Bonjour à tous
Un petit mot pour vous signaler que je suis gentiment invité (par Emmanuel Laurentin et l’équipe de France Culture)
aux Rencontres de Pétrarque, à Montpellier, jeudi prochain 19 juillet, sur le thème
« La crise économique éclipse-t-elle le politique ? »
(Personnellement, je n’aurais pas posé la question comme ça… 🙂 )
L’annonce (avant) : https://www.franceculture.fr/evenement-les-xxviies-rencontres-de-petrarque
Les podcasts (après) : https://www.franceculture.fr/emission-les-rencontres-de-petrarque
Si tout se passe comme prévu, je devrais aussi participer (un peu) aux échanges du lendemain, intitulés
« Internet, stade final de la démocratie ? »
(Idem)
La semaine d’échanges sera ouverte par Luc Boltanski, dont voici un article qui pourrait être une introduction, intitulé
« Notre avenir est-il démocratique ? »
Boltanski — qui a écrit des livres très intéressants— relève ici (mais presque à mots couverts, je trouve) quelques problèmes graves de notre organisation politique, mais selon moi, il rate l’essentiel : la très mauvaise qualité des processus constituants. J’essaierai de lui en parler si j’ai la chance de le rencontrer.
- Il semble regretter le mauvais sort (l’accusation de paranoïa « complotiste » et « populiste ») qui est fait ces temps-ci aux plus graves critiques publiques de l’État, malgré ses mensonges évidents pour faire la guerre ;
- il souligne l’importance pour toute institution de l’obligation de subir constamment des CRITIQUES, et donc du droit pour tous de critiquer publiquement (c’est l’iségoria, ça, et la mise en scène des conflits, bien sûr) ;
- il insiste opportunément sur le fait que le droit de parole doit avoir « prise sur la réalité » pour avoir du sens (c’est une façon de dire gentiment que, actuellement, on prend les gens pour des c. en ne leur laissant exprimer que des paroles sans effet et sans force) ;
- il évoque l’importance centrale des institutions, ok, mais sans dire un mot des dramatiques conflits d’intérêts qui règnent, toujours et partout, dans les processus constituants ;
Et il utilise (comme tout le monde) le mot »démocratie« à l’envers quand il parle en fait du gouvernement représentatif, régime dont chacun sait sur ce blog qu’il a été sciemment et explicitement voulu par ses auteurs comme antidémocratique.
Espoir : quand Boltanski parle d’un nécessaire « changement plus radical qui concerne la relation aux règles mises en place par les institutions et qu’il souligne que « L’égalité dans ce domaine est l’un des principes de base de la démocratie », ce n’est pas assez clair, je trouve : parlerait-il du droit de tous à écrire ou évaluer les institutions ?! Je n’ose y croire.
Je redoute, bien sûr, d’avoir très peu de temps pour parler, mais on verra bien. Si on a une heure et demie pour quatre invités, on va bien arriver à parler un quart d’heure, non ? 🙂
Je tâcherai de semer quelques graines de vraie démocratie (et donc de tirage au sort) sur les ondes du service public ; ce ne sera pas trop tôt.
Étienne.
[Mise à jour 28 juillet 2012 : ]
Quelques vidéos pirates de ces rencontres de Pétrarque, avant d’avoir la retransmission sur France Culture, les derniers samedis d’août de 19h à 20h30 :
Jeudi 19 juillet 2012 – thème : « La crise économique éclipse-t-elle le politique ? » :
19 juillet 2012 Etienne Chouard Montpellier… par Le_Plan_C
19 juillet 2012 – 2 sur 3 – Etienne Chouard… par Le_Plan_C
19 juillet 2012 – 3 sur 3 – Etienne Chouard… par Le_Plan_C
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Vendredi 20 juillet 2012 – thème : « Internet, stade final de la démocratie ? » :
20 juillet 2012 Etienne Chouard Montpellier… par Le_Plan_C
[Mise à jour 27 août 2012 :
les deux émissions ont été diffusées sur France Culture, samedi 18 et samedi 25 août, à 19H.
Voici les liens vers les deux enregistrements officiels :
La crise économique éclipse-t-elle le politique ?
Internet, stade final de la démocratie ?
Il se trouve que mon intervention du deuxième jour a été substantiellement censurée,
peut-être simplement par manque de temps nous dira-t-on, OK.
Pour fixer les idées et pour que chacun puisse juger sur pièces,
je détaille la teneur précise de ce « coup de ciseaux journalistique » dans un billet spécifique :
« France Culture : exemple vécu d’une (petite) censure (peut-être ordinaire, mais un peu amère) ».]

