Sur Jean-Jacques, une conférence re-mar-quable ! Avec Barbara De Negroni, Yves Vargas et Dominique Pagani.

8/12/2012 | 50 commentaires

J’ai trou­vé une nou­velle pépite ! 🙂

Sur Jean-Jacques Rousseau

Trois fins lec­teurs de Rous­seau en parlent ensemble.

J’ai trou­vé lit­té­ra­le­ment pas­sion­nante l’ex­pli­ca­tion d’Yves Var­gas, syn­thé­ti­sant l’op­po­si­tion entre Man­de­ville et Rous­seau et l’en­jeu de ce duel phi­lo­so­phique dans la com­pré­hen­sion du capi­ta­lisme cra­pu­lisme (minutes 12:45 à 34:45). Il lit son texte de façon trop méca­nique, c’est vrai, et on peut se conten­ter du son ; mais ce que dit Yves Var­gas est à la fois dense (chaque mot semble pesé au tré­bu­chet) et impor­tant, je trouve.

Si l’un d’entre vous avait la gen­tillesse de prendre le temps de dac­ty­lo­gra­phier cette syn­thèse de Var­gas sur la per­ti­nence et la puis­sance de la cri­tique de Rous­seau du capi­ta­lisme cra­pu­lisme nais­sant, ce serait for­mi­dable. Vous allez voir comme c’est inté­res­sant ; ça mérite d’être fixé, je pense. (Si quel­qu’un démarre ce tra­vail de retrans­crip­tion, qu’il le signale ici tout de suite, pour évi­ter de faire le bou­lot plu­sieurs fois inutilement.)


[Mise à jour (9÷12÷2012 à 17h) – Ça y est : des cou­ra­geux gen­tils virus ont retrans­crit (à toute vitesse !) ce texte admi­rable. Mille mer­cis à eux !!!]

Vous pou­vez feuille­ter ou télé­char­ger ce pré­cieux texte au for­mat PDF :

📄 Actua­li­té de Rous­seau pour résis­ter au capi­ta­lisme – Yves Var­gas (2012) (PDF)

FORMIDABLE ACTUALITÉ DE ROUSSEAU
pour résister en profondeur au capitalisme crapulisme

(Retrans­crip­tion d’une confé­rence pas­sion­nante d’Yves Var­gas, à la Librai­rie ‘Tro­piques’, le 12 sep­tembre 2012.)

« Je vou­drais réflé­chir sur une cri­tique de gauche adres­sée quel­que­fois à Rous­seau. Je lais­se­rai donc de côté les cri­tiques de droite qui lui sont faites : Rous­seau tota­li­taire, Rous­seau pré­cur­seur de Robespierre/coupeur de tête… Je négli­ge­rai aus­si les reproches affec­tifs : Rous­seau père indigne, Rous­seau miso­gyne, Rous­seau ingrat pour ses amis.

Je m’en tiens au SEUL reproche sérieux que lui a adres­sé la cri­tique mar­xi­sante, à savoir : Rous­seau n’a pas vu venir le Capi­ta­lisme ; il s’est réfu­gié dans une posi­tion morale et dans un retour au pas­sé nos­tal­gique : une socié­té de pay­sans labo­rieux et paisibles.

Avant d’en­trer dans le vif du sujet, c’est-à-dire dans l’é­tude des théo­ries, je note que ces reproches sont assez sur­pre­nants. À sup­po­ser que Rous­seau ait été inca­pable de voir par lui-même la nais­sance de la socié­té nou­velle, qu’on nom­me­ra bien­tôt Capi­ta­lisme, il était néan­moins assez bon lec­teur et il ne man­quait pas d’au­teurs à son époque pour décrire et annon­cer cette socié­té, comme le montre ce que l’on appelle la “Que­relle du luxe” dont je dirai un mot. S’il n’a pas vu, au moins il a lu.

Par ailleurs, on lui reproche un retour vers un pas­sé nos­tal­gique de petits pay­sans auto-suf­fi­sants et libres, vivant dans l’a­bon­dance sur des terres fami­liales ; mais on voit mal en quoi cela est nos­tal­gique, car le pas­sé féo­dal de l’Eu­rope ne pré­sente pas un tel tableau : les pay­sans étaient asser­vis à des pro­prié­taires sei­gneu­riaux, puis à des bour­geois ; et par ailleurs, dès le XIIème siècle, se déve­loppe un com­merce inter­na­tio­nal assez pros­père qui anime les grandes villes et des mar­chés. L’Eu­rope réelle du pas­sé est bien loin de repré­sen­ter un tableau de patrie pay­sanne libre et autarcique.

La pen­sée poli­tique, éco­no­mique et sociale de Rous­seau ne tourne pas le dos à la réa­li­té du XVIIIème, mais elle cherche à la com­battre, à l’af­fron­ter ; c’est d’ailleurs parce que Rous­seau a vou­lu com­battre le capi­ta­lisme à sa nais­sance qu’il reste pré­sent, comme on l’a mon­tré tout à l’heure déjà, dans notre pen­sée poli­tique au XXIème siècle. Ce com­bat phi­lo­so­phique prend chez Rous­seau la forme d’un duel, au coup pour coup, concept pour concept : un duel avec Ber­nard de Man­de­ville, le pre­mier grand phi­lo­sophe de l’é­co­no­mie capi­ta­liste (le deuxième s’ap­pelle Karl Marx).

Man­de­ville a appris à tout le XVIIIème siècle com­ment il faut pen­ser le monde nou­veau, avec quels concepts, quelles valeurs, et aus­si quels abandons.

Man­de­ville trace le pay­sage théo­rique nou­veau, un pay­sage que vien­dront com­plé­ter, Vol­taire, David Hume, Adam Smith, et qui sera repris plus tard par les libé­raux, Frie­drich Hayek en tête.

En pre­nant Man­de­ville pour cible, Rous­seau ne s’est pas trom­pé, il a visé à la tête.

Il me faut donc dire quelques mots sur la théo­rie de Man­de­ville, et mon­trer com­ment la théo­rie de Rous­seau est l’op­po­si­tion terme à terme de cette théo­rie fon­da­trice de l’es­prit capitaliste.

MANDEVILLE annonce la nais­sance du nou­veau sys­tème éco­no­mique en dépla­çant le centre de l’é­co­no­mie : on passe d’une éco­no­mie pen­sée en termes de BESOINS à une éco­no­mie pen­sée en termes de DÉSIRS.

Jus­qu’a­lors, la réflexion éco­no­mique d’un pays tour­nait autour des besoins : il fal­lait trou­ver des res­sources pour nour­rir le pays et pour assu­rer la marche de l’État.

À par­tir de là, on cher­chait com­ment répondre à ces besoins en déve­lop­pant telle ou telle céréale, en sto­ckant les sur­plus d’une année sur l’autre, en fai­sant ren­trer l’or de l’é­tran­ger. La vision de l’é­co­no­mie était STATIQUE : il y a ; d’un côté, une quan­ti­té de besoins à satis­faire, et de l’autre, une quan­ti­té de pro­duits à fabri­quer ou à trouver.

Man­de­ville ren­verse ce tableau et place au centre de l’é­co­no­mie, à la place des besoins, les dési­rs. Il avance que l’é­co­no­mie nou­velle qui enri­chit les nations repose sur ce dont per­sonne n’a besoin, mais que cha­cun désire : ce qu’il nomme LE LUXE.

Cette nou­velle éco­no­mie du luxe n’est pas une lubie phi­lo­so­phique, elle repose, dit Man­de­ville, sur des carac­tères natu­rels aux Hommes : L’ORGUEIL ET L’ENVIE ; et ces deux pas­sions, ces deux vices, l’or­gueil et l’en­vie, sont le moteur de la richesse du pays :

- L’or­gueil pousse à se dis­tin­guer, à se mon­trer supé­rieur aux autres, et trouve son objet dans l’ex­hi­bi­tion des richesses : car­rosses, domes­tiques en livrée, vête­ments de soi­rée rares, mai­sons déco­rées, etc.

- L’en­vie pousse à imi­ter ceux qui nous paraissent supé­rieurs et à acqué­rir ce qu’ils possèdent.

Ces vices moraux font mar­cher les manu­fac­tures et le com­merce, car les riches, sitôt qu’ils sont imi­tés, lancent de nou­velles modes. Tout cela mul­ti­plie l’ac­ti­vi­té, fait bais­ser les prix en inon­dant le mar­ché de pro­duits nou­veaux, inutiles mais qui offrent des emplois.

EN PASSANT DU BESOIN AU DÉSIR, MANDEVILLE FONDE L’ÉCONOMIE SUR L’IMAGINATION.

On dirait aujourd’­hui qu’il a, le pre­mier, mon­tré que, dans le capi­ta­lisme, L’IDÉOLOGIE est un moteur pro­duc­tif essen­tiel ; de sorte qu’au XXème siècle, les théo­ri­ciens de la socié­té de consom­ma­tion, Gortz, Bau­drillard, seront ses héri­tiers légi­times, et ceux qu’on appelle les experts du « mar­ke­ting » seront ses enfants naturels.

Ce décen­tre­ment de l’é­co­no­mie (du besoin sur le désir) s’ac­com­pagne de consé­quences sociales : POUR QUE LE MARCHÉ DE L’IMAGINAIRE TOURNE BIEN, IL FAUT QUE LES PAUVRES TRAVAILLENT CONTINUMENT, ET COMME PERSONNE N’AIME TRAVAILLER, IL FAUT QUE LES PAUVRES RESTENT PAUVRES, AFIN D’ÊTRE FORCÉS DE TRAVAILLER POUR MANGER.

La SOCIÉTÉ D’OPULENCE est donc une socié­té frac­tu­rée qui implique un socle de misé­rables sur lequel elle est bâtie.

Cette frac­ture sociale s’ac­com­pagne d’une dis­lo­ca­tion théo­rique puisque, si le désir est le concept cen­tral de l’é­co­no­mie de consom­ma­tion, le besoin (man­ger tous les jours) le besoin reste le concept cen­tral de l’é­co­no­mie de pro­duc­tion : LES RICHES CONSOMMENT PAR DÉSIR CE QUE LES PAUVRES FABRIQUENT PAR BESOIN.

LA NATION PROSPÈRE AVEC UNE TÊTE RÊVEUSE ET UN VENTRE CREUX.

La “Que­relle du luxe” qui sui­vra la publi­ca­tion des œuvres de Man­de­ville — je vous les rap­pelle : “La fable des abeilles” et « L’es­sai sur les cha­ri­tés » —, cette que­relle du luxe se foca­li­se­ra sur le carac­tère immo­ral de ces écrits : ses par­ti­sans écar­te­ront les aspects les plus cyniques et conser­ve­ront l’i­dée des bien­faits d’un luxe qui nour­rit les pauvres. L’an­thro­po­lo­gie pes­si­miste de « l’homme natu­rel­le­ment égoïste et orgueilleux » sera refou­lée de la pen­sée éco­no­mique et sera aban­don­née aux phi­lo­sophes mora­listes, ceux qu’on appelle « les Écos­sais des lumières ».

Rous­seau semble avoir vu, mieux que d’autres, que Man­de­ville est incon­tour­nable, pour la rai­son que CE QU’IL DIT EST VRAI.

La preuve que Rous­seau a bien vu le monde capi­ta­liste qui gran­dit, c’est qu’il a fait SIENNE la théo­rie de Man­de­ville parce qu’elle était la théo­rie de ce monde-là.

ROUSSEAU CONSIDÈRE QUE LA THÉORIE DE MANDEVILLE EST JUSTE ; MAIS C’EST LA THÉORIE JUSTE D’UN MONDE INJUSTE, c’est la théo­rie vraie d’une huma­ni­té éga­rée dans l’er­reur. Il s’ins­talle donc dans cette théo­rie anthro­po­lo­gique et éco­no­mique pour affron­ter ce monde-là.

D’ailleurs, sans même abor­der le fond de la théo­rie de Rous­seau, on peut consta­ter que Rous­seau n’a pas mécon­nu le nou­veau monde puisque, dans son Pro­jet pour la Pologne, il écrit en toutes lettres aux Polonais :

« Si vous vou­lez être puis­sants, redou­tés, si vous vou­lez qu’on parle de vous, si vous vou­lez avoir votre place par­mi les grands de ce monde, alors, déve­lop­pez le com­merce, le luxe et la mon­naie ; mais ne me lisez pas, car je vous pro­pose autre chose : je vous pro­pose LA LIBERTÉ ».

Rous­seau n’i­gnore donc pas que l’a­ve­nir des grandes nations se trouve du côté du com­merce et du luxe, c’est-à-dire du côté de Mandeville.

Il a bien vu que ce sys­tème triom­phant — il le nomme « SYSTÈME DE FINANCE », c’est le nom qu’il lui donne— ce sys­tème triom­phant est le sys­tème de l’a­ve­nir, et il le com­bat ; il le com­bat de l’in­té­rieur, par un corps à corps conceptuel.

En pre­mier lieu, ROUSSEAU RECENTRE L’ÉCONOMIE SUR LE BESOIN : IL NE S’AGIT PAS DE RECHERCHER L’OPULENCE, MAIS D’ÉTABLIR PARTOUT L’ABONDANCE, C’EST-À-DIRE : QUE CHACUN A CE QU’IL LUI FAUT ET QUE PERSONNE NE MANQUE DE RIEN.

L’é­co­no­mie de la consom­ma­tion dési­rante est donc exclue de l’é­co­no­mie Rous­seauiste. CETTE ÉCONOMIE D’ABONDANCE QUE ROUSSEAU NOMME “LE VRAI SYSTÈME ÉCONOMIQUE”, PAR OPPOSITION AU “SYSTÈME DE FINANCE”, cette éco­no­mie est toute fon­dée sur l’a­gri­cul­ture et sur les pro­duc­tions néces­saires : fabri­ca­tion de mai­sons, de routes, des vête­ments et des outils.

Ain­si la dis­lo­ca­tion entre la pro­duc­tion et la consom­ma­tion est sup­pri­mée : le pay­san consomme ce qu’il pro­duit ; la consom­ma­tion n’est pas une sphère auto­nome qui marche à la mon­naie : elle est la suite natu­relle du tra­vail ; LE LUXE EST DONC BANNI et ne trouve plus sa place dans le vrai sys­tème économique.

Mais ce ban­nis­se­ment de prin­cipe ne suf­fit pas : ROUSSEAU ENGAGE UN PROGRAMME DE DESTRUCTION DU LUXE, c’est-à-dire un PROGRAMME D’ÉGALISATION DES RICHESSES en vue de géné­ra­li­ser la classe moyenne de pay­san, ce qu’il nomme LA MÉDIOCRITÉ, les couches moyennes.

Il faut donc, pour Rous­seau, enri­chir les pauvres et appau­vrir les riches.

Com­ment appau­vrir les riches ? Ce point est une tâche gou­ver­ne­men­tale, de longue haleine, elle requiert un pro­gramme éco­no­mique et un dis­po­si­tif idéo­lo­gique, à par­tir des prin­cipes de Man­de­ville — c’est un aspect assez sub­til, puisque Adam Smith, qui avait bien vu que Rous­seau reprend à son compte les théo­ries de Man­de­ville, Adam Smith n’a pas remar­qué que Rous­seau règle ses comptes avec Man­de­ville. Il faut donc être assez atten­tif à quelques détails pour suivre ce combat.

Man­de­ville décrit l’Homme natu­rel­le­ment orgueilleux & envieux. Il dis­tingue L’AMOUR-PROPRE (self-liking) de L’AMOUR DE SOI (self-love). Ce der­nier est un rap­port intime à soi ; l’autre est lié à l’o­pi­nion des gens. Ces deux pas­sions sont pour Man­de­ville éga­le­ment naturelles.

L’a­mour de soi pousse à l’é­goïsme, l’a­mour propre pousse à la vanité.

