Aujourd’hui, voici d’abord une récente conférence (piquante) de l’ami Frédéric, avec André Orléan, à propos de la prétendue « crise » :
Au cours de cette très intéressante conférence (dont il serait utile de rédiger un plan détaillé) (le dernier livre d’André Orléan — « L’empire de la valeur : refonder l’économie », 2011 — est passionnant, et il tâche ici de le résumer un peu), Frédéric nous conseille de voir et revoir le film de Gille Perret, « Ma mondialisation » (2006), pour comprendre la catastrophe économique et sociale dans laquelle nous sommes plongés.
J’avais déjà vu ce film deux fois (j’ai acheté le DVD l’année même de sa sortie, bien sûr, et j’avais été le voir en salle), mais j’ai écouté le conseil de Fred et je l’ai revu une troisième fois : je vous jure que c’est passionnant, un vrai cas d’école, un bon cours d’économie politique, bien concret, bien clair, une démonstration pas à pas de l’escroquerie —très lucrative pour ses promoteurs (1%) et cauchemardesque pour tous les autres (99%) — de la doctrine >libérale< libre-échangiste et financiarisée.
<parenthèse particulièrement inquiète>
Et ça me renforce dans mon idée centrale que nous n’avons pas le moindre problème technique, nous avons un problème politique : nous acceptons des règles supérieures de dévolution et de contrôle du pouvoir (une >constitution<) qui DONNE le pouvoir aux plus riches (le faux >suffrage universel< qui consiste à désigner des maîtres parmi les prostitués politiciens promus par les médias des plus riches).
Sots que nous sommes.
On va payer cher cette sottise. On se fout de la qualité du processus constituant ?? Faudra pas se plaindre quand on passera au stade « famine, camps de travail & miradors ». Vous riez ?! Mais ne riez pas : ça s’est vu, et même dans les-pays-les-plus-« avancés »-à-tout-point-de-vue !
Lisez (attentivement) l’article 2 de la Convention européenne des droits de l’Homme, s’il vous plaît :
https://www.cncdh.fr/sites/default/files/cedh_0.pdf
TITRE I : DROITS ET LIBERTÉS
ARTICLE 2 : Droit à la vie
1. Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. La mort ne peut être infligée à quiconque intentionnellement, sauf en exécution d’une sentence capitale prononcée par un tribunal au cas où le délit est puni de cette peine par la loi.
2. La mort n’est pas considérée comme infligée en violation de cet article dans les cas où elle résulterait d’un recours à la force rendu absolument nécessaire :
a) pour assurer la défense de toute personne contre la violence illégale ;
b) pour effectuer une arrestation régulière ou pour empêcher l’évasion d’une personne régulièrement détenue ;
c) pour réprimer, conformément à la loi, une émeute ou une insurrection.
Est-ce la peine de commenter ce droit de tuer donné sous le titre frauduleux de « droit à la vie » ?
… Oui, je vais commenter :
Nous n’avons PAS de constitution.
Il est bien mort, le droit du Peuple de résister à l’oppression, celui de l’article 2 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 :
il a même été remplacé (par nos prétendus « représentants ») par la peine de mort de ceux qui oseraient l’exercer…
Et puis cherchez vous-même le mot eurogendfor sur un moteur de recherche…
Mais je m’égare… Pardon.
</parenthèse particulièrement inquiète>
« Ma Mondialisation »
Un film formidable de Gilles Perret (2006) :
On trouve le film sur Internet, bien sûr, mais je suggère fortement que nous achetions tous le DVD à ce réalisateur, de façon à ce que 1) il gagne suffisamment d’argent pour refaire un autre film d’éducation populaire du même tonneau, et à ce que 2) nous puissions projeter (avec une bonne qualité d’images) cette véritable leçon de crapulisme pour nos proches qui roupillent encore.
Pour acheter le DVD, c’est là : https://www.fnac.com/a1900563/Ma-Mondialisation-DVD-Zone‑2

Ce qu’il manque (pour l’instant) à l’analyse proposée par Frédéric (à mon sens) :
Comme vous le savez (peut-être), Frédéric est mon économiste préféré 🙂 : il prend toujours nos problèmes « économiques » très en amont : par les STRUCTURES. Et bien sûr, je suis avec lui dans cette recherche des vraies causes ; MAIS pour ma part, je remonte plus encore vers la source et, comme vous le savez (sans doute), j’identifie la cause PREMIÈRE de nos principaux problèmes dans l’indifférence générale sur le point de savoir QUI ÉCRIT les structures, QUI FIXE le cadre.
