« L’ULTRALIBÉRALISME VOILA L’ENNEMI ! », Lettre ouverte de l’AIRAMA aux Candidats à la Présidence

14/04/2012 | 7 commentaires

Lettre ouverte aux Can­di­dats à la Pré­si­dence de la Répu­blique
par l’AI­RA­MA (Alliance Inter­na­tio­nale pour la Recon­nais­sance des Apports de Mau­rice ALLAIS en Phy­sique et en Économie)

NON AU « LAISSEZ-FAIRISME » SUICIDAIRE !
NON À L’ÉTAT DESTRUCTEUR DES EMPLOIS ET DE LA CROISSANCE !
OUI À LA RELANCE DE LA « PROTECTION COMPÉTITIVE » DES 30 GLORIEUSES !

http://combats-maurice-allais.info/documents/2012–04-12_AIRAMA_L.ultraliberalisme-voila‑l.ennemi_Lettre-Ouverte-a-TOUS-les-Candidats-a-la-Presidence-de-la-Republique.pdf

Sur les aver­tis­se­ments de Mau­rice, depuis bien long­temps, je rap­pelle ceci :

https://​old​.chouard​.org/​E​u​r​o​p​e​/​m​e​s​s​a​g​e​s​_​r​e​c​u​s​/​L​a​_​c​r​i​s​e​_​m​o​n​d​i​a​l​e​_​d​_​a​u​j​o​u​r​d​_​h​u​i​_​M​a​u​r​i​c​e​_​A​l​l​a​i​s​_​1​9​9​8​.​pdf

Et à pro­pos de pro­tec­tion­nisme (évident et urgent) et de libre-échange (tou­jours catas­tro­phique pour les peuples et ne ser­vant que les car­tels),
je renou­velle ici mon conseil de lec­ture enthou­siaste pour un nou­veau livre PASSIONNANT et IMPORTANT :

« Com­ment les pays riches sont deve­nus riches
et pour­quoi les pays pauvres res­tent pauvres »

d’É­ric Rei­nert : http://​www​.ama​zon​.fr/​C​o​m​m​e​n​t​-​d​e​v​e​n​u​s​-​p​o​u​r​q​u​o​i​-​p​a​u​v​r​e​s​-​r​e​s​t​e​n​t​/​d​p​/​2​2​6​8​0​7​2​908
tra­duit et armé d’une sti­mu­lante et cap­ti­vante pré­face par l’ex­cellent Claude Rochet : http://​www​.face​book​.com/​c​l​a​u​d​e​.​r​o​c​h​et2

Ce livre est FORMIDABLE !

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Étienne

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7 Commentaires

  1. Di Girolamo

    « Mani­feste pour un débat sur. »

    Je vous laisse com­plé­ter les sujets méri­tant débat ; en géné­ral des thèmes struc­tu­rant , fon­da­teur de la socié­té et enga­geant son ave­nir. Bref des thèmes néces­si­tant dans une démo­cra­tie , appro­fon­dis­se­ment , tra­vail d’in­tel­li­gence col­lec­tive , débat , déli­bé­ra­tion , décision.

    Trou­vez vous dans ces élec­tions une quel­conque orga­ni­sa­tion ou même volon­té du débat ?

    Ne pen­sez vous pas comme moi , qu’il faut donc mettre en place un Ser­vice Natio­nal de l’Étude et du Débat public concer­nant les grands sujets ?

    Pour­quoi cette cause des causes en amont de toutes les autres (peut-on être pour le tirage au sort sans, en amont, expli­quer et débattre à ce sujet ?) n’est-elle pas mise en avant comme prin­cipe même de la démo­cra­tie de l’u­ni­té nationale ?

    Réponse
  2. sitouaillain

    « Pour­quoi cette cause des causes en amont de toutes les autres ( peut on être pour le tirage au sort sans en amont expli­quer et débattre à ce sujet ?) n’est elle pas mise en avant comme prin­cipe même de la démo­cra­tie de de l’u­ni­té nationale ? »

    Encore une fois, c’est dans le pro­gramme du FdG et le can­di­dat en a par­lé à Mar­seille, et encore une fois, c’est la théo­rie de l’Es­pace Public, d’Ha­ber­mas, pilier de la démocratie,
    et Mélen­chon a à juste titre rap­pe­lé qu’a­vant ça, il y a l’école,

    qu’on l’ap­pelle « média », « recherche » ou autre, ce que tu demandes ne peut exis­ter que sous le régime de la sépa­ra­tion des pouvoirs,
    c’est-à-dire indé­pen­dant du pou­voir éco­no­mique et indé­pen­dant du pou­voir poli­tique, sous contrôle citoyen,

    avec des garan­ties constitutionnelles.

    la lutte contre le néo­li­bé­ra­lisme sup­pose que nous ouvrions une brèche,
    ce sys­tème est pour­ri, je crois que là-des­sus le débat est clos,

    il est donc indis­pen­sable de s’u­nir dans les urnes et dans les mobi­li­sa­tions futures pour poser enta­mer la bifurcation,

    je ne vois aucune autre option,

    la force lucide et consciente qu’est le FdG est consti­tuée de citoyens pour la plu­part conscients et qui par­tagent tes idées, ils ne sont pas d’ac­cord entre eux sur tout, ils ont des idées à eux, mais ils par­tagent la convic­tion qu’il n’est pas pos­sible de s’af­fran­chir de ce sys­tème sans s’u­nir, et que l’op­tion élec­to­rale est une méthode paci­fique pour rendre le pou­voir au peuple et créer les condi­tions de son exer­cice, pas à pas mais que c’est par­fai­te­ment illu­soire de croire qu’on va lais­ser un gou­ver­ne­ment et un peuple chan­ger de direc­tion sans attaques.

