André-Jacques vient de signaler un article absolument REMARQUABLE :
LERNER,
la finance fonctionnelle
et le mythe de la contrainte budgétaire
par Randall Wray
13 janvier 2012
Dans cette présentation des principes de la finance fonctionnelle développée par Abba Lerner, l’économiste post-keynésien Randall Wray, citant le prix Nobel d’économie Paul Samuelson, rappelle que celui-ci assimilait à une « religion », une « superstition » l’idée qu’un gouvernement utilisant sa propre monnaie doive équilibrer son budget. Selon Samuelson ce mythe était nécessaire pour « effrayer la population afin qu’elle se comporte de la manière souhaitée, » et permettre ainsi d’éviter que les électeurs n’exigent de leurs gouvernants trop de dépenses. Ce faisant, poursuit Wray, « l’idée que l’équilibre budgétaire soit souhaitable n’a rien à voir avec « la capacité de financement » et les analogies entre le budget du ménage et un budget du gouvernement ne sont pas fondées. En réalité, s’il est nécessaire de limiter les dépenses du gouvernement grâce à un « mythe », c’est précisément parce qu’il n’est pas réellement confronté à une contrainte budgétaire. »
Par Randall Wray, New Economic Perspectives, Université de Kansas City, 8 janvier 2012 – extrait :
Nous voulons exposer aujourd’hui l’approche d’Abba Lerner, qui, dans les années 1940, a développé ce qu’il nommait la finance fonctionnelle.
La finance fonctionnelle de Lerner repose sur deux principes :
Premier principe : si le revenu national est trop faible, le gouvernement doit dépenser plus. Le chômage apporte une preuve suffisante de cette situation. L’existence du chômage signifie donc que les des dépenses publiques sont trop faibles.
Deuxième principe : si le taux d’intérêt dans le pays est trop élevé, cela signifie que le gouvernement doit mettre en circulation davantage de monnaie, principalement sous la forme de réserves bancaires.
L’idée est assez simple. Un gouvernement qui émet sa propre monnaie dispose de marges de manœuvre dans ses politiques fiscale et monétaire qui lui permettent de dépenser suffisamment pour ramener l’économie au plein emploi et de fixer le taux d’intérêt directeur là où il le souhaite. (Nous aborderons les régimes de change plus tard ; un système de taux de change fixe nécessite de revenir sur cette affirmation.) Pour une nation souveraine, la capacité de financement n’est pas un problème. Elle dépense en créditant des comptes bancaires avec ses propres reconnaissances de dettes – sa monnaie – chose dont elle ne peut jamais manquer. S’il existe du chômage, le gouvernement peut toujours se permettre d’embaucher – et par définition, les chômeurs sont prêts à travailler contre rémunération.
Lerner était conscient que cela ne signifiait pas que le gouvernement doive dépenser comme si le « ciel était la seule limite. » Un emballement de ces dépenses serait inflationniste. Lorsque Lerner a formulé l’approche de la finance fonctionnelle, au début des années 1940, l’inflation n’était pas une préoccupation majeure. L’Amérique venait de subir une période de déflation, durant la Grande Dépression. Cependant, au fil du temps, l’inflation est devenue une préoccupation sérieuse, et Lerner a proposé une forme de contrôle des prix et des salaires pour limiter l’inflation qui se manifeste lorsque l’économie se rapproche du plein emploi. Que ce soit ou non un moyen efficace et souhaitable d’atténuer les pressions inflationnistes n’entre pas dans notre propos ici. La question centrale, c’est que Lerner affirmait seulement que le gouvernement devrait utiliser sa capacité à dépenser en ayant en vue de ramener l’économie en direction du plein emploi, tout en reconnaissant qu’il pourrait y avoir à adopter des mesures pour lutter contre l’inflation.