Cher Etienne Chouard,
ce midi, à l’écoute de F culture, l’émission « les rencontres de Pétraque » je me demandais si vous étiez invité pour faire valoir votre point de vue, ce sujet vous tenant particulièrement à coeur, et sur lequel vous avez beaucoup réfléchi. Je suis rassuré. Comme vous je suis tombé sous le charme de Henri Guillemin, j’ai l’impression d’avoir, en l’écoutant la réponse aux questions que je me pose depuis plus de quarante ans, et notamment celle-ci : l’Histoire Officielle n’est-elle qu’un énorme mensonge ?
Ce que je cherchais depuis tant de temps était finalement dans la question.
Continuez, cher Etienne, c’est grâce à des gens comme vous que l’on peut encore espérer de l’Homme.
Je serai à l’écoute de FC jeudi prochain.
Mes meilleures salutations.
Jipe tournebride
Bonjour Etienne,
Merci beaucoup pour ce travail qui a dû te prendre un temps fou. Sache cependant que tu as subi une attaque en règle de la part d’un certain Jean Robin sur son site. Ses arguments sont spécieux, il n’y a pas de quoi s’inquiéter.
Je vais lire ce texte avec attention, et te remercie encore une fois pour ce travail.
Mon commentaire concernait l’article sur Robespierre… Trop d’onglets ouverts…
Les (soi-disant) « représentants » —ÉLUS, n’oubliez pas — de tous les pays du monde (mais si, vous savez, les compétents, les responsables, pas les populistes comme vous, pas des démagogues non, je vous parle des « élites ») SERVENT LEURS PARRAINS BANQUIERS (qui sont pourtant tous en faillite frauduleuse) AUX DÉPENS DE LEURS PEUPLES, au lieu de pendre ces gredins aux lampadaires (de les pendre vivants, hein, puisqu’on est contre la peine de mort, évidemment) :
Et nous acceptons, NOUS, d’appeler »démocraties ces évidentes PLOUTOCRATIES.
Par notre complaisance, nous participons à ce jeu de dupes.
Il est plus que temps de remettre les mots importants à l’endroit : constitution, démocratie, suffrage universel, citoyen, etc.
Étienne.
Quelques vidéos pirates des rencontres de Pétrarque :
Jeudi 19 juillet 2012 :
Vendredi 20 juillet 2012 :
20 juillet 2012 Etienne Chouard Montpellier… par Le_Plan_C
Autre point de vue de ma première intervention, le 19 juillet :
19 juillet 2012 Etienne Chouard Montpellier… par Le_Plan_C
J’ai les prises de son (intégrales) des deux jours.
Merci Nat, pour le reportage GV 😉
par pitié, si vous avez les prises de sons, partagez ! je trouve scandaleux de la part de France Culture de ne pas mettre les podcast en ligne le jour même !
Bonjour Étienne
Vraiment merci beaucoup pour tout ce travail de recherche que vous faites, c’est de l’or. Est il possible de réécouter l’ensemble de cette conférence ? j’ai cherché sur le site de france culture mais je n’ai pas trouvé de podcast, ou d’enregistrements…
Romain, un nouveau virus 🙂
Tout votre travail, Etienne éclate enfin sur un média national, et j’ai apprécié la verve posée, la pugnacité que vous avez trouvées. Le début de votre discours est particulièrement réussi. Parfait !? Je ne suis pas loin de l’écrire.
Quelques remarques tous azimuts que je me permets à la suite (mais je suis comme une grande partie des spectateurs de Montpellier – on dirait, convaincue par vos analyses et votre dévouement aux restauration et actualisation de la démocratie, même si je constate que mon adhésion sans ombre pour le tirage au sort notamment, relève en ce qui me concerne, et philosophiquement, de la vérité – par relativisme (mais est-elle justice ? que chacun ait une place dans le pouvoir d’évolution construite du monde me semble un rudiment démocratique et un droit premier / je suis gravement et parallèmement préoccupée par l’aspiration à la hiérarchisation des êtres qui semble aussi naturelle, ou disons, tendancielle, au comportement humain que l’excès, ou l’abus de sa propre vitalité quand ce n’est pas par exercice de pouvoir plus collectif – quelle horreur aujourd’hui / je défends le droit de vivre pleinement pour chacun, limites à trouver cependant et si circonspectivement dans un contexte de société sans parler de population massive et hyper-inter-dépendante qui définit notre contemporain – pardonnez-moi mes parenthèses personnelles et trop peu argumentées). Ainsi :
- Sur le fameux « conspirationnisme », encore une fois opposé au travail d’Étienne et à de possibles conclusions par le « tordu », le « vilain », le machiavélisme, la perversité de certains, ah ! Arrêtez de donner le bâton pour vous faire battre, Étienne, même au nom de l’honnêteté intellectuelle, qui d’ailleurs pourrait ne pas tenir la route ! Laissez cette (stupide et ridicule ?) accusation au moins venir de ceux qui « raisonnent » comme cela (cela leur reviendra aussi comme manière de voir bien à eux, et possiblement bouffonne dans le sérieux qu’ils s’auto-attribuent !).
