Usages DISTINCTS du tirage au sort en politique

27/05/2012 | 21 commentaires

Sur le blog « Pla­né­tisme / Pla­ne­tism / Pla­ne­tis­mo », une syn­thèse inté­res­sante (cri­tique) de la confé­rence à Genève avec Myret (vidéo-fleuve —2h30— qui, au rythme de 10 000 vues par jour, est en train d’ar­ri­ver à 500 000 !!!) :

http://​www​.pla​ne​tisme​.net/​2​0​1​2​/​0​5​/​c​r​i​s​e​s​-​e​c​o​n​o​m​i​q​u​e​s​.​h​tml

Crises économiques à répétition : cause fondamentale et solution

Je vous recom­mande vive­ment l’é­coute de la vidéo acces­sible en bas de cette note pré­sen­tant une confé­rence débat de décembre 2011 en Suisse inti­tu­lée « L’É­tat et les banques, les des­sous d’un hold-up his­to­rique » avec la par­ti­ci­pa­tion de Myret Zaki, rédac­trice en chef de la revue éco­no­mique Bilan et Etienne Chouard, ensei­gnant en éco­no­mie et gestion.

Les deux inter­ve­nants, par­fois empor­tés par leur pas­sion ou leur colère, apportent un éclai­rage extrê­me­ment inté­res­sant sur les causes des crises éco­no­miques mon­diales que nous subis­sons depuis 2008 et nous pro­posent une solu­tion radi­cale. À leur écoute, j’ai par­fois des doutes sur le degré d’exac­ti­tude de leurs affir­ma­tions et sur leur par­ti pris, mais leur démons­tra­tion de l’ab­sur­di­té et de la per­ver­si­té du monde poli­tique et éco­no­mique qui nous gou­verne est claire et convain­cante. Pour ceux qui n’au­raient pas 2h30 à consa­crer à la visua­li­sa­tion de cette vidéo, en voi­ci mon résumé.

« La crise de la dette des pays euro­péens aurait été pro­vo­quée, d’a­près Myret Zaki, par un petit groupe de spé­cu­la­teurs, dont Georges Soros et les diri­geants de quelques Hedge Funds Amé­ri­cains. Ils auraient déci­dé de parier sur la faillite d’É­tats euro­péens péri­phé­riques en com­men­çant par la Grèce, avec la com­pli­ci­té de la banque d’af­faires amé­ri­caine Gold­man Sacks qui, après avoir conseillé le gou­ver­ne­ment grec sur la façon de camou­fler le niveau de la dette de l’É­tat, aurait com­mis un délit d’i­ni­tié en révé­lant cette infor­ma­tion à ces finan­ciers. Les actions conco­mi­tantes de ces spé­cu­la­teurs auraient déclen­ché la crise, ampli­fiée par tous les inves­tis­seurs qui ont sui­vi le mouvement.

Ces acteurs auraient été aus­si les res­pon­sables de la crise des sub-primes qui a débu­té en 2008. Ils opèrent dans le mar­ché des déri­vés, domaine non régle­men­té qui a une très forte influence sur tous les autres mar­chés finan­ciers. Les états euro­péens auraient deman­dé aux pays anglo-saxons (États-Unis et Royaume-Uni) de régle­men­ter ce mar­ché, mais ceux-ci auraient refu­sé. Selon l’in­ter­ve­nante, nous sommes dans une logique de guerre éco­no­mique des pays anglo-saxons contre l’Eu­rope, ces pre­miers étant par­mi les pays les plus endet­tés d’Oc­ci­dent et ayant tout inté­rêt à détour­ner l’at­ten­tion vers d’autres pays, avec le sou­tien des médias comme le Finan­cial Times où le spé­cu­la­teur Georges Soros écrit régu­liè­re­ment des articles. Les liens très étroits entre le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain, son admi­nis­tra­tion et les milieux finan­ciers de Wall Street expli­que­raient l’im­pu­ni­té et la liber­té de ces spé­cu­la­teurs. Leurs moyens finan­ciers énormes (envi­ron 1,5 mil­liard de dol­lars de reve­nu annuel pour chaque diri­geant de ces Hedge Funds) leur per­mettent de for­mer le plus puis­sant lob­by des États-Unis. Cela a été démon­tré par les choix du Pré­sident Oba­ma pour les postes de res­pon­sables éco­no­miques de son gou­ver­ne­ment et par ses actions très limi­tés concer­nant les sanc­tions envers les res­pon­sables de la crise des sub-primes et concer­nant la régle­men­ta­tion des milieux finan­ciers. En paral­lèle, les États-Unis peuvent emprun­ter sur le mar­ché avec un taux de 1 à 2 %, tan­dis que la Grèce pro­por­tion­nel­le­ment moins endet­tée devrait emprun­ter à envi­ron 20 % …!!

Pour­quoi alors les états euro­péens ne se passent-il pas des mar­chés pour emprun­ter ? D’a­près Étienne Chouard, les états se finan­çaient aupa­ra­vant auprès de leur propre Banque Cen­trale, sans charge d’in­té­rêt, et ain­si créaient de la mon­naie et se pas­saient des mar­chés finan­ciers. Le chan­ge­ment a eu lieu en France dans les années 70 sous l’im­pul­sion de Georges Pom­pi­dou, ex de la banque Roth­schild, banque qui aurait été la pre­mière a pro­fi­té de cet appel de l’É­tat fran­çais au mar­ché … Tous les autres pays occi­den­taux seraient ain­si pas­sés du finan­ce­ment auprès de leur Banque Cen­trale au finan­ce­ment auprès des mar­chés finan­ciers. Les diri­geants de la plu­part de ces pays ayant en plus depuis cette époque pro­duit des bud­gets défi­ci­taires, la dette des Etats s’est ain­si creu­sée jus­qu’à arri­ver aujourd’­hui à un niveau de capi­tal impos­sible à rem­bour­ser dans le cas de la France par exemple. Pen­dant ce temps les milieux finan­ciers conti­nuent à engran­ger les inté­rêts de ces dettes.

Selon Étienne Chouard, comme aux États-Unis, la prin­ci­pale rai­son de ces dys­fonc­tion­ne­ments est qu’en France, et a prio­ri dans la plu­part des soi-disant démo­cra­ties, les repré­sen­tants des peuples qui atteignent le pou­voir seraient la plu­part du temps ceux qui ont le plus de moyens finan­ciers, grâce au sup­port des milieux éco­no­miques. La dépen­dance de nos diri­geants poli­tiques, de droite comme de gauche, vis-à-vis de ceux qui pro­fi­te­raient des gains finan­ciers pro­duits par l’en­det­te­ment des Etats expli­que­rait l’ab­sence de chan­ge­ment radi­cal de la situa­tion scan­da­leuse décrite plus haut.

Alors que de nos jours de nom­breux citoyens ont le niveau de connais­sance et la capa­ci­té d’ac­cès à l’in­for­ma­tion pour com­prendre ces phé­no­mènes, pour­quoi ce sys­tème absurde et nocif n’est-il pas remis en cause ? À cause de sa com­plexi­té, à cause de l’in­fluence des médias liés à ce sys­tème et parce que, pour reprendre l’ex­pres­sion d’É­tienne Chouard, nous ne sommes pas des citoyens mais seule­ment des élec­teurs. Des élec­teurs qui élisent des per­sonnes qui nous sont pro­po­sés par des par­tis poli­tiques dont la per­for­mance dépend de leurs moyens finan­ciers. Nous n’a­vons en plus pas le pou­voir de remettre en cause leurs lois, si ce n’est en atten­dant la fin de leur man­dat pour choi­sir d’autres repré­sen­tants aux mêmes défauts. Le moyen de nous pro­té­ger de dérives et de dys­fonc­tion­ne­ments fon­da­men­taux devrait être la Consti­tu­tion, texte nor­ma­le­ment conçu pour enca­drer toutes les lois et contraindre nos élus. Or, les per­sonnes qui écrivent les Consti­tu­tions, que ce soit en France ou aux États-Unis par exemple, sont aus­si des élus qui n’ont bien sûr pas inté­rêt à écrire et voter des textes qui vont les contraindre !