Rous­seau accepte ces concepts ; il les prend à son compte ; mais il intro­duit dans ce tableau des rec­ti­fi­ca­tions qui font explo­ser la théo­rie de Man­de­ville : il affirme que SEUL L’AMOUR DE SOI EST NATUREL, c’est un ins­tinct de vie qui affecte tout être vivant, et l’Homme s’aime lui-même avant toute chose.

QUANT À L’AMOUR-PROPRE, C’EST UNE MODIFICATION DE L’AMOUR DE SOI PAR LA SOCIÉTÉ, C’EST DONC UNE PASSION DÉNATURÉE.

C’est ici que les choses se com­pliquent, car Rous­seau dis­tingue deux niveaux de l’amour-propre :

Lorsque les Hommes cessent d’être natu­rels, lors­qu’ils cessent d’être des ani­maux qui errent dans les forêts, quand ils entrent en rela­tion les uns avec les autres, alors, NATURELLEMENT, cha­cun veut être pré­fé­ré, veut être admi­ré : c’est le plus beau, le plus fort, le plus rapide à la course ; SON MOI DEVIENT RELATIF AUX REGARDS DES AUTRES ; c’est le com­men­ce­ment de l’a­mour propre.

Cet amour-propre est, bien sûr, non natu­rel si on le consi­dère par rap­port à l’Homme sau­vage ; mais, si on consi­dère que l’Homme n’est pas fait pour vivre avec les ours, si on consi­dère que l’Homme est fait pour deve­nir social, alors on voit que sa nature le porte vers la socié­té et donc cet amour-propre, ce pre­mier amour-propre, est conforme à sa nature : c’est, en quelque sorte, « une nature de deuxième rang ». Cet amour-propre natu­rel, appe­lons-le comme ça, porte sur des rela­tions entre des Moi, avec leurs qua­li­tés propres, la beau­té, la force, etc.

Mais, quand la socié­té se déve­loppe et se cor­rompt, l’a­mour-propre ne porte PLUS sur CE QUE JE SUIS, mais sur CE QUE J’AI, sur ce que je pos­sède, et alors, on sort com­plè­te­ment de la nature car le Moi n’est plus en lui, il est hors de soi.

C’est le fond de la cri­tique de Rous­seau vis-à-vis de L’IMAGINATION QUI NOUS PORTE LÀ OÙ NOUS NE SOMMES PAS.

On voit bien que cette cri­tique chez Rous­seau n’est pas morale, comme chez Pas­cal : elle est poli­tique, voire éco­no­mique. L’a­mour propre orgueilleux que Man­de­ville décrit est certes natu­rel à l’o­ri­gine, mais quand il porte sur les objets de luxe, il est cor­rom­pu et n’a rien à voir avec la nature.

Par cette dis­tinc­tion, Rous­seau dis­so­cie ce que Man­de­ville avait asso­cié : il dis­so­cie la pas­sion de son objet ; il récu­père l’a­mour propre et il rejette le luxe.

Il mène, CONTRE CET ESPRIT DE LUXE, UN DOUBLE COMBAT : UN COMBAT ÉCONOMIQUE qui appau­vrit les riches en flat­tant leur amour-propre ; ET UN COMBAT IDÉOLOGIQUE qui rem­place l’ob­jet de l’a­mour-propre : un com­bat pour rem­pla­cer le mau­vais luxe par un bon luxe en quelque sorte.

MANDEVILLE a dres­sé le tableau véri­dique de l’Ho­mo eco­no­mi­cus des temps nou­veaux : c’est un riche qui dépense par orgueil et qui fait tour­ner les affaires. ROUSSEAU va com­battre le sys­tème : il vise d’une part l’e­co­no­mi­cus en pre­nant des mesures éco­no­miques, et vise d’autre part l’ Homo en pre­nant des mesures psy­cho­lo­giques, anthropologiques.

Rous­seau pro­pose donc de taxer les pro­duits de luxe les plus osten­sibles, ceux qu’on ne peut pas cacher au fisc pour la bonne rai­son qu’ils sont faits pour être mon­trés, et ceux dont l’aug­men­ta­tion du prix du fait des taxes ne sera pas un obs­tacle puis­qu’ils ne sont dési­rables que pour la rai­son qu’ils sont chers et que d’autres ne peuvent les payer. 

Rous­seau n’ou­blie pas que le sys­tème des finances est fon­dé sur le désir, et non sur le besoin, au point que le désir devient pour lui un second besoin.

Je cite Rous­seau : “Ils aime­raient mieux mou­rir de faim que de honte”.

C’est ain­si que Rous­seau résume iro­ni­que­ment la phi­lo­so­phie éco­no­mique de Man­de­ville : par le moyen des taxes, pro­gres­si­ve­ment, les riches s’ap­pau­vrissent, et à terme, ils ren­tre­ront dans le rang de la classe moyenne. Tan­dis que les impôts per­met­tront de valo­ri­ser les cam­pagnes au pro­fit de pay­sans. Le désir du luxe ali­mente les besoins des tra­vailleurs par l’in­ter­mé­diaire de l’É­tat, et le sys­tème de finances dépé­rit len­te­ment, vic­time de cette hémor­ra­gie interne.

Voi­là pour l’e­co­no­mi­cus des temps nouveaux.

Pas­sons à l’Ho­mo capi­ta­liste : concer­nant la nature humaine, on a vu que, si l’a­mour propre est natu­rel en socié­té, la richesse n’est pas son objet natu­rel. Il est impos­sible de chan­ger la nature, mais on peut réorien­ter sa pente : ROUSSEAU PROPOSE L’ÉTABLISSEMENT D’UN BON LUXE, C’EST-À-DIRE DES DISTINCTIONS, DES HONNEURS, QUI CÉLÈBRENT LES PAYSANS INGÉNIEUX ET LES PATRIOTES COURAGEUX, DE SORTE QU’IL Y AURA DE LA VANITÉ À ÊTRE SIMPLE.

Ce qui parais­sait être le moteur natu­rel du capi­ta­lisme, devient le moteur de la démo­cra­tie pay­sanne, et le luxe prend des allures d’un appa­reil idéo­lo­gique sous le contrôle de l’État.

On voit clai­re­ment que les réformes pré­co­ni­sées par Rous­seau ne s’a­dressent pas du tout à un Homme natu­rel bon et inno­cent, mais bien à l’Homme cor­rom­pu par le sys­tème de finances dont il uti­lise les res­sorts pour blo­quer la machine.

LOIN DE SE TOURNER VERS UN PASSÉ NOSTALGIQUE ET IRRÉEL, ROUSSEAU A CHERCHÉ À ÉTABLIR UNE SOCIÉTÉ ANTI-FINANCIÈRE : il a vou­lu pen­ser « l’a­vor­te­ment du capitalisme ».

Un der­nier point pour bou­cler le cercle, sur la poli­tique : au XVIIIème siècle, le rap­port entre la poli­tique et l’é­co­no­mie n’est pas une ques­tion cen­trale ; on consi­dère même qu’une réforme éco­no­mique peut s’ac­com­plir sous n’im­porte quelle forme de pou­voir. Et dans le meilleur des cas, on cherche à éclai­rer le monarque afin qu’il favo­rise tel ou tel programme.

Rous­seau, au contraire du cou­rant domi­nant, assure qu’un sys­tème éco­no­mique engendre le pou­voir poli­tique dont il a besoin — « engendre » est un peu fort, disons qu’il le favo­rise — ; AINSI, LE SYSTÈME DE FINANCES EST LA VOIE QUI MÈNE AU DESPOTISME, C’EST UN SYSTÈME ÉCONOMIQUE QUI DÉTRUIT LA DÉMOCRATIE.

250 ans avant le dic­tat de Bruxelles qui a muse­lé le peuple grec, ROUSSEAU AVAIT AFFIRMÉ QUE LA LOGIQUE DE LA FINANCE EST INCOMPATIBLE AVEC LA SOUVERAINETÉ DES PEUPLES.

Pour com­prendre son argu­ment, on ne doit pas oublier que, POUR ROUSSEAU, LA DÉMOCRATIE EST UN COMBAT PERMANENT DU PEUPLE CONTRE SON GOUVERNEMENT, CAR TOUT GOUVERNEMENT “FAIT EFFORT, dit-il, POUR USURPER LE POUVOIR DU PEUPLE”, et le peuple doit réagir vite pour pré­ser­ver ses prérogatives.

Cela sup­pose des condi­tions socio­lo­giques et démo­gra­phiques : les cam­pagnes doivent être peu­plées uni­for­mé­ment, de façon que les gens soient en contact et puissent se ras­sem­bler au besoin.

OR, LE SYSTÈME DE FINANCES AMASSE LES GENS DANS LES VILLES, ET LES CAMPAGNES SONT DÉSERTES.

Par ailleurs, si les Hommes se sou­cient avant tout de ques­tions d’argent, ils seront peu enclins à se sou­cier des ques­tions du Roi et de la démo­cra­tie, et ils paie­ront, s’il le faut, des mer­ce­naires pour garan­tir leurs fron­tières, des mer­ce­naires qui bien­tôt mena­ce­ront le peuple.

Le sys­tème de finances cor­rompt les mœurs, déser­ti­fie les cam­pagnes, c’est un sys­tème fait sur mesure pour le des­po­tisme, pour un État où le peuple se tait, écra­sé de misère, et où les riches pros­pèrent à l’a­bri des troupes étrangères.

Rous­seau n’a pas inven­té le maté­ria­lisme his­to­rique, il ne dit pas que l’é­co­no­mie est la base sur laquelle s’é­di­fie la poli­tique et l’i­déo­lo­gie, mais il dit que chaque sys­tème éco­no­mique pré­pare la poli­tique qui lui convient, une poli­tique à sa convenance.

J’es­père donc que ce sur­vol des posi­tions de Rous­seau aura convain­cu qu’on ne peut pas cava­liè­re­ment le taxer de myo­pie historique.

Certes Rous­seau n’est pas dia­lec­ti­cien, il ne voit pas dans la misère du monde nais­sant la pro­messe d’un len­de­main radieux ; mais la ques­tion de tran­cher entre l’a­ve­nir pro­met­teur et la misère pré­sente, cette ques­tion n’est pas facile. Faut-il s’oc­cu­per du pré­sent ou espé­rer l’a­ve­nir ? Cette ques­tion n’est facile ni pour Rous­seau, ni pour Tho­mas More, ni pour Marx.

Marx a vou­lu être le fos­soyeur du capi­ta­lisme, Rous­seau a rêvé d’en être l’avorteur »

Yves Var­gas
Source : http://​www​.dai​ly​mo​tion​.com/​v​i​d​e​o​/​x​v​e​k​z​2​_​r​o​u​s​s​e​a​u​-​l​-​u​n​i​v​e​r​s​e​l​-​c​o​n​c​r​e​t​-​e​n​-​a​c​t​e​s​_​n​ews
(minutes 12 à 34).

Ce pré­cieux texte au for­mat PDF : https://​old​.chouard​.org/​E​u​r​o​p​e​/​A​c​t​u​a​l​i​t​e​_​d​e​_​R​o​u​s​s​e​a​u​_​v​s​_​M​a​n​d​e​v​i​l​l​e​_​Y​v​e​s​_​V​a​r​g​a​s​_​2​0​1​2​.​pdf


[Mise à jour (23÷12÷2012, 1h15) :

Danièle, du Qué­bec, nous a retrans­crit la pré­sen­ta­tion de Bar­ba­ra de Negro­ni, elle aus­si très intéressante.

Voi­ci son tra­vail (Mer­ci Danièle ! 🙂 ) :]

ROUSSEAU : L’UNIVERSEL CONCRET, EN ACTE

Pré­sen­ta­tion de Bar­ba­ra De Negroni

Bon­soir, je vou­drais tra­vailler ce soir sur la rela­tion qu’il y a chez Rous­seau entre les notions… le rôle que peut jouer, chez lui, le concept de l’u­ni­ver­sel.

Rous­seau a la répu­ta­tion d’être un phi­lo­sophe d’a­bord uto­pique, qui aurait bros­sé de grandes théo­ries qui seraient inap­pli­cables ; il a la répu­ta­tion aus­si d’être quel­qu’un qui s’est beau­coup inté­res­sé à ce qui était uni­ver­sel. On en fait le fon­da­teur des Droits de l’homme et de tous ces textes uni­ver­sels qui seraient à la base de notre politique.

Et je vou­drais poser la ques­tion : qu’est-ce qui relève de l’u­ni­ver­sa­li­té et qu’est-ce qui n’en relève pas ? Et voir com­ment les textes de Rous­seau pour­raient per­mettre d’in­ter­ro­ger l’Eu­rope, — il me semble qu’ils sont d’une très grande actua­li­té à ce niveau-là — et que Rous­seau offri­rait des ins­tru­ments cri­tiques de l’Eu­rope ; il ne serait sans doute pas très sur­pris de ce qu’elle est actuel­le­ment et il donne des moyens de l’interroger.

Alors, on a, chez Rous­seau, il me semble, une ten­sion entre deux critères :

d’a­bord, l’i­dée qu’il faut tra­vailler sur l’homme en géné­ral, sur un Homme uni­ver­sel et pas sur cet Homme pré-déter­mi­né par une [paix ? ] sociale, par une fonc­tion. Pas par cet Homme qui est consi­dé­ré, au XVIIIe s, comme inégal aux autres, qui a des droits dif­fé­rents des autres. 

Donc, il va fon­der une notion de légi­ti­mi­té qui va sup­po­ser une éga­li­té natu­relle des hommes contre l’i­né­ga­li­té poli­tique qui va refu­ser de consi­dé­rer que, si les hommes, en socié­té, sont inégaux, c’est en rai­son de dif­fé­rences natu­relles qu’il y auraient entre eux ; c’est en rai­son d’i­né­ga­li­tés qui seraient déjà là.

Et pour ça, il veut tra­vailler sur un Homme uni­ver­sel. Par exemple, au début du Dis­cours sur l’i­né­ga­li­té, il écrit :

« Mon sujet inté­res­sant l’homme en géné­ral, je tâche­rai de prendre un lan­gage qui convienne à toutes les nations ; ou plu­tôt, oubliant les temps et les lieux pour ne son­ger qu’aux hommes à qui je parle, je me sup­po­se­rai dans le lycée d’A­thènes, répé­tant les leçons de mes maîtres, ayant les Pla­tons et les Xéno­crates pour juges, et le genre humain pour auditeur. »

Ou bien, au début d’É­mile : « Il suf­fit que par­tout où naî­tront des hommes, on puisse faire ce que je pro­pose. »

Là, un cri­tère qui semble être le genre humain, qui semble fixer une norme poli­tique, et qui va conduire, par la suite, à défi­nir des Déclaration[s] des droits de l’Homme et du Citoyen, pen­sés comme universels.

Or, il me semble qu’il se pose immé­dia­te­ment un pro­blème qui est : est-ce que l’on peut réus­sir à pen­ser un citoyen universel ?

Quand les stoï­ciens parlent de citoyens du monde — ils en parlent de façon très méta­pho­rique — est-ce qu’on peut pen­ser véri­ta­ble­ment à un « citoyen du monde » ? ; est-ce qu’on peut être citoyen du monde ? Est-ce qu’on peut être un citoyen euro­péen, si on applique cela à un plus petit monde, ou bien est-ce qu’il y a là une dif­fi­cul­té et quand on pense au citoyen est-ce que le réfé­ren­tiel doit être le genre humain ?

Et par rap­port à ces textes sur l’u­ni­ver­sa­li­té, il y a d’autres textes de Rous­seau qui vont défi­nir la poli­tique par rap­port à ce que Rous­seau appelle une « volon­té générale ».

