Conférence d’Henri Guillemin sur Robespierre : le texte

8/06/2012 | 21 commentaires

Chers amis,

Vous vous sou­ve­nez sans doute que j’ai signa­lé ici, il y a quelques semaines, une confé­rence for­mi­dable, peut-être la meilleure de Guille­min, celle sur Robespierre.

En la signa­lant, j’ai lan­cé un appel au peuple pour retrans­crire (et peut-être tra­duire) cette mer­veille : une bande de virus (très gen­tils) s’est empa­rée de ce chan­tier et a pro­duit une retrans­crip­tion minu­tée, ain­si qu’une vidéo sous-titrée (en deux par­ties)…

Depuis, Mathieu (Chap­puis) m’a envoyé le script des sous-titres sans les minu­tages, et voi­ci plu­sieurs jours que je relis mot à mot ce très pré­cieux docu­ment. Le voi­ci, cor­ri­gé et mis en forme à ma manière (je sais que je mets trop de cou­leurs et de grandes tailles, mais ça me défoule 🙂 et ça me faci­lite la tâche pour une lec­ture rapide). La ver­sion pdf est ici.

Je remer­cie du fond du cœur les frères humains qui se montrent si dévoués et qui m’aident tant à défendre le bien com­mun et les pauvres gens.

Sacrée tranche de vie, vraiment.

Bien ami­ca­le­ment.

Étienne.

Confé­rence d’Hen­ri Guille­min sur Robes­pierre style=‘font-size:21.0pt;line-height:115%;color:black’>
12
février 1970 (pdf)

Notre asso­cia­tion du per­son­nel est très
heu­reuse d’ac­cueillir à nou­veau mon­sieur Hen­ri Guillemin. 

Il y a trois ans, il nous avait pas­sion­nés de
l’af­faire Dreyfus,

une affaire qui a
ébran­lé la France au siècle dernier.

Et c’est aus­si un des sujets qui a aus­si
ébran­lé la France et je dirais même l’Europe.

Je crois que c’est une insulte de le
pré­sen­ter, vous le connais­sez tous puis­qu’il est déjà venu ici.

Et pour ceux qui suivent ses confé­rences sur
le petit écran, je vais tout de suite lui don­ner la parole.

- Je me mets là, devant, alors ?

- Non non, vous pou­vez vous balader.

- Et puis ça alors, qu’est-ce que j’en fais
de ça ? Je le laisse comme ça ?

- Oui vous pou­vez le lais­ser comme ça.

- Bon. Et bien l’i­mage tra­di­tion­nelle de Robes­pierre vous la
connaissez.

Enfin telle que je l’a­vais apprise moi-même dans les livres de Louis
Made­lin qui fai­sait auto­ri­té quand j’é­tais étudiant :

l’i­mage d’un incor­rup­tible, c’est enten­du, mais en même temps une
espèce de pion âcre,

enfin, un fana­tique gla­cé, une espèce de cuistre guillo­ti­neur si vous
voulez.

Alors, immé­dia­te­ment, on oppo­sait le visage de Dan­ton, en vous disant :

« Oui, bien enten­du, il est moins incorruptible,

mais Dan­ton, c’est tout de même l’homme « de l’au­dace, encore de
l’audace ».

C’est un homme duquel sor­tait une cha­leur humaine.

Tan­dis que ce petit mon­sieur pro­pret mais aux mains san­glantes, quelle
horreur ! »

« Mains san­glantes », ça me fait pen­ser à l’i­mage que j’ai vue
en entrant,

où le nom de Robes­pierre est accom­pa­gné de sang qui coule…

Alors, est-ce exac­te­ment comme ça qu’il faut le voir ? Je n’en suis
pas sûr.

Et je peux vous dire que depuis un cer­tain nombre d’an­nées, cette
ancienne image s’est déjà pas mal modifiée.

C’est Mathiez, le pre­mier, qui était le grand rival de Aulard, vous
savez à la Sorbonne,

Mathiez, après lui mon­sieur Soboul, qui a le même pré­nom : Albert
Soboul.

Jean Mas­sin qui a fait un très bon Robespierre.

Et puis tout récem­ment, enfin il y a deux ans je crois, Max Gal­lo qui
a aus­si rap­por­té un Robes­pierre dont la phy­sio­no­mie est modi­fiée par rap­port à
l’i­mage traditionnelle.

Eh bien, je vais ten­ter de vous pré­sen­ter Robes­pierre tel que je le
vois.

Alors pour ça il faut d’a­bord regar­der ce que c’est que le mou­ve­ment
de 1789, pour voir l’in­ser­tion de Robespierre.

Eh bien la chose impor­tante à vous dire, cita­tion de Miche­let, qui est
un grand écri­vain, mais mon estime pour l’his­to­rien n’a ces­sé de décroître ; Miche­let
vous affirme ceci, « Ce qu’il importe de savoir, c’est à quel point les
idées d’in­té­rêt furent étran­gères au mou­ve­ment de 89″…

Et il ajoute même, oui : « la révo­lu­tion fut dés­in­té­res­sée,
c’est là son côté sublime »…

Je n’en crois plus rien.

Voyons, qu’est-ce qui c’é­tait pas­sé réel­le­ment au
18ème siècle ?

La for­ma­tion d’une nou­velle classe, hein.
Nous l’ap­pel­le­rons si vous le vou­lez la richesse mobi­lière.

Il y a eu cette grande expan­sion éco­no­mique au
18ème siècle, que vous connaissez.

Donc, il s’é­tait consti­tué une classe de
finan­ciers, d’in­dus­triels, de banquiers.

Ces gens repré­sen­taient réel­le­ment une très grande
part de la for­tune française.

Or, ils voyaient que, comme on dirait
aujourd’­hui, les leviers de com­mande étaient uni­que­ment entre les mains de
l’aristocratie.

Alors, ces gens avaient envie de s’affirmer. 

Et ils avaient un théo­ri­cien, qui s’ap­pe­lait Bar­nave, qui était
un avo­cat du Dau­phi­né, un client des Perrier,

(les Per­rier, c’é­tait de grands indus­triels de la région)

et
Bar­nave a pro­non­cé en 90 une phrase très impor­tante, que je crois savoir par cœur
 : « Une nou­velle dis­tri­bu­tion de la richesse, appelle — c’est-à-dire exige —
une nou­velle dis­tri­bu­tion du pouvoir. »

Autre­ment dit : nous qui sommes très impor­tants dans la France, nous
tenons à avoir notre part dans la ges­tion des affaires publiques.

L’occasion
qui va se présenter pour cette nouvelle classe, c’est la situation financière
française en 1789 :

la banqueroute imminente.

Et deux rai­sons de la ban­que­route, qui sont
les suivantes :

Il y a une très célèbre, l’autre qui l’est moins.

Rai­son célèbre, il y avait des para­sites qui ne
payaient pas d’im­pôts, et c’é­tait pré­ci­sé­ment ce qu’on appe­lait les pri­vi­lé­giés,

à savoir l’a­ris­to­cra­tie et le clergé ;

Mais deuxiè­me­ment il faut aus­si pen­ser à la
poli­tique finan­cière des rois de France
, sur­tout Louis 15 et Louis 16.

Une politique d’emprunts permanents.

Lorsque la France de Louis 16 décide de sou­te­nir
les insur­gés d’A­mé­rique, qui vont don­ner les États-Unis, il faut de l’argent
liquide pour faire la guerre.

Necker, Suisse vous savez, qui est « au service de la France ».

Necker dit : « tout l’argent que vous voudrez ! »

Natu­rel­le­ment, on fait des emprunts énormes. Et je vous dirais entre
paren­thèses que Necker s’y retrouve per­son­nel­le­ment parce qu’il fait sem­blant
d’être dés­in­té­res­sé, à ce moment-là, de n’être plus banquier,

et il prête jus­qu’à 14% à l’É­tat fran­çais style=‘font-size:17.0pt;line-height:115%;color:red’>. C’est inté­res­sant quoi,
un ministre des finances qui fait du 14% personnellement…

Ce qui lui per­met­tra ensuite le châ­teau de Coppet.

Bon alors en 1789, vous avez la situa­tion que voici.

La moitié, c’est
vrai ce que je vais dire, la moitié du budget des dépenses françaises passe aux
arrérages de la dette.

Situa­tion émi­nem­ment malsaine.

Alors vous pen­sez bien que ces indus­triels, ces grands per­son­nages,
ces notables, ne vont pas eux-mêmes faire la révo­lu­tion et des­cendre dans la
rue.

Il leur faut un
bélier. Le bélier est tout trouvé, c’est la petite plèbe, c’est le petit
peuple.

Si vous lisez un livre diver­tis­sant et qui ne vou­drait pas l’être,
mais qui l’est tout à fait, un livre de mon­sieur Gaxotte de l’a­ca­dé­mie
fran­çaise sur la révo­lu­tion fran­çaise, vous y lirez cette phrase surprenante :

« En somme en 1789, l’en­semble était cossu ».

Je vous assure que c’est mer­veilleux de pen­ser, l’en­semble était cos­su
 !

Alors vous voyez quand on passe à des choses
sérieuses, quel­qu’un qui Dieu sait n’est pas un com­mu­niste, j’ai nom­mé mon­sieur
Edgar Faure, qui a fait un très bon livre sur la chute de Tur­got, et qui
a cette phrase très impor­tante, qui est un homme qui sait de quoi il parle.

« C’est vrai la richesse fran­çaise, la
richesse natio­nale fran­çaise s’é­tait beau­coup accrue au 18ème siècle, et cela
avait abou­tit – écri­vait Edgar Faure – à faire les pauvres plus pauvres. »

Mon­sieur Gode­chot, encore aujourd’­hui je crois, doyen de la facul­té
des lettres de Tou­louse, et qui a fait dans une col­lec­tion impor­tante qui
s’ap­pelle « Les trente jour­nées qui ont fait la France », qui a fait le
14 juillet, nous apporte lui des chiffres.

Alors je vais vous don­ner quelques uns de ces chiffres.

Le tra­vailleur, à ce moment-là c’est quoi ?

C’est le tra­vailleur des champs, sur­tout jour­na­lier. Mais il y a aus­si
plus de tra­vailleurs des villes qu’on ne l’imagine.

Il y a déjà des concen­tra­tions industrielles.

Enfin, le tra­vailleur des champs ou le tra­vailleur des villes, gagne à
peu près 20 sols par jour au 18ème siècle.

20 sols, pou­voir d’a­chat actuel, 4 à 5 francs suisse à peu près. (3 à
4 euros)

Ces gens ne gagnent leurs 20 sols que quand ils tra­vaillent, bien
entendu.

Il y a le dimanche, et il y a énor­mé­ment des fêtes chômées.

Alors ces gens gagnent leurs 20 sols quand ils tra­vaillent, envi­ron
320 ou 330 jours par an.

De quoi se nour­rissent-ils ? Ils se nour­rissent avant tout de ce qu’on
appe­lait « la miche ».

La miche de pain, on ne par­lait pas de kilo à ce moment-là, ça ferait
une miche de 1 kilo.

Cette miche de pain cou­tait 40 cen­times. 40 sols, enfin, disons 40
cen­times, en 1750.

Elle ne ces­se­ra pas, le prix ne ces­se­ra pas de mon­ter. Elle va pas­ser
de 10 sous à 12 sous, à 13 sous…

Et ce n’est pas par hasard que le 14 juillet,
c’est-à-dire le jour où il y a la prise de la Bas­tille, dont je vais vous par­ler,
est aus­si le jour où la miche de pain est la plus éle­vée, elle coute 14 sous.

Alors comme il faut man­ger tous les jours même
si on ne tra­vaille pas tous les jours, regar­dez la situa­tion de gens qui
dépensent déjà 14 sous pour man­ger, qui gagnent 20 sous quand ils travaillent.

Alors qu’est-ce qu’il leur reste pour leur
habi­ta­tion ou pour leur loge­ment, ou pour leur vêtement ?

Des gens donc très mal­heu­reux. Ce n’est pas
éton­nant que dans l’an­née de 1788 il y avait pas mal de tumulte, des émeutes,
des petites insur­rec­tions, de la misère.

Et en avril 1789 les états géné­raux ne sont pas
réunis, ils vont se réunir le 5 mai.

En avril 89 à Paris, une très vio­lente insur­rec­tion
qu’on appelle « l’é­meute réveillon », quar­tier Saint-Antoine, quar­tier
ouvrier, où il y aura, on fera don­ner la troupe, où il y aura envi­ron 150
morts.

C’est
vous dire qu’il y avait là un bélier tout à fait disponible, c’est-à-dire de
pauvres gens qui crevaient.

Les notables qui sont réunis à Ver­sailles d’a­bord
puis à Paris après, vous savez, c’est l’as­sem­blée dite « consti­tuante »
maintenant.

Les états géné­raux qui se sont trans­for­més en
assem­blée consti­tuante, estiment que tout va bien.

Le roi a en effet recu­lé, on va arri­ver à faire une
constitution.

Et par consé­quent ces notables, c’est-à-dire la
richesse mobi­lière, ont l’im­pres­sion qu’ils ont gagné.

Quand brusquement, le 12 juillet 1789, le roi fait marche arrière,
renvoie Necker qui était au pouvoir et, étant financier lui-même, favorisait
les financiers.

Le roi ren­voie Necker et met à la place un
gou­ver­ne­ment que nous appel­le­rons d’ex­trême droite, avec Breteuil.

Situa­tion
dra­ma­tique. Cette fois la bour­geoi­sie pari­sienne, la grosse bour­geoi­sie, la
bour­geoi­sie d’af­faires pari­sienne, décide de se lan­cer — pas elle-même, bien
enten­du — mais de lan­cer le peuple contre la Bas­tille qui était le sym­bole même
de l’autocratie.

On
va armer le peuple. C’est très redou­table hein, et c’est dans la jour­née du 13
juillet 1789 qu’on va ouvrir les Inva­lides, où il y avait 30 000 fusils, des
canons, de la poudre, et on va dis­tri­buer des armes aux pauvres gens.

On note­ra par exemple que deux Suisses, très impor­tants, le ban­quier
Per­gaud et un autre ban­quier Gene­vois qui s’ap­pelle Delessert,

(Per­gaud c’est un Neu­châ­te­lois) sont là par­mi les gens les plus
incan­des­cents, qui ont ramas­sé des fusils et qui les dis­tri­buent aux gens qui
passent devant chez eux.

Vous avez Bos­ca­ri qui est un agent de change et un futur membre de
l’as­sem­blée légis­la­tive, agent de change, qui lui aus­si ne va pas se battre, c’est
pas conve­nable, mais dis­tri­bue des fusils.

Alors ça y est le 14 juillet, le roi a recu­lé, on a rap­pe­lé Necker, on
a gagné !

Attention ! On a gagné avec un grand risque : on a armé la plèbe.

Qu’est-ce qu’elle va faire de ces fusils ?

Alors, il faut lui reprendre ces fusils. Et on a
trou­vé un truc admi­rable, en effet qui va réus­sir tout de suite.

On avait dis­tri­bué gra­tui­te­ment ces fusils à la
petite plèbe. On va les lui rache­ter pour 40 sous.

Alors la plu­part des fusils reviennent. Vous
com­pre­nez, les gens qui avaient tou­ché un fusil pour rien, on leur dit si vous
ren­dez le fusil, vous avez 40 sous, ils rendent leur fusil.

Aux trois armées comme on a peur que ça leur ait don­né des mau­vaises
idées, on va consti­tuer tout de suite, dès le 15 juillet, ce qu’on appelle
d’a­bord une MILICE BOURGEOISE.

Puis le mot parait tout de même trop nu, on appel­le­ra ça une GARDE
NATIONALE. La garde natio­nale sera une armée
sup­plé­tive pour faire tenir tran­quille les pauvres.

Et cette garde natio­nale se crée à Paris, et se
crée aus­si en province.

Main­te­nant comme l’a fait Regal­lier, on va faire une constitution.

On a annon­cé que tous les Fran­çais deve­naient des citoyens.

Mais l’ab­bé Sieyès fait admettre une consti­tu­tion qui divi­se­ra les
fran­çais en deux classes.

Il y a ceux qui payent des impôts et ceux qui n’en payent pas.

On appel­le­ra tout le monde citoyen, pour rire,
mais il y aura les citoyens actifs et les citoyens passifs.

C’est un chef d’œuvre d’hu­mour noir d’ap­pe­ler citoyen pas­sif, puisque
le pas­sif c’est celui qui n’a pas le droit de vote !

Alors en somme il n’y a que les pos­sé­dants ou les demi-pos­sé­dants,
ceux qui ont un petit peu d’argent, qui auront le droit de vote.

C’est ça, « la constitution ».

En plus, loi Le Cha­pe­lier de 1793 (en réa­li­té
1791) : à savoir inter­dic­tion est faite, sous peine de pri­son, aux ouvriers -
aux sala­riés comme on disait déjà – de se coa­li­ser, pour je cite, pour enché­rir
leur travail.

Défense de se coa­li­ser pour enché­rir leur
tra­vail, c’est-à-dire : inter­dic­tion est faite aux sala­riés, aux pro­lé­taires,
de défendre leurs intérêts.

Et comme le 17 juillet 1791, les citoyens
pas­sifs se sont mêlés de ce qui les regar­dait pas, lorsque ce jour-là après la
fuite du roi à Varennes, ils ont deman­dé la déchéance du roi, il y avait 100 000
per­sonnes à peu près qui étaient réunies aux Champs de Mars pour signer sur un
registre, où les cor­de­liers, qui étaient des gens d’ex­trême gauche, avaient
dépo­sé une péti­tion pour que le roi soit déchu ; La Fayette, chef de la
garde natio­nale, de la garde bour­geoise, et Bailly maire de Paris, feront tirer
et sans som­ma­tion, sur ce peuple qui est là.

Vous savez c’est une date, ce 17 juillet 1791,
qu’il fau­drait ins­crire en rouge dans les livres, au moins aus­si gros que le 14
juillet.

Le 17 juillet 1791, sans som­ma­tion on fera tirer sur le peuple parce
qu’il se mêle de ce qui ne le regarde pas, en deman­dant la déchéance du roi.

On ne sau­ra jamais exac­te­ment le chiffre des tués.

Vrai­sem­bla­ble­ment près d’un millier.

Ça, c’est une leçon don­née aux petites gens qui veulent s’oc­cu­per
de la ges­tion des affaires natio­nales, qui n’ap­par­tient qu’aux possédants.

En
somme, les consti­tuants sont des Vol­tai­riens.
Com­pre­nez-moi bien, je ne parle pas du tout de
Vol­taire au sens religieux.

On en parle tout le temps mais on oublie que Vol­taire avait une
cer­taine doc­trine politique.

Et Vol­taire
avait affir­mé la doc­trine que voi­ci : « Un pays bien orga­ni­sé est celui
où le petit nombre fait tra­vailler le grand nombre, est nour­ri par lui, et le
gouverne. »

Ça, c’est une morale d’en­tre­te­nu. Eh bien, c’est la morale de la
constituante.

Il y avait un mon­sieur qui n’é­tait pas d’ac­cord. Un seul, un seul ! 

Un petit avo­caillon d’Ar­ras, qui s’ap­pe­lait Maxi­mi­lien de
Robespierre.

Il était tout seul à la consti­tuante à faire des protestations.

D’où sort-il ? C’est un gar­çon qui n’a pas eu de chance, il a per­du sa
mère tout petit. Quand il avait 9 ans son père a dis­pa­ru, on dit qu’il est allé
mou­rir à Munich, on en sait rien.

On croit qu’il était par­ti avec une femme. Tou­jours est-il que ce
petit Robes­pierre de 9 ans, est chef de famille puis­qu’il y a der­rière lui deux
sœurs et un petit gar­çon qu’on appelle en famille « bon­bon » et qui
s’ap­pelle en réa­li­té Augustin.

La chance de notre Maxi­mi­lien de Robes­pierre, c’est un oncle pater­nel
qui va obte­nir pour lui une bourse de l’é­vêque d’Arras.

C’est avec de l’argent ecclé­sias­tique qu’il va faire ses études.

Études au col­lège Louis le Grand, bonnes études, bon tra­vailleur, il
veut faire du droit.

Et à 23 ans, il va prendre la suc­ces­sion, après un inter­valle, la
suc­ces­sion de son père qui avait été avo­cat à Arras.

On a quelques des­sins de ce très jeune Robespierre.

Il a une figure pou­pine, à 23 ans il a l’air d’un gamin.

Il a des yeux un peu can­dides, il a un nez retrous­sé comme Talleyrand.

Et il n’est pas par­ti­cu­liè­re­ment ni méchant ni gen­til, enfin il est
quelconque.

C’est un gar­çon qui n’est pas inso­ciable, qui va dans les bars, qui
tourne le madri­gal comme tout le monde.

Mais on se moque un peu de lui parce qu’il a une
pas­sion : il parle tout le temps de Jean-Jacques Rousseau.

Pas de Rous­seau des confes­sions ni de la
Nou­velle Héloïse, mais le Jean-Jacques du contrat social.

Il est fou de Jean-Jacques, il vit de
Jean-Jacques, il l’a vu et il le dit à tout le monde.

Il était né en 1758, Rous­seau est mort en 1778.

