Invité aux Rencontres de Pétrarque 2012 sur le thème « La crise économique éclipse-t-elle le politique ? » 1⁄3

15/07/2012 | 23 commentaires

Bon­jour à tous

Un petit mot pour vous signa­ler que je suis gen­ti­ment invi­té (par Emma­nuel Lau­ren­tin et l’é­quipe de France Culture)
aux Ren­contres de Pétrarque, à Mont­pel­lier, jeu­di pro­chain 19 juillet, sur le thème
« La crise éco­no­mique éclipse-t-elle le politique ? »

(Per­son­nel­le­ment, je n’au­rais pas posé la ques­tion comme ça… 🙂 )

L’an­nonce (avant) : https://​www​.fran​ce​cul​ture​.fr/​e​v​e​n​e​m​e​n​t​-​l​e​s​-​x​x​v​i​i​e​s​-​r​e​n​c​o​n​t​r​e​s​-​d​e​-​p​e​t​r​a​r​que

Les pod­casts (après) : https://​www​.fran​ce​cul​ture​.fr/​e​m​i​s​s​i​o​n​-​l​e​s​-​r​e​n​c​o​n​t​r​e​s​-​d​e​-​p​e​t​r​a​r​que

Si tout se passe comme pré­vu, je devrais aus­si par­ti­ci­per (un peu) aux échanges du len­de­main, inti­tu­lés
« Inter­net, stade final de la démocratie ? »

(Idem)

La semaine d’é­changes sera ouverte par Luc Bol­tans­ki, dont voi­ci un article qui pour­rait être une intro­duc­tion, inti­tu­lé
« Notre ave­nir est-il démocratique ? »

https://​www​.lemonde​.fr/​i​d​e​e​s​/​a​r​t​i​c​l​e​/​2​0​1​2​/​0​7​/​1​1​/​n​o​t​r​e​-​a​v​e​n​i​r​-​e​s​t​-​i​l​-​d​e​m​o​c​r​a​t​i​q​u​e​_​1​7​3​2​1​1​3​_​3​2​3​2​.​h​tml

Bol­tans­ki — qui a écrit des livres très inté­res­sants— relève ici (mais presque à mots cou­verts, je trouve) quelques pro­blèmes graves de notre orga­ni­sa­tion poli­tique, mais selon moi, il rate l’es­sen­tiel : la très mau­vaise qua­li­té des pro­ces­sus consti­tuants. J’es­saie­rai de lui en par­ler si j’ai la chance de le rencontrer.

- Il semble regret­ter le mau­vais sort (l’ac­cu­sa­tion de para­noïa « com­plo­tiste » et « popu­liste ») qui est fait ces temps-ci aux plus graves cri­tiques publiques de l’É­tat, mal­gré ses men­songes évi­dents pour faire la guerre ;

- il sou­ligne l’im­por­tance pour toute ins­ti­tu­tion de l’o­bli­ga­tion de subir constam­ment des CRITIQUES, et donc du droit pour tous de cri­ti­quer publi­que­ment (c’est l’i­sé­go­ria, ça, et la mise en scène des conflits, bien sûr) ;

- il insiste oppor­tu­né­ment sur le fait que le droit de parole doit avoir « prise sur la réa­li­té » pour avoir du sens (c’est une façon de dire gen­ti­ment que, actuel­le­ment, on prend les gens pour des c. en ne leur lais­sant expri­mer que des paroles sans effet et sans force) ;

- il évoque l’im­por­tance cen­trale des ins­ti­tu­tions, ok, mais sans dire un mot des dra­ma­tiques conflits d’in­té­rêts qui règnent, tou­jours et par­tout, dans les pro­ces­sus consti­tuants ;

Et il uti­lise (comme tout le monde) le mot »démo­cra­tie« à l’en­vers quand il parle en fait du gou­ver­ne­ment repré­sen­ta­tif, régime dont cha­cun sait sur ce blog qu’il a été sciem­ment et expli­ci­te­ment vou­lu par ses auteurs comme antidémocratique.

Espoir : quand Bol­tans­ki parle d’un néces­saire « chan­ge­ment plus radi­cal qui concerne la rela­tion aux règles mises en place par les ins­ti­tu­tions et qu’il sou­ligne que « L’é­ga­li­té dans ce domaine est l’un des prin­cipes de base de la démo­cra­tie », ce n’est pas assez clair, je trouve : par­le­rait-il du droit de tous à écrire ou éva­luer les ins­ti­tu­tions ?! Je n’ose y croire.

Je redoute, bien sûr, d’a­voir très peu de temps pour par­ler, mais on ver­ra bien. Si on a une heure et demie pour quatre invi­tés, on va bien arri­ver à par­ler un quart d’heure, non ? 🙂

Je tâche­rai de semer quelques graines de vraie démo­cra­tie (et donc de tirage au sort) sur les ondes du ser­vice public ; ce ne sera pas trop tôt.

Étienne.


[Mise à jour 28 juillet 2012 : ]

Quelques vidéos pirates de ces ren­contres de Pétrarque, avant d’a­voir la retrans­mis­sion sur France Culture, les der­niers same­dis d’août de 19h à 20h30 :

Jeu­di 19 juillet 2012 – thème : « La crise éco­no­mique éclipse-t-elle le politique ? » :

19 juillet 2012 Etienne Chouard Mont­pel­lier… par Le_Plan_C

19 juillet 2012 – 2 sur 3 – Etienne Chouard… par Le_Plan_C

19 juillet 2012 – 3 sur 3 – Etienne Chouard… par Le_Plan_C

————————–

Ven­dre­di 20 juillet 2012 – thème : « Inter­net, stade final de la démocratie ? » :

20 juillet 2012 Etienne Chouard Mont­pel­lier… par Le_Plan_C


[Mise à jour 27 août 2012 :
les deux émis­sions ont été dif­fu­sées sur France Culture, same­di 18 et same­di 25 août, à 19H.
Voi­ci les liens vers les deux enre­gis­tre­ments officiels :

La crise éco­no­mique éclipse-t-elle le politique ? 

Inter­net, stade final de la démocratie ? 

