Protéger les biens communs contre les voleurs par nature que sont les marchands géants : Elinor Ostrom entretient la mémoire des luttes

15/06/2012 | 10 commentaires

Un bon article sur un tra­vail essen­tiel : celui d’E­li­nor Ostrom pour pro­té­ger les biens communs.

Pro­té­ger les biens com­muns contre les voleurs par nature que sont les mar­chands géants : c’est la res­pon­sa­bi­li­té des citoyens actifs ; en cette matière comme en d’autres, il est vain d’at­tendre quoi que ce soit de bon de la part des acteurs poli­tiques, élus pré­ci­sé­ment grâce à l’argent des mar­chands géants.

Coïn­ci­dence : Claude Rochet, de pas­sage à la mai­son, me par­lait jus­te­ment hier matin d’E­li­nor Otrom et de l’im­por­tance de ses tra­vaux pour entre­te­nir la mémoire des luttes :

Elinor Ostrom
ou la réinvention des biens communs

Article d’Her­vé Le Cros­nier signa­lé par Le Monde diplo­ma­tique, ce ven­dre­di 15 juin 2012
http://blog.mondediplo.net/2012–06-15-Elinor-Ostrom-ou-la-reinvention-des-biens-communs

« Pre­mière femme à obte­nir un Prix Nobel d’é­co­no­mie (en 2009) pour ses déve­lop­pe­ments sur la théo­rie des com­muns [1], Eli­nor Ostrom est décé­dée ce mar­di 12 juin, à l’âge de 78 ans. Cher­cheuse poli­tique infa­ti­gable et péda­gogue ayant à cœur de trans­mettre aux jeunes géné­ra­tions ses obser­va­tions et ana­lyses, elle avait, mal­gré sa mala­die, conti­nué son cycle de confé­rences et la ren­contre avec les jeunes cher­cheurs du domaine des com­muns au Mexique et en Inde. Récem­ment encore, elle expri­mait son sen­ti­ment d’ur­gence à pro­pos de la confé­rence Rio+20 qui se déroule actuel­le­ment [2]. Une confé­rence durant laquelle le terme de « com­muns » devient un point de ral­lie­ment, jus­qu’à figu­rer dans le titre du « Som­met des Peuples pour la jus­tice sociale et envi­ron­ne­men­tale en défense des biens communs ».

La théo­rie des biens com­muns, ou plus pré­ci­sé­ment des « com­muns », sui­vant le terme anglais com­mons, qui est plus géné­ral et moins foca­li­sée que la tra­duc­tion fran­çaise actuel­le­ment uti­li­sée, a connu plu­sieurs périodes : les études his­to­riques, l’a­na­lyse du fonc­tion­ne­ment des com­muns natu­rels et la construc­tion des com­muns du numé­rique. Eli­nor Ostrom et l’ap­proche ins­ti­tu­tion­nelle de éco­no­mie poli­tique des com­muns est essen­tielle dans ce par­cours pour com­prendre le renou­veau de l’é­tude des com­muns et l’ap­pa­ri­tion de mou­ve­ments sociaux qui se reven­diquent de la défense ou de la construc­tion des communs.

Leçons de l’histoire

L’his­toire de l’An­gle­terre et du mou­ve­ment des enclo­sures, qui oppo­sa très vio­lem­ment les pauvres des cam­pagnes aux pro­prié­taires ter­riens entre le XIIIe et XVIIe siècle a été la pre­mière incar­na­tion des ana­lyses et des mou­ve­ments sur les com­muns. Les pro­prié­taires voyaient dans la pri­va­ti­sa­tion et la clô­ture des espaces la garan­tie d’une meilleure pro­duc­ti­vi­té, notam­ment pour l’é­le­vage des mou­tons des­ti­nés aux fila­tures. Les pauvres, qui dans les cou­tumes et les pre­miers textes légis­la­tifs [3] avaient des droits élé­men­taires sur les com­muns, y voyaient une expro­pria­tion de leur moyens de sub­sis­tance : la récolte du miel, le bois de chauffe, les pro­duits de la cueillette. Une expro­pria­tion qui les condui­sait à rejoindre les villes et accep­ter les tra­vaux les plus ingrats, notam­ment l’en­ga­ge­ment sur les bateaux de la marine anglaise. Le mou­ve­ment poli­tique des Level­lers a por­té les reven­di­ca­tions éga­li­taires des révol­tés des com­muns lors de la Guerre civile anglaise de 1647. La répres­sion et la ter­reur qui régnèrent alors dans les cam­pagnes font dire à l’his­to­rien Peter Line­baugh que « le mou­ve­ment des enclo­sures en Angle­terre fait par­tie de ces uni­ver­saux concrets, à l’i­mage du mar­ché tri­an­gu­laire des esclaves, des sor­cières por­tées au bûcher, de la famine irlan­daise ou du mas­sacre des nations indiennes, qui per­mettent de défi­nir le crime du moder­nisme, à chaque fois limi­té dans le temps et l’es­pace, mais tou­jours dépas­sant le par­ti­cu­lier et sus­cep­tible de reve­nir au devant de la scène [4] ». Aujourd’­hui encore, pen­ser les com­muns ne peut se faire qu’en rela­tion avec les ten­ta­tives, les formes et les suc­cès ou échecs des nou­velles enclo­sures, qui orga­nisent la pri­va­ti­sa­tion de ce qui était aupa­ra­vant uti­li­sé par tous. Au point que Char­lotte Hess, une des col­lègues d’E­li­nor Ostrom avec qui elle a écrit un livre majeur sur les nou­veaux com­muns de la connais­sance, tente la défi­ni­tion sui­vante « les com­muns sont des res­sources par­ta­gées par un groupe de per­sonnes et qui sont vul­né­rables aux dégra­da­tions et aux enclo­sures [5] ».