Ceci dit, outre le peu de place que votre argument a trouvé finalement ici – je crois, et même s’il est cardinal : « je ne confonds pas l’intérêt général avec l’intérêt (particulier- j’ajoute) des banquiers et des vendeurs de canon » avez-vous dit, d’autres arguments seraient à avancer contre tous ceux qui veulent rire ou discréditer quand la dénonciation de forces de pouvoir véritable œuvrant dans un sens qui est le leur, et le leur seul, toutes stratégies déployées, la fumée aux bonnes places, est lancé. Arguments psychologiques – car ils peuvent relever d’une connaissance rationnelle ! -, arguments sociologiques (fonctionnement social, organisations pyramidales diverses, méritocratie, sur-utilisation du vote électif… – ah, il y aura peut-être des auteurs « sulfureux » ou politisés à éviter !!!), citations lumineuses et vaniteuses de puissants, think tanks ou lobbies en annexe, – décryptage des modes opératoires du pouvoir aujourd’hui : management par exemple, etc), argument historique (le secret, la stratégie masquée est une arme usée jusqu’à la moelle ! je me souviens avoir entendu Michel Rocard revendiquer cette pratique décisive au moment des événements d’Ouvéa), etc. Un bouclier aux critères universitaires (puisque c’est celui qui est hyper-valorisé et quasi-seul accrédité, tout en étant trop bien souvent usurpé – pas peur !) est à développer toujours plus, à mes yeux, si d’autres domaines de connaissance auraient, pour moi, autant de validité ! (à développer aussi ? Si cela ne parle pas à ses messieurs – quelques ‑dames de l’expertise, d’autres, comme moi, les entendront). Il est probable que « libéralisme » et « capitalisme » soient les mots les plus gênants au déploiement de tout pensée critique aujourd’hui (récupération multiples, objectivation devenue impossible ou passible de connotation, fatigue et usure).
- Sur le conflit d’intérêts : l’expression de « juge et partie » me paraît également explicite. Le juge et sa fille à juger par lui-même qu’Étienne aime utiliser l’illustre, sans la reprendre. J’ai par ailleurs noté une difficulté à comprendre aujourd’hui cette notion pourtant fondamentale à un minimum de justice, ceci pour les actes humains les plus communs et quotidiens, si elle garde sa clarté pour les grosses affaires d’État (industries / experts d’avis public et à contrats privés dépendants)… phénomène que j’interprète comme la gangrène sociale et intime d’un système idéologique, le néo-libéralisme. Là où il est dit que tous les moyens sont bons pour « réussir », et faire de la plus-value, tous les conflits d’intérêts ne sont-ils en effet bienvenus, et valides (légitimes, quoi !)…
- « C’est de notre faute si nous en sommes là », grosso modo. Inertes, là-dessus ? Responsabilisation est peut-être notre premier enjeu, comme je l’entends dire du côté de la prise d’image et de son off, je le préfère en lieu et place de notre accusation d’être les acteurs de nos difficultés. Prendre en main le processus constituant est d’une portée encore assez difficile, non ? Il peut aussi se prendre si facilement. Les évidences sont parfois les mieux cachées, et les rapports de forces aussi très – trop asymétriques que renversables.
- Une vidéo d’Annie Le Brun. Je tiens cette femme pour clairvoyante et enthousiasmante. Certes je suis une lectrice de toujours ou presque. Elle manipule aisément le « on » qui vise l’asservissement de chacun ici, « on » qui pour elle représente avant tout la société comme coercition qu’une oligarchie de puissance aux projets démentiels, et actuels. Mais les choses évoluant dans un sens assez caractérisé qui ne lui échappe pas, et peut-être pour y mieux voir contre les critiques de regard conspirationniste, son visionnage peut intéresser. Annie Le Brun a toujours reconnu l’excès comme propre à l’humain (et à la vie ?) Et Annie Le Brun aiment les mots, et les défend depuis toujours ! Ne pas savoir dire, dire mal ou dire dévoyé, c’est attenter à la liberté de la vie humaine, même si le corps pense avec la raison – partielle ! – quel horrible raccourci j’opère ). Écoutez Annie Le brun, lisez Annie Le brun !
http://www.yellowcultureclub.com/yellowcultureclub/Annie_Le_Brun.html
- Une toute petite citation enfin, tirée des propos d’Étienne à Montpellier car elle en dit tant par quelques mots, comme innocents : des « normes auxquelles les citoyens consentent à obéir… » Savez-vous que dans le bâtiment, toutes les normes qui font l’assurabilité (obligatoire) des techniques et produits utilisables sont en grande partie générées par les industriels ? Quid des autres normes (et ce terme est essentiel en diable, qui pourrait cacher ce qu’il recouvre : loi – droits et devoirs) ? La finesse des gens du pouvoir politique actuel, et plus encore du courant dit « socialiste » est peut-être dans la sur-focalisation sur les normes « sociétales » et qui sait, clientélistes (mariage gay, harcèlement sexuel, etc…) ?
