« Apaisement » : une analyse roborative, d’Alain Accardo :

14/07/2012 | 5 commentaires

une ana­lyse robo­ra­tive
d’A­lain Accar­do : « Apaisement »

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Apai­se­ment

Par Alain Accar­do, 5 juillet 2012.

« Après quelques vigou­reux coups de men­ton de son can­di­dat – cam­pagne élec­to­rale oblige – pour faire croire qu’il était fer­me­ment déci­dé à com­battre les inéga­li­tés et le pou­voir de l’argent, le par­ti socia­liste a rapi­de­ment retrou­vé son style habi­tuel, celui qu’in­carne si bien dans toute sa per­sonne Fran­çois Hol­lande et dont le qua­li­fi­ca­tif le moins déso­bli­geant pour­rait être : léni­fiant.

À peine élu, ce par­fait repré­sen­tant de l’in­con­sis­tance poli­tique a enton­né à nou­veau l’an­tienne chère à tous les par­ti­sans de la col­la­bo­ra­tion de classes, sur le thème iré­niste du « néces­saire apai­se­ment » dont les Fran­çais auraient, paraît-il, besoin. Et tous les can­di­dats socia­listes de bra­mer à sa suite que « les Fran­çais ont besoin d’être ras­sem­blés ».

Qui­conque a tant soit peu d’ex­pé­rience de la vie poli­tique sait que la notion même de « ras­sem­ble­ment » est géné­ra­le­ment de droite et qu’elle est pra­ti­que­ment tou­jours uti­li­sée, assor­tie d’une invo­ca­tion à « l’u­ni­té répu­bli­caine », pour regrou­per le peuple der­rière la bour­geoi­sie domi­nante. Cela peut se véri­fier dans l’his­toire de nos cinq Répu­bliques. L’ap­pel à l’u­ni­té répu­bli­caine – « La Répu­blique est notre mère à tous » – étant lui-même une ver­sion laïque de l’ex­hor­ta­tion chré­tienne à la fra­ter­ni­té uni­ver­selle – « Nous sommes tous les enfants du Sei­gneur » –, on sai­sit mieux pour­quoi, la béné­dic­tion tacite de l’É­glise aidant, il est si impor­tant aux yeux de tous les gou­ver­ne­ments bour­geois, y com­pris « socia­listes » (dont c’est la rai­son d’être), de réunir le pays sous leur ban­nière, c’est-à-dire de sou­mettre l’im­mense majo­ri­té des classes popu­laires et des classes moyennes à la poli­tique des classes diri­geantes et pos­sé­dantes. En pra­tique, « l’u­ni­té répu­bli­caine », c’est celle du car­rosse et de l’at­te­lage, c’est la mise en sour­dine des reven­di­ca­tions des sala­riés, la domes­ti­ca­tion des orga­ni­sa­tions syn­di­cales, la culpa­bi­li­sa­tion des oppo­si­tions, l’o­béis­sance aux lois du mar­ché, la mobi­li­sa­tion pour le seul « inté­rêt géné­ral » qui vaille, celui des banques et des grandes entre­prises ; bref, « l’u­ni­té répu­bli­caine », c’est l’an­ti­dote à la lutte des classes, qui est l’u­nique dan­ger de nature à inquié­ter vrai­ment les riches et les maîtres.

