Chers amis,
Vous vous souvenez sans doute que j’ai signalé ici, il y a quelques semaines, une conférence formidable, peut-être la meilleure de Guillemin, celle sur Robespierre.
En la signalant, j’ai lancé un appel au peuple pour retranscrire (et peut-être traduire) cette merveille : une bande de virus (très gentils) s’est emparée de ce chantier et a produit une retranscription minutée, ainsi qu’une vidéo sous-titrée (en deux parties)…
Depuis, Mathieu (Chappuis) m’a envoyé le script des sous-titres sans les minutages, et voici plusieurs jours que je relis mot à mot ce très précieux document. Le voici, corrigé et mis en forme à ma manière (je sais que je mets trop de couleurs et de grandes tailles, mais ça me défoule 🙂 et ça me facilite la tâche pour une lecture rapide). La version pdf est ici.
Je remercie du fond du cœur les frères humains qui se montrent si dévoués et qui m’aident tant à défendre le bien commun et les pauvres gens.
Sacrée tranche de vie, vraiment.
Bien amicalement.
Étienne.
Conférence d’Henri Guillemin sur Robespierre style=‘font-size:21.0pt;line-height:115%;color:black’>
12
février 1970 (pdf)
Notre association du personnel est très
heureuse d’accueillir à nouveau monsieur Henri Guillemin.
Il y a trois ans, il nous avait passionnés de
l’affaire Dreyfus,
une affaire qui a
ébranlé la France au siècle dernier.
Et c’est aussi un des sujets qui a aussi
ébranlé la France et je dirais même l’Europe.
Je crois que c’est une insulte de le
présenter, vous le connaissez tous puisqu’il est déjà venu ici.
Et pour ceux qui suivent ses conférences sur
le petit écran, je vais tout de suite lui donner la parole.
- Je me mets là, devant, alors ?
- Non non, vous pouvez vous balader.
- Et puis ça alors, qu’est-ce que j’en fais
de ça ? Je le laisse comme ça ?
- Oui vous pouvez le laisser comme ça.
- Bon. Et bien l’image traditionnelle de Robespierre vous la
connaissez.
Enfin telle que je l’avais apprise moi-même dans les livres de Louis
Madelin qui faisait autorité quand j’étais étudiant :
l’image d’un incorruptible, c’est entendu, mais en même temps une
espèce de pion âcre,
enfin, un fanatique glacé, une espèce de cuistre guillotineur si vous
voulez.
Alors, immédiatement, on opposait le visage de Danton, en vous disant :
« Oui, bien entendu, il est moins incorruptible,
mais Danton, c’est tout de même l’homme « de l’audace, encore de
l’audace ».
C’est un homme duquel sortait une chaleur humaine.
Tandis que ce petit monsieur propret mais aux mains sanglantes, quelle
horreur ! »
« Mains sanglantes », ça me fait penser à l’image que j’ai vue
en entrant,
où le nom de Robespierre est accompagné de sang qui coule…
Alors, est-ce exactement comme ça qu’il faut le voir ? Je n’en suis
pas sûr.
Et je peux vous dire que depuis un certain nombre d’années, cette
ancienne image s’est déjà pas mal modifiée.
C’est Mathiez, le premier, qui était le grand rival de Aulard, vous
savez à la Sorbonne,
Mathiez, après lui monsieur Soboul, qui a le même prénom : Albert
Soboul.
Jean Massin qui a fait un très bon Robespierre.
Et puis tout récemment, enfin il y a deux ans je crois, Max Gallo qui
a aussi rapporté un Robespierre dont la physionomie est modifiée par rapport à
l’image traditionnelle.
Eh bien, je vais tenter de vous présenter Robespierre tel que je le
vois.
Alors pour ça il faut d’abord regarder ce que c’est que le mouvement
de 1789, pour voir l’insertion de Robespierre.
Eh bien la chose importante à vous dire, citation de Michelet, qui est
un grand écrivain, mais mon estime pour l’historien n’a cessé de décroître ; Michelet
vous affirme ceci, « Ce qu’il importe de savoir, c’est à quel point les
idées d’intérêt furent étrangères au mouvement de 89″…
Et il ajoute même, oui : « la révolution fut désintéressée,
c’est là son côté sublime »…
Je n’en crois plus rien.
Voyons, qu’est-ce qui c’était passé réellement au
18ème siècle ?
La formation d’une nouvelle classe, hein.
Nous l’appellerons si vous le voulez la richesse mobilière.
Il y a eu cette grande expansion économique au
18ème siècle, que vous connaissez.
Donc, il s’était constitué une classe de
financiers, d’industriels, de banquiers.
Ces gens représentaient réellement une très grande
part de la fortune française.
Or, ils voyaient que, comme on dirait
aujourd’hui, les leviers de commande étaient uniquement entre les mains de
l’aristocratie.
Alors, ces gens avaient envie de s’affirmer.
Et ils avaient un théoricien, qui s’appelait Barnave, qui était
un avocat du Dauphiné, un client des Perrier,
(les Perrier, c’était de grands industriels de la région)
et
Barnave a prononcé en 90 une phrase très importante, que je crois savoir par cœur
: « Une nouvelle distribution de la richesse, appelle — c’est-à-dire exige —
une nouvelle distribution du pouvoir. »
Autrement dit : nous qui sommes très importants dans la France, nous
tenons à avoir notre part dans la gestion des affaires publiques.
L’occasion
qui va se présenter pour cette nouvelle classe, c’est la situation financière
française en 1789 :
la banqueroute imminente.
Et deux raisons de la banqueroute, qui sont
les suivantes :
Il y a une très célèbre, l’autre qui l’est moins.
Raison célèbre, il y avait des parasites qui ne
payaient pas d’impôts, et c’était précisément ce qu’on appelait les privilégiés,
à savoir l’aristocratie et le clergé ;
Mais deuxièmement il faut aussi penser à la
politique financière des rois de France, surtout Louis 15 et Louis 16.
Une politique d’emprunts permanents.
Lorsque la France de Louis 16 décide de soutenir
les insurgés d’Amérique, qui vont donner les États-Unis, il faut de l’argent
liquide pour faire la guerre.
Necker, Suisse vous savez, qui est « au service de la France ».
Necker dit : « tout l’argent que vous voudrez ! »
Naturellement, on fait des emprunts énormes. Et je vous dirais entre
parenthèses que Necker s’y retrouve personnellement parce qu’il fait semblant
d’être désintéressé, à ce moment-là, de n’être plus banquier,
et il prête jusqu’à 14% à l’État français style=‘font-size:17.0pt;line-height:115%;color:red’>. C’est intéressant quoi,
un ministre des finances qui fait du 14% personnellement…
Ce qui lui permettra ensuite le château de Coppet.
Bon alors en 1789, vous avez la situation que voici.
La moitié, c’est
vrai ce que je vais dire, la moitié du budget des dépenses françaises passe aux
arrérages de la dette.
Situation éminemment malsaine.
Alors vous pensez bien que ces industriels, ces grands personnages,
ces notables, ne vont pas eux-mêmes faire la révolution et descendre dans la
rue.
Il leur faut un
bélier. Le bélier est tout trouvé, c’est la petite plèbe, c’est le petit
peuple.
Si vous lisez un livre divertissant et qui ne voudrait pas l’être,
mais qui l’est tout à fait, un livre de monsieur Gaxotte de l’académie
française sur la révolution française, vous y lirez cette phrase surprenante :
« En somme en 1789, l’ensemble était cossu ».
Je vous assure que c’est merveilleux de penser, l’ensemble était cossu
!
Alors vous voyez quand on passe à des choses
sérieuses, quelqu’un qui Dieu sait n’est pas un communiste, j’ai nommé monsieur
Edgar Faure, qui a fait un très bon livre sur la chute de Turgot, et qui
a cette phrase très importante, qui est un homme qui sait de quoi il parle.
« C’est vrai la richesse française, la
richesse nationale française s’était beaucoup accrue au 18ème siècle, et cela
avait aboutit – écrivait Edgar Faure – à faire les pauvres plus pauvres. »
Monsieur Godechot, encore aujourd’hui je crois, doyen de la faculté
des lettres de Toulouse, et qui a fait dans une collection importante qui
s’appelle « Les trente journées qui ont fait la France », qui a fait le
14 juillet, nous apporte lui des chiffres.
Alors je vais vous donner quelques uns de ces chiffres.
Le travailleur, à ce moment-là c’est quoi ?
C’est le travailleur des champs, surtout journalier. Mais il y a aussi
plus de travailleurs des villes qu’on ne l’imagine.
Il y a déjà des concentrations industrielles.
Enfin, le travailleur des champs ou le travailleur des villes, gagne à
peu près 20 sols par jour au 18ème siècle.
20 sols, pouvoir d’achat actuel, 4 à 5 francs suisse à peu près. (3 à
4 euros)
Ces gens ne gagnent leurs 20 sols que quand ils travaillent, bien
entendu.
Il y a le dimanche, et il y a énormément des fêtes chômées.
Alors ces gens gagnent leurs 20 sols quand ils travaillent, environ
320 ou 330 jours par an.
De quoi se nourrissent-ils ? Ils se nourrissent avant tout de ce qu’on
appelait « la miche ».
La miche de pain, on ne parlait pas de kilo à ce moment-là, ça ferait
une miche de 1 kilo.
Cette miche de pain coutait 40 centimes. 40 sols, enfin, disons 40
centimes, en 1750.
Elle ne cessera pas, le prix ne cessera pas de monter. Elle va passer
de 10 sous à 12 sous, à 13 sous…
Et ce n’est pas par hasard que le 14 juillet,
c’est-à-dire le jour où il y a la prise de la Bastille, dont je vais vous parler,
est aussi le jour où la miche de pain est la plus élevée, elle coute 14 sous.
Alors comme il faut manger tous les jours même
si on ne travaille pas tous les jours, regardez la situation de gens qui
dépensent déjà 14 sous pour manger, qui gagnent 20 sous quand ils travaillent.
Alors qu’est-ce qu’il leur reste pour leur
habitation ou pour leur logement, ou pour leur vêtement ?
Des gens donc très malheureux. Ce n’est pas
étonnant que dans l’année de 1788 il y avait pas mal de tumulte, des émeutes,
des petites insurrections, de la misère.
Et en avril 1789 les états généraux ne sont pas
réunis, ils vont se réunir le 5 mai.
En avril 89 à Paris, une très violente insurrection
qu’on appelle « l’émeute réveillon », quartier Saint-Antoine, quartier
ouvrier, où il y aura, on fera donner la troupe, où il y aura environ 150
morts.
C’est
vous dire qu’il y avait là un bélier tout à fait disponible, c’est-à-dire de
pauvres gens qui crevaient.
Les notables qui sont réunis à Versailles d’abord
puis à Paris après, vous savez, c’est l’assemblée dite « constituante »
maintenant.
Les états généraux qui se sont transformés en
assemblée constituante, estiment que tout va bien.
Le roi a en effet reculé, on va arriver à faire une
constitution.
Et par conséquent ces notables, c’est-à-dire la
richesse mobilière, ont l’impression qu’ils ont gagné.
Quand brusquement, le 12 juillet 1789, le roi fait marche arrière,
renvoie Necker qui était au pouvoir et, étant financier lui-même, favorisait
les financiers.
Le roi renvoie Necker et met à la place un
gouvernement que nous appellerons d’extrême droite, avec Breteuil.
Situation
dramatique. Cette fois la bourgeoisie parisienne, la grosse bourgeoisie, la
bourgeoisie d’affaires parisienne, décide de se lancer — pas elle-même, bien
entendu — mais de lancer le peuple contre la Bastille qui était le symbole même
de l’autocratie.
On
va armer le peuple. C’est très redoutable hein, et c’est dans la journée du 13
juillet 1789 qu’on va ouvrir les Invalides, où il y avait 30 000 fusils, des
canons, de la poudre, et on va distribuer des armes aux pauvres gens.
On notera par exemple que deux Suisses, très importants, le banquier
Pergaud et un autre banquier Genevois qui s’appelle Delessert,
(Pergaud c’est un Neuchâtelois) sont là parmi les gens les plus
incandescents, qui ont ramassé des fusils et qui les distribuent aux gens qui
passent devant chez eux.
Vous avez Boscari qui est un agent de change et un futur membre de
l’assemblée législative, agent de change, qui lui aussi ne va pas se battre, c’est
pas convenable, mais distribue des fusils.
Alors ça y est le 14 juillet, le roi a reculé, on a rappelé Necker, on
a gagné !
Attention ! On a gagné avec un grand risque : on a armé la plèbe.
Qu’est-ce qu’elle va faire de ces fusils ?
Alors, il faut lui reprendre ces fusils. Et on a
trouvé un truc admirable, en effet qui va réussir tout de suite.
On avait distribué gratuitement ces fusils à la
petite plèbe. On va les lui racheter pour 40 sous.
Alors la plupart des fusils reviennent. Vous
comprenez, les gens qui avaient touché un fusil pour rien, on leur dit si vous
rendez le fusil, vous avez 40 sous, ils rendent leur fusil.
Aux trois armées comme on a peur que ça leur ait donné des mauvaises
idées, on va constituer tout de suite, dès le 15 juillet, ce qu’on appelle
d’abord une MILICE BOURGEOISE.
Puis le mot parait tout de même trop nu, on appellera ça une GARDE
NATIONALE. La garde nationale sera une armée
supplétive pour faire tenir tranquille les pauvres.
Et cette garde nationale se crée à Paris, et se
crée aussi en province.
Maintenant comme l’a fait Regallier, on va faire une constitution.
On a annoncé que tous les Français devenaient des citoyens.
Mais l’abbé Sieyès fait admettre une constitution qui divisera les
français en deux classes.
Il y a ceux qui payent des impôts et ceux qui n’en payent pas.
On appellera tout le monde citoyen, pour rire,
mais il y aura les citoyens actifs et les citoyens passifs.
C’est un chef d’œuvre d’humour noir d’appeler citoyen passif, puisque
le passif c’est celui qui n’a pas le droit de vote !
Alors en somme il n’y a que les possédants ou les demi-possédants,
ceux qui ont un petit peu d’argent, qui auront le droit de vote.
C’est ça, « la constitution ».
En plus, loi Le Chapelier de 1793 (en réalité
1791) : à savoir interdiction est faite, sous peine de prison, aux ouvriers -
aux salariés comme on disait déjà – de se coaliser, pour je cite, pour enchérir
leur travail.
Défense de se coaliser pour enchérir leur
travail, c’est-à-dire : interdiction est faite aux salariés, aux prolétaires,
de défendre leurs intérêts.
Et comme le 17 juillet 1791, les citoyens
passifs se sont mêlés de ce qui les regardait pas, lorsque ce jour-là après la
fuite du roi à Varennes, ils ont demandé la déchéance du roi, il y avait 100 000
personnes à peu près qui étaient réunies aux Champs de Mars pour signer sur un
registre, où les cordeliers, qui étaient des gens d’extrême gauche, avaient
déposé une pétition pour que le roi soit déchu ; La Fayette, chef de la
garde nationale, de la garde bourgeoise, et Bailly maire de Paris, feront tirer
et sans sommation, sur ce peuple qui est là.
Vous savez c’est une date, ce 17 juillet 1791,
qu’il faudrait inscrire en rouge dans les livres, au moins aussi gros que le 14
juillet.
Le 17 juillet 1791, sans sommation on fera tirer sur le peuple parce
qu’il se mêle de ce qui ne le regarde pas, en demandant la déchéance du roi.
On ne saura jamais exactement le chiffre des tués.
Vraisemblablement près d’un millier.
Ça, c’est une leçon donnée aux petites gens qui veulent s’occuper
de la gestion des affaires nationales, qui n’appartient qu’aux possédants.
En
somme, les constituants sont des Voltairiens. Comprenez-moi bien, je ne parle pas du tout de
Voltaire au sens religieux.
On en parle tout le temps mais on oublie que Voltaire avait une
certaine doctrine politique.
Et Voltaire
avait affirmé la doctrine que voici : « Un pays bien organisé est celui
où le petit nombre fait travailler le grand nombre, est nourri par lui, et le
gouverne. »
Ça, c’est une morale d’entretenu. Eh bien, c’est la morale de la
constituante.
Il y avait un monsieur qui n’était pas d’accord. Un seul, un seul !
Un petit avocaillon d’Arras, qui s’appelait Maximilien de
Robespierre.
Il était tout seul à la constituante à faire des protestations.
D’où sort-il ? C’est un garçon qui n’a pas eu de chance, il a perdu sa
mère tout petit. Quand il avait 9 ans son père a disparu, on dit qu’il est allé
mourir à Munich, on en sait rien.
On croit qu’il était parti avec une femme. Toujours est-il que ce
petit Robespierre de 9 ans, est chef de famille puisqu’il y a derrière lui deux
sœurs et un petit garçon qu’on appelle en famille « bonbon » et qui
s’appelle en réalité Augustin.
La chance de notre Maximilien de Robespierre, c’est un oncle paternel
qui va obtenir pour lui une bourse de l’évêque d’Arras.
C’est avec de l’argent ecclésiastique qu’il va faire ses études.
Études au collège Louis le Grand, bonnes études, bon travailleur, il
veut faire du droit.
Et à 23 ans, il va prendre la succession, après un intervalle, la
succession de son père qui avait été avocat à Arras.
On a quelques dessins de ce très jeune Robespierre.
Il a une figure poupine, à 23 ans il a l’air d’un gamin.
Il a des yeux un peu candides, il a un nez retroussé comme Talleyrand.
Et il n’est pas particulièrement ni méchant ni gentil, enfin il est
quelconque.