De la tra­gé­die à l’écologie

Cepen­dant, à part les his­to­riens et les lec­teurs atten­tifs de Marx ou de Pola­nyi, tous les éco­no­mistes sem­blaient avoir oublié la notion de com­muns lors­qu’en 1968 paraît l’ar­ticle de Gar­rett Har­din, « La tra­gé­die des com­muns » [6], dans lequel il estime que cha­cun étant gui­dé par son avi­di­té va essayer de béné­fi­cier au mieux des com­muns, sans prendre en charge leur renou­vel­le­ment. Il en conclut que la ges­tion opti­male des com­muns passe soit par la pri­va­ti­sa­tion du bien consi­dé­ré, soit par la natio­na­li­sa­tion, et qu’il vaut mieux créer des inéga­li­tés que de conduire à la ruine de tous. Cet article va res­ter long­temps une réfé­rence, au point que jus­qu’à ces der­nières années et la recon­nais­sance du tra­vail d’E­li­nor Ostrom, il était impos­sible dans un lieu public de par­ler des com­muns sans que quel­qu’un ne pose la ques­tion de leur « tra­gé­die ». Mais para­doxa­le­ment, comme le signale Chris­tian Laval [7], cet article va éga­le­ment remettre la ques­tion des com­muns à l’ordre du jour. Il aura ain­si pous­sé Eli­nor Ostrom et son mari Vincent à appro­fon­dir les études sur les com­muns. Plu­tôt que de se livrer à des jeux mathé­ma­tiques comme Har­din, ils vont exa­mi­ner ce qui se passe réel­le­ment dans les com­muns exis­tants. Et mon­trer que des formes de gou­ver­nance autres que pri­va­tion ou éta­ti­sa­tion sont pos­sibles, et qu’elles sont concrè­te­ment mises en œuvre par des com­mu­nau­tés pour pro­té­ger et main­te­nir les res­sources par­ta­gées qui leurs sont confiées. Ces tra­vaux seront publiés ulté­rieu­re­ment dans son ouvrage le plus connu — et actuel­le­ment le seul tra­duit en fran­çais ! —, Gover­ning the com­mons [8]. Entre temps, les recherches menées au sein du Work­shop in Poli­ti­cal Theo­ry and Poli­cy Ana­ly­sis qu’elle a créé avec son mari en 1973, à l’u­ni­ver­si­té d’In­dia­na, avaient connu un déve­lop­pe­ment mon­dial qui s’est tra­duit par la consti­tu­tion de l’In­ter­na­tio­nal Asso­cia­tion for the Stu­dy of Com­mon Pro­per­ty (IASCP) au milieu des années 1980 [9]. Dès lors, des cher­cheurs du monde entier vont aller étu­dier les modes de ges­tion des com­muns dans de nom­breux endroits, à la suite et à l’i­mage des pre­miers tra­vaux d’E­li­nor Ostrom sur la ges­tion directe des réseaux d’ir­ri­ga­tion par les par­ties pre­nantes en Cali­for­nie du Sud, ou les façons dont des copro­prié­taires peuvent gérer cor­rec­te­ment et col­lec­ti­ve­ment les immeubles. Ils décou­vri­ront ain­si que la ges­tion de res­sources par­ta­gées passe par la consti­tu­tion d’ar­ran­ge­ments ins­ti­tu­tion­nels, sou­vent infor­mels, mais néan­moins dotés d’une force de réa­li­sa­tion par l’im­pli­ca­tion des acteurs direc­te­ment concer­nés. Loin du modèle de Har­din, dans lequel les éle­veurs pou­vaient faire paître leurs ani­maux dans un même champ sans jamais se par­ler, au point d’en épui­ser la source même de nour­ri­ture, les cher­cheurs découvrent la grande varié­té et l’in­ven­ti­vi­té des com­mu­nau­tés réelles pour gérer les res­sources com­munes. Eli­nor Ostrom répon­dra ulté­rieu­re­ment sou­vent à ceux qui lui demandent des « recettes » que « chaque com­mun est un cas par­ti­cu­lier », qu’il faut ana­ly­ser à la fois en lui-même (quelle est le type de res­source offerte en par­tage) et en regard de la com­mu­nau­té qui en a la charge. Ce qu’elle fit avec péda­go­gie lors de son der­nier séjour en France en juin 2011.