En 78 Robes­pierre était encore étu­diant à Paris.

Rous­seau n’é­tait pas loin, à Erme­non­ville, chez le mar­quis de jar­din,
vous savez.

Et le petit Robes­pierre lui avait deman­dé une
audience.

Eh bien Jean-Jacques Rous­seau avait accep­té de voir
ce garçon !

Je ne pense pas qu’il avait tenu des pro­pos
sublimes, mais enfin il lui avait parlé.

Alors Robes­pierre disait « j’ai vu Jean-Jacques
Rousseau ! ».

Bon, les gens sou­riaient un peu.

Mais les gens sou­ri­ront moins lors­qu’ils ver­ront un
cer­tain trac, comme disent les gens aujourd’­hui, que Robes­pierre avait répan­du
à la fin de l’an­née 1788 lors­qu’il était can­di­dat aux états géné­raux, can­di­dat
du Tiers état.

Je vais vous lire, ce texte est tout court, la
phrase essen­tielle je vais vous la lire len­te­ment. C’est
du Robes­pierre de 1788 :

« La plus grande par­tie de nos conci­toyens – la plus grande
par­tie – est réduite par l’in­di­gence à ce suprême degré d’a­bais­se­ment, où
l’Homme, uni­que­ment occu­pé de sur­vivre, est inca­pable de réflé­chir aux causes
de sa misère et aux droits que la nature lui a donné. »

C’est ter­rible de deman­der ça, et de dire aux gens : vous allez
réflé­chir aux causes de votre misère !

Vous êtes des exploi­tés, vous êtes des mal­heu­reux, pre­nez-en
conscience !

Vous com­pre­nez que c’é­tait ter­ri­fiant. Alors un homme qui dit des
choses comme ça se fait repé­rer tout de suite.

Et même il va encore plus loin, il va pro­non­cer un mot ter­rible à la
tribune.

Il
va parler d’hypocrisie — vous m’entendez : d’hypocrisie— à propos de la
déclaration des droits de l’Homme.

Pour­quoi donc ? La décla­ra­tion des droits de
l’Homme votée à l’u­na­ni­mi­té avait pour article prin­ci­pal, vous le savez ça,
c’est assez sou­vent cité :

« Tous les Hommes naissent et demeurent libres
et égaux en droit ».

C’é­tait la grande phrase de la décla­ra­tion des
droits de l’Homme.

« Tous les Hommes naissent et demeurent libres
et égaux en droit ».

Alors Robes­pierre dit : Nous avons tous voté ça,
mais quelle appli­ca­tion en faites-vous ?

L’é­ga­li­té ? Je ne la vois pas, l’égalité !

Ces hommes qui sont tous égaux, alors pour­quoi
avez-vous dis­tin­gué les fran­çais en deux groupes : les citoyens actifs et les
citoyens pas­sifs, d’a­près leur argent.

Ils sont tous libres ? Il y a aus­si des citoyens
noirs parce que la France avait encore à ce moment-là quelques colo­nies,
sur­tout dans les Antilles.

Il avait deman­dé l’a­bo­li­tion de l’esclavage.

Le lob­by colo­nial qui était extrê­me­ment puis­sant à
la Consti­tuante avec La Fayette, entre autres, qui s’é­tait abso­lu­ment oppo­sé, la
consti­tuante avait main­te­nu l’esclavage.

Et Robes­pierre disait : Hypo­cri­sie de dire que tous
les hommes… puisque les hommes noirs vous vou­lez les lais­ser en esclavage.

Et puis il y a d’autres esclaves, qui sont pas
noirs, qui sont blancs, ce sont ces ouvriers aux­quels vous inter­di­sez de
se coa­li­ser pour défendre leur salaire.

Je dis donc le mot hypo­cri­sie parce que ni
l’é­ga­li­té, ni la liber­té, ne sont res­pec­tés par vous.

Il avait compris
aussi ce que c’était que « la fédération »
:

Si vous lisez notre ami Miche­let, vous voyez, et qui a été beau­coup
répé­té depuis : la fédé­ra­tion c’est la grande fête natio­nale française.

Ça se passe le 14 juillet 1790. Les gardes natio­nales sont venues se
ras­sem­bler à Paris.

La France prend conscience de son uni­té. Paraît-il que le patrio­tisme
est né ce jour-là.

Il
ne s’agit pas de patriotisme. Il s’agit de quoi ? Du premier congrès armé de la
bourgeoisie.

Ce sont les gardes natio­nales qui font tenir
tran­quille les pay­sans ou les ouvriers qui se sont ras­sem­blés à Paris, pour
dire : nous sommes les maîtres, nous avons les armes.

Et
Robes­pierre va dire ceci : « vous vou­lez divi­ser la nation en deux
classes, dont l’une ne sera armée que pour conte­nir l’autre. C’est aux classes
for­tu­nées que vous vou­lez trans­fé­rer la puissance ! ».

Voi­ci des mots de Robes­pierre. Alors vous pen­sez qu’il était détesté.

Un type comme Mira­beau par exemple, qui pas­sait pour un ami du peuple,
et qui était ven­du – le mot que j’emploie n’est pas un mot de polémique -.

Il était ven­du Mira­beau puisque nous connais­sons sa vente, son achat.

Ca s’est pas­sé en octobre 1789, il avait une sorte de dette comme vous
savez.

Et le roi lui avait remis ce jour-là en octobre 1789, 200 000 francs
cash, ce qui ferait un mil­lion de francs suisses aujourd’­hui (800 000 euros).

Et 6 000 francs par mois, c’est-à-dire 24 000 francs à peu près (20
000 euros). C’est pas mal quand même, 24 000 francs par mois, pour conti­nuer à
pous­ser ses coups de gueule et faire croire qu’il était à gauche, mais tou­jours
voter pour la conser­va­tion des intérêts.

Bon alors, Mira­beau détes­tait Robes­pierre, il l’a­vait repé­ré comme
extrê­me­ment dangereux.

Et comme Mira­beau était très intel­li­gent et qu’il avait le sens du
pittoresque.

Il avait trou­vé une phrase comique, mais pas mau­vaise, sur Robes­pierre,
qu’il répé­tait beau­coup : « Quand mon­sieur Robes­pierre monte à la tri­bune,
il me fait pen­ser à un chat qui a bu du vinaigre ! » disait-il.

Quel­qu’un qui n’é­tait pas bête non plus, Dieu sait : La fille Necker,
vous savez la ban­quière, enfin Madame de Staël.

Madame de Staël en 1816 dira : « Je n’ai vu qu’une fois dans ma
vie Robes­pierre, ces traits étaient ignobles, – oh non pas du tout – ces veines
étaient d’une cou­leur ver­dâtre dit-elle – et alors la suite – Il pro­fes­sait sur
l’i­né­ga­li­té des rangs et des for­tunes, les idées les plus absurdes. ».

J’ai com­pris : for­tune, ver­dâtre, etc. Bon…

Alors je vais vous citer main­te­nant un texte du jour­nal de Paris.

Il y avait quatre grands jour­naux à Paris à ce moment-là.

Le jour­nal de Paris du 28 octobre 1789.

C’est tout petit, c’est un compte-ren­du de la séance de la veille.

La séance donc du 27 octobre à l’as­sem­blée nationale.

Cette phrase est inouïe ! Elle est donc du jour­nal de Paris.

« Hier,
mon­sieur Robes­pierre, est encore mon­té à la tri­bune. On s’est rapi­de­ment aper­çu
qu’il vou­lait encore par­ler en faveur des pauvres. Et on lui a cou­pé la
parole. »

Voi­là com­ment ça s’est passé.

Alors le mal­heu­reux Robes­pierre quand il voit que
cette révo­lu­tion a pra­ti­que­ment avor­té, il s’a­per­çoit que ce qu’on a appe­lé
la révo­lu­tion fran­çaise c’est une rixe de possédants.

C’est une bagarre de nan­tis. Entre richesse
mobi­lière et richesse immo­bi­lière, mais sur le dos de ce que Vic­tor Hugo appel­le­ra
la Caria­tide, c’est-à-dire les pauvres, les pro­lé­taires, les travailleurs.

Lui il dit : Robes­pierre, cette révo­lu­tion est ratée. Espé­rons qu’elle
va reprendre sous une autre forme, et il pro­pose une mesure sui­ci­daire à
ses col­lègues les députés.

Il leur dit : Nous devrions déci­der qu’on ne va pas se pré­sen­ter à
la législative. 

Vous savez la consti­tu­tion pré­voyait qu’il y avait une chambre, qui
s’ap­pe­lait l’as­sem­blée législative.

On allait l’é­lire à la fin de l’an­née 91.

Robes­pierre espé­rant que le chan­ge­ment d’un per­son­nel poli­tique
amè­ne­rait peut-être au pou­voir des gens plus sou­cieux d’é­qui­té, dit : Nous tous
qui sommes là, on ne se repré­sen­te­ra pas aux élections.

On lais­se­ra des jeunes gens venir.

Comme il fait cette pro­po­si­tion et qu’il dit :
moi, je ne me pré­sen­te­rai pas. Les autres n’osent pas dire non, alors il est
enten­du qu’au­cun membre de l’as­sem­blée consti­tuante ne pour­ra faire par­tie de
la législative.

Oui mais enfin avec ces élec­tions qui sont
cen­si­taires, seuls les pos­sé­dants votent. Qu’est-ce que ça va donner ?

Ça va don­ner une chambre de notables. Une
chambre de grands possédants.

La légis­la­tive est immé­dia­te­ment diri­gée par un groupe de tête.

On s’a­per­çoit que ce sont les meneurs. Les types
par­ti­cu­liè­re­ment remar­quables qu’on va appe­ler les Girondins.

Pour­quoi Giron­dins ? Parce que, au départ, c’é­tait un noyau de dépu­tés
de la Gironde.

Vous savez il y avait Ver­gniaud, qui était une espèce de play­boy qui
avait beau­coup de suc­cès fémi­nin à Paris. Très beau, du reste, un admi­rable
garçon.

Il y avait un autre bor­de­lais qui s’ap­pe­lait Gua­det, qui était pas mal
mais seule­ment il par­lait du nez !

Alors on l’ap­pe­lait le canard !

Alors il y avait Gua­det et puis il y avait Gensonné.

Il y avait donc trois Bor­de­lais d’a­bord, puis à côté il y avait des
gens qu’on va appe­ler Giron­dins bien qu’ils ne fussent pas de la Gironde, parce
qu’ils pen­saient comme eux.

Il y avait le par­fu­meur Isnard qui était du Var, il y avait Bar­ba­roux,
qui n’a­vait pas de barbe, qui était marseillais.

Il y avait celui qu’on appe­lait, Dieu sait pour­quoi, le vieux Roland,
il avait 57 ans, moi je le trouve tout jeune.

Et puis il y avait le mar­quis de Condor­cet, il tenait beau­coup à se
faire appe­ler mar­quis, il disait tou­jours qu’il était un ami per­son­nel, c’é­tait
vrai, de D’Alembert.

Disons, si vous vou­lez, que c’é­tait l’en­cy­clo­pé­diste de ser­vice à la
législative.

Alors ça, c’est les Girondins.

Qu’est-ce qu’ils vont faire les Girondins ?

Ils conduisent la poli­tique fran­çaise, c’est vrai. Et la légis­la­tive
est élue pour deux ans.

Elle ne fera pas les deux ans. Elle est élue à l’au­tomne 1791 et elle
va tom­ber le 10 août 92 dans les cir­cons­tances que vous savez mais que je vais
vous rappeler.

Alors qu’est-ce qu’ils vont faire ces Giron­dins qui conduisent tout
 ?

Ils vont faire une seule chose ! Ils vont décla­rer la guerre à
l’Au­triche et à la Prusse.

Voyons là-des­sus encore, on nous dit, c’est Miche­let par exemple,
Miche­let nous dit : Pour­quoi la guerre ? Parce que les Giron­dins étaient des
hommes qui ado­raient la liberté.

Le vol­can révo­lu­tion­naire jetait ses étin­celles sur le monde entier.
Ou encore chan­geant d’i­mage : c’est l’o­céan révo­lu­tion­naire qui déborde.

Enfin soyons sérieux. Bon, alors on nous dit autre part : guerre
préventive.

Ça se fait, des guerres pré­ven­tives. On savait abso­lu­ment que les
autres allaient attaquer.

Les Autri­chiens et les Prus­siens ne pou­vaient pas tolé­rer cette France
en désordre.

Que la reine était autri­chienne et que par consé­quent son frère
l’empereur d’Au­triche n’a­vait qu’une idée, c’é­tait d’é­cra­ser les Français.

Ce n’est pas vrai ! Plus aucun his­to­rien aujourd’­hui ne
sou­tien­drait que la France était mena­cée mili­tai­re­ment à ce moment-là.

Il y avait les émi­grés bien sûr. Ils étaient envi­ron 15 000. Qui étaient
à Coblence, vous savez sur les bords du Rhin.

Ils étaient 15 000 sur les 25 mil­lions de Fran­çais. Ce n’é­tait pas
extrê­me­ment dan­ge­reux, ils fai­saient beau­coup de moulinet.

Mais ils n’é­taient redou­tables que s’ils avaient der­rière eux la
pos­si­bi­li­té d’a­voir l’ap­pui mili­taire des forces autri­chiennes et des forces
prussiennes.

Ça, c’eût été redoutable.

Mais pré­ci­sé­ment le mal­heur de ces émi­grés, c’est qu’ils ont beau
sup­plier les Autri­chiens ou les Prus­siens d’in­ter­ve­nir, les Autri­chiens et les Prus­siens
ne veulent pas intervenir !

Et même la reine Marie-Antoi­nette qui a écrit à son frère l’empereur
en lui disant : « le plus grand ser­vice que vous pour­riez nous rendre
serait de nous tom­ber immé­dia­te­ment sur le corps ».

L’empereur d’Au­triche ne veut rien entendre. Pourquoi ?

Parce que l’Au­triche et la Prusse ont leur yeux fixés sur l’Est et
non pas sur l’Ouest.

Sur l’Est, c’est-à-dire la Pologne. Vous vous rap­pe­lez le fameux
des­tin de la Pologne au 18ème siècle. Gâteau que tout le monde man­geait : non,
ils étaient trois à le manger.

Il y avait déjà eu deux « man­ge­ments » si je puis dire. Et l’Au­triche
et la Prusse regar­daient avec inquié­tude du côté de Cathe­rine II dont les dents
étaient très longues, en disant : si on n’in­ter­vient pas, elle va tout man­ger,
alors il faut qu’on garde nos sol­dats pour une inter­ven­tion mili­taire en
Pologne !

Après, on ver­ra du côté de la France…

Donc rien à faire, ils ne veulent pas s’en­ga­ger. Tout ce que les
émi­grés ont obte­nu de la Prusse et de l’Au­triche c’est la décla­ra­tion de
Pill­nitz, vous trou­vez ça dans tous les livres.

Décla­ra­tion pure­ment pla­to­nique en disant : Oui le moment venu, si
notre uni­té se consti­tue, si l’An­gle­terre – qui avait bien envie de res­ter
neutre – accepte aus­si, alors on pour­rait envi­sa­ger plus tard une inter­ven­tion
mili­taire sur la France.

Il n’y a pas de danger militaire. Alors pourquoi est-ce que
les Girondins vont faire la guerre ?

Eh bien c’est très inté­res­sant, beau­coup d’his­toires ne le disent
pas encore.

Ils vont faire la guerre pour
avoir de l’argent. Pour­quoi ?
La ban­que­route dont je vous ai
par­lé tout à l’heure, com­ment est-ce qu’on l’a­vait conjurée ?

Vous vous rap­pe­lez, à l’au­tomne 1789, la France décide de mettre la
main sur les biens du clergé.

Et je n’y vois aucun incon­vé­nient étant don­né que l’é­glise avait 3
mil­liards et demi de biens, ce qui était un peu excessif.

Alors, comme la situa­tion fran­çaise était pénible, on pre­nait la
situa­tion du clergé.

On ne pou­vait pas jeter comme ça immé­dia­te­ment sur le mar­ché, ces
trois mil­liards et demi de biens, ils en avaient fait pour la pre­mière fois
vous le savez bien, des papiers monnaie.

Qu’on appe­lait des assi­gnats : les assi­gnats étaient gagés par cette
for­tune ecclé­sias­tique deve­nue for­tune nationale.

Ça c’é­tait pas­sé à l’au­tomne 89 et nous en sommes main­te­nant à
l’au­tomne 91.

La planche aux assi­gnats a déjà tel­le­ment bien tour­né qu’il a un
mil­liard et 900 mil­lions d’as­si­gnats en circulation.

L’as­si­gnat com­mence à perdre sa valeur. C’est-à-dire qu’en 91, si vous
arri­vez dans une banque avec un assi­gnat de 100 francs et que vous deman­dez 100
francs or, on vous don­ne­ra 80 francs.

L’as­si­gnat a déjà per­du 20%. Si on conti­nue, il n’y a pas de rai­son
pour que ça s’ar­rête, si on conti­nue à faire tour­ner la planche aux assi­gnats
comme ça, dans 6 mois il n’y a plus de gage.

Par consé­quent c’est la mon­naie qui tombe. Il faut faire de l’argent !
On peut bien en trou­ver du côté du Gurin à tout prix, mais heu­reu­se­ment il y a
les Rhé­nans à côté de la France, il y a les Belges qui ont pas mal d’argent.

Eh bien on va aller prendre les biens d’autrui. C’est exactement ça,
la guerre des Girondins c’est une guerre de rapine.

Et il ne faut pas que je me mette à affir­mer des choses si affreuses
sans appor­ter immé­dia­te­ment des preuves.

Alors je vais vous les don­ner, les preuves.

14 décembre 1791, nou­veau ministre de la guerre, il s’ap­pelle
Nar­bonne, il est très bien avec les Giron­dins, Nar­bonne c’est l’a­mant numé­ro X
de madame de Staël.

Elle trou­vait plus drôle de faire l’a­mour avec un ministre, alors elle
l’a­vait fait ministre de la guerre.

Alors
le 14 décembre 1791, il est à la tri­bune ce Nar­bonne, et il dit la phrase
sui­vante. Qui est un offi­ciel, vous pou­vez véri­fier. « Il faut faire la
guerre. Le sort des créan­ciers de l’É­tat en dépend. »

Enfin, on ne peut pas être plus net, n’est-ce pas ?

Si on ne fait pas la guerre, le sort des créan­ciers de l’É­tat, il est
fichu.

Le 29 décembre 91, Bris­sot, qui est appa­ren­té comme
négrillon, appa­ren­té aux Giron­dins. Lui aus­si fait cette décla­ra­tion, écou­tez
bien : « la guerre est indis­pen­sable à nos finances et à la tran­quilli­té
intérieure. »

Je vous demande de gar­der tran­quilli­té inté­rieure dans un coin de
votre mémoire.

« Indis­pen­sable à nos finances et la tran­quilli­té intérieure ».

Il y a tou­jours ce gêneur qui est tou­jours là pour empê­cher de dan­ser
en rond. C’est Robes­pierre qui va encore faire une pro­tes­ta­tion pen­dant un mois
et demi.

Il n’est plus dépu­té puisque c’est la légis­la­tive, mais il a sa
tri­bune des Jacobins.

Décembre 91 et jan­vier 92, Robes­pierre fait une charge per­ma­nente et à
fond contre l’i­dée de la guerre.

Et qu’est-ce qu’il dit ?

Son pre­mier argu­ment c’est : si vous vou­lez faire cette guerre
d’a­gres­sion, vous vous reniez !

Pour­quoi renie­ment ? Parce que la consti­tuante, à un moment où elle
n’a­vait pas besoin d’argent, avait accep­té à l’u­na­ni­mi­té de voter une
pro­po­si­tion de Robespierre.

Ça c’é­tait pas­sé en mai 90, le 23 mai 1790 je
crois. Robes­pierre avait fait voter par la consti­tuante ceci : La nation
fran­çaise déclare solen­nel­le­ment qu’elle ne fera plus jamais de guerre
d’agression.

Ce mon­sieur Gaxotte dont je vous ai par­lé tout à l’heure, dans ce
gen­til livre sur la révo­lu­tion fran­çaise, dit : c’é­tait « une sot­tise
huma­ni­taire »
que pro­po­sait Robespierre.

Alors je vous demande de réflé­chir un ins­tant à ce qu’il se serait
pas­sé si la France réel­le­ment fait ce que Robes­pierre lui demandait.

Qu’est-ce que c’é­tait que la poli­tique inter­na­tio­nale à ce moment-là ?
Comme aujourd’­hui c’é­tait la jungle, les gros man­geant les petits.

La France – je ne suis pas par­ti­cu­liè­re­ment chau­vin – enfin la France
à ce moment-là repré­sen­tait la pre­mière nation d’Eu­rope. La plus peu­plée, 26
mil­lions d’habitants.

Celle qui était soi-disant la plus lettrée.

Eh bien, si la France avait réel­le­ment, à par­tir de 1790, avait déci­dé
que plus jamais, elle, ne ferait de guerre de conquête et de guerre
d’a­gres­sion, il me semble qu’un pas eût été accom­pli dans le sens de la
civilisation.