Lerner rejetait la notion de « finances saines », selon laquelle le gouvernement devrait gérer son budget comme un ménage ou une entreprise. Il ne voyait aucune raison pour que le gouvernement veuille équilibrer son budget chaque année, ou sur un cycle économique, ou toute autre périodicité. Pour Lerner, des « finances saines » (en équilibre budgétaire) n’étaient pas « fonctionnelle », en ce sens qu’elles n’aidaient pas à la réalisation des objectifs de la société (y compris, par exemple, le plein emploi). Si le budget pouvait à l’occasion être équilibré, ainsi soit-il, mais s’il ne l’était jamais, ce serait tout aussi bien. Il rejetait également toute règle tentant de maintenir le déficit budgétaire en dessous d’un pourcentage spécifique du PIB, ainsi que tout ratio arbitraire de dette par rapport au PIB. Le « bon » niveau de déficit serait celui qui réaliserait le plein emploi.
[…]
Finance fonctionnelle & Superstition.
L’approche de la finance fonctionnelle de Lerner a été pratiquement oubliée depuis les années 1970. En effet, elle a été remplacée dans le milieu universitaire par ce que l’on connait sous l’appellation de « contrainte budgétaire du gouvernement ». Cette idée est également simple : les dépenses d’un gouvernement sont contraintes par ses recettes fiscales, sa capacité à emprunter (vendre des obligations) et « imprimer de l’argent ». Dans cette perspective, le gouvernement dépense réellement l’argent obtenu par ses recettes fiscales et emprunte sur les marchés afin de financer un déficit. Si tout cela échoue, il peut faire fonctionner la planche à billet, mais la plupart des économistes détestent cette solution car elle est considérée comme hautement inflationniste. En effet, les économistes se réfèrent constamment à des épisodes tels que l’Allemagne hyperinflationniste de la République de Weimar, l’expérience de la Hongrie, ou dans les temps modernes, du Zimbabwe, présentées comme autant de mises en garde contre le financement des dépenses publiques par la création monétaire.
[…]
[Ces conceptions économiques ] amènent à la vision propagée par les médias et les décideurs politiques : celle d’un gouvernement qui dépense toujours plus que ses recettes fiscales et « vit au-dessus de ses moyens », flirtant avec l’« insolvabilité » parce que finalement les marchés lui « coupent le crédit ». Bien sûr, la plupart des macro-économistes ne commettent pas cette erreur et reconnaissent qu’un gouvernement souverain ne peut pas réellement devenir insolvable dans sa propre monnaie. Ils savent que le gouvernement peut tenir toutes ses promesses lorsqu’elles arrivent à échéance, car il peut utiliser la « planche à billet ». Mais ils tremblent pourtant à cette idée, car cela ferait courir le risque de l’inflation ou de l’hyperinflation. Parmi les responsables politiques – tout au moins aux États-Unis – le débat est beaucoup plus confus. Le président Obama a par exemple affirmé plusieurs fois durant l’année 2010 que le gouvernement américain était « à cours d’argent » – comme un ménage qui aurait dépensé tout ce qu’il aurait économisé dans une cassette.
Comment en est-on arrivé là ? Comment pouvons-nous avoir oublié ce que Lerner avait clairement expliqué et compris ?
Dans une interview très intéressante réalisée pour un documentaire de Mark Blaug sur John Maynard Keynes, le prix Nobel d’économie Paul Samuelson expliquait ceci :
« Je pense qu’il y a un élément de vérité dans l’idée selon laquelle la superstition que le budget doive être équilibré en tout temps [est nécessaire]. Une fois [que cette superstition] est disséquée [cela] enlève l’un des remparts que toute société doit avoir à l’encontre de dépenses hors de tout contrôle. Il doit y avoir une discipline dans l’allocation des ressources, sinon c’est un chaos anarchique et une absence d’efficacité. L’une des fonctions de la religion traditionnelle était d’effrayer les gens – par ce qui pourrait être considéré parfois comme des mythes – afin qu’ils se comportent de la manière qu’exige la vie civilisée. Nous avons aboli la croyance en la nécessité intrinsèque d’équilibrer le budget, si ce n’est à chaque année, [au moins] sur chaque période à court terme. Si le Premier ministre Gladstone revenait à la vie, il s’exclamerait « Oh, qu’avez-vous fait ? » et James Buchanan s’exprime ainsi. Je dois dire que je vois un certain mérite dans cette opinion. »
La croyance que le gouvernement doive équilibrer son budget à une certaine échéance est assimilée à une « religion », une « superstition », nécessaire pour effrayer la population afin qu’elle se comporte de la manière souhaitée. Sinon, les électeurs pourraient exiger que leurs gouvernants dépensent trop, provoquant ainsi l’inflation. De ce fait, l’idée que l’équilibre budgétaire soit souhaitable n’a rien à voir avec « la capacité de financement » et les analogies entre le budget du ménage et un budget du gouvernement ne sont pas fondées. En réalité, s’il est nécessaire de limiter les dépenses du gouvernement grâce à un « mythe », c’est précisément parce qu’il n’est pas réellement confronté à une contrainte budgétaire.