C’est un garçon qui n’est pas insociable, qui va dans les bars, qui
tourne le madrigal comme tout le monde.
Mais on se moque un peu de lui parce qu’il a une
passion : il parle tout le temps de Jean-Jacques Rousseau.
Pas de Rousseau des confessions ni de la
Nouvelle Héloïse, mais le Jean-Jacques du contrat social.
Il est fou de Jean-Jacques, il vit de
Jean-Jacques, il l’a vu et il le dit à tout le monde.
Il était né en 1758, Rousseau est mort en 1778.
En 78 Robespierre était encore étudiant à Paris.
Rousseau n’était pas loin, à Ermenonville, chez le marquis de jardin,
vous savez.
Et le petit Robespierre lui avait demandé une
audience.
Eh bien Jean-Jacques Rousseau avait accepté de voir
ce garçon !
Je ne pense pas qu’il avait tenu des propos
sublimes, mais enfin il lui avait parlé.
Alors Robespierre disait « j’ai vu Jean-Jacques
Rousseau ! ».
Bon, les gens souriaient un peu.
Mais les gens souriront moins lorsqu’ils verront un
certain trac, comme disent les gens aujourd’hui, que Robespierre avait répandu
à la fin de l’année 1788 lorsqu’il était candidat aux états généraux, candidat
du Tiers état.
Je vais vous lire, ce texte est tout court, la
phrase essentielle je vais vous la lire lentement. C’est
du Robespierre de 1788 :
« La plus grande partie de nos concitoyens – la plus grande
partie – est réduite par l’indigence à ce suprême degré d’abaissement, où
l’Homme, uniquement occupé de survivre, est incapable de réfléchir aux causes
de sa misère et aux droits que la nature lui a donné. »
C’est terrible de demander ça, et de dire aux gens : vous allez
réfléchir aux causes de votre misère !
Vous êtes des exploités, vous êtes des malheureux, prenez-en
conscience !
Vous comprenez que c’était terrifiant. Alors un homme qui dit des
choses comme ça se fait repérer tout de suite.
Et même il va encore plus loin, il va prononcer un mot terrible à la
tribune.
Il
va parler d’hypocrisie — vous m’entendez : d’hypocrisie— à propos de la
déclaration des droits de l’Homme.
Pourquoi donc ? La déclaration des droits de
l’Homme votée à l’unanimité avait pour article principal, vous le savez ça,
c’est assez souvent cité :
« Tous les Hommes naissent et demeurent libres
et égaux en droit ».
C’était la grande phrase de la déclaration des
droits de l’Homme.
« Tous les Hommes naissent et demeurent libres
et égaux en droit ».
Alors Robespierre dit : Nous avons tous voté ça,
mais quelle application en faites-vous ?
L’égalité ? Je ne la vois pas, l’égalité !
Ces hommes qui sont tous égaux, alors pourquoi
avez-vous distingué les français en deux groupes : les citoyens actifs et les
citoyens passifs, d’après leur argent.
Ils sont tous libres ? Il y a aussi des citoyens
noirs parce que la France avait encore à ce moment-là quelques colonies,
surtout dans les Antilles.
Il avait demandé l’abolition de l’esclavage.
Le lobby colonial qui était extrêmement puissant à
la Constituante avec La Fayette, entre autres, qui s’était absolument opposé, la
constituante avait maintenu l’esclavage.
Et Robespierre disait : Hypocrisie de dire que tous
les hommes… puisque les hommes noirs vous voulez les laisser en esclavage.
Et puis il y a d’autres esclaves, qui sont pas
noirs, qui sont blancs, ce sont ces ouvriers auxquels vous interdisez de
se coaliser pour défendre leur salaire.
Je dis donc le mot hypocrisie parce que ni
l’égalité, ni la liberté, ne sont respectés par vous.
Il avait compris
aussi ce que c’était que « la fédération »
:
Si vous lisez notre ami Michelet, vous voyez, et qui a été beaucoup
répété depuis : la fédération c’est la grande fête nationale française.
Ça se passe le 14 juillet 1790. Les gardes nationales sont venues se
rassembler à Paris.
La France prend conscience de son unité. Paraît-il que le patriotisme
est né ce jour-là.
Il
ne s’agit pas de patriotisme. Il s’agit de quoi ? Du premier congrès armé de la
bourgeoisie.
Ce sont les gardes nationales qui font tenir
tranquille les paysans ou les ouvriers qui se sont rassemblés à Paris, pour
dire : nous sommes les maîtres, nous avons les armes.
Et
Robespierre va dire ceci : « vous voulez diviser la nation en deux
classes, dont l’une ne sera armée que pour contenir l’autre. C’est aux classes
fortunées que vous voulez transférer la puissance ! ».
Voici des mots de Robespierre. Alors vous pensez qu’il était détesté.
Un type comme Mirabeau par exemple, qui passait pour un ami du peuple,
et qui était vendu – le mot que j’emploie n’est pas un mot de polémique -.
Il était vendu Mirabeau puisque nous connaissons sa vente, son achat.
Ca s’est passé en octobre 1789, il avait une sorte de dette comme vous
savez.
Et le roi lui avait remis ce jour-là en octobre 1789, 200 000 francs
cash, ce qui ferait un million de francs suisses aujourd’hui (800 000 euros).
Et 6 000 francs par mois, c’est-à-dire 24 000 francs à peu près (20
000 euros). C’est pas mal quand même, 24 000 francs par mois, pour continuer à
pousser ses coups de gueule et faire croire qu’il était à gauche, mais toujours
voter pour la conservation des intérêts.
Bon alors, Mirabeau détestait Robespierre, il l’avait repéré comme
extrêmement dangereux.
Et comme Mirabeau était très intelligent et qu’il avait le sens du
pittoresque.
Il avait trouvé une phrase comique, mais pas mauvaise, sur Robespierre,
qu’il répétait beaucoup : « Quand monsieur Robespierre monte à la tribune,
il me fait penser à un chat qui a bu du vinaigre ! » disait-il.
Quelqu’un qui n’était pas bête non plus, Dieu sait : La fille Necker,
vous savez la banquière, enfin Madame de Staël.
Madame de Staël en 1816 dira : « Je n’ai vu qu’une fois dans ma
vie Robespierre, ces traits étaient ignobles, – oh non pas du tout – ces veines
étaient d’une couleur verdâtre dit-elle – et alors la suite – Il professait sur
l’inégalité des rangs et des fortunes, les idées les plus absurdes. ».
J’ai compris : fortune, verdâtre, etc. Bon…
Alors je vais vous citer maintenant un texte du journal de Paris.
Il y avait quatre grands journaux à Paris à ce moment-là.
Le journal de Paris du 28 octobre 1789.
C’est tout petit, c’est un compte-rendu de la séance de la veille.
La séance donc du 27 octobre à l’assemblée nationale.
Cette phrase est inouïe ! Elle est donc du journal de Paris.
« Hier,
monsieur Robespierre, est encore monté à la tribune. On s’est rapidement aperçu
qu’il voulait encore parler en faveur des pauvres. Et on lui a coupé la
parole. »
Voilà comment ça s’est passé.
Alors le malheureux Robespierre quand il voit que
cette révolution a pratiquement avorté, il s’aperçoit que ce qu’on a appelé
la révolution française c’est une rixe de possédants.
C’est une bagarre de nantis. Entre richesse
mobilière et richesse immobilière, mais sur le dos de ce que Victor Hugo appellera
la Cariatide, c’est-à-dire les pauvres, les prolétaires, les travailleurs.
Lui il dit : Robespierre, cette révolution est ratée. Espérons qu’elle
va reprendre sous une autre forme, et il propose une mesure suicidaire à
ses collègues les députés.
Il leur dit : Nous devrions décider qu’on ne va pas se présenter à
la législative.
Vous savez la constitution prévoyait qu’il y avait une chambre, qui
s’appelait l’assemblée législative.
On allait l’élire à la fin de l’année 91.
Robespierre espérant que le changement d’un personnel politique
amènerait peut-être au pouvoir des gens plus soucieux d’équité, dit : Nous tous
qui sommes là, on ne se représentera pas aux élections.
On laissera des jeunes gens venir.
Comme il fait cette proposition et qu’il dit :
moi, je ne me présenterai pas. Les autres n’osent pas dire non, alors il est
entendu qu’aucun membre de l’assemblée constituante ne pourra faire partie de
la législative.
Oui mais enfin avec ces élections qui sont
censitaires, seuls les possédants votent. Qu’est-ce que ça va donner ?
Ça va donner une chambre de notables. Une
chambre de grands possédants.
La législative est immédiatement dirigée par un groupe de tête.
On s’aperçoit que ce sont les meneurs. Les types
particulièrement remarquables qu’on va appeler les Girondins.
Pourquoi Girondins ? Parce que, au départ, c’était un noyau de députés
de la Gironde.
Vous savez il y avait Vergniaud, qui était une espèce de playboy qui
avait beaucoup de succès féminin à Paris. Très beau, du reste, un admirable
garçon.
Il y avait un autre bordelais qui s’appelait Guadet, qui était pas mal
mais seulement il parlait du nez !
Alors on l’appelait le canard !
Alors il y avait Guadet et puis il y avait Gensonné.
Il y avait donc trois Bordelais d’abord, puis à côté il y avait des
gens qu’on va appeler Girondins bien qu’ils ne fussent pas de la Gironde, parce
qu’ils pensaient comme eux.
Il y avait le parfumeur Isnard qui était du Var, il y avait Barbaroux,
qui n’avait pas de barbe, qui était marseillais.
Il y avait celui qu’on appelait, Dieu sait pourquoi, le vieux Roland,
il avait 57 ans, moi je le trouve tout jeune.
Et puis il y avait le marquis de Condorcet, il tenait beaucoup à se
faire appeler marquis, il disait toujours qu’il était un ami personnel, c’était
vrai, de D’Alembert.
Disons, si vous voulez, que c’était l’encyclopédiste de service à la
législative.
Alors ça, c’est les Girondins.
Qu’est-ce qu’ils vont faire les Girondins ?
Ils conduisent la politique française, c’est vrai. Et la législative
est élue pour deux ans.
Elle ne fera pas les deux ans. Elle est élue à l’automne 1791 et elle
va tomber le 10 août 92 dans les circonstances que vous savez mais que je vais
vous rappeler.
Alors qu’est-ce qu’ils vont faire ces Girondins qui conduisent tout
?
Ils vont faire une seule chose ! Ils vont déclarer la guerre à
l’Autriche et à la Prusse.
Voyons là-dessus encore, on nous dit, c’est Michelet par exemple,
Michelet nous dit : Pourquoi la guerre ? Parce que les Girondins étaient des
hommes qui adoraient la liberté.
Le volcan révolutionnaire jetait ses étincelles sur le monde entier.
Ou encore changeant d’image : c’est l’océan révolutionnaire qui déborde.
Enfin soyons sérieux. Bon, alors on nous dit autre part : guerre
préventive.
Ça se fait, des guerres préventives. On savait absolument que les
autres allaient attaquer.
Les Autrichiens et les Prussiens ne pouvaient pas tolérer cette France
en désordre.
Que la reine était autrichienne et que par conséquent son frère
l’empereur d’Autriche n’avait qu’une idée, c’était d’écraser les Français.
Ce n’est pas vrai ! Plus aucun historien aujourd’hui ne
soutiendrait que la France était menacée militairement à ce moment-là.
Il y avait les émigrés bien sûr. Ils étaient environ 15 000. Qui étaient
à Coblence, vous savez sur les bords du Rhin.
Ils étaient 15 000 sur les 25 millions de Français. Ce n’était pas
extrêmement dangereux, ils faisaient beaucoup de moulinet.
Mais ils n’étaient redoutables que s’ils avaient derrière eux la
possibilité d’avoir l’appui militaire des forces autrichiennes et des forces
prussiennes.
Ça, c’eût été redoutable.
Mais précisément le malheur de ces émigrés, c’est qu’ils ont beau
supplier les Autrichiens ou les Prussiens d’intervenir, les Autrichiens et les Prussiens
ne veulent pas intervenir !
Et même la reine Marie-Antoinette qui a écrit à son frère l’empereur
en lui disant : « le plus grand service que vous pourriez nous rendre
serait de nous tomber immédiatement sur le corps ».
L’empereur d’Autriche ne veut rien entendre. Pourquoi ?
Parce que l’Autriche et la Prusse ont leur yeux fixés sur l’Est et
non pas sur l’Ouest.
Sur l’Est, c’est-à-dire la Pologne. Vous vous rappelez le fameux
destin de la Pologne au 18ème siècle. Gâteau que tout le monde mangeait : non,
ils étaient trois à le manger.
Il y avait déjà eu deux « mangements » si je puis dire. Et l’Autriche
et la Prusse regardaient avec inquiétude du côté de Catherine II dont les dents
étaient très longues, en disant : si on n’intervient pas, elle va tout manger,
alors il faut qu’on garde nos soldats pour une intervention militaire en
Pologne !
Après, on verra du côté de la France…
Donc rien à faire, ils ne veulent pas s’engager. Tout ce que les
émigrés ont obtenu de la Prusse et de l’Autriche c’est la déclaration de
Pillnitz, vous trouvez ça dans tous les livres.
Déclaration purement platonique en disant : Oui le moment venu, si
notre unité se constitue, si l’Angleterre – qui avait bien envie de rester
neutre – accepte aussi, alors on pourrait envisager plus tard une intervention
militaire sur la France.
Il n’y a pas de danger militaire. Alors pourquoi est-ce que
les Girondins vont faire la guerre ?
Eh bien c’est très intéressant, beaucoup d’histoires ne le disent
pas encore.
Ils vont faire la guerre pour
avoir de l’argent. Pourquoi ? La banqueroute dont je vous ai
parlé tout à l’heure, comment est-ce qu’on l’avait conjurée ?
Vous vous rappelez, à l’automne 1789, la France décide de mettre la
main sur les biens du clergé.
Et je n’y vois aucun inconvénient étant donné que l’église avait 3
milliards et demi de biens, ce qui était un peu excessif.
Alors, comme la situation française était pénible, on prenait la
situation du clergé.
On ne pouvait pas jeter comme ça immédiatement sur le marché, ces
trois milliards et demi de biens, ils en avaient fait pour la première fois
vous le savez bien, des papiers monnaie.
Qu’on appelait des assignats : les assignats étaient gagés par cette
fortune ecclésiastique devenue fortune nationale.
Ça c’était passé à l’automne 89 et nous en sommes maintenant à
l’automne 91.
La planche aux assignats a déjà tellement bien tourné qu’il a un
milliard et 900 millions d’assignats en circulation.
L’assignat commence à perdre sa valeur. C’est-à-dire qu’en 91, si vous
arrivez dans une banque avec un assignat de 100 francs et que vous demandez 100
francs or, on vous donnera 80 francs.
L’assignat a déjà perdu 20%. Si on continue, il n’y a pas de raison
pour que ça s’arrête, si on continue à faire tourner la planche aux assignats
comme ça, dans 6 mois il n’y a plus de gage.
Par conséquent c’est la monnaie qui tombe. Il faut faire de l’argent !
On peut bien en trouver du côté du Gurin à tout prix, mais heureusement il y a
les Rhénans à côté de la France, il y a les Belges qui ont pas mal d’argent.
Eh bien on va aller prendre les biens d’autrui. C’est exactement ça,
la guerre des Girondins c’est une guerre de rapine.
Et il ne faut pas que je me mette à affirmer des choses si affreuses
sans apporter immédiatement des preuves.
Alors je vais vous les donner, les preuves.
14 décembre 1791, nouveau ministre de la guerre, il s’appelle
Narbonne, il est très bien avec les Girondins, Narbonne c’est l’amant numéro X
de madame de Staël.
Elle trouvait plus drôle de faire l’amour avec un ministre, alors elle
l’avait fait ministre de la guerre.
Alors
le 14 décembre 1791, il est à la tribune ce Narbonne, et il dit la phrase
suivante. Qui est un officiel, vous pouvez vérifier. « Il faut faire la
guerre. Le sort des créanciers de l’État en dépend. »
Enfin, on ne peut pas être plus net, n’est-ce pas ?
Si on ne fait pas la guerre, le sort des créanciers de l’État, il est
fichu.
Le 29 décembre 91, Brissot, qui est apparenté comme
négrillon, apparenté aux Girondins. Lui aussi fait cette déclaration, écoutez
bien : « la guerre est indispensable à nos finances et à la tranquillité
intérieure. »
Je vous demande de garder tranquillité intérieure dans un coin de
votre mémoire.
« Indispensable à nos finances et la tranquillité intérieure ».
Il y a toujours ce gêneur qui est toujours là pour empêcher de danser
en rond. C’est Robespierre qui va encore faire une protestation pendant un mois
et demi.
Il n’est plus député puisque c’est la législative, mais il a sa
tribune des Jacobins.
Décembre 91 et janvier 92, Robespierre fait une charge permanente et à
fond contre l’idée de la guerre.
Et qu’est-ce qu’il dit ?
Son premier argument c’est : si vous voulez faire cette guerre
d’agression, vous vous reniez !
Pourquoi reniement ? Parce que la constituante, à un moment où elle
n’avait pas besoin d’argent, avait accepté à l’unanimité de voter une
proposition de Robespierre.
Ça c’était passé en mai 90, le 23 mai 1790 je
crois. Robespierre avait fait voter par la constituante ceci : La nation
française déclare solennellement qu’elle ne fera plus jamais de guerre
d’agression.
Ce monsieur Gaxotte dont je vous ai parlé tout à l’heure, dans ce
gentil livre sur la révolution française, dit : c’était « une sottise
humanitaire » que proposait Robespierre.
