- Je vous signale d’abord un article intéressant, qui nous vient de Belgique,
– et qui m’inspire un important souvenir de lecture que je vous signalerai juste après :
Les personnages clés seraient-ils des psychopathes ?
Selon un ancien professeur anglais, cela pourrait expliquer la crise que connait actuellement le monde.
Alors qu’on annonce que 2012 sera (encore) l’année de la crise de la dette, de l’austérité, bref de la crise économique et financière, de plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer le système financier, les marchés qui dirigent le monde. Des marchés souvent accusés de ne pas tenir compte des humains qu’ils broient. C’est ce qui fait dire à Clive R. Boddy, professeur à l’université de Nottingham, que beaucoup des hauts responsables financiers seraient en fait des psychopathes.
Selon ce professeur, cité par Bloomberg, les psychopathes sont des personnes « manquant de conscience, ne ressentant que peu d’émotions et incapables de ressentir sentiments, sympathie ou empathie pour les autres ». Ces personnes se montrent plus froides et calculatrices que les autres et « représentent donc une menace pour les entreprises et la société ».
Mais comment des personnes avec un tel profil psychologique ont-elles pu atteindre des postes si élevés ? Selon Clive Boddy, cela est imputable au monde actuel et à l’organisation des entreprises, avec un personnel qui bouge tout le temps, passe de sociétés en sociétés. Cela permet aux psychopathes de passer inaperçus et de monter rapidement, pouvant même apparaître comme de bons leaders là où, à une autre époque, ils auraient été vite repérés pour leur égocentrisme et leur manque d’éthique.
C’est l’ascension de ce type de profils dans des entreprises financières qui aurait causé la crise, selon le professeur. Car à des postes-clé, ces psychopathes sont dirigés par leur volonté de s’enrichir et de progresser, au détriment de toute responsabilité sociale. Peu importe, pour eux, les dégâts causés.
Ce n’est pas la première fois que des scientifiques mettent en avant le comportement dangereux des employés du monde de la finance. Ainsi, en septembre, une étude suisse affirmait que certains traders avaient des comportements plus dangereux que les psychopathes. 28 d’entre eux avaient été soumis à des tests psychologiques et les résultats avaient été comparés à ceux de 24 psychopathes hospitalisés dans des établissements sécurisés en Allemagne. Il en ressortait que dans un contexte de compétition, les traders étaient prêts à tout pour prendre l’avantage sur leurs concurrents. « Il s’est avéré qu’ils ont eu un comportement plus égocentrique et ont été plus enclins à prendre des risques que le groupe de psychopathes qui ont été soumis aux mêmes tests », expliquait l’un des chercheurs au Spiegel.
J.C.
Cette folie, cette húbris (démesure), redoutée (et sévèrement punie) par les Grecs anciens, me fait penser à une précieuse information dénichée au creux d’un de mes livres que j’ai toujours en poche, près de moi — LE CONCEPT FONDAMENTAL DE VERGOGNE.
Je soumets donc ce passage annoté de PLATON à votre réflexion :
Extraits du livre de Bruno Bernardi, « La démocratie », p. 56 :
D’abord, une explication liminaire (très importante) de Bruno Bernardi,
pour bien comprendre le mot VERGOGNE, utilisé dans l’extrait de Platon :
« La traductrice a retenu le terme vergogne, assez archaïsant, pour rendre le grec aidos. Elle consacre une notice à cette notion qui pourrait être définie comme la prise en compte, dans le comportement d’un individu, de l’idée de soi qu’il donnera à autrui. »
Je trouve que faire de ce trait de caractère —largement méconnu aujourd’hui— un FONDEMENT CENTRAL de toute démocratie digne de ce nom est stimulant pour l’esprit. Ça se médite, je trouve.
Mais lisez plutôt ce passage passionnant de Platon pour décrire l’importance vitale de la vergogne dans un régime qui présuppose l’égalité POLITIQUE générale et donne la parole à tout le monde :
PLATON (Protagoras, 322b-323a) :
« Mais à chaque fois qu’ils étaient rassemblés, ils se comportaient d’une manière injuste les uns envers les autres, parce qu’ils ne possédaient pas l’art politique, de sorte que, toujours, ils se dispersaient à nouveau et périssaient. Aussi Zeus, de peur que notre espèce n’en vînt à périr tout entière, envoie Hermès apporter à l’humanité la Vergogne et la Justice, pour constituer l’ordre des cités et les liens d’amitié qui rassemblent les hommes. Hermès demande alors à Zeus de quelle façon il doit faire don aux hommes de la Justice et de la Vergogne : « Dois-je les répartir de la manière dont les arts l’ont été ? Leur répartition a été opérée comme suit : un seul homme qui possède l’art de la médecine suffit pour un grand nombre de profanes, et il en est de même pour les autres artisans. Dois-je répartir ainsi la Justice et la Vergogne entre les hommes, ou dois-je les répartir entre tous ? » Zeus répondit : « Répartis-les entre tous, et que tous y prennent part ; car il ne pourrait y avoir de cités, si seul un petit nombre d’hommes y prenaient part, comme c’est le cas pour les autres arts ; et instaure en mon nom la loi suivante : qu’on mette à mort, comme un fléau de la cité, l’homme qui se montre incapable de prendre part à la Vergogne et à la Justice. »
C’est ainsi, Socrate, et c’est pour ces raisons, que les Athéniens comme tous les autres hommes, lorsque la discussion porte sur l’excellence en matière d’architecture ou de n’importe quel autre métier, ne reconnaissent qu’à peu de gens le droit de participer au conseil, et ne tolèrent pas, comme tu le dis, que quelqu’un tente d’y participer sans faire partie de ce petit nombre ; ce qui est tout à fait normal, comme je le dis, moi ; lorsqu’en revanche, il s’agit de chercher conseil en matière d’excellence POLITIQUE, chose qui exige toujours sagesse et justice, il est tout à fait normal qu’ils acceptent que TOUT homme prenne la parole, puisqu’il convient à chacun de prendre part à cette excellence — sinon, il n’y aurait pas de cités. Voilà donc, Socrate, la cause de ce fait. »
Source : Platon, Protagoras, 322b-323a, trad. F. Ildefonse, Paris, GF-Flammarion, 1997, p. 86–87.
cité par Bruno Bernardi, dans son EXCELLENT florilège intitulé simplement « La démocratie »
Étonnant, non ?
Vous imaginez une Constitution moderne qui proclamerait en préambule : « qu’on mette [au ban], comme un fléau de la cité, l’homme qui se montre incapable de prendre part à la Vergogne et à la Justice. » ?
Au plaisir de vous lire.
Étienne.