Et la volon­té géné­rale jus­te­ment ce n’est PAS une volon­té uni­ver­selle. La volon­té géné­rale, elle, s’op­pose à la fois à deux volontés :

la volon­té géné­rale c’est la volon­té que chaque indi­vi­du a quand il prend en compte l’in­té­rêt géné­ral ; elle s’op­pose tout aus­si bien à sa volon­té par­ti­cu­lière, à celle qu’il peut avoir, en tant qu’in­di­vi­du par rap­port à ses goûts per­son­nels, et qui pour­raient le conduire à faire pas­ser son inté­rêt par­ti­cu­lier avant l’in­té­rêt géné­ral ; et elle s’op­pose aus­si à ce niveau-là, à ce que Rous­seau appelle « une volon­té de fac­tion » , quand je suis lié à un groupe, quand je suis lié aux inté­rêts d’un groupe et que je fais pas­ser les inté­rêts de mon groupe avant l’in­té­rêt général.

Mais elle s’op­pose aus­si à une volon­té uni­ver­selle, elle ne peut pas être réfé­rée à l’u­ni­ver­sa­li­té, et ça conduit Rous­seau à cri­ti­quer le cos­mo­po­li­tisme, dans des textes où il est très très pré­cis sur la ques­tion, disant qu’il se méfie de ces pré­ten­dus cos­mo­po­lites et au début de l’Émile :

« Défiez-vous de ces cos­mo­po­lites qui vont cher­cher au loin dans leurs livres des devoirs qu’ils dédaignent de rem­plir autour d’eux. Tel phi­lo­sophe aime les Tar­tares, pour être dis­pen­sé d’ai­mer ses voi­sins. ..

J’aime beau­coup ce texte et je trouve qu’il est très inté­res­sant, van­ter l’a­mour des Tar­tares pour se dis­pen­ser d’ai­mer ses voi­sins. Voir d’im­menses devoirs à rem­plir à l’autre bout de l’hu­ma­ni­té et négli­ger com­plè­te­ment ceux que l’on pour­rait rem­plir tout près, et peut-être aus­si vivre une sorte de pitié ima­gi­naire au lieu de vivre des actes réels.

Et ça va alors conduire Rous­seau à poser la ques­tion d’une socié­té, d’une véri­table socié­té poli­tique, d’un véri­table État qui va sup­po­ser qu’on se réfère non pas à un cos­mo­po­li­tisme mais à une CULTURE spé­ci­fique.

Ce sont des thèmes qu’il a beau­coup déve­lop­pés dans ses thèses de poli­tiques appli­quées. Quand Rous­seau écrit pour la Corse, il écrit pour les Corses, il n’est pas ques­tion de les trai­ter comme des Génois, il n’est pas non plus ques­tion de leur don­ner des mœurs euro­péennes. Quand Rous­seau écrit pour la Pologne, il écrit pour les Polo­nais et il dénonce toute volon­té des Polo­nais de deve­nir Européens.

Au début des Consi­dé­ra­tions sur le Gou­ver­ne­ment de Pologne, il écrit :

« Il n’y a plus aujourd’­hui de Fran­çais, d’Al­le­mands, d’Es­pa­gnols, d’An­glais, quoi qu’on dise ; il n’y a que des Euro­péens. Tous ont les mêmes goûts, les mêmes pas­sions, les mêmes mœurs, parce qu’au­cun n’a reçu de forme natio­nale par une ins­ti­tu­tion par­ti­cu­lière. Tous, dans les mêmes cir­cons­tances, feront les mêmes choses ; tous se diront dés­in­té­res­sés et seront fri­pons ; tous par­le­ront du bien public et ne pen­se­ront qu’à eux-mêmes ; tous van­te­ront la médio­cri­té et vou­dront être des Cré­sus ; ils n’ont d’am­bi­tion que pour le luxe, ils n’ont de pas­sion que celle de l’or. Sûrs d’a­voir avec lui tout ce qui les tente, tous se ven­dront au pre­mier qui vou­dra les payer.

Que leur importe à quel maître ils obéissent, de quel État ils suivent les lois ? pour­vu qu’ils trouvent de l’argent à voler et des femmes à cor­rompre, ils sont par­tout dans leur pays. ».

[Consi­dé­ra­tions sur le gou­ver­ne­ment de Pologne et sur sa réfor­ma­tion projetée].

Je trouve que c’est un texte, là aus­si, extra­or­di­nai­re­ment moderne. Je ne peux pas m’empêcher, en lisant la phrase : pour­vu qu’ils trouvent de l’argent à voler et des femmes à cor­rompre, ils sont par­tout dans leur pays. – à pen­ser à cer­taines scènes de cet extra­or­di­naire docu­men­taire sur la crise de 2008 qui s’ap­pelle Inside Job et où on ne voit qu’une chose : de l’argent à voler et des femmes à cor­rompre ; des crashs finan­ciers qui se pro­duisent à coup de spé­cu­la­tions et… je ne sais même pas si l’on peut par­ler de « bor­dels de luxe » parce que le mot « bor­del » ne convient plus à ce niveau-là. Mais enfin bon… une ins­ti­tu­tion pour trou­ver des femmes à cor­rompre par­ti­cu­liè­re­ment effi­cace. À la sor­tie du film, on a le sen­ti­ment que DSK était vrai­ment blanc comme un agneau, enfin bon, à côté du reste, c’é­tait qua­si­ment dérisoire.

Et ça condui­rait à l’i­dée qu’il est abso­lu­ment néces­saire de reve­nir à une ins­ti­tu­tion spécifique.

Or, ce qui m’in­té­resse c’est de voir ce qui se passe quand on devient Euro­péen pour Rous­seau. En chan­geant de cri­tères on finit par perdre tous cri­tères natio­naux, on finit par ne plus vivre comme un indi­vi­du. Comme s’il y avait une ten­sion entre un indi­vi­du qui satis­fait son inté­rêt et qui est inca­pable de pen­ser à un uni­ver­sel abstrait.

Rai­son pour laquelle Rous­seau consi­dère que le chris­tia­nisme est com­plè­te­ment uto­pique, que c’est une morale magni­fique mais qu’elle est faite pour les hommes sans pas­sion ; que du moment où les hommes ont des pas­sions, il n’est pas appli­cable et qu’un peuple de chré­tiens serait un peuple qui serait exter­mi­né très rapi­de­ment parce que, de toute façon, si on tend la joue gauche à chaque fois que l’on vous a frap­pé la joue droite, on a peu de chance de sur­vivre dans un monde où les autres en pro­fitent. Cela sup­po­se­rait que tout le monde pra­tique la même morale, ce n’est pas le cas et que, par-là même quand on veut vivre par rap­port à ce cri­tère d’u­ni­ver­sa­li­té, en réa­li­té qu’est-ce qui se passe ?

On revient à une forme d’in­di­vi­dua­lisme ; on ne cherche plus que son inté­rêt per­son­nel ; où les valeurs poli­tiques n’existent plus.

Alors, que l’Eu­rope soit sym­bo­li­sée avant tout seule­ment par une banque ne me paraît pas tout à fait indif­fé­rent à ce texte.

Et ça va donc conduire à un para­doxe, c’est que pour qu’il y ait un bien public, il faut des forces par­ti­cu­lières et ça va conduire Rous­seau à tra­vailler sur le rôle de LA FÊTE, sur le rôle des MONUMENTS et à ce texte éton­nant à pro­pos de la Pologne où il donne aux Polo­nais le modèle du peuple juif :

Rous­seau écrit en 1772, juste avant le pre­mier par­tage de la Pologne — la Pologne va com­plè­te­ment dis­pa­raître de la carte de l’Eu­rope au XVIIIe s. ; elle réap­pa­raît en 1919, trois par­tages suc­ces­sifs : la Prusse, l’Au­triche et la Rus­sie se cou­pant les mor­ceaux — , et Rous­seau écrit aux Polo­nais, en leur par­lant de ce modèle de Moïse ; en mon­trant que Moïse osa faire un peuple libre, en don­nant aux Polo­nais DES MŒURS TRÈS SPÉCIFIQUES et qu’il a fait cette chose éton­nante qui fait qu’un peuple ait pu sur­vivre au fait de ne plus avoir d’É­tat ; qu’ils ont encore eu une patrie alors qu’ils n’a­vaient plus de terre.

Une façon de dire aux Polo­nais aus­si que même s’ils n’ont plus de terre ils ont peut-être inté­rêt à gar­der un amour de la patrie et que c’est peut-être comme ça que leur pays pour­ra renaître un jour.

Donc, il me semble que cette ten­sion est très impor­tante et que lors­qu’on veut voir de Rous­seau uni­que­ment le théo­ri­cien de l’u­ni­ver­sel, on en fait un auteur qui est par­fai­te­ment inap­pli­cable : on confond ce qui relève de PRINCIPES de droits poli­tiques qui eux, évi­dem­ment sont uni­ver­sels, à une poli­tique APPLIQUÉE qui elle est tou­jours spé­ci­fique, tou­jours par­ti­cu­lière et qui n’est pas trans­po­sable d’un pays à un autre.

Et il n’est pas éton­nant qu’un des très grands lec­teurs de Rous­seau au XXe s., soit Claude Lévi-Strauss, qui voit en Rous­seau le fon­da­teur des sciences de l’Homme ; qui voit en lui le fon­da­teur du concept de culture et qui s’y réfère régu­liè­re­ment tant il lui doit une dette immense.

C’est grâce à lui qu’il a pu éla­bo­rer cer­tains concepts parce que pré­ci­sé­ment, c’est seule­ment à tra­vers des notions comme celle de culture que l’on peut réus­sir à pen­ser véri­ta­ble­ment un peuple, et qu’il doit donc y avoir tou­jours une ten­sion entre ce qui doit tou­jours rele­ver d’une légi­ti­mi­té qui, elle, est uni­ver­selle, et ce qui relève d’une léga­li­té qui, par défi­ni­tion, est uni­ver­selle dans un État mais qui n’est pas universalisable.

Voi­là.

Bar­ba­ra de Negroni

Source : http://​www​.dai​ly​mo​tion​.com/​v​i​d​e​o​/​x​v​e​k​z​2​_​r​o​u​s​s​e​a​u​-​l​-​u​n​i​v​e​r​s​e​l​-​c​o​n​c​r​e​t​-​e​n​-​a​c​t​e​s​_​n​ews
(minutes 0 à 12).

Pour m'aider et m'encourager à continuer, il est désormais possible de faire un don.
Un grand merci aux donatrices et donateurs : par ce geste, vous permettez à de beaux projets de voir le jour, pour notre cause commune.
Étienne

Catégorie(s) de l'article :

50 Commentaires

  1. Jean-Pascal

    Over taxer le luxe, déjà selon Rousseau…

    (Ca va ? quel­qu’un retranscrit ?)

    Réponse
  2. Stephane

    Sup­pri­mer le Luxe et sur­tout inter­dire la créa­tion des biens autres que la pro­prié­té d’u­sage cher à Ber­nard Friot

    Réponse
  3. J.C

    « chaque sys­tème éco­no­mique pré­pare la poli­tique qui lui convient »

    au moins un point sur lequel je suis d’accord

    Bien ami­ca­le­ment

    J.C

    Réponse
  4. Fares

    C’est magni­fique.

    Mer­ci Etienne.

    Réponse
  5. J.C

    Je retien­drais de l’in­ter­ven­tion d’Yves Var­gas dans le second lien ce qui suit :

    « L’argent est incom­pa­tible avec l’é­ga­li­té des for­tunes. En effet, si l’argent est répar­ti éga­le­ment entre tous, alors il ne sert à rien. Les prix aug­mente et per­sonne n’est plus riche qu’auparavant.

    L’argent ne peut exis­ter qu’en ren­for­çant les inéga­li­tés sinon il est inutile, je cite « l’argent est un signe rela­tif qui n’a un effet véri­table que par les inéga­li­tés de dis­tri­bu­tion. La pau­vre­té ne s’est fait sen­tir en Suisse que quand l’argent à com­men­cé d’y pénétrer. »

    « L’en­ri­chis­se­ment moné­taire n’a d’é­gard pour Rous­seau qu’a l’in­té­rêt particulier.
     » et si tout se vend et tout s’a­chète, la patrie n’est plus rien »

    « là où parle l’argent, le peuple fini par se taire »

    Bien ami­ca­le­ment

    J.C

    Réponse
  6. bat

    Bon, inté­res­sant , j’ai pas l’im­pres­sion que quel­qu’un retrans­crive, J’m’y colle.

    Réponse
  7. bat

    Etienne, je t’ai envoyé ma ver­sion de la retrans­crip­tion sur ta boite mail​.Il fau­dra sur­ement a revoir. Bien ami­ca­le­ment . Bat

    Réponse
  8. Étienne

    Mille mer­cis à Baptiste !!!

    « Je vou­drais réflé­chir sur une cri­tique de gauche adres­sée quel­que­fois à Rous­seau. Je lais­se­rai donc de côté les cri­tiques de droite qui lui sont faites : Rous­seau tota­li­taire, Rous­seau pré­cur­seur de Robespierre/coupeur de tête… Je négli­ge­rai aus­si les reproches affec­tifs : Rous­seau père indigne, Rous­seau miso­gyne, Rous­seau ingrat pour ses amis.

    Je m’en tiens au SEUL reproche sérieux que lui a adres­sé la cri­tique mar­xi­sante, à savoir : Rous­seau n’a pas vu venir le Capi­ta­lisme ; il s’est réfu­gié dans une posi­tion morale et dans un retour au pas­sé nos­tal­gique : une socié­té de pay­sans labo­rieux et paisibles.

    Avant d’entrer dans le vif du sujet, c’est-à-dire dans l’étude des théo­ries, je note que ces reproches sont assez sur­pre­nants. À sup­po­ser que Rous­seau ait été inca­pable de voir par lui-même la nais­sance de la socié­té nou­velle, qu’on nom­me­ra bien­tôt Capi­ta­lisme, il était néan­moins assez bon lec­teur et il ne man­quait pas d’auteurs à son époque pour décrire et annon­cer cette socié­té, comme le montre ce que l’on appelle la “Que­relle du luxe” dont je dirai un mot. S’il n’a pas vu, au moins il a lu.

    Par ailleurs, on lui reproche un retour vers un pas­sé nos­tal­gique de petits pay­sans auto-suf­fi­sants et libres, vivant dans l’abondance sur des terres fami­liales ; mais on voit mal en quoi cela est nos­tal­gique, car le pas­sé féo­dal de l’Europe ne pré­sente pas un tel tableau : les pay­sans étaient asser­vis à des pro­prié­taires sei­gneu­riaux, puis à des bour­geois ; et par ailleurs, dès le XIIème siècle, se déve­loppe un com­merce inter­na­tio­nal assez pros­père qui anime les grandes villes et des mar­chés. L’Europe réelle du pas­sé est bien loin de repré­sen­ter un tableau de patrie pay­sanne libre et autarcique. 

    La pen­sée poli­tique, éco­no­mique et sociale de Rous­seau ne tourne pas le dos à la réa­li­té du XVIIIème, mais elle cherche à la com­battre, à l’affronter ; c’est d’ailleurs parce que Rous­seau a vou­lu com­battre le capi­ta­lisme à sa nais­sance qu’il reste pré­sent, comme on l’a mon­tré tout à l’heure déjà, dans notre pen­sée poli­tique au XXIème siècle. Ce com­bat phi­lo­so­phique prend chez Rous­seau la forme d’un duel, au coup pour coup, concept pour concept : un duel avec Ber­nard de Man­de­ville, le pre­mier grand phi­lo­sophe de l’économie capi­ta­liste (le deuxième s’appelle Karl Marx). 

    Man­de­ville a appris à tout le XVIIIème siècle com­ment il faut pen­ser le monde nou­veau, avec quels concepts, quelles valeurs, et aus­si quels abandons.