La solu­tion pro­po­sée par Étienne Chouard est une assem­blée consti­tuante for­mée par tirage au sort, comme dans la démo­cra­tie athé­nienne qui a fonc­tion­né ain­si durant 200 ans. Certes les athé­niens étaient escla­va­gistes et machistes, mais comme l’é­taient toutes les civi­li­sa­tions locales de l’é­poque. Rete­nez que le tirage au sort des repré­sen­tants du peuple pro­té­geait les citoyens des voleurs de pouvoir. »

Didier – Citoyen du Monde

Pour appro­fon­dir :

  • Le site Web www​.le​-mes​sage​.org qui résume la pro­po­si­tion d’as­sem­blée consti­tuante démo­cra­tique d’É­tienne Chouard
  • Le maga­zine éco­no­mique Bilan : www​.bilan​.ch
  • Le jour­nal bimen­suel suisse La Cité : www​.lacite​.info
  • Le livre « Prin­cipes du gou­ver­ne­ment repré­sen­ta­tif » de Ber­nard Manin
  • Le livre « La démo­cra­tie athé­nienne à l’é­poque de Démos­thène » de Mogens Her­man Hansen

Source : https://​www​.pla​ne​tisme​.net/​2​0​1​2​/​0​5​/​c​r​i​s​e​s​-​e​c​o​n​o​m​i​q​u​e​s​.​h​tml

Une petite erreur de com­pré­hen­sion dans cette syn­thèse, me fait pen­ser qu’il faut vrai­ment que j’ar­rive à mieux expli­quer les DIFFÉRENTS USAGES du tirage au sort, usages très DISTINCTS les uns des autres, pour que nous ne les confon­dions jamais :

1) Il y a d’a­bord celui des Grecs anciens, qui consis­tait à tirer au sort non pas ceux qui votaient les lois (il n’y a que les citoyens qui puissent voter eux-mêmes les lois, direc­te­ment), mais à tirer au sort LES REPRÉSENTANTS ORDINAIRES, ceux qui pré­pa­raient et exé­cu­taient les lois ; et ce tirage au sort-là ser­vait à impo­ser l’a­ma­teu­risme (ou empê­cher le pro­fes­sion­na­lisme) des repré­sen­tants, pour que les repré­sen­tants du peuple res­tent les ser­vi­teurs du peuple et qu’ils ne puissent jamais deve­nir ses maîtres.

Nota : on pour­rait ima­gi­ner de décli­ner ce tirage au sort-là (celui des repré­sen­tants ordi­naires) de deux façons très dif­fé­rentes (c’est un débat inté­res­sant entre nous, mais c’est l’As­sem­blée consti­tuante qui tran­che­ra finalement) :

- soit pour ins­ti­tuer une VRAIE DÉMOCRATIE, sur le sché­ma d’une FÉDÉRATION de (petites) COMMUNES, elles-mêmes libre­ment consti­tuées ; et là, on pour­rait tirer au sort les repré­sen­tants ordi­naires (juges et fonc­tion­naires) à la manière des Athé­niens, de façon à tou­jours voter nous-mêmes nos lois ;

- soit pour ins­ti­tuer un GOUVERNEMENT REPRÉSENTATIF AMENDÉ, c’est-à-dire SÉVÈREMENT CONTRÔLÉ (TOUS LES JOURS), et là, on ne tire­rait au sort que les ins­ti­tu­tions de contrôle, et pos­si­ble­ment aus­si une des deux chambres légis­la­tives => avec élec­tions hon­nêtes (can­di­da­tures libres sans main­mise des par­tis, votes à points, code élec­to­ral sous contrôle citoyen…), tirage au sort d’une des deux chambres légis­la­tives, révo­ca­bi­li­té per­ma­nente de tous es acteurs publics, red­di­tion des comptes (avec pos­si­bi­li­té réelle de puni­tions graves), RIC (réfé­ren­dum d’i­ni­tia­tive citoyenne), mul­tiples Chambres de contrôles tirées au sort, Conseil consti­tu­tion­nel tiré au sort, citoyens armés et entraî­nés, et for­més (toute leur vie : de la mater­nelle à la retraite) au droit consti­tu­tion­nel de base ain­si qu’à leur rôle indi­vi­duel et actif dans la pro­tec­tion quo­ti­dienne des ins­ti­tu­tions, etc.

2) Et il y a aus­si cet autre usage (plus déci­sif, plus indis­pen­sable, et donc plus prio­ri­taire parce que cause des causes, mais tout à fait DISTINCT du cas pré­cé­dent) qui est le tirage au sort DES REPRÉSENTANTS CONSTITUANTS (des membres de l’As­sem­blée Consti­tuante), et ce tirage au sort-là sert à autre chose : il sert à nous pro­té­ger (tous) contre les conflits d’in­té­rêts dans le pro­ces­sus consti­tuant => celui-là, ce n’est pas Athènes qui prouve que c’est pos­sible puisque per­sonne (ou presque) n’a encore essayé cette idée : c’est la puis­sance de la LOGIQUE qui rend cette idée inté­res­sante (et pas un exemple historique).

Étienne.

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Étienne

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21 Commentaires

  1. faenith

    brillant, clair, bref cqfd !

    Réponse
  2. Guillaume

    Bon­jour Étienne, je crois qu’il y a une option que vous n’en­vi­sa­gez pas, ou peut être est-ce moi qui ne l’en­tends pas dans ce que vous dites, mais je crois que nous pour­rions conser­ver la hié­rar­chie actuelle des choses (dans les grandes lignes).

    Je ne nous vois pas voter abso­lu­ment toutes les lois. Même si aujourd’­hui beau­coup de lois ne sont pas vrai­ment utiles et que le nombre de lois dimi­nuait for­te­ment, il en reste tout de même un bon paquet.

    Per­son­nel­le­ment, je vois les choses qua­si­ment de la même manière qu’elles sont aujourd’­hui. A ceci près :

    Les citoyens votent les lois du cadre com­mu­nal direc­te­ment. Des gens de toutes les com­munes sont tirés au sort pour for­mer des assem­blées inter­com­mu­nales ou dépar­te­men­tales, puis ensuite régio­nales (même si ce niveau ne me semble pas vrai­ment impor­tant) puis une assem­blée natio­nale, tirée au sort. Cha­cun des repré­sen­tants d’une chambre étant contrô­lé et le porte parole de la chambre de niveau inférieur.

    Ajou­tez à cela une bonne dose de révo­ca­bi­li­té, de compte ren­du, de RIC, et des médias natio­naux indé­pen­dants et justes.

    Je trouve que les choses ima­gi­nées de cette manière se bouclent pas trop mal non ?

    Réponse
  3. sitouaillain

    Salut Etienne,

    je trou­vais que tes confé­rences étaient plu­tôt claires sur ces distinctions..

    il me semble par contre que tu ne passes pas assez de temps sur une dimen­sion essen­tielle de l’ap­pro­pria­tion citoyenne du pou­voir : l’es­pace public.

    puis­qu’en fait, quel que soit le mode de dis­tri­bu­tion des fonc­tions (concours, élec­tion, tirage au sort), et le mode de prise de déci­sion (consen­sus, majo­ri­té, déci­sion indi­vi­duelle) ou le mode de contrôle (jury, révo­ca­tion, etc.),

    au final, la capa­ci­té du peuple à faire des choix béné­fiques est tri­bu­taire de sa capa­ci­té à orga­ni­ser une dis­tri­bu­tion satis­fai­sante de la parole dans l’es­pace public.

    nous man­quons en fait cruel­le­ment d’ins­ti­tu­tions de pro­duc­tion de paroles « dés­in­té­res­sée » et de d’ins­ti­tu­tions de dis­tri­bu­tion « dés­in­té­res­sée » de ces paroles, comme d’ins­ti­tu­tions du dia­logue et de cri­tiques « constructives ».

    j’a­voue que si j’ad­mire beau­coup la théo­rie d’Ha­ber­mas, depuis 10ans que je l’ai décou­verte, je n’ai tou­jours pas trou­vé un équi­libre satis­fai­sant, sur le qui peut pos­sé­der les médias, qui peut les contrô­ler et com­ment orga­ni­ser un espace public démo­cra­tique viable.

    En tout cas, ceci me semble rele­ver d’a­bord du pou­voir consti­tuant, au sens où il doit se pré­oc­cu­per de l’or­ga­ni­sa­tion de l’i­se­go­ria et de l’or­ga­ni­sa­tion de l’a­go­ra, en allant plus loin que la seule « liber­té d’ex­pres­sion » ou la « liber­té de la presse », qui ne per­met pas de résoudre les pro­blèmes de « la capa­ci­té à se faire entendre » et tous ces pro­blèmes de pou­voirs inégaux de « fabrique de l’o­pi­nion » et de dif­fu­sion inégales des idées et de leurs critiques.

