Je viens de découvrir un blog qui s’annonce passionnant :
ce gars a mis la main sur une collection formidable de documents anciens,
en résonance étonnante avec aujourd’hui,
et nous propose de nous les faire connaître progressivement.
L’auto-éducation populaire prend de l’ampleur.
Le nom du blog :
« Articles parus il y a un siècle sur la finance
Une répétition de l’Histoire »

Les lecteurs du Succès au courant des dessous de l’affaire Rochette, doivent être convaincus qu’à l’heure actuelle la France n’est pas sous le régime d’une république démocratique, mais bien sous celui d’une oligarchie.
Les chambres et le gouvernement sont les représentants de la finance et non ceux du peuple souverain.
Au dessus des ministres, siègent en permanence le syndicat des manitous, propriétaires de la presse à gros tirages et actionnaires des établissements financiers.
Sous un tel régime, il n’est pas étonnant d’avoir à constater l’aboutissement de la bourgeoisie et la révolte du prolétariat.
La bourgeoisie, en effet, est craintive de nature. Composée d’individus, dont la seule force réside dans l’obéissance aveugle aux dirigeants, elle ne peut secouer le joug des meneurs auxquels elle croit devoir son salut.
Puis, la presse est là pour former son opinion ; Or, comme cette presse n’est que le porte-parole de la flibuste toute puissante, elle n’a d’autres buts que de faire prendre des vessies pour des lanternes à ses fidèles lecteurs.
Sur ces entrefaites, survient la formation des syndicats ouvriers. Moins poltrons que la bourgeoisie, ils attaquent le pouvoir constitué. Aussitôt ces derniers profitent de l’occasion pour se poser en défenseurs de l’ordre, de la justice, du droit, de tout ce dont ils se moquent comme du premier actionnaire du Panama.
La bourgeoisie alors, couvre de fleurs ses sauveurs et les aigrefins, ses maîtres, sortent de la mêlée plus forts et plus arrogants.
Il serait temps peut être de démontrer à cette bourgeoisie, petite ou grande, que ce qu’elle considère volontiers comme des messies ne sont en réalité que ses détrousseurs.
Si les financiers étaient restés à leur place, s’ils n’avaient pas mis le grappin sur le pouvoir, croyez-vous, Lecteurs, que les luttes de classe se seraient envenimée à ce point ?
Nous nous élevons facilement contre les prétentions de l’ouvrier, nous trouvons presque équitable de lui marchander le peu de bien-être qu’il convoite, nous le considérons comme la cause de la crise économique que nous traversons. Le prolétaire, voilà l’ennemi, selon tous les ministres et tous les ministères, et conséquence indubitable, selon l’opinion publique.
Eh bien, l’opinion publique et ses laquais font fausse route, l’ennemi est le financier, lui seul est responsable du malaise qui accable notre pays.
Si jamais une entente à lieu entre la main d’œuvre et le capital, elle se fera sur le dos des financiers et de leurs valets.
L’usure est interdite par le code, mais les boursiers le pratiquent sur une vaste échelle et il suffit de vivre au milieu d’eux pendant quelques temps pour s’en rendre compte.
Le jeu est prohibé, mais les manieurs d’argent sont les maîtres de la Bourse, tripot colossal, universel, auprès duquel Monte Carlo est presque un établissement de bienfaisance.
Contre le petit bourgeois ou commerçant mauvais payeur, la loi est implacable. Que le malheureux qui a endossé un effet ne soit plus en mesure de le payer à échéance, immédiatement c’est la saisie ou la faillite. Le banquier, au contraire, peut mettre en circulation des titres sans valeur avec lesquels il réalisera des millions, et pour peu qu’il appartienne au syndicat des manitous, qu’il est eu la prudence de réserver un pourcentage décent à quelques parlementaires et à une certaine presse, non seulement il sera considéré comme un parfait honnête homme mais au cas où l’affaire s’envenimerait, on trouvera tout de suite des boucs émissaires pour couvrir sa responsabilité.
Examinons maintenant les opérations favorites des financiers : d’abord, prêter aux industriels pourris jusqu’à la moelle, en se faisant garantir largement leurs avances et en exigeant un fort intérêt, si bien que le jour de la débâcle, la garantie représente le double du capital engagé.
En temps de crise, quelles sont les entreprises qui ont leur prédilection ? Les plus compromises, c’est à dire celles qu’ils ont consciencieusement exploitées jusque là et qu’il peuvent ruiner. La crise est alors la manne du seigneur, car elle va anéantir tous les établissements propres, tous ceux qui n’ont pas eu recours à l’usure, mais aussi qui n’ont pas eu les reins assez solides pour résister.
Et, grâce à la chute de ces concurrents loyaux, les garanties du financier sur les maisons qu’il tient entre ses griffes, doublent et deviennent de l’or en barre.
Il en est de même pour les emprunts d’État, le banquier donne la préférence aux pays sans crédits, mais disposés à lui céder à titre de commission 50% de la souscription.
Enfin, personne n’ignore que le financier est toujours là pour faciliter la création d’une exploitation industrielle, commerciale ou agricole lointaine, que personne ne contrôlera jamais.
Naturellement, à côté de toutes ces flibusteries légales, les banquiers ont leurs émissions-réclames, c’est à dire les affaires sérieuses dont ils gardent la plus part des titres et qui leurs servent justement de miroir à alouette pour entôler les gogos, lors des placements d’actions entreprises.
Ajoutez à ces manigances, les coûts de bourse provoqués par la publication de bilans fictifs ou de fausses nouvelles et vous aurez une idée assez juste de la valeur morale de ceux qui font agir nos dirigeants, de ceux qui créent l’opinion par l’intermédiaire de journaux à leur solde.
Il serait temps de nettoyer ces écuries d’Augias, de débarquer les aigrefins et de donner à la nation une représentation digne d’elle.
Mais, pour cela, il faudrait qu’il se trouva un groupe d’hommes foncièrement honnêtes et à poigne, n’ayant d’autre idéal que de délivrer leur pays de l’encerclement financier qui l’étrangle, et non de servir leurs intérêts particuliers. Alors, forts de l’utilité et de la nécessité de leur action, ils s’attaqueraient publiquement à ces fripouilles qui tiennent le haut du pavé, dénonçant leurs agissements et ne se lassant pas tant qu’ils n’auraient obtenu la révision du code, la surveillance rigoureuse des opérations de tous les établissements financiers et de tous les grands fournisseurs de l’État, le droit de poursuites contre la presse subventionnée par la flibuste et ses complices, et la mise en accusation de tous les tristes individus, tripatouilleurs politiques et financiers qui exploitent sans scrupule l’Etat, l’industrie, le commerce et la crédulité du peuple, autrement dit, qui rançonnent sans merci la France tout entière.
Le pays, une fois débarrassé de ces pirates de la finance, qui spéculent non seulement à la Bourse, mais encore au Parlement, en élaborant des lois destinées uniquement à jeter de la poudre aux yeux, retrouverait le bien-être qu’il a perdu et verrait ses industries prospérer. Car le financier bridé et remis à la place qu’il n’aurait jamais du quitter, ne serait plus le seul à encaisser les bénéfices ; le capital et la main d’oeuvre auraient également leur part du gâteau.
A quand donc le député qui osera crier en pleine Chambre : La finance, voilà l’ennemi !
Ce ne sera certes pas un socialiste millionnaire.
C’est savoureux, non ?
Étienne.

Ce quo a changé aujourd’hui c’est que ca se dit au Parlement mais que ce n’est pas suivi d’actes
oh oui, pas une ride, comme « l’argent » de Zola ! tant qu’on ne prend pas garde au véritable « ennemi », il se trouvera des bateleurs pour mystifier le peuple…réconcilier les bourgeois avec les luttes du prolétariat pour se libérer du joug de la finance…sauver les meubles quand la colère gronde, c’est le projet des fascistes…punissez la finance, quelques boucs émissaires (madoff, kerviel) mais sauvez les bourgeois ! foutaises !
le capitalisme, voilà l’ennemi !
Savoureux effectivement ! =)
Monsieur Chouard, tout d’abord merci pour la qualité de votre travail, vous faites partie de ceux (avec chacun dans leurs domaines, Alain Soral, Richard Stallman, Benjamin Bayart, Albert Jacquard, Noam Chomsky, etc) qui me redonnent foi dans notre époque, moi qui pensait il y a quelques années qu’il n’y avait que des nains et des vendus.
C’est sans rapport direct avec l’article, mais pour avoir vu nombre de vos vidéos, je sais que vous dites qu’il faudrait que l’on appelle le système que l’on veut mettre en place d’un autre nom que « Démocratie », car celui ci nous a malheureusement été volé (vous en parliez notamment pour créer un parti qui serait le parti sans chef et sans programme, ou quelque chose comme ça (pardon si je ne me souviens pas des termes exacts que vous avez employé) ).