Les États-Unis (et de nombreux autres pays) ont réellement connu des pressions inflationnistes de la fin des années 1960 jusqu’aux années 1990 (au moins périodiquement). Ceux qui pensaient que l’inflation était provoquée par des dépenses publiques excessives ont contribué à créer la « religion » de l’équilibre du budget, pour lutter contre l’inflation. Le problème, c’est que ce qui a débuté comme quelque chose que les économistes et les responsables politiques savaient être un « mythe » en est arrivé à être pris pour une vérité. Des conceptions fausses se sont installées.
À l’origine, ce mythe était « fonctionnel » en ce sens qu’il posait une contrainte sur un gouvernement qui sinon aurait été trop dépensier, créant de l’inflation et mettant en danger l’arrimage du dollar à l’or. Mais comme beaucoup de mythes utiles, celui-ci a fini par devenir nocif, en un exemple de ce que John Kenneth Galbraith appelle une « fraude innocente », une croyance injustifiée qui empêche d’agir convenablement. Les gouvernements souverains ont commencé à croire qu’ils ne pouvaient réellement pas « se permettre » de mettre en œuvre les politiques souhaitées, victimes de la croyance qu’ils pourraient devenir insolvables. Ironiquement, au cœur de la pire crise économique depuis la Grande Dépression des années 1930, le président Obama a affirmé à plusieurs reprises que le gouvernement américain était « à court d’argent », qu’il ne pouvait pas se permettre de faire la politique que la plupart pensaient souhaitable. Lorsque le chômage a augmenté de près de 10%, le gouvernement a été paralysé, et n’a pas pu adopter la politique que préconisait Lerner : dépenser suffisamment pour ramener l’économie vers le plein emploi.
Pourtant, pendant la crise, la Fed (ainsi que d’autres banques centrales, dont la Banque d’Angleterre et la Banque du Japon) ont appliqué le second principe de Lerner : fournir plus de réserves aux banques suffit à maintenir le taux d’intérêt interbancaire à un taux quasi nul. Elle l’a fait en acquérant des actifs financiers auprès des banques (une politique dite de « quantitative easing », ou assouplissement quantitatif), à un niveau record (1 750 milliards de dollars durant la première phase, avec un montant prévu de 600 milliards supplémentaires pour la deuxième phase). Ben Bernanke, le gouverneur de la Fed, a été pressé de questions par le Congrès qui voulait savoir comment il avait obtenu tout cet « argent » pour acheter ces obligations. Il a (correctement) répondu que la Fed l’avait simplement créé en créditant les réserves des banques, et ce en frappant sur les touches d’un clavier d’ordinateur. La Fed ne peut jamais manquer d’ « argent », elle peut se permettre d’acquérir tous les titres financiers que les banques sont prêtes à vendre. Et pourtant, nous avons un président (ainsi que de nombreux économistes de profession, tout comme la plupart des politiques au Congrès) qui croient que le gouvernement « manque d’argent » ! On « frappe » beaucoup sur les claviers pour acheter des actifs financiers, mais pas pour payer les salaires.
Cela indique à quel point ce mythe est devenu dysfonctionnel.
Source Contre-info : http://contreinfo.info/article.php3?id_article=3167
Mon commentaire :
Je trouve cet article PASSIONNANT. Mais quant à la cause des causes, Randall Wray rate l’essentiel, je crois : il fait comme si les décideurs se trompaient, comme s’ils étaient de bonne foi, comme s’ils avaient perdu la bonne recette pour servir l’intérêt général et le bien commun : il suggère donc que la situation est vécue —honnêtement— comme un dysfonctionnement : « le mythe est devenu dysfonctionnel » dit-il.