Eli­nor Ostrom a mis en place un cadre d’a­na­lyse et de déve­lop­pe­ment ins­ti­tu­tion­nel des­ti­né à l’ob­ser­va­tion des com­muns. De ses obser­va­tions concrètes elle a tiré huit prin­cipes d’a­gen­ce­ment que l’on retrouve dans les situa­tions qui assurent réel­le­ment la pro­tec­tion des com­muns dont ces com­mu­nau­tés d’ac­teurs ont la charge :

— des groupes aux fron­tières défi­nies ;
— des règles régis­sant l’u­sage des biens col­lec­tifs qui répondent aux spé­ci­fi­ci­tés et besoins locaux ;
— la capa­ci­té des indi­vi­dus concer­nés à les modi­fier ;
— le res­pect de ces règles par les auto­ri­tés exté­rieures ;
— le contrôle du res­pect des règles par la com­mu­nau­té qui dis­pose d’un sys­tème de sanc­tions gra­duées ;
— l’ac­cès à des méca­nismes de réso­lu­tion des conflits peu coû­teux ;
— la réso­lu­tion des conflits et acti­vi­tés de gou­ver­nance orga­ni­sées en strates dif­fé­rentes et imbriquées.

On voit clai­re­ment dans l’ap­proche d’E­li­nor Ostrom que, à la dif­fé­rence de nom­breux éco­no­mistes, elle ne consi­dère pas les biens pour eux-mêmes, mais dans leur rela­tion avec les groupes sociaux qui par­ti­cipent à leur pro­duc­tion ou main­tien. Les com­muns ne sont donc pas des « biens » par­ti­cu­liers, mais éga­le­ment des sys­tèmes de règles pour les actions col­lec­tives. Ce qui est alors ouvert au par­tage n’est pas seule­ment une res­source, mais bien un agen­ce­ment social par­ti­cu­lier ; en consé­quence, la pré­ser­va­tion de la res­source passe par la prise de conscience des inter­ac­tions sociales qui per­mettent ce partage.

La ren­contre entre l’ap­proche éco­no­mique et poli­tique de la théo­rie des com­muns por­tée par l’E­cole de Bloo­ming­ton d’E­li­nor Ostrom et la prise de conscience éco­lo­gique au cours des années 1970 et 1980 va ren­for­cer ces ana­lyses. La ques­tion des com­muns va s’é­lar­gir de res­sources prin­ci­pa­le­ment locales vers des res­sources glo­bales. Les océans, le cli­mat, la diver­si­té bio­lo­gique, l’an­tarc­tique, les forêts sont mena­cés de dégra­da­tion et d’ap­pro­pria­tion… notre envi­ron­ne­ment et les limites mêmes de la terre [10] en font l’é­qui­valent de nou­velles enclo­sures éco­lo­giques. Com­ment la théo­rie des com­muns nous per­met d’af­fron­ter ces défis qui se posent à l’é­chelle glo­bale ? Quelles sont les com­mu­nau­tés concer­nées par leur pro­tec­tion, et les règles et agen­ce­ments qui leur per­mettent d’exis­ter et d’a­gir ? Les ques­tions posées autour de la confé­rence Rio+20 portent bien sur ces sujets, et l’on voit s’y expri­mer des ten­dances à trou­ver des « solu­tions glo­bales », sou­vent mythiques ou au contraire ser­vant de paravent à de nou­velles enclo­sures. Au-delà du carac­tère attrape-tout du terme, un des aspect de « l’é­co­no­mie verte », celui qui veut finan­cia­ri­ser la nature et étendre les droits de pro­prié­té intel­lec­tuelle à l’en­semble du vivant, est ain­si une nou­velle enclo­sure mas­quée der­rière un dis­cours géné­reux. En se déca­lant par rap­port à la des­crip­tion de la dégra­da­tion de ces biens glo­baux, qui fait sou­vent le lit du catas­tro­phisme, Eli­nor Ostrom cherche au contraire à déve­lop­per les formes de rési­lience qui résident dans les capa­ci­tés d’ac­tion : « Ce que nous met­tons trop sou­vent de côté est ce que les citoyens peuvent faire et l’im­por­tance d’un inves­tis­se­ment réel des per­sonnes concer­nées » décla­rait-elle en rece­vant son Prix Nobel d’é­co­no­mie. Dans son ultime article à pro­pos des négo­cia­tions de Rio en 2012, elle indique clai­re­ment : « Des dizaines d’an­nées de recherche montrent qu’un éven­tail de mesures évo­lu­tives, com­plé­men­taires au niveau urbain, régio­nal, natio­nal et inter­na­tio­nal a plus de chance de réus­sir qu’un accord uni­ver­sel et contrai­gnant, car il per­met­trait de dis­po­ser d’un recours en cas d’é­chec de cer­taines de ces mesures. »