Personnellement, je pense qu’il faut garder le mot Démocratie mais continuer le travail de pédagogie sur la Nov Langue ne serait ce que parce que dénoncer ce procédé (le vol d’un mot) est déjà une façon démocratique de procéder.
Ils nous ont volé ce mot avec la propagande, à nous de le reprendre par la pédagogie.
Néanmoins, je viens de tomber sur ce mot :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Stochocratie
Qu’en pensez-vous ?
bonjour Étienne, je tenais à vous faire part d’un bel exemple concernant notre précieuse démocratie française.
Dimanche dernier, dans une petite commune, Saint-Julien-sur-Suran (Jura, 312 habitants), a été lancé un Référendum à la population concernant la construction d’un nouveau type de prison à l’étude (les prisons du cœur).
La population s’est exprimée ainsi : 54% ont dit « NON »
Le conseil municipal s’est réunit et a estimé que « ce référendum n’était pas décisionnel mais consultatif » !!!! et a donc maintenu le projet (évalué à 10 millions d’euro).
pour les détails :
http://www.20minutes.fr/societe/897781-contre-avis-habitants-prison-experimentale-bien-construite-saint-julien-sur-suran
Texte ancien
A+
AJ
« Que peut-il ? Tout. Qu’a‑t-il fait ? Rien.
Avec cette pleine puissance, en huit mois un homme de génie eut changé la face de la France, de l’Europe peut-être.
Seulement voilà, il a pris la France et n’en sait rien faire.
Dieu sait pourtant que le président se démène : Il fait rage, il touche à tout, il court après les projets ; Ne pouvant créer, il décrète ; Il cherche à donner le change sur sa nullité ; C’est le mouvement perpétuel. Mais, hélas ! Cette roue tourne à vide.
L’homme qui, après sa prise du pouvoir à épousé une princesse étrangère et un carriériste avantageux. Il aime la gloriole, les paillettes, les grands mots, ce qui sonne, ce qui brille, toutes les verroteries du pouvoir. Il a pour lui l’argent, l’agio, la banque, la bourse, le coffre-fort. Il a des caprices, il faut qu’il les satisfasse. Quand on mesure l’homme et qu’on le trouve si petit, et qu’ensuite on mesure le succès et qu’on le trouve énorme, il est impossible que l’esprit n’éprouve pas quelque surprise. On y ajoutera le cynisme car, la France, il la foule au pied, lui rit au nez, la brave, la nie, l’insulte et la bafoue ! Triste spectacle que celui du galop, à travers l’absurde, d’un homme médiocre et échappé »
Victor Hugo, dans « napoléon, le petit »
Réédité chez Actes Sud.
On a fait des bêtises !! on va payer
http://www.agoravox.tv/actualites/economie/article/dette-on-a-fait-des-betises-on-va-34312
Réflexions d’un ancien (1355…) sur la monnaie :
(Nota : Le traité complet est disponible sur internet en PDF)
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Extraits de « Traité sur l’origine, la nature, le droit et les mutations des monnaies »
De Nicolas Oresme (1355)
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Extraits du CHAPITRE VI
A qui cette monnaie appartient-elle ?
En effet, comme le dit l’apôtre (20) : « Le tribut à qui de dû, l’impôt à qui de dû. » Ce que le Christ voulut dire ainsi, c’est que l’on pouvait par là reconnaître à qui était dû le tribut : il était dû à CELUI qui COMBATTAIT pour DEFENDRE l’ETAT et qui, en RAISON de SON AUTORITE POUVAIT FABRIQUER la MONNAIE.
L’argent appartient donc à la communauté et à chacune des personnes qui la composent. Aristote le dit dans le septième livre de la Politique (21), et Cicéron vers la fin de l’Ancienne Rhétorique (22).
(20). Epître de saint Paul aux Romains, XlII, 7.
(21). Aristote, la Politique, VIl, 8 (1328b 10).
(22). Cicéron, De l’invention, Il, 56 (§ 168).
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Extraits du CHAPITRE VII
Aux frais de qui la monnaie doit-elle être fabriquée ?
Et, si la monnaie peut être faite pour un moindre prix, il convient que le restant soit à l’ADMINISTRATEUR ou à l’ORDONNATEUR, c’est-à-dire au PRINCE ou au MAITRE DES MONNAIES, comme une SORTE de PENSION.
Mais, cependant, CETTE FRACTION doit être MODEREE et elle peut même être ASSEZ REDUITE si les MONNAIES sont en QUANTITE SUFFISANTE, comme on le dira par la suite. Si une TELLE FRACTION ou PENSION était EXCESSIVE, ce serait au DETRIMENT et au PREJUDICE de toute la COMMUNAUTE comme tout un chacun peut facilement s’en rendre compte.
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Extraits du CHAPITRE VIII
Les mutations des monnaies, en général
Il faut savoir avant tout que l’on ne doit jamais modifier sans une nécessité évidente les lois, statuts, coutumes ou ordonnances antérieures, quelles qu’elles soient, qui concernent la communauté.
Bien mieux, selon Aristote, dans le second livre de la Politique (25), la loi ancienne positive ne doit pas être abrogée pour une nouvelle meilleure, à moins qu’il n’y ait une différence très notable entre elles, parce que de tels changements diminuent l’autorité de ces lois et le respect qu’elles inspirent, plus encore s’ils sont faits fréquemment. De là, en effet, naissent le scandale, les murmures dans le peuple et le danger de désobéissance.
A plus forte raison si de tels changements rendaient la loi pire, car ces changements seraient alors intolérables et injustes.
De fait, le COURS et le PRIX des MONNAIES (26) dans un royaume doivent être pour ainsi dire une LOI, un REGLEMENT FERME. La preuve en est que les pensions et certains revenus annuels sont fixés en un prix d’argent (27), c’est-à-dire à un certain nombre de livres et de sous. D’où il ressort qu’une MUTATION des MONNAIES NE DOIT JAMAIS ETRE FAITE, si ce n’est peut-être lorsque la nécessité s’en impose ou que l’utilité en est évidente pour toute la communauté.
C’est pourquoi Aristote, dans le cinquième livre des Ethiques (28), parlant de la monnaie, déclare : « Elle tend toutefois à une plus grande stabilité. »
Or, la mutation de la monnaie, comme je peux le constater en général, peut être faite de plusieurs façons :
– Dans la forme ou précisément dans le type,
– Dans la proportion,
– Dans le prix ou appellation,
– Dans la quantité ou poids et,
– Dans la substance de la matière.
En effet, on peut muer la monnaie de chacune de ces cinq façons ou de plusieurs à la fois.
(25). Aristote, la Politique, 11, 8 (l269a 23).
(26). « …cursus et pretium monetarium… »
(27). « …ad pretium pecuniae… »
(28). Aristote, Ethique à Nicomaque, V, 8 (l133b 14).
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Extraits du CHAPITRE IX
La mutation du type de la monnaie
On peut renouveler le type imprimé ou empreinte de la monnaie de deux manières :
- L’une d’elles est de ne pas interdire le cours d’une monnaie antérieure : le prince inscrit son nom sur la monnaie qui se fait de son temps en permettant à la précédente de continuer à courir. Cela n’est pas à proprement parler une mutation, et il ne s’agit pas d’un grand abus pour autant, cependant qu’elle ne s’accompagne pas d’une autre mutation.
- L’autre manière dont le type peut être renouvelé, c’est de faire une nouvelle monnaie avec interdiction du cours de l’ancienne.
Et c’est proprement une mutation, qui peut être faite à bon droit pour l’une des deux raisons suivantes :
- La première, c’est que, si un prince étranger ou quelque faussaire avait reproduit ou contrefait par malveillance les modules (29) ou les coins des monnaies, et qu’il se trouvait dans le royaume de la monnaie altérée, fausse et semblable à la bonne en couleur et en type, il conviendrait, au cas où on ne pourrait y porter remède autrement, de modifier les modules et le type de l’empreinte de la monnaie.
- L’autre raison, c’est que, si éventuellement une monnaie ancienne s’était à la longue par trop détériorée et si son poids avait diminué, on devrait alors en interdire le cours et une empreinte différente serait à faire sur la nouvelle monnaie meilleure, afin que le peuple sache par là les distinguer l’une de l’autre.
(…)
Et il ne semble pas qu’un prince puisse y être poussé par autre chose que l’un des deux motifs suivants : ou bien c’est parce qu’il veut que sur toutes les pièces ne soit inscrit d’autre nom que le sien, et ce serait de sa part faire preuve d’irrévérence envers ses prédécesseurs, et de vaine ambition, ou bien c’est parce qu’il VEUT FABRIQUER PLUS DE MONNAIE AFIN D’EN RETIRER PLUS DE GAIN, selon ce qui a été dit au chapitre VII, et c’est là de la CUPIDITE DEPRAVEE, au PREJUDICE et au DETRIMENT de toute la COMMUNAUTE.