Et pour mon plus grand malheur (pour le moment), Frédéric ne veut pas remonter avec moi à cette source (le processus constituant, qui devrait, selon moi, être exclusivement populaire) et unir nos forces sur ce point plus décisif, mieux ciblé (me semble-t-il). Je rappelle la dernière trace (visuelle) de cette (très gentille) esquive lordonnesque — ma question à 1:26:00 et la réponse de Fred à 1:32:10 :

Comme Frédéric, je dirais que « Etienne Chouard tu es un gros coquin » qui n’a pas suffisamment discuté avec tonton Lordon et qui persiste à croire que des individus ont la capacité d’écrire les structures.
Or, si on prend la peine de se plonger sérieusement dans le travail de recherche amorcé par Lordon et qu’on va voir du coté de ce qu’est le structuralisme revisité qu’il est en train de bricoler, on se rend vite compte que personne n’écrit les structures.
Cependant, ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas s’efforcer de travailler sur le cadre général de la société (qui n’est pas entièrement assimilable aux structures). Ça veut seulement dire qu’il faut être conscient que si ce travail advient, il se fera toujours au sein des structures. Dès lors, il s’agit de se demander ce que sont les structures. Et là, je ne peux que renvoyer au travail de tonton Frédéric et des gens dont il s’inspire. L’intérêt de la démarche étant qu’elle calme les élans idéologiques et pousse à la modération.
la structure ? celle qui est capable de se montrer sous la forme d’un intérêt général, d’un juste prix, d’un équilibre et qu’il faudrait découvrir suite à un travail intellectuel chimérique ?
Il n’y a pas de structure au départ mais la volonté d’hommes, de femmes et d’enfants de vivre ensemble leurs amours et si possible en paix. Le travail consiste à minimiser nos violences et là, la société peut basculer du mauvais côté. Nous disons qu’il y a deux manières de vivre ensemble, deux et pas trois : en réseaux ou en systèmes de pouvoir. Ces deux manières sont antinomiques et les résultats radicalement différents.
Le scandale que nous dénonçons depuis 10 ans sur le net tient au fait historique que les dirigeants de nos systèmes de pouvoir s’organisent entre eux en réseaux ou en mafia (c’est pire) alors qu’ils nous l’interdisent pour nous conserver sous leur domination. Les structures de domination existent, les structures des réseaux aussi. Les méthodes pour s’enrichir sont connues, Reinert les cite dans son livre « comment les pays riches sont devenus riches et les pays pauvres restent pauvres ». A nous de choisir ce que nous voulons vivre alors qu’ils nous laissent vivre ce que nous voulons. Vivre libre en travaillant ou mourir en combattant, c’est le début du conflit social chez nous en France. Sans remettre en place la complémentarité entre les 3 formes de propriété, sans changer de régime politique et abandonner les structures de nos systèmes de pouvoir, nous resterons prisonniers soumis de ces systèmes de pouvoir.
Lordon comme d’autres économistes ne savent penser qu’à l’intérieur d’un système de pensée, les poètes n’ont pas besoin de systèmes de pensées, ils vivent ailleurs et sont les voyants de nos raisons de vivre et de mourir. En 1974, rue des Saints Pères, le responsable du service manuscrit fut très intéressé par mon essai sur le désir de vivre, écrit en tant que jeune poète, il voulut modifier ce texte probablement pour qu’il entre mieux dans la structure éditoriale du Seuil, j’ai refusé mais j’ai tout de même eu droit un certain temps à deux agents littéraires corses (honorablement connus depuis).
Briser la structure religieuse des théocraties est l’affaire des grands maîtres spirituels et ils n’ont pas rechigné à la tâche. Briser la structure politique, économique et sociale d’un système de pouvoir est certainement plus l’affaire d’un poète que d’un économiste. La raison est simple : les militants des systèmes de pouvoir et de leurs structures de domination n’utilisent que la source intellectuelle de savoir (le raisonnement, la pensée, l’idée ou le concept), le poète et les initiés utilisent en plus la source spirituelle de savoir, celle qu’un être humain peut utiliser sans savoir lire et écrire et donc la première source de savoir dans notre condition humaine.
Les civilisations florissantes ont placé l’être humain au cœur du fonctionnement de leurs sociétés en utilisant les deux sources de savoir pour élaborer un savoir global capable de marier les cultures des peuples. C’est un projet éminemment politique dans lequel les méthodes de création et de répartition des richesses sont au service de ce projet humaniste. Les crises actuelles ne seront pas résolues uniquement avec la source de savoir intellectuelle : les peurs face aux dirigeants et leurs polices seront toujours plus fortes que le raisonnement lucide qui constate que notre passivité dans ce système de pouvoir nous entraîne vers la misère alors que les dirigeants s’enrichissent sans limites. C’est la première source de savoir qui élimine les peurs, c’est aussi pour cette raison qu’elle est interdite en Europe depuis le Concile de Nicée.
