Jacques Testart : indispensable tirage au sort dans une démocratie digne de ce nom

11/06/2012 | 18 commentaires

Jacques TESTART défend vigoureusement le tirage au sort
et l’institution de CONVENTIONS DE CITOYENS.

Je connais­sais un peu Jacques Tes­tart, mais j’i­gno­rais l’am­pleur et l’im­por­tance de son tra­vail sur le tirage au sort et la (vraie) démocratie.

et j’ai été épa­té par cette éton­nante émis­sion « À voix nue », dense et pas­sion­nante :

🎬 Lec­teur vidéo d’origine (Flash, plus lisible aujourd’hui) : www​.fran​ce​cul​ture​.fr

Ecou­ter sur France Culture

Je ne sais pas ce que vous en pen­sez, mais il me semble que ce serait bien d’a­voir, là encore, le texte retrans­crit de ce court mais intense entre­tien : il est ins­pi­ré, et de nom­breux frag­ments bien inci­sifs pour­raient nous res­ser­vir dans notre acti­vi­té virale. Non ? 🙂

S’il y a un cou­ra­geux virus qui veut bien s’en occu­per, ce sera cer­tai­ne­ment utile. Le fichier mp3 de l’é­mis­sion per­met­tra de tra­vailler plus confortablement.

[Mise à jour 15 juin : Marie et Mireille ont bos­sé sur la retrans­crip­tion. Voi­ci donc la retrans­crip­tion com­plète de cette excel­lente syn­thèse de Jacques Tes­tart :

https://​old​.chouard​.org/​E​u​r​o​p​e​/​J​a​c​q​u​e​s​_​T​e​s​t​a​r​t​_​I​n​t​e​r​v​i​e​w​_​8​_​j​u​i​n​_​2​0​1​2​_​A​_​v​o​i​x​_​n​u​e​.​pdf

Ça va nous aider à copier-col­ler sur les forums des tirades bien faites et convain­cantes. Chauds mer­cis à tous les gen­tils virus, si dévoués 🙂 ]


Cette décou­verte m’a conduit à cher­cher (un peu) dans la direc­tion de Jacques Testart.

• Son site, « Sciences citoyennes​.org », semble être très riche ; il va fal­loir explo­rer ça 🙂

• On dirait qu’il y a là des preuves concrètes de la per­ti­nence et de la fai­sa­bi­li­té du tirage au sort en politique :

• Il y a aus­si ce Pro­jet de loi concer­nant les conven­tions de citoyens :
http://​scien​ces​ci​toyennes​.org/​p​r​o​j​e​t​-​d​e​-​l​o​i​-​c​o​n​c​e​r​n​a​n​t​-​l​e​s​-​c​o​n​v​e​n​t​i​o​n​s​-​d​e​-​c​i​t​o​y​e​ns/

Obser­vez bien les liens à droite… (de la page ci-des­sus) => c’est une mine ! 🙂

J’ai hâte d’ap­pro­fon­dir tout ça…


• On peut signa­ler cette vidéo, où Tes­tart parle à nou­veau du tirage au sort des Assem­blées de citoyens comme d’une évi­dente néces­si­té :
Inter­ven­tion de Jacques Tes­tart lors du 1er Conseil des ministres de l’Altergouvernement

http://​scien​ces​ci​toyennes​.org/​l​i​n​t​e​r​v​e​n​t​i​o​n​-​d​e​-​j​a​c​q​u​e​s​-​t​e​s​t​a​r​t​-​l​o​r​s​-​d​u​-​1​e​r​-​c​o​n​s​e​i​l​-​d​e​s​-​m​i​n​i​s​t​r​e​s​-​d​e​-​l​a​l​t​e​r​g​o​u​v​e​r​n​e​m​e​nt/

J’es­père que vous me signa­le­rez d’autres trou­vailles à pro­pos de ce sym­pa­thique scien­ti­fique (peut-être en signa­lant ici des cita­tions per­cu­tantes extraites des docu­ments pro­duits par lui).

Au plai­sir de vous lire.

Étienne.

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Étienne

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18 Commentaires

  1. lipki

    C’est impres­sion­nant, tout ce qu’il dit rentre par­fai­te­ment en réso­nance avec ce que je pense.

    Réponse
  2. ophi

    Que pense M. Tes­tart de vos propres tra­vaux et de votre page ?
    Quand cette idée lui est-elle venue ?

    Réponse
  3. marie

    Contri­bu­tion à hau­teur des 7 pre­mieres minutes 40 s de retrans­crip­tion que je trans­mets à Etienne.

    Réponse
  4. Guillaume

    D’a­près l’in­tro­duc­tion de l’é­mis­sion de radio, ce mon­sieur se trompe de démon, à mon sens. Bien sûr que l’on peut conti­nuer à cher­cher et inven­ter des tech­no­lo­gie à l’in­fi­ni ; le pro­blème ce n’est pas la tech­no­lo­gie c’est ce que l’on en fait. 

    L’en­ne­mi du scien­ti­fique c’est le comptable.

    Le com­merce c’est l’en­ne­mi du cher­cheur, C’est la ren­ta­bi­li­té finan­cière de la science qui pose le vrai problème.

    Réponse
  5. sitouaillain

    @ Guillaume,

    je ne dirais pas que tu as tort sur le fond, bien sûr que le pro­blème ce n’est pas la tech­no­lo­gie mais ce que l’on en fait,

    mais non Jacques Tes­tard ne se trompe pas de démon, dans le sens où tout son tra­vail poli­tique s’o­riente vers la défi­ni­tion du « on » qui fait le choix de telle ou telle utilisation.

    le but avec les conven­tions de citoyens, c’est que le « on » s’ap­proche d’un « nous », au sens de nous le peuple, nous les citoyens fai­sons le choix et l’assumons.

    Il est bien évident que sub­siste le risque que les­dits citoyens, vu les masses de pro­pa­gande qui s’a­battent sur eux en temps ordi­naire, peuvent ne pas être en mesure de s’af­fran­chir des cadres d’exi­gences du capi­ta­lisme, c’est à dire qu’ils exa­minent les choix au regard de pers­pec­tives et d’op­por­tu­ni­tés pour la dyna­mique du capi­ta­lisme, parce qu’ils assi­mi­le­raient cette dyna­mique au pro­grès du « bien vivre ».

    Il n’empêche que cette méthode res­te­rait tout aus­si per­ti­nente même en cas de décon­nexion totale du tra­vail scien­ti­fique comme de ses appli­ca­tions tech­no­lo­giques d’a­vec les exi­gences de ren­ta­bi­li­té capitalistique,

    il serait illu­soire de croire que la science et ses appli­ca­tions devien­draient inof­fen­sives au pré­texte qu’elles ne four­ni­raient plus l’oc­ca­sion de pro­fits maté­riels à courts termes pour quelques uns.

    D’a­bord parce que nous pour­rions très bien faire les même dégâts en répar­tis­sant plus équi­ta­ble­ment les pro­fits et les produits,

    mais aus­si et sur­tout parce que les rétri­bu­tions sym­bo­liques de telle ou telle inven­tion ou telle ou telle uti­li­sa­tion de la tech­no­lo­gie ne seront jamais effaçables.

    En la matière l’hu­bris, le dan­ger d’au­to­des­truc­tion de l’hu­ma­ni­té, ne concerne pas uni­que­ment les indi­vi­dua­li­tés des scien­ti­fiques (le mythe du pro­fes­seur fou) ou quelques diri­geants assoif­fés de pouvoir,

    c’est tout un peuple qui peut se rendre res­pon­sable du pire, aveu­glé par l’i­déo­lo­gie du pro­grès, tous se glo­ri­fiant d’ap­par­te­nir à la nation pion­nière, gri­sés par des pro­grès maté­riels ful­gu­rants au sujet des­quels on s’in­ter­di­rait de pen­ser les ter­ribles conséquences.

    Quelles que soient les struc­tures du pou­voir, je trouve au contraire très sain que des citoyens se forment, prennent le temps de peser les choix éthiques, de manière dépassionnée.

    Il faut tout de même se rap­pe­ler que l’ac­ci­dent de Tcher­no­byl n’a­vait rien à voir avec la cupi­di­té capi­ta­liste, et savoir recon­naître que l’or­gueil est le prin­ci­pal pêché en matière de sti­mu­la­tion d’une science périlleuse (à ce sujet les mythes d’a­ver­tis­se­ment ne manquent pas, d’i­care en pas­sant par la tour de babel).

    ce qui est fina­le­ment le plus gênant c’est l’abs­ten­tion de conscience de 70% des gens…en effet, Tes­tard rap­pelle que sur 100 tirés au sort, seuls 30 acceptent le défi et l’honneur…à mon avis on aurait la pro­por­tion inverse si on tirait au sort les sélec­tion­neurs de l’é­quipe de France de football…ça c’est grave 😉

    Réponse
  6. Ana Sailland

    Cette inter­ven­tion de Jacques Tes­tart me réjouit tant elle est riche et mul­tiple et « colle » à mes points de vue.

    Réponse à quelques commentaires :
    Oui, obser­ver qui ou quoi décide de l’u­ti­li­sa­tion de la science et de la tech­nique, et de leur finan­ce­ment (condi­tion­né), c’est impor­tant, mais voi­ci pen­sée simple :

    L’es­pèce humaine évo­lue, bio­lo­gi­que­ment peut être, mais aus­si en construi­sant sa mémoire, sa connais­sance, sa science et ses arts, sa conscience.

    La conscience est en retard sur le reste.
    C’est ça le problème.
    Il est poli­tique mais n’est pas que politique.

    D’un point de vue prag­ma­tique, mon inter­ven­tion est faible face à l’as­sem­blée natio­nale, j’en conviens hihi

    Réponse
  7. Ana Sailland

    @sitouaillain

    « ce qui est fina­le­ment le plus gênant c’est l’abs­ten­tion de conscience de 70% des gens…en effet, Tes­tard rap­pelle que sur 100 tirés au sort, seuls 30 acceptent le défi et l’honneur… » »>

    Les gens pour la plu­part , du fait de nos règles, de nos lois et de nos usages, ne sont pas habi­tués à la liber­té réelle de pen­ser neuf ni à l’im­mense joie qu’il peut y avoir à se sen­tir soi-même neuf au contact de la pen­sée d’au­trui ; et n’ont jamais eu le plai­sir de goû­ter à la richesse d’un véri­table échange fou­leux sans enti­té domi­nante ni régu­la­tion cas­tra­trice. Nul doute que plus l’ex­pé­rience se mul­ti­plie­ra, moins grand sera le pour­cen­tage des refus.

    Deux siècles de fausse démo­cra­tie ont mis en place ce dés­in­té­rêt, que l’on aurait bien tort de consi­dé­rer comme défi­ni­tif. Même si le 100% pas­sion est peut être utopique.

    La nation ne naît pas démo­crate, elle le devient, par approxi­ma­tions successives, 
    en ses struc­tures, mais aus­si en sa pensée.

