Lerner, la finance fonctionnelle et le mythe de la contrainte budgétaire, par Randall Wray

8/08/2012 | 12 commentaires

André-Jacques vient de signa­ler un article abso­lu­ment REMARQUABLE :

LERNER,
la finance fonc­tion­nelle
et le mythe de la contrainte budgétaire

par Ran­dall Wray

13 jan­vier 2012

Dans cette pré­sen­ta­tion des prin­cipes de la finance fonc­tion­nelle déve­lop­pée par Abba Ler­ner, l’é­co­no­miste post-key­né­sien Ran­dall Wray, citant le prix Nobel d’é­co­no­mie Paul Samuel­son, rap­pelle que celui-ci assi­mi­lait à une « reli­gion », une « super­sti­tion » l’i­dée qu’un gou­ver­ne­ment uti­li­sant sa propre mon­naie doive équi­li­brer son bud­get. Selon Samuel­son ce mythe était néces­saire pour « effrayer la popu­la­tion afin qu’elle se com­porte de la manière sou­hai­tée, » et per­mettre ain­si d’é­vi­ter que les élec­teurs n’exigent de leurs gou­ver­nants trop de dépenses. Ce fai­sant, pour­suit Wray, « l’i­dée que l’é­qui­libre bud­gé­taire soit sou­hai­table n’a rien à voir avec « la capa­ci­té de finan­ce­ment » et les ana­lo­gies entre le bud­get du ménage et un bud­get du gou­ver­ne­ment ne sont pas fon­dées. En réa­li­té, s’il est néces­saire de limi­ter les dépenses du gou­ver­ne­ment grâce à un « mythe », c’est pré­ci­sé­ment parce qu’il n’est pas réel­le­ment confron­té à une contrainte budgétaire. »

Par Ran­dall Wray, New Eco­no­mic Pers­pec­tives, Uni­ver­si­té de Kan­sas City, 8 jan­vier 2012 – extrait :

Nous vou­lons expo­ser aujourd’­hui l’ap­proche d’Ab­ba Ler­ner, qui, dans les années 1940, a déve­lop­pé ce qu’il nom­mait la finance fonctionnelle.

La finance fonc­tion­nelle de Ler­ner repose sur deux principes :

Pre­mier prin­cipe : si le reve­nu natio­nal est trop faible, le gou­ver­ne­ment doit dépen­ser plus. Le chô­mage apporte une preuve suf­fi­sante de cette situa­tion. L’exis­tence du chô­mage signi­fie donc que les des dépenses publiques sont trop faibles.

Deuxième prin­cipe : si le taux d’in­té­rêt dans le pays est trop éle­vé, cela signi­fie que le gou­ver­ne­ment doit mettre en cir­cu­la­tion davan­tage de mon­naie, prin­ci­pa­le­ment sous la forme de réserves bancaires.

L’i­dée est assez simple. Un gou­ver­ne­ment qui émet sa propre mon­naie dis­pose de marges de manœuvre dans ses poli­tiques fis­cale et moné­taire qui lui per­mettent de dépen­ser suf­fi­sam­ment pour rame­ner l’é­co­no­mie au plein emploi et de fixer le taux d’in­té­rêt direc­teur là où il le sou­haite. (Nous abor­de­rons les régimes de change plus tard ; un sys­tème de taux de change fixe néces­site de reve­nir sur cette affir­ma­tion.) Pour une nation sou­ve­raine, la capa­ci­té de finan­ce­ment n’est pas un pro­blème. Elle dépense en cré­di­tant des comptes ban­caires avec ses propres recon­nais­sances de dettes – sa mon­naie – chose dont elle ne peut jamais man­quer. S’il existe du chô­mage, le gou­ver­ne­ment peut tou­jours se per­mettre d’embaucher – et par défi­ni­tion, les chô­meurs sont prêts à tra­vailler contre rémunération.

Ler­ner était conscient que cela ne signi­fiait pas que le gou­ver­ne­ment doive dépen­ser comme si le « ciel était la seule limite. » Un embal­le­ment de ces dépenses serait infla­tion­niste. Lorsque Ler­ner a for­mu­lé l’ap­proche de la finance fonc­tion­nelle, au début des années 1940, l’in­fla­tion n’é­tait pas une pré­oc­cu­pa­tion majeure. L’A­mé­rique venait de subir une période de défla­tion, durant la Grande Dépres­sion. Cepen­dant, au fil du temps, l’in­fla­tion est deve­nue une pré­oc­cu­pa­tion sérieuse, et Ler­ner a pro­po­sé une forme de contrôle des prix et des salaires pour limi­ter l’in­fla­tion qui se mani­feste lorsque l’é­co­no­mie se rap­proche du plein emploi. Que ce soit ou non un moyen effi­cace et sou­hai­table d’at­té­nuer les pres­sions infla­tion­nistes n’entre pas dans notre pro­pos ici. La ques­tion cen­trale, c’est que Ler­ner affir­mait seule­ment que le gou­ver­ne­ment devrait uti­li­ser sa capa­ci­té à dépen­ser en ayant en vue de rame­ner l’é­co­no­mie en direc­tion du plein emploi, tout en recon­nais­sant qu’il pour­rait y avoir à adop­ter des mesures pour lut­ter contre l’inflation.