    Man­de­ville trace le pay­sage théo­rique nou­veau, un pay­sage que vien­dront com­plé­ter, Vol­taire, David Hume, Adam Smith, et qui sera repris plus tard par les libé­raux, Frie­drich Hayek en tête.

    En pre­nant Man­de­ville pour cible, Rous­seau ne s’est pas trom­pé, il a visé à la tête.

    Il me faut donc dire quelques mots sur la théo­rie de Man­de­ville, et mon­trer com­ment la théo­rie de Rous­seau est l’opposition terme à terme de cette théo­rie fon­da­trice de l’esprit capi­ta­liste.

    MANDEVILLE annonce la nais­sance du nou­veau sys­tème éco­no­mique en dépla­çant le centre de l’économie : on passe d’une éco­no­mie pen­sée en termes de BESOINS à une éco­no­mie pen­sée en termes de DÉSIRS.

    Jusqu’alors, la réflexion éco­no­mique d’un pays tour­nait autour des besoins : il fal­lait trou­ver des res­sources pour nour­rir le pays et pour assu­rer la marche de l’État.

    À par­tir de là, on cher­chait com­ment répondre à ces besoins en déve­lop­pant telle ou telle céréale, en sto­ckant les sur­plus d’une année sur l’autre, en fai­sant ren­trer l’or de l’étranger. La vision de l’économie était STATIQUE : il y a ; d’un côté, une quan­ti­té de besoins à satis­faire, et de l’autre, une quan­ti­té de pro­duits à fabri­quer ou à trouver.

    Man­de­ville ren­verse ce tableau et place au centre de l’économie, à la place des besoins, les dési­rs. Il avance que l’économie nou­velle qui enri­chit les nations repose sur ce dont per­sonne n’a besoin, mais que cha­cun désire : ce qu’il nomme LE LUXE.

    Cette nou­velle éco­no­mie du luxe n’est pas une lubie phi­lo­so­phique, elle repose, dit Man­de­ville, sur des carac­tères natu­rels aux Hommes : L’ORGUEIL ET L’ENVIE ; et ces deux pas­sions, ces deux vices, l’orgueil et l’envie, sont le moteur de la richesse du pays :

    - L’orgueil pousse à se dis­tin­guer, à se mon­trer supé­rieur aux autres, et trouve son objet dans l’exhibition des richesses : car­rosses, domes­tiques en livrée, vête­ments de soi­rée rares, mai­sons déco­rées, etc.

    - L’envie pousse à imi­ter ceux qui nous paraissent supé­rieurs et à acqué­rir ce qu’ils possèdent. 

    Ces vices moraux font mar­cher les manu­fac­tures et le com­merce, car les riches, sitôt qu’ils sont imi­tés, lancent de nou­velles modes. Tout cela mul­ti­plie l’activité, fait bais­ser les prix en inon­dant le mar­ché de pro­duits nou­veaux, inutiles mais qui offrent des emplois. 

    EN PASSANT DU BESOIN AU DÉSIR, MANDEVILLE FONDE L’ÉCONOMIE SUR L’IMAGINATION.

    On dirait aujourd’hui qu’il a, le pre­mier, mon­tré que, dans le capi­ta­lisme, L’IDÉOLOGIE est un moteur pro­duc­tif essen­tiel ; de sorte qu’au XXème siècle, les théo­ri­ciens de la socié­té de consom­ma­tion, Gortz, Bau­drillard, seront ses héri­tiers légi­times, et ceux qu’on appelle les experts du « mar­ke­ting » seront ses enfants naturels. 

    Ce décen­tre­ment de l’économie (du besoin sur le désir) s’accompagne de consé­quences sociales : POUR QUE LE MARCHÉ DE L’IMAGINAIRE TOURNE BIEN, IL FAUT QUE LES PAUVRES TRAVAILLENT CONTINUMENT, ET COMME PERSONNE N’AIME TRAVAILLER, IL FAUT QUE LES PAUVRES RESTENT PAUVRES, AFIN D’ÊTRE FORCÉS DE TRAVAILLER POUR MANGER. 

    La SOCIÉTÉ D’OPULENCE est donc une socié­té frac­tu­rée qui implique un socle de misé­rables sur lequel elle est bâtie.

    Cette frac­ture sociale s’accompagne d’une dis­lo­ca­tion théo­rique puisque, si le désir est le concept cen­tral de l’é­co­no­mie de consom­ma­tion, le besoin (man­ger tous les jours) le besoin reste le concept cen­tral de l’é­co­no­mie de pro­duc­tion : LES RICHES CONSOMMENT PAR DÉSIR CE QUE LES PAUVRES FABRIQUENT PAR BESOIN.

    LA NATION PROSPÈRE AVEC UNE TÊTE RÊVEUSE ET UN VENTRE CREUX.

    La “Que­relle du luxe” qui sui­vra la publi­ca­tion des œuvres de Man­de­ville — je vous les rap­pelle : “La fable des abeilles” et « L’essai sur les cha­ri­tés » —, cette que­relle du luxe se foca­li­se­ra sur le carac­tère immo­ral de ces écrits : ses par­ti­sans écar­te­ront les aspects les plus cyniques et conser­ve­ront l’idée des bien­faits d’un luxe qui nour­rit les pauvres. L’anthropologie pes­si­miste de « l’homme natu­rel­le­ment égoïste et orgueilleux » sera refou­lée de la pen­sée éco­no­mique et sera aban­don­née aux phi­lo­sophes mora­listes, ceux qu’on appelle « les Écos­sais des lumières ».

    Rous­seau semble avoir vu, mieux que d’autres, que Man­de­ville est incon­tour­nable, pour la rai­son que CE QU’IL DIT EST VRAI.

    La preuve que Rous­seau a bien vu le monde capi­ta­liste qui gran­dit, c’est qu’il a fait SIENNE la théo­rie de Man­de­ville parce qu’elle était la théo­rie de ce monde-là.

    ROUSSEAU CONSIDÈRE QUE LA THÉORIE DE MANDEVILLE EST JUSTE ; MAIS C’EST LA THÉORIE JUSTE D’UN MONDE INJUSTE, c’est la théo­rie vraie d’une huma­ni­té éga­rée dans l’erreur. Il s’installe donc dans cette théo­rie anthro­po­lo­gique et éco­no­mique pour affron­ter ce monde-là.

    D’ailleurs, sans même abor­der le fond de la théo­rie de Rous­seau, on peut consta­ter que Rous­seau n’a pas mécon­nu le nou­veau monde puisque, dans son Pro­jet pour la Pologne, il écrit en toutes lettres aux Polonais : 

    « Si vous vou­lez être puis­sants, redou­tés, si vous vou­lez qu’on parle de vous, si vous vou­lez avoir votre place par­mi les grands de ce monde, alors, déve­lop­pez le com­merce, le luxe et la mon­naie ; mais ne me lisez pas, car je vous pro­pose autre chose : je vous pro­pose LA LIBERTÉ ».

    Rous­seau n’ignore donc pas que l’avenir des grandes nations se trouve du côté du com­merce et du luxe, c’est-à-dire du côté de Mandeville.

    Il a bien vu que ce sys­tème triom­phant — il le nomme « SYSTÈME DE FINANCE », c’est le nom qu’il lui donne— ce sys­tème triom­phant est le sys­tème de l’avenir, et il le com­bat ; il le com­bat de l’intérieur, par un corps à corps conceptuel.

    En pre­mier lieu, ROUSSEAU RECENTRE L’ÉCONOMIE SUR LE BESOIN : IL NE S’AGIT PAS DE RECHERCHER L’OPULENCE, MAIS D’ÉTABLIR PARTOUT L’ABONDANCE, C’EST-À-DIRE : QUE CHACUN A CE QU’IL LUI FAUT ET QUE PERSONNE NE MANQUE DE RIEN.

    L’économie de la consom­ma­tion dési­rante est donc exclue de l’économie Rous­seauiste. CETTE ÉCONOMIE D’ABONDANCE QUE ROUSSEAU NOMME “LE VRAI SYSTÈME ÉCONOMIQUE”, PAR OPPOSITION AU “SYSTÈME DE FINANCE”, cette éco­no­mie est toute fon­dée sur l’agriculture et sur les pro­duc­tions néces­saires : fabri­ca­tion de mai­sons, de routes, des vête­ments et des outils.

    Ain­si la dis­lo­ca­tion entre la pro­duc­tion et la consom­ma­tion est sup­pri­mée : le pay­san consomme ce qu’il pro­duit ; la consom­ma­tion n’est pas une sphère auto­nome qui marche à la mon­naie : elle est la suite natu­relle du tra­vail ; LE LUXE EST DONC BANNI et ne trouve plus sa place dans le vrai sys­tème éco­no­mique.

    Mais ce ban­nis­se­ment de prin­cipe ne suf­fit pas : ROUSSEAU ENGAGE UN PROGRAMME DE DESTRUCTION DU LUXE, c’est-à-dire un PROGRAMME D’ÉGALISATION DES RICHESSES en vue de géné­ra­li­ser la classe moyenne de pay­san, ce qu’il nomme LA MÉDIOCRITÉ, les couches moyennes.

    Il faut donc, pour Rous­seau, enri­chir les pauvres et appau­vrir les riches.

    Com­ment appau­vrir les riches ? Ce point est une tâche gou­ver­ne­men­tale, de longue haleine, elle requiert un pro­gramme éco­no­mique et un dis­po­si­tif idéo­lo­gique, à par­tir des prin­cipes de Man­de­ville — c’est un aspect assez sub­til, puisque Adam Smith, qui avait bien vu que Rous­seau reprend à son compte les théo­ries de Man­de­ville, Adam Smith n’a pas remar­qué que Rous­seau règle ses comptes avec Man­de­ville. Il faut donc être assez atten­tif à quelques détails pour suivre ce combat. 

    Man­de­ville décrit l’Homme natu­rel­le­ment orgueilleux & envieux. Il dis­tingue L’AMOUR-PROPRE (self-liking) de L’AMOUR DE SOI (self-love). Ce der­nier est un rap­port intime à soi ; l’autre est lié à l’opinion des gens. Ces deux pas­sions sont pour Man­de­ville éga­le­ment naturelles.

    L’amour de soi pousse à l’égoïsme, l’amour propre pousse à la vanité. 

    Rous­seau accepte ces concepts ; il les prend à son compte ; mais il intro­duit dans ce tableau des rec­ti­fi­ca­tions qui font explo­ser la théo­rie de Man­de­ville : il affirme que SEUL L’AMOUR DE SOI EST NATUREL, c’est un ins­tinct de vie qui affecte tout être vivant, et l’Homme s’aime lui-même avant toute chose. 

    QUANT À L’AMOUR-PROPRE, C’EST UNE MODIFICATION DE L’AMOUR DE SOI PAR LA SOCIÉTÉ, C’EST DONC UNE PASSION DÉNATURÉE. 

    C’est ici que les choses se com­pliquent, car Rous­seau dis­tingue deux niveaux de l’amour-propre :

    Lorsque les Hommes cessent d’être natu­rels, lorsqu’ils cessent d’être des ani­maux qui errent dans les forêts, quand ils entrent en rela­tion les uns avec les autres, alors, NATURELLEMENT, cha­cun veut être pré­fé­ré, veut être admi­ré : c’est le plus beau, le plus fort, le plus rapide à la course ; SON MOI DEVIENT RELATIF AUX REGARDS DES AUTRES ; c’est le com­men­ce­ment de l’amour propre.

    Cet amour-propre est, bien sûr, non natu­rel si on le consi­dère par rap­port à l’Homme sau­vage ; mais, si on consi­dère que l’Homme n’est pas fait pour vivre avec les ours, si on consi­dère que l’Homme est fait pour deve­nir social, alors on voit que sa nature le porte vers la socié­té et donc cet amour-propre, ce pre­mier amour-propre, est conforme à sa nature : c’est, en quelque sorte, « une nature de deuxième rang ». Cet amour-propre natu­rel, appe­lons-le comme ça, porte sur des rela­tions entre des Moi, avec leurs qua­li­tés propres, la beau­té, la force, etc.

    Mais, quand la socié­té se déve­loppe et se cor­rompt, l’amour-propre ne porte PLUS sur CE QUE JE SUIS, mais sur CE QUE J’AI, sur ce que je pos­sède, et alors, on sort com­plè­te­ment de la nature car le Moi n’est plus en lui, il est hors de soi.

    C’est le fond de la cri­tique de Rous­seau vis-à-vis de L’IMAGINATION QUI NOUS PORTE LÀ OÙ NOUS NE SOMMES PAS.

    On voit bien que cette cri­tique chez Rous­seau n’est pas morale, comme chez Pas­cal : elle est poli­tique, voire éco­no­mique. L’amour propre orgueilleux que Man­de­ville décrit est certes natu­rel à l’origine, mais quand il porte sur les objets de luxe, il est cor­rom­pu et n’a rien à voir avec la nature.

    Par cette dis­tinc­tion, Rous­seau dis­so­cie ce que Man­de­ville avait asso­cié : il dis­so­cie la pas­sion de son objet ; il récu­père l’amour propre et il rejette le luxe.

    Il mène, CONTRE CET ESPRIT DE LUXE, UN DOUBLE COMBAT : UN COMBAT ÉCONOMIQUE qui appau­vrit les riches en flat­tant leur amour-propre ; ET UN COMBAT IDÉOLOGIQUE qui rem­place l’objet de l’amour-propre : un com­bat pour rem­pla­cer le mau­vais luxe par un bon luxe en quelque sorte.

    MANDEVILLE a dres­sé le tableau véri­dique de l’Homo eco­no­mi­cus des temps nou­veaux : c’est un riche qui dépense par orgueil et qui fait tour­ner les affaires. ROUSSEAU va com­battre le sys­tème : il vise d’une part l’economicus en pre­nant des mesures éco­no­miques, et vise d’autre part l’ Homo en pre­nant des mesures psy­cho­lo­giques, anthro­po­lo­giques.

    Rous­seau pro­pose donc de taxer les pro­duits de luxe les plus osten­sibles, ceux qu’on ne peut pas cacher au fisc pour la bonne rai­son qu’ils sont faits pour être mon­trés, et ceux dont l’augmentation du prix du fait des taxes ne sera pas un obs­tacle puisqu’ils ne sont dési­rables que pour la rai­son qu’ils sont chers et que d’autres ne peuvent les payer. 

    Rous­seau n’oublie pas que le sys­tème des finances est fon­dé sur le désir, et non sur le besoin, au point que le désir devient pour lui un second besoin.

    Je cite Rous­seau : “Ils aime­raient mieux mou­rir de faim que de honte”.

    C’est ain­si que Rous­seau résume iro­ni­que­ment la phi­lo­so­phie éco­no­mique de Man­de­ville : par le moyen des taxes, pro­gres­si­ve­ment, les riches s’appauvrissent, et à terme, ils ren­tre­ront dans le rang de la classe moyenne. Tan­dis que les impôts per­met­tront de valo­ri­ser les cam­pagnes au pro­fit de pay­sans. Le désir du luxe ali­mente les besoins des tra­vailleurs par l’intermédiaire de l’État, et le sys­tème de finances dépé­rit len­te­ment, vic­time de cette hémor­ra­gie interne. 

    Voi­là pour l’economicus des temps nouveaux.

    Pas­sons à l’Homo capi­ta­liste : concer­nant la nature humaine, on a vu que, si l’amour propre est natu­rel en socié­té, la richesse n’est pas son objet natu­rel. Il est impos­sible de chan­ger la nature, mais on peut réorien­ter sa pente : ROUSSEAU PROPOSE L’ÉTABLISSEMENT D’UN BON LUXE, C’EST-À-DIRE DES DISTINCTIONS, DES HONNEURS, QUI CÉLÈBRENT LES PAYSANS INGÉNIEUX ET LES PATRIOTES COURAGEUX, DE SORTE QU’IL Y AURA DE LA VANITÉ À ÊTRE SIMPLE.