Il se trouve que mon inter­ven­tion du deuxième jour a été sub­stan­tiel­le­ment cen­su­rée,
peut-être sim­ple­ment par manque de temps nous dira-t-on, OK.
Pour fixer les idées et pour que cha­cun puisse juger sur pièces,
je détaille la teneur pré­cise de ce « coup de ciseaux jour­na­lis­tique » dans un billet spé­ci­fique :
« France Culture : exemple vécu d’une (petite) cen­sure (peut-être ordi­naire, mais un peu amère) ».]

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Étienne

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23 Commentaires

  1. jipe tournebride

    Cher Etienne Chouard,

    ce midi, à l’é­coute de F culture, l’é­mis­sion « les ren­contres de Pétraque » je me deman­dais si vous étiez invi­té pour faire valoir votre point de vue, ce sujet vous tenant par­ti­cu­liè­re­ment à coeur, et sur lequel vous avez beau­coup réflé­chi. Je suis ras­su­ré. Comme vous je suis tom­bé sous le charme de Hen­ri Guille­min, j’ai l’im­pres­sion d’a­voir, en l’é­cou­tant la réponse aux ques­tions que je me pose depuis plus de qua­rante ans, et notam­ment celle-ci : l’His­toire Offi­cielle n’est-elle qu’un énorme mensonge ?
    Ce que je cher­chais depuis tant de temps était fina­le­ment dans la question.

    Conti­nuez, cher Etienne, c’est grâce à des gens comme vous que l’on peut encore espé­rer de l’Homme.

    Je serai à l’é­coute de FC jeu­di prochain.

    Mes meilleures salutations.

    Jipe tour­ne­bride

    Réponse
  2. Mehdi

    Bon­jour Etienne,

    Mer­ci beau­coup pour ce tra­vail qui a dû te prendre un temps fou. Sache cepen­dant que tu as subi une attaque en règle de la part d’un cer­tain Jean Robin sur son site. Ses argu­ments sont spé­cieux, il n’y a pas de quoi s’inquiéter.
    Je vais lire ce texte avec atten­tion, et te remer­cie encore une fois pour ce travail.

    Réponse
  3. Mehdi

    Mon com­men­taire concer­nait l’ar­ticle sur Robes­pierre… Trop d’on­glets ouverts…

    Réponse
  4. Étienne

    Les (soi-disant) « repré­sen­tants » —ÉLUS, n’ou­bliez pas — de tous les pays du monde (mais si, vous savez, les com­pé­tents, les res­pon­sables, pas les popu­listes comme vous, pas des déma­gogues non, je vous parle des « élites ») SERVENT LEURS PARRAINS BANQUIERS (qui sont pour­tant tous en faillite frau­du­leuse) AUX DÉPENS DE LEURS PEUPLES, au lieu de pendre ces gre­dins aux lam­pa­daires (de les pendre vivants, hein, puis­qu’on est contre la peine de mort, évidemment) :

    Et nous accep­tons, NOUS, d’ap­pe­ler »démo­cra­ties ces évi­dentes PLOUTOCRATIES.

    Par notre com­plai­sance, nous par­ti­ci­pons à ce jeu de dupes. 
    Il est plus que temps de remettre les mots impor­tants à l’en­droit : consti­tu­tion, démo­cra­tie, suf­frage uni­ver­sel, citoyen, etc.

    Étienne.

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  5. prince2phore

    par pitié, si vous avez les prises de sons, par­ta­gez ! je trouve scan­da­leux de la part de France Culture de ne pas mettre les pod­cast en ligne le jour même !

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  6. Romain

    Bon­jour Étienne

    Vrai­ment mer­ci beau­coup pour tout ce tra­vail de recherche que vous faites, c’est de l’or. Est il pos­sible de réécou­ter l’en­semble de cette confé­rence ? j’ai cher­ché sur le site de france culture mais je n’ai pas trou­vé de pod­cast, ou d’enregistrements…

    Romain, un nou­veau virus 🙂

    Réponse
  7. Florence

    Tout votre tra­vail, Etienne éclate enfin sur un média natio­nal, et j’ai appré­cié la verve posée, la pug­na­ci­té que vous avez trou­vées. Le début de votre dis­cours est par­ti­cu­liè­re­ment réus­si. Par­fait !? Je ne suis pas loin de l’écrire.

    Quelques remarques tous azi­muts que je me per­mets à la suite (mais je suis comme une grande par­tie des spec­ta­teurs de Mont­pel­lier – on dirait, convain­cue par vos ana­lyses et votre dévoue­ment aux res­tau­ra­tion et actua­li­sa­tion de la démo­cra­tie, même si je constate que mon adhé­sion sans ombre pour le tirage au sort notam­ment, relève en ce qui me concerne, et phi­lo­so­phi­que­ment, de la véri­té – par rela­ti­visme (mais est-elle jus­tice ? que cha­cun ait une place dans le pou­voir d’é­vo­lu­tion construite du monde me semble un rudi­ment démo­cra­tique et un droit pre­mier / je suis gra­ve­ment et paral­lè­me­ment pré­oc­cu­pée par l’as­pi­ra­tion à la hié­rar­chi­sa­tion des êtres qui semble aus­si natu­relle, ou disons, ten­dan­cielle, au com­por­te­ment humain que l’ex­cès, ou l’a­bus de sa propre vita­li­té quand ce n’est pas par exer­cice de pou­voir plus col­lec­tif – quelle hor­reur aujourd’­hui / je défends le droit de vivre plei­ne­ment pour cha­cun, limites à trou­ver cepen­dant et si cir­cons­pec­ti­ve­ment dans un contexte de socié­té sans par­ler de popu­la­tion mas­sive et hyper-inter-dépen­dante qui défi­nit notre contem­po­rain – par­don­nez-moi mes paren­thèses per­son­nelles et trop peu argu­men­tées). Ainsi :

    - Sur le fameux « conspi­ra­tion­nisme », encore une fois oppo­sé au tra­vail d’Étienne et à de pos­sibles conclu­sions par le « tor­du », le « vilain », le machia­vé­lisme, la per­ver­si­té de cer­tains, ah ! Arrê­tez de don­ner le bâton pour vous faire battre, Étienne, même au nom de l’hon­nê­te­té intel­lec­tuelle, qui d’ailleurs pour­rait ne pas tenir la route ! Lais­sez cette (stu­pide et ridi­cule ?) accu­sa­tion au moins venir de ceux qui « rai­sonnent » comme cela (cela leur revien­dra aus­si comme manière de voir bien à eux, et pos­si­ble­ment bouf­fonne dans le sérieux qu’ils s’auto-attribuent !).