Ler­ner reje­tait la notion de « finances saines », selon laquelle le gou­ver­ne­ment devrait gérer son bud­get comme un ménage ou une entre­prise. Il ne voyait aucune rai­son pour que le gou­ver­ne­ment veuille équi­li­brer son bud­get chaque année, ou sur un cycle éco­no­mique, ou toute autre pério­di­ci­té. Pour Ler­ner, des « finances saines » (en équi­libre bud­gé­taire) n’é­taient pas « fonc­tion­nelle », en ce sens qu’elles n’ai­daient pas à la réa­li­sa­tion des objec­tifs de la socié­té (y com­pris, par exemple, le plein emploi). Si le bud­get pou­vait à l’oc­ca­sion être équi­li­bré, ain­si soit-il, mais s’il ne l’é­tait jamais, ce serait tout aus­si bien. Il reje­tait éga­le­ment toute règle ten­tant de main­te­nir le défi­cit bud­gé­taire en des­sous d’un pour­cen­tage spé­ci­fique du PIB, ain­si que tout ratio arbi­traire de dette par rap­port au PIB. Le « bon » niveau de défi­cit serait celui qui réa­li­se­rait le plein emploi.

[…]

Finance fonc­tion­nelle & Superstition.

L’ap­proche de la finance fonc­tion­nelle de Ler­ner a été pra­ti­que­ment oubliée depuis les années 1970. En effet, elle a été rem­pla­cée dans le milieu uni­ver­si­taire par ce que l’on connait sous l’ap­pel­la­tion de « contrainte bud­gé­taire du gou­ver­ne­ment ». Cette idée est éga­le­ment simple : les dépenses d’un gou­ver­ne­ment sont contraintes par ses recettes fis­cales, sa capa­ci­té à emprun­ter (vendre des obli­ga­tions) et « impri­mer de l’argent ». Dans cette pers­pec­tive, le gou­ver­ne­ment dépense réel­le­ment l’argent obte­nu par ses recettes fis­cales et emprunte sur les mar­chés afin de finan­cer un défi­cit. Si tout cela échoue, il peut faire fonc­tion­ner la planche à billet, mais la plu­part des éco­no­mistes détestent cette solu­tion car elle est consi­dé­rée comme hau­te­ment infla­tion­niste. En effet, les éco­no­mistes se réfèrent constam­ment à des épi­sodes tels que l’Al­le­magne hyper­in­fla­tion­niste de la Répu­blique de Wei­mar, l’ex­pé­rience de la Hon­grie, ou dans les temps modernes, du Zim­babwe, pré­sen­tées comme autant de mises en garde contre le finan­ce­ment des dépenses publiques par la créa­tion monétaire.

[…]

[Ces concep­tions éco­no­miques ] amènent à la vision pro­pa­gée par les médias et les déci­deurs poli­tiques : celle d’un gou­ver­ne­ment qui dépense tou­jours plus que ses recettes fis­cales et « vit au-des­sus de ses moyens », flir­tant avec l’« insol­va­bi­li­té » parce que fina­le­ment les mar­chés lui « coupent le cré­dit ». Bien sûr, la plu­part des macro-éco­no­mistes ne com­mettent pas cette erreur et recon­naissent qu’un gou­ver­ne­ment sou­ve­rain ne peut pas réel­le­ment deve­nir insol­vable dans sa propre mon­naie. Ils savent que le gou­ver­ne­ment peut tenir toutes ses pro­messes lors­qu’elles arrivent à échéance, car il peut uti­li­ser la « planche à billet ». Mais ils tremblent pour­tant à cette idée, car cela ferait cou­rir le risque de l’in­fla­tion ou de l’hy­per­in­fla­tion. Par­mi les res­pon­sables poli­tiques – tout au moins aux États-Unis – le débat est beau­coup plus confus. Le pré­sident Oba­ma a par exemple affir­mé plu­sieurs fois durant l’an­née 2010 que le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain était « à cours d’argent » – comme un ménage qui aurait dépen­sé tout ce qu’il aurait éco­no­mi­sé dans une cassette.

Com­ment en est-on arri­vé là ? Com­ment pou­vons-nous avoir oublié ce que Ler­ner avait clai­re­ment expli­qué et compris ?

Dans une inter­view très inté­res­sante réa­li­sée pour un docu­men­taire de Mark Blaug sur John May­nard Keynes, le prix Nobel d’é­co­no­mie Paul Samuel­son expli­quait ceci :

« Je pense qu’il y a un élé­ment de véri­té dans l’i­dée selon laquelle la super­sti­tion que le bud­get doive être équi­li­bré en tout temps [est néces­saire]. Une fois [que cette super­sti­tion] est dis­sé­quée [cela] enlève l’un des rem­parts que toute socié­té doit avoir à l’en­contre de dépenses hors de tout contrôle. Il doit y avoir une dis­ci­pline dans l’al­lo­ca­tion des res­sources, sinon c’est un chaos anar­chique et une absence d’ef­fi­ca­ci­té. L’une des fonc­tions de la reli­gion tra­di­tion­nelle était d’ef­frayer les gens – par ce qui pour­rait être consi­dé­ré par­fois comme des mythes – afin qu’ils se com­portent de la manière qu’exige la vie civi­li­sée. Nous avons abo­li la croyance en la néces­si­té intrin­sèque d’é­qui­li­brer le bud­get, si ce n’est à chaque année, [au moins] sur chaque période à court terme. Si le Pre­mier ministre Glad­stone reve­nait à la vie, il s’ex­cla­me­rait « Oh, qu’a­vez-vous fait ? » et James Bucha­nan s’ex­prime ain­si. Je dois dire que je vois un cer­tain mérite dans cette opinion. » 