Vendre, acheter… Question de chiffre, et de MAJORITÉ (une notion peu utilisée par Étienne, tiens ! critique dépassée ou à réactualiser aussi ?) Boum, bam, bim !
Bonjour,
En fait, les échanges du 19 juillet ont fait l’objet de trois films. Voici les deux suivants :
19 juillet 2012 – 2 sur 3 – Etienne Chouard… par Le_Plan_C
19 juillet 2012 – 3 sur 3 – Etienne Chouard… par Le_Plan_C
Merci !
Le rhyzome est la partie souterraine et parfois subaquatique de la tige de certaines plantes vivaces.
La vie de toute structure y compris sociale est comme le rhyzome qui puise sa vitalité en cette partie non visible.
Quand on pense aux devenirs éphémères de toute chose, on se dit qu’il y a quelque chose de pérenne sous les manifestations et les efflorescences diverses. Il y a une puissance de vie qui demande à vivre.
Question :
Qu’est-ce qui se passe quand on a tout perdu, tout, tout, tout ???
Qu’est-ce qu’il reste quand on a tout perdu ?
Pour certains intervenants (de l’estrade), il y a comme un refus de se rendre à l’évidence. Cela illustre la difficulté qu’il y aura à sortir de l’ornière. Effarée …
@Florence <message 9>
Je viens de regarder la video d’Annie Lebrun.
ça fait du bien 🙂
Je suis affligé par le niveau intellectuel des autres intervenants qui ne balancent que des lieux communs, des inepties et des anecdotes foireuses sur le brésil et l’arabie saoudite… J’ai passé mon heure de visionnage à lancer des « mais ta gueu**! » et des « c’est qui ce c**? » et à me calmer seulement en entendant Etienne leur clouer le bec avec une patience toujours aussi impressionnante.
J’ose espérer que les auditeurs de la radio ont compris à quel point Monsieur Chouard est au dessus du lot…
Cher Étienne, le virus de la démocratie se propage. Vos interventions sont lumineuses, Nous sommes beaucoup à vous soutenir, pas bêtement mais en réfléchissant, en lisant. Chaque référence que vous citez nous fait progresser.
Les critiques vis à vis du tirage au sort proviennent souvent d’une peur de l’autre. Or l’autre c’est vous , c’est moi… Pourquoi serais-je moins digne qu’un élu pour décider ? D’autre part, pourquoi est-ce que je ne m’inscris pas dans un parti et que je ne me présente pas ? parce je ne veux pas trahir mes valeurs. Si je suis d’accord avec le parti en face, pourquoi voter non ? Si mon peuple a voté non à un traité, comment voter oui ?
Nous sommes le peuple, nous ne sommes pas des « veaux », nous sommes pacifiques et nous pouvons prendre des décisions autrement plus raisonnables que notre élite formatée, ou plutôt « coachée… » ( terme plus approprié en ces temps de grand messe sportive)
Un petit exemple : Dans le deuxième tome de ses mémoires, V Giscard d’Estaing décrit pourquoi il aurait refusé de « provoquer notre destruction mutuelle » en utilisant l’arme nucléaire. Par cette honnête déclaration, il a donc tout simplement vidé de tout son pouvoir dissuasif notre arsenal nucléaire. Que voterait le peuple en ce temps de crise si il fallait économiser les 2 milliards de la dissuasion nucléaire ? … Comparez avec les déclarations des élus lorsque l’un d’eux l’a proposé…
@ tous les internautes, prenez du temps pour penser et rêver, ( voir vidéo d’annie Lebrun)
Que la force soit avec toi Étienne 😉
Puisqu’Annie Le Brun ouvre grand les portes de la vie, et qu’elle s’est toujours préoccupée de notre sort d’humains, sans jamais le vouloir à sa guise, elle… Aucune mise au pas, du noir jusqu’à l’arc-en-ciel de nos entrailles à nos cervelles, et comme j’ai lu ici qu’elle fait battre plus fort d’autres pouls que le mien…
Puisqu’Etienne rappelle et assène sainement le mensonge de médias, et de ses sphères connexes dans un article suivant…
Je viens de terminer Perspective dépravée et je suis en bonne voie d’achever le livre sur la catastrophe yougoslave qu’Annie Le Brun a écrit lors du déroulement de cette dernière, je veux citer plusieurs paragraphes de ce dernier ouvrage qui résonne…
nota 1 : Annie Le Brun par son long compagnonnage avec Radovan Ivsic détient un regard sur le réel yougoslave d’une portée singulière.
