Un signalement très utile d’André-Jacques Holbecq. Merci à lui !
Fiche Wikipédia de Jean Charles Léonard Simonde de Sismondi
Jean Charles Léonard Simonde de Sismondi
Jean Charles Léonard Simonde de Sismondi, né à Genève le 9 mai 1773 et mort à Genève le 25 juin 1842, est un historien, essayiste politique et économiste suisse.
Biographie
D’abord influencé par Adam Smith, il embrasse la cause libérale et fréquente les salons de Madame de Staël au sein du Groupe de Coppet. En 1801, il publie une « statistique du département du Léman » qui expose une situation préoccupante de l’économie genevoise. Attaché aux libertés, il critique vertement le projet de Constitution de la République de Genève soumis à la population en 1816, publie une brochure et fait signer « la pétition des 16 ». Suite à des pressions bourgeoises, il cesse ses critiques.
Nouveaux principes d’économie politique, 1819
Son adhésion au libéralisme économique de Ricardo et Smith prend fin en 1819 avec la publication des Nouveaux principes d’économie politique.
Pour la première fois, un économiste évoque une nécessaire redistribution des richesses.
Selon lui, loin d’assurer le bien-être de tous, le libéralisme économique accroît la misère des travailleurs parce que :
• la concurrence exerce une pression à la baisse sur les coûts de production et donc sur les salaires ;
• le rythme élevé du progrès technique fait que les anciens résistent en bradant les prix et donc les salaires.
Il y a donc une contradiction : la mécanisation entraîne du chômage et permet une production de masse que les travailleurs ne peuvent acheter, ce qui entraîne une surproduction.
Face à cette situation, Sismondi formula un programme d’intervention de l’État ayant pour buts la protection de la classe ouvrière, la lutte contre les excès de la concurrence et la régulation du progrès afin d’éviter le chômage :
• garantie professionnelle où le patron se charge de l’ouvrier malade ou au chômage ;
• fin de la dissociation travail/propriété, soit le retour à l’artisanat et à la petite exploitation agricole.
Ses positions furent en partie critiquées par Karl Marx qui le considéra comme le chef du « socialisme petit-bourgeois », et par Lénine qui l’appela « socialiste romantique ».
Sismondi, d’origine bourgeoise, a toujours eu grand respect des institutions qu’il n’a pourtant jamais hésité à critiquer sévèrement. Il a notamment adhéré à la politique du Progrès graduel du Premier Syndic Jean-Jacques Rigaud, mise en place dès le milieu des années 1820. Convaincu que la Constitution de 1816 devait évoluer, il tint une position délicate, demandant des réformes mais s’opposant à toute révolution violente. Lorsqu’en 1841 une Constituante fut obtenue par pression de la foule, Sismondi s’y opposa. Néanmoins, il décida de s’y porter candidat, fut élu, et milita en son sein pour des réformes minimales, provoquant l’incompréhension des radicaux emmenés par James Fazy. Malade, fatigué, il tint un dernier discours mémorable avant d’être raccompagné chez lui. Il mourut quelques jours plus tard, avant la fin des travaux constituants.
Il a également donné son nom à un collège genevois : le Collège Sismondi.
Bien que se déclarant disciple d’Adam Smith, il s’opposait à la loi de Say (plutôt que de nier la possibilité de la surproduction, il l’explique par trois facteurs : la sous-consommation, la concurrence et l’incertitude de la prévision de débouchés) et prônait l’intervention de l’État. Il n’est ainsi pas considéré comme « classique », mais généralement qualifié de socialiste utopique, de précurseur de Schumpeter pour ses travaux sur le progrès technique, et, suivant les auteurs, de social-démocrate.
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Idées
Le machinisme
D’après la thèse de Sismondi, l’introduction de nouvelles machines ne profite qu’au patronat. En effet, les profits grossissent alors que les salaires restent les mêmes. Il considère que cette augmentation des capacités de production va mener à des faillites : la consommation ne peut pas suivre le surplus de production puisque les ouvriers ne sont pas payés à leur juste valeur. La concurrence incite les entreprises à investir sans cesse, ce qui cause des faillites en chaîne.
La protection sociale
Sismondi considère que l’inégal partage des richesses est doublement néfaste : c’est injuste et cela provoque des crises de surproduction. Il pense alors à faire augmenter les salaires en réduisant le temps de travail et en interdisant le travail des enfants. Il aimerait aussi que l’entreprise prenne en charge les périodes de maladie et de vieillesse des ouvriers.
Le travail
Sismondi est le premier à dire que toute la valeur vient du travail, parce qu’il est le seul à ajouter de la valeur à un produit. Il critique la théorie d’Adam Smith qui attribue la valeur d’une marchandise à la quantité de travail qu’elle peut commander et fait de la division du travail et de l’extension des marchés la source de la productivité. Pour Sismondi le capital est du travail accumulé. Le travail n’ajoute de la valeur que quand il accumule du capital, c’est-à-dire s’il reste une valeur nette (un surplus, un profit) une fois que toutes les dépenses et en particulier les salaires sont payées. Une production qui se consomme intégralement en salaire n’ajoute aucune valeur, n’est pas productif, il ne fait de reconstituer et perpétuer un cycle, sans en sortir.
Ajouter de la valeur c’est ajouter du capital fixe, des machines, des entrepôts, des forces aveugles de la nature qui ont été redirigées par l’intelligence et l’habileté etc. qui sont autant de richesse future. Ce capital ne produit que s’il est fécondé par le travail, qui le met en mouvement. Sismondi ajoute que le surplus, le profit sont accaparés par les riches, qui sont propriétaires du capital et de ce fait peuvent décider seul du partage de la valeur ajoutée, et de la richesse. Ils décident aussi de ce qui est produit, en l’occurrence au XIXe siècle ils produisent des biens de luxe qui ne sont d’aucune utilité pour les ouvriers, qui, mis en concurrence par le capital, voient leur salaires baisser et s’enfoncer dans la misère. Ces thèses seront largement reprises par Marx.
Si la machine est un moyen privilégié de l’accumulation c’est parce qu’elle n’a pas besoin de salaire. Les écologistes, au XXe siècle, viennent objecter qu’une sorte de salaire aurait dû être payé à la nature, pour lui permettre de subsister, tout comme le salaire devait permettre à l’ouvrier de subsister et non de s’enfoncer dans la misère. Le non-entretien de la nature conduit à sa dégradation, il conduit à l’accumulation d’une dette écologique, qui est pour le moment masquée par le déstockage de ressources non-renouvelables.
L’historien
Sismondi est aussi connu pour ses travaux sur l’histoire de l’Italie :
Tableau de l’agriculture toscane (Genève, Paschoud, 1801) [1]
Il donna le nom de « Suisse pesciatine » à une région montagneuse de Pescia où il fut exilé et qui lui rappelait son pays natal.
Principaux ouvrages
Tableau de l’agriculture toscane (1801)
De la richesse commerciale (1803)
Histoire des républiques italiennes du Moyen Âge (1807–1818)
De l’intérêt de la France à l’égard de la traite des nègres (1814)
Examen de la Constitution française (1815)
Économie politique (1815)
Nouveaux principes d’économie politique, ou de la richesse dans ses rapports avec la population (1819)
Histoire des Français (1821–1844)
Les colonies des anciens comparées à celles des modernes (1837)
Études de sciences sociales (1837)
Études sur l’économie politique (1837)
Précis de l’histoire des Français (1839)
Fragments de son journal et correspondance (1857)
Bibliographie
Lucien Gillard, Simonde de Sismondi, vie, oeuvres, concepts, Ellipses Marketing, 2010 ;
Albert Aftalion, L’œuvre économique de Simonde de Sismondi, Faculté de droit de Paris, A. Pedone, Paris, 1899 ;
Paul Chanson, Sismonde (sic) de Sismondi (1773–1842), précurseur de l’économie sociale, Institut d’études coopératives et sociales, Paris, 1944 ;
Sous la direction de R. Tomassucci, Sismondi e l’agricoltura della Valdinievole nell’800, Catalogue de l’exposition, Pescia, 1982 ;
M. Stanghellini Bernardini, Sismondi livellario del conservatorio di San Michele di Pescia, Sismondi esule a Pescia ;
Dupuigrenet-Desroussilles, Sismondi et le goût du bonheur (esquisse de psycho-analyse), Économies et sociétés, X, 1976 ;
Michel Porret, « La fustigation remplit les conditions essentielles de la pénalité : Sismondi contre l’utopie carcérale », in Sismondi e la civiltà toscana : atti del Convegno internazionale di studi, Pescia, 13–15 aprile 2000, pp. 365–393, [Firenze] : L.S. Olschki, 2001.
Source : wikipédia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_de_Sismondi
Mille mercis, vieux frère : c’est épatant !!!
J’ai ce précieux livre à la maison, mais je ne l’avais que commencé. Je le mets tout de suite en haut de la pile ‘urgent et important’ (2 m de haut). Je pense l’avoir scanné et OCRisé ; je vais voir.
Tiens !? Ce livre est introuvable (90€ sur Amazon). Bizarre… Ça ne fait rien : on se débrouillera entre nous, à la base 🙂
Salaud de Marx 🙂 Il aurait ainsi méchamment et injustement maltraité Proudhon et Sismondi, deux géants au service des pauvres, tout en leur piquant carrément leurs meilleures idées ?! 🙂
À la lecture de ce passionnant résumé —C’est du KEYNES avant l’heure (plus de cent ans avant !) : KEYNES, lui aussi, avait été >libéral< (on formait déjà comme ça les enfants de riches, à l’époque : le >libéralisme< est la doctrine économique (pensée prostituée aux banques) qui permet aux riches de rester riches et qui condamne les pauvres à rester pauvres), avant de changer d’avis à l’âge adulte, très radicalement, et de devenir puissamment antilibéral—, je comprends mieux que l’éducation nationale >républicaine< (cf. Henri Guillemin) n’apprenne rien du travail de Sismondi aux jeunes gens !
J’ai aussi à la maison un autre livre de Sismondi, très vieux : 1836, je n’ose pas y toucher car il est très fragile, mais je l’ai copié/scanné : « Études sur les constitutions des peuples libres » ! Excitant, non ? => idem , il remonte en haut de la pile ‘urgent et important’ 🙂
Encore merci, vieille branche.
Étienne.
PS : j’ai scanné et OCRisé les deux livres de Sismondi évoqués plus haut, mais je n’ai pas eu le temps de les relire et de corriger les infinies coquilles de l’OCR. Si quelqu’un peut ‘aider, je suis preneur. Voici les deux docs en l’état :

• Nouveaux principes d’économie politique ; ou, De la richesse dans ses rapports avec la population (1827) volume 1 :
http://archive.org/details/nouveauxprincipe01sismuoft
http://archive.org/download/nouveauxprincipe01sismuoft/nouveauxprincipe01sismuoft.pdf
• Nouveaux principes d’économie politique ; ou, De la richesse dans ses rapports avec la population (1827) volume 2 :
http://archive.org/details/nouveauxprincipe02sismuoft
http://archive.org/download/nouveauxprincipe02sismuoft/nouveauxprincipe02sismuoft.pdf
C’est en effet très proche de Marx sur la théorie économique, en plus de Adam Smith et de Ricardo.
Sismondi est quand même assez cité par Marx dans le Capital (ainsi qu’une foule d’autres sources).
Après, je suppose que des points de théorie diffèrent assez entre les deux.
rien à voir mais je viens de retrouver ça :
» De nos jours ces aspirations ont été de beaucoup dépassées, grâce à la concurrence cosmopolite dans laquelle le développement de la production capitaliste a jeté tous les travailleurs du globe. Il ne s’agit plus seulement de réduire les salaires anglais au niveau de ceux de l’Europe continentale, mais de faire descendre, dans un avenir plus ou moins prochain, le niveau européen au niveau chinois. Voilà la perspective que M. Stapleton, membre du Parlement anglais, est venu dévoiler à ses électeurs dans une adresse sur le prix du travail dans l’avenir. « Si la Chine, dit-il, devient un grand pays manufacturier, je ne vois pas comment la population industrielle de l’Europe saurait soutenir la lutte sans descendre au niveau de ses concurrents. ». »
Le Capital – Livre I – Section III.
quand même…
Bonsoir, M. CHOUARD
Merci encore de relayer ces références précieuses. Ces analyses coïncident sur de nombreux points avec les travaux de ma discipline, la psychologie sociale, du travail et des organisations dont les travaux récemment centrés sur la souffrance au travail (appelés risques « psychosociaux ») et l’apparition des suicides sur les lieux de travail.
Il est vrai que derrière chaque théoricien de l’économie, il y a une vision de l’Homme et de son fonctionnement psychique (HOBBES pour les libéraux).
La psychologie sociale et du travail a acquis de nombreuses connaissances sur le psychisme qui ne semblent intéresser que les volontés d’asservir le peuple (consultings, recruteurs, formateurs, marketing, conseil en communication, médias,…) et non de ceux qui veulent une société plus juste et qui résistent à cette aliénation.
Ces liens avec ma discipline et profession ont-ils été débattus dans votre blog (ou forum) pour le plan C ?
@ M. Chenard,
J’ai évoqué la psychologie sociale sur le forum sans susciter de réaction.
Au delà de l’expérience de Milgram largement médiatisée, je crains que cette passionnante discipline ne soit injustement méconnue.
Mais si l’on songe à la conséquence centrale des diverses expérience de votre champs d’étude, qui toutes tendent à réduire à peu de choses (sinon purement contredire)le postulat du libre arbitre humain, cela devient compréhensible.
Il est insupportable aux êtres humains d’envisager qu’ils ont peu (ou pas) de liberté intérieure. Qui plus est, cette illusion nous est nécessaire pour ne pas sombrer dans l’apathie.
Quant aux ploutocrates, ils ne peuvent pas se permettre d’ignorer les outils du maintient(et donc de l’accroissement)de leur domination toujours susceptible d’être remise en cause. C’est pourquoi ils utilisent la neurobiologie, la sociobiologie et la psychologie sociale, 3 champs d’études cruciaux pour contrôler les populations.
Pouvez-vous m’indiquer là où vous avez évoqué la psychologie sociale de façon à ce que je puisse y réagir ?
D’autre part, la psychologie sociale expérimentale permet de comprendre les mécanismes psychiques des groupes. Cependant, ma discipline, elle n’est pas de la recherche fondamentale mais fonctionnait comme une société savante, Non scientiste et permettant de connaître les déterminants de l’harmonie au travail et paix sociale.
Elle montre en quoi chaque individu est unique et que son pouvoir d’agir dans la société (sa partition comme dans un orchestre) permet de construire son identité sociale et de se découvrir à soi même. Ce pouvoir d’agir par son métier et mes aptitudes spécifiques que je façonne permettent de me développer et aussi de développer la société (optimisation des ressources pour l’intérêt général et donc instinct de survie de l’espèce). Le néolibéralisme tue l’indépendance des professionnels et les corps professionnels (collectifs de travail si nécessaires à la qualité de travail et le bien être)- cf le New Public management et l’étude sociologique de son impact sur l’enseignement, la médecine,… ici : http://www.em-consulte.com/article/519986
Les professions sont vues par les marxistes (sociologues des années 80) et donc par les syndicats comme des suppôts et rouages du capitalisme. Ces corps professionnels (et donc pouvoirs d’agir de tous pour tous = démocratie) ont donc été la cible depuis les années 80 du double feu des syndicats et patronats (New Public management de l’Union européenne).
Voilà en résumé, ce que montrent nos travaux sur le terrain des entreprises et organisations et particulièrement ceux de C. DEJOURS et Yves CLOT sur la souffrance au travail (travail empêché)que génère le néolibéralisme à l’œuvre depuis les années 90 (apparition des premiers suicides sur le lieu de travail).
Je pense, en effet, que ces travaux sont mieux à même d’apporter des éléments sur le bien-être dans une société que la psychologie sociale. Ils montrent que cela ne peut être qu’en démocratie, qui passe par le travail « bien fait » comme le dit Yves CLOT.
Un extrait d’interview de C. DEJOURS sur la démocratie des règles de métiers http://www.dailymotion.com/video/xcwv2a_christophe-dejours-5-la-creation-de_news#.UMZpBXcpTxQ et aussi la promesse du travail : se découvrir à soi même :
http://www.dailymotion.com/video/xcwt84_christophe-dejours-2-la-promesse-du_news#.UMZn3ncpTxQ
Christophe Dejours – 2 – La promesse du travail par spike_a_157
Qu’en pensez-vous ?
Merci beaucoup, Chenard, pour ces pistes. J’ai trouvé Dejours extrêmement intéressant sur ce bout de vidéo. Je vais m’informer plus.
Pour l’instant, ça me conforte dans l’idée que le système proposé par Bernard Friot (salaire à vie) pourrait bien marcher ! 🙂
@ Alfila
Une double objection qui pourrait s’élèver au sujet du salaire à vie proposé par Bernard Friot pourrait être celle-là :
Au nom de quoi devrait-on déterminer que la valeur de telle qualification est supérieure à telle autre qualification ? d’une part ; et d’autre part, que cette qualification définirait la valeur de la vie d’un homme ?
En définitive, la stratification des revenus revient, ni plus ni moins à la création de castes.
Bien amicalement
J.C
je suis ravie de vous avoir fait connaitre une petite partie des travaux de cette discipline pour le moins essentielle pour mettre sa pierre à l’édifice.
Apparemment, le plan C n’a pas pu jusqu’à présent aborder et prendre en compte ces éléments issus des sciences humaines abordant le psychisme dans sa dimension sociale et économique.
Notre discipline et profession a été créée par l’Etat français à l’entre 2 guerre pour précisément s’opposer au taylorisme et nuisances du libéralisme. Voici la présentation de notre champ d’exercice peu connu (dont je suis secrétaire au SNP) et son évolution, puisque notre nature même est la régulation du libéralisme (avant même le keynésianisme) au sein même des entreprises :
http://www.psychologues.org/modules/smartsection/item.php?itemid=20
« Toute cette vaste entreprise qu’est l’organisation rationnelle du travail doit reposer sur la connaissance détaillée de la physiologie des travailleurs et la parfaite harmonie entre l’ouvrier et son métier, harmonie qui est source de rendement, de joie au travail, et de paix sociale »
Extrait du discours E. Herriot en 1928 pour l’inauguration de la première chaire au CNAM intitulée « chaire de physiologie et orientation professionnelle ». Depuis l’entre deux guerre, nombre de travaux ont fait avancer la connaissance des organisations les mieux à même pour optimiser la performance économique et sociale.
Par contre, quels éléments de ces extraits vous permettent de dire que cela confirme la faisabilité du salaire à vie ?
@J.C
Au nom de quoi des niveaux de salaires différents ? A nous d’en décider. Quelles sont, d’après nous, les qualifications qui méritent un meilleur salaire ?