Ce n’est pas parce que l’on est psychopathe que l’on génère « la crise », c’est parce que l’on refuse de penser ce qu’est « le fondement de la valeur » qu’on devient psychopathe…
Et il n’y a pas que les élites du Capital qui deviennent « psychopathes », il y a une maladie qui fait partie de « la crise », elle atteint gravement à la fois les « dominants » et les « dominés » dès lors qu’ils portent les mêmes œillères qui interdisent (entre autre) de lire Marx quand il expose la théorie de la valeur et de l’exploitation, ou étudie les conditions de reproduction du système, car il se place dans un monde abstrait où le crédit, la finance, les rentiers, sont en quelque sorte absents et restent au second plan du face à face entre capitalistes et travailleurs, seule « origine du mal »… Il ne s’agit pas d’une simplification réductrice mais d’un moment dans la théorie qui conduit ensuite à l’introduction de catégories supplémentaires, telles que la rente ou l’intérêt.
Dans cette méthode, les niveaux d’analyse sont imbriqués de manière cohérente, ce qui veut dire que l’étude de la finance doit se faire en aval de la théorie de la valeur. De ces très riches pages de « l’auteur tabou des psychopathes », on peut au fond retenir deux propositions essentielles :
1) la finance ne crée pas de valeur, et les revenus financiers sont des revenus dérivés de la plus-value ;
2) les actions constituent un capital fictif dont la valeur est un droit seulement virtuel sur la plus-value.
La théorie de la valeur consiste à dire qu’il n’y a pas d’autre source de valeur que l’exploitation du travail salarié. On ne peut « s’enrichir en dormant » qu’à la condition de pouvoir capter une partie des richesses produites par d’autres. Pourtant, aujourd’hui encore, et depuis vingt ans au moins, une couche sociale étroite s’enrichit grâce à la croissance spectaculaire des revenus financiers. Il en résulte une illusion, qui existait déjà à l’époque de Marx, selon laquelle certaines fractions du capital pourraient se mettre en valeur, de manière séparée du processus de production : « L’idée que cette forme de capital est autonome est renforcée par le fait que du capital prêté rapporte de l’intérêt, qu’il soit ou non effectivement employé comme capital »2.
Marx insiste sur le fait qu’il s’agit là d’une représentation à la fois populaire et adéquate à la réification de l’ensemble des rapports de production : « dans sa représentation populaire, le capital financier, le capital rapportant de l’intérêt est considéré comme le capital en soi, le capital par excellence »3. C’est dans ces passages que Marx développe le concept de fétichisme4 autour de l’idée fondamentale suivante : alors que le capitalisme est un ensemble de rapports sociaux, autrement dit de rapports entre les êtres humains, son mode de fonctionnement conduit à une représentation où le destin des hommes (et les femmes) est tributaire de choses (d’où le terme de réification), par exemple les « marchés financiers » : cette « capacité de l’argent ou de la marchandise de faire fructifier leur propre valeur, indépendamment de la reproduction, – c’est la mystification capitaliste dans sa forme la plus brutale »5.
Seule la théorie de la valeur permet de comprendre pourquoi il s’agit d’une illusion » (extraits du blog Hussonet)… Or se cramponner à une illusion est le propre des « psychopathes ».
Mais il n’y a rien à attendre de la vertu spontanée des acteurs : il nous faut de bonnes INSTITUTIONS, qui contraignent les acteurs à a vertu et qui les contrôlent rigoureusement.
D’où l’importance cardinale de la bonne qualité du processus constituant, sans conflits d’intérêts.
« Étonnant, non ?
Vous imaginez une Constitution moderne qui proclamerait en préambule : « qu’on mette au ban, comme un fléau de la cité, l’homme qui se montre incapable de prendre part à la Vergogne et à la Justice. » ?
Au plaisir de vous lire.
Étienne. »
N’est-ce pas ce que l’on fait avec les prisons ?
Après, pourquoi y a‑t-il si peu de financiers en prison…
Héloïse,
Que voulez-vous dire ?
Je lis Marx, bien sûr, sa théorie (très séduisante) de la valeur et ses précieuses explications sur le capital fictif, bien sûr.
J’en lis bien d’autres aussi (sans tabou : j’ai quelques dizaines de livres importants sur la valeur), comme par exemple ce très stimulant dernier livre d’André Orléan, « L’empire de la valeur. Refonder l’économie » (2011), où je lis, par exemple, ce passage qui ne manquera pas de vous intéresser :
Chapitre I La valeur substance : Travail et utilité
Une économie marchande est une économie dans laquelle la production des biens se trouve dans les mains d’une multitude de producteurs-échangistes indépendants qui décident, souverainement, en fonction de leurs seuls intérêts personnels, de la qualité et de la quantité des biens qu’ils produisent. En raison même de cette autonomie des décisions privées, rien n’assure a priori que les biens produits dans de telles conditions répondront aux besoins de la société. Ce n’est qu’a posteriori, une fois la production réalisée, que s’opère par le biais du marché la mise en relation des producteurs. Dans une économie marchande pure, la connexion entre les hommes se fait exclusivement ex post par le biais de la circulation des choses. Par définition se trouve exclue de la relation marchande toute relation personnelle ou hiérarchique de même que tout engagement collectif qui viendrait restreindre a priori l’autonomie des volontés privées. Les producteurs-échangistes ne se connaissent jamais les uns les autres que superficiellement, au travers des objets qu’ils apportent au marché : aucun lien direct, aucune dépendance personnelle, aucune finalité collective n’y vient réduire la distance à autrui. Tout advient par la médiation des marchandises. Le terme de « séparation marchande » semble le plus adéquat pour exprimer ce rapport social paradoxal où chacun doit constamment affronter autrui pour susciter son intérêt s’il veut faire en sorte qu’il y ait transaction. Pour autant, dès lors qu’on considère une division sociale du travail un tant soit peu développée, chaque producteur-échangiste séparé se trouve dépendre matériellement d’un très grand nombre d’autres producteurs-échangistes, d’abord du côté de la production, pour l’obtention de tous les inputs qui lui sont nécessaires, mais également du côté de la vente lorsqu’elle met en jeu une multitude de consommateurs finaux. Qui plus est, l’identité de ce très grand nombre d’individus varie en fonction de l’évolution des techniques de production comme de celle des préférences des consommateurs. À la limite, dans une société marchande développée, chacun dépend potentiellement de tous, soit comme fournisseur, soit comme client, bien qu’étant séparé de tous. Cette dépendance universelle a pour lieu d’expression le marché sur lequel les objets produits sont échangés.