Bon alors, on avait voté parce qu’à ce moment-là il n’y avait pas de
pro­blème de guerre.

Mais main­te­nant que la guerre s’im­po­sait pour les rai­sons finan­cières
que vous avez vues, renie­ment ! disait Robespierre.

Vous avez pro­mis que la France n’at­ta­que­rait pas, et elle va attaquer.

Les Giron­dins disent, ce que répè­te­ra mon­sieur Miche­let : c’est « une
guerre de géné­ro­si­té »
que nous fai­sons, c’est pour répandre nos idées.

Et Robes­pierre disait : mais par­fait, envoyez donc des émis­saires
par­tout, mais n’en­voyez pas des sol­dats. Parce que per­sonne n’aime les
mis­sion­naires armés, dit-il.

Et les sol­dats qui vont arri­ver avec l’i­dée de la liber­té soi-disant
au bout de leur baïon­nette, on sait très bien ce qu’ils feront les soldats !

Ils vont tuer d’a­bord, c’est leur métier. Ils vont piller, ils vont
violer.

C’est la meilleure façon de faire détes­ter nos idées.

Troi­siè­me­ment disait Robes­pierre : avec quoi vou­lez-vous faire la
guerre ? On ne fait pas la guerre avec une armée sans cadres, et il n’y a plus
de cadres !

Quand tout à l’heure je vous par­lais émi­grés qui était 15 000, c’é­tait
quoi les émigrés ?

C’é­tait presque tous des offi­ciers. Alors je vais vous don­ner un chiffre
encore. C’é­tait sur Bona­parte que j’ai décou­vert ça.

Bona­parte était à ce moment-là lieu­te­nant au qua­trième régi­ment
d’ar­tille­rie, et j’ai vu dans la cor­res­pon­dance de Bona­parte – je vais
len­te­ment hein -

j’ai vu dans la cor­res­pon­dance de Bona­parte, que en jan­vier 91 il y
avait au qua­trième régi­ment d’ar­tille­rie 80 offi­ciers. Jan­vier, 80 officiers.

En novembre 91, il y a 14 offi­ciers. Il en reste 14 sur les 80. Ce
qu’il se pas­sait au qua­trième régi­ment d’ar­tille­rie devait se pas­ser dans des
tas de régiments.

La plu­part des offi­ciers avait émi­gré, et donc pas de cadres. Donc
Robes­pierre disait : vous faites la guerre dans des condi­tions telles que le
désastre est infaillible.

Et il ajoute, se rap­pe­lant de ce qu’il
avait vu le 17 juillet 91 quand La Fayette avait fait tirer sur le peuple
,
il dit : faites atten­tion, vous avez répar­ti les forces fran­çaises en trois
groupes.

Il y a l’ar­mée Rocham­beau, l’ar­mée La Fayette, l’ar­mée Luck­ner. Si
jamais l’ar­mée La Fayette rem­porte un suc­cès, crai­gnez que La Fayette ne
trans­forme ses sol­dats en des pré­to­riens et ne revienne sur Paris à la tête de
ses troupes pour nous impo­ser le gou­ver­ne­ment de son choix.

Qui serait la dic­ta­ture mili­taire, et dit Robes­pierre, il n’y a pas de
pire des­po­tisme que le des­po­tisme militaire.

Ce qui n’é­tait pas mal vu.

Bon, alors, main­te­nant qua­trième remarque : Il dit, ce que vous
pro­po­sez c’est une guerre de diver­sion, une guerre de diversion !

Le prix du pain avait bien bais­sé à la fin de l’an­née 89 et encore en
90, donc il n’y avait plus de pro­blème social.

Les gens man­geaient à peu près. Mais voi­là qu’en
91, le pro­blème s’é­tait de nou­veau posé. Soit que la récolte ait été
défi­ci­taire, soit que des gens aient acca­pa­ré les blés comme l’a­vait fait
Necker.

C’é­tait
une des ori­gines de sa for­tune. Necker acca­pa­rait le blé et disait : « il y
a disette » quand le prix était mon­té, et il remet­tait sur le mar­ché à un
prix supérieur.

Tou­jours est-il que les gens ne man­geaient plus en 91 ! De nou­veau,
agi­ta­tion sociale.

Bos­ca­ri, dont je vous ai par­lé tout à l’heure, l’agent de change. En
février 92, arrive les yeux hors de la tête à la tribune.

Il est main­te­nant dépu­té de la légis­la­tive, puis­qu’il n’é­tait pas
dépu­té de la constituante.

Il était en même temps com­mer­çant et agent de change. Il avait un
maga­sin d’é­pi­cier. Et il dit : il s’est pas­sé une chose épou­van­table, ce matin
des ména­gères sont entrées dans mon épi­ce­rie et ont volé des piles de savon !

C’é­tait vrai, c’é­tait des choses extrê­me­ment indignes. Il avait
annon­cé une aug­men­ta­tion mas­sive du prix du savon, et les femmes avaient pris
ça très mal, elles étaient venues voler le savon.

Ce qui était déjà très cou­pable. Mais alors ce qu’il se passe le 3
mars 92 tout à côté de Paris, c’est infi­ni­ment plus grave.

C’est à Étampes que ça se passe. Les ouvriers agri­coles d’É­tampes qui
ne mangent pas à leur faim, sont venus trou­ver le maire.

Le maire s’ap­pelle Simon­neau, c’é­tait un petit indus­triel, c’é­tait un
tanneur.

Et c’est la pre­mière fois qu’on va entendre par­ler d’un mot qui va
être si célèbre pen­dant la révo­lu­tion, ces gens demandent le MAXIMUM.

Vous savez, aujourd’­hui on dit maxi­mum mais ils disaient
« maxi­mom » alors je pro­non­ce­rai comme eux.

Ca vou­lait dire quoi le maximum ?

Ces
gens demandent une inter­ven­tion des pou­voirs publics, soit muni­ci­paux, soit
dépar­te­men­taux, soit natio­naux, pour fixer le prix de vente des pro­duits de
pre­mière nécessité.

Surtout
le prix de vente du pain. Ça c’est inqualifiable, les Girondins disent que
c’est intolérable.

Ce sont des amis de la liber­té comme vous le savez. La pre­mière
liber­té pour eux c’est la liber­té éco­no­mique, on ne doit pas inter­ve­nir sur les
marges bénéficiaires.

C’est à ce moment-là même que mon­sieur Roland, le vieux Roland dont je
vous par­lais, pro­nonce cette phrase : « Tout
ce que l’as­sem­blée – la légis­la­tive – peut faire en matière éco­no­mique, c’est
de décla­rer qu’elle n’in­ter­vien­dra jamais. »

Alors comme le maire leur dit : Non non, n’y comp­tez pas, jamais je ne
taxe­rai le pain.

Les types qui crèvent, le tue ! C’est le pre­mier mort, un des
pre­miers morts de la révolution.

Mort pour la pro­prié­té si vous voulez.

Les
Giron­dins sont com­plè­te­ment affo­lés. En se disant : Il faut faire la guerre.
Vous vous rap­pe­lez Bris­sot. La guerre est indis­pen­sable à la tran­quilli­té
intérieure. 

Puis­qu’il
y a une insur­rec­tion sociale, il faut vite vite vite dégui­ser les sol­dats en
conscrits, les jeunes gens en conscrits, les envoyer à la caserne, les envoyer
sur le front.

Parce que nous pou­vons espé­rer quelques résul­tats mili­taires, et sur­tout
cela fera une ponc­tion sur la classe ouvrière.

Et tous ces petits pro­lé­taires ne nous embê­te­rons plus puis­qu’ils
seront des soldats.

Robes­pierre l’a­vait vu, et le dit.

Cin­quiè­me­ment, dit Robes­pierre : Vous Giron­dins, qui atta­quez tout le
temps « le par­ti autri­chien » qui est aux Tuileries.

C’est vrai, il y a un par­ti autri­chien qui était le par­ti de la
reine. Vous ne voyez donc pas qu’en deman­dant la guerre, vous faites le jeu
de la cour
 ?

Miche­let en 1869, dans une post­face à son his­toire, répon­dant à une
attaque de Louis Blanc, Miche­let dira : mon­sieur Louis Blanc a repris les
calom­nies, les calom­nies de Robes­pierre contre les Giron­dins, qui soi-disant « fai­saient
le jeu de la cour ».

Miche­let n’hé­site pas à écrire : « La guerre, la cour en avait
peur, une peur effroyable »…

Alors je vais vous mon­trer la « peur effroyable » que la cour
avait de la guerre :

Vous vous rap­pe­lez déjà ce que Marie-Antoi­nette avait dit, en
deman­dant à son frère d’in­ter­ve­nir mili­tai­re­ment le plus vite possible.

Et voi­ci une phrase de Louis 16. Elle est du 14 décembre, c’est-à-dire
le même jour où il y avait le dis­cours de Nar­bonne que je vous ai cité tout à
l’heure.

Le 14 décembre 91, le roi de France, Louis 16, écri­vant à son ami le baron
de Bre­teuil qui a été ministre pen­dant deux jours, vous vous rap­pe­lez le 12, 13
et 14 juillet, et qui est main­te­nant réfu­gié à Bruxelles.

Le
14 décembre 91, le roi de France, Louis 16, écri­vant à Bre­teuil, il lui dit :
« L’é­tat phy­sique et moral de l’ar­mée fran­çaise est tel qu’elle ne peut même
pas faire six mois de campagne. »

Conclu­sion
 : il faut faire la guerre le plus vite possible !

Parce
qu’il y aura un désastre, et qu’on pour­rait réta­blir la situa­tion telle qu’elle
devait l’être en 1788.

Alors le roi va faire que les res­pon­sables de l’af­faire prennent leurs
responsabilités.

Il va appe­ler un minis­tère Giron­din. Et c’est un minis­tère Giron­din
qui, le 20 décembre 1792, va décla­rer la guerre à l’Autriche.

Le résul­tat ne s’est pas fait attendre : dès le 25, désastre. L’ar­mée
de Luck­ner, je dois vous dire entre paren­thèses que Marie-Antoi­nette par
l’in­ter­mé­diaire de son ex amant Fer­sen avait aver­ti les autri­chiens du
mouvement.

On a le petit billet où elle dit à Fer­sen : « L’ar­mée de Luck­ner
va faire mou­ve­ment, aver­tis­sez qui de droit. »

L’ar­mée de Lucker s’a­vance du côté de Tour­net. Deux régi­ments de
Dra­gons qui étaient com­man­dés par des offi­ciers qui étaient res­tés sur place,
ima­gi­nant qu’ils pour­raient rendre de meilleurs ser­vices en restant.

Deux régi­ments de Dra­gons désertent, les offi­ciers pas­sant du côté des
Autrichiens.

Les fran­çais, sans doute pour faire aimer la révo­lu­tion, brûlent les
fau­bourgs de Tour­net avant de se reti­rer. C’est si vous vou­lez « le front »,
comme on l’ap­pel­le­ra depuis, qui est ouvert.

Les Autri­chiens peuvent fon­cer sur Paris, puis­qu’il n’y a plus d’ar­mée
française.

Elle s’est vola­ti­li­sée du côté de Luck­ner. Ils n’a­vancent pas !

La reine et le roi se rongent les poings en disant : Mais la route est
libre, ils ne viennent pas !

Ils ne viennent pas parce que l’af­faire de la Pologne n’est pas encore
réglée.

Alors, faute d’in­ter­ven­tion mili­taire on peut au moins faire une
inter­ven­tion orale, et tout ce que le roi et la reine obtiennent, c’est le
fameux mani­feste de Bruns­wick.

Tous les livres d’his­toire vous en parlent.

Mani­feste de Bruns­wick : décla­ra­tion signée et rédi­gée, mais sur­tout
signée, par le chef du corps expé­di­tion­naire prus­sien, qui s’ap­pelle le duc de
Brunswick.

Avaient col­la­bo­rés à la rédac­tion de ce docu­ment : un Gene­vois qui
s’ap­pe­lait Mal­let Du Pan, je ne sais pas ce qu’il fai­sait là-dedans, mais enfin
il avait du style, alors il écrivait.

Et qu’est-ce que c’é­tait que cette déclaration ?

C’é­tait une mise en garde adres­sée aux pari­siens. « Si jamais,
avant notre arri­vée, disait les aus­tro-prus­siens, vous faites le moindre
outrage au roi et à sa famille, Paris sera livré à une totale subversion. »

C’est extrê­me­ment dan­ge­reux d’é­crire ça, puisque les enva­his­seurs annon­çaient
qu’ils avaient par­ti liée avec la cour.

Ils comp­taient sur des Fran­çais ter­ro­ri­sés, se met­tant à plat ventre
devant eux.

Le résul­tat a été une indi­gna­tion furieuse des écri­vains, en se disant
 : Enfin, ça ne pas­se­ra pas comme ça.

Et le 10 août 1792, la plèbe se jette sur les Tuileries.

Le
roi est déchu. Robespierre qui est membre de la commune insurrectionnelle fait
voter immédiatement le suffrage universel.

Alors
oui, ça, c’est la révolution.

Vous
savez quand on dit la révolution française, il ne faut pas confondre, hein.

De
89 à 92 c’est une fausse révolution, c’est la réformette dont je vous ai parlé,
la guerre des nantis.

Mais
à partir de 1792, C’EST LA révolution.

Madame de Staël s’y trom­pe­ra si peu, que
dans ses consi­dé­ra­tions sur la révo­lu­tion fran­çaise de 1816, elle écri­ra :
« Dès lors, la révo­lu­tion chan­gea d’ob­jet. Les gens de la classe ouvrière
s’i­ma­gi­nèrent que le joug de la dis­pa­ri­té des for­tunes allait ces­ser de peser
sur eux. »

Et en d’autres termes, plus ima­gi­nés, Cha­teau­briand, dira dans une
phrase trop peu citée et que je trouve admi­rable, dans les mémoires
d’outre-tombe : « à par­tir du 10 août 92, les sabots frap­paient à la porte
des gens à souliers ».

Bon, suf­frage uni­ver­sel. Qu’est-ce que peut bien être le suf­frage
uni­ver­sel dans cette France qui est presque tota­le­ment analphabète ?

Il y a 85% des Fran­çais qui ne savent ni lire ni écrire.

Par consé­quent quand on annonce : Suf­frage uni­ver­sel, et tout le monde
peut voter.

Très très peu de gens votent. Il y avait envi­ron 5 à 6 mil­lions
d’é­lec­teurs qui pou­vaient être ins­crits, qui étaient des Fran­çais qui avaient
l’âge de voter.

Il y en aura 1,3 mil­lion, pas plus, qui voteront.

La plu­part ne votent pas, ils ne com­prennent pas de quoi il s’a­git,
ces pauvres paysans.

Et ceux qui vont voter sont ceux qui sont encore dociles à leur
notable, les nou­veaux notables.

Les aris­to­crates sont par­tis, c’est les bour­geois qui ont ache­té
les châteaux.

Alors les bour­geois disent : « voi­là com­ment il faut voter ».

Résul­tat, sur les 750 membres de la nou­velle assem­blée, cette nou­velle
assem­blée qu’on aurait dû appe­ler la « Consti­tuante numé­ro deux ».

Puis­qu’une consti­tuante c’est fait pour faire une consti­tu­tion, et
qu’il y a une consti­tu­tion répu­bli­caine à faire maintenant.

Mais on n’a­vait pas encore l’i­dée de répé­ter : consti­tuante, ça
c’est réser­vé pour des conciles. De mettre un numé­ro un : Vati­can 1, Vati­can 2.

Alors on avait trou­vé, à cause de l’A­mé­ri­ca­nisme en vogue, on avait
trou­vé un mot anglais, « Conven­tion », mais les fran­çais ne savaient
pas alors ils disaient tous CONVENTION.

Alors c’est enten­du on va faire une conven­tion ! Pour les élec­tions à
la conven­tion, pour les 750 membres, alors que toute la France rurale et
arti­sa­nale vote : sur 750 membres, il y a DEUX repré­sen­tants de la classe
ouvrière :

Il y a un car­deur de laine de Reims qui s’ap­pelle Armon­ville, et un ouvrier
armu­rier de Saint-Etienne qui s’ap­pelle Noël Pointe. C’est tout.

Tout le reste c’est des bour­geois, c’est des
notables ! Avec les Giron­dins qui sont là plus viru­lents que jamais, et avec
les anciens de la consti­tuante qui cette fois ont le droit de se présenter.

Alors on voit repa­raître le Bois­sy d’An­glas, le
Sieyès… enfin tout le vieux per­son­nel est là.

Robes­pierre, qui se rend compte que c’est
extrê­me­ment dan­ge­reux et qui n’ob­tien­dra pas grand-chose, annonce que,
puis­qu’on fait une consti­tu­tion répu­bli­caine,
il
faut mettre un cer­tain article, dans cette consti­tu­tion répu­bli­caine, sur LA
PROPRIÉTÉ.

Robes­pierre et la pro­prié­té : j’ai lu dans un cer­tain nombre de livres
que Robes­pierre était un pré-communiste.

Moi je croyais que le com­mu­niste, c’é­tait un col­lec­ti­visme,
c’est-à-dire que c’est la nation qui s’empare des élé­ments de production.

JAMAIS
Robes­pierre n’a son­gé à ça ! Robes­pierre est Rous­seauiste ; si vous avez lu le
contrat social, qui de ce côté-là est assez enfan­tin, l’i­dée sociale de
Rous­seau c’est : répar­ti­tion assez équi­table des pro­prié­tés, que cha­cun ait son
petit lopin de terre.

Eh
ben c’est ça, la pen­sée de Robes­pierre. Seule­ment si Robes­pierre n’est en rien
col­lec­ti­viste, il dit que l style=‘color:red’>a pro­prié­té doit connaitre DES LIMITES.

Alors dans un cer­tains dis­cours il déclare ceci : « Il y a dans
votre décla­ra­tion des droits de l’Homme, un adjec­tif inédit.

Et il a rai­son : la décla­ra­tion des droits de l’Homme a pro­pos de la
pro­prié­té, avait dit : la pro­prié­té est INVIOLABLE, soit, ET SACRÉE !

Ah, c’é­tait la pre­mière fois qu’on employait un mot reli­gieux pour la
pro­prié­té. Mais je vous l’ai dit déjà les consti­tuants étaient des gens
posi­tifs, des vol­tai­riens, qui savaient dis­tin­guer ce qui est réel et ce qui
est irréel.

Alors les choses sacrées, de reli­gieux ça n’a­vait pas de consis­tance.
La pro­prié­té, ça c’est une chose res­pec­table, donc on va mettre « sacré ».

Robes­pierre dit : « vous avez décla­ré que la pro­prié­té était
sacrée, deman­dez donc À UN NÉGRIER puisque vous n’a­vez pas vou­lu abo­lir
l’es­cla­vage, deman­dez à un négrier sa pro­prié­té, il va vous mon­trer, vous
dési­gner du doigt un bateau.

Non je me trompe, dit Robes­pierre. Un vais­seau flot­tant, un cer­cueil
flot­tant. Un cer­cueil flot­tant plein de femmes et d’en­fants, d’hommes et d’en­fants
à la peau noire. Et il vous dira en toute conscience et appuyé par vous-même :
ceci est ma pro­prié­té. Ma pro­prié­té sacrée. »

Robes­pierre dit : « Vous savez que ce n’est pas pos­sible, on ne
peut pas être pro­prié­taire d’êtres humains. Donc vous voyez qu’il y a une
limite à la propriété.

Et de même que la limite de la liber­té c’est la liber­té d’au­trui. De
même la limite de la pro­prié­té c’est la vie ou la digni­té d’autrui.

Je demande donc que la
consti­tu­tion répu­bli­caine marque telle limite au droit de propriété. »

Hur­le­ment, voci­fé­ra­tion ! Immé­dia­te­ment Barère
pro­pose : « peine de mort pour… » (les Giron­dins aimaient beau­coup
jon­gler avec ce mot)

« Peine de mort pour qui­conque pro­po­se­ra une
loi atten­ta­trice à la pro­prié­té indi­vi­duelle ou commerciale. »

Ça, il ne l’ou­bliait pas : « ou commerciale ».

Et comme on arrive à l’an­ni­ver­saire de la mort de Simon­neau, vous
savez le pauvre tan­neur qui s’é­tait fait liqui­der l’an­née pré­cé­dente, les
Giron­dins orga­nisent une grande fête, qu’on va appe­ler la « fête des lois ».

Fête des lois ou fête des morts, enfin en l’hon­neur du mar­tyr de la
propriété.

Et pour ce jour-là, les Giron­dins ont fait modi­fier
l’é­cus­son répu­bli­cain, qui depuis sep­tembre 92 était : « liber­té,
éga­li­té, fra­ter­ni­té ».

Fra­ter­ni­té c’est un mot de trop => les Giron­dins met­tront
sur les écus­sons ce jour-là : « LIBERTÉ, ÉGALITÉ, PROPRIÉTÉ ! » Â Â style=‘font-size:14.0pt;line-height:115%;color:black’>[éclats de rires dans la
salle]

Et à partir du mois de mai 1793, c’est une offensive,
suivez-moi bien, une offensive des Girondins pour appeler la province à se
lever contre Paris
.

