J’ai trouvé une nouvelle pépite ! 🙂
Sur Jean-Jacques Rousseau
Trois fins lecteurs de Rousseau en parlent ensemble.
J’ai trouvé littéralement passionnante l’explication d’Yves Vargas, synthétisant l’opposition entre Mandeville et Rousseau et l’enjeu de ce duel philosophique dans la compréhension du capitalisme crapulisme (minutes 12:45 à 34:45). Il lit son texte de façon trop mécanique, c’est vrai, et on peut se contenter du son ; mais ce que dit Yves Vargas est à la fois dense (chaque mot semble pesé au trébuchet) et important, je trouve.
Si l’un d’entre vous avait la gentillesse de prendre le temps de dactylographier cette synthèse de Vargas sur la pertinence et la puissance de la critique de Rousseau du capitalisme crapulisme naissant, ce serait formidable. Vous allez voir comme c’est intéressant ; ça mérite d’être fixé, je pense. (Si quelqu’un démarre ce travail de retranscription, qu’il le signale ici tout de suite, pour éviter de faire le boulot plusieurs fois inutilement.)
[Mise à jour (9÷12÷2012 à 17h) – Ça y est : des courageux gentils virus ont retranscrit (à toute vitesse !) ce texte admirable. Mille mercis à eux !!!]
Vous pouvez feuilleter ou télécharger ce précieux texte au format PDF :
📄 Actualité de Rousseau pour résister au capitalisme – Yves Vargas (2012) (PDF)
FORMIDABLE ACTUALITÉ DE ROUSSEAU
pour résister en profondeur au capitalisme crapulisme
(Retranscription d’une conférence passionnante d’Yves Vargas, à la Librairie ‘Tropiques’, le 12 septembre 2012.)
« Je voudrais réfléchir sur une critique de gauche adressée quelquefois à Rousseau. Je laisserai donc de côté les critiques de droite qui lui sont faites : Rousseau totalitaire, Rousseau précurseur de Robespierre/coupeur de tête… Je négligerai aussi les reproches affectifs : Rousseau père indigne, Rousseau misogyne, Rousseau ingrat pour ses amis.
Je m’en tiens au SEUL reproche sérieux que lui a adressé la critique marxisante, à savoir : Rousseau n’a pas vu venir le Capitalisme ; il s’est réfugié dans une position morale et dans un retour au passé nostalgique : une société de paysans laborieux et paisibles.
Avant d’entrer dans le vif du sujet, c’est-à-dire dans l’étude des théories, je note que ces reproches sont assez surprenants. À supposer que Rousseau ait été incapable de voir par lui-même la naissance de la société nouvelle, qu’on nommera bientôt Capitalisme, il était néanmoins assez bon lecteur et il ne manquait pas d’auteurs à son époque pour décrire et annoncer cette société, comme le montre ce que l’on appelle la “Querelle du luxe” dont je dirai un mot. S’il n’a pas vu, au moins il a lu.
Par ailleurs, on lui reproche un retour vers un passé nostalgique de petits paysans auto-suffisants et libres, vivant dans l’abondance sur des terres familiales ; mais on voit mal en quoi cela est nostalgique, car le passé féodal de l’Europe ne présente pas un tel tableau : les paysans étaient asservis à des propriétaires seigneuriaux, puis à des bourgeois ; et par ailleurs, dès le XIIème siècle, se développe un commerce international assez prospère qui anime les grandes villes et des marchés. L’Europe réelle du passé est bien loin de représenter un tableau de patrie paysanne libre et autarcique.
La pensée politique, économique et sociale de Rousseau ne tourne pas le dos à la réalité du XVIIIème, mais elle cherche à la combattre, à l’affronter ; c’est d’ailleurs parce que Rousseau a voulu combattre le capitalisme à sa naissance qu’il reste présent, comme on l’a montré tout à l’heure déjà, dans notre pensée politique au XXIème siècle. Ce combat philosophique prend chez Rousseau la forme d’un duel, au coup pour coup, concept pour concept : un duel avec Bernard de Mandeville, le premier grand philosophe de l’économie capitaliste (le deuxième s’appelle Karl Marx).
Mandeville a appris à tout le XVIIIème siècle comment il faut penser le monde nouveau, avec quels concepts, quelles valeurs, et aussi quels abandons.
Mandeville trace le paysage théorique nouveau, un paysage que viendront compléter, Voltaire, David Hume, Adam Smith, et qui sera repris plus tard par les libéraux, Friedrich Hayek en tête.
En prenant Mandeville pour cible, Rousseau ne s’est pas trompé, il a visé à la tête.
Il me faut donc dire quelques mots sur la théorie de Mandeville, et montrer comment la théorie de Rousseau est l’opposition terme à terme de cette théorie fondatrice de l’esprit capitaliste.
MANDEVILLE annonce la naissance du nouveau système économique en déplaçant le centre de l’économie : on passe d’une économie pensée en termes de BESOINS à une économie pensée en termes de DÉSIRS.
Jusqu’alors, la réflexion économique d’un pays tournait autour des besoins : il fallait trouver des ressources pour nourrir le pays et pour assurer la marche de l’État.
À partir de là, on cherchait comment répondre à ces besoins en développant telle ou telle céréale, en stockant les surplus d’une année sur l’autre, en faisant rentrer l’or de l’étranger. La vision de l’économie était STATIQUE : il y a ; d’un côté, une quantité de besoins à satisfaire, et de l’autre, une quantité de produits à fabriquer ou à trouver.
Mandeville renverse ce tableau et place au centre de l’économie, à la place des besoins, les désirs. Il avance que l’économie nouvelle qui enrichit les nations repose sur ce dont personne n’a besoin, mais que chacun désire : ce qu’il nomme LE LUXE.
Cette nouvelle économie du luxe n’est pas une lubie philosophique, elle repose, dit Mandeville, sur des caractères naturels aux Hommes : L’ORGUEIL ET L’ENVIE ; et ces deux passions, ces deux vices, l’orgueil et l’envie, sont le moteur de la richesse du pays :
- L’orgueil pousse à se distinguer, à se montrer supérieur aux autres, et trouve son objet dans l’exhibition des richesses : carrosses, domestiques en livrée, vêtements de soirée rares, maisons décorées, etc.
- L’envie pousse à imiter ceux qui nous paraissent supérieurs et à acquérir ce qu’ils possèdent.
Ces vices moraux font marcher les manufactures et le commerce, car les riches, sitôt qu’ils sont imités, lancent de nouvelles modes. Tout cela multiplie l’activité, fait baisser les prix en inondant le marché de produits nouveaux, inutiles mais qui offrent des emplois.
EN PASSANT DU BESOIN AU DÉSIR, MANDEVILLE FONDE L’ÉCONOMIE SUR L’IMAGINATION.
On dirait aujourd’hui qu’il a, le premier, montré que, dans le capitalisme, L’IDÉOLOGIE est un moteur productif essentiel ; de sorte qu’au XXème siècle, les théoriciens de la société de consommation, Gortz, Baudrillard, seront ses héritiers légitimes, et ceux qu’on appelle les experts du « marketing » seront ses enfants naturels.
Ce décentrement de l’économie (du besoin sur le désir) s’accompagne de conséquences sociales : POUR QUE LE MARCHÉ DE L’IMAGINAIRE TOURNE BIEN, IL FAUT QUE LES PAUVRES TRAVAILLENT CONTINUMENT, ET COMME PERSONNE N’AIME TRAVAILLER, IL FAUT QUE LES PAUVRES RESTENT PAUVRES, AFIN D’ÊTRE FORCÉS DE TRAVAILLER POUR MANGER.
La SOCIÉTÉ D’OPULENCE est donc une société fracturée qui implique un socle de misérables sur lequel elle est bâtie.
Cette fracture sociale s’accompagne d’une dislocation théorique puisque, si le désir est le concept central de l’économie de consommation, le besoin (manger tous les jours) le besoin reste le concept central de l’économie de production : LES RICHES CONSOMMENT PAR DÉSIR CE QUE LES PAUVRES FABRIQUENT PAR BESOIN.
LA NATION PROSPÈRE AVEC UNE TÊTE RÊVEUSE ET UN VENTRE CREUX.
La “Querelle du luxe” qui suivra la publication des œuvres de Mandeville — je vous les rappelle : “La fable des abeilles” et « L’essai sur les charités » —, cette querelle du luxe se focalisera sur le caractère immoral de ces écrits : ses partisans écarteront les aspects les plus cyniques et conserveront l’idée des bienfaits d’un luxe qui nourrit les pauvres. L’anthropologie pessimiste de « l’homme naturellement égoïste et orgueilleux » sera refoulée de la pensée économique et sera abandonnée aux philosophes moralistes, ceux qu’on appelle « les Écossais des lumières ».
Rousseau semble avoir vu, mieux que d’autres, que Mandeville est incontournable, pour la raison que CE QU’IL DIT EST VRAI.
La preuve que Rousseau a bien vu le monde capitaliste qui grandit, c’est qu’il a fait SIENNE la théorie de Mandeville parce qu’elle était la théorie de ce monde-là.
ROUSSEAU CONSIDÈRE QUE LA THÉORIE DE MANDEVILLE EST JUSTE ; MAIS C’EST LA THÉORIE JUSTE D’UN MONDE INJUSTE, c’est la théorie vraie d’une humanité égarée dans l’erreur. Il s’installe donc dans cette théorie anthropologique et économique pour affronter ce monde-là.
D’ailleurs, sans même aborder le fond de la théorie de Rousseau, on peut constater que Rousseau n’a pas méconnu le nouveau monde puisque, dans son Projet pour la Pologne, il écrit en toutes lettres aux Polonais :
« Si vous voulez être puissants, redoutés, si vous voulez qu’on parle de vous, si vous voulez avoir votre place parmi les grands de ce monde, alors, développez le commerce, le luxe et la monnaie ; mais ne me lisez pas, car je vous propose autre chose : je vous propose LA LIBERTÉ ».
Rousseau n’ignore donc pas que l’avenir des grandes nations se trouve du côté du commerce et du luxe, c’est-à-dire du côté de Mandeville.
Il a bien vu que ce système triomphant — il le nomme « SYSTÈME DE FINANCE », c’est le nom qu’il lui donne— ce système triomphant est le système de l’avenir, et il le combat ; il le combat de l’intérieur, par un corps à corps conceptuel.
En premier lieu, ROUSSEAU RECENTRE L’ÉCONOMIE SUR LE BESOIN : IL NE S’AGIT PAS DE RECHERCHER L’OPULENCE, MAIS D’ÉTABLIR PARTOUT L’ABONDANCE, C’EST-À-DIRE : QUE CHACUN A CE QU’IL LUI FAUT ET QUE PERSONNE NE MANQUE DE RIEN.
L’économie de la consommation désirante est donc exclue de l’économie Rousseauiste. CETTE ÉCONOMIE D’ABONDANCE QUE ROUSSEAU NOMME “LE VRAI SYSTÈME ÉCONOMIQUE”, PAR OPPOSITION AU “SYSTÈME DE FINANCE”, cette économie est toute fondée sur l’agriculture et sur les productions nécessaires : fabrication de maisons, de routes, des vêtements et des outils.
Ainsi la dislocation entre la production et la consommation est supprimée : le paysan consomme ce qu’il produit ; la consommation n’est pas une sphère autonome qui marche à la monnaie : elle est la suite naturelle du travail ; LE LUXE EST DONC BANNI et ne trouve plus sa place dans le vrai système économique.
Mais ce bannissement de principe ne suffit pas : ROUSSEAU ENGAGE UN PROGRAMME DE DESTRUCTION DU LUXE, c’est-à-dire un PROGRAMME D’ÉGALISATION DES RICHESSES en vue de généraliser la classe moyenne de paysan, ce qu’il nomme LA MÉDIOCRITÉ, les couches moyennes.
Il faut donc, pour Rousseau, enrichir les pauvres et appauvrir les riches.
Comment appauvrir les riches ? Ce point est une tâche gouvernementale, de longue haleine, elle requiert un programme économique et un dispositif idéologique, à partir des principes de Mandeville — c’est un aspect assez subtil, puisque Adam Smith, qui avait bien vu que Rousseau reprend à son compte les théories de Mandeville, Adam Smith n’a pas remarqué que Rousseau règle ses comptes avec Mandeville. Il faut donc être assez attentif à quelques détails pour suivre ce combat.
Mandeville décrit l’Homme naturellement orgueilleux & envieux. Il distingue L’AMOUR-PROPRE (self-liking) de L’AMOUR DE SOI (self-love). Ce dernier est un rapport intime à soi ; l’autre est lié à l’opinion des gens. Ces deux passions sont pour Mandeville également naturelles.