Cette présentation met bien en relief ce qui fait l’énigme spécifique de l’ordre marchand : sur quelle base des individus séparés peuvent-ils se coordonner durablement ? N’y a‑t-il pas une contradiction flagrante entre, du point de vue des forces productives, une dépendance matérielle étroite de chacun à l’égard de tous et, du point de vue de la relation sociale, une extrême autonomie formelle des décisions privées ? Comment ces deux aspects peuvent-ils être rendus compatibles ? Pourquoi la logique de l’accaparement privé ne débouche-t-elle pas sur l’anarchie ? Quelles forces agissent pour faire en sorte que les individus séparés puissent tenir ensemble et constituer une société ? En un mot : pourquoi y a‑t-il de l’ordre plutôt que du néant ? Il s’agit de mettre au jour les médiations sociales par le jeu desquelles les désirs acquisitifs individuels se voient transformés et modelés jusqu’à être rendus compatibles.
La réponse à ces questions suppose que soit introduite une notion fondamentale : la valeur. Elle est au cœur de la régulation marchande. Il n’est pas exagéré de dire qu’elle en constitue l’institution fondatrice. Pour en prendre pleinement la mesure, il n’est que de considérer la relation marchande élémentaire, l’échange. Son principe de base est l’équivalence en valeur, par laquelle les transactions marchandes se distinguent radicalement de toutes les autres formes d’appropriation (don, redistribution, vol ou capture violente). C’est en tant que valeur que les marchandises entrent dans l’échange. « Comme valeur, la marchandise a la propriété de s’échanger dans des proportions déterminées avec d’autres marchandises ; c’est là que réside l’unité des marchandises1. » Dès lors qu’elle est reconnue comme ayant une certaine valeur, la marchandise change de statut. Elle cesse d’être le produit spécifique de tel centre de production particulier, simple expression des conceptions personnelles de son propriétaire quant à ce qu’il faut produire et selon quel procédé, pour être désormais considérée universellement comme apte à l’échange, ce qui implique que son propriétaire possède désormais un droit de même montant à l’égard des productions de toute l’économie. Autrement dit, en tant qu’elles valent, les marchandises accèdent à une forme d’objectivité particulière, l’objectivité de la valeur, fondamentalement distincte de leur objectivité en tant que valeur d’usage, mais qui s’impose aux acteurs marchands d’une manière tout aussi impérative. Cette objectivité si énigmatique est ce qui caractérise l’économie marchande. Pour cette raison, il faut définir le rapport marchand comme une relation à autrui médiée par l’objectivité de la valeur. Tout le mystère de l’économie est dans cette objectivité sui generis, spécifique à la marchandise, qui ne se confond en rien avec l’objectivité matérielle des marchandises en tant que choses. Marx exprime bien cette idée quand il remarque : « Par un contraste des plus criants avec la grossièreté du corps de la marchandise, il n’est pas un atome de matière qui pénètre la valeur. On peut donc tourner et retourner à volonté une marchandise prise à part ; en tant qu’objet de valeur, elle reste insaisissable2. » Cette énigme est au cœur de la réflexion des économistes : « D’où vient l’objectivité de la valeur ? »
Si l’on examine l’histoire de la pensée économique, on observe que deux réponses se sont successivement imposées : la valeur travail et la valeur utilité. La première caractérise la période classique, celles des pères fondateurs, Smith, Ricardo et Marx ; la seconde, la période néoclassique qui a pour origine les travaux marginalistes de Jevons, Menger et Walras. Cette dernière réponse a connu une élaboration extrêmement sophistiquée grâce au développement de l’économie mathématique. Elle est aujourd’hui absolument dominante. C’est dans le cadre de celle-ci que raisonnent tous les économistes contemporains, ou peu s’en faut. Aussi sera-t-elle au cœur de la réflexion que propose le présent livre, car il s’agit bien, en priorité, ici, de dialoguer avec l’économie telle qu’aujourd’hui elle se pratique. On la désignera du terme de théorie « orthodoxe » ou « dominante », par lequel il s’agit simplement de décrire ce qui est, sans jugement de valeur : l’existence d’un paradigme accepté très largement par la communauté des économistes.
Cependant, avant de l’analyser en détail dans le chapitre II, une constatation préliminaire s’impose : la théorie de la valeur utilité partage avec la théorie de la valeur travail une manière identique de concevoir la valeur et son objectivité, sans équivalent dans les autres sciences sociales. Toutes deux y voient l’effet d’une « substance » ou qualité que les biens marchands posséderaient en propre. Cette hypothèse que nous nommerons « hypothèse substantielle » tend à « naturaliser » les rapports économiques. En accordant la primauté aux objets, elle construit une « économie des grandeurs » au détriment d’une « économie des relations ». Mettre au jour cette structure conceptuelle permet de comprendre que les impasses actuelles de la théorie économique ont des racines profondes. Y remédier passe nécessairement par une « refondation » conceptuelle. Il s’agit de promouvoir un nouveau cadre global d’intelligibilité appréhendant la réalité économique sous une nouvelle perspective. Par ailleurs, cette analyse, parce qu’elle permet de faire émerger, par-delà la coupure entre classiques et marginalistes, une structure conceptuelle commune, établit l’unité profonde de la pensée économique et en révèle l’origine : l’hypothèse substantielle. Ce résultat ne doit pas être négligé. La prétention à une scientificité poppérienne comme la revendication d’autonomie à l’égard des autres sciences sociales comptent parmi ses expressions les plus notables1. On les trouve présentes chez des auteurs que par ailleurs tout, ou presque, oppose. C’est cette tradition qui doit aujourd’hui être transformée.
Le présent chapitre vise à mettre au jour cette structure conceptuelle commune2. Il s’agit donc d’en revenir à ce que les économistes nomment « théories de la valeur ». Il est inutile d’insister sur la place centrale qu’elles occupent dans la pensée économique. Quatre propriétés seront mises en évidence : l’insistance sur le troc, l’exclusion de la monnaie, la sous-estimation des relations d’échange et le caractère global du concept de valeur. Ces quatre propriétés se déduisent logiquement de l’hypothèse substantielle, comme l’atteste le fait qu’elles sont présentes aussi bien chez les classiques que chez les néoclassiques. Une fois cette mise en évidence effectuée et après un ultime détour du côté de la pensée de Marx, le chapitre suivant se centrera sur la seule pensée néoclassique.
Avant de poursuivre selon ces lignes, une ultime remarque introductive s’impose : la réflexion de ce livre porte exclusivement sur l’économie marchande et non sur le capitalisme. S’intéresser au capitalisme supposerait d’introduire, à côté de la séparation marchande, un autre rapport social, à savoir le rapport salarial. Il n’en sera rien. L’analyse qui suit ignore le salariat et traite la production à la manière d’une boîte noire, chaque acteur étant simultanément producteur et échangiste comme le souligne le terme de « producteur-échangiste ». L’économie marchande s’impose comme le cadre conceptuel adéquat pour mettre au jour le rôle que joue la valeur dans la coordination des activités séparées. Là réside tout son intérêt. Même si la compréhension du capitalisme demeure le but final que poursuit l’économie, cette compréhension passe au préalable par une pleine élucidation de la valeur.