Alors je vous demande de réfléchir un instant à ce qu’il se serait
passé si la France réellement fait ce que Robespierre lui demandait.
Qu’est-ce que c’était que la politique internationale à ce moment-là ?
Comme aujourd’hui c’était la jungle, les gros mangeant les petits.
La France – je ne suis pas particulièrement chauvin – enfin la France
à ce moment-là représentait la première nation d’Europe. La plus peuplée, 26
millions d’habitants.
Celle qui était soi-disant la plus lettrée.
Eh bien, si la France avait réellement, à partir de 1790, avait décidé
que plus jamais, elle, ne ferait de guerre de conquête et de guerre
d’agression, il me semble qu’un pas eût été accompli dans le sens de la
civilisation.
Bon alors, on avait voté parce qu’à ce moment-là il n’y avait pas de
problème de guerre.
Mais maintenant que la guerre s’imposait pour les raisons financières
que vous avez vues, reniement ! disait Robespierre.
Vous avez promis que la France n’attaquerait pas, et elle va attaquer.
Les Girondins disent, ce que répètera monsieur Michelet : c’est « une
guerre de générosité » que nous faisons, c’est pour répandre nos idées.
Et Robespierre disait : mais parfait, envoyez donc des émissaires
partout, mais n’envoyez pas des soldats. Parce que personne n’aime les
missionnaires armés, dit-il.
Et les soldats qui vont arriver avec l’idée de la liberté soi-disant
au bout de leur baïonnette, on sait très bien ce qu’ils feront les soldats !
Ils vont tuer d’abord, c’est leur métier. Ils vont piller, ils vont
violer.
C’est la meilleure façon de faire détester nos idées.
Troisièmement disait Robespierre : avec quoi voulez-vous faire la
guerre ? On ne fait pas la guerre avec une armée sans cadres, et il n’y a plus
de cadres !
Quand tout à l’heure je vous parlais émigrés qui était 15 000, c’était
quoi les émigrés ?
C’était presque tous des officiers. Alors je vais vous donner un chiffre
encore. C’était sur Bonaparte que j’ai découvert ça.
Bonaparte était à ce moment-là lieutenant au quatrième régiment
d’artillerie, et j’ai vu dans la correspondance de Bonaparte – je vais
lentement hein -
j’ai vu dans la correspondance de Bonaparte, que en janvier 91 il y
avait au quatrième régiment d’artillerie 80 officiers. Janvier, 80 officiers.
En novembre 91, il y a 14 officiers. Il en reste 14 sur les 80. Ce
qu’il se passait au quatrième régiment d’artillerie devait se passer dans des
tas de régiments.
La plupart des officiers avait émigré, et donc pas de cadres. Donc
Robespierre disait : vous faites la guerre dans des conditions telles que le
désastre est infaillible.
Et il ajoute, se rappelant de ce qu’il
avait vu le 17 juillet 91 quand La Fayette avait fait tirer sur le peuple,
il dit : faites attention, vous avez réparti les forces françaises en trois
groupes.
Il y a l’armée Rochambeau, l’armée La Fayette, l’armée Luckner. Si
jamais l’armée La Fayette remporte un succès, craignez que La Fayette ne
transforme ses soldats en des prétoriens et ne revienne sur Paris à la tête de
ses troupes pour nous imposer le gouvernement de son choix.
Qui serait la dictature militaire, et dit Robespierre, il n’y a pas de
pire despotisme que le despotisme militaire.
Ce qui n’était pas mal vu.
Bon, alors, maintenant quatrième remarque : Il dit, ce que vous
proposez c’est une guerre de diversion, une guerre de diversion !
Le prix du pain avait bien baissé à la fin de l’année 89 et encore en
90, donc il n’y avait plus de problème social.
Les gens mangeaient à peu près. Mais voilà qu’en
91, le problème s’était de nouveau posé. Soit que la récolte ait été
déficitaire, soit que des gens aient accaparé les blés comme l’avait fait
Necker.
C’était
une des origines de sa fortune. Necker accaparait le blé et disait : « il y
a disette » quand le prix était monté, et il remettait sur le marché à un
prix supérieur.
Toujours est-il que les gens ne mangeaient plus en 91 ! De nouveau,
agitation sociale.
Boscari, dont je vous ai parlé tout à l’heure, l’agent de change. En
février 92, arrive les yeux hors de la tête à la tribune.
Il est maintenant député de la législative, puisqu’il n’était pas
député de la constituante.
Il était en même temps commerçant et agent de change. Il avait un
magasin d’épicier. Et il dit : il s’est passé une chose épouvantable, ce matin
des ménagères sont entrées dans mon épicerie et ont volé des piles de savon !
C’était vrai, c’était des choses extrêmement indignes. Il avait
annoncé une augmentation massive du prix du savon, et les femmes avaient pris
ça très mal, elles étaient venues voler le savon.
Ce qui était déjà très coupable. Mais alors ce qu’il se passe le 3
mars 92 tout à côté de Paris, c’est infiniment plus grave.
C’est à Étampes que ça se passe. Les ouvriers agricoles d’Étampes qui
ne mangent pas à leur faim, sont venus trouver le maire.
Le maire s’appelle Simonneau, c’était un petit industriel, c’était un
tanneur.
Et c’est la première fois qu’on va entendre parler d’un mot qui va
être si célèbre pendant la révolution, ces gens demandent le MAXIMUM.
Vous savez, aujourd’hui on dit maximum mais ils disaient
« maximom » alors je prononcerai comme eux.
Ca voulait dire quoi le maximum ?
Ces
gens demandent une intervention des pouvoirs publics, soit municipaux, soit
départementaux, soit nationaux, pour fixer le prix de vente des produits de
première nécessité.
Surtout
le prix de vente du pain. Ça c’est inqualifiable, les Girondins disent que
c’est intolérable.
Ce sont des amis de la liberté comme vous le savez. La première
liberté pour eux c’est la liberté économique, on ne doit pas intervenir sur les
marges bénéficiaires.
C’est à ce moment-là même que monsieur Roland, le vieux Roland dont je
vous parlais, prononce cette phrase : « Tout
ce que l’assemblée – la législative – peut faire en matière économique, c’est
de déclarer qu’elle n’interviendra jamais. »
Alors comme le maire leur dit : Non non, n’y comptez pas, jamais je ne
taxerai le pain.
Les types qui crèvent, le tue ! C’est le premier mort, un des
premiers morts de la révolution.
Mort pour la propriété si vous voulez.
Les
Girondins sont complètement affolés. En se disant : Il faut faire la guerre.
Vous vous rappelez Brissot. La guerre est indispensable à la tranquillité
intérieure.
Puisqu’il
y a une insurrection sociale, il faut vite vite vite déguiser les soldats en
conscrits, les jeunes gens en conscrits, les envoyer à la caserne, les envoyer
sur le front.
Parce que nous pouvons espérer quelques résultats militaires, et surtout
cela fera une ponction sur la classe ouvrière.
Et tous ces petits prolétaires ne nous embêterons plus puisqu’ils
seront des soldats.
Robespierre l’avait vu, et le dit.
Cinquièmement, dit Robespierre : Vous Girondins, qui attaquez tout le
temps « le parti autrichien » qui est aux Tuileries.
C’est vrai, il y a un parti autrichien qui était le parti de la
reine. Vous ne voyez donc pas qu’en demandant la guerre, vous faites le jeu
de la cour ?
Michelet en 1869, dans une postface à son histoire, répondant à une
attaque de Louis Blanc, Michelet dira : monsieur Louis Blanc a repris les
calomnies, les calomnies de Robespierre contre les Girondins, qui soi-disant « faisaient
le jeu de la cour ».
Michelet n’hésite pas à écrire : « La guerre, la cour en avait
peur, une peur effroyable »…
Alors je vais vous montrer la « peur effroyable » que la cour
avait de la guerre :
Vous vous rappelez déjà ce que Marie-Antoinette avait dit, en
demandant à son frère d’intervenir militairement le plus vite possible.
Et voici une phrase de Louis 16. Elle est du 14 décembre, c’est-à-dire
le même jour où il y avait le discours de Narbonne que je vous ai cité tout à
l’heure.
Le 14 décembre 91, le roi de France, Louis 16, écrivant à son ami le baron
de Breteuil qui a été ministre pendant deux jours, vous vous rappelez le 12, 13
et 14 juillet, et qui est maintenant réfugié à Bruxelles.
Le
14 décembre 91, le roi de France, Louis 16, écrivant à Breteuil, il lui dit :
« L’état physique et moral de l’armée française est tel qu’elle ne peut même
pas faire six mois de campagne. »
Conclusion
: il faut faire la guerre le plus vite possible !
Parce
qu’il y aura un désastre, et qu’on pourrait rétablir la situation telle qu’elle
devait l’être en 1788.
Alors le roi va faire que les responsables de l’affaire prennent leurs
responsabilités.
Il va appeler un ministère Girondin. Et c’est un ministère Girondin
qui, le 20 décembre 1792, va déclarer la guerre à l’Autriche.
Le résultat ne s’est pas fait attendre : dès le 25, désastre. L’armée
de Luckner, je dois vous dire entre parenthèses que Marie-Antoinette par
l’intermédiaire de son ex amant Fersen avait averti les autrichiens du
mouvement.
On a le petit billet où elle dit à Fersen : « L’armée de Luckner
va faire mouvement, avertissez qui de droit. »
L’armée de Lucker s’avance du côté de Tournet. Deux régiments de
Dragons qui étaient commandés par des officiers qui étaient restés sur place,
imaginant qu’ils pourraient rendre de meilleurs services en restant.
Deux régiments de Dragons désertent, les officiers passant du côté des
Autrichiens.
Les français, sans doute pour faire aimer la révolution, brûlent les
faubourgs de Tournet avant de se retirer. C’est si vous voulez « le front »,
comme on l’appellera depuis, qui est ouvert.
Les Autrichiens peuvent foncer sur Paris, puisqu’il n’y a plus d’armée
française.
Elle s’est volatilisée du côté de Luckner. Ils n’avancent pas !
La reine et le roi se rongent les poings en disant : Mais la route est
libre, ils ne viennent pas !
Ils ne viennent pas parce que l’affaire de la Pologne n’est pas encore
réglée.
Alors, faute d’intervention militaire on peut au moins faire une
intervention orale, et tout ce que le roi et la reine obtiennent, c’est le
fameux manifeste de Brunswick.
Tous les livres d’histoire vous en parlent.
Manifeste de Brunswick : déclaration signée et rédigée, mais surtout
signée, par le chef du corps expéditionnaire prussien, qui s’appelle le duc de
Brunswick.
Avaient collaborés à la rédaction de ce document : un Genevois qui
s’appelait Mallet Du Pan, je ne sais pas ce qu’il faisait là-dedans, mais enfin
il avait du style, alors il écrivait.
Et qu’est-ce que c’était que cette déclaration ?
C’était une mise en garde adressée aux parisiens. « Si jamais,
avant notre arrivée, disait les austro-prussiens, vous faites le moindre
outrage au roi et à sa famille, Paris sera livré à une totale subversion. »
C’est extrêmement dangereux d’écrire ça, puisque les envahisseurs annonçaient
qu’ils avaient parti liée avec la cour.
Ils comptaient sur des Français terrorisés, se mettant à plat ventre
devant eux.
Le résultat a été une indignation furieuse des écrivains, en se disant
: Enfin, ça ne passera pas comme ça.
Et le 10 août 1792, la plèbe se jette sur les Tuileries.
Le
roi est déchu. Robespierre qui est membre de la commune insurrectionnelle fait
voter immédiatement le suffrage universel.
Alors
oui, ça, c’est la révolution.
Vous
savez quand on dit la révolution française, il ne faut pas confondre, hein.
De
89 à 92 c’est une fausse révolution, c’est la réformette dont je vous ai parlé,
la guerre des nantis.
Mais
à partir de 1792, C’EST LA révolution.
Madame de Staël s’y trompera si peu, que
dans ses considérations sur la révolution française de 1816, elle écrira :
« Dès lors, la révolution changea d’objet. Les gens de la classe ouvrière
s’imaginèrent que le joug de la disparité des fortunes allait cesser de peser
sur eux. »
Et en d’autres termes, plus imaginés, Chateaubriand, dira dans une
phrase trop peu citée et que je trouve admirable, dans les mémoires
d’outre-tombe : « à partir du 10 août 92, les sabots frappaient à la porte
des gens à souliers ».
Bon, suffrage universel. Qu’est-ce que peut bien être le suffrage
universel dans cette France qui est presque totalement analphabète ?
Il y a 85% des Français qui ne savent ni lire ni écrire.
Par conséquent quand on annonce : Suffrage universel, et tout le monde
peut voter.
Très très peu de gens votent. Il y avait environ 5 à 6 millions
d’électeurs qui pouvaient être inscrits, qui étaient des Français qui avaient
l’âge de voter.
Il y en aura 1,3 million, pas plus, qui voteront.
La plupart ne votent pas, ils ne comprennent pas de quoi il s’agit,
ces pauvres paysans.
Et ceux qui vont voter sont ceux qui sont encore dociles à leur
notable, les nouveaux notables.
Les aristocrates sont partis, c’est les bourgeois qui ont acheté
les châteaux.
Alors les bourgeois disent : « voilà comment il faut voter ».
Résultat, sur les 750 membres de la nouvelle assemblée, cette nouvelle
assemblée qu’on aurait dû appeler la « Constituante numéro deux ».
Puisqu’une constituante c’est fait pour faire une constitution, et
qu’il y a une constitution républicaine à faire maintenant.
Mais on n’avait pas encore l’idée de répéter : constituante, ça
c’est réservé pour des conciles. De mettre un numéro un : Vatican 1, Vatican 2.
Alors on avait trouvé, à cause de l’Américanisme en vogue, on avait
trouvé un mot anglais, « Convention », mais les français ne savaient
pas alors ils disaient tous CONVENTION.
Alors c’est entendu on va faire une convention ! Pour les élections à
la convention, pour les 750 membres, alors que toute la France rurale et
artisanale vote : sur 750 membres, il y a DEUX représentants de la classe
ouvrière :
Il y a un cardeur de laine de Reims qui s’appelle Armonville, et un ouvrier
armurier de Saint-Etienne qui s’appelle Noël Pointe. C’est tout.
Tout le reste c’est des bourgeois, c’est des
notables ! Avec les Girondins qui sont là plus virulents que jamais, et avec
les anciens de la constituante qui cette fois ont le droit de se présenter.
Alors on voit reparaître le Boissy d’Anglas, le
Sieyès… enfin tout le vieux personnel est là.
Robespierre, qui se rend compte que c’est
extrêmement dangereux et qui n’obtiendra pas grand-chose, annonce que,
puisqu’on fait une constitution républicaine, il
faut mettre un certain article, dans cette constitution républicaine, sur LA
PROPRIÉTÉ.
Robespierre et la propriété : j’ai lu dans un certain nombre de livres
que Robespierre était un pré-communiste.
Moi je croyais que le communiste, c’était un collectivisme,
c’est-à-dire que c’est la nation qui s’empare des éléments de production.
JAMAIS
Robespierre n’a songé à ça ! Robespierre est Rousseauiste ; si vous avez lu le
contrat social, qui de ce côté-là est assez enfantin, l’idée sociale de
Rousseau c’est : répartition assez équitable des propriétés, que chacun ait son
petit lopin de terre.
Eh
ben c’est ça, la pensée de Robespierre. Seulement si Robespierre n’est en rien
collectiviste, il dit que l style=‘color:red’>a propriété doit connaitre DES LIMITES.
Alors dans un certains discours il déclare ceci : « Il y a dans
votre déclaration des droits de l’Homme, un adjectif inédit.
Et il a raison : la déclaration des droits de l’Homme a propos de la
propriété, avait dit : la propriété est INVIOLABLE, soit, ET SACRÉE !
Ah, c’était la première fois qu’on employait un mot religieux pour la
propriété. Mais je vous l’ai dit déjà les constituants étaient des gens
positifs, des voltairiens, qui savaient distinguer ce qui est réel et ce qui
est irréel.
Alors les choses sacrées, de religieux ça n’avait pas de consistance.
La propriété, ça c’est une chose respectable, donc on va mettre « sacré ».
Robespierre dit : « vous avez déclaré que la propriété était
sacrée, demandez donc À UN NÉGRIER puisque vous n’avez pas voulu abolir
l’esclavage, demandez à un négrier sa propriété, il va vous montrer, vous
désigner du doigt un bateau.
Non je me trompe, dit Robespierre. Un vaisseau flottant, un cercueil
flottant. Un cercueil flottant plein de femmes et d’enfants, d’hommes et d’enfants
à la peau noire. Et il vous dira en toute conscience et appuyé par vous-même :
ceci est ma propriété. Ma propriété sacrée. »
Robespierre dit : « Vous savez que ce n’est pas possible, on ne
peut pas être propriétaire d’êtres humains. Donc vous voyez qu’il y a une
limite à la propriété.
Et de même que la limite de la liberté c’est la liberté d’autrui. De
même la limite de la propriété c’est la vie ou la dignité d’autrui.
Je demande donc que la
constitution républicaine marque telle limite au droit de propriété. »
Hurlement, vocifération ! Immédiatement Barère
propose : « peine de mort pour… » (les Girondins aimaient beaucoup
jongler avec ce mot)
« Peine de mort pour quiconque proposera une
loi attentatrice à la propriété individuelle ou commerciale. »
Ça, il ne l’oubliait pas : « ou commerciale ».
Et comme on arrive à l’anniversaire de la mort de Simonneau, vous
savez le pauvre tanneur qui s’était fait liquider l’année précédente, les
Girondins organisent une grande fête, qu’on va appeler la « fête des lois ».