    Réponse
  8. Étienne

    Mille chaud mer­cis à Marie, qui a retrans­crit les larges extraits que voici : 

    À voix nue : Jacques Tes­tard (8 juin 2012)

    L’engagement, ou quand la science doit deve­nir citoyenne

    JT, sans renier vos tra­vaux et les avan­cées qui ont per­mis la nais­sance d’amandine, pre­mier bébé éprou­vette fran­cais, vous êtes aujourd’hui un bio­lo­giste reve­nu de la science et sur­tout deve­nu très cri­tique vis-à-vis d’un scien­tisme aveugle. Vous êtes l’inventeur d’un concept de science citoyenne pour oppo­ser un refus aux tech­no sciences qui uti­lisent la pla­nète comme un labo­ra­toire, sans maî­trise même théo­rique des consé­quences par­fois irré­ver­sibles sans en infor­mer les popu­la­tions concer­nées ni même prendre la peine de les consul­ter. Vous êtes en colère contre les com­mis­sions d’experts et les déci­deurs poli­tiques qui bâillonnent la démo­cra­tie au nom du pro­grès, qui ont inven­té un débat public comme solu­tion anes­thé­siante, dites vous. Com­ment des inté­rêts mino­ri­taires et une idéo­lo­gie sim­pliste peuvent impo­ser à l’humanité une façon de vivre. Il y a selon vous un besoin de croire, plu­tôt qu’une volon­té de savoir avec cette foi aveugle dans le pro­grès scien­ti­fique . Bien avant Fuku­shi­ma, en 2006, dans le « vélo, le mur et le citoyen » , vous expli­quiez com­ment la catas­trophe est pro­mise par le déve­lop­pe­ment, com­ment la catas­trophe est ins­crite dans la tech­no­lo­gie elle même. « Nous croyons à la science, même quand elle est incer­taine, nous ne croyons pas à la catas­trophe, même quand elle est pro­bable, même quand elle est advenue. » 

    JT : oui, alors, je ne suis pas l’inventeur de ce concept là, c’est Jean Pierre Dupuis, un phi­lo­sophe, que fina­le­ment les gens savent que la catas­trophe, c’est même plus la peine de leur dire, on va vers la catas­trophe, ce qui est ter­rible, c’est qu’ils ne croient pas. Ils le savent, mais ils veulent pas y croire. Alors, pour­quoi, bon, là, ça ferait appel plus, il fau­drait deman­der peut-être à des psy­cha­na­lystes de tra­vailler sur le thème, mais les gens ne veulent pas aller jusqu’au bout de leurs rai­son­ne­ments qui les amè­ne­raient à chan­ger leur atti­tude. On le voit, par exemple, avec des concepts comme la crois­sance, qui, uti­li­sés pen­dant la cam­pagne élec­to­rale… presque tous les can­di­dats parlent de crois­sance comme étant la chose indis­pen­sable pour réa­li­ser leur objec­tif. Or en même temps les éco­no­mistes, qui eux aus­si reven­diquent tou­jours la crois­sance, savent que la crois­sance, elle est mal par­tie, et la plu­part des éco­no­mistes qui réflé­chissent un peu, qui sont pas inféo­dés à l’industrie, disent même que c’est fini, que la crois­sance , ça y est, on a man­gé notre bon pain, et on est pas­sé à autre chose. Alors, qu’est ce que cela veut dire de fabri­quer un pro­gramme qui est basé sur la crois­sance , pour nous annon­cer dans un an , dans deux ans, ah ben oui, j’ai pas pu le faire parce que la crois­sance n’était pas au RDV. On peut leur dire déjà, elle sera pas au RDV, donc chan­ger votre pro­gramme, et ca c’est assez dra­ma­tique. Donc, c’est pour dire, ca aus­si, c’est une forme de catas­trophe, de voir, ça peut être trai­té autre­ment qu’en catas­trophe. Mais si on veut lais­ser les gens dans l’idée qu’ils vont aug­men­ter sans arrêt le nb de bagnoles, de télé­vi­seurs, de nb de km qu’ils font sur la route, de choses, bon, c’est faux, c’est faux. Et là, on va à la catas­trophe éco­lo­gique évi­de­ment. Puisque tout cela pol­lue, tout ça, bon … 

    Lydia B : Vous faites une cor­ré­la­tion jus­te­ment entre le niveau de cré­du­li­té et le niveau de vie des gens ? 

    JT : Euh non, je ne crois pas, non non, je crois qu’il y a un niveau de cré­du­li­té qui est répan­due dans toutes les couches de la popu­la­tion. Sim­ple­ment, les riches se disent tou­jours qu’ils vont pou­voir s’en sor­tir. On pour­rait se deman­der pour­quoi les hommes poli­tiques, les diri­geants en géné­ral, ferment les yeux alors que ce sont eux qui reçoivent les rap­ports, qui sont le mieux aver­tis, et qui voient bien que l’on va vers des catas­trophes. Bon, j’imagine que d’une part, il y a cette cré­du­li­té encore, ils le voient mais ils n’y croient pas, et puis y a peut être qui se disent qu’ils auraient les moyens, eux, de res­ter au des­sus de la mer quand elle va mon­ter, euh, ils auraient les moyens de s’en tirer un peu avec leurs familles. Il doit y avoir cette idée, qui est une idée com­plè­te­ment folle, parce que les chan­ge­ments éco­lo­giques, tout le monde va les sup­por­ter bien évi­de­ment. Donc, c’est assez fou de voir que l’on est dans une époque qui est pas rai­son­nable du tout de ce point de vue. On est capable de décrire des choses qui sont iné­luc­tables , qui sont irré­ver­sibles, car la mon­tée des tem­pé­ra­tures , même si on arrê­tait de lâcher du co2 dans l’atmosphère, main­te­nant c’est par­ti pour au moins 3 °, c’est sur. C’est consi­dé­rable, c’est un chan­ge­ment de pla­nète. On le sait, ça, et pour­tant on fait comme si, ça n’était pas impor­tant. Et ça, c’est frap­pant, parce que c’est pas des échéances sur des mil­lé­naires, c’est des choses qui vont arri­ver dans les dizaines d’années qui viennent. Quand on a des enfants, par exemple, et bien ces enfants vont vivre ça. On devrait se sen­tir res­pon­sable de ce qui va arri­ver. Et bien c’est drôle mais la prio­ri­té, c’est autre chose. C’est de savoir ce qu’on va bouf­fer, où on va en vacances, quel film on va voir, et les gens sont pas aus­si inquiets que ça, parce que c’est pas tout de suite, ça se voit pas encore. Donc, ça, ça fait par­tie des choses qu’il faut quand même com­battre, il faut inquiéter 

    Moi je suis déso­lé, on me dit que je suis pes­si­miste, mais heu­reu­se­ment qu’il y a des gens qui répandent des idées noires parce que l’avenir n’est pas rose. Et ceux qui répandent des idées roses, peut être qu’un jour, on pour­ra les juger comme cri­mi­nels, parce qu’en même temps, ils main­tiennent temps que tout arrive, que le pire arrive. Donc, voi­la, je crois que les déve­lop­pe­ments scien­ti­fiques ont com­plè­te­ment , euh d’abord c’est le moteur depuis déjà un cer­tain temps, c’est le moteur de ce qui va nous arri­ver plus tard. C’est-à-dire que si l’on va vers des catas­trophes éco­lo­giques, c’est parce que d’abord l’on a fait des déve­lop­pe­ments tech­no­lo­giques, évi­de­ment. Si on n’avait pas inven­té la machine à vapeur, et toute sorte… et puis le moteur à explo­sion et toute sorte de choses, et puis les OGM, etc, on n’en serait pas à des crises éco­lo­giques majeures, avec dis­pa­ri­tion de la bio­di­ver­si­té, aug­men­ta­tion de tem­pé­ra­ture, des risques énormes pour l’ensemble des humains, et sur­tout pour ceux qui habitent dans des îles, et ben, y a des gens en plus au pre­mier rang. Donc, tout cela ce sont des consé­quences des déve­lop­pe­ments tech­no scien­ti­fiques. Et on fait comme si on pou­vait conti­nuer pareil, et même pire, il faut accé­lé­rer le déve­lop­pe­ment, voir Claude Allègre, accé­lé­rer le déve­lop­pe­ment tech­no scien­ti­fique, jus­te­ment pour répa­rer les erreurs qui ont pu être faites éven­tuel­le­ment. Alors, ça, c’est un rai­son­ne­ment de gamin. C’est scan­da­leux, et il me semble que cela devrait méri­ter une cour de jus­tice. Il fau­drait mettre ces débats au niveau mon­dial, sur la place publique, que ça reste pas bon, euh sim­ple­ment, une convic­tion. C’est plus qu’une convic­tion. Les catas­trophes arrivent. Tous les gens sérieux ; enfin, le GIEC, c’est pas des rigo­los, c’est des mil­liers de cher­cheurs, et chaque année, ce qui est frap­pant, ils font pas un rap­port chaque année, mais ils font des petits rap­ports inter­mé­diaires, et chaque fois qu’ils font un rap­port, on s’aperçoit que l’hypothèse haute qu’ils avaient pré­vu dans la gra­vi­té, ( la tem­pé­ra­ture va mon­ter de tant de degrés), devient l’hypothèse basse dans le rap­port sui­vant. Ça, ça devrait aler­ter quand même. C’est pas des gens pes­si­mistes, mais c’est des gens réa­listes et ils voient les choses, ils nous le disent , mais il se passe rien.

    (7min 40)

    Reprise à 11 min 36

    Com­ment un simple citoyen qui n’aurait pas été volon­taire au départ mais tiré au sort pour­rait s’intéresser aux risques des nano­tech­no­lo­gies, et après être assez poin­tu pour don­ner un avis qui serait plus per­ti­nent qu’un poli­tique plus inté­res­sé par l’argent ou à la mer­ci des lob­bies ?

    JT : La des­sus, on peut répondre très clai­re­ment car je vous ai dit que des cen­taines de ces pro­cé­dures qui ont été faites dans le monde avec bcp de défaut dans l’organisation, mais mal­gré tout, la réponse una­nime étu­diée par des socio­logues spé­cia­li­sés dans la démo­cra­tie des sciences. La remarque de tous les gens qui ont étu­dié cela : ils sont fas­ci­nés par les capa­ci­tés des gens ordi­naires de se prendre en charge, à apprendre des choses et à émettre des avis per­ti­nents. Il ne s’agit pas de savoir com­ment on va faire une mix­ture dans un labo­ra­toire ou autre, il s’agit de poser des ques­tions clés ; est ce que l’on a vrai­ment besoin de cela, quelles peuvent être les consé­quences. Et il faut que la for­ma­tion soit effec­ti­ve­ment assez longue parce qu’aujourd’hui, il y a des entre­prises qui vendent des confé­rences de citoyens clés en main où dans la jour­née, on bâcle le truc, on fait la for­ma­tion, … ça s’est pour gagner des sous sur la démo­cra­tie,.. c’est mettre la démo­cra­tie dans le com­merce ! Et c’est assez dra­ma­tique, on se bat contre cela. 