L’hypothèse substantielle
La tradition économique nomme « théorie de la valeur » les approches qui cherchent à découvrir le secret de l’échangeabilité marchande dans l’hypothèse d’une « substance » ou qualité conférant aux biens une valeur intrinsèque. Le plus souvent, ce livre se conformera à l’usage et retiendra la qualification usuelle de « théorie de la valeur » pour les désigner, mais sans jamais perdre de vue que, sous cette appellation d’apparence générale et neutre, se cache en fait une conception très particulière. Lorsqu’il s’agira de les distinguer d’autres approches, le terme, plus lourd mais plus précis, de « théorie substantielle de la valeur », ou encore de « théorie de la valeur substance », sera utilisé. Historiquement, deux « substances » ont été prises en considération par les économistes : le travail et l’utilité. Cependant, quelle que soit la substance considérée, ces approches partagent la même conception princeps selon laquelle, pour penser l’échange, il convient d’aller par-delà l’apparence des transactions monétaires de façon à mettre en évidence la présence d’une grandeur cachée qui préexiste logiquement aux transactions et les organise. L’idée d’une valeur objective ordonnant de l’extérieur l’anarchie apparente des échanges marchands trouve dans ce corps de doctrine son hypothèse fondatrice. Elle façonne en profondeur le regard que les économistes portent sur la réalité. Il s’agit de faire apparaître ce qui est dissimulé : la loi de la valeur qui, à l’insu des échangistes, commande aux transactions. Il y a des échanges parce qu’il y a de la valeur et cette valeur se présente comme une qualité que possèdent en propre les biens marchands.
Ainsi, Léon Walras commence-t-il ses Éléments d’économie politique pure par une spécification de ce qu’est la richesse sociale en partant de la notion de rareté : « J’appelle richesse sociale l’ensemble des choses matérielles ou immatérielles qui sont rares, c’est-à-dire qui, d’une part, nous sont utiles, et qui, d’autre part, n’existent à notre disposition qu’en quantité limitée1. » Comme on le note, cette définition de la rareté renvoie à des réalités indépendantes de l’échange, à savoir l’utilité et une quantité limitée. Il énonce ensuite que la rareté, propriété objective, est ce qui confère de la valeur aux objets et fonde, de ce fait, l’échange. La nature de la valeur est ainsi totalement spécifiée par des critères objectifs. L’échange en découle logiquement. Comme le dit Walras lui-même, le fait de l’échange est déduit a priori de cette substance spécifique qu’il nomme « rareté ». Une fois la valeur explicitée dans la première section des Éléments d’économie politique pure, Walras passe à l’étude de l’échange de deux marchandises entre elles (section II), puis à celle de l’échange de plusieurs marchandises entre elles (section III). Il démontre que, à l’état d’équilibre, le rapport des valeurs est égal au rapport des raretés. Ce n’est qu’en tout dernier lieu que la monnaie se trouve introduite. Cette progression valeur, troc, monnaie est caractéristique de l’hypothèse substantielle.
Pour ce qui est de la théorie de la valeur travail, elle trouve son expression la plus aboutie chez Karl Marx. Dans le premier chapitre du Capital, Marx considère deux marchandises, du froment et du fer, et il observe que, dans l’échange, « une quantité donnée de froment est réputée égale à une quantité quelconque de fer ». À partir de cette observation, il s’interroge sur ce que signifie cette égalité. Il répond : « C’est que [dans ces deux objets différents, le froment et le fer], il existe quelque chose de commun. » En conséquence, il cherche à déterminer ce « quelque chose de commun ». Selon lui, ce « quelque chose de commun » ne peut pas être « une propriété naturelle quelconque, géométrique, physique, chimique, etc. ». Plus largement, il écarte tout ce qui est de l’ordre de la valeur d’usage. Il conclut avec assurance : « La valeur d’usage des marchandises une fois mise de côté, il ne reste plus qu’une qualité, celle d’être des produits du travail » ! Plus loin, il précise : « Tous ces objets ne manifestent plus qu’une chose, c’est que dans leur production une force de travail humaine a été dépensée […]. En tant que cristaux de cette substance sociale commune, ils sont réputés valeurs. » En l’occurrence, cette « substance sociale commune » est mesurée par le temps de travail socialement nécessaire à la production des biens. Il écrit : « Nous connaissons maintenant la substance de la valeur : c’est le travail. Nous connaissons la mesure de sa quantité : c’est la durée du travail. »
À l’évidence, chez Marx, la valeur substance a le statut d’une hypothèse a priori qui structure le regard de l’économiste et lui dicte ce qu’il doit voir. Elle est une construction conceptuelle et non pas un fait d’observation. Certes Marx cherche à persuader son lecteur qu’il suffirait d’examiner attentivement les échanges pour que la valeur travail se révélât à ses yeux. Mais sa démonstration n’est guère convaincante. Pourquoi rejeter la valeur d’usage comme source potentielle de la valeur ? Ou encore, une fois celle-ci rejetée, pourquoi ne resterait-il que le travail humain pour justifier la commensurabilité ?
Ces deux auteurs illustrent parfaitement l’hypothèse substantielle. Il s’est agi pour Marx comme pour Walras de mettre au jour une grandeur, le travail socialement nécessaire, pour le premier ; la rareté pour le second, qui fonde la valeur et, ce faisant, l’échange. La force de cette construction tient au fait que ces grandeurs peuvent être calculées sans référence aux échanges. Une fois l’économie marchande spécifiée par ses productions et ses consommations, il est possible de calculer la valeur de toutes les marchandises. Ces grandeurs peuvent être dites objectives. Ceci est clair pour Marx. C’est également vrai de Walras mais demandera quelques explications supplémentaires dans la mesure où l’objectivité de l’utilité renvoie à des préférences individuelles qui sont subjectives. Cependant, dès lors que ces dernières sont supposées exogènes, rien ne les distingue plus des fonctions de production. Elles sont tout autant objectives du point de vue du théoricien de la valeur. Elles sont des données à partir desquelles les valeurs se déduisent. Le chapitre II, consacré à la théorie néoclassique, reviendra longuement sur ce point.
La centralité du troc et l’exclusion de la monnaie
[…]
Source : André Orléan, « L’empire de la valeur. Refonder l’économie » (2011), pages 19 et s.

Par contre, Héloïse, j’aimerais bien que vous étayiez un peu votre hypothèse des « dominés psychopathes »… Je la trouve a priori plutôt perverse (mettant les valeurs à l’envers : les victimes coupables de se défendre…). Mais c’est sans doute un malentendu.
Il faudrait aussi nous préciser à quelles « œillères vous faites allusion ? Celles des marxistes, peut-être ? 😉
Chacun les siennes, d’une certaine façon.