(29). « Modulus », module de la monnaie, c’est-à-dire son diamètre.
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Extraits du CHAPITRE X
La mutation de la proportion des monnaies
(…)
Mais s’il n’y a pas ou peu de changement réel, CETTE MUTATION NE PEUT en AUCUNE FACON être PERMISE AU PRINCE.
En effet, S’IL CHANGEAIT cette PROPORTION A SON GRE, IL POURRAIT DE CE FAIT INDUMENT ATTIRER A LUI LES RICHESSES (33) DE SES SUJETS.
S’il abaissait le prix de l’or et l’achetait avec de l’argent (34), puis, une fois le prix augmenté, revendait son or ou sa monnaie d’or, ou s’il faisait pareil pour l’argent, ce serait la même chose que s’il fixait un prix à tout le blé de son royaume, l’achetait puis le revendait à un prix plus élevé.
Chacun, certes, peut voir clairement que ce serait là un PRELEVEMENT INJUSTE et un ACTE de VERITABLE TYRANNIE qui, même, apparaîtrait plus violent et pire que celui commis par Pharaon en Egypte, dont Cassiodore a dit : « Nous lisons que Joseph, pour lutter contre une famine meurtrière, donna la permission d’acheter du froment mais fixa un prix tel que le peuple, avide de son secours, se vendrait plutôt que d’acheter de la nourriture. Je le demande, quelle ne fut pas la vie pour ces malheureux auxquels on voyait ce secours sans pitié ôter leur liberté : en ce temps-là, on gémit tout autant d’être libre qu’on pleura sur son asservissement ! Je crois que le saint homme fut réduit à cette extrémité pour pouvoir à la fois satisfaire un souverain cupide et secourir un peuple en péril (35). » Tels sont ses propos.
Mais ce MONOPOLE DES MONNAIES serait encore plus VERITABLEMENT TYRANNIQUE parce qu’il serait plus involontaire, non nécessaire à la communauté et particulièrement DOMMAGEABLE.
Si l’on me dit que ce n’est pas la même chose que pour le blé parce qu’il y a des choses qui regardent spécialement le prince, sur lesquelles il peut établir un prix comme il lui plaît, comme certains le disent à propos du sel et, à plus forte raison, à propos de la monnaie, je répondrais que ce monopole ou gabelle du sel, ou de n’importe quelle chose nécessaire à la communauté, est injuste, et que s’il y avait des princes qui établissaient des lois leur concédant ceci, ils seraient de ceux dont le Seigneur dit par la voix du prophète Isaïe (36) : « Malheur à ceux qui créent des lois iniques et qui ont écrit des injustices en les écrivant. »
Au contraire, il ressort suffisamment des premier et sixième chapitres précédents que l’argent appartient à la communauté elle-même.
C’est pour cette raison, et pour que le prince ne puisse pas feindre avec malveillance que la mutation de la proportion des monnaies a la cause indiquée dans le présent chapitre, qu’il revient à cette seule communauté d’apprécier si et quand et comment et jusqu’où doit être mutée cette proportion, et que le prince ne doit en aucune façon usurper ce droit.
(33). « …pecunias subditorum… » : cf. le terme pecunes employé par Nicolas Oresme dans ses commentaires en langue française sur la Politique.
(34). « …pro argenta… »
(35). Cassiodore, Variétés, XII, 28, 7.
(36). Isaïe, X, 1.
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Extraits du CHAPITRE XI
La mutation de l’appellation de la monnaie
(…)
« Il faut remarquer », dit Cassiodore (37), « avec quelle science les anciens ont regroupé ces monnaies dans leur classement. Ils voulaient que six mille deniers fissent un sou, c’est-à-dire que, tel un soleil d’or, le rond formé du métal rayonnant comptât exactement l’âge du monde (38). La savante Antiquité a défini non sans raison le sextuple comme multiple parfait et, de fait, le sextuple du sou, elle l’a désigné du nom d’once qui fut l’unité fondamentale de la mesure. En la multipliant douze fois, comme il en est des mois dans le cours de l’année, les anciens en ont constitué la plénitude de la Iivre (39). Ô inventions d’hommes avisés ! Ô sages dispositions des anciens ! Système exquis qui, tout à la fois, classe ce qui est nécessaire à l’homme et contient symboliquement tant de mystères de la nature. Il est donc bien justifié d’appeler livre ce qui fut pesé (40) par tant d’observation des choses. » Tels sont ses propos.
(…)
(37). Cassiodore, Variétés, l, 10, 15–16.
(38). Cassiodore joue ici sur l’apparente proximité (sans fondement étymologique) des termes sol, soleil et solidus, sou. C’est seulement au Bas-Empire que solidus supplanta aureus avec, au départ, le sens de « denier non altéré -. C’est à la même époque que l’on rencontre un sou d’or (talent), divisé en six mille deniers de bronze (lepta). Sans doute faut-il évoquer ici les six âges de la tradition patristique pour comprendre quel rapport établit Cassiodore entre le sou de six mille deniers et l’âge du monde.
(39). Dans le système pondéral et monétaire des Romains, l’once est le douzième de la livre. L’idée que l’once est à la livre ce que le mois est à l’année est un lieu commun au temps de Cassiodore (cf. Priscien, Des poids et mesures, vers 28). De même, l’idée que le six est un nombre parfait apparaît par exemple chez Macrobe (Les Saturnales, VlII, 13, 10) et chez Martianus Capella (Les Noces de philologie et Mercure, VII, 736). Enfin, à défaut de références contemporaines de Cassiodore, on trouvera chez Isidore de Séville (Les Etymologies, VI, 25, 14) l’indication que le sou est identique à la sextuple, dont le sextuple est l’once. On a donc six mille deniers pour un sou, six sous pour une once et douze onces pour une livre, ce qui n’a d’ailleurs rien à voir avec le système contemporain de Nicolas Oresme.
(40). Nous rappelons que libra signifie à la fois « la livre » et « la balance ».
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Extraits du CHAPITRE XII
La mutation du poids des monnaies
(…)
Mais, ce dont je veux parler maintenant, c’est de la mutation proprement dite du poids ou dimension de la monnaie, celle que l’on fait sans changer son appellation ni son prix.
Et il me semble qu’une telle MUTATION est tout simplement ILLICITE, surtout au prince, qui ne saurait faire cela sans HONTE ni INJUSTICE.
C’est d’abord parce que l’image ou inscription est mise sur la pièce par le prince pour indiquer que son poids est certifié et de quelle matière elle est faite, comme on l’a montré plus haut, au chapitre IV.
Donc, SI ELLE NE REPONDAIT PAS VRAIMENT AU POIDS INDIQUE, on voit tout de suite qu’il y aurait là FALSIFICATION TRES VITE et TROMPERIE FRAUDULEUSE.
Souvent, en effet, les mesures à blé, à vin et autres sont marquées de la marque officielle du roi et, si quelqu’un commet une fraude sur elles, on le considère comme faussaire.
Or, c’est exactement de la même manière que l’inscription de la pièce fait connaître la mesure de son poids et la nature véritable de sa matière.
Combien serait-il donc inique, combien serait-il donc détestable, surtout de la part d’un prince, de diminuer le poids sans changer la marque !
Qui serait en mesure de le déterminer ? A ce propos, en effet, Cassiodore (42), dans le livre V des Variétés, dit ainsi :
« Qu’est-il en effet d’aussi criminel que le fait qu’il soit permis aux usurpateurs d’altérer jusqu’à la qualité même de la balance, de la sorte que ce qui passe pour l’attribut de la justice soit corrompu par les fraudes ? »
Mais encore LE PRINCE, PAR CE MOYEN, PEUT ACQUERIR POUR LUI L’ARGENT D’AUTRUI. Et il peut se faire que rien d’autre ne le pousse à faire une mutation de cette sorte.
Il recevrait en effet les pièces de bon poids et en fabriquerait des pièces à un poids amoindri qu’il émettrait au moment opportun.
Ce n’est pas autre chose que ce qui est défendu par Dieu dans bien des passages des Saintes Ecritures. Voici ce qu’en dit le Sage (43) : « Double poids, double mesure, et tous deux abominables devant Dieu. » Il est dit aussi dans le Deutéronome (44) que le Seigneur « a en abomination celui qui fait cela ». C’est pourquoi des richesses ainsi réunies aux dépens de leur propriétaire se consument bientôt parce que, comme dit Cicéron (45), « bien mal acquis ne profite pas ».
(42). Cassiodore, Variétés, V, 39, 5.
(43). Proverbes, XX, 10. « Le Sage » désigne ici Salomon.