Personnellement je ne suis pas absolument pour. Je serais très heureuse avec un même salaire pour tous. Mais je suis sensible à l’argument de faisabilité. Un même salaire pour tous ne serait pas bien perçu aujourd’hui. Donc mettons en place des différences de salaire (malgré tout beaucoup moindres que celles d’aujourd’hui) dans un système par ailleurs vertueux, et essayons ensuite de le faire évoluer.
@Chenard
Quand je parle du salaire à vie autours de moi, on me rétorque que si tout le monde est payé sans contrepartie obligatoire, plus personne ne travaillera.
Ces travaux montrent ce qui pousse les gens à travailler (la reconnaissance, par exemple) et ce qui les rend heureux dans leur travail (la possibilité de bien le faire, par exemple).
Donc dans un système à la Friot, les gens travailleront quand même (pour la reconnaissance) et le système devrait leur permettre de le faire bien, ce qui les rendra plus heureux qu’aujourd’hui.
@Alfina
Penser le travail est essentiel car son role dans la construction de l’identité et de la société est central. Le travail n’est pas qu’une question de rémunération mais bien symbolique de place dans la société et reconnaissance de ma valeur par ma contribution utile à l’intérêt général (instinct de survie de l’espèce).
Ce qui est essentiel c’est donc ce que doit apporter le travail ; ainsi chacun peut se construire et tenir debout car cette construction identitaire (dans son unicité) a besoin d’être étayée et confirmée socialement.
Le 2° point qui est très souvent oublié et pourtant central c’est le travail réel. L’expérience du réel au travail est ce qui se fait connaître à l’homme par sa résistance à la maîtrise technique et à la connaissance scientifique (ex : travailleurs absents, insuffisance des connaissances théoriques et techniques…). C’est une expérience subjective de l’échec, du doute, de l’impuissance. On ne peut concevoir l’expérience du travail sans prendre en compte le réel, qui échappe à la maîtrise de l’homme, qui n’est pas objectivable ni quantifiable. C’est cet effort nécessaire pour faire plier la résistance du réel qui me permet de me découvrir à moi même (cf extrait sur la promesse du travail).
Ce qui semble donc important est de remettre au centre la qualité de ce qui est créé (travail dont les effets sont durables et bénéfiques à court moyen et long terme) et la réelle valeur de contribution sociale et reconnaissance sociale que chaque individu par son unicité peut apporter. Cette reconnaissance sociale (jugement par mes pairs) semble nécessaire et donc une hiérarchie et degrés de reconnaissance (pas la même reconnaissance pour tous). Or, les êtres humains ne sont pas figés et peuvent avoir le droit de plus ou moins vouloir contribuer à l’effort collectif de la société en fonction (santé, envie, conditions physiques, dispositions, destin familial, caractère,…). reconnaitre cette diversité et reconnaissance de l’effort de résistance au réel semble donc importante et à creuser en confrontant les résultats des travaux de psychologie du travail pour avoir une idée de la faisabilité du bénéfice d’un système de salaire à vie.
C. DEJOURS sur la reconnaissance :
Christophe Dejours – 3 – La question de la… par spike_a_157
@ Alfila
Je ne comprends pas. Un même salaire ne serait pas bien perçu par qui ?
Bien amicalement
J.C
@Chenard, merci, l’essentiel de ce que tu répètes était déjà dans la vidéo.
@J.C, je le vois autour de moi. Bien sûr, ceux qui gagnent aujourd’hui plutôt plus que les autres ne veulent pas gagner moins. Et ceux qui gagnent moins s’exclament « mais il est médecin, il sauve des vies, c’est normal qu’il gagne plus ! ». C’est comme ne pas noter à l’école, les gens perçoivent mal cette absence de hiérarchie (mais je pense que ce sera plus facile d’arrêter les notes à l’école que la hiérarchie des salaires). Enfin, personnellement, je ne suis absolument pas contre un salaire unique, mais je me contrefiche que quelqu’un gagne 4 fois plus que moi (mais pas 400 fois), du moment que j’ai de quoi vivre correctement (ainsi que tous les autres).
Et puis, comme le dit Friot, il ne milite pas pour la fin de l’Histoire (=l’utopie). Voir sa réponse à ta question à 40min30s de cette vidéo
L’enjeu des retraites (2÷2 = débat) – Bernard… par fsl56-org
Le problème des différences de salaire et de revenus, c’est qu’elles instaurent de facto une inégalité sociale et politique : celui qui gagne plus sera perçu comme « plus utile » (si le salaire est réellement évalué selon l’utilité et la performance, ce qui n’est pas le cas actuellement) et « meilleur », de telle sorte que, une fois encore, on instaure une hiérarchie sociale.
L’éboueur contribue à garder nos villes propres (hygiène, salubrité publique) et agréables à vivre, et son travail, bien que ne nécessitant pas de compétence technique particulière, est sale et ingrat : est-il moins utile que le médecin qui soigne ou le chirurgien qui opère ? Je ne le crois pas, car pour le chirurgien et le médecin, l’absence d’éboueur se solde par une perte de la qualité de vie.
Il n’y a pas de tâche plus ou moins nobles ou utiles : si nous évaluons la société de cette manière, alors les artistes, les poètes, les chanteurs, les peintres, ne servent à rien et ne sont pas indispensables… Ne parlons même pas des moines et des nonnes, passant leur temps en prières et en méditations.
Dès que l’on instaure une hiérarchie, quelle qu’elle soit, l’harmonie acquise par l’égalité est rompue ; l’égalité disparait dès qu’apparait une structure hiérarchique, si faible soit-elle. Par conséquent, même réduite à un facteur 10x, les différences de salaires ruinent l’égalité entre citoyens. C’est inévitable, et pour qui souhaite véritablement une démocratie digne de ce nom, à éviter à tout prix. La motivation doit venir d’ailleurs que du salaire. De toute façon, en ce qui me concerne, je préconise une société dont l’économie n’est plus fondée sur la monnaie et où l’argent n’existe pas.
Morpheus
Le problème, c’est que l’égalité n’existe pas, c’est ça le hic, rien n’est égal à autre chose ou alors il faudra me dire à quoi.
On part sur des bases fausses, on est en pleine imposture, donc tout le reste suit, et ça donne ce qu’on vit, un mensonge par aveuglément et des réponses sans poids, réponse sans poids, or, notre seule liberté est dans la réponse( res= la chose et pondere= qui a du poids : la réponse est la chose qui a du poids !).Mais, là, il n’y en n’a pas de réponses qui aient du poids du fait que les prémisses du problème existentiel sont faussées radicalement dès le départ.
Mon point de vue, c’est que l’égalité n’existe pas, mais le sachant, connaissant les limites de l’humain, de tout humain je peux ouvrir un possible chemin de liberté, au seul prix de voir nos limitations, alors et alors seulement, je peux maintenant savoir à quels principes je vais obéir, sans me berner, me leurrer derrière les lunettes qui me font voir le monde tel que je voudrais qu’il soit mais qui divorce alors de ce qui est.
Il faut savoir ce que l’on veut, la bienveillance est une grande qualité mais sans rigueur elle tourne vite en mièvrerie !
Catherine.
Face à la mort, la seule vérité immuable, intangible, absolue à laquelle nous pouvons souscrire, nous sommes TOUS égaux !
Les différences qui apparaissent entre les uns et les autres ne sont pas la marque d’une inégalité intrinsèque, mais le signe d’un besoin d’identité propre.
Il ne s’agit pas d’Être tous égaux : il s’agit de nous traiter mutuellement en égaux, parce que nous partageons le même monde, la même Terre, le même air, et que nous dépendons les uns des autres.
Je ne puis accepter ce « on part sur des bases fausses » : TU pars d’une approche erronée prétendant que nous SERIONS (ou que nous aspirions à ÊTRE) égaux, alors que ce qui est revendiqué est une ÉGALITÉ DE TRAITEMENT.
Le pire est que tu ne sembles pas comprendre qu’en adoptant cette mauvaise prémisse, tu donnes du pain à tous ceux qui veulent justifier les inégalités de traitement sur la base d’une inégalité d’identité.
Nous ne sommes pas identiques. Mais nous sommes égaux devant la mort et les mystères de l’Univers. Cette égalité nous unit, et c’est sur cette base que nous devons construire une égalité de traitement mutuelle.
Morpheus
Non, c’est faux, l’inégalité est aussi devant la mort, regarde autour de toi, ensuite c’est une autre histoire !
Si je nais avec un chromosome en moins ou en plus, dans telle contrée plutôt que dans telle autre, etc, etc, ce n’est pas la même chose.
Ce n’est pas à toi d’accepter ou pas cet état de fait, serais-tu au-dessus de la vie pour décréter cela irrecevable, c’est la vie qui nous propose ce plat-là, c’est tout, il ne s’agit pas du décret d’une personne, c’est un principe.
Tu retournes tout à ton avantage et tu compliques tout pour rendre tout cela confus et empêcher le débat. Tu fais des noeuds là où il n’y a pas lieu. De plus, je te reproche, comme pour ton ami le chantre du nouveau monde, le Vénusien new-deal dont j’ai oublié le nom, de prendre une argumentation au départ juste, ainsi le chaland baisse la garde, pour ensuite fourguer des contre-vérités et enfumer à souhait.
Je n’ai pas l’intention de justifier quoique ce soit auprès de toi, je suis malade et je ne vais pas gaspiller mon énergie de la sorte.
Celui qui a envie de recevoir ce que j’ai écrit plus haut le recevra, quant aux autres, ça restera lettre morte, c’est comme ça.
Ne te fais pas de soucis, tu as bonne presse ici, ne t’inquiète donc pas pour ton aura !
Aura qui aura bien le dernier !
Je me permets de polluer un peu ce fil de discussion parce qu’il est le dernier en date sur ce blog.
Je viens de mettre en ligne une vidéo que j’ai faite en pensant à Etienne qui nous invite à multiplier les initiatives de ce genre.
Elle fait suite à la publication d’un petit bouquin que j’ai envoyé en Septembre à Etienne (sans nouvelle depuis, mais il devait être entre deux conférences, je lui pardonne).
Ca s’appelle « simple comme bonjour »
et ça explique à ma manière (mais avec beaucoup des arguments d’Étienne) les différentes crises que nous traversons, économique, écologique, démocratique.
La vidéo :
Simple comme bonjour par Merome
Le livre : http://www.lulu.com/shop/j%C3%A9r%C3%B4me-vuittenez/simple-comme-bonjour/ebook/product-20386944.html;jsessionid=FE16758625A2B18C4E50229428B45570
Fin de l’autopromotion. Merci de votre attention.
Bien cruciale question, celle posée par le salaire et les castes, et le refus de hiérarchie dans l’utilité sociale. Je viens de tomber sur la présentation de l’ouvrage de F. LORDON « Capitalisme, désir et servitude. Marx et Spinoza » qui explore justement le sujet du travail instrumentalisé par le libéralisme et qui correspond, à mon plus grand joyeux étonnement, à ce que l’état actuel des connaissances sur le psychisme de ma discipline et profession (psychologie du travail).
Si on veut penser la société, on doit prend l’Homme tel qu’il est et non tel qu’on voudrait qu’il soit… l’homme nouveau désiré par diverses idéologies nie la nature humaine même (instinct social donc règles de vie ensemble mais aussi territorial) et sera vraisemblablement voué à l’échec (décadence selon DEJOURS).
Cet angle de vue de F. LORDON parait réellement rassembleur et approfondir le degré de réflexion sur ces thèmes pour penser les sociétés humaines à travers la convergence des sciences humaines « Capitalisme, désir et servitude. Marx et Spinoza » (2010) : http://www.agoravox.tv/tribune-libre/article/frederic-lordon-sciences-sociales-37231
@Merome, pourquoi une image d’Anonymous à la fin ?
C’est démocratique, Anonymous ?
@Alfila :
C’est ma vidéo qui est « anonymous » dans l’esprit.
@ CHENARD
Vous écrivez : Si on veut penser la société, on doit prend l’Homme tel qu’il est et non tel qu’on voudrait qu’il soit… l’homme nouveau désiré par diverses idéologies nie ++la nature humaine++ même (…)
J’ai longtemps réfléchi à cette notion, « la nature humaine ». Croyez-vous vraiment qu’il existe une « nature humaine », et si oui, comment la définiriez-vous ? Quels en seraient les caractéristiques déterminantes et communes à tous les êtres humains ?
Cordialement,
Morpheus
Bonjour Morphéus,
Cette citation est de SPINOZA et citée par LORDON dans l’interview mais, je vois que le lien ne s’est pas bien affiché. Le revoici :
http://www.agoravox.tv/tribune-libre/article/frederic-lordon-sciences-sociales-37231
Il faut vraiment l’écouter, il est époustouflant et j’aimerais bien avoir votre avis aussi.
Pour répondre à votre question, voici quelques éléments, mais la question est complexe car en premier sa nature, c’est chacun l’incarne.
Au niveau commun de l’espèce humaine (hors différences culturelles, socio génése,.…), nous sommes guidés uniquement par nos passions/désirs et le libre arbitre n’existe pas (SPINOZA confirmé par les travaux de psychologie sociale expérimentale dont nous avons parlé au début de la discussion). Ceci est à contre courant de la représentation que l’on se fait (anthropocentrisme) et a valu à SPINOZA d’être répudié. Cette nature animale est, en effet, rejetée et méprisée comme si elle n’était pas humaine. Pourtant c’est notre nature la plus inévitable, et commune à toutes les populations.
Notre nature est déterminée par la génétique et le fait que nous soyons un animal social et territorial qui nous ont permis de survivre sur cette planète (pas de défenses, de carapace, petite taille,..). C’est notre variété et la singularité de chaque membre, et notre capacité à organiser collectivement ces énergies (appelées violences ou désirs/passions par Spinoza), qui permet de compenser les limites de chacun et de progresser en tant que groupe et espèce. LORDON évoque par exemple des cas réels d’autogestion et les désordres inévitables semble-il car on ne peut s’affranchir de la violence.
Il est démontré que nous sommes une espèce territoriale et qu’à ce titre on sait par exemple qu’il n’y a pas de relations bien ordonnées entre les membres d’un groupe sans définition précise du territoire de chacun (Edward T. Hall, La Dimension cachée).
On sait aussi que l’indifférenciation des habitats détériore les relations sociales, provoque l’augmentation de la délinquance et des actes de violence sans objectif matériel concret (Gérald B. Suttles, The Social Order of the Slum).
« L’homme a un instinct territorial, et si nous défendons nos foyers et nos patries, c’est pour des raisons biologiques ; non point parce que nous choisissons de le faire, mais parce que nous devons le faire » (Robert Ardrey).
Renier ses instinct, tels que ceux-ci, donc notre nature même (diversité et complémentarité de chacun pour créer un groupe) est démontré aussi par les sciences du travail de tradition francophone.
@ CHENARD
Merci pour votre réponse. Je vais prendre le temps d’écouter cette intervention de F. Lordon avant de vous donner mon avis à ce sujet.
Je vais déjà donner mes réflexions concernant la question de la « nature humaine ».
Autant être direct, j’ai une forte réticence devant le concept de « nature humaine », mais permettez-moi de vous expliquez pourquoi.
D’abord, il se trouve que cette notion est floue, incertaine et, souvent (presque toujours) employée abusivement. Son caractère flou et indéterminé en fait une notion fourre-tout dans laquelle on va greffer, le plus souvent, des idées caricaturales, voir fausses. Par exemple, les libéraux ont une tendance certaine à utiliser cette notion pour justifier l’idéologie capitaliste, en y mettant l’idée que la nature humaine, c’est la compétition, et que par conséquent, la compétition est incontournable et parfaitement fondée : nous devrions nous y plier.
D’autres dirons que la nature humaine est animale, en y projetant l’idée que cette animalité équivaut à la barbarie et à la cruauté. Or, les animaux ne tuent pas par cruauté, ni par avidité, que je sache : seulement pour la chasse (nourriture) ou la défense (protection de sa vie ou des petits). Les animaux ne sont pas « violent par nature » : ce que nous appelons « violence » dans l’animal correspond à des actes justifiés par les cycles naturels et les besoins fondamentaux, bien loin des perversions humaines. Je trouve à ce titre paradoxal (pervers ?) de parler de l’homme en tant que « bête sauvage » pour qualifier des perversions qui sont étrangères aux animaux ; sans doute une énième façon qu’à l’homme de projeter sa part d’ombre sur les autres…
Il me semble d’ailleurs que la définition que vous en donner est – au moins en partie – influencée par ces « interprétations » de la « nature humaine ».
Je note deux axes essentiels dans votre définition :
1) les hommes sont seulement guidés par leurs passions.
2) leur nature est déterminée par la génétique.
Concernant les passions, déjà je trouve qu’il faut revoir le choix du terme : la passion c’est la souffrance (du latin pati, passus « souffrir », « supporter ») ; serions-nous guidés par la souffrance ? Certaines névroses, voir psychoses, répondent à cette définition, sans doute. Mais les névroses et les psychoses sont-elles issues de la « nature humaine » ? Je ne le crois pas…
Alors utilisons un autre terme : l’homme serait guidé par ses désirs. Là, l’étymologie est intéressante (comme très souvent) : le mot provient du verbe désirer, dont la forme 4 est Desiderare, à l’origine « cesser de voir », « constater l’absence de », d’où « chercher, désirer ».
En d’autres termes, les désirs seraient issus d’un sentiment de manque qui cherche à être comblé. Ce qui se rattache, entre autre, à deux autres notions : l’avidité et l’aversion. J’apprécie l’approche de la philosophie bouddhiste, qui cherche les causes de la souffrance humaine (et qui semble donc attester l’approche Spinoziste).
Que nous disent-ils, ces philosophes et exégètes du Bouddha ? Les causes de la souffrance humaine sont de trois sortes, interdépendantes et reliées entre elles :
1) L’avidité : l’être humain rechercherait sans cesse des expériences agréables ; lorsqu’il expérimente des sensations agréables, il désire que le plaisir se poursuive, se répète, et se prolonge…
2) L’aversion : …seulement, l’univers ne marche pas comme cela ; les sensations, agréables ou désagréables, ne durent pas tout le temps, elles changent de nature : une sensation agréable qui se prolonge trop se change en sensation désagréable (l’inverse pouvant être vrai aussi, dans une certaine mesure). La réalité est cyclique, et son observation nous enseigne que tout est en mouvement, changeant. Rien n’est éternel (même les particules atomiques ont une durée de vie limitée – longue à l’échelle humaine, mais limitée dans le temps).