La croyance que le gou­ver­ne­ment doive équi­li­brer son bud­get à une cer­taine échéance est assi­mi­lée à une « reli­gion », une « super­sti­tion », néces­saire pour effrayer la popu­la­tion afin qu’elle se com­porte de la manière sou­hai­tée. Sinon, les élec­teurs pour­raient exi­ger que leurs gou­ver­nants dépensent trop, pro­vo­quant ain­si l’in­fla­tion. De ce fait, l’i­dée que l’é­qui­libre bud­gé­taire soit sou­hai­table n’a rien à voir avec « la capa­ci­té de finan­ce­ment » et les ana­lo­gies entre le bud­get du ménage et un bud­get du gou­ver­ne­ment ne sont pas fon­dées. En réa­li­té, s’il est néces­saire de limi­ter les dépenses du gou­ver­ne­ment grâce à un « mythe », c’est pré­ci­sé­ment parce qu’il n’est pas réel­le­ment confron­té à une contrainte budgétaire.

Les États-Unis (et de nom­breux autres pays) ont réel­le­ment connu des pres­sions infla­tion­nistes de la fin des années 1960 jus­qu’aux années 1990 (au moins pério­di­que­ment). Ceux qui pen­saient que l’in­fla­tion était pro­vo­quée par des dépenses publiques exces­sives ont contri­bué à créer la « reli­gion » de l’é­qui­libre du bud­get, pour lut­ter contre l’in­fla­tion. Le pro­blème, c’est que ce qui a débu­té comme quelque chose que les éco­no­mistes et les res­pon­sables poli­tiques savaient être un « mythe » en est arri­vé à être pris pour une véri­té. Des concep­tions fausses se sont installées.

À l’o­ri­gine, ce mythe était « fonc­tion­nel » en ce sens qu’il posait une contrainte sur un gou­ver­ne­ment qui sinon aurait été trop dépen­sier, créant de l’in­fla­tion et met­tant en dan­ger l’ar­ri­mage du dol­lar à l’or. Mais comme beau­coup de mythes utiles, celui-ci a fini par deve­nir nocif, en un exemple de ce que John Ken­neth Gal­braith appelle une « fraude inno­cente », une croyance injus­ti­fiée qui empêche d’a­gir conve­na­ble­ment. Les gou­ver­ne­ments sou­ve­rains ont com­men­cé à croire qu’ils ne pou­vaient réel­le­ment pas « se per­mettre » de mettre en œuvre les poli­tiques sou­hai­tées, vic­times de la croyance qu’ils pour­raient deve­nir insol­vables. Iro­ni­que­ment, au cœur de la pire crise éco­no­mique depuis la Grande Dépres­sion des années 1930, le pré­sident Oba­ma a affir­mé à plu­sieurs reprises que le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain était « à court d’argent », qu’il ne pou­vait pas se per­mettre de faire la poli­tique que la plu­part pen­saient sou­hai­table. Lorsque le chô­mage a aug­men­té de près de 10%, le gou­ver­ne­ment a été para­ly­sé, et n’a pas pu adop­ter la poli­tique que pré­co­ni­sait Ler­ner : dépen­ser suf­fi­sam­ment pour rame­ner l’é­co­no­mie vers le plein emploi.

Pour­tant, pen­dant la crise, la Fed (ain­si que d’autres banques cen­trales, dont la Banque d’An­gle­terre et la Banque du Japon) ont appli­qué le second prin­cipe de Ler­ner : four­nir plus de réserves aux banques suf­fit à main­te­nir le taux d’in­té­rêt inter­ban­caire à un taux qua­si nul. Elle l’a fait en acqué­rant des actifs finan­ciers auprès des banques (une poli­tique dite de « quan­ti­ta­tive easing », ou assou­plis­se­ment quan­ti­ta­tif), à un niveau record (1 750 mil­liards de dol­lars durant la pre­mière phase, avec un mon­tant pré­vu de 600 mil­liards sup­plé­men­taires pour la deuxième phase). Ben Ber­nanke, le gou­ver­neur de la Fed, a été pres­sé de ques­tions par le Congrès qui vou­lait savoir com­ment il avait obte­nu tout cet « argent » pour ache­ter ces obli­ga­tions. Il a (cor­rec­te­ment) répon­du que la Fed l’a­vait sim­ple­ment créé en cré­di­tant les réserves des banques, et ce en frap­pant sur les touches d’un cla­vier d’or­di­na­teur. La Fed ne peut jamais man­quer d’ « argent », elle peut se per­mettre d’ac­qué­rir tous les titres finan­ciers que les banques sont prêtes à vendre. Et pour­tant, nous avons un pré­sident (ain­si que de nom­breux éco­no­mistes de pro­fes­sion, tout comme la plu­part des poli­tiques au Congrès) qui croient que le gou­ver­ne­ment « manque d’argent » ! On « frappe » beau­coup sur les cla­viers pour ache­ter des actifs finan­ciers, mais pas pour payer les salaires.

Cela indique à quel point ce mythe est deve­nu dysfonctionnel.

Source Contre-info : http://​contrein​fo​.info/​a​r​t​i​c​l​e​.​p​h​p​3​?​i​d​_​a​r​t​i​c​l​e​=​3​167

Mon com­men­taire :

Je trouve cet article PASSIONNANT. Mais quant à la cause des causes, Ran­dall Wray rate l’es­sen­tiel, je crois : il fait comme si les déci­deurs se trom­paient, comme s’ils étaient de bonne foi, comme s’ils avaient per­du la bonne recette pour ser­vir l’in­té­rêt géné­ral et le bien com­mun : il sug­gère donc que la situa­tion est vécue —hon­nê­te­ment— comme un dys­fonc­tion­ne­ment : « le mythe est deve­nu dys­fonc­tion­nel » dit-il.