    Une confé­rence de citoyens, cela demande 9 mois pour être orga­ni­sée sérieu­se­ment entre le moment où on va for­mer un groupe et le moment où on va recueillir l’avis. Donc, c’est très long, et ça coûte un peu d’argent, ça demande une mobi­li­sa­tion de pas mal de monde. Mais quand vous dites com­ment les gens peuvent apprendre cela, ben oui, les gens peuvent apprendre. 

    D’abord, il faut qu’ils soient volon­taires. Ils peuvent pas être volon­taires à prio­ri, et c’est une des erreurs de cer­taines confé­rences de citoyens qui ont eu lieu en Suisse, ou même au Dane­mark, où on a recru­té des volon­taires par voie de presse. On ima­gine aus­si bien que des mili­tants asso­cia­tifs, que des repré­sen­tants indus­triels vont se dégui­ser en citoyen lamb­da pour inter­ve­nir dans ce groupe. Donc, il faut pas faire comme cela. Il faut d’abord tirer les gens, puis ensuite leur deman­der s’ils veulent bien venir. S’ils veulent pas venir, il faut les lais­ser parce que c’est pas comme les jurys d’assise, c’est bcp plus lourd, et on peut pas obli­ger qqun à mener cette tâche-là, non rému­né­rée, comme cela. Donc, il faut que les gens se sentent res­pon­sables. Et dans l’expérience que j’ai eu avec ça, c’est à peu près 1⁄3 des gens qui ont été tirés au sort qui acceptent la tâche qu’on leur pro­pose. Et on leur explique, voi­là, vous avez tirés au sort pour ça, est ce que vous êtes prêts à pas­ser 3 we à tra­vailler avec d’autres citoyens pour émettre un avis qui sera trans­mis à l’assemblée natio­nale. Et il y en a 60 sur 200 qui disent oui. Et ensuite, il faut éla­bo­rer le pro­gramme. Et c’est là, que nous, sciences citoyennes, on a avan­cé pas mal, c’est que il suf­fit pas de dire, il suf­fit que l’on ait un pro­gramme qui soit objec­tif qui fait tout, nous on croit pas que la science elle est objec­tive. On croit pas que la science elle est neutre. On croit qu’elle inter­vient à un cer­tain moment de l’histoire et qu’elle défend des inté­rêts, qu’elle a des voies d’approches. Tout ça n’est pas neutre, tout ça est intri­qué dans le social. Donc, la seule façon d’arriver à une cer­taine objec­ti­vi­té, c’est d’exprimer tous les points de vue. Et comme ces conven­tions de citoyens inter­viennent à l’occasion de contro­verses sociales (c’est pas des sujets que l’on sort du cha­peau comme cela, c’est parce qu’il y a déjà une contro­verse), on a pu iden­ti­fier des indi­vi­dus por­teurs de points de vue, por­teurs de solu­tions par­fois, qu’on va mettre ensemble dans un comi­té de pilo­tage. Et ils sont pas d’accord entre eux, mais ils ont déjà réflé­chis à la ques­tion. Et leur seule tâche, ce sera d’élaborer le pro­gramme. Ils vont jamais ren­con­trer les citoyens. Ils vont fabri­quer un pro­gramme, qu’on va don­ner ensuite aux citoyens. Et ce pro­gramme, ça veut dire : à la fois la for­ma­tion tenue à l’abri de toute pres­sion et pen­dant des temps qui sont chro­no­mé­trés, où chaque fois va inter­ve­nir une per­sonne qui est dési­gnée par le comi­té de pilo­tage au consen­sus. Y a un bou­lot à faire, c’est de s’arranger pour qu’il y ait autant d’hommes que de femmes, repré­sen­ta­tion des caté­go­ries socio­pro­fes­sion­nelles, les classes d’âge, les lieux d’habitation, bon, toutes sortes de choses. Et avec 15 per­sonnes, on arrive à avoir une grande diver­si­té, la plus grande diver­si­té pos­sible. Donc, c’est pas une repré­sen­ta­tion sta­tis­tique, c’est pas cela qui est recher­ché, mais c’est un groupe qui peut tra­vailler. Les socio­logues pensent qu’une quin­zaine, c’est un bon effec­tif pour faire un tra­vail de groupe, et qu’il y aura comme seul inter­lo­cu­teur, un ani­ma­teur, un psy­cho­so­cio­logue, qui va être là. C’est tout. Et autre­ment, ils ver­ront défi­ler les experts qu’on leur pro­pose, ils les inter­ro­ge­ront. Et après 2 we de for­ma­tions, ils seront assez com­pé­tents pour choi­sir eux-mêmes les gens qu’ils veulent inter­ro­ger lors d’un 3° we (le der­nier). En disant : « voi­là, vous ne nous avez pas pré­sen­tés pour par­ler du nucléaire, ben voi­là, on vou­drait un his­to­rien des sciences, on vou­drait un psy­cha­na­lyste », … Les gens ont des idées comme cela. Et les gens demandent qu’on leur ramène cette per­sonne, et ils l’ont. Et, ils inter­rogent cette per­sonne. Mais ils inter­rogent aus­si des scien­ti­fiques purs et durs, qu’on leur avait pas rame­nés, et qui se trouvent sou­vent très mal en point devant des citoyens deve­nus assez com­pé­tents pour poser des ques­tions gênantes, et qu’on ne peut pas rabrouer. Ça , c’est assez remar­quable. Et il faut l’avoir vu, com­ment les citoyens prennent confiance en eux, et sont capables de contre­dire un expert sur son domaine d’expertise, en disant : mais un tel a mon­tré dans tel jour­nal, que ce que vous dites n’est pas … et, cela est assez désta­bi­li­sant pour l’expert, et, fran­che­ment, ça fait du bien, quand on est cri­tique de science. 

    Et fina­le­ment, ces citoyens se retirent en même temps pour écrire leur avis, leur avis, qu’ils vont écrire tout seuls, qu’ils vont décom­po­ser en plu­sieurs points sur ce sujet là, et ils vont voter. Sur chaque point, ils vont voter. C’est très impor­tant. Cela parait ridi­cule. On dit, mais per­sonnes, ils vont voter, mais si. S’il y a una­ni­mi­té sur un point, pour un diri­geant poli­tique, cela fait sens. Voi­là des indi­vi­dus, qui n’ont pas d’intérêts par­ti­cu­liers, qui ont tra­vaillé, qui ont reçu toute l’information, bien plus que moi, élu, (car les élus, fina­le­ment, sont com­plè­te­ment incom­pé­tents ; donc, étant incom­pé­tents, ils font appel aux experts, c’est-à-dire, direc­te­ment ou pas, aux lob­bies). Donc, les citoyens leur don­ne­raient un éclai­rage, qui est celui de la posi­tion du bon sens, d’une popu­la­tion aver­tie, voi­là, qui a for­mu­lé un avis.

    Quand il y a 50/50 sur tel point, là, ils pour­raient se dire que là, ils sont libres de pro­po­ser ça ou ça, et puis, il y aurait un débat public à l’assemblée natio­nale, où chaque fois sur chaque point où les dépu­tés seraient pas d’accord, ils devraient jus­ti­fier leur point de vue, per­son­nel­le­ment, et ain­si deve­nir res­pon­sables, devant l’avenir, des déci­sions qu’ils vont enga­ger (ce qui n’est pas le cas aujourd’hui). Aujourd’hui, ils vous diront que les experts leur avaient dit que les OGM, c’étaient pas dan­ge­reux, etc. Bon, là, les citoyens nous ont dit quelque chose, et, ça pour­rait être beau­coup plus com­pro­met­tant pour eux.

    Nous pen­sons, à science citoyenne, que cette forme de pro­cé­dure, est assez extra­or­di­naire, qu’elle a un poten­tiel très grand pour l’avenir des tech­no­lo­gies, la démo­cra­tie, qu’elle pour­rait éven­tuel­le­ment s’établir, s’élargir ensuite peut être à d’autres domaines car­ré­ment poli­tiques, c’est-à-dire une vraie par­ti­ci­pa­tion des citoyens avec contri­bu­tion à la déci­sion, et pas seule­ment lever la main pour deman­der à l’expert qu’il réponde à la ques­tion, mais contri­buer à la prise de déci­sion des élus, et y contri­buer effec­ti­ve­ment, et enga­ger les élus (donc, cela pour­rait être dans des domaines poli­tiques, tout aus­si bien).

    Et puis, qu’étant don­né les pb qu’on évoque, les catas­trophes vers les­quelles on va, c’est des pb mon­diaux, et bien , c’est des pb qui devraient se régu­ler un jour par l’ONU, moi, c’est l’idée que j’en ai. C’est pas au niveau fran­çais, qu’on va faire la régu­la­tion des OGM ou du nucléaire. On met en péril les voi­sins, quand on fait une chose pareille. Donc, c’est au niveau de la popu­la­tion mon­diale, de la popu­la­tion de la terre des humains qu’il faut régler ces pro­blème-là.

    Et quand on me dit, oui, enfin, quand même, régler avec 15 per­sonnes, il pour­rait y avoir eu… Il pour­rait ; rien n’est infaillible ; il pour­rait y avoir un biais. Mais moi, ce que je pro­pose, c’est qu’on en fasse plu­sieurs simul­ta­né­ment sur le même sujet à plu­sieurs endroits, et qu’on com­pare les résul­tats. Et si vous avez fait 4 confé­rences de citoyens par exemple sur « faut-il conti­nuer l’industrie nucléaire ou déve­lop­per les éner­gies renou­ve­lables » , et que vous obte­nez une réponse qui est la même dans toutes ces conven­tions de citoyens, et bien, cela prend un sens. Cela prend un sens, on pour­rait dire scien­ti­fique, comme quand on fait une expé­rience avec un lot de sou­ris, et après, on en fait une autre. Si on trouve le même résul­tat, c’est qu’on s’était pas trompé. 

    Je crois, que là, y a une façon tout à fait ori­gi­nale de voir la démo­cra­tie, impli­quer les gens, et en plus (parce qu’on me dit des fois, là ce qui est embê­tant, c’est que là, tu tiens toute la socié­té en dehors, puisque y a 15 per­sonnes qui sont élues, qu’on change évi­de­ment à chaque fois pour chaque sujet, donc ils font pas ça comme le font nos par­le­men­taires, avec des salaires impor­tants, avec des avan­tages, et toute la vie, … on change à chaque fois, et ils retournent à leur boulot). 

    En fait, on s’est créé au départ pour dénon­cer les lan­ceurs d’alertes, qui sont des gens, sou­vent des scien­ti­fiques, parce qu’ils sont à l’avant poste du pro­grès, donc, ils voient les choses avant les autres, mais cela peut être aus­si des ména­gères, n’importe qui, qui par hasard, s’aperçoit d’une acti­vi­té qui pré­sente un risque pour la san­té ou pour l’environnement, et qui le fait savoir publi­que­ment, et qui à ce moment là, s’expose aux pires sou­cis.