Les com­muns du numérique

La troi­sième incar­na­tion du mou­ve­ment et de la théo­rie des com­muns vien­dra des inno­va­tions tech­no­lo­giques, et notam­ment de l’in­ter­net et des docu­ments numé­riques. Réseau uni­ver­si­taire, construit en dehors des sys­tèmes infor­ma­tiques pri­vés qui s’im­po­saient dans les années 1980, réseau dont les pro­to­coles et les règles de nor­ma­li­sa­tion sont débat­tus ouver­te­ment par tous les ingé­nieurs concer­nés, l’in­ter­net appa­raît vite comme un « nou­veau com­mun ». Les acteurs ayant construit ce réseau, et qui en sont éga­le­ment les pre­miers uti­li­sa­teurs, vont long­temps défendre son ouver­ture, son expan­sion pour tous et sa neu­tra­li­té [11], au sens d’un réseau qui ne juge pas les conte­nus ou les pro­to­coles, mais trans­met au mieux tous les mes­sages infor­ma­tiques. Conju­gué avec l’é­mer­gence du mou­ve­ment des logi­ciels libres, nous avons là une « com­mu­nau­té mon­diale » d’in­for­ma­ti­ciens qui construit col­lec­ti­ve­ment des res­sources par­ta­geables et ouvertes. Et qui se fixe des règles internes (la licence GPL pour les logi­ciels libres, le fonc­tion­ne­ment de l’In­ter­net Engi­nee­ring Task Force, etc.) et les moyens de les faire res­pec­ter (nor­ma­li­sa­tion ouverte, forums d’é­change et de for­ma­tion per­ma­nente entre infor­ma­ti­ciens, sur­veillance des ten­ta­tives de détour­ne­ment de l’ou­ver­ture du réseau…). Comme pour les com­muns natu­rels, les com­muns numé­riques, même s’il appa­raissent repro­duc­tibles à l’in­fi­ni pour un coût mar­gi­nal ten­dant vers zéro, sont confron­tés à des risques de pol­lu­tion et de dégra­da­tion et à des stra­té­gies d’en­clo­sure. La prin­ci­pale d’entre elles étant l’ex­ten­sion rapide et tous azi­muts de la « pro­prié­té intel­lec­tuelle » que le juriste James Boyle qua­li­fie en 2004 de « second mou­ve­ment des enclo­sures [12] ».

Eli­nor Ostrom ne pou­vait res­ter indif­fé­rente à cette concep­tion des réseaux numé­riques comme des biens com­muns. D’au­tant que, sous l’im­pul­sion de divers mou­ve­ments sociaux du numé­rique [13], le concept s’est lar­ge­ment éten­du, notam­ment par les créa­teurs qui uti­lisent les licences Crea­tive com­mons, par les cher­cheurs qui dif­fusent leurs tra­vaux en accès libre, par les biblio­thé­caires qui par­ti­cipent au mou­ve­ment pour l’ac­cès au savoir… Eli­nor Ostrom coor­don­ne­ra ain­si avec Char­lotte Hess le livre fon­da­teur de cette nou­velle approche des com­muns [14]. Celui-ci est un ouvrage col­lec­tif ana­ly­sant les nou­velles construc­tions sociales qui se réa­lisent autour du numé­rique à la lueur de l’his­toire et l’ex­pé­rience des com­muns maté­riels. La connais­sance est sou­vent consi­dé­rée par les éco­no­mistes comme un bien public au sens de Paul Samuel­son, c’est-à-dire non-excluable (il est dif­fi­cile d’empêcher le savoir de cir­cu­ler) et non-rival (ce que je sais ne prive per­sonne du même savoir). Or, le numé­rique crée de nou­velles condi­tions d’ap­pro­pria­bi­li­té pri­vée, qui font que la connais­sance ins­crite dans des docu­ments numé­riques peut au contraire se trou­ver empê­chée de cir­cu­ler : DRM [15] sur les fichiers, bre­vets de logi­ciels, absence de réelle conser­va­tion par des orga­nismes dédiés, cen­sure au niveau du réseau… C’est donc en pla­çant la connais­sance dans les mains et sous la res­pon­sa­bi­li­té des per­sonnes qui la pro­duisent, qui peuvent par leur pra­tique rendre les res­sources de savoir par­ta­geables, que sa cir­cu­la­tion res­te­ra assu­rée. Un élé­ment essen­tiel quand on touche aux domaines de la science et de la san­té, et que l’on envi­sage leur cir­cu­la­tion en direc­tion des pays et des cher­cheurs, inno­va­teurs et pro­fes­sion­nels de la san­té qui ne peuvent béné­fi­cier du sou­tien d’or­ga­nismes publics et de grandes bibliothèques.