Eh bien sachez, Mes­dames et Mes­sieurs les Ras­sem­bleurs de la Répu­blique, que, pour ma part – et nous sommes quelques-uns de même farine –, je ne veux être ni ras­sem­blé, ni réuni, ni rap­pro­ché, si peu que ce soit, et encore moins bien sûr confon­du avec la masse d’hu­ma­noïdes, gre­dins et/ou imbé­ciles qui, pour pré­ser­ver de déri­soires gra­ti­fi­ca­tions pré­sentes ou à venir, s’obs­tinent à faire le jeu des pré­da­teurs de la féo­da­li­té capi­ta­liste et à ne pas recon­naître leur part de res­pon­sa­bi­li­té dans le fonc­tion­ne­ment du sys­tème cor­rom­pu, per­ver­ti et bar­bare qu’ils osent qua­li­fier de res publi­ca alors qu’il est confis­qué par toutes les mafias. Je me refuse à don­ner l’ac­co­lade à tous ceux qui se font, déli­bé­ré­ment ou par défaut, les sup­pôts des par­tis de l’« alter­nance », les amis et les ser­vi­teurs du grand Patro­nat, de la Banque, du FMI et de la Com­mis­sion de Bruxelles, les adeptes des para­dis fis­caux, les faux éco­los du capi­ta­lisme vert, les cryp­to-fas­cistes, les cadres de la ges­tion, de la com, de la pub, du jour­na­lisme, et tut­ti quan­ti.

Je vous entends rica­ner bête­ment : « Pauvre vieil atra­bi­laire, à ce train-là il ne trou­ve­ra plus grand monde pour le lire ! » Cela reste à véri­fier. Mais se moquer de l’é­ten­due de mes détes­ta­tions, c’est faire la preuve Cela reste à véri­fier. Mais se moquer de l’é­ten­due de mes détes­ta­tions, c’est faire la preuve qu’on n’a pas encore vrai­ment com­pris par quels méca­nismes mul­ti­formes et inat­ten­dus un sys­tème social, le nôtre par exemple, par­vient à réa­li­ser concrè­te­ment sa logique objec­tive, c’est-à-dire à faire ava­li­ser ses aber­ra­tions et ses igno­mi­nies par la majeure par­tie d’une popu­la­tion qui, dans le prin­cipe, n’est dépour­vue ni d’in­tel­li­gence ni de mora­li­té, mais qu’il trans­forme bien­tôt en une troupe de marion­nettes hal­lu­ci­nées, avides et dociles.

Alors de grâce, Mes­dames et Mes­sieurs les pro­mo­teurs d’u­ni­té répu­bli­caine et autres mar­chands d’a­pai­se­ment, lais­sez-moi le soin de me ras­sem­bler moi-même avec ceux qui me res­semblent, et per­met­tez-moi d’exé­crer, non pas tous les autres, mais tout ce qui les abîme et les aliène.

Dans son dis­cours de remer­cie­ment pour le prix Nobel de lit­té­ra­ture (2006), l’é­cri­vain turc Orhan Pamuk résu­mait en quelques pages admi­rables les rai­sons pour les­quelles il avait consa­cré sa vie à la lit­té­ra­ture. Entre autres expli­ca­tions il avan­çait celle-ci : « J’é­cris parce que je suis fâché contre vous tous, contre tout le monde. » (…) Lire la suite.

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Étienne

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5 Commentaires

  1. Grumeau

    Très juste ana­lyse, ravi­vant une fois de plus la flamme afin de pas­ser à l’ac­tion et virer cette oppres­sion per­ma­nente et étouf­fante au quotidien !

    Mer­ci

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  2. Alain Guillou

    Oui, belle lucidité !

    Mer­ci !

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  3. Mehdi

    Article paru dans la Décrois­sance de ce mois il me semble.

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  4. kate charmant

    lisez tous ses livres…
    ça fait long­temps qu’il est réveillé Accardo;-))

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  5. Nadia

    Mer­ci Alain, ça sort des tripes et c’est ce que j’aime. 
    Mer­ci à Étienne de per­mettre cet espace de réflexion.

    J’en ai marre de ce cli­mat lour­dingue de sus­pi­cion, d’ac­cu­sa­tions, de dif­fa­ma­tions qui nuit à toute réflexion pour oser vou­loir que les choses changent, pour oser vou­loir de la trans­pa­rence et de la clar­té et qui empoi­sonnent la vie intel­lec­tuelle, le débat public et citoyen, les média et plus encore l’internet.

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