Fête des lois ou fête des morts, enfin en l’honneur du martyr de la
propriété.
Et pour ce jour-là, les Girondins ont fait modifier
l’écusson républicain, qui depuis septembre 92 était : « liberté,
égalité, fraternité ».
Fraternité c’est un mot de trop => les Girondins mettront
sur les écussons ce jour-là : « LIBERTÉ, ÉGALITÉ, PROPRIÉTÉ ! » Â Â style=‘font-size:14.0pt;line-height:115%;color:black’>[éclats de rires dans la
salle]
Et à partir du mois de mai 1793, c’est une offensive,
suivez-moi bien, une offensive des Girondins pour appeler la province à se
lever contre Paris.
Pourquoi ? Parce que Robespierre est député de Paris. Parce que dans
les élections pour la convention, si des élections ont été parfaites de
notables très assoupis à travers toute la France, la députation parisienne est
entièrement, comme nous dirions aujourd’hui, d’extrême gauche :
Il y a là Robespierre, il y a là Marat, il y a Danton dont je parlerai
tout à l’heure.
Enfin, des gens redoutables. C’est pourquoi les Girondins disent :
il faut appeler la province au secours de ce Paris qui est menacé.
Et le 8 mai 1793, Vergniaud monte à la tribune, jette son premier
appel de guerre civile.
Vergniaud dit : « Habitants de la Gironde, levez-vous ! »
« Il n’y a plus une minute à perdre, sous peine de voir les bases
de la société se dissoudre. »
Cambon, qui est à la fois député et industriel du midi, Cambon fait à
la tribune une déclaration parallèle : « Généreuse population du midi,
levez-vous ! »
Ça va aboutir à la déclaration d’Isnard (le parfumeur Girondin) du 25
mai 1793, où Isnard à la tribune va faire son petit Brunswick.
Vous vous rappelez, Brunswick le Prussien, qui avait dit : « si
les parisiens ne sont pas sages, Paris sera livré à une totale subversion ».
Et lui, Isnard, qui est cependant, je le croyais,
un Français, va dire : « si la population de paris se mêle du MOINDRE
ATTENTAT à l’égard de la PROPRIÉTÉ, Paris sera DÉTRUIT par les forces provinciales. »
Puis comme il a le sens du pittoresque : « Et
bientôt, dit-il, le voyageur des bords de la Seine se demandera si jamais une
ville s’est élevée là. »
Alors Robespierre, qui a compris, le
soir-même aux Jacobins, dit : « c’est clair, la situation est maintenant entre
les sans-culottes et les culottes dorées. J’appelle le peuple à l’insurrection. »
Et le 31 mai, la foule entoure la convention, exigeant la
disparition de 32 députés Girondins.
Michelet déchire ses vêtements en racontant ça, en disant « c’est
un attentat ».
C’est vrai, c’est parfaitement vrai. C’est extrêmement illégal :
Ce sont les représentants de la nation. La nation n’a pas voté, elle
aurait dû voter.
Et c’est une toute petite partie de la plèbe parisienne qui se mêle de
dire : nous portons atteinte au suffrage universel, et nous voulons l’expulsion
de 32 députés.
Lamartine, qui ne passe pas pour un esprit violent, Lamartine dans son
histoire des Girondins dira : « oui c’est vrai, c’était parfaitement
illégal.
Mais il y a des morts, il y a des cas, il y a des heures, où il n’est
plus question de légalité ou d’illégalité, il y a des heures de vie ou de mort
! », a dit Lamartine.
Or,
le 31 mai 1793, la situation de la France était telle que, si on n’avait pas agi
CONTRE LES FAUTEURS DE GUERRE CIVILE, puisque les Girondins appelaient à la
guerre civile, c’était non seulement la fin de la République mais aussi la fin
de la France. Signé Lamartine.
D’ailleurs il y a des excités comme Hebert, vous savez Hebert qui
dirigeait le « Père Duchesne » un journal qui est assez déshonorant,
dont Jaurès dans son histoire socialiste de la révolution française dira : « si
la révolution avait pu être déshonorée, elle l’eût été par Hebert ».
Hebert demandait du sang. Il demandait qu’on
tuât ces députés.
Et c’est Robespierre (et Couthon du reste) qui
s’y était absolument opposé en disant : « Ah non surtout pas, pas une
goutte de sang ! Je ne demande même pas qu’on les mette en prison. »
Robespierre disait : nous les excluons. Ce qui est déjà très raide.
32 députés qui sont exclus. On leur demandera simplement de donner
leur parole d’honneur qu’ils ne quitteront pas leur maison.
Pour les aider à tenir leur parole d’honneur, on mettra un gendarme
dans la maison, mais enfin ils seront là, tranquillement chez eux.
C’est vrai que Lamartine a raison : il faut que je vous rappelle la
situation de la France à ce moment-là.
C’était une des pires que mon pays ait jamais connu.
Robespierre s’était méfié des généraux, et il
avait quelque raison parce que La Fayette, qui commandait un des trois corps
d’armée, quand il avait vu arriver le 12 août, c’est-à-dire la république,
avait trouvé cette république inacceptable.
Et le 19 août 92, donc 9 jours après
l’insurrection parisienne, ce chef de corps d’armée française avait déserté.
[La Fayette] était passé de l’autre côté, il
n’avait pas offert ses services à l’ennemi mais il dit : « je ne me bats
plus, je ne veux plus défendre un pays qui ne m’intéresse pas ».
Mais Dumouriez, l’année suivante, avait fait
bien pire : le 4 avril 1793, Dumouriez qui, lui, n’était pas seulement
responsable, comme La Fayette, d’une partie du front, mais de TOUT le front
français,
après l’échec qu’il avait subi le 18 mars à
Neerwinden, était passé DU CÔTÉ des Autrichiens !
Entrainant avec lui tout son état-major dans
lequel il y avait un certain petit duc de Chartres qui deviendra
Louis-Philippe.
(L’entrée du roi Louis Philippe dans la
politique française c’est sa trahison avec Dumouriez.)
Toujours est-il que Dumouriez est passé de
l’autre côté et a OFFERT SES SERVICES à l’envahisseur.
Qui du reste ne l’utilisera pas. On ne le verra reparaitre que
beaucoup plus tard.
Le front était crevé et à ce moment-là l’affaire de Pologne était
réglée.
Cette fois les Austro-Prussiens vont avancer.
Bon alors, Péril survint.
Deuxièmement, le 10 mars 93 – et je vous explique la situation fin
mai, début juin, hein – le 10 mars 93, tous les départements de l’ouest avaient
pris feu.
C’est ce qu’on appelle d’un mot simplifiant la Vendée, l’insurrection
de Vendée.
Or vous savez où ça se trouve la Vendée, à un certain point français.
En réalité c’est la Bretagne aussi.
Il faudrait dire Bretagne et Vendée qui avaient pris feu.
Là je tiens à vous dire très rapidement une rectification.
J’ai longtemps vécu sur l’idée que c’était une insurrection RELIGIEUSE.
Que ces vendéens et ces bretons étaient des gens extrêmement
catholiques, qu’ils ne pouvaient pas tolérer la politique antireligieuse de la
convention et qu’ils avaient pris feu.
Effectivement, ils vont constituer une armée qu’on appellera la grande
armée catholique et royale.
Ce n’est pas vrai. Ça ne s’est pas passé comme
ça.
Il n’y avait plus de persécution religieuse en
1793, à cause de Robespierre !
Robespierre était franc-maçon, il était non-catholique. Mais il ne
voulait pas qu’on persécutât quiconque pour ses opinions religieuses.
En revanche, en 90, 91, 92, il y avait eu de la
persécution religieuse, quand on avait décidé la CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ.
Et autant je vous ai dit tout à l’heure que je
trouvais normal que la nation prenne les 3 milliards et demi de biens du
clergé, autant je trouve parfaitement anormal que des laïcs sans mandat
décident une réforme de l’Église.
Ça ne les regarde pas : il fallait au moins
consulter le pape ou au moins les fidèles.
Pas du tout, les constituants avaient dit : ça se passera comme ça et
comme ça.
Alors il y avait la moitié du clergé français qui n’avait
pas marché, on appelle ça « les prêtres réfractaires », et je vous
assure que LES GIRONDINS QUI ÉTAIENT FURIEUSEMENT
ANTIRELIGIEUX avaient poussé avec violence à la persécution antireligieuse.
Est-ce que les vendéens avaient bougé ?
Absolument pas.
Et c’est maintenant qu’on ne persécute plus les prêtres que les Vendéens
bougent. Pourquoi ?
Parce que je vous l’ai dit, c’est le 1er mars 93
que les Autrichiens ont enfoncé le front français.
Parce que le territoire français est menacé, parce
que la convention vient de demander une levée générale, on n’ose pas encore
parler de conscription, mais on dit il faut que tout le monde défende le sol
national,
Et quand on demande aux paysans de Bretagne ou
de Vendée de prendre les armes pour aller défendre cette frontière de l’Est,
ils ne savent même pas où c’est.
Pas question ! La Vendée et la Bretagne se peuplent d’objecteurs de
conscience,
des gens qui ne veulent pas marcher, qui ne veulent pas aller se battre.
Toujours est-il que ces départements seront à feu et à sang.
Et les Girondins ? Il y a Vergniaud et quelques autres qui étaient
d’honnêtes gens.
Qui ayant donné leur parole d’honneur, ont maintenu leur parole
d’honneur, ont pas bougé.
(D’ailleurs ça leur coutera la tête.)
Mais la plupart des autres sont partis. Et qu’est-ce qu’ils ont fait ?
Les Girondins ont eu à ce moment-là partie liée avec les royalistes
et ont mis en insurrection tous les départements où ils étaient importants.
Si bien qu’au 1er juin 1793, 60 départements sur les 90 départements
français sont en état d’insurrection.
Vous voyez la gravité de la situation.
Il y a quelqu’un à ce moment-là qui est très important et dont je ne
vous ai pas encore parlé, c’est Danton.
J’en ai pas encore parlé parce que je le réservais pour maintenant et
c’est en effet à partir de 93 qu’il va avoir un grand rôle.
Autant Robespierre était un fanatique, qui avait une certaine idée,
une doctrine quoi, une doctrine sociale,
autant il est impossible de savoir quelles sont les idées
politiques de Danton.
Danton n’en a pas. Danton c’est un opportuniste.
Danton, c’est quelqu’un qui a fait un riche mariage, il a épousé une cabaretière
de Paris qui avait une propriété à Sèvres, enfin un monsieur opulent.
Il ne sort pas de rien, lui : le petit Robespierre
avait pas le sou, tandis que Danton, son père, qui était procureur à
Arcis-sur-Aube, avait déjà une certaine fortune, et on voit Danton
considérer surtout la révolution comme une occasion d’avancement personnel.
Je dirais si vous voulez : « eau trouble,
bonne pêche ».
Et effectivement, Danton qui est un disciple de
Mirabeau, va être, lui aussi, ACHETÉ.
Ne croyez pas que je fais de la polémique. Preuve :
Le 10 mars 91, Mirabeau est encore vivant et il n’en a plus pour
longtemps.
Vous savez, il va mourir le 2 avril, (il va mourir entre deux putains
—enfin, on meurt comme on peut—) [rires], mais il était encore vivant
le 10 avril (erreur : le 10 mars)
Le 10 avril 91 (idem, c’est le 10 mars), Mirabeau écrivait à Lamarque.
Lamarque c’était un monsieur, un Belge du reste, qui était chargé par
le roi de gérer sa liste civile.
Le roi avait une telle liste civile, 25 millions de l’époque ça fait
plus de 100 millions d’aujourd’hui, ça fait pas mal.
Alors avec cette liste civile, il pouvait se payer des collaborateurs.
Mais évidemment, plus les consciences étaient élevées, plus le prix
était cher.
(Vous avez vu ce qu’avait couté la conscience de Mirabeau, hein, à peu
près 1 million, )
Alors le 10 mars 91, Mirabeau écrivait à
Lamarque : « Selon vos instructions, hier – 9 mars 91 – j’ai remis 30 000
livres à monsieur Danton »
Donc
Danton est acheté par la cour en secret.
et c’est là où vous savez, on me dit « vous êtes l’homme des
petits papiers, il ne faut pas regarder ça »
Les petits papiers ça apprend des tas de choses. Et monsieur Mathiez
avait été voir les petits papiers d’Arcis-sur-Aube, là où Danton avait ses
origines familiales, et il a trouvé qu’à la fin de l’année 91 et au début de
l’année 92, Danton s’était très joliment arrondi.
Il avait acheté l’ancien prieuré ecclésiastique de Nuisement, il avait
acheté Saint-Jean du Désert, il avait acheté une magnifique gentilhommière au
centre d’Arcis-sur-Aube avec de vastes communs, de grandes dépendances et un
beau parc, juste à côté du pont d’Arcis-sur-Aube.
Enfin, la révolution rapportait. On sait par Alexandre Lameth dans les
mémoires parues sur la restauration que Danton
disait politiquement comme ceci : « Je déteste leur sale démocratie – à
propos de Robespierre, sale démocratie – je ne veux pas de leur république de
wisigoths »
Voilà la politique Danton. Danton était très
intéressé par les affaires de fournitures militaires,
aujourd’hui c’est fini on ne s’enrichit plus dans les fournitures militaires [rires],
mais à ce moment-là vous n’imaginez pas ce qu’on se faisait.
Il y avait un certain abbé, l’abbé d’Espagnac, dont
monsieur Mathiez a suivi les comportements.
L’abbé d’Espagnac était un fournisseur
militaire, se faisait – suivez-moi je vais vous dire les chiffres fournis par
monsieur Mathiez – se faisait de 5 À 6 MILLIONS DE L’ÉPOQUE, il se faisait
jamais payer en assignats, toujours en numéraire, 5 à 6 millions PAR MOIS de
bénéfices dans les fournitures militaires.
C’était le meilleur ami de Danton, et Danton ne le
quittait pas.
Et dès que Dumouriez était entré en Belgique, Danton et Dumouriez
étaient en cheville, Danton faisait des voyages permanents entre la Belgique et
la France, il avait eu un incident à Béthune un jour où il rentrait dans sa
petite calèche personnelle suivie de deux fourgons, des douaniers inconvenants
lui avait demandé d’ouvrir les fourgons, on avait trouvé un fourgon plein de
dentelles, un autre fourgon qui était plein d’argenterie.
« Qu’est-ce que c’est ? » Danton avait dit : « ça, c’est
des biens nationaux ! »
Ah bon… « bien nationaux… »
Alors il était rentré, et cet homme avait décidé que la situation
devenant très dramatique, et allant devenir très dramatique, il était important
peut-être qu’il en profitât.
Alors il s’était fait nommer au Comité de Salut Public, que l’on avait
créé le 6 avril 93, et il était devenu pratiquement le personnage le plus
important.
En avril, hein : avril 93.
Mais cette situation dramatique qu’il avait espéré maîtriser devenait
de plus en plus dramatique, si bien qu’au renouvellement, — style=‘background:#FFFF99’>le  renouvellement était mensuel, chose que j’ai
longtemps ignorée : LE COMITÉ DE SALUT PUBLIC EST RENOUVELÉ MOIS PAR MOIS.
Quand on nous dit qu’il a une dictature : minute !
Il a une dictature morale, mais il est perpétuellement contrôlé par la convention
puisque tous les mois il est ou reconduit ou changé.
Le 10 juillet 93, il y a renouvellement du Comité De Salut Public.
La
situation est devenue tellement tragique, que Danton se dit : il vaut peut-être
mieux que je m’esquive, que je me place dans la coulisse.
Il peut pas le dire ouvertement, il a son idée derrière la tête, et il
explique à ses camarades, c’était un homme vous savez très jovial qui tapait
sur le ventre de tout le monde, qui les tutoyait, qui racontait beaucoup
d’histoires graveleuses, enfin il avait une grande popularité.
Et il venait de se remarier. Il avait perdu sa première femme, la cabaretière,
en février 93. Il avait d’elle deux enfants qu’il adorait, il aimait beaucoup
ses gosses, il aimait beaucoup sa femme.
Il la trompait tout le temps mais il l’aimait bien. Enfin elle était
morte en février 93 et Danton est pas quelqu’un qui peut supporter un long
veuvage si bien que, veuf en février, il se remarie en juin,
Il la prend plus jeune, elle a 15 ans et demi, et il explique à ses
camarades, il explique à ses amis de la convention, jouissant de la popularité
que vous lui connaissez, il dit : « écoutez tout de même, enfin, je viens
de me marier, elle a 15 ans et demie, j’ai des tas de choses à lui apprendre,
vous allez me donner un petit congé ! »
Alors tout le monde dit : « oui Danton, bien sûr » [rires]. Ça
y est il part, le 10 juillet 93, il n’est plus au pouvoir.
Et Danton
a dit : « le seul qui soit digne de me remplacer, c’est Robespierre. »
C’est un beau cadeau à faire à Robespierre
que lui confier le pouvoir dans une situation pareille.
Robespierre se dérobe, il refuse
d’entrer au Comité De Salut Public. Il y a peut-être une raison de
peur, oui, parce que la situation était trop dramatique, mais il y avait une
autre raison que je n’ai apprise que dans le livre de Massin, qui est
extrêmement éclairant : c’est LA SANTÉ de Robespierre :
Je crois, il me semble bien, que Robespierre devait être un
tuberculeux.
Le 12 juin, aux Jacobins, il avait dit : « je crois que je vais
démissionner. »
Il y a 5 ans que cet homme était sur la brèche, il était tout le temps
fiévreux.
« Je n’ai plus la force de continuer mon travail » avait-il
dit.