Je pense au contraire que le mythe de la contrainte budgétaire est parfaitement fonctionnel SI on se place du point de vue OPPOSÉ à l’intérêt général qui est LE POINT DE VUE DES MAÎTRES DE NOS MAÎTRES.
Il y a en effet une autre explication que celle de l’auteur, plus radicale, plus plausible (et moins miséricordieuse pour les crapules qui nous gouvernent) : il est plus clairvoyant (et plus utile pour résister au bon endroit), selon moi, d’observer ce FAIT que les décideurs politiques sont élus EXCLUSIVEMENT grâce à l’argent et aux médias des quelques acteurs politiques les plus RICHES, ceux-là même qui, précisément, ne sont riches QUE PARCE QUE les salaires sont bas, et pour qui le chômage élevé permet de maintenir ces salaires bas ad vitam aeternam par la TERREUR qu’il sème partout dans le corps social.
Le capitalisme est un terrorisme, qui utilise les mêmes méthodes que celles de la mafia : terroriser d’abord, puis se présenter comme un protecteur (en échange du travail forcé de la victime).
Ces élus sont donc TOTALEMENT DÉPENDANTS POUR LEUR CARRIÈRE POLITIQUE d’un petit groupe d’individus très riches qui souhaitent profondément un fort chômage, des bas salaires, de faibles impôts pour eux et de forts impôts pour les autres ! Les élus ne doivent RIEN à leurs électeurs (il s’en trouvera toujours pour voter pour eux pourvu que les médias soient à la botte), alors que les élus doivent TOUT à ceux qui paient leur accès au pouvoir (passé et futur).
Dans cette optique (très complotiste, c’est clair, mais pas nécessairement fausse), le mythe en question (« le budget de l’État doit absolument être équilibré ») n’est donc pas dysfonctionnel du tout, il est au contraire parfaitement opérationnel : si on se place du point de vue des « parrains » de nos élus, tout se passe comme prévu. Du point de vue de l’intérêt général, au contraire, nous ne vivons pas une « crise » mais un coup d’État antisocial.
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Donc, nous n’avons PAS du tout de problèmes TECHNIQUES : on sait très bien comment régler nos problèmes => nous avons un problème POLITIQUE : nos décideurs politiques ne servent PAS l’intérêt général mais — évidemment — celui de leurs riches sponsors ; c’est ÇA, notre problème sociétal majeur.
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Nous vivons dans une lamentable ploutocratie (régime où le pouvoir politique est confisqué par les plus riches) qui arrive à masquer ses anti-performances économiques en s’attribuant notre confort matériel moderne comme son propre trophée, alors que nous devons manifestement ce confort matériel récent bien davantage au PÉTROLE (et les centaines d’ »équivalents-esclaves » —expression parfaite de Jean-Marc Jancovici— que le pétrole nous donne tous les jours), et aux ARMES qui ont permis le pillage des pays désarmés— qu’à l’efficience d’un régime qui fait du VOL des 99% par les 1% une fatalité légale.
Mais la ploutocratie n’est une fatalité QUE PARCE QUE les 99% se sont fait berner par la mise à l’envers de tous les mots importants et qu’ils CONSENTENT à laisser les 1% écrire la CONSTITUTION à leur place, et donc à ÉLIRE leurs MAÎTRES, etc.
Il n’y a pas de démocratie possible sans tirage au sort.
Merci AJH, pour cet article, tout à fait passionnant.
Étienne.

Cela va sans dire : les bons pères de famille sont forcément des gens de bien… (ceux qui ont du bien…)
« la plupart des macro-économistes reconnaissent qu’un gouvernement souverain ne peut pas réellement devenir insolvable dans sa propre monnaie »
L’idée qui prédomine dans cet article à propos de Lerner est qu’un gouvernement souverain ne peut pas être en faillite, la conclusion légitime c’est que l’essentiel est d’assurer notre souveraineté. Et son corollaire, reconnaître l’absence de souveraineté comme cause de l’aliénation. Ici la privation de monnaie, est la matérialisation du lien dont on est privé là. (a‑léination).
