F. Lordon : « CONSPIRATIONNISME : LA PAILLE ET LA POUTRE » – Jean Quatremer voit des complots partout

26/08/2012 | 47 commentaires

Chers amis,

Voi­ci une perle, un régal, de l’in­tel­li­gence pure, du grand Lor­don, en pleine forme :

Conspirationnisme : la paille et la poutre

Ven­dre­di 24 août 2012, par Fré­dé­ric Lordon


Plan :
• Pour une pen­sée non com­plo­tiste des com­plots (quand ils existent)
• Le conspi­ra­tion­nisme comme symp­tôme poli­tique de la dépos­ses­sion
• L’ap­pren­tis­sage de la majo­ri­té (à pro­pos de la « loi de 1973 »)
• À conspi­ra­tion­niste, conspi­ra­tion­niste et demi !
• D’un cer­tain conspi­ra­tion­nisme euro­péiste
• Non pas les agents du mal mais la force des struc­tures

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Le peuple est bête et méchant, le peuple est obtus. Au mieux il pense mal, le plus sou­vent il délire. Son délire le plus carac­té­ris­tique a un nom : conspi­ra­tion­nisme. Le conspi­ra­tion­nisme est une malé­dic­tion. Par­don : c’est une béné­dic­tion. C’est la béné­dic­tion des élites qui ne manquent pas une occa­sion de ren­voyer le peuple à son enfer intel­lec­tuel, à son irré­mé­diable mino­ri­té. Que le peuple soit mineur, c’est très bien ain­si. Sur­tout qu’il veille à conti­nuer d’en pro­duire les signes, l’é­lite ne s’en sent que mieux fon­dée à pen­ser et gou­ver­ner à sa place.

Pour une pen­sée non com­plo­tiste des com­plots (quand ils existent)

Il fau­drait sans doute com­men­cer par dire des com­plots eux-mêmes qu’ils requièrent d’é­vi­ter deux écueils symé­triques, aus­si faux l’un que l’autre : 1) en voir par­tout ; 2) n’en voir nulle part. Quand les cinq grandes firmes de Wall Street en 2004 obtiennent à force de pres­sions une réunion long­temps tenue secrète à la Secu­ri­ties and Exchange Com­mis­sion (SEC), le régu­la­teur des mar­chés de capi­taux amé­ri­cains, pour obte­nir de lui l’a­bo­li­tion de la « règle Picard » limi­tant à 12 le coef­fi­cient de levié­ri­sa­tion glo­bale des banques d’af­faires [1], il fau­drait une réti­cence intel­lec­tuelle confi­nant à l’ob­tu­ra­tion pure et simple pour ne pas y voir l’ac­tion concer­tée et dis­si­mu­lée d’un groupe d’in­té­rêts spé­cia­le­ment puis­sants et orga­ni­sés – soit un com­plot, d’ailleurs tout à fait cou­ron­né de suc­cès. Comme on sait les firmes de Wall Street fini­ront levié­ri­sées à 30 ou 40, stra­té­gie finan­cière qui fera leur pro­fits hors du com­mun pen­dant la bulle… et nour­ri­ra une panique aus­si incon­trô­lable que des­truc­trice au moment du retour­ne­ment. Des com­plots, donc, il y en a, en voi­là un par exemple, et il est de très belle facture.

Sans doute ne livre-t-il pas à lui seul l’in­té­gra­li­té de l’a­na­lyse qu’ap­pelle la crise finan­cière, et c’est peut-être là l’une des fai­blesses notoires du conspi­ra­tion­nisme, même quand il pointe des faits avé­rés : son mono­ïdéisme, la chose unique qui va tout expli­quer, l’i­dée exclu­sive qui rend compte inté­gra­le­ment, la réunion cachée qui a déci­dé de tout. Exemple type de mono­ïdéisme conspi­ra­tion­niste : Bil­der­berg (ou la Tri­la­té­rale). Bil­der­berg existe ! La Tri­la­té­rale aus­si. Ce n’est donc pas du côté de l’é­ta­blis­se­ment de ce (ces) fait(s) que se consti­tue le pro­blème (comme ça peut être le cas à pro­pos du 11 sep­tembre par exemple) : c’est du côté du sta­tut cau­sal qu’on leur accorde. Ain­si donc de Bil­der­berg ou de la Tri­la­té­rale éri­gées en orga­ni­sa­teurs uniques et omni­po­tents de la mon­dia­li­sa­tion néo­li­bé­rale. Pour défaire le mono­ïdéisme de la vision com­plo­tiste, il suf­fit de l’in­vi­ter à se prê­ter à une expé­rience de pen­sée contre­fac­tuelle : ima­gi­nons un monde sans Bil­der­berg ni Tri­la­té­rale, ce monde hypo­thé­tique aurait-il évi­té la mon­dia­li­sa­tion néo­li­bé­rale ? La réponse est évi­dem­ment non. Il s’en déduit par contra­po­si­tion que ces conclaves occultes n’é­taient pas les agents sine qua non du néo­li­bé­ra­lisme, peut-être même pas les plus impor­tants. Et pour­tant ceci n’est pas une rai­son pour oublier de par­ler de Bil­der­berg et de la Tri­la­té­rale, qui disent incon­tes­ta­ble­ment quelque chose du monde où nous vivons.

Il suf­fi­rait donc par­fois d’un soup­çon de cha­ri­té intel­lec­tuelle pour rete­nir ce qu’il peut y avoir de fon­dé dans cer­taines thèses immé­dia­te­ment dis­qua­li­fiées sous l’é­ti­quette désor­mais infa­mante de « conspi­ra­tion­nistes », écar­ter leurs éga­re­ments expli­ca­tifs, et conser­ver, quitte à les réagen­cer autre­ment, des faits d’ac­tions concer­tées bien réels mais dont la doc­trine néo­li­bé­rale s’ef­force d’o­pé­rer la déné­ga­tion – il est vrai qu’il entre consti­tu­ti­ve­ment dans la vision du monde des domi­nants de dénier géné­ri­que­ment les faits de domi­na­tion (sala­riés et employeurs, par exemple, sont des « co-contrac­tants libres et égaux sur un mar­ché du tra­vail »…), à com­men­cer bien sûr par tous les faits de ligue expli­cite par les­quels les inté­rêts domi­nants concourent à la pro­duc­tion, à la repro­duc­tion et à l’ap­pro­fon­dis­se­ment de leur domi­na­tion. Dans un débat public média­tique qui n’a pas son pareil pour salo­per irré­mé­dia­ble­ment n’im­porte quelle ques­tion, il est donc pro­ba­ble­ment sans espoir d’i­ma­gi­ner défi­nir une posi­tion inter­mé­diaire qui tien­drait ensemble et la régu­la­tion contre cer­tains erre­ments extra­va­gants (jus­qu’au scan­da­leux) de la pen­sée conspi­ra­tion­niste, et l’i­dée que la domi­na­tion, si elle est prin­ci­pa­le­ment pro­duite dans et par des struc­tures, est aus­si affaire pour par­tie d’ac­tions col­lec­tives déli­bé­rées des domi­nants – mais faire ce genre de dis­tinc­tion est sans doute trop deman­der, et on voit d’i­ci venir les com­men­taires épais qui feront de ce pro­pos une défense apo­lo­gé­tique du com­plo­tisme et des complotistes…

On pour­rait arguer que l’a­na­lyse socio­lo­gique ou poli­to­lo­gique de ces actions concer­tées, pré­ci­sé­ment, se déploie hors des schèmes intel­lec­tuels carac­té­ris­tiques du conspi­ra­tion­nisme : mono­ïdéisme, exclu­si­visme, attrac­tion sans par­tage pour l’oc­culte, igno­rance cor­ré­la­tive pour tous les effets imper­son­nels de struc­ture, etc. [2] Et ce serait par­fai­te­ment exact ! C’est bien pour­quoi il serait temps de faire la part des com­plots – comme faits avé­rés, puis­qu’il en existe cer­tains – et du com­plo­tisme – comme forme géné­rale –, soit d’en appe­ler, en quelque sorte, à une pen­sée non com­plo­tiste des com­plots, c’est-à-dire aus­si bien : 1) recon­naître qu’il y a par­fois des menées concer­tées et dis­si­mu­lées – on pour­ra les appe­ler des com­plots, et 2) refu­ser de faire du com­plot le schème expli­ca­tif unique de tous les faits sociaux, ajou­ter même que de tous les schèmes dis­po­nibles, il est le moins inté­res­sant, le moins sou­vent per­ti­nent, celui vers lequel il faut, métho­do­lo­gi­que­ment, se tour­ner en der­nier… et ceci quoi­qu’il ait par­fois sa place ! Et il fau­drait sur­tout conso­li­der cette posi­tion inter­mé­diaire à l’en­contre de tous ceux pour qui main­te­nir l’a­mal­game des com­plots et du com­plo­tisme a l’ex­cel­lente pro­prié­té de jeter le bébé avec l’eau du bain, en d’autres termes de garan­tir l’es­ca­mo­tage des faits de synar­chie avec la dis­qua­li­fi­ca­tion de la forme « complotisme ».

Le conspi­ra­tion­nisme comme symp­tôme poli­tique de la dépossession

Tout ceci cepen­dant est dire à la fois trop et trop peu quand, du conspi­ra­tion­nisme, il est pos­sible de prendre une vue laté­rale qui vient quelque peu brouiller l’i­mage de ses habi­tuelles dénon­cia­tions, et puis, plus encore, celle de ses fré­né­tiques dénon­cia­teurs. Sans doute trouve-t-on de tout à pro­pos du conspi­ra­tion­nisme : des tableaux sar­cas­tiques de ses plus notoires délires (le fait est qu’il n’en manque pas…), des revues de ses thèmes fétiches, jus­qu’à de savantes (pitoyables) ana­lyses de la « per­son­na­li­té com­plo­tiste » et de ses psy­cho­pa­tho­lo­gies. Mais d’a­na­lyse poli­tique, point ! La puis­sance des effets de dis­qua­li­fi­ca­tion, la force avec laquelle ils font le tri des locu­teurs, les carac­té­ris­tiques sociales asso­ciées à ce tri même, la réser­va­tion de la parole légi­time à cer­tains et l’ex­clu­sion abso­lue des autres, pro­cé­dant là aus­si par un effet d’a­mal­game qui confond dans l’a­ber­ra­tion men­tale, puis dans l’in­ter­dic­tion de par­ler, toute une caté­go­rie, voire un ensemble de caté­go­ries sociales, à par­tir de quelques éga­rés iso­lés, ceci pour faire du dis­cours poli­tique l’af­faire mono­po­lis­tique des « repré­sen­tants » assis­tés des experts : tous ces méca­nismes devraient pour­tant atti­rer l’at­ten­tion sur les enjeux pro­pre­ment poli­tiques enga­gés dans le « débat sur le conspi­ra­tion­nisme » – au lieu de quoi il n’est matière qu’à glous­se­ments ou cris faus­se­ment hor­ri­fiés puisque, si iso­lées soient-elles, les saillies conspi­ra­tion­nistes four­nissent la meilleure rai­son du monde à la dépossession.

Dépos­ses­sion : tel est peut-être le mot qui livre la meilleure entrée poli­tique dans le fait social – et non pas psy­chique – du conspi­ra­tion­nisme. Car au lieu de voir en lui un délire sans cause, ou plu­tôt sans autre cause que l’es­sence arrié­rée de la plèbe, on pour­rait y voir l’ef­fet, sans doute aber­rant, mais assez pré­vi­sible, d’une popu­la­tion qui ne désarme pas de com­prendre ce qu’il lui arrive, mais s’en voit sys­té­ma­ti­que­ment refu­ser les moyens – accès à l’in­for­ma­tion, trans­pa­rence des agen­das poli­tiques, débats publics appro­fon­dis (entendre : autre chose que les indi­gentes bouillies ser­vies sous ce nom par les médias de masse) etc. Déci­dé­ment l’é­vé­ne­ment poli­tique le plus impor­tant des deux der­nières décen­nies, le réfé­ren­dum sur le trai­té consti­tu­tion­nel euro­péen de 2005 a mon­tré ce que peut, pour­tant dans un extra­or­di­naire cli­mat d’ad­ver­si­té, un corps poli­tique auquel on donne le temps de la réflexion et du débat : s’emparer des matières les plus com­plexes et se les appro­prier pour pro­duire un suf­frage éclairé.

Hors de ces condi­tions excep­tion­nelles, tous les moyens ou presque de faire sens des forces his­to­riques qui l’as­saillent et sur­tout d’a­voir part aux déli­bé­ra­tions qui décident de son des­tin lui sont refu­sés. Or, remarque Spi­no­za, le quant-à-soi ne sau­rait connaître aucune sus­pen­sion : « nul ne peut céder sa facul­té de juger » (Trai­té poli­tique), aus­si celle-ci s’exerce-t-elle comme elle peut, dans les condi­tions qui lui sont faites, et avec l’a­char­ne­ment du déses­poir quand au sur­plus elle n’a que son mal­heur à pen­ser. Le conspi­ra­tion­nisme n’est pas la psy­cho­pa­tho­lo­gie de quelques éga­rés, il est le symp­tôme néces­saire de la dépos­ses­sion poli­tique et de la confis­ca­tion du débat public. Aus­si est-il de la der­nière inep­tie de repro­cher au peuple ses erre­ments de pen­sée quand on a si métho­di­que­ment orga­ni­sé sa pri­va­tion de tout ins­tru­ment de pen­sée et sa relé­ga­tion hors de toute acti­vi­té de pen­sée. Cela, nul ne le dit mieux que Spi­no­za : « Il n’est pas éton­nant que la plèbe n’ait ni véri­té ni juge­ment, puisque les affaires de l’E­tat sont trai­tées à son insu, et qu’elle ne se forge un avis qu’à par­tir du peu qu’il est impos­sible de lui dis­si­mu­ler. La sus­pen­sion du juge­ment est en effet une ver­tu rare. Donc pou­voir tout trai­ter en cachette des citoyens, et vou­loir qu’à par­tir de là ils ne portent pas de juge­ment, c’est le comble de la stu­pi­di­té. Si la plèbe en effet pou­vait se tem­pé­rer, sus­pendre son juge­ment sur ce qu’elle connaît mal, et juger cor­rec­te­ment à par­tir du peu d’élé­ments dont elle dis­pose, elle serait plus digne de gou­ver­ner que d’être gou­ver­née » (Trai­té poli­tique, VII, 27).

L’ap­pren­tis­sage de la majo­ri­té (à pro­pos de la « loi de 1973 »)

Mais plus encore que de la dépos­ses­sion, le conspi­ra­tion­nisme, dont les élites font le signe d’une irré­mé­diable mino­ri­té, pour­rait être le signe para­doxal que le peuple, en fait, accède à la majo­ri­té puis­qu’il en a sou­pé d’é­cou­ter avec défé­rence les auto­ri­tés et qu’il entre­prend de se figu­rer le monde sans elles. Il ne lui manque qu’une chose pour y entrer com­plè­te­ment, et s’ex­traire des chausse-trappes, telle celle du conspi­ra­tion­nisme, dont tout débat public est inévi­ta­ble­ment par­se­mé : l’exer­cice, la pra­tique, l’ha­bi­tude… soit tout ce que les ins­ti­tu­tions de la confis­ca­tion (repré­sen­ta­tion, médias, experts) lui refusent et qu’il s’ef­force néan­moins de conqué­rir dans les marges (asso­cia­tions, édu­ca­tion popu­laire, presse alter­na­tive, réunions publiques, etc.) – car c’est en s’exer­çant que se forment les intel­li­gences indi­vi­duelles et collectives.

