus de gon­fler, se paient ensuite, indi­rec­te­ment, par de l’in­fla­tion, qui tra­duit tout sim­ple­ment une mau­vaise ren­ta­bi­li­té glo­bale des inves­tis­se­ments.

    Et s’ils la contiennent en appa­rence, cette infla­tion, c’est seule­ment parce qu’ils n’in­ves­tissent qua­si­ment pas dans l’é­co­no­mie réelle… sauf quand c’est archi ren­table et tout de suite. En d’autres termes, l’in­fla­tion dont ils parlent tous, c’est celle qui nuit aux ren­tiers. Sinon, ils ne la voient même pas, jus­qu’au choc final qui, comme par hasard, voit s’ef­fon­drer la soi-disant valeur de leurs pape­lards chi­mé­riques. Alors, ils diront encore que c’est la faute de l’É­tat, qui les ruine par le défaut ou l’in­fla­tion, alors que ce n’est que la consé­quence dif­fé­rée de leurs merdes. Par­lant de fixer des dates pivots…

    Ensuite, quand on parle de titres, jus­te­ment, par oppo­si­tion au finan­ce­ment par le cré­dit, donc quand on parle d’un soi-disant finan­ce­ment par de l’é­pargne, il fau­drait rap­pe­ler qu’ils sont, eux aus­si, géné­ra­teurs de créa­tion moné­taire, et même à tour de bras quand les bulles d’ac­tifs gonflent. Mais chut. Pour­quoi ? L’é­pargne ne cir­cule pas, par défi­ni­tion ; l’é­pargne des uns n’est jamais prê­tée aux autres. Par contre, le fait qu’elle cor­res­ponde à de la mon­naie neu­tra­li­sée sert jus­te­ment de pré­texte à une créa­tion moné­taire. Ce qui ne jus­ti­fie pas du tout que celle-ci soit pri­vée (celle qui ali­mente ces mar­chés de titres qui, en réa­li­té, au glo­bal, n’ont jamais finan­cé les entre­prises) plu­tôt que publique.

    Une petite perle du Capt’ain en pas­sant : « Si l’État emprunte auprès d’un fonds de pen­sion à un taux réel néga­tif, comme cela était en moyenne le cas dans le monde durant la période post-guerre, alors cela signi­fie qu’en termes réels, les fonds de pen­sion perdent de l’argent et donc qu’in fine, lorsque vous tou­che­rez votre retraite, alors vous aurez vous aus­si per­du de l’argent en termes réels. Idem pour vos reve­nus via l’as­su­rance-vie, qui ne couvrent dans ce cas même pas l’inflation.… »

    Ça ne mérite pas un com­men­taire pour le reste, mais notez l’in­croyable tou­pet avec lequel il nous fait du révi­sion­nisme com­plet avec sa retraite par capi­ta­li­sa­tion et ses assu­rances-vie, c’est-à-dire le busi­ness qu’il fait lui-même sur la dette publique… Sans par­ler de cette mons­truo­si­té qui a consis­té à concen­trer énor­mé­ment ces méca­nismes pour en faire les tyrans qu’on sait : ces fonds de pen­sion qui n’exis­taient tout bon­ne­ment pas en France il y a peu, qui met­tant au pas nos tra­vailleurs et les pié­geant en même temps (ce sera effec­ti­ve­ment leurs retraites) et qui se gavent avec le ser­vice de notre dette publique qu’on n’a­vait aucun besoin de pla­cer à l’é­tran­ger, et ces assu­rances deve­nues 1er poste de PIB mon­dial, n’é­taient évi­dem­ment pas une don­née du pro­blème en 1970… Mais c’est si bon, je le disais dans ce fil, pour démon­trer qu’il n’y a pas d’al­ter­na­tive, de ren­ver­ser le temps et les rap­ports de cause à conséquence…

    Enfin, on se demande par quel miracle un gra­phique agré­geant des don­nées pour tous les pays ou presque démon­tre­rait quoi que ce soit quand à l’ef­fet de la loi de 1973 en France…

    Allez hop, embal­lé, et ça en sédui­ra plus d’un. En voi­là un gou­rou-relais en herbe qu’il est beau. Et vas‑y que je t’ex­plique la science éco­no­mique. Vision « glo­bale », sans blague.

    Ah oui, il dit tout de même que « La situa­tion est la même par­tout dans le monde, mal­gré le fait que cer­tains pays aient adop­tés bien avant ou bien après 1973 une loi du même type que la loi Gis­card-Pom­pi­dou fran­çaise. »
    Là encore, la réponse est dans la ques­tion. Et d’ailleurs, il serait com­plè­te­ment absurde d’es­sayer de contre­dire une pro­po­si­tion aus­si floue… Allez hop, et démer­dez-vous pour vous défendre.

    Sa seconde réfé­rence, c’est vous. Je ne serais vrai­ment pas hono­ré. D’ailleurs, ça m’inquiète plu­tôt, moi, que tu me signales ça la fleur au fusil… Je t’a­vais pré­ve­nu, ça arran­ge­ra bien la horde des idéo­logues de pou­voir citer votre tra­vail, sup­po­sé plier la ques­tion sur le plan juri­dique. Si bien pliée qu’il ne com­mente même pas. D’ailleurs, on ne com­mente pas une déci­sion de jus­tice… enfin, j’ me com­prends. Les juristes écoutent les éco­no­mistes, les éco­no­mistes écoutent les juristes, et avec ça on fait des monstres tota­li­taires comme l’UE.

    Excuse-moi, Lior, je vou­drais bien reprendre un peu de temps si tu fai­sais un effort, mais là ça com­mence à faire. À part que je manque de temps. Bref, je le ferai désor­mais quand je ces­se­rai de te voir haus­ser les épaules à l’i­dée qu’on n’a­borde pas un tel sujet sans un grand recul. En tous cas, fais-moi au moins ce plai­sir, s’il te plaît : cesse de pro­po­ser des résu­més en une ligne de ma posi­tion sur le sujet.

    Si tu veux vrai­ment l’a­voir en résu­mé, mon avis concer­nant ce qu’a sur­tout appor­té cette loi de 1973, je dirais qu’elle semble ne rien chan­ger et que c’est bien ça le pro­blème. Peut-être que si je mets les points sur les i de cette manière ça t’in­vi­te­ra à regar­der les choses enfin sous des angles plus variés. Ce qui la rend déci­sive, je disais, tient sur­tout au fait qu’elle ne SEMBLE rien chan­ger – tan­dis qu’elle réin­tro­duit sub­ti­le­ment des mesures extrêmes, qui ont assu­ré­ment plus d’un pré­cé­dent mais qui n’a­vaient jamais été vues depuis la sale époque pré­cé­dente, celle qui com­mence la mon­tée vers le pic pré­cé­dent dans le gra­phique qu’on trouve dans le lien que tu viens de citer. Elle donne lieu à des trans­ferts de pou­voirs consi­dé­rables mais elle le fait de manière remar­qua­ble­ment trans­pa­rente pour le par­le­ment, les juristes, légistes, comp­tables et autres éco­no­mistes. Trans­pa­rente, au sens d’invisible.

    Bref, ce qui est le plus déci­sif n’est pas qu’elle ins­taure un chan­ge­ment de régime — auquel cas on pour­rait effec­ti­ve­ment dire qu’il suf­fi­sait de reve­nir, par la suite, sur telle ou telle dis­po­si­tion qu’elle intro­duit (si on a des couilles au cul, pour reprendre cer­taine concep­tion très Oui-Oui de la poli­tique…) — mais qu’elle le fait de manière très dif­fi­ci­le­ment per­cep­tible pour cha­cun des corps et des métiers qui com­posent de près ou de loin la classe poli­tique.

    En somme, la prin­ci­pale rai­son pour laquelle, en pra­tique, on ne revien­dra pas sur ces dis­po­si­tions, c’est peut-être jus­te­ment qu’on ne voit pas qu’elles posent pro­blème. En for­mu­lant mon approche ain­si, j’es­père t’of­frir une ultime occa­sion de com­prendre à quoi je joue et pour­quoi ta petite vision tech­ni­ciste m’exas­père : elle s’a­charne jus­te­ment à s’en tenir au point de vue du légis­la­teur ou de l’é­co­no­miste dont je dis qu’ils se font rou­ler dans la farine.

    Et quand bien même la caste des réfor­ma­teurs de l’é­poque mul­ti­plie après coup les décla­ra­tions pleines de sens en mon­trant la lune, les niqués (par­don, je crois que c’est du Flo­rence Fores­ti) regardent le doigt… et somment les autres de faire de même et de ne faire que ça. Euh, si tu daignes consi­dé­rer un peu ces contor­sions, Lior, tu me diras peut-être que les décla­ra­tions en ques­tion contre­disent l’hy­po­thèse pré­cé­dente… puis tu ver­ras peut-être que non, au contraire…

    (*) Je fais ce ren­voi pour insis­ter sur un aspect de la ques­tion qui n’est jamais évoqué. 

    Le même rai­son­ne­ment montre que, dès lors que l’É­tat emprunte, que ce soit par le biais du cré­dit ban­caire, pri­vé ou public, ou sur des mar­chés finan­ciers, sa déci­sion se tra­duit indi­rec­te­ment par une créa­tion de mon­naie banque cen­trale.

    Autre­ment dit, il faut arrê­ter de consi­dé­rer bête­ment la pro­po­si­tion géné­rale « l’É­tat se finance gra­tui­te­ment par emprunt à la Banque de France » comme si elle s’ar­rê­tait aux seuls emprunts du Tré­sor à la banque cen­trale. Il s’a­git évi­dem­ment d’une sim­pli­fi­ca­tion-géné­ra­li­sa­tion de l’en­semble des moda­li­tés pos­sibles d’un de finan­ce­ment déci­dé poli­ti­que­ment et qui ne donne pas lieu au ser­vice de rentes pri­vées.

    On doit pou­voir le com­prendre avec un peu de bonne foi : il faut bien employer des for­mules courtes et simple, et c’est légi­time de le faire dans la mesure où la for­mule repré­sente au mieux les inten­tions de l’au­teur.

    Mais on doit pré­ci­sé­ment faire cet effort mini­mal sous peine de défor­mer lar­ge­ment les inten­tion des auteurs. Car la « for­mu­la­tion faible » ren­voie jus­te­ment à la pra­tique extrême à laquelle on n’a jamais recou­ru, sauf de manière pure­ment tem­po­raire et excep­tion­nelle (ges­tion d’une crise de tré­so­re­rie de quelques jours ou semaines), tan­dis qu’on occulte les autres modes dési­gnés par la for­mule générale.

    Réponse
  341. Lior

    @Sam : Je ne par­ta­geais pas l’ar­ticle pour ses vues propres, je le par­ta­geais car il fai­sait lui-même réfé­rence à une étude anglaise (que je n’ar­rive pas à télé­char­ger) qui parle elle aus­si de la situa­tion et des pro­cé­dures de d’emprunts et de leurs transformations.

    Et si je suis d’ac­cord pour dire que la Conven­tion qui a ren­du la ges­tion des pla­fonds « auto­ma­tique » a pri­vé le Par­le­ment de son impli­ca­tion dans ce sujet (après tout, si c’est auto­ma­tique, ne nous en occu­pons pas, ça se gère tout seul) effec­ti­ve­ment c’est un point de vue (d’ailleurs il me semble que durant la dis­cus­sion sur la conven­tion, cer­tains dépu­tés avaient peur de se voir des­sai­sir de ces questions).

    Mais pour ce qui est de la loi de 1973 en elle-même, je ne vois pas vrai­ment en quoi elle serait trans­pa­rente etc. Les adap­ta­tions qui concernent les inter­ven­tions sur le mar­ché moné­taire et la libé­ra­li­sa­tion de la liste des effets éli­gibles étaient en soi des révo­lu­tions pour la Banque de France et son fonc­tion­ne­ment et donc pour le fonc­tion­ne­ment glo­bal du mar­ché finan­cier et du fameux nou­veau grand mar­ché des titres dont parle VGE sur son blog.

    Pour ce qui est des pro­cé­dures de concours à l’État, elle cla­ri­fie des textes qui étaient nom­breux et divi­sés, sans cohé­rence etc, en 3 articles tout à fait clairs.

    Je sais que je me fais l’a­vo­cat du diable mais en tant que dépu­té de l’é­poque, la seule chose que j’au­rais faite pour cette loi aurait été de pro­po­ser un amen­de­ment à l’ar­ticle 19 disant que le Par­le­ment peut aus­si déci­der de revoir une conven­tion (ini­tia­tive par­le­men­taire qui manque cruel­le­ment à l’ar­ticle 19) quand Étienne aurait sim­ple­ment pré­vu de reti­rer le Gou­ver­neur de la BdF du processus 😉

    Pour ce qui est du mar­ché des titres etc, je ne suis pas assez com­pé­tent, mais si j’ai bien com­pris (et je crois que tu le dis aus­si dans ta syn­thèse), la libé­ra­li­sa­tion de la ges­tion des achats/­ven­tes/es­comp­tes/­prises-en-gage des effets par la BdF était la condi­tion sine-qua-non pour obte­nir des mar­chés finan­ciers et notam­ment un mar­ché moné­taire et obli­ga­taire qui fonc­tionne bien (dans le sens anglo-saxon, ce n’est pas moi qui fait un juge­ment de valeur ici, je ne fais que dire ce qu’ils ont fait à mon sens).

    Bref, je suis déso­lé, je te parais sûre­ment ingé­nu, mais voi­là, je com­prends bien que, de ton côté, tu penses (à rai­son) que la loi de 1973 a un impact sur la manière dont a fonc­tion­né par la suite le mar­ché des titres et donc for­cé­ment, l’é­vo­lu­tion du mode de pla­ce­ment des bons du Tré­sor et que donc par consé­quent, évi­dem­ment ! la loi de 1973 ne change pas rien, elle change beau­coup de choses ! Pas seule­ment d’ailleurs au niveau finan­cier mais même au niveau ins­ti­tu­tion­nel avec la réforme de la nomi­na­tion des Conseillers, l’ins­tau­ra­tion d’un cen­seur du gou­ver­ne­ment avec une espèce de droit de véto rabais­sé mais quand même, etc etc.

    Ce que je conti­nue de dire c’est que cette loi per­met très sim­ple­ment à l’État de recou­rir aux emprunts auprès de la Banque de France et dans les condi­tions qu’il juge accep­table. Qu’aus­si, si vrai­ment on avait vou­lu uti­li­ser ce levier, on aurait pu ima­gi­ner des décrets, comme ceux que l’on citait qui fai­saient des déro­ga­tions à tel article de telle loi ou décret pour faire accep­ter les bons à la BdF direc­te­ment sur le mar­ché pri­maire ou même car­ré­ment de gré à gré etc.

    Bref, je crois que j’ai fait le tour de l’ob­jet tech­nique 1973 (même si je suis pas du tout éco­no­miste ou pro­fes­sion­nel, j’ai l’im­pres­sion d’a­voir une idée du truc), et main­te­nant je me demande dans quelles pro­por­tions l’in­ter­ven­tion de la Banque de France est vrai­ment quelque chose de clé dans l’en­semble des pos­si­bi­li­tés de financement.

    A prio­ri, le véri­table outil d’ai­sance pour le Tré­sor, c’é­tait quand même les plan­chers il me semble. Donc j’i­rai peut-être étu­dier par là, voir aus­si les déci­sions qui mènent aux pre­miers tests d’ad­ju­di­ca­tion etc.

    Un der­nier mys­tère pour moi est encore la dif­fé­rence entre le décret de 1936 et celui de 1938, je reli­rai un post dans lequel tu as don­né ton avis il me semble.

    Bien à toi !

    Réponse
  342. Sam

    La loi de 1973 est un com­men­ce­ment. Mais il y a des gens, comme Lior, qui veulent croire que l’on peut la consi­dé­rer indé­pen­dam­ment du fait que la doc­trine moné­ta­riste s’é­tait impo­sée, por­tant avec elle ses œillères. Or quand on pose la ques­tion de savoir ce qu’une loi a chan­gé, qua­rante ans après les faits, on essaie de recons­ti­tuer l’his­toire, on n’es­saie évi­dem­ment pas de la refaire.

    Il y en à d’autres qui ne regardent que cer­tains traits visibles et ne consi­dèrent pas la racine idéo­lo­gique de la chose. Or le moné­ta­risme com­mence notam­ment : dans une foi absurde dans la théo­rie quan­ti­ta­tive de la mon­naie ; dans la concep­tion de l’in­fla­tion comme phé­no­mène pure­ment moné­taire ; dans l’i­dée d’une mon­naie neutre ; dans le fait de ne pas voir que le plein emploi ou le sous emploi condi­tionnent com­plè­te­ment le lien entre l’in­fla­tion, d’une part, et la créa­tion moné­taire, le sta­tut de ceux qui décident de l’in­ves­tis­se­ment et les taux d’in­té­rêt. Bref, c’est une théo­rie ridi­cule car affreu­se­ment apo­li­tique, mais ses pré­misses et ses expli­ca­tions faciles sont d’au­tant mieux admises par les igno­rants. Ce qui fait qu’elles impré­gnaient déjà lar­ge­ment les esprits au début des années 1970. D’au­tant mieux, d’ailleurs, que dans les décen­nies pré­cé­dentes les élus ne se sou­ciaient même pas de ce concept.

    Ain­si, nos chers com­mu­nistes (de l’é­poque, ne par­lons pas de cette époque mau­dite) étaient tous d’ac­cord pour la com­battre car elle nuit (aus­si) aux sala­riés. Sauf qu’au plein emploi, les salaires suivent. Sauf qu’il n’y a que le cré­dit public qui puisse assu­rer le plein emploi. Sauf que s’employer à tarir le cré­dit public c’est, pour reprendre les termes de Habe­rer, tom­ber dans une mesure aveugle et naïve, quand, der­rière, la créa­tion moné­taire n’en est que mieux reprise en main par le privé.

    Il y a encore au moins une chose que le copier-col­ler du Cap’­tain nous dit en creux et que sa lec­ture occulte magni­fi­que­ment : pour que les réformes moné­ta­ristes com­mencent à pro­duire leurs effets visibles, tant en termes de pro­fit pour les ren­tiers (« non répres­sion finan­cière ») qu’en termes de sou­mis­sion des pou­voirs publics à leurs vues et à leurs exi­gences, il fal­lait d’a­bord que les taux d’in­té­rêt réels remontent. Or, évi­dem­ment, ça ne se fait pas en deux jours.

    Les rapaces qui ne roulent que pour leurs gueules et ne regardent que le court terme ne se seraient pas rués pour peu­pler des mar­chés si ces der­niers ne pro­met­taient pas déjà des pro­fits juteux. Par la simple logique de l’ar­bi­trage, ils n’a­chètent pas des bons publics qui rap­portent moins que des titres d’en­tre­prises privées.

    Mais les pre­miers sont quand-même plus sûrs pour le long terme. Alors si les seconds sont trop ris­qués, on ira très volon­tiers ache­ter des pre­miers. Ça tombe bien, l’É­tat fait désor­mais tout pour nous faire venir.

    Après quoi il fait tout pour sécu­ri­ser les taux des titres pri­vés : voyez, la banque cen­trale est main­te­nant invi­tée à faire tour­ner sa planche à billets pour escomp­ter n’im­porte quels titres pri­vés. Du moins, quand les gros qui tiennent la boite ont de quoi s’en­tendre avec le ban­quier cen­tral… choi­sis­sez le bon che­val, concen­trons-nous, acqué­rons, fusion­nons. Après quoi, on sous-trai­te­ra à mort, bien sûr, mais les deux vont de pair, ça va sans dire.

    Les bourses vont bien ! Enten­dez par là que la mon­naie nou­velle a bien gavé la demande de ces titres par­fai­te­ment inutiles à l’é­co­no­mie, et donc les poches des ren­tiers qui y placent leurs avoirs. Mais comme elle est là, elle n’est pré­ci­sé­ment pas ailleurs, dans les inves­tis­se­ments réels. On aura donc du chô­mage, qui nous gar­de­ra les salaires bas et donc pas l’in­fla­tion. Du moins pas celle qui « nous » intéresse.

    Et main­te­nant que les mar­chés d’ac­tions et les obli­ga­tions pri­vées « se portent bien », parce que la banque cen­trale finance ces para­sites, d’au­tant plus faci­le­ment qu’elle n’es­compte presque plus rien qui soit déci­dé par les pou­voirs publics et qui pro­duise des choses utiles, « on » va fort logi­que­ment arbi­trer… aus­si au sens où « on » ne pren­dra évi­dem­ment pas des bons du tré­sor à un taux d’in­té­rêt infé­rieur à celui que nous offrent les mar­chés de titres privés.

    Puis quand l’in­fla­tion sera dura­ble­ment maî­tri­sée, et pour cause, on pour­ra enfin mettre à redé­ve­lop­per les titres publics pour les emprunts longs.

    Mais que vou­lez-vous, la loi du 3 jan­vier 1973 n’a rien chan­gé : la preuve, elle n’a pas construit cette cathé­drale de merde à elle toute seule et en trois jours.

    Les éco­no­mistes de tous bords, quand bien même ils se disent hété­ro­doxes, ont la fâcheuse manie de ne faire remon­ter la « libé­ra­li­sa­tion », en France, que vers le début voire le milieu des années 1980. Mais c’est naïf et révi­sion­niste. C’est comme dire qu’on déve­loppe des mar­chés finan­ciers sans voir qu’ils n’exis­taient pas, plus, ou qu’ils n’a­vaient stric­te­ment aucune influence, ou bien dire qu’on peut le faire sans d’a­bord créer les pre­miers fon­de­ments de l’offre et de la demande. Or la loi du 3 jan­vier 1973 (plus encore sous sa forme modi­fiée fin 1973) a joué un rôle pilier sur ces deux tableaux : le blo­cage de l’ar­ticle 25, d’un côté, insi­dieux et cou­vert par les arti­fices comp­tables ; de l’autre, l’ou­ver­ture par les articles 26 et 27. Et quand on date l’in­dé­pen­dance de la banque cen­trale, il est de bon ton de la situer au moment du trai­té de Maas­tricht. Idem, c’est fer­mer les yeux sur les étapes précédentes.

    D’un autre côté, bien sûr, ils posent un jalon en 1971. Or dans les faits, c’est le 19 mars 1973 que le régimes de changes flot­tants s’ins­taure. Pour­quoi cette lec­ture par­cel­laire ? Dans le pre­mier cas, on a une déci­sion « sou­ve­raine », poli­tique, publique. Sauf qu’elle n’a aucune légi­ti­mi­té à cet égard, vu de chez nous, étant don­né qu’on n’y peut rien. Or il n’y a pas de loi qui tienne pour une com­mu­nau­té poli­tique, notam­ment une nation, qui n’en a jamais déci­dé. Dans le second cas, c’est juste un acte des banques cen­trales, et une situa­tion qui en découle de fait. Sauf que là, à l’in­verse, on fait comme si ça n’é­tait pas une don­née poli­tique, comme si on ne pou­vait pas consi­dé­rer que la déci­sion regar­dait les citoyens. À chaque fois, que voit-on ? Une lec­ture sim­pliste d’é­co­no­mistes fai­sant tel ou tel pos­tu­lat quant à la limite des pou­voirs publics.

    Il ne faut pas perdre de vue que ces mêmes éco­no­mistes, pour la plu­part, conti­nuent de nous som­mer de défendre la cause de l’eu­ro, une cause pour­tant entiè­re­ment per­due pour qui se penche un peu sur le pro­blème institutionnel.

    Donc oui, je n’ai pas de scru­pule à dire que j’emmerde l’im­mense majo­ri­té des éco­no­mistes et qu’il en va de même pour les juristes, en par­ti­cu­lier lors­qu’il s’a­git de faire des constats et de por­ter des juge­ments sur notre mon­naie, et plus lar­ge­ment sur toutes les ques­tions ins­ti­tu­tion­nelles. Nous sommes gou­ver­nés par des char­la­tans pour la simple rai­son qu’on laisse faire les char­la­tans dès qu’on s’i­ma­gine que les experts ont la véri­té révé­lée. La seule véri­té, celle qu’on voit, c’est que le résul­tat est une catastrophe.

    Réponse
  343. J.C

    sup­po­si­tion :

    Il est pos­sible qu’a par­tir de 71 avec la fin de l’é­qui­va­lence or, il fut abso­lu­ment néces­saire que la créa­tion moné­taire résulte prin­ci­pa­le­ment de l’en­det­te­ment pri­vé parce que le risque était grand qu’en créant à volon­té la mon­naie pour tout le monde (si on le sou­hai­tait) via la banque cen­trale sans plus de réfé­rence aux métaux pré­cieux, il serait deve­nu dif­fi­cile de cacher aux popu­la­tions que l’argent était pro­duit à par­tir de rien GRATUITEMENT. En peu de temps, puis­qu’il aurait été visible que l’on pou­vait en créer autant qu’on vou­lait, très vite plus per­sonne n’au­rait eu confiance dans la valeur de la monnaie.

    Jacques Atta­li quant à lui, nous dit que ce fut pour pré­ser­ver les pro­fits, ce qui n’est pas contradictoire.

    Bien ami­ca­le­ment

    J.C

    Réponse
  344. Sam

    Lior,

    je suis moi aus­si un fichu ingé­nu et je le reven­dique… aus­si. Et faut-il le dire, je ne suis pas éco­no­miste et je m’en tam­ponne. Non : je les plains car on ne se remet pas faci­le­ment d’un dres­sage (je ne veux sur­tout pas dire que c’est déses­pé­ré, juste qu’il faut prendre un sacré recul, qui com­mence sans doute en sor­tant de sa matière).

    Au sujet des mar­chés finan­ciers, je crois que mes der­niers mes­sages résument ce que j’ai de plus impor­tant à en dire. Mais j’ai oublié une remarque qui me paraît très impor­tante. Tu as com­pris en par­ti­cu­lier que j’es­saie de savoir quel genre d’ac­teur de « l’É­tat » avait plu­tôt telle concep­tion à tel moment ou plus tôt ou plus tard.

    C’est jus­te­ment au sujet des mar­chés finan­ciers (ça, c’est pas une surprise…)

    J’ai été très frap­pé, lors de mes lec­tures de ces der­niers jours, par le contraste entre la posi­tion que sem­blait avoir la Banque de France autour de 1973 et celle qu’elle a eu depuis 2000 au plus tard, concer­nant le lien entre créa­tion moné­taire et déve­lop­pe­ment des mar­chés financiers.

    À la veille de la loi de 1973, et encore pas mal d’an­nées plus tard, elle disait en somme qu’il fal­lait déve­lop­per le recours au finan­ce­ment (à l’an­glo-saxonne) des entre­prises par le biais des actions et des obli­ga­tions parce que c’est un finan­ce­ment « par l’é­pargne » et non par le cré­dit, sous-enten­du non créa­teur de nou­velle monnaie.

    Or on sait que depuis des années, elle recon­naît que la planche à billet de la BCE ali­mente essen­tiel­le­ment des bulles d’ac­tifs, finan­ciers ou immobiliers.

    Ce n’est pas du tout dit ain­si, au sens où elle ne fait jus­te­ment pas de juge­ment com­pa­ra­tif avec sa posi­tion de l’é­poque, mais je cer­ti­fie que je com­pare là des pro­pos très auto­ri­sés (rap­ports ou compte-ren­dus offi­ciels) aux deux époques.

    Il faut aus­si noter, du moins c’est ain­si que je com­prends les choses, que l’exis­tence de mar­chés de titres n’im­plique pas néces­sai­re­ment que la planche à billets soit mise à contri­bu­tion, mais qu’elle est asso­ciée à une élé­va­tion de la capi­ta­li­sa­tion bour­sière. Là encore, il y a une dis­tinc­tion à faire car la dyna­mique et les impli­ca­tions disons « poli­tiques » sont sans doute très différentes.

    Il y a, disons, le bon vieux capi­ta­lisme, et puis il y a le régime où les mar­chés finan­ciers s’au­to­no­misent, délirent, oppressent, domine. Dans le pre­mier cas, cette élé­va­tion est assez tran­quille, mono­tone, et tra­duit sim­ple­ment une ren­trée régu­lière de divi­dendes influent les espé­rances de plus-value. Ce qui ne veut pas dire que ces pro­fits ne sont pas ali­men­tés par la créa­tion moné­taire : il en faut de toutes manières pour conver­tir en pro­fits le sup­plé­ment de tra­vail qu’on exploite. Par contre, on peut sup­po­ser que la « norme », c’est quand la mon­naie nou­velle ne vient pas dans les poches des action­naires sans pas­ser d’a­bord par la case : finan­ce­ment des entre­prises.

    Mais dans le second cas, ce qui change du côté de la créa­tion moné­taire, c’est qu’elle ali­mente des bulles. C’est un cercle vicieux : on gonfle arti­fi­ciel­le­ment la demande sur les mar­chés (par exemple en se ven­dant un tas de fois la même chose), puis cette ten­dance haus­sière entre­tient des espoirs de plus-value de manière de plus en plus par­ta­gée, et on va notam­ment emprun­ter à la banque (à taux moindre) pour ache­ter des titres (dont on espère tirer un taux équi­valent plus éle­vé), ce qui relance encore la demande, donc pousse encore la valeur bour­sière (d’é­change) des titres à la hausse, etc. Et comme tu peux voir, ici la mon­naie passe direc­te­ment de la banque au ren­tier : elle ne finance abso­lu­ment pas les entre­prises (aujourd’­hui c’est encore pire, les gros capi­ta­listes les forcent à rache­ter leurs actions, un pur scan­dale mais passons).

    J’ar­rête là : tu vois déjà suf­fi­sam­ment le lien entre capi­ta­li­sa­tion bour­sière (en actions et en obli­ga­tions) et créa­tion monétaire.

    Une chose que je vou­lais dire ici, c’est que c’est frap­pant, ce contraste entre ces posi­tions de la Banque de France, disons en 1970 et en 2000. On peut rai­son­na­ble­ment se deman­der à quel point elle s’est fait sur­prendre elle-même par le pou­voir dévas­ta­teur du mar­ché ; si elle était à ce point dans l’incompréhension.

    Je ne peux évi­dem­ment pas répondre à cette ques­tion. Là encore, on plonge et on replonge dans la tech­nique. Il faut sans doute consi­dé­rer la durée des emprunts, la vitesse de rota­tion de la mon­naie. C’est une hor­reur que je laisse aux comp­tables du métier…

    En tous cas, je ne peux pas ne pas voir cette can­deur qu’elle mon­trait, à l’é­poque. Et que, comme dit B. Lemoine, les mar­chés finan­ciers étaient vus comme la solu­tion à l’é­poque avant d’être vus comme le pro­blème… Ou du moins comme la don­née du pro­blème, la contrainte exté­rieure : c’est cela, la poli­tesse du fonc­tion­naire qui ne fait pas de politique…

    Réponse
  345. J.C

    @ Sam

    Une petite vidéo qui résume ce que tu expliques très bien concer­nant une créa­tion monétaire 
    qui s’abs­trait de l’é­co­no­mie réelle au pro­fit de la pure spéculation.

    Bien ami­ca­le­ment

    J.C

    Réponse
  346. Ana Sailland

    « la planche à billet de la BCE ali­mente essen­tiel­le­ment des bulles d’ac­tifs, finan­ciers ou immobiliers. »

    ça marche comment ?!?

    Réponse
  347. Étienne

    On n’est pas seuls dans la pri­son des usuriers. 
    Une illus­tra­tion péda­go­gique (de plus) des ordres de gran­deur en ques­tion (des volumes et des rythmes de progression) 
    (pen­dant qu’on nous dis­trait avec des couillon­nades à la télé).
    Ça ne console pas, bien sûr ; ça inquiète quand même un peu…

    http://​www​.usdebt​clock​.org/

    Ne regar­dez pas ça, mal­heu­reux ! Vous êtes en train de deve­nir un popu­liste, un déma­gogue, un « rouge brun », un com­plo­tiste, que dis-je, un conspi­ra­tion­niste, un natio­na­liste peut-être même, un fas­ciste ou un anti­sé­mite, allié des tyrans ter­ro­ristes, qui sait ? 

    Allez, fer­mez vite cette fenêtre, ces­sez donc de cher­cher qui a créé notre dette publique en France quand et com­ment, soyez rai­son­nable, et retour­nez voir la télé, écou­ter l’é­di­to­crate Chris­tophe Bar­bier, par exemple, nous expli­quer pour­quoi il faut abso­lu­ment faire la guerre par­tout sur terre (et la faire payer par les peuples qu’on vient de bom­bar­der, heu, de libé­rer). Je serais curieux de savoir qui paie ce mec, en vrai.

    « sans être cynique », bien sûr.

    Ils devraient vendre les télés avec des sacs en papier accro­chés sur le flanc, comme dans les avions, pour vomir proprement.

    Réponse
  348. Ana Sailland

    Étienne sort ses griffes 🙂 😉

    L’i­gno­mi­nie n’est pas rare, mais une telle den­si­té en quelques minutes frise le record abso­lu du monde (du monde VIP).

    Ceci dit arrive le temps étrange où les jour­na­listes inter­viewent les jour­na­listes -> n’a­vez vous pas remar­qué cet étrange symp­tôme de l’au­tisme de classe ?

    (((Ma télé est pas­sée phy­si­que­ment au contai­ner à ordure il y a envi­ron 15 ans)))

    Réponse
  349. Papa

    La semaine der­nière, ma fille de 7 ans m’a dit :

    « Papa, ce serait mieux si c’é­tait comme au pays des schtroumpfs, où il n’y a pas besoin d’argent. Si on a besoin de quelque chose, il suf­fit de le deman­der par exemple au schtroumpf bri­co­leur et il le fait. ».

    Réponse
  350. Seb

    @Sam
    « Et faut-il le dire, je ne suis pas éco­no­miste et je m’en tamponne. »

    Non sans blague ? On s’en serait pas dou­ter une seconde en lisant ton argumentaire…

    Réponse
  351. RHC

    Bon­jour,
    @357

    Aiiie ! Le débat se termine…

    La guerre -> Endette le contri­buable-> Détruit la vie ->Enri­chit les mul­ti­na­tio­nales -> Éva­sion fis­cale-> Sur­veille la popu­la­tion-> détourne le contexte éco­no­mique dif­fi­cile-> Austérité.

    Les acteurs trouvent tous leurs propres intérêts.Il faut de preuve « of course ». Pfff !