    Ceci dit, outre le peu de place que votre argu­ment a trou­vé fina­le­ment ici – je crois, et même s’il est car­di­nal : « je ne confonds pas l’in­té­rêt géné­ral avec l’in­té­rêt (par­ti­cu­lier- j’a­joute) des ban­quiers et des ven­deurs de canon » avez-vous dit, d’autres argu­ments seraient à avan­cer contre tous ceux qui veulent rire ou dis­cré­di­ter quand la dénon­cia­tion de forces de pou­voir véri­table œuvrant dans un sens qui est le leur, et le leur seul, toutes stra­té­gies déployées, la fumée aux bonnes places, est lan­cé. Argu­ments psy­cho­lo­giques – car ils peuvent rele­ver d’une connais­sance ration­nelle ! -, argu­ments socio­lo­giques (fonc­tion­ne­ment social, orga­ni­sa­tions pyra­mi­dales diverses, méri­to­cra­tie, sur-uti­li­sa­tion du vote élec­tif… – ah, il y aura peut-être des auteurs « sul­fu­reux » ou poli­ti­sés à évi­ter !!!), cita­tions lumi­neuses et vani­teuses de puis­sants, think tanks ou lob­bies en annexe, – décryp­tage des modes opé­ra­toires du pou­voir aujourd’­hui : mana­ge­ment par exemple, etc), argu­ment his­to­rique (le secret, la stra­té­gie mas­quée est une arme usée jus­qu’à la moelle ! je me sou­viens avoir enten­du Michel Rocard reven­di­quer cette pra­tique déci­sive au moment des évé­ne­ments d’Ou­véa), etc. Un bou­clier aux cri­tères uni­ver­si­taires (puisque c’est celui qui est hyper-valo­ri­sé et qua­si-seul accré­di­té, tout en étant trop bien sou­vent usur­pé – pas peur !) est à déve­lop­per tou­jours plus, à mes yeux, si d’autres domaines de connais­sance auraient, pour moi, autant de vali­di­té ! (à déve­lop­per aus­si ? Si cela ne parle pas à ses mes­sieurs – quelques ‑dames de l’ex­per­tise, d’autres, comme moi, les enten­dront). Il est pro­bable que « libé­ra­lisme » et « capi­ta­lisme » soient les mots les plus gênants au déploie­ment de tout pen­sée cri­tique aujourd’­hui (récu­pé­ra­tion mul­tiples, objec­ti­va­tion deve­nue impos­sible ou pas­sible de conno­ta­tion, fatigue et usure).

    - Sur le conflit d’in­té­rêts : l’ex­pres­sion de « juge et par­tie » me paraît éga­le­ment expli­cite. Le juge et sa fille à juger par lui-même qu’Étienne aime uti­li­ser l’illustre, sans la reprendre. J’ai par ailleurs noté une dif­fi­cul­té à com­prendre aujourd’­hui cette notion pour­tant fon­da­men­tale à un mini­mum de jus­tice, ceci pour les actes humains les plus com­muns et quo­ti­diens, si elle garde sa clar­té pour les grosses affaires d’État (indus­tries / experts d’a­vis public et à contrats pri­vés dépen­dants)… phé­no­mène que j’in­ter­prète comme la gan­grène sociale et intime d’un sys­tème idéo­lo­gique, le néo-libé­ra­lisme. Là où il est dit que tous les moyens sont bons pour « réus­sir », et faire de la plus-value, tous les conflits d’in­té­rêts ne sont-ils en effet bien­ve­nus, et valides (légi­times, quoi !)…

    - « C’est de notre faute si nous en sommes là », gros­so modo. Inertes, là-des­sus ? Res­pon­sa­bi­li­sa­tion est peut-être notre pre­mier enjeu, comme je l’en­tends dire du côté de la prise d’i­mage et de son off, je le pré­fère en lieu et place de notre accu­sa­tion d’être les acteurs de nos dif­fi­cul­tés. Prendre en main le pro­ces­sus consti­tuant est d’une por­tée encore assez dif­fi­cile, non ? Il peut aus­si se prendre si faci­le­ment. Les évi­dences sont par­fois les mieux cachées, et les rap­ports de forces aus­si très – trop asy­mé­triques que renversables.

    - Une vidéo d’Annie Le Brun. Je tiens cette femme pour clair­voyante et enthou­sias­mante. Certes je suis une lec­trice de tou­jours ou presque. Elle mani­pule aisé­ment le « on » qui vise l’as­ser­vis­se­ment de cha­cun ici, « on » qui pour elle repré­sente avant tout la socié­té comme coer­ci­tion qu’une oli­gar­chie de puis­sance aux pro­jets démen­tiels, et actuels. Mais les choses évo­luant dans un sens assez carac­té­ri­sé qui ne lui échappe pas, et peut-être pour y mieux voir contre les cri­tiques de regard conspi­ra­tion­niste, son vision­nage peut inté­res­ser. Annie Le Brun a tou­jours recon­nu l’ex­cès comme propre à l’hu­main (et à la vie ?) Et Annie Le Brun aiment les mots, et les défend depuis tou­jours ! Ne pas savoir dire, dire mal ou dire dévoyé, c’est atten­ter à la liber­té de la vie humaine, même si le corps pense avec la rai­son – par­tielle ! – quel hor­rible rac­cour­ci j’o­père ). Écou­tez Annie Le brun, lisez Annie Le brun !

    http://​www​.yel​low​cul​tu​re​club​.com/​y​e​l​l​o​w​c​u​l​t​u​r​e​c​l​u​b​/​A​n​n​i​e​_​L​e​_​B​r​u​n​.​h​tml

    - Une toute petite cita­tion enfin, tirée des pro­pos d’Étienne à Mont­pel­lier car elle en dit tant par quelques mots, comme inno­cents : des « normes aux­quelles les citoyens consentent à obéir… » Savez-vous que dans le bâti­ment, toutes les normes qui font l’as­su­ra­bi­li­té (obli­ga­toire) des tech­niques et pro­duits uti­li­sables sont en grande par­tie géné­rées par les indus­triels ? Quid des autres normes (et ce terme est essen­tiel en diable, qui pour­rait cacher ce qu’il recouvre : loi – droits et devoirs) ? La finesse des gens du pou­voir poli­tique actuel, et plus encore du cou­rant dit « socia­liste » est peut-être dans la sur-foca­li­sa­tion sur les normes « socié­tales » et qui sait, clien­té­listes (mariage gay, har­cè­le­ment sexuel, etc…) ?