L’amour de soi pousse à l’égoïsme, l’amour propre pousse à la vanité.
Rousseau accepte ces concepts ; il les prend à son compte ; mais il introduit dans ce tableau des rectifications qui font exploser la théorie de Mandeville : il affirme que SEUL L’AMOUR DE SOI EST NATUREL, c’est un instinct de vie qui affecte tout être vivant, et l’Homme s’aime lui-même avant toute chose.
QUANT À L’AMOUR-PROPRE, C’EST UNE MODIFICATION DE L’AMOUR DE SOI PAR LA SOCIÉTÉ, C’EST DONC UNE PASSION DÉNATURÉE.
C’est ici que les choses se compliquent, car Rousseau distingue deux niveaux de l’amour-propre :
Lorsque les Hommes cessent d’être naturels, lorsqu’ils cessent d’être des animaux qui errent dans les forêts, quand ils entrent en relation les uns avec les autres, alors, NATURELLEMENT, chacun veut être préféré, veut être admiré : c’est le plus beau, le plus fort, le plus rapide à la course ; SON MOI DEVIENT RELATIF AUX REGARDS DES AUTRES ; c’est le commencement de l’amour propre.
Cet amour-propre est, bien sûr, non naturel si on le considère par rapport à l’Homme sauvage ; mais, si on considère que l’Homme n’est pas fait pour vivre avec les ours, si on considère que l’Homme est fait pour devenir social, alors on voit que sa nature le porte vers la société et donc cet amour-propre, ce premier amour-propre, est conforme à sa nature : c’est, en quelque sorte, « une nature de deuxième rang ». Cet amour-propre naturel, appelons-le comme ça, porte sur des relations entre des Moi, avec leurs qualités propres, la beauté, la force, etc.
Mais, quand la société se développe et se corrompt, l’amour-propre ne porte PLUS sur CE QUE JE SUIS, mais sur CE QUE J’AI, sur ce que je possède, et alors, on sort complètement de la nature car le Moi n’est plus en lui, il est hors de soi.
C’est le fond de la critique de Rousseau vis-à-vis de L’IMAGINATION QUI NOUS PORTE LÀ OÙ NOUS NE SOMMES PAS.
On voit bien que cette critique chez Rousseau n’est pas morale, comme chez Pascal : elle est politique, voire économique. L’amour propre orgueilleux que Mandeville décrit est certes naturel à l’origine, mais quand il porte sur les objets de luxe, il est corrompu et n’a rien à voir avec la nature.
Par cette distinction, Rousseau dissocie ce que Mandeville avait associé : il dissocie la passion de son objet ; il récupère l’amour propre et il rejette le luxe.
Il mène, CONTRE CET ESPRIT DE LUXE, UN DOUBLE COMBAT : UN COMBAT ÉCONOMIQUE qui appauvrit les riches en flattant leur amour-propre ; ET UN COMBAT IDÉOLOGIQUE qui remplace l’objet de l’amour-propre : un combat pour remplacer le mauvais luxe par un bon luxe en quelque sorte.
MANDEVILLE a dressé le tableau véridique de l’Homo economicus des temps nouveaux : c’est un riche qui dépense par orgueil et qui fait tourner les affaires. ROUSSEAU va combattre le système : il vise d’une part l’economicus en prenant des mesures économiques, et vise d’autre part l’ Homo en prenant des mesures psychologiques, anthropologiques.
Rousseau propose donc de taxer les produits de luxe les plus ostensibles, ceux qu’on ne peut pas cacher au fisc pour la bonne raison qu’ils sont faits pour être montrés, et ceux dont l’augmentation du prix du fait des taxes ne sera pas un obstacle puisqu’ils ne sont désirables que pour la raison qu’ils sont chers et que d’autres ne peuvent les payer.
Rousseau n’oublie pas que le système des finances est fondé sur le désir, et non sur le besoin, au point que le désir devient pour lui un second besoin.
Je cite Rousseau : “Ils aimeraient mieux mourir de faim que de honte”.
C’est ainsi que Rousseau résume ironiquement la philosophie économique de Mandeville : par le moyen des taxes, progressivement, les riches s’appauvrissent, et à terme, ils rentreront dans le rang de la classe moyenne. Tandis que les impôts permettront de valoriser les campagnes au profit de paysans. Le désir du luxe alimente les besoins des travailleurs par l’intermédiaire de l’État, et le système de finances dépérit lentement, victime de cette hémorragie interne.
Voilà pour l’economicus des temps nouveaux.
Passons à l’Homo capitaliste : concernant la nature humaine, on a vu que, si l’amour propre est naturel en société, la richesse n’est pas son objet naturel. Il est impossible de changer la nature, mais on peut réorienter sa pente : ROUSSEAU PROPOSE L’ÉTABLISSEMENT D’UN BON LUXE, C’EST-À-DIRE DES DISTINCTIONS, DES HONNEURS, QUI CÉLÈBRENT LES PAYSANS INGÉNIEUX ET LES PATRIOTES COURAGEUX, DE SORTE QU’IL Y AURA DE LA VANITÉ À ÊTRE SIMPLE.
Ce qui paraissait être le moteur naturel du capitalisme, devient le moteur de la démocratie paysanne, et le luxe prend des allures d’un appareil idéologique sous le contrôle de l’État.
On voit clairement que les réformes préconisées par Rousseau ne s’adressent pas du tout à un Homme naturel bon et innocent, mais bien à l’Homme corrompu par le système de finances dont il utilise les ressorts pour bloquer la machine.
LOIN DE SE TOURNER VERS UN PASSÉ NOSTALGIQUE ET IRRÉEL, ROUSSEAU A CHERCHÉ À ÉTABLIR UNE SOCIÉTÉ ANTI-FINANCIÈRE : il a voulu penser « l’avortement du capitalisme ».
Un dernier point pour boucler le cercle, sur la politique : au XVIIIème siècle, le rapport entre la politique et l’économie n’est pas une question centrale ; on considère même qu’une réforme économique peut s’accomplir sous n’importe quelle forme de pouvoir. Et dans le meilleur des cas, on cherche à éclairer le monarque afin qu’il favorise tel ou tel programme.
Rousseau, au contraire du courant dominant, assure qu’un système économique engendre le pouvoir politique dont il a besoin — « engendre » est un peu fort, disons qu’il le favorise — ; AINSI, LE SYSTÈME DE FINANCES EST LA VOIE QUI MÈNE AU DESPOTISME, C’EST UN SYSTÈME ÉCONOMIQUE QUI DÉTRUIT LA DÉMOCRATIE.
250 ans avant le dictat de Bruxelles qui a muselé le peuple grec, ROUSSEAU AVAIT AFFIRMÉ QUE LA LOGIQUE DE LA FINANCE EST INCOMPATIBLE AVEC LA SOUVERAINETÉ DES PEUPLES.
Pour comprendre son argument, on ne doit pas oublier que, POUR ROUSSEAU, LA DÉMOCRATIE EST UN COMBAT PERMANENT DU PEUPLE CONTRE SON GOUVERNEMENT, CAR TOUT GOUVERNEMENT “FAIT EFFORT, dit-il, POUR USURPER LE POUVOIR DU PEUPLE”, et le peuple doit réagir vite pour préserver ses prérogatives.
Cela suppose des conditions sociologiques et démographiques : les campagnes doivent être peuplées uniformément, de façon que les gens soient en contact et puissent se rassembler au besoin.
OR, LE SYSTÈME DE FINANCES AMASSE LES GENS DANS LES VILLES, ET LES CAMPAGNES SONT DÉSERTES.
Par ailleurs, si les Hommes se soucient avant tout de questions d’argent, ils seront peu enclins à se soucier des questions du Roi et de la démocratie, et ils paieront, s’il le faut, des mercenaires pour garantir leurs frontières, des mercenaires qui bientôt menaceront le peuple.
Le système de finances corrompt les mœurs, désertifie les campagnes, c’est un système fait sur mesure pour le despotisme, pour un État où le peuple se tait, écrasé de misère, et où les riches prospèrent à l’abri des troupes étrangères.
Rousseau n’a pas inventé le matérialisme historique, il ne dit pas que l’économie est la base sur laquelle s’édifie la politique et l’idéologie, mais il dit que chaque système économique prépare la politique qui lui convient, une politique à sa convenance.
J’espère donc que ce survol des positions de Rousseau aura convaincu qu’on ne peut pas cavalièrement le taxer de myopie historique.
Certes Rousseau n’est pas dialecticien, il ne voit pas dans la misère du monde naissant la promesse d’un lendemain radieux ; mais la question de trancher entre l’avenir prometteur et la misère présente, cette question n’est pas facile. Faut-il s’occuper du présent ou espérer l’avenir ? Cette question n’est facile ni pour Rousseau, ni pour Thomas More, ni pour Marx.
Marx a voulu être le fossoyeur du capitalisme, Rousseau a rêvé d’en être l’avorteur »
Yves Vargas
Source : http://www.dailymotion.com/video/xvekz2_rousseau-l-universel-concret-en-actes_news
(minutes 12 à 34).
Ce précieux texte au format PDF : https://old.chouard.org/Europe/Actualite_de_Rousseau_vs_Mandeville_Yves_Vargas_2012.pdf
[Mise à jour (23÷12÷2012, 1h15) :
Danièle, du Québec, nous a retranscrit la présentation de Barbara de Negroni, elle aussi très intéressante.
Voici son travail (Merci Danièle ! 🙂 ) :]
ROUSSEAU : L’UNIVERSEL CONCRET, EN ACTE
Présentation de Barbara De Negroni
Bonsoir, je voudrais travailler ce soir sur la relation qu’il y a chez Rousseau entre les notions… le rôle que peut jouer, chez lui, le concept de l’universel.
Rousseau a la réputation d’être un philosophe d’abord utopique, qui aurait brossé de grandes théories qui seraient inapplicables ; il a la réputation aussi d’être quelqu’un qui s’est beaucoup intéressé à ce qui était universel. On en fait le fondateur des Droits de l’homme et de tous ces textes universels qui seraient à la base de notre politique.
Et je voudrais poser la question : qu’est-ce qui relève de l’universalité et qu’est-ce qui n’en relève pas ? Et voir comment les textes de Rousseau pourraient permettre d’interroger l’Europe, — il me semble qu’ils sont d’une très grande actualité à ce niveau-là — et que Rousseau offrirait des instruments critiques de l’Europe ; il ne serait sans doute pas très surpris de ce qu’elle est actuellement et il donne des moyens de l’interroger.
Alors, on a, chez Rousseau, il me semble, une tension entre deux critères :
d’abord, l’idée qu’il faut travailler sur l’homme en général, sur un Homme universel et pas sur cet Homme pré-déterminé par une [paix ? ] sociale, par une fonction. Pas par cet Homme qui est considéré, au XVIIIe s, comme inégal aux autres, qui a des droits différents des autres.
Donc, il va fonder une notion de légitimité qui va supposer une égalité naturelle des hommes contre l’inégalité politique qui va refuser de considérer que, si les hommes, en société, sont inégaux, c’est en raison de différences naturelles qu’il y auraient entre eux ; c’est en raison d’inégalités qui seraient déjà là.
Et pour ça, il veut travailler sur un Homme universel. Par exemple, au début du Discours sur l’inégalité, il écrit :
« Mon sujet intéressant l’homme en général, je tâcherai de prendre un langage qui convienne à toutes les nations ; ou plutôt, oubliant les temps et les lieux pour ne songer qu’aux hommes à qui je parle, je me supposerai dans le lycée d’Athènes, répétant les leçons de mes maîtres, ayant les Platons et les Xénocrates pour juges, et le genre humain pour auditeur. »
Ou bien, au début d’Émile : « Il suffit que partout où naîtront des hommes, on puisse faire ce que je propose. »
Là, un critère qui semble être le genre humain, qui semble fixer une norme politique, et qui va conduire, par la suite, à définir des Déclaration[s] des droits de l’Homme et du Citoyen, pensés comme universels.
Or, il me semble qu’il se pose immédiatement un problème qui est : est-ce que l’on peut réussir à penser un citoyen universel ?
Quand les stoïciens parlent de citoyens du monde — ils en parlent de façon très métaphorique — est-ce qu’on peut penser véritablement à un « citoyen du monde » ? ; est-ce qu’on peut être citoyen du monde ? Est-ce qu’on peut être un citoyen européen, si on applique cela à un plus petit monde, ou bien est-ce qu’il y a là une difficulté et quand on pense au citoyen est-ce que le référentiel doit être le genre humain ?