Pour­quoi ? Parce que Robes­pierre est dépu­té de Paris. Parce que dans
les élec­tions pour la conven­tion, si des élec­tions ont été par­faites de
notables très assou­pis à tra­vers toute la France, la dépu­ta­tion pari­sienne est
entiè­re­ment, comme nous dirions aujourd’­hui, d’ex­trême gauche :

Il y a là Robes­pierre, il y a là Marat, il y a Dan­ton dont je par­le­rai
tout à l’heure.

Enfin, des gens redou­tables. C’est pour­quoi les Giron­dins disent :
il faut appe­ler la pro­vince au secours de ce Paris qui est menacé.

Et le 8 mai 1793, Ver­gniaud monte à la tri­bune, jette son pre­mier
appel de guerre civile.

Ver­gniaud dit : « Habi­tants de la Gironde, levez-vous ! »

« Il n’y a plus une minute à perdre, sous peine de voir les bases
de la socié­té se dissoudre. »

Cam­bon, qui est à la fois dépu­té et indus­triel du midi, Cam­bon fait à
la tri­bune une décla­ra­tion paral­lèle : « Géné­reuse popu­la­tion du midi,
levez-vous ! »

Ça va abou­tir à la décla­ra­tion d’Is­nard (le par­fu­meur Giron­din) du 25
mai 1793, où Isnard à la tri­bune va faire son petit Brunswick.

Vous vous rap­pe­lez, Bruns­wick le Prus­sien, qui avait dit : « si
les pari­siens ne sont pas sages, Paris sera livré à une totale subversion ».

Et lui, Isnard, qui est cepen­dant, je le croyais,
un Fran­çais, va dire : « si la popu­la­tion de paris se mêle du MOINDRE
ATTENTAT à l’é­gard de la PROPRIÉTÉ, Paris sera DÉTRUIT par les forces provinciales. »

Puis comme il a le sens du pit­to­resque : « Et
bien­tôt, dit-il, le voya­geur des bords de la Seine se deman­de­ra si jamais une
ville s’est éle­vée là. »

Alors Robes­pierre, qui a com­pris, le
soir-même aux Jaco­bins, dit : « c’est clair, la situa­tion est main­te­nant entre
les sans-culottes et les culottes dorées. J’ap­pelle le peuple à l’insurrection. »

Et le 31 mai, la foule entoure la conven­tion, exi­geant la
dis­pa­ri­tion de 32 dépu­tés Girondins.

Miche­let déchire ses vête­ments en racon­tant ça, en disant « c’est
un attentat ».

C’est vrai, c’est par­fai­te­ment vrai. C’est extrê­me­ment illégal :

Ce sont les repré­sen­tants de la nation. La nation n’a pas voté, elle
aurait dû voter.

Et c’est une toute petite par­tie de la plèbe pari­sienne qui se mêle de
dire : nous por­tons atteinte au suf­frage uni­ver­sel, et nous vou­lons l’ex­pul­sion
de 32 députés.

Lamar­tine, qui ne passe pas pour un esprit violent, Lamar­tine dans son
his­toire des Giron­dins dira : « oui c’est vrai, c’é­tait par­fai­te­ment
illégal.

Mais il y a des morts, il y a des cas, il y a des heures, où il n’est
plus ques­tion de léga­li­té ou d’illé­ga­li­té, il y a des heures de vie ou de mort
 ! », a dit Lamartine.

Or,
le 31 mai 1793, la situa­tion de la France était telle que, si on n’a­vait pas agi
CONTRE LES FAUTEURS DE GUERRE CIVILE, puisque les Giron­dins appe­laient à la
guerre civile, c’é­tait non seule­ment la fin de la Répu­blique mais aus­si la fin
de la France. Signé Lamartine.

D’ailleurs il y a des exci­tés comme Hebert, vous savez Hebert qui
diri­geait le « Père Duchesne » un jour­nal qui est assez désho­no­rant,
dont Jau­rès dans son his­toire socia­liste de la révo­lu­tion fran­çaise dira : « si
la révo­lu­tion avait pu être désho­no­rée, elle l’eût été par Hebert ».

Hebert deman­dait du sang. Il deman­dait qu’on
tuât ces députés.

Et c’est Robes­pierre (et Cou­thon du reste) qui
s’y était abso­lu­ment oppo­sé en disant : « Ah non sur­tout pas, pas une
goutte de sang ! Je ne demande même pas qu’on les mette en prison. »

Robes­pierre disait : nous les excluons. Ce qui est déjà très raide.

32 dépu­tés qui sont exclus. On leur deman­de­ra sim­ple­ment de don­ner
leur parole d’hon­neur qu’ils ne quit­te­ront pas leur maison.

Pour les aider à tenir leur parole d’hon­neur, on met­tra un gen­darme
dans la mai­son, mais enfin ils seront là, tran­quille­ment chez eux.

C’est vrai que Lamar­tine a rai­son : il faut que je vous rap­pelle la
situa­tion de la France à ce moment-là.

C’é­tait une des pires que mon pays ait jamais connu.

Robes­pierre s’é­tait méfié des géné­raux, et il
avait quelque rai­son parce que La Fayette, qui com­man­dait un des trois corps
d’ar­mée, quand il avait vu arri­ver le 12 août, c’est-à-dire la répu­blique,
avait trou­vé cette répu­blique inacceptable.

Et le 19 août 92, donc 9 jours après
l’in­sur­rec­tion pari­sienne, ce chef de corps d’ar­mée fran­çaise avait déserté.

[La Fayette] était pas­sé de l’autre côté, il
n’a­vait pas offert ses ser­vices à l’en­ne­mi mais il dit : « je ne me bats
plus, je ne veux plus défendre un pays qui ne m’in­té­resse pas ».

Mais Dumou­riez, l’an­née sui­vante, avait fait
bien pire : le 4 avril 1793, Dumou­riez qui, lui, n’é­tait pas seule­ment
res­pon­sable, comme La Fayette, d’une par­tie du front, mais de TOUT le front
français,

après l’é­chec qu’il avait subi le 18 mars à
Neer­win­den, était pas­sé DU CÔTÉ des Autrichiens !

Entrai­nant avec lui tout son état-major dans
lequel il y avait un cer­tain petit duc de Chartres qui devien­dra
Louis-Philippe.

(L’en­trée du roi Louis Phi­lippe dans la
poli­tique fran­çaise c’est sa tra­hi­son avec Dumouriez.)

Tou­jours est-il que Dumou­riez est pas­sé de
l’autre côté et a OFFERT SES SERVICES à l’envahisseur.

Qui du reste ne l’u­ti­li­se­ra pas. On ne le ver­ra repa­raitre que
beau­coup plus tard.

Le front était cre­vé et à ce moment-là l’af­faire de Pologne était
réglée.

Cette fois les Aus­tro-Prus­siens vont avancer.

Bon alors, Péril survint.

Deuxiè­me­ment, le 10 mars 93 – et je vous explique la situa­tion fin
mai, début juin, hein – le 10 mars 93, tous les dépar­te­ments de l’ouest avaient
pris feu.

C’est ce qu’on appelle d’un mot sim­pli­fiant la Ven­dée, l’in­sur­rec­tion
de Vendée.

Or vous savez où ça se trouve la Ven­dée, à un cer­tain point fran­çais.
En réa­li­té c’est la Bre­tagne aussi.

Il fau­drait dire Bre­tagne et Ven­dée qui avaient pris feu.

Là je tiens à vous dire très rapi­de­ment une rectification.

J’ai long­temps vécu sur l’i­dée que c’é­tait une insur­rec­tion RELIGIEUSE.

Que ces ven­déens et ces bre­tons étaient des gens extrê­me­ment
catho­liques, qu’ils ne pou­vaient pas tolé­rer la poli­tique anti­re­li­gieuse de la
conven­tion et qu’ils avaient pris feu.

Effec­ti­ve­ment, ils vont consti­tuer une armée qu’on appel­le­ra la grande
armée catho­lique et royale.

Ce n’est pas vrai. Ça ne s’est pas pas­sé comme
ça.

Il n’y avait plus de per­sé­cu­tion reli­gieuse en
1793, à cause de Robespierre !

Robes­pierre était franc-maçon, il était non-catho­lique. Mais il ne
vou­lait pas qu’on per­sé­cu­tât qui­conque pour ses opi­nions religieuses.

En revanche, en 90, 91, 92, il y avait eu de la
per­sé­cu­tion reli­gieuse, quand on avait déci­dé la CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ.

Et autant je vous ai dit tout à l’heure que je
trou­vais nor­mal que la nation prenne les 3 mil­liards et demi de biens du
cler­gé, autant je trouve par­fai­te­ment anor­mal que des laïcs sans man­dat
décident une réforme de l’Église.

Ça ne les regarde pas : il fal­lait au moins
consul­ter le pape ou au moins les fidèles.

Pas du tout, les consti­tuants avaient dit : ça se pas­se­ra comme ça et
comme ça.

Alors il y avait la moi­tié du cler­gé fran­çais qui n’a­vait
pas mar­ché, on appelle ça « les prêtres réfrac­taires », et je vous
assure que LES GIRONDINS QUI ÉTAIENT FURIEUSEMENT
ANTIRELIGIEUX avaient pous­sé avec vio­lence à la per­sé­cu­tion antireligieuse.

Est-ce que les ven­déens avaient bou­gé ?
Abso­lu­ment pas.

Et c’est maintenant qu’on ne persécute plus les prêtres que les Vendéens
bougent. Pourquoi ?

Parce que je vous l’ai dit, c’est le 1er mars 93
que les Autri­chiens ont enfon­cé le front français.

Parce que le ter­ri­toire fran­çais est mena­cé, parce
que la conven­tion vient de deman­der une levée géné­rale, on n’ose pas encore
par­ler de conscrip­tion, mais on dit il faut que tout le monde défende le sol
national, 

Et quand on demande aux pay­sans de Bre­tagne ou
de Ven­dée de prendre les armes pour aller défendre cette fron­tière de l’Est,
ils ne savent même pas où c’est.

Pas question ! La Vendée et la Bretagne se peuplent d’objecteurs de
conscience,
des gens qui ne veulent pas marcher, qui ne veulent pas aller se battre.

Tou­jours est-il que ces dépar­te­ments seront à feu et à sang.

Et les Giron­dins ? Il y a Ver­gniaud et quelques autres qui étaient
d’hon­nêtes gens.

Qui ayant don­né leur parole d’hon­neur, ont main­te­nu leur parole
d’hon­neur, ont pas bougé.

(D’ailleurs ça leur cou­te­ra la tête.)

Mais la plu­part des autres sont par­tis. Et qu’est-ce qu’ils ont fait ?

Les Girondins ont eu à ce moment-là partie liée avec les royalistes
et ont mis en insurrection tous les départements où ils étaient importants.

Si bien qu’au 1er juin 1793, 60 départements sur les 90 départements
français sont en état d’insurrection.

Vous voyez la gra­vi­té de la situation.

Il y a quel­qu’un à ce moment-là qui est très impor­tant et dont je ne
vous ai pas encore par­lé, c’est Danton.

J’en ai pas encore par­lé parce que je le réser­vais pour main­te­nant et
c’est en effet à par­tir de 93 qu’il va avoir un grand rôle.

Autant Robes­pierre était un fana­tique, qui avait une cer­taine idée,
une doc­trine quoi, une doc­trine sociale,

autant il est impos­sible de savoir quelles sont les idées
poli­tiques de Danton.

Dan­ton n’en a pas. Dan­ton c’est un opportuniste.

Dan­ton, c’est quel­qu’un qui a fait un riche mariage, il a épou­sé une caba­re­tière
de Paris qui avait une pro­prié­té à Sèvres, enfin un mon­sieur opulent.

Il ne sort pas de rien, lui : le petit Robes­pierre
avait pas le sou, tan­dis que Dan­ton, son père, qui était pro­cu­reur à
Arcis-sur-Aube, avait déjà une cer­taine for­tune, et on voit Dan­ton
consi­dé­rer sur­tout la révo­lu­tion comme une occa­sion d’a­van­ce­ment personnel.

Je dirais si vous vou­lez : « eau trouble,
bonne pêche »
.

Et effec­ti­ve­ment, Dan­ton qui est un dis­ciple de
Mira­beau, va être, lui aus­si, ACHETÉ.

Ne croyez pas que je fais de la polé­mique. Preuve :

Le 10 mars 91, Mira­beau est encore vivant et il n’en a plus pour
longtemps.

Vous savez, il va mou­rir le 2 avril, (il va mou­rir entre deux putains

—enfin, on meurt comme on peut—) [rires], mais il était encore vivant
le 10 avril (erreur : le 10 mars)

Le 10 avril 91 (idem, c’est le 10 mars), Mira­beau écri­vait à Lamarque.

Lamarque c’é­tait un mon­sieur, un Belge du reste, qui était char­gé par
le roi de gérer sa liste civile.

Le roi avait une telle liste civile, 25 mil­lions de l’é­poque ça fait
plus de 100 mil­lions d’au­jourd’­hui, ça fait pas mal.

Alors avec cette liste civile, il pou­vait se payer des collaborateurs.

Mais évi­dem­ment, plus les consciences étaient éle­vées, plus le prix
était cher.

(Vous avez vu ce qu’a­vait cou­té la conscience de Mira­beau, hein, à peu
près 1 million, )

Alors le 10 mars 91, Mira­beau écri­vait à
Lamarque : « Selon vos ins­truc­tions, hier – 9 mars 91 – j’ai remis 30 000
livres à mon­sieur Danton »

Donc
Danton est acheté par la cour en secret.

et c’est là où vous savez, on me dit « vous êtes l’homme des
petits papiers, il ne faut pas regar­der ça »

Les petits papiers ça apprend des tas de choses. Et mon­sieur Mathiez
avait été voir les petits papiers d’Ar­cis-sur-Aube, là où Dan­ton avait ses
ori­gines fami­liales, et il a trou­vé qu’à la fin de l’an­née 91 et au début de
l’an­née 92, Dan­ton s’é­tait très joli­ment arron­di.

Il avait ache­té l’an­cien prieu­ré ecclé­sias­tique de Nui­se­ment, il avait
ache­té Saint-Jean du Désert, il avait ache­té une magni­fique gen­til­hom­mière au
centre d’Ar­cis-sur-Aube avec de vastes com­muns, de grandes dépen­dances et un
beau parc, juste à côté du pont d’Arcis-sur-Aube.

Enfin, la révo­lu­tion rap­por­tait. On sait par Alexandre Lameth dans les
mémoires parues sur la res­tau­ra­tion que Dan­ton
disait poli­ti­que­ment comme ceci : « Je déteste leur sale démo­cra­tie – à
pro­pos de Robes­pierre, sale démo­cra­tie – je ne veux pas de leur répu­blique de
wisigoths »

Voi­là la poli­tique Dan­ton. Dan­ton était très
inté­res­sé par les affaires de four­ni­tures mili­taires,
aujourd’­hui c’est fini on ne s’en­ri­chit plus dans les four­ni­tures mili­taires [rires],
mais à ce moment-là vous n’i­ma­gi­nez pas ce qu’on se faisait.

Il y avait un cer­tain abbé, l’ab­bé d’Es­pa­gnac, dont
mon­sieur Mathiez a sui­vi les comportements.

L’ab­bé d’Es­pa­gnac était un four­nis­seur
mili­taire, se fai­sait – sui­vez-moi je vais vous dire les chiffres four­nis par
mon­sieur Mathiez – se fai­sait de 5 À 6 MILLIONS DE L’ÉPOQUE, il se fai­sait
jamais payer en assi­gnats, tou­jours en numé­raire, 5 à 6 mil­lions PAR MOIS de
béné­fices dans les four­ni­tures militaires.

C’é­tait le meilleur ami de Dan­ton, et Dan­ton ne le
quit­tait pas.

Et dès que Dumou­riez était entré en Bel­gique, Dan­ton et Dumou­riez
étaient en che­ville, Dan­ton fai­sait des voyages per­ma­nents entre la Bel­gique et
la France, il avait eu un inci­dent à Béthune un jour où il ren­trait dans sa
petite calèche per­son­nelle sui­vie de deux four­gons, des doua­niers incon­ve­nants
lui avait deman­dé d’ou­vrir les four­gons, on avait trou­vé un four­gon plein de
den­telles, un autre four­gon qui était plein d’argenterie.

« Qu’est-ce que c’est ? » Dan­ton avait dit : « ça, c’est
des biens nationaux ! »

Ah bon… « bien nationaux… »

Alors il était ren­tré, et cet homme avait déci­dé que la situa­tion
deve­nant très dra­ma­tique, et allant deve­nir très dra­ma­tique, il était impor­tant
peut-être qu’il en profitât.

Alors il s’é­tait fait nom­mer au Comi­té de Salut Public, que l’on avait
créé le 6 avril 93, et il était deve­nu pra­ti­que­ment le per­son­nage le plus
important.

En avril, hein : avril 93.

Mais cette situa­tion dra­ma­tique qu’il avait espé­ré maî­tri­ser deve­nait
de plus en plus dra­ma­tique, si bien qu’au renou­vel­le­ment, — style=‘background:#FFFF99’>le  renou­vel­le­ment était men­suel, chose que j’ai
long­temps igno­rée : LE COMITÉ DE SALUT PUBLIC EST RENOUVELÉ MOIS PAR MOIS.

Quand on nous dit qu’il a une dic­ta­ture : minute !
Il a une dic­ta­ture morale, mais il est per­pé­tuel­le­ment contrô­lé par la conven­tion
puisque tous les mois il est ou recon­duit ou changé.

Le 10 juillet 93, il y a renou­vel­le­ment du Comi­té De Salut Public.

La
situation est devenue tellement tragique, que Danton se dit : il vaut peut-être
mieux que je m’esquive, que je me place dans la coulisse.

Il peut pas le dire ouver­te­ment, il a son idée der­rière la tête, et il
explique à ses cama­rades, c’é­tait un homme vous savez très jovial qui tapait
sur le ventre de tout le monde, qui les tutoyait, qui racon­tait beau­coup
d’his­toires gra­ve­leuses, enfin il avait une grande popularité.

Et il venait de se rema­rier. Il avait per­du sa pre­mière femme, la caba­re­tière,
en février 93. Il avait d’elle deux enfants qu’il ado­rait, il aimait beau­coup
ses gosses, il aimait beau­coup sa femme.

Il la trom­pait tout le temps mais il l’ai­mait bien. Enfin elle était
morte en février 93 et Dan­ton est pas quel­qu’un qui peut sup­por­ter un long
veu­vage si bien que, veuf en février, il se rema­rie en juin,

Il la prend plus jeune, elle a 15 ans et demi, et il explique à ses
cama­rades, il explique à ses amis de la conven­tion, jouis­sant de la popu­la­ri­té
que vous lui connais­sez, il dit : « écou­tez tout de même, enfin, je viens
de me marier, elle a 15 ans et demie, j’ai des tas de choses à lui apprendre,
vous allez me don­ner un petit congé ! »

Alors tout le monde dit : « oui Dan­ton, bien sûr » [rires]. Ça
y est il part, le 10 juillet 93, il n’est plus au pouvoir.

Et Dan­ton
a dit : « le seul qui soit digne de me rem­pla­cer, c’est Robespierre. »

C’est un beau cadeau à faire à Robes­pierre
que lui confier le pou­voir dans une situa­tion pareille.

Robes­pierre se dérobe, il refuse
d’en­trer au Comi­té De Salut Public.
Il y a peut-être une rai­son de
peur, oui, parce que la situa­tion était trop dra­ma­tique, mais il y avait une
autre rai­son que je n’ai apprise que dans le livre de Mas­sin, qui est
extrê­me­ment éclai­rant : c’est LA SANTÉ de Robespierre :

Je crois, il me semble bien, que Robes­pierre devait être un
tuberculeux.

Le 12 juin, aux Jaco­bins, il avait dit : « je crois que je vais
démissionner. »

Il y a 5 ans que cet homme était sur la brèche, il était tout le temps
fiévreux.

« Je n’ai plus la force de conti­nuer mon tra­vail » avait-il
dit.

Le 12 juin. Puis il avait fini par ne pas don­ner sa démis­sion, il
refuse d’en­trer au pou­voir le 10 juillet. Il a honte.

Et le 27 juillet, une vacance vient de se pro­duire, un nom­mé Gas­pa­rin s’est
reti­ré du Comi­té De Salut Public.

Tout le monde à l’As­sem­blée crie « allez Robes­pierre, à vous
 ! » il y entre.

Il va rejoindre les trois qu’il avait délé­gués avant lui, c’é­tait
Cou­thon, c’é­tait Saint-Just et c’é­tait le bon Saint-André. Le pas­teur Bon Saint
André qui est un homme très remar­quable et sur lequel il n’y a pas encore
d’é­tudes suffisantes.

Il va rejoindre ses cama­rades au Comi­té De Salut Public le 27 juillet
93, et peut-être savez-vous déjà que, quand on va le tuer, le 9 ther­mi­dor,
c’est le 27 juillet 94.

Donc quand Robes­pierre entre au pou­voir, il a très exac­te­ment 1 an à
vivre, et pas un jour de plus.

Alors c’est peut-être le moment de regar­der d’un peu plus près ce
grin­ga­let aux yeux pâles.