(44). Deutéronome, XXV, 16.
(45). Cicéron, Philippiques, Il, 65.
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Extraits du CHAPITRE XIII
La mutation de la matière des monnaies
(…)
Surtout, cela ne peut jamais être permis au prince, pour les raisons données dans le chapitre précédent, raisons qui s’appliquent directement ici, puisque l’EMPREINTE DE LA MONNAIE est la MARQUE de l’AUTHENTICITE de la matière et de cet alliage : les MODIFIER, ce serait donc FALSIFIER la MONNAIE.
En outre, sur certaines pièces, on inscrit le nom de Dieu ou d’un saint quelconque et le signe de la croix, ce qui fut inventé et institué il y a bien longtemps pour témoigner de l’authenticité de la pièce en matière et en poids.
Si donc le prince, sous cette inscription, change la matière et le poids, il est considéré commettre subrepticement une imposture et un parjure, rendre un faux témoignage et aussi transgresser le commandement par lequel il est dit (46) : « Tu ne prendras pas le nom de ton Dieu en vain ! » Il abuse aussi de ce terme de moneta ; en effet, selon Huguçon (47), moneta vient de moneo (« j’informe »), parce qu’elle informe qu’il n’y a pas de fraude dans le métal ni dans le poids.
Au contraire, PAR CE MOYEN, le PRINCE PEUT ATTIRER A LUI INDUMENT les BIENS DU PEUPLE, comme il a été dit au sujet de la mutation du poids dans le chapitre précédent, et beaucoup d’AUTRES MAUX S’ENSUIVENT.
Il est sûr que la FALSIFICATION serait pire ici que dans la mutation du poids parce qu’elle est PLUS FALLACIEUSE et MOINS PERCEPTIBLE, qu’elle peut NUIRE PLUS et DAVANTAGE LÉSER la COMMUNAUTÉ.
(…)
(46). Exode, XX, 7.
(47). Huguccione da Pisa, Grandes Dérivations, s.v. Moneta.
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Extraits du CHAPITRE XIV
La mutation complexe des monnaies
(…)
Et, puisqu’on ne doit faire aucune mutation simple, si ce n’est par suite des causes réelles et naturelles déjà dites, lesquelles se produisent rarement, il faut savoir qu’une occasion véritable de faire une mutation complexe de la monnaie se présente plus rarement encore et peut-être même jamais.
Si par hasard elle se présentait, une telle MUTATION complexe, à plus forte raison encore que pour la simple, NE DOIT JAMAIS ÊTRE FAITE PAR LE PRINCE, par suite des dangers et des maux indiqués auparavant, MAIS PAR LA COMMUNAUTÉ ELLE-MÊME.
En effet, si ces MUTATIONS SIMPLES indûment faites entraînent autant d’ABUS qu’il a été dit précédemment, DE BIEN PLUS GRANDS et PIRES S’ENSUIVRAIENT d’une MUTATION COMPLEXE.
(…)
La conclusion générale de tout ce qui précède sera donc qu’AUCUNE MUTATION DE MONNAIE, tant simple que complexe, NE DOIT ÊTRE FAITE de la seule autorité du prince, SURTOUT lorsqu’il veut en faire parce qu’il a EN VUE DE GAIN ou PROFIT à tirer d’une telle mutation.
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Extraits du CHAPITRE XV
Le gain que le prince tire de la mutation de la monnaie est injuste
Il me semble que la CAUSE PREMIÈRE et DERNIÈRE pour laquelle le PRINCE veut s’EMPARER du POUVOIR DE MUER les MONNAIES, c’est le GAIN ou PROFIT qu’il peut en avoir, CAR AUTREMENT, C’EST SANS RAISON QU’IL FERAIT des MUTATIONS si NOMBREUSES et si CONSIDÉRABLES.
Je veux donc encore montrer plus à fond qu’UNE TELLE ACQUISITION EST INJUSTE.
En effet, toute MUTATION de la MONNAIE, excepté dans les cas rarissimes déjà dits, IMPLIQUE FALSIFICATION et TROMPERIE et ne peut convenir à un prince, comme on l’a prouvé.
Donc, si le prince usurpe injustement cette chose déjà injuste en elle-même, il est impossible qu’il en tire un juste gain.
D’autre part, TOUT CE QUE LE PRINCE EN RETIRE DE GAIN, c’est nécessairement AUX DÉPENS de la COMMUNAUTÉ.
Or, tout ce qu’un prince fait aux dépens de la communauté est une INJUSTICE et le fait, non d’un roi, mais d’un TYRAN, comme dit Aristote (49).
Et S’IL DISAIT, selon le MENSONGE HABITUEL DES TYRANS, QU’IL CONVERTIT ce PROFIT en BIEN PUBLIC, ON NE DOIT PAS LE CROIRE PARCE QUE, PAR UN RAISONNEMENT DE LA SORTE, IL POURRAIT M’ENLEVER MA CHEMISE ET DIRE QU’IL EN A BESOIN POUR LE BIEN-ÊTRE COMMUN.
De plus, selon l’apôtre (50), il ne faut pas faire « de mauvaises choses pour que de bonnes arrivent ».
On ne doit donc rien extorquer ignominieusement pour feindre ensuite de le dépenser à des usages pieux.
Au contraire, si le prince peut, à bon droit, faire une mutation simple de la monnaie et en retirer quelque gain, il peut, pour une raison analogue, faire une plus grande mutation et en retirer plus de gain, muer à plusieurs reprises et avoir encore plus de gain, faire une ou plusieurs mutations complexes et toujours amasser son gain des manières déjà expliquées.
IL EST VRAISEMBLABLE QUE, SI CELA ÉTAIT PERMIS, LUI OU SES SUCCESSEURS CONTINUERAIENT AINSI, ou de leur propre mouvement ou POUSSES PAR DES CONSEILLERS, parce que la NATURE HUMAINE INCLINE et TEND à S’ENRICHIR TOUJOURS DAVANTAGE QUAND ELLE PEUT LE FAIRE FACILEMENT.
Ainsi, le PRINCE POURRAIT ENFIN ATTIRER à lui PRESQUE TOUT L’ARGENT ou les RICHESSES de ses SUJETS et les REDUIRE à la SERVITUDE, ce qui serait FAIRE ENTIÈREMENT PREUVE DE TYRANNIE et même d’une VRAIE et PARFAITE TYRANNIE, comme il ressort des philosophes et des histoires des anciens.
(49). Aristote, la Politique, V, 10 (1310b 40–1311a 1).
(50). Epitre de saint Paul aux Romains, III, 8.
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Extraits du CHAPITRE XVI
Le gain dans la mutation de la monnaie est contre nature
(…)
Il est naturel en effet à certaines richesses naturelles de se multiplier, tels les grains de céréales « que, semés, le champ rend avec force intérêt », comme dit Ovide (51), mais il est MONSTRUEUX et contre nature qu’une CHOSE INFECONDE ENGENDRE, qu’une CHOSE STERILE SOUS TOUS SES ASPECTS FRUCTIFIE ou SE MULTIPLIE d’elle-même, et l’ARGENT est une CHOSE DE CETTE SORTE.
Donc, lorsque cet argent rapporte du gain sans être engagé dans le commerce des richesses naturelles, selon son usage propre, celui qui lui est naturel, mais en étant converti en son semblable, comme lorsqu’on change une monnaie en une autre ou qu’on en donne une pour une autre, un tel profit est vil et contraire à la nature.
C’est par cette raison en effet qu’Aristote prouve, dans le livre 1 de la Politique (52), que l’usure est contre nature parce que l’USAGE NATUREL de la MONNAIE est qu’elle soit l’INSTRUMENT de PERMUTATION des RICHESSES NATURELLES, comme on l’a souvent dit.
Celui qui l’utilise d’autre façon commet donc un abus contre l’institution naturelle de la monnaie, car il fait en sorte que, comme dit Aristote, le denier engendre le denier, ce qui est contre nature.
(…)
Cassiodore dit là-dessus : « On doit donner le montant exact d’un sou et parce que l’on a le dessus, on en retranche quelque chose ; on doit verser une livre et, parce que cela vous est possible, on la diminue un peu. Voilà des agissements que ces noms eux-mêmes, on le voit bien, rendent impossibles. Ou bien on s’acquitte intégralement, ou bien on ne paie pas ce qui est dit : de toute façon, on ne peut pas employer les noms des intégralités en effectuant des diminutions scélérates… Violer donc de tels secrets de la nature, vouloir ainsi rendre confuses les certitudes les mieux établies, cela ne semble-t-il pas une mutilation cruelle et infâme de la vérité elle-même ? … Pardessus tout, que poids et mesures soient irréprochables car tout est bouleversé si leur intégrité est altérée par les fraude. (53) »
(…)
(51). Ovide, Les Pontiques, l, 5, 26.