nota 2 : D’un « national-communisme » serbe destructeur, nettoyeur ethnique, usant de camps de concentrations et de viols systématiques, maniant le trafiquage des faits et de refabrication du réel à un point culminant, dans la lignée du communisme de l’Est historique, Annie Le Brun soutient alors l’idée d’un rapprochement sourd de nos mondes dits libéraux à ce « modèle » social… Lorsque que j’entends aux rencontres Déconomiques récentes que la situation de la Chine est plausible pour notre avenir, et que dans les médias généraux, elle se voit souligner ses « succès » économiques et même humains (classe moyenne, prospérité), je m’interroge… L’avenir de l’Europe serait-il une remontée à rebours dans l’Histoire chinoise ? Bientôt, notre révolution culturelle ? Avec en filigrane, l’emprise définitive d’une oligarchie mondiale sans racine ou sur-racisée ? Ce serait en d’autres termes, assurément, dignes de la créativité humaine… Voir aussi et toujours Alex Jones sur la question (moins subtilement, avec une autre « vision théorique », mais à coup de poing aussi douloureux).
« Le nouvel ordre mondial est celui d’une dénégation qui traque le réel. Voilà presque deux ans que la chasse est ouverte sur le territoire de l’ex-Yougoslavie. » (p. 58)
Du NATIONALISME : « Quoiqu’il en soit, il est temps de voir que les maîtres du monde ont tout intérêt à ne pas cesser d’agiter les fantômes de la régression nationaliste : ils en tirent le double avantage d’empêcher de combattre la nouvelle réalité national-communiste en même temps que d’interdire la possibilité même d’un internationalisme, consistant à faire apparaître la complicité supra-nationale de pouvoirs qui visent à obtenir le même silence des victimes et des témoins. » (p. 43)
A propos du RACISME déployé et de curieux renversements / instrumentalisations « grâce à un nouvel » être humain…
« (…) ce que suggère Pierre-André Taguieff sur les « autoracisations paradoxales », où la supériorité se déterminerait par une « désappartenance culturelle », illustrée par le « type du militant sans racine », assuré de faire partie de la » « race » des esprits sans race ». Racisme abstrait, pourait-on dire, racisme en creux, susceptible de devenir le creuset de toutes les formes d’exclusion. Car si » le bon révolutionnaire, dans une telle perspective, est le sujet déraciné, décommunautarisé », telle s’affirmait aussi la supériorité de la nomenklatura dont la caractéristique était de frapper d’irréalité ceux qui n’en étaient pas. Et cela jusqu’à détruire tous les liens affectifs, sociaux, traditionnels culturels… susceptibles d’aider à contester cette supériorité fictive comme le sentiment d’inexistence qu’elle imposait à ceux qu’elle excluait.
On retrouve là bien sûr, l’ « expérience d’absolue non-appartenance au monde » sur laquelle se fonde, selon Hannah Arendt, la domination totalitaire. » (p. 34)
VALEURS MORALES ? FICTION : « On imagine que les décideurs du monde entier n’aient pas beaucoup de sympathie pour ces victimes rebelles, peut-être même ne comprennent-ils pas ce qui se passe dans leur village planétaire quand, dans son Journal de guerre, Zlatko Dizdarevic apostrophe Lord Carrington et ses semblables : » « Pourquoi êtes-vous venus ? Pour faire s’asseoir autour d’une même table les trois parties en conflit ? » Nous dire : « Vous avez reçu les boîtes de conserves, acceptez maintenant la division » ? Mais cela ne se pourra pas. (…). »
Difficile que la communauté internationale pardonne à semblables victimes leur refus de se soumettre à son ordre, de crainte de voir tomber en même temps les fictions dont elle est elle-même un exemple éclatant. Comment ne leur ferait-elle pas grief de dévoiler que le socialisme le mieux tempéré de l’Europe de l’Est cachait un des plus durs noyaux staliniens ? Tant il est vrai qu’en cherchant à sauver l’illusion yougoslave jusqu’à soutenir la thèse bouffonne des luttes tribales, les organisations internationales comme l’Europe cherchent d’abord à sauver l’illusion qui se confond avec leur raison d’être. Je veux dire leurs droits de l’homme, leur liberté, leur démocratie…, d’autant plus crédibles qu’ils restent à l’état de principe.