Moi, pour définir « psychopathe », plutôt que « se cramponnant à une illusion » comme vous le suggérez (à mon avis fautivement, tant le trouble est fréquent 😉 ), je préfèrerais parler de « maladie mentale », plus généralement, et en l’occurrence surtout, d’ « insensibilité à la souffrance d’autrui », ce qui est à la fois une absence de vergogne et du cynisme. Cette définition plus précise me paraît une meilleure arme pour bien viser (sans se tromper de cible 😉 ) les vrais responsables de la prétendue « crise ».
Au plaisir de vous lire.
Étienne.
Les psychopathes financiers, s’ils sont la cause de la crise, c’est seulement parce qu’on leur a laissé les commandes.
Il ne faut pas amoindrir la responsabilité des politiques qui les ont placés là.
Que l’on remonte le niveau d’inflation et nos psychopathes de financiers, avec tous leurs outils complexes perdront inexorablement de leur pouvoirs sur la vie réelle. Il ne faut pas réguler la finance, car ils trouveront toujours des moyens détournés de refaire la même chose… (voir les périodes d’interdictions de vente à découvert). Il faut juste diminuer l’influence de l’asile sur la chose publique en rééquilibrant les poids du travail et du capital dans l’échelle des valeurs.
« Vergogne et à la Justice »
Ce sont des valeurs qui peuvent trop facilement être détournées par de la rhétorique politicienne. D’autant plus qu’elle ne sont pas innées chez tout le monde, cela s’inculque bien souvent, et se découvre parfois. Cela relève du constat pour moi.
La justice c’est malheureusement toujours celle du plus fort. D’ou l’importance d’affaiblir le pouvoir, voire de le « stériliser ».
Ça reste une question de contexte et de rapport de force.
Vivre en société n’est pas quelque chose des spontané, cela s’apprend (importance de l’éducation).
Tout est politique.
à Étienne,
Je pense que cette question de la valeur nait d’une mauvaise formulation d’un problème :
Paul Jorion
Le rapport entre la valeur et le prix
Ou comment revisiter la théorie smithienne de la valeur en mobilisant Aristote.
http://www.journaldumauss.net/spip.php?article39
à propos de la théorie de la valeur, avez-vous lu ce texte ? Sinon, faites-le, c’est très intéressant.
Jorion dit entre-autre dans ce texte que la question de la valeur peux parfois servir à mettre en évidence des faits sociaux* , mais qu’à part ça, sur le plan purement économique, elle est complètement superflue. Il montre comment cette notion de valeur s’est forgée dans le temps et notamment à partir d’une erreur de traduction (!).
* (par exemple, la valeur-travail chez Marx qui signifie simplement la dépense d’une énergie vitale, ça c’est moi qui le dit).
Plus largement, c’est le monde de la CORPORATION (-dont le mandat premier est la recherche de son propre intérêt, où il n’est fait aucune mention d’une responsabilité à l’égard des intérêts publics, où les questions sociales sociales et écologiques sont déclarée irrecevables voire sont perçues comme un obstacle à son mandat premier-) qui est fondamentalement psychopathe.
C’est d’ailleurs la thèse principale du livre » Psychopathes et compagnie » (soif pathologique de profit et de pouvoir) de Joel Balkan dont a été tiré le documentaire formidable » The corporation « .
La corporation n’a pas toujours existé. Mais ce léviathan de notre temps de capitalisme globalisé est devenu le pire ennemi de l’homme et de la nature.
Démanteler par des lois anti-cartels devrait figurer parmi les priorités d’une authentique internationale socialiste.
Amicalement.
Gaudefroy,
Effectivement, c’est un bon livre, à trouver d’occasion ou en bibliothèque car il n’est plus disponible :
« Psychopathes & Cie : La soif pathologique de profit et de pouvoir »
http://www.amazon.fr/Psychopathes-Cie-pathologique-profit-pouvoir/dp/289472263X
Le film « The Corporation » peut se voir sur le net :
On dirait bien que la société en RESPONSABILITÉ LIMITÉE est une CATASTROPHE pour l’humanité ; humanité qui risque bien de le payer cher et de finir, progressivement, en CAMPS DE TRAVAIL.
Je rappelle que c’est le régime (incroyablement corrupteur) du gouvernement représentatif qui a permis aux avocats d’affaires d’emporter (à l’arraché) la décision du législateur d’accepter de donner LA PERSONNALITÉ MORALE aux entreprises (quelle folie !), ainsi que LA RESPONSABILITÉ LIMITÉE (quelle autre sottise !) : deux poisons mortels anti-humains, mais à diffusion lente.
« Cherchez la cause des causes » (Hérodote).
À mon avis, on ne s’en sortira pas dans LA CAGE de l’élection de professionnels de la politique : il nous faut une vraie Constitution, et donc, forcément, un processus constituant débarrassé de tout conflit d’intérêts.
Étienne.
Encore faudrait-il, que les États, càd les gouvernements, soient INDÉPENDANTS des « psychopathes ». Au fait qu’est-ce que l’État, censé nous protéger et/ou être le garant de notre représentation.
Nous sommes plusieurs à appliquer à des groupes (corporations, gouvernements…) ou à des individus (traders…) des comportements sociétaux découlant d’un manque d’éducation (le civisme par ex) lié :
-aux conflits d’intérêts permanents des dirigeants élus (Ces élus permettent et favorisent la multiplication des décideurs financiers, économiques, etc sans vergogne)
- À une éducation et une formation justement basées sur l’hubris (le toujours plus).
Leur maladie, ne peut donc QUE s’étendre à toutes celles et ceux qui rêvent le modèle (« la merde allant toujours en descendant disait un lieutenant colonel de la garnison…)
Rien d’étonnant donc que ceux-ci servissent et servent encore de modèles à de jeunes traders, triés sur le volet POUR leur absence « d’éthique »
Rien d’étonnant alors que la valeur objective dont nous parlons ici soit « fixée » par l’orthodoxie économique.
Cette valeur qui a évolué dans le temps semble t‑il, ne peut-être actuellement que prise en main (de fer) et viciée par des malades mentaux, tant sont exacerbées la compétition et l’absence totale de vergogne pour reprendre le terme d’Étienne.
J’ai lu et relis encore « La Grande relève (de l’homme par la machine) de Jean Baudouin…(Merci Étienne) C’est un trésor.
Je laisse un extrait ci-dessous, afin de mettre en lumière cette différence fondamentale qu’il existe entre une démocratie véritable à fonder, et une véritable spoliation du terme même de la démocratie, à remplacer.
Le mal est nommé, traqué, mis en lumière et l’heure très certainement à la solution. Tandis que nous discutons il progresse. Faisons comme lui, mais progressons en gentil virus.
Il est impératif effectivement de remettre en place un État digne de ce nom, et cet État c’est Nous, et c’est à nous de le mettre en place.
Chapitre : L’État est l’héritier de ceux qui n’en n’ont plus.
L’État, c’est autre chose encore.