Et par rapport à ces textes sur l’universalité, il y a d’autres textes de Rousseau qui vont définir la politique par rapport à ce que Rousseau appelle une « volonté générale ».
Et la volonté générale justement ce n’est PAS une volonté universelle. La volonté générale, elle, s’oppose à la fois à deux volontés :
la volonté générale c’est la volonté que chaque individu a quand il prend en compte l’intérêt général ; elle s’oppose tout aussi bien à sa volonté particulière, à celle qu’il peut avoir, en tant qu’individu par rapport à ses goûts personnels, et qui pourraient le conduire à faire passer son intérêt particulier avant l’intérêt général ; et elle s’oppose aussi à ce niveau-là, à ce que Rousseau appelle « une volonté de faction » , quand je suis lié à un groupe, quand je suis lié aux intérêts d’un groupe et que je fais passer les intérêts de mon groupe avant l’intérêt général.
Mais elle s’oppose aussi à une volonté universelle, elle ne peut pas être référée à l’universalité, et ça conduit Rousseau à critiquer le cosmopolitisme, dans des textes où il est très très précis sur la question, disant qu’il se méfie de ces prétendus cosmopolites et au début de l’Émile :
« Défiez-vous de ces cosmopolites qui vont chercher au loin dans leurs livres des devoirs qu’ils dédaignent de remplir autour d’eux. Tel philosophe aime les Tartares, pour être dispensé d’aimer ses voisins. ..
J’aime beaucoup ce texte et je trouve qu’il est très intéressant, vanter l’amour des Tartares pour se dispenser d’aimer ses voisins. Voir d’immenses devoirs à remplir à l’autre bout de l’humanité et négliger complètement ceux que l’on pourrait remplir tout près, et peut-être aussi vivre une sorte de pitié imaginaire au lieu de vivre des actes réels.
Et ça va alors conduire Rousseau à poser la question d’une société, d’une véritable société politique, d’un véritable État qui va supposer qu’on se réfère non pas à un cosmopolitisme mais à une CULTURE spécifique.
Ce sont des thèmes qu’il a beaucoup développés dans ses thèses de politiques appliquées. Quand Rousseau écrit pour la Corse, il écrit pour les Corses, il n’est pas question de les traiter comme des Génois, il n’est pas non plus question de leur donner des mœurs européennes. Quand Rousseau écrit pour la Pologne, il écrit pour les Polonais et il dénonce toute volonté des Polonais de devenir Européens.
Au début des Considérations sur le Gouvernement de Pologne, il écrit :
« Il n’y a plus aujourd’hui de Français, d’Allemands, d’Espagnols, d’Anglais, quoi qu’on dise ; il n’y a que des Européens. Tous ont les mêmes goûts, les mêmes passions, les mêmes mœurs, parce qu’aucun n’a reçu de forme nationale par une institution particulière. Tous, dans les mêmes circonstances, feront les mêmes choses ; tous se diront désintéressés et seront fripons ; tous parleront du bien public et ne penseront qu’à eux-mêmes ; tous vanteront la médiocrité et voudront être des Crésus ; ils n’ont d’ambition que pour le luxe, ils n’ont de passion que celle de l’or. Sûrs d’avoir avec lui tout ce qui les tente, tous se vendront au premier qui voudra les payer.
Que leur importe à quel maître ils obéissent, de quel État ils suivent les lois ? pourvu qu’ils trouvent de l’argent à voler et des femmes à corrompre, ils sont partout dans leur pays. ».
[Considérations sur le gouvernement de Pologne et sur sa réformation projetée].
Je trouve que c’est un texte, là aussi, extraordinairement moderne. Je ne peux pas m’empêcher, en lisant la phrase : pourvu qu’ils trouvent de l’argent à voler et des femmes à corrompre, ils sont partout dans leur pays. – à penser à certaines scènes de cet extraordinaire documentaire sur la crise de 2008 qui s’appelle Inside Job et où on ne voit qu’une chose : de l’argent à voler et des femmes à corrompre ; des crashs financiers qui se produisent à coup de spéculations et… je ne sais même pas si l’on peut parler de « bordels de luxe » parce que le mot « bordel » ne convient plus à ce niveau-là. Mais enfin bon… une institution pour trouver des femmes à corrompre particulièrement efficace. À la sortie du film, on a le sentiment que DSK était vraiment blanc comme un agneau, enfin bon, à côté du reste, c’était quasiment dérisoire.
Et ça conduirait à l’idée qu’il est absolument nécessaire de revenir à une institution spécifique.
Or, ce qui m’intéresse c’est de voir ce qui se passe quand on devient Européen pour Rousseau. En changeant de critères on finit par perdre tous critères nationaux, on finit par ne plus vivre comme un individu. Comme s’il y avait une tension entre un individu qui satisfait son intérêt et qui est incapable de penser à un universel abstrait.
Raison pour laquelle Rousseau considère que le christianisme est complètement utopique, que c’est une morale magnifique mais qu’elle est faite pour les hommes sans passion ; que du moment où les hommes ont des passions, il n’est pas applicable et qu’un peuple de chrétiens serait un peuple qui serait exterminé très rapidement parce que, de toute façon, si on tend la joue gauche à chaque fois que l’on vous a frappé la joue droite, on a peu de chance de survivre dans un monde où les autres en profitent. Cela supposerait que tout le monde pratique la même morale, ce n’est pas le cas et que, par-là même quand on veut vivre par rapport à ce critère d’universalité, en réalité qu’est-ce qui se passe ?
On revient à une forme d’individualisme ; on ne cherche plus que son intérêt personnel ; où les valeurs politiques n’existent plus.
Alors, que l’Europe soit symbolisée avant tout seulement par une banque ne me paraît pas tout à fait indifférent à ce texte.
Et ça va donc conduire à un paradoxe, c’est que pour qu’il y ait un bien public, il faut des forces particulières et ça va conduire Rousseau à travailler sur le rôle de LA FÊTE, sur le rôle des MONUMENTS et à ce texte étonnant à propos de la Pologne où il donne aux Polonais le modèle du peuple juif :
Rousseau écrit en 1772, juste avant le premier partage de la Pologne — la Pologne va complètement disparaître de la carte de l’Europe au XVIIIe s. ; elle réapparaît en 1919, trois partages successifs : la Prusse, l’Autriche et la Russie se coupant les morceaux — , et Rousseau écrit aux Polonais, en leur parlant de ce modèle de Moïse ; en montrant que Moïse osa faire un peuple libre, en donnant aux Polonais DES MŒURS TRÈS SPÉCIFIQUES et qu’il a fait cette chose étonnante qui fait qu’un peuple ait pu survivre au fait de ne plus avoir d’État ; qu’ils ont encore eu une patrie alors qu’ils n’avaient plus de terre.
Une façon de dire aux Polonais aussi que même s’ils n’ont plus de terre ils ont peut-être intérêt à garder un amour de la patrie et que c’est peut-être comme ça que leur pays pourra renaître un jour.
Donc, il me semble que cette tension est très importante et que lorsqu’on veut voir de Rousseau uniquement le théoricien de l’universel, on en fait un auteur qui est parfaitement inapplicable : on confond ce qui relève de PRINCIPES de droits politiques qui eux, évidemment sont universels, à une politique APPLIQUÉE qui elle est toujours spécifique, toujours particulière et qui n’est pas transposable d’un pays à un autre.
Et il n’est pas étonnant qu’un des très grands lecteurs de Rousseau au XXe s., soit Claude Lévi-Strauss, qui voit en Rousseau le fondateur des sciences de l’Homme ; qui voit en lui le fondateur du concept de culture et qui s’y réfère régulièrement tant il lui doit une dette immense.
C’est grâce à lui qu’il a pu élaborer certains concepts parce que précisément, c’est seulement à travers des notions comme celle de culture que l’on peut réussir à penser véritablement un peuple, et qu’il doit donc y avoir toujours une tension entre ce qui doit toujours relever d’une légitimité qui, elle, est universelle, et ce qui relève d’une légalité qui, par définition, est universelle dans un État mais qui n’est pas universalisable.
Voilà.
Barbara de Negroni
Source : http://www.dailymotion.com/video/xvekz2_rousseau-l-universel-concret-en-actes_news
(minutes 0 à 12).

Over taxer le luxe, déjà selon Rousseau…
(Ca va ? quelqu’un retranscrit ?)
Supprimer le Luxe et surtout interdire la création des biens autres que la propriété d’usage cher à Bernard Friot
Une autre trace du travail de Vargas sur Rousseau :
Rousseau et l’économie
https://mediaserver.unige.ch/play/73438
Et la collection :
1 Rousseau et la philosophie
2 Rousseau et les sciences
3 Rousseau et l’économie
4 Rousseau et la théologie politique
Hum !!! oui fort intéressant en effet
« chaque système économique prépare la politique qui lui convient »
au moins un point sur lequel je suis d’accord
Bien amicalement
J.C
C’est magnifique.
Merci Etienne.
Je retiendrais de l’intervention d’Yves Vargas dans le second lien ce qui suit :
« L’argent est incompatible avec l’égalité des fortunes. En effet, si l’argent est réparti également entre tous, alors il ne sert à rien. Les prix augmente et personne n’est plus riche qu’auparavant.
L’argent ne peut exister qu’en renforçant les inégalités sinon il est inutile, je cite « l’argent est un signe relatif qui n’a un effet véritable que par les inégalités de distribution. La pauvreté ne s’est fait sentir en Suisse que quand l’argent à commencé d’y pénétrer. »
« L’enrichissement monétaire n’a d’égard pour Rousseau qu’a l’intérêt particulier.
» et si tout se vend et tout s’achète, la patrie n’est plus rien »
« là où parle l’argent, le peuple fini par se taire »
Bien amicalement
J.C
Bon, intéressant , j’ai pas l’impression que quelqu’un retranscrive, J’m’y colle.
Etienne, je t’ai envoyé ma version de la retranscription sur ta boite mail.Il faudra surement a revoir. Bien amicalement . Bat
Mille mercis à Baptiste !!!
« Je voudrais réfléchir sur une critique de gauche adressée quelquefois à Rousseau. Je laisserai donc de côté les critiques de droite qui lui sont faites : Rousseau totalitaire, Rousseau précurseur de Robespierre/coupeur de tête… Je négligerai aussi les reproches affectifs : Rousseau père indigne, Rousseau misogyne, Rousseau ingrat pour ses amis.
Je m’en tiens au SEUL reproche sérieux que lui a adressé la critique marxisante, à savoir : Rousseau n’a pas vu venir le Capitalisme ; il s’est réfugié dans une position morale et dans un retour au passé nostalgique : une société de paysans laborieux et paisibles.
Avant d’entrer dans le vif du sujet, c’est-à-dire dans l’étude des théories, je note que ces reproches sont assez surprenants. À supposer que Rousseau ait été incapable de voir par lui-même la naissance de la société nouvelle, qu’on nommera bientôt Capitalisme, il était néanmoins assez bon lecteur et il ne manquait pas d’auteurs à son époque pour décrire et annoncer cette société, comme le montre ce que l’on appelle la “Querelle du luxe” dont je dirai un mot. S’il n’a pas vu, au moins il a lu.
Par ailleurs, on lui reproche un retour vers un passé nostalgique de petits paysans auto-suffisants et libres, vivant dans l’abondance sur des terres familiales ; mais on voit mal en quoi cela est nostalgique, car le passé féodal de l’Europe ne présente pas un tel tableau : les paysans étaient asservis à des propriétaires seigneuriaux, puis à des bourgeois ; et par ailleurs, dès le XIIème siècle, se développe un commerce international assez prospère qui anime les grandes villes et des marchés. L’Europe réelle du passé est bien loin de représenter un tableau de patrie paysanne libre et autarcique.
La pensée politique, économique et sociale de Rousseau ne tourne pas le dos à la réalité du XVIIIème, mais elle cherche à la combattre, à l’affronter ; c’est d’ailleurs parce que Rousseau a voulu combattre le capitalisme à sa naissance qu’il reste présent, comme on l’a montré tout à l’heure déjà, dans notre pensée politique au XXIème siècle. Ce combat philosophique prend chez Rousseau la forme d’un duel, au coup pour coup, concept pour concept : un duel avec Bernard de Mandeville, le premier grand philosophe de l’économie capitaliste (le deuxième s’appelle Karl Marx).
Mandeville a appris à tout le XVIIIème siècle comment il faut penser le monde nouveau, avec quels concepts, quelles valeurs, et aussi quels abandons.
Mandeville trace le paysage théorique nouveau, un paysage que viendront compléter, Voltaire, David Hume, Adam Smith, et qui sera repris plus tard par les libéraux, Friedrich Hayek en tête.