    Au même titre que l’é­cole, la sphère du débat public, de l’in­for­ma­tion, etc. doit consti­tuer un pilier démo­cra­tique, par contre dans la logique de sépa­ra­tion des pou­voirs, il est impor­tant qu’au­cune ins­ti­tu­tion qui n’é­mane direc­te­ment du peuple ne puisse inter­fé­rer. l’i­déal serait de par­ve­nir par exemple à défi­nir un sta­tut de la socié­té de presse (idéa­le­ment pos­sé­dée en majo­ri­té par ses tra­vailleurs, en tout cas en ren­dant impos­sible, et la pro­prié­té lucra­tive, et la pos­si­bi­li­té de pos­sé­der plus de X% de l’en­semble) et un sta­tut du jour­na­liste avec des contrôles et des voies de recours pour les citoyens soit devant un jury dédié (type CSA) ou devant des juri­dic­tions « clas­siques », sur la base de vio­la­tions de prin­cipes décli­nés dans une charte de déontologie…

    encore une fois, c’est la notion de « conflit d’in­té­rêt » qui me pré­oc­cupe… pour ce que j’y mets, le tirage au sort ne résout rien des pro­blèmes de dis­tor­sions et de condi­tion­ne­ments que, dans une socié­té inéga­li­taire, cer­tains subissent et d’autres orchestrent,

    et je pense-là à ma pauvre grand-mère qui a tou­jours voté en situa­tion de conflit d’in­té­rêts avec elle-même et les siens…

    ce qui fait que j’ai ten­dance à me dire qu’il fau­drait d’a­bord se libé­rer de lagar­dère, bouygues, rot­schild, bol­lo­ré et consorts avant de tirer qui que soit au sort, ce qui était le sens de ma pro­po­si­tion de pro­ces­sus avec assem­blées locales comme espaces d’une libre cir­cu­la­tion et de construc­tion poten­tielle d’une parole décon­di­tion­née du res­pect à cer­taine chaînes…de servitude.

    Réponse
  4. Guillaume

    Atten­tion, le consen­sus est une forme de mani­pu­la­tion et une forme vio­lente de la parole.

    la démo­cra­tie est née avec la rhé­to­rique ancienne et veci ver­sa ; la seule façon d’a­voir un débat éga­li­taire, car la démo­cra­tie est basée sur l’é­ga­li­té de la parole et non sur la liber­té, est d’en­tre­te­nir un cadre de débat res­pec­tant les règles de la rhé­to­rique ancienne.

    En elle même, la démo­cra­tie n’est pas une forme natu­relle de gou­ver­ne­ment, par consé­quent elle fait appel à des pro­cé­dés non natu­rel de la parole comme la rhé­to­rique ancienne, sous la forme par exemple de la dis­pu­ta­tio rhétorique.

    La parole dés­in­té­res­sée, se fabrique. Elle passe par des moyens et méthodes per­met­tant sinon de faire dis­pa­raitre, de rendre inef­fi­cace les pro­cé­dés comme la séduc­tion (aujourd’­hui à la base de notre com­mu­ni­ca­tion politique)

    Réponse
  5. Ana Sailland

    Le tirage au sort pour des man­dats de un à trois mois d’un cer­tain nombre de jour­na­listes et/ou de déten­teurs du verbe dif­fu­sé, rigou­reu­se­ment non cen­su­rables, avec pré­sence garan­tie par quo­ta impo­sés sur les grands médias, y com­pris les médias pri­vés appar­te­nant au canon et au BTP … cela me semble être l’une des réponses pos­sibles à l’in­ter­ro­ga­tion de sitouaillain.

    La sphère du tirage au sort ne doit d’ailleurs pas être for­cé­ment réser­vée au domaine stric­te­ment poli­tique : Le concept de sépa­ra­tion des pou­voirs cher à Mon­tes­quieu a cet incon­vé­nient majeur que le défendre sup­pose de fac­to l’ac­cep­ta­tion de pou­voirs cen­traux, à grand rayon d’ac­tion, sou­vent Yang, durs, autistes, alors que le concept de dis­per­sion et dif­fu­sion des pou­voirs, et de tous les pou­voirs, dans cer­tains cas jus­qu’au niveau indi­vi­duel et citoyen per­met­trait un pou­voir à court rayon d’ac­tion, Yin, doux, convi­vial. Et le tirage au sort a ici son rôle. Réflexion à poursuivre.

    @Etienne : oui, quand je parle de tout ça à des amis pro­vi­soi­re­ment for­ma­tés, ils réagissent sou­vent en pen­sant que le tirage au sort rem­pla­ce­rait bête­ment l’é­lec­tion. Il fau­drait donc, outre les confé­rences, une trace écrite claire des dif­fé­rents rôles pos­sibles du tiré au sort

    Réponse
  6. J.C

    Salut Étienne,

    je ne com­prends tou­jours pas la néces­si­té de repré­sen­tants. Des exé­cu­tants ou des fonc­tion­naires ne devrait n’être autre chose que des garants des règles choi­si par le peuple dans son ensemble et non des repré­sen­tants du peuple car celui çi se repré­sente lui même et à le droit de chan­ger d’avis.

    D’autre part, je ne vois pas non plus pour­quoi les choses ne pour­rait pas se pro­duire à un niveau plus glo­bal sans pour autant néces­si­ter des représentants.
    Peut être le tirage au sort n’est fina­le­ment que les pré­misses ou ici les restes de l’ha­bi­tude d’a­ban­don­ner nos pou­voirs poli­tique à d’autre.

    le simple fait de vou­loir dési­gner d’autres per­sonnes pour des choses aus­si essen­tielles que la consti­tu­tion est bien dif­fé­rent de délé­guer un tra­vail phy­sique et cela est à mon sens révé­la­teur du manque de confiance en soi, en notre com­pé­tence à l’é­gard de la res­pon­sa­bi­li­té que l’on a de notre propre vie. Et cela, on nous l’a incul­qué depuis fort longtemps.

    On a donc un tra­vail d’é­du­ca­tion à faire sur ce sujet à mon sens.

    bien ami­ca­le­ment

    J.C

    Réponse
  7. Morpheus

    @ Étienne

    Sans lien direct avec le sujet, je me per­met une inter­ven­tion pour signa­ler que je viens de prendre connais­sance d’une méthode uti­li­sée dans le cas de com­mis­sions d’ex­perts afin d’a­bou­tir à « la meilleur déci­sion pos­sible » ou « consensus ».

    C’est grâce au site consen​sus911​.org que j’ai eut connais­sance de cette méthode appe­lée Méthode Del­phi.

    Le prin­cipe de la méthode est qu’un groupe d’ex­perts est sou­mis à plu­sieurs séries de ques­tion­naires. Après chaque série, une syn­thèse ano­nyme des réponses leur est remise, ain­si que les argu­men­taires ayant conduit à ces réponses. Les experts sont ensuite invi­tés à revoir leurs réponses pré­cé­dentes à la lueur de ces élé­ments. Il est géné­ra­le­ment consta­té qu’à la suite de ce pro­ces­sus (qui peut être réité­ré plu­sieurs fois si néces­saire), les diver­gences s’es­tompent et que les réponses convergent vers la « meilleure » réponse.

    La méthode Del­phi est lar­ge­ment uti­li­sée en méde­cine et dans d’autres sciences appli­quée pour obte­nir des consen­sus concer­nant les meilleurs preuves dis­po­nibles pour des pro­to­coles de soin, en uti­li­sant toute un série de son­dages aux­quels chaque expert répond sans connaitre les réponses ni les iden­ti­tés des autres.

    Cette méthode pour­rait être uti­li­sée, moyen­nant des adap­ta­tions, dans dif­fé­rentes ins­tances popu­laires, afin d’a­bou­tir à des déci­sions de consensus.

    Cor­dia­le­ment,
    Morpheus

    Réponse
  8. bruben98

    Bon­jour Etienne.

    Je me per­met juste d’ap­puyer une par­tie de vos écrits.

    « ce tirage au sort-là ser­vait à impo­ser l’a­ma­teu­risme (ou empê­cher le pro­fes­sion­na­lisme) des repré­sen­tants, pour que les repré­sen­tants du peuple res­tent les ser­vi­teurs du peuple et qu’ils ne puissent jamais deve­nir ses maîtres. »

    Sans oublier un autre de vos pro­pos soit la non ré-égibilité.

    C’est en effet la seule solu­tion pour nous garan­tir contre la cor­rup­tion et le copinage.

    Main­te­nant, si par hasard, une ou plu­sieurs per­sonnes aux­quelles nous avons confié cer­taines tâches. donnent toutes satisfactions.
    La ten­ta­tion serait grande pour les élec­teurs de vou­loir les recon­duire dans leurs fonc­tions, Non ?
    Qu’en pensez-vous ?

    Réponse
  9. J.C

    En ce qui me concerne, je suis par­fai­te­ment en accord avec la pro­po­si­tion de Mor­pheus qui me semble rele­vé du bon sens et qui pour­rait per­mettre une expres­sion popu­laire bien plus large que celle de repré­sen­tants sur un pro­jet consti­tuant entre autre.

    Je suis aus­si par­fai­te­ment en accord avec l’ob­ser­va­tion de Bruben98. (ça y est, je crois au consen­sus) Si un fonc­tion­naire ou exé­cu­tant accom­pli cor­rec­te­ment ses acti­vi­tés et qu’il sou­haite conti­nuer à le faire pour son propre bien et celui de la com­mu­nau­té, il n’y a pas de rai­son de le « limo­ger » pour le rem­pla­cer par quel­qu’un de moins com­pé­tant par exemple.