    Vendre, ache­ter… Ques­tion de chiffre, et de MAJORITÉ (une notion peu uti­li­sée par Étienne, tiens ! cri­tique dépas­sée ou à réac­tua­li­ser aus­si ?) Boum, bam, bim !

    Réponse
  8. Romain

    Mer­ci !

    Réponse
  9. catherine b

    Le rhy­zome est la par­tie sou­ter­raine et par­fois sub­aqua­tique de la tige de cer­taines plantes vivaces.

    La vie de toute struc­ture y com­pris sociale est comme le rhy­zome qui puise sa vita­li­té en cette par­tie non visible.

    Quand on pense aux deve­nirs éphé­mères de toute chose, on se dit qu’il y a quelque chose de pérenne sous les mani­fes­ta­tions et les efflo­res­cences diverses. Il y a une puis­sance de vie qui demande à vivre.

    Ques­tion :

    Qu’est-ce qui se passe quand on a tout per­du, tout, tout, tout ???

    Qu’est-ce qu’il reste quand on a tout perdu ?

    Réponse
  10. Ana Sailland

    Pour cer­tains inter­ve­nants (de l’es­trade), il y a comme un refus de se rendre à l’é­vi­dence. Cela illustre la dif­fi­cul­té qu’il y aura à sor­tir de l’or­nière. Effarée …

    Réponse
  11. Ana Sailland

    @Florence <mes­sage 9>

    Je viens de regar­der la video d’An­nie Lebrun.
    ça fait du bien 🙂

    Réponse
  12. HeX

    Je suis affli­gé par le niveau intel­lec­tuel des autres inter­ve­nants qui ne balancent que des lieux com­muns, des inep­ties et des anec­dotes foi­reuses sur le bré­sil et l’a­ra­bie saou­dite… J’ai pas­sé mon heure de vision­nage à lan­cer des « mais ta gueu**! » et des « c’est qui ce c**? » et à me cal­mer seule­ment en enten­dant Etienne leur clouer le bec avec une patience tou­jours aus­si impressionnante.

    J’ose espé­rer que les audi­teurs de la radio ont com­pris à quel point Mon­sieur Chouard est au des­sus du lot…

    Réponse
  13. telemak

    Cher Étienne, le virus de la démo­cra­tie se pro­page. Vos inter­ven­tions sont lumi­neuses, Nous sommes beau­coup à vous sou­te­nir, pas bête­ment mais en réflé­chis­sant, en lisant. Chaque réfé­rence que vous citez nous fait progresser.

    Les cri­tiques vis à vis du tirage au sort pro­viennent sou­vent d’une peur de l’autre. Or l’autre c’est vous , c’est moi… Pour­quoi serais-je moins digne qu’un élu pour déci­der ? D’autre part, pour­quoi est-ce que je ne m’ins­cris pas dans un par­ti et que je ne me pré­sente pas ? parce je ne veux pas tra­hir mes valeurs. Si je suis d’ac­cord avec le par­ti en face, pour­quoi voter non ? Si mon peuple a voté non à un trai­té, com­ment voter oui ?

    Nous sommes le peuple, nous ne sommes pas des « veaux », nous sommes paci­fiques et nous pou­vons prendre des déci­sions autre­ment plus rai­son­nables que notre élite for­ma­tée, ou plu­tôt « coa­chée… » ( terme plus appro­prié en ces temps de grand messe sportive)

    Un petit exemple : Dans le deuxième tome de ses mémoires, V Gis­card d’Es­taing décrit pour­quoi il aurait refu­sé de « pro­vo­quer notre des­truc­tion mutuelle » en uti­li­sant l’arme nucléaire. Par cette hon­nête décla­ra­tion, il a donc tout sim­ple­ment vidé de tout son pou­voir dis­sua­sif notre arse­nal nucléaire. Que vote­rait le peuple en ce temps de crise si il fal­lait éco­no­mi­ser les 2 mil­liards de la dis­sua­sion nucléaire ? … Com­pa­rez avec les décla­ra­tions des élus lorsque l’un d’eux l’a proposé…

    @ tous les inter­nautes, pre­nez du temps pour pen­ser et rêver, ( voir vidéo d’an­nie Lebrun)

    Que la force soit avec toi Étienne 😉

    Réponse
  14. Florence

    Puis­qu’An­nie Le Brun ouvre grand les portes de la vie, et qu’elle s’est tou­jours pré­oc­cu­pée de notre sort d’hu­mains, sans jamais le vou­loir à sa guise, elle… Aucune mise au pas, du noir jus­qu’à l’arc-en-ciel de nos entrailles à nos cer­velles, et comme j’ai lu ici qu’elle fait battre plus fort d’autres pouls que le mien…

    Puis­qu’E­tienne rap­pelle et assène sai­ne­ment le men­songe de médias, et de ses sphères connexes dans un article suivant…

    Je viens de ter­mi­ner Pers­pec­tive dépra­vée et je suis en bonne voie d’a­che­ver le livre sur la catas­trophe you­go­slave qu’An­nie Le Brun a écrit lors du dérou­le­ment de cette der­nière, je veux citer plu­sieurs para­graphes de ce der­nier ouvrage qui résonne…

    nota 1 : Annie Le Brun par son long com­pa­gnon­nage avec Rado­van Ivsic détient un regard sur le réel you­go­slave d’une por­tée singulière.