Cela a des conséquences. Lorsque quelque chose ou quelqu’un fait obstacle avec l’objet de mon désir, j’en ressent une frustration, qui génère une aversion. De la même façon, lorsqu’une sensation est désagréable, et que je ne trouve pas le moyen de m’en protéger, je vais éprouver de l’aversion contre ce qui me parait être la cause (souvent apparente) de ces désagréments. Avidité et aversion s’alimentent donc l’un et l’autre et forment les passions humaines (Spinoza était-il bouddhiste ?)
3) L’ignorance : comme nous sommes pris dans le maelström de nos souffrances mêlées de désirs et d’aversions, nous ne percevons pas la nature changeante et mouvante des choses (que les bouddhistes appellent « illusions », et les hindous « maya »), nous persévérons dans ces comportements qui entraînent et entretiennent nos souffrances, et cela forme un cercle vicieux de passions (souffrances) sans cesses recommencées.
Tout cela semble très juste. Et d’une certaine façon, ça l’est.
Mais cela me fait penser à cette scène dans le film Matrix, où le personnage de l’Agent Smith, s’adressant au personnage de Morpheus, lui tient ce discours :
« J’aimerais vous faire part d’une révélation surprenante. Elle m’est apparue quand j’ai essayé de classer votre espèce. Je me suis aperçu que vous n’étiez pas des mammifères. Tous les mammifères sur cette planète développent un équilibre naturel, une symbiose avec le milieu qui les entoure. Pas les êtres humains. Vous vous installez quelque part et vous vous multipliez, vous proliférez jusqu’à ce que vous ayez épuisé toutes les ressources naturelles. Et la seule façon que vous avez de survivre est d’aller vous installer ailleurs. Il existe d’autres organismes sur cette planète qui font la même chose. Savez-vous lesquels ? Les virus. Les êtres humains sont une maladie contagieuse, le cancer de cette planète. Vous êtes la peste, et nous, nous sommes l’antidote. »
Bien que dérangeant, ce petit discours semble piqué du bon sens, non ? Sans doute est-il dérangeant parce qu’il parait piqué de bon sens… Sauf qu’en réalité, il s’agit d’un sophisme. Pourquoi un sophisme ? Parce qu’il n’analyse le comportement humain que dans sa (courte) période en tant qu’humain civilisé, c’est-à-dire sédentaire et vivant dans des villes. Et nous savons bien que l’homme a vécu sur Terre depuis beaucoup plus longtemps que sa période civilisées (sans doute 100 fois plus longtemps – peut-être même plus).
Un peu comme l’analyse bouddhiste ou spinoziste, en somme, qui n’observe le comportement humain que sous l’angle de l’homme civilisé. J’aurais tendance à dire « c’est un peu court, jeune homme… ». Je considère donc que cette approche est incomplète, et donc repose sur de mauvaises bases – au moins partiellement. Disons-le autrement : cette analyse est sans doute juste lorsqu’elle s’applique à l’homme civilisé ; mais pas à l’être humain en général.
Venons-en maintenant au deuxième axe de votre définition, la génétique. Là, on aborde le classique et déjà ancien débat entre l’inné et l’acquis. Nos comportements sont-ils innés (« c’est dans la nature humaine ») ou acquis ? Rien que poser la question, nous voyons déjà qu’il y a dans l’inné, si cette hypothèse était juste, comme une fatalité. Une fatalité qui mène d’ailleurs à des idéologies pas très reluisantes (eugénisme, races supérieures, etc.). Avouons déjà que la pensée actuelle est encore fortement influencée par cette idée. Et je réfute celle-ci. Sur quelle base ?
Une base qui me parait plus juste, plus universelle, et qui repose sur la théorie de l’évolution de Darwin : ce qui permet aux espèces de se perpétuer, c’est leur faculté de s’adapter aux changements de l’environnement (et non, comme certains l’affirment, « la loi du plus fort » ou « la loi de la jungle »).
Comme les animaux (dont il fait partie), l’homme s’adapte, instinctivement, naturellement, à son environnement. L’environnement humain est, à la base, l’environnement naturel. C’est celui des peuples premiers (les primitifs). Par contre, depuis l’avènement des civilisations, l’environnement humain est d’avantage socioculturel que naturel. On peut même observer qu’il y a souvent hiatus entre l’environnement naturel (l’écologie, l’écosystème, les lois de la nature) et l’environnement socioculturel. Un hiatus ? Avec les lois de la nature ? Tiens, tiens, mais ne serait-ce pas là une piste pour expliquer les causes de nos… dysfonctionnements (névroses, psychoses, désordres de la personnalité, perversions, …) ? Est-ce que ce hiatus pourrait être la cause de ce qu’observent les bouddhistes et Spinoza ? Je ne sais pas vous, mais moi, j’y vois un sens.
Les dernières recherches en épigénétique ont notamment montré qu’il existe une relation entre le patrimoine génétique et l’environnement. L’environnement a une influence déterminante sur les gènes ; il peut contribuer à l’activation de gènes présents mais inactifs, comme il peut provoquer la création de gènes absents. Il y a relation entre génétique et environnement. Et l’environnement a un rôle déterminant (pas exclusif : déterminant).
Bon, je suis trop passionné 😉 par le sujet, du coup je m’étale. Il y a encore à en dire, mais on verra plus tard, si vous voulez bien. En conclusion (provisoire), je dirais que je ne rejette par principe la notion de « nature humaine », mais je la rejette de façon conjoncturelle, car on lui faire dire trop de choses souvent fausses, ou seulement partiellement justes, mais en la présentant comme une vérité universelle – ce qu’elle n’est pas. Et je prétend que nous devrions être beaucoup plus circonspect avec ces termes.
Cordialement,
Morpheus
Bonjour Morphéus
On fait dire aux mots ce que l’on veut et les théories économiques se sont toujours baties sur des conception de l’Homme (nature humaine). cette conception ne prend souvent qu’une partie des nombreuses facettes des êtres humains. Le spectre large de la psychologie mais plus largement les sciences humaines montrent sa richesse.
Quand les idéologies libérales ou marxistes ont été créées, la science était basée sur un mode cartésien et analytique d’où une simplification du réel importante (omettant des facettes des êtres humains n’ayant pas de conséquences anodines comme nous pouvons le constater.
Les lois universelles sont sur un mode cybernétique (et pas manichéen) ou systémique qui montre l’interaction entre les différents « systèmes ». Ma profession étudie justement ces interactions et non l’homme ou les situations de travail. C’est bien leur interactions qui importent (processus de régulation,…).
Pour Matrix, il est évident que cette affirmation est circonstanciée à notre époque et civilisation qui utilise comme mesure de leur bien être l’accumulation de richesse financière (PIB). Cet indicateur de mesure unique (quand il n’est plus régulé comme le préconise le néolibéralisme) est contraire aux lois universelles car suppose une réalité infinie (croissance) alors que notre système planétaire est fini. C’est donc bien l’exploitation maximale des ressources jusqu’à épuisement que vise la politique néolibérale car elle se base sur une thèse cartésienne erronée.
Le travail effectif (transposable à la production humaine pour une société) est l’action (régulations notamment) qui permet de réduire l’écart irréductible entre le travail prescrit (ordre, procédures, objectifs et moyens,…) en travail réel (cf C. DEJOURS partie 1 de l’interview que j’ai déjà mis).
Cet écart est irréductible et seule l’intelligence de l’Homme peut trouver les solutions pour le réduire. travailler c’est faire cette expérience de l’échec où se dérobe la maitrise.
Une société vivante et donc durable est une société qui permet que ces régulations se fasse face au réel et soit portée par tous ceux qui produisent pour permettre de survivre.
Réduire le travail au prescrit (dictature) ou aux résultats du travail est donc passer à coté du travail réel et de la capacité de notre espèce de subvenir à ses besoins et donc sa survie. C’est la souffrance (échec face au réel) qui guide l’action (moteur) pour trouver la solution et transformer cette souffrance en plaisir.
la souffrance n’est pas une plaie mais une chance pour se découvrir à soi même et créer la coopération de tous en respectant la place et l’unicité de chacun. Vouloir éradiquer la souffrance est déshumaniser notre nature alors. Elle est de toute façon irréductible et comme le dit LORDON (issu de Spinoza) c’est l’intensité et la création d’affect joyeux (se développer) ou triste qui importe donc.
L’humain ne fait pas que s’adapter à son environnement, il est nécessaire pour lui de créer les conditions (dans le système contraint et fini dans lequel il est, la planète) qui lui permette de survivre donc de préserver son environnement (responsabilité sociale de chacun).
Le système keynésien est donc un progrès dans la « civilisation » de l’humanité et le néolibéralisme est une régression sociale terrible et auto destructrice. Et le principe d’égalité de participation de chacun à cause commune est aussi destructrice car leur désir et potentiel d’agir ne le sont pas et ne peuvent pas l’être de par la nature humaine (biodiversité).
d’ailleurs, cette idée de tirage au sort contrevient aussi à cette nécessité (désir et potentiel) et par son principe pose la nécessité d’un homme nouveau lui aussi et donc idée de société qui ne prend l’Homme tel qu’il est mais tel qu’on voudrait qu’il soit.
Je ne sais si ce type d’angle de discussion a été abordé pour le plan C mais si cela a marché pour les grecs, c’est que les grecs qui faisaient la démocratie ce n’était que des nantis et oisifs (système d’esclavage et reléguant les femmes au foyer).
Introduire les travailleurs dans le système et les femmes (moitié de l’humanité) change de fond en comble les données (interactions du système). Pour penser la société il faut aussi y intégrer les éléments des sciences du travail qui font elles aussi partie des sciences humaines.
J’ai essayé à plusieurs reprises de partager ces apports avec E. CHOUARD mais n’ai jamais eu de réponse malheureusement comme MEROME. Comme quoi la preuve que la volonté seule de faire une démocratie nous met face à nos limites et que seul, rien n’est possible malgré toute la bonne volonté et activisme d’E. CHOUARD pour qu’il en existe une mais je ne désespère pas non plus que ce point soit débattu également.
Nos capacités cognitives sont en effet limitées (il ne peut en être autrement de façon génétique même si nous ne sommes pas égaux à ce niveau, il existe un seuil infranchissable) et donc nos capacités d’interactions également.
Bon visionnage de l’émission sur l’ouvrage de F. LORDON
@ CHENARD
Concernant l’absence de réponse d’Étienne, ne vous formalisez pas : ce n’est pas du désintérêt ou du snobisme, c’est réellement un manque de temps. Regardez son planning de conférences et imaginez qu’il fait cela en plus de son travail de professeur, en plus de lire les répliques du blog et du forum, de surligner parfois certains passages (preuve qu’il lit, ce qui est déjà bien), en plus de lire des livres, de découvrir de nouvelles sources, etc. Et j’oubliais le parapente, pour s’échapper de tout cela de temps en temps (quand la météo s’y prête). Franchement, je ne sais pas comment il fait. Faut pas oublier qu’il a aussi une famille, cet homme là, et sa femme et ses enfants ont bien le droit de l’avoir un peu aussi pour eux 😉
Moi-même, cela fera bientôt un an que j’essaye de l’amener à une réflexion de fond, avec un angle d’approche neuf, concernant l’économie. Il m’a répondu qu’il fallait que j’attende. Et c’est ce que je fais, parce que je comprends bien qu’il ne peut pas tout faire. Il est fort sollicité. Alors j’apprends la patience et la persévérance. Mais sachez qu’il vous lit, comme il lit tout ce qui est écrit sur le blog ou sur le forum. Il n’est pas indifférent.
En tout cas, pour revenir à nos moutons, j’aime assez le principe d’une approche cybernétique, systémique de l’homme et de son environnement. Sur ce point, même si nous ne faisons pas les mêmes conclusions, il semble que nous ayons un même angle d’étude. C’est déjà un bon point.
Juste une réflexion : avez-vous songé que l’homme, au départ, n’a pas réellement besoin de « produire » pour subvenir à ses besoins de base ? Les chasseurs-cueilleurs du paléolithique ne produisaient pas leur nourriture, il la cueillait et la chassait, et leur « production » était assez mince au regard de ce dont nous devons produire de nos jours pour répondre à toutes les sollicitations du monde « moderne ».
Je précise que je ne dis pas en cela que nous devrions retourner à ce mode de vie, c’est juste un angle de réflexion pour orienter la réflexion sur la recherche d’un indispensable équilibre entre besoins et désirs, entre être et avoir, entre l’homme et son environnement. Le principal problème de l’homme civilisé, c’est l’ubris. Trop de passions (souffrances & plaisirs) mène aux traumatismes, et entraîne la société vers la folie. Il me semble qu’il est devenu urgent de nous déconnecter de la matrice (la cité) et de nous reconnecter avec les cycles naturels (la Terre), afin de retrouver cet équilibre.
Autre point, la question du temps disponible. Les citoyens athéniens avaient du temps disponible pour la gestion de la cité (la politique), c’est entendu. Mais nous aussi ! L’avènement de l’industrie et de la production mécanisée libère l’homme du travail aliénant, et si nous n’étions pas dominés et dirigés par l’ubris capitaliste prétendument libérale, il y a belle lurette que nous aurions repris en main la politique. Ce ne sont que les pressions du capital qui nous maintiennent dans une logique du travail aliénant, parce qu’ils ont besoin d’une main d’œuvre enchaînée (par les dettes, les emprunts, les obligations, et la monnaie) pour préserver leur modèle de domination et leurs privilèges.
Mais la courbe travail / production montre que le taux de non emplois ne peut que grimper en flèche. Nous n’avons plus besoin de travailler autant pour répondre aux besoins du marché. La preuve, l’incroyable gaspillage de produits (entre 1⁄3 et 1⁄2 des productions alimentaires sont gaspillées chaque année, une gabegie monstrueuse).
Bref, ce que je veux dire, c’est que le temps nécessaire pour nous occuper de la chose publique (en ce compris apprendre, étudier, se former), il existe. Il ne tiens qu’à nous de revendiquer cela et de refuser l’esclavage moderne du travail aliénant. En tout cas, ce n’est pas un argument solide pour montrer l’impossibilité d’une vrai démocratie moderne, il me semble.
Bon, je déjeune et puis je regarde Lordon 🙂
Cordialement,
Morpheus
À tous :
Ce tas de ferraille (le robot du blog) interprète mal les espaces en début de ligne => il met alors le paragraphe entier dans un format idiot, avec un ascenseur horizontal pénible…
et il faut attendre que je passe par-là (entre deux copies, deux cours ou deux conférences au diable Vauvert) pour corriger ça à la main.
La maintenance quotidienne de cette partie —blog— de mon site est devenue une véritable servitude.
Si vous vérifiez ça vous-mêmes avant d’envoyer le commentaire (supprimer tous les espaces éventuels en début de ligne), vous évitez le problème (et vous me faites gagner un peu de temps) 🙂
Merci pour votre patience (et votre gentillesse).
Étienne.
J’y penserai, Etienne, pour alléger votre tâche.
Je me doute bien de son rythme effréné et l’impact de l’intensification travail est bien étudié par notre discipline. Et puis trop d’information tue l’information. Et là, , il a clairement exprimé qu’il a tout juste le temps de regarder les bugs pour faciliter nos échanges… mais plus de lire, apparemment.
C’est dommage, à l’université d’été de l’UPR je pensais qu’il y allait avoir un échange entre eux comme je l’avais vu sur le net. Il était, en effet, plus mal à l’aise sur les capacités et désirs de chacun d’exercer ces fonctions. Mon champ d’exercice et recherche est tout à fait mobilisable sur ce plan et c’est vraiment dommage et en plus en cohérence avec les recherches de son ami F. LORDON.
Pour revenir au fil de notre échange, Morphéus (et Étienne si tu nous lis), n’oubliez pas que nous sommes dans une société de consommation et que ce principe (basé sur les théories pulsionnels de Freud car c’est son neveu qui a élaboré cette théorie http://fr.wikipedia.org/wiki/Edward_Bernays ). Psychologue, je suis la mieux à même pour vous affirmer que le matraquage télévisuel et marketing, aujourd’hui à l’heure du neuromarketing est une machine la plus perfectionnée pour faire oublier sa nature même aux individus. L’impact de ces manipulations psychiques sont hautement sous estimées. Je vous conseille à ce propos Michel DESMURGET qui a collecté pendant 30 ans toutes les études dans les revues scientifiques les plus renommées sur l’impact de la télévision : http://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Desmurget. Le plus terrible car pernicieux problème de santé publique : surpoids, violence, représentation de son corps, apprentissage, échec scolaire, développement cognitif, maitrise du langage… la liste est longue !
la pression sociale (mécanismes de conformité aux normes très étudiés par la psychologie sociale également) est donc d’être toujours plus performant, plus zen, plus polyvalent, soumis,… bref, de nier sa nature et les règles de régulations innées dont nous sommes dotés pour nous faire consommer et produire pour faire marcher le PIB et donner raison aux théoriciens néolibéraux.
Si vous avez le temps de lire voici un autre livre très agréable à lire car sur un ton humoristique mais qui est bel et bien un essai de psychologie « Je ne suis pas une entreprise, guide de survie individuelle au XXI° siècle » Michel PERREAULT http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Je_ne_suis_pas_une_entreprise__-9782359250497.html Cet ouvrage est truffé de recherches sur ce point car il a travaillé dans le marketing notamment.
Les puissances actuelles ont les outils de manipulations psychiques et ne s’en privent pas pour asservir (à notre propre insu car passe sous la ligne de flottaison du cerveau) ; l’utilisation de ces failles neutralisent les mécanismes de régulation naturelle pour servir des fins contraires à l’intérêt général. il est donc navrant et révoltant pour nous de voir que ceux qui revendiquent une société juste et humaine ne se dotent même pas de ces connaissances !!
Sinon, la thèse de la fin du travail (RIFKIN ou MEDA) est liée à la thèse néolibérale de recherche d’accumulation financière donc d’augmentation du rendement infini. Par une politique keynésienne, la sauvegarde des emplois est donc possibles et même souhaitable (objectif de l’État = plein emploi).
De plus, ayant travaillé auprès de populations de services publics (demandeurs d’emploi), j’ai eu la chance de côtoyer ceux qui constituent la majorité de la population et je peux vous dire que, beaucoup n’ont ni envie ni besoin ni aucun intérêt ou capacité pour faire gouverner… ou faire de la politique ou décider pour les autres.
« Ce qui le font c’est leur métier et ils sont spécialistes donc à partir du moment où ils pensent que c’est bon pour nous, je ne vois pas ce que je pourrai faire de plus ». C’est ça, la sagesse du peuple, savoir aussi reconnaitre ses limites et se concentrer sur ce qu’il sait faire de bien et qui le satisfait car l’épanouit (dépenses physiques, plein air, travail de la matière, de l’usinage, maçon,..). J’ai eu la chance de connaitre des professionnels passionnés et fiers d’exercer leur métier et tous type de métier dans la mesure où on respectait leur usure et besoin se modifiant selon l’âge et la maturité.