    La condi­tion étant qu’il ne se sub­sti­tue pas dans son acti­vi­té aux déci­sions de la popu­la­tion. Alors, il n’est peut être pas néces­saire de trop limi­ter les choses.

    Par contre, aban­don­ner l’i­dée de don­ner davan­tage de pou­voir poli­tique à un citoyen plu­tôt qu’à un autre me semble une bonne chose.

    bien ami­ca­le­ment

    J.C

    Réponse
  10. sitouaillain

    « Atten­tion, le consen­sus est une forme de mani­pu­la­tion et une forme vio­lente de la parole.

    la démo­cra­tie est née avec la rhé­to­rique ancienne et vice ver­sa ; la seule façon d’a­voir un débat éga­li­taire, car la démo­cra­tie est basée sur l’é­ga­li­té de la parole et non sur la liber­té, est d’entre­te­nir un cadre de débat res­pec­tant les règles de la rhé­to­rique ancienne »

    @ Guillaume (4)

    ça semble inté­res­sant, et du coup ça méri­te­rait un déve­lop­pe­ment, ou bien as-tu des lec­tures à conseiller sur ces deux points ?

    @ Ana Sailland (5)

    « Le tirage au sort pour des man­dats de un à trois mois d’un cer­tain nombre de jour­na­listes et/ou de déten­teurs du verbe dif­fu­sé, rigou­reu­se­ment non cen­su­rables, avec pré­sence garan­tie par quo­ta impo­sés sur les grands médias, y com­pris les médias pri­vés appar­te­nant au canon et au BTP … cela me semble être l’une des réponses pos­sibles à l’in­ter­ro­ga­tion de sitouaillain. »

    oui, le tirage au sort de ceux qui ont droit à la parole peut être une méthode inté­res­sante, mais disons qu’a­vant cela, la struc­tu­ra­tion du champ média­tique doit être revue, sur­tout en ce qui concerne la pro­prié­té en elle-même.

    je parle de sépa­ra­tion des pou­voirs dans une pos­ture éthique qui n’est pas en contra­dic­tion avec celle de la dilu­tion des pouvoirs.

    par exemple si l’on n’ap­plique pas l’exi­gence de sépa­ra­tion des pou­voirs, mais uni­que­ment celui de dilu­tion : on peut consi­dé­rer qu’une Com­mune régie par la démo­cra­tie directe est une mani­fes­ta­tion de cette dilu­tion, mais si à l’in­té­rieur de cette com­mune il n’est pas de sépa­ra­tion des pou­voirs et que les méthodes de prise de déci­sion res­tent celles du « fait majo­ri­taire », alors le bul­le­tin com­mu­nal risque d’être l’or­gane de pro­pa­gande de la « majo­ri­té », tan­dis que si le prin­cipe de sépa­ra­tion s’ap­plique au « pou­voir média­tique », il se conver­tit en outil pré­cieux de la prise de déci­sion, en tant que lieu de dif­fu­sion et de dia­logue de toutes les posi­tions et de tous les « intérêts ».

    Tou­jours à cette échelle, le prin­cipe de dilu­tion des pou­voirs auto­ri­sant chaque citoyen ou groupe de citoyen à créer un média, sans appli­ca­tion du prin­cipe de sépa­ra­tion des pou­voirs entre pou­voir média­tique et pou­voir éco­no­mique, la com­mune s’ex­pose au risque d’une forte asy­mé­trie de puis­sance de pro­pa­gande entre riches et pauvres.

    en revanche si au prin­cipe de sépa­ra­tion des pou­voirs s’ad­joint celui de la dilu­tion des pou­voirs, alors toute mani­fes­ta­tion du pou­voir média­tique se conçoit comme une expres­sion col­lé­giale (tous les par­ti­ci­pants décident à éga­li­té) de citoyens qui ont des comptes à rendre au corps citoyen en fonc­tion du res­pect de leur charte de fonc­tion­ne­ment interne, charte devant res­pec­ter un cer­tains nombre de cadres éthiques fixés par le pou­voir constituant.

    si chaque organe du pou­voir média­tique, quel qu’en soit le sup­port ou l’é­chelle de dif­fu­sion est conçu comme un ser­vice ren­du à la Cité, il existe tou­te­fois deux formes dis­tincte de ce pou­voir : la forme offi­cielle et la forme civile.

    La forme offi­cielle est l’en­semble des médias finan­cés par la contri­bu­tion citoyenne, et se conçoit comme l’ex­pres­sion la plus neutre et plu­ra­liste pos­sible des infor­ma­tions et des points de vues. C’est le mini­mum vital pour qu’une démo­cra­tie déli­bé­ra­tive fonc­tionne, c’est l’en­semble des outils par­ti­ci­pa­tifs d’in­for­ma­tion et de débat, indis­pen­sables pour des citoyens sou­hai­tant assu­mer leur rôle actif de manière éclai­rée et consciente. Outils d’in­for­ma­tion en les­quels ils peuvent avoir toute confiance, notam­ment parce qu’ils en conçoivent l’é­thique et l’or­ga­ni­sa­tion et qu’ils les contrôlent en der­nier ressort.

    la forme civile est l’en­semble des médias finan­cés par choix indi­vi­duels des citoyens, en amont par la coti­sa­tion ou l’emprunt de citoyens sou­hai­tant consti­tuer un média, en aval par l’acte d’a­chat, de « consom­ma­tion » des citoyens sou­hai­tant com­plé­ter ou appro­fon­dir ce qu’ils ont reçu de la forme offi­cielle. il s’a­git en quelque sorte d’un ser­vice public assu­mé par des ini­tia­tives pri­vées. Mais ceci ne signi­fie pas que ce ser­vice puisse s’exer­cer sans contrôle ni défi­ni­tion a prio­ri de ce qu’il est loi­sible de faire en la matière. à l’heure actuelle déjà, la liber­té d’ex­pres­sion et de la presse sont enca­drées par cer­tains prin­cipes, sans y reve­nir, je pro­pose d’en ajou­ter certains :

    je pro­pose trois choses pour garan­tir l’in­dé­pen­dance et la liber­té de la presse comme la sau­ve­garde de l’es­pace public :

    - la consti­tu­tion doit pré­voir une ins­tance de contrôle indé­pen­dante, le Comi­té d’Éthique des Médias, for­mée par des citoyens tirés au sort et des jour­na­listes élus par leurs pairs,

    - une entre­prise de média ne peut être pos­sé­dée que par ceux qui y tra­vaillent et ceux qui l’u­ti­lisent comme source d’in­for­ma­tion, dans chaque caté­go­rie (jour­na­listes et autres tra­vailleurs ou lec­teurs-audi­teurs-télé­spec­ta­teurs) nul ne peut pos­sé­der plus de parts que 1/N, N étant le nombre de propriétaires.

    - la loi doit pré­voir l’exis­tence d’un ser­vice public de la publi­ci­té afin que cha­cun ait accès à une infor­ma­tion la plus fiable et la plus neutre pos­sible sur les pro­duits mis à dis­po­si­tion par les entre­prises, toute autre ten­ta­tive d’in­fluen­cer les achats est prohibée.

    ces points méritent sans doute com­plé­ment, mais l’i­dée force est que si un citoyen entend consa­crer son temps à la dif­fu­sion média­ti­sée de la parole dans l’es­pace public, et s’il entend rece­voir de ses conci­toyens une rétri­bu­tion maté­rielle pour cette acti­vi­té, alors il doit se confor­mer à une déon­to­lo­gie par­ti­cu­lière et il doit pou­voir exer­cer cette acti­vi­té en dehors de toute contrainte exté­rieure à cette déontologie,

    ce qui passe néces­sai­re­ment par une rétri­bu­tion direc­te­ment liée à la qua­li­té du ser­vice ren­du, qua­li­té qui par conven­tion se mesu­re­ra au nombre de citoyens ayant fait le choix de lire, regar­der, écouter.

    et si je parle de sépa­ra­tion des pou­voirs en la matière, c’est pré­ci­sé­ment parce que le ser­vice ren­du par les médias de forme civile est tri­bu­taire dans la confi­gu­ra­tion actuelle, de la qua­li­té du ser­vice ren­du par des organes de la forme civile ou offi­cielle du « pou­voir éco­no­mique », je m’explique :

    si une entre­prise pro­duit des biens ou ser­vices qui plaisent aux citoyens, alors ceux-ci en achè­te­ront, achat qui donne lieu à une coti­sa­tion pour la dif­fu­sion d’une image posi­tive de ces biens ou services.

    Sans prin­cipe de sépa­ra­tion des pou­voirs, il devient clair que la pos­ses­sion des sup­ports de dif­fu­sion média­tique par les pro­duc­teurs de biens et ser­vices, entrave la libre dif­fu­sion d’une parole publique cri­tique à l’é­gard des ces biens et ser­vices (et cri­tique à l’é­gard de la manière dont ils sont produits).