En prenant Mandeville pour cible, Rousseau ne s’est pas trompé, il a visé à la tête.
Il me faut donc dire quelques mots sur la théorie de Mandeville, et montrer comment la théorie de Rousseau est l’opposition terme à terme de cette théorie fondatrice de l’esprit capitaliste.
MANDEVILLE annonce la naissance du nouveau système économique en déplaçant le centre de l’économie : on passe d’une économie pensée en termes de BESOINS à une économie pensée en termes de DÉSIRS.
Jusqu’alors, la réflexion économique d’un pays tournait autour des besoins : il fallait trouver des ressources pour nourrir le pays et pour assurer la marche de l’État.
À partir de là, on cherchait comment répondre à ces besoins en développant telle ou telle céréale, en stockant les surplus d’une année sur l’autre, en faisant rentrer l’or de l’étranger. La vision de l’économie était STATIQUE : il y a ; d’un côté, une quantité de besoins à satisfaire, et de l’autre, une quantité de produits à fabriquer ou à trouver.
Mandeville renverse ce tableau et place au centre de l’économie, à la place des besoins, les désirs. Il avance que l’économie nouvelle qui enrichit les nations repose sur ce dont personne n’a besoin, mais que chacun désire : ce qu’il nomme LE LUXE.
Cette nouvelle économie du luxe n’est pas une lubie philosophique, elle repose, dit Mandeville, sur des caractères naturels aux Hommes : L’ORGUEIL ET L’ENVIE ; et ces deux passions, ces deux vices, l’orgueil et l’envie, sont le moteur de la richesse du pays :
- L’orgueil pousse à se distinguer, à se montrer supérieur aux autres, et trouve son objet dans l’exhibition des richesses : carrosses, domestiques en livrée, vêtements de soirée rares, maisons décorées, etc.
- L’envie pousse à imiter ceux qui nous paraissent supérieurs et à acquérir ce qu’ils possèdent.
Ces vices moraux font marcher les manufactures et le commerce, car les riches, sitôt qu’ils sont imités, lancent de nouvelles modes. Tout cela multiplie l’activité, fait baisser les prix en inondant le marché de produits nouveaux, inutiles mais qui offrent des emplois.
EN PASSANT DU BESOIN AU DÉSIR, MANDEVILLE FONDE L’ÉCONOMIE SUR L’IMAGINATION.
On dirait aujourd’hui qu’il a, le premier, montré que, dans le capitalisme, L’IDÉOLOGIE est un moteur productif essentiel ; de sorte qu’au XXème siècle, les théoriciens de la société de consommation, Gortz, Baudrillard, seront ses héritiers légitimes, et ceux qu’on appelle les experts du « marketing » seront ses enfants naturels.
Ce décentrement de l’économie (du besoin sur le désir) s’accompagne de conséquences sociales : POUR QUE LE MARCHÉ DE L’IMAGINAIRE TOURNE BIEN, IL FAUT QUE LES PAUVRES TRAVAILLENT CONTINUMENT, ET COMME PERSONNE N’AIME TRAVAILLER, IL FAUT QUE LES PAUVRES RESTENT PAUVRES, AFIN D’ÊTRE FORCÉS DE TRAVAILLER POUR MANGER.
La SOCIÉTÉ D’OPULENCE est donc une société fracturée qui implique un socle de misérables sur lequel elle est bâtie.
Cette fracture sociale s’accompagne d’une dislocation théorique puisque, si le désir est le concept central de l’économie de consommation, le besoin (manger tous les jours) le besoin reste le concept central de l’économie de production : LES RICHES CONSOMMENT PAR DÉSIR CE QUE LES PAUVRES FABRIQUENT PAR BESOIN.
LA NATION PROSPÈRE AVEC UNE TÊTE RÊVEUSE ET UN VENTRE CREUX.
La “Querelle du luxe” qui suivra la publication des œuvres de Mandeville — je vous les rappelle : “La fable des abeilles” et « L’essai sur les charités » —, cette querelle du luxe se focalisera sur le caractère immoral de ces écrits : ses partisans écarteront les aspects les plus cyniques et conserveront l’idée des bienfaits d’un luxe qui nourrit les pauvres. L’anthropologie pessimiste de « l’homme naturellement égoïste et orgueilleux » sera refoulée de la pensée économique et sera abandonnée aux philosophes moralistes, ceux qu’on appelle « les Écossais des lumières ».
Rousseau semble avoir vu, mieux que d’autres, que Mandeville est incontournable, pour la raison que CE QU’IL DIT EST VRAI.
La preuve que Rousseau a bien vu le monde capitaliste qui grandit, c’est qu’il a fait SIENNE la théorie de Mandeville parce qu’elle était la théorie de ce monde-là.
ROUSSEAU CONSIDÈRE QUE LA THÉORIE DE MANDEVILLE EST JUSTE ; MAIS C’EST LA THÉORIE JUSTE D’UN MONDE INJUSTE, c’est la théorie vraie d’une humanité égarée dans l’erreur. Il s’installe donc dans cette théorie anthropologique et économique pour affronter ce monde-là.
D’ailleurs, sans même aborder le fond de la théorie de Rousseau, on peut constater que Rousseau n’a pas méconnu le nouveau monde puisque, dans son Projet pour la Pologne, il écrit en toutes lettres aux Polonais :
« Si vous voulez être puissants, redoutés, si vous voulez qu’on parle de vous, si vous voulez avoir votre place parmi les grands de ce monde, alors, développez le commerce, le luxe et la monnaie ; mais ne me lisez pas, car je vous propose autre chose : je vous propose LA LIBERTÉ ».
Rousseau n’ignore donc pas que l’avenir des grandes nations se trouve du côté du commerce et du luxe, c’est-à-dire du côté de Mandeville.
Il a bien vu que ce système triomphant — il le nomme « SYSTÈME DE FINANCE », c’est le nom qu’il lui donne— ce système triomphant est le système de l’avenir, et il le combat ; il le combat de l’intérieur, par un corps à corps conceptuel.
En premier lieu, ROUSSEAU RECENTRE L’ÉCONOMIE SUR LE BESOIN : IL NE S’AGIT PAS DE RECHERCHER L’OPULENCE, MAIS D’ÉTABLIR PARTOUT L’ABONDANCE, C’EST-À-DIRE : QUE CHACUN A CE QU’IL LUI FAUT ET QUE PERSONNE NE MANQUE DE RIEN.
L’économie de la consommation désirante est donc exclue de l’économie Rousseauiste. CETTE ÉCONOMIE D’ABONDANCE QUE ROUSSEAU NOMME “LE VRAI SYSTÈME ÉCONOMIQUE”, PAR OPPOSITION AU “SYSTÈME DE FINANCE”, cette économie est toute fondée sur l’agriculture et sur les productions nécessaires : fabrication de maisons, de routes, des vêtements et des outils.
Ainsi la dislocation entre la production et la consommation est supprimée : le paysan consomme ce qu’il produit ; la consommation n’est pas une sphère autonome qui marche à la monnaie : elle est la suite naturelle du travail ; LE LUXE EST DONC BANNI et ne trouve plus sa place dans le vrai système économique.
Mais ce bannissement de principe ne suffit pas : ROUSSEAU ENGAGE UN PROGRAMME DE DESTRUCTION DU LUXE, c’est-à-dire un PROGRAMME D’ÉGALISATION DES RICHESSES en vue de généraliser la classe moyenne de paysan, ce qu’il nomme LA MÉDIOCRITÉ, les couches moyennes.
Il faut donc, pour Rousseau, enrichir les pauvres et appauvrir les riches.
Comment appauvrir les riches ? Ce point est une tâche gouvernementale, de longue haleine, elle requiert un programme économique et un dispositif idéologique, à partir des principes de Mandeville — c’est un aspect assez subtil, puisque Adam Smith, qui avait bien vu que Rousseau reprend à son compte les théories de Mandeville, Adam Smith n’a pas remarqué que Rousseau règle ses comptes avec Mandeville. Il faut donc être assez attentif à quelques détails pour suivre ce combat.
Mandeville décrit l’Homme naturellement orgueilleux & envieux. Il distingue L’AMOUR-PROPRE (self-liking) de L’AMOUR DE SOI (self-love). Ce dernier est un rapport intime à soi ; l’autre est lié à l’opinion des gens. Ces deux passions sont pour Mandeville également naturelles.
L’amour de soi pousse à l’égoïsme, l’amour propre pousse à la vanité.
Rousseau accepte ces concepts ; il les prend à son compte ; mais il introduit dans ce tableau des rectifications qui font exploser la théorie de Mandeville : il affirme que SEUL L’AMOUR DE SOI EST NATUREL, c’est un instinct de vie qui affecte tout être vivant, et l’Homme s’aime lui-même avant toute chose.
QUANT À L’AMOUR-PROPRE, C’EST UNE MODIFICATION DE L’AMOUR DE SOI PAR LA SOCIÉTÉ, C’EST DONC UNE PASSION DÉNATURÉE.
C’est ici que les choses se compliquent, car Rousseau distingue deux niveaux de l’amour-propre :
Lorsque les Hommes cessent d’être naturels, lorsqu’ils cessent d’être des animaux qui errent dans les forêts, quand ils entrent en relation les uns avec les autres, alors, NATURELLEMENT, chacun veut être préféré, veut être admiré : c’est le plus beau, le plus fort, le plus rapide à la course ; SON MOI DEVIENT RELATIF AUX REGARDS DES AUTRES ; c’est le commencement de l’amour propre.
Cet amour-propre est, bien sûr, non naturel si on le considère par rapport à l’Homme sauvage ; mais, si on considère que l’Homme n’est pas fait pour vivre avec les ours, si on considère que l’Homme est fait pour devenir social, alors on voit que sa nature le porte vers la société et donc cet amour-propre, ce premier amour-propre, est conforme à sa nature : c’est, en quelque sorte, « une nature de deuxième rang ». Cet amour-propre naturel, appelons-le comme ça, porte sur des relations entre des Moi, avec leurs qualités propres, la beauté, la force, etc.
Mais, quand la société se développe et se corrompt, l’amour-propre ne porte PLUS sur CE QUE JE SUIS, mais sur CE QUE J’AI, sur ce que je possède, et alors, on sort complètement de la nature car le Moi n’est plus en lui, il est hors de soi.
C’est le fond de la critique de Rousseau vis-à-vis de L’IMAGINATION QUI NOUS PORTE LÀ OÙ NOUS NE SOMMES PAS.
On voit bien que cette critique chez Rousseau n’est pas morale, comme chez Pascal : elle est politique, voire économique. L’amour propre orgueilleux que Mandeville décrit est certes naturel à l’origine, mais quand il porte sur les objets de luxe, il est corrompu et n’a rien à voir avec la nature.
Par cette distinction, Rousseau dissocie ce que Mandeville avait associé : il dissocie la passion de son objet ; il récupère l’amour propre et il rejette le luxe.
Il mène, CONTRE CET ESPRIT DE LUXE, UN DOUBLE COMBAT : UN COMBAT ÉCONOMIQUE qui appauvrit les riches en flattant leur amour-propre ; ET UN COMBAT IDÉOLOGIQUE qui remplace l’objet de l’amour-propre : un combat pour remplacer le mauvais luxe par un bon luxe en quelque sorte.
MANDEVILLE a dressé le tableau véridique de l’Homo economicus des temps nouveaux : c’est un riche qui dépense par orgueil et qui fait tourner les affaires. ROUSSEAU va combattre le système : il vise d’une part l’economicus en prenant des mesures économiques, et vise d’autre part l’ Homo en prenant des mesures psychologiques, anthropologiques.
Rousseau propose donc de taxer les produits de luxe les plus ostensibles, ceux qu’on ne peut pas cacher au fisc pour la bonne raison qu’ils sont faits pour être montrés, et ceux dont l’augmentation du prix du fait des taxes ne sera pas un obstacle puisqu’ils ne sont désirables que pour la raison qu’ils sont chers et que d’autres ne peuvent les payer.
Rousseau n’oublie pas que le système des finances est fondé sur le désir, et non sur le besoin, au point que le désir devient pour lui un second besoin.
Je cite Rousseau : “Ils aimeraient mieux mourir de faim que de honte”.
C’est ainsi que Rousseau résume ironiquement la philosophie économique de Mandeville : par le moyen des taxes, progressivement, les riches s’appauvrissent, et à terme, ils rentreront dans le rang de la classe moyenne. Tandis que les impôts permettront de valoriser les campagnes au profit de paysans. Le désir du luxe alimente les besoins des travailleurs par l’intermédiaire de l’État, et le système de finances dépérit lentement, victime de cette hémorragie interne.