À propos de la thèse de la « fin du travail », non seulement c’est une illusion car les organisations en sous effectif partout (et ne peuvent donc plus respecter le mini des règles professionnelles du travail bien fait et la performance sociale) et de plus, la déshumanisation de la société (plus de personnel, robot,…) est toxique. Il est démontré que les contacts avec nos congénères et le travail ensemble est le meilleur vecteur de santé. Il n’y a qu’à voir les statistiques du nombre de pathologies psychiques et maladies chez les chômeurs et oisifs. Pourtant, un chômeur a le temps de faire de la politique.
Le travail n’est aliénant que dans la mesure où il m’est interdit de bien travailler et où je suis le mieux à même de trouver une occasion de me développer (productivisme aveugle et méprisant les règles de métiers); car le travail est surtout un formidable vecteur de transformation de moi même et d’accomplissement (avec toute la biodiversité des capacités, histoire et désirs de chacun).
@ CHENARD
On est sur la même longueur d’onde. Je connais bien les techniques de l’ingénierie du consentement développées par Edward Bernays (il y a un excellent documentaire de la BBC qui retrace son parcours et son influence, à voir et à revoir). Je suis également au fait des dernières approches du marketing par les neurosciences (neuromarketing, neuromanaging). Soyez sûr que je garde bien cela en tête lorsque j’analyse la société. J’ajoute également une approche de l’impact fondamental de l’influence des mythes sur la construction de l’imaginaire collectif (la pensée derrière la pensée > subconscient, voir la pensée logée au niveau de l’inconscient). J’enregistre en tout cas dans ma liste d’ouvrages à lire celui de Michel PERREAULT que vous me recommandez.
Sur la puissance des mythes, cette citation de David Ray Griffin (Professeur de théologie et de philosophie des religion) est très intéressante :
« Un mythe est une idée qui, même si elle est communément admise, est fausse. Dans un sens religieux, un mythe est une histoire qui sert à orienter et à mobiliser le peuple. L’accent n’est pas mis sur le rapport entre l’histoire et la réalité, mais sur la fonction qu’est censé exercer le mythe. Une histoire ne peut fonctionner à moins d’être supposée vraie par la communauté ou la nation. Il n’y a pas de débat possible. Si certaines personnes ont le mauvais goût de mettre en doute l’authenticité de l’histoire sacrée, les gardiens de la foi et de l’orthodoxie refuseront de discuter avec elle. »
La neutralisation des processus de l’expression des besoins naturels par la culture, mais aussi par les techniques sus mentionnées, mène directement, d’après moi, aux perversions que l’on observe, et à toute une série de violences « folles » qui se développent depuis plusieurs décennies. Je suis plus Jungien que Freudien (je soupçonnais déjà fortement Freud d’être un gourou des temps modernes bien longtemps avant de lire Le crépuscule d’une idole ; depuis, je suis convaincu de son escroquerie intellectuelle). Jung a développé une approche plus holistique de la psychologie et de la psychanalyse. Il a notamment abordé une approche de l’étude comparative des différents mythes, mythologies et religions à travers le monde, afin d’en soustraire des archétypes (notion qui n’est pas de lui, mais qu’il a considérablement contribué à développer).
Sur le travail, notez bien que je n’évoque pas, en ce qui me concerne « la fin du travail », mais plutôt une approche complètement différente du travail (mot que je supprimerais volontiers pour lui substituer le terme « activité »). La productivité se mécanisant et nécessitant de moins en moins d’intervention humaine, l’activité se trouve réorientée, de façon à la fois plus créative (épanouissante, dirions-nous, ou ce que vous appelez une activité non aliénante), mais également sociale (au travers d’associations d’entraide, de développement, d’éducation populaire, d’arts, d’apprentissage des sciences, etc.), et bien entendu, une intervention dans la gestion de la cité, y compris les moyens de production, et cela par le biais des principes de l’open source (collaboration civile non hiérarchisée permettant à tout un chacun de participer à l’amélioration de systèmes). À ce titre, la mécanisation (remplacement de la main d’œuvre humaine par la machine) n’est toxique que dans le cadre d’une économie monétariste et orientée par le profit. Dans une économie fondée sur la gestion et la répartition équitable des ressources, sans monnaie, toute une chaîne de perversions sociales – dont la « toxicité » de la mécanisation – disparaissent.
Cela étant dit, je suis également d’avis que nous devrions, en parallèle, revenir à un mode de vie plus sain, où chacun soit encouragé à développer quelques activités simples en rapport avec les rythmes naturels, histoire de rester connecté avec le réel. Sans parler d’activités à caractère spirituel (je ne parle pas nécessairement de religion).
Sinon, pour information, j’ai été longtemps demandeur d’emploi, figurez-vous. J’ai arrêté de chercher, et ne me considère plus comme chercheur d’emploi, mais les « pôles emplois » (l’équivalent Belge, le Forem), croyez-moi, je connais. J’ai arrêté l’école à 16 ans, je n’ai pratiquement aucun diplôme, pas de BAC (ou équivalent Belge), et suis un dilettante autodidacte. J’ai suivi des formations dans différents domaines, aussi bien intellectuels (bureautique, PAO, dessin d’architecture) que manuels (sérigraphie, charpenterie, construction et conception de maison en bois).
Ce que vous décrivez concernant la servitude volontaire est juste, mais seulement parce que l’on maintient dans la tête des gens qu’il y a « ceux qui savent » et ceux « qui ne savent pas » (et ne sauront jamais). L’oligarchie et la bourgeoisie ont institué une séparation artificielle entre les professions « intellectuelles » (l’élite, ceux qui savent) et les professions « manuelles » (la plèbe, ceux qui ne savent rien). À force, de la même manière que des enfants à qui on ne cesse de répéter qu’ils sont nuls, la plèbe se comporte comme on dit, de façon atavique (ce rapport de domination est proprement pervers, d’ailleurs). Mais je reste convaincu que dans beaucoup de cas, ce n’est pas une fatalité. C’est réversible, on peut changer cela (si on change le cadre, l’environnement socioculturel).
Cordialement,
Morpheus
PS : j’ai revu l’entretien d@ns le texte avec Lordon, j’ai même pris 6 ou 7 pages de notes ; dès que j’aurai fini la synthèse, je vous réponds à ce sujet.
Excellente analyse Morpheus
😉
bien amicalement
J.C
CHENARD,
Il y a longtemps qu’on connaît (et dénonce) ici les techniques de manipulation : l’écoute régulière de « Là-bas si j’y suis » nous alimente pas mal sur ce sujet ; la lecture de Chomsky sur la fabrique du consentement et le signalement des travaux de Robert-Vincent Joule sur ce qui nous détermine en secret sont des exemples parmi d’autres. J’ai un rayonnage entier (plus de 100 livres passionnants) sur la fabrique de l’opinion (les sondages, la télévision, la manipulation, la soumission à l’autorité, la propagande, la psychologie des foules, le storytelling, la novlangue, le journalisme, les opérations sous faux drapeau, les techniques de calomnie, etc.) que je rapproche d’ailleurs des études sur le terrorisme d’État.
Je vous signale les quelques exemples suivants, qui montrent bien qu’on ne néglige pas (sur ce site) cet aspect (essentiel) de notre impuissance politique :
• http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2006/09/28/47-reflexion-de-marat-sur-la-taille-limite-d-un-etat-democratique#c11306
• http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2008/11/18/97-bien-fait-pour-vous#c2947
• http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2011/12/20/174-se-distraire-a-en-mourir-la-prediction-d-aldous-huxley
• http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2011/11/03/159-psywar-une-histoire-passionnante-de-la-manufacture-du-consentement-et-des-institutions-oligarchiques-aux-usa
C’est insuffisant, sans doute, et la mise à jour de ma biblio est dramatiquement en retard (ce sont carrément des milliers de livres que je dois y insérer et commenter succinctement !)… Mais je fais ce que je peux, pardon.
Et tous vos précieux apports seront bienvenus, évidemment.
Amicalement.
Étienne.
@ Etienne,
J’ai vu dans votre premier lien que Morphéus a posté l’interview de JL BAUVOIS (qui a fait le petit traité de manipulation avec RV JOULE) sur « la démocratie libérale ou liberté d’obéir » que je voulais mettre en réponse.
Il s’exprime notamment sur les mécanismes psychosociaux de la soumission et la fabrication de l’obéissance en démocratie libérale.
je suis en train de lire http://www.pug.fr/produit/497/9782706112557/Les%20Illusions%20liberales%20individualisme%20et%20pouvoir%20social
» il élargit ici sa réflexion et étend considérablement son univers de référence (analyses politiques, sciences psychologiques, sciences de la communication, préhistoire, histoire…) pour se livrer à une critique sans concession de notre vie politique et sociale dite « démocratique » – en fait libérale – et de nos valeurs dites humanistes et universelles – de fait individualistes et dominatrices. Il nous livre un ouvrage ample et original, écrit dans un style alerte, passionné et sans fard. Un ouvrage qui ambitionne de redonner à chacun le goût de la reconquête et de l’exercice du pouvoir social dans une voie qui puisse déboucher sur de réelles alternatives, structurelles et économiques. »
Par contre, il ne faut jamais oublier une chose, chose qu’ils (JOULE/BEAUVOIS) ne soulignent pas assez selon mon goût, c’est que ces mécanismes inhérents à notre nature d’animal social (nécessitant une hiérarchie) est celle qui nous permet de survivre et n’est donc pas méprisable mais bien à respecter. L’homme est tel qu’il est et constamment le culpabiliser (trop soumis, trop imprévisible pour les employeurs, trop faibles, trop faillible,…) est ce génère une sorte de dépression du corps social (on est trop nul pour.., les autres ne bougeront jamais,..). Et il y en a même qui a force de dévaluation perpétuelle d’eux même et des autres, désespèrent et se suicident.
Les français ont fait de belles choses, leur héritage est prestigieux essentiel en terme de culture, de progrès social. certes leur constitution n’est pas parfaite mais c’est quand même celle qui est perfectible (déjà modifiée contrairement aux USA)et son principe de séparation des pouvoirs est génial. La preuve ? et bien l’UE détourne notre constitution pour permettre ces abus de pouvoirs.
RV JOULE parle du principe de « naturalisation » dans la partie 4 de ce même lien que vous avez indiqué Étienne (ici extrait ciblé http://www.dailymotion.com/video/xkvef9_principe-de-naturalisation-denaturalisation_webcam#.UM5XcXcpTxQ ).
Principe de naturalisation – dénaturalisation par Rechercheverite
Et bien au lieu de ne voir et pointer toujours le verre au quart vide comme l’incapacité des français à se réveiller, agir,… (naturalisation) il est plus efficace de noter le verre rempli au 3⁄4 et l’écart avec les faits comme étant étonnant et ensuite proposer de et agir pour se ressembler(dénaturalisation) autour des principes de notre culture (déclaration des Droits de l’Homme et CNR,..).
C’est selon moi ce que peut apporter ces connaissances des mécanismes psychiques psychosociaux. les français ont besoin qu’on leur reparle d’eux, de ce qui fait qu’ils sont français et rien d’autre pour qu’ils se reconnaissent comme porteur de quelque chose d’unique, utile aux autres. Et d’ailleurs, beaucoup attendent ce sursaut de la France, c’est la responsabilité sociale que la France porte aux yeux du monde et de nous même. Alors, disons le plutot que de constamment dire que nous ne sommes pas parfaits et même nuls par rapport au autres (benchmarking perpétuel des individus, pays, institution,…)
@Morphéus,
J’ai travaillé dans l’orientation professionnelle et ce que vous écrivez me fait hérisser le poil. Pas tout le monde est créatif (moi je n’ai pas du tout envie par exemple) ni désir être sociale… ce serait une catastrophe pour l’humanité si les seules façon de travailler étaient celle là. la robotisation (taylorisation) de tous les segments de la société sont une abomination qui détruit notre humanité (boite vocale synthétique, absence de personnel, grands espaces vides,…).
Cette déshumanisation n’est le fruit que de la recherche de rentabilité infinie. ce que vous dites que je nomme travail non aliénant est tout simplement pouvoir faire correctement son travail et s’y reconnaitre aussi entre pairs et parmi les autres professions qui coopèrent. c’est la fierté des efforts que je met à contribution de tous et qu’on me reconnait (faut-il qu’on arrête de dénigrer certains étiers comme les métiers manuels!!).
La toxicité de la virtualisation, robotisation,… est évidente car elle vide de sens la société de son humanité.
on peut s’épanouir dans TOUS les métiers. Tous ne vous resemblent pas et j’ai pu m’en rendre compte en travaillant à leurs cotés. Il n’y a pas de sot métier. Il y a des tas de recherches sur les métiers les plus improbables et dévalorisés socialement qui montre comment les gens s’y épanouissent même si cela ne convient qu’un temps. En psychologie on parle de sublimation.
l’industrialisation à outrance ne respecte les lois d’équilibre social. les humains n’ont pas besoin de plus consommer ou plus vite mais de lien social et d’échange. Les priver de cela est assassin.
je vous recommande les extraits de C. DEJOURS 8 et 9 sur l’éthique et travail et humanité et travail qui pourront vous apporter un éclairage. Mais en fait, l’ensemble de l’interview car le chapitre sur « les règles de métiers » et ce que dit aussi LORDON sur la nécessité de se parler entre pairs (chercheurs en économie) est essentiel avant vulgarisation.
http://www.dailymotion.com/video/xavb8g_8-ethique-et-travail_news#.UM5DnXcpTxQ
8.Ethique et travail par Pierre-Bourdieu
Il existe aujourd’hui une convergence des sciences sociales qui tend à montrer qu’il y a un vacillement dans la conception du lien entre l’ordre humain et l’ordre naturel (opposition liberté et déterminisme).
À la différence des anciens où l’ordre humain devait se conformer à l’ordre naturel pour être moral ; la « modernité » (thème de la liberté de Rousseau à Kant)a rompu cette continuité pour proner l’arrachement de l’homme de toutes les formes de déterminisme et d’appartenances historiques et naturelles en posant une volonté libre et inconditionnelle (exception humaine- Kant). Cette nouvelle conception des modernes a donc réduit la moralité à l’humanité et a rendu, en quelque sorte, immoral les lois de la nature.
L’évolution des sciences sociales amènent aujourd’hui« hui à une concentration de travaux prouvant la non point l’opposition mais bien le continuum entre nature/humanité (liberté/déterminisme)
c’est le thème de cette passionnante conférence Universciences où intervient laurnt BEGUE (ouvrage de psychologie sociale expérimentale « la psychologie du bien et di mal »)
Cela rejoint aussi les propos de frédéric LORDON sur l’apport de Spinoza au capitalisme et marxisme…
http://www.cite-sciences.fr/fr/conferences-du-college/mediaconf/c/1248129690837/-/p/1239022827697/seance/1248126421058
Nous sommes passés à la couleur, le monde n’est plus noir et blanc.
Les machines automatiques sont libératrices dans certains cas, dans d’autres ce sont, les machines-outils qui assistent qui sont les bienvenues, et effectivement, il y a des métiers où l’Humain s’épanouit, et en aucun cas il ne voudra être remplacé par un robot.
L’expression « il n’y a pas de sous métier » fait partie d’une idéologie pour asservir.
L’homme a tout simplement besoin d’aimer ce qu’il fait pour le sublimer et être heureux.
J‑Stéphane
cette idéologie ressemble bien à celle défendue par MARX « Il ne s’affirme pas dans son travail. Bien au contraire, il s’y renie. » (manuscrits, 1844
il est dans la lignée des « modernes » qui veulent que l’homme s’arrache aux lois de la nature pour affirmer sa liberté.
Je vous assure que bon nombre de gens ne possèdent pas les capacités cognitives (mais d’autres)nécessaires (fluidité verbale, raisonnement numérique, analytique,..) pour tenir des postes et fonctions sociale ou administratives ou politique. Ils sont très bien comme cela car on trouvé un équilibre qui leur permet d’être satisfait de ce qu’ils font pour la société et d’être autonome pour subvenir à leurs besoins. Pourquoi vouloir les dévaloriser sur des tâches qui les rebutent ? J’étais dans la formation professionnelle. Pourquoi vouloir absolument les éduquer et les mettre face à leurs limites et incapacités (dont le souvenir est souvent douloureux comme l’échec scolaire,…)?
C’est extrêmement violent psychiquement. Qu’on leur donne une réelle opportunité de choisir et de le faire, c’est une chose mais leur imposer est non seulement extrêmement déstabilisant mais aussi un gâchis énorme d’argent public car ne fait que renforcer le sentiment d’échec donc renforce la désinsertion.
Il n’y a pas de sot métier car dans la mesure où ils sont utiles à tous et reconnus comme tels par tous et NON DÉVALORISÉS sous prétexte qu’ils ne seraient pas assez « nobles ». D’ailleurs, nommez les. Desquels parlez vous, vous ? car c’est surement différents de ceux que je pourrai dire Morphéus ou Étienne car chacun n’avons pas les mêmes critères (culture, histoire familiale, mon propre métier ou expériences heureuses ou malheureuses).
Il n’y a pas plus terrible que le non travail or le NAIRU nous y condamne et la robotisation galopante aussi :
10.Violence des banlieues, violence du non-travail par Pierre-Bourdieu
Quand à votre histoire de noir et blanc, je vous remercie de ne pas passer par le mépris ou le discrédit des sources que je prend la peine, moi, de donner à partir de votre petit point de vue individuel qui ne reste qu’individuel et non argumenté.
Si vous mettez un surdiplomé sur un emploi d’exécutant ne lui permettant jamais d’évoluer, vous risquez fort le mal être et la moindre performance ; tout comme si vous mettez un extraverti sportif sur des fonctions de comptable.
C’est tout l’art de l’orientation professionnelle d’aider la personne à conscientiser ses potentiels et satisfactions pour pouvoir y accéder :
Article 23 de la Déclaration des Droits de l’Homme
1. Toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions équitables et satisfaisantes de travail et à la protection contre le chômage.
2. Tous ont droit, sans aucune discrimination, à un salaire égal pour un travail égal.
3. Quiconque travaille a droit à une rémunération équitable et satisfaisante lui assurant ainsi qu’à sa famille une existence conforme à la dignité humaine et complétée, s’il y a lieu, par tous autres moyens de protection sociale.
4. Toute personne a le droit de fonder avec d’autres des syndicats et de s’affilier à des syndicats pour la défense de ses intérêts.
Je préfère ce noir et blanc là ou le système grec que prône Étienne que la couleur du TUE et TFUE… pas vous ?
et la suite sur « la violence des banlieues, la violence du non-travail » :
11.Violence des banlieues, violence du non-travail par Pierre-Bourdieu
Après, le travail est une formidable façon de se découvrir à soi-même et les premiers jobs servent à mieux cerner mes aspirations et mon potentiel de développement.