    Voi­là un vrai expert, on attend tou­jours son avis sur le 11 sep­tembre 2001… d(Ôo)b :

    Mots clés:La réforme, retour crois­sance 2014,phase de déclin,mettre en chan­tier de façon irré­ver­sible, ave­nir du pays, ré agen­ce­ments majeurs des administrations,efficace,suppression dépar­te­ment, for­ma­tion professionnelle,pouvoir, sur­gir une nou­velle élites répu­bli­caines, « il est absurde de ne pas emprun­ter à 3% pour finan­cer les innom­brables pro­jets dont la ren­ta­bi­li­té à long terme est supé­rieure à 6%. »,.…

    Jacques Atta­li :

    2013, année sans élec­tions en France, com­mence en fan­fare : un accord bien­ve­nu sur la réforme du mar­ché du tra­vail, des opé­ra­tions mili­taires ris­quées en Afrique, où se joue le des­tin de la France (…)

    http://​blogs​.lex​press​.fr/​a​t​t​a​l​i​/​2​0​1​3​/​0​1​/​1​4​/​l​u​r​g​e​n​t​-​e​t​-​l​i​m​p​o​r​t​a​nt/

    Une autre vision :

    « Non, ce n’est pas la France qui fait la guerre au Mali
    Par Badia Benjelloun

    C’est l’armée fran­çaise pré­sente en Afrique de l’Ouest depuis les indé­pen­dances for­melles dans cette région de l’Afrique qui inter­vient pour le compte des inté­rêts de trans­na­tio­nales d’origine fran­çaise qui ne paient aucun impôt au Tré­sor fran­çais. Jusqu’à il y a peu, la vas­sa­li­té ou l’appartenance se défi­nis­sait par le paie­ment d’un tri­but. Quand par exemple Total Elf Fina uti­lise les struc­tures de la nation fran­çaise, armée y com­pris, sans rien rever­ser de ses immenses béné­fices, cette enti­té perd ipso fac­to sa nationalité.

    Non, ce n’est pas la France qui fait la guerre au Mali

    Le Mali est un pays clé pour les res­sources minières exploi­tées par des firmes trans­na­tio­nales dans son sous-sol propre (or en par­ti­cu­lier) ou à par­tir de pays voi­sins. Are­va se trouve mena­cée dans son exploi­ta­tion de l’uranium au Niger grâce auquel elle conta­mine de grands ter­ri­toires deve­nus inha­bi­tables pour des cen­taines de mil­liers de Nigé­riens si des firmes bré­si­liennes ou chi­noises pre­naient pied plus avan­ta­geu­se­ment au Mali.

    Non, l’armée fran­çaise, qui a des bases au Tchad, en Soma­lie, en Côte d’Ivoire, au Came­roun, au Séné­gal, au Togo et en Répu­blique Cen­tra­fri­caine, n’intervient pas au Mali de façon impromptue.

    Elle s’y pré­pare depuis de nom­breux mois, assis­tée par des drones de sur­veillance américains.

    Elle y a envoyé depuis sep­tembre 2012 une cen­taine d’officiers ‘for­ma­teurs’ pour entraî­ner une armée malienne quasi-inexistante.

    Le Sahel et les pays rive­rains sont le nou­veau lieu de riva­li­té entre puis­sances émer­gentes et les vieilles puis­sances impé­riales qui pré­tendent ne pas se lais­ser dis­pu­ter leurs zones d’influence. La des­ti­tu­tion de Laurent Gbag­bo en Côte d’Ivoire et son rem­pla­ce­ment par un agent du FMI au terme d’une guerre qui n’a rien eu de civile puisque ayant eu lieu entre une armée légi­time et des groupes armés par la France en est une illus­tra­tion. Certes, les grandes com­pa­gnies pétro­lières fran­çaises et éta­su­niennes n’ont plus l’assise finan­cière pour exploi­ter en off shore les gise­ments décou­verts au large de la Côte d’Ivoire. La réserve atten­dra des jours meilleurs et les règles de l’OMC et du libre-échange sont court-cir­cui­tées grâce aux guerres com­mises par l’OTAN.

    Les groupes, char­gés des armes prises dans des arse­naux libyens, des­cen­dus depuis la des­truc­tion de la Libye et l’assassinat de Mouam­mar Gadha­fi sont obser­vés dans des sites du Texas et de la France et le moindre de leurs mou­ve­ments ana­ly­sé quand il n’est pas encou­ra­gé en sous-main. Les chefs d’Ansar Eddine sont d’anciens diplo­mates maliens en Ara­bie aux mains des Séoud.

    Le par­ti pris d’une occu­pa­tion mili­taire du Mali est arrê­té au moins depuis la déci­sion de l’ancienne métro­pole de faire blo­quer dans les ports de Cona­kry et de Dakar des blin­dés et de petits avions de recon­nais­sance ache­tés par l’ancien pré­sident Ama­dou Tou­ma­ni Trao­ré, main­te­nant en fuite et muré dans un silence hon­teux au Séné­gal, pour équi­per une armée natio­nale dont les sol­dats ne dis­posent même pas de tenue ves­ti­men­taire adéquate.

    Les dis­cus­sions autour d’une solu­tion poli­tique négo­ciée entre­prises avec l’Algérie en par­ti­cu­lier n’ont jamais été enga­gées pour aboutir.

    Non, la France ne se bat pas contre le ter­ro­risme dit islamiste.

    Elle entre­tient les meilleurs rap­ports avec les États qui le financent, le Qatar encore plus que l’Arabie des Séoud. Le pre­mier a une puis­sance de frappe finan­cière grâce à ses fonds sou­ve­rains dont ne dis­posent pas les Séoud, pré­oc­cu­pés qu’ils sont à endet­ter leur pays pour ache­ter du maté­riel mili­taire à des firmes éta­su­niennes dans les conseils d’administration des­quelles ils siègent pour en être des déten­teurs d’actions non négligeables.

    La France a sou­te­nu cette mou­vance lors de la des­truc­tion de la Libye sous le règne de Sar­ko­zy – BH Lévy – Juppé.

    Elle sou­tient encore diplo­ma­ti­que­ment et logis­ti­que­ment la même nébu­leuse en Syrie dans une même entre­prise de des­truc­tion des infra­struc­tures et des liens sociaux jusqu’à extinc­tion de l’entité poli­tique natio­nale et sa réduc­tion à une pous­sière de micro-États. C’est le sens du mou­ve­ment amor­cé en Irak.

    Pho­to

    Non, le gou­ver­ne­ment fran­çais actuel ne fait montre d’aucun chan­ge­ment par rap­port aux précédents.

    En poli­tique inté­rieure, l’austérité qui consiste à faire régres­ser les droits sociaux au pro­fit du capi­tal débri­dé est pour­sui­vie et aggravée.

    En poli­tique étran­gère, le main­tien de la France dans l’OTAN est son mode de par­ti­ci­pa­tion dans le conflit avec le BRICS qui entend s’organiser poli­ti­que­ment et bien­tôt mili­tai­re­ment comme contre­poids aux menées impé­riales dans l’Orient arabe, l’Extrême-Orient et l’Afrique.

    Non de cet enga­ge­ment, le peuple de France ne retire ni sécu­ri­té ni prospérité.

    Le ridi­cule plan Vigie Pirate ne le pro­té­ge­ra pas d’éventuelles rétor­sions sur le ter­ri­toire de la France dans ses rues, métros et maga­sins de groupes déter­mi­nés qui risquent de répondre par l’arme du pauvre, les atten­tats aveugles.

    Les béné­fices des mul­ti­na­tio­nales dites fran­çaises, pour les­quelles un déploie­ment si coû­teux pour le bud­get de l’État est réa­li­sé, sont en toute léga­li­té expor­tés dans des para­dis fis­caux. Ils ne génèrent aucun emploi, aucune contri­bu­tion fis­cale. Ils aug­mentent la masse moné­taire qui ali­mente la spi­rale spé­cu­la­tive qui est en train de détruire l’humanité.

    Non, le gou­ver­ne­ment fran­çais actuel n’a pas de réelle vision stratégique.

    La France endet­tée et en réces­sion n’a plus les moyens d’une poli­tique impé­riale. Il n’est pas suf­fi­sant d’étiqueter ‘d’islamistes’ des ban­dits de grand che­min cou­peurs de route pour jus­ti­fier cette occu­pa­tion mili­taire qui vient gêner certes les ambi­tions éta­su­niennes sur le conti­nent afri­cain. Le Mali n’a pas, comme la Libye de Gadha­fi, des mil­liards de dol­lars dans les banques occi­den­tales per­dus à jamais dans leurs bilans néga­tifs pour les peuples spo­liés, mais des éten­dues de terre culti­vable convoi­tées par les pétro­mo­nar­chies déser­tiques et les trans­na­tio­nales de l’agro-alimentaire.

    Ser­vir Bolo­ré, don­ner un exer­cice qui ne se limite plus au vir­tuel aux troupes fran­çaises en Afrique, diver­tir d’une diver­sion ratée le mariage pour tous en ins­trui­sant un nou­vel épi­sode isla­mo­phobe, gagner une vic­toire facile en se pro­je­tant dans une colo­nie sans armée alors que la diplo­ma­tie bel­li­ciste en Syrie est confron­tée à une nation qui peut se défendre, l’agression fran­çaise au Mali se résume à presque cela. Il ne faut pas omettre le pro­jet de divi­ser l’Afrique en deux selon la cou­lée du Sahel pour inté­grer sa par­tie Nord à l’OTAN.

    Faire la guerre sans objec­tif, c’est se vouer à la perdre.

    Badia Ben­jel­loun
    Pour Conver­gence des Causes
    Le dimanche 13 jan­vier 2013 »

    Triste époque !

    Réponse
  352. RHC

    Hmmm ! comme le temps ? …
    mettre en chan­tier de façon irréversible

    Réponse
  353. Yel

    @Tous,

    Je viens d’é­cou­ter la sinistre inter­ven­tion de Chris­tophe Bar­bier en m’é­tant préa­la­ble­ment muni d’un sac à vomi, je n’en ai pas eu l’u­sage mais c’é­tait pas loin.

    Je dois vous racon­ter une his­toire, com­plè­te­ment hors du sujet de la Loi de 1973, comme Papa vient de racon­ter la sienne, une tranche de vie.

    Hier, je sors de chez moi, pen­sif, comme l’es­clave en fuite que je suis (chô­meur), et me dirige vers le bois de Vin­cennes pour me bala­der (j’ha­bite Nogent-sur-marne) sans direc­tion précise.

    Sur mon che­min, un homme d’une ving­taine d’an­nées m’in­ter­pe­la. La pre­mière vision que j’eus de lui était celle d’un être voû­té, pâle, une voix presque éteinte et por­tant autour du cou, accro­chée à une ficelle, une carte plas­ti­fiée avec pho­to, nom, pré­nom et le logo de l’Ar­mée du Salut.

    Il me deman­da si je pou­vais lui don­ner un peu d’argent, je lui répon­dis que j’a­vais honte de le lui refu­ser car sa souf­france me sem­blait bien supé­rieure à la mienne mais que, étant chô­meur avec un bud­get très ser­ré, je ne pou­vais l’ai­der en lui don­nant de l’argent. À la place, je lui offris une ciga­rette (je sais c’est mal, mais c’est une des der­nières addic­tions qui me res­tent pour l’ins­tant, je rem­place mes addic­tions par une idée, la démo­cra­tie, par votre faute à tous, et je ne par­viens pas à m’en débar­ras­ser :)) et ma com­pa­gnie en lui pro­po­sant d’al­ler mar­cher un peu.

    Je cla­ri­fie les choses de suite en vous disant que je vous raconte cette his­toire en me lais­sant empor­ter par mon style d’é­cri­ture, la conver­sa­tion que nous avons eu était bien moins sty­li­sée, avec des mots du voca­bu­laire courant.

    Pro­po­si­tion accep­tée, nous prîmes la direc­tion du Fort de Nogent de manière contrainte et for­cée car il devait retour­ner vers le centre d’ac­cueil de l’ar­mée du salut et le temps qui lui était accor­dé pour sa pro­me­nade tou­chait à sa fin.

    Che­min fai­sant, il se confia à moi peu à peu de ses sou­cis, mul­tiples et bien réels, cau­sés pour la plu­part d’entre eux par des addic­tions diverses, alcool, drogues, médi­ca­ments, échec dans « l’as­cen­sion sociale » etc…

    Il avait l’es­prit clair et était tout à fait lucide sur les pro­blèmes que lui cau­saient ses addic­tions, il m’ex­pli­qua qu’il allait par­tir bien­tôt en dés­in­toxi­ca­tion pour ten­ter de s’en débarrasser.

    Alors, j’ai essayé de le faire rire un peu plu­tôt que de par­ler de ses pro­blèmes et réflé­chir par lui-même en lui don­nant une piste en par­tant du prin­cipe posé par Lucrèce, « c’est l’i­ma­gi­na­tion qui nour­rit toute peur ». Sur notre tra­jet, il s’ar­rê­ta un moment pour me mon­trer une moto garée sur le trot­toir, bel objet, bien propre, et me dit qu’il aime­rait bien en avoir une comme ça.

    Je lui répon­dis que, pour ma part, la nature m’a­vait don­né des jambes, que le fait de vou­loir aller vite d’un point à un autre nous fai­sait quel­que­fois rater des ren­contres impor­tantes, que pour mon mode de vie je voyais cette moto plu­tôt comme une contrainte qu’un ser­vice car si j’en avais une je devrais aus­si tra­vailler plus pour la nour­rir, payer l’as­su­rance, etc… Bref, une ser­vi­tude de plus, de mon propre point de vue.

    Pré­sen­té de cette manière, je ten­tais sim­ple­ment de l’a­me­ner à réflé­chir sur la pen­sée de Sénèque : « Quand tu auras désap­pris à espé­rer, je t’ap­pren­drai à vou­loir » à ma manière, de lui expli­quer mon point de vue sur le fait que, lorsque l’on pro­jette d’ac­qué­rir un objet, il faut aus­si réflé­chir à tout ce que nous pour­rions être ame­nés à faire pour le pos­sé­der, jus­qu’où ce rêve de pos­ses­sion pour­rait nous mener, à savoir voler, voire même tuer si l’on s’a­liène à vou­loir cet objet à tout prix.

    Vu sous cet angle, nous tom­bâmes d’ac­cord sur le fait que faire le « pro­jet » d’ac­qué­rir un objet ris­quait de nous atti­rer à tous les deux des ennuis pro­por­tion­nels à notre désir de vou­loir coûte que coûte le dit « objet ». (Mer­ci à Franck Lepage pour m’a­voir démon­tré tout ce que ce mot « pro­jet » pou­vait cacher, si tou­te­fois j’en ai bien assi­mi­lé toutes les facettes.)

    Nous arri­vâmes bien­tôt en vue du Fort de Nogent, je com­men­çais à en dis­tin­guer les murs d’en­ceinte et là, il me dévoi­la ceci que la struc­ture de l’ar­mée du salut est enca­drée dans le Fort de Nogent par la Légion Étrangère.

    Un éclair de luci­di­té tra­ver­sa ma petite cer­velle, et je me pris tout à coup à regret­ter l’ab­sence d’un sac à vomi à proximité…

    L’ar­mée du soi-disant salut accueille des dro­gués, des SDF (mais pas des Sans Dif­fi­cul­tés Finan­cières, atten­tion) et des êtres désem­pa­rés en « par­te­na­riat » avec la Légion Étran­gère. Alors je me posais une ques­tion à laquelle je n’ai pas de réponse, mais qui m’a­me­na à faire une déduc­tion qui me sem­blât logique et qui me tor­dit les boyaux : Com­bien de ces Êtres font le « choix » de la Légion pour ten­ter de s’en sortir ?

    J’ai par­fai­te­ment conscience d’é­vo­quer ici un pro­blème dont beau­coup d’entre vous sont par­fai­te­ment conscients, je ne suis qu’un jeune virus qui se réveille et qui découvre le monde qui l’en­toure d’un œil neuf, s’af­fu­tant peu à peu à déce­ler l’ab­surde là où il voyait la logique, et ce grâce à vos actions et à celles de beau­coup d’autres, grâce à la sagesse trans­mise au cours de l’his­toire par ceux qui nous ont lais­sé leurs témoignages.

    Alors, ayant refou­lé en moi la colère qui me pous­sait à aller à la ren­contre de ces êtres, tra­vaillant ou bien étant béné­voles pour cette « armée du salut », pour leur crier l’ab­sur­di­té de leur action, leur dire qu’ils se trom­paient peut-être sur la noblesse de leurs actes en vou­lant « réin­sé­rer » dans notre « socié­té » ces êtres dému­nis, je me suis sim­ple­ment arrê­té de mar­cher, j’ai attra­pé mon com­pa­gnon de voyage par le bras et lui ai dit ce qui suit, je me sou­viens clai­re­ment de cha­cun des mots que j’ai employés car je les ai sou­pe­sés au mieux de la maî­trise que j’ai de notre langue.

    « Excuse-moi d’a­vance de te dire ça, je ne suis per­sonne pour me per­mettre de te don­ner un conseil, mais je dois te le dire. Ne les laisse pas mettre la main sur toi ! Ne rentre sur­tout pas dans l’ar­mée ! Si tu vas avec eux, ils vont te deman­der un jour ou l’autre de tuer des gens pour pou­voir accé­der aux rêves que tu as faits ! »

    Sa réponse m’a ras­su­ré, « t’in­quiète, je les ai vus venir, je suis pas si con ».

    Nous nous sommes sépa­rés devant l’en­trée du Fort de Nogent, devant la voûte taillée dans le mur d’en­ceinte menant à la caserne et à côté de laquelle se trouve ins­tal­lé un bâti­ment pré­fa­bri­qué por­tant le bla­son de l’ar­mée du salut (je lui rends les minus­cules qu’elle mérite), nous nous sommes sou­hai­tés bonne route, il me prît dans ses bras et puis nos routes se séparèrent.

    J’ai lais­sé par­tir un frère vers un ave­nir incer­tain, je m’en veux, mais que pou­vais-je faire d’autre ? Ayant des moyens finan­ciers res­treints je ne pou­vais pas l’ac­cueillir dans l’ap­par­te­ment que j’oc­cupe en colo­ca­tion avec deux de mes amis, et puis « l’ar­mée du salut » m’au­rait-elle lais­sé faire ? Il est cer­tai­ne­ment fiché et contraint à suivre leur pro­gramme de « réin­ser­tion » s’il veut s’en sortir.

    J’es­père de tout mon cœur que nos routes se croi­se­ront à nou­veau, et qu’il ren­con­tre­ra des êtres humains qui l’ai­de­ront à deve­nir lui-même, je suis ému en écri­vant cela mais j’ai l’es­poir que quelque chose le remette sur LA bonne route, LA SIENNE…

    Je tire une leçon de cette expé­rience, de mon propre point de vue, appuyée par l’ex­trait d’un livre sor­ti en 1954 aux édi­tions du seuil, qui m’est tom­bé entre les mains et que je vais ici vous retrans­crire, je déve­lop­pe­rai les déduc­tions que j’en fais après l’a­voir cité, ce livre s’in­ti­tule « De la connais­sance his­to­rique », l’au­teur en est Hen­ri-Iré­née Mar­rou (1904−1977), vous le connais­sez peut-être, archéo­logue, épi­gra­phiste, musi­co­logue, cri­tique musi­cal, his­to­rien, phi­lo­sophe, écrivain…

    « Il faut en finir avec ces vieux réflexes et s’ar­ra­cher à l’en­gour­dis­se­ment dans lequel le posi­ti­visme a trop long­temps main­te­nu les his­to­riens (comme d’ailleurs leurs confrères des sciences « exactes »). 
    Notre métier est lourd, acca­blant de ser­vi­tudes tech­niques ; il tend à la longue à déve­lop­per chez le pra­ti­cien une men­ta­li­té d’in­secte spé­cia­li­sé. Au lieu de l’ai­der à réagir contre cette défor­ma­tion pro­fes­sion­nelle, le posi­ti­visme don­nait au savant bonne conscience (« je ne suis qu’un his­to­rien, nul­le­ment phi­lo­sophe ; je cultive mon petit jar­din
    [salaud de Vol­taire, c’est bien d’a­voir don­né son nom à un objet où je peux poser mon cul, ça c’est de moi…], je fais mon métier, hon­nê­te­ment, je ne me mêle pas de ce qui me dépasse : ne sutor ultra cre­pi­dam… Altio­ra ne quaesieris ! ») : 
    c’é­tait là le lais­ser se dégra­der au rang de manœuvre ; le savant qui applique une méthode dont il ne connaît pas la struc­ture logique, des règles dont il n’est pas capable de mesu­rer l’ef­fi­ca­ci­té, devient comme un de ces ouvriers pré­po­sés à la sur­veillance d’une machine-outil dont ils contrôlent le fonc­tion­ne­ment, mais qu’ils seraient bien inca­pables de répa­rer, et encore plus de construire. 
    Il faut dénon­cer avec colère une telle tour­nure d’es­prit qui consti­tue un des dan­gers les plus graves qui pèsent sur l’a­ve­nir de notre civi­li­sa­tion occi­den­tale, mena­cée de som­brer dans une atroce bar­ba­rie tech­nique. »

    @Papa, tu as beau­coup de chance car ta petite fille pos­sède un esprit libre, elle n’a visi­ble­ment pas été per­ver­tie par la vision que le monde des adultes tente de sub­sti­tuer à la sienne. Les enfants ont si sou­vent rai­son, pas uni­que­ment de leur propre point de vue, je parle ici de rai­son de manière abso­lue, en tant qu’ils ont un esprit bien plus libre que les nôtres car il n’est pas colo­ni­sé par des juge­ments hâtifs sur le bien et le mal, le tort ou la rai­son, ni par les rai­son­ne­ments que nos esprits construisent pour légi­ti­mer nos concep­tions du monde qui nous entoure.

    Ta fille est démo­crate, les enfants naissent avec la démo­cra­tie en eux en quelque sorte, et c’est bien de manière abso­lue car elle conteste encore, à sa manière, ce qui l’en­toure, là où j’ai vu long­temps quelque chose de « rai­son­nable », à savoir l’argent, et bien ta fille nous donne une leçon car elle voit l’ab­surde là où beau­coup d’entre nous voyons la « logique ».

    Là je ne vou­drais sur­tout pas me per­mettre de don­ner quelque sorte de conseil, je ne « pos­sède » pas d’en­fants comme la Loi le défi­nit en tant qu’elle nous en rend « res­pon­sables », mais j’in­vite tous les parents qui me liront à conti­nuer à éveiller l’es­prit cri­tique de leurs enfants, ne pas leur impo­ser de vision tota­li­taire de ce qu’est notre soi-disant « rai­son », car elle est dif­fé­rente en tout point du globe, cette « rai­son ». Voi­là ma manière de voir les choses, elle n’en­gage que moi.

    @ Lior et Sam,

    Voyez-vous la déme­sure de la dite « bar­ba­rie tech­nique » dans le sujet débat­tu ici ? Ce n’est pas un reproche, com­pre­nez-moi bien, mais pour moi qui n’ai presque pas de connais­sances sur le sujet, c’est illisible… 

    Veuillez éga­le­ment noter le fait, de mon propre point de vue, que l’exis­tence de ce bel outil qu’est inter­net pour­rait être une contrainte pour que vous puis­siez démê­ler ce pro­blème. Contrainte car, pour avance, il faut attendre la réponse de l’autre, et ce de manière infi­nie. Ima­gi­nez à quel point votre tra­vail sur la ques­tion aurait avan­cé si vous étiez proches l’un de l’autre et pas sépa­rés par inter­net, cha­cun chez soi… Cette page serait peut-être déjà fer­mée depuis quelques jours…

    Quand je vous raconte que j’ai lais­sé par­tir un frère, c’est aus­si pour vous sou­mettre cette idée que vous êtes deux frères et que la dis­tance vous empêche de tra­vailler efficacement.

    Je conti­nue à déve­lop­per pour vous sou­mettre in fine quelques idées que j’ai en tête et je m’ex­cuse de la lour­deur de ce gros pavé d’i­dées que je vous jette et du bou­lot que je vais te don­ner, Étienne, pour le mettre en page. J’es­saie tou­te­fois de suivre ma logique en écri­vant, et j’es­père que mes idées vous par­vien­dront sans que vous vous arrê­tiez sur cer­tains concepts en vous disant « c’est faux » ou encore « je ne suis pas d’ac­cord » (ce qui est votre droit bien évi­dem­ment, et c’est ras­su­rant car je ne pré­tends pas avoir rai­son en écri­vant ces lignes) car vous pour­riez croire que mon mes­sage est faux dans l’en­semble car vous y trou­vez des points de désac­cord, ce qui est normal.

    À ta demande, Étienne, suite à nos échanges de mails, je vais main­te­nant déve­lop­per une autre idée qui m’est venue, qui pour­rait paraître aber­rante à cer­tains, mais que j’ai envie de développer.

    Cette idée m’est venue après avoir vu le reportage 
    « Faits comme des rats »
    dont je vous remets ici le lien pour ceux qui ne l’au­raient pas vu :

    En regar­dant ce film, j’ai déduis plu­sieurs choses, de mon propre point de vue : 

    pre­miè­re­ment le déter­mi­nisme n’existe pas pour les rats,

    deuxiè­me­ment ce qui les pousse à adop­ter des rap­ports dominant/dominé n’est ren­du pos­sible qu’à cause du stress géné­ré arti­fi­ciel­le­ment car sans ce stress aucun rap­port hié­rar­chique n’ap­pa­raît clairement.

    Alors je me dis : sommes-nous si dif­fé­rents des rats ? Je crois que non pour ce qui est du rap­port hié­rar­chique ins­tau­ré par l’é­preuve de la plon­gée et les peurs qui en découlent, et je constate que les socié­tés humaines n’ont aucun besoin de ce type de hié­rar­chie abu­sive si la nour­ri­ture pour la com­mu­nau­té est pré­sente en abon­dance et que la com­mu­nau­té en ques­tion ne doit pas défendre cette nour­ri­ture contre d’autres communautés.

    Là des­sus les exemples sont légion, à com­men­cer par la vie au sein de la famille, et de manière plus éten­due l’exemple de cer­taines tri­bus chez les Indiens d’A­mé­rique. Si je rajoute tous ceux dont j’i­gnore l’exis­tence, je suis cer­tain de trou­ver vrai­ment une légion d’exemples…

    Je vais ter­mi­ner en vous lais­sant les deux idées qui me sont venues, je les sou­mets à votre réflexion, avec l’es­poir qu’elles pour­raient ras­sem­bler cer­tains d’entre nous et nous don­ner par consé­quent la pos­si­bi­li­té d’agir.

    -Créa­tion d’une struc­ture asso­cia­tive, à but non lucra­tif évi­dem­ment, pour pro­mou­voir les bien­faits de la démo­cra­tie au sein des petites et moyennes entre­prises (car les grosses vont me voir venir) qui éprouvent des dif­fi­cul­tés internes à cause des rap­ports hié­rar­chiques alié­nants, et de cette manière lut­ter contre la sous-uti­li­sa­tion des com­pé­tences de cha­cun qui est une cause du dés­in­té­rêt de beau­coup de gens pour leur travail.

    -La deuxième idée va un peu plus loin et est le fruit de l’ex­pé­rience que je tire au jour le jour de la vie en colo­ca­tion. Elle est simple cette idée, se ras­sem­bler.

    Pour beau­coup de rai­sons, tout d’a­bord je pense que ceux qui me liront ici se seront déjà débar­ras­sés de ce cau­che­mar de « tra­vailler plus pour gagner plus » auquel je réponds par « tra­vailler moins et res­treindre les faux besoins que nous nous sommes créés de manière à avoir du temps libre pour nous ins­truire, vivre et pou­voir se livrer à une vraie intros­pec­tion en vue de pou­voir véri­ta­ble­ment par­ler de démo­cra­tie en vivant au sein d’un groupe éten­du, car il ne suf­fit pas de la pen­ser cette démo­cra­tie mais aus­si de la vivre ».

    Alors oui, vivre ensemble ce n’est pas facile si nous ne nous débar­ras­sons pas une fois pour toute de nos concep­tions du vrai et du faux, du bien et du mal, du « qui a tort et qui a rai­son » ; il faut un peu rede­ve­nir des enfants et tout remettre en ques­tion, constam­ment, car quand bien même nous aurons réa­li­sé ce que tous veulent ici, une démo­cra­tie, il faut bien prendre conscience du fait qu’elle ne pos­sède pas de forme défi­ni­tive, qu’elle devra évo­luer dès lors qu’elle aura été créée.

    Pour tous les êtres humains, je pense que tout le monde a rai­son, de son propre point de vue, je vais citer ici Vic­tor Hugo, « la rai­son n’a rai­son qu’a­près avoir eu tort », tout est ques­tion du point de vue de l’observateur.

    J’ai fait cette erreur monu­men­tale moi aus­si d’être per­sua­dé d’a­voir rai­son dans cer­tains domaines.
    Tous les êtres humains sur cette terre ont rai­son, de leur propre point de vue.
    Tous sont dans l’er­reur quand ils pensent avoir raison.
    La rai­son abso­lue n’existe pas, voi­là tout.
    Elle se construit chaque jour et demande à être modi­fiée sans cesse.

    Je devine avoir trou­vé ici des oreilles qui enten­dront bien la démons­tra­tion que j’es­saie mal­adroi­te­ment de faire.

    Alors je me marre quand cer­tains « scien­ti­fiques » se rendent compte que par­mi les objets qu’ils étu­dient, cer­tains n’existent tout sim­ple­ment pas selon que l’ob­ser­va­teur change, et ils ne com­prennent pas pour­quoi, les pauvres…
    Ils essayent de mettre un monde qui évo­lue sans cesse dans des cases, ils auraient plus de chances d’ar­ri­ver à quelque chose en essayant de vider la mer avec une bou­teille plu­tôt que s’at­ta­quer à l’in­fi­ni­ment grand et l’in­fi­ni­ment petit je pense. 🙂

    Voi­là les deux idées, hors sujet de la loi de 1973, mais j’ai­me­rai, Citoyens, avoir vos avis, vos cri­tiques et votre attention.

    Ras­sem­blons nous au lieu de faire les « insectes spé­cia­li­sés » cha­cun dans son coin. 🙂

    Bien à vous tous, dans l’at­tente de vous lire,

    Yel.

    Réponse
  354. Étienne

    Mer­ci Yel, 
    mer­ci beaucoup.

    🙂

    Étienne.

    Réponse
  355. Ana Sailland

    « Créa­tion d’une struc­ture asso­cia­tive, à but non lucra­tif évi­dem­ment, pour pro­mou­voir les bien­faits de la démo­cra­tie au sein des petites et moyennes entreprises »

    L’as­so­cia­tion existe déjà et je viens de la rejoindre. Vous tien­drai au cou­rant dès feu vert des autres.

    Réponse
  356. Ana Sailland

    Je crois que le conseil géné­ral de la haute savoie a mis en place une struc­ture qui tra­vaille un peu dans ce sens. A vérifier.

    Réponse
  357. Étienne

    Pour en faci­li­ter l’im­pres­sion et l’u­ti­li­sa­tion, j’ai regroupé 
    toute la phase « les aveux de Rocard 
    et deux nou­velles pistes » 
    de la contro­verse de la loi de1973 
    en un seul fichier pdf :

    quinze jours d’é­changes et de tra­vail gen­til-viral -> 330 pages… Punaise, un gen­til virus, ça bosse ! 🙂

    http://​etienne​.chouard​.free​.fr/​E​u​r​o​p​e​/​L​O​I​_​7​3​_​a​v​e​u​x​_​R​o​c​a​r​d​_​B​l​o​g​_​P​l​a​n​_​C​_​j​a​n​v​i​e​r​_​2​0​1​3​.​pdf

    Réponse
  358. Ana Sailland

    Cette expé­rience des rats est vrai­ment très riche d’en­sei­gne­ments. A creu­ser. Mer­ci *3 également.

    J’ap­pré­cie le para­graphe sur l’angle de vue car j’a­vais aus­si écrit un truc là des­sus, mais ne retrouve plus où. (en fait je ne cherche pas hihi). C’est essen­tiel pour deve­nir capable d’a­mor­tir la lutte d’i­dée qui est un vilain défaut humain : nous nous y noyons et per­dons ain­si la facul­té consensuelle.

    Je reviens aux rats : Nous avons chez nous humains, le concept de héro, qui n’est pas celui qui se fait voler mais celui qui déli­bé­ré­ment se donne, c’est pas rien.

    En Suisse il y a l’his­toire du héros Win­kel­ried qui pour que son camp rem­porte la vic­toire se jette afin de créer un brèche sur les lances adverses, en criant « occu­pez vous de mes êtres chers ». Mer­veille du folk­lore … Mais des « réa­listes » ont modi­fié le cri final en  » qui est le salaud qui pousse ? ». Je ne peux m’empêcher de pen­ser à cette blague en regar­dant ce film .….. Et si le héros n’é­tait pas libre de son choix ?

    Réponse
  359. Yel

    @Ana,

    Très très bon tout ça mer­ci pour l’information.

    Je vou­lais cor­ri­ger une chose, j’ai dit une bêtise sur Vol­taire en fai­sant un jeu de mots facile avec le nom que porte aus­si un fau­teuil, si jamais par un curieux hasard tu peux m’en­tendre, Zozo, je te demande par­don car je me rends compte que nous sommes tous les Vol­taires de notre temps, voi­là tout.

    Allez, salut à tous,

    Réponse
  360. Sam

    @ la papa…

    J’ai une fille qui a 11 ans (je vais en avoir une deuxième d’un ins­tant à l’autre…) Pen­dant pas mal d’an­nées, j’ai essayé de m’ac­cro­cher à un petit nombre de prin­cipes édu­ca­tifs assez simples. Enfin, des « prin­cipes », disons tout en sou­plesse… le pre­mier étant jus­te­ment de ne pas enva­hir les mômes avec des sou­cis d’a­dultes, pour ne pas dire avec des principes…

    Mais elle a gran­di, car ça pousse vite les gen­tils virus, et le moment arri­va où elle me deman­da assez spon­ta­né­ment de lui par­ler de poli­tique… Plus exac­te­ment, car vous vous dou­tez bien que c’est son salaud de père qui a déclen­ché les hos­ti­li­tés, je crois me sou­ve­nir que tout a com­men­cé quand elle m’a décla­ré que Sar­ko­zy était un homme méchant (faut dire que je ne cachais pas ma gri­mace les rares fois que nous croi­sions son por­tait dif­fi­ci­le­ment évi­table dans le monde du dehors…) J’ai essayé de lui répondre qu’il n’y a pas sim­ple­ment des gen­tils et des méchants et je lui ai sug­gé­ré une his­toire d’en­fance qui pou­vait aider à com­prendre pour­quoi il mon­trait tant de méchan­ce­té, Nico­las Vol­de­mort… Vol­de­mort, oui, c’est ain­si qu’on l’ap­pe­lait à la mai­son car mon amie ne sup­por­tait pas qu’on dise son nom, alors j’a­vais pro­po­sé ce sur­nom… – savez, He Who Must Not Be Named… (elle ajou­tait le pré­nom Nico­las, sans quoi on s’y per­dait, entre fans d’Har­ry Potter…)

    Enfin bon, je me sou­viens très bien de notre pre­mière leçon de « poli­tique ». Ou devrais-je dire, de phi­lo­so­phie (bien sûr, ça alterne constam­ment entre réflexions sur le pou­voir, his­toire, socio­lo­gie, sciences natu­relles, éco­no­mie et autres). Je lui ai par­lé d’une socié­té ima­gi­naire com­po­sée de deux membres, qui vivaient plu­tôt en har­mo­nie, se par­ta­geaient le bou­lot comme les plai­sirs. J’a­vais pris l’i­mage de deux singes dans un arbre, qui se grat­taient le dos et s’of­fraient des bananes. Ils se lan­çaient aus­si des petits défis, pas méchants, l’un fai­sant croire à l’autre qu’il savait uti­li­ser un bout de branche cas­sée pour attra­per des bananes qu’on croyait jusque là inac­ces­sibles et donc réser­vée à la divi­ni­té ou aux ancêtres. Ain­si le petit malin créait un mythe dont l’ef­fet serait sur­tout que, quelques temps après, on uti­li­se­rait bel et bien le bâton pour faire la chose nouvelle.