Car c’est une des contra­dic­tions majeures du numé­rique : il est un ins­tru­ment de dif­fu­sion d’une puis­sance encore jamais envi­sa­gé, les coûts de repro­duc­tion ten­dant vers zéro et le réseau s’é­ten­dant sur toute la pla­nète ; et il est en même temps le moyen d’or­ga­ni­ser de nou­velles enclo­sures, de blo­quer le par­tage, de sur­veiller les usages. A l’i­mage de ce qu’E­li­nor Ostrom a obser­vé et pro­mu dans son approche ins­ti­tu­tion­nelle, c’est par une mul­ti­pli­ci­té d’ac­tions et de niveaux de prise en charge que la connais­sance res­te­ra libre. Les lois, les prin­cipes por­tés par les pou­voirs publics — notam­ment l’o­bli­ga­tion de dif­fu­ser libre­ment les tra­vaux pri­maires de recherche — coha­bitent avec les dyna­miques des groupes et mou­ve­ments qui des­serrent l’é­tau de la pri­va­ti­sa­tion et les bar­rières à l’ac­cès de tous aux connais­sances, dans tous les domaines.

Conti­nuer de construire une théo­rie des communs

Le mou­ve­ment des com­muns a besoin de théo­rie, comme tous les mou­ve­ments qui secouent la socié­té. Il n’est cepen­dant nul besoin d’en faire aujourd’­hui une pana­cée, une nou­velle solu­tion « uni­ver­selle » dont l’é­chec ou les dif­fi­cul­tés signe­raient l’ab­sence d’es­poir. Au contraire, la prin­ci­pale leçon d’E­li­nor Ostrom est de culti­ver les dif­fé­rences et les syner­gies. Alors que dans les années 1970 les éco­no­mistes ne juraient que par des modèles abs­traits, convo­quant les humains sous leur seule forme d’ho­mo œco­no­mi­cus dans des cal­culs d’op­ti­mi­sa­tion, Eli­nor Ostrom par­cou­rait le monde, en Amé­rique latine, Asie ou Afrique. Comme le sou­ligne David Bol­lier, « elle se dépla­çait pour obser­ver les réa­li­tés de la coopé­ra­tion sur le ter­rain, dans toutes ses dimen­sions humaines sou­ve­raines, et réunir ain­si les fon­da­tions de sa théo­rie créa­tive sur la façon dont les com­muns réus­sissent ou échouent. C’est cer­tai­ne­ment ce qui fait la lon­gé­vi­té du tra­vail d’E­li­nor Ostrom : il est appuyé sur un tra­vail empi­rique en pro­fon­deur [16] ».

La recon­nais­sance ins­ti­tu­tion­nelle tar­dive qu’au­ra connu Eli­nor Ostrom, notam­ment l’at­tri­bu­tion du Nobel d’é­co­no­mie, va de pair avec des ten­ta­tives de récu­pé­ra­tion de son tra­vail dans des dis­cours qui pri­vi­lé­gient les « com­mu­nau­tés » sur les peuples, ou qui uti­lisent « l’a­mi­tié » comme valeur d’é­change, ou encore qui se targuent de « solu­tions finan­cières inno­vantes » et tentent d’in­té­grer les com­muns dans une vision éco­no­mique liber­ta­rienne au pro­fit des grands vec­teurs de l’in­ter­net ou de la finance « verte ». C’est le lot de toute recherche que de se voir reçue dif­fé­rem­ment par des audi­teurs ou lec­teurs ayant des buts et des inté­rêts dif­fé­rents. Pour les gens qui par­ti­cipent au renou­veau du mou­ve­ment des com­muns, qui mettent en avant pra­ti­que­ment et théo­ri­que­ment le par­tage, la soli­da­ri­té, la concep­tion coopé­ra­tive devant les pro­fits pri­vés ou les rap­ports de forces mili­taires, la lec­ture d’E­li­nor Ostrom apporte un tout autre éclai­rage. Fon­da­men­ta­le­ment, son mes­sage est de dire que les gens confron­tés jour après jour à la néces­si­té d’as­su­rer la per­ma­nence des com­muns qui sont le sup­port de leur vie ont bien plus d’i­ma­gi­na­tion et de créa­ti­vi­té que les éco­no­mistes et les théo­ri­ciens ne veulent bien l’entendre.

Fidèle à l’i­mage sou­riante, péda­gogue et accueillante d’E­li­nor Ostrom, sa théo­rie ins­ti­tu­tion­nelle des com­muns est avant tout une for­mi­dable leçon d’op­ti­misme, de confiance dans les capa­ci­tés humaines, de valo­ri­sa­tion de la débrouillar­dise et d’ad­mi­ra­tion devant les agen­ce­ments impro­bables que l’hu­ma­ni­té sait mettre en œuvre. Notre plus bel hom­mage sera de conti­nuer à défendre les com­muns, natu­rels et numé­riques, glo­baux ou locaux, de faire en sorte que cha­cune et cha­cun se sente inves­ti d’une res­pon­sa­bi­li­té sur la pro­tec­tion de ce que l’hu­ma­ni­té veut pro­po­ser en par­tage, par choix ou par néces­si­té. Au pre­mier titre évi­dem­ment, la défense de notre pla­nète commune. »

Her­vé Le Cros­nier
Rio, le 14 juin 2012.
Article dif­fu­sé sous licence Crea­tive com­mons BY.