Or c’est justement le carton-pâte de ses principes que les peuples agressés de l’ex-Yougoslavie nous donnent à voir, tandis qu’ils rompent avec la traditon de pays de l’Est refermés sur eux-mêmes, préoccupés de maintenir à coup de slogans leur propre fiction qui en faisaient des voisins rêvés. » (p. 50)
D’une RAISON UNIVERSALISTE : « Sans doute la période stalinienne est depuis longtemps terminée. Reste qu’elle a consacré, mais aussi ancré un rapport au monde dans lequel la place faite à l’idée ne pouvait que séduire la plus grande part de l’intelligentsia à l’Est comme à l’Ouest. Le type de l’intellectuel engagé fut l’expression de cette fascination qui a entraîné ici les uns et les autres à cautionner l’asservissement des peuples qu’ils prétendaient aider en pensant à leur place, mais encore justifiant leur persécution. Et si, dans les pays de l’Est, beaucoup d’intellectuels en vinrent, par intérêt, par peur ou par lâcheté, à excuser l’inexcusable, que dire de ceux qui, à l’abri de leur bonne conscience, se trompèrent ici avec une fougue d’autant plus grande qu’ils ne risquaient rien ? Abondantes sont, on le sait, les mémoires des staliniens repentis pour plaider l’aliénation historique et, par là même, signifier une rupture spectaculaire avec ce temps-là.
Posture formelle sinon fictive qui masque surtout à quels registres de l’esprit l’idéologie communiste, « en postulant une relation causale simple entre la compréhension, l’action et le résultat » (1) fit appel. C’est à la fois l’abstraction, la généralisation, voire l’universalisation qui, faute d’avoir été remises en cause moins dans leur collusion avec le pouvoir que dans la nature même de leur rapport au monde dont aucune application ne fut sanctionnée, en retirèrent un crédit illimité et l’assurance d’une impunité définitive.
Et c’est pourquoi l’adoption progressive par de nombreux intellectuels de l’Est des formes modernes de l’insignifiance et de ses cliquetis structuro-sémiotico-sociologiques, contrairement à ce qu’on crut à Rome et à Paris, ne fut qu’un substitut de la maîtrise de l’Histoire par la maîtrise du Sens, comme elle l’avait d’ailleurs été ici. On ne dira même jamais assez à quel point le structuralisme et le post-structuralisme, la déconstruction comme la post-modernité et leurs descendances – affirment cependant une même indifférence que celle-ci à ce qui est. Il n’y a nul hasard à ce qu’un certain nombre d’intellectuels qui avaient été des compagnons de route ont successivement grossi les rangs du structuralisme, mais aussi de la textualité et bientôt de la déconstruction.
D’où la facilité de ces échanges intellectuels entre l’Est et l’Ouest, beaucoup moins étranges qu’on voulait nous le faire croire, qui précédèrent de longtemps la chute du mur de Berlin, tout en le rendant nécessaire comme une articulation entre deux mécanismes forts différents, mais qui se complétaient à nier le réel. Avec le temps, des échanges standard furent même possible. On s’aperçut avec bonheur que des pièces entières d’un système pouvaient convenir à l’autre. On en vint même à espérer secrètement, au moment où la machine communiste donnait de sérieux signes d’usure, que presque tous ses éléments allaient pouvoir être remplacés et que la fin du communisme allait se passer en douceur. » (pp. 73–75)
(1) Tony Judt, Un passé imparfait, Les intellectuels en France 1944–1956, Fayard, 1993, p. 376.
Le livre dont j’ai extrait précédemment des paragraphes est : Les assassins et leurs miroirs – Réflexions à propos de la catastrophe yougoslave, Annie Le Brun, Jean-Jacques Pauvert au Terrain vague, 1993.
Après écoute des 2 dernières vidéos des rencontres de Pétrarque : comme les invités sont décevants pour ne pas dire inconsistants… Quel débat ! Heureusement qu’il y a Emmanuel Laurentin pour faire remonter le niveau (persiffler ou ironiser, que de nuances).
« Eux et nous », quelle « vilaine » version du monde ! Encore une critique (B. Cassin) stigmatisante, à mes yeux, de celles qui doivent clouer le bec en déplaçant le propos sur un terrain moral (non un fait, mais une posture haineuse et partisane, serait-il signifié).
Et vive la finance islamique ! Non seulement les pays du Golfe ne connaissent pas la crise (le prix du baril est au plus bas ? faussement naïf), mais ils empruntent à taux zéro, et même aux banques françaises… Quand on pense que le cumul est profitable, ou qu’il y a « eux et nous », est-ce donc tendancieux ?
Du velours pour vous Étienne, de la grâce en tous cas, mais ce n’est pas là que vous avez fait chauffer vos neurones. Et après un démarrage jouissif, on peine à poursuivre.