    Mais voi­là qu’un « beau » jour l’un deux dit à l’autre : dis-donc, Mar­cel, je crois bien que les gars qui habitent l’arbre à côté se pré­parent à nous faire la guerre. D’ailleurs, tu vois, je crois les avoir vu tailler des bâtons d’une manière bizarre. Alors voi­là ce que je pro­pose : doré­na­vant, toi tu cueille­ras les bananes pour nous deux, tu me grat­te­ras le dos et tu te démer­de­ras pour te grat­ter le tien tout seul, et moi je vais faire le guet, inven­ter et fabri­quer des armes pour nous défendre. Et voi­là, le triste spec­tacle de la hié­rar­chie et d’une lutte sans fin pour com­po­ser avec avait com­men­cé. La guerre est mère de toutes choses, comme disaient les Athéniens.

    On a comme ça, de temps en temps, des séances de ce que j’ap­pelle main­te­nant du « caté­chisme athée »… Inutile de dire que le pro­fes­seur apprend beaucoup.

    Réponse
  361. Yel

    @Ana,

    Belle vision que ce concept du « héros », je n’a­vais pas ter­mi­né en effet sur ma com­pa­rai­son avec les rats, cette com­pa­rai­son n’a plus de sens en effet au delà d’un cer­tain point, car ce qui nous dis­tingue cer­tai­ne­ment d’eux c’est « ce tout petit sup­plé­ment d’âme, cet indé­fi­nis­sable charme ».

    Bonne jour­née et bon réveil 🙂

    Réponse
  362. phil82

    Le prin­ci­pal bailleur de fonds de la pla­nète vient d’admettre sa faute : il a gra­ve­ment sous-esti­mé les effets néfastes des cures d’austérité qu’il pré­co­nise. « Simple erreur de cal­cul », dit-il, mais dont les consé­quences sont dévastatrices. 

    Or, devi­nez quoi : les tenants de la rigueur conti­nuent à faire comme si de rien n’était…

    (Laurent Neu­mann, Arnaud Bouillin – Marianne).

    http://​www​.wikis​trike​.com/​a​r​t​i​c​l​e​-​a​u​s​t​e​r​i​t​e​-​e​n​-​e​u​r​o​p​e​-​l​-​e​n​o​r​m​e​-​b​o​u​l​e​t​t​e​-​d​u​-​f​m​i​-​1​1​4​1​4​7​0​4​9​.​h​tml

    http://www.marianne.net/L‑incroyable-erreur-des-experts-du-FMI_a225822.html

    Le docu­ment du FMI :

    http://​www​.imf​.org/​e​x​t​e​r​n​a​l​/​p​u​b​s​/​f​t​/​w​p​/​2​0​1​3​/​w​p​1​3​0​1​.​pdf

    Réponse
  363. RHC

    Bon­soir,

    @Yel Mer­ci pour la vidéo.

    @phil82

    Dans le même genre , il y a une per­sonne (ano­nyme) qui parle de l’E­NA. On dirait un règle­ment de compte.
    C’est un docu­ment en power point, mais je vais le mettre sous forme de texte ici.

    Source :

    JPP :http://www.jp-petit.org/VIDEOS/18203-Enarchieavecfotosetexplications2012‑1.pps

    P1 Cette fameuse école qui fabrique son inverse : ENA-ANE

    P2L’ENA est une école pres­ti­gieuse, selon ceux qui en sortent.
    Pour tous les autres, c’est un sinistre ramas­sis d’es­crocs, de cré­tins et de bons à rien.
    Il faut hélas recon­naître que tous les énarques connus cor­res­pondent géné­ra­le­ment au des­crip­tif ci-dessus.

    P3 Cet éta­blis­se­ment, qui se donne le titre d’é­cole pour sau­ver les apparences,
    doit plu­tôt être assi­mi­lé à une secte par­ti­cu­liè­re­ment dangereuse.
    L’en­sei­gne­ment qui y est pra­ti­qué est l’ap­pren­tis­sage de l’enrichissement
    per­son­nel par tech­niques mal­hon­nêtes, et l’ex­pres­sion par la « langue de bois ».

    P4 Certes, les énarques tentent de faire croire qu’ils étu­dient des tech­niques de ges­tion de la nation,mais il suf­fit de consta­ter leur inca­pa­ci­té pour ne pas dou­ter de leur totale nul­li­té. Le pro­blème est que ces par­faits cré­tins occupent les places les plus éle­vées de la nation, tant sur le domaine public (admi­nis­tra­tions), que privé,(grosses entreprises).

    P5 Il faut recon­naître une chose, c’est qu’il suf­fit de très peu de temps à un énarque à qui l’on confie la direc­tion d’une entre­prise flo­ris­sante pour la mener au bord de la faillite, quatre à cinq années suf­fisent généralement.

    P6 Le pro­blème est que ces prouesses coûtent très cher au contri­buable et entraînent dans les entre­prises de nom­breuses sup­pres­sions de postes. 
    Quant aux énarques cou­pables, ils per­çoivent des indem­ni­tés énormes et retrouvent vite un emploi grâce à leurs rela­tions et au copinage…

    P7 Quelques exemples :
    CREDIT LYONNAIS
    VIVENDI
    FRANCE TELECOMS
    ALSTOM
    LA SOCIETE GENERALE

    P8 Le Cré­dit Lyon­nais fut long­temps une banque sans his­toire. Et puis, un jour, le gou­ver­ne­ment en place nom­ma à sa tête un copain énarque, Jean Yves Habe­rer, un cré­tin notoire qui, en cinq ans, réus­sit à mener cette banque flo­ris­sante tout près du dépôt de bilan.
    Certes, cet escroc fut ques­tion­né par la jus­tice pour extor­sion de fonds, faux bilans finan­ciers, etc.
    Mais il n’en reste pas moins que ce sinistre indi­vi­du, pro­té­gé par les poli­ti­ciens, a coû­té 150 mil­liard de francs aux contribuables.(francs lourds, bien entendu) !

    Il ne faut pas oublier de pré­ci­ser qu’a­près son licen­cie­ment du
    Cré­dit Lyon­nais, il fut nom­mé par le gouvernement :
    Pré­sident du« Cré­dit Natio­nal ».Vous pen­sez que c’est un gag ?
    Non, c’est mal­heu­reu­se­ment réel !

    P9

    VIVENDI

    Après divers para­chu­tages en entre­prises, Jean-Marie Messier,
    J2M deve­nu au fil des temps J10M
    (Jean Marie Mes­sier, Moi-Même,Maître du Monde, Meilleur
    Magouilleur, Minable Margoulin),s’est vu confier par les copains la Pré­si­dence de VIVENDI.

    En un temps record, il par­ve­nait à mener cette entre­prise pros­père au bord du dépôt de bilan, avec un pas­sif de 30 mil­liards d’euros !

    Il était contraint de démis­sion­ner, était mis en exa­men mais ver­sait une cau­tion de 1.350.000 euros, une brou­tille pour lui.
    Ensuite, il récla­mait une indem­ni­té de licen­cie­ment de 20 mil­lions d’euros…

    A son départ, l’en­tre­prise VIVENDI était ruinée.Un nou­veau « copain », Jean-René Four­tou est nommé.Il s’empresse alors de se gra­ti­fier de 1 mil­lion d’op­tions à un cours ridi­cu­le­ment bas. Résul­tat : dix huit mois après son arri­vée, il a réa­li­sé une jolie plus-value de 7 mil­lions d’eu­ros !Pen­dant cette période, le cours de l’ac­tion a chu­té de 75 % ! Incroyable, mais vrai !

    P10 FRANCE TELECOMS

    Michel Bon, un énarque bien connu dans le monde des affaires sous le pseu­do de « Bon à rien », brillait par sa nul­li­té dans toutes les entre­prises où il était pla­cé par ses anciens cama­rades d’ENA.Il pas­sa ain­si chez « Car­re­four », comme PDG, poste qu’il occu­pa assez peu, l’en­semble des cadres ayant envoyé une lettre exi­geant son ren­voi car il ris­quait de faire cou­ler rapi­de­ment le groupe…
    Puis il fut nom­mé Pré­sident de l’ANPE où il brilla par son incroyable nullité…

    Fina­le­ment, son copain d’E­NA Alain Jup­pé, conscient de son incu­rable incom­pé­tence, le nom­ma PDG de France Télé­coms. Ce bon à rien, qui s’oc­troyait un salaire de 50.000 euros par mois, a réus­si à mener l’en­tre­prise au bord du dépôt de bilan avec une perte nette de 8,28 mil­liards d’eu­ros, et un endet­te­ment de 60,7 mil­liards d’eu­ros. L’ac­tion qui valait 28 euros en 1997,tombait à 6 euros…

    Après ses prouesses, Michel Bon a été nom­mé récem­ment Pré­sident de « L’Ins­ti­tut de l’Entreprise »…

    P11 ALSTOM
    Alstom (ex Alsthom), 120.000 sala­riés, était un fleu­ron de l’in­dus­trie fran­çaise. Pre­mier ou second rang mon­dial dans les cen­trales élec­triques, le maté­riel fer­ro­viaire (TGV, métros), et la marine (paque­bots).

    La direc­tion était assu­rée par Pierre Suard, extrê­me­ment com­pé­tent, qui sut déve­lop­per consi­dé­ra­ble­ment l’entreprise.Mais Suard avait un défaut impardonnable :

    Il n’é­tait pas énarque !Une cam­pagne de déni­gre­ments et calom­nies fut orches­trée par l’é­nar­chie gou­ver­ne­men­tale qui abou­tit à la mise en exa­men de l’intéressé…

    Peu après, en 1988, un énarque, Pierre Bil­ger était para­chu­té par copinage…
    Celui-ci fai­sait alors preuve d’une incom­pé­tence rare !Il s’empresse de faire ren­trer dans l’en­tre­prise des petits copains d’é­cole, la plu­part des indi­vi­dus mal famés, à la recherche d’un emploi mirifique !

    Il embauche ainsi :
    Phi­lippe Jaf­fré, énarque ancien Pré­sident d’Elf et condam­né pour
    escro­que­ries diverses,Loïc Le Floch Prigent, énarque
    ancien patron d’Elf lui aussi,condamné lui aus­si, et prend pour
    lieu­te­nant Georges Cho­dron de Cour­cel, qui, par coïncidence,
    porte le même nom que Ber­na­dette Chi­rac, née Cho­dron de Courcel…
    Bref, du beau monde…

    Et un jour, c’est la sur­prise ! On découvre subi­te­ment qu’Al­stom est au bord de la faillite avec une dette de 5,3 mil­liards d’eu­ros. Le cours de l’ac­tion est pas­sé de 32 euros à moins de 1 euro en deux mois !
    Pierre Bil­ger est licen­cié avec un chèque de dédom­ma­ge­ment de 5 mil­lions d’eu­ros, ren­du entre temps. (ces gens là ne passent pas­par l’ANPE)…

    Bof, c’est le contri­buable qui paye !

    Il est cer­tain qu’à la lec­ture de tels avan­tages, on peut être ten­té de deve­nir énarque soi-même ! Mais, autant il est aisé d’en­trer à l’E­NA avec du pis­ton, autant c’est dif­fi­cile sans une lettre d’introduction…

    P12 LA SOCIETE GENERALE
    C’est tout nou­veau, ça vient de sor­tir. Daniel BOUTON, énarque, ins­pec­teur des finances direc­teur d’une banque qui vient de subir ***7*** mil­liards d’€ de pertes, 2 Mds suite à des spé­cu­la­tions sur des pro­duits déri­vés et 4,9 Mds par « la faute d’un employé indé­li­cat »,est tou­jours en place.

    Ce mon­sieur renonce a son bonus 2007 et son salaire jusqu’en juin pour aider à redres­ser la banque !0,25 % du mon­tant de la perte subie par la banque ; ridi­cule, déri­soire !!Son salaire 2006 – 3,4 mil­lions d € !!

    Il aurait ven­du en 2007 pour 7 mil­lions d’actions de sa banque ; ses plus values poten­tielles sur stock options déte­nus en 2007 = 58 mil­lions d’ € etc. etc.

    Res­pon­sable ……….sans doute ?

    Cou­pable ……de rien !

    Dans l’affaire de la Sté géné­rale il est curieux de lire dans la presse que le direc­teur de la Banque, le direc­teur de l’ Auto­ri­té des Mar­chés Finan­ciers et le Direc­teur de la Banque de France, tous les trois énarques, étaient au cou­rant du « trou » depuis le dimanche 20 janvier.
    L’affaire n’a cepen­dant été ren­due publique que le 24 janvier …

    Cher­chez l’erreur !!

    P13

    À quoi servent les énarques ?
    En ce qui concerne leur uti­li­té pour la nation, la réponse est claire : ils ne servent à rien.Leur unique pré­oc­cu­pa­tion est l’en­ri­chis­se­ment de leur famille et de tous les proches et copains.Ceci est admis depuis long­temps et se véri­fie quotidiennement.

    L’une des seules choses ensei­gnées à l’E­NA est la « langue de bois », qui per­met de répondre à toutes les ques­tions en for­mu­lant quelques
    géné­ra­li­tés hors sujet. C’est très utile pour ne pas avoir à don­ner son propre avis et pour détour­ner la conver­sa­tion de son idée de base.

    Cer­tains vont même jus­qu’à faire voter des lois inter­di­sant toute pour­suite judi­ciaire à leur encontre à la fin de leur mandat,
    ceci au grand dam de quelques poli­ti­ciens intègres, non énarques, écoeu­rés par toutes ces pra­tiques scandaleuses !

    C’est ain­si qu’on voit des poli­ti­ciens sou­te­nir la cause des dic­ta­teurs et tyrans contre la rébel­lion de peuples désespérés,
    en envoyant des troupes pour aider les­dits dic­ta­teurs, sachant bien que quelques chèques de remer­cie­ment arri­ve­ront à leur nom dans des para­dis fiscaux…

    L’ac­tion néfaste des énarques est catastrophique.
    Depuis la créa­tion de L’ENA par un cer­tain Michel Debré, la France a per­du sa richesse et ses valeurs morales​.La maf­fia énarque a mis la
    main sur tous les postes clés des sec­teurs publics et pri­vés, et se livre à un pillage systématique.

    C’est ain­si que petit à petit, la France est deve­nue un pays sous-déve­lop­pé. Pour com­pen­ser toutes les richesses volées sans ver­gogne, l’é­nar­chie emprunte constam­ment à l’é­tran­ger, ce qui aug­mente indé­fi­ni­ment la dette exté­rieure du pays !

    Un ménage hon­nête et sen­sé gère son bud­get et sait sur­veiller ses dettes. Le tout est d’a­voir quelques notions de gestion.
    Pour ce qui est des énarques, la seule ges­tion qu’ils connaissent est celle de leurs affaires privées.

    Non seule­ment ils ne se sou­cient pas de rem­bour­ser la dette, mais ils empruntent chaque année pour payer les intérêts !

    Un Pré­sident a même répon­du à quel­qu’un qui se sou­ciait de cette dette, qu’il suf­fi­sait de vendre un peu d’or des réserves de la Banque de France, sans savoir que ces réserves repré­sentent seule­ment 15% de la dette !

    Et un pre­mier ministre a dit qu’au besoin, on ven­drait les tré­sors du musée du Louvre !Inutile de dire qu’ils sont tous les deux énarques !

    Mais cette fameuse dette, dont on évite de par­ler, quel est son montant ?
    A la fin de l’an­née 2007, elle était de 1.200 mil­liards d’euros !
    C’est-à-dire envi­ron 19.000 euros par fran­çais, ou encore près de 125.000 francs (lourds).Un couple avec 3 enfants doit donc 95.000 € soit 625.000 francs à l’étranger !

    Voi­là où l’in­com­pé­tence, la filou­te­rie et la conne­rie des
    énarques a mené la France ! Et cette racaille ne cesse de pro­li­fé­rer impunément !

    Il est triste de voir un pays riche et pros­père comme la France, réduit par l’E­NA (créée en 1945) à l’é­tat de pays sous-déve­lop­pé et rui­né, ridi­cu­li­sé aux yeux des pays voisins.
    La France, qui tenait le pre­mier rang est Europe, est main­te­nant bonne dernière !

    Tout cela, les énarques s’en moquent éper­du­ment, ils ont des richesses lar­ge­ment suf­fi­santes pour s’as­su­rer un train de vie fas­tueux pour eux-mêmes et leur descendance !
    Ce n’est pas eux qui rem­bour­se­ront a dette qu’ils ont créée, c’est le der­nier de leurs soucis… »

    P14 9 novembre 2011
    Sénat une cagnotte de 1,3 mil­liard d’eu­ros, en ne ren­dant jamais l’État ses excé­dents bud­gé­taires. (…). Assis sur un tré­sor de guerre.

    Pauvre France

    Fin »

    Réponse
  364. A-J Holbecq

    @Lior , et une phrase de ton mes­sage 351 :
    « et main­te­nant je me demande dans quelles pro­por­tions l’in­ter­ven­tion de la Banque de France est vrai­ment quelque chose de clé dans l’en­semble des pos­si­bi­li­tés de financement. »

    Je ne vais pas déve­lop­per ici, mais je te sug­gère de lire le mémo du petit expo­sé que j’ai fait à Aix le 8 janvier : 
    http://​post​jo​rion​.word​press​.com/​2​0​1​3​/​0​1​/​1​0​/​2​6​7​-​h​o​l​b​e​c​q​-​e​x​p​o​s​e​-​8​-​j​a​n​v​i​er/

    Je pense que oui, le couple Tré­sor Public/Banque Cen­trale a un rôle clef dans l’en­semble des pos­si­bi­li­tés de financement … 
    Un État n’a pas à se poser la ques­tion de savoir s’il y a assez de recettes fis­cales, car en fait il n’en a pas réel­le­ment besoin…

    Réponse
  365. Sam

    ERRATUM concer­nant mon mes­sage n°346

    - « déro­ga­tion au décret du 17 juin 1953″ : il s’a­gis­sait bien sûr des déro­ga­tions de 1952–1953 au décret du 17 juin 1938.


    - Ce n’est pas en 1953 mais en 1963 que com­mence la pra­tique de L’ADJUDICATION des bons du Tré­sor.

    Sinon, c’est bien en 1967 que LE PLANCHER DES BONS en compte cou­rant impo­sé aux banques est SUPPRIMÉ — deuxième étape de cette ter­rible contre-réforme en deux temps, qui était bien conçue comme telle par VGE et par la Banque de France dès 1963. 

    Voir pages 97–98 de la thèse de Ben­ja­min Lemoine.


    - Il faut par contre faire une dis­tinc­tion entre 
    – la méthode de l’ad­ju­di­ca­tion, c’est-à-dire celle qui met le taux d’in­té­rêt aux enchères,
    – et l’exis­tence de sous­crip­tions volon­taires des banques aux émis­sions (en plus des sous­crip­tion obli­ga­toires, autre­ment dit au-des­sus du plan­cher à taux admi­nis­tré)
    .

    Les secondes ne se réduisent pas à la pre­mière et elles exis­taient déjà avant 1963. 
    Mais évi­dem­ment le Tré­sor ne les recher­chait pas, sauf quand il en avait vrai­ment besoin ponc­tuel­le­ment, vu qu’elles lui coû­taient (et enri­chis­saient les banques sans raison) 
    tan­dis que le plan­cher ne lui coû­tait rien et était d’ailleurs main­te­nu au taux mini­mal per­met­tant de ne pas rui­ner les banques… 

    Mais s’a­gis­sant de ces sous­crip­tions volon­taires, le Tré­sor fixait lui-même un taux maximum. 

    (Voir page 95 de la thèse de B. Lemoine).


    Par ailleurs, chose que je n’a­vais signa­lée qu’en pas­sant, plus tôt dans cette dis­cus­sion : le der­nier relè­ve­ment du pla­fond des avances remonte non pas à 1953 mais à 1957.

    Je rap­pelle, par ailleurs, que les avances de 1953 avaient été rem­bour­sées assez rapi­de­ment, en trois ans.

    Pour 1957, on peut sup­po­ser qu’il y ait eu un lien avec « les évè­ne­ments » autour de la ques­tion algé­rienne, qui abou­ti­ront tout de même à une menace de coup d’É­tat, réelle ou ima­gi­née, au retour de de Gaulle et au chan­ge­ment de consti­tu­tion en 1958. 
    Indice sup­plé­men­taire : les conven­tions de 1957 ne sont pas repro­duites dans les com­pi­la­tions de la BdF que l’on sait. Étran­ge­té qui se répète pour pas mal d’é­pi­sodes troubles de l’his­toire. Y com­pris le front popu­laire, mais aus­si mai 1968.

    Réponse
  366. Étienne

    Impor­tante mise à jour du fichier pdf réca­pi­tu­la­tif effec­tuée ce matin : 
    j’y ai inté­gré la mise en forme des billets décapants/passionnants de Sam que je n’a­vais pas encore eu le temps de trai­ter (330 et 346 notam­ment) et son erra­tum de ce matin aussi :

    http://​etienne​.chouard​.free​.fr/​E​u​r​o​p​e​/​L​O​I​_​7​3​_​a​v​e​u​x​_​R​o​c​a​r​d​_​B​l​o​g​_​P​l​a​n​_​C​_​j​a​n​v​i​e​r​_​2​0​1​3​.​pdf

    Je finis ma valise de livres et je file, à Fré­jus pour une radio (Mosaïques FM) à 15h, puis à Dra­gui­gnan pour notre pre­mière ren­contre virale de 2013, à 19h.

    Étienne.

    Réponse
  367. Sam

    Phil82 (mes­sages 142 et 154) nous a fait deux très belles cita­tions du livre de Vincent Dechaus­soy. J’ai­me­rais évo­quer ici, car ils me paraissent tout aus­si éclai­rants, plu­sieurs pas­sages qu’il n’a pas repris (sans les citer, car ce serait très long), en com­plé­ment de son second ensemble de cita­tions (son mes­sage 154), qui par­court les pages 134 à 143 du livre.

    A la page 137 de son livre, V. Duchaus­soy repro­duit l’his­to­rique, entre 1978 et 1985, du pla­fond des avances et celui des résul­tats du Fonds de sta­bi­li­sa­tion des changes (FSC) qui entraînent méca­ni­que­ment une varia­tion oppo­sée des pre­mières. On constate que :

    - de 1978 au second semestre 1980, le pla­fond des avances varie assez tran­quille­ment, à la hausse, entre 21 et 25,5 mil­liards de Francs ;

    - entre le second semestre 1980 et le second semestre 1982, le pla­fond dégrin­gole en chute libre pour atteindre un zéro poin­té. Au deuxième semestre 1981 (date des échanges cités) il n’é­tait déjà plus qu’à 8,2 mil­liards. Il reste très près de zéro au pre­mier semestre 1983 ;

    - après quoi il remonte assez rapi­de­ment, pour atteindre 19,5 mil­liards au pre­mier semestre 1985.

    « « Le Tré­sor manie, en recettes et en dépenses, des sommes qui atteignent plu­sieurs mil­liers de mil­liards (…) Aucun État indus­triel avan­cé n’a, dans les mêmes condi­tions, une aus­si faible marge de manœuvre. Avoir auprès de son ban­quier, celui que l’on s’est choi­si le jour loin­tain où le droit napo­léo­nien lui a don­né le pri­vi­lège d’émettre des billets de banque, une marge de tirage de 8 mil­liards est déri­soire et M. Habe­rer ne cache pas sa satis­fac­tion à voir explo­ser dans le ridi­cule une situa­tion qu’il signale pra­ti­que­ment chaque année, à l’attention des pou­voirs publics. Le secours que cette pos­si­bi­li­té d’avances peut consti­tuer pour les mou­ve­ments de tré­so­re­rie, alors que l’effet de l’inflation en limite sys­té­ma­ti­que­ment le mon­tant réel, tend vers epsi­lon ; M. Habe­rer se réjouit que ce pro­blème soit à nou­veau posé. »»

    Ain­si donc, Habe­rer aurait signa­lé le pro­blème chaque année. Ques­tions : 1. Depuis com­bien de temps le signa­lait-il ? 2. A qui s’est-il adres­sé ? 3. Le Par­le­ment en a‑t-il jamais été infor­mé ? 4. Qu’a-t-il pré­co­ni­sé exac­te­ment, comme chan­ge­ment ? Sim­ple­ment une nou­velle conven­tion remon­tant le pla­fond des avances ? Des chan­ge­ments dans la pro­cé­dure de révi­sion du pla­fond des avances ? D’autres instruments ?

    Cer­taines réponses déto­nantes sont déjà don­nées dans le livre de V. Duchaussoy :

    2. En ce qui concerne l’a­près mai 1981, il s’a­dresse à Jacques Delors, alors Ministre de l’é­co­no­mie et des finances. Exemple : le pas­sage cité plus loin, avec réfé­rence 249, n’est rien d’autre qu’une lettre au Ministre Delors (avec copie au gou­ver­neur). Or dans cette lettre, il est par­fai­te­ment clair que Habe­rer demande à Delors, d’urgence, relè­ve­ment très consé­quent du pla­fond des avances (à 50 mil­liards), pour l’accorder selon de l’évolution du PIB et du bud­get (et de l’inflation, aus­si men­tion­née), en insis­tant aus­si pour que cette néces­saire adé­qua­tion soit prise en compte par la suite.

    Or Delors fait le mort. D’abord, en s’abs­te­nant soi­gneu­se­ment d’ « arbi­trer » entre les demandes de Habe­rer et les refus de la Banque de France. A noter aus­si (éga­le­ment sou­li­gné dans ce livre) qu’il a tou­jours refu­sé de révo­quer le gou­ver­neur de la Banque, qui était déjà en place avant l’ar­ri­vée de la gauche au pouvoir.

    On peut enfin se dou­ter que Delors s’est abs­te­nu de faire suivre la ques­tion aux par­le­men­taires voire même aus­si au Gou­ver­ne­ment et au Pré­sident. En effet, le livre nous apprend éga­le­ment ceci :

    - Delors était iso­lé, vu ses opi­nions et son CV (qui donc l’a­vait mis là ?). Il vou­lait le tour­nant de la rigueur (dans la ligne de la construc­tion euro­péenne, bien sûr) avant les autres. Qui plus est, Fabius, qui exer­çait au Bud­get, s’était vu don­né le titre peu gra­ti­fiante de ministre « délé­gué », et il ten­dait à court-cir­cui­ter Delors, son ministre de tutelle, tan­dis qu’il avait tou­jours les faveurs des autres et du Pré­sident, com­pa­ré à Delors… Lequel n’é­tait lui-même que 11eme dans l’ordre pro­to­co­laire… (fichu Mit­ter­rand qui croyait, disait-il, pou­voir remettre l’é­co­no­mie à sa place). Mais d’autres indices per­mettent de sou­te­nir la thèse selon laquelle Delors a pu vou­loir sai­sir toutes les oppor­tu­ni­tés pos­sibles pour impo­ser ses vues.

    - La Banque de France a fait plan­cher cer­tains de ces ser­vices pour argu­men­ter contre la demande de Habe­rer. Or voi­là ce qu’écrit, dans une note de sep­tembre 1981, un cer­tain Jean-Pierre Patat, alors direc­teur du ser­vice d’analyses et de sta­tis­tiques moné­taire de la Banque :

    « Le pro­blème du lien entre les résul­tats du Fonds de sta­bi­li­sa­tion des changes et le pla­fond des avances de tré­so­re­rie est un « argu­ment de cir­cons­tances », avan­cé par la direc­tion du Tré­sor pour poser le pro­blème, bien plus impor­tant, du relè­ve­ment per­ma­nent du pla­fond des avances. (…) La situa­tion serait plus simple et plus claire s’il était mis un terme à la dis­po­si­tion liant le FSC et la tré­so­re­rie de l’État. (…) On doit cepen­dant remar­quer que l’époque est, psy­cho­lo­gi­que­ment, très mal choi­sie pour abor­der publi­que­ment ce pro­blème, même si l’approbation par le Par­le­ment d’un relè­ve­ment des avances ne fait aucun doute. (…) »

    Sans com­men­taire. Par contre, je vou­drais ici vous rap­pe­ler la ques­tion du mono­pole de l’initiative (pour le recours à l’article 19 de la loi du 3 jan­vier 1973) évo­quée dès le départ dans cette dis­cus­sion. On a là une illus­tra­tion plu­tôt fla­grante du problème.

    J’avais évo­qué, pour insis­ter, l’idée que ce mono­pole d’initiative implique un pou­voir de véto pour cer­tains. Il semble évident que le Gou­ver­neur ne peut pas l’exercer seul. On m’avait rétor­qué que le Gou­ver­ne­ment nomme le Gou­ver­neur de la Banque de France. Soit (je le savais), mais nous avons là un Ministre des affaires des finances qui cache l’initiative sous le tapis. Avant quoi il avait sans cesse insis­té, devant le Conseil des ministres et ailleurs, pour main­te­nir en place le gou­ver­neur de la Banque de France en arguant, en somme, que c’était là un signal très impor­tant « psy­cho­lo­gi­que­ment » dans un contexte où, effec­ti­ve­ment, le franc était atta­qué vio­lem­ment, etc. Et voi­là donc la trappe refer­mée. Easy.

    Dans sa note déjà citée, Jean-Pierre Patat ajou­tait : « On peut faire obser­ver que le Tré­sor fran­çais est celui qui dis­pose de la plus large gamme d’appels aux finan­ce­ments moné­taires et qu’il n’y a aucune rai­son pour qu’il y renonce une fois acquis le relè­ve­ment du pla­fond des avances. »

    Selon le compte-ren­du des déli­bé­ra­tions du Conseil géné­ral de la Banque du 20 août 1981, le Gou­ver­neur avait répon­du de même, à Habe­rer, qu’ « au moment où le décou­vert du bud­get de l’État risque d’augmenter à la vitesse qui a été rap­pe­lée (ça s’en­flam­mait effec­ti­ve­ment), la conco­mi­tance de ce mou­ve­ment et d’une éven­tuelle aug­men­ta­tion de cette facul­té de tirage lui paraît inop­por­tune ; même s’il sait bien que ces avances ne sont pas faites pour finan­cer les décou­verts des finances publiques, elles peuvent en fait ser­vir à cela comme un refi­nan­ce­ment automatique ».

    Plus tard, il dira qu’à condi­tion que les avances ne soient pas uti­li­sées pour cou­vrir le défi­cit, l’argument de la néces­saire révi­sion du pla­fond étant don­né l’évolution des « masses bud­gé­taires » (et moné­taire) est « un argu­ment qu’il peut prendre en consi­dé­ra­tion, contrai­re­ment à celui du défi­cit budgétaire »…

    Pas de bol : les seuls qui vou­dront rele­ver le pla­fond sont jus­te­ment ceux qui sont répu­tés aimer le défi­cit bud­gé­taire. Je ne parle pas de droite ou de gauche, je constate cette évi­dence : on ne demande à rele­ver le pla­fond que lors­qu’il y a une ten­dance nette à devoir faire face à un défi­cit bud­gé­taire important.

    En tous cas, ces trois der­nières cita­tions rejoignent un argu­ment que j’ai fait valoir dans cette dis­cus­sion, pour expli­quer que le méca­nisme des avances est mal adap­té s’agissant de cou­vrir une crise de tré­so­re­rie pas­sa­gère, parce qu’un gou­ver­ne­ment peut tou­jours être ten­té de l’utiliser non pas tem­po­rai­re­ment mais de manière per­ma­nente, après quoi lui ou son suc­ces­seur seront tout aus­si logi­que­ment ten­tés de faire aug­men­ter de nou­veau le pla­fond à la pro­chaine crise de tré­so­re­rie. Le fait qu’un gou­ver­neur mette à ce point cet argu­ment en avant devrait nous invi­ter à y réflé­chir sur ce que j’ai tâché d’expliquer, notam­ment au sujet de la per­ver­si­té de ces méca­nismes et de leurs effets de « cliquet ».

    Dans la lettre que Habe­rer adresse ensuite à Delors (pas­sage déjà repro­duit par Phil), je note une fois de plus que Habe­rer écrit que le gou­ver­neur est « a for­tio­ri hos­tile à tout méca­nisme per­met­tant de faire ulté­rieu­re­ment évo­luer ce mon­tant ». La encore, il est clair que l’aspect dyna­mique du pro­blème n’est pas lais­sé de côté et que Habe­rer sou­lève la ques­tion de la procédure.

    Encore une fois et plus que jamais, je m’oppose tout à fait sérieu­se­ment à l’argument selon lequel « il suf­fi­sait de recou­rir à l’article 19 ».

    J’avais com­men­cé (il y a au moins quatre ans) par dési­gner le pro­blème cru­cial de l’initiative, et je viens d’en don­ner une illus­tra­tion frappante.

    Mais j’ai aus­si expli­qué, depuis, que c’est le sys­tème des avances lui-même qui pose pro­blème : d’un côté, il est mal adap­té s’agissant de répondre à un pro­blème de tré­so­re­rie ; de l’autre, si on veut quand-même faire avec, on sou­lève un pro­blème d’inflation qui, pour le coup, appa­rait trop évident. Bref, remon­ter le pla­fond des avances de temps à autres ne règle pas le pro­blème tan­dis que ça a un effet « secon­daire » pas dis­cret, qui ne sera pas accep­té dès lors qu’un gou­ver­ne­ment est dis­po­sé à lut­ter un peu conscien­cieu­se­ment contre l’inflation, et qui ne peut que ren­voyer, à juste titre, le deman­deur à ses responsabilités.

    J’avais fait réfé­rence, plus récem­ment, à une conven­tion de 1947 (période où ce cher Bloch-Lai­né était déjà arri­vé, je pré­sume) qui avait ceci de par­ti­cu­lier qu’elle ne rele­vait pas un pla­fond d’avances per­ma­nentes mais pré­voyait une avance sup­plé­men­taire limi­tée à six mois seule­ment. Ce type de mesure n’était d’ailleurs pas une pre­mière. Mais il n’est pas dif­fi­cile de voir que ce n’est là qu’un bri­co­lage qui rend le méca­nisme à peine plus adap­té : il ne règle évi­dem­ment pas dans la durée un pro­blème qui se pose de manière récur­rente.