    pour les gens condi­tion­nés au néo­li­bé­ra­lisme et abru­tis de pro­pa­gandes quo­ti­diennes, Mon­sieur Mélen­chon est un extrémiste,
    pour moi c’est un homme mesu­ré et modé­ré et j’ai un cer­tain nombre de diver­gences de fonds avec ses idées politiques,

    pour­tant, dans la mesure où le reste du spectre poli­tique capable de mobi­li­ser suf­fi­sam­ment d’é­lec­teurs pour gagner l’é­lec­tion est fon­ciè­re­ment enga­gé dans la per­pé­tua­tion du sys­tème, je n’ai pas d’autre choix que d’a­jou­ter ma voix à la masse de ceux qui dans ce pays ont com­pris de quels cadres nou­veaux nous avons tous besoin pour prendre en main notre destin.

    je ne me fais aucune illu­sion, sim­ple­ment, je sais, que l’hé­gé­mo­nie cultu­relle du néo­li­bé­ra­lisme est d’une telle puis­sance que cette bataille cultu­relle pour un décon­di­tion­ne­ment des esprits est loin d’être gagnée, d’au­tant qu’une masse impor­tante de gens s’ac­croche à des idées rétro­grades et hai­neuses et s’at­taquent aux per­sonnes avant de s’at­ta­quer aux logiques, et s’at­taquent aux symp­tômes (par ex, la délinquance)avant d’en com­prendre les causes,

    ces fer­ments de guerre civile lar­vée vont s’exa­cer­ber avec l’a­van­cée de la crise, et la haine contre Mélen­chon n’est qu’un signal bien évident de la mani­pu­la­tion pos­sible des fas­cistes pour être les sau­veurs du capitalisme,

    les élites en place ont besoin des brutes et des ignares pour per­du­rer, il n’y a pas de rai­son que cela change !

    il n’y a qu’à regar­der l’hys­té­rie de Chris­tine Bou­tin au moment du débat sur le PACS pour com­prendre que les chan­ge­ments ne vont pas se faire dans la concorde, tout le monde n’est pas capable de raisonner !

    jamais la répu­blique n’a réus­si à satis­faire tout le monde, les nos­tal­giques du pou­voir de la noblesse et du cler­gé tout puis­sant, ont long­temps sapé ses avancées,
    de même, de par les choix qui s’im­posent à nous aujourd’­hui, il est incon­sé­quent de croire à une illu­soire una­ni­mi­té et encore moins à une pos­si­bi­li­té paci­fiée de s’ac­cor­der avec ces gens-là,
    tout ce que nous pou­vons sou­hai­ter, c’est que leurs enfants seront moins cons, et sau­rons retra­duire en argu­ments l’é­tin­celle de sagesse qu’il y a peut-être au milieu de leur folie noire..et on peut avoir de l’es­poir, la preuve, marine le pen est déjà moins tarée que son père…reste à ral­lu­mer la lumière pour ses électeurs…qui n’aiment pas les « gau­chistes », les « éco­los », les « musul­mans », bref ils n’aiment per­sonne à part ceux qu’ils connaissent et ceux qui à la télé répètent les bêtises aux­quelles ils croient…leurs ancêtres mas­sa­craient des pro­tes­tants, des com­mu­nistes, etc., bref, s’ils sont quelque chose, c’est, pour trou­ver une méta­phore biblique, ils sont le peuple de Jéru­sa­lem pré­fé­rant la cru­ci­fixion de jésus à celle d’un voleur…

    bref, quoi qu’il advienne, on va en baver, autant en baver pour des idées huma­nistes et des conquêtes poli­tiques et sociales concrètes…

    Réponse
  3. Morpheus

    Concer­nant la « cause des causes », si l’on parle du pro­blème spé­ci­fique de notre impuis­sance poli­tique (en tant que peuple et citoyens), je rejoins évi­dem­ment l’a­na­lyse d’Étienne.

    La cause des causes de l’im­puis­sance poli­tique des peuples réside dans le pro­ces­sus consti­tuant et peut s’é­non­cer comme tel « Ce n’est pas aux hommes de pou­voir d’é­crire les règles du pouvoir ».

    En revanche, en admet­tant même l’a­vè­ne­ment d’une véri­table démo­cra­tie, sui­vant une pro­cé­dure consti­tuante dés­in­té­res­sée et la reprise de pou­voir par les peuples, nous ne serions pas sau­vé des innom­brables pro­blèmes que nous ren­con­trons dans nos socié­tés. Car la cause des causes de ces innom­brables pro­blèmes (chô­mage, pau­vre­té, vio­lence, cri­mi­na­li­té, stress, sui­cides, mala­dies, pol­lu­tions, empoi­son­ne­ments, guerres, j’en passe et des meilleurs …) se trouve pour l’es­sen­tiel dans l’é­co­no­mie fon­dée sur la monnaie.

    Tant que nous nous bor­nons, au mieux, à réfor­mer, à « mora­li­ser » l’é­co­no­mie moné­ta­riste (ce qui est impos­sible), nous sommes fichu, condam­nés au mythe de Sisyphe et au sup­plice de Tan­tale. L’é­co­no­mie moné­ta­riste, par essence, est LA corruption.