C’est la plus haute manifestation de la solidarité nationale qui, logiquement, a pour fin suprême le progrès de l’humanité ou, si vous préférez, l’amélioration du sort matériel et moral de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre. L’État ne peut donc se désintéresser de la misère d’une partie des citoyens et même de leur bien-être. Il n’y a là rien qui puisse vous effaroucher, car cette conception est loin d’être révolutionnaire. Un pape, dans l’encyclique Rerum Novarum, a admis l’intervention de l’État pour assurer la justice dans les relations naturelles entre les hommes. Il doit devenir, a‑t-il dit, la providence des travailleurs.
— Ses interventions, en matière économique, sont toujours désastreuses, reprit le négociant parisien qui ne voulait pas se rendre. Vous n’allez pas vous faire le défenseur de toutes les sottises des administrations publiques ?
— Je concède, dit Hermodan, que l’État ne doit pas se mêler de ce qui ne le regarde pas. Reste à définir le domaine qui doit lui être hermétiquement défendu. Si je vous proposais la formule d’un économiste de l’école dont vous vous réclamez constamment : l’école classique libérale ? Puis-je mieux choisir ?
— Évidemment non, dit le propriétaire terrien, quelle est-elle ?
— Ni l’État, ni les communes ne doivent jamais faire ce que peut faire un particulier ; c’est la formule d’Yves Guyot, reprit Hermodan. Vous l’acceptez sans réserve et je l’applique à la situation actuelle.
— Comment cela ? dit l’ingénieur.
— L’État, dit Hermodan, doit s’abstenir d’être commerçant ou industriel partout où un commerçant et un industriel peuvent faire mieux ou aussi bien que lui.
—Bravo ! dit le propriétaire terrien, voilà qui est sagement raisonné.
—Mais, continua Hermodan, chaque fois que le capitalisme est défaillant, l’État ne doit pas intervenir pour renflouer les entreprises privées comme les intéressés ne manquent jamais de le réclamer. Ceux-ci ne doivent pas compter sur l’État pour créer artificiellement le profit lorsque celui-ci vient à disparaître.
— J’approuve encore, dit le propriétaire terrien,
— Alors je continue, dit Hermodan. Mais, ainsi que l’exige l’amour du prochain qui est au fond de chaque cœur d’homme, le profit ne doit commencer qu’après qu’il aura été pourvu à l’existence de ceux des citoyens qui, ne possédant au monde que leur travail, sont dans l’impossibilité de prélever quoi que ce soit des richesses dont le monde regorge, du moment que leur travail ne trouve plus preneur.
— C’est l’assistance actuelle aux chômeurs, remarqua l’ingénieur,
— C’est mieux, dit Hermodan, mais laissez-moi continuer. Enfin, s’il arrive qu’en raison des progrès techniques réalisés, le profit vienne à disparaître de certaines activités indispensables à la vie de la nation, c’est l’État qui doit recueillir ces activités car il est l’héritier de ceux qui n’en ont plus. {…}
Cet écrit date de 1932… 80 longues années.
Bonjour Étienne, toutes et tous,
D’abord, tres bonne nouvelle annee (encore !) du Dragon.
Je passe rapidement et n’aurai pas le temps de developper, mais je suis etonne qu’Etienne n’ait pas fait mention des conferences et livres du collectif Ars Industrialis, et notamment de son co-fondateur Bernard Stiegler, qui denonce depuis quelques temps deja la deliquescence du modele capitaliste a travers les prismes de la dis-traction, la misere symbolique, et la disparition de la vergogne, justement.
Voir par exemple « Constituer l’Europe » :
« La construction et la constitution de l’Europe visent à créer un nouveau processus d’individuation psychique et collective au sein duquel puissent se co-individuer des processus d’individuation déjà existants : les nations européennes. Parce qu’ont muté, du fait du développement technologique, les conditions générales de l’individuation à travers l’ensemble du monde industrialisé, il y a aujourd’hui à faire converger les processus d’individuation nationaux, en Europe et partout sur la Terre, vers des processus continentaux et supranationaux : la nation n’est plus un cadre autosuffisant pour assurer de bonnes conditions d’individuation à ses habitants. Mais d’autre part, l’individuation psychique et collective industrielle issue du capitalisme contemporain est devenue autodestructrice. Car elle est rongée par le contre processus d’une ruineuse désublimation, induite par une baisse tendancielle de l’énergie libidinale que détruit sa captation par les médias de masse : c’est le » temps de cerveau disponible » devenu une marchandise comme les autres – ce dont parle M. Le Lay sans vergogne, exhibant ainsi le règne d’une grande misère symbolique et d’une démotivation généralisée. Le modèle industriel dominant tend en effet à détruire cette vergogne dont les Grecs anciens, qui la nommaient aidôs, posaient qu’elle est, avec la justice (dikè), et comme principe sublime, la condition de toute constitution politique. L’Europe ne se constituera qu’à la condition de lutter contre ce qui, dans la société industrielle, conduit à la désublimation comme liquidation de toute vergogne. Cette analyse est développée dans le présent ouvrage sur le plan d’une économie politique et par des considérations de politique industrielle : la protection de la vergogne n’est plus une simple question de morale, ou de » valeurs « , mais d’organisation des échanges symboliques, c’est-à-dire d’abord, de nos jours, d’organisation industrielle de la production et de la consommation. La démotivation qui a été engendrée du côté de la production comme de la consommation par la mise en œuvre, au XXe siècle, de techniques de calcul des performances et de recherche des motivations, sera le thème du second tome de cet ouvrage, Le motif européen, qui esquissera les bases d’une nouvelle théorie du motif à partir du concept d’individuation, et comme élément crucial d’une civilisation industrielle réinventée. »
Et bien sur http://arsindustrialis.org/
Bien a vous, et Chuc Mung Nam Moi !
Je ressens, en suivant cette page, mon seuil de compétence sur ces domaines très techniques.
Si, on considère nos dirigeants étatiques et financiers comme psychopathes, on ne peut juger que leurs actes et/ou pensées comme tels. L’individu en lui-même ne l’est pas (son MOI profond). Ces gens-là, sortis de leur contexte et remis dans la vraie société avec des gens normaux, regagnerons leur vision « juste » du monde. C’est l’enfermement dans leurs micro sociétés, entreprises, partis, qui les restreint dans une vision biaisée de la réalité. C’est ce que je pense et ça me rassure, car autrement il ne nous reste qu’une solution, c’est de les enfermer comme réellement malades psychiatriques…
En ce qui concerne la valeur d’un objet ou produit, si je comprends bien, on peut avoir une valeur :
– travail, coût du travail
– rareté
– utilité
– sociale
J’ai peut être raté une ou deux notions (c’est pas évident de tout assimiler, j’ai du retard !!)