Paul Samuelson : « Il doit y avoir une discipline dans l’allocation des ressources, sinon c’est un chaos anarchique et une absence d’efficacité. » en effet si ‘on’ alloue des ressources en fonction de la demande, on en vient a fonctionner économiquement sur le mode du « tas de kropotkine », (-gestion de la masse monétaire directement par le peuple et sans intermédiaires.) qui est admirablement anarchiste et catastrophique pour l’enrichissement individuel capitalistique qui se trouve en plus asséché par l’inflation ! Un drame pour ceux qui espère devenir les seuls riches !
« A l’origine, ce mythe était ‘fonctionnel’ en ce sens qu’il posait une contrainte sur un gouvernement qui sinon aurait été trop dépensier, créant de l’inflation et mettant en danger l’arrimage du dollar à l’or. » ‑la quantité d’or étant limité par définition, et donc détenue par une minorité ; La finalité factuelle de l’arrimage à l’or répond donc à la nécessite de limiter la possession et l’enrichissement à une minorité. Laquelle répond à la nécessité fantasmatique pour une minorité, d’exercer son pouvoir sur les autres !
« On « frappe » beaucoup sur les claviers pour acheter des actifs financiers, mais pas pour payer les salaires. » ‑j’adore !
Passionnant en effet.
Une fois de plus apparaît la difficile nécessité de s’extirper de la pensée ambiante. Et tout point et en tout temps.
Depuis ~1970 , un dogme.
Savoir qui le nourrit n’est pas simple mais il est nourri, c’est certain.
De nos jours, la création monétaire est décidée par les banques privées, qui se sucrent au passage, qui se fondent sur leur droit exclusif de monétiser des actifs futurs et hypothétiques.
Le fait que ce droit soit confisqué par le secteur privé est révoltant, certes, mais positivons (c’est mieux 😉 ) : à travers ce constat révoltant, nous avons la preuve vécue que la monnaie peut sans problème être créée/émise en fonction de potentialités et d’espoirs!!!
Or il se trouve que chaque citoyen et chaque citoyenne, ainsi que tout humain vivant sur le territoire ( zone euro ou nation ) porte en lui un énorme potentiel de création, souvent mal exploité, voire pas du tout, un énorme potentiel de participation ((( et un vrai potentiel de consommation, ça j’aime moins))). Ces potentialités ne sont pas monétisées par le secteur bancaire privé, bien entendu, qui préfère limiter l’expansion à ce qui le sert, directement ou indirectement, lui et ses « cops ». Ainsi la rareté est-elle organisée… Ce serait à l’État, ou aux États (si tant est qu’il en reste qui soient libres), et à la gouvernance publique … et démocratique … de monétiser ce potentiel en orientant la création monétaire vers la juste organisation du bonheur intérieur brut. Mais ils (États et Gouvernance) n’en ont plus le droit puisque le dogme aliénant est incarné dans les traités, gravé dans le marbre du temple, en quelque sorte.
L’abondance est à portée de main puisque les mains sont abondantes. Il y a un refus de la voir naître. LA question est de savoir pourquoi et par qui … si c’est quelqu’un.
« Difficile » de vivre sans argent aujourd’hui (sans terre à cultiver, sans maison possédée) ! Et avec peu (d’argent), idem, même en achetant chinois plutôt qu’allemand, ou les deux à la fois (puisque nos chers voisins nous ont aussi exporté leurs enseignes de consommation discount) – et c’est le panel du pauvre, entre autres frais et dépenses majeures (logement, santé, éducation), et injonctions frénétiques d’activité (ou de remise en activité). Que savons-nous faire, fabriquer aujourd’hui parmi tous ces biens que nous utilisons et consommons ? Je veux dire que notre fameuse « autonomie » déclamée est peut-être suspecte, illusoire, et ressemble davantage à de l’automatisme bien huilé, tandis que le pouvoir entre les mains des banques et des industriels est conséquent : ils ont su trouvé comme l’absolu… Nous dépendons de l’argent et de techniques que nous ne maitrisons plus, s’il existe d’autres biens que ceux de la place du marché, et que la reprise en main est encore possible pour les biens matériels essentiels et même élaborés, je l’accorde volontiers.