    Je l’ai déjà évo­qué dans ce blog, et je n’ai pas encore obte­nu d’ar­gu­ment solide qui me fasse chan­ger d’a­vis : tout sys­tème éco­no­mique basé sur la mon­naie revient in fine à orga­ni­ser et péren­ni­ser la pénu­rie et la com­pé­ti­tion, plu­tôt que gérer de façon com­mune les res­sources dans le but de géné­rer l’a­bon­dance pour tous.

    Il existe une solu­tion alter­na­tive à l’é­co­no­mie moné­ta­riste : une éco­no­mie basée sur le par­tage équi­table des res­sources (cette solu­tion est pré­sen­tée ici).

    Pour uto­piques que puissent paraître les solu­tions du Pro­jet Venus, elles n’en reposent pas moins sur de nom­breuses recherches et ana­lyses solides. On peut réflé­chir à toutes les impli­ca­tions et consé­quences sur les com­por­te­ments humains d’une socié­té sans mon­naie, sans argent, et où cha­cun à accès à tous les biens ou ser­vices dont il a besoin. Mais pour juger du carac­tère uto­pique ou réa­liste du pro­jet, il nous faut envi­sa­ger les choses en dehors du car­can étroit des condi­tions actuelles, sans quoi nous condam­ne­rions la pro­po­si­tion sur des argu­ments fon­dés sur les condi­tion­ne­ments mêmes que l’on cherche à chan­ger, ce qui serait le comble de l’ab­surde. Nous sommes névro­sés par le contexte de la socié­té actuelle : nous sommes maté­ria­liste parce qu’il n’y en a pas assez ; nous amas­sons et nous deve­nons pos­ses­sifs avec les biens maté­riels, parce que cela repré­sente des richesses, nous déve­lop­pons l’a­vi­di­té parce que la pos­ses­sion est le signe de la réus­site. Il en irait tout autre­ment dans un contexte où tous auraient accès à tout ce dont ils ont besoin libre­ment. Dans pareil contexte, les névroses pos­ses­sives dis­pa­raissent. Le besoin d’ac­cu­mu­ler (peur du manque) n’a plus besoin d’être. L’ob­so­les­cence pla­ni­fiée dis­pa­rait, et les ingé­nieurs peuvent – enfin ! – déployer toute leur créa­ti­vi­té afin de déve­lop­per des dis­po­si­tifs et appa­reils solides, fiables et durables (puis­qu’il n’y a plus besoin de répondre à des objec­tifs de ren­ta­bi­li­té et de consom­ma­tion renou­ve­lée). Les vols n’ont plus lieu d’être, par consé­quent, toute une série de crimes n’ont plus de rai­son de se déve­lop­per. Libé­ré des tâches pénibles et dan­ge­reuses grâce à la robo­tique, les gens peuvent consa­crer une grande par­tie du temps ain­si libé­ré afin de se consa­crer, qui à la ges­tion de la cité, qui a l’é­tude, qui à des loi­sirs (créa­tifs ou non), qui à des asso­cia­tions cultu­relles, qui à la spi­ri­tua­li­té, qui à la recherche… La par­ti­ci­pa­tion à la ges­tion de la cité est encou­ra­gée et sou­hai­tée, par le biais de l’ap­pli­ca­tion des prin­cipes de l’O­pen Source à tous les domaines de la poli­tique (au sens noble du termes, c’est-à-dire « ges­tion de la cité ») : une véri­table démo­cra­tie participative.

    Le fait qu’au­jourd’­hui le monde soit glo­ba­li­sé – « finit » dirons cer­tains – est un fac­teur déter­mi­nant dans la mise en œuvre du pro­jet, puisque la base même de l’é­co­no­mie de res­sources se fonde sur la ges­tion de l’en­semble des res­sources de la Terre, per­çue en tant que sys­tème vivant et dyna­mique ; tout comme le tirage au sort s’a­dapte infi­ni­ment mieux aux grandes échelles (par l’ef­fet de nombre), l’é­co­no­mie basée sur les res­source ne s’a­dapte pra­ti­que­ment et effi­ca­ce­ment qu’à l’é­chelle glo­bale (puisque cer­taines res­sources ne sont dis­po­nibles qu’en quelques endroits, et non sur tout le globe).

    Par consé­quent, œuvrer à une prise de conscience géné­rale de l’en­semble des dys­fonc­tion­ne­ments, per­ver­sion, per­fi­dies et dan­gers qui menacent notre socié­té aujourd’­hui est une bonne chose, mais son­ger à des solu­tions alter­na­tives est éga­le­ment nécessaire.

    Son­gez que si nous ne nous pen­chons pas sur les solu­tions, lorsque l’ef­fon­dre­ment du sys­tème sur­vien­dra (et il sur­vien­dra !), ceux qui en sont les res­pon­sables, eux, auront dans leur car­tons des « solu­tions » d’ur­gence bien éta­blies, bien pré­pa­rées, qu’ils sor­ti­rons de leur cha­peau comme par miracle. Je vous laisse devi­ner la nature de ces « solu­tions ». Vous connais­sez la stra­té­gie du choc … Le seul moyen d’y échap­per est d’a­voir, de connaître, de répandre des idées et des pro­jets qui vont dans l’in­té­rêt de tous, non d’une infime minorité.

    Cor­dia­le­ment,
    Morpheus

    Réponse
  4. sitouaillain

    ARMÉE ZAPATISTE DE LIBÉRATION NATIONALE. MEXIQUE.