    Mais j’irais plus loin. Quitte à cho­quer un peu, je dirais que le même pro­blème se pose avec cha­cun des méca­nismes que l’on a regrou­pés sous le label du cir­cuit. Et que c’est bien ça le gros problème.

    Avant de pré­ci­ser où je veux en venir, je vou­drais évo­quer, pour l’info, un autre pas­sage de la réponse que le gou­ver­neur de la Banque de France a faite à Habe­rer. Il lui a rétor­qué que la Banque de France, jusqu’à pré­sent, a tou­jours cré­di­té le Tré­sor dès qu’il lui remet­tait les chèques que les citoyens lui adressent, sans attendre leur recou­vre­ment… et que l’espèce de décou­vert sup­plé­men­taire, rou­lant, que cela repré­sen­tait, était pas­sé de 3 à 4 mil­liards en 1973, à 15 à 20 mil­liards en 1981… La bas­sesse de l’argument (il s’agissait presque de faire chan­ter le direc­teur du Tré­sor) nous montre à quel point c’était deve­nu tendu.

    Mais pour en reve­nir au fil de mon expo­sé, ce que je vou­lais sur­tout sou­li­gner ici, c’est com­bien tous ces méca­nismes qui per­met­taient au Tré­sor d’aller cher­cher de la tré­so­re­rie repré­sen­taient à la fois une méthode de finan­ce­ment anar­chique, une réserve déter­mi­née de manière com­plè­te­ment invi­sible pour le légis­la­teur et une réserve dont on pou­vait tou­jours dire aus­si bien qu’elle per­met­tait de gérer des crises de tré­so­re­rie pas­sa­gères et qu’elle repré­sen­tait une « base » de créa­tion moné­taire d’une durée (voire éga­le­ment d’un volume) arbitraire(s). Je ne crache pas tout à fait dans la soupe, je pose sur­tout la ques­tion de savoir com­ment ces méca­nismes qui repré­sen­taient une part immense de la créa­tion moné­taire, à l’é­poque, pou­vaient être contrô­lés de manière un peu démocratique.

    Je vou­drais faire une seconde remarque avant de conclure sur ce point qui me paraît fon­da­men­tal. En somme, nous avons : 1. un direc­teur du Tré­sor qui, bien qu’il sou­lève le pro­blème plus géné­ral de la durée et de la pro­cé­dure, ne fait guère que pro­po­ser, concrè­te­ment, qu’un relè­ve­ment du pla­fond des avances, autre­ment dit une solu­tion de bri­co­lage à court terme ; 2. un gou­ver­neur de banque cen­tral qui défend le cours de « sa » mon­naie et lutte autant que pos­sible contre l’inflation, et qui sait très bien que cette idée n’est pas géniale s’agissant de garan­tir la res­pon­sa­bi­li­té du gou­ver­ne­ment ; 3. un repré­sen­tant du gou­ver­ne­ment qui peut trou­ver là un moyen de faire pres­sion sur son propre gou­ver­ne­ment, ne serait-ce qu’en ne fai­sant rien, pour le pous­ser dans la voie qu’il veut lui-même impo­ser (comme une voie étant per­çue comme de plus en plus iné­luc­table « le poli­tique » qui ne voit pas la tech­nique) : celle de la sau­ve­garde du Ser­pent moné­taire euro­péen, dont la mort por­te­rait un gros coup à la construc­tion euro­péenne (je ne dis pas que cela lève de pos­sibles soup­çons quant aux mobiles de Jacques Delors, je dis que, comme pour tant d’horreurs qu’il nous a four­gués, on pour­ra tou­jours mettre ça sur le compte d’une foi euro­péenne mala­dive). Ques­tion : fal­lait-il attendre de l’un ou de l’autre qu’il nous sorte une solu­tion mira­cu­leu­se­ment démocratique ?

    En réunis­sant, enfin, ces deux ensembles de remarques, ce que je veux sur­tout dire, c’est qu’il ne faut pas s’étonner, quand on recourt à ce point sur des ins­tru­ments invi­sibles pour le légis­la­teur, qu’ils soient détruits ou détour­nés par « la main droite de l’État »… opé­rant loin des yeux du légis­la­teur et pou­vant même faire chan­ter les fonc­tion­naires de « la main gauche de l’État ». D’un autre côté, il n’y a pas beau­coup de rai­sons de croire qu’un gou­ver­ne­ment fonc­tion­nant à l’arbitraire puisse faire glo­ba­le­ment un bon usage social de la planche à billets.

    Oh, ça ira un temps, sur­tout après une Libé­ra­tion et dans un contexte de recons­truc­tion. Mais on ne fait pas de miracles sans une bonne consti­tu­tion. Le gros pré­ten­tieux, le dic­ta­teur de gauche, se fera bai­ser, donc, parce que ses propres ins­tru­ments « exé­cu­tifs » seront détour­nés tôt ou tard par les puis­sances pri­vées et/ou étran­gères face aux­quelles il aura eu la pré­ten­tion de s’élever. Un pou­voir ne tient pas par l’opération du Saint-Esprit. S’il s’isole du peuple, inutile de se deman­der ce qui le fera tenir.

    Acces­soi­re­ment, il s’agit de voir que l’argument de l’article 19 est mau­vais car indigne d’une démo­cra­tie un peu digne de ce nom. Mais que dire alors du « Cir­cuit » ? Sinon rap­pe­ler une chose qui fait très mal : par deux fois, dans les lec­tures signa­lées dans cette dis­cus­sion, on nous fait savoir, de manière étran­ge­ment « polie », très vite en pas­sant, que cer­tains des méca­nismes dudit Cir­cuit (à com­men­cer par la « natio­na­li­sa­tion » de la banque de France) ont été mis en place non pas après la seconde guerre mon­diale mais pen­dant… « Poli­ment », ouais. Faut vous faire un dessin ?

    LA ques­tion, évi­dem­ment, est infi­ni­ment moins de savoir ce qui a chan­gé avec telle loi de 1973, c’est de savoir com­ment orga­ni­ser le contrôle démo­cra­tique de la mon­naie. Mais Lior l’a sans doute déjà com­pris : ce qui m’importe n’est pas d’avoir rai­son contre lui ou un autre, c’est de contri­buer à faire la lumière sur la question.

    Réponse
  368. Sam

    J’ai zap­pé mais je vou­lais faire une remarque sup­plé­men­taire après (mer­ci de cor­ri­ger à l’oc­ca­sion, Étienne) :

    Or Delors fait le mort. D’abord, en s’abs­te­nant soi­gneu­se­ment d’ « arbi­trer » entre les demandes de Habe­rer et les refus de la Banque de France. A noter aus­si (éga­le­ment sou­li­gné dans ce livre) qu’il a tou­jours refu­sé de révo­quer le gou­ver­neur de la Banque, qui était déjà en place avant l’ar­ri­vée de la gauche au pouvoir.

    Je vou­lais rap­pe­ler ici qu’un délé­gué du gou­ver­ne­ment exerce le rôle de cen­seur au Conseil géné­ral de la Banque de France, rôle qui lui donne for­mel­le­ment un droit de véto sur les votes (et oblige le cas échéant à « revo­ter »…) et qu’à l’é­poque des faits c’est Habe­rer, le direc­teur du Tré­sor, le censeur…

    Mais cette place de cen­seur, ça ne donne aucun droit d’initiative…

    On peut quand-même ima­gi­ner que la ques­tion peut être sou­vent bien plus com­pli­quée. Il fau­drait aller voir le règle­ment qui encadre la prise de déci­sion. Mais je crois savoir que le seul le Gou­ver­neur a l’i­ni­tia­tive, c.à.d. que seul lui peut sou­mettre une ques­tion au vote…

    Réponse
  369. Ana Sailland

    « Il <Delors> vou­lait le tour­nant de la rigueur (dans la ligne de la construc­tion euro­péenne, bien sûr) avant les autres. »

    ->

    ça fait un bout de temps que je me demande si tout ce joli monde ne savait pas déjà (au moins 20 ans avant) ce qui serait gros­so modo dans le trai­té de Maas­tricht, tra­vaillant par étapes suc­ces­sives à le rendre signable.

    ;;;;

    Remarque psy sans consé­quence : Delors à la sur­prise géné­rale a refu­sé d’al­ler au char­bon (à la pré­si­dence). Un mou ou un tordu.

    ;;;;;

    Le mono­pole-veto appar­te­nant non à un mais à deux ou trois, com­plices : ben oui , en paral­lèle de l’é­lec­tion, la France fonc­tionne à la coop­ta­tion, et sur­tout là où se joue l’es­sen­tiel caché.

    ;;;;

    Je me réjouis de voir ce qu’Étienne a dit en public à Dra­gui­gnan. Mis­sion épineuse 🙂

    Réponse
  370. Sam

    A la fin de son livre, V. Duchaus­soy donne un CV résu­mé des grands pro­ta­go­nistes. Il y en a, tout de même, qui ont un joli pédigrée.

    Ain­si Michel Camp­des­sus qui, entre 1982 et 1984, cumu­lait les rôles sui­vants (accro­chez-vous) : direc­teur du Tré­sor, cen­seur au Conseil géné­ral de la Banque de France, pré­sident du Comi­té moné­taire de la CEE… et pré­sident du Club de Paris ! De 1966 à 1968, il avait com­men­cé comme atta­ché finan­cier à la repré­sen­ta­tion per­ma­nente fran­çaise auprès de la CEE. Il est ensuite suc­ces­si­ve­ment sous direc­teur (1971), direc­teur adjoint (1974) et direc­teur du Tré­sor (1982). Il pré­side le Club de Paris de 1978 à 1984. En 1984, il devient sous-gou­ver­neur de la Banque de France puis, presque aus­si­tôt, gou­ver­neur. En 1987, il devient direc­teur géné­ral du FMI, poste auquel il est recon­duit deux fois et qu’il occupe jus­qu’en 2000.

    La pré­si­dence du Club de Paris, char­mante machine à cor­rompre, est en fait assu­rée depuis le début (1956) par la France, en la per­sonne du direc­teur ou d’un chef de ser­vice du Tré­sor. Son secré­ta­riat est aus­si tou­jours assu­ré par des fonc­tion­naires du Tré­sor fran­çais. On sait éga­le­ment que le poste de direc­teur du FMI est cou­ram­ment occu­pé par un fran­çais. Et s’il est répu­té « socia­liste », c’est encore mieux…

    Pré­sident du Club de Paris avant Camp­des­sus : Michel Pébe­reau (1976 – 1978), qui a aus­si ser­vi 4 années comme conseiller tech­nique au cabi­net minis­té­riel de VGE et diri­gé durant 9 ans le ser­vice des affaires finan­cières et moné­taires du Tré­sor, avant de diri­ger le cabi­net Mono­ry entre 1980 et 1981, après quoi il diri­ge­ra les banques CCF et BNP.

    Lui suc­cé­de­ront à la pré­si­dence du Club de Paris : Tri­chet, qu’on ne pré­sente plus, et Noyer deve­nu ensuite gou­ver­neur de la Banque de France (puis Mayer, Lemierre et Jouyet).

    J’aime aus­si pas mal le par­cours d’un Daniel Lebègue, qui enchaîne, à la direc­tion du Tré­sor, les postes de chef du bureau de la balance des paie­ments, de chef de bureau de la tré­so­re­rie puis de sous-direc­teur en charge du ser­vice épargne et mar­ché finan­cier… Belle séquence. Ça doit être super for­ma­teur… Après quoi il est nom­mé conseiller tech­nique char­gé des affaires éco­no­miques et finan­cières au cabi­net du Pre­mier ministre Pierre Mau­roy (avec pour adjoint Pey­re­le­vade, futur diri­geant de Suez et des banques Stern, UAP et Cré­dit lyon­nais), puis direc­teur adjoint (1983) et enfin direc­teur (1984) du Tré­sor. En 1987, il devient direc­teur géné­ral de la BNP.

    Nous avons aus­si Phi­lippe Lagayette, ins­pec­teur des finances (un énarque top de pro­mo de plus) qui dirige le cabi­net de Delors de 1981 à 1984 et qui, après le départ de Delors pour la Com­mis­sion euro­péenne, devient second puis pre­mier sous-gou­ver­neur de la Banque de France. Puis il dirige la Caisse des dépôts et consi­gna­tions, à par­tir de 1992 – début d’une période maas­tri­chienne où cette agence offrait l’un des der­niers reli­quats de finan­ce­ment moné­taire au Trésor.

    Ne par­lons pas du moné­ta­riste La Genière, dont le long par­cours couvre pré­ci­sé­ment, aux avant-postes, toute la longue période dans laquelle les concours de la Banque de France ne seront jamais revus à la hausse en valeur faciale… : conseiller tech­nique de Pinay (1958−59), sous-direc­teur (1959−66) puis direc­teur (1966−74) du Bud­get, et sous-gou­ver­neur (1974) puis gou­ver­neur de la Banque de France (1979−84). Après quoi il s’en va en bou­dant pour rejoindre sa chère ins­pec­tion des finances qui lui offre pour ses vieux jours de diri­ger la com­pa­gnie finan­cière Suez, de vice-pré­si­der la banque Indo­suez et l’As­so­cia­tion fran­çaise des banques.

    Il fau­drait encore par­ler d’un André de Lattre, d’une Eli­sa­beth gui­gou, d’un Bru­no de Maulde ou d’un Alain Prate…

    Mais quand-même, parce que lui, on peut dif­fi­ci­le­ment l’ou­blier dans le lot des col­la­bos achar­nés du tota­li­ta­risme mar­chand, Jacques Delors, alors là… Côté études, lui a atta­qué direct : « sciences éco­no­miques » et « études supé­rieures de la banque ». Le saviez-vous ? Il com­mence sa car­rière, entre 1945 et 1962, comme chef de ser­vice puis atta­ché au cabi­net du direc­teur géné­ral des titres et du mar­ché moné­taire à la Banque de France. Il passe ensuite au CES du temps de Pinay puis au Plan (1962−69). Après avoir tâté 3 ans du cabi­net sous Cha­ban-Del­mas, il est membre du Conseil géné­ral de la Banque de France de 1973 à 1979. Délé­gué natio­nal du PS pour les rela­tions éco­no­miques inter­na­tio­nales (1976−81). Pré­sident de la com­mis­sion éco­no­mique et moné­taire du Par­le­ment euro­péen (1979−81). Ministre de l’é­co­no­mie et des finances des deux pre­miers gou­ver­ne­ments Mau­roy (1981−83), puis numé­ro deux du troi­sième, éga­le­ment char­gé du bud­get (1983−84). A par­tir de 1985, il diri­ge­ra durant 9 ans la Com­mis­sion euro­péenne. Char­mante récompense.

    A Ana : j’é­mets une troi­sième hypo­thèse, selon laquelle ce type comp­tait bien trop pour le déve­lop­pe­ment du régime et avait aus­si, en un sens, trop de franc par­ler, pour être mis au poste de Pré­sident d’É­tat-nation. A la rigueur, il aurait été mis à la place d’un DSK, après la piquouze choc Sar­ko et le déclen­che­ment de la crise, mais après 2005, c’é­tait moyen s’a­gis­sant pour l’UE de faire un peu pro­fil bas sur le plan symbolique.

    Réponse
  371. Sam

    Extraits d’un article du CADTM datant de 2006 (http://​cadtm​.org/​C​l​u​b​-​d​e​-​P​a​r​i​s​-​u​n​-​s​c​a​n​d​a​l​e​#​nh1) :

    Jacques de Laro­sière, Conseiller du Pré­sident de BNP Pari­bas, ancien Direc­teur géné­ral du Fonds moné­taire inter­na­tio­nal et ancien Pré­sident du Club de Paris de 1974 à 1978.

    M. Jean-Pierre Jouyet a quit­té la pré­si­dence du Club de Paris en juillet 2005 pour le poste de pré­sident non exé­cu­tif de la filiale fran­çaise de la banque Barclays.

    Le pré­cé­dent secré­taire géné­ral du Club, M. Emma­nuel Mou­lin, a pris en jan­vier 2006 ses nou­velles fonc­tions à la Citi­bank, pre­mier groupe ban­caire mon­dial… Il n’y est res­té que quelques mois pour prendre fin 2005 la direc­tion de l’Inspection géné­rale des finances.

    Jean Lemierre, pré­sident de la BERD et ancien pré­sident du Club de Paris entre 1999 et 2000.

    Réponse
  372. Yel

    @Ana,

    Je reviens d’une pres­ta­tion orga­ni­sée par l’I­MEPP, un orga­nisme relié à pôle emploi, dont le but est d’ac­com­pa­gner les « deman­deurs d’emploi » qui sou­haitent se réorien­ter dans leur recherche d’une nou­velle acti­vi­té pro­fes­sion­nelle, ça res­semble gros­so-modo à un bilan de com­pé­tences, en moins poussé…

    Très inté­res­sante tranche de vie encore une fois, nous étions une dizaine, beau­coup de per­sonnes d’ho­ri­zons très dif­fé­rents, deux profs qui ont fui l’é­du­ca­tion natio­nale (je leur ai don­né la piste Franck Lepage pour mieux com­prendre ce qu’elle est réel­le­ment), un juriste qui était par­ti tra­vailler en hôtel­le­rie-res­tau­ra­tion, deux per­sonnes ne sachant pas écrire le Fran­çais, une autre essayant de trou­ver un moyen qui lui per­mette de pro­mou­voir des artistes qui n’ont pas droit au cha­pitre faute de moyens, bref, une belle assem­blée, assez stres­sée dans l’en­semble, j’ai essayé de les faire rire un peu en leur expli­quant de cher­cher en eux ce qu’ils aiment vrai­ment faire, et pas de cher­cher à faire un « pro­jet » dont le seul but serait d’a­mé­lio­rer leur avan­ce­ment temporel…

    J’ai à nou­veau réa­li­sé à quel point notre langue est intoxi­quée car la com­mu­ni­ca­tion est dif­fi­cile entre per­sonnes venant de milieux si dif­fé­rents, en tout cas tous m’ont sem­blé très humains, dési­reux d’a­mé­lio­rer leur situa­tion et d’être heu­reux, simplement…

    Pour info, j’ai été scan­da­li­sé en rece­vant par la poste la convo­ca­tion pour cet entre­tien de groupe, inti­tu­lé « Cap Pro­jet » (quand on a écou­té Franck Lepage on devient vigi­lant), por­tant en-tête rien de moins que le dra­peau de « l’u­nion euro­péenne », où est la France là dedans et que sommes nous pour cette « union » à part des produits… ?

    Je me suis d’ailleurs amu­sé à mettre un petit bâton sur une feuille à chaque fois que j’ai enten­du le mot « pro­jet », j’ai du arrê­ter par crainte de man­quer d’encre…

    J’ai cher­ché sans suc­cès sur inter­net des infor­ma­tions concer­nant ce dont on avait déjà dis­cu­té, à savoir la « Créa­tion d’une struc­ture asso­cia­tive, à but non lucra­tif évi­dem­ment, pour pro­mou­voir les bien­faits de la démo­cra­tie au sein des petites et moyennes entreprises ».

    Je me per­mets de reve­nir sur ta réponse, « L’as­so­cia­tion existe déjà et je viens de la rejoindre. Vous tien­drai au cou­rant dès feu vert des autres. » car j’en ai par­lé ouver­te­ment aux autres per­sonnes pré­sentes, y com­pris à la per­sonne s’oc­cu­pant d’a­ni­mer la prestation.

    Je serais vrai­ment heu­reux si tu vou­lais bien me contac­ter par mail afin de me don­ner des pistes, car je suis cer­tain que cette voie est la bonne vu qu’elle per­met­trait à mon sens de dés­in­toxi­quer les gens direc­te­ment dans l’en­tre­prise en leur mon­trant ce qu’est une vraie démo­cra­tie, et de les « re-poli­ti­ser » par la même occasion.

    Demain, j’ai ren­dez-vous avec des addic­to­logues tra­vaillant pour un ins­ti­tut de recherche basé à Paris, pour les faire pro­fi­ter de ce que je sais des méca­nismes de l’ad­dic­tion aux « jeux » (d’argent, vidéo, etc…) de mon point de vue d’an­cien pro­fes­sion­nel de ce sec­teur d’activité.

    J’ai par­cou­ru leur site inter­net, étrange, deux sources d’ad­dic­tion ne sont pas du tout évo­quées, le pou­voir et l’argent, pas très éton­nant si l’on consi­dère qu’ils reçoivent des sub­ven­tions pour pou­voir tra­vailler et qu’ils doivent cer­tai­ne­ment pré­sen­ter des « pro­jets » afin de rece­voir les fonds qui leur per­mettent de trai­ter ces addic­tions… Je vois mal une ins­ti­tu­tion leur deman­dant de trai­ter l’ad­dic­tion au pou­voir dans les milieux poli­tiques par exemple, ou encore l’ad­dic­tion à l’argent de leurs géné­reux donateurs…

    Alors demain je vais ten­ter d’al­ler recru­ter de nou­veaux « virus » en leur expli­quant mon point de vue, qui est qu’ils tra­vaillent mal­heu­reu­se­ment à mettre des pan­se­ments sur des bobos, leur expli­quer qu’ils traitent des symp­tômes et pas les causes de ces symp­tômes, leur dire que dans le domaine des addic­tions ils doivent reve­nir aux bases des prin­cipes de la méde­cine, cher­cher LA CAUSE DES CAUSES, j’es­père être suf­fi­sam­ment convain­quant pour les mener jus­qu’i­ci, leur aide pour­rait nous être béné­fique je crois.

    Voi­là Ana, j’ai besoin de ton aide pour avoir les pré­cieuses infor­ma­tions que tu as évo­quées et peut-être pou­voir mon­ter ce pro­jet sur Paris et la ban­lieue, j’ai déjà com­men­cé à rédi­ger une lettre des­ti­née à la SCOP Le Pavé, dans le but d’u­ti­li­ser mes Droits Indi­vi­duels à la For­ma­tion pour ter­mi­ner ma dés­in­toxi­ca­tion de la langue de bois et ain­si pou­voir être un « meilleur virus », armé du Verbe.

    Dans l’at­tente de te lire, j’ai lié mon adresse mail à ce commentaire.

    Salut et bonne conta­mi­na­tion démo­cra­tique à tous,

    Yel.

    Réponse
  373. Ana Sailland

    Bon­jour YEL,

    Je ne trouve pas ton adresse.

    La mienne : ana.public AT live​.fr

    Mon tél est en pages jaunes du net (haute savoie)

    Réponse
  374. Ana Sailland

    @YEL

    Mar­rant les coïn­ci­dences : je viens de lier ami­tié avec une infir­mière qui s’in­té­resse aux addic­tions au point d’en­vi­sa­ger de se spécialiser. 
    L’autre jour on s’est mar­ré en réflé­chis­sant à la pro­cras­ti­na­tion ( c’est une addic­tion à l’at­ten­tisme ), en dres­sant deux colonnes avantages/inconvénients.
    Bon échange avec tes addictologues 😉

    Réponse
  375. Ana Sailland

    @Sam

    Mer­ci pour cette pro­vi­sion d’exemples.

    Il fau­drait savoir par quelles écoles les gens de cette bro­chette sont passés.

    Sou­vent, nous poin­tons le fait que les élus doivent rendre des comptes à ceux qui financent les cam­pagnes et l’ac­cès aux médias.
    Il me semble que c’est pire et qu’en fait la classe poli­tique sert d’é­cran opaque entre ceux qui tirent les ficelles et le peuple, qui ne doit pas savoir. Oui, bien sûr, dépu­tés et gou­ver­ne­ments font des trucs, mais n’est ce pas nuage d’encre émis par quelque pieuvre.
    J’ai été par­ti­cu­liè­re­ment frap­pée par la média­ti­sa­tion du sujet mariage, amor­cée pile au moment du MES. Ce n’est qu’un exemple. Et dans la rue, tout le monde a son avis sur le mariage, mais per­sonne ne sait ce qu’est le MES.

    Réponse
  376. RHC

    Bon­jour,
    @Yel et Ana Sailland

    @Tous
    Extrait

    Source :http://​prat​clif​.com/​e​c​o​n​o​m​y​/​L​I​V​R​E​_​N​O​I​R​_​E​N​A​.​pdf

    Banques et assurances
    1‑Michel Albert : ENA, pro­mo­tion Guy Des­bos (1954−1956). Ins­pec­teur des finances.
    Il fut pré­sident du groupe Assu­rances géné­rales de France (AGF) de 1982 à 1993. Le
    chiffre d’affaires est mul­ti­plié par 4, le béné­fice net après impôt est mul­ti­plié par 10 et la
    capi­ta­li­sa­tion bour­sière par 55.

    Il décide alors de réa­li­ser 40% de son chiffre d’affaires à l’international ce qui l’obligera à
    accroître ses fonds propres pour finan­cer ses achats.

    En échange d’une par­ti­ci­pa­tion croi­sée avec Pechi­ney, il héri­te­ra d’un véri­table cadeau
    empoi­son­né : la Banque du cré­dit chi­mique fusion­née avec la Banque du Phénix.

    Cette der­nière géné­re­ra plus de 2 mil­liards de francs de pertes (303 mil­lions d’euros).

    Dans le même temps la par­ti­ci­pa­tion mino­ri­taire des AGF dans le Comp­toir des entrepreneurs
    lui vau­dra à terme une ardoise de plus de 2 mil­liards de francs.

    Enfin, ses inves­tis­se­ments en Ita­lie et en Espagne avec la Banes­to ne seront pas plus
    pro­fi­tables et abou­ti­ront éga­le­ment à une perte de près de 2 milliards.

    Fin 1993, il quitte les AGF pour le Conseil de la poli­tique moné­taire de la Banque de France.

    Un total de 6 mil­liards de francs de pertes.

     AGF : 6 mil­liards de francs de pertes (910 mil­lions d’euros)

    Déco­ra­tions : Offi­cier de la Légion d’honneur, Grand offi­cier de l’ordre natio­nal du Mérite.

    2‑Jacques Atta­li : ENA, pro­mo­tion Robes­pierre (1968−1970). Maître des requêtes au
    Conseil d’Etat.
    Cet ancien « conseiller spé­cial » de Fran­çois Mit­ter­rand quitte l’Elysée pen­dant le second
    sep­ten­nat et prend la tête de la BERD (Banque Euro­péenne pour la Recons­truc­tion et le
    Déve­lop­pe­ment) en 1991. Il démis­sion­ne­ra en 1993.

    La BERD est une orga­ni­sa­tion inter­na­tio­nale située à Londres qui fut créé le 29 mai 1990
    et inau­gu­rée le 15 avril 1991.Son but est de favo­ri­ser la tran­si­tion vers une éco­no­mie de
    mar­ché dans les pays d’Europe cen­trale et orien­tale et dans l’ex-URSS.

    La ges­tion de Jacques Atta­li fut d’abord mise en cause du fait de ses dépenses fastueuses.

    Par exemple le coût de la construc­tion du siège de la banque basé à Londres a très
    lar­ge­ment dépas­sé le plan de finan­ce­ment ini­tial et s’est éle­vé à 560 mil­lions de francs (85
    mil­lions d’euros), dont un hall d’entrée somp­tueux en marbre de Carrare.

    Les dépas­se­ments de bud­gets pour la construc­tion du siège auraient été supé­rieurs à la
    tota­li­té des prêts consen­tis par la BERD aux pays de l’Est !

    Ont éga­le­ment été recen­sés une qua­ran­taine de voyages en jet pri­vé de Jacques Atta­li, des
    rému­né­ra­tions (inter­dites par la règle­ment de la Banque) pour des confé­rences, des repas
    lon­do­niens coû­tant 170.000 francs, ain­si que des dépenses per­son­nelles sur le compte de la
    BERD rem­bour­sées de manière tardive.

    Au-delà de ces dépenses incon­si­dé­rées, sa ges­tion de la BERD a été for­te­ment mise en
    cause par un rap­port acca­blant effec­tué par la firme Coopers and Lybrand démon­trant un
    gas­pillage social et humain gigantesque.

    Jacques Atta­li démis­sion­ne­ra suite à ce rap­port le 25 juin 1993. Jacques de Larosière
    pren­dra sa suite en 1994.

    Jacques Atta­li est actuel­le­ment à la tête de Pla­Net Finance, admi­nis­tra­teur de Keeboo
    depuis 2000 et de Sie­bel Systems.

    .…

    6‑Patrice Che­val­lier : ENA, pro­mo­tion Tho­mas More (1969−1971). Admi­nis­tra­teur civil.

    Après avoir tra­vaillé avec Roger Quilliot, Patrice Che­val­lier devient direc­teur de cabinet
    de Paul Qui­lès. En 1990, il est choi­si par Georges Bonin, Gou­ver­neur du Cré­dit Fon­cier de
    France (CFF), pour prendre la tête de la Com­pa­gnie finan­cière de cré­dit, filiale du CFF.

    Il va se lan­cer dans des opé­ra­tions aus­si hasar­deuses que désas­treuses sans que Georges
    Bonin ne dise mot et sans tenir compte du retour­ne­ment du mar­ché de l’immobilier.

    Le Monde dans un article du 16 avril 1996 énu­mère les dys­fonc­tion­ne­ments : « Pas de
    comptes conso­li­dés pour les 170 filiales qui se sont déve­lop­pées à la fin des années 80.

    Prises de déci­sions sou­vent dis­cré­tion­naires. Conseils d’administration for­mels et
    mon­dains. La mai­son fonc­tionne sans aucune corde de rappel. »

    Le coup de grâce sera por­té en 1995 par le gou­ver­ne­ment Jup­pé qui signe la fin des prêts
    d’accession à la pro­prié­té (PAP) et leur rem­pla­ce­ment par le « prêt à taux zéro » que toutes
    les banques peuvent dis­tri­buer. Le mono­pole du Cré­dit Fon­cier sur la dis­tri­bu­tion du PAP
    consti­tuait une véri­table rente qui lui per­met­tait de mas­quer les pertes de ses autres
    activités.

    « Le Cré­dit Fon­cier perd tout rôle par­ti­cu­lier » (Le Monde).
    Patrice Che­val­lier a donc une part impor­tante de res­pon­sa­bi­li­té dans les 10,8 mil­liards de
    francs de pertes du CFF (1,6 mil­liard d’euros).

    (…)

    17-Michel Bon : ENA, pro­mo­tion Tho­mas More (1969−1971), Ins­pec­teur des finances.
    Après avoir été PDG de Car­re­four et remer­cié par les action­naires, puis direc­teur géné­ral de
    l’ANPE (nom­mé à ce poste par Edouard Bal­la­dur grâce à l’intervention d’Alain Minc, autre
    ins­pec­teur des finances), il prit la tête de France-Télé­com en 1995 pour y res­ter jusqu’en
    2002.

    Il a pré­sen­té pour l’année 2001 une perte nette d’environ 8,5 mil­liards d’euros, alors que le
    groupe reven­di­quait un béné­fice de 3,6 mil­liards d’euros pour l’exercice précédent.

    Axée sur une stra­té­gie de crois­sance externe et d’investissements consi­dé­rables dans les
    tech­no­lo­gies émer­gentes, France Télé­com a vu sa dette explo­ser : l’endettement net de
    l’entreprise est pas­sé de 14,6 mil­liards d’euros fin 1999 à 61 mil­liards d’euros fin 2000, 63,4
    mil­liards d’euros en 2001 et 68 mil­liards d’euros en 2002, tan­dis que les capi­taux propres
    conso­li­dés s’effondraient de 33,2 mil­liards d’euros en 2000 à –9,9 mil­liards d’euros en 2002.

     France Télé­com : 68 mil­liards d’euros de pertes
    Déco­ra­tions : offi­cier de la Légion d’honneur et de l’ordre natio­nal du mérite, Che­va­lier du
    Mérite agricole.

    Pré­si­dents de la Répu­blique et ministres

    32–33-Valéry Gis­card d’Estaing et Jacques Chirac

    A eux deux, Valé­ry Gis­card d’Estaing ENA 1951, Ins­pec­tion des Finances, et Jacques Chirac
    ENA 1959, Cour des comptes, ont cou­vert comme pré­si­dents de la Répu­blique 17 des 31
    années qui se sont écou­lées depuis la mort de Georges Pompidou.

    Avec Pom­pi­dou se sont ter­mi­né les 30 glo­rieuses avec un chô­mage inexis­tant à 2 %, des
    crois­sances de PIB à 5 %, et com­mence l’ère du chô­mage, de la bureau­cra­tie galo­pante et
    faîte du pouvoir.

    Gis­card d’Estaing sym­bo­lise ce que le man­da­ri­nat fran­çais a pu pro­duire de plus brillant, mais
    aus­si de plus des­truc­teur en absence d’une vision, d’une croyance à des véri­tés qui font
    l’homme d’état et le dis­tinguent de celui qui ne vit que pour sa car­rière. Poly­tech­ni­cien, entré
    à l’ENA par une « botte » que lui avait fait ouvrir son père, lui-même ins­pec­teur des finances,
    par un décret2 ; sa pré­si­dence a été mar­quée par un conflit avec un autre ego, Jacques Chirac,
    de mul­tiples scan­dales (dia­mants, Bokas­sa, les avions reni­fleurs) mais sur­tout une
    incom­pré­hen­sion des réa­li­tés éco­no­miques et de l’entreprise et un laxisme de la gestion
    publique qui a fait pas­ser les pré­lè­ve­ments obli­ga­toires de 35 % du PIB à plus de 40 % ce qui
    a écoeu­ré ses par­ti­sans et per­mis le suc­cès de l’union de la gauche.

    Autant Valé­ry Gis­card d’Estaing était gla­cial d’approche (ses cama­rades de pro­mo­tion se
    rap­pellent encore une récep­tion à l’Elysée qui don­nait rai­son à Jean-Edern Hal­lier pour son
    pam­phlet « lettre ouverte au colin froid »), autant Jacques Chi­rac est cha­leu­reux dans son
    abord mais applique à la lettre le dic­ton : les pro­messes n’engagent que ceux qui y croient ».

    A côté des déci­sions désas­treuses comme celle de la dis­so­lu­tion de 95, l’histoire se rappellera
    de Jacques Chi­rac comme l’homme pré­oc­cu­pé de sa seule sur­vie au pou­voir, d’un tueur pour
    ses concur­rents, mais d’un pré­sident ayant aus­si une totale absence de vision (sauf peut-être
    dans le domaine militaire).