Et notre difficulté à nous comprendre, à communiquer (que de malentendus s’ouvrent au détour de chaque phrase), à faire ensemble est un gros caillou, un rocher, une montagne sur la route. L’obéissance, la hiérarchie, et la logique représente ce qui nous est inculqué comme socialement fonctionnel, au diapason de la contrainte budgétaire ! L’entente, la sensibilité à l’autre et à soi, la construction commune sont la bonne surprise, l’inattendu, tout en potentiel souvent…
http://ecosoletcie.typepad.fr/solidarites_chomages/2012/08/rsa-suicide-%C3%A0-la-caf.html
Quand il n’y a plus d’argent… Pour illustrer ce que signifie en d’autres termes (forts concrets) la contrainte budgétaire, la finance fonctionnelle et les pouvoirs absolus entre quelques mains (avec la complicité de la société fonctionnelle, avec ses automates ou individus pseudo-autonomes fonctionnels, au nom de la propre survie, du confort ou de la renommée). La planète paie aussi.
Bien à vous tous.
Même si j’ai bien peu de chance de vous convaincre que vous allez trop loin sur la monnaie et le capitalisme, je vais m’y essayer.
Les inégalités sont un fléau et tous ceux qui tendent de nous faire gober que la richesse ruisselle sont des criminels. Néanmoins, la base du capitalisme, c’est la propriété privée. La propriété privée n’est pas seulement une vue de l’esprit gravée dans la loi par des technocrates, elle est naturelle. La propriété peut être collective, et c’est tant mieux si ça arrive, mais un monde sans propriété, donc un monde dans lequel n’importe qui peut en théorie faire tout ce qu’il veut avec tout ce qui lui tombe sous la main ne peut pas être fonctionnel .
On peut penser tout le mal qu’on veut du système capitaliste mais si demain ses créations s’effondraient, comme l’agriculture industrielle ( Je ne la porte vraiment pas dans mon coeur pourtant ), nous serions bien dans la merde, car l’immense majorité n’a plus les compétences pour compenser cette perte de service, et on ne devient pas agriculteur du jour au lendemain.
Sur la monnaie, quelque chose m’échappe. Vous savez mieux que quiconque à quel point le pouvoir corrompt. Or, l’Etat a déjà le monopole de la violence légale, et c’est un pouvoir énorme. Vous voudriez en plus donner le pouvoir de battre monnaie à volonté pour réaliser des investissements d’Etat. C’est une folie, ce pouvoir bien trop grand ferait éclater n’importe quelle République sous le poids de la corruption.
Pourquoi rester arc-bouté sur l’Etat et ne pas envisager le principe des monnaies locales auto-gérées par des citoyens via des banques libres ? Pourquoi rester dans une conception centralisée de la monnaie alors même que votre conception de la démocratie implique une très large part de décentralisation ?
J’ai écrit un article sur AV sur l’argent :
http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/l‑argent-119144
Pour moi, cet outil est bien trop important pour qu’on puisse en déléguer la gestion à qui que ce soit. Chacun doit être impliqué dans le maintien de sa fonctionnalité.
Et justement, cette finance fonctionnelle « pour l’Etat » que vous présentez aurait forcément pour conséquence de rendre l’argent lui même non fonctionnel. L’Etat a déjà le pouvoir de lever l’impôt pour financer tout ce qu’il veut. Utiliser la création monétaire pour financer quoi que ce soit revient à camoufler cet impôt en manipulant insidieusement la valeur de la monnaie. Or, les variations du cours de la monnaie sont terriblement nuisibles à l’économie. L’inflation des 30 glorieuses n’a été supportable que parce que l’économie avait un énorme propulseur au cul qui s’appelait le pétrole pas cher. Mais c’est fini.
Vous qui croyez à l’initiative citoyenne, à la progression virale du renouveau démocratique de notre société, je vous en prie, repensez votre point de vue sur la monnaie et l’Etat.
Cordialement,
J’ai abordé récemment la pauvreté ici, chez Étienne Chouard, au risque du parasitage et de paraître moralisatrice, et j’ai en effet ma morale (et mon autonomie – de penser) tandis que Plan C aborde par d’autres bouts cette réalité, me semble-t-il. J’ai appris hier seulement la tentative de suicide d’un EXCLU du RSA dans les locaux publics de sa CAF, et je veux m’y appesantir.