Je pense au contraire que le mythe de la contrainte bud­gé­taire est par­fai­te­ment fonc­tion­nel SI on se place du point de vue OPPOSÉ à l’in­té­rêt géné­ral qui est LE POINT DE VUE DES MAÎTRES DE NOS MAÎTRES.

Il y a en effet une autre expli­ca­tion que celle de l’au­teur, plus radi­cale, plus plau­sible (et moins misé­ri­cor­dieuse pour les cra­pules qui nous gou­vernent) : il est plus clair­voyant (et plus utile pour résis­ter au bon endroit), selon moi, d’ob­ser­ver ce FAIT que les déci­deurs poli­tiques sont élus EXCLUSIVEMENT grâce à l’argent et aux médias des quelques acteurs poli­tiques les plus RICHES, ceux-là même qui, pré­ci­sé­ment, ne sont riches QUE PARCE QUE les salaires sont bas, et pour qui le chô­mage éle­vé per­met de main­te­nir ces salaires bas ad vitam aeter­nam par la TERREUR qu’il sème par­tout dans le corps social.

Le capi­ta­lisme est un ter­ro­risme, qui uti­lise les mêmes méthodes que celles de la mafia : ter­ro­ri­ser d’a­bord, puis se pré­sen­ter comme un pro­tec­teur (en échange du tra­vail for­cé de la victime).

Ces élus sont donc TOTALEMENT DÉPENDANTS POUR LEUR CARRIÈRE POLITIQUE d’un petit groupe d’in­di­vi­dus très riches qui sou­haitent pro­fon­dé­ment un fort chô­mage, des bas salaires, de faibles impôts pour eux et de forts impôts pour les autres ! Les élus ne doivent RIEN à leurs élec­teurs (il s’en trou­ve­ra tou­jours pour voter pour eux pour­vu que les médias soient à la botte), alors que les élus doivent TOUT à ceux qui paient leur accès au pou­voir (pas­sé et futur).

Dans cette optique (très com­plo­tiste, c’est clair, mais pas néces­sai­re­ment fausse), le mythe en ques­tion (« le bud­get de l’É­tat doit abso­lu­ment être équi­li­bré ») n’est donc pas dys­fonc­tion­nel du tout, il est au contraire par­fai­te­ment opé­ra­tion­nel : si on se place du point de vue des « par­rains » de nos élus, tout se passe comme pré­vu. Du point de vue de l’in­té­rêt géné­ral, au contraire, nous ne vivons pas une « crise » mais un coup d’É­tat antisocial.

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Donc, nous n’a­vons PAS du tout de pro­blèmes TECHNIQUES : on sait très bien com­ment régler nos pro­blèmes => nous avons un pro­blème POLITIQUE : nos déci­deurs poli­tiques ne servent PAS l’in­té­rêt géné­ral mais — évi­dem­ment — celui de leurs riches spon­sors ; c’est ÇA, notre pro­blème socié­tal majeur.

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Nous vivons dans une lamen­table plou­to­cra­tie (régime où le pou­voir poli­tique est confis­qué par les plus riches) qui arrive à mas­quer ses anti-per­for­mances éco­no­miques en s’at­tri­buant notre confort maté­riel moderne comme son propre tro­phée, alors que nous devons mani­fes­te­ment ce confort maté­riel récent bien davan­tage au PÉTROLE (et les cen­taines d’  »équi­va­lents-esclaves » —expres­sion par­faite de Jean-Marc Jan­co­vi­ci— que le pétrole nous donne tous les jours), et aux ARMES qui ont per­mis le pillage des pays désar­més— qu’à l’ef­fi­cience d’un régime qui fait du VOL des 99% par les 1% une fata­li­té légale.

Mais la plou­to­cra­tie n’est une fata­li­té QUE PARCE QUE les 99% se sont fait ber­ner par la mise à l’en­vers de tous les mots impor­tants et qu’ils CONSENTENT à lais­ser les 1% écrire la CONSTITUTION à leur place, et donc à ÉLIRE leurs MAÎTRES, etc.

Il n’y a pas de démo­cra­tie pos­sible sans tirage au sort.

Mer­ci AJH, pour cet article, tout à fait passionnant.

Étienne.

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12 Commentaires

  1. Sam

    Cela va sans dire : les bons pères de famille sont for­cé­ment des gens de bien… (ceux qui ont du bien…)

    Réponse
  2. mic el

    « la plu­part des macro-éco­no­mistes recon­naissent qu’un gou­ver­ne­ment sou­ve­rain ne peut pas réel­le­ment deve­nir insol­vable dans sa propre monnaie »

    L’i­dée qui pré­do­mine dans cet article à pro­pos de Ler­ner est qu’un gou­ver­ne­ment sou­ve­rain ne peut pas être en faillite, la conclu­sion légi­time c’est que l’es­sen­tiel est d’as­su­rer notre sou­ve­rai­ne­té. Et son corol­laire, recon­naître l’ab­sence de sou­ve­rai­ne­té comme cause de l’a­lié­na­tion. Ici la pri­va­tion de mon­naie, est la maté­ria­li­sa­tion du lien dont on est pri­vé là. (a‑léination).