Voilà pour l’economicus des temps nouveaux.
Passons à l’Homo capitaliste : concernant la nature humaine, on a vu que, si l’amour propre est naturel en société, la richesse n’est pas son objet naturel. Il est impossible de changer la nature, mais on peut réorienter sa pente : ROUSSEAU PROPOSE L’ÉTABLISSEMENT D’UN BON LUXE, C’EST-À-DIRE DES DISTINCTIONS, DES HONNEURS, QUI CÉLÈBRENT LES PAYSANS INGÉNIEUX ET LES PATRIOTES COURAGEUX, DE SORTE QU’IL Y AURA DE LA VANITÉ À ÊTRE SIMPLE.
Ce qui paraissait être le moteur naturel du capitalisme, devient le moteur de la démocratie paysanne, et le luxe prend des allures d’un appareil idéologique sous le contrôle de l’État.
On voit clairement que les réformes préconisées par Rousseau ne s’adressent pas du tout à un Homme naturel bon et innocent, mais bien à l’Homme corrompu par le système de finances dont il utilise les ressorts pour bloquer la machine.
LOIN DE SE TOURNER VERS UN PASSÉ NOSTALGIQUE ET IRRÉEL, ROUSSEAU A CHERCHÉ À ÉTABLIR UNE SOCIÉTÉ ANTI-FINANCIÈRE : il a voulu penser « l’avortement du capitalisme ».
Un dernier point pour boucler le cercle, sur la politique : au XVIIIème siècle, le rapport entre la politique et l’économie n’est pas une question centrale ; on considère même qu’une réforme économique peut s’accomplir sous n’importe quelle forme de pouvoir. Et dans le meilleur des cas, on cherche à éclairer le monarque afin qu’il favorise tel ou tel programme.
Rousseau, au contraire du courant dominant, assure qu’un système économique engendre le pouvoir politique dont il a besoin — « engendre » est un peu fort, disons qu’il le favorise — ; AINSI, LE SYSTÈME DE FINANCES EST LA VOIE QUI MÈNE AU DESPOTISME, C’EST UN SYSTÈME ÉCONOMIQUE QUI DÉTRUIT LA DÉMOCRATIE.
250 ans avant le dictat de Bruxelles qui a muselé le peuple grec, ROUSSEAU AVAIT AFFIRMÉ QUE LA LOGIQUE DE LA FINANCE EST INCOMPATIBLE AVEC LA SOUVERAINETÉ DES PEUPLES.
Pour comprendre son argument, on ne doit pas oublier que, POUR ROUSSEAU, LA DÉMOCRATIE EST UN COMBAT PERMANENT DU PEUPLE CONTRE SON GOUVERNEMENT, CAR TOUT GOUVERNEMENT “FAIT EFFORT, dit-il, POUR USURPER LE POUVOIR DU PEUPLE”, et le peuple doit réagir vite pour préserver ses prérogatives.
Cela suppose des conditions sociologiques et démographiques : les campagnes doivent être peuplées uniformément, de façon que les gens soient en contact et puissent se rassembler au besoin.
OR, LE SYSTÈME DE FINANCES AMASSE LES GENS DANS LES VILLES, ET LES CAMPAGNES SONT DÉSERTES.
Par ailleurs, si les Hommes se soucient avant tout de questions d’argent, ils seront peu enclins à se soucier des questions du Roi et de la démocratie, et ils paieront, s’il le faut, des mercenaires pour garantir leurs frontières, des mercenaires qui bientôt menaceront le peuple.
Le système de finances corrompt les mœurs, désertifie les campagnes, c’est un système fait sur mesure pour le despotisme, pour un État où le peuple se tait, écrasé de misère, et où les riches prospèrent à l’abri des troupes étrangères.
Rousseau n’a pas inventé le matérialisme historique, il ne dit pas que l’économie est la base sur laquelle s’édifie la politique et l’idéologie, mais il dit que chaque système économique prépare la politique qui lui convient, une politique à sa convenance.
J’espère donc que ce survol des positions de Rousseau aura convaincu qu’on ne peut pas cavalièrement le taxer de myopie historique.
Certes Rousseau n’est pas dialecticien, il ne voit pas dans la misère du monde naissant la promesse d’un lendemain radieux ; mais la question de trancher entre l’avenir prometteur et la misère présente, cette question n’est pas facile. Faut-il s’occuper du présent ou espérer l’avenir ? Cette question n’est facile ni pour Rousseau, ni pour Thomas More, ni pour Marx.
Marx a voulu être le fossoyeur du capitalisme, Rousseau a rêvé d’en être l’avorteur »
Yves Vargas
http://www.dailymotion.com/video/xvekz2_rousseau-l-universel-concret-en-actes_news
(minutes 12 à 34).
ÉTIENNE,
Il faut lâcher tes casseroles et tamis de chercheur de pépites. Lâche le 18ème siècle et le ‑500 en Grèce…
et concentre toi sur TON projet de Constituante française tirée au sort… PUIS sur sa promotion…
Et sur le Référendum d’initiative citoyenne qui te permettrait probablement de l’obtenir.
CONCENTRATION, CONCENTRATION !!! Tu es un vagabond de la pensée.
Amitiés
Yvan
Il me semble, Yvan, qu’Etienne veut, si jamais il veut, et si je puis formuler un zeste du portrait que je me fais de lui, des individus, mieux encore des personnes, qui prennent le relais. Je crois qu’il ne se voit pas en « prescripteur », en porteur de bannière, en guide même, peut-être en éveilleur. Ses doutes sont suffisamment beaux et illustratifs de son humanité (lorsqu’ils ne cassent pas la baraque, parfois !, et de fond en comble, svp, mais c’est mon humble avis).
N’est-ce pas au principe de l’idée démocratique ? L’appropriation de la chose commune (avec sans doute la plénitude propre de chacun) ?
À nous de voir, donc, selon moi. Ce qui n’est pas la moindre des difficultés, si l’on ne se sent pas prescripteur non plus !
Voyez, parfois, quand je me rends à une réunion publique, un salon plus ou moins militant, je glisse des informations, des idées assises sur son défrichage. Je me demande même si je ne devrais pas y aller de mon « stand Chouard », ou encore « démocratie, on te prépare si tu veux, ici ». Je patauge en ce moment sur ce que je peux réaliser, en cohérence, et à ma place… Je remets même en question mon engagement professionnel !
Comment cheminent en chacun de nous toutes les pensées et les êtres qu’ils proposent, les débats qui s’ensuivent en direct ?
Je découvre Castoriadis grâce à lui. Si l’homme est mort, sa pensée me paraît bien plus appropriée à notre temps que des études strictement contemporaines… Curieusement d’ailleurs, je constate que la période 68arde me donne beaucoup.
Bien des forces se réveillent, du courage, des convictions au contact d’Étienne. C’est énorme. Et il ouvre quelques pistes et solutions, en plus de proposer une certaine lucidité sur notre temps. De quoi donner le premier coup de pioche, un contenu, après le réveil !
Au risque d’incarner la bêtise et l’inconvenance (mais je l’accepte !, et j’espère que vous accepterez mes dires), j’ai essayé de vous suivre, Yvan. C’est trop construit pour moi, un auto-blocage surgit.
Je ne conçois pas une démocratie qui m’exclut ou qui veut me faire devenir autre, d’emblée (même visée pour autrui, si cela est jamais possible).
à trop vouloir foncer sans boussole, tamis et casserole, on finit le nez dans le brouillard, enfumé à vie.
@Yvan
S’il n’y avait pas quelques vagabonds de la pensée, elle serait figée.
S’il n’y avait pas en contrepartie des concentrateurs d’énergie, capables de se focaliser sur un point, la pensée vagabonde serait inutile et l’utopie (i.e. le pragmatisme de demain) serait irréaliste.
Et le fin du fin, c’est quand les deux qualités se trouvent présentes dans le même être.
Mieux encore quand elles se trouvent incarnées chez quelques individus sans ambition personnelle, des impulseurs, des pollinisateurs de conscience.
Si la force est pérenne, la modestie de la force implique la force de la modestie.
Et c’est bien de cela que manque la démocratie avant que d’être : elle manque de « leaders modestes » qui montrent la direction sans l’imposer, laissant au grand nombre la liberté de la suivre, ou pas. Ce qui ne veut pas dire que l’effort pour convaincre doit être mou.
Simple question : serait-il démocrate, celui qui imposerait la démocratie, et en particulier ses solutions ? Et serait-il démocrate, celui qui proposerait une constituante tirée au sort dont la mission serait de choisir celles des solutions que lui préfère ?
Et le RIC est une très bonne solution, mais il y en a d’autres. Notons qu’il est génétiquement opposé au concept de vrai consensus… Il s’inscrit encore dans une philosophie de la contrainte. … Bien que je le défende.
L’idéal est à mon sens de faire croître la conscience du grand nombre, afin d’avoir la certitude de la voir triompher, mais à l’abri de toute perversion ; et pour cela de promouvoir, par l’éducation entre autres, cette certitude, individuelle et collective, que la cohésion d’un peuple et la naissance d’une réelle volonté générale ne sont possibles que propulsées par la modestie de la force et par la force de la modestie.
Même si je les appelle de mes vœux, faute de grive on mange des merles, et je pense en particulier au RIC (autour de 2002 et 2008, je me suis pas mal battue pour lui), en se battant l’œil rivé sur des solutions, on renonce ipso facto à un autre type de société dont les convergences et synergies seraient non pas le fruit de votes et referendums mais la résultante d’un réseau dense de noyaux délibératifs ou philosophiques, interconnectés et bouillonnants. C’est mon fantasme 😉
Et nous avons ici un embryon de cela.
Alors, l’examen de Rousseau et Voltaire peut paraître ici un peu longuet, et on peut croire qu’il l’est trop, mais en en ayant extrait la substantifique moelle, nous pouvons en public réamorcer l’indignation citoyenne qui, du constat que le forfait « « républicain » » date de plus de deux siècles, peut conduire à l’exigence du RIC ici maintenant;)
La volonté générale ne peut être le résultat d’un vote, c’est mathématique.
Corrections !
le réflexe économique= à corriger (il dit autre chose)
baudrillard au lieu de Baudriard
continument au lieu de continuellement
fabriquent par besoin
dérivante = désirante
le vrai système économique
programme de destruction du luxe, c’est-à-dire de…
puisque Adam smith avait bien vu
naturellement orgueilleux
l’amour propre orgueilleux que Mandeville
à terme ils rentreront dans le rang
les impôts permettront
naturel en soi = société
les patriotes courageux
la voie qui mène au despotisme
où le peuple se tait, écrasé de misères
Certes Rousseau n’est pas DIALECTICIEN,
« La Voie du référendum » (article 3)… Les mots ont un sens : quand on s’engage dans une voie, c’est un processus c’est une démarche, c’est un questionnement.
Toutes les questions importantes sont bien trop complexes bien trop multi faces, et leurs réponses bien trop inconnues non encore explorées pour penser que le référendum résolve quoi que ce soit.
Je préfère donc de beaucoup l’expression voie du référendum que référendum .
Dans l’insupportable, il faut peut être accepter l’insuffisant, et même se battre pour lui, s’il est la première marche d’un long escalier dont on entrevoit que peu le sommet.
En fait, je peux comprendre un peu Yvan sans vouloir le défendre, car de défense, point n’est besoin, puisqu’il n’y a pas eu attaque.
C’est vrai que moi, ça me gonfle sérieux tous ces textes qui défilent comme des prescriptions médicales, les ‘il faut » ou il faudrait lire, ci ou ça, j’aime pas trop, et même que parfois ça m’énerve, même si moi aussi je ne suis pas la dernière à proposer l’écoute d’une conférence ci ou ça qui m’a bien séduite,je ne suis pas à un paradoxe près, mais n’empêche, y’a le n’empêche qui reste au travers de la gorge.
C’est qu’on aimerait bien que ça change sur le terrain du quotidien, et que de lire ça prend du temps, mais que de réagir sans prendre la distance du « abstiens-toi et supporte tant qu’il y a des « parce que », ça fait bien mal aussi, paradoxe, un de plus.
Mal, car alors on répète, on répète toujours les mêmes gammes, comme s’il s’agissait de rejouer quelque chose dans un entêtement qui cherche à comprendre sans sortir des espaces blessés qui déterminent nos réactions justement.
Et pourtant, et pourtant, de structures et de textes principiels comme nous avons besoin, c’est vrai Etienne, mais de souffle vif et neuf comme nous avons besoin aussi, c’est vrai Yvan.
Tous les deux, sans doute avez-vous raison.