Le 12 juin. Puis il avait fini par ne pas donner sa démission, il
refuse d’entrer au pouvoir le 10 juillet. Il a honte.
Et le 27 juillet, une vacance vient de se produire, un nommé Gasparin s’est
retiré du Comité De Salut Public.
Tout le monde à l’Assemblée crie « allez Robespierre, à vous
! » il y entre.
Il va rejoindre les trois qu’il avait délégués avant lui, c’était
Couthon, c’était Saint-Just et c’était le bon Saint-André. Le pasteur Bon Saint
André qui est un homme très remarquable et sur lequel il n’y a pas encore
d’études suffisantes.
Il va rejoindre ses camarades au Comité De Salut Public le 27 juillet
93, et peut-être savez-vous déjà que, quand on va le tuer, le 9 thermidor,
c’est le 27 juillet 94.
Donc quand Robespierre entre au pouvoir, il a très exactement 1 an à
vivre, et pas un jour de plus.
Alors c’est peut-être le moment de regarder d’un peu plus près ce
gringalet aux yeux pâles.
Eh bien il habite chez un menuisier, Duplay, vous savez c’est à partir
d’octobre 91 qu’il est là.
Les Duplay, papa Duplay, maman Duplay, deux filles Duplay et un garçon
qui s’était engagé et qui avait déjà une jambe de bois, disaient à Robespierre
pour lequel ils avaient une estime passionnée : « Robespierre, venez chez
nous. »
Robespierre a dit : « Oui oui, si vous voulez, mais alors je paie. »
« Oh, pas question ! » avait dit Duplay, « quel honneur ».
Et en effet les Duplay n’étaient pas pauvres. On dit menuisier c’est
vrai, mais c’était pas un artisan menuisier, c’était un patron menuisier qui
avait 8 ouvriers.
Alors Robespierre accepte d’aller vivre chez eux À CONDITION DE PAYER
son entretien.
Ils sont très embêtés, les deux, mais Robespierre paiera, il y tient.
Il s’est logé tout au sommet de la maison, sa petite chambre, c’est
une espèce de cellule.
Vous savez, c’est une chambre mansardée, donne sur la cour intérieure,
ça sent le sapin.
Il y a tout le temps du bois qui sèche là-dedans. Et ameublement
misérable, volontairement du reste, il y a deux tréteaux sur lesquels il y a
une planche de sapin où il travaille.
Il a fait mettre des rayons pour ses bouquins et il y a un lit de fer
dans un coin.
C’est ça la chambre de Robespierre. Il est vrai qu’il y a des tas de
dessins de lui, ce qui permet de dire à ses adversaires : il était narcissiste,
il se contemplait tout le temps.
Mais non, c’est maman Duplay, en tout bien tout honneur, qui était
passionnée de lui, et qui tapissait sa chambre d’images de lui qu’on vendait
dans les rues !
Oh peut-être qu’il y trouvait plaisir, mais c’est vrai, c’est maman
Duplay.
C’est un garçon qui n’a pas de femme dans sa vie, et ça amuse beaucoup
Danton.
Déjà Danton savait que Robespierre tenait à payer sa pension.
Et Danton avait utilisé cette charmante formule : « on dirait que
l’argent lui faisait peur ! ».
À Danton, ça lui faisait pas peur du tout. Enfin Robespierre tenait…
Alors, quand Danton avait su qu’on avait beau surveiller Robespierre,
il n’avait pas de maitresse.
Pourtant il y avait les deux filles Duplay. Il y en a une qui va
épouser un ami de Robespierre, député du Nord comme lui, qui s’appelait Lebas.
ça c’est Elisabeth, et puis il y avait Éléonore qui je crois était
assez amoureuse de Robespierre.
Maman Duplay aurait été folle de joie d’avoir Robespierre pour gendre,
elle lui présentait toujours son Éléonore.
Et d’après les mémoires de Robespierre, il aurait dit un moment que,
peut-être, peut-être, il se marierait APRÈS, disait-il.
Et je suis convaincu que, quand il disait « après », il
mentait. Il sentait qu’il n’y aurait pas d’après.
Ou bien qu’il allait y perdre la vie, ou bien qu’il allait mourir de
sa tuberculose.
Ah, au moment où j’en
suis venu de la vie vous savez, je crois comprendre maintenant ce que c’est que
les obsédés sexuels.
C’est les gens qui n’ont
pas connu une tentation plus grande.
Je vois par exemple un
homme comme Lamartine, que j’ai bien étudié, un homme comme Jaurès que j’ai
bien étudié, il n’y a pas de femmes dans leur vie.
Parce que quand un type
est PASSIONNÉ PAR UNE IDÉE au point où l’était Robespierre, c’est ça qui compte
le plus.
Robespierre c’était
quelqu’un qui croyait à ce qu’il disait, et même c’est une phrase bien
amusante de Mirabeau contre lui que j’avais réservée pour tout à l’heure pour
vous la citer maintenant.
Mirabeau
avait osé dire avec un incroyable cynisme : « Monsieur De Robespierre est
disqualifié pour la politique car il croit tout ce qu’il dit » disait
Mirabeau [rires].
Eh bien c’est vrai.
C’était un homme qui avait une grande idée, l’idée que PERSONNE NE S’OCCUPE DES
ÉCRASÉS, DES HUMILIÉS, DES DÉSHÉRITÉS, eh bien moi, Robespierre je voudrais le
faire.
Bien. Qu’est-ce qu’il va faire ? Il va en remettre un coup je vous
assure.
Il va commencer, il avait déjà demandé à Couthon et
à ses camarades, par L’ABOLITION DES DROITS FÉODAUX.
Alors vous devez dire que je déraille, étant donné que chacun sait que
les droits féodaux c’est la nuit du 4 août où ils ont été abolis.
Il faut lire, je vous le recommande, la page de monsieur Michelet à ce
propos.
C’est magnifique, jamais il n’a été plus beau, il est saisi de
transport lyrique, il finit par crier : « il n’y avait à ce moment-là plus
de classes en France, rien que des français à part entière, vive la France
! »
C’est dans le texte de Michelet.
Vous savez ce qui c’était passé en vérité, il y
avait un certain nombre de châteaux qui s’étaient mis à bruler, parce que les
paysans avaient envoyé des délégués, états généraux ils n’y comprenaient pas grand-chose.
Mais il y avait DEUX CHOSES qui les
intéressaient, c’était de NE PLUS PAYER LES DIMES ECCLÉSIASTIQUES et de NE PLUS
PAYER LES DROITS FÉODAUX.
Les députés étaient réunis depuis le 5 mai. Après
le 14 juillet où ils ont su qu’il s’était passé de drôles de choses à Paris,
les paysans de certaines régions s’impatientent et disent : et nos dimes ? quoi,
et nos droits féodaux ?
Comme ils voient que rien ne se passe, ils mettent
le feu à un certain nombre de château, et même de châtelains, enfin…
Épouvante à la constituante. Alors dans la nuit
du 4 août, comme on sait que ça flambe un peu partout, et qu’il faut jeter sur
ce feu non certes de l’huile mais de l’eau, il y a le duc d’Aiguillon qui va
monter à la tribune et faire une grande déclaration en disant :
« L’aristocratie est PRÊTE À renoncer à ses droits féodaux ».
Ce qui fait que les journaux le lendemain, avec
des manchettes (il n’y en avait pas à l’époque mais enfin en gros caractères),
vont dire : l’aristocratie est prête à RENONCER à ses droits féodaux.
Et tout le monde CROIT que ce jour-là l’aristocratie y avait RENONCÉ.
Mais il faut regarder le texte : qu’est-ce qu’il
avait dit le duc d’Aiguillon (et aussi le duc de Noailles qui avait parlé ce
jour-là) ?
Il avait dit : « Nous sommes prêts à envisager
de renoncer à nos droits féodaux SI ON NOUS LES RACHÈTE AU DENIER TRENTE ».
Ce qui pour moi était du chinois. Le denier
trente ça voulait dire : « Si un paysan vient demain chez nous, AVEC
TRENTE ANNUITÉS DE DROITS FÉODAUX, eh ben c’est fini il ne payera plus
jamais. »
Vous voyez un paysan en France s’amener avec trente
annuités de droits féodaux ?!
C’était une énorme plaisanterie ! Mais ça avait FAIT CROIRE aux
paysans que les droits féodaux étaient supprimés.
Si bien que les châteaux ne brulaient plus, enfin
une certaine tranquillité était venue.
Mais les aristocrates continuaient (ou les
successeurs des aristocrates continuaient) à demander leurs droits féodaux.
Alors, Robespierre, maintenant au pouvoir, dit :
Abolition des droits féodaux, plus de rachat, abolition. Un.
Deux : il voudrait bien faire rétablir LE
MAXIMUM.
Mais comment voulez-vous qu’on fasse rétablir le maximum par une
chambre qui est REMPLIE de grands possédants et de grands notables ?
Les Girondins y sont les plus importants. Et même maintenant ce ne
sont plus des Girondins mais des gens qui pensent comme eux.
Robespierre va uniquement obtenir quelque chose qui
est déjà un petit point : à savoir « peine de mort contre les
accapareurs de denrées de première nécessité ».
Quiconque accaparera du blé risque sa tête.
Troisièmement. Robespierre qui est averti par la conduite de Dumouriez
et par celle de La Fayette, va faire avec Saint-Just une certaine circulaire
que je vais vous dire.
« L’insubordination des généraux est la pire dans une
république. Dans un État libre, c’est le pouvoir MILITAIRE qui DOIT ÊTRE LE
PLUS ASTREINT. »
Alors décision de mettre des commissaires civils
à côté de tous les généraux en campagne, non pas pour surveiller leur comportement
stratégique, ça les regarde pas, mais pour voir qu’ils ne fassent pas le même
coup que Dumouriez ou que La Fayette.
Et d’autre part, on a reconstitué des cadres qui
seront pris dans la petite troupe, c’est là où on va ressortir les fameux, les Hoche,
les Marceau, les Kléber, qui étaient des simples soldats, des sergents, des
sous-lieutenants, et qu’on va bombarder généraux.
Alors cette fois, on va obtenir en effet un certain
nombre de succès. Les Français qui se faisaient battre partout jusqu’alors vont
obtenir GRÂCE À ROBESPIERRE ET À SAINT-JUST, ET NON PAS GRÂCE À CARNOT COMME ON
LE RACONTE !
Carnot et ses 14 armées, Carnot est un instrument de Saint-Just et un
instrument de Robespierre. On va obtenir la victoire de Hondschoote qui va
délivrer Dunkerque, la victoire de Wattignies qui va délivrer Maubeuge, et
Hoche est en train de constituer à Strasbourg une armée assez puissante pour
reconquérir l’Alsace sur laquelle les Autrichiens sont entrés.
Enfin, Robespierre va SUPPRIMER, pour le plus grand deuil de Danton,
les FOURNISSEURS MILITAIRES.
C’est-à-dire
que L’ÉTAT PASSERA DIRECTEMENT SES CONTRATS : il ne passera plus par l’abbé
d’Espagnac et autres.
Et il va faire établir 3 usines nationales
d’armement, les premières :
Deux usines à Paris et une usine à Brest pour
l’armement maritime, ce qui fait pousser des hurlements aux industriels en
disant : « quoi ? Alors, l’industrie privée est menacée par l’industrie d’État,
c’est intolérable ! »
Mais Robespierre jouit d’un tel prestige qu’il n’y a pas moyen de dire
le contraire.
Alors Danton, qui s’était persuadé qu’une fois Robespierre au pouvoir
s’y tuerait, enfin glisserait sur toutes les peaux de banane, Danton va essayer
à trois reprises de le faire tomber.
Je dirai ça très rapidement. Danton va commencer le 1er septembre par
une opération étrange que voici : [soupir] le 1er septembre une nouvelle arrive
à Paris et je reconnais qu’elle était énorme.
Robespierre s’était méfié des généraux à juste titre et avait
oublié ce qui était un grand tort, il avait oublié les amiraux. Il y avait
la flotte française de Méditerranée qui protégeait les côtes de Provence contre
la flotte anglaise qui était là.
Et le 28 août 1793, les deux amiraux de la
flotte française, l’amiral Chaussegros et l’amiral Trogoff avaient rendu les
navires français aux anglais et avaient aidé les Anglais à occuper l’arsenal de
Toulon.
C’était pas mal de la part de ces amis. Alors
quand cette nouvelle catastrophique arrive à Paris, Danton y voit l’occasion
d’un soulèvement.
Et c’est Danton qui réunit le peuple devant l’hôtel de ville en
accusant de la manière la plus directe le comité de salut public, puisqu’il
n’en fait pas parti et que Robespierre est le numéro un, le comité de salut
public de « MOLLESSE ».
Et
c’est Danton (qui déjà était l’initiateur du tribunal révolutionnaire, créé à
sa demande le 9 mars, alors que j’avais toujours cru moi que c’était
Robespierre le tribunal révolutionnaire, non c’est DANTON qui l’avait créé le 9
mars),
ce 1er septembre, Danton prononce la parole suivante
: « L’heure est venue d’une troisième révolution ! ».
Je me demande ce que ça peut signifier. La
première en 89 n’était pas une révolution, la seconde
10 août 92 était LA révolution, la seule révolution possible. C’est-à-dire
qu’on donnait le suffrage universel aux gens et on se disait : d’années
en années, tout de même, il y aura de moins en moins d’analphabètes, et avec le
suffrage universel, les gens ouvrant leurs yeux sur leur condition et COMPRENANT
LES CAUSES DE LEUR MISÈRE, arriveront peut-être à faire une république
d’équité.
Mais parler d’une troisième révolution n’était parler de rien d’autre
chose que d’une anarchie.
Il était soutenu, Danton, par un individu dont j’ai déjà prononcé
le nom devant vous : Hebert, qui était un enragé, un furieux.
Qui gagnait du reste, 30 000 livres par mois, 30 000 francs par mois
avec son horrible journal le Père Duchesne.
Mais Hebert va être contré par son adjoint qui s’appelle Chaumette.
Hebert était le numéro 1 de la commune, Chaumette était le numéro 2,
qui était un homme extrêmement estimable, qui vivait volontairement dans la
pauvreté et qui va défendre Robespierre et qui va dire aux gens : « ne
faites pas ça, ne vous jetez pas comme le demande Danton sur la convention pour
recommencer un 31 août. »
Le
même Danton, ce 1er septembre, dit : « Le tribunal révolutionnaire ne
travaille pas assez, il n’y a pas assez de têtes qui tombent, style=‘color:red’>JE DEMANDE UNE TÊTE PAR JOUR. » DIT DANTON.
« IL
FAUT METTRE LA TERREUR À L’ORDRE DU JOUR ! », ce n’est pas une
phrase de Danton, c’est une phrase qu’il va répéter.
C’est le curé constitutionnel de Chalon sur Saône,
dont le nom m’échappe maintenant, qui a dit « il faut mettre la terreur à
l’ordre du jour » et dont Danton s’est emparé.
Grâce à Chaumette il n’y aura pas d’insurrection,
on ne va pas se jeter contre la convention.
Mais les conventionnels auront TELLEMENT PEUR que
Robespierre va obtenir d’eux le 9 septembre ce qu’il n’avait pas encore pu leur
arracher :
LE VOTE DU MAXIMUM. Le 9 septembre 1793, grâce à
la peur qu’ils ont eu, ils consentent à intervenir dans une affaire commerciale
et à dire : le pain ne se vendra pas au-delà de tant.
Et comme une disposition légale n’est appliquée que si on la
surveille, l’application, Robespierre fait créer UNE PETITE ARMÉE, 4000 hommes,
qu’on appellera « armée révolutionnaire », mais qui aura du canon avec
elle.
Et ces 4000 hommes passeront leur temps à roder
dans Paris et autour de Paris pour voir si le maximum est appliqué.
Deuxième tentative de Danton, curieuse celle-là, vraiment, très peu
connue.
Et c’est monsieur Soboul qui nous l’a révélée. Vous savez, Albert
Soboul dont je vous ai parlé tout à l’heure, qui est marxiste et qui est athée.
Je ne suis ni l’un ni l’autre. Et monsieur Soboul nous a apporté une
vraie révélation dans son énorme bouquin de 1400 pages qui s’appelle « Les
sans-culottes parisiens de l’an 2″ à propos de la déchristianisation.
En octobre et novembre 93, il y a tout à coup ce que je croyais moi
être une lame de fond dans le prolétariat parisien contre le christianisme.
Pas contre le cléricalisme. C’est fini, il n’y a plus de cléricalisme.
Mais maintenant, c’est vrai, on va voir les choses comme ceci : Notre
Dame de Paris fermée, transformée en temple de la raison, une persécution
religieuse extrêmement violente.
J’avais donc cru que ça sortait des profondeurs du peuple.
Une espèce de haine viscérale contre un christianisme menteur.
Ce monsieur Soboul, marxiste et athée, qui a fait
une énorme recherche parmi les procès-verbaux des assemblées populaires de
Paris, des Cordeliers, des Jacobins, de tous les petits groupes locaux des
arrondissements, déclare : « J’ai tout étudié — c’est un travail de Bénédictin,
vous savez — dans aucun procès-verbal de réunion populaire, JAMAIS je n’ai vu
qu’il fût question de déchristianisation : LA DÉCHRISTIANISATION EST VENUE
D’EN HAUT, D’UN GROUPE DE BOURGEOIS DANTONISTES. »
Le premier qui a lancé l’idée c’est Fabre d’Églantine. Fabre d’Églantine
qui est un escroc qu’on va bientôt arrêter, c’est lui qui a inventé vous le savez,
le calendrier révolutionnaire, c’est très beau.