    Ce qui parais­sait être le moteur natu­rel du capi­ta­lisme, devient le moteur de la démo­cra­tie pay­sanne, et le luxe prend des allures d’un appa­reil idéo­lo­gique sous le contrôle de l’État.

    On voit clai­re­ment que les réformes pré­co­ni­sées par Rous­seau ne s’adressent pas du tout à un Homme natu­rel bon et inno­cent, mais bien à l’Homme cor­rom­pu par le sys­tème de finances dont il uti­lise les res­sorts pour blo­quer la machine. 

    LOIN DE SE TOURNER VERS UN PASSÉ NOSTALGIQUE ET IRRÉEL, ROUSSEAU A CHERCHÉ À ÉTABLIR UNE SOCIÉTÉ ANTI-FINANCIÈRE : il a vou­lu pen­ser « l’avortement du capi­ta­lisme ».

    Un der­nier point pour bou­cler le cercle, sur la poli­tique : au XVIIIème siècle, le rap­port entre la poli­tique et l’économie n’est pas une ques­tion cen­trale ; on consi­dère même qu’une réforme éco­no­mique peut s’accomplir sous n’importe quelle forme de pou­voir. Et dans le meilleur des cas, on cherche à éclai­rer le monarque afin qu’il favo­rise tel ou tel programme. 

    Rous­seau, au contraire du cou­rant domi­nant, assure qu’un sys­tème éco­no­mique engendre le pou­voir poli­tique dont il a besoin — « engendre » est un peu fort, disons qu’il le favo­rise — ; AINSI, LE SYSTÈME DE FINANCES EST LA VOIE QUI MÈNE AU DESPOTISME, C’EST UN SYSTÈME ÉCONOMIQUE QUI DÉTRUIT LA DÉMOCRATIE. 

    250 ans avant le dic­tat de Bruxelles qui a muse­lé le peuple grec, ROUSSEAU AVAIT AFFIRMÉ QUE LA LOGIQUE DE LA FINANCE EST INCOMPATIBLE AVEC LA SOUVERAINETÉ DES PEUPLES. 

    Pour com­prendre son argu­ment, on ne doit pas oublier que, POUR ROUSSEAU, LA DÉMOCRATIE EST UN COMBAT PERMANENT DU PEUPLE CONTRE SON GOUVERNEMENT, CAR TOUT GOUVERNEMENT “FAIT EFFORT, dit-il, POUR USURPER LE POUVOIR DU PEUPLE”, et le peuple doit réagir vite pour pré­ser­ver ses prérogatives. 

    Cela sup­pose des condi­tions socio­lo­giques et démo­gra­phiques : les cam­pagnes doivent être peu­plées uni­for­mé­ment, de façon que les gens soient en contact et puissent se ras­sem­bler au besoin. 

    OR, LE SYSTÈME DE FINANCES AMASSE LES GENS DANS LES VILLES, ET LES CAMPAGNES SONT DÉSERTES.

    Par ailleurs, si les Hommes se sou­cient avant tout de ques­tions d’argent, ils seront peu enclins à se sou­cier des ques­tions du Roi et de la démo­cra­tie, et ils paie­ront, s’il le faut, des mer­ce­naires pour garan­tir leurs fron­tières, des mer­ce­naires qui bien­tôt mena­ce­ront le peuple.

    Le sys­tème de finances cor­rompt les mœurs, déser­ti­fie les cam­pagnes, c’est un sys­tème fait sur mesure pour le des­po­tisme, pour un État où le peuple se tait, écra­sé de misère, et où les riches pros­pèrent à l’abri des troupes étran­gères.

    Rous­seau n’a pas inven­té le maté­ria­lisme his­to­rique, il ne dit pas que l’économie est la base sur laquelle s’édifie la poli­tique et l’idéologie, mais il dit que chaque sys­tème éco­no­mique pré­pare la poli­tique qui lui convient, une poli­tique à sa convenance.

    J’espère donc que ce sur­vol des posi­tions de Rous­seau aura convain­cu qu’on ne peut pas cava­liè­re­ment le taxer de myo­pie historique. 

    Certes Rous­seau n’est pas dia­lec­ti­cien, il ne voit pas dans la misère du monde nais­sant la pro­messe d’un len­de­main radieux ; mais la ques­tion de tran­cher entre l’avenir pro­met­teur et la misère pré­sente, cette ques­tion n’est pas facile. Faut-il s’occuper du pré­sent ou espé­rer l’avenir ? Cette ques­tion n’est facile ni pour Rous­seau, ni pour Tho­mas More, ni pour Marx. 

    Marx a vou­lu être le fos­soyeur du capi­ta­lisme, Rous­seau a rêvé d’en être l’avorteur »

    Yves Var­gas
    http://​www​.dai​ly​mo​tion​.com/​v​i​d​e​o​/​x​v​e​k​z​2​_​r​o​u​s​s​e​a​u​-​l​-​u​n​i​v​e​r​s​e​l​-​c​o​n​c​r​e​t​-​e​n​-​a​c​t​e​s​_​n​ews
    (minutes 12 à 34).

    Réponse
  9. YVAN BACHAUD

    ÉTIENNE,

    Il faut lâcher tes cas­se­roles et tamis de cher­cheur de pépites. Lâche le 18ème siècle et le ‑500 en Grèce… 
    et concentre toi sur TON pro­jet de Consti­tuante fran­çaise tirée au sort… PUIS sur sa promotion…

    Et sur le Réfé­ren­dum d’i­ni­tia­tive citoyenne qui te per­met­trait pro­ba­ble­ment de l’obtenir.

    CONCENTRATION, CONCENTRATION !!! Tu es un vaga­bond de la pensée.

    Ami­tiés
    Yvan

    Réponse
  10. Florence

    Il me semble, Yvan, qu’E­tienne veut, si jamais il veut, et si je puis for­mu­ler un zeste du por­trait que je me fais de lui, des indi­vi­dus, mieux encore des per­sonnes, qui prennent le relais. Je crois qu’il ne se voit pas en « pres­crip­teur », en por­teur de ban­nière, en guide même, peut-être en éveilleur. Ses doutes sont suf­fi­sam­ment beaux et illus­tra­tifs de son huma­ni­té (lors­qu’ils ne cassent pas la baraque, par­fois !, et de fond en comble, svp, mais c’est mon humble avis).

    N’est-ce pas au prin­cipe de l’i­dée démo­cra­tique ? L’ap­pro­pria­tion de la chose com­mune (avec sans doute la plé­ni­tude propre de cha­cun) ?

    À nous de voir, donc, selon moi. Ce qui n’est pas la moindre des dif­fi­cul­tés, si l’on ne se sent pas pres­crip­teur non plus !

    Voyez, par­fois, quand je me rends à une réunion publique, un salon plus ou moins mili­tant, je glisse des infor­ma­tions, des idées assises sur son défri­chage. Je me demande même si je ne devrais pas y aller de mon « stand Chouard », ou encore « démo­cra­tie, on te pré­pare si tu veux, ici ». Je patauge en ce moment sur ce que je peux réa­li­ser, en cohé­rence, et à ma place… Je remets même en ques­tion mon enga­ge­ment professionnel !

    Com­ment che­minent en cha­cun de nous toutes les pen­sées et les êtres qu’ils pro­posent, les débats qui s’en­suivent en direct ?

    Je découvre Cas­to­ria­dis grâce à lui. Si l’homme est mort, sa pen­sée me paraît bien plus appro­priée à notre temps que des études stric­te­ment contem­po­raines… Curieu­se­ment d’ailleurs, je constate que la période 68arde me donne beaucoup.

    Bien des forces se réveillent, du cou­rage, des convic­tions au contact d’Étienne. C’est énorme. Et il ouvre quelques pistes et solu­tions, en plus de pro­po­ser une cer­taine luci­di­té sur notre temps. De quoi don­ner le pre­mier coup de pioche, un conte­nu, après le réveil !

    Au risque d’in­car­ner la bêtise et l’in­con­ve­nance (mais je l’ac­cepte !, et j’es­père que vous accep­te­rez mes dires), j’ai essayé de vous suivre, Yvan. C’est trop construit pour moi, un auto-blo­cage surgit.

    Je ne conçois pas une démo­cra­tie qui m’ex­clut ou qui veut me faire deve­nir autre, d’emblée (même visée pour autrui, si cela est jamais possible).

    Réponse
  11. cb
  12. Maurice

    à trop vou­loir fon­cer sans bous­sole, tamis et cas­se­role, on finit le nez dans le brouillard, enfu­mé à vie.

    Réponse
  13. Ana Sailland

    @Yvan

    S’il n’y avait pas quelques vaga­bonds de la pen­sée, elle serait figée.


    S’il n’y avait pas en contre­par­tie des concen­tra­teurs d’éner­gie, capables de se foca­li­ser sur un point, la pen­sée vaga­bonde serait inutile et l’u­to­pie (i.e. le prag­ma­tisme de demain) serait irréaliste.

    Et le fin du fin, c’est quand les deux qua­li­tés se trouvent pré­sentes dans le même être.

    Mieux encore quand elles se trouvent incar­nées chez quelques indi­vi­dus sans ambi­tion per­son­nelle, des impul­seurs, des pol­li­ni­sa­teurs de conscience.
    Si la force est pérenne, la modes­tie de la force implique la force de la modestie.

    Et c’est bien de cela que manque la démo­cra­tie avant que d’être : elle manque de « lea­ders modestes » qui montrent la direc­tion sans l’im­po­ser, lais­sant au grand nombre la liber­té de la suivre, ou pas. Ce qui ne veut pas dire que l’ef­fort pour convaincre doit être mou.

    Simple ques­tion : serait-il démo­crate, celui qui impo­se­rait la démo­cra­tie, et en par­ti­cu­lier ses solu­tions ? Et serait-il démo­crate, celui qui pro­po­se­rait une consti­tuante tirée au sort dont la mis­sion serait de choi­sir celles des solu­tions que lui préfère ?

    Et le RIC est une très bonne solu­tion, mais il y en a d’autres. Notons qu’il est géné­ti­que­ment oppo­sé au concept de vrai consen­sus… Il s’ins­crit encore dans une phi­lo­so­phie de la contrainte. … Bien que je le défende.

    L’i­déal est à mon sens de faire croître la conscience du grand nombre, afin d’a­voir la cer­ti­tude de la voir triom­pher, mais à l’a­bri de toute per­ver­sion ; et pour cela de pro­mou­voir, par l’é­du­ca­tion entre autres, cette cer­ti­tude, indi­vi­duelle et col­lec­tive, que la cohé­sion d’un peuple et la nais­sance d’une réelle volon­té géné­rale ne sont pos­sibles que pro­pul­sées par la modes­tie de la force et par la force de la modestie.

    Même si je les appelle de mes vœux, faute de grive on mange des merles, et je pense en par­ti­cu­lier au RIC (autour de 2002 et 2008, je me suis pas mal bat­tue pour lui), en se bat­tant l’œil rivé sur des solu­tions, on renonce ipso fac­to à un autre type de socié­té dont les conver­gences et syner­gies seraient non pas le fruit de votes et refe­ren­dums mais la résul­tante d’un réseau dense de noyaux déli­bé­ra­tifs ou phi­lo­so­phiques, inter­con­nec­tés et bouillon­nants. C’est mon fantasme 😉
    Et nous avons ici un embryon de cela.

    Alors, l’exa­men de Rous­seau et Vol­taire peut paraître ici un peu lon­guet, et on peut croire qu’il l’est trop, mais en en ayant extrait la sub­stan­ti­fique moelle, nous pou­vons en public réamor­cer l’in­di­gna­tion citoyenne qui, du constat que le for­fait « « répu­bli­cain » » date de plus de deux siècles, peut conduire à l’exi­gence du RIC ici maintenant;)

    Réponse
  14. Ana Sailland

    La volon­té géné­rale ne peut être le résul­tat d’un vote, c’est mathématique.

    Réponse
  15. Luis

    Cor­rec­tions !
    le réflexe éco­no­mique= à cor­ri­ger (il dit autre chose)

    bau­drillard au lieu de Baudriard

    conti­nu­ment au lieu de continuellement

    fabriquent par besoin

    déri­vante = désirante

    le vrai sys­tème économique

    pro­gramme de des­truc­tion du luxe, c’est-à-dire de…

    puisque Adam smith avait bien vu

    natu­rel­le­ment orgueilleux

    l’a­mour propre orgueilleux que Mandeville

    à terme ils ren­tre­ront dans le rang

    les impôts permettront

    natu­rel en soi = société

    les patriotes courageux

    la voie qui mène au despotisme

    où le peuple se tait, écra­sé de misères

    Certes Rous­seau n’est pas DIALECTICIEN,

    Réponse
  16. Di Girolamo

    « La Voie du réfé­ren­dum » (article 3)… Les mots ont un sens : quand on s’en­gage dans une voie, c’est un pro­ces­sus c’est une démarche, c’est un questionnement. 
    Toutes les ques­tions impor­tantes sont bien trop com­plexes bien trop mul­ti faces, et leurs réponses bien trop incon­nues non encore explo­rées pour pen­ser que le réfé­ren­dum résolve quoi que ce soit.

    Je pré­fère donc de beau­coup l’ex­pres­sion voie du réfé­ren­dum que référendum .

    Réponse
  17. Ana Sailland

    Dans l’in­sup­por­table, il faut peut être accep­ter l’in­suf­fi­sant, et même se battre pour lui, s’il est la pre­mière marche d’un long esca­lier dont on entre­voit que peu le sommet.

    Réponse
  18. cb

    En fait, je peux com­prendre un peu Yvan sans vou­loir le défendre, car de défense, point n’est besoin, puis­qu’il n’y a pas eu attaque.

    C’est vrai que moi, ça me gonfle sérieux tous ces textes qui défilent comme des pres­crip­tions médi­cales, les ‘il faut » ou il fau­drait lire, ci ou ça, j’aime pas trop, et même que par­fois ça m’é­nerve, même si moi aus­si je ne suis pas la der­nière à pro­po­ser l’é­coute d’une confé­rence ci ou ça qui m’a bien séduite,je ne suis pas à un para­doxe près, mais n’empêche, y’a le n’empêche qui reste au tra­vers de la gorge.

    C’est qu’on aime­rait bien que ça change sur le ter­rain du quo­ti­dien, et que de lire ça prend du temps, mais que de réagir sans prendre la dis­tance du « abs­tiens-toi et sup­porte tant qu’il y a des « parce que », ça fait bien mal aus­si, para­doxe, un de plus.

    Mal, car alors on répète, on répète tou­jours les mêmes gammes, comme s’il s’a­gis­sait de rejouer quelque chose dans un entê­te­ment qui cherche à com­prendre sans sor­tir des espaces bles­sés qui déter­minent nos réac­tions justement.

    Et pour­tant, et pour­tant, de struc­tures et de textes prin­ci­piels comme nous avons besoin, c’est vrai Etienne, mais de souffle vif et neuf comme nous avons besoin aus­si, c’est vrai Yvan.

    Tous les deux, sans doute avez-vous raison.

    Le point exté­rieur qui décoiffe cette appa­rente contra­dic­tion qui n’est que de sur­face, c’est le ici et main­te­nant qui pleure de se voir tou­jours englué dans le même piège qui tue, mais j’ai bon espoir qu’on lui fasse revê­tir un autre costume !

    Réponse
  19. Étienne

    Mer­ci, cher Luis 🙂

    J’ai pro­cé­dé aux cor­rec­tions que tu as signalées. 
    Et, comme tu m’as mis la puce à l’o­reille, j’ai tout réécou­té soi­gneu­se­ment => et j’ai trouvé/corrigé encore une myriade de petites coquilles ! 🙂 

    Cette fois, ce texte impor­tant est cor­rec­te­ment relu, je crois.

    Bien ami­ca­le­ment.