« Ce n’est pas là que vous avez fait chauffer vos neurones », Etienne : je veux dire que vous n’avez pas eu à échaffauder de nouvelles démonstrations tant l’assemblée était inconsistante et le débat ennuyeux (d’où le « on peine à poursuivre » !) J’espère que vous m’aviez compris. Merci à vous, et sincèrement beaucoup de prestance dans votre participation ! Super à l’aise après le couac sur le « conspirationnisme » – fortuit ? des animateurs (que j’ai ressenti comme tel : oh non, c’est reparti avec la tarte à la crème qui colle, qui accable et siphonne la crédibilité). Bien à vous.
TIRAGE AU SORT / RENCONTRES DE PÉTRARQUE (dernière !)
J’ai négligé une remarque de Barbara Cassin (de mémoire) lors des Rencontres de Pétrarque et qui rehausse, je crois rétrospectivement, le niveau des échanges suffisamment critiqué ci-dessus : le tirage au sort aurait été institué car peu voulai(en)t du pouvoir.
S’il faut sans doute vérifier une telle affirmation, laquelle va à l’encontre des arguments fondateurs de cette pratique selon Platon, repris par Jacques Rancière (La Haine de la démocratie – ma seule référence en la matière cependant), celle-ci touche à la relation que chacun peut avoir avec le pouvoir, et sa hantise d’en disposer.
Et si j’étais tiré(e) au sort ?
Cela renvoie évidemment à la RESPONSABILITÉ, celle dont cherchent à se défausser nos élus aujourd’hui, dirait-on (et les arguments ne manquent jamais, alors même qu’issus de leurs propres souscriptions : « complexité », « guerre économique », « Europe communautaire », etc), tout en voulant jouir des autres facettes de ce fameux pouvoir (facettes qu’il pourrait être intéressant de répertorier).
Responsabilité qui empoigne définitivement et depuis toujours certains actes et métiers, et qui serait curieusement en voie de toucher davantage les petits que les gros ! Que n’ai-je entendu un livreur de fuel m’expliquer les nouveaux contrats de travail, où la responsabilité du conducteur est totalement engagée (temps de neige, par exemple).
La responsabilité, c’est « assumer » des choix (à noter l’abondance de ce « mot-menteur », comme dirait Étienne, aujourd’hui chez nombre de parleurs médiatiques !), commettre des erreurs et en répondre, c’est donc aussi se poser la question de ce qu’est choisir, et choisir POUR LES AUTRES, mettre en branle de possibles maux, faire des victimes, et être l’auteur de malheurs, ce qui me paraît la plus grosse affaire…
À partir de l’exemple volontairement extrême que choisit B. Cassin pour illustrer négativement une application du tirage au sort qu’elle a connue (jury au tribunal, des « bonnes femmes » devant des jeunes délinquants, décrit-elle vite… comme si la philosophe n’usait pas elle-même du « eux et nous », au passage !), on peut se demander si le tirage au sort doit admettre l’arbitraire absolu et parfois des panels déséquilibrés ou se voir rectifié d’emblée par quelque processus « représentatif », voire des obligations et cibles quantitatives / qualitatives ?
Cette toute petite incursion personnelle dans l’application du tirage au sort pose surtout (pour moi) le droit à l’erreur, à l’expérimentation, et même à des nouveautés insoupçonnées, alors qu’elle repose justement sur une irresponsabilité initiale et fantastique dans le choix des « élus » du hasard (celle que revendique Platon selon Rancière, en un sens).
Erreurs, expérimentation et créations ne sont-elles pas vitales, si la question de l’échelle, de l’amplitude de la portée des choix leur est corollaire et fondamentale (tout autant à mes yeux), alors que le partage des décisions n’a jamais été exclu du tirage au sort versus Plan C, pas plus que l’impunité…
Ce qui me préoccuperait serait la vastitude, l’énormité du poids des décisions, comme le monde tendrait à s’y prêter aujourd’hui, en nous rendant de plus, comble de la détresse, autonomes – automates (!) dans un système de décision pyramidal et déresponsabilisé (ou inversement responsabilisé), les puissances nucléaires et technologiques durement en place…
D’autant que la compétence et le savoir, aussi scientifiques et moraux peuvent-ils aspirer à être, peuvent se révéler fort relatifs, sinon illusoires… Tout moraliste, tout scientifique, tout à chacun honnête n’insistera jamais assez sur son ignorance et ses limites (et son besoin de rêver).
Bon vent !
Remarque à partir de la vidéo : 3 – cité des songes.