@ CHENARD
Vous jugez les gueux sur base de ce que vous voyez que la société a fait d’eux (et qu’elle attend d’eux, y compris dans leur asservissement « volontaire » – volontairement entretenu devrions-nous dire) et vous en faite une fatalité, une règle, une loi, un principe : un fait.
En prime, j’ai vraiment l’impression que vous vous sentez supérieur à ces gueux (dont je fais partie, soit dit en passant). Vous avez cet espèce de paternalisme à leur égard qui me laisse ce goût de vieux professeur jésuite officiant dans les années ’30 ou ’40. J’ai rencontré quelques spécimens dans votre genre dans mes innombrables démarches auprès de ces formidables organismes d’aide à l’emploi (et oui, il y a de l’ironie dans mes propos).
Vous devriez descendre de votre piédestal, mon vieux, ça vous ferait pas de mal. En fait, vous ne connaissez pas ces gens que vous aidez, c’est bien ça le malheur. Vous ignorez leur potentiel, parce que vous ne voyez que le joug sous lequel ils sont depuis longtemps. Il y a plus de potentiel en chacun d’eux que vous ne pourriez l’imaginez. Peut-être même plus qu’en vous.
Morpheus
@CHENARD
Quelques remarques sur vos propos :
« La toxicité de la virtualisation, robotisation,… est évidente car elle vide de sens la société de son humanité. »
Je dirais plutôt, elle la libère de sa déshumanisation, des contraintes inutiles, de la pénibilité des tâches répétitives. Le temps disponible pour la préservation du lien sociale et les échanges n’en n’est que plus grand.
« Il n’y a pas de sot métier »
Les psychiatres, psychologues, sociologues et autres ne sont par formés dans l’objectif d’aider la population à s’émanciper, mais de s’adapter à la société, à ses normes (imposées d’en haut), aussi abjectes que puissent être ces normes.
Le défi d’aujourd’hui est de préserver sa santé mentale dans un monde de plus en plus malsain.
Le travail rend libre, c’est bien connu.
Garde-fous qui voudrait que chacun accepte d’obéir, d’être dominer, de se résigner, bref, de rentrer dans les rangs.
Le travail forcé est nuisible aussi bien aux individus qu’à l’ensemble de la société,
le but de ce travail n’est pas le bien commun mais l’asservissement par l’argent puisqu’il est techniquement obsolète et destructeur de l’environnement.
Ce dont les chômeurs souffrent en réalité, c’est de la pauvreté, de l’accès restreint aux biens et aux services. Ils souffrent aussi de l’exclusion, mais cette exclusion, tout le monde en souffre, c’est avant tout être exclu du droit aux activités dans lesquelles on s’engage pour elles-mêmes.
La question n’est pas celle du travail et tout est fait pour que chacun ne puisse pas se le formuler, idem pour le système politique.
On nous à fait croire qu’il fallait travailler et gagner de l’argent.
Nous vivons une époque bien difficile et qui a duré bien trop longtemps.
Il est grand temps d’en changer.
« Il existe aujourd’hui une convergence des sciences sociales qui tend à montrer qu’il y a un vacillement dans la conception du lien entre l’ordre humain et l’ordre naturel (opposition liberté et déterminisme).
À la différence des anciens où l’ordre humain devait se conformer à l’ordre naturel pour être moral ; la « modernité » (thème de la liberté de Rousseau à Kant)a rompu cette continuité pour proner l’arrachement de l’homme de toutes les formes de déterminisme et d’appartenances historiques et naturelles en posant une volonté libre et inconditionnelle (exception humaine- Kant). Cette nouvelle conception des modernes a donc réduit la moralité à l’humanité et a rendu, en quelque sorte, immoral les lois de la nature. »
Étonnant questionnement.
On ne peut sortir des lois de la nature, comment le pourrait-on ?
Les progrès de la science prennent appui sur la connaissance de ces lois.
J’ai écouté le début de cette conférence.
J’aime bien cette explication de Roland Jouvent concernant le préalable de la pensée à toute action.
‘penser c’est faire’
Voilà qui apporte un éclairage supplémentaire sur le statut de la vie animale, pour ceux qui en doutaient encore.
@ Morpheus
J’ai hâte de lire ce que tu nous prépares sur Lordon (en espérant que tu n’aies pas abandonné le projet).
Bien amicalement
J.C
Je suppose Morphéus que vous vous adressez à moi en disant que je me situe sur un piédestal. Il est vraiment dommage que vous manichéanisiez la discussion de la sorte. La réalité est plus complexe que cela.
Je sais qu’il est difficile de se décentrer de sa propre perception, de son expérience et des conclusions qu’on en a tiré, et surtout des jugements et préjugés comme le montre l’utilisation de « piédestal ».
j’ai sûrement dû mettre trop de liens que vous n’avez pu voir et donc cerner la complexité de la réalité et surtout utilisé une formule qui apparemment est indigeste.
En bref, ce que je dis, à la lumière de mon expérience professionnelle et des bases scientifiques de ma discipline, c’est que d’abord donnons une place à chacun dans cette société et ensuite permettons-leur de trouver la place qui leur convient et à chaque phase de leur vie (à la cinquantaine on a pas les même aspirations qu’à vingt) et la robotisation de certaines tâches est bien sûr possible et souhaitable, mais si elle est actuellement centrale et prioritaire, c’est uniquement pour faire du profit et crée du chômage pour faire de la rentabilité.
Je sais que cette perspective que nous ayons des limites (moi je préfère parler de potentiel privilégiés de développement mais pas tous et il y en a même des contre-indiqués) est dure à accepter, surtout dans ce monde qui nous met tous en compétition avec les autres et pousse donc les demandeurs d’emploi à oublier leur lois de conservations et de développement pour pouvoir subvenir à leurs besoins, mais c’est la stricte réalité. Je le sais car moi aussi, je suis un humain et ai comme vous des spécificités et limites qui ne sont pas les mêmes que vous, et heureusement. Nous ne sommes pas des clones et c’est ça qui fait la richesse de notre espèce et sa capacité à survivre sur cette terre.
Il est fort dommage que des attaques personnelles de ce type polluent cette passionnante discussion, mais c’est ainsi, je sais que l’évocation de ces sujets que démontrent la psychologie, et particulièrement celles du travail et sociale, vont à l’encontre de croyances élaborées sur du vécu.
j’aimerais bien quand même avoir aussi votre commentaire sur l’interview de LORDON.
Sur Frédéric (qui est un ami cher), j’ai retrouvé ceci (sur le blog ; mais il y en a encore ailleurs 🙂 ) :
• http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2011/03/13/118-frederic-lordon-la-servitude-volontaire-nexiste-pas
• http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2011/10/15/151-frederic-lordon-lbsjs-sept-2011
• http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2011/04/24/122-la-limpide-synthese-d-un-lordon-atterre-il-faut-arraisonner-la-finance-privee
• http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2012/05/21/222-le-cercle-des-deconnomistes-a-aix-en-provence-avec-genereux-lordon-holbecq-kempf-ruffin-etc-et-inside-job-en-ligne
Et les commentaires en contiennent encore, et encore… 🙂
Lordon D@ns le texte
D@ns le texte avec Frédéric Lordon par asi
Dans cette entrevue très intéressante, Frédéric Lordon évoque tout d’abord Spinoza et une certaine interprétation du déterminisme : sommes-nous toujours guidés par nos passions ?
Voici mon commentaire sur ce point du débat.
Le déterminisme repose sur le principe de causalité. Or, le principe de causalité et le déterminisme ne sont pas des notions simples à aborder pour nos esprits étroits. C’est un thème qui est précisément abordé dans la trilogie Matrix (qui – cela ne vous aura pas échappé – est l’un de mes films préférés). Dans ce récit, le héros (Néo) est sans cesse confronté à la question du choix, impliquant la notion de libre-arbitre.
Tout d’abord, lorsqu’il rencontre Morpheus au début du premier film, celui-ci lui demande s’il croit au destin, question à laquelle Néo répond par la négative parce que « il n’aime pas l’idée que tout serait écrit à l’avance ». On est en plein dans le sujet, pas vrai ? Ensuite, Morpheus lui propose un choix : soit la pilule bleue, et alors « il pourra continuer à croire ce qu’il veut » et reprendre sa vie « normale » dans la Matrice (pilule bleue = allégorie du Soma, du Xanax, voir du Viagra) ; soit il prend la pilule rouge et « il descend alors tout droit dans le terrier du lapin blanc », à la recherche de la vérité sur la nature de la Matrice. Évidemment, Néo choisit la pilule rouge (la pilule rouge correspond allégoriquement à la prise de substances hallucinogènes à caractère initiatique, comme l’ayahuasca, dans les Andes péruvienne ou l’iboga en Afrique, ou certains champignons en Europe).
Question : ce choix était-il libre ou prédéterminé ? Réponse facile : dès l’instant où ce qui a poussé Néo à rencontrer Morpheus est son questionnement à propos de la nature de la Matrice, le choix était déjà fait. En réalité, il n’y avait pas de choix : en arriver là et renoncer à savoir aurait été un renoncement à répondre à… à quoi, au fond ? La simple curiosité ? Non. Plus que cela. Une curiosité irrésistible, qui exprime un élan puissant, lui-même issu d’un profond malaise existentiel. Néo sentait que « quelque chose ne tourne pas rond dans ce monde, sans savoir quoi : comme une écharde dans son esprit ». C’est cela qui l’a mené à Morpheus.
Néo est-il guidé par ses passions ? C’est une évidence. Tout au long du film, Néo sera toujours exclusivement guidé par ses passions (notamment l’amour pour Trinity), ce que l’Architecte est incapable de comprendre (c’est une machine). L’Architecte cherche à interpréter et comprendre cette passion, car étant dans l’impossibilité de l’envisager, de la concevoir (pour lui, tout n’est que calcul, et tout n’est que variables et calculs de probabilité), chacune des Matrices qu’il a conçues (il en est à la sixième) a échoué, à cause de ce facteur d’indétermination.
Plus tard, dans le second film (Matrix : Reloaded), Néo, Morpheus et Trinity rencontre le Mérovingien. Celui-ci leur tient un petit laïus très intéressant, toujours concernant la question du choix.
Morpheus : Vous savez pourquoi nous sommes ici.
Le Mérovingien : Je suis trafiquant d’information. Je sais tout ce que je veux savoir. La question est : savez-vous pourquoi vous êtes ici ?
Morpheus : Nous sommes ici pour chercher le Maître des Clés.
Le Mérovingien : Ah oui, c’est vrai… Le Maître des Clés, bien sûr… Mais ceci n’est pas la raison, ceci n’est pas le POURQUOI. Le Maître des Clés est un moyen, ce n’est pas une fin en soi. Si vous le cherchez, c’est que vous cherchez le moyen de…? faire… quoi…?
Néo : Vous connaissez la réponse à cette question.
Le Mérovingien : Mais la connaissez-vous ? Vous pensez la connaître mais vous ne la connaissez pas. Vous êtes ici parce que vous avez été envoyé ici. On vous a dit de venir ici et vous avez obéi. C’est une cause fréquente. Voyez-vous, il n’y a seulement qu’une constante, une seule vérité universelle : la causalité. Actions / réactions. Causes et effets.
Morpheus : Tout commence d’abord par un choix.
Le Mérovingien : »Non. Faux. Le choix est une illusion créée entre ceux qui ont le pouvoir et ceux qui ne l’ont pas. »
Je ne vois pas de manière plus appropriée de présenter la question du libre-arbitre, de la causalité et du déterminisme. Vraiment pertinent. Et en effet, ils ont bien été envoyés vers le Mérovingien par l’Oracle, après que Néo l’ait rencontrée pour la seconde fois. Entrevue qui eut aussi pour thème la question du choix.
L’Oracle : Alors… débarrassons-nous des questions superflues.
Néo : Je dirais que vous n’êtes pas humaine, n’est-ce pas ?
L’Oracle : Difficile de trouver plus évident.
Néo : D’après moi, vous êtes un programme du monde des Machines. Tout comme lui.
(Néo désigne Séraphin, le gardien de l’Oracle)
L’Oracle : Jusqu’ici c’est juste.
Néo : Alors vous faites partie intégrante du système. Une autre sorte de contrôle.
L’Oracle : Continue…
Néo : La question la plus évidente, c’est : comment vous faire confiance ?
L’Oracle : Bingo ! Alors là, pas de doute, tu es dans le pétrin. Malheureusement, tu n’as aucun moyen de savoir si je suis là pour t’aider ou pas. C’est à toi de voir. Je ne vais pas décider à ta place si tu vas accepter ce que je vais te raconter ou le rejeter … (elle tend un bonbon à Néo) … Un bonbon ?
Néo : … Vous savez déjà que je vais l’accepter ?
L’Oracle : Je ferais un bien piètre oracle dans le cas contraire.
Néo : Mais si vous le savez déjà, quel choix me reste-t-il ?
L’Oracle : Mais tu n’es pas ici pour faire ce choix ! Tu l’as déjà fais. Tu es ici pour essayer de comprendre POURQUOI tu l’as fais … (Néo prend le bonbon) … Je croyais que tu l’avais compris depuis longtemps.
Néo : Pourquoi êtes-vous ici ?
L’Oracle : La même raison : j’adore les bonbons !
Néo : Mais pourquoi nous aider ?
L’Oracle : Nous avons tous un rôle à accomplir et chacun de nous doit jouer ce rôle. Une seule chose m’intéresse : l’avenir, un point c’est tout. Et tu peux me croire, je le sais, si nous devons y arriver, ce sera ensemble !
Que voilà un point de vue et une perspective intéressante. D’un côté, nous avons notre ami le Mérovingien qui nous dit que le choix est une illusion. De l’autre, nous avons l’Oracle, qui nous affirme que nous avons déjà fait tous les choix essentiels de notre vie, et que nous ne sommes pas là pour faire ces choix, mais pour COMPRENDRE POURQUOI nous avons fait ces choix. Elle dépasse ainsi – et de quelle façon ! – la rhétorique du Mérovingien, qui nous laisse la désagréable impression d’être d’impuissant jouets.
Elle nous rend, non pas un quelconque illusoire « libre arbitre », mais bien une VISION du rôle que nous avons à jouer – que nous POUVONS jouer, si toutefois nous parvenons à déplacer la vision, la perception et la perspective étriquée de nous-même qui nous est imposée dans le champ d’existence qui nous est imparti.
Les « choix », nous les aurions faits à un autre niveau de conscience, et il resterait à nous souvenir pourquoi nous avons fait ces choix, afin d’accomplir le rôle que nous nous choisissons, et qui est d’un tout autre ordre que les petits choix d’ordre matérialiste ou pseudo politique qui nous sont imposés.
Et là, l’Oracle rejoint ce que disait le Mérovingien : le « pourquoi ? » est essentiel : sans réponse à ce « pourquoi ? », pas de pouvoir, donc pas d’action efficace, donc nous ne remplissons pas notre rôle … et nous perdons toute la richesse que la vie peut nous apporter. En revanche, bien sûr, nous remplissons alors à la perfection le rôle passif et soumis d’esclaves et de consommateurs (le « public »), en quête de richesses illusoires (fausse liberté, richesses monétaires, …) que les maîtres veulent nous voir remplir pour préserver … le pouvoir qu’ils nous ont volé. Nous leur laissons les premiers rôles, et nous nous contentons d’être des figurants dans leur pièce de théâtre. Et nous allons jusqu’à les admirer, les idolâtrer, leur rende un culte (ce que nous faisons chaque fois que nous acceptons la mascarade électorale). Les riches et les puissants contre les pauvre et les faibles.
La « richesse ». Ce mot vient du pluriel du mot « fortune », qui signifie, « sort », « hasard », « chance », par les mots latin fors et fortuna. Le mot « sort », viens du latin sors, sorte de « petite tablette de bois servant à tirer au sort », d’où « décision du sort », « lot », « destinée ».
Le mot « destin » est issu du mot « ester » (qui est un mot qui n’est de nos jours utilisé qu’en termes juridiques), mot qui, sous sa forme « statêr » signifie « poids d’une livre » ou « espèce de monnaie ». Voilà pour l’étymologie.
On a donc une étrange parenté entre ces termes : richesse > fortune > destin.
Cette parenté même invite à une réflexion sur le sens que nous accordons à la richesse. Si le terme destin est étymologiquement lié à une notion de monnaie (par sa forme « statêr »), il n’en a pas moins, philosophiquement parlant, une notion différente et contradictoire. En effet, le destin peut s’entendre et se vivre de deux façons.
La première est le Fatum, la fatalité, un sort auquel nous ne pouvons échapper car il nous est dévolu quoi qu’il arrive (ce à quoi Néo refuse de croire, convaincu par le libre-arbitre). La seconde est l’Amor Fati, l’amour du destin, concept et termes introduit en philosophie par Nietzsche.
L’Amor Fati est souvent assimilé au fatalisme, mais c’est un contre sens. L’Amor Fati doit plutôt être considéré comme un amour du devenir et du chaos que constitue la réalité. Cet amour n’est pas une résignation passive face à ce qui arrive, ce n’est pas une obéissance servile aux évènements (c’est ce à quoi L’Oracle invite Néo).
L’Amor Fati est la conviction profondément ancrée en soi que le devenir et le chaos (espace de potentialité infini) sont bénéfiques parce qu’ils nous permettent d’exprimer notre puissance afin de s’épanouir. Cette interprétation n’est pas neuve. Joseph Campbell, qui a travaillé à unifier l’ensemble des mythes et mythologies du monde entier, à décrit cette quête du héros de façon remarquable. Avant lui, Carl G. Jung a lui-même exploré cette approche de la psyché humaine. Ce concept s’illustre par cette citation : « tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort » (Crépuscule des Idoles, 1888). En effet tout événement qui survient, même le plus atroce, est l’occasion de se dépasser, de devenir plus fort et donc de se sentir plus vivant et plus affirmatif. C’est pourquoi la passion en elle-même n’est pas rejetée par Nietzsche : elle fait partie de la réalité et elle est à la fois inéluctable et nécessaire. Il est donc vain et inutile de chercher à la supprimer, mieux vaut chercher à la maîtriser.