    Étienne.

    Réponse
  20. Jean-Yves

    Est-ce que quel­qu’un a réus­si à enre­gis­trer la vidéo ? Je n’y arrive pas.

    Réponse
  21. Étienne

    Mer­ci Gaudefroy 🙂

    Plus je relis ce texte, plus je le trouve remar­quable : puis­sant, déci­sif, éclairant. 

    Le DUEL mani­chéen VOLTAIRE (icône cor­recte des 1% méchants utilitaristes/« libé­raux »/esclavagistes/voleurs/menteurs/malhonnêtes/cyniques/cupides) vs ROUSSEAU (icône cor­recte des 99% pauvres et le plus sou­vent gen­tils tra­vailleurs for­cés) me semble bien SYMBOLISER/RENDRE SENSIBLES nos prin­ci­paux pro­blèmes actuels, leur SOURCE même, la mala­die que sont les RICHES et le LUXE pour nos socié­tés humaines : les socié­tés humaines souffrent (comme cause) du type de MONNAIE (acca­pa­rable) qui s’im­pose à elles, et sur­tout (comme consé­quence) des RICHES de chaque époque, ceux qui ont com­pris les pre­miers com­ment on peut acca­pa­rer cette mon­naie acca­pa­rable (et tous les pou­voirs qui sont à vendre).

    Les pauvres (les 99%, les gens nor­maux) ne sont même pas capables de défendre la mémoire des phi­lo­sophes des pauvres. Il y en a peu, pour­tant. Ils acceptent même d’ho­no­rer les phi­lo­sophes des riches, l’emblème san­glante et impé­ni­tente de leurs pires enne­mis : Vol­taire ! Où l’on voit la puis­sance du men­songe et son impor­tance stra­té­gique pour les riches. Il faut des­cendre Vol­taire de son pié­des­tal usur­pé et y mettre Rousseau.

    Il me semble que le choix de socié­té qui s’est opé­ré à l’in­su des peuples (et contre eux) il y a 200 ans, reste LE CHOIX DE SOCIÉTÉ encore à faire aujourd’hui. 

    Encore faut-il être capables d’au moins le VOULOIR… et donc d’a­bord d’en per­ce­voir l’exis­tence et l’importance.

    Pour cela, rien de tel que la mise en scène cor­recte (entre nous puis­qu’il ne faut évi­dem­ment pas comp­ter sur les riches et leurs pré­ten­dus « médias » pour le faire cor­rec­te­ment) de cette for­mi­dable LUTTE HISTORIQUE au cours de laquelle les (très mar­chandes, très riches et pré­ten­dues) >« LUMIÈRES » ont lit­té­ra­le­ment mar­ty­ri­sé et per­sé­cu­té les héros popu­laires qui osaient (déjà) leur résis­ter, comme Rous­seau et Robespierre.

    Il faut que j’ar­rive à synthétiser/ordonner tout ce que je reproche à Voltaire/Thiers/Pétain, tout ce que leurs vices éclairent aujourd’­hui ; et tout ce que je trouve d’é­pa­tant chez Rousseau/Robespierre, tout ce qui peut nous ser­vir aujourd’­hui. Il y a trop de choses à dire, trop de dizaines de pages grif­fon­nées. Syn­thèse dif­fi­cile. Je cherche un plan. C’est un chan­tier important.

    Ami­ca­le­ment.

    Étienne.

    Réponse
  22. J-Stéphane

    Bon­soir,

    Pour appau­vrir les riches et enri­chir les pauvres ; il est effec­ti­ve­ment évident qu’il faille taxer plus le luxe que le pétrole, l’alcool et les ciga­rettes, qu’il faille taxer le tra­vail des machines, et pas seule­ment le tra­vail des pro­lé­taires, qu’il faille énor­mé­ment taxer le monde de la publi­ci­té qui détourne plus de « 500 mil­liards » (chiffre à véri­fier) de l’économie pro­duc­tive des tra­vailleurs, argent non réin­jec­té dans ces mar­chés par les pro­fi­teurs, qui sont très peu clients des marques qui les enri­chissent, et dont l’hémorragie finan­cière est conti­nuel­le­ment com­pen­sée par les travailleurs/consommateurs pro­lé­taires qui sont de plus en plus contraints d’avoir recours à des cré­dits et de ce fait, payent plus que les riches pour les mêmes pro­duits et mêmes services…

    Mais aus­si, plus les riches seront riches et plus l’art et l’immobilier seront inac­ces­sibles, et plus les riches vou­dront être encore plus riche…

    Ce qui mène à une autre réflexion, un autre chan­tier colos­sal et démo­cra­tique pour lut­ter contre l’enrichissement pri­vé grâce à l’appauvrissement des masses. Ce serait de légi­fé­rer sérieu­se­ment sur le prin­cipe de l’offre et de la demande pour qu’en pas­sant par le juste prix (coût et marge rai­son­nables) on s’oriente vers des besoins essen­tiels démocratisés…

    J‑Stéphane

    http://​jste​phane​.word​press​.com/​2​0​1​2​/​1​0​/​3​0​/​r​e​v​e​n​u​-​d​e​-​b​a​s​e​-​i​n​c​o​n​d​i​t​i​o​n​n​el/

    http://​jste​phane​.word​press​.com/​2​0​1​2​/​0​4​/​1​6​/​t​v​a​-​9​9​-​s​u​r​-​l​a​-​p​u​b​l​i​c​i​te/

    http://​jste​phane​.word​press​.com/​?​s​=​e​n​n​emi

    Réponse
  23. J-Stéphane

    PS : Hors sujet. Quel est la véra­ci­té et le sérieux de ce qui suit ?

    Mer­ci de bien vou­loir m’éclairer.

    [… En ce moment même se tient à Dubaï une confé­rence de l’ONU mais des régimes auto­ri­taires tentent d’imposer un contrôle gou­ver­ne­men­tal total sur Inter­net par le biais d’un trai­té inter­na­tio­nal contrai­gnant. S’ils réus­sissent, Inter­net pour­rait deve­nir moins ouvert, plus cher et plus lent. Nous n’avons plus que quelques jours pour les arrêter.

    http://​www​.avaaz​.org/​f​r​/​f​r​_​t​o​u​c​h​e​_​p​a​s​_​a​_​m​o​n​_​i​n​t​e​r​n​e​t​/​?​b​b​Z​N​x​d​b​&​v​=​2​0​055 …]

    J‑Stéphane

    Réponse
  24. gilles

    Bon­jour J‑Stéphane,

    les régu­la­tions actuelles d’In­ter­net portent déjà atteinte à la nature libre d’In­ter­net puisque les ser­veurs racines sont tous basés aux États-Unis d’A­mé­rique et que l’I­CANN qui attri­bue les noms de domaine est cha­peau­té par le Dépar­te­ment au Com­merce des États-Unis. 

    Ain­si l’In­ter­net ira­kien a été cou­pé en 2003 avant l’at­taque des forces du régime de Georges Bush. Il fau­drait être un expert pour décryp­ter les pro­po­si­tions de régu­la­tion de l’In­ter­net débat­tues au sein de l’U­nion Inter­na­tio­nale des Télé­com­mu­ni­ca­tions et pour savoir quelles en seront les consé­quences au quotidien. 

    J’ai plus l’im­pres­sion qu’il s’a­git d’un bras de fer entre les États-Unis qui pos­sèdent le plus le contrôle du réseau que les autres contre jus­te­ment les autres qui vou­draient reprendre la main. 

    Les péti­tions d’A­vaaz sont sou­vent un faux-nez maquillé de manière pro­gres­siste des posi­tions des États-Unis. Des fon­da­tions comme celle du mul­ti-mil­liar­daire Soros financent Avaaz. 

    Cela ne veut pas dire bien sûr que les pro­jets chi­nois et russes soient éman­ci­pa­teurs pour l’In­ter­net, mais il ne fau­drait pas se leur­rer sur les pro­jets amé­ri­cains et sur le faux-nez Avaaz.

    Une péti­tion indé­pen­dante et mieux rédi­gée est pré­fé­rable à celle d’A­vaaz qu’il vaut mieux s’abs­te­nir de signer.

    Réponse
  25. Morpheus

    Une pro­cé­dure de fli­cage (qui existe déjà) est sou­mise à dis­cus­sion afin d’en élar­gir le champ d’ac­tion. Cette pro­cé­dure (dont je n’ai plus le nom en tête) per­met de lire le conte­nu des mes­sages dans leur inté­gra­li­té, et plus seule­ment le titre, comme avant, ce qui pose un évident pro­blème vis-à-vis de la vie pri­vée. Sous le clas­sique pré­texte de la pro­tec­tion des droits d’au­teur, cette pro­cé­dure dis­si­mule mal la volon­té de contrô­ler les conte­nus de n’im­porte quelle per­sonne, par­tout dans le monde, et de manière ins­tan­ta­née. Cela mène direc­te­ment vers une socié­té de contrôle poli­tique, car la ten­ta­tion est trop forte. Les moyens tech­niques sont là, ils sont per­for­mants et les grandes puis­sances et agences de ren­sei­gne­ments (entendre « Ges­ta­po » modernes) sont deman­deuses de légis­la­tion moins contrai­gnantes pour l’u­sage de ces technologies.

    On va se faire bouf­fer notre nou­vel outil de com­mu­ni­ca­tion libre, cela ne fait aucun doute. Brze­zins­ki, fai­sant écho aux pro­pos de la har­pie Hil­la­ry Clin­ton qui décla­rait en 2010 devant une com­mis­sion séna­to­riale : « Il y a une guerre de l’information et nous sommes en train de la perdre », vient de dire, lors d’une confé­rence en Pologne, que la résis­tance des peuples de plus en plus éveillés poli­ti­que­ment et réfrac­taires par nature à toute forme de contrôle, est en train d’empêcher les pous­sées de l’agenda de l’imposition du Nou­vel Ordre Mon­dial au monde. Il a même affir­mé que « nous n’au­rions jamais du inven­ter l’in­ter­net » (sic) …

    Les oli­garques sont donc conscient de la menace que l’in­ter­net libre repré­sente pour leur agen­da de domi­na­tion mon­diale, ils s’en inquiètent, et cherchent bien évi­dem­ment à pla­ni­fier la riposte et la prise de contrôle de l’internet.

    Mor­pheus

    Réponse
  26. Catherine B

    Toute chose a deux ver­sants, c’en est une illus­tra­tion ! Rien de neuf là-dedans Mor­phéus, tu devrais d’ailleurs décli­ner ton iden­ti­té, ce serait comme plus clair je trouve, plus trans­pa­rent. On ne sait pas d’où tu parles, moi ça me chif­fonne tes interventions.

    Mer­ci Gilles pour tes infos sur les ser­veurs racines, alors eux aus­si ils ont des racines.sourire!!!

    Réponse
  27. Morpheus

    « Cathe­rine B » ne me semble pas plus trans­pa­rent que « Morpheus ».

    J’a­joute qu’il n’est pas dif­fi­cile de mettre un visage sur mon pseu­do, si vrai­ment tu veux en avoir le cœur net.

    Mes inter­ven­tions te chif­fonnent, et tu me demandes de révé­ler mon iden­ti­té. Le mes­sa­ger plu­tôt que le mes­sage. Comme toujours.

    Soit ce que je dis éveille un inté­rêt (ou un ques­tion­ne­ment, ou un doute), et alors sers-toi de tes qua­li­tés de dis­cer­ne­ment pour déci­der si mon mes­sage est per­ti­nent ou non ; soit ce que je dis dérange ton confort men­tal et intel­lec­tuel (ça te « chif­fonne »), et alors c’est que mon mes­sage touche quelque chose de sen­sible chez toi. Dans un cas comme dans l’autre, connaître mon iden­ti­té, nom et pré­nom, change-t-il quelque chose ? Objec­ti­ve­ment, cela ne chan­ge­ra rien, abso­lu­ment rien.

    Mor­pheus

    Réponse
  28. Catherine B

    Si tu étais ici depuis 2008, tu sau­rais qui je suis. Ceci pour la trans­pa­rence. Mon iden­ti­té, moult per­sonnes la connaissent.

    Savoir de où l’on parle quand les inter­ven­tions sont mal­hon­nêtes, sou­vent, oui, ça me semble dia­ble­ment important.

    La véri­té avec une minus­cule il va sans dire peu importe d’où elle vient, quand c’est juste c’est juste, mais quand on enfume à sou­hait de façon aus­si sub­tile, là, c’est du poi­son pour moi, et ça se doit d’être démas­qué. Mes­sage et mes­sa­ger sont alors une seule et même entité.

    Désor­mais, je ne réponds plus à tes inter­ven­tions, les choses sont claires. On ne donne pas de la confi­ture aux cochons!Excuse-moi si c’est un peu hard, mais il faut appe­ler un chat, un chat !

    Réponse
  29. Morpheus

    Tu te méprends com­plè­te­ment à mon sujet.

    Ce n’est pas la pre­mière fois que tu réagis aus­si impul­si­ve­ment en pro­je­tant tes peurs, il me semble.

    Sans te dire mon nom (qui n’a pas d’im­por­tance), je peux t’en dire un peu sur qui je suis.

    Je suis Belge et je vis dans l’Ar­denne Belge (au sud du pays, pas très loin de la fron­tière fran­çaise), dans un petit vil­lage entou­ré de forêts. J’ai néan­moins vécu pen­dant 20 ans à Bruxelles, où j’ai fait des études artis­tiques. J’ai arrê­té l’é­cole à 16 ans. Je n’ai pas de BAC ou d’é­qui­valent. Je n’ai pas de diplôme ni uni­ver­si­taire, ni d’é­cole supé­rieure. J’ai quelques qua­li­fi­ca­tions pro­fes­sion­nelles (PAO, Séri­gra­phie, Char­pen­te­rie, Concep­tion et Construc­tion de mai­son en bois). Je sais tra­vailler le métal (fabri­ca­tion d’ar­mures). J’ai long­temps orga­ni­sé, ani­mé et créé des jeux de rôle gran­deur nature. J’ai long­temps par­ti­ci­pé aux acti­vi­tés d’une troupe de recons­ti­tu­tion médié­vale. J’ai tra­vaillé comme employé dans diverses entre­prises et comme ouvrier, notam­ment dans le bâti­ment et pour un ébé­niste. J’ai aus­si été arti­san (indé­pen­dant) pen­dant une courte période (3 ans).

    Je ne suis membre d’au­cun syn­di­cat, d’au­cun par­ti poli­tique, d’au­cune com­mu­nau­té reli­gieuse, d’au­cune secte, d’au­cun club de réflexion (sauf le club des gen­tils virus).

    N’ayant plus de tra­vail depuis plu­sieurs années, n’ayant plus aucune source de reve­nu (ni chô­mage, ni RMI), afin de ne pas être à la rue, j’ai béné­fi­cié de la der­nière soli­da­ri­té pos­sible, la soli­da­ri­té du noyau fami­lial, et je vis donc chez mes parents, où j’ai amé­na­gé un petit espace de 9 m² qui consti­tue à la fois ma chambre et mon bureau. Ah, j’ou­bliais : je suis céli­ba­taire, sans enfant et hétérosexuel.

    Bref, un type normal.

    Cela suf­fit-il à dis­si­per tes suspicions ?

    Mor­pheus

    Réponse
  30. J-Stéphane

    Bon­soir,

    @gilles & Morpheus,

    Mer­ci pour toutes ces infos, donc, notre liber­té d’expression sur Inter­net est bien mena­cée, mais ce n’est pas AVAAZ qui va la pré­ser­ver, alors com­ment se défendre d’une attaque annoncée ?

    Il est peut-être plus judi­cieux d’orienter cette dis­cus­sion sur un autre sujet déjà ouvert ?