    Cédant devant le pre­mier mou­ve­ment ou la pre­mière grogne syn­di­cale, son der­nier mandat
    pré­si­den­tiel s’est carac­té­ri­sé par une série de réformes en trompe l’oeil : sur les retraites, sur la
    san­té, sur les créa­tions d’entreprises qui n’ont en fait rien réso­lu et ont lais­sé la France
    conti­nuer de s’enfoncer (en par­ti­cu­lier, les régimes pri­vi­lé­giés des ser­vices publics Gaz de
    France, RATP, SNCF, EDF n’ont pas été tou­chés et ont été même ren­for­cés ; ils mettent à la
    charge du régime géné­ral des dizaines de mil­liards d’euros de charges sup­plé­men­taires). Le
    défi­cit du régime de san­té ne fait que se creu­ser et se creu­se­ra tant que le gouvernement
    n’aura pas le cou­rage d’aborder le vrai pro­blème : l’excès de per­son­nel dans les hôpitaux
    publics dû à leur désor­ga­ni­sa­tion et aux syn­di­cats, soit 15 % du bud­get san­té natio­nal. Enfin le
    régime s’est tar­gué d’avoir fait croître le nombre de créa­tion d’entreprises. Mais ces créations
    sup­plé­men­taires ont eu lieu seule­ment pour les entre­prises crées sans sala­riés dont l’impact
    sur l’emploi est négli­geable ; le chô­mage conti­nue donc de s’é­pa­nouir de plus belle.

    ..etc.

    Réponse
  377. Chris

    Bon­soir,

    On ne gère point l’af­faire du peuple au dehors de l’ac­ti­vi­té du peuple.

    Comme disait une per­sonne : « Lais­sons l’âne por­ter gra­ve­ment ses reliques ».
    La démo­cra­tie est dans une limite si res­treinte que leur démo­cra­tie n’est qu’une vanité.

    Ami­ca­le­ment,

    Réponse
  378. phil82

    Un Enarque de plus…
    (article de marian​na​.fr – Anne Rosencher)

    Par les temps qui courent, gérer la dette et la tré­so­re­rie de l’Etat fran­çais n’est pas une mince affaire… C’est la mis­sion dévo­lue à l’Agence France tré­sor (AFT), dont le direc­teur Phi­lippe Mil­ls part pour aller diri­ger la banque des col­lec­ti­vi­tés locales, comme l’ont annon­cé ven­dre­di nos confrères des Echos​.fr.

    Selon nos infor­ma­tions, c’est Ambroise Fayolle, l’administrateur repré­sen­tant la France au FMI qui devrait prendre sa suc­ces­sion. Cet énarque (pro­mo­tion Vic­tor Hugo), ancien du Tré­sor public, n’est pas spé­cia­le­ment mar­qué à gauche.

    Serait-ce l’ « ouver­ture » à la sauce Hol­lande ? Le décryp­tage de ce jeu de chaise musi­cale est peut-être plus sioux…

    Cer­tains connais­seurs de ces hautes ins­tances affirment, en effet, qu’Ambroise Fayolle avait été nom­mé en sep­tembre 2007 admi­nis­tra­teur au FMI, en rem­pla­ce­ment du jos­pi­niste Pierre Duquêne, pour être l’œil de Nico­las Sar­ko­zy à Washing­ton, auprès de Domi­nique Strauss-Kahn, alors pré­sident du FMI… Qui sera désor­mais char­ger de sur­veiller l’actuelle pré­si­dente, Chris­tine Lagarde, pour le pou­voir de gauche ? Contac­té par Marianne, Ber­cy n’a pas sou­hai­té com­men­ter nos informations.

    http://​www​.lese​chos​.fr/​e​n​t​r​e​p​r​i​s​e​s​-​s​e​c​t​e​u​r​s​/​f​i​n​a​n​c​e​-​m​a​r​c​h​e​s​/​a​c​t​u​/​0​2​0​2​5​1​5​5​2​6​3​5​6​-​a​m​b​r​o​i​s​e​-​f​a​y​o​l​l​e​-​v​a​-​d​e​v​e​n​i​r​-​m​o​n​s​i​e​u​r​-​d​e​t​t​e​-​f​r​a​n​c​a​i​s​e​-​5​3​0​6​0​6​.​php

    http://​www​.latri​bune​.fr/​a​c​t​u​a​l​i​t​e​s​/​e​c​o​n​o​m​i​e​/​f​r​a​n​c​e​/​2​0​1​3​0​1​2​1​t​r​i​b​0​0​0​7​4​3​8​3​3​/​a​g​e​n​c​e​-​f​r​a​n​c​e​-​t​r​e​s​o​r​-​a​m​b​r​o​i​s​e​-​f​a​y​o​l​l​e​-​s​u​c​c​e​d​e​-​a​-​p​h​i​l​i​p​p​e​-​m​i​l​l​s​.​h​tml

    http://​www​.marianne​.net/​A​m​b​r​o​i​s​e​-​F​a​y​o​l​l​e​-​a​-​l​a​-​t​e​t​e​-​d​e​-​l​-​A​g​e​n​c​e​-​F​r​a​n​c​e​-​T​r​e​s​o​r​_​a​2​2​5​9​6​4​.​h​tml

    Réponse
  379. phil82

    Un petit pré­cis de lan­gage technocratique : 
    le rap­port annuel de la Direc­tion du Tré­sor (2011)

    Exemple 1 :

    Par­te­na­riat – tran­si­tion démo­cra­tique – pro­mo­tion des réformes de gou­ver­nance – crois­sance viable et inclu­sive – sanc­tions éco­no­miques et finan­cières internationales.

    « Accom­pa­gner les chan­ge­ments Mondiaux »

    Prin­temps arabe, par­te­na­riat de Deau­ville et Libye

    « Suite aux mou­ve­ments de pro­tes­ta­tion popu­laire de la rive sud de la Médi­ter­ra­née, désor­mais connus sous le vocable de « Prin­temps arabe », la DG Tré­sor s’est beau­coup inves­tie dans la défi­ni­tion et la mise en œuvre du « Par­te­na­riat de Deau­ville », lan­cé par le Pré­sident de la Répu­blique lors du som­met du G8* de Deau­ville des 26 et 27 mai 2011. Ce par­te­na­riat regroupe les pays déjà en tran­si­tion démo­cra­tique (alors l’Égypte et la Tuni­sie) et inter­vient en coopé­ra­tion avec les ins­ti­tu­tions finan­cières inter­na­tio­nales, et en pré­sence de la Ligue arabe.

    Il repose sur un pilier poli­tique de pro­mo­tion des réformes de gou­ver­nance (ani­mé par les ministres des affaires étran­gères) et un pilier éco­no­mique de sou­tien à une crois­sance viable et inclu­sive des pays concer­nés. La DG Tré­sor a lar­ge­ment contri­bué à ce deuxième pilier, en par­ti­cu­lier en pré­pa­rant la réunion des ministres des finances du Par­te­na­riat de Deau­ville à Mar­seille, le 10 sep­tembre 2011.

    À cette occa­sion, le Par­te­na­riat de Deau­ville a été éten­du à de nou­veaux pays « par­te­naires » (Maroc, Jor­da­nie) et à des pays « asso­ciés » (Ara­bie Saou­dite, Émi­rats arabes unis, Qatar, Koweït et Tur­quie). En outre, trois nou­velles orga­ni­sa­tions régio­nales (Fonds moné­taire arabe, Fonds arabe pour le déve­lop­pe­ment éco­no­mique et social et Fonds de l’Opep pour le déve­lop­pe­ment inter­na­tio­nal) ont rejoint ce processus

    En 2011, la DG Tré­sor a été par­ti­cu­liè­re­ment active pour mener à bien la poli­tique de sanc­tions inter­na­tio­nales, en col­la­bo­ra­tion étroite avec le minis­tère des Affaires étrangères. 

    Ain­si, la Côte d’Ivoire, la Tuni­sie, l’Égypte et la Libye ont fait l’objet de sanc­tions éco­no­miques et finan­cières inter­na­tio­nales, afin d’accompagner les pro­ces­sus en cours de tran­si­tion démo­cra­tique.

    Si les régimes de sanc­tion ont été dans ces cas rapi­de­ment sus­pen­dus, ils ont été main­te­nus et ren­for­cés pour la Syrie et l’Iran. »

    Exemple 2 :

    Mou­ve­ment – pro­ces­sus – ini­tia­tives struc­tu­rantes – moder­ni­sa­tion des res­sources humaines – culture managériale.

    « Une direc­tion en mou­ve­ment, riche de sa diversité »

    « Alors que sous l’impulsion de son direc­teur géné­ral, la DG Tré­sor connait un pro­ces­sus conti­nu de réor­ga­ni­sa­tion depuis fin 2009, l’année 2011 a été mar­quée par des ini­tia­tives struc­tu­rantes en matière de moder­ni­sa­tion des res­sources humaines pour l’administration cen­trale comme pour le réseau.

    L’objectif majeur est de déve­lop­per une culture mana­gé­riale à même de ren­for­cer la qua­li­té du ser­vice ren­du aux citoyens dans le res­pect des valeurs de la direc­tion : ouver­ture, esprit d’équipe, loyau­té, engagement. »

    Il y en a beau­coup d’autres…

    Un docu­ment qui vaut son pesant d’or :

    http://​www​.tre​sor​.eco​no​mie​.gouv​.fr/​F​i​l​e​/​3​4​0​497

    Réponse
  380. Ana Sailland

    L’ombre était trans­pa­rente ain­si qu’aux plus beaux jours.

    Je me per­mets cepen­dant d’ap­puyer la requête de Mor­phéus qui beau­coup plus haut sou­hai­tait un lexique des mots que nous, nous employons.

    J’a­voue n’a­voir pas la com­pé­tence néces­saire pour bien glos­sai­ri­ser escompte, bons, mar­ché obli­ga­taire etc.

    Réponse
  381. phil82

    Un petit florilège – 
    Jean-Yves HABERER -

    Cré­dit Lyon­nais : Jean-Yves Habe­rer maintenu

    Les Echos n° 16165 du 24 Juin 1992 • page 9

    Sans sur­prise. Jean-Yves Habe­rer, le pré­sident du Cré­dit Lyon­nais, sera renou­ve­lé en Conseil des ministres à la tête de la banque qu’il dirige depuis bien­tôt quatre ans. Car celui qui compte par­mi les mana­gers fran­çais les plus contes­tés, du moins au sein de l’u­ni­vers finan­cier, béné­fi­cie, para­doxa­le­ment, d’un sou­tien clair de sa tutelle. Jean-Yves Habe­rer a l’ap­pui de Pierre Béré­go­voy, et son main­tien à la tête de la banque du bou­le­vard des Ita­liens a paru acquis dès la nomi­na­tion de l’an­cien ministre de l’E­co­no­mie à Mati­gnon. Même si la Com­mis­sion ban­caire et le Tré­sor ont par­fois quelques dif­fi­cul­tés à enté­ri­ner cer­tains choix comp­tables du groupe.

    C’est en sep­tembre 1988 que Jean-Yves Habe­rer a pris la suc­ces­sion de Jean-Maxime Lévèque. Celui-ci avait, de 1986 à 1988, fixé les axes stra­té­giques du groupe ban­caire : une ambi­tion inter­na­tio­nale ne s’in­ter­di­sant aucun métier, devant pla­cer la banque fran­çaise dans les pre­miers rangs mon­diaux. C’est peu dire que Jean-Yves Habe­rer a trou­vé le pro­jet à son goût. Pas­sé quelques mois d’ob­ser­va­tion, l’ex-direc­teur du Tré­sor a même déci­dé d’ac­cen­tuer cette stra­té­gie. Poli­tique de parts de mar­ché dans l’ac­ti­vi­té com­mer­ciale clas­sique, acqui­si­tions de réseaux à l’é­tran­ger, entrée dans le capi­tal d’un nombre record d’en­tre­prises, reprise de la branche finan­cière de Thom­son… Une col­lec­tion impres­sion­nante d’i­ni­tia­tives et de déci­sions qui laisse sou­vent scep­tiques, et presque sys­té­ma­ti­que­ment irri­tés, nombre de ses confrères.

    La banque qui a « le pou­voir de dire oui » serait¬elle inca­pable, sous la hou­lette de Jean-Yves Habe­rer, de dire non ? C’est le risque d’un déve­lop­pe­ment tous azi­muts qui, pour ne pas trop peser sur les comptes, attend une reprise de la conjonc­ture. Les dos­siers du Lyon­nais ne sont pas tous des bou­lets, mais cer­tains d’entre eux sont déjà des « affaires ». Et la volon­té de conquête a pu, par les par­te­naires du grou­pe­ment Euro­part­ners notam­ment, être res­sen­tie comme une volon­té de domi­na­tion. « Nous allons de l’a­vant », rétorque Jean-Yves Habe­rer. L’homme se refuse ain­si à prendre en compte les résul­tats de son groupe cal­cu­lés « à péri­mètre constant ». Et la ren­ta­bi­li­té sur fonds propres du groupe n’est pas la meilleure de la pro­fes­sion. Mais la tutelle l’au­to­ri­sant à pour­suivre, Jean-Yves Habe­rer joue à fond l’a­van­tage qui lui per­met d’a­voir, du point de vue de la ren­ta­bi­li­té des inves­tis­se­ments, un action­naire moins exi­geant que d’autres

    http://www.lesechos.fr/24/06/1992/LesEchos/16165–34-ECH_credit-lyonnais—jean-yves-haberer-maintenu.htm?texte=haberer


    La saga du Lyonnais

    Au-delà de la per­son­na­li­té des pro­ta­go­nistes, les erre­ments pas­sés du Lyon­nais trouvent leurs sources dans les rap­ports de conni­vence entre membres de la haute fonc­tion publique. Récit, mais non point final.

    Le Cré­dit lyon­nais n’est pas un débu­tant dans le métier de la banque. Créé en 1863, le Lyon­nais est de 1878 à 1966, la pre­mière banque fran­çaise, à l’ex­cep­tion de quelques années après la Pre­mière Guerre mon­diale où la Socié­té géné­rale était par­ve­nue à le détrô­ner. Depuis 1966, la BNP l’a­vait dépas­sé et le Lyon­nais péri­cli­tait dou­ce­ment, trou­blé seule­ment par les grèves comme celle, célèbre, de 1974 et par l’a­gi­ta­tion sociale qu’a­nime déjà Arlette Laguiller. Cette période culmi­ne­ra avec l’as­sas­si­nat en mai 1976 de Jacques Chaine, son président.

    En 1981, Jean Deflas­sieux est le pre­mier cadre de la banque à deve­nir pré­sident. Il ne par­vient pas réel­le­ment à éveiller la belle au bois dor­mant. Arrive la coha­bi­ta­tion en 1986 : Jean Deflas­sieux, socia­liste connu, est débar­qué pour être rem­pla­cé par Jean-Maxime Lévêque, croi­sé du libé­ra­lisme. Celui-ci veut se ven­ger d’a­voir dû quit­ter le CCF en 1981 : au Cré­dit lyon­nais, on va voir ce qu’on va voir. Il secoue en effet la vieille mai­son et par­vient à mobi­li­ser les éner­gies. Il engage l’ex­pan­sion tous azi­muts. C’est en fait lui qui mon­te­ra les dos­siers qui devien­dront les plus sul­fu­reux, Paret­ti et la MGM, l’im­mo­bi­lier avec Olym­pia and York… Mais nous voi­là déjà en 1988 et Jean Maxime Lévêque n’a pas réus­si à obte­nir de son ami Bal­la­dur la pri­va­ti­sa­tion du Cré­dit lyon­nais avant le retour des socia­listes aux affaires. Trop mar­qué, il doit lais­ser la place.

    Jean-Yves Habe­rer le rem­place. La per­son­na­li­té d’Ha­be­rer contraste for­te­ment avec celle de Lévêque. Il est avant tout un haut fonc­tion­naire, fidèle ser­vi­teur de l’E­tat et ancien direc­teur du Tré­sor. Ce n’est pas pour autant un nou­veau venu dans la banque : de 1982 à 1986, il a déjà eu la lourde charge de diri­ger Pari­bas après sa natio­na­li­sa­tion. Lui aus­si a une revanche à prendre. En 1988, il a été vidé comme un mal­propre de Pari­bas par la droite, alors qu’il pen­sait n’a­voir fait que son devoir en conti­nuant à ser­vir l’E­tat mal­gré la pré­sence au pou­voir des socia­listes qu’il ne sou­tient pas poli­ti­que­ment. Il décide de pour­suivre et d’ac­cen­tuer la poli­tique d’ex­pan­sion de Jean-Maxime Lévêque. Le Lyon­nais reprend la tête des éta­blis­se­ments fran­çais et se glisse par­mi les grands mondiaux.

    A par­tir de 1991, cepen­dant, les nuages s’ac­cu­mulent. L’en­ga­ge­ment de la filiale néer­lan­daise CLBN pour 5,3 mil­liards de francs auprès de l’es­croc Paret­ti dans la Metro Goldwyn Mayer com­mence à faire jaser. Paral­lè­le­ment, le mar­ché immo­bi­lier se retourne et le Lyon­nais se retrouve avec des enga­ge­ments très éle­vés sur les bras. Tout en mini­mi­sant les pro­vi­sions, Habe­rer est obli­gé d’an­non­cer 1,9 mil­liard de pertes en 1992. En 1993, c’est l’hal­la­li, la Com­mis­sion ban­caire com­mence à mesu­rer l’é­ten­due du désastre et alerte les minis­tères de tutelle. Le Sénat décide de mettre en place une com­mis­sion d’en­quête. En novembre, Jean-Yves Habe­rer est  » pro­mu  » à la tête du Cré­dit natio­nal et rem­pla­cé par Jean Peyrelevade.

    Celui-ci était jusque-là pré­sident de l’UAP, qu’E­douard Bal­la­dur veut pri­va­ti­ser. Comme tou­jours en pareil cas, Bal­la­dur veut un homme de confiance à la tête de la future pri­va­ti­sée. Jean Pey­re­le­vade, ancien du cabi­net de Pierre Mau­roy, n’est pas de ceux-là. Pour­tant, de l’a­vis géné­ral, il n’a pas démé­ri­té à l’UAP. Il avait même démon­tré son indé­pen­dance par rap­port au pou­voir socia­liste en refu­sant à Pierre Béré­go­voy la par­ti­ci­pa­tion de l’UAP dans le raid sur la Socié­té géné­rale. Pour ne pas faire appa­raître son rem­pla­ce­ment par Jacques Fried­mann, ami de trente ans d’E­douard Bal­la­dur et de Jacques Chi­rac, comme une chasse aux sor­cières, il faut lui trou­ver un  » beau  » point de chute. Le Cré­dit lyon­nais pré­sente l’a­van­tage d’être à la fois un poste impor­tant et un poste dan­ge­reux, vu l’é­tat de la banque. Si Pey­re­le­vade devait échouer, ma foi, on sau­rait bien lui trou­ver un remplaçant.

    Jean Pey­re­le­vade sait natu­rel­le­ment tout cela. Il s’ef­force donc d’ob­te­nir dès le départ des garan­ties. L’E­tat accepte fin 1994 de reca­pi­ta­li­ser le Lyon­nais à hau­teur de 4,9 mil­liards de francs et de pro­cé­der avec sa garan­tie à la pre­mière opé­ra­tion de can­ton­ne­ment,  » defea­sance  » en anglais : le Lyon­nais se retrouve ain­si allé­gé de 43 mil­liards de francs de créances très dou­teuses. Mal­heu­reu­se­ment, l’ou­ver­ture des tiroirs et l’é­plu­chage des dos­siers conti­nuent d’ap­por­ter régu­liè­re­ment de nou­velles (mau­vaises) sur­prises. Début 1995, Pey­re­le­vade est obli­gé d’an­non­cer 12 mil­liards de pertes pour 1994 et de tirer à nou­veau la son­nette de Mati­gnon et de Bercy.

    Le Tré­sor n’a­vait accep­té d’ou­vrir les cor­dons de la bourse fin 1994 qu’a­près un bras de fer ten­du. Cette fois, il refuse. De toute façon, Bruxelles menace et les concur­rents s’a­larment. On abou­tit ain­si au plan du 17 mars der­nier (voir p. 18). On en est là aujourd’­hui et per­sonne ne se hasarde plus à par­ler de page tour­née. Les consé­quences judi­ciaires de beau­coup d’af­faires ne sont pas tirées, l’a­vis de la com­mis­sion de Bruxelles n’est pas connu et d’autres sur­prises ne sont pas exclues. Cer­taines se seront peut-être déjà pro­duites quand vous lirez ces lignes.

    http://​archives​.arte​.tv/​s​p​e​c​i​a​l​/​c​r​e​d​i​t​/​f​t​e​x​t​/​f​t​e​x​t​0​6​f​.​htm

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    http://​www​.legi​france​.gouv​.fr/​j​o​p​d​f​/​c​o​m​m​o​n​/​j​o​_​p​d​f​.​j​s​p​?​n​u​m​J​O​=​0​&​d​a​t​e​J​O​=​1​9​7​8​0​7​1​3​&​n​u​m​T​e​x​t​e​=​&​p​a​g​e​D​e​b​u​t​=​5​5​4​4​6​&​p​a​g​e​Fin=


    Quelques extraits du rap­port de la com­mis­sion par­le­men­taire du 5 juillet 1994, 
    com­mis­sion d’enquête sur le cré­dit lyonnais.

    N° 1480

    ASSEMBLÉE NATIONALE
    CONSTITUTION DU 4 OCTOBRE 1958
    DIXIÈME LÉGISLATURE

    Rap­port remis à M. le Pré­sident de l’Assemblée natio­nale le 5 juillet 1994.
    Dépôt publié au Jour­nal Offi­ciel du 6 juillet 1994.

    RAPPORT
    DE LA COMMISSION D’ENQUÊTE (1) SUR LE CRÉDIT LYONNAIS

    Pré­sident
    M. Phi­lippe SÉGUIN
    Rapporteur
    M. Fran­çois d’AUBERT,

    « Ni le gou­ver­ne­ment ni la direc­tion de l’établissement n’accueillaient cette pers­pec­tive avec empres­se­ment, arguant de ses risques pour la répu­ta­tion d’une banque déjà ébran­lée par des résul­tats médiocres et une pres­sion média­tique qui est allée cres­cen­do au cours des der­niers mois. On pou­vait craindre, au sur­plus, que, du fait des cri­tiques et des accu­sa­tions ayant éma­né des rangs mêmes de l’Assemblée natio­nale depuis plu­sieurs années, celle-ci ne se retrou­vât juge et par­tie et man­quât de la séré­ni­té et du déta­che­ment néces­saires dans ce genre d’exercice. Il était per­mis de s’interroger en outre sur la capa­ci­té d’une assem­blée par­le­men­taire à démê­ler un éche­veau incroya­ble­ment com­plexe sur lequel, de sur­croît, tra­vaillaient depuis long­temps les équipes des com­mis­saires aux comptes, des ser­vices du Tré­sor, de la Com­mis­sion ban­caire, de la Cour des comptes, dont les inves­ti­ga­tions devraient, pour cer­taines, durer des mois, sinon des années encore, et qui ne pour­raient uti­le­ment se conju­guer que tar­di­ve­ment pour appro­cher, sans doute bien approxi­ma­ti­ve­ment, la vérité… »

    « On note­ra que la Com­mis­sion, qui a pu ain­si tra­vailler hors de toute pres­sion, aura été gui­dée de bout en bout par quatre pré­oc­cu­pa­tions : répondre autant que faire se pou­vait aux objec­tifs qui lui étaient fixés ; trou­ver les moyens d’une appré­cia­tion équi­table du rôle de l’ensemble des pro­ta­go­nistes et en tout pre­mier lieu de M. Jean-Yves Habe­rer ; contri­buer — sous la seule réserve de ses devoirs vis-à-vis de ses man­dants — à garan­tir l’avenir du Cré­dit lyon­nais ; assu­rer la répu­ta­tion de l’Assemblée Nationale .»

    « En revanche, aucun des inter­lo­cu­teurs de la Com­mis­sion — on lit bien aucun — n’a pen­sé pou­voir dis­cer­ner l’esquisse de l’ombre d’une dif­fé­rence dans les mis­sions impar­ties à l’une et à l’autre. Au contraire, cha­cun — et c’était par­ti­cu­liè­re­ment vrai des fonc­tion­naires de l’Etat — a beau­coup insis­té sur le fait que la direc­tion d’une banque publique devait dis­po­ser de la même liber­té de manœuvre, de la même auto­no­mie de déci­sion qu’une banque pri­vée. Même M. Jean-Yves Habe­rer, auquel l’audace de sa stra­té­gie est sou­vent repro­chée, n’a pas esti­mé néces­saire de la jus­ti­fier par le sta­tut de l’établissement qu’il diri­geait et le rôle par­ti­cu­lier qui pou­vait lui incom­ber en conséquence. »

    « A la ques­tion : « Votre stra­té­gie était-elle liée et insé­pa­rable du fait que vous étiez une banque publique ? », il a ain­si répon­du : « Mon opi­nion est ferme : que la banque soit pri­vée ou publique, c’est la même chose, c’est comme cela que je vois agir les grandes banques ».

    « Il reste que, déci­dé à deve­nir la pre­mière banque d’Europe — voire du monde — comme cela a été indi­qué à plu­sieurs reprises, le Cré­dit lyon­nais a été plu­sieurs années durant en proie à une véri­table bou­li­mie d’investissements et de prises de par­ti­ci­pa­tions, que n’accompagnait pas tou­jours une juste appré­cia­tion des risques. Cela sup­po­sait une réor­ga­ni­sa­tion interne qui n’apparut que tar­di­ve­ment, trop tar­di­ve­ment. De sur­croît un pou­voir tra­di­tion­nel­le­ment très cen­tra­li­sé a conti­nué à nour­rir sa fatale contre­par­tie : l’existence de baron­nies dont les effets néga­tifs sont allés croissant. »

    « On ne peut se limi­ter à ce simple paral­lèle pour conclure au carac­tère tar­dif de l’intervention des pou­voirs publics. La réa­li­té est plus nuan­cée et un rap­pel chro­no­lo­gique per­met de s’en convaincre. La direc­tion du Tré­sor est repré­sen­tée au sein de la Com­mis­sion ban­caire, en appli­ca­tion de l’article 38 de la loi du 24 jan­vier 1984 dite « loi ban­caire ». Elle n’a donc pu igno­rer tota­le­ment, sauf à envi­sa­ger un regret­table défi­cit de coor­di­na­tion, que la sur­veillance de la Com­mis­sion s’intensifiait sur la banque. Le rôle et l’approche des pou­voirs publics sont dif­fé­rents de ceux de la Com­mis­sion ban­caire. La gra­vi­té des mesures qu’ils sont sus­cep­tibles de prendre — et qu’ils ont d’ailleurs prises plus tard — sont sans com­mune mesure avec les consé­quences d’un simple contrôle comptable. »

    Le rap­port com­plet ici :
    http://​www​.assem​blee​-natio​nale​.fr/​1​0​/​r​a​p​-​e​n​q​/​r​1​4​8​0​-​t​1​.​a​s​p​#​I​IIA


    Légi­ti­miste avant tout

    «<jean Yves HABERER se targue d’avoir – depuis qu’il est sor­ti major de l’ENA, en 1959 avec Jacques Chi­rac – repous­sé bien des avances pro­fes­sion­nelles et de n’avoir jamais rien sol­li­ci­té par lui-même. A trente ans, il refuse la direc­tion d’une banque amé­ri­caine ; à trente-sept ans, il refuse la délé­ga­tion minis­té­rielle à l’armement… Mais il accepte de pas­ser « tout natu­rel­le­ment » da la haute admi­nis­tra­tion aux cabi­nets minis­té­riels, avec Michel Debré (aux finances, aux Affaires Etran­gères et à la Défense), puis avec Michel Dura­four, Robert Bou­lin et René Mono­ry (à l’économie), car, en ce temps-là, le ser­vice de l’Etat se confond avec l’exercice du pou­voir poli­tique. La droite ne par­tage pas cette ana­lyse et le RPR lui tient tou­jours ran­cune d’avoir ser­vi la gauche en 1981.

    Extrait du livre : « Ces tètes qui dépassent : por­traits d’acteurs de la vie poli­tique, éco­no­mique », Emile Fayard, l’Harmattan, Paris, 2005

    « De tous bords, à un moment ou à un autre, on l’a qua­li­fié d’opportuniste ; lui se réclame légi­ti­miste avant tout, res­pec­tueux des ins­ti­tu­tions. Au len­de­main de l’élection de Mit­ter­rand, alors qu’il dirige le Tré­sor, son chef de ser­vice pour les affaires finan­cières et moné­taires, Michel Pébe­reau, (ex-direc­teur du cabi­net de Mono­ry), entre dans son bureau le visage défait. « On a per­du », dit-il. « La droite a per­du », reprend Habe­rer, le front immense et sour­cilleux. Pour convaincre de sa bonne foi et de la véra­ci­té de cette anec­dote, il vante « l’équipe mer­veilleuse du Tré­sor, toute de loyau­té au ser­vice de l’Etat ». Au point qu’il a été « stu­pé­fait » de voir des proches ral­lier des ministres socia­listes : Daniel Lebègue, Louis Gal­lois et son ex-chef de cabi­net Eli­sa­beth Gui­gou, « une per­sonne très réflé­chis et remarquable. »

    La Banque en France compte quatre poids lourds, quelques camion­nettes et une seule voi­ture de sport : Paribas. »

    Ecar­té des cir­cuits depuis 1986, par le gou­ver­ne­ment Chi­rac, parce « qu’on ne peut conduire la pri­va­ti­sa­tion d’une entre­prise qu’on a diri­gée quand elle a été natio­na­li­sée », Jean-Yves Habe­rer (56 ans) devrait bien­tôt tâter du poids lourd après avoir pilo­té le cou­pé sport.
    Atteint par la limite d’âge, Jean- Maxime Lévêque va quit­ter la pré­si­dence du Cré­dit lyon­nais. Sauf sur­prise de der­nière heure, Habe­rer lui suc­cé­de­ra. Paran­gon du grand ser­vi­teur de l’E­tat, Jean-Yves Habe­rer connaît depuis long­temps tous les obs­tacles du gym­kha­na poli­ti­co-finan­cier : le Tré­sor, les cabi­nets minis­té­riels, la banque d’affaires.

    Le Tré­sor ? Cet ins­pec­teur des Finances né en 1932 au Maroc en connaît inti­me­ment les rouages et la puis­sance. En 1966 il attache son nom à la grande réforme ban­caire d’où sor­ti­ra la BNP et l’ex­plo­sion des gui­chets. Dès 1978 il croit aux mar­chés finan­ciers et à la néces­si­té de les déve­lop­per dans un nou­vel équi­libre avec l’E­tat. Les cabi­nets minis­té­riels ? Her­mé­tique, silen­cieux, auto­ri­taire, mais doté d’une superbe machi­ne­rie intel­lec­tuelle, Habe­rer apprend à en connaître les dédales avec Michel Debré aux Affaires étran­gères puis à la Défense.

    Rebe­lote de 1976 à 1978 aux côtés de Michel Dura­four et Robert Bou­lin aux Finances où la fadeur des occu­pants en fait le vice-ministre en titre.

    La banque d’affaires ?

    En 1982 Pierre Mous­sa est démis­sion­né de Pari­bas « cou­pable » d’a­voir ven­du cer­taines filiales étran­gères. Habe­rer, qui depuis 1978 était direc­teur du Tré­sor, le rem­place à la Rue-d’An­tin où Mous­sa et Jacques de Fou­chier l’a­vaient coop­té dès 1980.

    Cette tra­jec­toire spec­ta­cu­laire fait des jaloux. On lui reproche aus­si d’a­voir conçu l’emprunt Gis­card avec sa clause or qui coû­te­ra des mil­liards à l’E­tat. Habe­rer s’en défend ; il vou­lait, lui, l’in­dexa­tion sur l’é­cu. Gis­card a eu le der­nier mot… Autre accu­sa­tion, la liqui­da­tion de Beker, filiale amé­ri­caine de Pari­bas rache­tée en 1981. Coût 1,2 mil­liard. Réponse ; « On ne déve­loppe bien que ce qui est à soi. » Pari­bas North Ame­ri­ca fera appel de cette décep­tion. Tran­chant, capable aus­si de vio­lence pour le pou­voir qu’il adore, Habe­rer est cepen­dant moins lisse qu’on ne le croit. 

    L’é­té 1973, il est avec Delors, Fran­çois Bloch-Lai­né et Lucien Dau­roux, un des fon­da­teurs du Club Echanges et Pro­jet, le labo­ra­toire social de la deuxième gauche.

    A ses moments per­dus, il écrit aus­si des nou­velles. Comme celle de cet homme qui déteste le bruit et meurt, ter­ras­sé par les bat­te­ments de son cœur. Drôle de technocrate.

    http://​refe​ren​tiel​.nou​ve​lobs​.com/​a​r​c​h​i​v​e​s​_​p​d​f​/​O​B​S​1​2​4​4​_​1​9​8​8​0​9​0​9​/​O​B​S​1​2​4​4​_​1​9​8​8​0​9​0​9​_​0​6​2​.​pdf


    Jean Claude TRICHET parle de la Direc­tion du Trésor, 
    lors de son audi­tion par­le­men­taire dans l’affaire du Cré­dit Lyon­nais, en juillet 1994. 
    M. Tri­chet est alors Gou­ver­neur de la Banque de France.

    « Mon avant-der­nière obser­va­tion limi­naire concerne la Direc­tion du Tré­sor : c’est une admi­nis­tra­tion de l’Etat répu­bli­cain. Tous les ministres des Finances suc­ces­sifs à ma connais­sance et dans la mémoire de la Direc­tion lui ont accor­dé un double pri­vi­lège, celui de lui dire ce qu’elle pen­sait et donc, la liber­té de plume est grande, ensuite, après avoir dit ce qu’elle croyait pen­ser, on peut le faire plus ou moins bien, mais la liber­té de pen­ser est totale à l’intérieur de la Direc­tion du Tré­sor, après il y a une ins­truc­tion, et l’instruction est appli­quée aus­si loya­le­ment et droi­te­ment qu’on le peut. J’ai repris un peu les dos­siers avant de venir devant vous, et je dois dire que j’ai vu fonc­tion­ner l’Etat répu­bli­cain, les notes montent, les ins­truc­tions des­cendent, les ins­truc­tions des­cendent et les notes montent, il y a des pro­blèmes, il y a des dif­fi­cul­tés par­fois ter­ribles, sur l’affaire Par­ret­ti, par exemple, il y a des pro­tes­ta­tions du vice-Pré­sident de la Com­mis­sion qui estime que nous ne res­pec­tons pas le droit euro­péen, tout cela est ana­ly­sé, cela monte et cela des­cend et c’est le fonc­tion­ne­ment de l’Etat Républicain.