(52). Aristote, la Politique, l, 10 (1258b 7).
(53). Cassiodore, Variétés, 1, 10, 7, puis 10.
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Extraits du CHAPITRE XVII
Le gain dans la mutation de la monnaie est pire que l’usure
Il y a trois manières, me semble-t-il, par lesquelles on peut tirer du gain de la monnaie sans l’employer selon son usage naturel :
- La première, c’est par l’art du changeur, dépôt (55) ou commerce des monnaies ;
– La deuxième, c’est l’usure ;
– La troisième, la mutation de la monnaie.
La première manière est vile, la deuxième mal, la troisième pire.
Aristote (56) fit mention des deux premières et non de la troisième, parce qu’en son temps une telle perfidie n’avait pas encore été inventée.
Que la première soit vile et blâmable, Aristote le prouve par la raison déjà évoquée au chapitre précédent. D’une certaine façon, il s’agit en effet de faire engendrer l’argent.
Il appelle aussi l’art du changeur « obolostatique » : c’est ce que nous appelons couramment le poitevinage (57). C’est pourquoi l’apôtre saint Matthieu, qui avait été changeur, n’est pas retourné à son métier antérieur après la résurrection de Notre Seigneur, comme le fit saint Pierre qui, lui, avait été pêcheur. Pour expliquer ce fait, le bienheureux Grégoire (58) dit que « C’est une chose de gagner sa vie par la pêche, c’en est une autre de s’enrichir des gains du tonlieu (59). Il y a en effet beaucoup de métiers qu’il est bien difficile, voire même impossible, d’exercer sans pécher. »
De ce fait, il y a des arts mécaniques qui souillent le corps, tel que celui de l’égoutier, et d’autres qui souillent l’âme, comme c’est le cas de celui-ci.
Pour l’usure, il est tout à fait certain qu’elle est mauvaise, détestable et inique, et cela découle des Saintes Ecritures. Mais il reste à montrer maintenant que faire du gain lors d’une mutation de la monnaie est encore pire que l’usure.
En effet, l’usurier remet son argent à quelqu’un qui le reçoit volontairement et qui peut ensuite en tirer parti pour subvenir à ses besoins. Ce qu’on lui donne en plus du capital, c’est par un contrat volontaire entre les parties. Mais, dans une mutation indue de la monnaie, le prince ne fait rien d’autre que prendre, sans leur accord, l’argent de ses sujets, en interdisant le cours de la monnaie antérieure, meilleure et que tous préféraient à la mauvaise, pour leur rendre ensuite un argent moins bon, en l’absence de toute nécessité et sans que cela puisse avoir une quelconque utilité pour eux.
Lors même qu’il la fait meilleure qu’avant, c’est cependant pour qu’elle soit dépréciée par la suite, et qu’il leur attribue moins, à valeur égale, de la bonne que ce qu’il avait reçu de l’autre. De toute façon, il en retient une partie pour lui.
Donc, dans la mesure où il reçoit plus d’argent qu’il n’en donne, à l’encontre de l’usage naturel de celui-ci, cet accroissement est comparable à l’usure elle-même, mais elle est pire que l’usure en ce qu’elle est moins volontaire ou qu’elle s’oppose plus à la volonté des sujets, sans que cela puisse leur profiter, et en l’absence complète de toute nécessité. Puisque le gain de l’usurier n’est ni aussi élevé ni en général préjudiciable à autant de gens que l’est celui-ci, imposé à toute la communauté contre ses intérêts avec non moins de tyrannie que de fourberie, je me demande si l’on ne devrait pas l’appeler plutôt brigandage despotique ou exaction frauduleuse.
(55). « …per artem campsoriam, custodiam vel mercantiam monetarum… ». Littéralement, custodia signifie « garde », « surveillance ».
(56). Aristote, la Politique, l, 10 (l258a 38–1258b 9). Aristote n’a jamais fait mention, bien sûr, dans la Politique, de l’art du changeur ni de la mutation des monnaies. Aristote n’oppose à l’économique que la chrématistique, activité mercantile et usuraire. Les causes du glissement du contenu du texte d’Aristote au Moyen Age sont présentées dans l’introduction aux textes de Nicolas Oresme.
(57). « Pictavinagium ». Ce terme figure au nombre des additions que Dom Carpentier a apportées au Glossarium de Du Cange avec le sens de « prestation acquittée en poitevines », qui ne saurait convenir ici. En fait, la poitevine ou pite étant la monnaie divisionnaire qui valait un quart de denier, il faut comprendre que « poitevinage » désigne ici l’activité des manieurs d’argent. Le caractère péjoratif de ce terme ressort de diverses attestations de termes apparentés, renvoyant à l’habileté supposée du changeur à tromper, à ses manières cauteleuses et à ses profits mesquins (cf. Frédéric Godefroy, Dictionnaire de l’ancienne langue française, s.v. « poiteviner » et « poitevinesse » ; Edmond Huguet, Dictionnaire de la langue française du XVIe siècle, s.v . « poiteviner », d’ailleurs mal interprété).
(58). Grégoire le Grand, Homélies sur les Evangiles, XXIV (1 184c).
(59). Le tonlieu était, selon la définition du Petit Robert, sous l’Ancien Régime, un « impôt ou taxe sur les marchandises transportées », un « droit payé par les marchands pour étaler dans les foires et marchés ». Le changeur, bien que ne tirant pas directement profit de la perception de cette taxe, en dépendait indirectement en fournissant aux marchands la monnaie exigible au poste de tonlieu. Ainsi, monnaie, change et tonlieu sont étroitement liés dans les écrits médiévaux.
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Extraits du CHAPITRE XVIII
De telles mutations des monnaies, en soi, ne doivent pas être permises
Parfois, dans la communauté, pour qu’il n’arrive pas quelque chose de pire, et pour éviter le scandale, des choses déshonnêtes et mauvaises sont permises, telles que les lupanars publics.
Quelquefois aussi, par nécessité ou par commodité, on permet d’exercer une activité vile, comme le change, ou même dépravée, comme l’usure. Mais, en ce qui concerne cette mutation de monnaie faite pour en tirer du gain, on ne voit pas de cause au monde pour laquelle tant de gain devrait ou pourrait être admis. Par là, on n’évite pas le scandale mais on l’engendre plutôt, comme il ressort suffisamment du chapitre VIII. Bien des inconvénients s’ensuivent, dont certains ont déjà été évoqués et dont d’autres encore seront examinés par la suite.
(…)
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Extraits du CHAPITRE XIX
De certains inconvénients touchant le prince qui résultent des mutations des monnaies
Les inconvénients qui proviennent de ce type de mutation des monnaies sont nombreux et considérables.
Certains concernent principalement le prince, d’autres toute la communauté, d’autres encore des parties de celle-ci.
Ces derniers temps, on en a vu se produire bon nombre au royaume de France. Certains ont même déjà été évoqués plus haut, qu’il convient cependant de rappeler.
D’abord, il est vraiment exécrable et infâme au plus haut point de la part d’un prince de commettre une fraude, de falsifier la monnaie, d’appeler or ce qui n’est pas de l’or, et livre ce qui n’est pas une livre, et autres actes de cette sorte indiqués antérieurement aux chapitres XII et XIII. En outre, il lui incombe de condamner les faux-monnayeurs. Comment donc peut-il rougir assez si l’on trouve chez lui ce qu’il devrait chez autrui punir de la mort la plus infâme ?
Encore une fois, c’est un scandale considérable, comme on le disait au chapitre VIII, et avilissant pour le prince, que la monnaie de son royaume ne reste jamais dans le même état, qu’on la fasse varier d’un jour à l’autre et qu’elle vaille quelquefois plus dans un endroit que dans un autre au même moment.
D’autre part, durant ces périodes de mutations, on ignore très souvent combien vaut telle ou telle pièce, et il faut faire commerce de la monnaie, ou bien l’acheter et la vendre, ou bien changer le prix, à l’encontre de sa nature.
Et, ainsi, il n’y a aucune certitude pour la chose qui doit être la plus certaine, mais plutôt la confusion de l’incertitude et de la désorganisation qui attire le blâme sur le souverain.
De plus, il est absurde et tout à fait contraire à l’honneur d’un roi d’interdire le cours de la vraie et bonne monnaie du royaume et, poussé par la cupidité, de sommer, que dis-je, de contraindre ses sujets à utiliser de la moins bonne monnaie, comme si l’on voulait dire que ce qui est bon est mauvais, et vice versa, alors qu’il est pourtant dit là-dessus par le Seigneur par la voix du prophète (61) : « Malheur à vous qui dites que le bien est mal et que le mal est bien. »
Et, encore une fois, il est malséant au prince de ne faire aucun cas de ses prédécesseurs, car chacun est tenu par commandement divin d’honorer ses parents.