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2012/08/09/242-chris-marker-cornelius-castoriadis-une-lecon-de-democratie
Pour donner quelques éléments de réponse à l’affirmation d’un tirage au sort comme institution devant lutter contre le désintérêt pour les affaires politiques ?
Deux versants de mobilisation politique des Athéniens sont explicités dans la première vidéo.
Autour de 14:55 de visionnage, madame Evi TOULOUPA témoigne d’une difficulté à mobiliser les « trainards » (ses mots) par deux formes de pénalités : la corde passée au vermillon et imposée de port, ainsi qu’une amende. Comme elle parle d’une indemnité contemporaine à ces pénalités, et que Castoriadis évoque l’indemnité (« salaire ecclésiastique ») propre à la fin du régime démocratique, on peut se demander si Evi Touloupa ne parle pas de la même période, tardive… Les « trainards » sont décrits comme les citoyens de l’arrière-pays, géographiquement éloignés donc (temps supérieur à passer, et éventuellement importance des affaires en jeu moins forte), en plus de l’argument de perte de journée de travail (la balance des pertes et profits).
Les propos suivants de Cornelius Castoriadis (repris du pdf de Médiapart) vont au-delà de la seule question que je reprends ici (de la mobilisation des citoyens), – notamment la citation qu’il fait de Benjamin Constant, que l’on peut méditer de nos jours, et qui peut justifier encore autrement la stabilité (l’inertie) de notre contemporain politique français (avec ses biens matériels, ses conforts divers encore réels et sans doute pour une majorité de citoyens, tandis que l’occupation et les préoccupations matérielles de conservation et de conquête peuvent paralyser les peu lotis, ou que le système politique organise aussi une forme d’impuissance) -, mais ils avancent l’engouement populaire incontestable pour les questions importantes (le fameux animal politique qui dort en nous – encore faut-il que nous soyons concernés, et que nous puissions participer effectivement à la résolution de ses questions !).
« Alors que dans l’histoire de la cité des Athéniens, nous avons
trois siècles, — je laisse de côté le IVe qui est pour moi, en effet, le siècle où la
démocratie s’atrophie, disparaît, dégénère après la défaite de 404 et la guerre du
Péloponnèse —, nous avons trois siècles où il y a des changements de régime,
mais où, en tout cas, ces trois siècles sont caractérisés par la participation
constante, permanente, des citoyens dans le corps politique.
Ça ne veut pas dire du 100 %, mais les plus récentes études, celle de Finley par exemple, montrent
que quand une affaire importante était discutée dans l’assemblée du peuple à
Athènes, il y avait 15 000, 20 000 personnes sur 30 000 citoyens. Il faut savoir
ce que cela veut dire. Ça veut dire qu’il y avait des gens qui partaient à deux
heures du matin du cap Sounion, de Laurion ou de Marathon pour être sur la
Pnyx au moment du lever du soleil.
Les Prytanes annonçaient que la délibération
était ouverte. Et ils faisaient ça pour rien.
Le salaire ecclésiastique a été introduit
beaucoup plus tard. Ils perdaient une journée de travail, leur sommeil pour aller
participer.
Et ça, il faut l’opposer à une phrase, très bien dite, de Benjamin
Constant, vers 1820, quand il oppose la démocratie chez les Modernes à la
démocratie chez les Anciens, où il dit à peu près cela… Constant était un libéral,
il était pour la démocratie représentative, pour le suffrage censitaire, il pensait
que les ouvriers, étant donné leur occupation, ne pouvaient pas vraiment
s’occuper de politique, donc il faut que les classes cultivées s’en occupent. Il dit
que de toute façon pour nous autres, ce qui nous intéresse, nous autres,
Modernes, n’est pas de participer aux affaires publiques. Tout ce que nous
demandons à l’État c’est la GARANTIE DE NOS JOUISSANCES. Cette phrase a été écrite
pendant les premières années de la Restauration, il y a 160 ans, et elle dépeint
tout à fait typiquement l’attitude moderne. Il demande à l’État la garantie de ses
jouissances, c’est tout. »
Étienne,
Vous nous dites que l’élection au temps des Athéniens était un processus dont l’objectif est de désigner les meilleurs, par exemple les généraux qui mènent les armées.
Je pense que l’élection, dans notre modernité, est tout à fait adaptée au système politico-économique. En effet, c’est un système guerrier à tous les niveaux : quand il conquiert les territoires, les ressources et les marchés, lorsqu’il exploite les Hommes, lorsqu’il extrait les ressources, lorsqu’il produit toutes les choses inutiles, nuisibles et polluantes, lorsqu’il les achemine d’un endroit à un autre, lorsqu’il produit de la pollution environnementale et mentale par la pub et lorsqu’il empoisonne par ses produits toxiques la santé des Hommes et de l’environnement.
Cordialement