Par contre, je n’ai pas vu de notion d’ obsolescence d’un produit, ni de « justesse » (désigne la qualité qui rend une chose parfaitement appropriée à sa destination et au fig., la faculté d’appréciation de l’esprit (penser avec justesse que))
On en revient à l’enseignement du Bouddha, CONSCIENCE juste pour Soi et les autres, PERCEPTION juste pour toi et les autres, PENSÉES justes pour toi et les autres, PAROLES justes pour toi et les autres, ACTIONS justes pour toi et les autres et enfin le plus important surtout en ce moment, LES MOYENS D’EXISTENCE JUSTES pour toi et les autres.
Je suis peut-être hors sujet !!
Au plaisir de vous lire et de vos réactions !
Étienne merci de vos réflexions.
« Les œillères », c’est une image, car en fait ce ne sont pas les individus qui les choisissent, je dirais qu’il y a des zones d’ombre organisées par l’idéologie dominante, et notre esprit comme les plantes est enclin à obéir au tropisme de la lumière… Il faut être « pervers » ou simplement « rebelle » pour s’accrocher à des lectures confidentielles comme les nôtres…(ce sont « les brouillons de Marx » qui commencent à être intéressants !).
Marx n’arrête pas son travail quant à la valeur sur une simplification provisoire « le fondement de la valeur c’est le travail »… Non, il enchaîne ensuite quant à la dialectique des conditions nécessaires et des conditions suffisantes pour que la graine d’une certaine « valeur » devienne une vraie valeur d’usage en corrélation avec sa valeur marchande… C’est là que « l’économie marxiste » refuse de prétendre être une science distincte des autres « sciences humaines »… Et ses chercheurs l’appellent « économie et politique »… Donc en effet, les travaux les plus divers quant à « la valeur » peuvent eux-même prendre un sens éminemment utile, donc « leur valeur » … C’est ce qui me parait sous-tendre le fameux « programme partagé » proposé par les diverses composantes du « FdG »… s’il ne se contente pas d’être un « produit fini »(cercueil) de recettes prometteuses : « l’humain d’abord » est une démarche philosophique qui peut devenir une puissante revendication populaire si on en partage le « souci » !
Le monde financier serait-il dirigé par des psychopathes, SANS VERGOGNE ?
> pléonasme
Dans l’encadré du haut :
» Mais comment des personnes avec un tel profil psychologique ont-elles pu atteindre des postes si élevés ? »
»> C’est peut être justement ce défaut qui les fait grimper, mécaniquement, car dès lors que le système est fou, il a besoin de fous pour fonctionner. ((( comme suggéré, la folie dont il est ici question résidant dans la non-empathie radicale ))). Peut être nos structures et nos usages empêchent ils l’ascension des gens bien (à ne pas confondre avec les gens de bien), qui ont peu de goût pour des hauteurs paradoxalement boueuses.
Plus bas :
Il est suggéré que les dominés sont aussi psychopathes.
»> ça me fait penser hors sujet au syndrome de Stockholm ; mais à part ça il est certain que le couple dominant/dominé forme un tandem synergique : l’un n’existe pas sans l’autre. Mais n’exagérons cependant pas : le tortionnaire est responsable à 99% de la situation, surtout dans le cas politico-socio-économique où le dominant écrit les règles de la relation, au point de les affubler du sigle de la loi.
Et ailleurs :
« Mais il n’y a rien à attendre de la vertu spontanée des acteurs : il nous faut de bonnes INSTITUTIONS, qui contraignent les acteurs à la vertu et qui les contrôlent rigoureusement.
D’où l’importance cardinale de la bonne qualité du processus constituant, sans conflits d’intérêts. »
»> Oui, c’est le pensée qui nous réunit. ça nous réunit, mais j’éprouve à chaque fois une gêne, sur laquelle je ne m’appesantirai pas : Il y a là dedans un petit quelque chose de défaitiste ou pessimiste concernant la nature humaine. Je pense, mais c’est un long débat, et surtout un long travail, qu’est possible en ce monde une expansion de la conscience, jusqu’à des hauteurs insoupçonnées, expansion qui pour l’heure est interdite justement par la conscience limitée incarnée en lois, règles, usages. C’est un peu le serpent qui se mord la queue.
En fait la bataille se joue sur plusieurs étages. La bataille de la conscience étant un peu plus haut que les batailles économique, politique, sociale, culturelle, voire artistique. Elle n’est que peu visible. Ma conviction est que c’est là que tout se joue. Mais ça, c’est môâ hihi. Quand le sujet est abordé, il est répondu que nous n’avons pas le temps et qu’il faut parer au plus pressé. C’est exact ! Mais ne perdons pas de vue l’essenceciel.
Et oui, puisqu’on nous en parle, le travail de Bernard Stiegler est important, qui par exemple à partir de son livre sur la mediacratie éclaire le champ de bataille auquel je fais ci-dessus allusion.
Dans la dédicace à la République de Genève qui entame le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, Rousseau écrit [en 1751] un paragraphe où l’idée de vergogne est tout à fait prégnante, et où il la lie à la vie en cité et à l’idée démocratique.
« Si j’avais eu à choisir le lieu de ma naissance,
J’aurais choisi une société d’une grandeur bornée par l’étendue des facultés humaines,
c’est-à-dire par la possibilité d’être bien gouvernée, et où chacun suffisant à son emploi,
nul n’eût été contraint de commettre à d’autres les fonctions dont il était chargé :
un État où tous les particuliers se connaissant entre eux,
les manœuvres obscures du vice ni la modestie de la vertu
n’eussent pu se dérober aux regards et au jugement du public, et où cette douce
habitude de se voir et de se connaître, fit de l’amour de la patrie l’amour des citoyens
plutôt que celui de la terre. »
On voit à travers ce paragraphe que l’État-nation ne donne pas un terreau fertile à la vergogne, contrairement à la cité.
On peut également y voir un écho de ce que Castoriadis disait au sujet des États modernes : comme ce sont des concepts détachés des citoyens en tant que personnes physiques (mais attachés au contraire au Léviathan qui les met en mouvement), lesdits citoyens, pour se sentir une attache à l’État, se trouvent obligés de s’attacher à la terre sur laquelle ils vivent plutôt qu’à leurs concitoyens, dont ils ne connaissent que très peu de personnes en vérité.
Sur l’obsolescence programmée et les moyens existant pour la contrer
https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=f3a42dMgvkU#t=1600
Sur les personnalités sans vergogne : une recension amusante, qui m’a l’air assez juste : Qu’est-ce qu’un connard ?