    @Catherine B

    Si on se montre on est méga­lo, et si on se cache, on a méga peur, qu’importe le fla­con… Conten­tons-nous d’en appré­cier le contenu…

    Réponse
  31. Catherine B

    Jus­te­ment Sté­phane, si vous aimez tout, vous n’ai­mez rien !

    Réponse
  32. Étienne

    Pour ma part, mois après mois, je trouve « Mor­pheus » intel­li­gent, clair, patient, com­pré­hen­sif, gen­til et constructif. 

    Il déve­loppe un art de refor­mu­ler les pro­blèmes et les solu­tions alter­na­tives en pré­sence que je trouve éclai­rant ; utile ; consen­suel ; tou­jours dans une pré­oc­cu­pa­tion prag­ma­tique du bien commun.

    J’aime beau­coup lire Morpheus.

    Et je trouve les paroles agres­sives de « Cathe­rine B » injustes, confuses et inutiles.

    Signé : Étienne Chouard 🙂

    Réponse
  33. Morpheus

    Mer­ci Étienne, cela me fait plai­sir de lire ces compliments.

    @ Cathe­rine B

    Je n’ai pas com­pris ta fronde à mon encontre. J’ai cru com­prendre dans un autre mes­sage que tu étais malade, alors je me dis que cela affecte peut-être ta sen­si­bi­li­té et que peut-être un côté un peu pro­fes­so­ral, un peu rigide dans mes mes­sages (j’admets volon­tiers être assez asser­tif, sur­tout ces der­nières semaines) ont peut-être pu te frois­ser. Sache que je n’ai jamais eut l’in­ten­tion de te bles­ser, en tout cas. Ce n’est pas parce que nous ne nous com­pre­nons pas et que nous pou­vons être en désac­cord sur cer­tains points que nous sommes ennemis.

    Mor­pheus

    Réponse
  34. Morpheus

    @ J‑Stéphane

    Le truc, c’est que cou­per inter­net au niveau mon­dial revien­drait à pri­ver les peuples de leur soma – la pilule bleue – et que cela revien­drait à réveiller les gens, y com­pris ceux qui vivent encore dans les illu­sions. L’élite est coin­cée avec ce pro­blème qui n’a pas encore de solution.

    Cou­per inter­net = réveil bru­tal et révolte populaire
    Gar­der inter­net = outil de coor­di­na­tion et d’information populaire

    Dans les deux cas, ils ont des sou­cis à se faire. Mais ne sous-esti­mons pas l’intelligence et la per­ver­sion de l’élite : eux aus­si se servent d’internet, et ils dis­posent de moyens tech­no­lo­giques que nous ignorons.

    A mon avis, leur seule option pour l’ins­tant est de déve­lop­per des sys­tèmes d’é­coute des flux, de tra­çage, de loca­li­sa­tion et des banques de don­nées secrètes, et en même temps, d’ap­puyer toutes les légis­la­tions (natio­nales et inter­na­tio­nale) afin de contrô­ler les flux du net.

    Il est éga­le­ment pos­sible qu’ils uti­lisent la tech­nique habi­tuelle de l’at­ten­tat sous fausse ban­nière pour jus­ti­fier l’im­po­si­tion d’une légis­la­tion de contrôle mon­diale. Pour cela, ils orga­ni­se­raient une attaque inter­net sous fausse ban­nière (attri­buée faus­se­ment à l’I­ran ou aux Ano­ny­mous, par exemple). Je ne vois guère ce que nous pour­rions faire à notre niveau, sinon res­ter vigi­lant et col­lec­ter le plus d’in­for­ma­tions (croi­sées et véri­fiées, pour ne pas don­ner dans le hoax), et aler­ter l’o­pi­nion sur chaque pro­jet de loi visant à muse­ler, contrô­ler, sécu­ri­ser l’in­ter­net. Et espé­rer que les Ano­ny­mous et/ou Wiki­leaks soient en mesure de révé­ler à temps ce genre de stratégie.

    Cor­dia­le­ment,
    Morpheus

    Réponse
  35. J-Stéphane

    Mer­ci d’avoir pris la peine de cor­ri­ger mes erreurs de rédaction.

    Pour reve­nir à J‑Jacques Rous­seau, il me semble que la meilleure manière de popu­la­ri­ser son œuvre serait de le vul­ga­ri­ser, car une idée com­prise seule­ment par une élite ne pour­ra jamais se démo­cra­ti­ser, et c’est un para­doxe si l’on œuvre pour la démocratie.

    PS : Gavons-nous d’Internet tant que cela nous est possible. 😉

    Bonne nuit

    J‑Stéphane

    Réponse
  36. Catherine B

    C’est très facile ce que vous faites-là Etienne mais ça vous revient certes, ça vous appar­tient, je m’in­cline car je n’ai rien d’autre à faire.

    Vous man­quez dia­ble­ment de dis­cer­ne­ment à mon sens, mais ce n’est pas la pre­mière fois et ce ne sera pas la dernière.

    Tous les livres que vous lisez ne vous servent à rien, ou à pas grand chose, car ça n’ai­guise en rien votre regard, or, avant de chan­ger le monde, c’est le regard qui doit chan­ger, sans un regard autre, tout est voué à l’échec.

    Réponse
  37. Étienne

    « Cathe­rine B »,

    Voi­là, je manque de dis­cer­ne­ment et vous pas, les livres que je lis ne servent à rien contrai­re­ment à ceux que vous recom­man­dez, mon regard n’est pas aigui­sé comme l’est le vôtre, et ce blog « vous gonfle » (disiez-vous gen­ti­ment plus haut). 

    Je vous ai déjà invi­tée à mettre fin vous-même à vos propres souf­frances 🙂 en vous éloi­gnant de ce lieu inutile et absurde, où vous vous faites du mal, fina­le­ment ; et en pure perte puisque je n’ar­rive pas même à vous comprendre…

    Je vous avais d’ailleurs fait remar­quer cette sorte de maso­chisme qui vous ramène ici per­pé­tuel­le­ment (pour y faire la mouche du coche), et vous nous aviez pro­mis — assez solen­nel­le­ment — de plus jamais remettre les pieds dans cet enfer de sot­tise qu’est le blog du plan C 🙂

    …

    Je note que vous êtes parjure 🙂

    De mon côté, je vous sup­porte : comme Nietzsche, je pense que ce qui ne me tue pas me rend plus fort 🙂

    Étienne.

    Réponse
  38. Catherine B

    Mais Cher Etienne, s’il suf­fi­sait de dire nen­ni pour que les choses changent, alors ce que vous faites ne ser­vi­rait à rien. De vous mettre les pieds dans le men­songe du monde ne fait pas de vous for­cé­ment quel­qu’un de men­son­ger, seule­ment il faut le tra­ver­ser ce men­songe pour espé­rer pos­si­ble­ment le dépas­ser ou tout au moins inté­grer, digé­rer une par­tie de ses men­songes.

    Vou­loir faire le saut en ayant l’illu­sion de l’a­voir dépas­sé est un leurre de plus auquel je ne sous­cris pas, c’est la rai­son pour laquelle ne vous en déplaise je conti­nue­rai si j’en ai le désir à venir glis­ser quelques mots ici.

    Vous qui vous pro­cla­mez chantre de la démo­cra­tie, avant de dire vous devriez mon­trer l’exemple. Certes, et c’est tout à votre hon­neur vous lais­sez la tri­bune ouverte en lais­sant pas­ser tous les mes­sages, mais vous avez une façon tout à fait par­ti­cu­lière de vous appro­prier la parole en en fai­sant la vôtre par vos sur­li­gnages qui nous per­mettent de tra­cer votre opi­nion à tra­vers eux, et votre bon grain et votre mau­vais ivraie se des­sinent ainsi.

    Appre­nez déjà à res­pec­ter vos lec­teurs en ne leur mâchant pas le tra­vail et en les lais­sant libre de mettre l’ac­cent où bon leur sem­ble­ra. À votre façon vous fabri­quez un autre consen­te­ment, mais je crains fort que vous n’en n’ayez conscience. Vous me sup­por­tez, mais vous réagis­sez sans offrir le temps néces­saire de réflexion, ce qui veut bien dire que vous n’êtes pas libre par rap­port à cela. Vous res­sen­tez cela comme des choses per­son­nelles, alors qu’il s’a­git ici de poser des fon­de­ments, des prin­cipes, bref, vous vous trom­pez de com­bat. Vous n’au­rez pas à mou­rir, car je ne sais pas si vous êtes bien vivant…

    Réponse
  39. J-Stéphane

    Bon­jour Cathe­rine B,

    Pour qu’une cri­tique soit utile, il faut effec­ti­ve­ment expo­ser ce qui déplaît, mais il faut aus­si men­tion­ner ce que l’on espère, sinon ce que l’on reproche res­te­ra et ce que l’on attend aura peu de chance de venir.

    Donc, à moins d’a­voir besoin de des­sins pour com­prendre l’o­rien­ta­tion posi­tive de votre texte, je pense qu’il se veut seule­ment désagréable.

    Cor­dia­le­ment.

    Réponse
  40. Mikha

    Quid de la vidéo « Sur Rous­seau » d’Yves Var­gas ? Quel­qu’un a‑t-il un lien valide??

    Réponse
  41. Étienne

    Ma chère Danièle, du Qué­bec, nous a retrans­crit la pré­sen­ta­tion de Bar­ba­ra de Negro­ni, elle aus­si très intéressante. 

    Voi­ci son travail :

    ROUSSEAU : L’UNIVERSEL CONCRET, EN ACTE

    Pré­sen­ta­tion de Bar­ba­ra De Negroni

    Bon­soir, je vou­drais tra­vailler ce soir sur la rela­tion qu’il y a chez Rous­seau entre les notions… le rôle que peut jouer, chez lui, le concept de l’universel.

    Rous­seau a la répu­ta­tion d’être un phi­lo­sophe d’abord uto­pique, qui aurait bros­sé de grandes théo­ries qui seraient inap­pli­cables ; il a la répu­ta­tion aus­si d’être quelqu’un qui s’est beau­coup inté­res­sé à ce qui était uni­ver­sel. On en fait le fon­da­teur des Droits de l’homme et de tous ces textes uni­ver­sels qui seraient à la base de notre politique. 

    Et je vou­drais poser la ques­tion : qu’est-ce qui relève de l’universalité et qu’est-ce qui n’en relève pas ? Et voir com­ment les textes de Rous­seau pour­raient per­mettre d’interroger l’Europe, — il me semble qu’ils sont d’une très grande actua­li­té à ce niveau-là — et que Rous­seau offri­rait des ins­tru­ments cri­tiques de l’Europe ; il ne serait sans doute pas très sur­pris de ce qu’elle est actuel­le­ment et il donne des moyens de l’interroger.

    Alors, on a, chez Rous­seau, il me semble, une ten­sion entre deux cri­tères :

    d’abord, l’idée qu’il faut tra­vailler sur l’homme en géné­ral, sur un Homme uni­ver­sel et pas sur cet Homme pré-déter­mi­né par une [paix ? ] sociale, par une fonc­tion. Pas par cet Homme qui est consi­dé­ré, au XVIIIe s, comme inégal aux autres, qui a des droits dif­fé­rents des autres. 

    Donc, il va fon­der une notion de légi­ti­mi­té qui va sup­po­ser une éga­li­té natu­relle des hommes contre l’inégalité poli­tique qui va refu­ser de consi­dé­rer que, si les hommes, en socié­té, sont inégaux, c’est en rai­son de dif­fé­rences natu­relles qu’il y auraient entre eux ; c’est en rai­son d’inégalités qui seraient déjà là. 

    Et pour ça, il veut tra­vailler sur un Homme uni­ver­sel. Par exemple, au début du Dis­cours sur l’inégalité, il écrit : 

    « Mon sujet inté­res­sant l’homme en géné­ral, je tâche­rai de prendre un lan­gage qui convienne à toutes les nations ; ou plu­tôt, oubliant les temps et les lieux pour ne son­ger qu’aux hommes à qui je parle, je me sup­po­se­rai dans le lycée d’A­thènes, répé­tant les leçons de mes maîtres, ayant les Pla­tons et les Xéno­crates pour juges, et le genre humain pour audi­teur. »

    Ou bien, au début d’Émile : « Il suf­fit que par­tout où naî­tront des hommes, on puisse faire ce que je pro­pose. »

    Là, un cri­tère qui semble être le genre humain, qui semble fixer une norme poli­tique, et qui va conduire, par la suite, à défi­nir des Déclaration[s] des droits de l’Homme et du Citoyen, pen­sés comme universels. 

    Or, il me semble qu’il se pose immé­dia­te­ment un pro­blème qui est : est-ce que l’on peut réus­sir à pen­ser un citoyen uni­ver­sel ?

    Quand les stoï­ciens parlent de citoyens du monde — ils en parlent de façon très méta­pho­rique — est-ce qu’on peut pen­ser véri­ta­ble­ment à un « citoyen du monde » ? ; est-ce qu’on peut être citoyen du monde ? Est-ce qu’on peut être un citoyen euro­péen, si on applique cela à un plus petit monde, ou bien est-ce qu’il y a là une dif­fi­cul­té et quand on pense au citoyen est-ce que le réfé­ren­tiel doit être le genre humain ? 

    Et par rap­port à ces textes sur l’universalité, il y a d’autres textes de Rous­seau qui vont défi­nir la poli­tique par rap­port à ce que Rous­seau appelle une « volon­té générale ». 

    Et la volon­té géné­rale jus­te­ment ce n’est PAS une volon­té uni­ver­selle. La volon­té géné­rale, elle, s’oppose à la fois à deux volontés : 

    la volon­té géné­rale c’est la volon­té que chaque indi­vi­du a quand il prend en compte l’intérêt géné­ral ; elle s’oppose tout aus­si bien à sa volon­té par­ti­cu­lière, à celle qu’il peut avoir, en tant qu’individu par rap­port à ses goûts per­son­nels, et qui pour­raient le conduire à faire pas­ser son inté­rêt par­ti­cu­lier avant l’intérêt géné­ral ; et elle s’oppose aus­si à ce niveau-là, à ce que Rous­seau appelle « une volon­té de fac­tion » , quand je suis lié à un groupe, quand je suis lié aux inté­rêts d’un groupe et que je fais pas­ser les inté­rêts de mon groupe avant l’intérêt géné­ral.

    Mais elle s’oppose aus­si à une volon­té uni­ver­selle, elle ne peut pas être réfé­rée à l’universalité, et ça conduit Rous­seau à cri­ti­quer le cos­mo­po­li­tisme, dans des textes où il est très très pré­cis sur la ques­tion, disant qu’il se méfie de ces pré­ten­dus cos­mo­po­lites et au début de l’Émile :

    « Défiez-vous de ces cos­mo­po­lites qui vont cher­cher au loin dans leurs livres des devoirs qu’ils dédaignent de rem­plir autour d’eux. Tel phi­lo­sophe aime les Tar­tares, pour être dis­pen­sé d’aimer ses voi­sins. ..

    J’aime beau­coup ce texte et je trouve qu’il est très inté­res­sant, van­ter l’amour des Tar­tares pour se dis­pen­ser d’aimer ses voi­sins. Voir d’immenses devoirs à rem­plir à l’autre bout de l’humanité et négli­ger com­plè­te­ment ceux que l’on pour­rait rem­plir tout près, et peut-être aus­si vivre une sorte de pitié ima­gi­naire au lieu de vivre des actes réels. 

    Et ça va alors conduire Rous­seau à poser la ques­tion d’une socié­té, d’une véri­table socié­té poli­tique, d’un véri­table État qui va sup­po­ser qu’on se réfère non pas à un cos­mo­po­li­tisme mais à une CULTURE spé­ci­fique.