Le débat sur la « loi de 1973 », inter­di­sant sup­po­sé­ment le finan­ce­ment moné­taire des défi­cits publics devrait typi­que­ment être regar­dé comme l’une des étapes de cet appren­tis­sage, avec son pro­ces­sus carac­té­ris­tique d’es­sais et d’er­reurs. Bien sûr la « loi de 1973 », objet dans cer­taines régions de l’In­ter­net d’une acti­vi­té effer­ves­cente, a connu son lot d’embardées : depuis la vidéo à ambiance com­plo­tiste de Paul Gri­gnon, Money as Debt, por­tant au jour une gigan­tesque conspi­ra­tion moné­taire – ce sont les banques pri­vées qui créent la mon­naie – dont les termes pou­vaient cepen­dant être lus dans n’im­porte quel manuel d’é­co­no­mie de Pre­mière ou de Ter­mi­nale SES !, jus­qu’à la lourde insis­tance à renom­mer la loi, d’a­bord « loi Pom­pi­dou » mais pour mieux arri­ver à « loi Roth­schild », où cer­tains ne ver­ront qu’une allu­sion aux connexions du pou­voir poli­tique et de la haute-finance [3] quand d’autres y lais­se­ront jouer toutes sortes d’autres sous-entendus…

Au milieu de toutes ces sco­ries, un prin­cipe de cha­ri­té poli­tique pour­rait cepen­dant voir : 1) ce petit miracle des non-experts se sai­sis­sant d’une ques­tion à l’é­vi­dence tech­nique mais que ses enjeux poli­tiques des­tinent au débat le moins res­treint pos­sible : la mon­naie, les banques ; 2) le sur­gis­se­ment, peut-être désor­don­né mais fina­le­ment salu­taire, d’in­ter­ro­ga­tions sur la légi­ti­mi­té des taux d’in­té­rêt, le finan­ce­ment des défi­cits publics, les figures pos­sibles de la sou­ve­rai­ne­té moné­taire, la place adé­quate des émet­teurs de mon­naie dans une socié­té démo­cra­tique ; 3) une intense acti­vi­té polé­mique, au meilleur sens du terme, avec pro­duc­tion kilo­mé­trique de textes, lan­ce­ment de sites ou de blogs, contro­verses docu­men­tées en tous sens, etc. Tout ceci, oui, au milieu d’i­gno­rances élé­men­taires, de quelques déra­pages notoires et de fausses routes mani­festes – cer­tains par­mi les plus achar­nés à dénon­cer la loi de 1973 com­mencent à s’a­per­ce­voir qu’ils ont pour­sui­vi un fan­tôme de lièvre [4] … Mais pour­tant comme un exer­cice col­lec­tif de pen­sée qui vaut en soi bien mieux que toutes ses imper­fec­tions, et dans lequel, tout sar­casme sus­pen­du, il fau­drait voir un moment de ce pro­ces­sus d’ap­pren­tis­sage typique de l’en­trée dans la majo­ri­té. Sans sur­prise, des tré­bu­che­ments de l’ap­pren­tis­sage les élites ins­tal­lées tirent par­ti pour refu­ser l’ap­pren­tis­sage même. On les com­prend : il y va pré­ci­sé­ment de la dépos­ses­sion des dépossédeurs.

À conspi­ra­tion­niste, conspi­ra­tion­niste et demi !

Mais les appe­ler « élites », n’est-ce pas beau­coup leur accor­der ? Et que valent les élites en ques­tions à l’aune même des cri­tères qu’elles appliquent aux autres ? Répondre com­plè­te­ment à cette ques­tion exi­ge­rait de repar­cou­rir l’in­ter­mi­nable liste des erreurs acca­blantes de diag­nos­tic, de pro­nos­tic, de conseils mal­avi­sés, innom­brables foi­rades des experts, cala­mi­tés « intel­lec­tuelles » à répé­ti­tion, obs­ti­na­tion dans l’er­reur, pas­sion pour le faux : avec une sys­té­ma­ti­ci­té qui est en soi un phé­no­mène, tous les pré­cep­teurs de la mon­dia­li­sa­tion néo­li­bé­rale se sont trom­pés. Mais puis­qu’il est ques­tion ici du conspi­ra­tion­nisme, c’est bien sur ce ter­rain qu’il faut les prendre. Car voi­là toute la chose : à conspi­ra­tion­niste, conspi­ra­tion­niste et demi… Où il appa­raît que la sup­po­sée élite y tombe aus­si faci­le­ment que le bas peuple ! Qui vou­drait faire du conspi­ra­tion­nisme un dérè­gle­ment n’au­rait alors pas d’autre issue que de consta­ter com­bien lar­ge­ment il est répan­du – et que les fron­tières sociales sont rien moins qu’­her­mé­tiques sous ce rapport.

De ce point de vue c’est peut-être l’af­faire DSK qui aura le plus spec­ta­cu­lai­re­ment déchi­ré le voile. Car jamais on n’au­ra vu théo­ries du com­plot fleu­rir aus­si allè­gre­ment dans les plus hautes sphères du com­men­ta­riat. Les poli­tiques, sur­tout du PS, sont évi­dem­ment les pre­miers à y choir, quitte à ce que ce soit sur le mode de la pré­té­ri­tion, ain­si Jean-Chris­tophe Cam­ba­dé­lis dans une décla­ra­tion fameuse : « Je ne suis pas un adepte des com­plots mais… [5] », sui­vi comme il se doit par une série de conjec­tures dont la conspi­ra­tion est la seule conclu­sion logique ; Jacques Atta­li qui d’or­di­naire sait bien voir les abîmes de la pen­sée conspi­ra­tion­niste mais, quand il s’a­git de DSK, évoque d’a­bord l’hy­po­thèse d’une « mani­pu­la­tion » [6] ; Fran­çois Loncle, dépu­té PS qui assure pour sa part « qu’il n’y a pas de com­plot » [7] mais « un coup mon­té » [8], c’est très dif­fé­rent. « La thèse du com­plot se répand sur le web » titre un des articles de Libé­ra­tion [9] – « sur le web », n’est-ce pas, en aucun cas dans les pages du papier… Mais il faut bien l’a­vouer, jamais on n’au­ra vu « thèse du com­plot » si ample­ment expo­sée et si aima­ble­ment relayée dans les colonnes de la grande presse, quitte à ce que ce soit pour la dis­cu­ter, voire la réfu­ter, en tout cas sans qu’il soit jugé indigne cette fois d’en faire la men­tion ou de ridi­cu­li­ser ceux dans la bouche de qui elle est d’a­bord venue.

D’un cer­tain conspi­ra­tion­nisme européiste

Les illus­tra­tions les plus spec­ta­cu­laires cepen­dant ne sont pas for­cé­ment les meilleures, et si elle a fait la démons­tra­tion édi­fiante de ce que valent les régu­la­tions de la classe oli­gar­chique – à savoir rien – en situa­tion de grande ten­sion – par exemple quand il s’a­git de sau­ver de l’op­probre son meilleur espoir –, l’af­faire DSK demeure trop excep­tion­nelle pour être par­fai­te­ment signi­fi­ca­tive. Autre­ment par­lantes les pul­sions conspi­ra­tion­nistes qui émaillent à répé­ti­tion le dis­cours de la crise euro­péenne, à plus forte rai­son quand elles se donnent libre cours dans l’un des jour­naux les plus rigou­reu­se­ment don­neur de leçon anti-conspi­ra­tion­niste, Libé­ra­tion, et sous la plume de son jour­na­liste le plus atta­ché à traî­ner dans la boue – y com­pris pour conspi­ra­tion­nisme – toute posi­tion de gauche cri­tique de l’Eu­rope telle qu’elle est, Jean Qua­tre­mer, auteur par exemple d’un magni­fique « Quand l’eu­ros­cep­ti­cisme mène au conspi­ra­tion­nisme » [10].

Mais voi­là : depuis que son objet ché­ri est en crise et atta­qué de toutes parts, Jean Qua­tre­mer n’en finit pas de voir des com­plots par­tout. « Presse anglo-saxonne », « mar­chés finan­ciers amé­ri­cains », « agences de nota­tion », « hedge funds » : la mon­naie unique euro­péenne, pour­tant plus franche que l’or, est la cible de per­ni­cieuses entre­prises de désta­bi­li­sa­tion déli­bé­rée, orches­trées qui plus est par la plus malé­fique des enti­tés : « la finance anglo-saxonne ». Pour qui dou­te­rait qu’un esprit fon­da­men­ta­le­ment sain, puisque euro­péen, ait pu ain­si être infec­té par la mala­die du com­plot, flo­ri­lège de titres : « Les agences de nota­tion com­plices des spé­cu­la­teurs ? » (21 sep­tembre 2011), « Les mar­chés finan­ciers amé­ri­cains attaquent l’eu­ro » (6 février 2010), « Com­ment le Finan­cial Times ali­mente la crise » (30 mai 2010), « Moo­dy’s veut la peau du triple‑A fran­çais » (21 novembre 2011), « Les banques alle­mandes contre la zone euro » (31 juillet 2011), « Le jeu trouble de Reu­ters dans la crise de la zone euro » (29 juillet 2012).

Et l’in­té­rieur est à l’a­ve­nant de la devan­ture : « Il appa­raît de plus en plus clair (sic) que des banques et des fonds spé­cu­la­tifs amé­ri­cains jouent l’é­cla­te­ment de la zone euro » [11] – le com­plot est donc d’a­bord anglo-saxon. C’est l’im­per­méa­bi­li­té à tout argu­ment ration­nel qui atteste l’in­ten­tion concer­tée de nuire : « le pro­blème est qu’il ne sert à rien d’ex­pli­quer que la faillite de la Grèce est tota­le­ment impro­bable » [12], com­men­taire qui, au pas­sage, prend toute sa saveur avec le recul, et plus encore après que son auteur se soit cru suf­fi­sam­ment clair­voyant pour décer­ner un « Audiard d’or » à Emma­nuel Todd annon­çant l’ex­plo­sion de l’eu­ro [13] – il est vrai que toute pré­dic­tion de mal­heur à l’en­contre de l’ob­jet ché­ri ne peut être, au choix, qu’une gro­tesque bouf­fon­ne­rie ou une ignoble trahison.

En tout cas la per­fi­die anglo-saxonne a de puis­sants relais, les médias par exemple dont « le biais anti-euro (…) est dif­fi­ci­le­ment contes­table » [14], les agences de presse éga­le­ment, à l’i­mage de Reu­ters et de son « jeu trouble dans la crise de la zone euro » [15]. Ain­si, par incons­cience ou par mali­gni­té, on ne sait, donc par mali­gni­té, « les médias accroissent la panique des mar­chés ». Pour ce qui est du Finan­cial Times en tout cas, l’ex­pli­ca­tion n’est pas dou­teuse : « pris dans le sac du men­songe (…) il mani­pule l’in­for­ma­tion et col­porte des rumeurs » [16] le 26 novembre 2010 – le 30 mai déjà il en était « à son second mau­vais coup » [17]. Une année plus tard cepen­dant, « les mar­chés finan­ciers amé­ri­cains » ne sont plus les seuls agents de la cin­quième colonne, ce sont les banques alle­mandes qui sont occu­pées à « mettre le feu à la zone euro » [18] – et l’en­ne­mi est main­te­nant à l’in­té­rieur. Peu importe que jus­qu’i­ci l’Al­le­magne en (toutes) ses ins­ti­tu­tions ait été la figure même de la ver­tu, le vrai moteur de l’Eu­rope, dont le couple avec la France pata­ti pata­tère – main­te­nant ce sont des traîtres. La cir­cons­crip­tion de la conspi­ra­tion peut donc varier, mais pas le fait conspi­ra­tion­niste lui-même, puisque la construc­tion moné­taire euro­péenne est si par­fai­te­ment conçue qu’il faut néces­sai­re­ment une ligue de forces occultes pour la renverser.

Si le mal orga­ni­sé est par­tout, il n’en a pas moins son super­la­tif en les agences de nota­tion : elles sont les « com­plices des spé­cu­la­teurs » [19]. « Allons plus loin : qui a déclen­ché la panique sur la dette fran­çaise ? Moo­dy’s jus­te­ment (…) Bref encore une fois les agences viennent don­ner un coup de main aux spé­cu­la­teurs pour désta­bi­li­ser les mar­chés » [20]. Il est donc temps de poser la vraie ques­tion : « Alors com­plot des agences de nota­tion qui servent ain­si leurs maîtres prin­ci­paux, les banques d’af­faires, les hedge funds, etc. ? (…) Lau­rence Pari­sot, la patronne du Medef en est per­sua­dée » [21]. Bien sûr il reste des amis de l’Eu­rope, donc de Jean Qua­tre­mer, qui n’ont pas encore com­plè­te­ment per­du les pédales et tentent de le rat­tra­per. Par fidé­li­té un peu réti­cente mais impres­sion­né par l’in­con­tes­table cré­dit euro­péen de son inter­lo­cu­teur, Qua­tre­mer cite Jean Pisa­ni-Fer­ry qui lui explique que les agences ne font jamais que rati­fier avec retard des anti­ci­pa­tions de longue date incor­po­rées dans les posi­tions des inves­tis­seurs… Il lui fal­lait au moins cette poche à glace pour se per­sua­der que « crier au com­plot ne sert de toute façon à rien sinon à sou­la­ger ses nerfs » [22]. Donc Jean Qua­tre­mer a d’a­bord très fort envie de crier au com­plot – si fort que ça s’en­tend à lon­gueur de billets –, puis, ins­truit par ses pré­cep­teurs de tou­jours, se convainc, mais dif­fi­ci­le­ment, qu’il ne sert à rien d’y céder – moyen­nant quoi ses nerfs ne sont qu’à demi-sou­la­gés, rai­son pour laquelle il y revient sans cesse.

Hedge Funds, médias, presse anglo-saxonne, agences de presse, mar­chés finan­ciers amé­ri­cains, agences de nota­tion, par­tout des mal­fai­sants ligués contre l’ob­jet ché­ri. De cette sorte de crumble intel­lec­tuel, les agences de nota­tion sont peut-être l’in­gré­dient le plus carac­té­ris­tique, boucs émis­saires péri­phé­riques de toute une struc­ture qui s’ex­prime par elles [23] – mais qu’é­vi­dem­ment on ne met­tra jamais en ques­tion. Car les agences de nota­tion, comme dans une moindre mesure la presse finan­cière, sont les agents les plus repré­sen­ta­tifs de la finance déré­gle­men­tée comme pou­voir de l’o­pi­nion – l’o­pi­nion des inves­tis­seurs s’en­tend, et exclu­si­ve­ment celle-ci, mais opi­nion d’une foule tra­ver­sée de croyances, très fai­ble­ment régu­lées par la ratio­na­li­té, et pour­tant base de juge­ments, le plus sou­vent mimé­ti­que­ment pola­ri­sés, à par­tir des­quels des masses immenses de capi­taux sont mises en mou­ve­ment. Il fau­drait donc expli­quer à Jean Qua­tre­mer que la finance libé­ra­li­sée, si constam­ment encou­ra­gée par la construc­tion euro­péenne, c’est cela même !, que dans cet ensemble, il entre consti­tu­ti­ve­ment, et non acci­den­tel­le­ment, rumeurs, erreurs, errances, absur­di­tés, idées fausses, infor­ma­tions biai­sées – Jean Qua­tre­mer s’est-il jamais ému pen­dant toutes les belles années qu’on voie d’in­cer­taines start-up comme des eldo­ra­dos de pro­fit, ou bien la finance struc­tu­rée comme la mar­tin­gale défi­ni­tive contre le risque de cré­dit, et l’ex­plo­sion des titres ados­sés à l’en­det­te­ment des ménages comme une géniale trou­vaille ? De ce point de vue, et erreur pour erreur, les mar­chés sont sans doute plus près du vrai en anti­ci­pant la déca­pi­lo­tade de l’eu­ro, qu’ils ne l’é­taient alors…

Mais dans la vision du monde de Jean Qua­tre­mer, la finance est bonne… jus­qu’à ce qu’elle s’en prenne à son talis­man. On lui fera néan­moins obser­ver qu’il y a une cer­taine logique, et comme une jus­tice imma­nente, à ce que l’Eu­rope modèle Maas­tricht-Lis­bonne qui a sans relâche pro­mu la finance périsse par la finance. Car enfin qui a fait le choix de remettre entiè­re­ment les poli­tiques éco­no­miques entre les mains de ce pou­voir déré­glé qu’est la finance libé­ra­li­sée ? Qui a déci­dé d’ins­ti­tuer les mar­chés obli­ga­taires comme puis­sance dis­ci­pli­naire en charge de la nor­ma­li­sa­tion des poli­tiques publiques ? Qui a vou­lu consti­tu­tion­na­li­ser la liber­té de cir­cu­la­tion des capi­taux qui offre à ce régime son infrastructure ?

Non pas les agents du mal mais la force des structures

En fait c’est là la chose que Jean Qua­tre­mer a visi­ble­ment du mal à com­prendre – défi­cience par quoi d’ailleurs il verse imman­qua­ble­ment dans le conspi­ra­tion­nisme, qu’il dénon­çait chez les autres à l’é­poque où « tout allait bien » (pour lui) –, les crises s’ex­pliquent moins par la mali­gni­té des agents que par l’ar­ri­vée aux limites des struc­tures. Il est vrai qu’ayant tou­jours pos­tu­lé la per­fec­tion de son objet, donc l’im­pos­si­bi­li­té de sa crise, il n’a pas d’autre hypo­thèse sous la main pour en pen­ser la décom­po­si­tion : celle-ci ne peut donc être que le fait des méchants (et des irres­pon­sables : Grecs, Por­tu­gais, Espagnols…).