    nota 2 : D’un « natio­nal-com­mu­nisme » serbe des­truc­teur, net­toyeur eth­nique, usant de camps de concen­tra­tions et de viols sys­té­ma­tiques, maniant le tra­fi­quage des faits et de refa­bri­ca­tion du réel à un point culmi­nant, dans la lignée du com­mu­nisme de l’Est his­to­rique, Annie Le Brun sou­tient alors l’i­dée d’un rap­pro­che­ment sourd de nos mondes dits libé­raux à ce « modèle » social… Lorsque que j’en­tends aux ren­contres Déco­no­miques récentes que la situa­tion de la Chine est plau­sible pour notre ave­nir, et que dans les médias géné­raux, elle se voit sou­li­gner ses « suc­cès » éco­no­miques et même humains (classe moyenne, pros­pé­ri­té), je m’in­ter­roge… L’a­ve­nir de l’Eu­rope serait-il une remon­tée à rebours dans l’His­toire chi­noise ? Bien­tôt, notre révo­lu­tion cultu­relle ? Avec en fili­grane, l’emprise défi­ni­tive d’une oli­gar­chie mon­diale sans racine ou sur-raci­sée ? Ce serait en d’autres termes, assu­ré­ment, dignes de la créa­ti­vi­té humaine… Voir aus­si et tou­jours Alex Jones sur la ques­tion (moins sub­ti­le­ment, avec une autre « vision théo­rique », mais à coup de poing aus­si douloureux).

    « Le nou­vel ordre mon­dial est celui d’une déné­ga­tion qui traque le réel. Voi­là presque deux ans que la chasse est ouverte sur le ter­ri­toire de l’ex-You­go­sla­vie. » (p. 58)

    Réponse
  15. Florence

    Du NATIONALISME : « Quoi­qu’il en soit, il est temps de voir que les maîtres du monde ont tout inté­rêt à ne pas ces­ser d’a­gi­ter les fan­tômes de la régres­sion natio­na­liste : ils en tirent le double avan­tage d’empêcher de com­battre la nou­velle réa­li­té natio­nal-com­mu­niste en même temps que d’in­ter­dire la pos­si­bi­li­té même d’un inter­na­tio­na­lisme, consis­tant à faire appa­raître la com­pli­ci­té supra-natio­nale de pou­voirs qui visent à obte­nir le même silence des vic­times et des témoins. » (p. 43)

    A pro­pos du RACISME déployé et de curieux ren­ver­se­ments / ins­tru­men­ta­li­sa­tions « grâce à un nou­vel » être humain…
    « (…) ce que sug­gère Pierre-André Taguieff sur les « auto­ra­ci­sa­tions para­doxales », où la supé­rio­ri­té se déter­mi­ne­rait par une « désap­par­te­nance cultu­relle », illus­trée par le « type du mili­tant sans racine », assu­ré de faire par­tie de la  » « race » des esprits sans race ». Racisme abs­trait, pou­rait-on dire, racisme en creux, sus­cep­tible de deve­nir le creu­set de toutes les formes d’ex­clu­sion. Car si  » le bon révo­lu­tion­naire, dans une telle pers­pec­tive, est le sujet déra­ci­né, décom­mu­nau­ta­ri­sé », telle s’af­fir­mait aus­si la supé­rio­ri­té de la nomenk­la­tu­ra dont la carac­té­ris­tique était de frap­per d’ir­réa­li­té ceux qui n’en étaient pas. Et cela jus­qu’à détruire tous les liens affec­tifs, sociaux, tra­di­tion­nels cultu­rels… sus­cep­tibles d’ai­der à contes­ter cette supé­rio­ri­té fic­tive comme le sen­ti­ment d’i­nexis­tence qu’elle impo­sait à ceux qu’elle excluait.

    On retrouve là bien sûr, l’ « expé­rience d’ab­so­lue non-appar­te­nance au monde » sur laquelle se fonde, selon Han­nah Arendt, la domi­na­tion tota­li­taire. » (p. 34)

    VALEURS MORALES ? FICTION : « On ima­gine que les déci­deurs du monde entier n’aient pas beau­coup de sym­pa­thie pour ces vic­times rebelles, peut-être même ne com­prennent-ils pas ce qui se passe dans leur vil­lage pla­né­taire quand, dans son Jour­nal de guerre, Zlat­ko Diz­da­re­vic apos­trophe Lord Car­ring­ton et ses sem­blables :  » « Pour­quoi êtes-vous venus ? Pour faire s’as­seoir autour d’une même table les trois par­ties en conflit ?  » Nous dire : « Vous avez reçu les boîtes de conserves, accep­tez main­te­nant la divi­sion » ? Mais cela ne se pour­ra pas. (…). »

    Dif­fi­cile que la com­mu­nau­té inter­na­tio­nale par­donne à sem­blables vic­times leur refus de se sou­mettre à son ordre, de crainte de voir tom­ber en même temps les fic­tions dont elle est elle-même un exemple écla­tant. Com­ment ne leur ferait-elle pas grief de dévoi­ler que le socia­lisme le mieux tem­pé­ré de l’Eu­rope de l’Est cachait un des plus durs noyaux sta­li­niens ? Tant il est vrai qu’en cher­chant à sau­ver l’illu­sion you­go­slave jus­qu’à sou­te­nir la thèse bouf­fonne des luttes tri­bales, les orga­ni­sa­tions inter­na­tio­nales comme l’Eu­rope cherchent d’a­bord à sau­ver l’illu­sion qui se confond avec leur rai­son d’être. Je veux dire leurs droits de l’homme, leur liber­té, leur démo­cra­tie…, d’au­tant plus cré­dibles qu’ils res­tent à l’é­tat de prin­cipe.