    Ce sont des thèmes qu’il a beau­coup déve­lop­pés dans ses thèses de poli­tiques appli­quées. Quand Rous­seau écrit pour la Corse, il écrit pour les Corses, il n’est pas ques­tion de les trai­ter comme des Génois, il n’est pas non plus ques­tion de leur don­ner des mœurs euro­péennes. Quand Rous­seau écrit pour la Pologne, il écrit pour les Polo­nais et il dénonce toute volon­té des Polo­nais de deve­nir Européens. 

    Au début des Consi­dé­ra­tions sur le Gou­ver­ne­ment de Pologne, il écrit : 

    « Il n’y a plus aujourd’­hui de Fran­çais, d’Al­le­mands, d’Es­pa­gnols, d’An­glais, quoi qu’on dise ; il n’y a que des Euro­péens. Tous ont les mêmes goûts, les mêmes pas­sions, les mêmes mœurs, parce qu’au­cun n’a reçu de forme natio­nale par une ins­ti­tu­tion par­ti­cu­lière. Tous, dans les mêmes cir­cons­tances, feront les mêmes choses ; tous se diront dés­in­té­res­sés et seront fri­pons ; tous par­le­ront du bien public et ne pen­se­ront qu’à eux-mêmes ; tous van­te­ront la médio­cri­té et vou­dront être des Cré­sus ; ils n’ont d’am­bi­tion que pour le luxe, ils n’ont de pas­sion que celle de l’or. Sûrs d’a­voir avec lui tout ce qui les tente, tous se ven­dront au pre­mier qui vou­dra les payer.

    Que leur importe à quel maître ils obéissent, de quel État ils suivent les lois ? pour­vu qu’ils trouvent de l’argent à voler et des femmes à cor­rompre, ils sont par­tout dans leur pays. ».

    [Consi­dé­ra­tions sur le gou­ver­ne­ment de Pologne et sur sa réfor­ma­tion projetée]. 

    Je trouve que c’est un texte, là aus­si, extra­or­di­nai­re­ment moderne. Je ne peux pas m’empêcher, en lisant la phrase : pour­vu qu’ils trouvent de l’argent à voler et des femmes à cor­rompre, ils sont par­tout dans leur pays. – à pen­ser à cer­taines scènes de cet extra­or­di­naire docu­men­taire sur la crise de 2008 qui s’appelle Inside Job et où on ne voit qu’une chose : de l’argent à voler et des femmes à cor­rompre ; des crashs finan­ciers qui se pro­duisent à coup de spé­cu­la­tions et… je ne sais même pas si l’on peut par­ler de « bor­dels de luxe » parce que le mot « bor­del » ne convient plus à ce niveau-là. Mais enfin bon… une ins­ti­tu­tion pour trou­ver des femmes à cor­rompre par­ti­cu­liè­re­ment effi­cace. À la sor­tie du film, on a le sen­ti­ment que DSK était vrai­ment blanc comme un agneau, enfin bon, à côté du reste, c’était qua­si­ment dérisoire. 

    Et ça condui­rait à l’idée qu’il est abso­lu­ment néces­saire de reve­nir à une ins­ti­tu­tion spécifique. 

    Or, ce qui m’intéresse c’est de voir ce qui se passe quand on devient Euro­péen pour Rous­seau. En chan­geant de cri­tères on finit par perdre tous cri­tères natio­naux, on finit par ne plus vivre comme un indi­vi­du. Comme s’il y avait une ten­sion entre un indi­vi­du qui satis­fait son inté­rêt et qui est inca­pable de pen­ser à un uni­ver­sel abs­trait.

    Rai­son pour laquelle Rous­seau consi­dère que le chris­tia­nisme est com­plè­te­ment uto­pique, que c’est une morale magni­fique mais qu’elle est faite pour les hommes sans pas­sion ; que du moment où les hommes ont des pas­sions, il n’est pas appli­cable et qu’un peuple de chré­tiens serait un peuple qui serait exter­mi­né très rapi­de­ment parce que, de toute façon, si on tend la joue gauche à chaque fois que l’on vous a frap­pé la joue droite, on a peu de chance de sur­vivre dans un monde où les autres en pro­fitent. Cela sup­po­se­rait que tout le monde pra­tique la même morale, ce n’est pas le cas et que, par-là même quand on veut vivre par rap­port à ce cri­tère d’universalité, en réa­li­té qu’est-ce qui se passe ? 

    On revient à une forme d’individualisme ; on ne cherche plus que son inté­rêt per­son­nel ; où les valeurs poli­tiques n’existent plus. 

    Alors, que l’Europe soit sym­bo­li­sée avant tout seule­ment par une banque ne me paraît pas tout à fait indif­fé­rent à ce texte. 

    Et ça va donc conduire à un para­doxe, c’est que pour qu’il y ait un bien public, il faut des forces par­ti­cu­lières et ça va conduire Rous­seau à tra­vailler sur le rôle de LA FÊTE, sur le rôle des MONUMENTS et à ce texte éton­nant à pro­pos de la Pologne où il donne aux Polo­nais le modèle du peuple juif :

    Rous­seau écrit en 1772, juste avant le pre­mier par­tage de la Pologne — la Pologne va com­plè­te­ment dis­pa­raître de la carte de l’Europe au XVIIIe s. ; elle réap­pa­raît en 1919, trois par­tages suc­ces­sifs : la Prusse, l’Autriche et la Rus­sie se cou­pant les mor­ceaux — , et Rous­seau écrit aux Polo­nais, en leur par­lant de ce modèle de Moïse ; en mon­trant que Moïse osa faire un peuple libre, en don­nant aux Polo­nais DES MŒURS TRÈS SPÉCIFIQUES et qu’il a fait cette chose éton­nante qui fait qu’un peuple ait pu sur­vivre au fait de ne plus avoir d’État ; qu’ils ont encore eu une patrie alors qu’ils n’avaient plus de terre.

    Une façon de dire aux Polo­nais aus­si que même s’ils n’ont plus de terre ils ont peut-être inté­rêt à gar­der un amour de la patrie et que c’est peut-être comme ça que leur pays pour­ra renaître un jour.

    Donc, il me semble que cette ten­sion est très impor­tante et que lorsqu’on veut voir de Rous­seau uni­que­ment le théo­ri­cien de l’universel, on en fait un auteur qui est par­fai­te­ment inap­pli­cable : on confond ce qui relève de PRINCIPES de droits poli­tiques qui eux, évi­dem­ment sont uni­ver­sels, à une poli­tique APPLIQUÉE qui elle est tou­jours spé­ci­fique, tou­jours par­ti­cu­lière et qui n’est pas trans­po­sable d’un pays à un autre.

    Et il n’est pas éton­nant qu’un des très grands lec­teurs de Rous­seau au XXe s., soit Claude Lévi-Strauss, qui voit en Rous­seau le fon­da­teur des sciences de l’Homme ; qui voit en lui le fon­da­teur du concept de culture et qui s’y réfère régu­liè­re­ment tant il lui doit une dette immense.

    C’est grâce à lui qu’il a pu éla­bo­rer cer­tains concepts parce que pré­ci­sé­ment, c’est seule­ment à tra­vers des notions comme celle de culture que l’on peut réus­sir à pen­ser véri­ta­ble­ment un peuple, et qu’il doit donc y avoir tou­jours une ten­sion entre ce qui doit tou­jours rele­ver d’une légi­ti­mi­té qui, elle, est uni­ver­selle, et ce qui relève d’une léga­li­té qui, par défi­ni­tion, est uni­ver­selle dans un État mais qui n’est pas universalisable. 

    Voi­là.

    Bar­ba­ra de Negroni

    Source : http://​www​.dai​ly​mo​tion​.com/​v​i​d​e​o​/​x​v​e​k​z​2​_​r​o​u​s​s​e​a​u​-​l​-​u​n​i​v​e​r​s​e​l​-​c​o​n​c​r​e​t​-​e​n​-​a​c​t​e​s​_​n​ews
    (minutes 0 à 12).

    Danièle, je te remer­cie chaleureusement 🙂

    Étienne.

    Réponse
  42. Olga

    « S’il n’y avait pas quelques vaga­bonds de la pen­sée, elle serait figée… »

    Face à l’im­pa­tience de notre cher Yvan Bachaud, je trouve l’ar­gu­ment d’A­na empreint de « patience révolutionnaire »…
    Car en effet, si Rous­seau n’a­vait pas la science dis­cu­table de la « pen­sée dia­lec­tique », sa façon de « vaga­bon­der » était en fait « le plus court che­min » que l’in­tel­li­gence peut décou­vrir avec l’in­tui­tion de la com­plexi­té des choses : Étienne pour moi est donc très ins­pi­ré d’en­ri­chir notre « culture de gen­tils virus » avec des consi­dé­ra­tions « rous­seauistes » et plus, car ce qui fera la viru­lence des virus, c’est de savoir à quels fon­de­ments il faut s’at­ta­quer pour deve­nir un « agent de la refon­da­tion »…Disons « refon­da­tion de la sou­ve­rai­ne­té populaire »…

    @ Ana, Voi­ci ce que çà m’inspire :
    Te dire
    Démocratie
    Te dire que je t’aime,
    Enchaî­né dans les fers
    De mes cré­dits pervers,
    Cette déclaration
    De bagnard
    Se perd en dérision
    Dans le noir
    Des dettes sans espoir…
    C’est avec Toi pourtant
    Dans la nuit hors du temps
    Que mon coeur vagabonde…
    Jusque dans l’Autre Monde,
    Celui duquel ce soir
    M’in­ter­pelle l’espoir…
    Il y aura Des lois
    Nou­velles pour qu’un jour
    Cha­cun trouve l’emploi
    De ses forces d’amour…

    Réponse
  43. Ana Sailland

    Le rapace tourne en rond.
    Puis quand c’est l’heure, il fond sur sa proie.
    Ni trop tôt, ni trop tard.

    Nul lapi­nou n’o­se­rait lui dire :
    hé mec, tu tournes en rond !

    La véri­té est com­plexe et l’ap­proche spi­ra­liste en est néces­saire. Savoir cepen­dant cibler l’est aus­si. Mais nous sommes nom­breux, et si cer­tains tournent en rond, d’autres cible­ront, en temps vou­lu, avec d’au­tant plus de pré­ci­sion que les cercles d’ap­proche accom­plis par d’autres auront été larges et nombreux.

    Mais ne dor­mons pas : ce serait bien de réus­sir avant la catastrophe.

    Je viens de me taper un infarc­tus et ça m’en­qui­quine vrai­ment de devoir me repo­ser et d’être inef­fi­cace.
    Nous tenons en nos mains une eau fuyante …

    Réponse
  44. Olga

    @Ana :Le rapace tourne et le rat passe…
    Il faut mar­cher dans la nature, sans for­cer, et ne pas s’é­ner­ver devant nternet…Ayons confiance dans le peuple com­po­sé, qu’on le regrette ou pas, d’a­vant-gardes, d’é­lites, et autres for­cé­ment fai­sant face aux élites de plus en plus médiocres de la « classe domi­nante ».…mais c’est vrai qu’il ne faut pas « croire » à la lutte des classes…constatons tout de même ce qui se passe sur le « théatre des confron­ta­tions, en ce moment : le MEDEF a un allié gou­ver­ne­men­tal qui croit pou­voir diver­tir et divi­ser le peuple sur des ques­tions dites « de socié­té »…pen­dant que les sala­riés se font mas­sa­crer par les rats qui passent…(inversion-dérision)…Et pen­dant ce temps là, cer­tains tirent à bou­lets rouges sur « les par­tis », mais filent le par­fait amour avec ceux de la droite , car « ils le valent bien ».…Alors , en atten­dant le rem­pla­ce­ment des par­tis par une convo­ca­tion de tirés au sort par la Reine LAURENCE aux yeux de lynx, ne nous trom­pons pas de par­ti ! Amitiés !

    Réponse
  45. Ana Sailland

    Ah … La lutte des classes…
    Et pour­quoi ne pas pen­ser en lieu et place de la lutte des classes à « la lutte contre les classes ».
    Contre leur existence.
    Car enfin, ce qui est mons­trueux, c’est bien qu’il y en ait des classes.
    Et en pro­mou­voir ou en arbi­trer la lutte, c’est un peu en accep­ter l’exis­tence et la péren­ni­té, l’i­né­luc­table reconduction.
    Et si l’une gagne, on abou­tit à la pla­nète néo­li­bé­rale, pas le top du top ques­tion équi­té hein, et si l’autre gagne, on abou­tit à la dic­ta­ture du pro­lé­ta­riat, locu­tion pirouette mais dra­ma­tique en son incarnation.

    Car enfin, ce qui est mons­trueux, c’est bien le fait qu’il y a des classes, et nous déte­nons là le symp­tôme dra­ma­tique de l’in­com­pé­tence humaine à se concer­ter unie.

    Alors d’où nous vient cette incompétence ?
    Sommes nous mauvais ?
    Égoïstes au point de vou­loir bouf­fer l’autre à la pre­mière occasion ?
    Les hyper-riches, les 1%, les affreux, sont ils le pro­duit natu­rel et iné­luc­table de notre bas­sesse ata­vique, et les cas­seurs de ban­lieue n’en sont ils que le reflet vaincu ? 
    Je ne crois pas.
    Peut être une par­tie de mau­vais et une par­tie de bon, qui seraient en conflit, inside bibi comme outside ;
    mais je crois plu­tôt qu’ embo­bi­nés par des cir­cons­tances dif­fi­ciles, et de file en aiguille, nos ancêtres, ceux d’outre-His­toire ET ceux du pas­sé récent, ont fait de mau­vais choix, ont pris de sales habi­tudes, qui per­durent, qui nous tiennent pri­son­niers, nouilles en que­nouille, en une pri­son dont cer­tains murs sont sys­té­miques et d’autres psy­cha­na­ly­tiques. Le fameux para­digme quoi.
    Le fameux para­digme dont maint phi­lo­sophe nous dit qu’il faut le chan­ger, et je suis bien d’accord.

    Il y est fait allu­sion plus haut lors­qu’on nous parle de la tran­si­tion his­to­rique (mais à quelle époque ???) du besoin vers le désir (cf vidéo), j’a­joute : pas­sage du réel au hors sol ; décon­nexion du couple réalité/finalité ; ça c’est l’une des pistes de réflexion en ce qui concerne le cha­pitre psy, et je la crois inté­res­sante puisque cette décon­nexion du réel induit jus­te­ment (comme expli­qué en vidéo)une socié­té qui pour fonc­tion­ner a besoin d’un socle de pauvreté.

    ça peut paraître intel­lo ( faut dire qu’on nous y pousse en haut de page hihi ) mais il sem­ble­rait que la lutte et l’exis­tence des classes soient cor­ré­lée à l’a­ban­don de l’é­ta­lon besoin/vital au pro­fit de l’é­ta­lon désir/luxe, et que donc pour assai­nir le monde, autant que pen­ser démo­cra­tie il peut être néces­saire de pen­ser besoins vitaux, de recen­trer la libi­do pla­né­taire sur la sim­pli­ci­té de la vie.

    En Inde, Gand­hi a fait inter­dire les castes, mais elles per­durent. Le para­digme est plus fort que la loi, et c’est donc l’es­prit qu’il faut réfor­mer, avant toute chose … ou en même temps 😉

    Sur mon azer­ty, je ne sais pas faire le ç majuscule => ?

    Réponse
  46. Nemo

    Qui se sou­vient de Maxime NEMO (1888−1975) secré­taire Géné­ral de l’as­so­cia­tion Jean Jacques Rous­seau, phi­lo­sophe auto­di­dacte, poète,romancier, pre­mier Citoyen du Monde ?
    Nul doute qu’il aurait adhé­ré à ce Forum et l’au­rait enri­chi de ses réflexions.
    Il avait déjà dans les années 60 com­men­té dans ses conférences,cette phrase de Rous­seau sur le cosmopolitisme
    Auteur de « l’Acte de Vivre » – L’homme nou­veau JJ Rousseau -

    Réponse

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Derniers articles