    Paul Samuel­son : « Il doit y avoir une dis­ci­pline dans l’allocation des res­sources, sinon c’est un chaos anar­chique et une absence d’efficacité. » en effet si ‘on’ alloue des res­sources en fonc­tion de la demande, on en vient a fonc­tion­ner éco­no­mi­que­ment sur le mode du « tas de kro­pot­kine », (-ges­tion de la masse moné­taire direc­te­ment par le peuple et sans inter­mé­diaires.) qui est admi­ra­ble­ment anar­chiste et catas­tro­phique pour l’en­ri­chis­se­ment indi­vi­duel capi­ta­lis­tique qui se trouve en plus assé­ché par l’in­fla­tion ! Un drame pour ceux qui espère deve­nir les seuls riches !

    « A l’origine, ce mythe était ‘fonc­tion­nel’ en ce sens qu’il posait une contrainte sur un gou­ver­ne­ment qui sinon aurait été trop dépen­sier, créant de l’inflation et met­tant en dan­ger l’arrimage du dol­lar à l’or. » ‑la quan­ti­té d’or étant limi­té par défi­ni­tion, et donc déte­nue par une mino­ri­té ; La fina­li­té fac­tuelle de l’ar­ri­mage à l’or répond donc à la néces­site de limi­ter la pos­ses­sion et l’en­ri­chis­se­ment à une mino­ri­té. Laquelle répond à la néces­si­té fan­tas­ma­tique pour une mino­ri­té, d’exer­cer son pou­voir sur les autres !

    « On « frappe » beau­coup sur les cla­viers pour ache­ter des actifs finan­ciers, mais pas pour payer les salaires. » ‑j’a­dore !

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  3. Ana Sailland

    Pas­sion­nant en effet.

    Une fois de plus appa­raît la dif­fi­cile néces­si­té de s’ex­tir­per de la pen­sée ambiante. Et tout point et en tout temps.

    Depuis ~1970 , un dogme.
    Savoir qui le nour­rit n’est pas simple mais il est nour­ri, c’est certain.

    De nos jours, la créa­tion moné­taire est déci­dée par les banques pri­vées, qui se sucrent au pas­sage, qui se fondent sur leur droit exclu­sif de moné­ti­ser des actifs futurs et hypo­thé­tiques.
    Le fait que ce droit soit confis­qué par le sec­teur pri­vé est révol­tant, certes, mais posi­ti­vons (c’est mieux 😉 ) : à tra­vers ce constat révol­tant, nous avons la preuve vécue que la mon­naie peut sans pro­blème être créée/émise en fonc­tion de poten­tia­li­tés et d’espoirs!!!

    Or il se trouve que chaque citoyen et chaque citoyenne, ain­si que tout humain vivant sur le ter­ri­toire ( zone euro ou nation ) porte en lui un énorme poten­tiel de créa­tion, sou­vent mal exploi­té, voire pas du tout, un énorme poten­tiel de par­ti­ci­pa­tion ((( et un vrai poten­tiel de consom­ma­tion, ça j’aime moins))). Ces poten­tia­li­tés ne sont pas moné­ti­sées par le sec­teur ban­caire pri­vé, bien enten­du, qui pré­fère limi­ter l’ex­pan­sion à ce qui le sert, direc­te­ment ou indi­rec­te­ment, lui et ses « cops ». Ain­si la rare­té est-elle orga­ni­sée… Ce serait à l’État, ou aux États (si tant est qu’il en reste qui soient libres), et à la gou­ver­nance publique … et démo­cra­tique … de moné­ti­ser ce poten­tiel en orien­tant la créa­tion moné­taire vers la juste orga­ni­sa­tion du bon­heur inté­rieur brut. Mais ils (États et Gou­ver­nance) n’en ont plus le droit puisque le dogme alié­nant est incar­né dans les trai­tés, gra­vé dans le marbre du temple, en quelque sorte.

    L’a­bon­dance est à por­tée de main puisque les mains sont abon­dantes. Il y a un refus de la voir naître. LA ques­tion est de savoir pour­quoi et par qui … si c’est quelqu’un.

    Réponse
  4. Florence

    « Dif­fi­cile » de vivre sans argent aujourd’­hui (sans terre à culti­ver, sans mai­son pos­sé­dée) ! Et avec peu (d’argent), idem, même en ache­tant chi­nois plu­tôt qu’al­le­mand, ou les deux à la fois (puisque nos chers voi­sins nous ont aus­si expor­té leurs enseignes de consom­ma­tion dis­count) – et c’est le panel du pauvre, entre autres frais et dépenses majeures (loge­ment, san­té, édu­ca­tion), et injonc­tions fré­né­tiques d’ac­ti­vi­té (ou de remise en acti­vi­té). Que savons-nous faire, fabri­quer aujourd’­hui par­mi tous ces biens que nous uti­li­sons et consom­mons ? Je veux dire que notre fameuse « auto­no­mie » décla­mée est peut-être sus­pecte, illu­soire, et res­semble davan­tage à de l’au­to­ma­tisme bien hui­lé, tan­dis que le pou­voir entre les mains des banques et des indus­triels est consé­quent : ils ont su trou­vé comme l’ab­so­lu… Nous dépen­dons de l’argent et de tech­niques que nous ne mai­tri­sons plus, s’il existe d’autres biens que ceux de la place du mar­ché, et que la reprise en main est encore pos­sible pour les biens maté­riels essen­tiels et même éla­bo­rés, je l’ac­corde volontiers.