Or on peut dire de la construc­tion euro­péenne la même chose que de n’im­porte quelle autre confi­gu­ra­tion ins­ti­tu­tion­nelle : les com­por­te­ments, même des­truc­teurs, des agents n’y sont pas le fait d’un libre-arbitre per­vers mais de leurs stra­té­gies ordi­naires telles qu’elles ont été pro­fon­dé­ment confor­mées par l’en­vi­ron­ne­ment struc­tu­rel dans lequel on les a plon­gés… quitte à ce que ces struc­tures, lais­sées à leur simple fonc­tion­ne­ment, pro­duisent in fine leur propre ruine : la Deutsche Bank lâche la dette ita­lienne, non par tra­hi­son anti-euro­péenne [24], mais par simple fidé­li­té à la seule chose qu’elle ait à cœur : son pro­fit – et si l’on veut des banques qui aient à cœur d’autres choses, il va fal­loir se pen­cher sur leurs sta­tuts autre­ment que par ful­mi­na­tion et vœux pieux inter­po­sés. De même, les spé­cu­la­teurs spé­culent… parce qu’on leur a amé­na­gé un ter­rain de jeu spé­cu­la­tif ! Rumeurs et infor­ma­tions incer­taines y prennent des pro­por­tions gigan­tesques parce que ce ter­rain de jeu même ins­ti­tue le pou­voir de l’o­pi­nion finan­cière, etc.

Sans doute, pous­sés comme n’im­porte quels médias par les forces per­ni­cieuses de la concur­rence, de la recherche effré­née du scoop et de la pri­meur, le FT a‑t-il par­fois lâché trop vite quelques infor­ma­tions foi­reuses, Reu­ters des confi­dences biai­sées ou mal recou­pées, mais ni plus ni moins que Libé­ra­tion ou Jean Qua­tre­mer lui-même qui n’hé­site pas, par exemple, à don­ner audience à des études aux bases les plus incer­taines à pro­pos de la sor­tie de la Grèce, tout droit tirées des bons soins de la banque UBS [25], son four­nis­seur atti­tré, dont l’ob­jec­ti­vi­té et la neu­tra­li­té sont d’é­vi­dence incon­tes­tables… Qu’UBS batte la cam­pagne, qui plus est sans doute au ser­vice de ses propres posi­tions spé­cu­la­tives, la chose lui est tout à fait négli­geable, l’im­por­tant est qu’UBS la batte dans le bon sens.

Le monde de la finance a pour pro­prié­té que n’im­porte quelle infor­ma­tion est poten­tiel­le­ment por­teuse d’ef­fets ter­ri­ble­ment désta­bi­li­sants, non parce que de machia­vé­liques émet­teurs les ont vou­lues ain­si mais, en der­nière ana­lyse, parce qu’elles sont sai­sies par les forces immenses de la spé­cu­la­tion qui ont le pou­voir de faire un tsu­na­mi d’une queue de cerise. Si Jean Qua­tre­mer fan­tasme une finance dont tous les acteurs obser­ve­raient en toutes cir­cons­tances le grand calme olym­pien de la ratio­na­li­té pure et par­faite, il faut lui dire qu’il fait des rêves en cou­leur. Encore fau­drait-il, pour s’en aper­ce­voir, qu’il daigne faire quelques lec­tures d’his­toire éco­no­mique, évi­dem­ment d’au­teurs qui auraient fort le goût de lui déplaire, des gens comme Mins­ky, Kind­le­ber­ger, Keynes ou Gal­braith, les­quels, ins­truits des catas­trophes pas­sées, n’ont ces­sé de mon­trer que la finance de mar­ché est par construc­tion, par essence, le monde du déchaî­ne­ment des pas­sions cupides, de l’é­chec de la ratio­na­li­té et du chaos cog­ni­tif. Et qu’en réar­mer les struc­tures, comme l’Eu­rope l’a fait avec obs­ti­na­tion à par­tir du milieu des années 1980, était le plus sûr moyen de recréer ces désastres du passé.

Entre une nou­velle, aus­si fac­tuelle soit-elle, et le mou­ve­ment sub­sé­quent des mar­chés, il y a tou­jours l’in­ter­pré­ta­tion – celle des inves­tis­seurs –, et c’est par cette média­tion que s’in­tro­duit la folie, par­ti­cu­liè­re­ment en temps de crise où la mise en échec des rou­tines cog­ni­tives anté­rieures ali­mente les anti­ci­pa­tions les plus désan­crées. L’Eu­rope a fait le choix de s’en remettre à cette folie-là. Et Qua­tre­mer s’é­trangle de rage stu­pé­faite qu’elle en crève… Comme rien ne peut le conduire à remettre en cause ses objets sacrés – les trai­tés, la règle d’or, Saint Jean-Claude et son vicaire Mario –, il ne lui reste que les expli­ca­tions par le mal, un équi­valent fonc­tion­nel des héré­tiques ou des sata­nistes si l’on veut. Aus­si se meut-il dans une obs­cu­ri­té peu­plée d’a­gents qui fomentent des « mau­vais coups » et mènent « un jeu trouble », un under­world de « com­plices » et d’in­cen­diaires. Si dif­fi­cile soit-il de s’y résoudre, il fau­dra pour­tant bien admettre que la construc­tion euro­péenne s’ef­fondre selon la pure et simple logique qu’elle a elle-même ins­ti­tuée. Elle n’est pas la proie d’une conju­ra­tion du mal : elle tombe toute seule, du fait même de ses tares struc­tu­relles congé­ni­tales et sous l’ef­fet des forces aveugles qu’elle a elle-même ins­tal­lées – et s’en prendre répé­ti­ti­ve­ment, comme à des incubes, aux agents variés qui n’en sont que les opé­ra­teurs (Hedge Funds, banques et agences) est le pas­se­port pour l’a­sile de l’ignorance.

Mais il y a des aggior­na­men­tos trop déchi­rants pour être consen­tis aisé­ment, et des inves­tis­se­ments psy­chiques trop lourds pour être rayés d’un trait de plume, aus­si faut-il attendre l’in­fir­ma­tion défi­ni­tive par le réel pour que se pro­duise le pre­mier mou­ve­ment de révi­sion – et encore… On en connaît qui per­sistent à croire que la défaite de 40 est la faute du Front Popu­laire… Entre temps tous les moyens sont bons, y com­pris ceux de la stig­ma­ti­sa­tion com­plo­tiste, pour ravau­der comme on peut le tis­su de la croyance mena­cée de par­tir en lam­beaux. Si l’eu­ros­cep­ti­cisme du peuple mène au conspi­ra­tion­nisme, il semble que l’eu­ro­cré­ti­nisme des élites y conduise tout aus­si sûrement…

____________________

Notes

[1] Le coef­fi­cient de levié­ri­sa­tion désigne le mul­tiple de dette, par rap­port à ses fonds propres, qu’une banque peut contrac­ter pour finan­cer ses posi­tions sur les marchés.

[2] Lire, dans l’é­di­tion de sep­tembre du Monde diplo­ma­tique, en kiosques le mer­cre­di 29 août, Richard Hof­stad­ter, « Le style para­noïaque en politique ».

[3] Puis­qu’a­vant de deve­nir Pre­mier ministre, Georges Pom­pi­dou a été ban­quier d’af­faire chez Roth­schild. On remar­que­ra tout de même que, ban­quier, il cesse de l’être en 1958 quand il devient direc­teur de cabi­net de De Gaulle et que ladite loi date de 1973…

[4] Voir à ce sujet les contri­bu­tions à la jour­née « Créa­tion moné­taire » des Eco­no­mistes Atter­rés du 24 mars 2012, en par­ti­cu­lier le texte d’A­lain Bei­tone, « Idées fausses et faux débat à pro­pos de la mon­naie. Réflexion à par­tir de la “loi de 1973” ».

[5] 15 mai 2011.

[6] Cité in Libé­ra­tion, « DSK, la thèse du com­plot se répand sur le web », 15 mai 2011.

[7] France Info, 2 juillet 2011.

[8] LCI, 3 juillet 2011.

[9] Libé­ra­tion, 15 mai 2011.

[10] Libé­ra­tion, blog Cou­lisses de Bruxelles, 24 sep­tembre 2008. Sauf indi­ca­tion contraire, tous les titres qui suivent cor­res­pondent à des billets de ce blog.

[11] « Les mar­chés finan­ciers amé­ri­cains attaquent l’eu­ro », 6 février 2010.

[12] Id.

[13] « Emma­nuel Todd, Audiard d’or 2011 », 1er jan­vier 2012.

[14] « Com­ment le Finan­cial Times ali­mente la crise », 30 mai 2010.

[15] « Le jeu trouble de Reu­ters dans la crise de la zone euro », 29 juillet 2012.

[16] « Com­ment les médias accroissent la panique des mar­chés », 26 novembre 2010.

[17] « Com­ment le Finan­cial Times… », op. cit.

[18] « Les banques alle­mandes contre la zone euro », 31 juillet 2011.

[19] « Les agences de nota­tion com­plices des spé­cu­la­teurs ? », 21 sep­tembre 2011.

[20] « Moo­dy’s veut la peau du triple A fran­çais », 21 novembre 2011.

[21] « Les agences… », op. cit.

[22] Id.

[23] Pour quelques déve­lop­pe­ments sur cette ques­tion : « Exten­sion du domaine de la régres­sion », Le Monde Diplo­ma­tique, avril 2011 ; « Les gou­ver­ne­ment sont sou­mis au règne de l’o­pi­nion finan­cière] », Marianne, 13 août 2011.

[24] « Les banques alle­mandes contre la zone euro », 31 juillet 2011.

[25] « C’est Hotel Cali­for­nia : une fois entré dans l’eu­ro, on ne peut plus en repar­tir », 3 octobre 2011.

——

Source : http://blog.mondediplo.net/2012–08-24-Conspirationnisme-la-paille-et-la-poutre

Mer­ci Frédéric 🙂

—–

À pro­pos de l’ar­ticle lamen­table d’A­riane Che­min (mal­hon­nête et mal­veillante) et de son écho défor­mé par le pro­fes­sion­nel du genre qu’est Qua­tre­mer, je vou­drais rap­pe­ler que j’ai répon­du (tar­di­ve­ment mais sérieu­se­ment) à ces pré­ten­dus « pro­fes­sion­nels » (pro­fes­sion­nels de quoi ? de la médi­sance calom­nieuse, pas de quoi se vanter).

• Cette réponse est dans mon ‘Jour­nal’ (pages 3 et suiv.) : https://​old​.chouard​.org/​E​u​r​o​p​e​/​J​o​u​r​n​a​l​.​pdf,
• et on retrouve cette réponse, ain­si que quelques autres échanges — détaillés et utiles — à la fin du fil de com­men­taires chez J4M.

Pour évi­ter d’a­voir à déve­lop­per les com­men­taires et pour sécu­ri­ser le tout, j’ai com­pi­lé cette joute his­to­rique dans un fichier PDF :
https://​old​.chouard​.org/​E​u​r​o​p​e​/​a​r​c​h​i​v​e​s​/​2​0​0​8​0​9​2​4​-​Q​u​a​t​r​e​m​e​r​-​Q​u​a​n​d​_​l​_​e​u​r​o​s​c​e​p​t​i​c​i​s​m​e​_​m​e​n​e​_​a​u​_​c​o​n​s​p​i​r​a​t​i​o​n​n​i​s​m​e​_​e​t​_​c​o​m​m​e​n​t​a​i​r​e​s​.​pdf

Je ne suis pas fâché que les kapos du sys­tème d’op­pres­sion ban­caire soit enfin plon­gés (très métho­di­que­ment) dans leur propre venin.

C’est jus­tice.

Étienne.

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Étienne

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47 Commentaires

  1. Yvan

    Mer­ci Fré­dé­ric, et mer­ci Etienne pour toutes ces trou­vailles que vous relayez 🙂

    Incroyable Inter­net ! (qui change vrai­ment la donne en ce moment, pour­vu que ça dure)

    Réponse
  2. takerwilliam

    Mer­ci pour cet excellent exposé.

    Voi­là enfin une pen­sée finie et exploi­table de la notion de « com­plot » et tout ce qu’elle recouvre.

    Car dans la presse, je ne trouve que des dénon­cia­teurs de com­plo­tistes, des extraits de pen­sées inté­res­santes tron­qués, voire par­fois, de vraies ques­tions posées mais trai­tées super­fi­ciel­le­ment. Ou avec un par­ti pris savam­ment camou­flé par un trai­te­ment iden­tique de deux faits pour­tant radi­ca­le­ment dif­fé­rents en terme de gra­vi­té et de consé­quences. Comme si toutes les thèses de com­plot se valaient, comme si toutes les infor­ma­tions pou­vaient tenir en « 500 carac­tères », quelles que soient leur essence.

    Cet article donne les clés pour évi­ter de se trou­ver enfer­mé et décré­di­bi­li­sé, dépos­sé­dé de sa liber­té d’expression.

    Mer­ci Étienne.

    Réponse
  3. André Catala

    Article très bien écrit effec­ti­ve­ment. Fré­dé­ric Lor­don semble de toute façon inca­pable d’être chiant.

    Sa conclu­sion est mal­heu­reu­se­ment igno­rée par les com­men­ta­teurs qui pré­fèrent eux dis­cu­ter de conspirationnisme :

    L’Eu­rope est seule­ment vic­time de ses ins­ti­tu­tions. Ce qui met de l’eau au mou­lin d’Étienne et c’est tant mieux.

    Le conspi­ra­tion­nisme dans cet article semble donc n’être qu’un acces­soire. À cette occa­sion, même si Fré­dé­ric nous rap­pelle l’exis­tence de com­plots avé­rés, il traite glo­ba­le­ment le phé­no­mène conspi­ra­tion­niste comme un fait socio­lo­gique plu­tôt que psy­chia­trique. Ce qu’il pense être un progrès.

    En fait cet article prouve qu’au sujet des com­plots une réflexion ne nous fait pro­gres­ser que lors­qu’elle traite des faits plu­tôt que du phé­no­mène. En par­ti­cu­liers des faits qu’on est capable de comprendre.

    Fré­dé­ric étant un fin connais­seur des méca­nismes finan­ciers, pour­quoi ne consa­cre­rait-il pas un tout petit peu de temps au délits finan­ciers autour du 11 sep­tembre plu­tôt que de nous expli­quer le fait social du conspi­ra­tion­nisme ? :

    Je le ren­voie à cet article et inter­view du pro­fes­seur amé­ri­cain d’économie Paul Zaremb­ka qui fait un bon résu­mé des études exis­tantes sur ces délits d’initiés autour du 11 sep­tembre :

    http://​www​.reo​pen911​.info/​N​e​w​s​/​2​0​1​2​/​0​8​/​1​0​/​1​1​-​s​e​p​t​e​m​b​r​e​-​u​n​-​a​p​e​r​c​u​-​d​u​-​d​e​b​a​t​-​s​u​r​-​l​e​s​-​d​e​l​i​t​s​-​d​i​n​i​t​i​e​s​-​l​e​s​-​e​c​o​n​o​m​i​s​t​e​s​-​o​n​t​-​p​e​ur/

    Mal­gré trois études scien­ti­fiques conduites depuis 2003 et concluant toutes à une très forte pro­ba­bi­li­té de délits d’initiés et de mal­ver­sa­tions finan­cières en lien avec le 11-Sep­tembre, cette ques­tion conti­nue d’être roya­le­ment igno­rée par la com­mu­nau­té de la Finance et par les cher­cheurs en éco­no­mé­trie. Le jour­na­liste finan­cier alle­mand Lars Schall fait le point sur ce sujet en inter­ro­geant le pro­fes­seur amé­ri­cain d’économie Paul Zaremb­ka. Plus nuan­cées que d’autres, notam­ment au sujet des pos­sibles délits d’initiés sur Ame­ri­can Air­lines, les conclu­sions du Pr. Zaremb­ka n’en font pas moins froid dans le dos.

    Réponse
  4. RST

    Dans l’ar­ticle de Lor­don, le sens de la réfé­rence (ren­voi n°4) au texte d’Alain Bei­tone m’échappe , lui qui n’a eu de cesse d’accuser sans nuance les mal­heu­reux qui fai­saient appa­rem­ment dire à la loi de 73 plus que ce qu’elle ne disait en réa­li­té, d’être des com­plo­tistes, des néo-nazis et des anti­sé­mites : Alain Bei­tone est-il à la solde des banquiers ?

    Réponse
  5. Étienne

    Sur la loi de 1973 et sur l’a­na­lyse d’A­lain Bei­tone (son pre­mier docu­ment, bref et insul­tant, et son deuxième docu­ment, plus détaillé et éclai­rant), voir :

    http://​etienne​.chouard​.free​.fr/​E​u​r​o​p​e​/​f​o​r​u​m​/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​?​2​0​1​1​/​1​2​/​3​0​/​1​7​8​-​a​n​a​l​y​s​e​-​d​e​s​-​r​e​f​l​e​x​i​o​n​s​-​d​e​-​m​o​n​s​i​e​u​r​-​b​e​i​t​o​n​e​-​s​u​r​-​l​a​-​p​r​e​t​e​n​d​u​e​-​r​u​m​e​u​r​-​d​-​e​x​t​r​e​m​e​-​d​r​o​i​t​e​-​a​-​p​r​o​p​o​s​-​d​e​-​l​a​-​l​o​i​-​d​e​-​1​973

    Et notam­ment le pré­cieux tra­vail de Lior et Maga­li : http://​www​.theo​rie​-du​-tout​.fr/​2​0​1​2​/​0​3​/​l​o​i​-​1​9​7​3​-​r​o​t​h​s​c​h​i​l​d​.​h​tml

    Dans ce fil de dis­cus­sion de « La Théo­rie du tout », lisez bien les com­men­taires, et spé­cia­le­ment ceux de Sam qui sont, je trouve, par­ti­cu­liè­re­ment pertinents.