Eh bien il habite chez un menui­sier, Duplay, vous savez c’est à par­tir
d’oc­tobre 91 qu’il est là.

Les Duplay, papa Duplay, maman Duplay, deux filles Duplay et un gar­çon
qui s’é­tait enga­gé et qui avait déjà une jambe de bois, disaient à Robes­pierre
pour lequel ils avaient une estime pas­sion­née : « Robes­pierre, venez chez
nous. »

Robes­pierre a dit : « Oui oui, si vous vou­lez, mais alors je paie. »

« Oh, pas ques­tion ! » avait dit Duplay, « quel honneur ».

Et en effet les Duplay n’é­taient pas pauvres. On dit menui­sier c’est
vrai, mais c’é­tait pas un arti­san menui­sier, c’é­tait un patron menui­sier qui
avait 8 ouvriers.

Alors Robes­pierre accepte d’al­ler vivre chez eux À CONDITION DE PAYER
son entretien.

Ils sont très embê­tés, les deux, mais Robes­pierre paie­ra, il y tient.

Il s’est logé tout au som­met de la mai­son, sa petite chambre, c’est
une espèce de cellule.

Vous savez, c’est une chambre man­sar­dée, donne sur la cour inté­rieure,
ça sent le sapin.

Il y a tout le temps du bois qui sèche là-dedans. Et ameu­ble­ment
misé­rable, volon­tai­re­ment du reste, il y a deux tré­teaux sur les­quels il y a
une planche de sapin où il travaille.

Il a fait mettre des rayons pour ses bou­quins et il y a un lit de fer
dans un coin.

C’est ça la chambre de Robes­pierre. Il est vrai qu’il y a des tas de
des­sins de lui, ce qui per­met de dire à ses adver­saires : il était nar­cis­siste,
il se contem­plait tout le temps.

Mais non, c’est maman Duplay, en tout bien tout hon­neur, qui était
pas­sion­née de lui, et qui tapis­sait sa chambre d’i­mages de lui qu’on ven­dait
dans les rues !

Oh peut-être qu’il y trou­vait plai­sir, mais c’est vrai, c’est maman
Duplay.

C’est un gar­çon qui n’a pas de femme dans sa vie, et ça amuse beau­coup
Danton.

Déjà Dan­ton savait que Robes­pierre tenait à payer sa pension.

Et Dan­ton avait uti­li­sé cette char­mante for­mule : « on dirait que
l’argent lui fai­sait peur ! ».

À Dan­ton, ça lui fai­sait pas peur du tout. Enfin Robes­pierre tenait…

Alors, quand Dan­ton avait su qu’on avait beau sur­veiller Robes­pierre,
il n’a­vait pas de maitresse.

Pour­tant il y avait les deux filles Duplay. Il y en a une qui va
épou­ser un ami de Robes­pierre, dépu­té du Nord comme lui, qui s’ap­pe­lait Lebas.

ça c’est Eli­sa­beth, et puis il y avait Éléo­nore qui je crois était
assez amou­reuse de Robespierre.

Maman Duplay aurait été folle de joie d’a­voir Robes­pierre pour gendre,
elle lui pré­sen­tait tou­jours son Éléonore.

Et d’a­près les mémoires de Robes­pierre, il aurait dit un moment que,
peut-être, peut-être, il se marie­rait APRÈS, disait-il.

Et je suis convain­cu que, quand il disait « après », il
men­tait. Il sen­tait qu’il n’y aurait pas d’après.

Ou bien qu’il allait y perdre la vie, ou bien qu’il allait mou­rir de
sa tuberculose.

Ah, au moment où j’en
suis venu de la vie vous savez, je crois com­prendre main­te­nant ce que c’est que
les obsé­dés sexuels.

C’est les gens qui n’ont
pas connu une ten­ta­tion plus grande.

Je vois par exemple un
homme comme Lamar­tine, que j’ai bien étu­dié, un homme comme Jau­rès que j’ai
bien étu­dié, il n’y a pas de femmes dans leur vie.

Parce que quand un type
est PASSIONNÉ PAR UNE IDÉE au point où l’é­tait Robes­pierre, c’est ça qui compte
le plus.

Robes­pierre c’é­tait
quel­qu’un qui croyait à ce qu’il disait
, et même c’est une phrase bien
amu­sante de Mira­beau contre lui que j’a­vais réser­vée pour tout à l’heure pour
vous la citer maintenant.

Mira­beau
avait osé dire avec un incroyable cynisme : « Mon­sieur De Robes­pierre est
dis­qua­li­fié pour la poli­tique car il croit tout ce qu’il dit » disait
Mira­beau [rires].

Eh bien c’est vrai.
C’é­tait un homme qui avait une grande idée, l’i­dée que PERSONNE NE S’OCCUPE DES
ÉCRASÉS, DES HUMILIÉS, DES DÉSHÉRITÉS, eh bien moi, Robes­pierre je vou­drais le
faire.

Bien. Qu’est-ce qu’il va faire ? Il va en remettre un coup je vous
assure.

Il va com­men­cer, il avait déjà deman­dé à Cou­thon et
à ses cama­rades, par L’ABOLITION DES DROITS FÉODAUX.

Alors vous devez dire que je déraille, étant don­né que cha­cun sait que
les droits féo­daux c’est la nuit du 4 août où ils ont été abolis.

Il faut lire, je vous le recom­mande, la page de mon­sieur Miche­let à ce
propos.

C’est magni­fique, jamais il n’a été plus beau, il est sai­si de
trans­port lyrique, il finit par crier : « il n’y avait à ce moment-là plus
de classes en France, rien que des fran­çais à part entière, vive la France
 ! »

C’est dans le texte de Michelet.

Vous savez ce qui c’é­tait pas­sé en véri­té, il y
avait un cer­tain nombre de châ­teaux qui s’é­taient mis à bru­ler, parce que les
pay­sans avaient envoyé des délé­gués, états géné­raux ils n’y com­pre­naient pas grand-chose.

Mais il y avait DEUX CHOSES qui les
inté­res­saient, c’é­tait de NE PLUS PAYER LES DIMES ECCLÉSIASTIQUES et de NE PLUS
PAYER LES DROITS FÉODAUX.

Les dépu­tés étaient réunis depuis le 5 mai. Après
le 14 juillet où ils ont su qu’il s’é­tait pas­sé de drôles de choses à Paris,
les pay­sans de cer­taines régions s’im­pa­tientent et disent : et nos dimes ? quoi,
et nos droits féodaux ?

Comme ils voient que rien ne se passe, ils mettent
le feu à un cer­tain nombre de châ­teau, et même de châ­te­lains, enfin…

Épou­vante à la consti­tuante. Alors dans la nuit
du 4 août, comme on sait que ça flambe un peu par­tout, et qu’il faut jeter sur
ce feu non certes de l’huile mais de l’eau, il y a le duc d’Ai­guillon qui va
mon­ter à la tri­bune et faire une grande décla­ra­tion en disant :
« L’a­ris­to­cra­tie est PRÊTE À renon­cer à ses droits féodaux ».

Ce qui fait que les jour­naux le len­de­main, avec
des man­chettes (il n’y en avait pas à l’é­poque mais enfin en gros carac­tères),
vont dire : l’a­ris­to­cra­tie est prête à RENONCER à ses droits féodaux.

Et tout le monde CROIT que ce jour-là l’aristocratie y avait RENONCÉ.

Mais il faut regar­der le texte : qu’est-ce qu’il
avait dit le duc d’Ai­guillon (et aus­si le duc de Noailles qui avait par­lé ce
jour-là) ? 

Il avait dit : « Nous sommes prêts à envi­sa­ger
de renon­cer à nos droits féo­daux SI ON NOUS LES RACHÈTE AU DENIER TRENTE ».

Ce qui pour moi était du chi­nois. Le denier
trente ça vou­lait dire : « Si un pay­san vient demain chez nous, AVEC
TRENTE ANNUITÉS DE DROITS FÉODAUX
, eh ben c’est fini il ne paye­ra plus
jamais. »

Vous voyez un pay­san en France s’a­me­ner avec trente
annui­tés de droits féodaux ?!

C’était une énorme plaisanterie ! Mais ça avait FAIT CROIRE aux
paysans que les droits féodaux étaient supprimés.

Si bien que les châ­teaux ne bru­laient plus, enfin
une cer­taine tran­quilli­té était venue.

Mais les aris­to­crates conti­nuaient (ou les
suc­ces­seurs des aris­to­crates conti­nuaient) à deman­der leurs droits féodaux.

Alors, Robes­pierre, main­te­nant au pou­voir, dit :
Abo­li­tion des droits féo­daux, plus de rachat, abo­li­tion. Un.

Deux : il vou­drait bien faire réta­blir LE
MAXIMUM.

Mais com­ment vou­lez-vous qu’on fasse réta­blir le maxi­mum par une
chambre qui est REMPLIE de grands pos­sé­dants et de grands notables ?

Les Giron­dins y sont les plus impor­tants. Et même main­te­nant ce ne
sont plus des Giron­dins mais des gens qui pensent comme eux.

Robes­pierre va uni­que­ment obte­nir quelque chose qui
est déjà un petit point : à savoir « peine de mort contre les
acca­pa­reurs de den­rées de pre­mière nécessité ».

Qui­conque acca­pa­re­ra du blé risque sa tête.

Troi­siè­me­ment. Robes­pierre qui est aver­ti par la conduite de Dumou­riez
et par celle de La Fayette, va faire avec Saint-Just une cer­taine cir­cu­laire
que je vais vous dire.

« L’in­su­bor­di­na­tion des géné­raux est la pire dans une
répu­blique. Dans un État libre, c’est le pou­voir MILITAIRE qui DOIT ÊTRE LE
PLUS ASTREINT. »

Alors déci­sion de mettre des com­mis­saires civils
à côté de tous les géné­raux en cam­pagne, non pas pour sur­veiller leur com­por­te­ment
stra­té­gique, ça les regarde pas, mais pour voir qu’ils ne fassent pas le même
coup que Dumou­riez ou que La Fayette.

Et d’autre part, on a recons­ti­tué des cadres qui
seront pris dans la petite troupe, c’est là où on va res­sor­tir les fameux, les Hoche,
les Mar­ceau, les Klé­ber
, qui étaient des simples sol­dats, des ser­gents, des
sous-lieu­te­nants, et qu’on va bom­bar­der généraux.

Alors cette fois, on va obte­nir en effet un cer­tain
nombre de suc­cès. Les Fran­çais qui se fai­saient battre par­tout jus­qu’a­lors vont
obte­nir GRÂCE À ROBESPIERRE ET À SAINT-JUST, ET NON PAS GRÂCE À CARNOT COMME ON
LE RACONTE !

Car­not et ses 14 armées, Car­not est un ins­tru­ment de Saint-Just et un
ins­tru­ment de Robes­pierre. On va obte­nir la vic­toire de Hond­schoote qui va
déli­vrer Dun­kerque, la vic­toire de Wat­ti­gnies qui va déli­vrer Mau­beuge, et
Hoche est en train de consti­tuer à Stras­bourg une armée assez puis­sante pour
recon­qué­rir l’Al­sace sur laquelle les Autri­chiens sont entrés.

Enfin, Robespierre va SUPPRIMER, pour le plus grand deuil de Danton,
les FOURNISSEURS MILITAIRES.

C’est-à-dire
que L’ÉTAT PASSERA DIRECTEMENT SES CONTRATS : il ne passera plus par l’abbé
d’Espagnac et autres.

Et il va faire éta­blir 3 usines natio­nales
d’ar­me­ment, les premières :

Deux usines à Paris et une usine à Brest pour
l’ar­me­ment mari­time, ce qui fait pous­ser des hur­le­ments aux indus­triels en
disant : « quoi ? Alors, l’in­dus­trie pri­vée est mena­cée par l’in­dus­trie d’É­tat,
c’est intolérable ! »

Mais Robes­pierre jouit d’un tel pres­tige qu’il n’y a pas moyen de dire
le contraire.

Alors Dan­ton, qui s’é­tait per­sua­dé qu’une fois Robes­pierre au pou­voir
s’y tue­rait, enfin glis­se­rait sur toutes les peaux de banane, Dan­ton va essayer
à trois reprises de le faire tomber.

Je dirai ça très rapi­de­ment. Dan­ton va com­men­cer le 1er sep­tembre par
une opé­ra­tion étrange que voi­ci : [sou­pir] le 1er sep­tembre une nou­velle arrive
à Paris et je recon­nais qu’elle était énorme.

Robes­pierre s’é­tait méfié des géné­raux à juste titre et avait
oublié ce qui était un grand tort, il avait oublié les ami­raux.
Il y avait
la flotte fran­çaise de Médi­ter­ra­née qui pro­té­geait les côtes de Pro­vence contre
la flotte anglaise qui était là.

Et le 28 août 1793, les deux ami­raux de la
flotte fran­çaise, l’a­mi­ral Chaus­se­gros et l’a­mi­ral Tro­goff avaient ren­du les
navires fran­çais aux anglais et avaient aidé les Anglais à occu­per l’ar­se­nal de
Toulon.

C’é­tait pas mal de la part de ces amis. Alors
quand cette nou­velle catas­tro­phique arrive à Paris, Dan­ton y voit l’oc­ca­sion
d’un soulèvement.

Et c’est Dan­ton qui réunit le peuple devant l’hô­tel de ville en
accu­sant de la manière la plus directe le comi­té de salut public, puis­qu’il
n’en fait pas par­ti et que Robes­pierre est le numé­ro un, le comi­té de salut
public de « MOLLESSE ».

Et
c’est Dan­ton (qui déjà était l’i­ni­tia­teur du tri­bu­nal révo­lu­tion­naire, créé à
sa demande le 9 mars, alors que j’a­vais tou­jours cru moi que c’é­tait
Robes­pierre le tri­bu­nal révo­lu­tion­naire, non c’est DANTON qui l’a­vait créé le 9
mars),

ce 1er sep­tembre, Dan­ton pro­nonce la parole sui­vante
 : « L’heure est venue d’une troi­sième révolution ! ».

Je me demande ce que ça peut signi­fier. La
pre­mière en 89 n’é­tait pas une révo­lu­tion, la seconde
10 août 92 était LA révo­lu­tion, la seule révo­lu­tion pos­sible. C’est-à-dire
qu’on don­nait le suf­frage uni­ver­sel aux gens
et on se disait : d’an­nées
en années, tout de même, il y aura de moins en moins d’a­nal­pha­bètes, et avec le
suf­frage uni­ver­sel, les gens ouvrant leurs yeux sur leur condi­tion et COMPRENANT
LES CAUSES DE LEUR MISÈRE, arri­ve­ront peut-être à faire une répu­blique
d’équité.

Mais par­ler d’une troi­sième révo­lu­tion n’é­tait par­ler de rien d’autre
chose que d’une anarchie.

Il était sou­te­nu, Dan­ton, par un indi­vi­du dont j’ai déjà pro­non­cé
le nom devant vous : Hebert, qui était un enra­gé, un furieux.

Qui gagnait du reste, 30 000 livres par mois, 30 000 francs par mois
avec son hor­rible jour­nal le Père Duchesne.

Mais Hebert va être contré par son adjoint qui s’ap­pelle Chaumette.

Hebert était le numé­ro 1 de la com­mune, Chau­mette était le numé­ro 2,
qui était un homme extrê­me­ment esti­mable, qui vivait volon­tai­re­ment dans la
pau­vre­té et qui va défendre Robes­pierre et qui va dire aux gens : « ne
faites pas ça, ne vous jetez pas comme le demande Dan­ton sur la conven­tion pour
recom­men­cer un 31 août. »

Le
même Dan­ton, ce 1er sep­tembre, dit : « Le tri­bu­nal révo­lu­tion­naire ne
tra­vaille pas assez, il n’y a pas assez de têtes qui tombent, style=‘color:red’>JE DEMANDE UNE TÊTE PAR JOUR. » DIT DANTON.

« IL
FAUT METTRE LA TERREUR À L’ORDRE DU JOUR ! », ce n’est pas une
phrase de Dan­ton, c’est une phrase qu’il va répéter.

C’est le curé consti­tu­tion­nel de Cha­lon sur Saône,
dont le nom m’é­chappe main­te­nant, qui a dit « il faut mettre la ter­reur à
l’ordre du jour » et dont Dan­ton s’est emparé.

Grâce à Chau­mette il n’y aura pas d’in­sur­rec­tion,
on ne va pas se jeter contre la convention.

Mais les conven­tion­nels auront TELLEMENT PEUR que
Robes­pierre va obte­nir d’eux le 9 sep­tembre ce qu’il n’a­vait pas encore pu leur
arracher :

LE VOTE DU MAXIMUM. Le 9 sep­tembre 1793, grâce à
la peur qu’ils ont eu, ils consentent à inter­ve­nir dans une affaire com­mer­ciale
et à dire : le pain ne se ven­dra pas au-delà de tant.

Et comme une dis­po­si­tion légale n’est appli­quée que si on la
sur­veille, l’ap­pli­ca­tion, Robes­pierre fait créer UNE PETITE ARMÉE, 4000 hommes,
qu’on appel­le­ra « armée révo­lu­tion­naire », mais qui aura du canon avec
elle.

Et ces 4000 hommes pas­se­ront leur temps à roder
dans Paris et autour de Paris pour voir si le maxi­mum est appliqué.

Deuxième ten­ta­tive de Dan­ton, curieuse celle-là, vrai­ment, très peu
connue.

Et c’est mon­sieur Soboul qui nous l’a révé­lée. Vous savez, Albert
Soboul dont je vous ai par­lé tout à l’heure, qui est mar­xiste et qui est athée.

Je ne suis ni l’un ni l’autre. Et mon­sieur Soboul nous a appor­té une
vraie révé­la­tion dans son énorme bou­quin de 1400 pages qui s’ap­pelle « Les
sans-culottes pari­siens de l’an 2
″ à pro­pos de la déchristianisation.

En octobre et novembre 93, il y a tout à coup ce que je croyais moi
être une lame de fond dans le pro­lé­ta­riat pari­sien contre le christianisme.

Pas contre le clé­ri­ca­lisme. C’est fini, il n’y a plus de cléricalisme.

Mais main­te­nant, c’est vrai, on va voir les choses comme ceci : Notre
Dame de Paris fer­mée, trans­for­mée en temple de la rai­son, une per­sé­cu­tion
reli­gieuse extrê­me­ment violente.

J’a­vais donc cru que ça sor­tait des pro­fon­deurs du peuple.

Une espèce de haine vis­cé­rale contre un chris­tia­nisme menteur.

Ce mon­sieur Soboul, mar­xiste et athée, qui a fait
une énorme recherche par­mi les pro­cès-ver­baux des assem­blées popu­laires de
Paris, des Cor­de­liers, des Jaco­bins, de tous les petits groupes locaux des
arron­dis­se­ments, déclare : « J’ai tout étu­dié — c’est un tra­vail de Béné­dic­tin,
vous savez — dans aucun pro­cès-ver­bal de réunion popu­laire, JAMAIS je n’ai vu
qu’il fût ques­tion de déchris­tia­ni­sa­tion : LA DÉCHRISTIANISATION EST VENUE
D’EN HAUT, D’UN GROUPE DE BOURGEOIS DANTONISTES. » 

Le pre­mier qui a lan­cé l’i­dée c’est Fabre d’É­glan­tine. Fabre d’É­glan­tine
qui est un escroc qu’on va bien­tôt arrê­ter, c’est lui qui a inven­té vous le savez,
le calen­drier révo­lu­tion­naire, c’est très beau.

2ÈME PARTIE :

[…]

Mais alors, com­ment se
fait-il que la conven­tion vote d’en­thou­siasme et à l’u­na­ni­mi­té le calen­drier
révolutionnaire ?

Ben, c’est bien clair, dit
Mon­sieur SOBOUL : dans l’an­cien calen­drier (gré­go­rien), il y avait des DIMANCHES,
on se repo­sait tous les dimanches. Tan­dis que main­te­nant, on ne se repo­se­ra que
tous les DIX JOURS. Alors, vous com­pre­nez, le patro­nat est ravi, les
ouvriers tra­vaille­ront deux jours de plus. Donc : enthou­siasme pour le
calen­drier révolutionnaire !

Le pauvre évêque
consti­tu­tion­nel de Paris, qui s’ap­pe­lait GOBEL, va se voir mena­cé, som­mé de
démis­sion­ner et de dire le len­de­main 8 novembre à la Conven­tion : « j’ai men­ti
toute ma vie, je n’y croyais pas, tout ça ne sont que des blagues… »

Qui lui demande de se
désa­vouer ? C’est Léo­nard BOURDON, dépu­té dan­to­niste de l’Oise, et Ana­char­sis
CLOOTS (1), qui était un ban­quier prus­sien mul­ti millionnaire.

Qui va repré­sen­ter la «
 Déesse de la rai­son » à l’é­glise Notre Dame de Paris ? J’a­vais tou­jours cru que
c’é­tait une pros­ti­tuée… Pas du tout ! C’é­tait une femme de très bonne com­pa­gnie
qui s’ap­pe­lait Madame MOMORO, femme d’un impri­meur très riche de Paris (2) et,
lui aus­si, dantoniste.