    SIXIÈME DÉCLARATION DE LA FORÊT LACANDONE

    http://​enla​ce​za​pa​tis​ta​.ezln​.org​.mx/​s​d​s​l​-​fr/

    « III.- COMMENT NOUS VOYONS LE MONDE.

    Main­te­nant nous allons vous expli­quer com­ment nous, les zapa­tistes, nous voyons ce qui se passe dans le monde. Eh bien nous voyons que le capi­ta­lisme est le plus fort en ce moment. Le capi­ta­lisme est un sys­tème social, c’est‑à ‑dire une forme selon laquelle dans une socié­té sont orga­ni­sées les choses et les per­sonnes, et qui dis­tingue ceux qui pos­sèdent de ceux qui ne pos­sèdent pas, ceux qui dirigent et ceux qui obéissent. Dans le capi­ta­lisme il y en a cer­tains qui ont de l’argent, c’est-à-dire le capi­tal et les usines et les com­merces et les champs et beau­coup de choses, et d’autres qui n’ont rien, seule­ment leur force et leur savoir pour tra­vailler ; et dans le capi­ta­lisme, ceux qui dirigent sont ceux qui ont l’argent et les choses, et ceux qui obéissent sont ceux qui n’ont rien d’autre que leur capa­ci­té de travail.

    Ain­si le capi­ta­lisme signi­fie qu’il n’y en que quelques-uns qui ont des grandes richesses, mais pas parce qu’ils ont gagné un prix ou qu’ils ont trou­vé un tré­sor ou qu’ils ont héri­té d’un parent, mais parce qu’ils obtiennent ces richesses en exploi­tant le tra­vail de beau­coup de gens. Autre­ment dit, le capi­ta­lisme repose sur l’exploitation des tra­vailleurs, ce qui veut dire qu’il pres­sure les tra­vailleurs et leur prend tout ce qui peut lui rap­por­ter. Cela se fait avec des injus­tices parce qu’il ne paye pas jus­te­ment la besogne du tra­vailleur, mais lui donne à peine un salaire pour qu’il puisse man­ger et se repo­ser un peu, et le jour sui­vant retour­ner tra­vailler à l’exploitation, que ce soit à la cam­pagne ou en ville.

    Aus­si le capi­ta­lisme s’enrichit en dépouillant, c’est‑à ‑dire par le vol, puisqu’il prend aux autres ce qu’il désire, par exemple les terres et les richesses natu­relles. Autre­ment dit, le capi­ta­lisme est un sys­tème où les voleurs sont libres, admi­rés et mon­trés en exemple.

    Et, en plus d’exploiter et de dépouiller, le capi­ta­lisme réprime parce qu’il empri­sonne et tue ceux qui se rebellent contre l’injustice.

    Dans le capi­ta­lisme, ce qui l’intéresse le plus sont les mar­chan­dises, parce que quand on les achète et les vend, on s’enrichit. Ain­si le capi­ta­lisme conver­tit tout en mar­chan­dises : les per­sonnes, la nature, la culture, l’histoire, la conscience. Selon le capi­ta­lisme, tout doit pou­voir s’acheter et se vendre. Et il cache tout der­rière les mar­chan­dises pour que nous ne voyions pas l’exploitation. Alors les mar­chan­dises s’achètent et se vendent sur un mar­ché. Et il se trouve que le mar­ché, en plus de ser­vir à ache­ter et à vendre, sert aus­si à cacher l’exploitation des tra­vailleurs. Par exemple, sur le mar­ché, on voit le café déjà embal­lé, dans un petit sachet ou un fla­con très joli, mais on ne voit pas le pay­san qui a souf­fert pour récol­ter le café, et on ne voit pas l’exploitant qui lui a mal payé son tra­vail, et on ne voit pas les tra­vailleurs dans la grande entre­prise qui emballent sans arrêt le café. Ou on voit un appa­reil pour écou­ter de la musique comme des cum­bias, des ran­che­ras ou des cor­ri­dos ou selon les goûts de cha­cun, et on voit qu’il est bien parce qu’il a un bon son, mais on ne voit pas l’ouvrière de l’usine qui a bataillé de nom­breuses heures pour sou­der les fils et les par­ties de l’appareil, et elle a été payée une misère, et elle habite loin de son lieu de tra­vail, et elle dépense beau­coup d’argent pour s’y rendre, et en plus elle risque de se faire enle­ver, vio­ler ou tuer comme ça arrive à Ciu­dad Juá­rez au Mexique.

    Autre­ment dit, sur le mar­ché on voit des mar­chan­dises, mais on ne voit pas l’exploitation avec laquelle elles ont été fabri­quées. Et donc le capi­ta­lisme a besoin de beau­coup de mar­chés… ou d’un mar­ché très grand, un mar­ché mondial.

    Ain­si, le résul­tat c’est que le capi­ta­lisme d’aujourd’hui n’est pas comme celui d’avant, quand les riches étaient contents d’exploiter les tra­vailleurs dans leur pays, puisqu’il en est main­te­nant à une étape qui s’appelle Glo­ba­li­sa­tion Néo­li­bé­rale. Cette glo­ba­li­sa­tion veut dire que les capi­ta­listes dominent les tra­vailleurs non seule­ment dans un ou plu­sieurs pays, mais qu’ils essayent de tout domi­ner dans le monde entier. Le monde, c’est-à-dire la pla­nète Terre, on l’appelle aus­si “globe ter­restre”, et c’est pour ça qu’on parle de “glo­ba­li­sa­tion”, autre­ment dit le monde entier.