    Glo­ba­le­ment, je crois que nous sommes nom­breux à nous être TROMPÉS sur LA PORTÉE de la loi de 1973, quoique celle-ci ne soit PAS nulle, voir les com­men­taires de Sam, et j’in­siste de mon côté sur l’as­pect RÉVÉLATEUR — très impor­tant même si c’est à retar­de­ment — de cette loi. Pour ma part, je n’ai aucun pro­blème avec le fait de me trom­per : je cherche, et je me trompe comme tout le monde et je l’as­sume. Ceux qui pré­tendent ne jamais se trom­per sont des pré­ten­tieux tout à fait ridi­cules ; et ceux qui reprochent (seule­ment) à quel­qu’un de se trom­per n’ont pas bien réflé­chi au pro­blème, je crois.

    Mais Fré­dé­ric a bien com­pris le sens pro­fond de toute cette affaire : de simples citoyens en cours d’é­man­ci­pa­tion s’emparent eux-mêmes — au risque évident de trom­per, mais en toute connais­sance de cause, et très hon­nê­te­ment — d’un sujet socié­tal cru­cial dont le peuple est tenu à l’é­cart par les pré­ten­dues « élites » (qui loin d’être les meilleurs sont sur­tout des voleurs, en fait : des voleurs d’argent et des voleurs de pouvoirs). 

    Cet article de Fré­dé­ric est peut-être le meilleur, le plus impor­tant, qu’il ait jamais écrit.

    Étienne.

    Réponse
  6. HeX

    Si j’ai bien com­pris ce que raconte Mr Bei­tone, la loi de 73 n’é­tait qu’une nou­velle régle­men­ta­tion (dont je n’ar­rive pas à sai­sir les tenants et abou­tis­sants pour être hon­nête) et l’in­ter­dic­tion pour l’é­tat d’emprunter direc­te­ment à la BDF n’est adve­nue qu’en 93.

    Une ques­tion me tur­lu­pine : une varia­tion dans la date d’un éve­ne­ment remet elle en ques­tion les consé­quences actuelles de cet éve­ne­ment et doit elle nous conduire à aban­don­ner toute cri­tique de la finance en rase cam­pagne ? Bête­ment, j’au­rais ten­dance à répondre non.

    Dans la forme, une autre ques­tion me tur­lu­pine : Ai je le droit de conchier à la fois Roth­schild et Le Pen ou suis je obli­gé de choi­sir un « camp » ? Il me semble qu’une pos­ture anti­sé­mite serait d’at­ta­quer Roth­schild UNIQUEMENT parce qu’il est juif kab­ba­liste invo­ca­teur d’es­prits au même titre que d’at­ta­quer Le Pen parce que je n’aime pas les bre­tons, le koui­gn aman et les langoustines.

    Une der­nière ques­tion me tur­lu­pine : est ce qu’on va se foutre de notre gueule encore longtemps ?

    Réponse
  7. Alain Guillou

    « le virus ».

    Un simple mot pour­rait catalyser
    Le pro­ces­sus d’auto-déconstruction
    Des logi­ciels de tous les Elysées
    De tous les Penta­gones de tous les bastions…

    Un simple mot, nou­veau mais facile à penser
    Et qui pour­tant dirait toutes les conditions
    Qui démentent le sens le plus autorisé
    De ces ins­ti­tu­tions : c’est le mot
    « roidécon » !

    Car en période de crise de raré­fac­tion des cons, le roi serait nu ! Or la domi­na­tion est entrée dans une crise sys­té­mique, crise de sur­pro­duc­tion des nui­sances et de sous-pro­duc­tion des cons : même en rédui­sant les bud­gets sociaux, nos maîtres n’é­tein­dront pas l’in­cen­die qui éclaire enfin l’in­tel­li­gence popu­laire, grâce entre autre à internet !

    Réponse
  8. J.C

    « Une der­nière ques­tion me tur­lu­pine : est ce qu’on va se foutre de notre gueule encore longtemps ? »

    mdr

    expli­ca­tion pour les nuls que nous sommes ;
    une vidéo de Yann Sar­fa­ti pour se détendre un peu. Par­don Etienne si c’est un peu vulgaire.
    Si tu retires la vidéo, je ne t’en vou­drais pas

    bien ami­ca­le­ment

    J.C

    Réponse
  9. AirOne

    Excellent billet de Lor­don, même si je ne suis pas sûr que 4mer mérite qu’on dépense autant d’éner­gie pour trai­ter son cas… Tous ceux qui n’embrassent pas l’Eu­rope à pleine bouche sont des conspi­ra­tion­nistes anti-amé­ri­cains et donc anti­sé­mites, c’est fol­le­ment novateur…
    J’en pro­fite pour saluer l’é­norme bou­lot d’E­tienne Chouard que je ne connais­sais que de nom avant qu’il soit invi­té à Arrêt sur Images, et ne le remer­cie­rai jamais assez pour avoir par­lé de Hen­ri Guille­min que j’ai décou­vert grâce à lui et dont j’ai télé­char­gé toutes les émis­sions sur TSR. Le bon­homme est pas­sion­nant et on en res­sort ragaillardi !

    Réponse
  10. nil

    Bon article.

    Cela étant dit :

    Ce que je lis ici me fait plus ou moins pen­ser à des expli­ca­tions de la Krise que j’en­tends souvent :
    Une sorte de dérè­gle­ment sys­té­mique qui aurait fait que le « Mar­ché », imper­son­nel et for­tuit, ce serait auto-cor­rom­pu par un alchi­mique mélange de hasards et de conjonctures.

    La Struc­ture, abo­mi­na­tion rebelle et cruelle, s’est libé­rée de sa muse­lière et nous mord la main.

    J’y crois de moins en moins.
    Je pen­sais que la mani­gance ne pou­vait avoir qu’un but : le pro­fit, le pouvoir.
    Et donc que la Cor­rup­tion était le point cen­tral, le nœud.

    et si l’U­nion Euro­péenne s’ef­fon­drait par des­sein ? Si ces bour­biers Ter­ro­ristes et Éco­no­miques étaient fabriqués ?

    Je ne veux pas dire que tout est fal­si­fié péné­tré, infil­tré par une secte de malades mentaux.
    Mais j’ai l’im­pres­sion de voir un ensemble stra­té­gique cohé­rent dans le Chaos ambiant.

    Du haut de la mon­tagne, une bande de sata­nistes dégé­né­rés mélange neige et merde et lance une boule toutes les 30 secondes, pour qu’en bas, noyé dans une ava­lanche de soupe-caca, nous lutions sans cesse a net­toyer le siphon sans avoir le temps de regar­der d’où viens la merde.

    Ce n’est pas de la faute de la montagne.
    Et il ne pleut pas de la merde.

    l’Ordre par le Chaos.

    nil

    Réponse
  11. HeX

    Mmmmh c’est inter­es­sant, donc pour toi la cause des causes serait une mani­pu­la­tion géné­rale par des sata­nistes qui égorgent des pou­lets à la nou­velle lune ? Je savais bien qu’E­tienne se trom­pait, la mau­vaise qua­li­té du pro­ces­sus consti­tuant n’est qu’une vul­gaire théo­rie com­plo­tiste et miteuse.

    D’un autre côté c’est beau­coup plus simple de se sor­tir du bour­bier, il suf­fit de se conver­tir. Pour prou­ver ma foi, je vais de ce pas démem­brer ma voi­sine (celle qui va à la messe) en écou­tant du dei­cide à fond.

    Gloire au por­teur de lumière !

    Réponse
  12. nil

    @ HeX :
    La cause, c’est l’ex­ploi­ta­tion de l’homme par l’homme, la per­fi­die de cer­tains d’entre nous.
    Néan­moins la Struc­ture ne peut pas être res­pon­sable de quoi que ce soit.

    La Struc­ture n’est qu’une résul­tante des volon­tés qui la tienne et la dirige :

    On te parle par exemple aujourd’­hui de « l’at­ti­tude du Mar­ché » pfff… des volon­tés, des plans, des stra­té­gies qui rentrent en col­li­sions et génèrent le bazar, n’a rien avoir avec ce concept d’en­ti­té de papier et de chiffre qui serait vivante…

    pour­quoi la consti­tu­tion est-elle écrite par des élus ?
    parce que le pro­ces­sus consti­tuant est acci­den­tel­le­ment mauvais ?
    ou parce que ces types savent per­ti­nem­ment qu’il s’a­git-là de la clef, les experts ont façon­né un sys­tème, ce sont des archi­tectes, doués, il faut le reconnaître.
    aucune de leur construc­tion, aus­si ancienne soit-elle, ne peut être poin­tée du doigt sans qu’ils soient impliqués.

    qui ça « ils » ?

    les Chefs

    tout comme la démo­cra­tie est un terme vic­time de la grande arnaque séman­tique de la Nov­langue, le « conspi­ra­tion­nisme » est un non sens. Créer ce terme c’est dis­cré­di­ter la dissidence.

    n’ayons pas peur des mots, nous cher­chons ici à détruire un paradigme :
    l’exis­tence des classes, la néces­si­té des chefs, la dan­ge­ro­si­té de la nature humaine…
    Ce para­digme est entre­te­nu par des volon­tés qui l’instrumentalisent.
    Le sys­tème est une somme de stra­té­gie, pas un accident.
    Je ne crois pas que notre com­bat s’arrête à la constitution.

    Réponse
  13. HeX

    La Struc­ture n’est qu’une résul­tante des volon­tés qui la tiennent et la dirigent :

    On est tout à fait d’ac­cord, c’est d’ailleurs pour­quoi nous allons essayer de reprendre la main sur la struc­ture en ques­tion. De là à conclure que les tenants actuels sont sata­nistes, ça me semble un poil hâtif. Mais sur un mode méta­pho­rique, je te rejoins complètement.

    Réponse
  14. nil

    @HeX

    Mon ami, j’ai bien peur qu’il ne s’a­gisse pas d’une méta­phore (je suis en train de m’en rendre compte, et je suis sur le cul crois moi).

    un pré­cepte du coin :
    « Ne jamais sous-esti­mer des enculés »

    déso­lé pour la vul­ga­ri­té, mais c’était pour conser­ver l’au­then­ti­ci­té du terroir.^^

    Réponse
  15. 3emeType

    « Aus­si est-il de la der­nière inep­tie de repro­cher au peuple ses erre­ments de pen­sée quand on a si métho­di­que­ment orga­ni­sé sa pri­va­tion de tout ins­tru­ment de pen­sée et sa relé­ga­tion hors de toute acti­vi­té de pensée. »

    « métho­di­que­ment orga­ni­sé » ? Fré­dé­ric Lor­don conspi­ra­tion­niste ? 🙂

    Réponse
  16. TeoNeo

    Per­son­nel­le­ment je ne suis tou­jours pas convain­cu par Bei­tone. Dire que les oppo­sants à Pom­pi­dou Gis­card courent après des faux lièvres est quand même excessif…

    Qu’il ait exis­té d’autres lois de ce type avant la guerre ça me fait une belle jambe…

    Et les emprunts Pinay des années 50 ne démontrent rien. Pinay était plu­tôt ortho­doxe et vou­lait évi­ter de l’in­fla­tion en recou­rant à de l’épargne exis­tante. (ça c’est pour être gen­til sinon en mode « com­plo­tiste » on pour­rait dire qu’il a vou­lu offrir une rente pour sa caste) Ses emprunts se révé­le­ront très coû­teux pour l’État à long terme d’ailleurs mais bref… Mais au moins toutes les options exis­taient à cette époque au lieu de se fer­mer des portes comme on allait le faire a par­tir de 1973.

    La période 1945–1973 était particulière.

    La loi Pom­pi­dou Gis­card marque la fin d’une phase du sys­tème finan­cier fran­çais très éta­ti­sé qui a com­men­cé en 1945 et ce sys­tème n’a nul­le­ment empê­ché une pros­pé­ri­té excep­tion­nelle et rela­ti­ve­ment équi­table. Alors pour­quoi avoir vou­lu une limi­ta­tion aus­si bru­tale ? Pour­quoi ne s’être pas conten­té de quelques gardes fous si l’in­fla­tion fait si peur que ça ?

    Il faut conti­nuer à dénon­cer Pom­pi­dou-Gis­card comme il faut dénon­cer Delors et sa « banque uni­ver­selle » et autres lois qui ren­versent le rap­port de force du tra­vail vers le reve­nu de capi­tal et qui causent la perte de contrôle des citoyens sur leur économie.

    Réponse
  17. Morpheus

    @ HeX

    Dire qu’ils sont « sata­nistes » peut être méta­pho­rique. Ce n’est que lorsque la méta­phore est prise au pre­mier degré que cela devient exces­sif. Mais c’est vrai qu’il y a plus simple et plus direct : « ce sont des salauds de riches », par exemple, me convient très bien 😉

    Cor­dia­le­ment,
    Morpheus

    Réponse
  18. Laurent

    Cet article, fort inté­res­sant au demeu­rant, semble vali­der la thèse d’A­lain Bei­tone sur la loi de 1973 puis­qu’il y fait réfé­rence. Je ne sais qu’en penser.

    Réponse
  19. Étienne

    Sur la loi de 1973 et sur l’a­na­lyse d’A­lain Bei­tone (son pre­mier docu­ment, bref et insul­tant, et son deuxième docu­ment, plus détaillé et éclai­rant), voir :

    http://​etienne​.chouard​.free​.fr/​E​u​r​o​p​e​/​f​o​r​u​m​/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​?​2​0​1​1​/​1​2​/​3​0​/​1​7​8​-​a​n​a​l​y​s​e​-​d​e​s​-​r​e​f​l​e​x​i​o​n​s​-​d​e​-​m​o​n​s​i​e​u​r​-​b​e​i​t​o​n​e​-​s​u​r​-​l​a​-​p​r​e​t​e​n​d​u​e​-​r​u​m​e​u​r​-​d​-​e​x​t​r​e​m​e​-​d​r​o​i​t​e​-​a​-​p​r​o​p​o​s​-​d​e​-​l​a​-​l​o​i​-​d​e​-​1​973

    Et notam­ment le pré­cieux (mais non défi­ni­tif) tra­vail de Lior et Magali : 
    http://​www​.theo​rie​-du​-tout​.fr/​2​0​1​2​/​0​3​/​l​o​i​-​1​9​7​3​-​r​o​t​h​s​c​h​i​l​d​.​h​tml

    Dans ce fil de dis­cus­sion de « La Théo­rie du tout », lisez bien les com­men­taires, et spé­cia­le­ment ceux de Sam (à la fin, juin 2012) qui sont, je trouve, par­ti­cu­liè­re­ment per­ti­nents. La contro­verse n’est pas finie.

    Il faut que je pré­pare une syn­thèse (à ce jour) des argu­ments en pré­sence dans la contro­verse sur la loi de 1973. 
    Les argu­ments de Sam sont puis­sants ; il faut les ramas­ser en une page A4, bien articulée.

    Étienne.

    Réponse
  20. PRabourdin

    Est ce qu’une page Inter­net est com­pa­rable à un JT qui sera vu par des mil­lions de personnes ?

    Est ce qu’on est assez naïf pour croire qu’In­ter­net per­met de com­mu­ni­quer, de s’or­ga­ni­ser face au rou­leau com­pres­seur de l’ap­pa­reil média­tique néo-libé­ral qui inonde toute l’Eu­rope, pour ne pas com­prendre que la grande majo­ri­té n’a pas de temps à consa­crer à l’é­co­no­mie, à la poli­tique, et que par­mi ceux qui ont du temps, beau­coup seront hap­pés par l’u­sine à divertir ?

    Assiste-t-on à une soli­da­ri­té avec les grecs ? Est ce qu’on com­mu­nique avec les grecs ?

    Il ne saute aux yeux de per­sonne que le pro­blème n’est pas de savoir si l’argent dette est ou non com­plo­tiste ou si la loi de 73 a eu un impact consi­dé­rable ou non,
    le pro­blème est que ces ques­tions sur la créa­tion d’argent sont sujettes à l’O­MER­TA de la part des MÉDIAS DE MASSE.

    Quel pour­cen­tage de la popu­la­tion fran­çaise passe par une 1ère SES ?