pour calmer les élans idéologiques et pousser à la modération, il vaut mieux utiliser la première source de savoir, la démarche individuelle initiatique et spirituelle, encore faut-il vouloir l’emprunter et s’y aventurer.
http://www.fileane.com/reseauxcitoyenspartie4/das1indispensable/global_reseau_initiatique.htm
nous ne nous intéressons plus aux élans idéologiques sauf pour les dénoncer et encore, à la longue cela devient pénible et fatiguant, par contre des rencontres sur le chemin initiatique, nous en avons de temps en temps et en souhaitons à foison, c’est magnifique et impérissable et nous donne la force de continuer à avancer…si possible en dehors des structures de domination de nos systèmes de pouvoir et en créant des valeurs qui n’ont pas de prix et que personne ne peut nous voler.
La mystique et l’appel à l’intuition ont fait leur temps. Il s’agit d’une démarche individuelle (individualiste même) et non d’une démarche collective. De plus, je ne suis pas persuadé que le foi ait plus de valeur que la compréhension rationnelle lorsqu’on entreprend d’agir dans le domaine politique. Et puis, finalement, les doctrines mystiques sont souvent des idéologies qui s’ignorent.
Il me semble que Frédéric est d’accord avec ta réflexion sur la constituante et qu’il renvoie les gens a se renseigner plus en t’écoutant. Étant moins spécialiste, il n’a pas voulu s’étendre.
Mais je suis d’accord qu’il devrait le faire pour faire passer le message plus fort.
Bonjour à tous,
J’avais été très déçu par F. Asselineau et ses arguments contre le tirage au sort, arguments types d’une personne qui viendrait juste d’en entendre parler sans avoir rien lu à ce sujet… et finalement je le remercie de s’être mouillé, même si ça ne va pas dans le bon sens, c’est-à-dire le mien.
Au moins on est fixé.
Et là, Fred Lordon, que j’adore tant il est drôle, vif et pointu sur ses sujets de prédilection, me déçoit aussi.
Je comprends que s’il n’est pas d’accord, il préfèrerait avoir plus de temps pour l’expliquer et pas en cinq minutes en fin de conférence, ne serait-ce que par sympathie pour son ami Etienne, mais alors qu’il prenne le temps de le faire une autre fois, qu’il argumente et je suis sûr que son esprit ferait avancer la cause en pointant ce sur quoi il faudrait encore travailler.
Comment un mec aussi fin ne veut-il pas saisir l’intérêt que le peuple a à écrire lui-même les règles pour se protéger des puissants ? Je ne sais pas, et ça m’énerve, il m’énerve presque sur ce coup avec cette pirouette digne d’un vieux briscard de la >politique<.
Tiens je vais aller commander ses livres que je n’ai pas encore lus pour lui apprendre.
Etienne L.
PS : et un grand merci pour les liens, ça a l’air passionnant.
Réécoutant du Lordon pendant la nuit, puis dès le matin, même à Noël, je retombe sur cette vidéo où encore une fois il tape juste et avec style, tirée du film en question plus haut d’ailleurs.
Et à 8:20, il s’interroge sur les moyens de changer les politiques publiques. Je cite : « Quoi faire pour s’en sortir ? Ça, c’est une question autrement difficile, ça c’est vrai ».
C’était en 2006, rien n’a changé, ou alors en pire, et je donnerais cher pour savoir où il en est de sa réflexion sur ces moyens d’en sortir. Serait-ce toujours la déprivatisation des banques et voilà ?
Ce n’est pas le tout de savoir exactement comment fonctionne un aquarium trop petit pour soi, à un moment, il faut passer à l’action.
Alors comme « Les amateurs parlent de tactique, les professionnels parlent de logistique », faisons dans le concret voulez-vous.
Pour nous aider à nous lever et à nous mettre en marche, voici
le matériel du parfait révolutionnaire non-violent :
http://www.aeinstein.org/selfLiberation.html
Bon, là on m’attend pour découper la dinde, mais dès 2013, le système va trembler ! Ça pourrait faire de beaux souvenirs.
Joyeux Noël à tous.
Étienne
Ben, moi, je suis restée sur le texte européen, qui ose s’appeler Convention des DROITS DE L’HOMME, avec sa belle couverture bleue, ses pages faussement légères, et ses logos d’architectures sur poteaux grillageants : tout ce que je finis par vomir : GLACANT.
Ou comment avoir l’air de donner par principe (et encore – il est bien question d’un DROIT A LA VIE cela ne choque personne ?) et tout retirer dans les faits !