Le point extérieur qui décoiffe cette apparente contradiction qui n’est que de surface, c’est le ici et maintenant qui pleure de se voir toujours englué dans le même piège qui tue, mais j’ai bon espoir qu’on lui fasse revêtir un autre costume !
Merci, cher Luis 🙂
J’ai procédé aux corrections que tu as signalées.
Et, comme tu m’as mis la puce à l’oreille, j’ai tout réécouté soigneusement => et j’ai trouvé/corrigé encore une myriade de petites coquilles ! 🙂
Cette fois, ce texte important est correctement relu, je crois.
Bien amicalement.
Étienne.
Est-ce que quelqu’un a réussi à enregistrer la vidéo ? Je n’y arrive pas.
Voici l’extrait de la vidéo où Vargas fait son exposé :
Rousseau vs Mandeville Société d’abondance… par gregosdenantes
Merci Gaudefroy 🙂
Plus je relis ce texte, plus je le trouve remarquable : puissant, décisif, éclairant.
Le DUEL manichéen VOLTAIRE (icône correcte des 1% méchants utilitaristes/« libéraux »/esclavagistes/voleurs/menteurs/malhonnêtes/cyniques/cupides) vs ROUSSEAU (icône correcte des 99% pauvres et le plus souvent gentils travailleurs forcés) me semble bien SYMBOLISER/RENDRE SENSIBLES nos principaux problèmes actuels, leur SOURCE même, la maladie que sont les RICHES et le LUXE pour nos sociétés humaines : les sociétés humaines souffrent (comme cause) du type de MONNAIE (accaparable) qui s’impose à elles, et surtout (comme conséquence) des RICHES de chaque époque, ceux qui ont compris les premiers comment on peut accaparer cette monnaie accaparable (et tous les pouvoirs qui sont à vendre).
Les pauvres (les 99%, les gens normaux) ne sont même pas capables de défendre la mémoire des philosophes des pauvres. Il y en a peu, pourtant. Ils acceptent même d’honorer les philosophes des riches, l’emblème sanglante et impénitente de leurs pires ennemis : Voltaire ! Où l’on voit la puissance du mensonge et son importance stratégique pour les riches. Il faut descendre Voltaire de son piédestal usurpé et y mettre Rousseau.
Il me semble que le choix de société qui s’est opéré à l’insu des peuples (et contre eux) il y a 200 ans, reste LE CHOIX DE SOCIÉTÉ encore à faire aujourd’hui.
Encore faut-il être capables d’au moins le VOULOIR… et donc d’abord d’en percevoir l’existence et l’importance.
Pour cela, rien de tel que la mise en scène correcte (entre nous puisqu’il ne faut évidemment pas compter sur les riches et leurs prétendus « médias » pour le faire correctement) de cette formidable LUTTE HISTORIQUE au cours de laquelle les (très marchandes, très riches et prétendues) >« LUMIÈRES » ont littéralement martyrisé et persécuté les héros populaires qui osaient (déjà) leur résister, comme Rousseau et Robespierre.
Il faut que j’arrive à synthétiser/ordonner tout ce que je reproche à Voltaire/Thiers/Pétain, tout ce que leurs vices éclairent aujourd’hui ; et tout ce que je trouve d’épatant chez Rousseau/Robespierre, tout ce qui peut nous servir aujourd’hui. Il y a trop de choses à dire, trop de dizaines de pages griffonnées. Synthèse difficile. Je cherche un plan. C’est un chantier important.
Amicalement.
Étienne.
Le fichier PDF de la synthèse éclairante d’Yves Vargas :
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Actualite_de_Rousseau_vs_Mandeville_Yves_Vargas_2012.pdf
Bonsoir,
Pour appauvrir les riches et enrichir les pauvres ; il est effectivement évident qu’il faille taxer plus le luxe que le pétrole, l’alcool et les cigarettes, qu’il faille taxer le travail des machines, et pas seulement le travail des prolétaires, qu’il faille énormément taxer le monde de la publicité qui détourne plus de « 500 milliards » (chiffre à vérifier) de l’économie productive des travailleurs, argent non réinjecté dans ces marchés par les profiteurs, qui sont très peu clients des marques qui les enrichissent, et dont l’hémorragie financière est continuellement compensée par les travailleurs/consommateurs prolétaires qui sont de plus en plus contraints d’avoir recours à des crédits et de ce fait, payent plus que les riches pour les mêmes produits et mêmes services…
Mais aussi, plus les riches seront riches et plus l’art et l’immobilier seront inaccessibles, et plus les riches voudront être encore plus riche…
Ce qui mène à une autre réflexion, un autre chantier colossal et démocratique pour lutter contre l’enrichissement privé grâce à l’appauvrissement des masses. Ce serait de légiférer sérieusement sur le principe de l’offre et de la demande pour qu’en passant par le juste prix (coût et marge raisonnables) on s’oriente vers des besoins essentiels démocratisés…
J‑Stéphane
http://jstephane.wordpress.com/2012/10/30/revenu-de-base-inconditionnel/
http://jstephane.wordpress.com/2012/04/16/tva-99-sur-la-publicite/
http://jstephane.wordpress.com/?s=ennemi
PS : Hors sujet. Quel est la véracité et le sérieux de ce qui suit ?
Merci de bien vouloir m’éclairer.
[… En ce moment même se tient à Dubaï une conférence de l’ONU mais des régimes autoritaires tentent d’imposer un contrôle gouvernemental total sur Internet par le biais d’un traité international contraignant. S’ils réussissent, Internet pourrait devenir moins ouvert, plus cher et plus lent. Nous n’avons plus que quelques jours pour les arrêter.
http://www.avaaz.org/fr/fr_touche_pas_a_mon_internet/?bbZNxdb&v=20055 …]
J‑Stéphane
Bonjour J‑Stéphane,
les régulations actuelles d’Internet portent déjà atteinte à la nature libre d’Internet puisque les serveurs racines sont tous basés aux États-Unis d’Amérique et que l’ICANN qui attribue les noms de domaine est chapeauté par le Département au Commerce des États-Unis.
Ainsi l’Internet irakien a été coupé en 2003 avant l’attaque des forces du régime de Georges Bush. Il faudrait être un expert pour décrypter les propositions de régulation de l’Internet débattues au sein de l’Union Internationale des Télécommunications et pour savoir quelles en seront les conséquences au quotidien.
J’ai plus l’impression qu’il s’agit d’un bras de fer entre les États-Unis qui possèdent le plus le contrôle du réseau que les autres contre justement les autres qui voudraient reprendre la main.
Les pétitions d’Avaaz sont souvent un faux-nez maquillé de manière progressiste des positions des États-Unis. Des fondations comme celle du multi-milliardaire Soros financent Avaaz.
Cela ne veut pas dire bien sûr que les projets chinois et russes soient émancipateurs pour l’Internet, mais il ne faudrait pas se leurrer sur les projets américains et sur le faux-nez Avaaz.
Une pétition indépendante et mieux rédigée est préférable à celle d’Avaaz qu’il vaut mieux s’abstenir de signer.
Une procédure de flicage (qui existe déjà) est soumise à discussion afin d’en élargir le champ d’action. Cette procédure (dont je n’ai plus le nom en tête) permet de lire le contenu des messages dans leur intégralité, et plus seulement le titre, comme avant, ce qui pose un évident problème vis-à-vis de la vie privée. Sous le classique prétexte de la protection des droits d’auteur, cette procédure dissimule mal la volonté de contrôler les contenus de n’importe quelle personne, partout dans le monde, et de manière instantanée. Cela mène directement vers une société de contrôle politique, car la tentation est trop forte. Les moyens techniques sont là, ils sont performants et les grandes puissances et agences de renseignements (entendre « Gestapo » modernes) sont demandeuses de législation moins contraignantes pour l’usage de ces technologies.
On va se faire bouffer notre nouvel outil de communication libre, cela ne fait aucun doute. Brzezinski, faisant écho aux propos de la harpie Hillary Clinton qui déclarait en 2010 devant une commission sénatoriale : « Il y a une guerre de l’information et nous sommes en train de la perdre », vient de dire, lors d’une conférence en Pologne, que la résistance des peuples de plus en plus éveillés politiquement et réfractaires par nature à toute forme de contrôle, est en train d’empêcher les poussées de l’agenda de l’imposition du Nouvel Ordre Mondial au monde. Il a même affirmé que « nous n’aurions jamais du inventer l’internet » (sic) …
Les oligarques sont donc conscient de la menace que l’internet libre représente pour leur agenda de domination mondiale, ils s’en inquiètent, et cherchent bien évidemment à planifier la riposte et la prise de contrôle de l’internet.
Morpheus
Toute chose a deux versants, c’en est une illustration ! Rien de neuf là-dedans Morphéus, tu devrais d’ailleurs décliner ton identité, ce serait comme plus clair je trouve, plus transparent. On ne sait pas d’où tu parles, moi ça me chiffonne tes interventions.
Merci Gilles pour tes infos sur les serveurs racines, alors eux aussi ils ont des racines.sourire!!!
« Catherine B » ne me semble pas plus transparent que « Morpheus ».
J’ajoute qu’il n’est pas difficile de mettre un visage sur mon pseudo, si vraiment tu veux en avoir le cœur net.
Mes interventions te chiffonnent, et tu me demandes de révéler mon identité. Le messager plutôt que le message. Comme toujours.
Soit ce que je dis éveille un intérêt (ou un questionnement, ou un doute), et alors sers-toi de tes qualités de discernement pour décider si mon message est pertinent ou non ; soit ce que je dis dérange ton confort mental et intellectuel (ça te « chiffonne »), et alors c’est que mon message touche quelque chose de sensible chez toi. Dans un cas comme dans l’autre, connaître mon identité, nom et prénom, change-t-il quelque chose ? Objectivement, cela ne changera rien, absolument rien.
Morpheus
Si tu étais ici depuis 2008, tu saurais qui je suis. Ceci pour la transparence. Mon identité, moult personnes la connaissent.
Savoir de où l’on parle quand les interventions sont malhonnêtes, souvent, oui, ça me semble diablement important.
La vérité avec une minuscule il va sans dire peu importe d’où elle vient, quand c’est juste c’est juste, mais quand on enfume à souhait de façon aussi subtile, là, c’est du poison pour moi, et ça se doit d’être démasqué. Message et messager sont alors une seule et même entité.
Désormais, je ne réponds plus à tes interventions, les choses sont claires. On ne donne pas de la confiture aux cochons!Excuse-moi si c’est un peu hard, mais il faut appeler un chat, un chat !
Tu te méprends complètement à mon sujet.
Ce n’est pas la première fois que tu réagis aussi impulsivement en projetant tes peurs, il me semble.
Sans te dire mon nom (qui n’a pas d’importance), je peux t’en dire un peu sur qui je suis.
Je suis Belge et je vis dans l’Ardenne Belge (au sud du pays, pas très loin de la frontière française), dans un petit village entouré de forêts. J’ai néanmoins vécu pendant 20 ans à Bruxelles, où j’ai fait des études artistiques. J’ai arrêté l’école à 16 ans. Je n’ai pas de BAC ou d’équivalent. Je n’ai pas de diplôme ni universitaire, ni d’école supérieure. J’ai quelques qualifications professionnelles (PAO, Sérigraphie, Charpenterie, Conception et Construction de maison en bois). Je sais travailler le métal (fabrication d’armures). J’ai longtemps organisé, animé et créé des jeux de rôle grandeur nature. J’ai longtemps participé aux activités d’une troupe de reconstitution médiévale. J’ai travaillé comme employé dans diverses entreprises et comme ouvrier, notamment dans le bâtiment et pour un ébéniste. J’ai aussi été artisan (indépendant) pendant une courte période (3 ans).
Je ne suis membre d’aucun syndicat, d’aucun parti politique, d’aucune communauté religieuse, d’aucune secte, d’aucun club de réflexion (sauf le club des gentils virus).
N’ayant plus de travail depuis plusieurs années, n’ayant plus aucune source de revenu (ni chômage, ni RMI), afin de ne pas être à la rue, j’ai bénéficié de la dernière solidarité possible, la solidarité du noyau familial, et je vis donc chez mes parents, où j’ai aménagé un petit espace de 9 m² qui constitue à la fois ma chambre et mon bureau. Ah, j’oubliais : je suis célibataire, sans enfant et hétérosexuel.
Bref, un type normal.
Cela suffit-il à dissiper tes suspicions ?
Morpheus
Bonsoir,
@gilles & Morpheus,
Merci pour toutes ces infos, donc, notre liberté d’expression sur Internet est bien menacée, mais ce n’est pas AVAAZ qui va la préserver, alors comment se défendre d’une attaque annoncée ?