Notes

[1] Her­vé Le Cros­nier, « Une bonne nou­velle pour la théo­rie des Biens Com­muns », 12 octobre 2009, Vecam. http://​vecam​.org/​a​r​t​i​c​l​e​1​1​2​2​.​h​tml

[2] Eli­nor Ostrom, « La poli­tique verte doit être impul­sée de la base », Les Echos, 12 juin 2012. http://​lecercle​.lese​chos​.fr/​e​c​o​n​o​m​i​s​t​e​s​-​p​r​o​j​e​c​t​-​s​y​n​d​i​c​a​t​e​/​a​u​t​r​e​s​-​a​u​t​e​u​r​s​/​2​2​1​1​4​7​8​6​1​/​p​o​l​i​t​i​q​u​e​-​v​e​r​t​e​-​d​o​i​t​-​e​t​r​e​-​i​m​p​u​l​s​e​e​-​b​ase

[3] « Tout homme libre peut récol­ter le miel trou­vé dans ses bois » — Article 13 de la Charte des Forêts (1215).

[4] Peter Line­baugh, « Enclo­sures from the bot­tom up », Radi­cal His­to­ry Review, n° 108, automne 2010.

[5] Char­lotte Hess, « Ins­crire les com­muns de la connais­sance dans les prio­ri­tés de recherche » ; in Asso­cia­tion Vecam (coord.), Libres Savoirs, les biens com­muns de la connais­sance, C & F édi­tions, 2011.

[6] Gar­rett Har­din, « The Tra­ge­dy of the Com­mons », Science, 162 (1968) : 1243—48. http://​www​.scien​ce​mag​.org/​c​o​n​t​e​n​t​/​1​6​2​/​3​8​5​9​/​1​2​4​3​.​f​ull

[7] Chris­tian Laval, « La nou­velle éco­no­mie poli­tique des com­muns : apports et limites », 9 mars 2011. http://​dupu​bli​cau​com​mun​.blog​spot​.com​.br/​2​0​1​1​/​0​3​/​c​o​n​t​r​i​b​u​t​i​o​n​-​d​e​-​c​h​r​i​s​t​i​a​n​-​l​a​v​a​l​.​h​tml

[8] Eli­nor Ostrom, Gover­ning the Com­mons : The Evo­lu­tion of Ins­ti­tu­tions for Col­lec­tive Action (Poli­ti­cal Eco­no­my of Ins­ti­tu­tions and Deci­sions), Cam­bridge Uni­ver­si­ty Press, 1990 ; tra­duc­tion — de qua­li­té déplo­rable : La gou­ver­nance des biens com­muns : Pour une nou­velle approche des res­sources natu­relles, De Boeck, 2010.

[9] L’as­so­cia­tion a été renom­mée Inter­na­tio­nal Asso­cia­tion for the Stu­dy of Com­mons en 2007. Site inter­net : www​.iasc​-com​mons​.org.

[10] Gene­viève Azam, Le temps du monde fini : vers l’a­près-capi­ta­lisme, Les liens qui libèrent, 2010.

[11] Valé­rie Scha­fer et Her­vé Le Cros­nier, Neu­tra­li­té de l’in­ter­net : une ques­tion de com­mu­ni­ca­tion, CNRS-Edi­tions, 2011.

[12] « The Second Enclo­sure Move­ment and the Construc­tion of the Public Domain », Law and Contem­po­ra­ry Pro­blems, 66 (1 & 2), 2004. http://​www​.law​.duke​.edu/ pd/papers/boyle.pdf

[13] HHer­vé Le Cros­nier, Leçons d’é­man­ci­pa­tion : l’exemple du mou­ve­ment des logi­ciels libres , In : Asso­cia­tion Vecam (coord.) Libres Savoirs, les biens com­muns de la connais­sance, C&F édi­tions, 2011, p. 173–189

[14] Char­lotte Hess et Eli­nor Ostrom (dir.), Unders­tan­ding Know­ledge As a Com­mons : From Theo­ry to Prac­tice, MIT Press, jan­vier 2007, 381 pages.

[15] Ces outils de Digi­tal Rights Mana­ge­ment (« ges­tion des droits numé­riques ») inter­disent par exemple de reco­pier ou de par­ta­ger un livre ou un film. http://www.bollier.org/blog/elinor-ostrom-remembered-1933–2012

[16] David Bol­lier, « Eli­nor Ostrom Remem­be­red (1933−2012) », 12 juin 2012.