Qui n’est pas pauvre en notre société ne peut comprendre, qui n’est pas passé par le RSA ne peut comprendre, est-ce l’impression que j’ai retiré des quelques documents lus.
Parler au nom des autres, décider pour les autres… de la démocratie, en fait, dans un contexte de « finance fonctionnelle » et de « contrainte budgétaire » qui se veulent lois universelles.
L’exclusion de l’aide est une réalité conjointe à la délivrance du petit revenu de subsistance qu’est cet affreux RSA. En plus de devoir tout compter, calculer, et beaucoup sacrifier, on vit dans la menace de ne plus rien recevoir, et éventuellement dans le sentiment de dette (sans parler de la honte que l’on peut porter à être l’ »assisté », le « der des ders » dans cette société méritocratique : « t’as rien prouvé, t’es nul – et tu peux en chier », en crever – du mérite jusqu’au bout, du DROIT DE VIVRE gravement en jeu, à mes yeux).
Nota : L. Jospin est peut-être celui qui a commencé à laisser entendre que les aides de ce type devaient être comprises comme une dette par ceux qui les recevaient. La dénomination allocataire est d’ailleurs devenue « bénéficiaire »… Bénéficiaire… et profiteur ?
Bénéfice, profit. Il est des mots positifs dans le jargon des entreprises ou de la finance et qui sont une insulte dans le monde social, une mise en cause radicale.
http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=5782
Un article parmi d’autres…
Obtenir le RSA implique non seulement des dossiers hyper-fouillés, et sourcilleux sur les informations exigées (je me permets d’appeler cela fichier social), mais depuis la loi dite « train de vie » (N. Sarkozy – eh, oui il osait), la surenchère de contrôle a été élargie de sorte que l’allocataire peut voir ses comptes divers (banque, fourniture d’énergie, etc.) examinés directement par les autorités de droit, et sans l’avis du concerné, ni même qu’il en soit averti. La suspicion de triche règle les contrôles à domicile (présomption de soupçon de ne pas vivre seul‑e, par exemple). Fichier social, c’est encore gentil… Je laisse juges les experts en big brother.
L’aide est désormais strictement conditionnée à des démarches de retour à la norme, à l’emploi, appelées parfois « accompagnement vers l’autonomie » qui consistent à obtempérer aux « conseils de sachants » et très compétents qui veulent vous amener à vous « réinsérer », vous l’incompétent, l’alternome ou totonome (emploi quel qu’il soit ? / un autre paramètre d’attaque à l’édifice social du travail à l’occasion). Et devant les pressions continues, d’autres pressions peuvent faire l’affaire (au moins, ce sera basta, le RSA, ce bas-de-gamme sur-inspecté).
Les courriers sont toujours lourds de menace, et le rappel de la loi (si vous ne venez pas, si vous ne remplissez pas tel formulaire, etc.) souligne à l’envi que vous n’avez pas le choix… le tout enrobé avec l’ensemble des dispositions et faveurs que l’on fait pour vous, là où est la compétence, on l’a donc compris.
Or, sans l’argent ridicule en lequel consiste le rsa socle, notamment (d’autres formules moins généreuses existent, les calculs savants qui réduisent les minimas sont multiples), c’est-à-dire SANS ARGENT, j’y reviens : QUE FAIT-ON ? Oui, QUE FAIT-ON ?
Les demandes inverses (du rsiste à l’administration) ne sont généralement pas comprises, et amènent à d’autre difficultés, parfois irrécupérables, toujours lourdes de conséquences.
… juste un faisceau partisan et partiel, face à l’acte désespéré de notre concitoyen que j’espère ne pas trahir, et dans la rubrique « parler plutôt des problèmes qui ne sont pas spécifiquement institutionnels (économie, société, politique intérieure, etc.) », en grand écart.