Il est peut-être plus judicieux d’orienter cette discussion sur un autre sujet déjà ouvert ?
@Catherine B
Si on se montre on est mégalo, et si on se cache, on a méga peur, qu’importe le flacon… Contentons-nous d’en apprécier le contenu…
Justement Stéphane, si vous aimez tout, vous n’aimez rien !
Pour ma part, mois après mois, je trouve « Morpheus » intelligent, clair, patient, compréhensif, gentil et constructif.
Il développe un art de reformuler les problèmes et les solutions alternatives en présence que je trouve éclairant ; utile ; consensuel ; toujours dans une préoccupation pragmatique du bien commun.
J’aime beaucoup lire Morpheus.
Et je trouve les paroles agressives de « Catherine B » injustes, confuses et inutiles.
Signé : Étienne Chouard 🙂
Merci Étienne, cela me fait plaisir de lire ces compliments.
@ Catherine B
Je n’ai pas compris ta fronde à mon encontre. J’ai cru comprendre dans un autre message que tu étais malade, alors je me dis que cela affecte peut-être ta sensibilité et que peut-être un côté un peu professoral, un peu rigide dans mes messages (j’admets volontiers être assez assertif, surtout ces dernières semaines) ont peut-être pu te froisser. Sache que je n’ai jamais eut l’intention de te blesser, en tout cas. Ce n’est pas parce que nous ne nous comprenons pas et que nous pouvons être en désaccord sur certains points que nous sommes ennemis.
Morpheus
@ J‑Stéphane
Le truc, c’est que couper internet au niveau mondial reviendrait à priver les peuples de leur soma – la pilule bleue – et que cela reviendrait à réveiller les gens, y compris ceux qui vivent encore dans les illusions. L’élite est coincée avec ce problème qui n’a pas encore de solution.
Couper internet = réveil brutal et révolte populaire
Garder internet = outil de coordination et d’information populaire
Dans les deux cas, ils ont des soucis à se faire. Mais ne sous-estimons pas l’intelligence et la perversion de l’élite : eux aussi se servent d’internet, et ils disposent de moyens technologiques que nous ignorons.
A mon avis, leur seule option pour l’instant est de développer des systèmes d’écoute des flux, de traçage, de localisation et des banques de données secrètes, et en même temps, d’appuyer toutes les législations (nationales et internationale) afin de contrôler les flux du net.
Il est également possible qu’ils utilisent la technique habituelle de l’attentat sous fausse bannière pour justifier l’imposition d’une législation de contrôle mondiale. Pour cela, ils organiseraient une attaque internet sous fausse bannière (attribuée faussement à l’Iran ou aux Anonymous, par exemple). Je ne vois guère ce que nous pourrions faire à notre niveau, sinon rester vigilant et collecter le plus d’informations (croisées et vérifiées, pour ne pas donner dans le hoax), et alerter l’opinion sur chaque projet de loi visant à museler, contrôler, sécuriser l’internet. Et espérer que les Anonymous et/ou Wikileaks soient en mesure de révéler à temps ce genre de stratégie.
Cordialement,
Morpheus
Merci d’avoir pris la peine de corriger mes erreurs de rédaction.
Pour revenir à J‑Jacques Rousseau, il me semble que la meilleure manière de populariser son œuvre serait de le vulgariser, car une idée comprise seulement par une élite ne pourra jamais se démocratiser, et c’est un paradoxe si l’on œuvre pour la démocratie.
PS : Gavons-nous d’Internet tant que cela nous est possible. 😉
Bonne nuit
J‑Stéphane
C’est très facile ce que vous faites-là Etienne mais ça vous revient certes, ça vous appartient, je m’incline car je n’ai rien d’autre à faire.
Vous manquez diablement de discernement à mon sens, mais ce n’est pas la première fois et ce ne sera pas la dernière.
Tous les livres que vous lisez ne vous servent à rien, ou à pas grand chose, car ça n’aiguise en rien votre regard, or, avant de changer le monde, c’est le regard qui doit changer, sans un regard autre, tout est voué à l’échec.
« Catherine B »,
Voilà, je manque de discernement et vous pas, les livres que je lis ne servent à rien contrairement à ceux que vous recommandez, mon regard n’est pas aiguisé comme l’est le vôtre, et ce blog « vous gonfle » (disiez-vous gentiment plus haut).
Je vous ai déjà invitée à mettre fin vous-même à vos propres souffrances 🙂 en vous éloignant de ce lieu inutile et absurde, où vous vous faites du mal, finalement ; et en pure perte puisque je n’arrive pas même à vous comprendre…
Je vous avais d’ailleurs fait remarquer cette sorte de masochisme qui vous ramène ici perpétuellement (pour y faire la mouche du coche), et vous nous aviez promis — assez solennellement — de plus jamais remettre les pieds dans cet enfer de sottise qu’est le blog du plan C 🙂
…
Je note que vous êtes parjure 🙂
De mon côté, je vous supporte : comme Nietzsche, je pense que ce qui ne me tue pas me rend plus fort 🙂
Étienne.
Mais Cher Etienne, s’il suffisait de dire nenni pour que les choses changent, alors ce que vous faites ne servirait à rien. De vous mettre les pieds dans le mensonge du monde ne fait pas de vous forcément quelqu’un de mensonger, seulement il faut le traverser ce mensonge pour espérer possiblement le dépasser ou tout au moins intégrer, digérer une partie de ses mensonges.
Vouloir faire le saut en ayant l’illusion de l’avoir dépassé est un leurre de plus auquel je ne souscris pas, c’est la raison pour laquelle ne vous en déplaise je continuerai si j’en ai le désir à venir glisser quelques mots ici.
Vous qui vous proclamez chantre de la démocratie, avant de dire vous devriez montrer l’exemple. Certes, et c’est tout à votre honneur vous laissez la tribune ouverte en laissant passer tous les messages, mais vous avez une façon tout à fait particulière de vous approprier la parole en en faisant la vôtre par vos surlignages qui nous permettent de tracer votre opinion à travers eux, et votre bon grain et votre mauvais ivraie se dessinent ainsi.
Apprenez déjà à respecter vos lecteurs en ne leur mâchant pas le travail et en les laissant libre de mettre l’accent où bon leur semblera. À votre façon vous fabriquez un autre consentement, mais je crains fort que vous n’en n’ayez conscience. Vous me supportez, mais vous réagissez sans offrir le temps nécessaire de réflexion, ce qui veut bien dire que vous n’êtes pas libre par rapport à cela. Vous ressentez cela comme des choses personnelles, alors qu’il s’agit ici de poser des fondements, des principes, bref, vous vous trompez de combat. Vous n’aurez pas à mourir, car je ne sais pas si vous êtes bien vivant…
Bonjour Catherine B,
Pour qu’une critique soit utile, il faut effectivement exposer ce qui déplaît, mais il faut aussi mentionner ce que l’on espère, sinon ce que l’on reproche restera et ce que l’on attend aura peu de chance de venir.
Donc, à moins d’avoir besoin de dessins pour comprendre l’orientation positive de votre texte, je pense qu’il se veut seulement désagréable.
Cordialement.
Quid de la vidéo « Sur Rousseau » d’Yves Vargas ? Quelqu’un a‑t-il un lien valide??
Ma chère Danièle, du Québec, nous a retranscrit la présentation de Barbara de Negroni, elle aussi très intéressante.
Voici son travail :
ROUSSEAU : L’UNIVERSEL CONCRET, EN ACTE
Présentation de Barbara De Negroni
Bonsoir, je voudrais travailler ce soir sur la relation qu’il y a chez Rousseau entre les notions… le rôle que peut jouer, chez lui, le concept de l’universel.
Rousseau a la réputation d’être un philosophe d’abord utopique, qui aurait brossé de grandes théories qui seraient inapplicables ; il a la réputation aussi d’être quelqu’un qui s’est beaucoup intéressé à ce qui était universel. On en fait le fondateur des Droits de l’homme et de tous ces textes universels qui seraient à la base de notre politique.
Et je voudrais poser la question : qu’est-ce qui relève de l’universalité et qu’est-ce qui n’en relève pas ? Et voir comment les textes de Rousseau pourraient permettre d’interroger l’Europe, — il me semble qu’ils sont d’une très grande actualité à ce niveau-là — et que Rousseau offrirait des instruments critiques de l’Europe ; il ne serait sans doute pas très surpris de ce qu’elle est actuellement et il donne des moyens de l’interroger.
Alors, on a, chez Rousseau, il me semble, une tension entre deux critères :
d’abord, l’idée qu’il faut travailler sur l’homme en général, sur un Homme universel et pas sur cet Homme pré-déterminé par une [paix ? ] sociale, par une fonction. Pas par cet Homme qui est considéré, au XVIIIe s, comme inégal aux autres, qui a des droits différents des autres.
Donc, il va fonder une notion de légitimité qui va supposer une égalité naturelle des hommes contre l’inégalité politique qui va refuser de considérer que, si les hommes, en société, sont inégaux, c’est en raison de différences naturelles qu’il y auraient entre eux ; c’est en raison d’inégalités qui seraient déjà là.
Et pour ça, il veut travailler sur un Homme universel. Par exemple, au début du Discours sur l’inégalité, il écrit :
« Mon sujet intéressant l’homme en général, je tâcherai de prendre un langage qui convienne à toutes les nations ; ou plutôt, oubliant les temps et les lieux pour ne songer qu’aux hommes à qui je parle, je me supposerai dans le lycée d’Athènes, répétant les leçons de mes maîtres, ayant les Platons et les Xénocrates pour juges, et le genre humain pour auditeur. »
Ou bien, au début d’Émile : « Il suffit que partout où naîtront des hommes, on puisse faire ce que je propose. »
Là, un critère qui semble être le genre humain, qui semble fixer une norme politique, et qui va conduire, par la suite, à définir des Déclaration[s] des droits de l’Homme et du Citoyen, pensés comme universels.
Or, il me semble qu’il se pose immédiatement un problème qui est : est-ce que l’on peut réussir à penser un citoyen universel ?
Quand les stoïciens parlent de citoyens du monde — ils en parlent de façon très métaphorique — est-ce qu’on peut penser véritablement à un « citoyen du monde » ? ; est-ce qu’on peut être citoyen du monde ? Est-ce qu’on peut être un citoyen européen, si on applique cela à un plus petit monde, ou bien est-ce qu’il y a là une difficulté et quand on pense au citoyen est-ce que le référentiel doit être le genre humain ?
Et par rapport à ces textes sur l’universalité, il y a d’autres textes de Rousseau qui vont définir la politique par rapport à ce que Rousseau appelle une « volonté générale ».
Et la volonté générale justement ce n’est PAS une volonté universelle. La volonté générale, elle, s’oppose à la fois à deux volontés :
la volonté générale c’est la volonté que chaque individu a quand il prend en compte l’intérêt général ; elle s’oppose tout aussi bien à sa volonté particulière, à celle qu’il peut avoir, en tant qu’individu par rapport à ses goûts personnels, et qui pourraient le conduire à faire passer son intérêt particulier avant l’intérêt général ; et elle s’oppose aussi à ce niveau-là, à ce que Rousseau appelle « une volonté de faction » , quand je suis lié à un groupe, quand je suis lié aux intérêts d’un groupe et que je fais passer les intérêts de mon groupe avant l’intérêt général.
Mais elle s’oppose aussi à une volonté universelle, elle ne peut pas être référée à l’universalité, et ça conduit Rousseau à critiquer le cosmopolitisme, dans des textes où il est très très précis sur la question, disant qu’il se méfie de ces prétendus cosmopolites et au début de l’Émile :
« Défiez-vous de ces cosmopolites qui vont chercher au loin dans leurs livres des devoirs qu’ils dédaignent de remplir autour d’eux. Tel philosophe aime les Tartares, pour être dispensé d’aimer ses voisins. ..
J’aime beaucoup ce texte et je trouve qu’il est très intéressant, vanter l’amour des Tartares pour se dispenser d’aimer ses voisins. Voir d’immenses devoirs à remplir à l’autre bout de l’humanité et négliger complètement ceux que l’on pourrait remplir tout près, et peut-être aussi vivre une sorte de pitié imaginaire au lieu de vivre des actes réels.
Et ça va alors conduire Rousseau à poser la question d’une société, d’une véritable société politique, d’un véritable État qui va supposer qu’on se réfère non pas à un cosmopolitisme mais à une CULTURE spécifique.