Et comment faire pour maîtriser la passion ? Là, il y a plusieurs approches possibles. L’une d’elle, que j’affectionne, consiste à rechercher le pourquoi. Pourquoi ai-je mal ? Pourquoi est-ce que je souffre ? Pour répondre, il me faut dépasser les réponses faciles, qu’invite une interprétation superficielle de la causalité (chercher le lien de cause à effet, plutôt que les liens de causes à effets). Je dois dépasser la réponse apparente, qui n’est elle-même que la conséquence d’une cause plus profonde. La souffrance que j’éprouve n’a pas pour fonction de désigner une cause, mais de révéler un besoin, un besoin racine. Un besoin qui n’est pas rencontré, et qui se transforme dès lors en souffrance. Mais pour faire cette approche, je dois être en capacité de m’observer moi-même (introspection, méditation), c’est-à-dire de me détacher du réflexe émotionnel, du réflexe pulsionnel. Cela n’est pas évident dans un monde où nos affects sont sans cesse sur-stimulés, et où nous sommes entraînés dans un maelström d’activités et de conflits qui rend confus tous les signaux que nous envoient nos sens. De cette confusion résultent des modes de survie automatiques, où nous perdons de vue qui nous sommes et qui nous voulons être, pour n’être plus que la chose que la société et que notre entourage veut que nous soyons (conditionnements sociaux). C’est cela le déterminisme social. Le fatum. Le joug du libre-arbitre tel que nous le décrit le Mérovingien.
Se détacher du réflexe pulsionnel, c’est toute la différence qu’il y a entre le fait de réagir et le fait de créer. Entre CRÉATION et RÉACTION, il n’y a qu’une variable : la position de la lettre C… (je vais tout de même éviter d’entrer ici dans des considérations ésotériques relative à la kabbale).
Ainsi l’Amor Fati permet de comprendre que toute la réalité est bonne. Par conséquent, alors que tout le malheur de l’homme est de se sentir étranger sur cette terre, l’Amor Fati lui permet de se réconcilier avec la réalité. Il permet d’affirmer un idéal « celui de l’homme le plus généreux, le plus vivant et le plus affirmé, qui ne se contente pas d’admettre et d’apprendre à supporter la réalité telle qu’elle fut et telle qu’elle est, mais qui veut la revoir telle qu’elle fut et telle qu’elle est, pour toute l’éternité, qui crie insatiablement da capo, en s’adressant non pas à lui, mais à la pièce et au spectacle tout entier, et non pas seulement à un spectacle, mais au fond à celui qui a besoin de ce spectacle et le rend nécessaire ; parce qu’il ne cesse d’avoir besoin de soi et de se rendre nécessaire » (Par-delà bien et mal 1886 ).
« Tu dois devenir l’homme que tu es. Fais ce que toi seul peux faire. Deviens sans cesse celui que tu es, sois le maître et le sculpteur de toi-même »
Ainsi, loin du nihilisme auquel nous associons trop souvent Nietzsche par méconnaissance de son œuvre, l’Amor Fati nous invite à saisir les opportunités du destin pour affirmer le meilleur de nous-même. Ces opportunités du destin sont précisément toutes les crises qui ponctuent nos vies, qu’il s’agisse d’une crise dans le couple, dans la communauté, aussi bien qu’à l’échelle d’une nation ou de l’humanité toute entière. Mais quelle que soit la dimension de la crise, le point où nous sommes, chacun, invités à saisir cette opportunité est nous-même : nos croyances, nos conditionnements, nos valeurs. Sont-ils nôtres, vraiment ? Où nous ont-ils été inoculés « à l’insu de notre plein gré » ? …
Quels sont nos besoins ? Nos vrais besoins, les besoins essentiels, vitaux, spirituels, psychiques. Et comment pouvons-nous parvenir à les rencontrer sans que cela ne prive autrui de rencontrer les siens ? Parce que nous n’existons pas par nous-même, pour nous-même : nous existons au travers de nos relations aux autres, nous sommes des êtres sociaux qui avons mutuellement besoin les uns des autres. Nous sommes tiraillés entre le besoin de soi (processus d’individuation), et le besoin des autres (sociabilité), mais ce tiraillement n’est pas fatal, il résulte seulement de nos auto-limitations, de nos perspectives étroites de vue.
Les bouddhistes considèrent deux sortes de réalités : la réalité absolue et la réalité relative. Dans la réalité absolue, rien n’existe, mais tout est potentiel. C’est un vide-plein, préexistant. Dans la réalité relative, tout n’est qu’illusions. Dans cette illusion, les choses n’existent que par leurs relations mutuelles les unes par rapport aux autres. Elle n’existent pas par elles-mêmes, en elles-mêmes. C’est ce qu’ils appellent la loi de causalité réciproque. Ce qualificatif, « réciproque », est indispensable pour aborder le déterminisme de la causalité sous l’angle de l’Amor Fati, sans lequel nous sombrerions dans le fatalisme du Fatum, désespérant et nihiliste.
Mais le déterminisme se heurte aussi au mur de la physique. Plus précisément de la physique quantique. Le chaos, pour le physicien, n’est pas l’absence d’ordre, mais une impossibilité de prévision à longs termes. Déterministe convaincu, Einstein ne pouvait accepter le rôle primordial que la mécanique quantique attribuait au hasard. « Dieu ne joue pas aux dés », disait-il aussi. Il n’eut de cesse de trouver la faille dans la théorie de la mécanique quantique et dans l’interprétation probabiliste qu’elle donnait de la réalité. Pourtant, Einstein avait tort. Depuis qu’elle a été conçue, la mécanique quantique – et son interprétation probabiliste de la réalité – n’a jamais révélé la moindre faille. Les expériences lui ont invariablement donné raison et, jusqu’à nouvel ordre, elle demeure la meilleure théorie permettant de rendre compte du comportement du monde atomique et subatomique.
Si, à l’échelle subatomique, les phénomènes semblent bien globaux et interdépendants, il existe également, sur le plan macrocosmique, une expérience qui tente à démontrer la même règle : l’expérience du pendule de Foucault. Ce qui se trame chez nous se décide dans l’immensité cosmique : ce qui se passe sur notre minuscule planète dépend de la totalité des structures de l’univers.
Pour le bouddhisme, c’est la définition même de l’interdépendance mutuelle, qui n’est ni le fait de la proximité dans l’espace ou dans le temps, ni celui de la vitesse de communication ou de forces physiques dont l’influence diminue avec la distance : les phénomènes sont interdépendants parce qu’ils « coexistent » au sein d’une réalité globale, laquelle fonctionne sur le mode de la causalité réciproque.
« Le seul échec de la mécanique quantique est de ne pas avoir fourni de cadre pour la mise en œuvre de nos préjugés » a écrit W.H. Zurek.
En définitive, nous pouvons voir qu’il nous reste toujours une forme de liberté, et pas des moindres : celle de choisir comment nous voulons vivre la loi de causalité réciproque. Passivement, en la subissant dans la répétition d’activités accomplies mécaniquement, par « nécessité » et par habitude et inconscience ; où activement en décidant de maîtriser nos passions dans le but de révéler et d’affirmer qui nous sommes et qui nous voulons être. Fatum ou Amor Fati ? Il est évident que les voleurs de pouvoir veulent nous voir renoncer à l’Amor Fati et nous abandonner, nous soumettre au Fatum, au destin qu’ils ont choisi pour eux seuls, mais que nous subissons, car notre sort, à peu de chose près, leur est indifférent.
Il ne s’agit dès lors pas de nier les passions, au contraire, puisque leur maîtrise nécessite de mettre en lumière les besoins racines qu’elles expriment, car ces besoins nous donnent un guide, un objectif de ce que nous voulons vraiment, et un cadre pour déterminer qui nous sommes et qui nous voulons être.
Comme le dit Lordon au début de l’entretien « Il est évident qu’en matière de sciences sociales, l’objectivité et la neutralité sont impossibles. Les présupposés sur lesquels reposent les prémisses de l’étude sociologique sont d’emblée politiques. »
Voulons-nous choisir une interprétation du déterminisme qui soit le fondement d’une société d’asservissement du plus grand nombre par leur maintien par le petit nombre d’élus dans l’ignorance et la passivité de leurs activités utilitaristes, où une interprétation qui permet au plus grand nombre de trouver en eux les ressources pour être qui ils sont vraiment ? Une société de zombies plus ou moins dociles, ou une société d’êtres humains qui évoluent et s’élèvent en qualité d’être ?
Je n’ai ici commenté que le tout début. Il me reste encore à développer les cinq autres pages de notes que j’ai prises (j’ai du pain sur la planche, dites donc).
Cordialement,
Morpheus
@Morphéus
Je pense que vous avez interprétez ces propos sur une grille de lecture binaire.
Vous désirez, si j’ai bien compris, que l’esprit humain maîtrise ses passions pour s’épanouir et devenir qui nous sommes.
Ce désir est très proche des « modernes » qui prétendent s’affranchir du carcan des lois naturelles pour être humain (besoins bassement terrestre pour s’élever).
Cela me semble rester dans le manichéisme, que dépasse pourtant Frédéric LORDON et l’ensemble des travaux des sciences humaines (lien que j’ai mis au post 34) qui convergent et discutent elles, sur le continuum entre déterminisme et liberté. Ainsi LORDON parle de naturaliser les marxismes.
Vous n’avez vraisemblablement pas consulté ce lien pourtant très éloquent sur notre incapacité effective à maîtriser (Laurent BEGUE sur les travaux de psychologie sociale expérimentale dans la lignée de JL BEAUVOIS er RV JOULE, ASH, MILGRAM,…) ces déterminismes car il sont nécessaires à notre survie en tant qu’espèce. Ces mécanismes ne passent pas par la volonté ou libre arbitre, et tant mieux (on appelle cela le cerveau reptilien).
Si le marxisme a mené à des dictatures, c’est bien que cette idéologie omet un élément fondamental de la nature humaine : nous ne sommes pas tous pareils, mais complémentaires, et surtout le travail est constitutif de notre identité en tant qu’être social.
Tout comme le libéralisme mène aussi à la dictature en assujettissant les salariés à la recherche de profit croissant et infini pour une minorité de possédants (chaque individu en compétition et individualiste – diviser pour mieux régner).
C’est là que les sciences humaines (et c’est super de voir qu’elles convergent alors qu’elles sont indépendantes) sont les mieux à même de faire avancer cette guerre des tranchées entre marxistes et libéraux pour créer une société vraiment démocratique et démocratique veut dire respectant les droits de chacun (donc leurs diversités et unicité de chaque membre) et visant l’intérêt général. Non pas qu’on lui fasse faire ce qu’on croit bon pour eux mais bien qu’ils puissent faire ce qui leur semble bon pour nous tous dans leur profession et leur métiers (potentiel d’agir de chacun dans la société). Chacun y apporte et assume sa responsabilité sociale inhérente à notre espèce et agit donc à son niveau.
Ainsi, le continuum (déterminisme/liberté) qui tend à être maintenant démontré par les sciences humaines implique qu’il faut respecter les déterminismes pour permettre à chacun d’agir en cohérence avec sa nature d’espèce sociale et territoriale. Toute théorie ou idéologie contraire est une dictature.
D’ailleurs, le New Public Management (doctrine managériale néolibérale initiée par Reagan Thatcher dans la fin des années 70) a pour objectif de réduire à néant l’indépendance des professions pour les mettre sus le joug de la finance. Et parallèlement, les syndicats influencés par les sociologues marxistes dans années 80 précipitent aussi leur chute car ils les considèrent comme les rouages du capitalisme.
De fait,les idéologies marxistes et néolibérales souhaitent anéantir les métiers et possibilités d’édifier des règles de métier et les RPS n’en sont que la conséquence.
Je base mon opinion sur l’étude sociologique comparative de l’impact du NPM sur les professions (enseignements, médical notamment) en France et en GB ici (accès malheureusement payant) : http://www.em-consulte.com/article/519986
Étienne CHOUARD en tant qu’enseignant universitaire peut, je pense, nous témoigner de l’impact de cette doctrine managériale sur le sens du travail d’enseignement et de recherche (loi LRU), s’il en a le temps.
Le système d’uniformisation des diplômes européens participe de ce découpage de savoir-faire globaux en compétences séparées attribuables du coup à des personnels moins formés et moins qualifiés donc plus conciliants pour appliquer les procédures contraires à la responsabilité que portent les enseignants (social et dans le temps) et auquelles un corps professionnel peut résister.
En 1789, l’oisiveté est devenu méprisable et le travail a pris ses lettres de noblesse car il a intérêt pour tous et respecte notre nature et désir de se découvrir à nous-mêmes et de s’épanouir.
Pour en revenir à l’analyse de Fréderic Lordon sur l’être humain en tant qu’être passionnel.
Je ne remets pas en cause son constat concernant le fonctionnement de nos sociétés, analyse remarquable par ailleurs, cependant, il me semble qu’il commet une grave erreur en considérant les passions comme une fatalité.
Pourquoi une grave erreur ? parce qu’il interdit à tout ceux qui adopteraient sa position, la recherche d’une libération possible des passions, légitimant ainsi en partie la vision qui consiste à dire que nous pouvons pas nous en départir et qu’il vaut mieux s’y adonner pleinement.
C’est d’ailleurs ce qui est encouragé dans nos sociétés. Plus les gens sont passionnés, plus il sont asservis, drogués, mentalement perturbés, etc. (n’oublions pas que le mot « passion » à la signification de « souffrance »).
Même s’il ne prône pas cela, pour lui, il ne semble pas y avoir d’échappatoire, impossible de se soustraire de la servitude passionnelle.
Pourtant, nous ne sommes pas passionnés de la même façon ni au même degré, non seulement d’une personne à l’autre, mais aussi pendant la durée de vie propre à un même individu. Nous sommes des êtres en devenir et nous avons la capacité d’aller jusqu’à nous délivrer entièrement des passions.
Il est important d’aller chercher la cause des causes et donc d’aller chercher l’origine des passions.
La compréhension du processus passionnel est non seulement la clé du développement des affects joyeux mais aussi de sa complète libération.
Bien amicalement
J.C
Mon analyse est-elle binaire, manichéenne ? Voire ! C’est peut-être ce qui apparaît de prime abord, à la surface des choses, mais je suis convaincu que ce n’est pas le cas. Mais comment vous en convaincre ?
En fait, peut-être que oui, je suis manichéen. Mais pas à la façon réductrice dont l’esprit commun le conçoit : pas de façon binaire, justement. Car il y a bien une manière de concevoir le manichéisme de façon non binaire.
Seulement, je crains fort que pour faire la démonstration de ce manichéisme non binaire, il me faille dépasser les seules considérations psychologiques, pour pénétrer le champ de la métaphysique. Il me faut élaborer une expérience de pensée. Entrons donc dans le laboratoire (si vous êtes d’accord).
Hypothèse : « Tout est possible »
À partir de cette hypothèse, établissons un paradigme :
« Tout est possible. Tout ce qui est procède de tout ce qui n’est pas. Aucun phénomène n’a de réalité intrinsèque. Les phénomènes tirent leur nature d’une mutuelle dépendance et ne sont rien en eux-mêmes. La non-réalité des phénomènes est la condition même de leur apparition. Parce que tout est vacuité, tout peut être. Tout est donc bien possible ! »
0. La Vacuité :
Tout ce qui existe, tout ce qui a existé et tout ce qui existera prend sa source dans un principe absolu et inconcevable nommé « vacuité ». Voici comment il convient de définir ce concept :
« Sans fin et sans commencement, Ni néant ni éternité, Qui ne vient ni ne s’en va, Et n’est ni Un, ni multiple ».
La Vacuité doit donc être comprise comme étant un espace de potentialités infini. L’infini, c’est d’abord la notion d’absence de limite : quelque-chose qui n’a pas de fin et pas de commencement ; mais c’est également la notion de quelque-chose qui n’est pas fini : dont la réalisation est en cours. Cette notion absolue correspond à l’analyse ultime de notre paradigme, analyse selon laquelle aucun phénomène n’est doué d’existence intrinsèque. Le « 0 » de la vacuité symbolise donc l’Œuf Primordial, qui contient le potentiel de Vie de l’univers en gestation.
1. La Conscience Suprême :
L’univers manifesté est l’émanation relative d’une conscience primaire unique : quelque-chose « qui n’est pas » et qui fait le choix de se manifester afin de faire l’expérience « d’être ». Nous appellerons cette émanation « Conscience Suprême ». Cela correspond à la conscience qui englobe « tout ce qui est » et qui prend sa source dans la vacuité, c’est-à-dire « tout ce qui n’est pas ». Émergeant d’un néant inconcevable, le phénomène de Conscience Suprême est lui-même à peine concevable, car il émarge encore lui-même de l’absolu. Cette première émanation représente l’étincelle de la conscience créatrice de l’univers, le « point sans dimension », l’Atome Primitif, infiniment dense et minuscule.
Cette manifestation unique est dépourvue de forme, même mentale, et ne peut être appréhendée qu’en faisant un avec elle, en s’y abandonnant sans réserve, en « devenant dieu ». Étant tout ce qui est, elle ne peut adopter aucune forme particulière, car se serait renoncer à la plénitude de l’être absolu. À ce stade, il n’y a que l’Un non-manifesté. L’avertissement « Nul ne peut contempler la face de Dieu et continuer à vivre » concerne cette émanation. Le « 1 » représente le règne minéral, sans attachement, sans émotion, parfaitement équanime.
2. La Dualité :
Pour faire l’expérience de l’être, puisqu’elle est intrinsèquement tout et rien à la fois, il lui faut nécessairement établir des limites, donc des repères sur la base desquels définir « ce qu’elle veut être ». Et établir des repères, c’est établir la relativité : pour me définir comme « un être de lumière », je dois déterminer le contraire de « être » et de « lumière », c’est-à-dire « non-être » et « ténèbres », car comment mieux définir ce qu’est une chose si ce n’est par rapport à ce que n’est pas cette chose, donc en créant son contraire ? Ce principe est l’origine de la Grande Polarisation : pour connaître « ce que je suis », je crée l’expérience de « ce que je ne suis pas ». Les grands pôles contraires peuvent donc être définis :
C’est cela le principe de dualité. Cette Loi est le plus beau cadeau que la Conscience puisse se faire afin de faire l’expérience de l’être ! Ces polarisations sont toutes contenues dans celle-ci : la Vérité Absolue et la Vérité Relative, vérités qui se déclinent sous forme de deux réalités :
Le Principe des Contraires : « Aucune Chose ne peut exister sans son contraire, si ce n’est dans le monde de l’Absolu ».
Cette seconde émanation représente le premier acte créateur de la Conscience Suprême, acte qui exprime sa volonté d’expansion non par une multiplication, mais bien par une division d’elle-même en « contraires-complémentaires » indissociablement liés et opposés. En effet, ces « contraires » ne peuvent se définir par eux-mêmes, mais seulement par le rapport à leur opposé. Faites cet exercice d’essayer de les définir autrement, et vous constaterez que c’est impossible : vous ne pouvez qu’avoir une idée abstraite de ce qu’est « la lumière » parce que vous avez la notion de « ténèbres », et dans le même temps, le concept de « ténèbres » ne peut être compris qu’en rapport à « la lumière ». Il en va de même du néant et de l’infini, du bien et du mal, de l’ordre et du chaos, de haut et du bas, de l’intérieur et de l’extérieur, du centre et de la périphérie, du positif et du négatif, du chaud et du froid, du noir et du blanc, etc.