    Notam­ment parce que le pro­duc­teur, en sou­ti­rant au consom­ma­teur une contri­bu­tion ser­vant la pro­mo­tion de son acti­vi­té, est dans une posi­tion de supé­rio­ri­té par rap­port à un col­lec­tif de jour­na­listes indé­pen­dants qui non seule­ment ne peuvent comp­ter que sur leurs propres avoirs et les contri­bu­tions volon­taires de leurs lec­teurs-spec­ta­teurs, mais aus­si ne peuvent par avance béné­fi­cier d’une force de dif­fu­sion égale en termes de qualité/attractivité du sup­port (desi­gn, tech­no­lo­gie, etc.)

    Sans dilu­tion des pou­voirs, il devient clair que la concen­tra­tion préa­lable du pou­voir éco­no­mique (capi­tal) asso­cié à une concen­tra­tion du pou­voir média­tique abou­tit à une res­tric­tion sévère des pos­sibles en matière d’i­ni­tia­tives pri­vées de pro­duc­tion de biens et ser­vices (la forme civile du pou­voir éco­no­mique). Puisque au-delà de la qua­li­té intrin­sèque des pro­duits, les actes d’a­chats sont sti­mu­lés par la dif­fu­sion d’une parole sur tel ou tel pro­duit, celui qui à l’a­vance pos­sède les moyens de dif­fu­ser la connais­sance et la bonne image de ses pro­duits, a l’a­van­tage sur celui qui ne pos­sède pas de tels moyens de pro­pa­gande, quand bien même ses pro­duits seraient meilleurs.

    Autre­ment dit la liber­té d’en­tre­prendre est res­treinte par la pro­prié­té lucra­tive et par la pos­si­bi­li­té d’exer­cer cette pro­prié­té lucra­tive sur les sup­ports de dif­fu­sion de la parole dans l’es­pace public.

    Ce n’est pas seule­ment du « temps de cer­veau dis­po­nible » que TF1 vend à Coca-Cola, c’est l’as­su­rance de pou­voir se main­te­nir en posi­tion d’être par­mi les rares à avoir les moyens d’a­che­ter ce temps, en plus de l’as­su­rance que ce temps ne puisse jamais être mis à la dis­po­si­tion de ceux qui estiment que ce temps de cer­veau dis­po­nible ne devrait pas pou­voir s’acheter…mais plu­tôt se méri­ter et/ou être dis­tri­bué équi­ta­ble­ment. Pour para­phra­ser Etienne, nous appe­lons publi­ci­té son exact contraire !

    La subor­di­na­tion du pou­voir média­tique au pou­voir éco­no­mique est donc un ferment oli­go­po­lis­tique. C’est une source pre­mière de la ten­dance oli­gar­chique d’ac­cep­ter que la capa­ci­té à convaincre et à dif­fu­ser ses idées soit subor­don­née aux lois de l’ac­cu­mu­la­tion préa­lable de capital.

    Sans l’ap­pli­ca­tion de ce prin­cipe de sépa­ra­tion des pou­voirs, même dilué, le pou­voir média­tique res­te­ra le pou­voir des déten­teurs de capi­taux de rendre le peuple soli­daire de leurs intérêts.

    Ceci est valable même en appli­quant ton idée de tirage au sort, étant enten­du que même en situa­tion d’é­ga­li­té de temps de parole, la capa­ci­té à rendre légi­time et accep­table une parole reste entre les mains de ceux qui pos­sèdent le sup­port de dif­fu­sion de cette parole.

    sans cette néces­saire dis­so­cia­tion, les capi­ta­listes conser­ve­ront les moyens de faire en sorte que l’é­lec­tion ou le tirage au sort abou­tissent à des déci­sions ne contre­ve­nant que très par­tiel­le­ment à leurs inté­rêts fon­da­men­taux, dont le pre­mier est l’ac­cep­ta­tion géné­rale de la pro­prié­té lucra­tive comme mode légi­time d’exer­cice du droit de pro­prié­té, et le second, la sou­mis­sion volon­taire à la force et aux lois du capi­tal préa­la­ble­ment accu­mu­lé comme moda­li­té pré­fé­ren­tielle d’exer­cice de la liberté.

    Ce constat m’a­mène d’ailleurs à consi­dé­rer tout sys­tème de choix et tout mode de prise de déci­sion sous l’angle du contexte social géné­ral dans lequel ils prennent place.

    il est par exemple faux de dire que jamais les riches n’ont gou­ver­né lorsque le tirage au sort fut uti­li­sé à Athènes, au contraire, on peut dire qu’ils ont tou­jours gou­ver­né, preuve en est jus­te­ment, que jamais les lois athé­niennes n’ont per­mis que ne se forme pas une caste de riches, dont la for­tune se repro­dui­sait de géné­ra­tion en géné­ra­tion, et dont les enfants ou les obli­gés étaient les prin­ci­paux pro­duc­teurs de dis­cours et de pen­sées, et donc les véri­tables fai­seurs d’o­pi­nions et de lois. Lois qui au final fai­saient du peuple athé­nien une armée de tra­vailleurs ou de sol­dats au ser­vice de l’en­ri­chis­se­ment supé­rieur d’un petit nombre de familles aris­to­cra­tiques, dont l’hé­gé­mo­nie n’a jamais vrai­ment pu être remise en cause par le tirage au sort, pas plus que le suf­frage uni­ver­sel n’a­vait remis en cause l’hé­gé­mo­nie du patri­ciat romain ou de la bour­geoi­sie en Europe.

    tant que le peuple oppri­mé ne se donne pas les moyens de for­mu­ler ses propres inté­rêts et qu’il s’en remet aux injonc­tions, morales, reli­gieuses, etc., d’une caste ayant voca­tion à conser­ver sa posi­tion domi­nante, son pou­voir ne sera jamais que virtuel.

    De sorte que gagné par les luttes et l’in­sur­rec­tion, l’oc­troi par la classe domi­nante du tirage au sort ou du suf­frage uni­ver­sel, ne sera jamais qu’une vic­toire par­tielle si l’in­sur­rec­tion ne com­mence par l’or­ga­ni­sa­tion de sa propre auto­no­mie poli­tique, morale et spi­ri­tuelle et si elle ne pour­suit pas son che­min jus­qu’à l’a­bo­li­tion de tous les pri­vi­lèges et la construc­tion effec­tive des moyens d’ins­tau­rer une véri­table éga­li­té des chances, à com­men­cer par la dis­tri­bu­tion équi­table des res­sources, des tâches et des rétri­bu­tions sym­bo­liques et matérielles.

    Au final la pro­ba­bi­li­té qu’une assem­blée tirée au sort ou élue soit dés­in­té­res­sée des inté­rêts de la classe domi­nante est fonc­tion du volume de temps de cer­veau dis­po­nible pour la délé­gi­ti­ma­tion consciente de ces intérêts…d’où la ques­tion des médias et des lieux de prise de parole « libres ».

    mais en atten­dant d’être en posi­tion de force sur ce point, quitte à être repré­sen­té, je pré­fère encore avoir le choix des constituants…car en sup­po­sant que X% de la popu­la­tion par­tage mes aspi­ra­tions quant à la concep­tion de l’in­té­rêt géné­ral, et puisque j’ai la cer­ti­tude que nous sommes mino­ri­taires, il serait très ris­qué que ces X% soient pré­sents via le tirage au sort pour la bonne et simple rai­son que l’art de la rhé­to­rique comme l’es­prit cri­tique est fort inéga­le­ment répan­du dans la popu­la­tion et qu’en consé­quence je pré­fère me réser­ver le droit de choi­sir les mieux à même d’al­ler me défendre contre les défen­seurs des riches, dont les idées sont lar­ge­ment répan­dues et légi­ti­mées dans la popu­la­tion et qui eux n’ont rien à craindre de voir leurs propres défen­seurs tirés au sort, puisque, par défi­ni­tion, les membres de la classe domi­nante sont les mieux dotés en capi­tal culturel…

    en tout cas en l’absence de signaux clairs d’une prise de conscience mas­sive (l’in­sur­rec­tion), qu’est-ce qui garan­tit que la masse des gens pauvres qui votent pour les défen­seurs des riches se feraient subi­te­ment, une fois tirés au sort, d’ef­fi­caces défen­seurs des inté­rêts de tous ?
    Tout cela me laisse bien perplexe 😉

    Réponse
  11. Di Girolamo

    Cela me suf­fi­rait lar­ge­ment d’ha­bi­ter une démo­cra­tie où les pro­blèmes du pays seraient débattus.

    Cela peut paraître sim­pliste et bien insuf­fi­sant , pour­tant ça ne l’est pas : d’une part parce que la démo­cra­tie n’est rien d’autre qu’un pays où l’on peut débattre et que d’autre part ce n’est pas le cas chez nous.