    On n’a pas besoin d’être au CNRS pour se rendre compte qu’une mino­ri­té de jeunes va donc en être « infor­mée » et qu’une mino­ri­té par­mi cette mino­ri­té en com­pren­dra l’im­por­tance, et que cette mino­ri­té n’a aucun moyen d’en infor­mer la majorité !

    Lors­qu’on met 10 litres d’eau dans un seau, il est très dif­fi­cile d’en faire sor­tir 11.
    C’est pour­tant ce que les banques font !
    Lors­qu’on emprunte auprès d’é­par­gnants, on sert des inté­rêts à des gens qui ne dépensent pas, par défi­ni­tion de l’épargne,
    et donc ces inté­rêts ne sont pas remis en cir­cu­la­tion, alors que c’est le cas si la banque est publique (et qu’il ne s’a­git pas du cré­dit lyon­nais évidemment)

    Réponse
  21. Ana Sailland

    @PRabourdin

    Ces remarques sont pertinentes.

    Mais ce que per­sonne ne dira ne sera jamais dit. 

    C’est pour­quoi on fait ce qu’on peut avec ce qu’on a.

    Et puis si on réveille Pierre qui connaît Marie, la pro­ba­bi­li­té de voir Marie s’é­veiller est accrue. Sans comp­ter que Pierre risque bien de se trans­for­mer en haut par­leur lui aussi.

    Nul ne peut pré­dire l’im­pact de la Pol­li­ni­sa­tion des consciences.

    J’es­père ne pas avoir enfon­cé des portes ouvertes 😉 

    Pire encore, au risque de rap­pe­ler une his­toire connue :->

    http://​www​.appel​-consciences​.info/​s​p​i​p​.​p​h​p​?​a​r​t​i​c​l​e29

    Un jour, un grand incen­die se déclare dans la forêt…

    Tous les ani­maux, ter­ri­fiés, obser­vaient impuis­sants ce désastre.

    Seul le petit coli­bri, aus­si frêle que déter­mi­né, s’active en allant cher­cher quelques gouttes d’eau dans son bec, qu’il jette sur le feu, recom­men­çant son manège sans relâche.

    Au bout d’un moment, le tatou aga­cé par cette acti­vi­té à ses yeux inutile, lui dit :
    – « Coli­bri ! Tu n’es pas un peu fou ? Tu crois que c’est avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ? »
    – « Je le sais, répond le coli­bri, mais moi, au moins, je fais ma part. »

    C’est notre res­pon­sa­bi­li­té à cha­cun : si nous le déci­dons, nous ne sommes pas impuissants.

    Cette légende amé­rin­dienne est sou­vent racon­tée par Pierre Rabhi.

    Et comme le dit un pro­verbe africain,
    « Des mil­lions de four­mi, ensemble, peuvent sou­le­ver un éléphant. »

    Réponse
  22. Étienne

    L’austérité,
    mais dans le calme

    http://blog.mondediplo.net/2012–09-17-BCE-les-arbitrages-du-pire

    Plan :

    • L’a­léa moral ou le symp­tôme de la Dés­union européenne
    • La BCE : sur­vivre aussi
    • Une sta­bi­li­sa­tion pour le pire
    • Non plus l’aus­té­ri­té, mais l’aus­té­ri­té dans le calme…

    Réponse
  23. Ana Sailland

    Une autre image : Après James Dean, Ser­gio Leone 🙂

    Sou­ve­nez vous de la scène finale du film « le bon, la brute, le truand ». Mais là c’est dif­fé­rent : tous les acteurs peuvent finir dans le trou. Un glo­bal col­lapse, ça n’é­pargne per­sonne. Mais chut, ne le dites à per­sonne, nous allons gagner, gagner la démocratie.

    Car le pro­blème, ce n’est pas le trai­té de Maas­tricht, ni celui lou­pé (ouf!) de 2005, ni celui de Lis­bonne, ni le MES, nini­ni ; le pro­blème, c’est cette caste d’o­li­garques soi disant mul­ti­co­lores et pour­tant si sem­blables, cette bande de fief­fés coquins, men­teurs, qui pré­tendent repré­sen­ter les peuples, et pour­tant contre l’in­té­rêt com­mun les ont rédi­gés ou fait rédi­ger, ces trai­tés, puis les ont pro­po­sés ou impo­sés, qui en ont fait la pub, et encore recom­mencent, et recom­men­ce­ront encore et encore : tant que nous ne pul­vé­ri­se­rons pas ce sys­tème de gou­ver­ne­ment autiste squat­té par des élus plus pré­vi­sibles que s’ils étaient trans­pa­rents, des élus insi­pides, sans saveur, inodores, et pour­tant plus toxiques que le plus tur­pide des mari­gots ; ceux là, qui se pré­tendent com­pé­tents, et qui pour jus­ti­fier leur pré­sence, bran­dissent l’ignorance du peuple : ceux là sont en fait issus d’une mono­cul­ture mono­ma­niaque qui leur inter­dit de voir loin, leur inter­dit l’i­ma­gi­naire néces­saire à l’in­ven­tion, leur inter­dit l’es­prit évo­lu­tion­naire, dont pour­tant ils se réclament, leur inter­dit la prise en compte de la devise répu­bli­caine, qu’ils sont cen­sés défendre. 

    En un mot, nous ne sommes pas en démocratie.
    Et c’est sur ce thème qu’il faut informer.
    Se battre.

    Car si le 30 sep­tembre nous serons un nombre à six chiffres, voire plus, la belle affaire : quand bien même nous obtien­drions jus­tice et vic­toire que le len­de­main de leur défaite,« ils » se remet­traient au tra­vail, méti­cu­leux, car ils sont pro­gram­més pour ça : pour obéir à l’»ordre« éta­bli et en assu­rer la maintenance.

    C’est sur ce pro­blème là qu’un jour nous pou­vons être un nombre à 8 chiffres.

    Réponse
  24. sitouaillain

    Salut à tous et mer­ci Etienne pour cet article de Lordon.

    je reviens sur ton blog après des semaines de temps de cer­veau dis­po­nible occu­pé à de la débrouille per­so, et voi­là que je tombe à nou­veau sur des perles ! mer­ci, merci !

    d’ailleurs Lor­don dit ce que j’ai essayé de faire pas­ser comme mes­sage ici même, mais je suis plus pro­vo­ca­teur et moins conci­liant, ques­tion de posi­tion sociale et géné­ra­tion­nelle moins favo­rable sans doute… la débi­li­ta­tion des forces popu­laires que consti­tue le conspi­ra­tion­nisme m’ap­pa­rait donc avec plus d’acuité.

    d’ailleurs, si je cite Lordon : 
    « Le conspi­ra­tion­nisme n’est pas la psy­cho­pa­tho­lo­gie de quelques éga­rés, il est le symp­tôme néces­saire de la dépos­ses­sion poli­tique et de la confis­ca­tion du débat public. Aus­si est-il de la der­nière inep­tie de repro­cher au peuple ses erre­ments de pen­sée quand on a si métho­di­que­ment orga­ni­sé sa pri­va­tion de tout ins­tru­ment de pen­sée et sa relé­ga­tion hors de toute acti­vi­té de pen­sée. Cela, nul ne le dit mieux que Spi­no­za : « Il n’est pas éton­nant que la plèbe n’ait ni véri­té ni juge­ment, puisque les affaires de l’Etat sont trai­tées à son insu, et qu’elle ne se forge un avis qu’à par­tir du peu qu’il est impos­sible de lui dis­si­mu­ler. La sus­pen­sion du juge­ment est en effet une ver­tu rare. Donc pou­voir tout trai­ter en cachette des citoyens, et vou­loir qu’à par­tir de là ils ne portent pas de juge­ment, c’est le comble de la stu­pi­di­té. Si la plèbe en effet pou­vait se tem­pé­rer, sus­pendre son juge­ment sur ce qu’elle connaît mal, et juger cor­rec­te­ment à par­tir du peu d’éléments dont elle dis­pose, elle serait plus digne de gou­ver­ner que d’être gou­ver­née » (Trai­té poli­tique, VII, 27). »

    eh bien je lis tout de même une contra­dic­tion, j’o­se­rais même dire une trace de la bonne vieille condes­cen­dance de gôche : n’en vou­lez pas au « peuple » d’être conspi­ra­tion­niste sur les bord, car « on » le main­tient dans l’i­gno­rance, « on » lui cache l’essentiel…

    ma foi, je m’in­ter­roge, faut-il après cela pous­ser un grand « ouf », ou faut-il dire à mon­sieur Lor­don qu’il ne sert à rien d’en­sei­gner, de pas­ser son temps en confé­rence, articles du monde diplo et j’en passe, qu’il n’y a d’ailleurs même plus lieu de saluer l’im­mense tra­vail d’é­du­ca­tion popu­laire qu’o­pèrent asso­cia­tions, par­tis et simples citoyens, dans les quar­tiers en porte à porte, dans des confé­rences-débats, et sur­tout, à grande échelle sur inter­net, pour ensuite aller bros­ser dans le sens du poil le brave « peuple » dont les visions conspi­ra­tion­nistes ne seraient pas si grave…

    or je crois qu’il y bien un sou­ci, et j’in­siste sur la dimen­sion de res­pon­sa­bi­li­té et de dis­ci­pline citoyenne : qui est capable de construire ou de s’ap­pro­prier toute une théo­rie du com­plot à la puis­sance intel­lec­tuelle pour com­prendre, s’ap­pro­prier et trans­mettre la cri­tique des struc­tures et des effets sys­té­miques (bien sûr, il peut y avoir des com­plots et il convient de les révé­ler, et bien sur les indi­vi­dus activent les struc­tures, sim­ple­ment ils ne sont ni omni­scients, ni omnipotents).

    et du même coup, sans repro­cher à Lor­don d’ou­blier la dimen­sion psy­cho­lo­gique (le com­plo­tisme comme révé­la­tion d’une pen­sée judéo­chré­tienne, la dépos­ses­sion comme résul­tat d’une déres­pon­sa­bi­li­sa­tion, etc.), je ne crois pas man­quer d’ob­jec­ti­vi­té en disant qu’il relève de la res­pon­sa­bi­li­té indi­vi­duelle de faire le choix : ou bien je joue à l’i­ni­tié de tous les com­plots du monde, ou bien je suis un citoyen beso­gneux fai­sant l’ef­fort de détri­co­ter les effets de struc­ture… effort et choix…ou disons, en plus de faire le tri entre tel ou tel site web ou jour­nal, dis­ci­pline intel­lec­tuelle… se poser à soi-même des gardes-fous, se méfier des expli­ca­tions sédui­santes et sou­vent sim­plistes (com­plo­tistes ou pas d’ailleurs)…

    en effet, si les entre­prises de mani­pu­la­tions ou de dépos­ses­sion poli­tique, y com­pris non-inten­tion­nelles, sont hau­te­ment dénon­çables, il n’en reste pas moins qu’elles ne font pas de nous des vic­times, nous savons nous méfier et nous savons apprendre, cher­cher, dénon­cer, dif­fu­ser la contre-info, et nous sommes des mil­lions, et leur effi­ca­ci­té dépend direc­te­ment du degré de com­pli­ci­té maîtres-esclaves. De ce point de vue « le peuple » est bien plus blâ­mable en 2012 que du temps de Spi­no­za, et, en quelque sorte, le conspi­ra­tion­nisme, est autant un signal de la dépos­ses­sion, que la réponse facile à la frus­tra­tion que génère la ser­vi­tude volontaire.

    cette ser­vi­tude volon­taire une fois recon­nue, ne m’au­to­rise pas à m’au­to-absoudre de ma com­pli­ci­té (inévi­table, à moins de vivre en autar­cie dans la forêt pro­fonde) en dénon­çant des grands-maîtres com­plo­teurs, en fai­sant cela je manque le coche, car bien plus effrayante est l’ex­pli­ca­tion par les effets de struc­ture (en pre­nant pour hypo­thèse que les indi­vi­dus sont sinon inter­chan­geables, du moins inca­pables d’une ratio­na­li­té et d’une marge de manœuvre abso­lue), puis­qu’elle ren­voie au Poli­tique, à l’or­ga­ni­sa­tion de la Cité, donc à ma propre res­pon­sa­bi­li­té dans le main­tien ou la trans­for­ma­tion de cette orga­ni­sa­tion. et le com­plo­tisme me sou­lage, car il me per­met de nier mon propre pou­voir, en tant qu’il est plus facile de me faire vic­time de com­plots que de fomen­ter des com­plots effi­caces, et vu ma posi­tion d’in­di­vi­du sans poids poli­tique ou éco­no­mique par­ti­cu­lier, ce type de conspi­ra­tion ne peut être effi­cace que si je m’ac­cepte comme une uni­té dans un tout très nom­breux, et il y a fort à parier que l’his­toire ne retien­dra pas mon nom et que je n’au­rais pas le plai­sir de mesu­rer ma puis­sance sur l’ordre des choses, comme ces grands com­plo­teurs que je dénonce et que secrè­te­ment j’envie…je suis impuis­sant tout seul…mais les grand com­plo­teurs aus­si, et ils tirent leur puis­sance de notre propre complicité-passivité…le pou­voir étant avant tout une rela­tion, der­rière chaque méchant finan­cier, il y a des mil­lions d’ou­vriers ser­viles et de chô­meurs dociles.

    d’où mon aver­sion au conspi­ra­tion­nisme et aux dénon­cia­tions de boucs émis­saires, en tant qu’ils ali­mentent le « c’est pas de ma faute » général.

    voi­là du moins ce que m’ins­pire cet admi­rable article

    Réponse
  25. Étienne

    Content de te revoir, Sitouaillain 🙂

    Dis : penses-tu donc qu’il n’existe AUCUN com­plot, au plus haut niveau des pou­voirs publics du moment ? 
    Aucune intrigue secrète grave menée contre l’in­té­rêt géné­ral au pro­fit d’intrigants ?

    Penses-tu cela ?
    C’est ma pre­mière question.

    Étienne.

    Réponse
  26. Morpheus

    Je viens juste de voir le docu­men­taire La face cachée de Hiro­shi­ma. Y est mon­tré avec quelle indus­trie les USA ont orga­ni­sé et per­pé­tué le men­songe, la trom­pe­rie et la mani­pu­la­tion pour, non seule­ment créer la bombe A, mais dis­si­mu­ler ses effets meur­triers réels au monde entier – y com­pris aux amé­ri­cains eux-mêmes bien enten­du – et cela jus­qu’aux années soixante.

    Je ne vois pas de dif­fé­rence dans les condi­tions de l’en­vi­ron­ne­ment géo­po­li­tique qui fasse que nous puis­sions benoî­te­ment ima­gi­ner que les choses aient chan­gé. Au contraire, le culte du secret et du men­songe d’É­tat n’ont jamais été aus­si forts qu’au­jourd’­hui, et les moyens dont dis­posent les états pour orga­ni­ser l’o­mer­ta n’ont jamais été aus­si performants.

    Alors quand je lis toutes les antiennes déver­sées à l’en­contre des « conspi­ra­tion­nistes », je suis effa­ré. C’est à une véri­table pan­dé­mie de dis­so­nance cog­ni­tive auquel le monde est confron­té. Et il se pour­rait bien que la consé­quence – et/ou le remède (!) – à cette dis­so­nance cog­ni­tive soit le pas­sage par une vague de para­noïa collective.