    Et le néo­li­bé­ra­lisme, eh bien c’est l’idée que le capi­ta­lisme est libre de domi­ner le monde entier et tant pis, il faut se rési­gner et s’y confor­mer et ne pas faire de remous, c’est-à-dire ne pas se rebel­ler. En fait le néo­li­bé­ra­lisme c’est comme la théo­rie, le plan, de la glo­ba­li­sa­tion capi­ta­liste. Et le néo­li­bé­ra­lisme a des plans éco­no­miques, poli­tiques, mili­taires et cultu­rels. Dans tous ces plans, il s’agit de domi­ner tout le monde, et celui qui n’obéit pas est répri­mé ou écar­té pour qu’il ne trans­mette pas ses idées de rébel­lion à d’autres.

    Donc, dans la glo­ba­li­sa­tion néo­li­bé­rale, les grands capi­ta­listes qui vivent dans les pays puis­sants, comme les Etats-Unis, veulent que le monde entier se trans­forme en une grande entre­prise où on pro­duit des mar­chan­dises et en une sorte de grand mar­ché. Un mar­ché mon­dial, un mar­ché pour tout ache­ter et tout vendre, et pour cacher l’exploitation de tout le monde. Alors les capi­ta­listes glo­ba­li­sés se mêlent de tout, autre­ment dit vont dans tous les pays, pour faire leurs grandes affaires, c’est-à-dire leurs grandes exploi­ta­tions. Et ils ne res­pectent rien et s’installent comme ils veulent. En fait, ils effec­tuent comme une conquête d’autres pays. C’est pour cela que les zapa­tistes nous disons que la glo­ba­li­sa­tion néo­li­bé­rale est une guerre de conquête du monde, une guerre mon­diale, une guerre que fait le capi­ta­lisme pour domi­ner mon­dia­le­ment. Et ain­si cette conquête se fait par­fois avec des armées qui enva­hissent un pays et le conquièrent par la force. Mais d’autres fois c’est avec l’économie : les grands capi­ta­listes inves­tissent leur argent dans un autre pays ou lui prêtent de l’argent, mais avec la condi­tion d’obéir à ce qu’ils disent. Ils arrivent aus­si avec leurs idées, c’est-à-dire avec la culture capi­ta­liste qui est la culture de la mar­chan­dise, du gain, du marché.

    Donc celui qui fait la conquête, le capi­ta­lisme, fait comme il veut : il détruit et change ce qui ne lui plaît pas et éli­mine ce qui le gêne. Par exemple, ceux qui ne pro­duisent ni n’achètent ni ne vendent les mar­chan­dises de la moder­ni­té ou ceux qui se rebellent à cet ordre, le gênent. Et ceux-là qui ne lui servent à rien, il les dédaigne. C’est pour ça que les indi­gènes gênent la glo­ba­li­sa­tion néo­li­bé­rale, et qu’ils sont dépré­ciés et qu’on veut les éli­mi­ner. Et le capi­ta­lisme néo­li­bé­ral sup­prime aus­si les lois qui ne le laissent pas faire ses nom­breuses exploi­ta­tions et avoir beau­coup de pro­fits. Par exemple il impose qu’on puisse tout vendre et tout ache­ter, et comme le capi­ta­lisme a beau­coup d’argent, il achète tout. Le capi­ta­lisme semble ain­si vou­loir détruire les pays qu’il conquiert avec la glo­ba­li­sa­tion néo­li­bé­rale, mais semble aus­si vou­loir remettre tout en ordre ou tout refaire mais à sa manière, c’est-à-dire de manière à en tirer des béné­fices sans qu’on le dérange. Alors la glo­ba­li­sa­tion néo­li­bé­rale ou capi­ta­liste détruit ce qu’il y a dans ces pays, détruit leur culture, leur langue, leur sys­tème éco­no­mique, leur sys­tème poli­tique, et détruit même les modes de rela­tions de ceux qui vivent dans ce pays. Autre­ment dit, tout ce qui fait qu’un pays est un pays est détruit.

    Donc la glo­ba­li­sa­tion néo­li­bé­rale veut détruire les Nations du monde et qu’il ne reste qu’une seule Nation ou pays, celui de l’argent, du capi­tal. Et le capi­ta­lisme veut que tout soit comme il veut, à sa manière, et ce qui est dif­fé­rent ne lui plaît pas, et il le pour­suit, et il l’attaque ou le met à l’écart dans un recoin et fait comme s’il n’existait pas.

    Alors, en résu­mé, comme on dit, le capi­ta­lisme de la glo­ba­li­sa­tion néo­li­bé­rale se fonde sur l’exploitation, le pillage, le mépris et la répres­sion contre ceux qui ne se laissent pas faire. C’est-à-dire comme avant, mais main­te­nant glo­ba­li­sé, mondial.

    Mais ce n’est pas si facile pour la glo­ba­li­sa­tion néo­li­bé­rale, parce que les exploi­tés de chaque pays ne se laissent pas faire et ne se résignent pas, mais se rebellent ; et ceux qui sont de trop et gênant résistent et ne se laissent pas éli­mi­ner. C’est pour ça qu’on peut voir dans le monde entier ceux qui sont dému­nis résis­ter pour ne pas se lais­ser faire, et se rebel­ler, et pas seule­ment dans un pays, mais par­tout ; ain­si, comme il y a une glo­ba­li­sa­tion néo­li­bé­rale, il y a une glo­ba­li­sa­tion de la rébellion.