En se subdivisant, le « point sans dimension » s’est créé un premier repère, une première dimension existentielle. En reliant les deux pôles ainsi obtenus, les notions de ligne droite et de direction, de « corde » émerge au sein de la réalité relative. Une « corde » tendue entre deux points d’ancrage peut entrer en vibration. Le « 2 » symbolise le règne végétal : une courbe d’amour, tournée vers le ciel, la lumière, et un trait horizontal d’attachement à la terre, les racines.
3. La Trinité :
La notion de trinité – ou Principe de Relativité – amène la Conscience au seuil de la manifestation. Nous dépassons le stade duel « binaire » pour atteindre l’étape de la relativité : lorsque je tente une définition de qui je suis, je me définis comme étant soit « ceci » soit « cela » (Alpha ou Oméga), une définition nette et précise, mais finie ! Cependant je peux aussi choisir de n’être ni tout à fait ceci, ni tout à fait cela. Je crée donc une troisième possibilité qui se situe entre les deux : une notion floue mais infiniment nuancée. Cette notion induit le Principe de Relativité. Une réalité à deux dimensions prend forme avec la notion de plan, de surface.
Lorsque la Conscience Suprême émit le désir d’être, Elle amorça le processus de création. Or, en prémisse à toute création vient une idée, un concept, un plan. Ce plan prend naissance au niveau de la pensée, qui est abstraite. À ce stade, le Principe des Contraires se présente, afin de permettre de définir ce que je souhaite créer. Mais à ce stade, rien n’est encore créé : il ne s’agit que d’un concept. Vient ensuite l’étape suivante : l’expression de la volonté créatrice, la matrice, le Verbe ; j’exprime la volonté de créer un espace d’expérimentation. La pensée est le premier niveau de création. Puis vient le Verbe, la parole. Toute parole est une pensée exprimée. Elle est créative et répand de l’énergie créatrice dans l’univers. Le Verbe est plus dynamique que la pensée, car il représente une vibration différente de celle de la pensée. Cette vibration affecte, change, modifie l’univers avec un plus grand impact. Enfin, vient l’action. Les actions sont des paroles en mouvement. Les paroles sont des pensées exprimées. Les pensées sont des idées formées. Le commencement, c’est la Conscience (abstrait); la fin c’est l’Action (concret), c’est la Conscience Suprême en création – ou l’expérience de la Conscience Suprême d’exister. Être, c’est agir : je ne peux faire l’expérience de l’idée « d’être généreux » que si je me montre généreux envers autrui. Sans cet acte, je n’ai qu’une idée de ce qu’est « être généreux » …
Cette notion trinitaire est cruciale dans le processus de création. Nous la retrouverons systématiquement. Le Temps s’inscrit selon trois étapes : passé, présent, futur. Le passé semble immuable ; le présent apparaît éternel et insaisissable ; le futur demeure flou et toujours en mouvement. La science évoquera la matière, l’énergie et l’antimatière. Les poètes parleront de l’esprit, du cœur et de l’âme. Les philosophes parleront du corps, de l’esprit et de l’âme. Dans le domaine du psychisme, on discerne le conscient, le subconscient et l’inconscient.
Ces trois étapes de la création – pensée > verbe > action – forment la base de l’évolution, symbolisée par un triangle (une surface ayant deux faces et trois côtés). La conscience de cet aspect trinitaire ouvre la voie médiane de la sagesse créatrice qui s’exprime au travers différents proverbes : « Le sage ne demeure ni dans l’être ni dans le non-être » ; « Si tu tends trop la corde, elle casse. Si tu ne la tends pas assez, elle ne sonne pas juste » ; « in medio stat virtus » (au milieu réside la vertu). Le chiffre « 3 » symbolise le règne animal : deux courbes d’amour, l’une vers le ciel, l’autre vers la terre ; pas d’attachement, car l’animal n’est qu’instinct et réaction à la peur ; les deux courbes forment comme deux bouches : l’une qui embrasse (proie), l’autre qui mord (prédateur).
4. La Forme :
« L’Un devient deux, deux devient trois, et du troisième naît l’un comme quatrième ». La quatrième émanation consacre la notion de volume : le triangle devient tétraèdre (1 volume ayant 4 faces et 6 côtés). La manifestation prend forme et apparaît en trois dimensions. La quaternité élémentaire émerge et l’énergie primordiale de la création se colore, se cristallise en 4 forces complémentaires (3 + 1) : la Terre, l’Air, l’Eau et le Feu. Mais il n’y a pas encore, à ce stade, de notion de mouvement, et les formes créées sont donc immuables. Rien ne pouvant être immuable si ce n’est dans le monde de l’absolu, ces formes ne sont encore que conceptuelles, idéales. Les qualités essentielles de cette émanation sont la stabilité et l’ordre. La forme rectangulaire, carrée en est issue. Cette notion des quatre forces se retrouve tant dans l’échelle cosmique des forces physiques (force de gravité, force électromagnétique, force nucléaire faible et force nucléaire forte) qu’à l’échelle humaine. Dans l’être humain, ces 4 forces sont représentées par les 4 aspects de l’être : le physique (terre), le mental (air), l’émotionnel (eau) et le spirituel (feu). Sur un plan intermédiaire, nous trouvons également les 4 directions cardinales (nord – sud – est – ouest). Ces aspects ne sont ici, rappelons-le, que des abstractions, des idéaux. Leur réalité ne prendra forme qu’à travers d’autres émanations.
Le chiffre « 4 », représentant une croix, un carrefour, qui symbolise le règne de l’humain, venant d’acquérir le feu de la connaissance, le souffle de conscience lui permettant de choisir entre l’attachement à ses racines animales et les valeurs terrestres et l’élévation de sa conscience vers des valeurs spirituelles.
Arrêtons-nous ici dans cette expérience de pensée, qui nous a mené là où je voulais en arriver dans ma démonstration. J’ai montré que la dualité constitue une émanation primordiale, fondamentale, essentielle de l’être. Elle est en nous et tout autour de nous. Nous pouvons l’observer, la sentir, la penser, l’exprimer. Elle n’est pas l’aboutissement ; elle n’est pas le commencement ; mais elle est la première étape de la manifestation, et en cela, l’essence de l’être. Elle n’est pas tout, comme je l’ai dit, mais elle est racine de toute chose. Sans dualité, il n’y a ni manifestation, ni être. Tout commence par une division d’une cellule en deux cellules ; ces deux cellules ont toujours en elle le germe de la cellule unique. Mais la manifestation ne s’arrête pas là. Chacune de ces deux cellules va à son tour se diviser en deux cellules, pour former quatre cellules ; et chacune de ces quatre cellules contient le germe de la cellule unique, et celui des cellules secondaires. Et ainsi de suite. Voilà comment l’on peut montrer que ce qui est en bas (la manifestation, l’être, le concret, la matière) est comme ce qui est en haut (le non manifesté, le non-être, le concept abstrait, l’énergie).
Souvenez-vous que la compréhension de toute chose pose comme principe de remonter à la racine des phénomènes observés. Dans cette expérience de pensée, mon ambition est de remonter à la racine fondamentale. La racine ultime. LA CAUSE. Certes, il ne s’agit que d’une expérience de pensée. Elle vaut ce qu’elle vaut. Mais je la trouve cohérente et convaincante, à tout le moins pour montrer que l’on peut être manichéen, sans être binaire. On peut intégrer la dualité, sans se laisser enfermer dans la dualité binaire. J’ai la prétention de concevoir la dualité comme partie intégrante de l’être, sans en être l’ultime émanation, et donc sans en être la prison déterministe qu’elle paraît, mais la racine des possibles. Cela fait partie du Processus. Quel processus ? Le processus de l’existence. Le processus de la manifestation. Le processus de la Vie. Dieu. Et ce processus inclut une respiration cyclique : il n’y a pas de vie sans qu’il n’y ait de mort. Cette dualité s’inscrit en chacun de nous, à tous les niveaux, sous forme d’Élan de Vie et de Pulsion de Mort. En dernière analyse, tout ce qui est se réduit à cette tension.
« Dieu est un Processus »
Et ce n’est pas de la poésie. J’affirme que c’est réel, concret, pratique. Cohérent.
Trouvez-vous cela cohérent ?
Cordialement,
Morpheus
@JC
Quelle est votre définition de passion ? car derrière les concepts, pour s’entendre, il faut bien y mettre les mêmes choses a minima, et les mots ont ceci d’imparfaits, c’est qu’ils sont polysémiques. Être passionné par quelque chose n’a rien à voir avec le concept de passion, même s’il y a un lien.
La preuve, même l’étymologie est multiple. Moi, je connaissais du latin « passio » ou grec « pathos » qui signifie en gros subir et opposé à actio », agir.
Pour Spinoza, les passions sont des sentiments confus qui nous font ressentir des sentiments de joie, de tristesse, de haine et d’amour. Pour ma part, je dirais que ces sentiments confus sont en grande partie gérés par le cerveau dit reptilien qui porte les instincts de conservation de l’espèce et auto conservation ou de reproduction. Ces instincts sont activés automatiquement sans passer par le néo cortex. Le siège des émotions est quant à lui lié au cerveau dit limbique, siège des émotions et de la mémoire.
Étant un espèce sociale, nous savons intrinsèquement que nous avons besoin des autres pour survivre et que chacun dit rendre sa place pour ne pas se marcher sur les pieds pour la survie de l’espèce et donc mon auto conservation. Par contre, il y a des variations surement acquises liées à l’environnement et histoire de ma ancêtres… ces « passions » sont donc loin d’être nuisibles ou faire souffrir, elle nous permettent de vivre ensemble et nous en avons besoin. Toutes les expériences de psychologie sociale le montrent.
Ce qui crée tristesse et haine, c’est de voir qu’on n’a pas de place et qu’on ne nous reconnaît pas nécessaire et utile à ce projet de groupe… Cela rejoint les 2 derniers liens de l’interview de C. DEJOURS sur « violence des banlieues, violence du non-travail » que je vous recommande encore chaudement (d’où sa thèse de centralité du travail » au niveau politique, de la construction de soi notamment).
Laurent BEGUE montre aussi (extrait ci-dessus conférence sciences sociales) qu’un nouveau né pleure spontanément beaucoup plus quand il entend un autre bébé pleurer que quand il entend sa propre voix ou bruit blanc. C’est dans la nature de l’être humain de ressentir l’empathie (on le subit, ça rend triste peut-être, mais c’est moteur d’action d’entraide nécessaires pour la survie de l’espèce humaine).
cordialement,
@ CHENARD
« Quelle est votre définition de passion ? car derrière les concepts, pour s’entendre, il faut bien y mettre les mêmes choses a minima, et les mots ont ceci d’imparfaits, c’est qu’ils sont polysémiques »
Vous avez raison. j’ai davantage l’habitude d’entendre le terme passion comme synonyme d’affliction.
Que nous dit Spinoza :
« On dit qu’une chose est libre quand elle existe par la seule nécessité de sa nature et quand c’est par soi seule qu’elle est déterminée à agir, mais on dit nécessaire ou plutôt contrainte la chose qui est déterminée par une autre à exister et à agir selon une loi particulière et déterminée. » (Spinoza. Ethique. Partie I)
Ceci renvoie à l’idée de conditionnement. Il faudrait que l’homme puisse s’abstraire de toute inter action, c’est-à-dire de toute action pour ne plus dépendre d’autre chose que de lui-même. Il faudrait aussi pour cela qu’il n’y ait rien d’autre que lui-même produit par lui-même.
la liberté telle que définie par Spinoza relèverait donc du domaine de l’absolu et non celui du relatif (dépendant des conditions).
« Étant un espèce sociale, nous savons intrinsèquement que nous avons besoin des autres pour survivre »
Pas forcément. il y a des gens qui vivent seuls et isolés et qui en sont très contents.
@ Morpheus
« Trouvez-vous cela cohérent ? »
50/50 , ça dépend si tu es ouvert à la critique 😉
Bien amicalement
J.C
@ J.C
« Cela dépend si tu es ouvert à la critique »
Pourquoi ne le serais-je pas ? Ai-je jamais montré que je n’étais pas ouvert à la critique ?
😉
« On dit qu’une chose est libre quand elle existe par la seule nécessité de sa nature et quand c’est par soi seule qu’elle est déterminée à agir (…) »
(Spinoza)
Cette définition est du pur déterminisme, à la manière dont Leucippe et Démocrite le concevaient dans leur conception de l’atome. Cette théorie atomiste est pourtant erronée et a été, depuis longtemps déjà, réfutée.
Que dit cette théorie déterministe de la nature ? Tout d’abord philosophique (métaphysique) à son origine, et plus tard devenue scientifique, la théorie atomique énonce que l’univers physique serait constitué de particules indivisibles et permanentes qui seraient les constituants ultimes de la matière (selon Spinoza parlant de liberté – mais c’est exactement la même chose : « une chose qui existe par la seule nécessité de sa nature », en d’autres terme : une cause sans cause…).
On s’est réjoui, au XXe s., lorsque l’on a découvert les atomes. Cela confirmait l’hypothèse des anciens qui, il y a 2600 ans, avaient supputé, mais sans avoir les moyens techniques de le démontrer, que la matière était constituée de petites particules dont l’agencement forment la matière.
Juste à un tout petit détail près : ces particules que l’on appelle « atomes » sont elles-mêmes constituées de divers éléments (proton, neutron et électron), et portent donc très mal le nom de « atome » qui signifie « insécable, indivisible » en grec (remarque : imaginez que même sur le plan de la science la plus rigoureuse, la plus dure qui soit – la physique – nous utilisions des termes qui constituent des contresens ! Novlangue, novlangue, partout… C’en est désespérant).
Les atomes ne sont pas des atomes !
Mais cela réfute-t-il la théorie pour autant ? Après tout, il se peut qu’à une échelle plus petite que les atomes, il existe tout de même des éléments insécables et éternels (cf. la théorie des super-cordes) ? Et bien figurez-vous que cette théorie était connue des exégètes du Bouddha, car ils l’ont réfutée dans une expérience de pensée qui vaut d’être entendue (au passage, on notera que s’ils l’ont réfutée, c’est qu’ils connaissaient cette théorie ; l’occident n’est définitivement pas le centre de l’univers intellectuel de la planète).
Leur analyse est la suivante : admettons que des particules indivisibles servent à construire la matière. Pour se faire, ils faut que les particules s’associent. Deux particules supposées indivisibles peuvent-elles entrer en contact ? (gardons ici à l’esprit qu’il s’agit d’une expérience de pensée). Imaginons donc que deux particules indivisibles entrent en contact. Est-ce que toutes les parties entrent en contact simultanément ou graduellement ? Dans ce dernier cas, le côté Est de l’une entrera en contact avec le côté Ouest de l’autre. Mais si ces particules ont un côté Est et un côté Ouest, elles ont des parties et on ne peut plus dire qu’il s’agit de particules indivisibles.
Si l’on répond qu’elle n’ont ni côtés ni parties, il en découle qu’elles n’ont pas de dimension (cf. concept du point mathématique). Dans ce cas, le seul moyen pour ces particules d’entrer en contact est de fusionner. Si deux particules peuvent fusionner, pourquoi pas trois ? Une montagne et l’univers entier pourrait fusionner avec une seule particule (en effet, comment un milliard de particules sans dimension peuvent-elles avoir une dimension ?). La réalité grossière ne pourrait ni s’agréger ni se déployer.
Si l’on pousse le raisonnement plus loin en disant qu’elles n’ont pas besoin d’entrer en contact pour former la matière, il y a un espace vide entre deux particules et, du fait qu’elles n’ont pas de dimension, une infinité de particules et finalement l’univers entier pourraient se loger entre deux particules.
Ce raisonnement par l’absurde a conduit les philosophes bouddhistes à dire que des particules ponctuelles et indivisibles ne peuvent construire l’univers. Réfuter ainsi la notion de particules indivisible brise dans notre esprit l’idée que des particules insécables, permanentes, indépendantes et n’ayant d’autre cause qu’elles-mêmes pourraient former la réalité.
Selon le bouddhisme, la perception que nous avons du monde comme étant composé de phénomènes distincts issus de causes et de conditions isolées est appelée « vérité relative » (cf. mon poste précédant) ou « vérité trompeuse ». L’expérience du quotidien nous porte à croire que les choses ont une réalité objective indépendante, comme si elles existaient de leur propre chef et possédaient une identité intrinsèque. Mais il ne s’agit en fait que d’une construction de l’esprit qui, même entérinée par nos sens communs, ne résiste pas à l’analyse.
Réfutant cette idée, le bouddhisme avance la notion de causalités réciproques (nb. : donc non linéaire) : c’est uniquement en relation et en dépendance avec d’autres facteurs qu’un événement peut survenir. Cette notion d’interdépendance est synonyme de vacuité, terme qui n’indique pas une négation du monde des phénomènes, mais l’absence d’entités autonomes en tant que composantes de la réalité. On peut très bien faire l’expérience d’un phénomène sans pour autant lui attribuer un existence propre.
Pour autant, le bouddhisme, contrairement à une croyance fort répandue, ne tombe pas dans le nihilisme, mais envisage le monde comme un vaste flux d’événements reliés les uns aux autres et participant tous les uns des autres. Notre mode d’appréhension de ce flux cristallise certains aspects de cette globalité de manière purement illusoire et nous fait croire qu’il s’agit d’entités autonomes dont nous sommes entièrement séparés.
Ainsi, faire reposer la liberté sur la notion erronée du déterminisme atomiste constitue-t-il un sophisme qui nous égare dans un ensemble de considérations illusoires. Cette approche nous mène droit au déterminisme de la nature humaine, et nous égare considérablement, nous faisant élaborer des théories de l’homme complètement vaseuses et objectivement fausses.
Source : L’infini dans la paume de la main, de Matthieu Ricard(1) et Trinh Xuan Thuan(2)
(1) moine bouddhiste français, après avoir été chercheur en biologie, il a aussi écrit, avec son père, Jean François Revel, « Le moine et le Philosophe » ; il est l’interprète du Dalaï Lama.
(2) astrophysicien d’origine vietnamienne, il a étudié en France et aux États-Unis, professeur à l’université de Virginie.
Cordialement,
Morpheus
@ Morpheus
Tu abordes les sujets délicats que sont les deux vérités et la vacuité dans le bouddhisme, notions qui nécessitent d’être précisément définies car facilement mal interprétés.
Ceci est une entreprise délicate puisqu’au sein même du bouddhisme, la signification diffère selon les écoles. En outre, je n’entrerai pas dans les parallèles que tu fais avec l’idée de conscience suprême ou de trinité. Je voudrais juste préciser, concernant les opposés que tu cites, que l’opposé au néant ne me semble pas être l’infini (qui est celui du fini) mais plutôt l’existence absolue ou réalité absolue.