Source ori­gi­nale : http://​zer​lo​.fr/​r​i​o​2​0​/​e​l​i​n​o​r​_​o​s​t​r​om/.

Je trouve ce domaine de recherche lit­té­ra­le­ment pas­sion­nant : on y mesure l’é­ten­due des RÉGRESSIONS MAJEURES que le »libé­ra­lisme« a impo­sées à l’hu­ma­ni­té avec ses pri­va­ti­sa­tions dog­ma­tiques, tou­jours voleuses et cupides si on va au fond des choses.

Mais bien sûr, de mon point de vue, rien d’im­por­tant ne se fera —pas plus en matière de biens com­muns qu’en d’autres matières essen­tielles— tant que les citoyens n’au­ront pas pris le mal À LA RACINE : la qua­li­té du pro­ces­sus consti­tuant d’a­bord, et des citoyens armés et conscients de leur res­pon­sa­bi­li­té indi­vi­duelle dans la défense quo­ti­dienne de la Consti­tu­tion ensuite.

Mais vous êtes au cou­rant, espèce de virus 😉

Étienne.

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Étienne

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10 Commentaires

  1. Florence

    Lorsque je lis ceci :

    « Ils décou­vri­ront ain­si que la ges­tion de res­sources par­ta­gées passe par la consti­tu­tion d’arrangements ins­ti­tu­tion­nels, sou­vent infor­mels, mais néan­moins dotés d’une force de réa­li­sa­tion par l’implication des acteurs direc­te­ment concer­nés. Loin du modèle de Har­din, dans lequel les éle­veurs pou­vaient faire paître leurs ani­maux dans un même champ sans jamais se par­ler, au point d’en épui­ser la source même de nour­ri­ture, les cher­cheurs découvrent la grande varié­té et l’inventivité des com­mu­nau­tés réelles pour gérer les res­sources com­munes. »
    (Extrait donc de l’article)

    Je PLANE…

    Satis­faite aus­si de mieux connaître ces fameux com­muns et cette « tra­gé­die » des enclo­sures, et décou­vrir Eli­nor Ostrom.

    Réponse
  2. MABueno

    Bon­jour,

    Cette ques­tion des com­muns me fait pen­ser à l’im­por­tance des coopé­ra­tives dans la révolte des vigne­rons de 1907. J’ai ado­ré les confé­rences d’Hen­ri Guille­min, mais j’ai regret­té qu’il ne s’at­tarde pas plus sur cet épi­sode. Je me sou­viens d’un temps pas si ancien où, dans les régions viti­coles lan­gue­do­ciennes, la « coopé » était un pôle de la socié­té locale, qua­si­ment au même titre que la mai­rie du vil­lage – et pro­ba­ble­ment plus que l’E­glise. Inutile de vous dire que les poli­tiques agri­coles euro­péennes ont en quelques décen­nies fait dis­pa­raître phy­si­que­ment les « petits » et avec eux tout un pan de vécu collectif.

    Cette ques­tion me parle aus­si parce que j’ai des rémi­nis­cences des dis­cus­sions enflam­mées que j’en­ten­dais entre répu­bli­cains espa­gnols dans mon enfance. La mise en com­mun a été un point de divi­sion tra­gique. Et pen­dant qu’on dis­cu­tait du degré, de l’op­por­tu­ni­té, du calen­drier des col­lec­ti­vi­sa­tions, les fas­cistes n’ont pas eu tant de pro­blèmes phi­lo­so­phiques pour mettre le pays au pas.

    Tout cela pour vous dire, dans ce pre­mier com­men­taire sur ce site pas­sion­nant, qu’à l’ap­proche de ce moment de confron­ta­tion que la « crise » nous fait tous pres­sen­tir, la dif­fu­sion des idées de démo­cra­tie directe est de plus en plus urgente et nécessaire !

    Au plai­sir de vous lire encore,

    Maga­li (qui a attra­pé le gen­til virus et espère conta­mi­ner son entourage) 🙂

    Réponse
  3. yvon

    A voir sans tarder :

    http://www.100jours2012.org/blog/2012/04/29/94/#.T‑MuC13xkuo.mailto

    Salut Etienne,

    Il s’a­git ici du film de Lae­ti­tia Car­ton  » +94 « , dont j’ avais mis l’autre jour la retrans­crip­tion de la bande son sur ton blog, en com­men­taire N° 9, suite au sujet de J. Tes­tart, le 14 juin.

    Ce film est par­ti­cu­liè­re­ment tou­chant, réa­li­sé par une jeune mère de famille qui fait le point sur son évo­lu­tion de conscience poli­tique, et qui le dit d’ une manière très simple… et avec beau­coup d’ intel­li­gence et de sen­si­bi­li­té. Je crois qu’ elle fait aus­si, à sa manière, avan­cer notre mou­ve­ment sur « la cause des causes », aus­si sûre­ment que Jacques Testart…

    Mais sur un plan sim­ple­ment humain, com­pré­hen­sible par tous.