2ÈME PARTIE :
[…]
Mais alors, comment se
fait-il que la convention vote d’enthousiasme et à l’unanimité le calendrier
révolutionnaire ?
Ben, c’est bien clair, dit
Monsieur SOBOUL : dans l’ancien calendrier (grégorien), il y avait des DIMANCHES,
on se reposait tous les dimanches. Tandis que maintenant, on ne se reposera que
tous les DIX JOURS. Alors, vous comprenez, le patronat est ravi, les
ouvriers travailleront deux jours de plus. Donc : enthousiasme pour le
calendrier révolutionnaire !
Le pauvre évêque
constitutionnel de Paris, qui s’appelait GOBEL, va se voir menacé, sommé de
démissionner et de dire le lendemain 8 novembre à la Convention : « j’ai menti
toute ma vie, je n’y croyais pas, tout ça ne sont que des blagues… »
Qui lui demande de se
désavouer ? C’est Léonard BOURDON, député dantoniste de l’Oise, et Anacharsis
CLOOTS (1), qui était un banquier prussien multi millionnaire.
Qui va représenter la «
Déesse de la raison » à l’église Notre Dame de Paris ? J’avais toujours cru que
c’était une prostituée… Pas du tout ! C’était une femme de très bonne compagnie
qui s’appelait Madame MOMORO, femme d’un imprimeur très riche de Paris (2) et,
lui aussi, dantoniste.
Donc, l’opération de la déchristianisation est une tentative poussée
par DANTON pour mettre ROBESPIERRE dans une situation difficile.
On
savait que ROBESPIERRE était un homme qui croyait en Dieu. Comme il croyait en
Dieu, DANTON avait dit de lui : « Il habite une jésuitière ». La jésuitière
des DUPLAY, vous vous rendez compte, hein…
Alors,
évidemment, ROBESPIERRE va protester, il va dire « Non, il ne faut pas faire
cette persécution !». On pourra donc le dénoncer comme un ami de la Réaction.
Mais
c’est que le « petit peuple » ne marche pas !
On trouve facilement de
la canaille pour casser les têtes des saints dans les églises, on les paye un
petit peu et puis ça y est…
Mais l’ensemble de la
population parisienne ne marche pas, au point que Le Journal de Paris, dont je
vous ai cité une phrase tout à l’heure (ROBESPIERRE monté à la tribune et
auquel on a coupé la parole…), voyant que la déchristianisation ne prend pas va
écrire avec irritation la phrase que voici : « Alors quoi, les hommes du 10
août veulent aller à la messe ? » Oh non, ils ne voulaient pas aller à la
messe, mais ils ne voulaient pas que l’on se bâtit là-dessus.
Alors, quand DANTON
voit que ça ne marche pas, c’est lui-même qui monte à la tribune après un congé
qu’il avait pris et qui dit : « je demande l’arrêt de ces mascarades anti
religieuses ».
Deuxième tentative :
ratée.
Troisième
tentative, DANTON va faire une volte-face
complète : Le 5 décembre de cette année 1793, CE MÊME DANTON QUI, AU MOIS DE
SEPTEMBRE DEMANDAIT « UNE TÊTE PAR JOUR », LE VOILÀ QUI FAIT DE L’HUMANITARISME.
Et à la tribune de la Convention il dit : « Je demande l’économie du sang
des hommes ». Et le 5 décembre, lançant
son petit ami Camille DESMOULINS (3) avec son journal Le vieux Cordelier
dans une entreprise périlleuse, il fait demander L’ÉLARGISSEMENT DES SUSPECTS.
Ouverture des prisons. Il
y avait 200 000 suspects à ce moment-là en prison. C’était probablement trop.
J’ai vu d’assez près la
résistance et la Libération en France. J’étais, tout le monde le sait, du côté
de la résistance, mais j’ai été assez écœuré de ce qui s’est passé au moment de
la libération où j’ai vu très souvent, sous mes yeux, des gens qui n’avaient
rien fait mais que quelques ennemis personnels déclaraient collaborationnistes.
Eh bien, je suis convaincu que sur les 200 000 emprisonnés, il devait y en
avoir pas mal qui étaient là sur des dénonciations personnelles, alors qu’ils
n’étaient pas dangereux politiquement. Au point que ROBESPIERRE, en novembre,
avait dit « il faut faire absolument un triage » parmi ces 200 000 : il
faut les regarder un par un et élargir tous ceux contre lesquels il n’y a rien.
Mais entre ce triage des
incarcérés et la libération totale des 200 000, il y a un abîme. style=‘color:black’> Parce que sur ces 200 000, mettons qu’il y en avait la
moitié qui étaient des agents royalistes ou des girondins, style=‘color:red;background:#FFFF99’>c’était immédiatement remettre en
circulation des gens qui allaient ruiner la République style=‘color:black;background:#FFFF99’>vous voyez la situation terrible dans
laquelle se trouvait ROBESPIERRE d’un côté il y a les enragés à la façon
d’HEBERT (4) qui veulent du sang et du sang, des « vers dans l’arbre » et de
l’autre côté vous avez un DANTON qui est la « scie dans l’arbre » qui essaie de
détruire la République.
ROBESPIERRE avait des
raisons de se réjouir et des raisons de ne pas se réjouir.
Raisons de se réjouir :
situation militaire qui marchait bien et MALLET du PAN (5), ce Genevois dont je
vous avais parlé et qui avait collaboré au manifeste de Brunswick. Dans un
rapport au Prince, il était à la solde – je crois oui – des Princes. Les
Princes, ça veut dire les candidats royaux. Vous savez, le futur Louis XVIII,
le futur Charles X.
MALLET du PAN en février
1794 disait aux ennemis de la France : « il faut reconnaître que nous sommes en
train de « recevoir des piles » enfin les Français gagnent parce que nous (les Austro-Prussiens),
nous n’avons que des soldats matériels ». C’est-à-dire des
automates des robots, indifférents au sort de la guerre tandis que les soldats
de la République, SONT DES SOLDATS PASSIONNÉS, disait-il.
Ces soldats qui croient
qu’ils se battent pour eux-mêmes ou pour leurs enfants, ceux-là en effet ont un
tel élan, un tel mordant, un tel moral, qu’ils remportent des victoires que
nous, nous ne savons pas remporter.
Alors, sur le plan
militaire : avantage.
Sur le plan financier,
gros avantage. À partir du maximum et à partir d’une loi que j’ai oublié de
vous dire, c’est vrai : peine de mort contre l’agiotage sur les assignats.
Si bien que quand ROBESPIERRE était entré au pouvoir, l’assignat était à 37. Ça
veut dire 100 francs papier = 37 franc or
Au bout de sept mois de
pouvoir, ROBESPIERRE a fait monter l’assignat de 37 à 74 ! Donc ça marche.
Mais il y a d’autres
choses qui ne marchent pas. En particulier, ROBESPIERRE a vu devant lui CAMBON
(6), chef du Comité des Finances qui a fait une singulière déclaration. Autre
chose que vous ne savez sans doute pas et que je ne savais pas moi, enfin
peut-être que vous saviez, ces comités sont
indépendants les uns des autres. Ne croyons pas qu’il y a le Comité de Salut
Public qui coiffe tout, il y a la Convention, qui coiffe tout, qui
contrôle tout, et puis il y a des comités parallèles. Comité de Salut Public
pour les affaires générales, Comité de Sûreté Générale pour la police, Comité
des Finances et Comité des Subsistances.
CAMBON, l’industriel
CAMBON, est à la tête du comité des finances. Il avait fait le 24 août 1793
quelque chose de bien, il avait créé le Grand Livre de la République, le Grand
Livre de la Dette, comme on dit pour montrer que la République française gère
un peu mieux ses finances que la monarchie, excellent.
Mais voilà
qu’au début de l’année 1794, il fait à la Convention une déclaration que
ROBESPIERRE ne comprend pas.
Là
aussi, je vais parler plus lentement. [soupir] CAMBON dit : “nous allons
distinguer parmi les créanciers de l’État entre ceux qui reçoivent moins de
1000 francs de pension par an, et ceux qui reçoivent plus de 1000 francs. Ceux
qui reçoivent moins de pension, on leur paiera leur pension en assignats, et
ceux qui reçoivent plus de 1000 francs on leur paiera en numéraire. »
Alors après, ROBESPIERRE va aller trouver CAMBON et lui dit qu’il
pense que sa langue a fourché, que c’est un lapsus et qu’il pense qu’il voulait
dire que les plus pauvres vont être payés en monnaie non dévaluée.
CAMBON le reçoit avec violence en lui disant de s’occuper de ce qui
le regarde car il est chef chez lui.
ROBESPIERRE
a vu ce que faisait CAMBON à ce moment-là. Il se dit “on est en train de me
saboter”. En plus, dès qu’il aura frappé les hébertistes (c’était
surtout des hébertistes qui étaient les cadres de la petite armée
révolutionnaire dont je vous ai parlé qui surveillait le maximum), style=‘color:red’>BARÈRE (7) demande immédiatement la suppression de l’armée
révolutionnaire, et dès que l’armée révolutionnaire est supprimée, le maximum
va être abandonné et l’un des chefs du
Comité des Subsistances, qui est un ami du gros commerce, va faire savoir aux
commerçants qu’il fermera les yeux sur la non application du maximum.
Alors
vous voyez qu’il y a des choses qui sont heureuses et d’autres qui sont très
malheureuses.
Or,
ROBESPIERRE est de plus en plus malade.
Déjà il avait pris un congé le 13 février et il était revenu au pouvoir le 13
mars. Dans sa maladie, il avait réfléchi et s’est dit “il faut tout de même y
aller”. Alors on va frapper contre DANTON. Ce
n’est pas un sanguinaire ROBESPIERRE, c’est un homme à qui la guillotine a
toujours paru assez révoltante, mais enfin la situation est telle que si
on ne frappe pas DANTON, qu’est-ce qui va arriver ?… Mais frapper
DANTON, c’est extrêmement grave, d’abord il connaissait les enfants de DANTON,
il les aimait bien. Si on frappe DANTON, on va frapper le groupe, FABRE
d’ÉGLANTINE (8).
FABRE d’ÉGLANTINE est un
ancien pédéraste que lui, ROBESPIERRE, avait converti (9). Il avait fait son
mariage, le jeune garçon avait maintenant un petit enfant. ROBESPIERRE aimait
les gosses, « alors je vais faire trois petits malheureux, les deux fils de
DANTON puisque je vais couper la tête au père et le fils de Camille DESMOULINS
et cet enfant me doit la vie. » D’autre part, l’opinion publique.
Nous,
maintenant à la distance où nous sommes, nous faisons des distinctions
formidables entre un MIRABEAU ou un MARAT par exemple. Mais les braves gens
de Paris voyaient ça grosso-modo : il y avait les amis du peuple et les ennemis.
Un homme comme DANTON, comme MARAT, comme ROBESPIERRE, comme MIRABEAU, tout
cela c’était pareil. C’était la bonne gauche quoi, les amis du peuple. Alors si
on voit les républicains qui s’entretuent, il y a de quoi “glacer la
Révolution”, c’est le mot que va employer SAINT-JUST… Eh bien ROBESPIERRE
s’est dit : “il faut quand même le faire”.
Le
5 avril 1794, on guillotine DANTON et ses camarades. ROBESPIERRE est prostré. style=‘color:black’> Alors comme il voit que c’est fini, enfin qu’il a
l’impression que, ou bien on va le tuer, ou bien la fièvre qui est en train de
le miner va l’emporter, décide de mettre les bouchées doubles, c’est-à-dire de
vider le fond du sac, c’est à dire d’expliquer aux gens de la convention son
idée derrière la tête.
J’ai fait peut-être le savez-vous
un livre qui s’appelle “L’arrière-pensée de JAURÈS” on pourrait faire un
livre sur l’arrière-pensée de Jean-Jacques ROUSSEAU, on ne peut pas expliquer
le Contrat Social si on ne connaît pas la Profession de foi du Vicaire Savoyard,
et il y a une arrière-pensée de ROBESPIERRE. Et dans les trois cas,
Jean-Jacques ROUSSEAU, JAURÈS, ROBESPIERRE, C’EST LA MÊME arrière-pensée.
Alors ROBESPIERRE va, dans deux discours du printemps 1794, expliquer aux gens
son but dernier. Grosso modo qu’est-ce que c’est cette arrière-pensée ? Eh bien
ces trois personnes que je viens de vous dire, qui ont l’air de s’occuper
d’affaires sociales et politiques, ils
pensent tous que ce n’est pas la constitution d’une Nation qui est importante,
cette constitution doit servir à L’INDIVIDU. Le but n’est pas une organisation
sociale plus équitable. Le but c’est de permettre à l’individu humain, comme
disait Jean-Jacques ROUSSEAU, d’accomplir sa destination. style=‘color:black’> Tenez, par exemple, quand
JAURÈS dira « sous le régime capitaliste, l’individu est enfoncé dans la
matière jusqu’au cœur sous l’écrasement économique et sous l’obsession
militaire. Je veux essayer de construire une cité d’espérance où l’Homme
s’aperçoit que les étoiles existent. »
C’est la même chose pour
ROBESPIERRE. Il va prononcer un discours que j’ai recopié en partie,
pardonnez-moi, ça fera une minute et demie, mais il faut que je vous lise ça
:
« Nous
voulons une Patrie qui procure du travail — qui procure du travail — à tous les
citoyens ou les moyens de vivre à ceux qui sont hors d’état de travailler. Nous
voulons une cité où les transactions seront la circulation de la richesse et
non pas le moyen pour quelques-uns d’une opulence fondée sur la détresse des
autres. Nous voulons une organisation humaine [ça ‚c’est l’enfantillage de
ROBESPIERRE – HG] Nous voulons une organisation humaine où les mauvaises
passions seront enchaînées, l’égoïsme, la cupidité, la méchanceté. Nous voulons
substituer la droiture aux bienséances, substituer le mépris du vice au dédain
du malheur [j’aime mieux la suite – HG], substituer les braves gens à la bonne
compagnie. Nous voulons une demeure des hommes où toutes les âmes
s’agrandiront, nous voulons accomplir les destins de l’humanité. »
Â
Et à la suite de ce
discours, c’est là où il fait sa proposition, folle peut-être, où il dit
« je voudrais que la Nation française reconnaisse l’existence d’un Être
Suprême. Parce que si la nation française reconnaît l’existence d’un Être
Suprême, la première conséquence de cette proclamation sera que la Nation française
s’engagera du même coup à travailler pour la Justice, à défendre les opprimés
et à respecter les misérables ». dit-il.
Alors effectivement, le
jour de la Pentecôte, ça lui sera assez reproché, sur le nouveau calendrier ça
n’apparaissait pas (c’était le 10 prairial), le jour de la Pentecôte 1794, il y
aura cette Fête de l’Être Suprême. La plupart des livres que j’ai lus la
ridiculisent. Et je comprends bien qu’elle ait des côtés ridicules. Il avait
demandé l’organisation matérielle ou artistique de la Fête à un nommé DAVID,
que vous connaissez, et qui confondait la grandeur et le grandiose.
Alors DAVID avait décidé
de mettre au sein du Champ de Mars une énorme statue de l’Athéisme, et puis on
la brûlerait, cette statue, parce qu’elle serait en carton. Et dedans il y
aurait une statue en dur qui serait la statue de la Sagesse Humaine. Alors vous
imaginez le coup, on a brûlé l’Athéisme et quand la Sagesse Humaine est apparue,
elle était plutôt charbonneuse [rires]. On avait aussi donné aux gosses de Paris
de petites histoires à chanter. Tous ces pauvres enfants avaient appris dans
les écoles des petits cantiques laïques et complètement idiots.
Il ne faut pas s’arrêter
à ça et essayer de comprendre ce qu’il a voulu faire ce jour-là.
RENAN raconte dans ses souvenirs d’enfance et de jeunesse que, quand il était
gosse, il a vu un vieux type qui lui avait montré, les tirant d’un tiroir, trois
épis de blé qui tombaient en poussière bien-sûr.
Et ce vieux type avait
dit au petit RENAN « tu vois p’tit, ces épis de blé ils viennent de la Fête
de l’Être Suprême ». À tous les gosses de Paris on avait donné trois épis
de blé ce jour-là, parce que ça avait un sens. Et comme le petit RENAN ne
comprenait rien, bien-sûr c’était un gamin, le vieux disait « c’était beau
petit, tu ne peux pas savoir comment c’était beau ». Alors je vais essayer
de vous faire comprendre pourquoi c’était beau.
Il
y avait au moins 300 000 personnes qui étaient là, réunies au Champ de Mars.
Pourquoi le Champ de Mars ? Parce que c’est là que ça s’était passé le 17
juillet 1791, quand les possédants avaient tiré sur les non possédants. Alors
ROBESPIERRE avait décidé « on fera la fête là pour que plus jamais une
chose pareille ne se produise ». Il se
trouvait être, par roulement, le président de la Convention, il s’était fait
très beau : plumet tricolore, et puis l’Éléonore qui avait un béguin pour lui,
lui avait donné un bouquet. Il avait aussi un bouquet à la main, un gros
bouquet tricolore ! Il y avait des roses, il y avait des marguerites et il y avait
des bleuets.
Il marchait devant la Convention qui était derrière
lui, entouré d’une espèce de ceinture tricolore, un ruban tricolore qui
entourait les 700 députés. Puis lui marchait à environ 20 pas devant. Il était
dévoré par sa fièvre, ce qui fait que, de temps en temps, les témoins disaient
qu’il était tout rouge ou qu’il était tout pâle. Il avançait avec son bouquet,
entouré d’acclamations. Les gens criaient « Vive ROBESPIERRE ! » et
lui était tout malheureux, il regardait par terre avec un pauvre sourire, il
regardait un peu timidement à droite et à gauche, ayant l’air de dire aux gens
« non, il ne faut pas crier vive ROBESPIERRE, il faut crier vive la
République ! » [soupir].