Tu passes ensuite aux notions de réalité absolue et de réalité relative. Il me semble que c’est sujet à confusion, la vacuité ayant pour sens l’absence d’existence intrinsèque de tout les phénomènes, elle est dite vérité ultime ou mode d’être véritable de tous les phénomènes et les aspects par lesquels on pense appréhender ces phénomènes est une vérité trompeuse, parfois appelée vérité relative ou vérité conventionnelle.
Pour apporter un complément à ce qui dit Morpheus dans son dernier post (48) (envers lequel je n’ai à priori rien à redire), je répondrais à mon tour à la citation suivante :
« Mais cela réfute-t-il la théorie pour autant ? Après tout, il se peut qu’à une échelle plus petite que les atomes, il existe tout de même des éléments insécables et éternels »
Non, c’est impossible.
Ce qui est mouvant est changeant. Ce qui est éternel, n’est pas voué au changement, toute interaction est donc impossible. Ce qui est éternel ne peut dépendre des conditions, il doit donc exister depuis toujours et ne peut interagir sous peine de voir sa nature éternelle être remise en cause. Ce qui interagit ne dépend plus que de lui-même, ce qui se modifie de quelque manière que ce soit perd son caractère éternel.
Autrement dit, ce qui est éternel est nécessairement immuable.
Tout ce qui existe est sécable puisque doué d’une forme ou dimension. Toute forme peut être divisée en parties ou directions à l’infini. (haut/ bas, centre/ contours etc.)
Concernant la production des phénomènes :
Le néant n’ayant par définition aucune qualité pour produire quoi que ce soit, comment les phénomènes sont-ils produit ? S’il existait des phénomènes éternels, ils n’auraient pas à être produits et ne se modifieraient d’aucune façon, ils ne seraient donc pas susceptibles de venir à l’existence, étant dépourvus de causes. Ce qui dépend d’autre chose que de lui-même pour exister ne possède pas d’existence inhérente ou intrinsèque. Tous les phénomènes sont impermanents, dépendants de causes et de conditions, interdépendants.
Quant au néant, ce néant ne possède par définition aucune qualité, pas même spatiale. Ne pouvant demeurer nulle part de par son absence de caractéristique, le néant n’existe pas.
La connaissance que prône le bouddhisme vise à dépasser les vues extrêmes dévoyées du nihilisme et de l’éternalisme.
Bien amicalement
J.C
Ps : Etienne pourrais-tu effacer le message précédent et ce Ps. (j’ai posté un peu vite)
merci et pardon pour le boulot en plus
JC
Eh, oui, l’esprit humain n’est pas un esprit pur, mais il est réel donc soumis aux lois de la nature, bien évidemment. La liberté est une utopie pure. Depuis, la science a fait des progrès et a montré que tout système était en interaction avec les autres systèmes. C’est l’approche systémique qui a pour avantage de ne pas être binaire mais cybernétique (Science qui étudie les mécanismes de communication et de régulation dans les machines et chez les êtres vivants donc les interactions).
Alors, comme ça, vous remettez en cause le fait que nous soyons une espèce sociale ??
Vous plaisantez, j’espère!!!
Votre jeu de l’opposition systématique devient vraiment ridicule. Utilisez au moins des arguments qui soient un peu crédibles. Et puis surtout à quelle fins, au juste ?
La liberté s’arrête où ?
Art. 4. de la Déclaration des droits de l’Homme 1789 : » La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi ».
La où commence celles des autres. C’est ça la démocratie.
Ne vous en déplaise, et ceux qui ont fait l’expérience de l’isolement pour être heureux et « libres » l’ont payé cher ou l’ont été pas longtemps. Je vous conseille de voir « Into the wilde » qui explique bien comment ce jeune homme ivre de liberté part seul alors qu’un avenir confortable lui souriait (tiré d’une histoire vraie)…
http://www.youtube.com/watch?gl=FR&hl=fr&v=zupSm0fnG1Y
Les pères fondateurs des USA avaient pour but de créer une constitution protégeant les individus de toute sorte de tyrannie, y compris celle de la majorité.
Ce qui est absolument contraire à la constitution française (Montesquieu).
Voir Annah ARENDT http://www.politique-actu.com/philosophe/hannah-arendt-etats-unis-roger-errera-ortf/14301/ (en 2 parties, et particulièrement sur les raisons d’État et la sécurité nationale à l’origine de toutes les lois liberticides ces dernières années)
Si vous écoutez bien ces propos au sujet de la constitution américaine et la distinction avec la nôtre, vous verrez que cela vous éclairera sur le changement culturel engendré par l’Union Européenne et ses traités constitutionnels !!
Étienne, je vous conseille vivement de voir cette analyse, car vous qui connaissez bien les traités constitutionnels, j’aimerai bien avoir votre avis.
@ CHENARD
« Alors, comme cà vous remettez en cause le fait que nous soyons une espèce sociale??
Vous plaisantez, j’espère!!! Votre jeu de l’opposition systématique devient vraiment ridicule. utilisez au moins des arguments qui soient un peu crédibles. Et puis surtout à quelle fins, au juste ? »
Il y a un nombre considérable d’ermites, de montagnards, de voyageur des mers, de religieux et même certains paysans qui en sont très content de la solitude.
Évidemment, cela ne représente pas une majorité mais là ou je veux en venir c’est que la norme produite par nos sociétés n’a pas valeur de réalité universelle.
Nous sommes dans une société matérialiste et à cause de cette idéologie, nous avons une vision du vivant un peu étriquée. Autrement dit, nous essayons d’établir au travers de nos conditionnements culturels et nos conceptions scientifiques cloisonnées des définitions que nous prenons pour des vérités universelles au sujet de la nature de la réalité et de l’humanité.
Sans une connaissance globale et approfondie de ces sujets, nos positionnements sont plus qu’arbitraires. Ce sont de simples jeux de dupes.
Il ne faut pas à mon sens s’interdire de remettre en cause la pensée dominante puisqu’on nous invite à nous laisser porter par de la pensée toute faite qui nous amène là où nous sommes. C’est-à-dire à à des comportements d’irresponsabilité enfantine, à notre impuissance politique, économique, sociale et j’en passe, bref à la domination et l’emprisonnement de la pensée par le pouvoir.
« La liberté s’arrête où ? Art. 4. de la Déclaration des droits de l’Home 1789 : » La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi ». La où commence celles des autres. c’est çà la démocratie. »
Merci de cette citation. Dans le contexte de discussion dans lequel nous sommes, il raisonne bien différemment.
la liberté consisterait à obéir à des lois ?
La liberté serait de pouvoir faire tout ce qui est éthique, tout ce qui ne nuit pas à autrui et cette éthique serait déterminée par la loi, mais quelle loi ?
Une loi fondée sur l’éthique ? une loi conçue par un législateur et votée par un parlement ?
Le gouvernement serait-il un spécialiste de l’éthique ? Ces gouvernants auraient-ils une éthique pure ? Seraient-ils incorruptible ?
La république serait-elle une tyrannie à la solde des plus riches où l’éthique serait établie et dictée par la loi, telle des lois naturelles connues par eux ?
La liberté consisterait-elle à se soumettre à l’ordre établi ?
Travailleriez-vous pour l’ordre établi, en faveur des chaînes qui nous maintiennent ?
La liberté n’est pas la contrainte.
La liberté est intimement liés à l’idée de passion.
Pour en revenir à Spinoza :
« On dit qu’une chose est libre quand elle existe par la seule nécessité de sa nature et quand c’est par soi seule qu’elle est déterminée à agir, mais on dit nécessaire ou plutôt contrainte la chose qui est déterminée par une autre à exister et à agir selon une loi particulière et déterminée. » (Spinoza. Ethique. Partie I)
Pour le moment je ne trouve pas d’erreur à cette définition.
De la même façon que ce qui ne serait pas vide d’existence intrinsèque ne peut se produire, tout ce qui est produit à une cause. Tout événement est donc conditionné par des causes, par tout un ensemble de facteur. La pensée comme tout phénomène est le résultat d’interaction, d’association, de réaction.
La liberté existe-t-elle ? Oui, cette nature qu’est l’absence d’existence en soi de tout les phénomènes et qui n’est pas conditionnée par les événements est la liberté elle-même dans ce qu’il y a de plus absolu.
Plus cette nature nous est connu, plus ses qualités nous sont visible.
L’émergence en nous des passions est conditionné par la saisie conceptuelle d’une existence propre des phénomènes. Cette saisie fondée sur une méprise concernant la nature de la réalité nous enchaîne dans les notions duelles d’un rapport sujet-objet existant concrètement. Cette méprise constitue la base de la production des considérations passionnelles, soit l’attachement et l’aversion et l’ensemble des états affectifs qui en découle. Plus l’on s’engage dans cette méprise, plus l’on expérimente des états émotionnels conflictuels ou afflictions que l’on défini dans le bouddhisme comme des poisons mentaux. Au contraire, plus on se dégage de cette illusion plus les qualités tel que la générosité, la patience mais aussi l’amour et la joie (pour en cité que quelques unes) s’élève naturellement en nous.
Il ne s’agit pas juste d’éviter des situations extérieures perturbatrices mais aussi et surtout d’adopter une attitude intérieure plus sage qui permet d’envisager les événements sous un angle moins tourmenté. Dans cette perspective, les affects dit joyeux sont ceux qui tendent vers la libération des passions quant aux affects tristes c’est ceux qui s’y enfonce.
Par exemple l’amour ne fait pas souffrir, c’est l’attachement qu’on y met avec qui en est la cause.
Bien amicalement
J.C
@JC
Vous persistez, donc dans vos affirmations qui vont à l’encontre de l’accumulation de tous les savoirs des sciences humaines (et cela depuis bien longtemps)et naturelles (éthologie,..). Vous avez un ego sacrément ÉNORME pour avancer une si grossière idée sans aucun argument sérieux sauf celui de ce qui vous semble être des exceptions et qui pourtant n’en sont même pas (leur isolement n’était que temporaire à l’échelle d’une vie et en rejet de quelque chose).
Bonnes continuations à Morphéus et Vous, même je quitte votre fil de discussions métaphysiques qui ressemblent plus pour moi à ce qu’on appelle en psychologie le stade de la toute puissance infantile… en attendant, il y a la réalité.
@etienne,
j’espère avoir votre ais que l’analyse de la constitution d’Annah Arendt, compte tenu de votre connaissance pointue de notre nationale et de l’européenne.
Il y a aussi JL bEAUVOIS qui explique ici la différence qu’il fait entre le soiïsme et l’individualisme :
http://liberalisme-democraties-debat-public.com/spip.php?article35
Extraits : « Le soiïste n’a pas la personne humaine comme valeur première, mais le « soi ». Et ce sont là deux choses différentes. L’individualiste prônait le droit des personnes à se défendre contre les atteintes totalitaires ou holistes à leurs droits à la liberté individuelle, à l’expression individuelle, à la santé de chacun, à la culture individuelle… Avec le soiïsme, il ne s’agit plus de défendre de tels droits, mais, individuellement, de s’éclater, de se réaliser, d’être soi-même… »
« Le soiïste est convaincu de porter, non la vérité, mais l’excellence. Ne représente-t-il pas l’avenir exportable de l’Homme ? Il est optimiste et a une estime de soi particulièrement élevée. C’est son côté frimeur. Tel qu’il est, il est bien, quitte à se livrer à quelques « remises en cause » ou à quelques « deuils » autonettoyants de ses idées. Pourquoi évoluerait-il ?
« Le soiïste n’est pas un fana de réalités objectives, mais de réalités subjectives.(…) »
Vous souhaitant de joyeuses et agréables fêtes de fin d’années à tous.
@ CHENARD
Vous voudriez que nous pénétrions vos pensées et les savoirs que vos disciplines sociologiques et psychologiques vous ont enseignés. Je note cependant que vous prenez le parti que j’aurais (ainsi que J.C) certains manques de connaissances dans ces domaines.
Certes, je n’ai pas votre bagage et ne saurais prétendre avoir votre maîtrise dans ces domaines, cependant je connaissais une bonne partie des références que vous mentionnez (les expériences de Milgram ainsi que les travaux de Jean-Louis Beauvois, notamment, que j’ai étudiés en dilettante par intérêt personnel).
Je déplore cependant que, plutôt qu’expliquer et argumenter, vous vous contentiez de citer des références pour faire valoir vos affirmations. Il me semblerait plus efficace (et plus scientifique) de (nous) communiquer votre savoir (en expliquant et en démontrant le cheminement de vos pensées), plutôt que de simplement énoncer des conclusions (qui sont peut-être les vôtres et non celle de vos maîtres). J.C et moi-même ne sommes pas convaincus.
Et vous évoquez notre égo ?
Lorsque j’ai voulu vous expliquer mon point de vue (notamment concernant mon approche « manichéenne »), je vous ai invité dans un « laboratoire » pour une expérience de pensée. Et vous n’avez pas réagi. Ce qui me laisse à penser que lorsque nous sortons de votre domaine de prédilection, vous bottez en touche… Pas très scientifique comme démarche, il me semble. Est-ce le signe de vos limites intellectuelles ? Rester stricto sensu dans les limites de votre discipline ?
Vous savez, je suis sans doute un dilettante, un autodidacte, et un iconoclaste. Je ne rejette pas les travaux de Beauvois, ni de Milgram (au contraire), mais je n’ai pas forcément les mêmes conclusions car j’ai, à mon avis, un léger avantage sur vous, c’est d’aborder ces questions à partir d’autres angles de vues, et d’y adjoindre d’autres éléments d’analyse et de compréhension. Cela ne signifie pas que j’ai raison : cela explique juste pourquoi je ne formule pas les mêmes conclusions que vous.
Les sciences procèdent d’un principe simple : commencer par dire « je ne sais pas », puis observer les phénomènes étudiés pour analyser toutes les informations que l’on peut en tirer. Sous différents angles d’approche.
J.C et moi n’avons jamais prétendu que nous détenions la vérité, nous avons argumenté en exposant nos points de vues, sans doute différents du vôtre, mais pas nécessairement moins valables.
En revanche, vous affirmez être dans le vrai et que, ne tenant pas compte de vos conclusions, nous sommes forcément dans le faux et dans l’égo. Je conclus donc que, n’ayant pas osé vous risquer dans « mon » laboratoire de pensée, vous vous retranchez derrière une position d’autorité, ce qui est assez faible, je trouve (puisque vous savez qu’ici, vous vous adressez à des dilettantes).
Vous devriez peut-être revoir le Cercle des Poètes Disparus et apprendre à monter sur la table ?
Cordialement,
Morpheus
@Morphéus
j’apprécie votre réponse. je vous répondrai que ce que je diffuse et partage est le fruit de ma propre recherche suite, non pas à mes études, mais à un grave accident et burn out qui a failli me coûter la vie.
Je ne vous ai pas suivi dans le métaphysique ni autre laboratoire car je n’y ai aucun attrait. Je me suis spécialisée dans la psy sociale et du travail (pas freud ni lacan) car j’ai des prédispositions à être dans le concret (au détriment de mon coté intuitif, imaginatif,…) et la réalité. Et cela me va très bien ainsi. il y a en a qui sont très à l’aise dans l’art de la rhétorique et métaphysique ; moi je n’y vais que si c’est jalonné de concret (je l’ai été dans mon adolescence car je me cherchais mais ce n’est pas moi).
Je n’ai pas de conclusions à apporter mais des pistes de réflexion qui sont des analyses de résultats de travaux de chercheurs de différents courants et angles de vue.
J’avoue que, quand des choses sont aussi graves que les suicides, les désastres du chômage, la violence sociale, les souffrances réelles de tous dans ce système carcéral qui ne respecte plus le minimum de dimension psychique des individus (que j’ai vécu au plus haut point) car TOUS veulent les faire différents de notre nature même (négation totale de notre espèce), je ne peux qu’y réagir avec qui je suis et essayer de comprendre et agir. Et les trouvailles que j’ai faites et que je partage m’ont éclairée sur les forces et pressions sociales complices qui ont engendré cette situation.
Pour moi, l’autorité c’est le collectif, la démocratie, le métier et aussi la science car c’est la seule démarche garante de la sagesse qui a pour objet de toujours remettre en cause ses fondements pour se rapprocher de la réalité et donc de la possibilité de subvenir à nos réels besoins en harmonie avec notre monde. Cela a le mérite de nous mettre à l’abri des hurluberlus qui ont trouvé une idée un beau matin et veulent réinventer l’eau chaude.
je suis atterrée que la civilisation actuelle méprise les savoirs, les connaissances accumulées par nos anciens, leurs expériences, qu’on rejette les « vieux » de la société comme inutiles et has been ce qui les empêche de prendre leur réelle place dans la chaîne des générations et l’avancée de l’humanité. C’est en fait la culture qu’on méprise pour la « modernité » et le pouvoir créatif niant les leçons de l’histoire et des expériences humaines pour mieux nous asservir.
D’autres ne reconnaissent que leur unique autorité car c’est ce qu’ils recherchent. Je n’en ai aucune envie ni disposition. Je cherche juste qu’à faire des ponts et des liens afin de comprendre que la richesse de la diversité humaine est justement celle d’être vivant et multiples et à ce titre doit impérativement se respecter et être pris en compte. Aucune doctrine ni idée ne doit dire aux gens ce qu’ils doivent être ou qu’ils sont nuls. La société doit leur permettre d’être et de se développer en dehors de leur instincts de survie pour leur faire développer leur humanité et leurs potentiels.
J’ai apprécié en son temps, le « cercle des poètes disparus ». Aujourd’hui, je suis adulte et me suis aperçu que c’est la doctrine libérale d’individualisme qui a permis de confisquer le pouvoir social aux gens en les faisant aspirer au soiïsme en nous faisant croire qu’on trouverait la liberté et le bonheur individuellement en se coupant des autres et de l’intérêt général (carcan de l’autorité). Si vous êtes manichéen, vous comprendrez de ceci de travers en me rejetant dans le camp adverse mais je vous rappelle que la vie n’est pas noire blanche ou que plus exactement le noir n’existe que parce qu’il y a du blanc et les autres couleurs.
Le phénomène du balancier qui revient aussi extrême qu’il n’a été est bien connu ; pourtant c’est bien dans l’analyse de ces 2 extrêmes que des solutions adaptées se trouvent et pas dans le déni de l’autre camp.
Moi j’ai foi en la nature humaine et méprise les doctrines qui méprisent cette nature et la croient nocive (Hobbes : « l’homme est un loup pour l’homme » ou l’homme doit se libérer de ses déterminismes naturels pour être libre) : les deux nient l’humanité et sont auto destructeurs.
Cordialement,
(Si tu ne comprends pas le monde qui t’entoure, c’est qu’on a omis de t’apprendre qui tu es.
Étudie son histoire et tu apprendras à te connaître.)