    En effet en lieu et place d’é­tudes et débats visibles et acces­sibles à tous , ce qui est tout à fait le rôle du par­le­ment relayé par les médias , nous sommes dans une démo­cra­tie élec­tive où c’est en choi­sis­sant un pré­sident , une équipe ‚un pro­gramme que nous exer­çons notre citoyenneté.

    L’é­lec­tion pré­si­den­tielle rem­place et donc annule le débat public .

    Il faut bien com­prendre cela parce que c’est le ver­rou essen­tiel , la cause des causes .

    Ce n’est pas en tirant au sort ou en rédi­geant une consti­tu­tion qu’on chan­ge­ra les choses mais en débat­tant ; preuve en est le tirage ou sort , son uti­li­sa­tion , la consti­tu­tion , sa rédac­tion ne peuvent se mettre en oeuvre sans débat .

    Comme je l’ai si sou­vent dit le débat est fon­da­teur de la démocratie .

    Si notre par­le­ment relayé par les médias , aidé dans ses réflexions par les par­tis poli­tiques, lance sur les thèmes socié­taux des études et débats , tout change ; avons nous débat­tu de l’eu­rope , de la mon­naie unique , de la dette , de la place des nations dans la mon­dia­li­sa­tion, de l’éner­gie du cli­mat et de la transition??ETC ETC Non , nous éli­sons quel­q’un pour cinq ans , le pack pré­si­den­tiel rem­pla­çant le débat .

    Pour­tant les par­le­men­taires ou les séna­teurs ne sont pas idiots et savent mener des études : 
    http://​www​.public​se​nat​.fr/​v​o​d​/​s​e​a​n​c​e​/​a​u​d​i​t​i​o​n​-​d​e​-​s​o​p​h​i​a​-​m​a​j​n​o​n​i​-​d​-​i​n​t​i​g​n​a​n​o​-​s​u​r​-​l​e​-​c​o​u​t​-​r​e​e​l​-​d​e​-​l​-​e​l​e​c​t​r​i​c​i​t​e​/​1​1​6​867

    Notre consti­tu­tion ‚qui je le rap­pelle n’est pas appli­quée défi­nit ain­si notre régime poli­tique  » La sou­ve­rai­ne­té natio­nale appar­tient au peuple qui l’exerce par ses repré­sen­tants et par la voie du référendum. »

    Dans la mesure où l’exer­cice de la citoyen­ne­té n’est rien d’autre que pou­voir par­ti­ci­per au débat consti­tu­tif des poli­tiques publiques , cet exer­cice est donc confié à nos par­le­men­taires ; et quand les sujets sont ardus ou struc­tu­rant du pays , un réfé­ren­dum est organisé.

    Réponse
  12. Guillaume

    @ sitouaillain (10)

    L’in­com­pé­tence démo­cra­tique : la crise de la parole aux sources du malaise poli­tique. De Phi­lippe Breton.
    Un des livres conseillés par Étienne d’ailleurs.

    C’est une source incroyable de réflexion sur la parole démo­cra­tique. Il est l’auteur de plu­sieurs livres qui détaillent mieux les aspect de formes vio­lentes de paroles comme la séduc­tion (la plus uti­li­sées par­tout aujourd’­hui, ou le consensus.)

    La démo­cra­tie n’est pas un sys­tème natu­rel, en ce sens, elle appelle à des pro­ces­sus de com­mu­ni­ca­tion non natu­rels éga­le­ment. Le dis­cours séduc­teur ou hié­rar­chi­sé s’ap­prend natu­rel­le­ment, pas la rhé­to­rique ancienne (je creuse ce sujet en ce moment)

    Je pense que la rhé­to­rique ancienne peut nous aider éga­le­ment à fixer les moda­li­tés d’une infor­ma­tion média­tique et objective.

    Le débat démo­cra­tique se tient sous la forme de la dis­pu­ta­tio rhé­to­rique inven­tée par les grec anciens.
    Il s’a­git de s’a­dres­ser sous forme de dis­cours à un public.
    Les points impor­tants sont : l’é­ga­li­té du temps de parole et un temps de parole vou­lu court, afin de ne pas lais­ser place aux figures de style et aux ten­ta­tives de séduction.

    Un débat est consti­tué de deux posi­tions à défendre, elles sont défen­dues par des gens qui sont tirés au sort, ce qui veut dire que l’on peut être ame­né à défendre une opi­nion qui n’est pas la sienne. (je trouve cela plus que pas­sion­nant comme concept)
    Les tours de paroles sont aléa­toires et les per­sonnes qui prennent la parole sont elle aus­si tirées au sort, de manière à éli­mi­ner les lea­ders naturels.

    J’i­ma­gine que l’on peut appli­quer ce concept aux débats publics via les médias de masse comme la télé­vi­sion. Voire même au fonc­tion­ne­ment des médias en général.

    Je suis en train de creu­ser ce sujet, je pense que l’on peut trou­ver d’autres arti­fices per­met­tant de sor­tir le pou­voir de la parole des griffes de ceux qui peuvent en abuser.
    Le but étant d’ar­ri­ver à un maxi­mum d’é­ga­li­té de la parole en terme de poids de parole et de chances de convaincre.

    La démo­cra­tie est fon­dée sur la valeur essen­tielle d’é­ga­li­té avant même toute liber­té. Ni obéir, ni com­man­der comme ils le disaient à l’époque.

    Réponse
  13. sitouaillain

    mer­ci Guillaume,

    tout ceci est très inté­res­sant, j’ai trou­vé un résu­mé du livre de Phi­lippe Breton : 
    http://​com​mu​ni​ca​tion​.revues​.org/​i​n​d​e​x​1​2​2​0​.​h​tml.

    en même temps tout cela pose plein de ques­tions et des points à prendre en compte, par exemple :
    ça prend beau­coup plus de temps de décons­truire une idée reçue que de par­ler à par­tir d’i­dées reçues.

    Et, du fait de la nature his­to­ri­que­ment inéga­li­taire de nos sociétés,

    1) sans les réduire à cela, bien des idées reçues sont les résul­tats d’actes de domi­na­tion ver­bale antérieurs,

    2) les plus sujets à l’u­ti­li­sa­tion lan­ga­gière des idées reçues ne sont pas néces­sai­re­ment ceux qui ont inté­rêt direct à leur pro­pa­ga­tion et leur perduration,

    3) la capa­ci­té à décons­truire une idée reçue est inéga­le­ment répartie.

    En fait, bien des pro­blèmes se posent à nous de la manière sui­vante : puisque nous avons été construits par et pour une socié­té inéga­li­taire, les condi­tions de pos­si­bi­li­té de la démo­cra­tie ne seront jamais réunies au moment où l’on ins­ti­tue­ra la démocratie.

    Il faut donc dis­tin­guer, les réflexions sur les ins­ti­tu­tions idéales pour une socié­té éga­li­taire, et les réflexions sur les moyens d’at­teindre cet idéal, depuis un pré­sent inéga­li­taire.

    D’où une ques­tion en appa­rence ano­dine : quelle est la pro­ba­bi­li­té que les citoyens issus de milieux sociaux pri­vi­lé­giés soient sur­re­pré­sen­tés dans l’as­sis­tance au débat que tu décris ?

    Posons-la autre­ment : la pro­pen­sion à fuir comme la peste une situa­tion où l’on est ame­né à prendre la parole en public et même à y défendre un point de vue (le sien ou pas) face à un contra­dic­teur est-elle éga­le­ment répar­tie dans la population ?

    Enfin, der­nière série de ques­tions : la séduc­tion est-elle néces­sai­re­ment une forme vio­lente de parole ? Si oui, alors un roman­cier, un chan­son­nier, un humo­riste que devien­dra-t-il s’il ne peut pas­ser ses mes­sages dans l’es­pace public sous des formes séduc­trices ? et si fina­le­ment, les arti­fices régle­men­taires pour empê­cher la séduc­tion ne mas­quaient pas le pro­blème de fond, qui n’est pas que nous nous lais­sions séduire par des dis­cours séduc­teurs, mais bien que nous lais­sions séduire par des dis­cours séduc­teurs qui ne devraient pas nous séduire. La déma­go­gie n’est un dan­ger qu’en cas de dis­tri­bu­tion oli­go­po­lis­tique du savoir, de l’es­prit cri­tique comme des capa­ci­tés et des moyens de séduc­tion, non ? Si, au bout de 200 ans, il res­tait à Athènes une « foule » (igno­rante) à « séduire », c’est bien que, quelque part, ils avaient raté le coche ?

    En tout cas je mets ma main au feu que celui qui aurait four­ni aux Athé­niens les moyens de régler le pro­blème se serait vus trai­ter de déma­gogue et empê­cher défi­ni­ti­ve­ment de par­ler… L’exemple de Socrate a dû en refroi­dir plus d’un ! 😉

    Réponse
  14. Guillaume

    Si ça amène des ques­tions c’est que ça valait bien la peine de le soulever 🙂

    En réa­li­té, le réflexe indi­vi­dua­liste est une pro­tec­tion contre la dif­fi­cul­té anti­ci­pée de la prise de parole. Ce qui dénote une incom­pé­tence de la part des per­sonne dans la prise de parole. Or l’in­com­pé­tence ça se soigne, par l’apprentissage.