Nos débats… et la peur, l’angoisse, qui ne me permet là encore de ne pas pouvoir entrer plus avant dans le texte, en craignant d’être dans la perception de la vérité de l’EUROPE, et de l’organisation de la coercition absolue, du MAL, dans la main sournoise du pouvoir, devenu lui-même texte, « toujours davantage sans corps matériel » quoique doté d’armes foudroyantes…
Et ce petit § a) pour « assurer la défense de toute personne contre la violence illégale », qui n’a pas été rougi par Étienne. Oui, il y a toujours eu la violence illégale, et la légale. La légale, c’est, on l’a compris, celle du p… (?!!)
On peut aussi rappeler la loi qui a été votée en France en 2011 pour l’appel de réservistes en cas de CRISE, laquelle crise est évidemment suffisamment peu précisée pour laisser les pouvoirs lui donner visage qu’ils entendent et abuser de toute situation.
http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000024408855&dateTexte=&categorieLien=id
Un texte n’est jamais voté pour rien ! Que signifie celui-là ?
Nota d’origine professionnelle / aux textes d’urbanisme locaux, écrits par les administrations publiques locales (inféodées ?). Depuis quelque temps, les textes sont laissés à d’expertes mains privées (dont, honte à ma profession, des architectes et des urbanistes – complices à leur insu ? ou sachants qui aiment décider à leur tour ?), mais il existe une manière de faire la loi déterminant toutes les évolutions du bâti, les droits ou non à construire, révélée par un fonctionnaire habilité et bavard : rester flou afin que toutes les interprétations restent ouvertes… et instrumentalisables en dernière instance par les « décideurs » (vous aimez ce mot, vous ? Il est pourtant complètement banalisé…). En urbanisme, la dernière des instances est la justice (bon marché, et démocratique ?).
Ces règles, ces principes au-dessus de tout – taillés dans le marbre, quitte à changer parfois la tablette pour inadéquation aux temps qui changent ! – qui devraient nous protéger, cette référence mentale et pratique de vie collective… parce que nous savons que nous nous perdons souvent (parfois aussi pour notre bonheur, mais ils ne sont pas prévus pour ces cas-là !) qui nous sont volés, qui sont pervertis au plus haut degré (du profit de tous à celui d’une poignée, déjà surprotégée et disposant de toutes les licences, de nos jours) !
Un lien plus qu’intéressant communiqué par Philippe Derudder :
http://www.michelcollon.info/Rapport-sur-le-developpement.html
Juste un tout petit commentaire au commentaire n°1 :
Qui écrit les structures ?
Une réponse est : « moi toi lui elle ».
Un exemple :
Jules a acheté une maison il y a 30 ans pour l’équivalent de 100000 euros.
Avec les intérêts, elle lui a coûté 200000, mais il a économisé 30 ans de loyer, soit environ … beaucoup 😉
Voici qu’il décide de la vendre.
Jules va s’efforcer de la vendre 250000 et va même négocier jusqu’au dernier centime
C’est ainsi que Jules participe à l’écriture, car il y a une écriture qui se passe non pas par le stylo du législateur mais par les attitudes de tous et chacun.
Vouloir individuellement plus que le fruit de notre sueur participe à l’instauration d’une civilisation dont le moteur est la spoliation d’autrui. (abominable civilisation)
L’écriture des lois s’opère en grande partie (pas que) comme le reflet de ce que nous sommes, et dans ce sens, l’organisation politique, à laquelle nous reprochons tant, et à juste titre, est surtout la loupe grossissante qui permet d’aveugler la conscience du monde en la submergeant de l’inconscience individuelle.
Les structures et les lois naissent dans une civilisation donnée et elles en sont le reflet. Elles sont le reflet du paradigme ambiant, non dit, en lisière du champ visuel des penseurs, même les plus attentifs.
Mais j’ai écrit « pas que », plus haut.
Car si l’ambiance induit les structures, les structures induisent aussi l’ambiance. C’est comme l’oeuf et la poule.
Car il faut aussi comprendre qu’à partir d’un certain degré de non-partage des pouvoirs, de dictature économique, de dictature par l’élection, de dictature par les armes, les quatre séparés ou synergiques et contemporains, il peut y avoir un point de non retour (ou du moins de retour difficile) où ceux qui tiennent les guides vont justement s’appuyer sur les attitudes mentales des gens, leurs désirs, leurs appétits, leurs peurs, et les façonner, et les amplifier, afin d’induire les peuples à la collaboration (mot choisi), jusqu’à leur faire plébisciter la renaissance d’un esclavage moderne (le droit de propriété d’un être sur un autre y a été remplacé par le lien de subordination contenu dans l’embauche), jusqu’à leur faire plébisciter leur propre soumission.
Quant on en est à ce point, la structure est enfantée par le(s) pouvoir(s) principalement, mais je redis « pas que », car accepter, c’est participer.
Le coût des crédits immobilier est responsable de la flambée des prix du marché…