Ce sont des thèmes qu’il a beaucoup développés dans ses thèses de politiques appliquées. Quand Rousseau écrit pour la Corse, il écrit pour les Corses, il n’est pas question de les traiter comme des Génois, il n’est pas non plus question de leur donner des mœurs européennes. Quand Rousseau écrit pour la Pologne, il écrit pour les Polonais et il dénonce toute volonté des Polonais de devenir Européens.
Au début des Considérations sur le Gouvernement de Pologne, il écrit :
« Il n’y a plus aujourd’hui de Français, d’Allemands, d’Espagnols, d’Anglais, quoi qu’on dise ; il n’y a que des Européens. Tous ont les mêmes goûts, les mêmes passions, les mêmes mœurs, parce qu’aucun n’a reçu de forme nationale par une institution particulière. Tous, dans les mêmes circonstances, feront les mêmes choses ; tous se diront désintéressés et seront fripons ; tous parleront du bien public et ne penseront qu’à eux-mêmes ; tous vanteront la médiocrité et voudront être des Crésus ; ils n’ont d’ambition que pour le luxe, ils n’ont de passion que celle de l’or. Sûrs d’avoir avec lui tout ce qui les tente, tous se vendront au premier qui voudra les payer.
Que leur importe à quel maître ils obéissent, de quel État ils suivent les lois ? pourvu qu’ils trouvent de l’argent à voler et des femmes à corrompre, ils sont partout dans leur pays. ».
[Considérations sur le gouvernement de Pologne et sur sa réformation projetée].
Je trouve que c’est un texte, là aussi, extraordinairement moderne. Je ne peux pas m’empêcher, en lisant la phrase : pourvu qu’ils trouvent de l’argent à voler et des femmes à corrompre, ils sont partout dans leur pays. – à penser à certaines scènes de cet extraordinaire documentaire sur la crise de 2008 qui s’appelle Inside Job et où on ne voit qu’une chose : de l’argent à voler et des femmes à corrompre ; des crashs financiers qui se produisent à coup de spéculations et… je ne sais même pas si l’on peut parler de « bordels de luxe » parce que le mot « bordel » ne convient plus à ce niveau-là. Mais enfin bon… une institution pour trouver des femmes à corrompre particulièrement efficace. À la sortie du film, on a le sentiment que DSK était vraiment blanc comme un agneau, enfin bon, à côté du reste, c’était quasiment dérisoire.
Et ça conduirait à l’idée qu’il est absolument nécessaire de revenir à une institution spécifique.
Or, ce qui m’intéresse c’est de voir ce qui se passe quand on devient Européen pour Rousseau. En changeant de critères on finit par perdre tous critères nationaux, on finit par ne plus vivre comme un individu. Comme s’il y avait une tension entre un individu qui satisfait son intérêt et qui est incapable de penser à un universel abstrait.
Raison pour laquelle Rousseau considère que le christianisme est complètement utopique, que c’est une morale magnifique mais qu’elle est faite pour les hommes sans passion ; que du moment où les hommes ont des passions, il n’est pas applicable et qu’un peuple de chrétiens serait un peuple qui serait exterminé très rapidement parce que, de toute façon, si on tend la joue gauche à chaque fois que l’on vous a frappé la joue droite, on a peu de chance de survivre dans un monde où les autres en profitent. Cela supposerait que tout le monde pratique la même morale, ce n’est pas le cas et que, par-là même quand on veut vivre par rapport à ce critère d’universalité, en réalité qu’est-ce qui se passe ?
On revient à une forme d’individualisme ; on ne cherche plus que son intérêt personnel ; où les valeurs politiques n’existent plus.
Alors, que l’Europe soit symbolisée avant tout seulement par une banque ne me paraît pas tout à fait indifférent à ce texte.
Et ça va donc conduire à un paradoxe, c’est que pour qu’il y ait un bien public, il faut des forces particulières et ça va conduire Rousseau à travailler sur le rôle de LA FÊTE, sur le rôle des MONUMENTS et à ce texte étonnant à propos de la Pologne où il donne aux Polonais le modèle du peuple juif :
Rousseau écrit en 1772, juste avant le premier partage de la Pologne — la Pologne va complètement disparaître de la carte de l’Europe au XVIIIe s. ; elle réapparaît en 1919, trois partages successifs : la Prusse, l’Autriche et la Russie se coupant les morceaux — , et Rousseau écrit aux Polonais, en leur parlant de ce modèle de Moïse ; en montrant que Moïse osa faire un peuple libre, en donnant aux Polonais DES MŒURS TRÈS SPÉCIFIQUES et qu’il a fait cette chose étonnante qui fait qu’un peuple ait pu survivre au fait de ne plus avoir d’État ; qu’ils ont encore eu une patrie alors qu’ils n’avaient plus de terre.
Une façon de dire aux Polonais aussi que même s’ils n’ont plus de terre ils ont peut-être intérêt à garder un amour de la patrie et que c’est peut-être comme ça que leur pays pourra renaître un jour.
Donc, il me semble que cette tension est très importante et que lorsqu’on veut voir de Rousseau uniquement le théoricien de l’universel, on en fait un auteur qui est parfaitement inapplicable : on confond ce qui relève de PRINCIPES de droits politiques qui eux, évidemment sont universels, à une politique APPLIQUÉE qui elle est toujours spécifique, toujours particulière et qui n’est pas transposable d’un pays à un autre.
Et il n’est pas étonnant qu’un des très grands lecteurs de Rousseau au XXe s., soit Claude Lévi-Strauss, qui voit en Rousseau le fondateur des sciences de l’Homme ; qui voit en lui le fondateur du concept de culture et qui s’y réfère régulièrement tant il lui doit une dette immense.
C’est grâce à lui qu’il a pu élaborer certains concepts parce que précisément, c’est seulement à travers des notions comme celle de culture que l’on peut réussir à penser véritablement un peuple, et qu’il doit donc y avoir toujours une tension entre ce qui doit toujours relever d’une légitimité qui, elle, est universelle, et ce qui relève d’une légalité qui, par définition, est universelle dans un État mais qui n’est pas universalisable.
Voilà.
Barbara de Negroni
Source : http://www.dailymotion.com/video/xvekz2_rousseau-l-universel-concret-en-actes_news
(minutes 0 à 12).
Danièle, je te remercie chaleureusement 🙂
Étienne.
« S’il n’y avait pas quelques vagabonds de la pensée, elle serait figée… »
Face à l’impatience de notre cher Yvan Bachaud, je trouve l’argument d’Ana empreint de « patience révolutionnaire »…
Car en effet, si Rousseau n’avait pas la science discutable de la « pensée dialectique », sa façon de « vagabonder » était en fait « le plus court chemin » que l’intelligence peut découvrir avec l’intuition de la complexité des choses : Étienne pour moi est donc très inspiré d’enrichir notre « culture de gentils virus » avec des considérations « rousseauistes » et plus, car ce qui fera la virulence des virus, c’est de savoir à quels fondements il faut s’attaquer pour devenir un « agent de la refondation »…Disons « refondation de la souveraineté populaire »…
@ Ana, Voici ce que çà m’inspire :
Te dire
Démocratie
Te dire que je t’aime,
Enchaîné dans les fers
De mes crédits pervers,
Cette déclaration
De bagnard
Se perd en dérision
Dans le noir
Des dettes sans espoir…
C’est avec Toi pourtant
Dans la nuit hors du temps
Que mon coeur vagabonde…
Jusque dans l’Autre Monde,
Celui duquel ce soir
M’interpelle l’espoir…
Il y aura Des lois
Nouvelles pour qu’un jour
Chacun trouve l’emploi
De ses forces d’amour…
Le rapace tourne en rond.
Puis quand c’est l’heure, il fond sur sa proie.
Ni trop tôt, ni trop tard.
Nul lapinou n’oserait lui dire :
hé mec, tu tournes en rond !
La vérité est complexe et l’approche spiraliste en est nécessaire. Savoir cependant cibler l’est aussi. Mais nous sommes nombreux, et si certains tournent en rond, d’autres cibleront, en temps voulu, avec d’autant plus de précision que les cercles d’approche accomplis par d’autres auront été larges et nombreux.
Mais ne dormons pas : ce serait bien de réussir avant la catastrophe.
Je viens de me taper un infarctus et ça m’enquiquine vraiment de devoir me reposer et d’être inefficace.
Nous tenons en nos mains une eau fuyante …
@Ana :Le rapace tourne et le rat passe…
Il faut marcher dans la nature, sans forcer, et ne pas s’énerver devant nternet…Ayons confiance dans le peuple composé, qu’on le regrette ou pas, d’avant-gardes, d’élites, et autres forcément faisant face aux élites de plus en plus médiocres de la « classe dominante ».…mais c’est vrai qu’il ne faut pas « croire » à la lutte des classes…constatons tout de même ce qui se passe sur le « théatre des confrontations, en ce moment : le MEDEF a un allié gouvernemental qui croit pouvoir divertir et diviser le peuple sur des questions dites « de société »…pendant que les salariés se font massacrer par les rats qui passent…(inversion-dérision)…Et pendant ce temps là, certains tirent à boulets rouges sur « les partis », mais filent le parfait amour avec ceux de la droite , car « ils le valent bien ».…Alors , en attendant le remplacement des partis par une convocation de tirés au sort par la Reine LAURENCE aux yeux de lynx, ne nous trompons pas de parti ! Amitiés !
Ah … La lutte des classes…
Et pourquoi ne pas penser en lieu et place de la lutte des classes à « la lutte contre les classes ».
Contre leur existence.
Car enfin, ce qui est monstrueux, c’est bien qu’il y en ait des classes.
Et en promouvoir ou en arbitrer la lutte, c’est un peu en accepter l’existence et la pérennité, l’inéluctable reconduction.
Et si l’une gagne, on aboutit à la planète néolibérale, pas le top du top question équité hein, et si l’autre gagne, on aboutit à la dictature du prolétariat, locution pirouette mais dramatique en son incarnation.
Car enfin, ce qui est monstrueux, c’est bien le fait qu’il y a des classes, et nous détenons là le symptôme dramatique de l’incompétence humaine à se concerter unie.
Alors d’où nous vient cette incompétence ?
Sommes nous mauvais ?
Égoïstes au point de vouloir bouffer l’autre à la première occasion ?
Les hyper-riches, les 1%, les affreux, sont ils le produit naturel et inéluctable de notre bassesse atavique, et les casseurs de banlieue n’en sont ils que le reflet vaincu ?
Je ne crois pas.
Peut être une partie de mauvais et une partie de bon, qui seraient en conflit, inside bibi comme outside ;
mais je crois plutôt qu’ embobinés par des circonstances difficiles, et de file en aiguille, nos ancêtres, ceux d’outre-Histoire ET ceux du passé récent, ont fait de mauvais choix, ont pris de sales habitudes, qui perdurent, qui nous tiennent prisonniers, nouilles en quenouille, en une prison dont certains murs sont systémiques et d’autres psychanalytiques. Le fameux paradigme quoi.
Le fameux paradigme dont maint philosophe nous dit qu’il faut le changer, et je suis bien d’accord.
Il y est fait allusion plus haut lorsqu’on nous parle de la transition historique (mais à quelle époque ???) du besoin vers le désir (cf vidéo), j’ajoute : passage du réel au hors sol ; déconnexion du couple réalité/finalité ; ça c’est l’une des pistes de réflexion en ce qui concerne le chapitre psy, et je la crois intéressante puisque cette déconnexion du réel induit justement (comme expliqué en vidéo)une société qui pour fonctionner a besoin d’un socle de pauvreté.
ça peut paraître intello ( faut dire qu’on nous y pousse en haut de page hihi ) mais il semblerait que la lutte et l’existence des classes soient corrélée à l’abandon de l’étalon besoin/vital au profit de l’étalon désir/luxe, et que donc pour assainir le monde, autant que penser démocratie il peut être nécessaire de penser besoins vitaux, de recentrer la libido planétaire sur la simplicité de la vie.
En Inde, Gandhi a fait interdire les castes, mais elles perdurent. Le paradigme est plus fort que la loi, et c’est donc l’esprit qu’il faut réformer, avant toute chose … ou en même temps 😉
Sur mon azerty, je ne sais pas faire le ç majuscule => ?
Qui se souvient de Maxime NEMO (1888−1975) secrétaire Général de l’association Jean Jacques Rousseau, philosophe autodidacte, poète,romancier, premier Citoyen du Monde ?
Nul doute qu’il aurait adhéré à ce Forum et l’aurait enrichi de ses réflexions.
Il avait déjà dans les années 60 commenté dans ses conférences,cette phrase de Rousseau sur le cosmopolitisme
Auteur de « l’Acte de Vivre » – L’homme nouveau JJ Rousseau -