    A l’intérieur de la Direc­tion du Tré­sor, il y a toutes les sen­si­bi­li­tés, et je suis moi-même un repré­sen­tant de ces sen­si­bi­li­tés et je dis solen­nel­le­ment que toutes ces sen­si­bi­li­tés sont, avec une totale liber­té de pen­ser, au ser­vice de l’Etat répu­bli­cain. Les ins­truc­tions sont appli­quées avec une par­faite rigueur et nous sommes là dans la ligne de la tra­di­tion de l’Etat répu­bli­cain : neu­tra­li­té de l’administration, l’administration n’est pas poli­ti­sée, elle ne doit pas être poli­ti­sée, selon le droit répu­bli­cain. Je vois par­fois les jour­na­listes accré­di­ter l’idée que nous sommes dans un « spoil sys­tem » (sic) en France, ce n’est pas le cas, peut-être est-ce le cas dans cer­tains cas par­ti­cu­liers extra­or­di­naires, et je le déplore parce que je crois qu’on détruit une admi­nis­tra­tion quand on accepte le « spoil sys­tem ». L’administration répu­bli­caine fran­çaise est neutre, cha­cune peut avoir sa sen­si­bi­li­té, mais ces sen­si­bi­li­tés, le cas échéant, s’effacent tota­le­ment devant le ser­vice de l’Etat, j’insiste beau­coup là-des­sus, j’ai eu l’occasion de le redire au ministre des Finances, et je vou­lais vous dire solen­nel­le­ment que mes col­la­bo­ra­teurs anciens à la direc­tion du Tré­sor ont tous été abso­lu­ment exem­plaires quelle que soit leur sen­si­bi­li­té « pré­su­mée », et je peux dire natu­rel­le­ment la même chose de la mai­son dont je suis actuel­le­ment le Gouverneur. »

    Audi­tion de Jean-Yves Haberer

    « Je dois dire clai­re­ment que, tout en étant extrê­me­ment conster­né par les pertes du Cré­dit lyon­nais, je reven­dique hau­te­ment le droit à la perte. On n’est pas chef d’entreprise si on ne sait pas qu’il y a le risque d’avoir des pertes, c’est d’ailleurs comme cela que se passe aux Etats-Unis, en Angle­terre, en Alle­magne et même en France. Pari­bas a été en rouge, il y a deux ans, M. Lévy-Lang n’a pas été mis en cause, Suez a été en rouge l’année der­nière, M. Worms n’a pas été mis en cause. Mes col­lègues amé­ri­cains, qui ont tous été en rouge pen­dant deux ans, ont sur­vé­cu, de même que mon ami et concur­rent, le Pré­sident de la Citi­bank, car son conseil d’administration, tota­le­ment pri­vé, lui a lais­sé tra­ver­ser le gué. Le droit à la perte doit exis­ter, je tiens à le dire solennellement.

    Je réclame éga­le­ment le droit aux pro­por­tions. J’ai été vic­time d’un lyn­chage média­tique abso­lu­ment éhon­té du fait que les jour­na­listes ont tout addi­tion­né, les pertes comp­tables consta­tées, une garan­tie dont on ne sau­ra que dans cinq ans ce qu’elle aura coû­té au contri­buable. Si elle coûte au contri­buable dans cinq ans, je me per­met­trai de dire que la France est per­due parce que notre mar­ché immo­bi­lier sera res­té dans l’état où il est aujourd’hui, et il y aura eu par consé­quent dans ce pays des spasmes considérables.

    On ne peut pas cal­cu­ler dès à pré­sent le coût de cette garan­tie. J’ai fait, quand j’étais Direc­teur du Tré­sor, une sta­tis­tique inté­res­sante : entre 1948, date de la loi qui a per­mis les garan­ties d’Etat, et 1978, il y a eu deux cents garan­ties don­nées par l’Etat, à un moment où on les don­nait pour des pro­jets indus­triels ris­qués, comme celui de la Cara­velle. Pas une de ces garan­ties n’a coû­té un franc.

    Sim­ple­ment, la garan­tie per­met de rendre pos­sibles des choses qui, à défaut, ne pour­raient pas l’être ; cela ne veut pas dire qu’elle sera néces­sai­re­ment coû­teuse, c’est après coup qu’on le sait. En tant que ban­quier, quand un client a une perte, je regarde le mon­tant de cette perte par rap­port à ses fonds propres pour en mesu­rer la gra­vi­té. Pas un jour­na­liste éco­no­mique et finan­cier en France n’a com­pa­ré les pertes du Cré­dit lyon­nais à ses fonds propres, ce qui en dit long sur leur pro­fes­sion­na­lisme. C’est moi qui l’ai fait, après que la foudre me soit tom­bée des­sus, car j’ai trou­vé que j’avais un droit à la légi­time défense.

    Miche­lin, le 15 juin der­nier, a fait appa­raître une perte de 4 mil­liards de F., soit 25 % de ses fonds propres, applau­dis­se­ments de la presse, belle entre­prise fran­çaise, très bien…

    Je réclame en plus autre chose : le droit pour une entre­prise publique à l’augmentation de capi­tal en cas de dif­fi­cul­tés. Votre Com­mis­sion est consti­tuée, parce qu’il va être deman­dé à l’actionnaire public d’apporter 3,5 mil­liards à une aug­men­ta­tion de capi­tal. Le Cré­dit lyon­nais a été natio­na­li­sé par le Géné­ral de Gaulle, le 2 décembre 1945, voi­ci 49 ans. Com­bien de fois l’Etat action­naire a‑t-il ver­sé une aug­men­ta­tion de capi­tal en espèces à sa banque ? Pas une fois. Com­bien, dans l’intervalle, le Cré­dit lyon­nais a‑t-il ver­sé en divi­dendes et impôts ? Nous sommes un des plus gros contri­buables de France : même une année de perte, vous regar­de­rez les comptes de 1993, le Cré­dit lyon­nais paie plus d’un mil­liard d’impôts. Je ne sais pas com­ment ni pour­quoi d’ailleurs.

    En pen­sant aux contri­buables, aux mal­heurs du contri­buable, je rap­pelle que le Cré­dit lyon­nais est un contri­buable, qu’il paie ses impôts, qu’il verse des divi­dendes et que le sou­tien qu’il apporte aux entre­prises a per­mis à celles-ci de payer aus­si des impôts.

    Je ne trouve pas anor­mal qu’en un demi-siècle, l’Etat apporte une fois quelque chose à une entre­prise qui est un des fleu­rons de son patri­moine, une de ses meilleures armes dans la com­pé­ti­tion inter­na­tio­nale et qui se trouve tem­po­rai­re­ment en difficulté. »

    Le docu­ment complet :
    http://​www​.assem​blee​-natio​nale​.fr/​1​0​/​r​a​p​-​e​n​q​/​r​1​4​8​0​-​t​2​.​a​s​p​#​t​r​i​c​het

    Réponse
  382. BA

    Mer­cre­di 23 jan­vier 2013 : chiffres de la dette publique pour le troi­sième tri­mestre 2012.

    En zone euro, la dette publique de plu­sieurs États atteint des sommes inimaginables.

    En zone euro, la dette publique de plu­sieurs États est deve­nue hors de contrôle.

    Plus per­sonne ne contrôle quoi que ce soit.

    Nous entrons dans une nou­velle époque : l’époque des défauts de paie­ment de plu­sieurs États européens.

    1- Médaille d’or : la Grèce. Dette publique de 301,193 mil­liards d’eu­ros, soit 152,6 % du PIB. Tous les soi-disant « plans de sau­ve­tage » de la Grèce ont échoué. Le pre­mier défaut de paie­ment avait effa­cé 107 mil­liards d’euros de dettes. Mais la dette publique conti­nue à aug­men­ter, à aug­men­ter encore, à aug­men­ter tou­jours. La Grèce va de nou­veau se décla­rer en défaut de paiement.

    2- Médaille d’argent : l’I­ta­lie. Mario Mon­ti laisse der­rière lui une dette publique de 1995,143 mil­liards d’eu­ros, soit 127,3 % du PIB. Mario Mon­ti a fait la preuve de sa nul­li­té. Mario Mon­ti a fait la preuve de son incompétence.

    3- Médaille de bronze : le Por­tu­gal. Dette publique de 201,003 mil­liards d’eu­ros, soit 120,3 % du PIB. Là encore, le soi-disant « plan de sau­ve­tage » a échoué. La dette publique du Por­tu­gal conti­nue à aug­men­ter. Le gou­ver­ne­ment por­tu­gais a annon­cé que le Por­tu­gal était inca­pable de rem­bour­ser comme pré­vu les 78 mil­liards d’euros du soi-disant « plan de sauvetage ».

    4- Dette publique de l’Ir­lande : 190,954 mil­liards d’eu­ros, soit 117 % du PIB. Là encore, le soi-disant « plan de sau­ve­tage » a échoué. La dette publique de l’Irlande conti­nue à aug­men­ter. Le gou­ver­ne­ment irlan­dais a annon­cé que l’Irlande était inca­pable de rem­bour­ser comme pré­vu les 85 mil­liards d’euros du soi-disant « plan de sauvetage ».

    5- Dette publique de la Bel­gique : 380,923 mil­liards d’eu­ros, soit 101,6 % du PIB.

    L’Ir­lande béné­fi­cie depuis novembre 2010 d’un plan de sau­ve­tage sur trois ans de l’U­nion euro­péenne et du FMI. 
    Le Por­tu­gal a quant à lui dû sol­li­ci­ter un plan de sau­ve­tage sur trois ans en mai 2011.

    http://​fr​.reu​ters​.com/​a​r​t​i​c​l​e​/​f​r​E​u​r​o​R​p​t​/​i​d​F​R​L​6​N​0​A​R​B​6​5​2​0​1​3​0​1​2​2​?​p​a​g​e​N​u​m​b​e​r​=​3​&​v​i​r​t​u​a​l​B​r​a​n​d​C​h​a​n​n​e​l=0

    Réponse
  383. A-J Holbecq

    @394 Papa

    On fait sou­vent l’a­mal­game dette publique = dette de l’Etat. 
    La dette publique dont parlent les médias com­prend, en plus de celle de l’État, aus­si celle des diverses admi­nis­tra­tions publiques (y com­pris la Sécu­ri­té Sociale). 
    Elle était de 1717 Md€ fin 2011.

    Réponse
  384. Ana Sailland

    Chouette ! les enfants vont tout comprendre 🙁

    Réponse
  385. Papa

    @Etienne : Pen­sez vous que la France soit la nation la plus appro­priée aujourd’­hui pour être la pre­mière à mettre en place une vraie démocratie ?

    Je vois 2 obs­tacles impor­tants dans la culture française :

    1) Le besoin mala­dif d’au­to­ri­té au lieu de prendre soi même les pro­blèmes en charge : 87% des Fran­çais pensent que pour sor­tir de la crise, « on a besoin d’un vrai chef en France pour remettre de l’ordre ».

    2) Le conser­va­tisme : dès que le chef deman­dé en (1) pro­pose le moindre chan­ge­ment, on mani­feste dans les rues.

    Dans ces condi­tions, j’ai du mal aujourd’­hui à voir le peuple Fran­çais prendre les res­pon­sa­bi­li­tés et bou­le­ver­ser les ins­ti­tu­tions. Je serais moins éton­né de voir un autre pays ouvrir la voie… mais lequel ?

    Réponse
  386. BA

    Vous vous rap­pe­lez toutes les belles pro­messes au moment du réfé­ren­dum sur le trai­té de Maas­tricht en 1992 ?

    Vous vous rap­pe­lez toutes les belles pro­messes en 1992 pour nous inci­ter à voter « oui » à la mon­naie unique, « oui » à l’euro ?

    - « L’Europe est la réponse d’avenir à la ques­tion du chô­mage. En s’appuyant sur un mar­ché de 340 mil­lions de consom­ma­teurs, le plus grand du monde ; sur une mon­naie unique, la plus forte du monde ; sur un sys­tème de sécu­ri­té sociale, le plus pro­tec­teur du monde, les entre­prises pour­ront se déve­lop­per et créer des emplois. » (Michel Sapin, 2 août 1992, Le Jour­nal du Dimanche)

    - « Pour la France, l’Union Eco­no­mique et Moné­taire, c’est la voie royale pour lut­ter contre le chô­mage. » (Michel Sapin, 11 sep­tembre 1992, France Inter)

    En réa­li­té, nous avons eu exac­te­ment le contraire.

    En réa­li­té, la construc­tion euro­péenne abou­tit à un désastre éco­no­mique, un désastre finan­cier, un désastre social, un désastre humain.

    Ven­dre­di 25 jan­vier 2013 :
    France : chô­mage concer­nant les caté­go­ries A, B, C, D, E :
    5 560 100 deman­deurs d’emploi ins­crits en fin de mois à Pôle Emploi.

    http://travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/PI-Mensuelle-VHP736‑2.pdf

    Espagne :
    Les chiffres effa­rants du chô­mage de masse en Espagne.
    Le taux de chô­mage espa­gnol a ter­mi­né l’an­née 2012 sur un nou­veau record his­to­rique à plus de 26% de la popu­la­tion active, tan­dis qu’il monte même à 55% chez les jeunes. Et la situa­tion a toutes les chances de s’ag­gra­ver encore en 2013.

    Grèce :
    Avec 26,8%, le chô­mage en Grèce va de record en record.
    Le taux de chô­mage grec a atteint un nou­veau record en octobre à 26,8%, contre 26,2% le mois pré­cé­dent (chiffre révi­sé), a annon­cé jeu­di l’a­gence natio­nale des sta­tis­tiques Elstat.
    L’é­co­no­mie grecque devrait subir une sixième année consé­cu­tive de réces­sion en 2013.

    http://www.lesechos.fr/economie-politique/monde/actu/reuters-00490279-avec-26–8‑le-chomage-en-grece-va-de-record-en-record-527279.php

    Réponse
  387. J.C

    Eh bien le chô­mage est en train de deve­nir la norme. quand est-ce que le sys­tème moné­taire va s’écrouler ?

    Je crois avoir une bonne idée pour une tran­si­tion en douceur.

    (Seule­ment en pri­vé pour le moment)

    Bien ami­ca­le­ment

    J.C

    Réponse
  388. Ana Sailland

    Dans les mots de Michel sapin, je retiens ; « un sys­tème de sécu­ri­té sociale, le plus pro­tec­teur du monde ».

    Non pas, comme clas­si­que­ment, pour faire remar­quer que par la suite ce sys­tème n’a pas été envi­sa­gé, mais pour remar­quer qu’il est soit absurde soit intel­lec­tuel­le­ment mal­hon­nête de van­ter un trai­té en se fon­dant sur ce qui n’y est pas encore déve­lop­pé sérieusement.

    Ain­si donc, nous humains, l’é­lu en par­ti­cu­lier, qui en aucune qua­li­té ne se détache de la masse, et ne peut donc pas reven­di­quer quel­conque fonc­tion de guide, avons plus qu’é­pi­so­di­que­ment ten­dance à fonc­tion­ner à l’é­mo­tion­nel et à dis­tordre dis­cours et pen­sées pour les faire pla­quer au résul­tat d’a­na­lyses tron­quées mises au ser­vice de nos fois infondées.

    Nous sommes tous ain­si, peu ou prou, et notre seul secours est la déli­bé­ra­tion géné­rale, en vue de faire fonc­tion­ner à plein régime un cer­veau com­mun consti­tué du réseau neu­ro­nal que serait la nation, ou l’espèce.

    La géo­mé­trie socié­tale et poli­tique actuelle ne per­met en aucun cas cela, qui pri­vi­lé­gie de minus­cules groupes neu­ro­naux (poli­tiques, tech­niques, média­tiques), char­gés offi­ciel­le­ment, ou de fac­to, tan­tôt de déci­der en lieu et place du grand nombre, tan­tôt de l’o­rien­ter et de le convaincre.

    C’est ain­si qu’à l’oc­ca­sion d’un refe­ren­dum on peut voir un peuple, mal infor­mé, mal orien­té, n’ayant pas déli­bé­ré effec­ti­ve­ment en son sein, prendre la mau­vaise décision.

    Pour­tant, le refe­ren­dum pour­rait être res­sen­ti, et il est mali­cieu­se­ment pré­sen­té ain­si, comme une per­cée démo­cra­tique à l’in­té­rieur d’un sys­tème repré­sen­ta­tif auto­ri­taire ; mais en fait ce pro­ces­sus d’exception est géné­ti­que­ment per­vers puis­qu’il est sen­sé déga­ger une volon­té géné­rale qui n’existe pas, ni ne peut émer­ger tant que n’est pas mis en place un véri­table outil de déli­bé­ra­tion géné­rale, dou­blé d’une nou­velle culture de l’é­change et du par­tage de nos idées et perceptions.

    Quand nous cau­sons de Maas­tricht, qui est une grande et triste chose, nous chaus­sons encore nos lunettes de myopes. Obser­vons, lieu com­mun cent fois répé­té, que nous sommes au tour­nant de l’His­toire, à par­tir duquel nous pou­vons non seule­ment nous ember­li­fi­co­ter les pin­ceaux au point de cas­ser notre éco­no­mie, mais encore cas­ser la bio­sphère. Telles un rasoir dans la main d’un singe, la science et la tech­nique sont au ser­vice d’une conscience col­lec­tive sous-déve­lop­pée qui d’un ins­tant à l’autre peut par mal­adresse déci­der sa fin.

    Ce n’est bien évi­dem­ment pas en posant quelques rus­tines sur le cer­veau com­mun actuel que l’on évi­te­ra le dan­ger des dan­gers, ni en créant quelque nou­velle com­mis­sion inter­na­tio­nale, ni en signant des trai­tés rédi­gés dans des bureaux obs­curs et qui de toute façon ne seront pas sui­vis. Ce n’est en tout cas pas en nous fon­dant sur le pré­sent méca­nisme hié­rar­chi­sé de la déci­sion, qu’au­cun épi­so­dique refe­ren­dum ne sau­rait amé­lio­rer, ce n’est pas ain­si que nous pour­rons faire émer­ger la néces­saire conscience uni­ver­selle, néces­saire non seule­ment à la jus­tice mais encore à la survie.

    Et depuis Condor­cet nous connais­sons la solution 😉
    qui n’est pas que le RIP 😉

    mais un réseau dense d’as­sem­blées déli­bé­ra­tives, inter­con­nec­tées, topo­lo­gi­que­ment struc­tu­rées en familles de pou­pées russes, toutes portes grandes ouvertes afin que chaque indi­vi­du puisse par­ti­ci­per chaque fois qu’il le sou­haite et en tout temps à cette ise­go­ria géante, puisse s’y for­mer et y infor­mer, s’en­ri­chir, et enri­chir, le monde, de sa pers­pi­ca­ci­té modeste mais enfin nour­rie et visible.

    Réponse
  389. Tim-X

    Bon­jour à tous,

    Moi j’ai une ques­tion simple : com­ment se fait-il qu’une loi (même pas orga­nique) soit aus­si complexe ?
    Enfin, il faut s’y mettre à plu­sieurs experts et faire un bou­lot de dingue pour y com­prendre quelque chose. Que des gens comme Mélen­chon ou Le Pen se plantent, je trouve ça nor­mal mais ça devient sur­pre­nant qu’il faille autant de bou­lot pour démê­ler le vrai du faux dans cette affaire.

    Cette com­plexi­té est-elle jus­ti­fiée (à sup­po­ser qu’elle ne soit pas volontaire) ?

    Mer­ci 🙂

    Tim‑X.

    Réponse
  390. Sam

    @ Phil (396),

    j’ai joué quelques heures à ce jeu vidéo sur le site de la BCE, il y a deux ou trois ans.

    Il est fort pro­bable que mes conclu­sions ci-des­sous n’aient pas l’air très cré­dible… Alors sachez que j’a­vais enre­gis­tré tous les résul­tats (15 par­ties) et que je peux vous les envoyer à la demande. Ou, mieux encore, je vous invite a faire cette expé­rience par vous-même.

    En effet, de deux choses l’une : soit leur logi­ciel est bidon, soit nous avons là plus d’une révé­la­tion crous­tillante… Or je crains qu’il tra­duise assez bien le code qu’ils emploient dans le grand bain. Du moins, ils n’ont aucune rai­son d’en com­mu­ni­quer une ver­sion qui soit plus socia­liste que la leur…

    J’ai joué, donc, en fai­sant tout le contraire de ce qui était pré­co­ni­sé, bien sûr. A savoir : prio­ri­té au plein emploi ; ensuite, et seule­ment si la pre­mière condi­tion était satis­faite, modé­rer un peu (plus) l’inflation.

    J’ai mis et main­te­nu sys­té­ma­ti­que­ment le taux direc­teur à zéro, du moins tant que le taux de chô­mage n’é­tait pas au plan­cher (2,5%)…

    … et en seule­ment 3 ans en moyenne, j’ai vir­tuel­le­ment éra­di­qué le chô­mage, presque à chaque fois. Les rares excep­tions sont venues d’une grosse crise pétro­lière ou climatique.

    Qui plus est, l’in­fla­tion a été main­te­nue géné­ra­le­ment entre 5 et 10%, sur les 5 ans de durée vir­tuelle de la simulation.

    Et sur­tout, les seuls moments où elle a fini par s’emballer un peu (pas­sage vers 15%, une fois 19% sur un semestre), c’est quand j’ai cru devoir, comme un cré­tin, remon­ter les taux d’in­té­rêt pour amor­tir un choc d’origine « externe »… La véri­té, c’est que ça n’a fait qu’aggraver l’inflation et que celle-ci n’est redes­cen­due que lorsque j’ai rebais­sé le taux.

    Par deux fois, après un évè­ne­ment « crise pétro­lière », j’ai imper­tur­ba­ble­ment lais­sé le taux d’in­té­rêt direc­teur à zéro, et il s’avère que l’in­fla­tion a vite replon­gé après avoir encais­sé un bon d’ampleur rai­son­nable (vers 11%) et durant seule­ment quelques trimestres.

    A part ça, elle a aus­si fait une petite flam­bée (vers 12%), par trois fois, à cause d’un rebond sur le mar­ché des actions…

    Deux autres fois, enfin, ce fut à cause de décou­vertes de pétrole… Et d’ailleurs, la petite flam­bée a été aggra­vée, et ce dura­ble­ment, … quand j’ai remon­té le taux.

    …

    @ Mor­pheus et Ana,

    par­lant de péda­go­gie et de faire ses propres expé­riences, je sou­haite vous dire que vous devriez essayer de le faire vous-mêmes, ce lexique. Et je ne le dis pas seule­ment parce que je manque de temps. Il n’y a pas, ici, que je sache, de pro­fes­sion­nels de l’économie, il n’y a que des auto­di­dactes. En ce qui me concerne, je suis convain­cu qu’on apprend énor­mé­ment en cher­chant par soi-même.

    Réponse
  391. phil82

    À lire

    La guerre oubliée de l’A­mé­rique contre les banques

    Ceci amène la ques­tion de savoir pour­quoi un sys­tème si per­vers exis­te­rait ? La rai­son est que
    pen­dant la pro­cé­dure d’ar­ran­ge­ment, qui peut durer des siècles, les ban­quiers cen­traux qui créent
    la mon­naie amassent d’im­pres­sion­nantes for­tunes sur la large somme des inté­rêts col­lec­tés. Ce
    prin­cipe est, en essence, un trans­fert des biens de la majo­ri­té à une élite de quelques-uns. Les
    chefs de gou­ver­ne­ments pré­fèrent un tel sys­tème parce qu’il ne néces­site pas de bud­gets pour être
    équi­li­bré. Il est bien plus poli­ti­que­ment pra­tique d’emprunter, pour ensuite taxer direc­te­ment les
    citoyens​.es centrales

    « Par un pro­ces­sus conte­nu d’in­fla­tion, les gou­ver­ne­ments peuvent confis­quer, secrè­te­ment et de
    manière inob­ser­vée, une impor­tante part des biens de leurs citoyens… Il n’y a pas de plus subtil,
    de plus sûrs moyens de détour­ner les bases exis­tantes d’une socié­té que la débauche de la stabilité
    moné­taire. Le pro­ces­sus engage toutes les forces cachées des lois éco­no­miques du côté de la
    des­truc­tion, et le fait d’une manière que pas un homme sur un mil­lion n’est capable de
    diag­nos­ti­quer. »
    (John May­nard Keynes)

    Andrew Jack­son « tue » la banque :

    Le pré­sident Jack­son était un avo­cat des poli­tiques moné­taires qui s’ap­pli­quaient en accord et
    dans l’es­prit de la Consti­tu­tion. Il a accu­sé le sys­tème ban­caire cen­trale de géné­rer de la monnaie
    cou­rante contre de la dette.

    Jack­son a mené une inves­ti­ga­tion sur la seconde banque cen­trale des États-Unis, à pro­pos de quoi
    il dit éta­blie « la ques­tion que cette grande et puis­sante ins­ti­tu­tion puisse avoir ten­té activement
    d’in­fluen­cer les élec­tions d’of­fi­ciers publics par les moyens de sa monnaie. »

    En 1832, le slo­gan de ré-élec­tion d’An­drew Jack­son était « JACKSON and NO BANK ! » (Jack­son
    et pas de banque). Le 10 juillet 1832, le pré­sident Jack­son mis son veto sur la déci­sion du
    Congrès de renou­ve­ler la charte de la seconde banque des États-Unis.

    « Ce n’est pas seule­ment nos propres citoyens qui doivent rece­voir la liber­té de leur
    gou­ver­ne­ment. Plus de huit mil­lions des stocks de cette banque sont tenus par des étran­gers… N’y
    a t‑il aucun dan­ger pour notre liber­té et notre indé­pen­dance dans une banque qui a dans sa nature
    si peu de liens avec notre pays ? Contrô­lant notre mon­naie cou­rante, rece­vant nos monnaies
    publiques, et tenant des mil­liers de citoyens dans leur dépen­dance… Ce serait plus impressionnant
    et dan­ge­reux que le pou­voir mili­taire d’un enne­mi. »
    Pre­sident Andrew Jack­son, 10 juillet 1832.

    En 1833, le pré­sident Andrew Jack­son ordon­na à ses secré­taires du Tré­sor de ces­ser de déposer
    des fonds dans la banque cen­trale. Deux refu­sèrent d’o­béir, donc il s’en débar­ras­sa, l’un après
    l’autre, pour fina­le­ment trou­ver quel­qu’un qui accep­ta de le faire : Roger B. Taney, son mentor
    Attor­ney Gene­ral et le futur Chef de la Cours Suprême de Justice.

    En 1835, Jack­son paya le mon­tant final de la dette natio­nale. Il fut le pre­mier et seul pré­sident à
    l’a­voir jamais accom­pli. Quelques semaines plus tard, Richard Law­rence essaya de tirer sur
    Jack­son. Cepen­dant, les deux révol­vers n’at­tei­gnirent pas leur cible, et il fut arrê­té et jugé mais ne
    fut pas consi­dé­ré cou­pable pour rai­son d’in­sa­ni­té. Pré­ten­du­ment, il a dit à quelques amis que de
    riches per­sonnes d’Eu­rope l’a­vaient enga­gé pour faire cela et lui avaient pro­mis de le faire
    relâ­cher s’il était pris.

    http://​www​.meca​no​po​lis​.org/​w​p​-​c​o​n​t​e​n​t​/​u​p​l​o​a​d​s​/​2​0​0​9​/​0​2​/​l​h​i​s​t​o​i​r​e​-​d​e​s​-​b​a​n​q​u​e​s​-​c​e​n​t​r​a​l​e​s​-​a​m​e​r​i​c​a​i​n​e​s​-​p​d​f​.​pdf

    Réponse
  392. prabourdin

    Bon­jour ,

    Quel­qu’un trou­ve­rait-il du temps pour expli­quer com­ment le temple du capi­ta­lisme, les USA, a pu sor­tir de la crise des années 30 en construi­sant un for­mi­dable arse­nal gra­tui­te­ment pour le camp allié.. (Qui de l’An­gle­terre de l’Urss ou tout autre pays allié dans les mêmes affres de la pro­duc­tion d’armes qu’on ne vend pas, avaient encore des capi­taux pour ache­ter des armes américaines ?)

    Ceci pour indi­quer qu’une volon­té poli­tique peut être supé­rieure à l’é­co­no­mie. Quand on veut , on peut. Ce qui est à rap­pro­cher avec une puis­sance indus­trielle, méca­nique qui « s’au­to-pro­duit » et « s’au­to-ali­mente » avec de l’éner­gie « gra­tuite » (élec­tri­ci­té et pétrole). Et que c’est une bonne façon d’é­va­luer la puis­sance des machines asso­ciées à une volon­té politique.

    Je veux bien croire que cela à deman­dé des efforts consi­dé­rables de la part des américains.

    Mais il n’é­chap­pe­ra à per­sonne que cette pro­duc­tion par­fai­te­ment inutile en temps de paix serait conver­tible en pro­duc­tion agri­cole pour nour­rir la pla­nète, en édu­ca­tion adap­tée aux besoins de cha­cun, et en… liberté.

    Réponse
  393. Étienne

    Dette publique, débat confisqué
    Pour­quoi la France emprunte-t-elle sur les marchés ?

    par Ben­ja­min Lemoine, 
    le 12 février 2013

    http://​www​.lavie​de​si​dees​.fr/​D​e​t​t​e​-​p​u​b​l​i​q​u​e​-​d​e​b​a​t​-​c​o​n​f​i​s​q​u​e​.​h​tml

    Il faut ras­su­rer les inves­tis­seurs et les agences de nota­tion, ne cesse-t-on d’entendre depuis le début de la crise. Pour le socio­logue Ben­ja­min Lemoine, ces recom­man­da­tions sont tri­bu­taires d’une concep­tua­li­sa­tion pure­ment bud­gé­taire du pro­blème de la dette. Le recours aux mar­chés finan­ciers n’était en fait qu’une option par­mi d’autres qui s’est impo­sée dans les années 1980–1990.

    Les tech­niques de finan­ce­ment des États euro­péens sont rare­ment mises en cause au cours des débats por­tant sur le pro­blème de la dette publique. Au mieux, lorsque le finan­ce­ment de l’État est invo­qué, c’est pour s’enorgueillir qu’en dépit des dégra­da­tions de la note sou­ve­raine infli­gées par les agences (Stan­dard and Poor’s en jan­vier et Moody’s en novembre 2012), la France conti­nue de béné­fi­cier d’une signa­ture finan­cière de pres­tige et des taux d’emprunt par­mi les plus faibles consen­tis par le mar­ché, com­pa­ra­ti­ve­ment à la crise qui touche le reste de la zone euro. À la mécon­nais­sance du grand public pour ces opé­ra­tions répond leur grande nor­ma­li­té voire leur « natu­ra­li­té » dans les sec­teurs finan­ciers pri­vés et publics. 

    Cette « évi­dence » s’adosse à un récit par­ti­cu­lier des voies de finan­ce­ment légi­times de l’État, pro­duit par les vain­queurs de l’histoire, qui tend à effa­cer les traces d’instruments qui ont pu exis­ter par le pas­sé, notam­ment pen­dant les décen­nies pos­té­rieures à la Seconde Guerre mondiale.

    Après 1945, pen­dant la phase de recons­truc­tion de l’économie fran­çaise, un sys­tème très par­ti­cu­lier de finan­ce­ment de l’État, « le cir­cuit du Tré­sor », per­met­tait au Tré­sor d’éviter le recours au mar­ché dans le finan­ce­ment de la dépense publique.

    Le déman­tè­le­ment, à par­tir des années 1960, de ces méca­nismes admi­nis­trés d’alimentation de la tré­so­re­rie et le retour à des ins­tru­ments de mar­ché qui avaient cours au XIXe siècle, ont trans­for­mé dura­ble­ment les rela­tions entre l’État, l’économie et les mar­chés et ont ins­tal­lé une pro­blé­ma­ti­sa­tion bud­gé­taire des finances publiques [1].

    Les défi­cits publics sont deve­nus la cause exclu­sive de l’emballement de la dette, et le spectre des solu­tions envi­sa­gées par les gou­ver­nants, tant au niveau natio­nal qu’européen, s’est réduit autour de la dimi­nu­tion du défi­cit struc­tu­rel et de la stricte sur­veillance des volumes des dépenses publiques.

    L’oublié de l’histoire : le « cir­cuit du Trésor »

    Le recours à l’emprunt ou, plus pré­ci­sé­ment, à l’argent exté­rieur aux cir­cuits de dépôts moné­taires contrô­lés par l’administration fran­çaise des Finances, n’est qu’une option par­mi d’autres au sor­tir du second conflit mon­dial. Les mar­chés finan­ciers inter­na­tio­naux et la com­pé­ti­tion entre États pour s’y finan­cer sont alors inexis­tants. La notion même « d’endettement » de l’État ne s’est ré-expli­ci­tée en France qu’avec la réémer­gence, à par­tir des années 1970, des mar­chés obli­ga­taires.

    Si la dette est faible en volume à l’époque, ce n’est pas exclu­si­ve­ment à cause des faibles défi­cits mais c’est aus­si parce que le Tré­sor dis­pose d’une palette d’instruments variés qui rendent mar­gi­nal l’appel à l’emprunt, au demeu­rant tech­ni­que­ment peu déve­lop­pé. Les dis­po­si­tifs de tré­so­re­rie de la recons­truc­tion sont tour­nés avant toute chose vers la garan­tie d’un finan­ce­ment sécu­ri­sé et régu­lier des dépenses publiques consi­dé­rées comme néces­saires à l’expansion éco­no­mique et à l’objectif de « plein emploi ».

    L’État finance ses décou­verts pas­sa­gers en drai­nant de l’épargne et en col­lec­tant les res­sources moné­taires de son propre réseau, à la fois des par­ti­cu­liers mais aus­si des ins­ti­tu­tions bancaires.

    Dif­fé­rentes sources, appe­lées les « cor­res­pon­dants du Tré­sor », appro­vi­sionnent les caisses de l’État, qui avec son Tré­sor fonc­tionne comme une banque.

    D’une part, un réseau d’institutions finan­cières et ban­caires sous la tutelle du Tré­sor : la Caisse des dépôts et les Caisses d’épargne, le Cré­dit agri­cole, les grands orga­nismes spé­cia­li­sés (Cré­dit natio­nal, Cré­dit fon­cier de France).

    D’autre part, l’ensemble des ins­ti­tu­tions dont la tré­so­re­rie est, au plan juri­dique, obli­ga­toi­re­ment gérée par l’État (bud­gets annexes, éta­blis­se­ments publics et semi publics, col­lec­ti­vi­tés locales, par­ti­cu­liers et entre­prise) [2]. Ces dépôts assurent, de 1944 au milieu des années 1960, des « res­sources spon­ta­nées » au Tré­sor, qui les cen­tra­lise de façon pas­sive : les liqui­di­tés viennent à lui. 

    Les res­sources évo­luent en fonc­tion de l’inflation : plus la masse moné­taire aug­mente, plus les cor­res­pon­dants du Tré­sor ont poten­tiel­le­ment de liqui­di­tés à dépo­ser au Tré­sor, et plus le Tré­sor dis­pose de ressources. 

    Le cir­cuit du Tré­sor est ain­si un arran­ge­ment tech­nique et poli­tique par­ti­cu­lier : il per­met de cou­vrir les défi­cits de manière « auto­ma­tique », don­nant un carac­tère acces­soire au lan­ce­ment par l’État d’emprunts à moyen et long terme, et sur­tout en évi­tant aux auto­ri­tés de recou­rir aux avances de la Banque de France dont le relè­ve­ment du pla­fond est sou­mis à un vote par­le­men­taire [3].