    Et dans cette glo­ba­li­sa­tion de la rébel­lion, il n’y a pas que les tra­vailleurs des champs et de la ville, il y a aus­si beau­coup d’autres per­sonnes qui sont pour­sui­vies et humi­liées parce qu’elles ne se laissent pas non plus domi­ner, comme les femmes, les jeunes, les indi­gènes, les homo­sexuels, les­biennes, trans­sexuels, les migrants et beau­coup d’autres groupes du monde entier, mais que nous ne voyons pas jusqu’à ce qu’ils crient qu’il y en a assez de ceux qui les méprisent, et qu’ils se sou­lèvent, et alors nous les voyons, et nous les enten­dons, et nous les connaissons.

    Alors nous voyons que tous ces groupes de gens luttent contre le néo­li­bé­ra­lisme, c’est-à-dire contre le plan de la glo­ba­li­sa­tion capi­ta­liste, et qu’ils luttent pour l’humanité.

    Tout cela pro­voque en nous une grande frayeur en voyant la stu­pi­di­té des néo­li­bé­ra­listes qui veulent détruire toute l’humanité avec leurs guerres et leurs exploi­ta­tions, mais aus­si une grande satis­fac­tion de voir que par­tout il y a des résis­tances et des rébel­lions, comme la nôtre qui est un peu petite, mais nous sommes là . Et nous voyons tout cela dans le monde entier et notre c½ur apprend que nous ne sommes pas seuls.

    …

    Nous sommes en train de dire que la poli­tique ne sert à rien ? Non, ce que nous vou­lons dire c’est que CETTE poli­tique ne sert à rien. Et elle ne sert à rien parce qu’elle ne tient pas compte du peuple, ne l’écoute pas, ne s’en occupe pas, elle ne s’en rap­proche qu’au moment des élec­tions, et il n’y a même plus besoin de votes, les son­dages suf­fisent pour dire qui a gagné. Et donc, ce ne sont que des pro­messes pour dire qu’ils vont faire plein de choses, et après, salut, et on ne les revoit plus, seule­ment aux infor­ma­tions pour dire qu’ils ont volé beau­coup d’argent et qu’il ne va rien leur arri­ver parce que la loi, que ces mêmes poli­tiques ont faite, les protège.

    Parce que c’est ça le pro­blème, c’est que la Consti­tu­tion est com­plè­te­ment tra­fi­quée et chan­gée. Ce n’est plus celle des droits et des liber­tés du peuple tra­vailleur, mais celle des droits et des liber­tés des néo­li­bé­ra­listes pour obte­nir leurs grands pro­fits. Et les juges sont là pour ser­vir ces néo­li­bé­ra­listes, parce qu’ils les défendent tou­jours, et ceux qui ne sont pas riches ont droit aux injus­tices, aux pri­sons, aux cimetières.

    Bon eh bien même mal­gré cette confu­sion que font régner les néo­li­bé­ra­listes, il y a des Mexi­cains et des Mexi­caines qui s’organisent, luttent et résistent.

    Et ain­si nous avons su qu’il y a des indi­gènes, que leurs terres sont loin d’ici, du Chia­pas, et qu’ils sont auto­nomes et défendent leur culture et prennent soin de la terre, des forêts, de l’eau.

    Et il y a des tra­vailleurs de la cam­pagne, des pay­sans donc, qui s’organisent et font des mani­fes­ta­tions et des mobi­li­sa­tions pour exi­ger des cré­dits et des sou­tiens à l’agriculture.

    Et il y a des tra­vailleurs de la ville qui ne per­mettent pas qu’on leur retire leurs droits ou qu’on pri­va­tise leur tra­vail, mais pro­testent et se mani­festent pour qu’on ne leur retire pas le peu qu’ils ont et qu’on ne retire pas au pays ce qui est à lui de fait, comme l’électricité, le pétrole, la sécu­ri­té sociale, l’éducation.

    Et il y a des étu­diants qui ne per­mettent pas qu’on pri­va­tise l’éducation et luttent pour qu’elle soit gra­tuite et popu­laire et scien­ti­fique, autre­ment dit qu’elle ne soit pas payante, que tout le monde puisse apprendre, et que dans les écoles on n’enseigne pas de stupidités.

    Et il y a des femmes qui ne per­mettent pas qu’on les traite comme des objets ou qu’on les humi­lie et les méprise sim­ple­ment parce qu’elles sont des femmes, mais s’organisent et luttent pour le res­pect qu’elles méritent en tant que femmes.

    Et il y a des jeunes qui n’acceptent pas qu’on les abru­tisse avec les drogues ou qu’on les har­cèle pour leurs manières d’être, mais prennent conscience avec leur musique et leur culture, leur rébel­lion en fait.

    Et il y a des homo­sexuels, les­biennes, trans­sexuels et des gens ayant beau­coup d’autres pra­tiques, qui n’acceptent pas qu’on se moque d’eux, et les méprise, et les mal­traite, et par­fois les tue parce qu’ils ont une pra­tique dif­fé­rente, et qu’on les traite d’anormaux ou de délin­quants, mais s’organisent pour défendre leur droit à la différence.

    Et il y a des prêtres et des reli­gieuses et ceux qu’on appelle les sécu­liers, qui ne sont ni avec les riches ni rési­gnés dans la prière, mais s’organisent pour accom­pa­gner les luttes des peuples.