    Oui, la socié­té d’au­jourd’­hui souffre du manque d’ap­pren­tis­sage de la prise de parole en public et oui, il n’y a pas d’ap­pren­tis­sage non plus de la parole éga­li­taire. La com­mu­ni­ca­tion aujourd’­hui est hié­rar­chi­sée par les lea­ders natu­rels qui savent séduire et assoir leur auto­ri­té par la parole. Il n’y a pas de débat égalitaire.

    La démo­cra­tie va de pair avec les pra­tiques démo­cra­tiques, et on ne l’ins­tau­re­ra pas sans for­mer les gens à la pra­tique démo­cra­tique. Puis­qu’au­cune ins­ti­tu­tion ne le fera pour nous, il s’a­git de nous for­mer nous même, entre nous, au débat démocratique.

    Il ne s’a­git pas de trans­for­mer toutes les paroles en paroles démo­cra­tiques. La vie pri­vée fait appel à la séduc­tion. La séduc­tion dans l’es­pace pri­vé est accep­tée, néces­saire et non vio­lente. Elle l’est par contre dans le cadre du débat public.

    Il s’a­git là ne ne pas tout mélan­ger. Il faut savoir déli­mi­ter les espaces, pri­vé, public, la com­mu­ni­ca­tion poli­tique (rhé­to­rique) et la poétique.

    Ce qu’il faut incul­quer à grand coup de pied au cul dans la tête des gens, c’est qu’une socié­té bien ordon­née n’est pas fon­dée sur la liber­té, mais sur l’é­ga­li­té. En cela, il faut bri­ser le rêve amé­ri­cain qui nous inonde tous les jours de tous les côtés.
    Les noirs n’ont pas gagné leur liber­té après l’es­cla­vage, ils l’ont gagné lors­qu’ils ont eu l’égalité.

    L’é­ga­li­té per­met la liber­té de tous tan­dis que la liber­té n’im­plique pas l’é­ga­li­té de cha­cun. C’est une concep­tion des choses qu’il faut mar­te­ler pour for­mer de vrais démocrates.

    Aujourd’­hui, on passe plus de temps à se battre les un contre les autres pour conser­ver un petit bout de liber­té et on tombe sur des désac­cord idiots pour ces rai­sons là.
    Une fois que l’on a com­pris la cen­tra­li­té de l’é­ga­li­té, on s’a­per­çoit que le monde pour­rait être infi­ni­ment plus beau et que beau­coup de désac­cords tombent.

    Pre­nez tout de même le temps de livre ce livre (il se dévore, il est d’une légè­re­té incroyable) il per­met­tra sans doute de répondre à cer­taines de vos ques­tions. (de plus j’en suis encore au stade de la décou­verte de l’o­pi­nion que je vous expose, ça me fait pro­gres­ser mais j’ai encore du bou­lot avant de la maitriser 🙂 )

    Réponse
  15. Di Girolamo
  16. sitouaillain

    « Ce qu’il faut incul­quer à grand coup de pied au cul dans la tête des gens, c’est qu’une socié­té bien ordon­née n’est pas fon­dée sur la liber­té, mais sur l’égalité. »

    Je ne suis pas par­ti­san de la tech­nique du coup de pied au cul, d’ailleurs, qui suis-je pour m’ar­ro­ger ce droit ? un CRS ?

    « Il faut savoir déli­mi­ter les espaces, pri­vé, public, la com­mu­ni­ca­tion poli­tique (rhé­to­rique) et la poétique. »

    C’est la condi­tion de la « liber­té des Modernes » selon B.Constant, une dis­tinc­tion libé­rale qui n’a de ver­tu que pour consi­dé­rer les limites du champ d’ap­pli­ca­tion de la Loi.
    Mais c’est aus­si une dis­tinc­tion per­ni­cieuse dans le sens où elle confère à la poli­tique un carac­tère exté­rieur au quo­ti­dien, comme si le domaine du choix et des débats était relé­gué dans un espace étri­qué, « auto­ri­sé »…il est pour­tant des pays où la poli­tique se dis­cute à la mai­son, la musique à fond pour ne pas aler­ter les voi­sins, et où la chan­son est le seul dis­cours poli­tique autorisé.
    C’est d’ailleurs, nous montre Haber­mas, dans les salons mon­dains et les clubs que se for­gea la démo­cra­tie bour­geoise, bien­tôt enfer­mée dans le parlement.

    Je ne crois pas que l’é­ga­li­té aille sans la liber­té, ces notions s’en­che­vêtrent ou bien sont creuses,
    et si lors­qu’on a voix au cha­pitre, entre égaux, il est aisé d’af­fir­mer que la liber­té est l’obéissance à la Loi, en revanche lors­qu’on n’a pas cette chance, pour ceux qui sont moins égaux que d’autres, la liber­té suprême s’ap­pelle déso­béis­sance et droit de résis­tance à l’op­pres­sion, et c’est à ce moment-là qu’on voit toute la por­tée du débat démo­cra­tique, au Qué­bec, en France ou ailleurs, les argu­ments en AG, dans le « mou­ve­ment », les par­tis, les syn­di­cats, ne suf­fisent plus…face aux matraques.
    le « dia­logue social » avec Mon­san­to, ça se passe avec une faux !
    Et le meilleur moyen de « dia­lo­guer » avec Madame Pari­sot n’Co a sans doute une forte dimen­sion non verbale..une bonne charge sociale dans sa g…ça c’est du sport, et le match est tru­qué car l’ar­bitre est ache­té et sans doute une bonne par­tie de notre staff d’entraîneurs…entraînons-nous donc à bien tricher.

    Sinon jamais les verbes gou­ver­ner, mana­ger, employer, ne devien­dront des verbes réflexifs conju­gués à la pre­mière per­sonne du plu­riel, après « indi­gnez-vous », « enga­gez-vous », gou­ver­nons-nous, mana­geons-nous, employons-nous !

    « La com­mu­ni­ca­tion aujourd’­hui est hié­rar­chi­sée par les lea­ders natu­rels qui savent séduire et assoir leur auto­ri­té par la parole »

    Par défi­ni­tion, le lea­der « natu­rel » ne tire sa force que de sa capa­ci­té à déli­vrer une parole et à accom­plir des actes entrant en réso­nance avec les attentes et les repré­sen­ta­tions du groupe dont il est le leader.

    Par défi­ni­tion le lea­der « natu­rel » est un chef sans pou­voir, il n’est le lea­der que tant qu’il réa­lise effi­ca­ce­ment cette fonc­tion qui consiste à main­te­nir le groupe sou­dé et capable d’a­gir. Il ne force per­sonne, il entraîne et mobi­lise, il sus­cite l’adhé­sion, il régule les ten­sions, et ne le fait jamais seul, s’il pro­pose, le groupe dis­pose. jus­te­ment, si le lea­der « natu­rel », celui que ses cama­rades poussent en avant, qui est res­pec­té et écou­té, existe, et que cela est « natu­rel », alors quoi qu’on fasse, quels que soient les arti­fices, son influence s’exer­ce­ra tou­jours sur le groupe, dans ou en dehors d’une assemblée.

    Le pro­blème prin­ci­pal en la matière n’est pas que la com­mu­ni­ca­tion soit hié­rar­chi­sée par des lea­ders natu­rels, mais bien que cer­tains lea­ders soient pri­vi­lé­giés au détri­ment d’autres via l’or­ga­ni­sa­tion plou­to­cra­tique de l’es­pace public. et le pire est que si par défi­ni­tion le lea­der­ship est pré­caire et ne tient que par la rétro­ac­tion per­ma­nente entre le lea­der et le groupe, la qua­si absence de rétro­ac­tion pré­vue par nos ins­ti­tu­tions fait que la plu­part des « lea­ders » en situa­tion d’o­li­go­pole com­mu­ni­ca­tion­nel, et qui occultent l’é­mer­gence d’autres lea­ders, sont en fait tous sauf des « lea­ders natu­rels », ce sont des stars de la télé­réa­li­té, c’est-à-dire des acteurs d’une mise en scène à dis­tance. Or le lea­der « natu­rel » est un lea­der de proxi­mi­té, il émerge, il est fait par le groupe et il met en jeu son lea­der­ship à chaque prise de parole, son dis­cours et son action n’en­traînent et ne pro­duisent des effets que s’ils s’a­justent per­ma­nence aux réac­tions d’ap­pro­ba­tion ou de désac­cord dans le groupe.