    Lydi B : Comme les fau­cheurs volon­taires par exemple

    JT : oui, les fau­cheurs volon­taires sont des lan­ceurs d’alertes, mais y a des cas, beau­coup moins spec­ta­cu­laires, comme cette mère de famille à Vin­cennes, qui a réa­li­sé, que l’école, où il y avait ses enfants et puis les autres, était construire sur une ancienne usine Kodac, et qui avait des rési­dus de pro­duits toxiques dans le sol, et qu’il y avait une quan­ti­té de can­cers chez ces enfants qui était abso­lu­ment anor­male, qui a lan­cé l’alerte, et a eu les pires sou­cis avec le maire, avec tout le monde, … mais ça n’empêche, qui a fait avan­cer les choses ……………….

    (fin à 21 min 23)

    Mer­ci aus­si à la pluie (qui a gen­ti­ment conduit Marie à éta­blir pour nous ce tapuscrit) 🙂

    Étienne.

    Réponse
  9. yvon

    Col­lec­tif d’ artistes
    « 100 jours – 100 nuits »

    Pour 100 docu­men­taires qui parlent de poli­tique au quotidien…
    100 nuits, pour toutes les autres formes de créations.
    Pour contre­car­rer les mises en scène des médias de la domination.

    Parmi ces 100 documentaires nous vous proposons d' en regarder un dans son intégralité.

    Ce film a été réa­li­sé par une docu­men­ta­riste qui vit sur le Pla­teau de Mil­le­vaches, mais ce n’ est pas là son seul intérêt :

    « +94 »
    29.04.2012

    Retrans­crip­tion de la « Voix off » de la bande son du film ( par le groupe G.R.O.I.X.) :

    «  Je n’ ai reçu aucune édu­ca­tion poli­tique. Mes parents ne s’ y inté­res­saient pas du tout… ou ne savaient pas répondre à mes questions.

    Heu­reu­se­ment, j’ ai gran­di avec deux grands-mères. L’ une pay­sanne, de droite ( même si elle n’ a jamais vou­lu m’ avouer pour qui elle votait, parce que ça ne se dit pas…). L’ autre, de gauche, mili­tante à la CGT 46 et qui n’ a jamais renié ses idées, en 81, elle a voté Mit­té­rand, et l’ autre sûre­ment Giscard…

    C’é­tait comme-ça ! Je voyais bien qu’ elles étaient dif­fé­rentes, qu’ elles ne pen­saient pas la même chose… que leurs visions du monde étaient aux anti­podes l’ une de l’ autre.

    Vers onze/douze ans, j’ ai com­men­cé sérieu­se­ment à me poser des ques­tions. J’ ai har­ce­lé les grands avec une seule ques­tion : – C’ est quoi « la gauche », c’ est quoi « la droite », explique-moi la poli­tique ?… Per­sonne ne m’ a jamais vrai­ment répon­du. Seul, mon oncle, syn­di­ca­liste, m’ a dit un jour en voi­ture en me mon­trant un belle et grande mai­son : – Ben tu vois, c’est simple : y’ a le bour­geois, et nous… les autres ! En rajou­tant, que c’ était vrai­ment com­pli­qué la politique !…

    Alors après, j’ ai fait mon che­min toute seule. Heu­reu­se­ment, j’ ai ren­con­tré des amis au lycée qui m’ ont com­plé­té mon édu­ca­tion. Sur­tout des filles… des filles de profs pour la plu­part. C’ est elles qui m’ont convain­cu par exemple, à 16 ans, que « non », l’ avor­te­ment n’ était pas un crime. Et puis, j’ ai croi­sé plein de mondes dif­fé­rents… Au final, je crois que j’ ai pas mal héri­té de ma grand-mère de gauche.

    (2)

    Aujourd’ hui, c’ était le pre­mier tour des élec­tions pré­si­den­tielles… Une voyante m’ a un jour dit que, dans une autre vie, j’ avais été « suf­fra­gette » (petit Robert : anglaises qui, en 1906, récla­maient le droit de voter – pré­ci­sé par G.R.O.I.X.). J’ y pense tou­jours quand j’ ai du mal a être moti­vée d’ aller voter. Aujourd’ hui je n’ ai pas pu y aller. Je crois qu’ c’ est la pre­mière fois que c’ est un choix vrai­ment déli­bé­ré de ma part, depuis le der­nier réfé­ren­dum en 2005 et que le Trai­té Consti­tu­tion­nel Euro­péen a été rati­fié, alors que nous avions reje­té ce texte… Je ne trouve plus aucun sens à voter. Pour moi, il n’ y a pas là, d’ espace poli­tique. En plus, on nous fait bien sen­tir que tout çà, c’ est une affaire d’ experts, de gens très com­pé­tents et qu’ on ne pour­rait confier le des­tin de l’ Europe et du Monde aux aléas, comme-ça, du suf­frage universel…

    Moi, j’ ai sou­vent du mal à argu­men­ter et je sais pas manier les idées, on ne m’ a jamais appris.
    Alors je lis, j’ écoute…

    Dans une inter­view, Jacques Ran­cière a expli­qué, cette semaine, pour­quoi lui aus­si n’ irait pas voter dimanche. Il disait qu’ la vraie démo­cra­tie, elle est fon­dée jus­te­ment sur l’ idée qu’ on a tous les mêmes com­pé­tences et que nous devrions pra­ti­quer « le tirage au sort » !… Comme à Athènes !… Afin d’ empê­cher, jus­te­ment, l’ acca­pa­re­ment du pou­voir, par ceux qui le dési­rent… Il disait aus­si que l’ acte poli­tique fon­da­men­tal, c’ est la mani­fes­ta­tion du pou­voir de ceux qui n’ ont aucun titre à exer­cer le pou­voir… Il don­nait l’ exemple des « indi­gnés », de l’ « occu­pa­tion de Wall Street », du « prin­temps arabe… Bien sûr, ces mou­ve­ments n’ ont pas été jus­qu’ à don­ner cette auto­no­mie popu­laire des formes poli­tiques capables de durer… Des formes de vie, d’ orga­ni­sa­tion et de pen­sée en rup­ture avec l’ ordre domi­nant… Il disait aus­si qu’ retrou­ver confiance en une telle capa­ci­té, c’ était une oeuvre de longue halène… Il ter­mi­nait en disant qu’ il n’ était pas de ceux pour qui les élec­tions ne sont qu’ un simu­lacre et qu’ il ne faut jamais voter.. J’ suis d’ accord avec lui : il y a des cir­cons­tances où ça a un sens pour moi… par exemple, l’ élec­tion locale. Mais pour lui, l’ élec­tion pré­si­den­tielle, c’est la forme extrême de la confis­ca­tion du pou­voir du peuple en son propre nom.

    C’ est vrai. Pour moi, le pou­voir du peuple n’ a jamais été autant confis­qué… Même des­cendre dans la rue aujourd’ hui, c’ est deve­nu une mascarade.

    Aujourd’ hui, j’ ai un fils, et je me demande chaque jour ce que je lui trans­mets et si moi, je sau­rais lui expli­quer la poli­tique, quand ses ques­tions arriveront ?…

    Mais j’ hési­te­rais pas à lui dire que ce sys­tème ne me convient pas ! Que j’ attends autre chose : une autre manière de vivre ensemble… de prendre des déci­sions… de faire des choix communs…
    Que je suis pas fon­da­men­ta­le­ment contre le vote, mais contre la délé­ga­tion du pouvoir.

    Mon amou­reux pense que nous sommes dans une sale période. Il aime bien citer cette phrase de Flau­bert : « Nous sommes venus, nous autres, trop tôt ou trop tard. Nous aurons fait ce qu’ il y a de plus dif­fi­cile et de moins glo­rieux : la transition. »

    Moi j’ aime à pen­ser que nous en ver­rons la fin. Mais j’ ima­gine une socié­té avec un pou­voir dis­tri­bué, hori­zon­tal, déte­nu par per­sonne en par­ti­cu­lier. J’ essaie de l’ expé­ri­men­ter tous les jours, là où je vis ! Mais je sais que ça ne se fera pas par les urnes… » 
    « + 94 » 29.04.2012, Film de : Lae­ti­tia Car­ton . – http://​www​.100​jours​.org

    Ou sur « Télé Mil­le­vaches » : http://​www​.tele​mil​le​vaches​.net/​?​p​a​g​e​_​i​d​=10

    Réponse
  10. Yvan

    Mer­ci pour cette décou­verte Etienne.
    Voi­là encore une masse de docu­ments inté­res­sant à éplucher.
    J’al­lais dire « génial »… mais on com­mence à avoir un gros pro­blème : le temps libre 🙂
    Salo­pe­rie de capi­ta­lisme qui ne nous laisse même pas le temps de nous ins­truire, et de réflé­chir ensemble !

    Quant à la science, sans contrôle de la popu­la­tion sur les orien­ta­tions, les déci­sions et les finan­ce­ments, sans le contrôle de l’in­té­rêt géné­ral donc, on ne peut pas espé­rer avoir une science res­pon­sable (qui prenne en compte notre envi­ron­ne­ment). Tant que c’est la ren­ta­bi­li­té qui décide, on ges­ti­cule dans le vide.
    Mais comme en poli­tique (et tant d’autres domaines), si la popu­la­tion n’a pas assez de temps libre pour s’ap­pro­prier le débat, elle ne pour­ra pas faire de choix en bonne conscience. Encore une fois, tant que le capi­ta­lisme nous gou­verne, on ne chan­ge­ra rien ! (et bien enten­du, il ne suf­fit pas de chan­ger de modèle éco­no­mique, il est tout aus­si essen­tiel, dans le même temps, d’ins­tau­rer un contrôle citoyen à tous les niveaux, et dans tous les domaines).

    En tous cas, je vais moi aus­si me pen­cher sur ce site (http://​jacques​.tes​tart​.free​.fr/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​?​c​a​t​e​g​o​r​y​/​d​e​m​o​c​r​a​tie) car ça semble en effet être une vraie mine d’or. Mais le PlanC est déjà tel­le­ment dense, c’est pas facile de tout ingur­gi­ter ici et là 🙂

    Je note qu’au delà de la démo­cra­tie, Jacques Tes­tart est très atta­ché à la décrois­sance (bien mise en avant sur son site). C’est une très bonne chose, car le mot « crois­sance » est à ban­nir de la notion de « déve­lop­pe­ment » et de « pro­grès ». Inutile de se battre pour une vraie démo­cra­tie sans se battre contre le capi­ta­lisme, puis­qu’on aura que très peu de chances de pou­voir en pro­fi­ter (sans éco­sys­tème pour sur­vivre, la démo­cra­tie n’i­ra pas loin).

    Réponse
  11. Étienne

    Mireille a fait aus­si, de son côté, sa propre retrans­crip­tion com­plète :

    http://​etienne​.chouard​.free​.fr/​E​u​r​o​p​e​/​J​a​c​q​u​e​s​_​T​e​s​t​a​r​t​_​I​n​t​e​r​v​i​e​w​_​8​_​j​u​i​n​_​2​0​1​2​_​A​_​v​o​i​x​_​n​u​e​.​pdf

    Ça va nous aider à copier-col­ler sur les forums des tirades bien faites et convain­cantes. Chauds mer­cis à tous les gen­tils virus, si dévoués 🙂

    Étienne.