Or, il paraît nuire lui-même à la considération due à ses aïeux quand il abroge leur bonne monnaie et qu’il la fait fondre avec leur effigie, et qu’au lieu de la monnaie d’or qu’ils avaient fabriquée, il fait une monnaie en partie de cuivre. N’est-ce pas là ce qui a été évoqué dans le troisième livre des Rois, où l’on dit que le roi Roboam rejeta « les écus d’or qu’avait faits Salomon, son père, qu’il remplaça par des écus de bronze (62) ». C’est encore ce même Roboam qui perdit les cinq sixièmes de son peuple pour avoir voulu trop grever ses sujets.
Enfin, un roi doit au contraire abhorrer sans réserve les ACTES de TYRANNIE et c’en est un qu’une TELLE MUTATION, on a déjà souvent eu l’occasion de le dire, et qui est également préjudiciable et périlleux pour toute la postérité du roi, comme on le montrera plus longuement par la suite.
(61). Isaïe, V, 20.
(62). I Rois, XIV, 27. Dans la Bible, il s’agit de boucliers, mais Nicolas Oresme joue sur le fait que ce terme avait fini par désigner les pièces d’or frappées d’un bouclier émises depuis Louis IX.
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Extraits du CHAPITRE XX
Autres inconvénients touchant la communauté tout entière
Parmi les nombreux inconvénients provenant de la MUTATION de la MONNAIE qui concernent la communauté entière, il en est un qui a été évoqué plus haut, principalement au chapitre XV, c’est que par là, le PRINCE PEUT ATTIRER à lui PRESQUE TOUT L’ARGENT de la COMMUNAUTÉ et complètement APPAUVRIR ses SUJETS.
Et, de même que certaines maladies chroniques sont plus dangereuses que d’autres en ce qu’elles sont moins sensibles, de même un tel prélèvement s’exerce d’autant plus dangereusement qu’il est moins perçu.
En effet, le PEUPLE NE RESSENT PAS le POIDS de cette IMPOSITION aussi vite que celui d’un autre prélèvement, et cependant, nulle taille sans doute ne peut être plus lourde, nulle plus générale, nulle plus considérable.
L’or et l’argent, par suite de telles mutations et affaiblissements, s’amoindrissent dans le royaume parce qu’en dépit de la surveillance on les emporte à l’extérieur, où ils sont donnés plus cher.
Les hommes s’efforcent en effet volontiers de porter leur monnaie aux lieux où ils la croient valoir plus.
Il s’ensuit donc la diminution de la matière des monnaies dans le royaume.
En outre, il arrive que ceux qui vivent en dehors du royaume y apportent alors une monnaie qu’ils ont contrefaite et attirent ainsi à eux le gain que le roi, lui, croit avoir. Enfin, c’est la matière même de la monnaie que l’on peut consumer à force de la fondre et refondre aussi souvent que l’on a coutume de le faire là où se pratiquent des mutations de ce type. Ainsi donc, la matière monnayable est diminuée de trois façons à l’occasion des mutations précitées. Elles ne peuvent donc se prolonger, on le voit, là on l’on ne regorge pas de matière monnayable provenant des minerais ou d’autres sources, car le prince finirait ainsi par ne plus en avoir assez pour lui permettre de faire de la bonne monnaie en suffisance.
Par suite de ces mutations, on cesse d’apporter les bonnes marchandises ou richesses naturelles des royaumes étrangers à celui dans lequel la monnaie est ainsi muée, parce que les négociants, toutes choses égales par ailleurs, préfèrent se rendre dans les lieux où ils trouvent une monnaie sûre et bonne. Et c’est enfin à l’intérieur même de ce royaume que, par de telles mutations, l’activité des négociants se trouve perturbée et entravée de bien des façons.
En outre, on le sait, DURANT ces MUTATIONS, ON NE PEUT ÉVALUER ou APPRÉCIER bien et juste les REVENUS en argent, PENSIONS annuelles, LOYERS, cens et choses semblables.
Par ailleurs, l’ARGENT NE PEUT ÊTRE PRÊTÉ (63) SANS DANGER, et cela à CAUSES d’ELLES ; et, qui plus est, beaucoup se refusent à rendre ce service charitable par suite de ces mutations.
La suffisance de matière monnayable, les négociants et toutes les autres choses précitées sont pourtant ou nécessaires ou fort utiles à la nature humaine, et les choses qui s’y opposent sont préjudiciables et nocives à l’ensemble de la communauté civile.
(63). Il s’agit du prêt sans intérêt, mutuum, d’où, plus loin, l’évocation d’un service charitable.
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Extraits du CHAPITRE XXI
Autres inconvénients qui touchent des parties de la communauté
Certains corps de la communauté s’emploient à des activités honorables ou utiles à tout l’Etat, qui ont pour but d’accroître ou gérer les richesses naturelles pour les besoins de la communauté (64) : ce sont les hommes d’Eglise, les juges, les soldats, les cultivateurs, les négociants, les artisans et leurs semblables.
Mais il en est un autre qui augmente ses richesses personnelles par l’exercice d’un métier vil : ce sont les CHANGEURS, MARCHANDS de MONNAIE ou BILLONNEURS ; et, certes, cette activité est honteuse, comme on le disait au chapitre XVIII.
Partant, ces derniers, qui sont pour ainsi dire superflus à l’Etat, et certains autres, tels que les RECEVEURS et les MANIEURS d’ARGENT ou leurs semblables, PRENNENT une GRANDE PART du REVENU ou GAIN qui provient des MUTATIONS de MONNAIE et, soit malice, soit hasard, S’ENRICHISSENT de ce fait, à l’encontre de Dieu et de la justice, puisqu’ils n’ont pas mérité de telles richesses et qu’ils SONT INDIGNES de TANT DE BIENS.
D’autres en sont appauvris, qui constituent les corps les meilleurs de cette communauté, si bien que le prince, par là, lèse ses sujets les plus nombreux et les meilleurs, les grève à l’excès et que, cependant, tout le gain ne lui en revient pas, mais que ceux que l’on a cités en ont une grande part, eux dont l’activité est vile et entachée de fraudes.
En outre, quand le prince ne fait pas savoir à l’avance à son peuple la date et les modalités de la future mutation de monnaie qu’il entend faire, il en est qui, grâce à leurs astuces ou à leurs amis, la prévoient en secret, achètent alors des marchandises contre la monnaie faible, les vendent par la suite contre de la forte, et s’enrichissent ainsi en un tournemain en faisant indûment d’énormes gains à l’encontre du cours légitime du commerce naturel. On voit que c’est là une sorte de monopole, au détriment et au préjudice de tout le reste de la communauté.
Et d’autre part, par de telles mutations, il est fatal que les revenus évalués à une certaine quantité d’argent subissent soit une injuste diminution, soit une augmentation non moins injuste, comme on l’a mentionné plus haut dans le chapitre sur la mutation de l’appellation de la monnaie.
De plus, par de telles variations et altérations des monnaies, le prince donne aux méchants l’occasion de faire de la fausse monnaie, soit parce que cela heurte moins leur conscience de la falsifier du fait que le prince, ils le voient bien, en fait autant, soit parce que leur falsification n’est pas si aisément décelée et qu’ils peuvent dans ces circonstances plus facilement perpétrer de nombreux méfaits que si la bonne monnaie continuait d’avoir cours.
Enfin, tant qu’elles se prolongent, elles donnent lieu à un nombre presque incalculable d’ambiguïtés, d’obscurités, d’erreurs et de difficultés inextricables dans les comptes de dépenses et de recettes.
Elles sont aussi à l’origine de litiges et de poursuites diverses, acquittements de dettes défectueux, fraudes, désordres, abus innombrables et maux multiples que je ne saurais expliquer, peut-être plus considérables et plus graves encore que ceux qui ont été énumérés jusqu’ici.
Et cela n’a rien d’étonnant car, comme dit Aristote (65), « un mal donné en entraîne beaucoup d’autres », ce n’est pas difficile à constater.
(64). Le texte de l’original latin, tel que l’ont transmis les manuscrits connus, ne mentionne pas ici, contrairement à celui de la version française, les activités propres aux ecclésiastiques, juges et soldats auxquels il fait pourtant immédiatement allusion. Lacune ou interpolation ?
(65). Aristote, les Topiques, II, 5, ?
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Extraits du CHAPITRE XXII
La communauté peut-elle faire de telles mutations de monnaie ?
Puisque, comme on l’a montré au chapitre VI, la monnaie appartient à la communauté, on voit bien que cette même communauté peut en disposer à son gré.
Elle peut donc la modifier autant de fois qu’elle le veut, prendre là-dessus autant qu’il lui plaît et en user comme de sa chose, surtout si cette même communauté a besoin d’une grosse somme d’argent pour la guerre, la rançon de son prince ou autre accident semblable.