    Or c’est jus­te­ment le car­ton-pâte de ses prin­cipes que les peuples agres­sés de l’ex-You­go­sla­vie nous donnent à voir, tan­dis qu’ils rompent avec la tra­di­ton de pays de l’Est refer­més sur eux-mêmes, pré­oc­cu­pés de main­te­nir à coup de slo­gans leur propre fic­tion qui en fai­saient des voi­sins rêvés. » (p. 50)

    D’une RAISON UNIVERSALISTE : « Sans doute la période sta­li­nienne est depuis long­temps ter­mi­née. Reste qu’elle a consa­cré, mais aus­si ancré un rap­port au monde dans lequel la place faite à l’i­dée ne pou­vait que séduire la plus grande part de l’in­tel­li­gent­sia à l’Est comme à l’Ouest. Le type de l’in­tel­lec­tuel enga­gé fut l’ex­pres­sion de cette fas­ci­na­tion qui a entraî­né ici les uns et les autres à cau­tion­ner l’as­ser­vis­se­ment des peuples qu’ils pré­ten­daient aider en pen­sant à leur place, mais encore jus­ti­fiant leur per­sé­cu­tion. Et si, dans les pays de l’Est, beau­coup d’in­tel­lec­tuels en vinrent, par inté­rêt, par peur ou par lâche­té, à excu­ser l’i­nex­cu­sable, que dire de ceux qui, à l’a­bri de leur bonne conscience, se trom­pèrent ici avec une fougue d’au­tant plus grande qu’ils ne ris­quaient rien ? Abon­dantes sont, on le sait, les mémoires des sta­li­niens repen­tis pour plai­der l’a­lié­na­tion his­to­rique et, par là même, signi­fier une rup­ture spec­ta­cu­laire avec ce temps-là.

    Pos­ture for­melle sinon fic­tive qui masque sur­tout à quels registres de l’es­prit l’i­déo­lo­gie com­mu­niste, « en pos­tu­lant une rela­tion cau­sale simple entre la com­pré­hen­sion, l’ac­tion et le résul­tat » (1) fit appel. C’est à la fois l’abs­trac­tion, la géné­ra­li­sa­tion, voire l’u­ni­ver­sa­li­sa­tion qui, faute d’a­voir été remises en cause moins dans leur col­lu­sion avec le pou­voir que dans la nature même de leur rap­port au monde dont aucune appli­ca­tion ne fut sanc­tion­née, en reti­rèrent un cré­dit illi­mi­té et l’as­su­rance d’une impu­ni­té définitive.
    Et c’est pour­quoi l’a­dop­tion pro­gres­sive par de nom­breux intel­lec­tuels de l’Est des formes modernes de l’in­si­gni­fiance et de ses cli­que­tis struc­tu­ro-sémio­ti­co-socio­lo­giques, contrai­re­ment à ce qu’on crut à Rome et à Paris, ne fut qu’un sub­sti­tut de la maî­trise de l’His­toire par la maî­trise du Sens, comme elle l’a­vait d’ailleurs été ici. On ne dira même jamais assez à quel point le struc­tu­ra­lisme et le post-struc­tu­ra­lisme, la décons­truc­tion comme la post-moder­ni­té et leurs des­cen­dances – affirment cepen­dant une même indif­fé­rence que celle-ci à ce qui est. Il n’y a nul hasard à ce qu’un cer­tain nombre d’in­tel­lec­tuels qui avaient été des com­pa­gnons de route ont suc­ces­si­ve­ment gros­si les rangs du struc­tu­ra­lisme, mais aus­si de la tex­tua­li­té et bien­tôt de la déconstruction.

    D’où la faci­li­té de ces échanges intel­lec­tuels entre l’Est et l’Ouest, beau­coup moins étranges qu’on vou­lait nous le faire croire, qui pré­cé­dèrent de long­temps la chute du mur de Ber­lin, tout en le ren­dant néces­saire comme une arti­cu­la­tion entre deux méca­nismes forts dif­fé­rents, mais qui se com­plé­taient à nier le réel. Avec le temps, des échanges stan­dard furent même pos­sible. On s’a­per­çut avec bon­heur que des pièces entières d’un sys­tème pou­vaient conve­nir à l’autre. On en vint même à espé­rer secrè­te­ment, au moment où la machine com­mu­niste don­nait de sérieux signes d’u­sure, que presque tous ses élé­ments allaient pou­voir être rem­pla­cés et que la fin du com­mu­nisme allait se pas­ser en dou­ceur. » (pp. 73–75)

    (1) Tony Judt, Un pas­sé impar­fait, Les intel­lec­tuels en France 1944–1956, Fayard, 1993, p. 376.

    Réponse
  16. Florence

    Le livre dont j’ai extrait pré­cé­dem­ment des para­graphes est : Les assas­sins et leurs miroirs – Réflexions à pro­pos de la catas­trophe you­go­slave, Annie Le Brun, Jean-Jacques Pau­vert au Ter­rain vague, 1993.

    Après écoute des 2 der­nières vidéos des ren­contres de Pétrarque : comme les invi­tés sont déce­vants pour ne pas dire incon­sis­tants… Quel débat ! Heu­reu­se­ment qu’il y a Emma­nuel Lau­ren­tin pour faire remon­ter le niveau (per­sif­fler ou iro­ni­ser, que de nuances).

    « Eux et nous », quelle « vilaine » ver­sion du monde ! Encore une cri­tique (B. Cas­sin) stig­ma­ti­sante, à mes yeux, de celles qui doivent clouer le bec en dépla­çant le pro­pos sur un ter­rain moral (non un fait, mais une pos­ture hai­neuse et par­ti­sane, serait-il signifié).

    Et vive la finance isla­mique ! Non seule­ment les pays du Golfe ne connaissent pas la crise (le prix du baril est au plus bas ? faus­se­ment naïf), mais ils empruntent à taux zéro, et même aux banques fran­çaises… Quand on pense que le cumul est pro­fi­table, ou qu’il y a « eux et nous », est-ce donc tendancieux ?

    Du velours pour vous Étienne, de la grâce en tous cas, mais ce n’est pas là que vous avez fait chauf­fer vos neu­rones. Et après un démar­rage jouis­sif, on peine à poursuivre.