    À l’é­chelle d’un vaste espace public, où le ratio temps de parole/nombre de per­sonnes vou­lant la prendre néces­site un choix de dis­tri­bu­tion de la parole, ce qui pose pro­blème du point de vue de la démo­cra­tie, ce n’est pas l’é­mer­gence de lea­ders, mais bien la pré­émi­nence de cer­tains groupes dans le choix des lea­ders « légitimes ».

    Dans les faits, pour ceux qui émergent sur la scène média­tique, le « lea­der » est rare­ment coop­té par l’en­semble du groupe, il l’est par des méca­nismes suc­ces­sifs et par­fois contra­dic­toires de coop­ta­tion oli­gar­chique : d’a­bord au sein du groupe domi­nant de son champ social et pour finir par les domi­nants du champ journalistique.

    De sorte que soit le lea­der n’est le lea­der ou l’homme de main que d’un nombre très res­treint de per­sonnes qui en géné­ral par­tagent les mêmes repré­sen­ta­tions et fonc­tionnent en réseau infor­mel, et il joue son rôle média­tique de lea­der d’un groupe plus vaste que les dis­cours jour­na­lis­tiques lui assignent, et c’est un rôle de lea­der qu’il usurpe d’au­tant plus faci­le­ment, que l’ex­pres­sion rétro­ac­tive du groupe assi­gné est tou­jours occul­tée au pro­fit des rétro­ac­tion du groupe « assi­gna­teur » (« vous ne pou­vez pas dire cela », « enfin, ça n’est pas sérieux ») ou au pro­fit d’une mise en scène de rétro­ac­tion fac­tice via des son­dages ou des micro-trottoirs,

    Soit celui ou celle qui émerge est un véri­table lea­der « natu­rel » dont le groupe a su se mobi­li­ser pour deve­nir un acteur incon­tour­nable sur la scène média­tique (en met­tant des tentes au bord d’un canal ou en séques­trant un patron ou en réunis­sant des mil­liers de per­sonnes, par exemple) et, en fonc­tion de la com­pa­ti­bi­li­té de son dis­cours avec les attentes de l’o­li­gar­chie poli­tique, jour­na­lis­tiques et finan­cière, subis­sant les ques­tions inqui­si­to­riales, il sera encen­sé ou conspué, récu­pé­ré ou décré­di­bi­li­sé, bref une ver­sion soft et effi­cace d’un pro­cès sta­li­nien, où la condam­na­tion au silence, à la raille­rie est une alter­na­tive sédui­sante au gou­lag, et dont la mise en scène vient oppor­tu­né­ment don­ner une digni­té et un ver­nis démo­cra­tique à la fonc­tion sociale du pilo­ri ou du mur des fédérés.

    Voi­là pour­quoi je ne par­tage pas la ter­reur bour­geoise à l’é­gard des lea­ders natu­rels du peuple et que je me méfie pro­fon­dé­ment des lea­ders que l’o­li­gar­chie vou­drait lui assigner.

    Les lea­ders émergent quand la situa­tion l’exige, pas un mou­ve­ment social, pas une révolte n’a vu le jour sans lea­ders, ils sont d’ailleurs sou­vent mul­tiples et agissent sur des registres dif­fé­rents, mais la lutte les rend néces­saires, et le camp d’en face sait si bien cela qu’il cherche sans cesse à les fabri­quer lui-même, à nous offrir des sub­sti­tuts, à nous détour­ner des véri­tables pro­blèmes et ce, avec une grande maî­trise de tech­niques bien plus sub­tiles et effi­caces que les « grands coup de pieds au cul »,
    tech­niques aux fon­de­ments scien­ti­fiques consul­tables gra­tui­te­ment aux rayons socio­lo­gie, psy­cho­lo­gie, science de la cog­ni­tion, sémio­lo­gie, etc., ou dans leurs tra­duc­tions opé­ra­tion­nelles aux rayons mana­ge­ment, mar­ke­ting et com­mu­ni­ca­tion de nos biblio­thèques municipales.

    C’est tra­gique mais si toi, Guillaume, tu en es à redé­cou­vrir la rhé­to­rique antique, l’  »enne­mi » lui, en est au neu­ro­mar­ke­ting et sa prin­ci­pale cible ce sont jus­te­ment les lea­ders de proxi­mi­té, les nœuds de réseaux sociaux.

    Donc pour ma part, je me suis fait une rai­son : je ne crois pas qu’on puisse faire ces­ser les phé­no­mènes de lea­der­ship ; bien évi­dem­ment, je suis pour que nous nous exer­cions à n’en jamais être dupes, et à atté­nuer les atti­tudes de sui­visme, mais dans ce long che­min, je pré­fère sou­te­nir ceux dont la jouis­sance à gui­der s’exerce pour la sub­ver­sion et la révolte plu­tôt que ceux chez qui elle s’exerce par l’in­ci­ta­tion au confor­misme de la dis­tinc­tion de soi par les objets et la répé­ti­tion des injonc­tions des domi­nants.… Le pro­blème n’é­tant pas la séduc­tion, mais bien l’é­thique de celui dont le dis­cours vise à séduire… Si nous tra­vaillons bien, il est bien des dis­cours qui ne sédui­ront plus grand monde ! 🙂 !

    Réponse
  17. Morpheus

    @ Guillaume

    Tout dépend de ce que nous met­tons dans le mot « consen­sus ».

    J’ai sou­vent consta­té que, par « consen­sus », beau­coup enten­daient « com­pro­mis ». Et en ce sens, ayant en Bel­gique l’ex­pé­rience du « com­pro­mis » poli­tique (le fameux « com­pro­mis à la belge »), je serais moi-même enclin à le reje­ter sans discussion.

    Tou­te­fois, j’ai le sen­ti­ment que ta réac­tion est d’a­van­tage une réac­tion de principe.

    Stric­to sen­su, le terme « consen­sus » signi­fie « qui fait sens avec (les autres) » et défi­nit plus pré­ci­sé­ment un sen­ti­ment com­mun entre des per­sonnes (de sen­sus, sen­tir).

    Dans ce sens, la recherche du consen­sus paraît légi­time dans un cadre de déci­sion démo­cra­tique, et c’est bien enten­du en ce sens que j’en­ten­dais l’é­vo­ca­tion de l’ou­til que repré­sente la méthode Delphi.

    Main­te­nant, il serait inté­res­sant de voir les rai­sons qui expliquent que tu écrives « le consen­sus est une forme de mani­pu­la­tion et une forme vio­lente de la parole ».

    Cor­dia­le­ment,
    Morpheus

    Réponse
  18. sitouaillain

    @ Mor­phéus,

    voi­ci une autre méthode qui ne vise pas le consen­sus abso­lu mais plu­tôt la for­ma­tion par consen­sus (et com­pro­mis) entre per­sonnes aux idées proches de plu­sieurs pro­jets cohé­rents : la construc­tion d’une déci­sion par émer­gence http://​libe​ra​lisme​-demo​cra​ties​-debat​-public​.com/​s​p​i​p​.​p​h​p​?​a​r​t​i​c​l​e31

    (au pas­sage tout le site mérite explo­ra­tion, y sévit Jean-léon Beau­vois, co-auteur du « petit trai­té de mani­pu­la­tion à l’u­sage des hon­nêtes gens » et inven­teur du concept de « pro­pa­gande glauque », « Par­ti Unique Libé­ral », etc. http://​libe​ra​lisme​-demo​cra​ties​-debat​-public​.com/​s​p​i​p​.​p​h​p​?​a​r​t​i​c​l​e​121)

    Réponse
  19. Morpheus

    Tiens, au fait, on vient de pas­ser la date du 29 mai.

    Le 29 mai 2005, 54,87% des Fran­çais ont reje­té le TCE lors du référendum.

    7 ans, c’est un anni­ver­saire, dont peu se sou­viennent, excep­té le MPEP.

    http://www.m‑pep.org/spip.php?article2607

    Réponse
  20. Cranberry

    Pour­quoi ne pas choi­sir des repré­sen­tants spé­cia­listes dans les domaines de l’a­gri­cul­ture pour ceux devant repré­sen­ter les agri­cul­teurs, et capables de pré­sen­ter des plans en accord, et des spé­cia­listes en méde­cine pour la san­té and so on ?…

    Non pas une per­sonne mais un groupe de per­sonnes, cha­cune avec son domaine de spé­cia­li­sa­tion et dont l’in­té­rêt et la tâche soit que ça marche. 

    Le tronc com­mun dans l’é­du­ca­tion devrait aus­si être appren­tis­sage de toute les familles poli­tiques, à savoir les théo­ries poli­tiques à leurs ori­gines, avec leurs avan­tages et défauts. 

    Le tirage au sort n’est pas plus mal, puisque l’al­pha­bet a été conçu par un anal­pha­bète, les minus­cules, et l’é­du­ca­tion du peuple conçue par un homme roi qui n’a­vait jamais été instruit.

    Réponse

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