Puis il a fait son discours, il a expliqué ce que
c’était pour lui « l’Être Suprême ». Il n’avait pas osé dire Dieu. Ah !
Je comprends, c’est une syllabe fatigante, un phonème usé, une syllabe morte !
Alors il avait essayé de dire ce que disait Jean-Jacques ROUSSEAU : l’Être
Suprême, peu importe le nom…
Je crois bien que si un certain nombre de gorges étaient
serrées ce jour-là, c’est parce que, à mon sens, c’était la première fois qu’un
gouvernant parlait de Dieu aux gens pour autre chose que pour les duper, et pour
les asservir. [applaudissements] Attendez, attendez…
ROBESPIERRE
signait ce jour-là sa condamnation à mort. Il y avait des tas de gens qui le
haïssaient. Il y avait d’abord tout « le Ventre » comme on dit, vous
savez, par opposition à « La Montagne » il y avait « le Marais »,
« Le Ventre » de la Convention, c’est à dire les notables, qui ne lui
pardonnaient pas son maximum.
Il y avait les proconsuls hideux comme CARRIER,
vous savez, les mariages républicains, comme FRERON, comme BARRAS, comme
TALLIEN qu’il avait fait rappeler et qui lui en voulaient à mort.
Il y avait CARNOT…
La France,
mon pays, avait obtenu un succès militaire à Fleurus, c’était le 25 juin, je
crois, 1794. Alors ROBESPIERRE avait dit : « On s’arrête ! » puisqu’il
n’y a plus un seul étranger sur le territoire français. Et CARNOT était tombé
dans une rage folle en disant : « S’arrêter ?! Au moment où la guerre va
commencer à payer !!! ».
Et le 13 juillet 1794, CARNOT envoie à PICHEGRU pour son entrée en
Belgique la dépêche que voici : » Vous allez entrer en Belgique, PRENEZ
TOUT, IL FAUT VIDER LE PAYS. » Et ROBESPIERRE lui dit « mais C’EST
DÉSHONORANT, C’EST LA HONTE DE LA RÉPUBLIQUE ! »
CARNOT
passe immédiatement du côté de ceux qui décident de tuer ROBESPIERRE. [gros
soupir]
On ne
peut pas le tuer tant qu’il aura les faubourgs pour lui. La petite plèbe l’aime,
alors si l’on touche ROBESPIERRE, ça va être une insurrection.
Alors qu’est-ce qu’ils vont faire ses ennemis ? Ses ennemis sont
tous puissants au Comité de Sûreté Générale et ROBESPIERRE va essayer de
demander par deux fois la révocation de FOUQUIER-TINVILLE, qui fait tomber
toutes les têtes, vous savez, et dont ROBESPIERRE trouve que c’est un affreux.
Chiffre : le tribunal révolutionnaire, de sa création jusqu’à
maintenant (juin 1794), Le Tribunal Révolutionnaire fait tomber en 6 mois 1 200
têtes. En 40 jours, 1 876 têtes vont tomber, en 40 jours ! Pourquoi ? Pour
qu’on puisse dire que c’est ROBESPIERRE, puisqu’il passait pour le numéro un,
qui transforme la guillotine en un instrument de folie.
Et c’est Lamartine, à mon sens qui aura dit là-dessus la phrase la
plus pénétrante, je ne l’ai jamais vue reproduite. C’est dans « Les
Girondins » de Lamartine qui sont bien plus intéressants qu’on imagine : style=‘color:black’> « Ils
le couvrirent pendant quarante jours du sang qu’ils versaient pour le
perdre ». Et en effet, dans l’opinion
publique, le bruit court « ROBESPIERRE est devenu fou de rage, il fait tuer
des gens ! »
Il y avait eu un attentat. Un nommé ADMIRAT qui
avait essayé de tuer ROBESPIERRE de loin, il y avait une petite Cécile RENAULT
qui avait été saisie avec deux canifs, elle avait dit « oui, c’est vrai, je
veux tuer ROBESPIERRE ».
Alors on avait fait passer à la guillotine
cinquante personnes d’un seul coup, on n’avait jamais vu ça.
Revêtus de la chemise rouge des parricides afin de
pouvoir affirmer : « parricide » Â parce que le père de la Patrie,
ROBESPIERRE, a décidé qu’il fallait cinquante personnes quand on avait levé, de
loin, une main contre lui.
On a fait passer à la
guillotine l’évêque GOBEL, et CHAUMETTE. Avec quelle inculpation ? Écoutez-moi
bien : Inculpation D’ATHÉISME ! Comme si ROBESPIERRE, transformé
maintenant en un inquisiteur, un TORQUEMADA, voulait envoyer à la guillotine
ceux qui, métaphysiquement, ne pensaient pas comme lui. Et JAMAIS cette pensée
n’était venue à ROBESPIERRE !
Ca y est ! Maintenant on l’a
! On va faire « le nouveau maximum », (le 21 juillet, hein, on est tout
près, puisque c’est le 27 qu’il va tomber) Le 21 juillet, nouveau maximum,
OUF… Non ! Quel nouveau maximum ?! Le maximum DES SALAIRES ! Parce que Robespierre,
pour les usines nationales d’armement, avait fait monter les salaires
considérablement, et que le 21 juillet 1794, la Convention décide un
abaissement des salaires de 30, 40 et 50% !
Or, comme on croit toujours que c’est ROBESPIERRE qui dirige tout,
les ouvriers parisiens disent « mais il nous abandonne ! Il envoie à la
guillotine des gens de chez nous, il fait tomber les salaires à 50% ! »
Alors on peut y
aller… [gros soupir]
ROBESPIERRE était retombé malade le 14 juin. Et
vous pensez bien qu’un homme comme lui était guetté [essoufflé], alors s’il y a
là un de ces petits détails… (j’en ai encore pour 7 à 8 minutes, pardonnez-moi)
[gros soupir] c’est encore un petit détail qui m’intéresse beaucoup : on le
suivait, vous pensez bien, Robespierre : il n’y avait pas de gorilles, non, mais
enfin il y avait des gens qui l’espionnaient. Alors j’ai trouvé le détail que
voici : après huit jours passés chez lui sans sortir, M. ROBESPIERRE est
réapparu dehors. C’était le printemps 94, un printemps formidable, enfin radieux.
La campagne, à ce moment-là, c’était tout à côté de Paris, en dix minutes on
était à la campagne. Alors ROBESPIERRE qui était vacillant sur ses jambes mais
qui ne voulait pas le montrer, sortait avec son chien. Il avait un grand chien
qui s’appelait « Brount », dont la tête était assez haute et lui, il
était petit. Alors les policiers qui surveillaient ROBESPIERRE disent « on
voit de temps en temps, qu’il s’appuie sur la tête de son chien comme s’il
avait une canne pour se soutenir en marchant ». Et puis où il va ? Il va à
une « corne de bois » dit le rapport. Ca veut dire, je pense, un bois
en pointe, quoi, qui donnait sur une pente qui descendait vers la Seine. Et là,
M. de ROBESPIERRE reste des heures assis là au soleil, les mains dans l’herbe,
avec son chien couché autour de lui, et la tête renversée.
Le 26 juillet (c’est fini,
hein), le 26 juillet, ROBESPIERRE apparaît brusquement à la Convention. Émotion…
Qu’est-ce qu’il va dire ? Et il dit : « Mes mains sont liées, mais je n’ai
pas encore un  bâillon sur la bouche, alors j’ai un certain nombre de choses à
vous dire avant de mourir », dit-il.
« Quand la République
tombe entre certaines mains, ce sont CES MAINS-LÀ qui font la
contre-révolution » dit-il.
« Que
voulez-vous que nous fassions quand le responsable des finances —(cette fois il
y va tout droit, hein : CAMBON)—, QUAND LE RESPONSABLE DES FINANCES FOMENTE
L’AGIOTAGE, FAVORISE LE RICHE ET DÉSESPÈRE LE PAUVRE ? J’en ai assez de vivre,
dit Robespierre, dans un monde où l’honnêteté est toujours victime de
l’intrigue et où la Justice est un mensonge ».
Bon,
il fait son discours, le lendemain ça y est : c’est le 27 juillet. Dans la
nuit, [essoufflé] les comploteurs, c’est à dire SIEYÈS et les autres, sont
allés trouver la plupart des députés en disant : « le discours de ROBESPIERRE
n’est que le prélude à « une nouvelle tombée de têtes » et vous (on dit
ça individuellement à chacun), et vous, vous êtes sur la liste que ROBESPIERRE
veut tuer demain ». Alors quand, le lendemain 27 juillet dans l’après-midi,
SAINT-JUST monte à la tribune pour justifier ROBESPIERRE, on ne lui laisse pas
la parole : c’est TALLIEN qui le bouscule réellement. Vous savez, la tribune de
la Convention, c’était tout petit. SAINT-JUST était installé là debout, TALLIEN
arrive et lui donne un coup d’épaule pour le faire tomber de la tribune.
L’autre s’accroche, ROBESPIERRE descend lui-même des travées, ils sont trois
dans ce tout petit espace et TALLIEN, qui avait préparé son scenario, tire de
sa poche un glaive, enfin un couteau quoi, le dresse au-dessus de la tête de
ROBESPIERRE et crie à l’assemblée : « Si vous ne votez pas l’arrestation du
dictateur, je le tue devant vous ! »
Le scenario était prêt, tout le
monde hurle « À bas le dictateur ! À bas le nouveau CROMWELL ! ».
Arrestation de
ROBESPIERRE. Alors là, détail que vous savez, c’est assez beau, LE BAS,
qui était presque son beau-frère, qui avait épousé Élisabeth, dit : « Si
vous arrêtez ROBESPIERRE, je demande à être arrêté ! » Ah ben ça va… Si
vous voulez…
Et puis « Bonbon », Augustin, le tout
petit, c’était le benjamin, il avait 26 ans et il avait l’air d’avoir 20 ans.
Il dit : « Si vous arrêtez Maximilien, alors moi aussi ! » Alors ça
fera le bon poids… On arrête aussi le petit Augustin.
Alors, on arrête ROBESPIERRE. HANRIOT, qui
dirigeait la Garde Nationale qui était maintenant Républicaine et Plébéienne,
arrache ROBESPIERRE aux gendarmes. On l’enferme à l’Hôtel de Ville, on bat le
rappel pour espérer que les faubourgs vont se lever.
Il y avait 48 sections dans Paris, il y en a 17 qui
vont répondre sur 48, pas plus… 3 500 gars se réunissent devant l’Hôtel de
Ville. Qu’est-ce que vous voulez qu’on fasse avec les 3 500 gars ?
ROBESPIERRE refuse de les
envoyer à l’abattoir. On lui dit : « mais signez un ordre, qu’ils attaquent
! » ROBESPIERRE dit « Non ! assez de sang, d’ailleurs tout est foutu,
tout est perdu. »
Alors, comme ces 3500 gars à qui
on ne donne même pas une miche de pain, ni un verre de vin, S’EN VONT, dans la
nuit du 27 au 28, à 2h30 du matin, il n’y a plus personne pour protéger
ROBESPIERRE qui est dans la grande salle de l’Hôtel de Ville.
C’est alors que Léonard BOURDON,
« héroïque », à la tête de 14 gendarmes, décide de mettre la main sur
ROBESPIERRE.
La tradition dit que c’est un
gendarme dont le nom est incertain. Les uns disent « MEDA », les autres
disent « MERDA », je préfèrerais la deuxième solution… Le gendarme
MERDA va tirer un coup de revolver sur ROBESPIERRE et lui casse la mâchoire.
Bonbon, Augustin, prend peur… Le 28 juillet il
fait très chaud, il saute par la fenêtre, qui est ouverte, et il se fracasse
les jambes. Quant à LE BAS, il se tue.
Et les gendarmes, qui avaient probablement le goût
du divertissement, ont pris COUTHON qui était là. COUTHON, vous savez, c’est un
paralytique, il est dans sa petite voiture. Alors ils vont le lancer depuis le
haut du grand escalier de l’Hôtel de Ville parce que ce sera d’agréables
pirouettes. Ce qui va permettre à M. GAXOTTE, de l’Académie française, d’écrire
: « Et, au bas des marches, COUTHON faisait le mort… » Et puis ce sera
les 106 — vous entendez ? — les 106 exécutions ! « C’est la libération de
Paris » comme va écrire Monsieur BESSAND-MASSENET dans son livre de 1946.
On avait réservé ROBESPIERRE pour la fin, bien entendu, pour qu’il puisse
bénéficier du spectacle. Et comme il avait la mâchoire cassée et qu’il avait
une espèce de bandeau autour de la tête, pour le guillotiner il faut bien qu’on
enlève le bandeau. Alors, au moment où, debout devant la guillotine, on lui
arrache le bandeau, tout le monde voit cette bouche ouverte et sanglante d’où
s’échappe un hurlement…
Eh bien c’est fini ! La Révolution
« inacceptable » est terminée. Il n’y aura plus de maximum. M. BOISSY
d’ANGLAS va monter bientôt aux applaudissements du Ventre pour annoncer que
l’on rétablit le cens, on détruit le suffrage universel, et BOISSY d’ANGLAS
prononce cette « admirable » parole : « Un pays gouverné par les
propriétaires est dans l’ordre social ». La pauvre Madame de STAEL qui
avait dû fermer son salon va pouvoir enfin le rouvrir, elle reviendra de Coppet
avec dans ses bagages Benjamin CONSTANT, les poches pleines de juteux francs
suisses. [rires]
Alors, j’ai à peu près fini.
Quelle est la conclusion ?
On me reproche de plus en plus
d’être manichéen : il y a le blanc et le noir, il y a le bien et le mal, tout
ce qui est la droite c’est le mal, tout ce qui est la gauche c’est le bien.
ROBESPIERRE un petit saint… Il
n’y a pas de petit saint. ROBESPIERRE est quelqu’un dont je connais
parfaitement les défauts. Très orgueilleux, assez insupportable, capable de
haine. Il y a un prêtre qu’il a détesté, qui s’appelait l’abbé Jacques ROUX,
qui faisait partie des « enragés », qui était un prêtre ultra-gauche,
vous savez. Je ne sais pas pourquoi ROBESPIERRE l’a poursuivi d’une véritable
férocité. Ce prêtre a fini par se suicider en prison tellement ROBESPIERRE le
tracassait. Je sais aussi que ROBESPIERRE est un homme sanglant : il a voté la
mort de Louis XVI et il a voté d’autres morts. Et s’il fallait opter par
exemple entre Ganghi et ROBESPIERRE, il est certain que ce n’est pas ROBESPIERRE
que je choisirais. Mais pour finir je voudrais vous apporter une citation
inattendue de Graham GREENE. [essoufflé]
C’est dans « Les
Comédiens ». À la fin des Comédiens, Graham GREENE met en scène un petit
curé de la République Dominicaine, tellement peu important qu’il n’avait pas de
nom, et un docteur communiste qui s’appelle le Docteur MAGIOT. [essoufflé] Et
on compare la violence et l’indifférence.
Et le
petit curé dit : « La violence peut-être une forme de l’amour, ça peut être
un visage indigné de l’amour. La violence est une imperfection de la charité,
mais l’indifférence est la perfection de l’égoïsme ».
Quant au Docteur MAGIOT le
communiste, il va dire, lui : « J’aimerais mieux — au conditionnel, hein — j’aimerais
mieux avoir du sang sur les mains que de l’eau de la cuvette de Ponce PILATE ! ».
PEGUY
distinguait les hommes en deux groupes grosso-modo : Il disait « Il y a
ceux qui ne s’occupent que de leur sexe et de leur compte en banque. J’appelle
ça la mer morte » disait-il. « Et puis il y a ceux qui s’occupent un
petit peu — UN PETIT PEU ! — d’autre chose que de leur plaisir et de leur
argent ». « Et puis, à la limite », disait-il reprenant PASCAL,
« à la limite, il y a les témoins qui se font tuer ».
Eh bien je crois que je n’ai pas
sollicité l’histoire et je ne vous ai rien caché, j’ai essayé d’être loyal : pour
moi, ROBESPIERRE, c’est un témoin qui s’est fait tuer.
[longs applaudissements…]
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Notes des retranscripteurs :
(1) Jean-Baptiste CLOOTS dit Anacharsis (1755 -
1794)
(2) Antoine-François MOMORO (1756 – 1794)
(3) Camille DESMOULINS (1760 – 1794)
(4) Jacques-René HEBERT (1757 – 1794)
(5) Jacques MALLET du PAN (1749 – 1800)
(6) Pierre Joseph CAMBON (1756 – 1820)
(7) Bertrand BARERE (1755 – 1841)
(8) Philippe-François-Nazaire FABRE, dit FABRE
d’ÉGLANTINE
(9) Il semble tout à fait évident que M. GUILLEMIN
voulait parler en fait de Camille DESMOULINS et non de FABRE d’ÉGLANTINE.
* * * * *
Document téléchargeable ici :
Pour écouter la conférence, ainsi qu’une intégrale
des vidéos et des livres d’Henri Guillemin, voyez :
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2012/05/04/218-henri-guillemin-explique-robespierre-et-les-revolutions-francaises_la-fausse-et-la-vraie
Mille mercis aux courageux qui ont retranscrit
cette très précieuse conférence.
ÉC.
* * * * *
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Quel boulot ! Tout retranscrire et mettre en avant la tonalité des propos de Guillemin.