Donc, l’opération de la déchristianisation est une tentative poussée
par DANTON pour mettre ROBESPIERRE dans une situation difficile.

On
savait que ROBESPIERRE était un homme qui croyait en Dieu. Comme il croyait en
Dieu, DANTON avait dit de lui : « Il habite une jésui­tière ». La jésui­tière
des DUPLAY, vous vous ren­dez compte, hein…

Alors,
évi­dem­ment, ROBESPIERRE va pro­tes­ter, il va dire « Non, il ne faut pas faire
cette per­sé­cu­tion !». On pour­ra donc le dénon­cer comme un ami de la Réaction.

Mais
c’est que le « petit peuple » ne marche pas ! 

On trouve faci­le­ment de
la canaille pour cas­ser les têtes des saints dans les églises, on les paye un
petit peu et puis ça y est…

Mais l’en­semble de la
popu­la­tion pari­sienne ne marche pas, au point que Le Jour­nal de Paris, dont je
vous ai cité une phrase tout à l’heure (ROBESPIERRE mon­té à la tri­bune et
auquel on a cou­pé la parole…), voyant que la déchris­tia­ni­sa­tion ne prend pas va
écrire avec irri­ta­tion la phrase que voi­ci : « Alors quoi, les hommes du 10
août veulent aller à la messe ? » Oh non, ils ne vou­laient pas aller à la
messe, mais ils ne vou­laient pas que l’on se bâtit là-dessus.

Alors, quand DANTON
voit que ça ne marche pas, c’est lui-même qui monte à la tri­bune après un congé
qu’il avait pris et qui dit : « je demande l’ar­rêt de ces mas­ca­rades anti
religieuses ».

Deuxième ten­ta­tive :
ratée.

Troi­sième
ten­ta­tive, DANTON va faire une volte-face
com­plète : Le 5 décembre de cette année 1793, CE MÊME DANTON QUI, AU MOIS DE
SEPTEMBRE DEMANDAIT « UNE TÊTE PAR JOUR », LE VOILÀ QUI FAIT DE L’HUMANITARISME.
Et à la tri­bune de la Conven­tion il dit : « Je demande l’é­co­no­mie du sang
des hommes ».
Et le 5 décembre, lan­çant
son petit ami Camille DESMOULINS (3) avec son jour­nal Le vieux Cor­de­lier
dans une entre­prise périlleuse, il fait deman­der L’ÉLARGISSEMENT DES SUSPECTS.

Ouver­ture des pri­sons. Il
y avait 200 000 sus­pects à ce moment-là en pri­son. C’é­tait pro­ba­ble­ment trop.

J’ai vu d’as­sez près la
résis­tance et la Libé­ra­tion en France. J’é­tais, tout le monde le sait, du côté
de la résis­tance, mais j’ai été assez écœu­ré de ce qui s’est pas­sé au moment de
la libé­ra­tion où j’ai vu très sou­vent, sous mes yeux, des gens qui n’a­vaient
rien fait mais que quelques enne­mis per­son­nels décla­raient col­la­bo­ra­tion­nistes.
Eh bien, je suis convain­cu que sur les 200 000 empri­son­nés, il devait y en
avoir pas mal qui étaient là sur des dénon­cia­tions per­son­nelles, alors qu’ils
n’é­taient pas dan­ge­reux poli­ti­que­ment. Au point que ROBESPIERRE, en novembre,
avait dit « il faut faire abso­lu­ment un triage » par­mi ces 200 000 : il
faut les regar­der un par un et élar­gir tous ceux contre les­quels il n’y a rien.
Mais entre ce triage des
incar­cé­rés et la libé­ra­tion totale des 200 000, il y a un abîme.
style=‘color:black’> Parce que sur ces 200 000, met­tons qu’il y en avait la
moi­tié qui étaient des agents roya­listes ou des giron­dins, style=‘color:red;background:#FFFF99’>c’était immé­dia­te­ment remettre en
cir­cu­la­tion des gens qui allaient rui­ner la Répu­blique style=‘color:black;background:#FFFF99’>vous voyez la situa­tion ter­rible dans
laquelle se trou­vait ROBESPIERRE d’un côté il y a les enra­gés à la façon
d’HE­BERT (4) qui veulent du sang et du sang, des « vers dans l’arbre » et de
l’autre côté vous avez un DANTON qui est la « scie dans l’arbre » qui essaie de
détruire la République.

ROBESPIERRE avait des
rai­sons de se réjouir et des rai­sons de ne pas se réjouir.

Rai­sons de se réjouir :
situa­tion mili­taire qui mar­chait bien et MALLET du PAN (5), ce Gene­vois dont je
vous avais par­lé et qui avait col­la­bo­ré au mani­feste de Bruns­wick. Dans un
rap­port au Prince, il était à la solde – je crois oui – des Princes. Les
Princes, ça veut dire les can­di­dats royaux. Vous savez, le futur Louis XVIII,
le futur Charles X.

MALLET du PAN en février
1794 disait aux enne­mis de la France : « il faut recon­naître que nous sommes en
train de « rece­voir des piles » enfin les Fran­çais gagnent parce que nous (les Aus­tro-Prus­siens),
nous n’a­vons que des sol­dats maté­riels ». C’est-à-dire des
auto­mates des robots, indif­fé­rents au sort de la guerre tan­dis que les sol­dats
de la Répu­blique, SONT DES SOLDATS PASSIONNÉS, disait-il.

Ces sol­dats qui croient
qu’ils se battent pour eux-mêmes ou pour leurs enfants, ceux-là en effet ont un
tel élan, un tel mor­dant, un tel moral, qu’ils rem­portent des vic­toires que
nous, nous ne savons pas remporter.

Alors, sur le plan
mili­taire : avantage.

Sur le plan finan­cier,
gros avan­tage. À par­tir du maxi­mum et à par­tir d’une loi que j’ai oublié de
vous dire, c’est vrai : peine de mort contre l’a­gio­tage sur les assi­gnats.
Si bien que quand ROBESPIERRE était entré au pou­voir, l’as­si­gnat était à 37. Ça
veut dire 100 francs papier = 37 franc or

Au bout de sept mois de
pou­voir, ROBESPIERRE a fait mon­ter l’as­si­gnat de 37 à 74 ! Donc ça marche.

Mais il y a d’autres
choses qui ne marchent pas. En par­ti­cu­lier, ROBESPIERRE a vu devant lui CAMBON
(6), chef du Comi­té des Finances qui a fait une sin­gu­lière décla­ra­tion. Autre
chose que vous ne savez sans doute pas et que je ne savais pas moi, enfin
peut-être que vous saviez, ces comi­tés sont
indé­pen­dants les uns des autres. Ne croyons pas qu’il y a le Comi­té de Salut
Public qui coiffe tout
, il y a la Conven­tion, qui coiffe tout, qui
contrôle tout, et puis il y a des comi­tés paral­lèles. Comi­té de Salut Public
pour les affaires géné­rales, Comi­té de Sûre­té Géné­rale pour la police, Comi­té
des Finances et Comi­té des Subsistances.

CAMBON, l’in­dus­triel
CAMBON, est à la tête du comi­té des finances. Il avait fait le 24 août 1793
quelque chose de bien, il avait créé le Grand Livre de la Répu­blique, le Grand
Livre de la Dette, comme on dit pour mon­trer que la Répu­blique fran­çaise gère
un peu mieux ses finances que la monar­chie, excellent.

Mais voi­là
qu’au début de l’an­née 1794, il fait à la Conven­tion une décla­ra­tion que
ROBESPIERRE ne com­prend pas.

Là
aus­si, je vais par­ler plus len­te­ment. [sou­pir] CAMBON dit : “nous allons
dis­tin­guer par­mi les créan­ciers de l’É­tat entre ceux qui reçoivent moins de
1000 francs de pen­sion par an, et ceux qui reçoivent plus de 1000 francs. Ceux
qui reçoivent moins de pen­sion, on leur paie­ra leur pen­sion en assi­gnats, et
ceux qui reçoivent plus de 1000 francs on leur paie­ra en numéraire. »

Alors après, ROBESPIERRE va aller trou­ver CAMBON et lui dit qu’il
pense que sa langue a four­ché, que c’est un lap­sus et qu’il pense qu’il vou­lait
dire que les plus pauvres vont être payés en mon­naie non dévaluée.

CAMBON le reçoit avec violence en lui disant de s’occuper de ce qui
le regarde car il est chef chez lui.

ROBESPIERRE
a vu ce que fai­sait CAMBON à ce moment-là. Il se dit “on est en train de me
sabo­ter”. En plus, dès qu’il aura frap­pé les héber­tistes
(c’é­tait
sur­tout des héber­tistes qui étaient les cadres de la petite armée
révo­lu­tion­naire dont je vous ai par­lé qui sur­veillait le maxi­mum), style=‘color:red’>BARÈRE (7) demande immé­dia­te­ment la sup­pres­sion de l’ar­mée
révo­lu­tion­naire, et dès que l’ar­mée révo­lu­tion­naire est sup­pri­mée, le maxi­mum
va être aban­don­né
et l’un des chefs du
Comi­té des Sub­sis­tances, qui est un ami du gros com­merce, va faire savoir aux
com­mer­çants qu’il fer­me­ra les yeux sur la non appli­ca­tion du maximum.

Alors
vous voyez qu’il y a des choses qui sont heu­reuses et d’autres qui sont très
malheureuses.

Or,
ROBESPIERRE est de plus en plus malade.

Déjà il avait pris un congé le 13 février et il était reve­nu au pou­voir le 13
mars. Dans sa mala­die, il avait réflé­chi et s’est dit “il faut tout de même y
aller”. Alors on va frap­per contre DANTON. Ce
n’est pas un san­gui­naire ROBESPIERRE, c’est un homme à qui la guillo­tine a
tou­jours paru assez révol­tante, mais enfin la situa­tion est telle que si
on ne frappe pas DANTON, qu’est-ce qui va arri­ver ?
… Mais frap­per
DANTON, c’est extrê­me­ment grave, d’a­bord il connais­sait les enfants de DANTON,
il les aimait bien. Si on frappe DANTON, on va frap­per le groupe, FABRE
d’É­GLAN­TINE (8).

FABRE d’É­GLAN­TINE est un
ancien pédé­raste que lui, ROBESPIERRE, avait conver­ti (9). Il avait fait son
mariage, le jeune gar­çon avait main­te­nant un petit enfant. ROBESPIERRE aimait
les gosses, « alors je vais faire trois petits mal­heu­reux, les deux fils de
DANTON puisque je vais cou­per la tête au père et le fils de Camille DESMOULINS
et cet enfant me doit la vie. » D’autre part, l’o­pi­nion publique.

Nous,
main­te­nant à la dis­tance où nous sommes, nous fai­sons des dis­tinc­tions
for­mi­dables entre un MIRABEAU ou un MARAT par exemple. Mais les braves gens
de Paris voyaient ça gros­so-modo : il y avait les amis du peuple et les enne­mis.
Un homme comme DANTON, comme MARAT, comme ROBESPIERRE, comme MIRABEAU, tout
cela c’é­tait pareil. C’é­tait la bonne gauche quoi, les amis du peuple. Alors si
on voit les répu­bli­cains qui s’en­tre­tuent, il y a de quoi “gla­cer la
Révo­lu­tion”, c’est le mot que va employer SAINT-JUST… Eh bien ROBESPIERRE
s’est dit : “il faut quand même le faire”.

Le
5 avril 1794, on guillo­tine DANTON et ses cama­rades. ROBESPIERRE est pros­tré.
style=‘color:black’> Alors comme il voit que c’est fini, enfin qu’il a
l’im­pres­sion que, ou bien on va le tuer, ou bien la fièvre qui est en train de
le miner va l’emporter, décide de mettre les bou­chées doubles, c’est-à-dire de
vider le fond du sac, c’est à dire d’ex­pli­quer aux gens de la conven­tion son
idée der­rière la tête.

J’ai fait peut-être le savez-vous
un livre qui s’ap­pelle “L’ar­rière-pen­sée de JAURÈS” on pour­rait faire un
livre sur l’ar­rière-pen­sée de Jean-Jacques ROUSSEAU, on ne peut pas expli­quer
le Contrat Social si on ne connaît pas la Pro­fes­sion de foi du Vicaire Savoyard
,
et il y a une arrière-pen­sée de ROBESPIERRE. Et dans les trois cas,
Jean-Jacques ROUSSEAU, JAURÈS, ROBESPIERRE, C’EST LA MÊME arrière-pen­sée.

Alors ROBESPIERRE va, dans deux dis­cours du prin­temps 1794, expli­quer aux gens
son but der­nier. Gros­so modo qu’est-ce que c’est cette arrière-pen­sée ? Eh bien
ces trois per­sonnes que je viens de vous dire, qui ont l’air de s’oc­cu­per
d’af­faires sociales et poli­tiques, ils
pensent tous que ce n’est pas la consti­tu­tion d’une Nation qui est impor­tante,
cette consti­tu­tion doit ser­vir à L’INDIVIDU. Le but n’est pas une orga­ni­sa­tion
sociale plus équi­table. Le but c’est de per­mettre à l’in­di­vi­du humain, comme
disait Jean-Jacques ROUSSEAU, d’ac­com­plir sa des­ti­na­tion.
style=‘color:black’> Tenez, par exemple, quand
JAURÈS dira « sous le régime capi­ta­liste, l’in­di­vi­du est enfon­cé dans la
matière jus­qu’au cœur sous l’é­cra­se­ment éco­no­mique et sous l’ob­ses­sion
mili­taire. Je veux essayer de construire une cité d’es­pé­rance où l’Homme
s’a­per­çoit que les étoiles existent. »

C’est la même chose pour
ROBESPIERRE. Il va pro­non­cer un dis­cours que j’ai reco­pié en par­tie,
par­don­nez-moi, ça fera une minute et demie, mais il faut que je vous lise ça
 :

« Nous
vou­lons une Patrie qui pro­cure du tra­vail — qui pro­cure du tra­vail — à tous les
citoyens ou les moyens de vivre à ceux qui sont hors d’é­tat de tra­vailler. Nous
vou­lons une cité où les tran­sac­tions seront la cir­cu­la­tion de la richesse et
non pas le moyen pour quelques-uns d’une opu­lence fon­dée sur la détresse des
autres. Nous vou­lons une orga­ni­sa­tion humaine [ça ‚c’est l’en­fan­tillage de
ROBESPIERRE – HG] Nous vou­lons une orga­ni­sa­tion humaine où les mau­vaises
pas­sions seront enchaî­nées, l’é­goïsme, la cupi­di­té, la méchan­ce­té. Nous vou­lons
sub­sti­tuer la droi­ture aux bien­séances, sub­sti­tuer le mépris du vice au dédain
du mal­heur [j’aime mieux la suite – HG], sub­sti­tuer les braves gens à la bonne
com­pa­gnie. Nous vou­lons une demeure des hommes où toutes les âmes
s’a­gran­di­ront, nous vou­lons accom­plir les des­tins de l’humanité. » 

Â

Et à la suite de ce
dis­cours, c’est là où il fait sa pro­po­si­tion, folle peut-être, où il dit
« je vou­drais que la Nation fran­çaise recon­naisse l’exis­tence d’un Être
Suprême. Parce que si la nation fran­çaise recon­naît l’exis­tence d’un Être
Suprême, la pre­mière consé­quence de cette pro­cla­ma­tion sera que la Nation fran­çaise
s’en­ga­ge­ra du même coup à tra­vailler pour la Jus­tice, à défendre les oppri­més
et à res­pec­ter les misé­rables ». dit-il.

Alors effec­ti­ve­ment, le
jour de la Pen­te­côte, ça lui sera assez repro­ché, sur le nou­veau calen­drier ça
n’ap­pa­rais­sait pas (c’é­tait le 10 prai­rial), le jour de la Pen­te­côte 1794, il y
aura cette Fête de l’Être Suprême. La plu­part des livres que j’ai lus la
ridi­cu­lisent. Et je com­prends bien qu’elle ait des côtés ridi­cules. Il avait
deman­dé l’or­ga­ni­sa­tion maté­rielle ou artis­tique de la Fête à un nom­mé DAVID,
que vous connais­sez, et qui confon­dait la gran­deur et le grandiose.

Alors DAVID avait déci­dé
de mettre au sein du Champ de Mars une énorme sta­tue de l’A­théisme, et puis on
la brû­le­rait, cette sta­tue, parce qu’elle serait en car­ton. Et dedans il y
aurait une sta­tue en dur qui serait la sta­tue de la Sagesse Humaine. Alors vous
ima­gi­nez le coup, on a brû­lé l’A­théisme et quand la Sagesse Humaine est appa­rue,
elle était plu­tôt char­bon­neuse [rires]. On avait aus­si don­né aux gosses de Paris
de petites his­toires à chan­ter. Tous ces pauvres enfants avaient appris dans
les écoles des petits can­tiques laïques et com­plè­te­ment idiots.

Il ne faut pas s’ar­rê­ter
à ça et essayer de com­prendre ce qu’il a vou­lu faire ce jour-là.
RENAN raconte dans ses sou­ve­nirs d’en­fance et de jeu­nesse que, quand il était
gosse, il a vu un vieux type qui lui avait mon­tré, les tirant d’un tiroir, trois
épis de blé
qui tom­baient en pous­sière bien-sûr.

Et ce vieux type avait
dit au petit RENAN « tu vois p’tit, ces épis de blé ils viennent de la Fête
de l’Être Suprême ». À tous les gosses de Paris on avait don­né trois épis
de blé ce jour-là, parce que ça avait un sens. Et comme le petit RENAN ne
com­pre­nait rien, bien-sûr c’é­tait un gamin, le vieux disait « c’é­tait beau
petit, tu ne peux pas savoir com­ment c’é­tait beau ». Alors je vais essayer
de vous faire com­prendre pour­quoi c’é­tait beau.

Il
y avait au moins 300 000 per­sonnes qui étaient là, réunies au Champ de Mars.
Pour­quoi le Champ de Mars ? Parce que c’est là que ça s’é­tait pas­sé le 17
juillet 1791, quand les pos­sé­dants avaient tiré sur les non pos­sé­dants. Alors
ROBESPIERRE avait déci­dé « on fera la fête là pour que plus jamais une
chose pareille ne se pro­duise ».
Il se
trou­vait être, par rou­le­ment, le pré­sident de la Conven­tion, il s’é­tait fait
très beau : plu­met tri­co­lore, et puis l’É­léo­nore qui avait un béguin pour lui,
lui avait don­né un bou­quet. Il avait aus­si un bou­quet à la main, un gros
bou­quet tri­co­lore ! Il y avait des roses, il y avait des mar­gue­rites et il y avait
des bleuets.

Il mar­chait devant la Conven­tion qui était der­rière
lui, entou­ré d’une espèce de cein­ture tri­co­lore, un ruban tri­co­lore qui
entou­rait les 700 dépu­tés. Puis lui mar­chait à envi­ron 20 pas devant. Il était
dévo­ré par sa fièvre, ce qui fait que, de temps en temps, les témoins disaient
qu’il était tout rouge ou qu’il était tout pâle. Il avan­çait avec son bou­quet,
entou­ré d’ac­cla­ma­tions. Les gens criaient « Vive ROBESPIERRE ! » et
lui était tout mal­heu­reux, il regar­dait par terre avec un pauvre sou­rire, il
regar­dait un peu timi­de­ment à droite et à gauche, ayant l’air de dire aux gens
« non, il ne faut pas crier vive ROBESPIERRE, il faut crier vive la
Répu­blique ! »
[sou­pir].

Puis il a fait son dis­cours, il a expli­qué ce que
c’é­tait pour lui « l’Être Suprême ». Il n’a­vait pas osé dire Dieu. Ah !
Je com­prends, c’est une syl­labe fati­gante, un pho­nème usé, une syl­labe morte !
Alors il avait essayé de dire ce que disait Jean-Jacques ROUSSEAU : l’Être
Suprême, peu importe le nom…

Je crois bien que si un cer­tain nombre de gorges étaient
ser­rées ce jour-là, c’est parce que, à mon sens, c’é­tait la pre­mière fois qu’un
gou­ver­nant par­lait de Dieu aux gens pour autre chose que pour les duper, et pour
les asser­vir.
[applau­dis­se­ments] Atten­dez, attendez…

ROBESPIERRE
signait ce jour-là sa condam­na­tion à mort. Il y avait des tas de gens qui le
haïs­saient. Il y avait d’a­bord tout « le Ventre » comme on dit, vous
savez, par oppo­si­tion à « La Mon­tagne » il y avait « le Marais »,
« Le Ventre » de la Conven­tion, c’est à dire les notables, qui ne lui
par­don­naient pas son maximum.

Il y avait les pro­con­suls hideux comme CARRIER,
vous savez, les mariages répu­bli­cains, comme FRERON, comme BARRAS, comme
TALLIEN qu’il avait fait rap­pe­ler et qui lui en vou­laient à mort.

Il y avait CARNOT…

La France,
mon pays, avait obte­nu un suc­cès mili­taire à Fleu­rus, c’é­tait le 25 juin, je
crois, 1794. Alors ROBESPIERRE avait dit : « On s’ar­rête ! » puis­qu’il
n’y a plus un seul étran­ger sur le ter­ri­toire fran­çais. Et CARNOT était tom­bé
dans une rage folle en disant : « S’ar­rê­ter ?! Au moment où la guerre va
com­men­cer à payer !!! ».