    À voix nue par San­drine Treiner
    du lun­di au ven­dre­di de 20h à 20h30
    Par Lydia Ben Ytz­hak. Avec la col­la­bo­ra­tion de Claire Poin­si­gnon. Réa­li­sa­tion : Manou­shak Fasha­hi et Gilles Davi­das. Prise de son : Laurent Lucas.

    Ce soir encore, 8 juin 2012, Lydia Ben Ytz­hak ren­contre Jacques Testart.

    Tout de suite, L’en­ga­ge­ment ou quand la science doit deve­nir citoyenne.

    Lydia Ben Ytz­hak : Jacques Tes­tart, sans renier vos tra­vaux et les avan­cées qui ont per­mis la nais­sance d’Amandine, pre­mier bébé éprou­vette fran­çais, vous êtes aujourd’­hui un bio­lo­giste reve­nu de la science et sur­tout deve­nu très cri­tique vis-à-vis d’un scien­tisme aveugle.

    Vous êtes l’in­ven­teur d’un concept de « Science Citoyenne » pour oppo­ser un refus aux tech­no-sciences qui uti­lisent la pla­nète comme un labo­ra­toire, sans maî­trise, même théo­rique des consé­quences par­fois irré­ver­sibles, sans en infor­mer les popu­la­tions concer­nées, ni même prendre la peine de les consulter.

    Vous êtes en colère contre les com­mis­sions d’ex­perts et les déci­deurs poli­tiques qui bâillonnent la démo­cra­tie au nom du pro­grès, qui ont inven­té un débat public comme solu­tion anes­thé­siante, dites-vous.

    Com­ment des inté­rêts mino­ri­taires et une idéo­lo­gie sim­pliste peuvent impo­ser à l’hu­ma­ni­té une façon de vivre ? Il y a selon vous, un besoin de croire plu­tôt qu’une volon­té de savoir avec cette foi aveugle dans le pro­grès scientifique.

    Bien avant Fuku­shi­ma, en 2006, dans « Le vélo, le mur et le citoyen », vous expli­quiez com­ment la catas­trophe est pro­mise par le déve­lop­pe­ment, com­ment la catas­trophe est ins­crite dans la tech­no­lo­gie elle-même. Nous croyons à la Science même quand elle est incer­taine, nous ne croyons pas à la catas­trophe, même quand elle est pro­bable, même quand elle est advenue.

    Jacques Tes­tart : Oui, alors je ne suis pas l’in­ven­teur de ce concept là, c’est Jean-Pierre Dupuis, un phi­lo­sophe, que fina­le­ment les gens savent que la catas­trophe, ce n’est même plus la peine de leur dire, on va vers la catas­trophe. Ce qui est ter­rible, c’est qu’ils ne le croient pas. Ils le savent mais ils ne veulent pas y croire. Alors, pour­quoi ? Bon ça, ça ferait appel plus … il fau­drait deman­der à des psy­cha­na­lystes de tra­vailler sur le thème, mais les gens ne veulent pas aller jus­qu’au bout de leur rai­son­ne­ment qui les amè­ne­rait à chan­ger leur attitude.
    On le voit par exemple avec des concepts comme la crois­sance, qui est uti­li­sée comme en période de cam­pagne élec­to­rale, presque tous les can­di­dats parlent de crois­sance comme étant la chose indis­pen­sable pour réa­li­ser leur objec­tif. Or, en même temps, les éco­no­mistes, qui aus­si reven­diquent tou­jours la crois­sance, savent que la crois­sance elle est mal par­tie, et la plu­part des éco­no­mistes, qui réflé­chissent un peu, qui ne sont pas inféo­dés à l’in­dus­trie, disent même que c’est fini. Que la crois­sance, ça y est, main­te­nant on a man­gé notre bon pain et on est pas­sé à autre chose. 

    Alors qu’est-ce que ça veut dire de fabri­quer un pro­gramme qui est basé sur la crois­sance pour nous annon­cer dans un an, dans deux ans, « Ah, ben oui, j’ai pas pu le faire parce que la crois­sance n’é­tait pas au ren­dez-vous ». On peut leur dire déjà « elle ne sera pas au ren­dez-vous ». Donc, chan­gez votre pro­gramme. Et ça, c’est assez dra­ma­tique. C’est pour dire que ça aus­si, c’est une forme de catas­trophe de voir que ça peut être trai­té autre­ment qu’en catas­trophe. Mais si on veut lais­ser les gens dans l’i­dée qu’ils vont aug­men­ter sans arrêt le nombre de bagnoles, de télé­vi­seurs, de kilo­mètres qu’ils font sur la route … c’est faux, c’est faux. Et là, on va à la catas­trophe éco­lo­gique. Évi­dem­ment puisque tout ça pollue.

    Lydia Ben Ytz­hak :Vous faites une cor­ré­la­tion jus­te­ment entre le niveau de cré­du­li­té et le niveau de vie des gens ?

    Jacques Tes­tart : Non, je ne crois pas. Je crois qu’il y a un niveau de cré­du­li­té qui est répan­du dans toutes les couches de la popu­la­tion. Sim­ple­ment, les riches disent tou­jours qu’ils vont pou­voir s’en sor­tir. On pour­rait se deman­der pour­quoi les hommes poli­tiques, les diri­geants en géné­ral ferment les yeux alors qu’ils sont ceux qui reçoivent les rap­ports, qui sont les mieux aver­tis, et qui voient bien qu’on va vers des catas­trophes. Bon, j’i­ma­gine que d’une part, il y a cette cré­du­li­té encore ; ils le voient mais ils n’y croient pas. Et puis, il y a peut être qu’ils se disent qu’ils auraient les moyens eux de res­ter au des­sus de la mer quand elle va mon­ter. Ils auraient les moyens de s’en tirer un peu avec leur famille ; il doit y avoir cette idée, qui est une idée com­plè­te­ment folle parce que les chan­ge­ments éco­lo­giques tout le monde va les sup­por­ter bien évidemment.

    C’est assez fou de voir qu’on est dans une époque qui n’est pas rai­son­nable du tout de ce point de vue. On est capable de décrire des choses, qui sont iné­luc­tables, qui sont irré­ver­sibles comme la mon­tée des tem­pé­ra­tures : même si on arrê­tait de lâcher du CO2 dans l’at­mo­sphère, main­te­nant c’est par­tie pour au moins 3 degrés, c’est sûr. C’est consi­dé­rable, c’est un chan­ge­ment de pla­nète. Hé bien, on le sait ça, et pour­tant, on fait comme si c’é­tait pas impor­tant. Et ça, c’est frap­pant parce que c’est pas des échéances sur des mil­lé­naires, c’est des choses qui vont arri­ver dans les dizaines d’an­née qui viennent. Quand on a des enfants, par exemple, ces enfants vont vivre ça, on devrait se sen­tir res­pon­sable de ce qui va arriver.

    Et bien, c’est drôle mais la prio­ri­té, c’est autre chose : c’est de savoir qu’est-ce qu’on va bouf­fer, où on va en vacances, quel film on va voir et les gens ne sont pas aus­si inquiets que ça parce que c’est pas tout de suite. Ça se voit pas encore. Donc ça, ça fait par­tie des choses qui faut quand même com­battre, il faut inquié­ter. Moi, je suis déso­lé, mon petit, je suis pes­si­miste. Mais, heu­reu­se­ment qu’il y a des gens qui répandent des idées noires parce que l’a­ve­nir n’est pas rose. Et ceux qui répandent des idées roses peut être qu’un jour on pour­ra les juger comme cri­mi­nels, parce qu’en même temps ils main­tiennent les pos­si­bi­li­tés que tout arrive, que le pire arrive.

    Donc, voi­là, je crois que les déve­lop­pe­ments scien­ti­fiques ont com­plè­te­ment heu… d’a­bord c’est le moteur depuis déjà un cer­tain temps, c’est le moteur de ce qui peut nous arri­ver plus tard. C’est-à-dire que si on va vers des catas­trophes éco­lo­giques, c’est parce que d’a­bord on a fait des déve­lop­pe­ments tech­no­lo­giques. Évi­dem­ment, si on n’a­vait pas inven­té la machine à vapeur et puis le moteur à explo­sion et toute sorte de choses, puis les OGM, on n’en serait pas à des crises éco­lo­giques majeures avec dis­pa­ri­tion de la bio­di­ver­si­té, l’aug­men­ta­tion des tem­pé­ra­tures : des risques énormes pour l’en­semble des humains et sur­tout pour ceux qui habitent dans les îles où il y a des gens qui sont en plus au pre­mier rang. Donc tout ça c’est des consé­quence des déve­lop­pe­ments tech­no-scien­ti­fique. On fait comme si on pou­vait conti­nuer pareil et même, pire : il faut accé­lé­rer le déve­lop­pe­ment – voir Claude Allègre – accé­lé­rer le déve­lop­pe­ment tech­no-scien­ti­fique jus­te­ment pour répa­rer les erreurs qui ont pu être faites éven­tuel­le­ment. Alors ça, c’est … je ne sais pas mais c’est un rai­son­ne­ment de gamin. C’est scan­da­leux et il me semble que ça, ça devrait méri­ter une cours de justice. 

    Il fau­drait mettre ces débats au niveau mon­dial, sur la place publique. Que ça ne reste pas sim­ple­ment une convic­tion. C’est plus qu’une convic­tion. Les catas­trophes arrivent, tous les gens sérieux, bon, le GIEC c’est pas des rigo­los, c’est des mil­liers de cher­cheurs et, chaque année, ce qui est frap­pant … ils ne font pas un rap­port chaque année, mais ils font des petits rap­ports inter­mé­diaires et chaque fois qu’ils font un rap­port on s’a­per­çoit que l’hy­po­thèse haute qu’ils avaient pré­vus dans la gra­vi­té (c’est-à-dire la tem­pé­ra­ture va mon­ter de tant de degrés) devient l’hy­po­thèse basse au rap­port sui­vant . Ça, ça devrait aler­ter quand même. Alors, c’est pas des gens pes­si­mistes mais c’est des gens réa­listes. Et ils voient des choses, ils nous le disent mais il ne se passe rien.

    Lydia Ben Ytz­hak : Alors, pour oppo­ser jus­te­ment une résis­tance à ce mythe pro­mé­théen qui fina­le­ment se réa­lise sous nos yeux : on voit les espèces dis­pa­raître à vue d’œil, à hau­teur de vie d’homme, vous pro­po­sez, Jacques Tes­tart, des sciences citoyennes. Alors de quoi s’a­git-il exactement ?

    Jacques Tes­tart : Ben écou­tez, moi je peux avoir mes réponses à ces pro­blèmes-là, mais je ne pré­tends pas impo­ser ces réponses aux autres et je crois que la meilleure façon d’a­gir c’est d’im­pli­quer la popu­la­tion dans les choix des solu­tions qui pour­raient être faites. Alors, je ne suis pas du tout dans la déma­go­gie, c’est pas, on va pas se pro­me­ner avec un micro en deman­dant aux gens « Vous sou­hai­tez quoi ? » puis après on fait une moyenne de ce qu’ils ont dit. Non. Ce n’est pas au niveau du son­dage ou même du réfé­ren­dum fait à la va-vite. Il s’a­git là de quelque chose de sérieux où il faut for­mer les gens. Il faut qu’ils soient for­més pour pou­voir répondre à des ques­tions pré­cises. On ne va pas deman­der aus­si à n’im­porte quelle per­sonne son avis sur l’en­semble des pro­blèmes, c’est beau­coup trop com­plexe. Mais, on peut sérier ; savoir par exemple si on veut vrai­ment main­te­nir des cen­trales nucléaires, si on veut des OGM, si on veut des modes de trans­hu­ma­nisme : il faut poser une ques­tion à chaque fois à cer­taines personnes. 