    Cor­dia­le­ment,
    Morpheus

    Réponse
  27. sitouaillain

    @ Etienne,

    penses-tu donc qu’il n’existe AUCUN com­plot, au plus haut niveau des pou­voirs publics du moment ?
    Aucune intrigue secrète grave menée contre l’in­té­rêt géné­ral au pro­fit d’intrigants ? »

    j’ai déjà répon­du à ta question,

    en fait, quand je parle de dis­ci­pline intel­lec­tuelle, ou que je dénonce l’at­ti­tude conspi­ra­tion­niste, je com­prend tout à fait qu’on dénigre mon pro­pos au pré­texte que je ne passe pas tout le baume néces­saire, mais ça, c’est mon problème.

    dans mon esprit il est par­fai­te­ment clair que celui qui relate, iden­ti­fie, expose un « com­plot » n’est pas for­cé­ment un « conspirationniste ».

    sim­ple­ment, on atteint un seuil pro­blé­ma­tique dès lors qu’on déve­loppe des sys­tèmes d’ex­pli­ca­tion du monde et des faits sociaux à tra­vers les seuls « com­plots », on peut dépas­ser ce seuil d’une manière bénigne, par exemple en se satis­fai­sant d’une expli­ca­tion par un com­plot sans cher­cher à com­prendre ce que le com­plot révèle des struc­tures sociales qui l’ont per­mis, jus­qu’à l’é­tat patho­lo­gique de gens qui déve­loppent des expli­ca­tions mono­cau­sales et déli­rantes, dont on peut obser­ver un large échan­tillon sur la toile.

    on peut aus­si se diver­tir en pre­nant avec recul ces fruits de l’i­ma­gi­na­tion, y com­pris au ciné­ma où l’oncle sam déverse sa propagande…histoire sans doute de pré­pa­rer les esprits à être « conspi­ra­tion­nistes », qui sait ?

    mais la n’est pas la ques­tion, ou les questions

    en tout cas per­son­nel­le­ment, ce n’est pas tout à fait que je me contre­fiche des « com­plots », c’est plu­tôt que ce qui m’in­digne et me pousse à agir réside dans ce qui a per­mis que le « com­plot » soit efficace,

    de la même manière, je me fiche bien de savoir le nom, le visage et l’a­dresse de cer­tains, si je ne m’at­taque pas aux condi­tions qui les placent en posi­tion favo­rable pour « comploter »,
    et si untel et untel dis­cutent, éla­borent des plans, agissent et que cela a des effets sur ma vie, sur la pla­nète, etc., ce n’est pas parce que c’est plus ou moins secret que ça pose pro­blème, mais parce qu’il existe des condi­tions et des struc­tures sociales pla­çant des indi­vi­dus en situa­tion d’a­sy­mé­trie de pou­voir gigantesque.

    ou sous un autre angle, il ne me suf­fit pas qu’on me démontre les mani­pu­la­tions, ses agents et ses méca­nismes, je dois aus­si faire des efforts à la fois pour me rendre non mani­pu­lable (et si pos­sible refi­ler le tuyau), mais sur­tout, je dois faire des efforts, être atten­tif à ne pas ver­ser dans un méca­nisme d’au­to­dé­fense patho­lo­gique, à savoir par exemple aller tout le temps cher­cher des véri­tés cachées et des com­plo­teurs, c’est pour ça que je parle de dis­ci­pline, et j’o­se­rais même par­ler de déon­to­lo­gie lors­qu’on s’a­ven­ture à s’ex­pri­mer publiquement.

    un exemple de dis­ci­pline, c’est de prendre pour hypo­thèse que les indi­vi­dus où les groupes sont inter­chan­geables, même si bien enten­du c’est faux dans une large mesure, ceci per­met de faire le tour des effets de struc­ture et de sys­tème, d’exa­mi­ner un fait dans toute sa com­plexi­té social­his­to­rique, ain­si le « com­plot » est vu sous l’angle d’une stra­té­gie d’ac­teurs au sein d’un sys­tème, acteurs à la ratio­na­li­té limi­tée, sys­tème com­plexe, évo­lu­tif et aux mul­tiples para­mètres. et bien enten­du cet exer­cice d’abs­trac­tion a ses limites et ses écueils.

    un autre exemple, c’est de faire abs­trac­tion de ses propres incli­na­tions morales (idéo­lo­giques), et de faire l’ef­fort de se mettre à la place des indi­vi­dus-acteurs du com­plot qu’on a sous les yeux, soit, faire le contraire de ceux qui pro­jettent leurs fan­tasmes de toute-puis­sance sur des indi­vi­dus-totems type « maîtres du monde »…dans cette pos­ture, on s’in­té­res­se­ra plu­tôt aux méca­nismes psy­cho­so­si­caux qui conduisent les indi­vi­dus à adop­ter tel com­por­te­ment plu­tôt qu’un autre, comme par exemple les stra­té­gies d’in­té­gra­tion à un groupe,les méca­nismes de socia­li­sa­tion, les codes sociaux, etc., ce qui, comme je le disais au mes­sage pré­cé­dent, ren­voie à ma propre com­pli­ci­té, dans le sens où ma propre tra­jec­toire sociale est aus­si le résul­tat de renon­ce­ment, de mes­qui­ne­ries, etc. et où je ne suis pas non plus tout à fait res­pon­sable de là où je suis né et de com­ment on m’a édu­qué. et on s’a­per­çoit aus­si que tout le monde fait des choses, et sou­vent de bonne foi, en se sen­tant obli­gé de le faire..disons qu’on se ras­sure comme ça et qu’il y a très peu de héros et qua­si per­sonne qui maî­trise l’en­semble des tenants et abou­tis­sants de ses dires et de ses actes…d’où l’i­dée que le com­plot et la dési­gna­tion des « méchants » n’en­lève pas la res­pon­sa­bi­li­té au « peuple »…ne serait-ce que parce qu’une bombe nucléaire a beau tom­ber du ciel, il faut aus­si des cher­cheurs, des ingé­nieurs, des ouviers, pour la fabri­quer, des sol­dats pour la char­ger, des pilote pour la lar­guer, et que toute cette chaîne de res­pon­sa­bi­li­tés dimi­nue sen­si­ble­ment la por­tée de l’ex­pli­ca­tion par le complot…

    est-ce plus clair?:)

    Réponse
  28. catherine b

    Je crois tu vois Sitouillain que tout ce que tu dis est juste en ce qui concerne ce conspi­ra­tion­nisme qu’on nous sert en pâtée un peu comme on don­ne­rait un os à un chien pour qu’il nous fiche la paix.

    Mais le hic, c’est que la réa­li­té est peut-être bien dans l’es­pace entre les deux.

    Entre les deux quoi ?

    Non plus espace conspi­ra­tion­niste ou non-conspi­ra­tion­niste mais espace conspi­ra­tion­niste et non-conspi­ra­tio­niste. Tout est dans la conjonc­tion de co-ordination!!!!

    On ne peut pas nier en effet que des forces convergent pour main­te­nir leur puis­sance, cepen­dant il serait stu­pide de se lais­ser écra­ser par le rou­leau com­pres­seur de cette pen­sée qui n’a d’autre objec­tif que d’ob­jec­ter toute riposte.

    Car le monstre semble alors tel­le­ment ten­ta­cu­laire que plus per­sonne n’ose s’y frot​ter​.Et pour­tant, ce monstre s’est consti­tué d’un élé­ment qui s’est agglo­mé­ré à un autre élé­ment pour don­ner au final une force qui se fait sen­tir car aucune autre force ne lui a fait face. Mais si cette force s’est construite, sa décons­truc­tion peut se faire en construi­sant une force posi­tive( pour nous) qui suit un autre cou­rant et qui au final, aus­si minime soit-il au début vien­dra contre­car­rer la grosse muraille de Chine sur laquelle les conspi­ra­tion­nistes se lamentent.

    Le nier, ce serait injuste, en faire un obs­tacle indé­pas­sable le serait tout autant.

    Le juste est entre les deux comme sou­vent, non ?

    Réponse
  29. sitouaillain

    mer­ci catherine,
    ce que tu exposes me semble très juste.

    j’in­siste cepen­dant sur un domaine qui t’est cher:on devrait appré­hen­der le terme conspi­ra­tion­niste, sous la forme conspi­ra­tion-iste, comme islam-iste, et ça change tout„

    on ne pré­tend alors plus à un « juste milieu » mais à une mesure, une pru­dence, une relativité.

    d’ailleurs en par­lant d’is­la­mistes, si on prend le 11 sep­tembre, on voit tel­le­ment de gens gas­piller leur éner­gie et leur temps pour savoir qui a fait le coup, que je com­prend leur désar­roi face à un toni­truant ET ALORS?!!!

    en l’ab­sence de preuves, ou si peu, le fait que je doute est en soi un indice, un point de départ d’une réflexion. s’en­fer­rer dans la théo­rie du com­plot, c’est déjà perdre le fil…

    en atten­dant, com­plo­tons bien pour que le TSCG ne voit jamais le jour, nous, peuple fran­çais, sommes le der­nier rempart !

    Réponse
  30. Morpheus

    @ sitouaillain

    Un com­plot, ce n’est rien d’autre qu’une col­lu­sion d’in­té­rêt opé­rée dans la plus grande dis­cré­tion – voir le secret – dans le but d’ob­te­nir un avan­tage dif­fé­ren­tiel au détri­ment de tiers.

    Cela peut concer­ner des éco­liers entre eux, des bandes rivales entre elles, des com­pa­gnies entre elles, des cri­mi­nels entre eux ou contre d’autres inté­rêts, des pays entre eux ou contre leur propre popu­la­tion, ou encore des maîtres contre les ouvriers.

    Même Adam Smith le dit dans son Livre 1 : « (…) il fau­drait ne connaître ni le monde, ni la matière dont il s’agit, pour s’imaginer que les maîtres se liguent rare­ment entre eux. Les maîtres sont en tout temps, et par­tout, dans une sorte de ligue tacite, mais constante et uni­forme, pour ne pas éle­ver les salaires au des­sus du taux actuel. Vio­ler cette règle est par­tout une action de faux frère et un sujet de reproche pour un maître par­mi ses voi­sins et pareils. A la véri­té, nous n’entendons jamais par­ler de cette ligue, parce qu’elle est l’état habi­tuel, et on peut dire l’état natu­rel de la chose, et que per­sonne n’y fait atten­tion. Quelques fois, les maîtres font entre eux des com­plots par­ti­cu­liers pour faire bais­ser au des­sous du taux habi­tuel les salaires du tra­vail. Ces com­plots sont tou­jours conduits dans le plus grand silence et dans le plus grand secret jusqu’au moment de l’exécution (…) »

    Alors, fran­che­ment, je crois qu’il n’est pas exa­gé­ré de dire que celui qui voit des com­plots par­tout est bien moins dans l’er­reur que celui qui n’en voit nulle part. Par consé­quent, celui qui est le plus à blâ­mer, c’est bien celui qui n’en voit nulle part, et non celui qui en voit partout.

    Bien sûr, nous ne sommes pas obli­gés de nous situer dans l’une ou l’autre de ces extrêmes. Nous pou­vons dénon­cer les com­plots par­tout où nous les déce­lons, et même par­tout ou nous les soup­çon­nons, parce que dans le monde dans lequel nous évo­luons, ce sont les com­plots qui consti­tuent la norme, non le »hasard«. Cela ne fait pas de nous des malades men­taux, mais des per­sonnes adap­tées à leur envi­ron­ne­ment. La facul­té d’a­dap­ta­tion n’est-elle pas ce qui per­met à l’es­pèce de se per­pé­tuer ? Mais je suis d’ac­cord pour dire que les com­plots n’ex­pliquent pas tou­jours tout. Seule­ment, compte tenu de ce que nous pou­vons voir, le prin­cipe du rasoir d’Oc­cam plaide lar­ge­ment en faveur du com­plot dans bien des cas.

    Mais, bien sûr, tu as le droit de pen­ser le contraire, je n’ai pas de pro­blème per­son­nel avec ça. De mon point de vue, en tout cas, quand cinq mil­liar­daires se réunissent dans un res­tau­rant pour par­ler de leur pro­chaine action contre la devise euro­péenne afin de spé­cu­ler sur sa chute, j’ap­pelle cela un com­plot. Pas toi ?

    Cor­dia­le­ment,
    Morpheus

    Réponse
  31. sitouaillain

    @ Mor­phéus,

    ma foi, ce serait déjà pas mal que cha­cun s’en tienne à la défi­ni­tion que tu donnes.

    mais, pro­blème per­son­nel ou pas, plu­tôt que de faire dire ce que je n’ai jamais dit,

    relis bien et tu ver­ras qu’en citant adam smith, tu es pas­sé à côté de son intui­tion fon­da­men­tale, en vou­lant, je ne sais pour­quoi, défendre la valeur expli­ca­tive des « complots »,

    or le com­plot en lui-même n’ex­plique rien, ce sont des faits, c’est pour­quoi smith rajoute « Vio­ler cette règle est par­tout une action de faux frère et un sujet de reproche pour un maître par­mi ses voi­sins et pareils », en somme il dégage une « règle de l’ac­tion sous contrainte », un siècle avant la socio­lo­gie com­pré­hen­sive, l’in­di­vi­dua­lisme métho­do­lo­gique de Max Weber. Et depuis on a fait des progrès.

    du coup, c’est un peu dom­mage si on ne prend pas ces dimen­sions en compte,

    tes 5 mil­liair­daires qui spé­culent contre l’eu­ro, et on sera bien d’ac­cord que le plus éton­nant serait qu’ils ne le fassent pas, jus­te­ment parce que le hasard y a une faible part, et que ce qui m’in­té­resse moi, ce ne sont pas les mon­treurs du doigt, « oh regar­dez les méchants », mais ceux qui par exemple expliquent, pour­quoi il y a des mil­liar­daires, et pour­quoi y a t‑il des ins­ti­tu­tions où leur pou­voir de nui­sance s’exerce, et com­ment tout ça tient.

    et le com­plo­tisme, patho­lo­gique ou pas, d’ailleurs je ne par­lais pas toi, c’est l’exact inverse, un peu comme des four­mis qui pen­se­raient que j’en ai après elles alors que je ne fais que marcher.

    Réponse
  32. catherine b

    Oui, Sitouillain, tout à fait ok, c’est lorsque la parole s’en­ferme dans un« isme » ou « iste » qu’elle devient un tom­beau.

    Il doit tou­jours y avoir une réap­pro­pria­tion sub­jec­tive de la parole, sinon nous ne par­lons plus, nous sommes par­lés par elle, nous fai­sons le gramophone !

    Réponse
  33. Merome

    Moi je trouve dom­mage que les vrais com­plots soient mas­qués par des théo­ries du com­plot abra­ca­da­bran­tesques. Le « mau­vais com­plo­tiste » a ten­dance à aller cher­cher des argu­ments com­plè­te­ment lou­foques qui décré­di­bi­lisent ceux qui essayent de faire avan­cer des thèses crédibles.

    Par exemple, quand on essaie de mêler le times­tamp d’U­nix avec les atten­tats du 11⁄09 (N’est-ce pas Mor­phéus ? 🙂 ), on rend beau­coup moins audible le fait que Bush et sa clique ont pro­fi­té des évè­ne­ments pour asseoir leur poli­tique étran­gère néfaste.

    Les énormes bêtises qu’a dites Meys­san, par exemple, n’en finissent tou­jours pas de pol­luer le débat 10 ans après et c’est fort dommage.

    Sur la mon­naie et la finance, lais­ser entendre qu’il y a un com­plot juif, voire même un com­plot des ultra-riches, nuit à la dif­fu­sion de l’i­dée simple et faci­le­ment prou­vable que la mon­naie est construite sur un modèle de pyra­mide de Pon­zi et que son écrou­le­ment à terme est inéluctable.

    C’est d’au­tant plus dom­mage qu’on n’a PAS BESOIN de ça, pas besoin d’a­jou­ter du scan­dale au scan­dale. Le sys­tème moné­taire et finan­cier est scan­da­leux en soi, même s’il n’a pas été fomen­té par des méchants qui complotaient.

    Ne prê­tons pas le flanc aux cri­tiques faciles. Tenons-nous en au fait, et il y a déjà de quoi faire pendre la moi­tié des dirigeants 🙂

    Réponse
  34. Morpheus

    @ sitouaillain

    On est d’ac­cord, je crois, d’où ma phrase  »Mais je suis d’ac­cord pour dire que les com­plots n’ex­pliquent pas tou­jours tout. ».

    @ Merome

    Il y a une dif­fé­rence entre dire que l’ad­mi­nis­tra­tion Bush a « pro­fi­té » (oppor­tu­nisme) des atten­tats pour mener sa poli­tique impé­ria­liste, colo­nia­liste, guer­rière et dic­ta­to­riale, et dire que l’ad­mi­nis­tra­tion Bush a « éla­bo­ré » le com­plot ayant mené aux attentats.

    @ tous les deux

    Qu’il y ait des ten­dances chez cer­taines per­sonnes à éla­bo­rer des théo­ries fan­tasques et fan­tas­mées, nous sommes d’ac­cord. Que ces théo­ries fan­tas­mées consti­tuent un obs­cur­cis­se­ment plu­tôt qu’un éclair­cis­se­ment, nous sommes d’accord.

    Ce qui m’in­digne, c’est de voir mis dans le même panier les lan­ceurs d’a­lertes – pré­cieux ! – et les théo­ri­ciens fan­tasques ou délirants.

    Je per­çois cela d’au­tant plus mal qu’à l’é­vi­dence, cet amal­game est ali­men­té de la façon la plus mal­hon­nête par ceux qui défendent l’o­li­gar­chie. On peut même être cer­tain que cer­taines théo­ries fan­tasques (pas toutes) qui germent quelques fois sur le net soient des fabri­ca­tions arti­fi­cielles visant spé­ci­fi­que­ment à éga­rer les cher­cheurs de véri­tés, lan­cées là spé­cia­le­ment dans le but de créer à la fois une diver­sion, une confu­sion de prin­cipe entre cher­cheurs (de véri­té) et un ali­bi pour dia­bo­li­ser les lan­ceurs d’alerte.