    Et il y a ceux qu’on appelle les tra­vailleurs sociaux, qui sont des hommes et des femmes qui ont pas­sé toute leur vie à lut­ter pour le peuple exploi­té, et ce sont les mêmes qui par­ti­cipent aux grandes grèves et aux actions ouvrières, aux grandes mobi­li­sa­tions citoyennes, aux grands mou­ve­ments pay­sans, et qui ont souf­fert les grandes répres­sions, et quoi qu’il en soit, bien que cer­tains soient âgés, ils ne renoncent pas, et vont de tous côtés cher­chant la lutte, l’organisation, la jus­tice et ils mettent en place des orga­ni­sa­tions de gauche, des orga­ni­sa­tions non-gou­ver­ne­men­tales, des orga­ni­sa­tions des droits humains, des orga­ni­sa­tions de défense des pri­son­niers poli­tiques et de retour des dis­pa­rus, des publi­ca­tions de gauche, des orga­ni­sa­tions d’enseignants ou d’étudiants, autre­ment dit la lutte sociale, et même des orga­ni­sa­tions poli­ti­co-mili­taires, et ils ne s’arrêtent jamais, et beau­coup savent parce qu’ils ont vu, et enten­du, et vécu et lutté.

    Et ain­si en géné­ral, nous voyons que dans notre pays, qui s’appelle le Mexique, il y a beau­coup de gens qui ne se laissent pas faire, qui ne se rendent pas, qui ne se vendent pas. Autre­ment dit, des gens dignes. Et nous sommes très contents et heu­reux parce qu’avec tous ces gens, les néo­li­bé­ra­listes ne vont pas gagner si faci­le­ment, et peut-être que nous arri­ve­rons à sau­ver notre Patrie des grands vols et des­truc­tions qu’ils réa­lisent. Et nous espé­rons que notre “nous” pour­ra inclure toutes ces rebellions… » »

    « II. OÙ NOUS EN SOMMES MAINTENANT

    Alors, comme zapa­tistes que nous sommes, nous avons pen­sé qu’il ne suf­fi­sait pas d’arrêter de dia­lo­guer avec le gou­ver­ne­ment, mais qu’il était néces­saire de conti­nuer la lutte mal­gré ces para­sites fai­néants de poli­tiques. L’EZLN a donc déci­dé la mise en appli­ca­tion, seule et de son côté (comme on dit “uni­la­té­rale” parce que d’un seul côté), des Accords de San Andrés à pro­pos des droits et de la culture indi­gènes. Pen­dant 4 ans, de mi-2001 à mi-2005, nous nous sommes consa­crés à ça et à d’autres choses que nous allons vous dire.

    Bon, nous avons donc com­men­cé à mettre en place les com­munes auto­nomes rebelles zapa­tistes, ce qui est la manière dont se sont orga­ni­sés les vil­lages pour gou­ver­ner et se gou­ver­ner, pour se rendre plus forts. Ce mode de gou­ver­ne­ment auto­nome n’a pas été inven­té comme ça par l’EZLN, puisqu’il pro­vient de plu­sieurs siècles de résis­tance indi­gène et de la propre expé­rience zapa­tiste, et c’est comme un auto-gou­ver­ne­ment des com­mu­nau­tés. Autre­ment dit, per­sonne ne vient de l’extérieur pour gou­ver­ner, mais les vil­lages eux-mêmes décident, entre eux, qui gou­verne et com­ment, et si ce der­nier n’obéit pas, il est écar­té. C’est-à-dire que si celui qui dirige n’obéit pas au vil­lage, on le ren­voie, il perd son auto­ri­té et quelqu’un prend sa place.

    Mais alors nous avons vu que les com­munes auto­nomes n’étaient pas à éga­li­té, mais que cer­taines étaient plus avan­cées et avaient plus de sou­tien de la socié­té civile, et d’autres étaient plus iso­lées. Il fal­lait donc s’organiser pour que ce soit plus juste. Et nous avons aus­si vu que l’EZLN avec sa par­tie poli­ti­co-mili­taire se mêlait de déci­sions qui concer­naient les auto­ri­tés démo­cra­tiques, comme on dit “civiles”. Et le pro­blème c’est que la par­tie poli­ti­co-mili­taire de l’EZLN n’est pas démo­cra­tique, parce que c’est une armée, et nous avons vu que ce n’était pas bien que le mili­taire soit en haut, et le démo­cra­tique en bas, parce que ce qui est démo­cra­tique ne doit pas se déci­der mili­tai­re­ment, mais ce doit être l’inverse : autre­ment dit qu’en haut, le poli­tique démo­cra­tique décide et en bas, le mili­taire obéit. Ou peut-être que c’est mieux qu’il n’y ait rien en bas mais que tout soit bien à plat, sans mili­taire, et c’est pour ça que les zapa­tistes sont des sol­dats, pour qu’il n’y ait pas de sol­dats. Bon, mais alors, pour ce pro­blème, ce que nous avons fait a été de com­men­cer à sépa­rer ce qui est poli­ti­co-mili­taire de ce que sont les formes d’organisations auto­nomes et démo­cra­tiques des com­mu­nau­tés zapa­tistes. Et ain­si, des actions et des déci­sions qui avant étaient faites et prises par l’EZLN, sont pas­sées petit à petit aux mains des auto­ri­tés élues démo­cra­ti­que­ment dans les vil­lages. Bien sûr que c’est facile à dire, mais dans la pra­tique c’est com­pli­qué, parce ce sont de nom­breuses années, d’abord de pré­pa­ra­tion de la guerre, ensuite de guerre elle-même, et on s’habitue au poli­ti­co-mili­taire. Mais quoi qu’il en soit nous l’avons fait parce que c’est notre manière de faire ce que l’on dit, parce que sinon, pour­quoi va-t-on dire quelque chose que nous ne fai­sons pas ensuite.