    Et notre dif­fi­cul­té à nous com­prendre, à com­mu­ni­quer (que de mal­en­ten­dus s’ouvrent au détour de chaque phrase), à faire ensemble est un gros caillou, un rocher, une mon­tagne sur la route. L’o­béis­sance, la hié­rar­chie, et la logique repré­sente ce qui nous est incul­qué comme socia­le­ment fonc­tion­nel, au dia­pa­son de la contrainte bud­gé­taire ! L’en­tente, la sen­si­bi­li­té à l’autre et à soi, la construc­tion com­mune sont la bonne sur­prise, l’i­nat­ten­du, tout en poten­tiel souvent…

    Réponse
  5. Florence

    http://ecosoletcie.typepad.fr/solidarites_chomages/2012/08/rsa-suicide-%C3%A0-la-caf.html

    Quand il n’y a plus d’argent… Pour illus­trer ce que signi­fie en d’autres termes (forts concrets) la contrainte bud­gé­taire, la finance fonc­tion­nelle et les pou­voirs abso­lus entre quelques mains (avec la com­pli­ci­té de la socié­té fonc­tion­nelle, avec ses auto­mates ou indi­vi­dus pseu­do-auto­nomes fonc­tion­nels, au nom de la propre sur­vie, du confort ou de la renom­mée). La pla­nète paie aussi. 

    Bien à vous tous.

    Réponse
  6. FabriceM

    Même si j’ai bien peu de chance de vous convaincre que vous allez trop loin sur la mon­naie et le capi­ta­lisme, je vais m’y essayer.

    Les inéga­li­tés sont un fléau et tous ceux qui tendent de nous faire gober que la richesse ruis­selle sont des cri­mi­nels. Néan­moins, la base du capi­ta­lisme, c’est la pro­prié­té pri­vée. La pro­prié­té pri­vée n’est pas seule­ment une vue de l’es­prit gra­vée dans la loi par des tech­no­crates, elle est natu­relle. La pro­prié­té peut être col­lec­tive, et c’est tant mieux si ça arrive, mais un monde sans pro­prié­té, donc un monde dans lequel n’im­porte qui peut en théo­rie faire tout ce qu’il veut avec tout ce qui lui tombe sous la main ne peut pas être fonctionnel .

    On peut pen­ser tout le mal qu’on veut du sys­tème capi­ta­liste mais si demain ses créa­tions s’ef­fon­draient, comme l’a­gri­cul­ture indus­trielle ( Je ne la porte vrai­ment pas dans mon coeur pour­tant ), nous serions bien dans la merde, car l’im­mense majo­ri­té n’a plus les com­pé­tences pour com­pen­ser cette perte de ser­vice, et on ne devient pas agri­cul­teur du jour au lendemain.

    Sur la mon­naie, quelque chose m’é­chappe. Vous savez mieux que qui­conque à quel point le pou­voir cor­rompt. Or, l’E­tat a déjà le mono­pole de la vio­lence légale, et c’est un pou­voir énorme. Vous vou­driez en plus don­ner le pou­voir de battre mon­naie à volon­té pour réa­li­ser des inves­tis­se­ments d’E­tat. C’est une folie, ce pou­voir bien trop grand ferait écla­ter n’im­porte quelle Répu­blique sous le poids de la corruption.

    Pour­quoi res­ter arc-bou­té sur l’E­tat et ne pas envi­sa­ger le prin­cipe des mon­naies locales auto-gérées par des citoyens via des banques libres ? Pour­quoi res­ter dans une concep­tion cen­tra­li­sée de la mon­naie alors même que votre concep­tion de la démo­cra­tie implique une très large part de décentralisation ?

    J’ai écrit un article sur AV sur l’argent :
    http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/l‑argent-119144

    Pour moi, cet outil est bien trop impor­tant pour qu’on puisse en délé­guer la ges­tion à qui que ce soit. Cha­cun doit être impli­qué dans le main­tien de sa fonctionnalité.

    Et jus­te­ment, cette finance fonc­tion­nelle « pour l’E­tat » que vous pré­sen­tez aurait for­cé­ment pour consé­quence de rendre l’argent lui même non fonc­tion­nel. L’E­tat a déjà le pou­voir de lever l’im­pôt pour finan­cer tout ce qu’il veut. Uti­li­ser la créa­tion moné­taire pour finan­cer quoi que ce soit revient à camou­fler cet impôt en mani­pu­lant insi­dieu­se­ment la valeur de la mon­naie. Or, les varia­tions du cours de la mon­naie sont ter­ri­ble­ment nui­sibles à l’é­co­no­mie. L’in­fla­tion des 30 glo­rieuses n’a été sup­por­table que parce que l’é­co­no­mie avait un énorme pro­pul­seur au cul qui s’ap­pe­lait le pétrole pas cher. Mais c’est fini.

    Vous qui croyez à l’i­ni­tia­tive citoyenne, à la pro­gres­sion virale du renou­veau démo­cra­tique de notre socié­té, je vous en prie, repen­sez votre point de vue sur la mon­naie et l’Etat.

    Cor­dia­le­ment,

    Réponse
  7. Florence

    J’ai abor­dé récem­ment la pau­vre­té ici, chez Étienne Chouard, au risque du para­si­tage et de paraître mora­li­sa­trice, et j’ai en effet ma morale (et mon auto­no­mie – de pen­ser) tan­dis que Plan C aborde par d’autres bouts cette réa­li­té, me semble-t-il. J’ai appris hier seule­ment la ten­ta­tive de sui­cide d’un EXCLU du RSA dans les locaux publics de sa CAF, et je veux m’y appesantir.