    Et ces per­sonnes là, pour être sûr qu’elles ne sont pas por­teuses d’intérêts par­ti­cu­liers qu’elles auraient à défendre et donc qui ne seraient pas l’intérêt des popu­la­tions, il faut les tirer au sort, c’est un prin­cipe. Donc, les tirer au sort, le mieux c’est sur les listes d’in­di­vi­dus les plus abon­dantes, c’est pour le moment les listes élec­to­rales. Alors ça exclut effec­ti­ve­ment les gens qui ne sont pas ins­crits sur les listes mais, bon, je ne crois pas qu’il y ait des façons de mettre tous les indi­vi­dus. Et puis, ce n’est pas si grave fina­le­ment parce qu’au bout du compte on va avoir un petit groupe de personnes. 

    Donc, ce que je suis en train de vous racon­ter, c’est ce qu’on inven­té les Danois, le par­le­ment danois en 1990, sous le terme de « confé­rence de citoyens ». Mais ils ne l’ont jamais défi­ni. Alors, il y a eu de ces confé­rences ; en gros, on tire des gens au sort, on leur donne une for­ma­tion assez com­plète on leur demande de for­mu­ler un avis. Bon, c’est ça l’i­dée ; autre­ment dit c’est se débar­ras­ser du poids des lob­bies, des inté­rêts par­ti­cu­liers et deman­der à la popu­la­tion, y com­pris avec son bon-sens, son ima­gi­na­tion, sa res­pon­sa­bi­li­té de for­mu­ler des pro­po­si­tions. L’i­dée est toute à fait inté­res­sante, mais elle n’a jamais été mieux cadrée que ça. 

    Si bien qu’il y a ces confé­rences de citoyens, il y en a eu des cen­taines dans le monde, en vingt ans, il y en a eu en France quelques unes et elles ne sont jamais orga­ni­sées de la même façon et, ce qu’on a vou­lu faire nous à Science Citoyenne, c’est de défi­nir un pro­to­cole pré­cis, ration­nel, pour que ces réunions donc de citoyens puissent être cré­dibles, c’est-à-dire que tout soit codi­fié, que des lob­bies ne puissent pas inter­ve­nir au cours de la for­ma­tion des citoyens, que la for­ma­tion soit com­plète et contra­dic­toire, on donne abso­lu­ment tout à ces gens. Et, pour ça, on a défi­ni donc une pro­cé­dure dont on a chan­gé le nom, parce que « Confé­rence de Citoyens » c’est tel­le­ment gal­vau­dé, qu’on a appe­lé ça, « Conven­tion de Citoyens ». Et, notre idée c’est qu’il y ait, au niveau de l’é­tat, au niveau d’une grande struc­ture éta­tique, nous on pen­sait aux conseillers éco­no­miques et social et de l’en­vi­ron­ne­ment, qu’il y ait une Mai­son des Citoyens qui pour­rait être un outil extra­or­di­naire pour les déci­deurs, qui évi­dem­ment dans notre sys­tème de repré­sen­ta­tion, c’est eux qui décident, ce n’est pas les citoyens qui décident direc­te­ment, c’est tou­jours les gens qu’on a élus pour le faire.

    Lydia Ben Ytz­hak : Alors, en tirant au sort, je vais me faire un peu l’a­vo­cat du diable, Jacques Tes­tart, mais par exemple en tirant les gens au sort est-ce que vous n’a­vez pas peur quand même qu’ils soient noyés sous le … parce qu’on sait très bien que les sciences actuelles demandent quand même un tra­vail de recueil de don­nées qui est mons­trueux, même un scien­ti­fique dans sa propre spé­cia­li­té, n’est pas capable de tout apprendre sur son propre domaine puisque la somme est com­plè­te­ment expo­nen­tielle. Alors com­ment un simple citoyen qui n’au­rait pas été volon­taire au départ mais tiré au sort, pour­rait non seule­ment s’in­té­res­ser par exemple aux risques des nano­tech­no­lo­gies et ensuite être assez poin­tu pour don­ner un avis qui serait plus per­ti­nent jus­te­ment qu’un poli­tique plus inté­res­sé par l’argent ou à la mer­ci des lobbies.

    Jacques Tes­tart : Là-des­sus, on peut répondre très clai­re­ment parce que je vous ai dit il y a eut des cen­taines de ces pro­cé­dures qui ont été faites dans le monde, avec beau­coup de défauts dans l’or­ga­ni­sa­tion mais mal­gré tout la réponse una­nime étu­diée par les socio­logues, spé­cia­li­sés dans la démo­cra­tie des sciences : la remarque de tous les gens qui ont obser­vés ça, ils sont fas­ci­nés par les capa­ci­tés de gens ordi­naires à se prendre en charge, à apprendre des choses et à émettre des avis per­ti­nents. Alors il ne s’a­git de savoir com­ment on va faire une mix­ture dans le labo­ra­toire ou autre, il s’a­git de poser des ques­tions clés : « Est-ce qu’on a vrai­ment besoin de ça ? » « Quelles peuvent être les consé­quences ? ». Et il faut que la for­ma­tion évi­dem­ment soit assez longue parce qu’au­jourd’­hui il y a des entre­prises qui vendent des « Confé­rences de Citoyens » clés-en-main où dans la jour­née, on bâcle le truc, on fait la for­ma­tion. Ça c’est gagner des sous sur la démo­cra­tie, c’est mettre la démo­cra­tie dans le com­merce quoi. Et c’est assez dra­ma­tique. On se bat contre ça. 

    Une « Confé­rence de Citoyens », ça demande neuf mois pour être orga­ni­sée sérieu­se­ment. Entre le moment où on va com­men­cer à for­mer un groupe et le moment où on va recueillir l’a­vis. Donc, c’est très long et ça coûte un peu d’argent et, ça demande une mobi­li­sa­tion de pas mal de monde. Mais quand vous dites : Com­ment les gens vont apprendre ça ? Oui, les gens peuvent apprendre. 

    D’a­bord, il faut qu’ils soient volon­taires. Ils ne peuvent pas être volon­taires a prio­ri et c’est une des erreurs par exemple de cer­taines « Confé­rences de Citoyens » qui ont eu lieu en Suisse ou même au Dane­mark où on a recru­té des volon­taires par voie de presse. Ça évi­dem­ment, on ima­gine qu’à ce moment-là aus­si bien des mili­tants asso­cia­tifs que des repré­sen­tants indus­triels vont se dégui­ser en citoyen lamb­da pour inter­ve­nir dans ce groupe. Donc, il ne faut pas faire comme ça. Il faut d’a­bord tirer les gens puis ensuite, leur deman­der s’ils veulent bien venir. S’ils ne veulent pas venir, il faut les lais­ser parce que, c’est pas comme les jury d’as­sises, c’est beau­coup plus lourd et on ne peut pas obli­ger quel­qu’un à mener cette tache-là, non rému­né­rée, comme ça.

    Donc il faut que les gens se sentent res­pon­sables. Et, dans l’ex­pé­rience que j’ai eu moi avec ça, c’est à peu près 1⁄3 des gens qui ont été tirés au sort qui acceptent la tache qu’on leur pro­pose. On leur explique : « Voi­là vous avez été tiré au sort pour ça ; Est-ce que vous êtes prêt à pas­ser trois week-end à tra­vailler avec d’autres citoyens pour émettre un avis qui sera trans­mis à l’As­sem­blée Natio­nale ? ». Et il y en a 60 sur 200 qui disent oui. 

    Et ensuite, il faut éla­bo­rer le pro­gramme. Et je crois que c’est là que nous « Science Citoyenne » on a avan­cé pas mal. C’est qu’il ne suf­fit pas de dire « il faut un pro­gramme qui soit objec­tif ». Tout le monde ne crois pas que la Science est objec­tive. On ne croit pas que la Science elle est neutre, on croit qu’elle inter­vient à cer­tains moments de l’his­toire et qu’elle défend des inté­rêts, qu’elle a des fois une approche.. heu, tout ça n’est pas neutre. Tout ça est intri­qué dans le social donc, la seule façon d’ar­ri­ver à une cer­taine objec­ti­vi­té, c’est d’ex­pri­mer tous les points de vue. 

    Et comme ces Conven­tions Citoyens inter­viennent à l’oc­ca­sion de contro­verses sociales c’est pas des sujets qu’on sort du cha­peau comme ça, c’est parce qu’il y a déjà une contro­verse qu’on a pu iden­ti­fier des indi­vi­dus por­teurs de point de vue, por­teurs de solu­tions éven­tuel­le­ment, qu’on va mettre ensemble dans un Comi­té de pilo­tage. Ils ne sont pas d’ac­cord entre eux, mais ils ont déjà réflé­chi à la ques­tion, et leur seule tâche, ce sera d’é­la­bo­rer le pro­gramme. Ils ne ver­ront jamais les citoyens. Ils vont fabri­quer un pro­gramme qu’on va don­ner ensuite aux citoyens. Et ce pro­gramme ça veut dire à la fois la for­ma­tion dans une salle tenue à l’a­bri de toute pres­sion et pen­dant des temps qui sont chro­no­mé­trés, où chaque fois va inter­ve­nir une per­sonne qui est dési­gnée par le comi­té de pilo­tage au consen­sus. Il y a un coup à faire, c’est de s’ar­ran­ger pour qu’il y ait autant d’hommes que de femmes, de repré­sen­ta­tion des caté­go­ries socio-pro­fes­sion­nelles, des classes d’âges, les lieux d’ha­bi­ta­tion ou toute sorte de choses et, avec 15 per­sonnes, on arrive à avoir une grande diver­si­té. La plus grande diver­si­té possible. 