Et le 13 juillet 1794, CARNOT envoie à PICHEGRU pour son entrée en
Bel­gique la dépêche que voi­ci :  » Vous allez entrer en Bel­gique, PRENEZ
TOUT, IL FAUT VIDER LE PAYS. » Et ROBESPIERRE lui dit « mais C’EST
DÉSHONORANT, C’EST LA HONTE DE LA RÉPUBLIQUE ! » 

CARNOT
passe immé­dia­te­ment du côté de ceux qui décident de tuer ROBESPIERRE. [gros
soupir]

On ne
peut pas le tuer tant qu’il aura les fau­bourgs pour lui. La petite plèbe l’aime,
alors si l’on touche ROBESPIERRE, ça va être une insurrection.

Alors qu’est-ce qu’ils vont faire ses enne­mis ? Ses enne­mis sont
tous puis­sants au Comi­té de Sûre­té Géné­rale et ROBESPIERRE va essayer de
deman­der par deux fois la révo­ca­tion de FOUQUIER-TINVILLE, qui fait tom­ber
toutes les têtes, vous savez, et dont ROBESPIERRE trouve que c’est un affreux.

Chiffre : le tri­bu­nal révo­lu­tion­naire, de sa créa­tion jus­qu’à
main­te­nant (juin 1794), Le Tri­bu­nal Révo­lu­tion­naire fait tom­ber en 6 mois 1 200
têtes. En 40 jours, 1 876 têtes vont tom­ber, en 40 jours ! Pour­quoi ? Pour
qu’on puisse dire que c’est ROBESPIERRE, puis­qu’il pas­sait pour le numé­ro un,
qui trans­forme la guillo­tine en un ins­tru­ment de folie. 

Et c’est Lamar­tine, à mon sens qui aura dit là-des­sus la phrase la
plus péné­trante, je ne l’ai jamais vue repro­duite. C’est dans « Les
Giron­dins » de Lamar­tine qui sont bien plus inté­res­sants qu’on ima­gine : style=‘color:black’> « Ils
le cou­vrirent pen­dant qua­rante jours du sang qu’ils ver­saient pour le
perdre »
. Et en effet, dans l’o­pi­nion
publique, le bruit court « ROBESPIERRE est deve­nu fou de rage, il fait tuer
des gens ! »

Il y avait eu un atten­tat. Un nom­mé ADMIRAT qui
avait essayé de tuer ROBESPIERRE de loin, il y avait une petite Cécile RENAULT
qui avait été sai­sie avec deux canifs, elle avait dit « oui, c’est vrai, je
veux tuer ROBESPIERRE ».

Alors on avait fait pas­ser à la guillo­tine
cin­quante per­sonnes d’un seul coup, on n’a­vait jamais vu ça.

Revê­tus de la che­mise rouge des par­ri­cides afin de
pou­voir affir­mer : « par­ri­cide » Â parce que le père de la Patrie,
ROBESPIERRE, a déci­dé qu’il fal­lait cin­quante per­sonnes quand on avait levé, de
loin, une main contre lui.

On a fait pas­ser à la
guillo­tine l’é­vêque GOBEL, et CHAUMETTE. Avec quelle incul­pa­tion ? Écou­tez-moi
bien : Incul­pa­tion D’ATHÉISME ! Comme si ROBESPIERRE, trans­for­mé
main­te­nant en un inqui­si­teur, un TORQUEMADA, vou­lait envoyer à la guillo­tine
ceux qui, méta­phy­si­que­ment, ne pen­saient pas comme lui. Et JAMAIS cette pen­sée
n’é­tait venue à ROBESPIERRE !

Ca y est ! Main­te­nant on l’a
 ! On va faire « le nou­veau maxi­mum », (le 21 juillet, hein, on est tout
près, puisque c’est le 27 qu’il va tom­ber) Le 21 juillet, nou­veau maxi­mum,
OUF… Non ! Quel nou­veau maxi­mum ?! Le maxi­mum DES SALAIRES ! Parce que Robes­pierre,
pour les usines natio­nales d’ar­me­ment, avait fait mon­ter les salaires
consi­dé­ra­ble­ment, et que le 21 juillet 1794, la Conven­tion décide un
abais­se­ment des salaires de 30, 40 et 50% !

Or, comme on croit tou­jours que c’est ROBESPIERRE qui dirige tout,
les ouvriers pari­siens disent « mais il nous aban­donne ! Il envoie à la
guillo­tine des gens de chez nous, il fait tom­ber les salaires à 50% ! »

Alors on peut y
aller… [gros soupir]

ROBESPIERRE était retom­bé malade le 14 juin. Et
vous pen­sez bien qu’un homme comme lui était guet­té [essouf­flé], alors s’il y a
là un de ces petits détails… (j’en ai encore pour 7 à 8 minutes, par­don­nez-moi)
[gros sou­pir] c’est encore un petit détail qui m’in­té­resse beau­coup : on le
sui­vait, vous pen­sez bien, Robes­pierre : il n’y avait pas de gorilles, non, mais
enfin il y avait des gens qui l’es­pion­naient. Alors j’ai trou­vé le détail que
voi­ci : après huit jours pas­sés chez lui sans sor­tir, M. ROBESPIERRE est
réap­pa­ru dehors. C’é­tait le prin­temps 94, un prin­temps for­mi­dable, enfin radieux.
La cam­pagne, à ce moment-là, c’é­tait tout à côté de Paris, en dix minutes on
était à la cam­pagne. Alors ROBESPIERRE qui était vacillant sur ses jambes mais
qui ne vou­lait pas le mon­trer, sor­tait avec son chien. Il avait un grand chien
qui s’ap­pe­lait « Brount », dont la tête était assez haute et lui, il
était petit. Alors les poli­ciers qui sur­veillaient ROBESPIERRE disent « on
voit de temps en temps, qu’il s’ap­puie sur la tête de son chien comme s’il
avait une canne pour se sou­te­nir en mar­chant ». Et puis où il va ? Il va à
une « corne de bois » dit le rap­port. Ca veut dire, je pense, un bois
en pointe, quoi, qui don­nait sur une pente qui des­cen­dait vers la Seine. Et là,
M. de ROBESPIERRE reste des heures assis là au soleil, les mains dans l’herbe,
avec son chien cou­ché autour de lui, et la tête renversée.

Le 26 juillet (c’est fini,
hein), le 26 juillet, ROBESPIERRE appa­raît brus­que­ment à la Conven­tion. Émo­tion…
Qu’est-ce qu’il va dire ? Et il dit : « Mes mains sont liées, mais je n’ai
pas encore un  bâillon sur la bouche, alors j’ai un cer­tain nombre de choses à
vous dire avant de mou­rir », dit-il.

« Quand la Répu­blique
tombe entre cer­taines mains, ce sont CES MAINS-LÀ qui font la
contre-révo­lu­tion » dit-il.

« Que
vou­lez-vous que nous fas­sions quand le res­pon­sable des finances —(cette fois il
y va tout droit, hein : CAMBON)—, QUAND LE RESPONSABLE DES FINANCES FOMENTE
L’AGIOTAGE, FAVORISE LE RICHE ET DÉSESPÈRE LE PAUVRE ? J’en ai assez de vivre,
dit Robes­pierre, dans un monde où l’hon­nê­te­té est tou­jours vic­time de
l’in­trigue et où la Jus­tice est un mensonge ».

Bon,
il fait son dis­cours, le len­de­main ça y est : c’est le 27 juillet. Dans la
nuit, [essouf­flé] les com­plo­teurs, c’est à dire SIEYÈS et les autres, sont
allés trou­ver la plu­part des dépu­tés en disant : « le dis­cours de ROBESPIERRE
n’est que le pré­lude à « une nou­velle tom­bée de têtes » et vous (on dit
ça indi­vi­duel­le­ment à cha­cun), et vous, vous êtes sur la liste que ROBESPIERRE
veut tuer demain ».
Alors quand, le len­de­main 27 juillet dans l’a­près-midi,
SAINT-JUST monte à la tri­bune pour jus­ti­fier ROBESPIERRE, on ne lui laisse pas
la parole : c’est TALLIEN qui le bous­cule réel­le­ment. Vous savez, la tri­bune de
la Conven­tion, c’é­tait tout petit. SAINT-JUST était ins­tal­lé là debout, TALLIEN
arrive et lui
donne un coup d’é­paule pour le faire tom­ber de la tri­bune.
L’autre s’ac­croche, ROBESPIERRE des­cend lui-même des tra­vées, ils sont trois
dans ce tout petit espace et TALLIEN, qui avait pré­pa­ré son sce­na­rio, tire de
sa poche un glaive, enfin un cou­teau quoi, le dresse au-des­sus de la tête de
ROBESPIERRE et crie à l’as­sem­blée : « Si vous ne votez pas l’ar­res­ta­tion du
dic­ta­teur, je le tue devant vous ! »

Le sce­na­rio était prêt, tout le
monde hurle « À bas le dic­ta­teur ! À bas le nou­veau CROMWELL ! ».

Arres­ta­tion de
ROBESPIERRE.
Alors là, détail que vous savez, c’est assez beau, LE BAS,
qui était presque son beau-frère, qui avait épou­sé Éli­sa­beth, dit : « Si
vous arrê­tez ROBESPIERRE, je demande à être arrê­té ! » Ah ben ça va… Si
vous voulez…

Et puis « Bon­bon », Augus­tin, le tout
petit, c’é­tait le ben­ja­min, il avait 26 ans et il avait l’air d’a­voir 20 ans.
Il dit : « Si vous arrê­tez Maxi­mi­lien, alors moi aus­si ! » Alors ça
fera le bon poids… On arrête aus­si le petit Augustin.

Alors, on arrête ROBESPIERRE. HANRIOT, qui
diri­geait la Garde Natio­nale qui était main­te­nant Répu­bli­caine et Plé­béienne,
arrache ROBESPIERRE aux gen­darmes. On l’en­ferme à l’Hô­tel de Ville, on bat le
rap­pel pour espé­rer que les fau­bourgs vont se lever.

Il y avait 48 sec­tions dans Paris, il y en a 17 qui
vont répondre sur 48, pas plus… 3 500 gars se réunissent devant l’Hô­tel de
Ville. Qu’est-ce que vous vou­lez qu’on fasse avec les 3 500 gars ?

ROBESPIERRE refuse de les
envoyer à l’a­bat­toir. On lui dit : « mais signez un ordre, qu’ils attaquent
 ! » ROBESPIERRE dit « Non ! assez de sang, d’ailleurs tout est fou­tu,
tout est perdu. »

Alors, comme ces 3500 gars à qui
on ne donne même pas une miche de pain, ni un verre de vin, S’EN VONT, dans la
nuit du 27 au 28, à 2h30 du matin, il n’y a plus per­sonne pour pro­té­ger
ROBESPIERRE qui est dans la grande salle de l’Hô­tel de Ville.

C’est alors que Léo­nard BOURDON,
« héroïque », à la tête de 14 gen­darmes, décide de mettre la main sur
ROBESPIERRE.

La tra­di­tion dit que c’est un
gen­darme dont le nom est incer­tain. Les uns disent « MEDA », les autres
disent « MERDA », je pré­fè­re­rais la deuxième solu­tion… Le gen­darme
MERDA va tirer un coup de revol­ver sur ROBESPIERRE et lui casse la mâchoire.

Bon­bon, Augus­tin, prend peur… Le 28 juillet il
fait très chaud, il saute par la fenêtre, qui est ouverte, et il se fra­casse
les jambes. Quant à LE BAS, il se tue.

Et les gen­darmes, qui avaient pro­ba­ble­ment le goût
du diver­tis­se­ment, ont pris COUTHON qui était là. COUTHON, vous savez, c’est un
para­ly­tique, il est dans sa petite voi­ture. Alors ils vont le lan­cer depuis le
haut du grand esca­lier de l’Hô­tel de Ville parce que ce sera d’a­gréables
pirouettes. Ce qui va per­mettre à M. GAXOTTE, de l’A­ca­dé­mie fran­çaise, d’é­crire
 : « Et, au bas des marches, COUTHON fai­sait le mort… » Et puis ce sera
les 106 — vous enten­dez ? — les 106 exé­cu­tions ! « C’est la libé­ra­tion de
Paris » comme va écrire Mon­sieur BESSAND-MASSENET dans son livre de 1946.
On avait réser­vé ROBESPIERRE pour la fin, bien enten­du, pour qu’il puisse
béné­fi­cier du spec­tacle. Et comme il avait la mâchoire cas­sée et qu’il avait
une espèce de ban­deau autour de la tête, pour le guillo­ti­ner il faut bien qu’on
enlève le ban­deau. Alors, au moment où, debout devant la guillo­tine, on lui
arrache le ban­deau, tout le monde voit cette bouche ouverte et san­glante d’où
s’é­chappe un hurlement…

Eh bien c’est fini ! La Révo­lu­tion
« inac­cep­table » est ter­mi­née. Il n’y aura plus de maxi­mum. M. BOISSY
d’AN­GLAS va mon­ter bien­tôt aux applau­dis­se­ments du Ventre pour annon­cer que
l’on réta­blit le cens, on détruit le suf­frage uni­ver­sel, et BOISSY d’AN­GLAS
pro­nonce cette « admi­rable » parole : « Un pays gou­ver­né par les
pro­prié­taires est dans l’ordre social ». La pauvre Madame de STAEL qui
avait dû fer­mer son salon va pou­voir enfin le rou­vrir, elle revien­dra de Cop­pet
avec dans ses bagages Ben­ja­min CONSTANT, les poches pleines de juteux francs
suisses. [rires]

Alors, j’ai à peu près fini.
Quelle est la conclusion ?

On me reproche de plus en plus
d’être mani­chéen : il y a le blanc et le noir, il y a le bien et le mal, tout
ce qui est la droite c’est le mal, tout ce qui est la gauche c’est le bien.

ROBESPIERRE un petit saint… Il
n’y a pas de petit saint. ROBESPIERRE est quel­qu’un dont je connais
par­fai­te­ment les défauts. Très orgueilleux, assez insup­por­table, capable de
haine. Il y a un prêtre qu’il a détes­té, qui s’ap­pe­lait l’ab­bé Jacques ROUX,
qui fai­sait par­tie des « enra­gés », qui était un prêtre ultra-gauche,
vous savez. Je ne sais pas pour­quoi ROBESPIERRE l’a pour­sui­vi d’une véri­table
féro­ci­té. Ce prêtre a fini par se sui­ci­der en pri­son tel­le­ment ROBESPIERRE le
tra­cas­sait. Je sais aus­si que ROBESPIERRE est un homme san­glant : il a voté la
mort de Louis XVI et il a voté d’autres morts. Et s’il fal­lait opter par
exemple entre Gan­ghi et ROBESPIERRE, il est cer­tain que ce n’est pas ROBESPIERRE
que je choi­si­rais. Mais pour finir je vou­drais vous appor­ter une cita­tion
inat­ten­due de Gra­ham GREENE. [essouf­flé]

C’est dans « Les
Comé­diens ». À la fin des Comé­diens, Gra­ham GREENE met en scène un petit
curé de la Répu­blique Domi­ni­caine, tel­le­ment peu impor­tant qu’il n’a­vait pas de
nom, et un doc­teur com­mu­niste qui s’ap­pelle le Doc­teur MAGIOT. [essouf­flé] Et
on com­pare la vio­lence et l’indifférence.

Et le
petit curé dit : « La vio­lence peut-être une forme de l’a­mour, ça peut être
un visage indi­gné de l’a­mour. La vio­lence est une imper­fec­tion de la cha­ri­té,
mais l’in­dif­fé­rence est la per­fec­tion de l’égoïsme ». 

Quant au Doc­teur MAGIOT le
com­mu­niste, il va dire, lui : « J’ai­me­rais mieux — au condi­tion­nel, hein — j’ai­me­rais
mieux avoir du sang sur les mains que de l’eau de la cuvette de Ponce PILATE ! ».

PEGUY
dis­tin­guait les hommes en deux groupes gros­so-modo : Il disait « Il y a
ceux qui ne s’oc­cupent que de leur sexe et de leur compte en banque. J’ap­pelle
ça la mer morte » disait-il. « Et puis il y a ceux qui s’oc­cupent un
petit peu — UN PETIT PEU ! — d’autre chose que de leur plai­sir et de leur
argent ». « Et puis, à la limite », disait-il repre­nant PASCAL,
« à la limite, il y a les témoins qui se font tuer ». 

Eh bien je crois que je n’ai pas
sol­li­ci­té l’his­toire et je ne vous ai rien caché, j’ai essayé d’être loyal : pour
moi, ROBESPIERRE, c’est un témoin qui s’est fait tuer.

[longs applau­dis­se­ments…]

style=‘page-break-before:always’>

Notes des retranscripteurs :

(1) Jean-Bap­tiste CLOOTS dit Ana­char­sis (1755 -
1794)

(2) Antoine-Fran­çois MOMORO (1756 – 1794)

(3) Camille DESMOULINS (1760 – 1794)

(4) Jacques-René HEBERT (1757 – 1794)

(5) Jacques MALLET du PAN (1749 – 1800)

(6) Pierre Joseph CAMBON (1756 – 1820)

(7) Ber­trand BARERE (1755 – 1841)

(8) Phi­lippe-Fran­çois-Nazaire FABRE, dit FABRE
d’ÉGLANTINE

(9) Il semble tout à fait évident que M. GUILLEMIN
vou­lait par­ler en fait de Camille DESMOULINS et non de FABRE d’ÉGLANTINE.

* * * * *

Docu­ment télé­char­geable ici :

https://​old​.chouard​.org/​E​u​r​o​p​e​/​G​u​i​l​l​e​m​i​n​_​r​a​c​o​n​t​e​_​R​o​b​e​s​p​i​e​r​r​e​_​e​t​_​l​a​_​R​e​v​o​l​u​t​i​o​n​_​f​r​a​n​c​a​i​s​e​.​pdf

Pour écou­ter la confé­rence, ain­si qu’une inté­grale
des vidéos et des livres d’Hen­ri Guille­min, voyez :
http://​etienne​.chouard​.free​.fr/​E​u​r​o​p​e​/​f​o​r​u​m​/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​?​2​0​1​2​/​0​5​/​0​4​/​2​1​8​-​h​e​n​r​i​-​g​u​i​l​l​e​m​i​n​-​e​x​p​l​i​q​u​e​-​r​o​b​e​s​p​i​e​r​r​e​-​e​t​-​l​e​s​-​r​e​v​o​l​u​t​i​o​n​s​-​f​r​a​n​c​a​i​s​e​s​_​l​a​-​f​a​u​s​s​e​-​e​t​-​l​a​-​v​r​aie

Mille mer­cis aux cou­ra­geux qui ont retrans­crit
cette très pré­cieuse conférence. 

ÉC.

* * * * *

style=‘page-break-before:always’>

Pour m'aider et m'encourager à continuer, il est désormais possible de faire un don.
Un grand merci aux donatrices et donateurs : par ce geste, vous permettez à de beaux projets de voir le jour, pour notre cause commune.
Étienne

Catégorie(s) de l'article :

21 Commentaires

  1. martine

    Quel bou­lot ! Tout retrans­crire et mettre en avant la tona­li­té des pro­pos de Guillemin.

    Vous êtes un for­çat des mots 🙂

    J’aime beau­coup cette confé­rence parce qu’elle efface tous les pro­pos hon­teux qu’on nous a appris à l’é­cole sur Robespierre.

    J’aime moins celles qu’il a don­né sur Cha­teau­briand ou Rous­seau. Il est par­fois un peu mani­chéen, et son enga­ge­ment chré­tien le rend moins objec­tif. Mais ce mon­sieur n’en reste pas moins un pas­sion­nant cher­cheur et révé­la­teur de l’his­toire cachée.

    Réponse
  2. Gaudefroy

    A celles et ceux qui aiment lire mais qui sentent que la lumière de l’é­cran finit par leur abî­mer les yeux,

    je veux leur dire qu’il existe une appli­ca­tion nom­mée dot.epub trans­for­mant les pages html en for­mat epub. On peut alors lire tran­quille­ment tel long texte comme celui-ci sur un ebook.

    Je conseille­rai à cet égard, pour l’a­voir tes­té, le sony PRS-T1, c’est une mer­veille – et aucune ins­tal­la­tion de logi­ciel n’est néces­saire. (je suis tom­bé sur cet ebook par hasard et je suis plu­tôt d’une manière géné­rale contre Sony et ses pro­grammes DRMisés)

    http://​dote​pub​.com/

    Amicalement.

    Et tout mon res­pect pour le tra­vail don­né pour retrans­crire cette parole par écrit.

    Réponse
  3. Catherine

    Ouf ! Grand mer­ci à vous et à tous de l’a­voir fait.

    Pour le cas où vous ne le sau­riez pas : il existe une asso­cia­tion qui s’ap­pelle « Pré­sence d’Hen­ri Guille­min », dont voi­ci le lien :

    http://​www​.uto​vie​.com/​a​s​s​o​g​u​i​l​l​e​m​i​n​.​htm

    Si jamais vous sou­hai­tiez par­ti­ci­per à ses tra­vaux, son secré­taire pour la région pari­sienne est Edouard Mangin.