    Qui n’est pas pauvre en notre socié­té ne peut com­prendre, qui n’est pas pas­sé par le RSA ne peut com­prendre, est-ce l’im­pres­sion que j’ai reti­ré des quelques docu­ments lus.

    Par­ler au nom des autres, déci­der pour les autres… de la démo­cra­tie, en fait, dans un contexte de « finance fonc­tion­nelle » et de « contrainte bud­gé­taire » qui se veulent lois universelles.

    L’ex­clu­sion de l’aide est une réa­li­té conjointe à la déli­vrance du petit reve­nu de sub­sis­tance qu’est cet affreux RSA. En plus de devoir tout comp­ter, cal­cu­ler, et beau­coup sacri­fier, on vit dans la menace de ne plus rien rece­voir, et éven­tuel­le­ment dans le sen­ti­ment de dette (sans par­ler de la honte que l’on peut por­ter à être l’  »assis­té », le « der des ders » dans cette socié­té méri­to­cra­tique : « t’as rien prou­vé, t’es nul – et tu peux en chier », en cre­ver – du mérite jus­qu’au bout, du DROIT DE VIVRE gra­ve­ment en jeu, à mes yeux).

    Nota : L. Jos­pin est peut-être celui qui a com­men­cé à lais­ser entendre que les aides de ce type devaient être com­prises comme une dette par ceux qui les rece­vaient. La déno­mi­na­tion allo­ca­taire est d’ailleurs deve­nue « béné­fi­ciaire »… Béné­fi­ciaire… et profiteur ?

    Béné­fice, pro­fit. Il est des mots posi­tifs dans le jar­gon des entre­prises ou de la finance et qui sont une insulte dans le monde social, une mise en cause radicale.

    http://​www​.cip​-idf​.org/​a​r​t​i​c​l​e​.​p​h​p​3​?​i​d​_​a​r​t​i​c​l​e​=​5​782
    Un article par­mi d’autres…

    Obte­nir le RSA implique non seule­ment des dos­siers hyper-fouillés, et sour­cilleux sur les infor­ma­tions exi­gées (je me per­mets d’ap­pe­ler cela fichier social), mais depuis la loi dite « train de vie » (N. Sar­ko­zy – eh, oui il osait), la sur­en­chère de contrôle a été élar­gie de sorte que l’al­lo­ca­taire peut voir ses comptes divers (banque, four­ni­ture d’éner­gie, etc.) exa­mi­nés direc­te­ment par les auto­ri­tés de droit, et sans l’a­vis du concer­né, ni même qu’il en soit aver­ti. La sus­pi­cion de triche règle les contrôles à domi­cile (pré­somp­tion de soup­çon de ne pas vivre seul‑e, par exemple). Fichier social, c’est encore gen­til… Je laisse juges les experts en big brother.

    L’aide est désor­mais stric­te­ment condi­tion­née à des démarches de retour à la norme, à l’emploi, appe­lées par­fois « accom­pa­gne­ment vers l’au­to­no­mie » qui consistent à obtem­pé­rer aux « conseils de sachants » et très com­pé­tents qui veulent vous ame­ner à vous « réin­sé­rer », vous l’in­com­pé­tent, l’al­ter­nome ou toto­nome (emploi quel qu’il soit ? / un autre para­mètre d’at­taque à l’é­di­fice social du tra­vail à l’oc­ca­sion). Et devant les pres­sions conti­nues, d’autres pres­sions peuvent faire l’af­faire (au moins, ce sera bas­ta, le RSA, ce bas-de-gamme sur-inspecté).

    Les cour­riers sont tou­jours lourds de menace, et le rap­pel de la loi (si vous ne venez pas, si vous ne rem­plis­sez pas tel for­mu­laire, etc.) sou­ligne à l’en­vi que vous n’a­vez pas le choix… le tout enro­bé avec l’en­semble des dis­po­si­tions et faveurs que l’on fait pour vous, là où est la com­pé­tence, on l’a donc compris.

    Or, sans l’argent ridi­cule en lequel consiste le rsa socle, notam­ment (d’autres for­mules moins géné­reuses existent, les cal­culs savants qui réduisent les mini­mas sont mul­tiples), c’est-à-dire SANS ARGENT, j’y reviens : QUE FAIT-ON ? Oui, QUE FAIT-ON ?

    Les demandes inverses (du rsiste à l’ad­mi­nis­tra­tion) ne sont géné­ra­le­ment pas com­prises, et amènent à d’autre dif­fi­cul­tés, par­fois irré­cu­pé­rables, tou­jours lourdes de conséquences.

    … juste un fais­ceau par­ti­san et par­tiel, face à l’acte déses­pé­ré de notre conci­toyen que j’es­père ne pas tra­hir, et dans la rubrique « par­ler plu­tôt des pro­blèmes qui ne sont pas spé­ci­fi­que­ment ins­ti­tu­tion­nels (éco­no­mie, socié­té, poli­tique inté­rieure, etc.) », en grand écart.