    Donc c’est pas une repré­sen­ta­tion sta­tis­tique. Mais, c’est pas ça qui est recher­ché. C’est un groupe qui peut tra­vailler. Les socio­logues pensent qu’une quin­zaine c’est un bon effec­tif pour faire un tra­vail de groupe et qui aura comme seul inter­lo­cu­teur, un ani­ma­teur, un psy­cho-socio­logue, c’est tout. Autre­ment, ils ver­ront défi­ler les experts qu’on leur pro­posent, ils les inter­ro­ge­ront et après deux week-end de for­ma­tion, ils seront assez com­pé­tents pour choi­sir eux-mêmes les gens qu’ils veulent inter­ro­ger dans un troi­sième week-end, dans le der­nier. En disant : « Voi­là, vous ne nous avez pas pré­sen­té, pour par­ler du nucléaire, ben on vou­drait un his­to­rien des sciences, on vou­drait un psychanalyste,… »

    Les gens ont des idées comme ça, et donc ils demandent qu’on leur amène cette per­sonne et ils l’ont. Et ils inter­rogent cette per­sonne, (ils inter­rogent aus­si des scien­ti­fiques purs et durs) et qui se trouve sou­vent très mal en point devant des citoyens deve­nus assez com­pé­tents pour poser des ques­tions gênantes et qu’on ne peut pas rabrouer. Ça c’est assez remar­quable. Il faut l’a­voir vu com­ment les citoyens prennent confiance en eux et sont capables de contre­dire un expert sur son domaine d’ex­per­tise en disant : « Mais untel a mon­tré dans tel jour­nal que ce que vous dites n’est pas … » Et ça, c’est assez désta­bi­li­sant pour l’ex­pert. Fran­che­ment çà fait du bien, quand on est cri­tique de science. Et fina­le­ment ces citoyens se retirent en même temps pour écrire leur avis. Leur avis qu’ils vont écrire tout seul, qu’ils vont décom­po­ser en plu­sieurs points sur ce sujet là. Voi­là et ils vont voter. Sur chaque point, ils vont voter. 

    C’est très impor­tant parce que, ça paraît ridi­cule, on dit « Quinze per­sonnes qui vont voter ! », mais s’il y a una­ni­mi­té sur un point, pour un diri­geant poli­tique ça fait sens. Voi­là des indi­vi­dus qui n’ont pas d’intérêts par­ti­cu­liers, qui ont tra­vaillé, qui ont reçu toute l’in­for­ma­tion bien plus que moi élu, parce que les élus fina­le­ment sont com­plè­te­ment incom­pé­tents, donc étant incom­pé­tents, ils font appel à des experts, c’est-à-dire, direc­te­ment ou pas, aux lob­bies. Donc les citoyens leur don­ne­raient un éclai­rage qui est celui de la posi­tion du bon sens d’une popu­la­tion aver­tie qui a for­mu­lé un avis et puis, quand il y a fif­ty-fif­ty sur tel point, bon il pour­rait se dire « Hé bien là, je suis libre de pro­po­ser ça ou ça ». 

    Et il y aurait un débat public à l’As­sem­blée Natio­nale où chaque fois sur chaque point où les dépu­tés ne seraient pas d’ac­cord, ils devraient jus­ti­fier leur point de vue per­son­nel­le­ment, et ain­si deve­nir res­pon­sable de mon ave­nir, des déci­sions qui vont m’en­ga­ger. Ce qui n’est pas le cas aujourd’­hui. Aujourd’­hui, ils vous diront « Mais les experts nous avaient dit que les OGM s’é­tait pas dan­ge­reux ». Bon, là les citoyens nous ont dit quelque chose et ça, ça pour­rait de beau­coup être plus com­pro­met­tant pour eux. 

    Nous pen­sons, à Science Citoyenne, que cette forme de pro­cé­dure est assez extra­or­di­naire ; qu’elle a un poten­tiel très grand pour l’a­ve­nir des tech­no­lo­gies et la démo­cra­tie ; qu’elle pour­rait éven­tuel­le­ment s’é­ta­blir, enfin s’é­lar­gir ensuite, peut être à d’autres domaines car­ré­ment poli­tiques. C’est une vraie par­ti­ci­pa­tion des citoyens avec contri­bu­tion à la déci­sion et pas seule­ment lever la main pour deman­der à l’ex­pert qu’il réponde à la ques­tion. Mais contri­buer à la prise de déci­sion des élus et y contri­buer effec­ti­ve­ment, et enga­ger les élus. Donc ça se pour­rait dans des domaines poli­tiques tout aus­si bien. Et puis que étant don­né que ces pro­blèmes qu’on évoque, des catas­trophes vers les­quelles on va, c’est des pro­blèmes mon­diaux. Et bien c’est des choses qui devraient se régler un jour par l’O­NU. Moi, c’est l’i­dée que j’en ai. C’est pas au niveau fran­çais qu’on va faire la régu­la­tion des OGM ou du nucléaire. On met en péril les voi­sins quand on fait une chose pareille. Donc, c’est au niveau de la popu­la­tion mon­diale, la popu­la­tion de la terre, des humains qu’il faut régler ces problèmes-là. 

    Et quand on me dit : « Oui mais enfin quand même régler avec quinze per­sonne, il pour­rait y avoir eu… ». Il pour­rait, mais rien n’est infaillible, il pour­rait y avoir un biais. Mais moi ce que je pro­pose c’est qu’on en fasse plu­sieurs, simul­ta­né­ment sur le même sujet, à plu­sieurs endroits et qu’on com­pare les résul­tats. Et si vous avez fait quatre Confé­rences de Citoyens par exemple sur ‘Faut-il conti­nuer l’in­dus­trie du nucléaire ou déve­lop­per les éner­gies renou­ve­lables ?’ et que vous obte­nez une réponse qui est la même dans toutes ces Conven­tions de Citoyens, ça prend un sens. Ça prend un sens on pour­rait dire scien­ti­fique, comme quand on fait une expé­rience avec un lot de sou­ris et puis qu’a­près on en fait une autre. Si on trouve le même résul­tat c’est qu’on ne s’é­tait pas trompé. 

    Je crois que là il y a une façon tout à fait ori­gi­nale de voir la démo­cra­tie, d’im­pli­quer les gens et en plus, parce qu’on me dit dès fois « Mais ce qui est embê­tant c’est que là tu tiens toute la socié­té en dehors puis­qu’il y a quinze per­sonnes qui sont élus ». On change évi­dem­ment à chaque fois pour chaque sujet : il ne faut pas s’en­kys­ter comme le font nos par­le­men­taires avec des salaires impor­tants, avec des avan­tages et toute la vie. On change à chaque fois ; ils retournent à leur bou­lot. En fait on s’est créés au départ pour défendre les lan­ceurs d’a­lerte. Les lan­ceurs d’a­lertes qui sont des gens, sou­vent des scien­ti­fiques parce qu’ils sont à l’a­vant poste du pro­grès donc ils voient les choses avant les autres mais ça peut être aus­si des ména­gères, n’im­porte qui, qui par hasard, s’a­per­çoit qu’il y a une acti­vi­té qui pré­sente un risque pour l’in­cen­die ou pour l’en­vi­ron­ne­ment et qui le fait savoir publi­que­ment et qui, à ce moment là, s’ex­pose aux pires soucis…

    Lydia Ben Ytz­hak :les Fau­cheurs Volon­taires par exemple … 

    Jacques Tes­tart : Par exemple, les Fau­cheurs sont des lan­ceurs d’a­lerte, c’est clair. Mais il y a des cas beau­coup moins spec­ta­cu­laires tel cette mère de famille à Vin­cennes qui a réa­li­sé que l’é­cole où il y avait ses enfants et ceux des autres était construite sur une ancienne usine Kodac, et qu’il y avait des rési­dus de pro­duits toxiques dans le sol et qu’il y avait une quan­ti­tés de can­cer chez ces enfants qui était abso­lu­ment anor­male, qui a lan­cé l’a­lerte et qui a eut les pires sou­cis avec le maire, avec tout le monde : mais il n’empêche qu’elle a fait avan­cer les choses. Mais il y en a plein : il y a eu sur l’a­miante, il y en a eu sur les amal­games den­taires, sur le bis­phé­nol, sur plein de choses.

    Lydia Ben Ytz­hak : Et donc c’est grâce aux Sciences Citoyennes, telles qu’elles existent en France depuis quelques années qu’il y a eu ces pro­grès ou c’est essayer une conver­gence avec les lan­ceurs d’alertes …

    Jacques Tes­tart : Les lan­ceurs d’a­lerte ont tou­jours exis­té puisque il y en a eu sur l’a­miante en 1920. Mais ils ont tou­jours été répri­més donc l’a­lerte a dis­pa­ru. Alors c’est embê­tant pour le lan­ceur d’a­lerte qui est répri­mé mais c’est embê­tant aus­si que l’a­lerte ne soit pas main­te­nue c’est-à-dire que l’a­lerte elle a un rôle, un rôle social. Nous on a vou­lu défendre ça et on a donc fait une pro­po­si­tion de loi sur l’ex­per­tise, parce qu’on en arrive très vite à dire « mais ‘ce lan­ceur d’a­lerte’ il peut nous racon­ter n’im­porte quoi ». Donc il faut faire une exper­tise. Qui fait l’ex­per­tise ? En géné­ral ceux qui sont à l’o­ri­gine du trouble qui a pro­vo­qué l’a­lerte, hein, puisque c’est les plus com­pé­tents. Donc il faut chan­ger ces règles du jeu. On en est arri­vé à défi­nir qu’il fau­drait créer une espèce de comi­té d’é­thique de l’ex­per­tise qui ne fasse pas d’ex­per­tise mais qui indique les lois, les prin­cipes de l’ex­per­tise qu’on a appe­lé la Haute Auto­ri­té de l’Ex­per­tise et de l’A­lerte parce qu’elle s’oc­cu­pe­rait aus­si de gérer les alertes et elle défi­ni­rait com­ment doit être faite une exper­tise et elle véri­fie­rait que toutes les exper­tises sont faites selon ces prin­cipes. Ça c’est vrai­ment quelque chose qui serait très très impor­tante. C’est une chose qu’on défend. 

    Par ailleurs, la science évo­lue tou­jours, on s’in­té­resse beau­coup à ce qu’on appel le tiers sec­teur de la recherche, c’est-à-dire des indi­vi­dus qui font de la recherche sans être homo­lo­gués dans les ins­ti­tuts spé­cia­li­sés. L’exemple très inté­res­sant je crois, c’est ces pay­sans qui actuel­le­ment sont en train de recréer des varié­tés anciennes de blé par exemple pour résis­ter aux chan­ge­ments cli­ma­tiques et là, vrai­ment il y a un tra­vail scientifique …

    Lydia Ben Ytz­hak : C’est illé­gal jus­te­ment d’u­ti­li­ser ces semences anciennes alors même que ça pour­rait être la pro­prié­té intel­lec­tuelle des pay­sans précisément.

    Jacques Tes­tart : Abso­lu­ment, abso­lu­ment. On voit bien que tous les lob­bies semen­ciers sont en train de se battre pour inter­dire toute semence qui ne pro­vien­drait pas de chez eux. C’est gro­tesque ! Là aus­si il faut le faire savoir aux popu­la­tions ça quand même. Mais il y a des pay­sans qui vont plus loin. Ils sont en train de recréer des varié­tés. Tout ça ça nous paraît des façons nou­velles d’im­pli­quer les citoyens dans la science telle qu’elle est à dif­fé­rents niveaux et ce qu’on vou­drait c’est éta­blir des ponts assez étroits entre les labos de recherches offi­ciels (évi­dem­ment on n’est pas par­ti­sans de les fer­mer) et la société.

    Lydia Ben Ytz­hak : Vous, Jacques Tes­tart, vous avez tou­jours sui­vi votre réflexion scien­ti­fique d’un élar­gis­se­ment à la politique.