(…)
Donc, dans le cas précité, celle-ci peut et doit être faite par la communauté elle-même. Là-dessus, sous réserve d’un meilleur avis, il me semble à présent que l’on peut dire ce qui suit.
Dans un premier cas, cette somme d’argent dont la communauté a besoin doit être transportée ou versée dans des contrées lointaines et chez des gens avec lesquels on n’a pas de relations et, par ailleurs, elle est si élevée que la matière monnayable en sera pour longtemps considérablement moindre dans cette communauté ; et, dans ce cas, c’est par le biais d’une mutation de la matière ou de l’aloi de la monnaie qu’on peut lever une contribution car, par suite de la raison indiquée et selon les modalités décrites au chapitre XIII, si l’on faisait toute autre mutation, celle-ci devrait fatalement être faite ultérieurement. Mais, si la somme précitée n’est pas aussi considérable ou si elle est versée de telle manière, quelle que soit celle-ci, que la matière monnayable n’en puisse être amoindrie considérablement, je déclare, sans minimiser les maux évoqués au début du présent chapitre, qu’une telle mutation de la monnaie en entraînerait de plus nombreux et de plus graves que toute contribution. Elle ferait surtout courir le risque que le prince veuille finalement s’arroger le droit d’y recourir, ce qui ferait réapparaître tous les maux déjà mentionnés.
Et que l’on ne m’objecte pas mon premier principe où il était dit que l’argent appartient à la communauté, car ni la communauté ni personne n’a le droit d’abuser de son bien ou d’en user illicitement, et c’est ce que ferait la communauté si elle muait les monnaies dans ces conditions.
Si, par hasard, la communauté fait elle-même une telle mutation, de quelque manière que ce soit, il faut alors, dès que possible, rétablir l’état dû et permanent de la monnaie et cesser tout prélèvement de gain sur elle.
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Extraits du CHAPITRE XXIII
Où l’on avance que le prince peut muer les monnaies
On a coutume de dire qu’en cas de nécessité tout appartient au prince.
Il peut donc prélever sur les monnaies de son royaume tout ce qui lui semble bon, et comme bon lui semble, lorsqu’il est acculé ou pressé par la nécessité, pour la défense de l’Etat ou de son règne (66).
Or, la mutation de la monnaie est un moyen commode et approprié de collecter de l’argent, comme il ressort de ce qui a été dit au chapitre précédent.
(…)
Cette même communauté peut donc, si elle ne l’a pas fait dans le passé, concéder au prince le pouvoir de muer les monnaies de cette manière, se dépouiller ainsi du droit de réglementer et de muer la monnaie, et donner au prince une part de la monnaie, à prendre de la manière qu’il veut.
De même, si, en droit commun, il revient à la communauté de réglementer les monnaies, comme on l’a déjà dit souvent, et que celle-ci n’a pu se mettre d’accord sur une modalité unique en raison des désaccords de la multitude, est-ce qu’elle n’a pu condescendre, sur ce point, à ce que l’entière disposition de la monnaie soit dorénavant à la volonté du prince ?
Si, bien sûr, et aussi à ce qu’il tire, par cette raison, un revenu de la mutation ou de la réglementation de la monnaie. Par ailleurs, comme on le disait au chapitre VII, il faut fixer une certaine indemnité pour la fabrication de la monnaie, et le prince peut et doit prélever une partie de cette indemnité.
Il peut donc, pour la même raison, avoir ou recevoir là-dessus de plus en plus de gain, autant par conséquent que ce que lui rapporterait une mutation de la monnaie.
Il peut donc aussi, en ayant recours à de telles mutations, alléger ce prélèvement.
(…)
Il se peut donc qu’une part importante de ces revenus ait été autrefois assignée sur le monnayage, de sorte qu’il soit permis au prince de recevoir du gain en muant les monnaies.
(…)
(66). » .. .principatus sui regni … » signifie à peu près : « son droit à régner sur son royaume « . Toute cette partie du Traité fait clairement référence à la situation contemporaine du royaume de France qui doit affronter le problème de la captivité du roi Jean Il dont son rival anglais exige une rançon.
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Extraits du CHAPITRE XXIV
Réponse à ce qui précède et conclusion principale
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En réponse à l’argument qui consiste à dire que la communauté, à qui la monnaie appartient, peut se dépouiller de son droit et le remettre tout entier au prince, et que le droit de battre monnaie serait ainsi tout entier dévolu au prince, il m’apparaît d’abord que c’est quelque chose qu’une communauté dûment consultée ne ferait jamais et, d’autre part, qu’il ne lui serait de toute façon pas permis de muer les monnaies ou de faire un mauvais usage de son bien propre, comme il est dit au chapitre XXII.
En outre, la communauté des citoyens, qui est naturellement libre, ne se réduirait jamais elle-même à la servitude, ni ne se mettrait sous le joug d’un pouvoir tyrannique en connaissance de cause.
Si donc, trompée, intimidée par des menaces ou contrainte, elle concède au prince de telles mutations, sans s’apercevoir des maux qui s’ensuivent, et qu’elle s’assujettit ainsi servilement, elle peut annuler cette concession sur-le-champ et de n’importe quelle façon.
(…)
De même, donc, que la communauté ne peut concéder au prince le droit d’abuser des épouses des citoyens auxquelles il en voudrait, de même ne peut-elle lui donner un tel privilège monétaire dont il ne pourrait user que mal en exigeant un gain sur leurs mutations, comme il ressort assez de bien des chapitres précédents.
(…)
Je dis qu’elle le peut à certains égards et dans certaines circonstances, mais non en lui concédant le pouvoir d’amasser autant de gain au moyen de ces mutations indues. A cet autre argument, tiré du chapitre VII, selon lequel le prince peut recevoir un certain revenu sur la monnaie, il est facile de répondre qu’il s’agit là pour ainsi dire de lui allouer une petite somme, limitée, qu’il ne peut augmenter à volonté par les mutations précitées, mais qui demeure au contraire sans variation aucune. On le concède, le prince peut avoir des revenus, et il doit tenir un rang magnifique, le plus honorable qui soit.
Mais ces revenus peuvent et doivent être assignés ailleurs et réunis autrement que par ces mutations indues d’où naissent, comme on l’a montré auparavant, des maux si grands et si nombreux.
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De tout cela, il faut conclure que le prince ne peut faire ces mutations et en retirer du gain ni par le droit commun ou ordinaire, ni par privilège, don, concession ou pacte, ni par toute autre autorité ou toute autre manière, et que cela ne peut être de son domaine ni lui appartenir en aucune façon. En conséquence, lui refuser ce droit, ce n’est pas le spolier ni aller à l’encontre de la majesté royale, comme le disent faussement des adulateurs menteurs, sophistiques, et qui trahissent l’Etat. Par ailleurs, puisque le prince est tenu de ne pas faire cela, il n’a aucun titre à recevoir une quelconque allocation ou un don pour s’abstenir de cette exaction abusive : cela, en effet, ne paraît pas autre chose que le prix du rachat de la servitude que nul roi ni bon prince ne doit exiger de ses sujets.
Enfin, à supposer, mais ceci n’est pas acquis, qu’il ait le privilège de prendre quelque chose sur la monnaie pour en fabriquer de la bonne et la maintenir dans cet état, il devrait encore perdre ce privilège dans le cas où il en abuserait au point de muer et falsifier la monnaie pour accroître son gain personnel de manière non moins cupide que honteuse.
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Extraits du CHAPITRE XXV
Un tyran ne peut durer longtemps
(…)
Le tyran prise et chérit son propre bien-être plus que le salut commun de ses sujets, et c’est pourquoi il s’efforce de maintenir son peuple dans une soumission servile.
(…)
Et c’est là l’intérêt véritable et la gloire du souverain dont le pouvoir, comme dit Aristote (72), est d’autant plus noble, d’autant meilleur que les hommes sur lesquels il l’exerce sont libres et accomplis, et d’autant plus durable que le roi persévère avec zèle dans une telle résolution, Cassiodore (73) ayant dit : « L’art de gouverner, c’est d’aimer ce qui convient au plus grand nombre. »
Chaque fois, en effet, que la royauté se transforme en tyrannie, elle est vite menacée de disparaître, parce qu’elle est ainsi prédisposée à la discorde, à l’usurpation et à des périls de toutes sortes. Surtout dans une contrée policée et éloignée de la barbarie servile où, par coutume, par lois et par nature, les hommes sont libres, et non pas asservis ni insensibles par habitude à la tyrannie, tels que la servitude ne pourrait leur convenir et qu’eux n’y pourraient consentir, tels qu’ils ne sauraient voir que violence dans l’oppression du tyran, dès lors précaire, parce que, comme dit Aristote (74), « la violence court à sa perte. »
(…)
Or, un corps est mal en point quand les humeurs affluent à l’excès à l’un de ses membres : souvent, elles l’enflamment et l’enflent gravement, tandis que les autres membres se dessèchent et s’amoindrissent terriblement. Alors, l’équilibre convenable est rompu et ce corps-là ne peut vivre longtemps.