    Émettre la dette publique « hors mar­ché » : Le dépôt des tré­so­re­ries est enfin com­plé­té par la sous­crip­tion « for­cée » de bons du Tré­sor par le sys­tème ban­caire. Le sys­tème dit des « plan­chers » contraint en effet les banques, à par­tir de 1948, à déte­nir dans leurs por­te­feuilles une pro­por­tion consé­quente de bons et à main­te­nir cette sous­crip­tion obli­ga­toire (celles-ci ne doivent pas des­cendre en-des­sous du « plancher »).

    Il s’agit d’un moyen de s’assurer que les banques ne délaissent pas les titres d’État. Le plan­cher contraint ces éta­blis­se­ments ban­caires à accroître le volume d’« effets publics » qu’ils détiennent en pro­por­tion de l’augmentation des dépôts dont ils béné­fi­cient. La sous­crip­tion aux bons du plan­cher est orga­ni­sée via un sys­tème déma­té­ria­li­sé : les banques détiennent des compte-cou­rants de bons du tré­sor à la Banque de France. Les émis­sions se font ain­si de façon conti­nue, « à gui­chets » ou « robi­nets » ouverts selon le jar­gon de l’époque.

    La ges­tion admi­nis­trée de la dette à court terme per­met­tait au Tré­sor de béné­fi­cier de res­sources dont il fixait lui-même le prix auto­ri­tai­re­ment, sans se confron­ter au libre jeu de l’offre et de la demande, et lui offrait sur­tout un levier de contrôle sur la masse moné­taire via l’orientation des dépôts bancaires.

    En cela, les moda­li­tés d’émission fran­çaises de dette à court terme (dite aus­si « dette flot­tante ») s’opposent aux émis­sions bri­tan­niques qui sont fon­dées sur un dis­po­si­tif de mar­ché, consis­tant à « mettre aux enchères » les bons, un mode de fonc­tion­ne­ment qui paraît alors exo­tique aux yeux de l’administration fran­çaise des Finances. Cette phase « hors mar­ché » dans le finan­ce­ment de l’État est en par­tie une réponse ad hoc à des contraintes immé­diates, la recons­truc­tion d’après-guerre et la ges­tion de l’argent du plan Mar­shall. Mais, en ins­tal­lant un contrôle de la masse moné­taire et de l’usage ban­caire des cré­dits cen­tra­li­sé au Tré­sor, ces ins­tru­ments de finan­ce­ment pro­duisent une cer­taine défi­ni­tion du rôle de l’État et contri­buent à rendre légi­time, aux yeux des auto­ri­tés, un cer­tain nombre d’interventions publiques dans l’économie.

    D’une dette admi­nis­trée à une dette de marché

    Les fonc­tions moné­taires et finan­cières sont au cours de cette période for­te­ment inté­grées au sein de l’État, le Tré­sor pou­vant à la fois sur­veiller les banques et finan­cer ses défi­cits budgétaires. 

    Pour l’historienne Laure Quen­nouëlle-Corre, la période 1948–1952 est un moment d’« arti­cu­la­tion entre le moné­taire, le finan­cier et l’économique effec­ti­ve­ment réa­li­sée dans les mis­sions dévo­lues au Tré­sor [4] ».

    Mieux, avec l’abondance des liqui­di­tés col­lec­tées à tra­vers le « cir­cuit », c’est la notion de dette elle-même qui ne semble pas aller de soi aux yeux des auto­ri­tés. Un flot­te­ment entre « dette à vue » (les dépôts au Tré­sor uti­li­sés comme res­source de finan­ce­ment) et dette finan­cière, contrac­tée auprès d’un tiers « exté­rieur », per­siste jusqu’en 1975 dans les cours de Jean-Yves Habe­rer, direc­teur du Tré­sor à par­tir de 1978. Ce der­nier évoque ain­si devant ses élèves de Sciences Po un cri­tère de « volon­ta­risme » afin de tra­cer les fron­tières de la dette et de l’emprunt : « Le Tré­sor emprun­teur trouve ses fron­tières dans le cri­tère du volon­ta­risme. Est emprunt tout appel volon­taire du Tré­sor à l’endettement externe.

    Sont donc exclus les comptes cré­di­teurs (les dépôts au Tré­sor), bien qu’ils consti­tuent, pour le Tré­sor, une dette, le plus sou­vent à vue [5] ». Ce n’est qu’à par­tir des années 1960, qui marquent le début du déman­tè­le­ment pro­gres­sif du cir­cuit du tré­sor et des ins­tru­ments admi­nis­trés, et l’émergence d’un recours aux mar­chés pour finan­cer l’État, que la notion de « dette » se pré­cise et la fron­tière entre res­sources « moné­taires » et « non moné­taires » dans le finan­ce­ment du Tré­sor s’explicite. À mesure que la dimi­nu­tion de l’inflation et le sou­ci des limites moné­taires de l’État deviennent une prio­ri­té sur l’agenda des pou­voirs publics – au détri­ment de l’objectif de crois­sance et de plein emploi –, l’intégration des fonc­tions moné­taires et finan­cières au sein du Tré­sor est mise en crise.

    Les finan­ce­ments admi­nis­trés et les faci­li­tés de tré­so­re­rie qu’elles per­mettent pour cou­vrir les défi­cits sont accu­sés par les réfor­ma­teurs libé­raux du Tré­sor de lais­ser filer l’inflation en encou­ra­geant l’indiscipline moné­taire et bud­gé­taire de l’État. Le dis­po­si­tif de mar­ché doit contri­buer à cla­ri­fier la fron­tière entre res­sources « moné­taires » et « non moné­taires », en dis­tin­guant plus pré­ci­sé­ment entre l’argent col­lec­té à l’extérieur, et l’argent pro­duit au sein du cir­cuit du Tré­sor. Pour les auto­ri­tés, la mise en mar­ché du finan­ce­ment de l’État fonc­tionne ain­si comme un moyen d’enrayer l’inflation.

    La réin­ven­tion de l’adjudication : Dès les pre­mières années de la Ve Répu­blique, le dis­po­si­tif des plan­chers de bons du Tré­sor est assou­pli jusqu’à être enter­ré avec la sub­sti­tu­tion pour l’émission des bons du Tré­sor du sys­tème de l’adjudication – la mise aux enchères des titres d’État –, cal­qué sur le modèle bri­tan­nique. Plu­sieurs vagues d’attaques réfor­ma­trices visent à neu­tra­li­ser le rôle moné­taire du Trésor.

    Tout d’abord avec une série d’expérimentations menées dans les années 1960, au moment où les thèses de Jacques Rueff sur « l’illusion moné­taire », ou la dupe­rie que consti­tue­rait selon ce der­nier un finan­ce­ment de l’économie par la mon­naie, trouvent un cer­tain écho auprès du géné­ral de Gaulle. Enfin, les réformes dites « Debré-Habe­rer » de 1966 à 1968 – Michel Debré est ministre de l’Économie et des Finances et Jean-Yves Habe­rer son conseiller au cabi­net, donnent le coup de grâce aux « bons du plan­cher [6] ».

    L’introduction de l’adjudication et la sup­pres­sion du plan­cher se font contre la volon­té même de la direc­tion du Tré­sor et des ser­vices à l’époque. Habe­rer parle expli­ci­te­ment de l’objectif de « déman­te­ler le cir­cuit [et] tous ces méca­nismes auto­ma­tiques qui fai­saient que le Tré­sor, sans bou­ger le petit doigt, était irri­gué de liqui­di­tés qui lui arri­vaient de tous les cir­cuits finan­ciers fran­çais [7] ».

    Pour l’inspirateur prin­ci­pal de ces muta­tions, qui devien­dra direc­teur du Tré­sor, ces réformes ont consis­té à « obli­ger l’État », ce qui n’allait pas de soi à l’époque, à « vivre comme un emprun­teur, c’est-à-dire à se poser les ques­tions de l’emprunteur sur le coût de l’emprunt et le ser­vice de la dette ». La réémer­gence d’un dis­po­si­tif de mar­ché – qui rend pos­sible la confron­ta­tion d’une offre et une demande d’emprunts publics – cla­ri­fie la notion même d’endettement du Tré­sor vis-à-vis de l’extérieur et pro­duit un État sou­cieux du « prix » de son finan­ce­ment et vigi­lant quant à sa taille bud­gé­taire et ses contours monétaires :

    « Le jour où il y a la sup­pres­sion des plan­chers de bons du Tré­sor, Mau­rice Pérouse [le direc­teur du Tré­sor] dit : “Mais ma tré­so­re­rie, mais com­ment est-ce qu’on va finan­cer le Tré­sor ?” – “Par les taux ! Vous paie­rez le taux qu’il faut […] Mais cela va coû­ter plus cher. Du coup, l’État, au lieu de se dire, je fais ce que je veux, va être obli­gé d’y regar­der d’un peu plus près quand il s’endette, puisque la dette publique, c’est une mai­son de cris­tal, c’est devant le Par­le­ment [8] ».

    Que le finan­ce­ment de la tré­so­re­rie « coûte » quelque chose – le coût étant maté­ria­li­sé par les taux du mar­ché –, que ce prix soit impo­sé par le mar­ché, et que ce prix soit « juste », « néces­saire » – « vous paie­rez le taux qu’il faut » – au bon com­por­te­ment moné­taire, bud­gé­taire, et finan­cier de l’État, voi­là un ensemble de normes qu’il a fal­lu impo­ser. Avec la trans­for­ma­tion d’un ins­tru­ment de tré­so­re­rie, on assiste à la sépa­ra­tion des fonc­tions moné­taires et finan­cières au sein de l’État.

    Peu à peu, le contrôle de la masse moné­taire, des dépôts ban­caires, et du cré­dit d’une manière géné­rale, est exter­na­li­sé, en confé­rant plus d’autonomie aux banques et un rôle plus impor­tant à la Banque de France.

    Les années 1970 pour­suivent le déve­lop­pe­ment du recours aux res­sources exté­rieures, les experts des Finances s’efforçant de déve­lop­per la part des « finan­ce­ments non moné­taires », via le mar­ché obli­ga­taire, en pri­vi­lé­giant la dette à moyen et long terme (la dette conso­li­dée) par rap­port à la dette contrac­tée auprès du sys­tème ban­caire (la dette flottante). 

    Les conven­tions ini­tiales de dis­ci­pline moné­taire et finan­cière du Tré­sor qui jus­ti­fiaient l’appel au mar­ché dans le finan­ce­ment de la tré­so­re­rie n’apparaîtront plus en tant que tel au moment du virage socia­liste de la rigueur de 1983, et du mou­ve­ment de libé­ra­li­sa­tion des mar­chés finan­ciers qui a suivi.

    Après 1985 et la libé­ra­li­sa­tion des mar­chés de capi­taux, le déve­lop­pe­ment d’une dette de mar­ché à moyen et long terme devient la réponse froide et exclu­sive à une « néces­si­té tech­nique » : le besoin de finan­ce­ment des défi­cits bud­gé­taires de l’État.

    Puisque les ins­tru­ments de tré­so­re­rie sont écar­tés de la contro­verse et le recours au mar­ché « natu­ra­li­sé », la « rai­son bud­gé­taire » – l’échec de la relance bud­gé­taire socia­liste de 1981 et la récur­rence des défi­cits publics – s’impose comme la cause exclu­sive de l’emballement de la dette publique.

    Les réformes des ins­tru­ments de la tré­so­re­rie d’État restruc­turent peu à peu les rap­ports de pou­voir entre l’État, les banques et les mar­chés de l’argent, ain­si que la concep­tion de leurs rôles par les hauts fonc­tion­naires. Le sys­tème de finan­ce­ment admi­nis­tré est assi­mi­lé par les nou­velles géné­ra­tions de hauts fonc­tion­naires à un ves­tige du « droit féo­dal », un dis­po­si­tif de « vas­sa­li­sa­tion » des banques par la pos­ture de « sei­gneur » du Tré­sor [9]. La rup­ture avec les aînés du Tré­sor et la période de l’après-guerre est consommée.

    Le Plan, les contrôles du Tré­sor, l’encadrement du cré­dit deviennent autant de pro­cé­dures « tota­li­taires », d’« archaïsmes », bref de pures machines de pou­voir dont la jus­ti­fi­ca­tion éco­no­mique, tech­nique et poli­tique s’amenuise. Le déman­tè­le­ment pro­gres­sif du cir­cuit ne tient donc pas exclu­si­ve­ment à ses « dys­fonc­tion­ne­ments », mais s’inscrit dans le cadre d’un pro­jet de dis­ci­pline moné­taire et bud­gé­taire de l’État, tout par­ti­cu­liè­re­ment dans les années 1970 quand le taux d’inflation est à deux chiffres.

    Faire com­merce de sa dette

    Le pro­ces­sus de mise en mar­ché de la dette s’est pour­sui­vi jusqu’à nos jours. 
    Une fois admise la néces­si­té de recou­rir à des finan­ce­ments non infla­tion­nistes, com­pris comme des res­sources non admi­nis­trées, la stra­té­gie des pou­voirs publics fran­çais consiste à situer le pays à la pointe du déve­lop­pe­ment des mar­chés de l’épargne obligataire. 

    La solu­tion aux défi­cits publics réside donc dans l’investissement de l’administration du Tré­sor et des pou­voirs publics dans la conquête de tech­no­lo­gies d’emprunts concurrentielles. 

    Pour dimi­nuer le coût de la charge de la dette émise sur les mar­chés, et effec­tuer des éco­no­mies d’échelles, il convient d’amplifier la mise en mar­ché de la dette d’État : émettre de gros volumes d’emprunt faci­le­ment dis­po­nibles et rapi­de­ment échangeables. 

    C’est ain­si qu’une fois les options de finan­ce­ments admi­nis­trés du Tré­sor ense­ve­lies, le déve­lop­pe­ment des mar­chés finan­ciers inter­na­tio­naux se pré­sente comme l’unique solu­tion dis­po­nible pour les pou­voirs publics, pré­ci­sé­ment au moment où, au milieu des années 1980, les défi­cits publics accu­mu­lés semblent se trans­for­mer en un véri­table « mur d’argent [10] ».

    Un pro­duit finan­cier sédui­sant : À par­tir de juin 1985, le sys­tème de « l’adjudication » s’étend de la dette à court terme aux emprunts d’État à moyen et long terme [11]. Les tech­niques de vente, la géné­ra­li­sa­tion de l’adjudication et la sophis­ti­ca­tion des pro­duits « sou­ve­rains » trans­forment le public de la dette : seuls les éta­blis­se­ments de cré­dit titu­laires d’un compte en espèces à la Banque de France peuvent par­ti­ci­per aux adjudications. 

    Ces inno­va­tions consistent à doter la dette de carac­té­ris­tiques sédui­santes pour les inves­tis­seurs. Ain­si, les emprunts publics dif­fu­sés par les banques, les bureaux de poste et les per­cep­tions, et sous­crits par les par­ti­cu­liers qui les détiennent « en phy­sique » et qui « décou­paient leurs cou­pons », dis­pa­raissent peu à peu, notam­ment sous l’effet de la déma­té­ria­li­sa­tion des titres et de la pro­fes­sion­na­li­sa­tion des mar­chés de dette publique. 

    Le par­ti­cu­lier est invi­té à s’intéresser aux contrats d’assurances et aux SICAV plu­tôt qu’aux obli­ga­tions d’État « en direct », et ce sont les ins­ti­tu­tions finan­cières natio­nales et inter­na­tio­nales qui détiennent la dette sou­ve­raine – comme par exemple les com­pa­gnies d’assurances ou les fonds obli­ga­taires inter­na­tio­naux. Les ins­tru­ments de dette stan­dar­di­sés, faci­le­ment cotables et liquides, que le Tré­sor fran­çais s’évertue à mettre en place s’inspirent lar­ge­ment du « modèle amé­ri­cain » pour lequel les hauts fonc­tion­naires confessent leur admiration. 

    Le sys­tème impor­té d’outre-Atlantique se décom­pose en trois ins­tru­ments, « bills, notes et bonds » – qui don­ne­ra en France les BTF, BTAN et OAT [12] –, qui cor­res­pondent à des matu­ri­tés de dettes (durée de vie des emprunts) dif­fé­rentes – sché­ma­ti­que­ment, court, moyen et long terme.

    Au nom de la conquête de la liqui­di­té et de la com­pé­ti­ti­vi­té de la dette fran­çaise, les « Tré­so­riens » réa­lisent des opé­ra­tions de mar­ke­ting à l’échelle inter­na­tio­nale, ce qu’on appelle des road shows, au cours des­quels la dette est pré­sen­tée aux créan­ciers – des fonds obli­ga­taires, des inves­tis­seurs institutionnels. 

    L’État consti­tue autour de lui, à par­tir de 1987, un réseau de banques « par­te­naires », un club char­gé de « tenir le mar­ché » (le « mar­ket making »), c’est-à-dire de par­ti­ci­per aux adju­di­ca­tions de façon régu­lière, de contri­buer à la réflexion finan­cière de l’État et d’animer le mar­ché de l’occasion sur les titres d’État.

    La créa­tion de ce réseau ban­caire, dénom­mé « spé­cia­listes en valeurs du Tré­sor », est aus­si un for­mat impor­té des États-Unis où l’on parle de pri­ma­ry dea­ler pour dési­gner les banques tra­vaillant auprès de la Banque fédé­rale amé­ri­caine – des « dea­lers de proxi­mi­tés ».

    Les tech­niques d’émission de la dette publique deviennent poli­ti­que­ment inco­lores au sein de l’appareil d’État. Syl­vain de Forges, ancien direc­teur de l’agence de la dette au Tré­sor s’étonne et se féli­cite rétros­pec­ti­ve­ment d’avoir par­ti­ci­pé à la vente, l’exportation et la cir­cu­la­tion à tra­vers le monde d’une « dette socialiste » :

    « On inter­na­tio­na­lise le mar­ché, avec des non-rési­dents, des fonds de pen­sion japo­nais, amé­ri­cains, ou wha­te­ver. Des gens qui n’auraient jamais ima­gi­né, un quart de seconde, ache­ter un papier émis par un gou­ver­ne­ment socia­liste. Et en plus fran­çais ! Une des pires réfé­rences pos­sibles dans ce domaine ! In fine, on aura plus de 60 %, déjà à cette période, de la dette publique por­tée par des non-rési­dents. C’est socia­liste, ça passe bien et puis ça clone [13] ».

    Aux côtés des ban­quiers qui orga­nisent ces ani­ma­tions com­mer­ciales, et cette fois non plus en sei­gneurs mais en « par­te­naires », les repré­sen­tants du Tré­sor se livrent en « VRP de la Répu­blique » à des démons­tra­tions d’efficacité de l’émission de dette fran­çaise à tra­vers le monde, des­ti­nées à obte­nir la confiance des inves­tis­seurs pri­vés dans le cré­dit de l’État. Par­cou­rir le Japon, les pays du Golfe, la Chine non-conti­nen­tale, le Moyen-Orient, les Etats-Unis, etc., consti­tue dans les années 1990 et 2000 l’occasion de mani­fes­ter la moder­ni­té finan­cière du pays.

    Les fon­da­tions de ce mar­ché sont sou­te­nues par le volon­ta­risme poli­tique des ministres des Finances suc­ces­sifs, de droite comme de gauche, qui se mettent au ser­vice de l’innovation tech­no­lo­gique sur les pro­duits obli­ga­taires. La course à l’innovation finan­cière est com­prise par les ministres comme l’affirmation d’une puis­sance de la place finan­cière de Paris. 

    Et, de leur côté, les hauts fonc­tion­naires se mettent au ser­vice des repré­sen­tants poli­tiques en per­met­tant un finan­ce­ment de l’État par emprunts et au moindre coût, évi­tant ain­si « au poli­tique » une réduc­tion « bru­tale » de la dépense publique.

    La créa­tion de l’Agence France Tré­sor : La dette concur­ren­tielle et per­for­mante consti­tue donc une solu­tion qui s’accompagne, de sur­croît, d’une « moder­ni­sa­tion » de l’administration publique. La mise en mar­ché de la dette publique atteint un point limite au début des années 2000 lorsque Laurent FABIUS, ministre de l’Économie et des Finances, envi­sage de créer une agence de la dette « auto­nome » vis-à-vis de l’État.

    L’idée d’une agence exté­rieure au minis­tère des Finances consiste à pous­ser jusqu’à son terme la logique de sépa­ra­tion – voire de dés­in­té­gra­tion – des fonc­tions finan­cières, moné­taires et bud­gé­taires au sein de l’État. Puisque la dette est émise sur des mar­chés finan­ciers pro­fes­sion­na­li­sés, avec des pro­duits néces­si­tant une connais­sance inten­sive des mar­chés – des banques et de la haute finance –, il paraît alors oppor­tun de déta­cher le ser­vice de ges­tion de la tré­so­re­rie du minis­tère des Finances et du pou­voir politique.

    Le décou­page des fonc­tions de l’État est ain­si défen­du par l’équipe de Laurent Fabius comme un signal fort de « cré­di­bi­li­té » et de « sérieux » – per­met­tant « d’éviter les risques de conflits d’intérêts » et d’améliorer la « trans­pa­rence de la ges­tion » – ; bref, un mes­sage adres­sé aux poten­tiels créan­ciers de l’État français.

    Pour Benoît Cœu­ré, direc­teur géné­ral de l’Agence France Tré­sor (AFT) de 2006 à 2008, il s’agissait de « déli­mi­ter les man­dats dans les dif­fé­rents champs d’action de l’État [14] ». Le temps long de l’émetteur, et la néces­saire « confiance des inves­tis­seurs », sont com­pris comme de nature à entrer en « contra­dic­tion » avec les autres ser­vices de l’État, notam­ment les minis­tères sec­to­riels, dits péjo­ra­ti­ve­ment « dépen­siers » par le minis­tère des Finances. L’Agence France Tré­sor pro­longe « natu­rel­le­ment » l’indépendance de la Banque de France, réa­li­sée en 1993 par Edmond Alphan­dé­ry, ministre de l’Économie dans le gou­ver­ne­ment d’Édouard Balladur.

    Mais l’option de l’externalisation de l’agence fait sur­gir une contro­verse par­mi les « Tré­so­riens », les hauts fonc­tion­naires du Tré­sor. L’agence tota­le­ment auto­nome et déta­chée du minis­tère des Finances n’emportant pas l’adhésion de son pre­mier direc­teur, Syl­vain de Forges, il est fina­le­ment déci­dé de créer for­mel­le­ment ladite agence tout en conser­vant celle-ci au sein du minis­tère des Finances, mais en la dotant de capa­ci­tés bud­gé­taires consé­quentes, ain­si que d’un ser­vice de com­mu­ni­ca­tion dédié.

    L’un des inté­rêts pour les « Tré­so­riens » de main­te­nir l’Agence au cœur de l’administration est de réper­cu­ter en interne la contrainte finan­cière, incar­née par les taux d’intérêt sur la dette et les exi­gences des inves­tis­seurs, dans les enjeux de négo­cia­tion bud­gé­taire avec les minis­tères « dépen­siers ». Le Tré­sor se com­porte comme le « direc­teur finan­cier » de la « grande entre­prise État », et tente de bali­ser auprès des repré­sen­tants poli­tiques les « bons » choix, ceux qui emportent avec eux le moins de per­tur­ba­tions sur la signa­ture finan­cière de l’État.

    Un des fonc­tion­naires de l’AFT explique par exemple qu’il pré­sen­tait aux clients poten­tiels de la dette fran­çaise un gra­phique démon­trant la dimi­nu­tion du nombre de jours de grève en France depuis les années 1980.

    La ges­tion « com­par­ti­men­tée » de la dette sur les mar­chés finan­ciers per­met de ras­su­rer les inves­tis­seurs sur la sta­bi­li­té de l’émetteur de dette fran­çaise, de même que le main­tien du Tré­sor au sein de l’administration fonc­tionne comme une inci­ta­tion à la réforme du corps social et aux trans­for­ma­tions des poli­tiques publiques orien­tées vers la conser­va­tion des inté­rêts et de la confiance des créanciers.

    La dette publique n’est pas qu’un pro­blème budgétaire

    Le cloi­son­ne­ment des fonc­tions moné­taires, bud­gé­taires et comp­tables au sein de l’État désar­ti­cule les dif­fé­rentes facettes du pro­blème en rigi­di­fiant la fron­tière entre, d’un côté, des tech­niques finan­cières de vente de la dette sur les mar­chés peu mises en cause et, de l’autre, l’accusation du volume exces­sif de dépenses publiques.

    Les rôles de cha­cun des pro­ta­go­nistes est orga­ni­sé en ver­tu de scripts balisés : 

    (i) la fonc­tion de contrôle quan­ti­ta­tif de la masse moné­taire est prise en charge par une banque cen­trale indé­pen­dante, désor­mais à l’échelle euro­péenne, le Tré­sor n’exerce plus direc­te­ment de res­pon­sa­bi­li­té moné­taire et vient col­lec­ter ses res­sources sur un mar­ché pri­vé qui lui est « extérieur ». 

    (ii) Le ser­vice réga­lien d’émission de la dette d’État est tenu, en ce qui concerne les postes expo­sés, par des hauts fonc­tion­naires de plus en plus « par­te­naires » des opé­ra­teurs de marché. 

    (iii) Les repré­sen­tants poli­tiques sou­tiennent l’innovation finan­cière et le déve­lop­pe­ment de la « place » de Paris dans l’intérêt com­pé­ti­tif de la France, afin de réduire le coût de la dette et d’assurer, selon eux, la « sur­vie » des ser­vices publics, c’est-à-dire en pré­fé­rant une dimi­nu­tion consen­tie à une réduc­tion bru­tale des dépenses sociales.

    Ces trois dyna­miques se com­plètent mutuel­le­ment pour natu­ra­li­ser le finan­ce­ment de l’État sur les mar­chés finan­ciers – en fai­sant de ce pro­ces­sus his­to­rique et contin­gent une don­née « fonc­tion­nelle », et donc indis­cu­table, du pay­sage éco­no­mique.

    Contre la natu­ra­li­sa­tion de la ges­tion « en mar­ché » de la dette publique, l’histoire des réformes – tech­niques, poli­tiques et idéo­lo­giques – qui ont don­né nais­sance à un dis­po­si­tif « non admi­nis­tré » d’émission de la dette est en mesure de redon­ner du souffle aux options ense­ve­lies sous le poids de l’histoire dominante.

    Une telle his­toire plu­rielle, qui res­ti­tue leur force aux alter­na­tives enfouies, plaide pour rendre la dette véri­ta­ble­ment « publique », c’est-à-dire pour que le conflit poli­tique et la dis­cus­sion démo­cra­tique ne s’investissent plus exclu­si­ve­ment à l’intérieur d’un espace de choix struc­tu­ré par une ver­sion uni­di­men­sion­nelle et bud­gé­taire du pro­blème de la dette ; une ver­sion qui foca­lise l’attention des pou­voirs natio­naux et euro­péens sur le poids des dépenses publiques en rédui­sant l’État social à un far­deau impro­duc­tif repor­té de géné­ra­tion en génération.

    Ben­ja­min Lemoine , le 12 février 2013

    Pour citer cet article :
    Ben­ja­min Lemoine, « Dette publique, débat confis­qué. Pour­quoi la France emprunte-t-elle sur les mar­chés ? », La Vie des idées, 12 février 2013. ISSN : 2105–3030. URL : http://​www​.lavie​de​si​dees​.fr/​D​e​t​t​e​-​p​u​b​l​i​q​u​e​-​d​e​b​a​t​-​c​o​n​f​i​s​q​u​e​.​h​tml

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    Notes

    [1] Cf. Ben­ja­min Lemoine, Les Valeurs de la dette. L’État à l’épreuve de la dette publique. Thèse de doc­to­rat (CSI – Mines Paris­Tech), 2011.

    [2] Par exemple les comptes chèques pos­taux ain­si que les fonds par­ti­cu­liers dépo­sés dans un compte au Tré­sor. Cf. Antoine Cou­tière, Le Sys­tème moné­taire fran­çais, pré­face d’André Delattre, Paris, Economica,1977, p. 15.

    [3] Les éco­no­mistes Jean-Pierre Patat et Michel Lut­fal­lah résument la période qui va de 1946 à 1951 sous le titre sui­vant : « La recons­truc­tion payée par la mon­naie » : Jean-Pierre Patat et Michel Lut­fal­lah, His­toire moné­taire de la France au XXe siècle, Paris, Economica,1986, p. 121.

    [4] Laure Quen­nouëlle-Corre, La Direc­tion du Tré­sor, l’État ban­quier et la crois­sance 1947–1967, Paris, CHEFF, 2000, p. 130.

    [5] Jean-Yves Habe­rer, Le Tré­sor et la poli­tique finan­cière, cours aux élèves de l’IEP Paris, 1975–1976, sec­tion : « Le tré­sor emprun­teur », p. 110.

    [6] Le pas­sage de Michel Debré rue de Rivo­li est mar­qué par de nom­breuses réformes qui donnent plus d’autonomie aux banques dans leur allo­ca­tion du cré­dit aux auto­ri­tés admi­nis­tra­tives et pour­suivent la remise en cause du cir­cuit du Tré­sor. Les plan­chers subissent un der­nier assaut : les bons du plan­cher sont défi­ni­ti­ve­ment sup­pri­més en 1967 et Mau­rice Pérouse quitte la direc­tion du Trésor.

    [7] Extraits d’entretiens de Laure Quen­noüelle-Corre avec Jean-Yves Habe­rer, Archives orales du CHEFF, réa­li­sés en 1995.

    [8] Ibid.

    [9] En 1975, J.-Y. Habe­rer décrit à ses élèves le Tré­sor comme un « sei­gneur » qui com­mence à avoir de sérieux « scru­pules » vis-à-vis de ses pou­voirs exor­bi­tants (Le Tré­sor et la poli­tique finan­cière, cours aux élèves de l’IEP Paris, 1975–1976).

    [10] On a par­lé, pour en sou­li­gner l’ampleur, des trans­for­ma­tions finan­cières entre­prises à cette époque, comme celles du « big bang » finan­cier. Cf. Phi­lip G. Cer­ny, « The Lit­tle Big Bang in Paris : Finan­cial Mar­ket Dere­gu­la­tion in a Diri­gist Sys­tem », Euro­pean Jour­nal of Poli­ti­cal Research, vol 17, n° 2, mars 1989.

    [11] Ces emprunts (l’emprunt Gis­card de 1974 indexé sur l’or, etc.) étaient régis aupa­ra­vant par le sys­tème dit de la « prise ferme » : au lieu d’une confron­ta­tion entre une offre (d’émission) et une demande (de sous­crip­tion) par la vente aux enchères (l’adjudication), l’État man­da­tait les banques, réunies en « syn­di­cat » (on parle de « syn­di­ca­tion »), qui ache­taient la tota­li­té d’un emprunt et devaient le pla­cer inté­gra­le­ment ensuite auprès des investisseurs.

    [12] “Bills” = billets du Tré­sor ; “Notes” = moyen terme ; “Bonds” = obli­ga­tions du Tré­sor. En fran­çais, cela se décom­pose ain­si : BTF = bons du Tré­sor à taux fixe et à inté­rêts pré­comp­tés ; BTAN = bons du Tré­sor à inté­rêts annuels ; et OAT = obli­ga­tions assi­mi­lables du Trésor.

    [13] Entre­tien avec l’auteur, 2009.

    [14] Benoît Cœu­ré, « L’agence de la dette quatre ans après », Revue fran­çaise de finances publiques, 2005.

    Source : http://​www​.lavie​de​si​dees​.fr/​D​e​t​t​e​-​p​u​b​l​i​q​u​e​-​d​e​b​a​t​-​c​o​n​f​i​s​q​u​e​.​h​tml

    Réponse
  394. Anselme

    Cher Mon­sieur Chouard,

    Je vous écoute avec atten­tion depuis quelques mois.
    Vos vidéos très péda­go­giques sur la créa­tion moné­taire m’ont don­né des notions en éco­no­mie et m’ouvre au débat.
    Je suis per­sua­dé que c’est dans la contra­dic­tion que l’on évo­lue et je vous remer­cie de mettre à bas, mes argu­men­taires reçus dans le cadre d’une édu­ca­tion stan­dard de lycée publique.

    Je m’intéresse depuis peu à cette fameuse loi de 1973, notam­ment depuis que ce débat sur la dette publique nous est impo­sé dans les médias ; en nous culpa­bi­li­sant comme les res­pon­sables de la dépense publique alors que j’ai l’im­pres­sion que l’on a ten­dance à confondre dette et defi­cit publique et que le véri­table défi­cit publique n’est pas si extreme.

    Cepen­dant j’a­voue ne pas avoir encore assez de cordes à mon arc pour com­prendre tous les liens que peut avoir cette loi avec la dette actuelle de notre société.

    Ce mes­sage pour vous dire que j’at­tend avec impa­tience ce billet que vous annon­cer en préparation.

    Voi­ci quelques ques­tions que je me pose en tant que citoyen ordi­naire, mal­heu­reu­se­ment trop novice en éco­no­mie et je m’en excuse.

    Tout d’a­bord ai-je rai­son de lier le fait que la sphère poli­ti­co-média­tique nous fait culpa­bi­li­ser sur les dépenses de l’é­tat alors que le deuxième poste prin­ci­pale des des dépenses sont les inté­rêts de la dette ?
    Pour­quoi, ce poste de dépense n’est jamais mis en avant ? Ou est-ce une mau­vaise approche ?

    Ega­le­ment, peut-être allez-vous pou­voir éclair­cir ma confu­sion sur cette fameuse loi.
    Selon les argu­ments répé­tés dans ma scolarité,un telle loi aurait pour but de limi­ter l’in­fla­tion et le syn­drome de la planche à billet qui est parait-il une chose négative.

    Ega­le­ment, je n’ar­rive pas à savoir si de nos jours la france est obli­gée d’emprunter sur les mar­chés finan­ciers pour finan­cer ses dépenses ?
    Si oui, quels sont les acteurs prin­ci­paux déten­teurs de nos créances ?

    Enfin je n’ar­rive pas à savoir s’il est pos­sible éco­no­mi­que­ment de refu­ser de payer le res­tant du et de s’o­rien­ter vers un sys­tème de finan­ce­ment direc­te­ment auprès des banques cen­trales ? et si les consé­quences éco­no­miques d’un tel choix serait aus­si catas­tro­phique qu’on nous le dit.

    Enfin, dans le cas ou nous res­te­rions sur un sys­teme eco­no­mique similaire,je n’ar­rive pas à savoir si avec un résul­tat posi­tif de l’é­tat (aux alen­tours de 3 pourcent), sur les 20 pro­chaines années, le poid de la dette et des inté­rêts bais­se­rait significativement ?