    Cor­dia­le­ment,
    Morpheus

    Réponse
  35. Merome

    @Morpheus :

    On ne va pas reprendre le débat qu’on a arrê­té ailleurs, mais à mon sens, ta démarche a plu­tôt ten­dance à par­ti­ci­per à l’obs­cur­cis­se­ment. En gros, c’est « qui peut encore croire que c’est un avion qui a heur­té le Penta­gone ? », mais aucun argu­ment solide der­rière, et une fuite sur le mode « Il faut une enquête indépendante ».

    Je crains que ce type pré­cis de démarche soit de nature à pol­luer les vrais lan­ceurs d’alerte.

    Réponse
  36. Étienne

    Et les com­plots sur les structures ?

    Cher Sitouaillain,

    Il me semble qu’il est dif­fi­cile d’ex­clure que, les riches d’une époque ayant par­fai­te­ment com­pris les gains (pha­ra­mi­neux et durables) à reti­rer d’une modi­fi­ca­tion de struc­tures don­née, aient tout fait (à l’é­poque) pour obte­nir (secrè­te­ment et évi­dem­ment contre l’in­té­rêt géné­ral) cette modi­fi­ca­tion de struc­tures ; et qu’en­suite, les riches héri­tiers de toutes les époques sui­vantes aient TOUT fait, abso­lu­ment tout, jus­qu’aux mas­sacres et à la guerre, secrè­te­ment le plus sou­vent mais ouver­te­ment quand l’ur­gence l’im­po­sait, pour repro­duire et ren­for­cer ces struc­tures ad hoc (anti­so­ciales depuis le départ).

    L’ex­pli­ca­tion par les struc­tures (à mon avis la plus per­ti­nente, je par­tage cette convic­tion avec Fré­dé­ric, et avec toi appa­rem­ment) ne nous dis­pense pas (à mon avis) de condam­ner les (éven­tuels) com­plots tou­chant aux struc­tures. Et je ne vois pas pour­quoi il n’y aurait pas (logi­que­ment) plus de com­plots sur les struc­tures, pré­ci­sé­ment, tant la réus­site est pro­met­teuse pour les intri­gants sur cette piste-là.

    Com­bien de mil­lions pour le coût du lob­bying par­le­men­taire qui per­met de faire que les accords de Bâle 1 2 et 3 soient TOUJOURS signés EXCLUSIVEMENT entre ban­quiers pri­vés ? À mon avis, le retour sur inves­tis­se­ment de cet effort de cor­rup­tion-là est excep­tion­nel. On a bien affaire à des struc­tures (la com­po­si­tion d’or­ganes de déci­sion publique), mais on n’a aucune bonne rai­son, je trouve, d’é­va­cuer l’ex­pli­ca­tion com­plo­tiste (et les res­pon­sa­bi­li­tés indi­vi­duelles qui vont avec) de la timi­di­té des déci­sions prises ensuite par « Bâle 1 » « Bâle 2 » et « Bâle 3 ». 

    Autre exemple : quand l’é­lec­tion, PAR CONSTRUCTION, ouvre une auto­route à la cor­rup­tion (par la dépen­dance des élus envers ceux qui pos­sèdent les moyens finan­ciers et média­tiques de les faire élire et réélire), autre­ment dit quand l’é­lec­tion offre aux riches le pou­voir poli­tique sur un pla­teau, ce sont bien des struc­tures qui rendent pos­sibles ensuite toutes les lois scé­lé­rates qui favo­risent tou­jours davan­tage les riches et condamnent à vie les pauvres aux tra­vaux for­cés. Mais la mise en place de ces struc­tures, et puis la per­pé­tua­tion de ces struc­tures, mal­gré le repé­rage public de leur mal­fai­sance, tu crois vrai­ment qu’elles ont lieu sans intrigues ??? Pour ma part, je ne le crois pas ; d’ailleurs, je ne vois pas pour­quoi les pri­vi­lé­giés d’une époque, en situa­tion d’in­fluen­cer secrè­te­ment les modi­fi­ca­tions de struc­ture à leur avan­tage, s’en priveraient.

    Plus géné­ra­le­ment, je vou­drais poser une ques­tion aux chiens de garde « anti­com­plo­tistes » (c’est comme ça qu’ils s’ap­pellent eux-mêmes) : avez-vous l’im­pres­sion de ser­vir le bien com­mun en amal­ga­mant sys­té­ma­ti­que­ment les sen­ti­nelles avi­sées (dénon­çant un truc grave) et les sen­ti­nelles déli­rantes (para­noïaques), et en rame­nant par­tout le refrain anti­com­plo­tiste, dans chaque débat sur une dénon­cia­tion d’in­trigues, même docu­men­tée, avec la sem­pi­ter­nelle « théo­rie de la théo­rie du com­plot » (TTC) ? Est-ce bien utile ? Ne serait-ce pas le syn­drome de la mouche du coche ? La TTC elle-même ne serait-elle pas d’une nature clai­re­ment para­noïde puis­qu’elle consiste fina­le­ment à voir des « com­plo­tistes » par­tout ? D’où l’al­lu­sion per­ti­nente de Fré­dé­ric : n’ou­bliez pas la para­bole de la paille et la poutre…

    Moi, j’ai l’im­pres­sion que les « anti­cons­pi­ra­tion­nistes » nous font perdre un temps fou, invo­lon­tai­re­ment ou pas ; et en plus, qu’ils inti­mident les nou­veaux don­neurs d’alerte. 
    Tout ça fait (objec­ti­ve­ment) le jeu du sys­tème, je trouve. 

    Mais bon, je peux me trom­per, évidemment.

    Je retourne faire ma valise pour Annecy 😉

    Étienne.

    Réponse
  37. Ana Sailland

    L’ins­tau­ra­tion du sys­tème repré­sen­ta­tif fut le fruit d’un com­plot. C’est le hold up du mil­lé­naire sur l’au­to­dé­ter­mi­na­tion du peuple, à l’ins­tant pré­cis où elle pou­vait naître.
    La défi­ni­tion de l’es­clave, c’est celui qui ne peut codé­ci­der des règles auquel il sera sou­mis, par la force, avec menace de sévices ou d’emprisonnement. Il y a donc en France envi­ron 65000000 d’es­claves, suite à un complot.

    Il y a aus­si des com­plots sur le ter­rain psy­chique ; par exemple celui qui consiste à faire croire que la réelle démo­cra­tie à grande échelle n’est pas tech­ni­que­ment pos­sible ; à tel point que même de gen­tils révo­lu­tion­naires avancent cet argu­ment dès qu’on aborde ce thème.

    Par contre, pour me modé­rer, il faut bien recon­naître que tout ne se passe pas comme dans le cas de la créa­tion de la banque cen­trale état­su­nienne : il n’y a pas for­cé­ment un « club » de malan­drins réunis à la chan­delle ou subrep­ti­ce­ment sur une île secrète, qui our­dissent un plan méti­cu­leux. Non, l’au­teur du com­plot peut être un groupe non concer­té, où chaque concer­tiste joue sa propre musique, mais conver­gence sub­li­mi­nale il y a, issue de plein de fac­teurs (culture phi­lo­so­phique, culture poli­tique, impré­gna­tion par le même pack dog­ma­tique, core­li­gions en tous genres, inté­rêts com­muns, même école, etc ). Mais le résul­tat est le même que s’il y avait un chef d’or­chestre. S’il ne s’a­git pas d’un com­plot au sens de nos bandes des­si­nées, il s’a­git bel et bien d’une com­pli­ci­té non dite, ou peu théo­ri­sée, mais hyper efficace.

    La sus­dite ques­tion des struc­tures est essen­tielle, car jus­te­ment, elles peuvent, sui­vant leur nature, impul­ser ce type de com­plot non concer­té, qui vien­dra ren­for­cer la struc­ture pert­verse, lui appor­ter de la force, des pro­tu­bé­rances mus­cu­leuses, des ten­ta­cules propres à étouf­fer l’es­poir et la démo­cra­tie. Effet boule de neige

    Bien que n’ayant que 45 km à faire, j’ai aus­si pré­pa­rer mon ptit packetage 😉

    Réponse
  38. Morpheus

    Je serais bien venu à Anne­cy, mais … 1800 bornes aller-retour, ça fait beau­coup tout de même quand on est sans le sous (et sans véhicule).

    Réponse
  39. Ana Sailland

    Aïe 🙁 Quand nous déci­de­rons de ne pas nous conten­ter du net, il fau­dra résoudre ce problème.

    Réponse
  40. Morpheus

    J’é­co­no­mise déjà pour résoudre ce problème.

    Réponse
  41. sitouaillain

    Cher Etienne,

    si tu veux me faire dire que le com­plot est le régime nor­mal de l’ac­tion sur les struc­tures, ma foi, je le recon­nais bien volon­tiers, c’est d’ailleurs pour ça que je passe mon temps à comploter,sinon, on serait en démo­cra­tie, la socié­té trans­pa­rente à elle-même, etc.,

    après, le registre de la condam­na­tion, vou­loir faire des pro­cès de Nurem­berg à tout pro­pos, c’est pas mon truc,
    l’u­ti­li­sa­tion de caté­go­ries vagues et inopé­rantes de type « les riches », les « élus », ça ne m’a jamais aidé à pro­gres­ser, d’ailleurs pas plus que les expli­ca­tions mono­cau­sales ou cen­trées sur des personnes,

    ni les sus­cep­ti­bi­li­tés égo­tiques qui font qu’on se rend inca­pable de cher­cher à com­prendre ce que dit l’autre.( je me soigne et toi?)

    j’a­voue que la ten­dance à se cen­trer sur les com­plots et non sur les struc­tures m’ap­pa­rait clai­re­ment contre­pro­duc­tive au regard de cet exemple d’objectif :
     » L’État libre, qu’est-ce à dire ? Faire l’État libre, ce n’est nul­le­ment le but des tra­vailleurs qui se sont déga­gés de la men­ta­li­té bor­née de sujets sou­mis. (…). La liber­té consiste à trans­for­mer l’État, orga­nisme qui est mis au-des­sus de la socié­té, en un orga­nisme entiè­re­ment subor­don­né à elle (…).  » Marx, Cri­tique du pro­gramme de Gotha.

    c’est parce que cet objec­tif est supé­rieur à la pré­ser­va­tion de mon égo que j’ai conti­nué à m’ex­pri­mer sur ce sujet du com­plo­tisme et d’autres, sans conces­sion, quand bien même je sus­cite l’an­ti­pa­thie et dois sur­mon­ter des pro­cé­dés rhé­to­riques issus du génie de la mau­vaise foi, et là-des­sus Étienne, tu es un cham­pion, rares sont ceux aus­si for­tiches sur la dis­tor­sion du dis­cours d’au­trui pour le faire ren­trer dans un cadre à l’in­té­rieur duquel il est facile d’ar­gu­men­ter, et bon, je m’y suis fait, per­sonne n’est parfait,

    mais pré­sen­te­ment, je ne dis JAMAIS « il n’y a aucun com­plot », je ne dis JAMAIS « tous ceux qui pointent des com­plots sont com­plo­tistes », ni même que « tous les com­plo­tistes sont parano »,

    pour­quoi donc alors ces ques­tions et insi­nua­tions, pour­quoi faire réfé­rence à ces tri­bunes de « chiens de garde » dont je ne suis pas res­pon­sable et que j’ai ici même désap­prou­vé sur le fond et sur la forme ?

    je me sens obli­gé de lais­ser cette ques­tion en suspend,

    alors je vais ten­ter de répondre à ta ques­tion, non­obs­tant le fait que j’ai­me­rais que tu com­prennes ce qui fait que tu me la poses, car j’a­voue que cette réci­dive m’interroge…

    Mais la mise en place de ces struc­tures, et puis la per­pé­tua­tion de ces struc­tures, mal­gré le repé­rage public de leur mal­fai­sance, tu crois vrai­ment qu’elles ont lieu sans intrigues ???

    non môs­sieur, l’a­bru­ti que je je suis n’a jamais « cru » cela, il s’a­vère même que c’est tout le contraire, et qu’on pour­rait même dire que n’im­porte quel fait social, qui plus est lors­qu’il s’a­git de struc­tures socié­tales, est le résul­tat d’in­trigues, on appelle même ça des stra­té­gies d’ac­teurs, quand on veut évi­ter de brouiller son ana­lyse par des juge­ments moraux, et on évite d’en sélec­tion­ner une par­mi d’autres sans la contex­tua­li­ser, et ce fai­sant, on pose des limites à la res­pon­sa­bi­li­té-inten­tion­na­li­té des indi­vi­dus et à l’au­to­no­mie de la stra­té­gie par rap­port à son contexte, sa réus­site étant tri­bu­taire de l’exis­tence d’une « fenêtre d’op­por­tu­ni­té », c’est-à-dire un enche­vê­tre­ment de causes et d’ef­fets qui abou­tissent à ce que cette stra­té­gie-là, par­mi de mul­tiples stra­té­gies par­fois inverses, contraires, etc. a sur­gi et a réussi,

    voi­là pour­quoi le com­plot obser­vé c’est une infor­ma­tion et non une révé­la­tion et que pour poser un cadre autour d’interactions sociales et d’actes et appe­ler ça « com­plot », on opère un choix arbi­traire, on sélec­tionne et on pose une focale sur une infime par­tie de mag­ma du réel,

    autre­ment dit, l’in­trigue, en dit plus sur le contexte et il n’existe aucune œuvre humaine qu’on appel­le­ra « struc­ture » qui n’é­merge d’autres qui lui sont anté­rieures. c’est-à-dire que les indi­vi­dus et les stra­té­gies qui modi­fient une struc­ture ont été « for­gés » par une struc­ture anté­rieure… et que pour modi­fier une struc­ture com­plexe, il faut autre chose que la volon­té de trois péquins, en revanche pour qu’elle se per­pé­tue « mal­gré le repé­rage public de sa mal­fai­sance » point n’est besoin d’in­trigues… enfin j’ar­rête-là, de toute façon, ça ne sert à rien…

    donc une bonne fois pour toute, et sans humi­li­té (après tout Lor­don a le droit), contes­ter la valeur heu­ris­tique des théo­ries du com­plot, Étienne, ce n’est pas dire qu’il n’y a pas de com­plots, c’est avoir pitié de ceux qui s’ar­rêtent-là, si tu n’en fais pas par­tie tu n’as pas à te sen­tir visé,

    et je ne sais pas si c’est du salut public que de s’at­ta­quer aux com­plo­tistes (après tout, cha­cun ses hob­bies, ça n’est pas plus grave que de lire ou écrire dans des jour­naux à scan­dales), en revanche, si je sais qu’il existe des clés pour voir au-delà, n’ai-je pas le droit d’être frus­tré, aga­cé, comme sieur Lor­don, qui, sauf à ne pas vou­loir com­prendre, dis­si­mule très mal son mépris pour ce genre d’explication,

    par exemple pour­tant, il y a des cher­cheurs qui ont déve­lop­pé des expli­ca­tions sur cette ques­tion de la per­pé­tua­tion de sys­tèmes défaillants, quand bien même tous les acteurs sont d’ac­cord pour le consi­dé­rer comme tel, aus­si aber­rant que cela paraisse, pas de com­plot, effet de sys­tème, il y a toute une lit­té­ra­ture sur les orga­ni­sa­tions (entre­prises, asso, par­tis, etc.), lire par exemple « l’ac­teur et le sys­tème » de Cro­zier et Friedberg,

    et je dirais, par rap­port à la fin de ton mes­sage, puis­qu’en fait c’est toi qui amal­game, je crois que c’est par­fai­te­ment nor­mal d’ex­pli­quer les choses incom­pré­hen­sibles par l’oc­culte, et les com­plots « ima­gi­naires » en font par­tie, l’hu­ma­ni­té a tou­jours fait ça, et ça m’ar­rive aus­si, c’est ce qu’on appelle la pen­sée magi­co-reli­gieuse, et les plus malins ont tou­jours su s’en ser­vir pour asseoir leur domi­na­tion, en revanche quand on est rigou­reux on évite les pentes glis­santes de ce genre, et face au com­plot avé­ré, il y a aus­si des façons de se dis­ci­pli­ner pour en dire qqch…du genre quelle hypothèse/théorie préa­la­ble­ment éta­blie ce com­plot confir­me/in­firme-t-il ? (ex:11 septembre/impérialisme) quelle par­tie du réel j’oc­culte pour croire que le com­plot est l’u­nique cause de ce que j’ob­serve (ex : pro­jet nazi d’eu­rope vs pro­jet de paix per­pé­tuelle de kant, pro­jets socia­listes, inté­rêts amé­ri­cains, inté­rêts reli­gieux, etc.) sinon on n’ex­plique rien et on se perd,

    et on aura beau jeu de pleur­ni­cher face à la vin­dicte de quelques chiens de garde anti­cons­pi machin-chose bien inoffensifs…à para­noïaque, para­noïaque et demi…paille et poutre…visiblement Lor­don n’a pas une lame suf­fi­sante pour un rabot efficace.