    Réponse
  17. Florence

    « Ce n’est pas là que vous avez fait chauf­fer vos neu­rones », Etienne : je veux dire que vous n’a­vez pas eu à échaf­fau­der de nou­velles démons­tra­tions tant l’as­sem­blée était incon­sis­tante et le débat ennuyeux (d’où le « on peine à pour­suivre » !) J’es­père que vous m’a­viez com­pris. Mer­ci à vous, et sin­cè­re­ment beau­coup de pres­tance dans votre par­ti­ci­pa­tion ! Super à l’aise après le couac sur le « conspi­ra­tion­nisme » – for­tuit ? des ani­ma­teurs (que j’ai res­sen­ti comme tel : oh non, c’est repar­ti avec la tarte à la crème qui colle, qui accable et siphonne la cré­di­bi­li­té). Bien à vous.

    Réponse
  18. Florence

    TIRAGE AU SORT / RENCONTRES DE PÉTRARQUE (der­nière !)

    J’ai négli­gé une remarque de Bar­ba­ra Cas­sin (de mémoire) lors des Ren­contres de Pétrarque et qui rehausse, je crois rétros­pec­ti­ve­ment, le niveau des échanges suf­fi­sam­ment cri­ti­qué ci-des­sus : le tirage au sort aurait été ins­ti­tué car peu voulai(en)t du pouvoir.

    S’il faut sans doute véri­fier une telle affir­ma­tion, laquelle va à l’en­contre des argu­ments fon­da­teurs de cette pra­tique selon Pla­ton, repris par Jacques Ran­cière (La Haine de la démo­cra­tie – ma seule réfé­rence en la matière cepen­dant), celle-ci touche à la rela­tion que cha­cun peut avoir avec le pou­voir, et sa han­tise d’en dis­po­ser.

    Et si j’é­tais tiré(e) au sort ?

    Cela ren­voie évi­dem­ment à la RESPONSABILITÉ, celle dont cherchent à se défaus­ser nos élus aujourd’­hui, dirait-on (et les argu­ments ne manquent jamais, alors même qu’is­sus de leurs propres sous­crip­tions : « com­plexi­té », « guerre éco­no­mique », « Europe com­mu­nau­taire », etc), tout en vou­lant jouir des autres facettes de ce fameux pou­voir (facettes qu’il pour­rait être inté­res­sant de répertorier).

    Res­pon­sa­bi­li­té qui empoigne défi­ni­ti­ve­ment et depuis tou­jours cer­tains actes et métiers, et qui serait curieu­se­ment en voie de tou­cher davan­tage les petits que les gros ! Que n’ai-je enten­du un livreur de fuel m’ex­pli­quer les nou­veaux contrats de tra­vail, où la res­pon­sa­bi­li­té du conduc­teur est tota­le­ment enga­gée (temps de neige, par exemple).

    La res­pon­sa­bi­li­té, c’est « assu­mer » des choix (à noter l’a­bon­dance de ce « mot-men­teur », comme dirait Étienne, aujourd’­hui chez nombre de par­leurs média­tiques !), com­mettre des erreurs et en répondre, c’est donc aus­si se poser la ques­tion de ce qu’est choi­sir, et choi­sir POUR LES AUTRES, mettre en branle de pos­sibles maux, faire des vic­times, et être l’au­teur de mal­heurs, ce qui me paraît la plus grosse affaire…

    À par­tir de l’exemple volon­tai­re­ment extrême que choi­sit B. Cas­sin pour illus­trer néga­ti­ve­ment une appli­ca­tion du tirage au sort qu’elle a connue (jury au tri­bu­nal, des « bonnes femmes » devant des jeunes délin­quants, décrit-elle vite… comme si la phi­lo­sophe n’u­sait pas elle-même du « eux et nous », au pas­sage !), on peut se deman­der si le tirage au sort doit admettre l’ar­bi­traire abso­lu et par­fois des panels dés­équi­li­brés ou se voir rec­ti­fié d’emblée par quelque pro­ces­sus « repré­sen­ta­tif », voire des obli­ga­tions et cibles quan­ti­ta­tives / qualitatives ?

    Cette toute petite incur­sion per­son­nelle dans l’ap­pli­ca­tion du tirage au sort pose sur­tout (pour moi) le droit à l’er­reur, à l’ex­pé­ri­men­ta­tion, et même à des nou­veau­tés insoup­çon­nées, alors qu’elle repose jus­te­ment sur une irres­pon­sa­bi­li­té ini­tiale et fan­tas­tique dans le choix des « élus » du hasard (celle que reven­dique Pla­ton selon Ran­cière, en un sens).

    Erreurs, expé­ri­men­ta­tion et créa­tions ne sont-elles pas vitales, si la ques­tion de l’é­chelle, de l’am­pli­tude de la por­tée des choix leur est corol­laire et fon­da­men­tale (tout autant à mes yeux), alors que le par­tage des déci­sions n’a jamais été exclu du tirage au sort ver­sus Plan C, pas plus que l’impunité…

    Ce qui me pré­oc­cu­pe­rait serait la vas­ti­tude, l’é­nor­mi­té du poids des déci­sions, comme le monde ten­drait à s’y prê­ter aujourd’­hui, en nous ren­dant de plus, comble de la détresse, auto­nomes – auto­mates (!) dans un sys­tème de déci­sion pyra­mi­dal et déres­pon­sa­bi­li­sé (ou inver­se­ment res­pon­sa­bi­li­sé), les puis­sances nucléaires et tech­no­lo­giques dure­ment en place…

    D’au­tant que la com­pé­tence et le savoir, aus­si scien­ti­fiques et moraux peuvent-ils aspi­rer à être, peuvent se révé­ler fort rela­tifs, sinon illu­soires… Tout mora­liste, tout scien­ti­fique, tout à cha­cun hon­nête n’in­sis­te­ra jamais assez sur son igno­rance et ses limites (et son besoin de rêver).

    Bon vent !

    Réponse
  19. Florence

    Remarque à par­tir de la vidéo : 3 – cité des songes.

    http://​etienne​.chouard​.free​.fr/​E​u​r​o​p​e​/​f​o​r​u​m​/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​?​2​0​1​2​/​0​8​/​0​9​/​2​4​2​-​c​h​r​i​s​-​m​a​r​k​e​r​-​c​o​r​n​e​l​i​u​s​-​c​a​s​t​o​r​i​a​d​i​s​-​u​n​e​-​l​e​c​o​n​-​d​e​-​d​e​m​o​c​r​a​tie

    Pour don­ner quelques élé­ments de réponse à l’af­fir­ma­tion d’un tirage au sort comme ins­ti­tu­tion devant lut­ter contre le dés­in­té­rêt pour les affaires politiques ?