    Car c’est à nous tous de « déci­der » aus­si sur l’é­la­bo­ra­tion des Consti­tu­tions locales, c’est-à-dire à la base, là où peut prendre racine l’ arbre de la vraie vie d’une Consti­tu­tion plus géné­rale, bien com­prise, parce que déjà vécue et expé­ri­men­tée par cha­cun d’ entre nous, fra­ter­nel­le­ment, là où nous habi­tons et survivons…

    Mer­ci à toi, et bon courage.

    Ça pousse ! Ça pousse ! Arro­sons tou­jours, nuit et jour !… Les fruits ont du suc­cès… tel­le­ment déli­cieux !… Et toutes ces graines sont aus­si­tôt mises en terre… Etc., etc. …

    Tout d’ un coup cela nous semble vrai­ment bon de vivre. Quand tout devient pos­sible, réel­le­ment ! Chaque geste agit. 
    « Rien qu’ un geste, des portes de secours sont ouvertes

    là-bas…  »

    YVON, (56)

    Réponse
  4. Furax

    Il est « minuit moins cinq » pour le cli­mat, selon le Giec

    AFP – Rajen­dra Pachau­ri, le pré­sident du groupe d’ex­perts de réfé­rence sur le chan­ge­ment cli­ma­tique (Giec), a esti­mé lun­di qu’il était « minuit moins cinq » pour trou­ver une issue au réchauf­fe­ment climatique.

    « Il est minuit moins cinq », a décla­ré M. Pachau­ri, lors de la céré­mo­nie d’ou­ver­ture célé­brant les 20 ans de l’ONG éco­lo­giste Green Cross (Croix-Verte) fon­dée par le der­nier diri­geant de l’U­nion sovié­tique Mikhaïl Gor­bat­chev en 1993.

    « L’u­ni­vers n’est qu’une seule famille. Par consé­quent, nous ne pou­vons pas nous iso­ler de tout ce qui se passe autre part sur la pla­nète » car cela affecte for­cé­ment le reste du monde, direc­te­ment ou indi­rec­te­ment, a‑t-il souligné.

    Il faut inven­ter de nou­velles façons de défi­nir et mesu­rer le pro­grès humain et moins se foca­li­ser sur les sta­tis­tiques habi­tuelles comme le Pro­duit inté­rieur brut (PIB), a‑t-il recommandé.

    Cet appel inter­vient alors que les experts du cli­mat doivent livrer cou­rant sep­tembre un nou­veau diag­nos­tic très atten­du, tan­dis que la lutte contre le réchauf­fe­ment patine depuis 2009.

    Le Groupe d’ex­perts inter­gou­ver­ne­men­tal sur l’é­vo­lu­tion du cli­mat (Giec), avec son cin­quième rap­port qui sera publié en quatre temps jus­qu’en octobre 2014, va livrer l’é­tat des lieux le plus com­plet et le plus actua­li­sé sur l’am­pleur et les impacts atten­dus du réchauffement.

    Il devrait confir­mer la res­pon­sa­bi­li­té de l’homme mais devrait aus­si revoir à la hausse les pro­jec­tions sur la mon­tée atten­due du niveau de la mer, selon une ver­sion pro­vi­soire obte­nue par l’AFP.

    D’a­près le der­nier rap­port du Giec publié en 2007, 20 à 30% des espèces végé­tales et ani­males étu­diées jus­qu’i­ci connaî­tront un risque d’ex­tinc­tion si l’aug­men­ta­tion de la tem­pé­ra­ture moyenne mon­diale dépasse 1,5–2,5°C.

    Le rap­port du Giec de 2007 avait alors valu à cet organe scien­ti­fique, créé en 1988 sous l’é­gide de l’O­NU, le Prix Nobel de la Paix en com­pa­gnie de l’an­cien vice-pré­sident amé­ri­cain Al Gore.

    Réponse
  5. Florence

    http://​wid​get​.edi​tis​.com/​l​a​d​e​c​o​u​v​e​r​t​e​/​9​7​8​2​7​0​7​1​7​7​1​7​9​/​#​p​a​g​e​/​1​5​/​m​o​d​e​/​1up

    « La guerre des forêts »
    Edward P. Thompson

    « Les résis­tances pay­sannes du XVIIIe siècle face aux notables comme lutte des classes sans mer­ci. L’analyse magis­trale qu’en donne le grand his­to­rien bri­tan­nique E. P. Thomp­son, inédite en France, montre la vic­toire déci­sive de la pro­prié­té indi­vi­duelle contre les soli­da­ri­tés tra­di­tion­nelles et les droits coutumiers. »

    Réponse
  6. J-Stéphane

    Les parents ont oubliés que faire un enfant c’est avant sa nais­sance, et qu’a­près ils se doivent d’en faire un adulte.

    Réponse

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