    Jacques Tes­tart : Oui, abso­lu­ment. Parce que ce que je suis en train de dire là, c’est déjà de la poli­tique : inté­res­ser la popu­la­tion de façon effec­tive et pas en se moquant des gens comme on le fait avec les fameux débats publics parce que le secret de la démo­cra­tie en matière de science c’est le débat public. Alors vous met­tez des experts sur l’es­trade et puis il y a des gens qui viennent dans la salle et qui posent des ques­tions et l’ex­pert leur répond. On peut le faire aus­si sur inter­net, c’est plus chic, oui. Au bout du compte, on ne sait pas ce que pense la popu­la­tion, et on s’en fout, visi­ble­ment. On s’en fout, les déci­sions sont déjà prises. C’est les experts qui les prennent. 

    Donc, les Conven­tions de Citoyens c’est une démarche com­plè­te­ment dif­fé­rente et beau­coup plus poli­tique. Et effec­ti­ve­ment, moi j’ai essayé de por­ter par exemple ces Conven­tions de Citoyens en milieu par­mi les élus. Je dois dire, j’ai reçu chaque fois un bon accueil, que ce soit à gauche ou à droite des élus que j’ai pu contac­ter mais pas de suites. Il n’y a pas eu de suites. C’est-à-dire que bon, c’est bien, envoyez-moi les docu­ments, ça nous inté­resse … mais il ne se passe rien. Quand il y a un dis­cours qui est basé sur la crois­sance, pour moi c’est vrai­ment ridi­cule, c’est se moquer du monde. Bon, je ne veux pas et c’est aus­si je ne veux pas entendre par­ler de com­pé­ti­ti­vi­té, parce que ce que j’é­vo­quais tout à l’heure sur le chan­ge­ment de rap­port humain qui pour­rait y avoir, et qui ne concerne pas seule­ment la France, l’hexa­gone, mais qui concerne l’hu­ma­ni­té, l’ho­mo sapiens, avec des échanges de plus en plus impor­tants et néces­saires. Eh bien ça n’a rien à voir avec la com­pé­ti­ti­vi­té ; c’est la convi­via­li­té. C’est autre chose, c’est une façon de conce­voir les rap­ports de l’hu­ma­ni­té en coopé­ra­tion et non pas en lutte comme on le fait aujourd’­hui et comme tous nos offi­ciels pré­tendent que c’est comme ça que la France va se sau­ver. Tout d’a­bord, la France elle se sau­ve­ra pas toute seule et elle ira à la catas­trophe avec les autres. Si on ne se met pas dans la tête que le monde change et que c’est peut être l’oc­ca­sion de chan­ger les humains. 

    Ce qui est extra­or­di­naire quand on s’in­té­resse aux Confé­rences de Citoyens puisque jusque là, elles s’ap­pellent comme ça, c’est de voir à quel point les indi­vi­dus peuvent être modi­fiés au cours de la pro­cé­dure. Vous pre­nez une bou­lan­gère, un ins­ti­tu­teur, bon des gens ont leur métier et qui a prio­ri sont inno­cents, naïfs par rap­port au pro­blème. C’est pas tel­le­ment qu’ils deviennent com­pé­tents, ça c’est évident. Sur­tout qu’ils deviennent une autre qua­li­té d’hu­main. C’est-à-dire qu’ils déve­loppent des idées et des points de vue, qu’ils vont défendre leurs avis, qui ne sont pas du tout là pour défendre leur famille, même pas leurs enfants, mais la des­cen­dance de tout le monde : les gens du Sud … on voit une espèce d’al­truisme qui trans­pa­raît, qu’on ne voit pas d’habitude. 

    Et moi, ce que j’ai consta­té en regar­dant ça, c’est à quel point il y a un gâchis de l’hu­ma­ni­té. C’est-à-dire qu’on main­tient les gens dans un état d’abêtissement, de sui­visme, de condi­tion­ne­ment. Et, je dois dire j’y croyais pas avant de voir ça. Je pen­sais que c’é­tait triste mais que l’hu­ma­ni­té elle n’é­tait pas vrai­ment belle à voir. Mais elle n’est pas belle à voir parce qu’on la met dans cet état là. Mais je suis main­te­nant convain­cu qu’il y a chez la plu­part des indi­vi­dus, il y a des res­sorts, il y a quelque chose qu’on n’ex­ploite pas, qu’on n’u­ti­lise pas, qu’on ne met pas en valeur. Mais les humains valent beau­coup mieux que ce qu’on en fabrique.

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  12. Alain Guillou

    j’a­dore le miel et les confi­tures, et la lec­ture « tous azi­muts »… il ne faut pas s’é­ton­ner que le peuple ait des « ren­vois », car son temps de cer­veau dis­po­nible est déjà satu­ré par les flash publi­ci­taires, les appren­tis­sages bidons de recherche d’emploi, l’ob­ses­sion de savoir se vendre, et en cas d’embauche, l’as­si­mi­la­tion des objec­tifs du chef…ajouter la culpa­bi­li­sa­tion-décul­pa­bi­li­sa­tion de la vie fami­liale, il ne man­que­rait plus que l’on soit tiré au sort ! oui, pour une croi­sière aux baléares, mais pour se taper des experts en pros­pec­tives catas­tro­phiques et se gaver d’in­ci­ta­tions à l’in­tel­li­gence pessimiste…

    Je reste opti­miste car ma recette consiste à mélan­ger les sources de pes­si­misme : « acide plus base donne ?… » Donc je suis pes­si­miste quant au tirage au sort, mais curieux, car enfin il faut l’ex­pé­ri­men­ter ! Mon « opti­misme » consiste à ima­gi­ner que les solu­tions hybrides pro­duisent « le miracle »…

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  13. samsam

    Mer­ci Etienne pour relayer ces pas­sion­nantes inter­ven­tions de Jacques Testard,
    L’entrée de la démo­cra­tie dans la science sera elle aus­si décisive.

    Sans rap­port, je me per­mets une remarque de pure sémantique

    Rem­pla­cer l’expression « gen­tils virus » par « virus démocratiques »

    Dans la bataille séman­tique, « virus démo­cra­tiques » per­met­trait de se réap­pro­prier d’emblée le mot démocratie.
    Bien sûr, le mot « gen­til » est lui aus­si gal­vau­dé, mais la lutte prio­ri­taire est « démocratie »

    Milles bra­vos pour votre remar­quable et sti­mu­lant tra­vail (et pour cet article dans « slate », ce n’est pas le votre mais vous inter­ve­nez, un média qua­si mains­tream qui évoque le tirage au sort, quelle réussite !)

    la démo­cra­tie viendra !

    Réponse
  14. Merome

    À toutes fins utiles, je vous informe de l’exis­tence de ce topic sur le forum HFR où je tente d’ex­pli­quer le tirage au sort en com­pi­lant un cer­tain nombre de sources, dont le pdf de Jacques Tes­tart inti­tu­lé « Le retour du tirage au sort ».

    Et donc par­mi les auteurs/penseurs/chercheur contem­po­rains ou presque qui ont tra­vaillé sur le tirage au sort, j’ai noté Manin, Badiou, Ran­cière, Tes­tart, Delan­noi, Sintomer.

    N’hé­si­tez pas à par­ti­ci­per au forum HFR, le débat y est géné­ra­le­ment de qua­li­té, une fois qu’on a adop­té les codes qui le régissent (c’est un forum avec un niveau scien­ti­fique assez éle­vé, théo­rie du com­plot s’abstenir)

    Réponse
  15. Merome

    Mer­ci… Je ne compte pas m’ar­rê­ter là 🙂

    J’ai en pro­jet un petit bou­quin style « Indi­gnez-vous » qui me ser­vi­rait de sup­port pour faire des confé­rences autour de chez moi.

    En atten­dant, je signale aus­si ici parce que je ne sais plus si je l’ai déjà fait, l’exis­tence de mon roman « L’a­gré­ga­teur », sous licence Crea­tive Com­mons, dont le héros s’ap­pelle étran­ge­ment Étienne :

    http://www.lulu.com/shop/j%C3%A9r%C3%B4me-vuittenez/lagr%C3%A9gateur/ebook/product-18454133.html

    Tous les com­men­taires sont les bienvenus

    Réponse
  16. Morpheus

    @ Étienne

    Encore du spam en #17 [Edit : 14h25 : j’ai sup­pri­mé ce « n°17 », comme tous les jours => alors c’est ton mes­sage qui est deve­nu le 17… 😉 ÉC], et en plus, une arnaque à l’é­mo­tion visant à escro­quer les gogos.

    Déci­dé­ment, le blog est une pas­soire :-s

    A mon avis (mais je ne suis pas infor­ma­ti­cien), les pirates passent chaque fois qu’un mes­sage est vali­dé par un authen­tique contri­bu­teur qui valide le captcha ?

    ou alors, le modèle de capt­cha n’est pas assez sécu­ri­sé (trop facile à lire, y com­pris pour des logi­ciel de recon­nais­sance de texte, peut-être) ?

    Tu n’as pas un ami ou une connais­sance calé en infor­ma­tique qui pour­rait déce­ler la faille ? Ce serait plus facile pour toi si tu ne devais pas ts les jours pas­ser un temps bête à effa­cer tous ces spams.

    Cor­dia­le­ment,
    Morpheus

    Réponse
  17. Socialiste-libertaire

    Sur le fond, que ce soit Tes­tart ou les inter­ven­tions sur le forum je suis tous a fait d’ac­cort en regle génerel.
    Je vou­drait juste faire une petite remarque sur le fond qui est vraim­ment remar­quable dans l’in­ter­ven­tion de Tes­tart. C’est qu’il répond pen­dant au moin 10/15min sans inter­rup­tion. On ne voit JAMAIS cela, le jour­na­liste ou les contra­dic­teur (dans la forme cat­ché de la démo­cra­tie), font dans l’im­mense majo­ri­té des cas des cou­pures inten­pes­tive toutes les 30 seconde ! Suf­fit de regar­der une inter­wiew sur RMC ou encore pire dans le grand jour­nal sur Canal où un cer­tain Apa­thie coupe toutes les 20 seconde (par­contre lui ce per­met des long mono­logues a la concon sans qu’on puisse le contre­dire). Enfin, ce que je vou­lais dire c’est que cet inter­ven­tion longue sur france culture certe (france culture ces quand méme déja pour un « publique » un peut plus aver­ti), mais sur une radio natio­nal est vraim­ment rare. Ce qui est encore en plus sidé­rant, c’est la réponse qui est tres com­pré­hen­sible, tres expli­qué et que tous le monde com­prend méme sans avoir enten­du par­ler du tirage au sort. Toute per­sonne aillant enten­due Tes­tar à put par­fois ne pas etre d’ac­cort avec l’i­dée, mais a for­ce­ment, au moin, com­prit les enjeux et les atouts du tirage au sort. Meme si ici c’ete sur­tout dans le domaine de la science (enfin Tes­tart limite pas le tirage au sort au simple ques­tion scien­ti­fique, mais l’on voit appa­raitre en qu’elle que sorte déja des branches du tirage au sort avec dif­fé­rente spé­cia­li­té). Voi­li voilou

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