    Deux ver­sants de mobi­li­sa­tion poli­tique des Athé­niens sont expli­ci­tés dans la pre­mière vidéo.

    Autour de 14:55 de vision­nage, madame Evi TOULOUPA témoigne d’une dif­fi­cul­té à mobi­li­ser les « trai­nards » (ses mots) par deux formes de péna­li­tés : la corde pas­sée au ver­millon et impo­sée de port, ain­si qu’une amende. Comme elle parle d’une indem­ni­té contem­po­raine à ces péna­li­tés, et que Cas­to­ria­dis évoque l’in­dem­ni­té (« salaire ecclé­sias­tique ») propre à la fin du régime démo­cra­tique, on peut se deman­der si Evi Tou­lou­pa ne parle pas de la même période, tar­dive… Les « trai­nards » sont décrits comme les citoyens de l’ar­rière-pays, géo­gra­phi­que­ment éloi­gnés donc (temps supé­rieur à pas­ser, et éven­tuel­le­ment impor­tance des affaires en jeu moins forte), en plus de l’ar­gu­ment de perte de jour­née de tra­vail (la balance des pertes et profits).

    Les pro­pos sui­vants de Cor­ne­lius Cas­to­ria­dis (repris du pdf de Média­part) vont au-delà de la seule ques­tion que je reprends ici (de la mobi­li­sa­tion des citoyens), – notam­ment la cita­tion qu’il fait de Ben­ja­min Constant, que l’on peut médi­ter de nos jours, et qui peut jus­ti­fier encore autre­ment la sta­bi­li­té (l’i­ner­tie) de notre contem­po­rain poli­tique fran­çais (avec ses biens maté­riels, ses conforts divers encore réels et sans doute pour une majo­ri­té de citoyens, tan­dis que l’oc­cu­pa­tion et les pré­oc­cu­pa­tions maté­rielles de conser­va­tion et de conquête peuvent para­ly­ser les peu lotis, ou que le sys­tème poli­tique orga­nise aus­si une forme d’im­puis­sance) -, mais ils avancent l’en­goue­ment popu­laire incon­tes­table pour les ques­tions impor­tantes (le fameux ani­mal poli­tique qui dort en nous – encore faut-il que nous soyons concer­nés, et que nous puis­sions par­ti­ci­per effec­ti­ve­ment à la réso­lu­tion de ses questions !).

    « Alors que dans l’histoire de la cité des Athé­niens, nous avons
    trois siècles, — je laisse de côté le IVe qui est pour moi, en effet, le siècle où la
    démo­cra­tie s’atrophie, dis­pa­raît, dégé­nère après la défaite de 404 et la guerre du
    Pélo­pon­nèse —, nous avons trois siècles où il y a des chan­ge­ments de régime,
    mais où, en tout cas, ces trois siècles sont carac­té­ri­sés par la participation
    constante, per­ma­nente, des citoyens dans le corps politique. 

    Ça ne veut pas dire du 100 %, mais les plus récentes études, celle de Fin­ley par exemple, montrent
    que quand une affaire impor­tante était dis­cu­tée dans l’assemblée du peuple à
    Athènes, il y avait 15 000, 20 000 per­sonnes sur 30 000 citoyens. Il faut savoir
    ce que cela veut dire. Ça veut dire qu’il y avait des gens qui par­taient à deux
    heures du matin du cap Sou­nion, de Lau­rion ou de Mara­thon pour être sur la
    Pnyx au moment du lever du soleil.

    Les Pry­tanes annon­çaient que la délibération
    était ouverte. Et ils fai­saient ça pour rien. 

    Le salaire ecclé­sias­tique a été introduit
    beau­coup plus tard. Ils per­daient une jour­née de tra­vail, leur som­meil pour aller
    par­ti­ci­per.

    Et ça, il faut l’opposer à une phrase, très bien dite, de Benjamin
    Constant, vers 1820, quand il oppose la démo­cra­tie chez les Modernes à la
    démo­cra­tie chez les Anciens, où il dit à peu près cela… Constant était un libéral,
    il était pour la démo­cra­tie repré­sen­ta­tive, pour le suf­frage cen­si­taire, il pensait
    que les ouvriers, étant don­né leur occu­pa­tion, ne pou­vaient pas vraiment
    s’occuper de poli­tique, donc il faut que les classes culti­vées s’en occupent. Il dit
    que de toute façon pour nous autres, ce qui nous inté­resse, nous autres,
    Modernes, n’est pas de par­ti­ci­per aux affaires publiques. Tout ce que nous
    deman­dons à l’État c’est la GARANTIE DE NOS JOUISSANCES. Cette phrase a été écrite
    pen­dant les pre­mières années de la Res­tau­ra­tion, il y a 160 ans, et elle dépeint
    tout à fait typi­que­ment l’attitude moderne. Il demande à l’État la garan­tie de ses
    jouis­sances, c’est tout. »

    Réponse
  20. voxien2011

    Étienne,

    Vous nous dites que l’é­lec­tion au temps des Athé­niens était un pro­ces­sus dont l’ob­jec­tif est de dési­gner les meilleurs, par exemple les géné­raux qui mènent les armées. 

    Je pense que l’élection, dans notre moder­ni­té, est tout à fait adap­tée au sys­tème poli­ti­co-éco­no­mique. En effet, c’est un sys­tème guer­rier à tous les niveaux : quand il conquiert les ter­ri­toires, les res­sources et les mar­chés, lors­qu’il exploite les Hommes, lors­qu’il extrait les res­sources, lors­qu’il pro­duit toutes les choses inutiles, nui­sibles et pol­luantes, lors­qu’il les ache­mine d’un endroit à un autre, lors­qu’il pro­duit de la pol­lu­tion envi­ron­ne­men­tale et men­tale par la pub et lors­qu’il empoi­sonne par ses pro­duits toxiques la san­té des Hommes et de l’environnement.

    Cor­dia­le­ment

    Réponse

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