Il en est de même d’une communauté ou d’un royaume quand les richesses sont drainées outre mesure par l’une de ses parties.
En effet, une communauté ou un royaume dont les souverains obtiennent une énorme supériorité sur leurs sujets en fait de richesse, de pouvoir et de rang, est comme un monstre, comme un homme dont la tête est si grande, si grosse, que le reste du corps est trop faible pour la porter.
De même qu’un tel homme ne peut se soutenir ni longtemps vivre ainsi, de même donc, ne pourrait se maintenir un royaume dont le prince drainerait à l’excès les richesses, comme cela se ferait par les mutations de la monnaie, ainsi qu’il ressort du chapitre XX.
Par ailleurs, dans la polyphonie, si l’uniformité n’apporte ni plaisir ni agrément, l’excès ou l’abus de contraste y détruit et anéantit toute l’harmonie : il y faut au contraire une variété réglée et mesurée durant laquelle les choeurs mêlent avec bonheur de douces mélodies. Il en va généralement de même des diverses parties de la communauté : l’égalité de biens ou de pouvoir n’est pas convenable, elle ne « sonne » pas bien, mais, à l’inverse, une disparité excessive ruine et anéantit l’harmonie de la société, comme le fait ressortir Aristote (80) au livre V de la Politique.
C’est surtout, en vérité, si le prince lui-même, qui est dans le royaume ce que sont dans le chant la teneur et la voix principale, chante trop fort et sans s’accorder avec le reste de la communauté, que la douce musique du gouvernement royal sera troublée.
C’est pourquoi, selon Aristote (81), il y a encore une autre différence entre le roi et le tyran : le tyran veut être plus puissant que toute la communauté qu’il domine par la violence ; la modération du roi, au contraire, va de pair avec un régime tel qu’il est plus grand et plus puissant que chacun de ses sujets, mais qu’il est cependant inférieur à cette communauté tout entière en forces et en ressources, et qu’il se trouve ainsi dans une situation moyenne.
Puisque le pouvoir royal tend communément et facilement à s’accroître, il faut donc faire preuve de la plus grande défiance et d’une vigilance toujours en éveil. Oui, c’est une sagesse suprême qui est requise pour le préserver de dégénérer en tyrannie, surtout à cause des tromperies des adulateurs qui, comme dit Aristote (82), ont toujours poussé les princes à la tyrannie.
En effet, comme on lit dans le Livre d’Esthey (83), ceux-ci « abusent avec une habile fourberie la confiance naïve des princes qui juge des autres d’après leur propre nature », et c’est par leurs « suggestions que se dévoient les élans des rois ».
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En effet, comme dit Aristote (85), rares sont les choses qu’il faut laisser au libre arbitre du juge ou du prince.
C’est Aristote (86) encore qui rapporte l’exemple de Théopompe, roi de Sparte.
Celui-ci avait renoncé en faveur du peuple à de nombreux pouvoirs et aux tributs imposés par ses prédécesseurs. C’est pourquoi sa femme se lamentait en lui faisant honte de transmettre à ses fils une royauté procurant moins de revenus que celle qu’il avait reçue de son père. Il lui répondit alors en ces termes : « Je la transmets plus durable. » Ô paroles inspirées ! Ô de quel poids sont ces mots qu’il faudrait peindre en lettres d’or dans les palais des rois ! « Je la transmets », dit-il, « plus durable », c’est-à-dire : « J’ai plus accru la royauté en la rendant durable qu’elle n’a été diminuée par la réduction de son pouvoir. »
« En voici un qui surpasse Salomon (87) ! »
En effet, si Roboam, dont j’ai parlé plus haut (88), avait reçu de son père Salomon un royaume régi selon ces principes et qu’il l’avait gouverné dans cet esprit, jamais il n’aurait perdu dix des douze tribus d’Israël, et le chapitre XLVII de l’Ecclésiastique (89) ne lui aurait pas reproché : « Tu as déshonoré ton lignage au point de faire retomber la colère sur tes enfants et les conséquences de ta déraison sur tous les autres : par ta faute, la royauté s’est brisée en deux. » Il est donc ainsi démontré que si le pouvoir d’un roi se transforme en tyrannie, il faut qu’on y mette terme rapidement.
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(81). Aristote, op. cit., V, II.
(82). Aristote, op. cÜ., V, Il (1314a 2).
(83). Esther, XVI, 6, 7.
(85). Aristote, op. cit., III, 16, ?
(86). Aristote, op. cit., V, Il (1313a 24–33).
(87). Evangile selon saint Luc, XI, 31. Cette réminiscence évangélique assure fort à propos une transition entre l’histoire exemplaire trouvée chez Aristote et celle empruntée à la Bible. Elle est par ailleurs tirée d’un contexte sans rapport avec le propos de Nicolas Oresme, puisque c’est de Jésus lui-même qu’il s’agit ici.
(88). Voir chapitre XIX.
(89). Ecclésiastique, XLVII, 20–21.
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Extraits du CHAPITRE XXVI
Tirer du gain des mutations des monnaies porte préjudice à toute la postérité du roi
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Le premier, c’est que c’est une chose très répréhensible chez un roi et qui porte préjudice à ses successeurs que ce par quoi la royauté prépare sa propre perte ou son aliénation à des étrangers.
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Troisièmement, je soutiens que, comme je l’ai déjà prouvé et bien souvent répété, tirer du gain à la faveur d’une mutation de la perfide, tyrannique et injuste, une pratique aussi dont on ne peut user de façon continue dans un royaume sans qu’il ne soit, à coup sûr, bientôt transformé en tyrannie à bien d’autres égards.
Il ne suffit pas que des maux résultent de la mutation, il faut encore, par conséquent, qu’elle soit précédée d’autres maux et accompagnée d’autres encore. Parce qu’elle ne peut être conseillée que par des hommes aux intentions mauvaises et disposés à conseiller toutes sortes de fraudes et d’iniquités tyranniques s’ils voient que le prince y est enclin ou qu’on peut l’y incliner.
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Merci « Kimalu » 🙂
Étienne.
Bonsoir Etienne, et à tous
Ce n’est pas le sujet mais je souhaite vous prendre à témoin… Pardonnez les fautes de fatigue ..
7 personnes sont mortes pdt une campagne électorale en France.
La compétition, la haine, les attaques incessantes sont en train de nous abrutir.
Mohamed Merah et son clan ont tué le 11 mars.
Un militaire. Tuer un militaire francais un 11 c’est signé et en rapport avec l’Afghanistan.
La police ne pouvait pas ne pas faire le rapprochement avec Al Qaida , ce sont des pros et ils doivent réagir sur un fait qu’eux sont en capacité de décoder très rapidement. C’est leur métier.
Ils s trouvent que le clan Merah était connu par eux dans cette région ou il n’y a pas tant de profils salafistes possibles.
Le loup solitaire est une foutaise qui vole en éclat par le simple fait que le scooter
de 200 kg ne peut être volé par une seule personne , ce fait n’étant peut être pas connu tout de suite , quoiqu’il y ait au moins un témoin le 11 mars.
Donc privilégier une piste d’extreme droite ce qui a conduit à perdre du temps a été une faute grossière et non ce que les médias « anti sarko » ont fait accroire , police efficace , enquete rapide.
Il faut organiser une réaction par rapport à cela, car c’est une honte absolue qui est en train de se produire. Il y a un possible complot d’un clan pour rester au pouvoir
et qui est meme indirectement et parce qu’il a demandé à sa police de baisser la garde
responsable de la mort d’au moins 4 personnes dont 3 enfants.
il faut demander une enquete parlementaire
et en parler autour de soi, au boulot , sur les sites , partout…
Pour le scooter, la police ne peut pas le savoir le 11, c’est une erreur de ma part.
Par contre ca ne change rien au reste
ni au traitement médiatique , puisque cette excuse du loup solitaire pour ne pas surveiller Merah a été infirmée par la découverte du clan salafiste identifié par la police auquel il appartient.
Une fois que l’on sait que le scooter de 200 kg est volé , on sait que Merah ne peut pas agir seul.
Il reste qu’à la télé on parle toujours de l’efficacité de la police et de sa rapidité
ce qui est en ligne directe avec la sécurité le point « fort » de Sarko.
Il reste le 11 , et le militaire qui suffisent
Bonjour, Etienne. Je voudrais savoir comment pouvoir discuter avec vous de sujets philosophiques et culturels intelligents non marchandisés me permettant d’échapper à ce monde de brutes ultra hayekiennes.