Vous êtes un forçat des mots 🙂
J’aime beaucoup cette conférence parce qu’elle efface tous les propos honteux qu’on nous a appris à l’école sur Robespierre.
J’aime moins celles qu’il a donné sur Chateaubriand ou Rousseau. Il est parfois un peu manichéen, et son engagement chrétien le rend moins objectif. Mais ce monsieur n’en reste pas moins un passionnant chercheur et révélateur de l’histoire cachée.
A celles et ceux qui aiment lire mais qui sentent que la lumière de l’écran finit par leur abîmer les yeux,
je veux leur dire qu’il existe une application nommée dot.epub transformant les pages html en format epub. On peut alors lire tranquillement tel long texte comme celui-ci sur un ebook.
Je conseillerai à cet égard, pour l’avoir testé, le sony PRS-T1, c’est une merveille – et aucune installation de logiciel n’est nécessaire. (je suis tombé sur cet ebook par hasard et je suis plutôt d’une manière générale contre Sony et ses programmes DRMisés)
http://dotepub.com/
Amicalement.
Et tout mon respect pour le travail donné pour retranscrire cette parole par écrit.
Ouf ! Grand merci à vous et à tous de l’avoir fait.
Pour le cas où vous ne le sauriez pas : il existe une association qui s’appelle « Présence d’Henri Guillemin », dont voici le lien :
http://www.utovie.com/assoguillemin.htm
Si jamais vous souhaitiez participer à ses travaux, son secrétaire pour la région parisienne est Edouard Mangin.
Vous pouvez le joindre par notre intermédiaire.
Je ne voudrais pas me faire tant présent, cher Etienne,
mais je dois avouer que ta dernière (re)trouvaille d’henri Guillemin étonne et bouleverse…
Cet homme fut un voyant des limites de la pseudo démocratie telle qu’il la vivait à l’époque et tellement à présent.
Après le souffle incroyable de sa confidence « ma conviction profonde », me voici étonné, émerveillé par la lecture de ce Robespierre, « témoin » qui s’est fait tuer.
Témoin de quoi ; il n’en définit pas l’ouverture.
Au delà de la révolution véritable que Robespierre voyait et dont il voulait témoigner – et quel beau témoin si on songe à ce que nous dit entre les lignes l’Apocalypse au chapitre 11, chiffre nuptial de Platon ! -, il fut aussi l’impressionnant témoin d’un « Aimant de la constitution » qui, je le crois, manquait beaucoup au début de tes lectures et transmissions, Étienne. Mais qui, je le vois à présent en grosses lettres, ne manque pas sinon d’être reconnu, d’être vu par toi comme une flamme de justice :
« Et à la suite de ce discours, c’est là où il fait sa proposition, folle peut-être, où il dit « je voudrais que la Nation française reconnaisse l’existence d’un Être Suprême. Parce que si la nation française reconnaît l’existence d’un Être Suprême, la première conséquence de cette proclamation sera que la Nation française s’engagera du même coup à travailler pour la Justice, à défendre les opprimés et à respecter les misérables ».
(…)
Je crois bien que si un certain nombre de gorges étaient serrées ce jour-là, c’est parce que, à mon sens, c’était la première fois qu’un gouvernant parlait de Dieu aux gens pour autre chose que pour les duper, et pour les asservir.
Magnifique, j’ai écouté déjà plusieurs fois la conf en mp3 et j’ai maintenant à coeur de la lire. Il y a juste un passage qui me chiffonne. Ce n’est pas d’une importance primordiale mais ça me m’intéresse quand même :
« …miche de pain coutait 40 centimes. 40 sols, enfin, disons 40 centimes, en 1750… le prix ne cessera pas de monter. Elle va passer de 10 sous à 12 sous, à 13 sous…
Et ce n’est pas par hasard que le 14 juillet… est aussi le jour où la miche de pain est la plus élevée, elle coute 14 sous. »
En 1750, est-ce que le prix de la miche ne serait pas plutôt de 4 sols ?
Ou alors est-ce que le prix était déjà très élevé en 1750 et il aurait fortement baissé pour augmenter après ?
Me semble qu’il y a comme une erreur, non ?
Merci à Etienne pour avoir posté et fait la promotion de ces conférences de Guillemin. Je n’ai écouté que celle sur Robespierre pour l’instant, mais j’ai téléchargé tout le reste pour plus tard.
Pour quelqu’un comme moi qui n’a aucun souvenir de ses cours d’histoire, qui associait vaguement Robespierre et Danton à la révolution sans connaitre plus de détail, ce rafraichissement est essentiel et même divertissant.
Surtout surtout, si tu as d’autres perles comme celles-ci, partage-les au plus vite !
Impressionnant. J’ai l’impression de lire l’histoire de la crise économique actuelle à quelques détails historiques près.
Pour le portrait de Voltaire, je vous recommande le livre « Les Batards de Voltaire » de John Saul. Il y trace le portrait d’un courtisan raté qui crée l’opinion publique tout en s’enrichissant par des opérations financières plus que douteuses. Voltaire y est un personnage qui invente les relations publiques et la propagande à son avantage. Tout cela se fait au nom de la Raison et des Lumières.
Le portrait de Rousseau par Henri Guillemin décrit un humain qui donne à ce mot une valeur positive.
Merci beaucoup pour ce travail de spartiate !
Apres mes multiples ecoutes dans mon Iphone je vais pouvoir lire et relire !!
Excellent !
Merci Etienne de partager tant de lectures qui assurément serviraient « Pour un FRONT COMMUN D’EXPLICATION » tel que suggéré dans l’article ci-après :
LE CANCER DE LA FINANCE A ÉTÉ INOCULÉ PAR DES HOMMES
« Les mesures prises pour diminuer les rémunérations des dirigeants des grandes entreprises sont importantes. Mais il y a aussi les dirigeants des grandes banques, ceux qui sont à l’origine du processus qui a amené la crise financière (…) La financiarisation déconnectée de l’économie réelle est un cancer qui prolifère depuis des années, qui fait éclater ses boursoufflures sur la Grèce, comme depuis des décennies sur les pays pauvres.
Mais ce n’est pas un cancer ordinaire, qui tomberait sur l’humanité comme une maladie dont on n’est pas responsable. C’est une maladie qui a été inoculée par des hommes, qui ont sciemment pensé le projet. Ils ont entraîné dans leur cupidité bien des acteurs économiques jusqu’aux petits épargnants. (…) Pour que nos concitoyens voient qu’il y a eu des décisions prises, qu’il ne s’agit pas d’un système contre lequel on ne peut rien. (…). Ne serait-il pas bon que se réalise un front commun d’explications pour redonner aux citoyens barre sur les explications de la crise financière et sur les mesures économiques qui peuvent être prises ? Car ces décisions dépendent aussi de nous, les citoyens, de notre abstention ou de notre action. Comment, par exemple, avons-nous pu laisser les politiques obliger les États à financer leurs projets auprès du marché financier privé et non auprès de leurs banques centrales, et pour l’Union européenne auprès de la Banque Centrale européenne ?
(…)
Article signé par Dominique Fontaine, ancien prêtre-ouvrier, vicaire général de la mission de France, à lire en entier dans L’Humanité des débats du vendredi 15 Juin 2012
Grand merci pour ce partage et la transcription – travail fastidieux s’il en est – de cette conférence ô combien passionnante.
Une véritable découverte !
a signaler cette série d’articles d’historiens dans le canard républicain,
notamment plusieurs réactions sur l’épisode des manuscrits vendus aux enchères et le documentaire de FR3 sur les guerres de vendées,
http://www.xn--lecanardrpublicain-jwb.net/spip.php?article492
la société des études robespierristes organise un hommage au Panthéon le jour anniversaire de sa mort le 28 juillet,
par ailleurs si quelqu’un a des nouvelles des mobilisations qui avaient eu lieu pour remplacer en France les noms des salauds donnés à nos rues par le nom de Robespierre…
Bonsoir Etienne et les internautes…
J’ai écouté à deux reprises la conférence de ce fabuleux conteur et lu la transcription. J’ai replongé dans cette période que je connaissais mal, revu le film la révolution française de Robert Enrico, lu quelques articles sur le net mais si le plaisir de Guillemin est communicatif je ne suis pas convaincu par sa démonstration qui vise à discréditer Danton. les arguments qu’il utilise pour discréditer me semblent peu pertinents
1)Danton aime les femmes ( et alors ?) , l’argent, c’est un opportuniste, un homme acheté par la monarchie etc…
je recopie la réponse d’un spécialiste de l’histoire de la révolution française Gerard Walter que l’on peut trouver sur Wikipédia ( à Danton)
« Que demandons-nous à Danton ? Est-ce de savoir combien d’argent il a gagné au cours de sa carrière politique, et comment ? Ou quels sont les services qu’il a rendus à la Révolution ? Si l’on entend le juger sous ce dernier rapport, ce n’est pas le bilan de sa fortune qu’il y a lieu de dresser, mais celui de ses actes. Si celui-ci, en fin de compte, est en mesure d’établir que l’activité de Danton a contribué effectivement au triomphe de la Révolution, peu importe s’il a reçu de la Cour ou ailleurs, 30 000 livres, ou 300 000, ou même 3 millions. Par contre, s’il avait été démontré qu’il n’eût jamais touché un sol de personne, mais qu’il ne fut pas le sauveur de la France révolutionnaire à l’époque où les Allemands et les émigrés marchaient sur Paris, on aurait bien le devoir de le proclamer « grand honnête homme », mais aussi celui de le rayer définitivement du nombre des grands révolutionnaires. »
D’ailleurs Furet reproche à Mathiez ( qui révèle la corruption de Danton ) de confondre idéal révolutionnaire et vertu privée.
…Peut être touche t‑il cet argent de Mirabeau ? mais sans contre partie de la part de Danton !!
2)Guillemin nous dit qu’on fait porter le chapeau des exécutions à Robespierre : « Ils le couvrirent pendant quarante jours du sang qu’ils versaient pour le perdre »
a) j’aurais aimé plus de détails sur cette affirmation.
b) et pour quelles raisons envoie t‑il à la guillotine Danton ? Guillemin écrit » Ce n’est pas un sanguinaire ROBESPIERRE, c’est un homme à qui la guillotine a toujours paru assez révoltante, mais enfin la situation est telle que si on ne frappe pas DANTON, qu’est-ce qui va arriver ? » .……mais Guillemin ne donne pas la réponse, eh oui j’aurais aimé connaitre ce qui allait arriver !!!!!
Voilà, si une personne savante, qui ne jugerait pas trop stupides ces remarques, pouvait m’éclairer sur ces points alors je suis preneur…
Cordialement
Bonjour,
M.Guillemin cite souvent cette parole qu’il aurait trouvée dans Voltaire,(essai sur les moeurs et l’esprit des nations?):
« Un pays bien organisé est celui où le petit nombre fait travailler le grand nombre, est nourri par lui, et le gouverne. »
Et M. Chouard l’a citée également dans une vidéo où il commente l’opinion d’Onfray.
Voici ma demande :
Quelqu’un aurait-il la référence exacte de cette citation ? quel livre, quel chapitre, etc.?
Je vous remercie par avance.
S
Bonjour,
@Stéphane M. : la citation de Voltaire provient de l’ »Essai sur les Moeurs » (155,1756).
La citation est reprise dans un passage consacré aux Chinois. On peut la retrouver dans les oeuvres compètes de Voltaire, disponible gratuitement en version numérique sur GoogleBook.
Le livre est ici.
La page contenant la citation est ici.
Je me suis posé la même question, concernant la citation suivante de Sieyès :
« Les citoyens qui se nomment des représentants renoncent, et doivent renoncer à faire eux-mêmes la loi. Ils n’ont pas de volonté particulière à imposer. S’ils dictaient des volontés, la France ne serait plus cet État représentatif, ce serait un État démocratique. Le peuple, je le répète, dans un pays qui n’est pas une démocratie, et la France ne saurait l’être, le peuple ne peut parler, ne peut agir, que par ses représentants. »
Elle est référencée dans Wikipedia.fr comme issue du Discours du 7 septembre 1789.
La citation serait apparemment reprise dans « Archives parlementaires de 1787 à 1860, Librairie administrative de Paul Dupont, 1875″, à la page 594.
Disponible apparemment d’occasion sur Chapitre.com.
J’ai inséré ces références dans les pages Voltaire et Sieyès de Wikipedia.fr.
Pour info, j’ai également intégré la retranscription de la conférence de Henri Guillemin consacrée à Robespierre sur Wikiversité.fr.
Par ailleurs
Philippe Landeux, modeste mais passionnant chercheur que je suis en train de découvrir par son travail étonnant sur Robespierre, m’a fait passer ce matin cette pure pépite :
« La source de tous nos maux, c’est l’indépendance absolue où les représentants se sont mis eux-mêmes à l’égard de la nation sans l’avoir consultée.
Ils ont reconnu la souveraineté de la nation, et ils l’ont anéantie.
Ils n’étaient de leur aveu même que les mandataires du peuple, et ils se sont faits souverains, c’est-à-dire despotes, car le despotisme n’est autre chose que l’usurpation du pouvoir souverain.
Quels que soient les noms des fonctionnaires publics et les formes extérieures du gouvernement, dans tout État où le souverain ne conserve aucun moyen de réprimer l’abus que ses délégués font de sa puissance et d’arrêter leurs attentats contre la constitution de l’État, la nation est esclave, puisqu’elle est abandonnée absolument à la merci de ceux qui exercent l’autorité.
Et comme il est dans la nature des choses que les hommes préfèrent leur intérêt personnel à l’intérêt public lorsqu’ils peuvent le faire impunément, il s’ensuit que le peuple est opprimé toutes les fois que ses mandataires sont absolument indépendants de lui.
Si la nation n’a point encore recueilli les fruits de la révolution, si des intrigants ont remplacé d’autres intrigants, si une tyrannie légale semble avoir succédé à l’ancien despotisme, n’en cherchez point ailleurs la cause que dans le privilège que se sont arrogés les mandataires du peuple de se jouer impunément des droits de ceux qu’ils ont caressés bassement pendant les élections. »
Robespierre, 29 juillet 1792.
Pas étonnant que les (riches) « Lumières » (marchandes) aient détesté cette véritable sentinelle du Peuple, déjà de son vivant, et que tous leurs héritiers (1%) se soient attachés, depuis, à copieusement calomnier ce héros populaire.
Étienne.
Merci beaucoup pour cette transcription.
Petit lapsus scriptae :
« Le lobby colonial qui était extrêmement puissant à la coloniale avec La Fayette, »
à la place de :
Le lobby colonial qui était extrêmement puissant à la CONSTITUANTE avec La Fayette,
[Merci Simon, j’ai corrigé. ÉC.]
Au tout début :
« Donc, il c’était constitué une classe de financiers, d’industriels, de banquiers. »
/il s’était/
Le gros problème de Guillemin, c’est que lui il se comprend, mais hélas il s’embrouille un peu dans ce qu’il dit et parfois sort des énormités, qu’on ne peut rectifier soi-même si on n’est pas historien.
Exemple :
Cette miche de pain coutait 40 centimes. 40 sols, enfin, disons 40 centimes, en 1750.
et plus loin…
Elle ne cessera pas, le prix ne cessera pas de monter. Elle va passer de 10 sous à 12 sous, à 13 sous…
Et ce n’est pas par hasard que le 14 juillet, c’est-à-dire le jour où il y a la prise de la Bastille, dont je vais vous parler, est aussi le jour où la miche de pain est la plus élevée, elle coute 14 sous.
Donc si je lis bien la miche de pain coutait 40 sous en 1750 et elle a augmenté à 14 sous le 14 juillet…
Ça serait bien d’avoir quelques explications de texte.
Dans le livre les deux révolutions françaises, Henri Guillemin dit page 111 : « Robespierre, le 20 mai 90, avait obtenu de la Constituante un décret extrêmement important : « La nation française renonce à entreprendre aucune guerre en vue de faire des conquêtes. Elle n’emploiera jamais ses forces contre la liberté d’aucun peuple. » »
C’est justement le point 14 du préambule de la constitution de 1946 à laquelle notre Constitution de 58 se réfère :
http://www.legifrance.gouv.fr/Droit-francais/Constitution/Preambule-de-la-Constitution-du-27-octobre-1946
Ne serait-il serait pas bon d’enlever « en vue de faire des conquêtes » car il suffit d’appeler ça « guerre humanitaire » pour pouvoir conquérir ?
« La nation française ne peut entreprendre aucune guerre. Elle n’emploiera jamais ses forces contre aucun peuple. Seule la défense de son territoire est légitime. »
Bien vu ! après tout cela, aussi détaillé, aussi précis soit-il, n’empêchera jamais une interprétation de soulever un autre point de détail et de vue, et d’infléchir ainsi une volonté première, convaincre des esprits qui pourtant s’étaient jurés de n’y plus revenir.
C’est pour ça que la paradigme nouveau soit clairement défini, non dans le choix absolu et irrévocable de telles propositions et non de telles autres, mais bien dans cette pensée et cette volonté commune d’établir un Contrat Social respectueux de tous et de tout, plaçant la vie, l’environnement et la personne humaine au coeur de nos attentes et de nos volonté, n’ayant plus jamais à subir quelque arbitraire et quelque monopole que ce soit, sans parler de cette démesure et de cette inconséquence à placer des abstractions et des limites au-dessus de tout, limites pour la masse et droit à tout pour quelques privilégiés.
Bref, soyons certes précis mais néanmoins suffisamment ‘flexibles’ pour réagir au mieux et anticiper sur tout.
ROBESPIERRE, nous qui sommes tous des ROUSSEAU en puissance
http://www.disparusdemourmelon.org