    En vous remer­ciant une nou­velle fois pour vos inter­ven­tions qui me font réflé­chir moi et mes amis et sur les­quelles j’es­père conti­nuer de faire évo­luer mes opinions.

    Réponse
  395. Étienne

    Les banques, une mafia qui a pris le pouvoir !

    Débat ani­mé et inté­res­sant, avec Nico­las Dupont-Aignan, Michel Rocard, Jacques Sapir, deux jeunes citoyens (dont un éveillé et un UMP), et l’af­freux Domi­nique Seux (odieux valet des banques depuis des années 🙂 ) :


    Les banques, une mafia qui a pris le pou­voir ! par dlrtv

    On y parle sépa­ra­tion des banques d’af­faires et des banques de dépôt, de la loi de 1973, de la créa­tion moné­taire confis­quée par les banques pri­vées, des inté­rêts illé­gi­times sur la dette publique, de la spé­cu­la­tion qui a pris la place de l’in­ves­tis­se­ment et des banques qui ne financent plus l’é­co­no­mie réelle, de la scan­da­leuse auto­ges­tion du sec­teur ban­caire, etc. 

    Inté­res­sante passe d’armes. Sapir est pas­sion­nant, NDA est très en forme, Rocard est car­ré­ment deve­nu une grou­pie d’An­dré-Jacques Hol­becq Yeesss 🙂 et l’af­freux Domi­nique Seux est plus affreux que jamais 🙂

    Lior et Maga­li ont encore du bou­lot pour expli­quer que la loi de 1973 n’a rien chan­gé du tout 😉

    Étienne.

    Réponse
  396. Ana Sailland

    Voi­ci que sur un grand media on aborde des thèmes fon­da­men­taux qui jus­qu’à pré­sent étaient cachés au public. C’est une excel­lente nouvelle !

    Et en effet, il y a une migra­tion de la pen­sée de cer­tains diri­geants vers la contes­ta­tion de ce dont ils furent com­plices, c’est le moins qu’on puisse dire.

    Je remarque qu’on n’a­borde pas le thème de la mon­naie inter-entre­prises, telle qu’en Suisse (cf le Wir) (Tant qu’à sépa­rer les acti­vi­tés des banques, pour­quoi ne pas sépa­rer les fonc­tions de la mon­naie …, afin d’é­vi­ter la pro­pa­ga­tion des mala­dies d’un sec­teur à l’autre)

    A pro­pos de la fameuse phrase de FH durant sa cam­pagne, j’a­vais cru un ins­tant, naï­ve­té opti­miste, qu’il avait com­pris, plus grave que le concept de mafia ici abor­dé, que l’es­pèce humaine aban­donne son libre arbitre à des « per­sonnes morales », qui ne sont pas les affreux, car si ces der­niers sont humains, donc récu­pé­rables, elles, ne sont ni humaines, ni mora­li­sables. … Je me sens un peu seule là, concer­nant la per­cep­tion d’une prise de pou­voir par une com­pul­sion cyber­né­tique, mais bon 😉

    @Étienne : pitié : ce cha­pitre devient trop volu­mi­neux, et sans un super ADSL, on n’y accède pas faci­le­ment. Il fau­drait le scinder .…

    Réponse
  397. AlainR

    Une mon­naie actuel­le­ment n’a d’autre valeur que le cré­dit qu’elle a auprès de celles et ceux qui l’utilisent. 

    Une mon­naie uti­li­sée par les citoyens d’une ou de nation(s) est donc en soi un *bien public*, par nature. 

    Si c’est un bien public, alors la mise en route de la planche à billets et l’u­ti­li­sa­tion de cette mon­naie créée doivent être déci­dées *démo­cra­ti­que­ment* (au sens Chouard). 

    Et si c’est un bien public, alors cette mon­naie créée n’a pas à rap­por­ter le moindre inté­rêt à une quel­conque struc­ture privée.

    ===

    Est-ce que ce texte contient des erreurs (au sens large) ?

    Réponse
  398. Ana Sailland

    En effet, le loyer de l’argent émis ex nihi­lo consti­tue de fait un impôt sur la vie, per­ma­nent et conti­nu, un impôt seigneurial.

    Bien­ve­nue au club 🙂

    Réponse
  399. Ana Sailland

    Si les états encais­saient eux-mêmes le loyer de l’argent, hors tout autre amé­na­ge­ment, la dette des pays de la zone euro serait épon­gée en …?… années environ.

    Pour savoir :

    dettes / ( Masse scrip­tu­rale * taux moyen )

    Je crois que ça donne dans les 15 ans.

    Les spé­cia­listes pour­ront faire un cal­cul plus précis 😉

    Réponse
  400. Ana Sailland

    Les sommes en jeu ne per­met­traient pas de finan­cer à elles seules le reve­nu inconditionnel .…. 🙁

    Réponse
  401. pihl82

    @410 mer­ci Etienne, j’avais lou­pé l’émission.

    Un petit film d’animation très instructif.

    Réponse
  402. pihl82

    20 juin 1815 : « coup de bourse » de N. Roth­schild après la bataille de Waterloo.

    En ce 20 juin à l’aube, un homme se tient depuis de longues heures sur les quais de Fol­kes­tone, non loin de Douvres. Il a 38 ans et s’appelle Nathan Roth­schild. Il attend un émis­saire embar­qué quelques heures aupa­ra­vant à Ostende. Celui-ci lui apporte une nou­velle qui va chan­ger le cours de l’histoire. Deux jours aupa­ra­vant, le 18 juin a eu lieu la bataille de Water­loo, au sud de Bruxelles. Dans la nuit, Napo­léon a ren­du les armes face aux puis­sances euro­péennes coa­li­sées com­man­dées par l’amiral Wel­ling­ton. Mais en ce 20 juin au matin, Londres ne le sait pas encore.

    Quand Nathan Roth­schild pénètre quelques heures plus tard dans l’enceinte du Lon­don Stock Exchange, il est le seul à dis­po­ser de cette infor­ma­tion capi­tale. Il se sait obser­vé et il va en pro­fi­ter. Le ban­quier se met alors à vendre des titres, beau­coup et rapi­de­ment. Tous pensent alors que Napo­léon est sor­ti vic­to­rieux de la bataille et cha­cun, sai­si par la panique, suit l’exemple de Nathan Roth­schild. Les actions chutent à une vitesse ver­ti­gi­neuse. Mais en fin de séance, le célèbre finan­cier demande à ses com­mis de se posi­tion­ner à l’achat. En peu de temps, il ramasse des quan­ti­tés d’actions pour des mon­tants déri­soires. Lorsqu’il ven­dra ses titres plus tard, ses plus-values s’élèvent selon la légende à 600 mil­lions de livres. La banque Roth­schild, qui finan­çait déjà le gou­ver­ne­ment anglais, devient un acteur cen­tral de l’économie britannique.

    L’épisode fait grand bruit en Grande-Bre­tagne est par­tout en Europe. Dans son recueil de poèmes Contem­pla­tions, publié en 1856, Vic­tor Hugo écri­ra ce vers célèbre dans Melan­cho­lia : « Un mil­lion joyeux sor­tit de Water­loo ; Si bien que du désastre il a fait sa victoire. »

    Réponse
  403. phil82

    Roma­ric Godin | 05/03/2013, 11:47. LA TRIBUNE

    C’est la nou­velle arme à la mode : de plus en plus d’é­co­no­mistes évoquent la pos­si­bi­li­té d’une moné­ti­sa­tion à outrance de la dette publique pour résoudre la crise. Une option auda­cieuse, mais inap­pli­cable en zone euro…

    C’est l’i­dée qui monte par­mi les éco­no­mistes. Pour mettre fin à la crise, les banques cen­trales pour­raient uti­li­ser « l’hé­li­co­ptère. » Après le « bazoo­ka » dégai­né par la Banque cen­trale euro­péenne en sep­tembre sous la forme de l’OMT et par la Fed avec ses « quan­ti­ta­tive easings », voi­ci donc une autre arme qui fait son che­min dans les têtes de la pla­nète économique.

    Un héli­co­ptère pour sor­tir de la crise

    De quoi s’a­git-il ? Le terme « d’hé­li­co­ptère » a été inven­té par le prix Nobel Mil­ton Fried­man dans un ouvrage de 1969, La Quan­ti­té Opti­male d’Argent. Le père de l’é­cole moné­ta­riste y déve­lop­pait une méta­phore : pour déve­lop­per la demande, les auto­ri­tés moné­taires créent de l’argent ex nihi­lo et le jettent d’un héli­co­ptère dans les rues. Les gens ramassent cet argent et le dépensent, per­met­tant ain­si de com­bler « l’out­put gap », l’é­cart entre la pro­duc­tion et la demande. En réa­li­té, cette idée est plus ancienne. Elle a été théo­ri­sée en 1936 par des éco­no­mistes amé­ri­cains pour lut­ter contre la dépres­sion. C’est ce que l’on a appe­lé le « plan de Chicago. »

    Le « plan de Chi­ca­go » dans le détail

    Ce plan est en réa­li­té plus com­plexe que celui de la simple planche à billets. Il s’a­git en réa­li­té de pri­ver le sys­tème ban­caire de sa capa­ci­té à créer de la mon­naie et de trans­mettre cette capa­ci­té aux seules auto­ri­tés moné­taires. Pour cela, on oblige les banques à garan­tir à 100 % les dépôts par des liqui­di­tés et à finan­cer les émis­sions de cré­dit par leurs béné­fices ou des prêts au gou­ver­ne­ment. Les banques ne peuvent alors plus créer de la mon­naie par du cré­dit. Les avan­tages sont immé­diats : les bulles immo­bi­lières ou finan­cières sont évi­tées, le sys­tème ban­caire est stable et le risque de « course aux gui­chets » inexis­tants. Dans le cas pré­sent, on voit que ce sys­tème serait net­te­ment plus effi­cace que la super­vi­sion ban­caire euro­péenne pour maî­tri­ser le risque bancaire.

    Les auto­ri­tés moné­taires dis­po­se­raient alors seules de la capa­ci­té à créer de l’argent. Comme l’ex­plique Mil­ton Fried­man dans un article de 1948 où il pro­po­sait cette solu­tion, les banques cen­trales pour­raient ain­si faire évo­luer la créa­tion moné­taire en fonc­tion des défi­cits bud­gé­taires : « créer de la mon­naie pour com­bler les défi­cits ou reti­rer de la mon­naie du mar­ché en cas d’ex­cé­dents. » Les avan­tages dans la situa­tion actuelle sont là aus­si évi­dents : il serait alors pos­sible de sti­mu­ler la demande par une pluie de créa­tion moné­taire (de la « mon­naie par héli­co­ptère ») pour venir com­bler l’é­cart de pro­duc­tion « l’out­put gap ». L’aus­té­ri­té pour­rait alors être repor­tée à des temps meilleurs, autre­ment dit à des périodes de crois­sance et la menace de réces­sion défla­tion­niste dis­pa­raî­trait. Ce sys­tème pour­rait per­mettre de résoudre les deux plaies actuelles des éco­no­mies occi­den­tales : la dette publique et la récession.

    Ce n’est plus un sujet tabou

    On com­prend donc que le plan de Chi­ca­go est rede­ve­nu à la mode depuis quelques mois. En août 2012, deux éco­no­mistes du FMI ont publié un article titré « le plan de Chi­ca­go revi­si­té », où ils esti­maient que les pro­po­si­tions de 1936 auraient un inté­rêt aujourd’­hui à être mises en place. Mais l’af­faire est deve­nue encore plus sérieuse depuis que Lord Adair Tur­ner, le très res­pec­table pré­sident de l’au­to­ri­té des mar­chés finan­ciers bri­tan­nique, la FSA, a, dans un dis­cours pro­non­cé le 6 février, a décla­ré que le « finan­ce­ment décla­ré de la dette publique (« overt money finance of fis­cal defi­cits » ou OMF) ne devrait plus être un sujet tabou. »

    L’hé­li­co­ptère n’est pas le bazooka

    On pour­rait cepen­dant pen­ser que la poli­tique de « quan­ti­ta­tive easing » (QE) mise en place dans les banques cen­trales amé­ri­caines et bri­tan­niques et qui consiste à rache­ter mas­si­ve­ment des actifs sou­ve­rains ou non sur les mar­chés a des allures d’argent par héli­co­ptère. En réa­li­té, c’est fort différent.

    Pre­mière dis­tinc­tion : les actifs déte­nus par les banques cen­trales sont ache­tés sur le mar­ché secon­daire. L’a­chat vise donc à finan­cer les déten­teurs pri­vés de ces actifs, non les émet­teurs publics. Dans le cas de l’OMF défen­du par Lord Tur­ner, les banques cen­trales émettent de la mon­naie pour finan­cer direc­te­ment les défi­cits. C’est donc un rachat sur le mar­ché pri­maire de la dette sou­ve­raine et on a vu que les acteurs pri­vés sont limi­tés à cette offre de monnaie.

    Deuxième dis­tinc­tion : le QE est « pro­vi­soire. » En théo­rie, le gou­ver­ne­ment doit rem­bour­ser la banque cen­trale à matu­ri­té. La créa­tion moné­taire est donc tem­po­raire sur le papier (en réa­li­té, on peut finan­cer le pro­vi­soire par du pro­vi­soire à l’in­fi­ni). La créa­tion moné­taire est garan­tie par un actif. Dans le cas de l’OMF, il n’y a pas de rem­bour­se­ment, la mon­naie est créé ex nihi­lo et sans contre­par­tie pour payer la dette du gou­ver­ne­ment sans contrepartie.

    Troi­sième dis­tinc­tion : le QE vise à main­te­nir le finan­ce­ment de l’E­tat par les mar­chés, l’OMF vise jus­te­ment à bri­ser ce lien. Du coup, même si dans l’es­prit du plan de Chi­ca­go, la banque cen­trale doit abso­lu­ment res­ter indé­pen­dante, elle doit négo­cier direc­te­ment avec le gou­ver­ne­ment, alors qu’au­jourd’­hui, dans le cas du QE, les deux poli­tiques, bud­gé­taires et moné­taires, sont, du moins en théo­rie, stric­te­ment étanches. Autre­ment dit, l’OMF n’o­blige pas, comme le QE, a mener paral­lè­le­ment des poli­tiques res­tric­tives pour ten­ter de main­te­nir la confiance sur les marchés.

    L’OMF est donc une poli­tique dif­fé­rente de celle menée actuel­le­ment par les banques cen­trales. « Ce qui rend cette poli­tique si puis­sante, c’est la com­bi­nai­son de la relance bud­gé­taire et de l’ex­pan­sion moné­taire. Les Key­né­siens peuvent se réjouir de la pre­mière, les moné­ta­ristes de la seconde », explique Mar­tin Wolf, édi­to­ria­liste au Finan­cial Times, qui a défen­du cette poli­tique dans le quo­ti­dien bri­tan­nique le 12 février dernier.

    Une fai­sa­bi­li­té déli­cate en Europe

    Reste sa fai­sa­bi­li­té et ses risques. Dans la zone euro, la fai­sa­bi­li­té semble qua­si-nulle. L’in­dé­pen­dance com­plète de la BCE et le non finan­ce­ment des défi­cits sont ins­crits dans les trai­tés, et notam­ment dans l’ar­ticle 123 du Trai­té sur le fonc­tion­ne­ment de l’U­nion euro­péenne. La Bun­des­bank s’est déjà étran­glée en voyant la BCE effec­tuer des achats sur le mar­ché secon­daire, elle s’é­va­noui­rait si elle enten­dait évo­quer l’op­tion de l’hélicoptère.

    La pho­bie de l’in­fla­tion est telle outre-Rhin qu’une volon­té de chan­ger les trai­tés sur ce point condui­rait inévi­ta­ble­ment à un blo­cage de l’Al­le­magne et de ses alliés fin­lan­dais, autri­chiens et néer­lan­dais. Ce serait un casus bel­li qui pour­rait mettre en dan­ger l’u­nion éco­no­mique et moné­taire. Ailleurs, aux Etats-Unis, au Royaume-Uni ou au Japon, la mise en place serait plus aisée, car les liens entre auto­ri­tés moné­taires et gou­ver­ne­ments sont moins rigides.

    Le risque inflationniste

    Les risques, eux, sont prin­ci­pa­le­ment de deux natures. Il y a d’a­bord le risque infla­tion­niste. Les cri­tiques du plan de Chi­ca­go évoquent le spectre du Zim­babwe des années 2000, de John Law ou de l’Al­le­magne des années 1920 : le finan­ce­ment des défi­cits par les banques cen­trales conduit inévi­ta­ble­ment à l’hy­per­in­fla­tion. Mais ses défen­seurs mettent en avant l’in­dé­pen­dance des auto­ri­tés moné­taires qui peuvent faire pres­sion sur le gou­ver­ne­ment en refu­sant de finan­cer son défi­cit et qui, une fois la crois­sance reve­nue, peuvent contraindre le gou­ver­ne­ment à déga­ger des excé­dents pour « épon­ger » l’ex­cès de masse monétaire.

    Leur posi­tion serait celle de la Banque de France de 1800 à 1936, banque pri­vée qui dis­po­sait du mono­pole de la créa­tion moné­taire (limi­tée jus­qu’en 1914 par les réserves d’or), mais qui ne s’en­ga­geait vis-à-vis de l’E­tat que lors­qu’elle y trou­vait son inté­rêt. En juillet 1926, c’est son refus de finan­cer le défi­cit public qui pro­vo­qua la chute du car­tel des gauches. Du coup, il y aurait moyen de maî­tri­ser la masse moné­taire pour empê­cher l’hyperinflation.

    Risque sur le bilan des banques centrales

    Second risque majeur : la sol­va­bi­li­té des banques cen­trales. Lors­qu’une banque cen­trale crée de la mon­naie aujourd’­hui, cette créa­tion cor­res­pond à un actif dans son bilan : obli­ga­tions d’E­tat ou d’en­tre­prises, or, devises… Dans le cas de l’OMF, la créa­tion moné­taire n’a pas de contre­par­tie. Le bilan de la banque cen­trale se dés­équi­libre et les inves­tis­seurs ou les com­mer­çants étran­gers doivent récla­mer des devises. Si la banque cen­trale ne peut faire face à ses obli­ga­tions, elle devra faire faillite. D’au­tant que si la demande est sti­mu­lée, le défi­cit cou­rant pour­rait aus­si croître, donc la demande de devises.

    Dans ce cas, le pro­blème du défi­cit public n’au­ra été que trans­fé­ré vers le bilan de la banque cen­trale. L’E­tat devra ren­flouer la banque cen­trale et, pour cela, émettre de la dette. Le finan­ce­ment moné­taire du défi­cit aura échoué : on aura désha­billé Paul pour habiller Pierre. Sauf que les défen­seurs de l’OMF avancent que puisque les réserves et les cré­dits ban­caires sont tous garan­tis par l’argent de la banque cen­trale, il n’y a pas de risque de faillite, puisque la demande de contre­par­tie ne peut venir du sec­teur ban­caire national.

    L’in­dé­pen­dance de la banque cen­trale est décisive

    Du reste, en 1997, l’é­co­no­miste Peter Stel­la esti­mait que les banques cen­trales pou­vaient conti­nuer à fonc­tion­ner avec une valeur nette néga­tive, donc avec un bilan dés­équi­li­bré. En 2003, Ben Ber­nanke, dans un dis­cours célèbre favo­rable à l’arme de l’hé­li­co­ptère, avait pré­ci­sé qu’une « banque cen­trale ne peut être en faillite au sens où peut l’être une banque com­mer­ciale. » Lord Tur­ner estime même que le QE est plus ris­qué puis­qu’il fait réel­le­ment peser sur le bilan des banques cen­trales des pertes nettes sur les actifs rache­tés. Là encore, l’i­dée est de rééqui­li­brer la situa­tion lorsque la crois­sance est reve­nue et que les défi­cits publics sont deve­nus inutiles. Encore une fois, l’in­dé­pen­dance de la banque cen­trale est ici une clé impor­tante du suc­cès de cette stratégie.

    L’au­dace contre la crise

    L’é­poque tour­men­tée que tra­verse l’é­co­no­mie mon­diale oblige, comme le note Lord Tur­ner, à « dépas­ser » les tabous. C’est pour­quoi l’op­tion de l’hé­li­co­ptère fait son che­min. Lorsque tout semble avoir échoué, les idées qui peuvent paraître radi­cales a prio­ri peuvent fina­le­ment s’im­po­ser. Ce qu’a fait jus­qu’i­ci la BCE était inima­gi­nable voi­ci cinq ans. Pro­gres­si­ve­ment, la moné­ti­sa­tion de la dette devient de moins en moins l’hor­reur éco­no­mique qu’elle était.

    Certes, une telle stra­té­gie com­porte de réels risques. Mais si les esprits évo­luent, c’est que ne rien faire ou conti­nuer sur la voie tra­cée en Europe du couple infer­nal aus­té­ri­té-réces­sion pour­rait être plus nocif, éco­no­mi­que­ment, mais aus­si poli­ti­que­ment, comme on vient de le voir en Ita­lie. L’am­pleur de la crise oblige sans doute à oser des poli­tiques auda­cieuses. L’en­nui, c’est que la zone euro, pre­mière vic­time de la réces­sion, risque, là encore, de demeu­rer en dehors de ces expé­riences en rai­son du poids de l’Al­le­magne et de son refus abso­lu d’a­van­cer dans cette direc­tion. La zone euro pré­fère la Volks­wa­gen à l’hélicoptère.

    http://​www​.latri​bune​.fr/​e​c​o​n​o​m​i​e​/​i​n​t​e​r​n​a​t​i​o​n​a​l​/​2​0​1​3​0​3​0​4​t​r​i​b​0​0​0​7​5​2​1​6​3​/​e​t​-​s​i​-​l​e​s​-​b​a​n​q​u​e​s​-​c​e​n​t​r​a​l​e​s​-​s​o​r​t​a​i​e​n​t​-​l​e​u​r​-​h​e​l​i​c​o​p​t​e​r​e​-​p​o​u​r​-​c​o​m​b​a​t​t​r​e​-​l​a​-​c​r​i​s​e​.​h​t​m​l​#​b​o​t​tom

    Réponse
  404. phil82

    je vous pro­pose une vidéo très inté­res­sante sur le rôle de la BCE en Espagne et en Irlande :

    Réponse
  405. phil82

    Deux articles pour compléter 
    sur l’indépendance des banques centrales

    « L’in­dé­pen­dance de la BCE n’est qu’al­lé­geance au sys­tème bancaire »

    « Michel San­ti est l’au­teur de « Splen­deurs et misères du libé­ra­lisme », ouvrage dans lequel il s’in­ter­roge sur les rai­sons de la crise qui secoue l’Europe. 

    Dans cette chro­nique, il consi­dère que l’in­dé­pen­dance de la Banque cen­trale euro­péenne a eu pour consé­quence de reti­rer aux États la pleine maî­trise de leurs finances publiques en les obli­geant à se finan­cer auprès des banques.

    Selon lui, la « sacro-sainte » sta­bi­li­té des prix est assu­rée au détri­ment de la sta­bi­li­té macro-économique. »

    La finance a mis la main sur les poli­tiques monétaires

    Le 3 jan­vier 1973 étaient en effet adop­tés les nou­veaux sta­tuts de la Banque de France qui devaient révo­lu­tion­ner le job de ban­quier cen­tral, le trans­for­mant ain­si en une sorte de per­son­nage « téflon » – tota­le­ment anti­adhé­sif – n’ayant nul compte à rendre à l’exé­cu­tif de son pays ni à ses concitoyens. 

    C’est effec­ti­ve­ment à 1973 et à cette loi fran­çaise qu’il est pos­sible de dater le début de l’ir­res­pon­sa­bi­li­té des banques cen­trales, et par­ti­cu­liè­re­ment dans son article 25 qui indique que « le Tré­sor public ne peut être pré­sen­ta­teur de ses propres effets à l’es­compte de la Banque de France ». Tour­nant cru­cial donc dans la ges­tion des finances publiques des nations occi­den­tales qui emboi­tèrent le pas à la France. Les Etats étant dès lors – et de fac­to – défi­ni­ti­ve­ment à la mer­ci du sys­tème ban­caire, puisque leurs Tré­so­re­ries n’é­taient plus en droit d’emprunter auprès de leurs banque centrale.

    Etape his­to­rique sur le che­min de la libé­ra­li­sa­tion finan­cière inter­na­tio­nale, fran­chie et ini­tiée par la France qui s’in­ter­di­sait doré­na­vant de recou­rir à la planche à billets de sa banque cen­trale en cas de besoin. Pro­blé­ma­tique d’une actua­li­té brû­lante dans le contexte euro­péen d’aujourd’hui ! 

    L’a­dop­tion de cette loi ne devant du reste rien au hasard à une époque où la France était pré­si­dée par un ancien ban­quier, à savoir Georges Pompidou. 
    Dans un contexte où, suite à la déci­sion du Pré­sident amé­ri­cain Nixon en 1971 de sus­pendre tous les achats et ventes d’or, le billet vert n’é­tait plus conver­tible en métal jaune. 
    Et dans une atmo­sphère de ten­sion finan­cière inter­na­tio­nale où les amé­ri­cains espé­raient tirer leur épingle du jeu, illus­trée par la fameuse répar­tie du Secré­taire au Tré­sor de l’é­poque John Connal­ly : « le dol­lar est notre mon­naie mais c’est votre problème » !

    Bref, l’ef­fon­dre­ment du sys­tème ins­tau­ré à Bret­ton Woods en 1944 (sous l’im­pul­sion de Keynes) inau­gu­rait une nou­velle période où les risques étaient appe­lés à être assu­més par les inves­tis­seurs, désor­mais confron­tés aux aléas des fluc­tua­tions moné­taires. L’a­ban­don de cette conver­ti­bi­li­té ayant par ailleurs des consé­quences fon­da­men­tales sur les acteurs finan­ciers qui ne man­que­raient évi­dem­ment pas de sai­sir toutes les oppor­tu­ni­tés offertes par la spé­cu­la­tion sur la vola­ti­li­té nais­sante du mar­ché des changes. La déré­gu­la­tion et la libé­ra­li­sa­tion du sec­teur finan­cier consti­tuaient donc le préa­lable incon­tour­nable qui auto­ri­se­rait ses inter­ve­nants à pro­fi­ter des fluc­tua­tions de ce nou­veau mar­ché. C’est donc dans cet envi­ron­ne­ment que s’est impo­sé le concept d’in­dé­pen­dance des banques cen­trales dont l’ob­jec­tif était de sté­ri­li­ser la poli­tique monétaire.

    L’article com­plet ici :

    http://www.latribune.fr/opinions/tribunes/20130312trib000753546/l‑independance-de-la-bce-n-est-qu-allegeance-au-systeme-bancaire.html


    Un autre article sur le même sujet :

    Un méca­nisme anti-bank run

    « La pro­po­si­tion de Chi­ca­go fut sou­te­nue par Mau­rice Allais [4], Mil­ton Fried­man [5] et James Tobin [6], tous trois Prix Nobel d’économie. 

    Pour prê­ter à par­tir de leurs res­sources, les banques devraient en sol­li­ci­ter le trans­fert vers des comptes d’épargne. Aucune mon­naie ne serait alors créée : la mon­naie serait sim­ple­ment trans­fé­rée depuis le compte-cou­rant des par­ti­cu­liers vers le compte que les banques com­mer­ciales détiennent à la Banque Cen­trale, en échange d’une créance des par­ti­cu­liers sur les banques ins­crite au compte d’épargne. L’a­van­tage consi­dé­rable d’une telle dis­po­si­tion est qu’elle ferait dis­pa­raître le pro­blème majeur d’illi­qui­di­té d’une banque : les dépo­sants n’au­raient plus aucune rai­son de céder à la panique d’un bank run. Dit autre­ment, le pro­blème fon­da­teur d’une banque, lié à la dif­fé­rence de liqui­di­té entre son pas­sif et son actif, dis­pa­raî­trait. Par ailleurs, ayant per­du le pou­voir de créa­tion moné­taire, les banques devien­draient ce que le grand public croit qu’elles sont : de purs inter­mé­diaires entre épar­gnants et emprun­teurs.

    Appli­quée à la zone euro, la règle du 100 % money aurait une troi­sième ver­tu fon­da­men­tale : elle per­met­trait aux tré­sors publics des pays de la zone de dis­po­ser d’un compte à la BCE, laquelle déci­de­rait du volume de la masse moné­taire néces­saire à l’économie. La créa­tion de mon­naie se ferait en cré­di­tant les comptes des tré­sors publics (et non plus ceux des banques), les­quels pour­raient uti­li­ser ces res­sources pour rem­bour­ser leur dette publique ou accroître leur finan­ce­ment bud­gé­taire. Le retrait de mon­naie se ferait en débi­tant le compte des tré­sors publics. Le finan­ce­ment de la tran­si­tion éco­lo­gique pour­rait être évi­dem­ment une direc­tion pri­vi­lé­giée du finan­ce­ment de la BCE [7]. En outre, cela rédui­rait une source majeure d’aug­men­ta­tion des dettes publiques.

    En effet, n’é­tait le coût du ser­vice de la dette que le Tré­sor fran­çais sup­porte depuis la loi de 1973 inter­di­sant les avances de la Banque de France au Tré­sor, la dette publique fran­çaise serait infé­rieure à 30 % du PIB.

    Et qui dit réduc­tion de la dette publique, dit aus­si aug­men­ta­tion des marges de manœuvre des États pour, à leur tour, réduire la pres­sion fis­cale sur les contribuables. 

    Bien enten­du, pareille option exi­ge­rait que l’on revienne sur l’in­dé­pen­dance des banques cen­trales, une dis­po­si­tion somme toute très récente (au plus quelques décennies). »

    L’article com­plet ici :

    http://​www​.revue​-banque​.fr/​r​i​s​q​u​e​s​-​r​e​g​l​e​m​e​n​t​a​t​i​o​n​s​/​c​h​r​o​n​i​q​u​e​/​r​e​n​d​r​e​-​m​o​n​o​p​o​l​e​-​c​r​e​a​t​i​o​n​-​m​o​n​e​t​a​i​r​e​-​a​u​x​-​b​a​n​q​u​e​s​-​cen

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  406. AlainR

    Excellent 🙂

    Réponse
  407. Ronald

    C’est vrai que c’est une pré­sen­ta­tion très intéressante. 
    C’est impres­sion­nant qu’une per­sonne de 26 ans ait une com­pré­hen­sion aus­si poin­tue et com­plète du problème. 
    Quand on a affaire à un char­la­tan, cela se sent, et ici, l’ensemble semble hon­nê­te­ment expli­qué et en tout cas me convainc. 

    Alors, c’est vrai que l’on n’a pas de contra­dic­teur, mais j’ignore si un pro-aus­té­ri­té de qua­li­té s’est jamais astreint à atta­quer ce genre d’argumentaire (je n’en ai pour ma part jamais lu).

    Je vou­drais juste ajou­ter que la sou­ve­rai­ne­té de l’Etat en matière de créa­tion moné­taire n’est qu’un instrument. 
    L’ère qui a pré­cé­dé 1973 n’était pas pour autant un enfer pour les financiers. 
    Si l’Etat finance ses dépenses par de la créa­tion moné­taire et l’inflation, mais que ces dépenses se font dans des entre­prises nui­sibles (guerres napo­léo­niennes ou autres), ou vont aux copains du pou­voir, l’avantage est nul pour le plus grand nombre. 

    Le béné­fice atten­du d’une reprise en main de la mon­naie par l’Etat est subor­don­né au contrôle démo­cra­tique de celui-ci, bien entendu.

    Bon week-end.

    Ronald.

    Réponse
  408. Ana Sailland

    « mais j’ignore si un pro-aus­té­ri­té de qua­li­té s’est jamais astreint à atta­quer ce genre d’argumentaire » ->

    A armes égales, le pro est cuit d’avance !

    Réponse
  409. Ronald

    Faut voir …
    Si par­mi les 600 ins­pec­teurs géné­raux des finances, qui sont la fine fleur de l’E­NA, il ne s’en trou­ve­rait pas pour contrer un his­to­rien de 26 ans, c’est à déses­pé­rer de la for­ma­tion intel­lec­tuelle de l’oligarchie … 🙂

    Réponse
  410. Ana Sailland

    C’est quoi cette his­toire de « 26 ans » ?!? 😉
    Éva­riste Galois était bien plus jeune lors­qu’il a révo­lu­tion­né l’al­gèbre théorique.

    De toute façon, l’o­li­gar­chie ment et ne par­vient à mas­quer la véri­té que par la cen­sure lar­vée ou à tra­vers des débats tru­qués. A armes égales, elle est perdante.

    Réponse
  411. J.C

    Richard Boh­rin­ger dénonce les dettes de l’é­tat et la sou­mis­sion des poli­tiques aux banques.

    bien ami­ca­le­ment

    J.C

    Réponse
  412. Ana Sailland

    magni­fique 🙂

    Réponse
  413. Ana Sailland

    A pro­pos de Chypre :

    Je suis éton­née que per­sonne n’é­ta­blisse le lien avec le cora­li­to argentin.

    Le sys­tème de fuite en avant qui consiste à s’en­det­ter pour assu­mer la dette res­semble vache­ment au jeu de l’avion.
    Et les gaga­nants seront ceux qui sor­ti­ront les pre­miers du jeu ponziste.
    Les défauts de paie­ment des états et les faillites de banques peuvent sur­ve­nir rapi­de­ment, date impré­vi­sible, en cas­cade ou cata­racte, et en tel cas, il fau­dra bien dire aux gens, de pré­fé­rence un dimanche soir que le len­de­main matin leurs comptes seront libel­lés en euro local déva­lué de 30 ou 70%, et blo­qués sine die pour un temps indéterminé.

    Une hypo­thèse à rete­nir est que l’af­faire de Chypre est un test de réac­ti­vi­té des peuples :
    si à Chypre le cora­li­to n’a pas pro­vo­qué de révo­lu­tion, c’est que « on » peut comp­ter ce pro­ces­sus par­mi les tech­niques d’é­va­cua­tion du titanic.

    Réponse
  414. Étienne
  415. Ana Sailland

    Che­veu sur la soupe

    Quand le seul moyen de créer la mon­naie est l’emprunt, la dette ne peut qu’être astronomique.

    Réponse
  416. Maryse

    Bon­jour Mr Chouard,

    Je com­prends que vous vou­liez appro­fon­dir l’o­ri­gine des cette loi scé­lé­rate, mais il suf­fit de dire haut et fort que si l’État n’était pas obli­gé de se finan­cer par l’intermédiaire des banques pri­vées, il n’y aurait pas d’intérêt de la dette dans le bud­get de la France.
    La seule pré­sence de ces inté­rêts prouvent que les poli­tiques qui nous repré­sen­taient a l’époque nous ont tra­his en nous fai­sant renon­cer a notre pou­voir régalien.
    Je pense d’ailleurs que cette dette publique n’est pas consti­tu­tion­nelle car elle remets en cause les prin­cipes de notre constitution.

    Réponse

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