    « faire le jeu du sys­tème » consiste aus­si a balan­cer des âne­ries d’un ton assu­ré à une assis­tance cré­dule, his­toire de res­sen­tir la gloire d’a­voir mis la main à la pâte au méca­nisme auto-réa­li­sa­teur de ses propres pro­phé­ties:« l’é­lec­tion offre aux riches le pou­voir poli­tique sur un plateau »,

    plus tu auras de fidèles et plus ce sera vrai..

    quand je pense aux éco­no­mies que le dépar­te­ment US fera quand le « virus » aura pris en Amé­rique latine et que toi tu fais ça gratos !

    Pour ne pas deve­nir agent patho­gène à l’in­su de son plein gré, un virus doit savoir adap­ter son agen­ce­ment pro­téi­nique aux corps qu’il squatte.

    j’ai pris du temps pour démon­trer que plu­sieurs de tes pré­misses étaient fausses ou par­tielles, tu ne m’as pas écou­té, tu conti­nues à énon­cer des conclu­sions erro­nées ou sim­plistes, tu les a faites tiennes et tu t’y es atta­ché, au lieu de pra­ti­quer la méthode du doute dans des bornes qui ont fait leurs preuves, tu lis et ne retiens que ce qui va confor­ter tes intui­tions, tu rejettes ou occultes ce qui infirme tes hypo­thèses et tu dénigres avec vio­lence tout ce qui pour­rait remettre en cause leur bien-fondé,

    je me fiche que tu te per­çoives inno­cent, gen­til, sin­cère, dés­in­té­res­sé, ver­tueux, le fait est que nous n’a­vons pas à nous bros­ser mutuel­le­ment dans le sens du poil, pour pro­gres­ser, et, te fai­sant pres­crip­teur d’i­dées pour autrui, tu en es res­pon­sable, comme tout citoyen athé­nien ayant convain­cu l’a­go­ra de voter une mau­vaise mesure, et si ce que tu dis a des consé­quences, puisque tu déploies une grande éner­gie pour cela, je m’en vou­drais de n’a­voir pas tout fait pour en atté­nuer les aspects négatifs.

    en l’oc­cur­rence libre à toi de ne pas accep­ter les conseils de pru­dence à l’é­gard des méca­nismes de pen­sée com­plo­tiste, per­son­nel­le­ment, je sais les recon­naître en moi et je sais par quelle gym­nas­tique y échap­per, et je garde mes sup­pu­ta­tions pour moi quand je n’ai pas le temps de faire des recherches, donc pas de dan­ger que je sois cité en contre-exemple (sur ce point) par de vigi­lants mais mal­adroits anar­chistes « anti­cons­pi », en tout cas, je n’aime pas trop leur prose, mais le fait est qu’ils ont rai­son d’a­ver­tir là-des­sus, et tant pis si ça décou­rage des « lan­ceurs d’a­lertes » peu sûrs de ce qu’ils avancent, pas besoin de col­lec­tion­ner les alertes pour savoir ce qui pose pro­blème, non ?

    et mal­gré l’é­vi­dente injus­tice qu’il y a à ce que tu en fasses les frais en termes de répu­ta­tion, si par un miracle de l’au­to­cri­tique tu recon­nais que tu n’es pas l’ob­jet de tri­bunes anti­cons­pi par hasard ou par méchan­ce­té, ni même qu’il s’a­git de com­plots contre toi, parce que tu « déran­ge­rais », mais peut-être parce que tu ne donnes pas l’im­pres­sion d’être si immu­ni­sé que ça aux modes de pen­sée « conspi », et que vu la métho­do­lo­gie comme la dis­ci­pline que ce titre réclame, tu usurpes dans de larges mesures le titre de « cher­cheur » , alors, je n’au­rais pas per­du mon temps…

    adieu « camarade » !

    Réponse
  42. Morpheus

    @ sitouaillain

    Tu ne serais pas un peu trots­kiste sur les bords, des fois ?

    😉

    Réponse
  43. catherine b

    Ton mes­sage 42 est tout sim­ple­ment remar­quable d’in­tel­li­gence Sitouillain et ça fait du bien de sen­tir son air revigorant.

    Les struc­tures, les struc­tures, ce sont des construc­tions qui se font sur un conti­nuum qui va de l’ac­quies­ce­ment au refus de ce qui se pré­sente à cha­cun d’entre nous, c’est sur ce cur­seur-là c’est vrai, que se construisent les stra­té­gies de puis­sance que nous vivons.

    Ma foi, il ne faut pas aller loin.

    Obser­vons com­ment nous pro­cé­dons en nous, pour répri­mer telle force au pro­fit de telle autre.

    Le corps social est comme un corps indi­vi­duel, un orga­nisme qui cen­tra­lise des connexions diverses et variées dans leur inten­si­té et leur durée et qui est l’ob­jet de rap­port de force contra­dic­toire. Un corps, le mien, le tien, et les lois qui y sont à l’oeuvre sont sem­blables aux lois sociales aux­quelles nous sommes éprouvés.

    Réponse
  44. sitouaillain

    cathe­rine,

    j’ai­me­rais savoir être aus­si per­cu­tant en aus­si peu de mots, bien dit !

    Mor­phéus,

    sur les bords seule­ment alors, car je ne fais pas par­tie du club, on ne m’y accep­te­rait pas, déso­lé de te décevoir..

    Réponse
  45. Morpheus

    Lumière de fin

    En par­lant de conspi­ra­tion, je viens de ter­mi­ner l’ex­cellent roman « Lumière de fin » de HENRY PORTER (à ne pas confondre avec Har­ry Pot­ter 😉 ), aux édi­tions cal­man-lévy.

    http://​a136​.ida​ta​.over​-blog​.com/​2​0​2​x​3​0​0​/​4​/​4​5​/​5​4​/​5​1​/​A​u​t​r​e​s​/​a​r​t​o​n​2​6​4​5​8​-​a​0​b​7​2​.​jpg

    Hen­ry Por­ter est un jour­na­liste et écri­vain bri­tan­nique vivant entre Londres et New-York. Il est consi­dé­ré comme le digne suc­ces­seur de vieux maitres du roman d’es­pion­nage, tel John Le Car­ré (L’es­pion qui venait du froid, La Mai­son Rus­sie, La constance du jar­di­nier, …), John Buchan, Robert Lit­tell, Robert Wil­son ou Robert Lud­lum (La mémoire dans la peau). Il se dis­tan­cie d’autres auteurs tels Tom Clan­cy en cela que ses récits collent le plus sou­vent à l’ac­tua­li­té et s’ins­crivent dans un contexte réa­liste qui rend ses his­toires très cré­dibles. A noter qu’il est éga­le­ment res­pon­sable de l’é­di­tion anglaise de la célèbre revue Vani­ty Fair.

    http://​farm4​.sta​tic​.fli​ckr​.com/​3​5​8​9​/​3​3​2​9​3​0​8​7​5​6​_​8​7​d​9​a​c​b​5​0​a​.​jpg

    Dans ce roman édi­té en 2009, il nous raconte une his­toire qui se déroule en Grande-Bre­tagne, où le gou­ver­ne­ment, sous l’é­gide du pre­mier ministre John Temple (per­son­nage fic­tif) est inti­me­ment lié à une cabale visant à mettre en place un régime tota­li­taire à tra­vers un sys­tème de sur­veillance glo­bal. Un ancien membre du gou­ver­ne­ment, au fait de ce pro­jet, meurt mys­té­rieu­se­ment dans un atten­tat en Colom­bie. S’en­suit une enquête hale­tante où les faits sont révé­lés au grès d’é­vé­ne­ments de plus en plus angois­sants. A la lec­ture, on ne peut s’empêcher d’é­prou­ver cette angoisse d’un pays où les citoyens sont sous constante sur­veillance. Or, l’Angleterre telle que décrite par Por­ter dans ce roman n’est pas une fic­tion, mais une sinistre réa­li­té ! L’au­teur nous en parle d’ailleurs dans sa post­face, que je vous livre ici.

    POSTFACE

    « Lumière de fin se passe dans l’a­ve­nir, mais n’est pas un roman futu­riste. Je me suis pro­je­té légè­re­ment dans le temps depuis le point où se situait la Grande-Bre­tagne durant l’é­té 2009, soit, je m’en aper­çois aujourd’­hui, exac­te­ment soixante ans après la publi­ca­tion de 1984 de Georges Orwell. Il ne m’est pas venu à l’i­dée de moder­ni­ser sa dys­to­pie, ou d’en­trer en concur­rence avec elle, parce que j’ai très vite com­pris que ce n’é­tait pas néces­saire. Mon per­son­nage, Kate Lock­hart, rentre des États-Unis dans un pays qui nous est tout à fait fami­lier mais qui com­porte aus­si beau­coup de ce que la presse dépeint régu­liè­re­ment comme étant « orwellien ».

    « Pen­dant les soixante années qui se sont écou­lées depuis la publi­ca­tion du roman d’Or­well, il y a eu des chan­ge­ments radi­caux en Grande-Bre­tagne. Dans l’en­semble, ces empié­te­ments et ces res­tric­tions nettes des liber­tés civiques ont été intro­duits dis­crè­te­ment, sans grand bruit, débat ou réac­tion de l’o­pi­nion publique britannique.

    « Il y a peu, une jour­na­liste russe, Ira­da Zei­na­lo­va, décri­vait pour son public la vie en Grande-Bre­tagne comme suit : Vos dépla­ce­ments sont sui­vis grâce à vos tickets de bus. Il y a des camé­ras de sur­veillance sur chaque bâti­ment et des puces infor­ma­tiques sur les pou­belles – et l’on peut savoir beau­coup de choses sur votre vie à par­tir de vos ordures… La sécu­ri­té est deve­nue absurde.

    « C’est pré­ci­sé­ment le genre de repor­tage qu’a­vaient cou­tume d’en­voyer les cor­res­pon­dants occi­den­taux en Union Sovié­tique du temps de Bre­j­nev. Le tableau que brosse Zei­na­lo­va est dif­fi­cile à démen­tir. Les bri­tan­niques sont aujourd’­hui plus sur­veillés que n’im­porte quel autre peuple à l’Ouest, voir dans le monde entier. Nous avons plus de camé­ras de sur­veillance que toute l’Eu­rope réunie. Elles infestent non seule­ment les rues et les centres com­mer­ciaux, mais aus­si les res­tau­rants, les ciné­mas et les pubs où, avec l’en­cou­ra­ge­ment de la police et des auto­ri­tés locales, elles filment la tête et les épaules de tout indi­vi­du qui y entre.

    « Les gens sont sur­veillés tout le temps. Les voyages sur la route sont main­te­nant sui­vis par des camé­ras adap­tées de façon à pou­voir lire les plaques d’im­ma­tri­cu­la­tion des véhi­cules, et les don­nées de n’im­porte quel dépla­ce­ment sont conser­vées pen­dant cinq ans. Cette tech­no­lo­gie per­met aux auto­ri­tés de repé­rer et de suivre un véhi­cule en temps réel, outil utile si l’État sou­haite gar­der un œil sur un délin­quant, mais tout aus­si utile pour suivre des dis­si­dents poli­tiques ou des acti­vistes éco­lo­gistes. Des équipes des forces spé­ciales de la police sont déployées lors des mani­fes­ta­tions dans le seul but de fil­mer des mani­fes­tants inno­cents et de sto­cker des infor­ma­tions les concer­nant. Dans tout le pays, des dizaines de mil­liers de per­sonnes sont arrê­tées par la police et obli­gés de se sou­mettre à des fouilles dans le cadre des lois anti­ter­ro­ristes. D’a­près la Cour euro­péenne des Droits de l’homme, les pro­fils géné­tiques de cen­taines de mil­liers d’in­no­cents sont main­te­nant illé­ga­le­ment conser­vés dans les bases de don­nées ADN de la police.

    « Face à cette liste dépri­mante, on peut se deman­der – comme Kate Lock­hart – ce qui est arri­vé à la Grande-Bre­tagne. Pour­quoi les Bri­tan­niques ont-ils accep­té, sans un mur­mure de contes­ta­tion, que le gou­ver­ne­ment ait le droit d’ac­cé­der aux infor­ma­tions des com­mu­ni­ca­tions télé­pho­niques et en ligne de tous, de sur­veiller les vies de leurs enfants par le biais d’une base de don­nées natio­nale ou d’exi­ger au moins cin­quante infor­ma­tions dif­fé­rentes avant qu’un citoyens puisse quit­ter son propre pays ? Il semble extra­or­di­naire qu’au moment où j’é­cris ces lignes, nous nous soyons enga­gés dans la créa­tion de cartes d’i­den­ti­tés qui enre­gis­tre­ront toutes les tran­sac­tions impor­tantes dans la vie de tout indi­vi­du et conser­ve­ront indé­fi­ni­ment ces détails dans les ordi­na­teurs du Registre natio­nal de l’i­den­ti­té. Cela vaut éga­le­ment pour les dos­siers médi­caux des gens, qui seront cen­tra­li­sés et ouverts à l’ins­pec­tion par un grand nombre de pro­fes­sion­nels de la méde­cine et aus­si – natu­rel­le­ment – aux agences gou­ver­ne­men­tales. Le poten­tiel d’a­bus est évident dans ces deux sys­tèmes, et pour­tant cela n’a guère sus­ci­té de tol­lés, ce qui est curieux puisque Orwell sou­li­gnait que la défense de la vie pri­vée est l’une des carac­té­ris­tiques fon­da­men­tales des Britanniques.

    « Les lois qui jouent un rôle dans Lumière de fin existent toutes. Je me sers en par­ti­cu­lier de la loi sur les urgences civiles de 2004 qui, comme le sug­gère mon per­son­nage Georges Lyme, per­met au Pre­mier ministre, à un ministre ou au repré­sen­tant de la for­ma­tion du gou­ver­ne­ment au Par­le­ment de déman­te­ler du jour au len­de­main la démo­cra­tie et l’État de droit. Ces pou­voirs peuvent être invo­qués sur la simple convic­tion qu’une urgence va se pro­duire, et aucune sanc­tion n’est pré­vue contre toute per­sonne qui invo­que­rait ces pou­voirs à tort. Même dans une étude uni­ver­si­taire comme The Civil Conten­gen­cies Act 2004 de Clive Wal­ker et James Bro­de­rick (Oxford Uni­ver­si­ty Press, 2006), on per­çoit l’é­ton­ne­ment des auteurs face à des mesures qui auto­risent la sus­pen­sion des dépla­ce­ments, la sai­sie des biens, l’é­va­cua­tion for­cée, les tri­bu­naux d’ex­cep­tion, les arres­ta­tions et la déten­tion arbi­traires. Dans leurs conclu­sions, ils parlent d’une socié­té extrê­me­ment sécu­ri­sée avec un accent crois­sant mis sur la ges­tion des risques et la pré­ven­tion et ce qui en résulte, comme la sur­veillance et la sécu­ri­té phy­sique omni­pré­sentes, des équi­pe­ments coû­teux, des orga­ni­sa­tions et des pro­grammes inac­ces­sibles et flous, et la mise au rebut des pro­jets sociaux. Cette des­crip­tion suf­fit à expli­quer la situa­tion décrite dans Lumière de fin. Je tiens à sou­li­gner que je n’ai rien inven­té : les lois sont toutes là, prêtes, atten­dant dans le Registre des Lois, fait dont très peu de gens en Grande-Bre­tagne sont conscients.

    « Un pro­blème auquel je ne m’at­ten­dais pas en décri­vant cet ave­nir fut bien que ma vision soit rat­tra­pée par les évé­ne­ments du moment. A peine mon Pre­mier ministre fic­tif, John Temple, avait-il dit qu’il regret­tait de ne pas avoir tenu l’en­quête sur David Eyam à huis clos que le ministre de la jus­tice de l’é­poque, Jack Strass, intro­dui­sait une loi auto­ri­sant les enquêtes à huis clos. A peine le pro­gramme fic­tif DEEP TRUTH pui­sait-il des infor­ma­tions sur les sites des réseaux sociaux que le minis­tère de l’In­té­rieur annon­çait une consul­ta­tion dans le but de don­ner au gou­ver­ne­ment accès aux don­nées sto­ckées sur Face­book, MyS­pace et Twit­ter. J’ai même com­men­cé à me deman­der si un sys­tème comme DEEP TRUTH, nom ins­pi­ré d’une phrase dans de véri­tables docu­ments sur le par­tage des don­nées, n’exis­tait pas déjà dans la réalité.

    (…) »

    > Hen­ry Porter

     Londres, mai 2009

    J’ai dévo­ré ce roman en quatre jours. J’en ai eut réel­le­ment froid dans le dos et j’ai remer­cié ma bonne étoile de ne pas être anglais. N’empêche, je crains fort que le modèle anglais ne s’ex­porte un peu par­tout en Europe dans peu de temps. Je ne veux pas vivre dans une socié­té comme celle-là.

    Mor­pheus

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