    Vous pou­vez le joindre par notre intermédiaire.

    Réponse
  4. eric delorme

    Je ne vou­drais pas me faire tant pré­sent, cher Etienne,

    mais je dois avouer que ta der­nière (re)trouvaille d’hen­ri Guille­min étonne et bouleverse…

    Cet homme fut un voyant des limites de la pseu­do démo­cra­tie telle qu’il la vivait à l’é­poque et tel­le­ment à présent.

    Après le souffle incroyable de sa confi­dence « ma convic­tion pro­fonde », me voi­ci éton­né, émer­veillé par la lec­ture de ce Robes­pierre, « témoin » qui s’est fait tuer.

    Témoin de quoi ; il n’en défi­nit pas l’ouverture.

    Au delà de la révo­lu­tion véri­table que Robes­pierre voyait et dont il vou­lait témoi­gner – et quel beau témoin si on songe à ce que nous dit entre les lignes l’A­po­ca­lypse au cha­pitre 11, chiffre nup­tial de Pla­ton ! -, il fut aus­si l’im­pres­sion­nant témoin d’un « Aimant de la consti­tu­tion » qui, je le crois, man­quait beau­coup au début de tes lec­tures et trans­mis­sions, Étienne. Mais qui, je le vois à pré­sent en grosses lettres, ne manque pas sinon d’être recon­nu, d’être vu par toi comme une flamme de justice :

    « Et à la suite de ce dis­cours, c’est là où il fait sa pro­po­si­tion, folle peut-être, où il dit « je vou­drais que la Nation fran­çaise recon­naisse l’exis­tence d’un Être Suprême. Parce que si la nation fran­çaise recon­naît l’exis­tence d’un Être Suprême, la pre­mière consé­quence de cette pro­cla­ma­tion sera que la Nation fran­çaise s’en­ga­ge­ra du même coup à tra­vailler pour la Jus­tice, à défendre les oppri­més et à res­pec­ter les misérables ».

    (…)

    Je crois bien que si un cer­tain nombre de gorges étaient ser­rées ce jour-là, c’est parce que, à mon sens, c’é­tait la pre­mière fois qu’un gou­ver­nant par­lait de Dieu aux gens pour autre chose que pour les duper, et pour les asservir.

    Réponse
  5. Jean-Yves L.

    Magni­fique, j’ai écou­té déjà plu­sieurs fois la conf en mp3 et j’ai main­te­nant à coeur de la lire. Il y a juste un pas­sage qui me chif­fonne. Ce n’est pas d’une impor­tance pri­mor­diale mais ça me m’in­té­resse quand même :

    « …miche de pain cou­tait 40 cen­times. 40 sols, enfin, disons 40 cen­times, en 1750… le prix ne ces­se­ra pas de mon­ter. Elle va pas­ser de 10 sous à 12 sous, à 13 sous…
    Et ce n’est pas par hasard que le 14 juillet… est aus­si le jour où la miche de pain est la plus éle­vée, elle coute 14 sous. »

    En 1750, est-ce que le prix de la miche ne serait pas plu­tôt de 4 sols ?

    Ou alors est-ce que le prix était déjà très éle­vé en 1750 et il aurait for­te­ment bais­sé pour aug­men­ter après ?

    Me semble qu’il y a comme une erreur, non ?

    Réponse
  6. Merome

    Mer­ci à Etienne pour avoir pos­té et fait la pro­mo­tion de ces confé­rences de Guille­min. Je n’ai écou­té que celle sur Robes­pierre pour l’ins­tant, mais j’ai télé­char­gé tout le reste pour plus tard.

    Pour quel­qu’un comme moi qui n’a aucun sou­ve­nir de ses cours d’his­toire, qui asso­ciait vague­ment Robes­pierre et Dan­ton à la révo­lu­tion sans connaitre plus de détail, ce rafrai­chis­se­ment est essen­tiel et même divertissant.

    Sur­tout sur­tout, si tu as d’autres perles comme celles-ci, par­tage-les au plus vite !

    Réponse
  7. DidierF

    Impres­sion­nant. J’ai l’im­pres­sion de lire l’his­toire de la crise éco­no­mique actuelle à quelques détails his­to­riques près.

    Pour le por­trait de Vol­taire, je vous recom­mande le livre « Les Batards de Vol­taire » de John Saul. Il y trace le por­trait d’un cour­ti­san raté qui crée l’o­pi­nion publique tout en s’en­ri­chis­sant par des opé­ra­tions finan­cières plus que dou­teuses. Vol­taire y est un per­son­nage qui invente les rela­tions publiques et la pro­pa­gande à son avan­tage. Tout cela se fait au nom de la Rai­son et des Lumières.

    Le por­trait de Rous­seau par Hen­ri Guille­min décrit un humain qui donne à ce mot une valeur positive.

    Réponse
  8. Yves

    Mer­ci beau­coup pour ce tra­vail de spartiate !

    Apres mes mul­tiples ecoutes dans mon Iphone je vais pou­voir lire et relire !!

    Excellent !

    Réponse
  9. Alain Guillou

    Mer­ci Etienne de par­ta­ger tant de lec­tures qui assu­ré­ment ser­vi­raient « Pour un FRONT COMMUN D’EXPLICATION » tel que sug­gé­ré dans l’ar­ticle ci-après :

    LE CANCER DE LA FINANCE A ÉTÉ INOCULÉ PAR DES HOMMES

    « Les mesures prises pour dimi­nuer les rému­né­ra­tions des diri­geants des grandes entre­prises sont impor­tantes. Mais il y a aus­si les diri­geants des grandes banques, ceux qui sont à l’origine du pro­ces­sus qui a ame­né la crise finan­cière (…) La finan­cia­ri­sa­tion décon­nec­tée de l’économie réelle est un can­cer qui pro­li­fère depuis des années, qui fait écla­ter ses bour­souf­flures sur la Grèce, comme depuis des décen­nies sur les pays pauvres.

    Mais ce n’est pas un can­cer ordi­naire, qui tom­be­rait sur l’humanité comme une mala­die dont on n’est pas res­pon­sable. C’est une mala­die qui a été ino­cu­lée par des hommes, qui ont sciem­ment pen­sé le pro­jet. Ils ont entraî­né dans leur cupi­di­té bien des acteurs éco­no­miques jusqu’aux petits épar­gnants. (…) Pour que nos conci­toyens voient qu’il y a eu des déci­sions prises, qu’il ne s’agit pas d’un sys­tème contre lequel on ne peut rien. (…). Ne serait-il pas bon que se réa­lise un front com­mun d’explications pour redon­ner aux citoyens barre sur les expli­ca­tions de la crise finan­cière et sur les mesures éco­no­miques qui peuvent être prises ? Car ces déci­sions dépendent aus­si de nous, les citoyens, de notre abs­ten­tion ou de notre action. Com­ment, par exemple, avons-nous pu lais­ser les poli­tiques obli­ger les États à finan­cer leurs pro­jets auprès du mar­ché finan­cier pri­vé et non auprès de leurs banques cen­trales, et pour l’Union euro­péenne auprès de la Banque Cen­trale européenne ?

    (…)

    Article signé par Domi­nique Fon­taine, ancien prêtre-ouvrier, vicaire géné­ral de la mis­sion de France, à lire en entier dans L’Humanité des débats du ven­dre­di 15 Juin 2012

    Réponse
  10. Axel

    Grand mer­ci pour ce par­tage et la trans­crip­tion – tra­vail fas­ti­dieux s’il en est – de cette confé­rence ô com­bien passionnante.

    Une véri­table découverte !

    Réponse
  11. sitouaillain

    a signa­ler cette série d’ar­ticles d’his­to­riens dans le canard républicain,
    notam­ment plu­sieurs réac­tions sur l’é­pi­sode des manus­crits ven­dus aux enchères et le docu­men­taire de FR3 sur les guerres de vendées,

    http://​www​.xn​-​-leca​nar​dr​pu​bli​cain​-jwb​.net/​s​p​i​p​.​p​h​p​?​a​r​t​i​c​l​e​492

    la socié­té des études robes­pier­ristes orga­nise un hom­mage au Pan­théon le jour anni­ver­saire de sa mort le 28 juillet,

    par ailleurs si quel­qu’un a des nou­velles des mobi­li­sa­tions qui avaient eu lieu pour rem­pla­cer en France les noms des salauds don­nés à nos rues par le nom de Robespierre…

    Réponse
  12. lio95

    Bon­soir Etienne et les internautes…

    J’ai écou­té à deux reprises la confé­rence de ce fabu­leux conteur et lu la trans­crip­tion. J’ai replon­gé dans cette période que je connais­sais mal, revu le film la révo­lu­tion fran­çaise de Robert Enri­co, lu quelques articles sur le net mais si le plai­sir de Guille­min est com­mu­ni­ca­tif je ne suis pas convain­cu par sa démons­tra­tion qui vise à dis­cré­di­ter Dan­ton. les argu­ments qu’il uti­lise pour dis­cré­di­ter me semblent peu pertinents

    1)Danton aime les femmes ( et alors ?) , l’argent, c’est un oppor­tu­niste, un homme ache­té par la monar­chie etc…

    je reco­pie la réponse d’un spé­cia­liste de l’his­toire de la révo­lu­tion fran­çaise Gerard Wal­ter que l’on peut trou­ver sur Wiki­pé­dia ( à Danton)

    « Que deman­dons-nous à Dan­ton ? Est-ce de savoir com­bien d’argent il a gagné au cours de sa car­rière poli­tique, et com­ment ? Ou quels sont les ser­vices qu’il a ren­dus à la Révo­lu­tion ? Si l’on entend le juger sous ce der­nier rap­port, ce n’est pas le bilan de sa for­tune qu’il y a lieu de dres­ser, mais celui de ses actes. Si celui-ci, en fin de compte, est en mesure d’établir que l’activité de Dan­ton a contri­bué effec­ti­ve­ment au triomphe de la Révo­lu­tion, peu importe s’il a reçu de la Cour ou ailleurs, 30 000 livres, ou 300 000, ou même 3 mil­lions. Par contre, s’il avait été démon­tré qu’il n’eût jamais tou­ché un sol de per­sonne, mais qu’il ne fut pas le sau­veur de la France révo­lu­tion­naire à l’époque où les Alle­mands et les émi­grés mar­chaient sur Paris, on aurait bien le devoir de le pro­cla­mer « grand hon­nête homme », mais aus­si celui de le rayer défi­ni­ti­ve­ment du nombre des grands révolutionnaires. »

    D’ailleurs Furet reproche à Mathiez ( qui révèle la cor­rup­tion de Dan­ton ) de confondre idéal révo­lu­tion­naire et ver­tu privée.

    …Peut être touche t‑il cet argent de Mira­beau ? mais sans contre par­tie de la part de Danton !!

    2)Guillemin nous dit qu’on fait por­ter le cha­peau des exé­cu­tions à Robes­pierre : « Ils le cou­vrirent pen­dant qua­rante jours du sang qu’ils ver­saient pour le perdre »

    a) j’au­rais aimé plus de détails sur cette affirmation.

    b) et pour quelles rai­sons envoie t‑il à la guillo­tine Dan­ton ? Guille­min écrit  » Ce n’est pas un san­gui­naire ROBESPIERRE, c’est un homme à qui la guillo­tine a tou­jours paru assez révol­tante,  mais enfin la situa­tion est telle que si on ne frappe pas DANTON, qu’est-ce qui va arri­ver ?  » .……mais Guille­min ne donne pas la réponse, eh oui j’au­rais aimé connaitre ce qui allait arriver !!!!!

    Voi­là, si une per­sonne savante, qui ne juge­rait pas trop stu­pides ces remarques, pou­vait m’é­clai­rer sur ces points alors je suis preneur…

    Cor­dia­le­ment

    Réponse
  13. Stéphane M.

    Bon­jour,

    M.Guillemin cite sou­vent cette parole qu’il aurait trou­vée dans Voltaire,(essai sur les moeurs et l’es­prit des nations?):

    « Un pays bien orga­ni­sé est celui où le petit nombre fait tra­vailler le grand nombre, est nour­ri par lui, et le gouverne. »

    Et M. Chouard l’a citée éga­le­ment dans une vidéo où il com­mente l’o­pi­nion d’Onfray.

    Voi­ci ma demande :
    Quel­qu’un aurait-il la réfé­rence exacte de cette cita­tion ? quel livre, quel cha­pitre, etc.?

    Je vous remer­cie par avance.

    S

    Réponse
  14. Yard

    Bon­jour,

    @Stéphane M. : la cita­tion de Vol­taire pro­vient de l’  »Essai sur les Moeurs » (155,1756).

    La cita­tion est reprise dans un pas­sage consa­cré aux Chi­nois. On peut la retrou­ver dans les oeuvres com­pètes de Vol­taire, dis­po­nible gra­tui­te­ment en ver­sion numé­rique sur GoogleBook.
    Le livre est ici.

    La page conte­nant la cita­tion est ici.

    Je me suis posé la même ques­tion, concer­nant la cita­tion sui­vante de Sieyès :

    « Les citoyens qui se nomment des repré­sen­tants renoncent, et doivent renon­cer à faire eux-mêmes la loi. Ils n’ont pas de volon­té par­ti­cu­lière à impo­ser. S’ils dic­taient des volon­tés, la France ne serait plus cet État repré­sen­ta­tif, ce serait un État démo­cra­tique. Le peuple, je le répète, dans un pays qui n’est pas une démo­cra­tie, et la France ne sau­rait l’être, le peuple ne peut par­ler, ne peut agir, que par ses représentants. »

    Elle est réfé­ren­cée dans Wiki​pe​dia​.fr comme issue du Dis­cours du 7 sep­tembre 1789.

    La cita­tion serait appa­rem­ment reprise dans « Archives par­le­men­taires de 1787 à 1860, Librai­rie admi­nis­tra­tive de Paul Dupont, 1875″, à la page 594.

    Dis­po­nible appa­rem­ment d’oc­ca­sion sur Cha​pitre​.com.

    J’ai insé­ré ces réfé­rences dans les pages Vol­taire et Sieyès de Wiki​pe​dia​.fr.

    Pour info, j’ai éga­le­ment inté­gré la retrans­crip­tion de la confé­rence de Hen­ri Guille­min consa­crée à Robes­pierre sur Wikiversité.fr.

    Par ailleurs

    Réponse
  15. Étienne

    Phi­lippe Lan­deux, modeste mais pas­sion­nant cher­cheur que je suis en train de décou­vrir par son tra­vail éton­nant sur Robes­pierre, m’a fait pas­ser ce matin cette pure pépite : 

    « La source de tous nos maux, c’est l’indépendance abso­lue où les repré­sen­tants se sont mis eux-mêmes à l’égard de la nation sans l’avoir consultée.

    Ils ont recon­nu la sou­ve­rai­ne­té de la nation, et ils l’ont anéantie.

    Ils n’étaient de leur aveu même que les man­da­taires du peuple, et ils se sont faits sou­ve­rains, c’est-à-dire des­potes, car le des­po­tisme n’est autre chose que l’usurpation du pou­voir souverain.

    Quels que soient les noms des fonc­tion­naires publics et les formes exté­rieures du gou­ver­ne­ment, dans tout État où le sou­ve­rain ne conserve aucun moyen de répri­mer l’abus que ses délé­gués font de sa puis­sance et d’arrêter leurs atten­tats contre la consti­tu­tion de l’État, la nation est esclave, puisqu’elle est aban­don­née abso­lu­ment à la mer­ci de ceux qui exercent l’autorité.

    Et comme il est dans la nature des choses que les hommes pré­fèrent leur inté­rêt per­son­nel à l’intérêt public lorsqu’ils peuvent le faire impu­né­ment, il s’ensuit que le peuple est oppri­mé toutes les fois que ses man­da­taires sont abso­lu­ment indé­pen­dants de lui.

    Si la nation n’a point encore recueilli les fruits de la révo­lu­tion, si des intri­gants ont rem­pla­cé d’autres intri­gants, si une tyran­nie légale semble avoir suc­cé­dé à l’ancien des­po­tisme, n’en cher­chez point ailleurs la cause que dans le pri­vi­lège que se sont arro­gés les man­da­taires du peuple de se jouer impu­né­ment des droits de ceux qu’ils ont cares­sés bas­se­ment pen­dant les élections. »

    Robes­pierre, 29 juillet 1792.

    Pas éton­nant que les (riches) « Lumières » (mar­chandes) aient détes­té cette véri­table sen­ti­nelle du Peuple, déjà de son vivant, et que tous leurs héri­tiers (1%) se soient atta­chés, depuis, à copieu­se­ment calom­nier ce héros populaire. 

    Étienne.

    Réponse
  16. Simon

    Mer­ci beau­coup pour cette transcription.

    Petit lap­sus scriptae :
    « Le lob­by colo­nial qui était extrê­me­ment puis­sant à la colo­niale avec La Fayette, »

    à la place de :

    Le lob­by colo­nial qui était extrê­me­ment puis­sant à la CONSTITUANTE avec La Fayette,

    [Mer­ci Simon, j’ai cor­ri­gé. ÉC.]

    Réponse
  17. s4mdf0o1

    Au tout début :
    « Donc, il c’é­tait consti­tué une classe de finan­ciers, d’in­dus­triels, de banquiers. »

    /il s’était/

    Réponse
  18. xael

    Le gros pro­blème de Guille­min, c’est que lui il se com­prend, mais hélas il s’embrouille un peu dans ce qu’il dit et par­fois sort des énor­mi­tés, qu’on ne peut rec­ti­fier soi-même si on n’est pas historien.

    Exemple :

    Cette miche de pain cou­tait 40 cen­times. 40 sols, enfin, disons 40 cen­times, en 1750.

    et plus loin…

    Elle ne ces­se­ra pas, le prix ne ces­se­ra pas de mon­ter. Elle va pas­ser de 10 sous à 12 sous, à 13 sous…
    Et ce n’est pas par hasard que le 14 juillet, c’est-à-dire le jour où il y a la prise de la Bas­tille, dont je vais vous par­ler, est aus­si le jour où la miche de pain est la plus éle­vée, elle coute 14 sous.

    Donc si je lis bien la miche de pain cou­tait 40 sous en 1750 et elle a aug­men­té à 14 sous le 14 juillet…
    Ça serait bien d’a­voir quelques expli­ca­tions de texte.

    Réponse
  19. Benoit

    Dans le livre les deux révo­lu­tions fran­çaises, Hen­ri Guille­min dit page 111 : « Robes­pierre, le 20 mai 90, avait obte­nu de la Consti­tuante un décret extrê­me­ment impor­tant : « La nation fran­çaise renonce à entre­prendre aucune guerre en vue de faire des conquêtes. Elle n’emploiera jamais ses forces contre la liber­té d’au­cun peuple. » »

    C’est jus­te­ment le point 14 du pré­am­bule de la consti­tu­tion de 1946 à laquelle notre Consti­tu­tion de 58 se réfère :
    http://​www​.legi​france​.gouv​.fr/​D​r​o​i​t​-​f​r​a​n​c​a​i​s​/​C​o​n​s​t​i​t​u​t​i​o​n​/​P​r​e​a​m​b​u​l​e​-​d​e​-​l​a​-​C​o​n​s​t​i​t​u​t​i​o​n​-​d​u​-​2​7​-​o​c​t​o​b​r​e​-​1​946

    Ne serait-il serait pas bon d’en­le­ver « en vue de faire des conquêtes » car il suf­fit d’ap­pe­ler ça « guerre huma­ni­taire » pour pou­voir conquérir ?

    « La nation fran­çaise ne peut entre­prendre aucune guerre. Elle n’emploiera jamais ses forces contre aucun peuple. Seule la défense de son ter­ri­toire est légitime. »

    Réponse
  20. EFFAB

    Bien vu ! après tout cela, aus­si détaillé, aus­si pré­cis soit-il, n’empêchera jamais une inter­pré­ta­tion de sou­le­ver un autre point de détail et de vue, et d’in­flé­chir ain­si une volon­té pre­mière, convaincre des esprits qui pour­tant s’é­taient jurés de n’y plus revenir.

    C’est pour ça que la para­digme nou­veau soit clai­re­ment défi­ni, non dans le choix abso­lu et irré­vo­cable de telles pro­po­si­tions et non de telles autres, mais bien dans cette pen­sée et cette volon­té com­mune d’é­ta­blir un Contrat Social res­pec­tueux de tous et de tout, pla­çant la vie, l’en­vi­ron­ne­ment et la per­sonne humaine au coeur de nos attentes et de nos volon­té, n’ayant plus jamais à subir quelque arbi­traire et quelque mono­pole que ce soit, sans par­ler de cette déme­sure et de cette incon­sé­quence à pla­cer des abs­trac­tions et des limites au-des­sus de tout, limites pour la masse et droit à tout pour quelques privilégiés.

    Bref, soyons certes pré­cis mais néan­moins suf­fi­sam­ment ‘flexibles’ pour réagir au mieux et anti­ci­per sur tout.

    ROBESPIERRE, nous qui sommes tous des ROUSSEAU en puissance

    Réponse

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Derniers articles