    C’est ain­si que sont nées les Assem­blées de Bon Gou­ver­ne­ment, en août 2003, et avec elles on a conti­nué avec l’auto appren­tis­sage et l’exercice du “diri­ger en obéissant”.

    Depuis, et jusqu’à mi-2005, la direc­tion de l’EZLN n’a plus don­né d’ordres sur les ques­tions civiles , mais a accom­pa­gné et sou­te­nu les auto­ri­tés élues démo­cra­ti­que­ment par les peuples, et, en plus, a sur­veillé qu’on infor­mait bien les popu­la­tions et la socié­té civile natio­nale et inter­na­tio­nale des sou­tiens reçus et à quoi ils étaient uti­li­sés. Et main­te­nant, nous trans­fé­rons le tra­vail de vigi­lance du bon gou­ver­ne­ment aux bases de sou­tien zapa­tistes, sous la forme de charges tem­po­raires avec un rou­le­ment, de manière à ce que tous et toutes apprennent et effec­tuent cette tâche. Parce que nous pen­sons qu’un peuple qui ne sur­veille pas ses diri­geants est condam­né à être esclave, et nous nous bat­tons pour être libres, pas pour chan­ger de maître tous les six mois.

    L’EZLN, pen­dant ces 4 ans, a aus­si four­ni aux Assem­blées de Bon Gou­ver­ne­ment et aux Com­munes Auto­nomes les sou­tiens et les contacts qui, dans tout le Mexique et le monde entier, ont été obte­nus pen­dant ces années de guerre et de résis­tance. De plus, pen­dant ce temps, l’EZLN a consti­tué un sou­tien éco­no­mique et poli­tique qui per­met aux com­mu­nau­tés zapa­tistes d’avancer avec moins de dif­fi­cul­tés dans la construc­tion de leur auto­no­mie et d’améliorer leurs condi­tions de vie. Ce n’est pas beau­coup, mais c’est bien plus que ce qu’il y avait avant le début du sou­lè­ve­ment, en jan­vier 1994. Si vous regar­dez une de ces études que font les gou­ver­ne­ments, vous allez voir que les seules com­mu­nau­tés indi­gènes qui amé­liorent leurs condi­tions de vie, c’est-à-dire de san­té, édu­ca­tion, ali­men­ta­tion, habi­ta­tion, ont été celles qui se trouvent en ter­ri­toire zapa­tiste, comme nous appe­lons l’endroit où se trouvent nos peuples. Et tout cela a été pos­sible grâce aux pro­grès des peuples zapa­tistes et le sou­tien très impor­tant qui a été reçu de per­sonnes géné­reuses et nobles, que nous appe­lons “socié­tés civiles”, et de leurs orga­ni­sa­tions du monde entier. Comme si toutes ces per­sonnes avaient ren­du réelle l’idée qu’un “autre monde est pos­sible”, mais dans les faits, pas dans les bavardages.

    Et alors les peuples ont eu de bonnes avan­cées. Main­te­nant il y a plus de com­pa­gnons et de com­pagnes qui apprennent à gou­ver­ner. Et bien que, petit à petit, plus de femmes prennent ces fonc­tions, on manque encore de res­pect pour les com­pagnes et elles devraient par­ti­ci­per plus aux tâches de la lutte. Avec les Assem­blées de Bon Gou­ver­ne­ment aus­si, la coor­di­na­tion entre les com­munes auto­nomes et la réso­lu­tion de pro­blèmes avec d’autres orga­ni­sa­tions et avec les auto­ri­tés gou­ver­ne­men­tales offi­cielles se sont amé­lio­rées. Il y a aus­si eu des pro­grès dans les pro­jets des com­mu­nau­tés, et la répar­ti­tion des pro­jets et des sou­tiens de la socié­té civile du monde entier est plus équi­table : la san­té et l’éducation se sont amé­lio­rées bien qu’il en manque encore autant pour arri­ver à ce que ça doit être, de même pour le loge­ment et l’alimentation ; et dans cer­taines zones le pro­blème de la terre a bien avan­cé puisque des terres récu­pé­rées aux grands pro­prié­taires ont été répar­ties, même s’il reste des zones qui conti­nuent de man­quer de terres à culti­ver. Il y a aus­si eu des pro­grès dans le sou­tien de la socié­té civile natio­nale et inter­na­tio­nale, parce qu’avant cha­cun allait où il vou­lait, et main­te­nant les Assem­blées de Bon Gou­ver­ne­ment les orientent où c’est néces­saire. Et pour les mêmes rai­sons, il y a par­tout plus de com­pa­gnons et de com­pagnes qui apprennent à se lier avec les per­sonnes d’autres régions du Mexique et du monde, qui apprennent à res­pec­ter et exi­ger le res­pect, qui apprennent qu’il y a plu­sieurs mondes qui ont tous leur place, leur temps, leur manière, et qu’il faut donc se res­pec­ter mutuel­le­ment entre tous.

    Bon, eh bien nous les zapa­tistes de l’EZLN nous avons consa­cré ce temps à notre prin­ci­pale force : les peuples qui nous sou­tiennent. Et ain­si, la situa­tion s’est amé­lio­rée, et per­sonne ne peut dire que l’organisation et la lutte zapa­tistes ont été vaines, puisque même s’ils nous éli­minent com­plè­te­ment, notre lutte a ser­vi à quelque chose. »

    Source : http://​enla​ce​za​pa​tis​ta​.ezln​.org​.mx/​s​d​s​l​-​fr/

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