    Réponse
  8. A-J Holbecq

    Je vous signale cet article Pas­cal-Emma­nuel Gobry, paru le 14 décembre sur ATLANTICO 
    sous le titre « Le plein emploi : uto­pie dan­ge­reuse, ou solu­tion à la crise ? » sur 
    http://​post​jo​rion​.word​press​.com/​2​0​1​2​/​1​2​/​1​5​/​2​6​3​-​l​e​-​p​l​e​i​n​-​e​m​p​l​oi/

    La pro­po­si­tion sui­vante me semble intéressante :

     » L’entrepreneur amé­ri­cain Mor­gan Warst­ler pro­pose une bourse du tra­vail, admi­nis­trée et sub­ven­tion­née par l’Etat, sur le modèle d’eBay. Les employés et les employeurs se notent entre eux, et une assu­rance est incluse dans le prix du tra­vail. Et chaque heure tra­vaillée est rému­né­rée par l’Etat en plus du salaire pro­po­sé par l’employeur. Autre­ment dit, met­tons que le tarif de l’Etat est à 10 euros de l’heure, et qu’une très bonne baby­sit­ter est à 5 euros de l’heure, et une moyenne à 2 euros. Si je veux recru­ter une bonne baby­sit­ter, je paye 5 euros de l’heure, mais elle reçoit 15 grâce à la subvention.

    Puisque le coût de l’emploi est très faible pour les employeurs, l’intérêt à recru­ter est évident : si ça ne vous coû­tait que quelques euros pour que quelqu’un vienne faire votre les­sive ou votre ménage, ne le feriez-vous pas ? Mais mal­gré tout, les employés sont rému­né­rés à un salaire cor­rect. Ces emplois seraient de “vrais” emplois répon­dant à de vrais besoins, et pas des faux emplois aidés. Le sec­teur public serait gagnant finan­ciè­re­ment puisque ces emplois sub­ven­tion­nés rem­pla­ce­raient les nom­breuses pres­ta­tions de chô­mage. Et l’économie connaî­trait le plein emploi. »

    Réponse
  9. Morpheus

    @ A‑J Holbecq

    Je me trompe où cette pro­po­si­tion entre en contra­dic­tion avec l’i­dée défen­due par Ber­nard Friot qui dénonce car­ré­ment, lui, la notion de « l’emploi » comme étant l’en­ne­mi du travail ?

    Si je com­prend bien, cette pro­po­si­tion ne libère pas de l’emploi, puis­qu’elle vise au « plein emploi » (que Friot dénonce comme une chi­mère et une hor­reur). L’emploi (et les employeurs) accroissent encore un pou­voir de cap­ta­tion du tra­vail, mais à moindre coût (pour les inci­ter à employer plus). On compte sur cette inci­tant pour que les employeurs engagent plus. Et la dif­fé­rence serait payée par l’é­tat via cette caisse de salaire.

    Je ne suis pas sûr que ce soit vrai­ment notre inté­rêt. L’i­dée défen­due par Friot de libé­rer com­plè­te­ment le tra­vail de l’emploi par le biais d’un salaire à vie sur base de la qua­li­fi­ca­tion me semble bien plus pertinente.

    En plus, je doute for­te­ment que cela fonc­tionne si cet inci­tant n’est pas condi­tion­né à l’o­bli­ga­tion d’employer plus : l’ex­pé­rience nous a lar­ge­ment mon­tré que jamais les employeurs n’en­gagent plus lors­qu’ils béné­fi­cies d’aides de l’é­tat (non condi­tion­née), mais font direc­te­ment pas­ser en pro­fits ces aides. Tout ce que cela a pro­duit, c’est le tor­pillage du sys­tème des coti­sa­tions sociales, sys­tème solide et insub­mer­sible en lui-même, sauf si on perce la coque.

    Je vous c/c aus­si ce mon­tage réa­li­sé par Yvan à par­tir d’une confé­rence de Friot concer­nant la ques­tion de l’emploi et du travail.

    En résu­mé, à la ques­tion « Le plein emploi : uto­pie dan­ge­reuse, ou solu­tion à la crise ? » de l’ar­ticle, je répon­drais sans hési­ter : uto­pie dangereuse !

    Cor­dia­le­ment,
    Morpheus

    Réponse
  10. J-Stéphane

    Bon­jour,

    Pour pro­fi­ter du bon­heur, l’hu­ma­ni­té œuvre pour le pleine emploi des machines, mais les indus­triels savent que le bon­heur n’est pas ven­deur de plaisir.

    J‑Stéphane

    Réponse
  11. A-J Holbecq

    @Morpheus

    On ne peut pas com­pa­rer les deux pro­po­si­tions… celle de Friot néces­site un chan­ge­ment de para­digme complet.

    Je crains qu’on ne puisse pas « libé­rer de l’emploi » avant long­temps pour une rai­son basique qui me semble sou­vent oubliée ; on ne peut dis­tri­buer que ce qui est pro­duit et le salaire peut être (je dis pas qu’il l’est actuel­le­ment) la juste rétri­bu­tion du tra­vail, c’est à dire de la pro­duc­tion de richesse ; tout le monde n’a pas une âme de bonne soeur.

    Mais je sou­haite à tous ceux qui émettent des pro­po­si­tions inté­res­santes (comme celles de Friot) d’ar­ri­ver à faire pas­ser leur message…et sauf quand les pro­po­si­tions me semblent tota­le­ment lou­foques, j’es­saye de ne pas cri­ti­quer les efforts des autres.

    Réponse
  12. J.C

    Oui,
    Ce n’est pas l’hu­main lui-même ni l’emploi qui crée la valeur mar­chande, C’est l’ac­ti­vi­té de production.
    Une machine peut très bien créer de la valeur.

    Bien ami­ca­le­ment

    J.C

    Réponse

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