Je vous signale cet article Pascal-Emmanuel Gobry, paru le 14 décembre sur ATLANTICO
sous le titre « Le plein emploi : utopie dangereuse, ou solution à la crise ? » sur
http://postjorion.wordpress.com/2012/12/15/263-le-plein-emploi/
La proposition suivante me semble intéressante :
» L’entrepreneur américain Morgan Warstler propose une bourse du travail, administrée et subventionnée par l’Etat, sur le modèle d’eBay. Les employés et les employeurs se notent entre eux, et une assurance est incluse dans le prix du travail. Et chaque heure travaillée est rémunérée par l’Etat en plus du salaire proposé par l’employeur. Autrement dit, mettons que le tarif de l’Etat est à 10 euros de l’heure, et qu’une très bonne babysitter est à 5 euros de l’heure, et une moyenne à 2 euros. Si je veux recruter une bonne babysitter, je paye 5 euros de l’heure, mais elle reçoit 15 grâce à la subvention.
Puisque le coût de l’emploi est très faible pour les employeurs, l’intérêt à recruter est évident : si ça ne vous coûtait que quelques euros pour que quelqu’un vienne faire votre lessive ou votre ménage, ne le feriez-vous pas ? Mais malgré tout, les employés sont rémunérés à un salaire correct. Ces emplois seraient de “vrais” emplois répondant à de vrais besoins, et pas des faux emplois aidés. Le secteur public serait gagnant financièrement puisque ces emplois subventionnés remplaceraient les nombreuses prestations de chômage. Et l’économie connaîtrait le plein emploi. »
@ A‑J Holbecq
Je me trompe où cette proposition entre en contradiction avec l’idée défendue par Bernard Friot qui dénonce carrément, lui, la notion de « l’emploi » comme étant l’ennemi du travail ?
Si je comprend bien, cette proposition ne libère pas de l’emploi, puisqu’elle vise au « plein emploi » (que Friot dénonce comme une chimère et une horreur). L’emploi (et les employeurs) accroissent encore un pouvoir de captation du travail, mais à moindre coût (pour les inciter à employer plus). On compte sur cette incitant pour que les employeurs engagent plus. Et la différence serait payée par l’état via cette caisse de salaire.
Je ne suis pas sûr que ce soit vraiment notre intérêt. L’idée défendue par Friot de libérer complètement le travail de l’emploi par le biais d’un salaire à vie sur base de la qualification me semble bien plus pertinente.
En plus, je doute fortement que cela fonctionne si cet incitant n’est pas conditionné à l’obligation d’employer plus : l’expérience nous a largement montré que jamais les employeurs n’engagent plus lorsqu’ils bénéficies d’aides de l’état (non conditionnée), mais font directement passer en profits ces aides. Tout ce que cela a produit, c’est le torpillage du système des cotisations sociales, système solide et insubmersible en lui-même, sauf si on perce la coque.
Je vous c/c aussi ce montage réalisé par Yvan à partir d’une conférence de Friot concernant la question de l’emploi et du travail.
En résumé, à la question « Le plein emploi : utopie dangereuse, ou solution à la crise ? » de l’article, je répondrais sans hésiter : utopie dangereuse !
Cordialement,
Morpheus
Bonjour,
Pour profiter du bonheur, l’humanité œuvre pour le pleine emploi des machines, mais les industriels savent que le bonheur n’est pas vendeur de plaisir.
J‑Stéphane
@Morpheus
On ne peut pas comparer les deux propositions… celle de Friot nécessite un changement de paradigme complet.
Je crains qu’on ne puisse pas « libérer de l’emploi » avant longtemps pour une raison basique qui me semble souvent oubliée ; on ne peut distribuer que ce qui est produit et le salaire peut être (je dis pas qu’il l’est actuellement) la juste rétribution du travail, c’est à dire de la production de richesse ; tout le monde n’a pas une âme de bonne soeur.
Mais je souhaite à tous ceux qui émettent des propositions intéressantes (comme celles de Friot) d’arriver à faire passer leur message…et sauf quand les propositions me semblent totalement loufoques, j’essaye de ne pas critiquer les efforts des autres.
Oui,
Ce n’est pas l’humain lui-même ni l’emploi qui crée la valeur marchande, C’est l’activité de production.
Une machine peut très bien créer de la valeur.
Bien amicalement
J.C