« Après tout, quand nous traitons de « connard » le chauffard sur l’autoroute, l’insulte ne vise pas tant à blesser le connard en question (qui ne l’entendra pas) qu’à affirmer notre bon droit et, si nous ne sommes pas seuls, à chercher l’approbation des autres. »
« Ainsi se conclut cette recension. Malgré ses qualités, ou plutôt du fait même de ses qualités (sérieux, technicité), l’ouvrage de Aaron James tire un peu en longueur. La blague tend donc à s’épuiser et la verve de l’auteur à s’essouffler : on sent que le surmoi professionnel de l’auteur l’a empêché de se livrer pleinement à ses pulsions de « pop philosophie ». Il n’empêche que l’auteur parvient à tirer d’un phénomène apparemment banal des considérations techniques, élaborées et stimulantes sur des sujets aussi divers que notre désir de reconnaissance, la responsabilité et le déterminisme ou la coopération économique. Surtout, son découpage conceptuel de la catégorie du connard se déploie avec une telle évidence que l’on prend grand plaisir à mettre une théorie sur le sentiment désagréable que nous font ressentir certains individus. Reste alors à se poser la question de savoir si l’on est soi-même un connard. »
(@19 – http://www.slate.fr/tribune/81145/un-connard)
Un auteur peut-être à ne pas trop citer non plus, de par ces longueurs et toute cette technicité, nous qui avons à faire à tant de publics variés, ce trop de profondeur pouvant nuire à toute bonne captation de la masse ou de la populace, pour s’en tenir à ces deux termes quelque peu connotés^^… comme je me demande si il est pertinent d’associer telle théorie des connards avec ce patronyme qui nous réunit tous ici… mais nous sommes bien là au coeur du sujet : il faut bien des connards en ce monde pour éradiquer des Chouans, des Communards et tant d’autres Causes nobles et justes !
Il y a aussi le goulamas 😉
Le goulamas est celui à cause de qui l’anarchie demeure un mythe 🙁
Convertir les goulamas au civisme reviendrait à sauver le monde.
Car on ne les trouve pas qu’en quad sur un chemin vicinal, mais aussi à Davos.
Certains sont des cochons, et c’est ce qui leur vaut leur titre, qui vident leur cendrier au feu rouge.
Certains sont élégants, ne pètent ni ne se mouchent en public, mais cependant d’un paraphe licencient 500 personnes.
l’obéissance est la mère de tous les vices.
Le front populaire – A nous la vie
Ce film est passionnant, merci Furax.
Mais en même temps il me serre le cœur, car on y ressent une sorte de résistance systémique et atavique au progrès réel partagé entre tous.
Qui de nos jours encore sévit.
Et des mécanismes occultes, de déviation de tout idéalisme, vers la perversion.
Trop de gens, de tous temps, donnent leur force ou leur vie à des idéaux frelatés.
Tout ceci renforce mon idée que la révolution individuelle prime sur toute autre et que sans elle le mieux devient vite le pire. Mais face aux lames de fond de l’Histoire, elle peut sembler dérisoire cette pauvre pensée, et peser bien peu devant ces leaders habiles qui savent utiliser les passions des peuples, les enflammer, les mettre à leur service.
Atavisme, c’est exactement mon ressenti, et je me demandais si l’obéissance n’y était pas pour quelque chose…
Révolution individuelle (devenir constituant) ET contagieuse.
Ça peut marcher.
Faut trouver la formule qui contagie 🙂
Je pensais plutôt au « sois le changement » de Gandhi 🙂
->
Pourquoi pas : sois le changement, deviens citoyen constituant.
Ou bien
La révolution, c’est toi : sois citoyen constituant.
sois la révolution, sois constituant.
Créateur de la liberté, deviens citoyen constituant.
C’est aux modestes d’écrire les règles du pouvoir de tous.
Espérons que d’autres trouveront mieux 😉
;;;;
l’AG de citoyens constituants aura lieu le 8 janvier.
(Après lecture de l’ODJ, ça roule et je me garde mon réservoir de kilomètres pour une autre circonstance)
Qu’ils s’en aillent tous, sois acteur de notre constitution.
La constitution par le peuple et pour le peuple.
Notre constitution, pas la leur, occupe t’en
Occupe toi de tes oignons, deviens citoyen constituant
Qu’ils s’occupent de leurs oignons, occupe toi de ta constitution
Les puissants au rencart, sois démocrate, deviens citoyen constituant
200 ans ça suffit, sois le changement
« 1789, Essaye encore » 😉
Les politiciens sont comme les banquiers, ils servent juste à se servir.
@22
FURAX, c’est là je crois un super documentaire… en tout cas une synthèse, un récit très pédagogiques de cette période et de cet historique du Front Populaire, énième découverte d’une Histoire de France dont je connaissais surtout que le nom et deux trois choses entendues et autres lieux communs…
Cet élan populaire fut incroyable et tout cela est très optimiste, nous qui avons tant d’atouts et tant de potentiels aujourd’hui… et pourtant, ces images et cette réalité de cette seconde partie nous font entrevoir combien est démesuré ce challenge qui est le nôtre, nous internautes contrôlés, surveillés, nous citoyens juste estampillés, abusés, éconduits quoi qu’on dise et quoi qu’on veuille…
@22
Ce documentaire m’a décidément beaucoup marqué…
… cette République représentative d’alors (très semblable à notre électocratie actuelle) coupant tout espoir et toute émancipation sociale, tout statut digne et équitable, respectueux, sans parler de cette alternative fasciste développée en premier lieu (c’est en tout cas aujourd’hui mon avis) pour contrarier voir combattre tout avancée et toute révolution démocratique, cette grave crise économique de l’entre-deux-guerre peut-être dans cet esprit et cette volonté élitiste de façonner le monde à l’instar et à l’image du Grand Architecte…
… mais dans ce cas, pourquoi l’option américaine ? peut-être tout simplement ces deux options, ces deux cartes à jouer et l’une forcément gagnante, quoi qu’il arrive et quels que soient les imprévus ; l’option totalitaire en ultime ressort mais le rêve américain si porteurs en dollars, en consommations, en soumissions inconscientes… peut-être le Monde encore par trop divisé, une éthique et un humanisme encore prépondérant ou des élites trop divisées, des oppositions idéologiques, des Chambres pas suffisamment noyautées ou des Loges décidément trop gourmandes et manquant encore de tous les pleins pouvoirs, que sais-je, moi qui ne suis ni historien ni illuminati !
Je vous invite à suivre la dette de guerre de 14⁄18 et ces effets.
Je me demande si la population allemande aurait été assez pauvre pour être enrôlée par Hitler, et si Hitler aurait été assez riche pour s’armer…
Oui, comme nombre d’entre nous qui avons été à l’école de l’électocratie, j’ai bien entendu parler de cette fameuse dette de guerre si lourde à porter pour l’Allemagne… d’autant plus étrange aujourd’hui à notre perception conspirationniste du Monde et de l’Histoire que cela n’a guère empêché ce surarmement et la constitution d’un Etat national-socialiste allemand très fort et très puissant ! Elémentaire, mon cher Adolphe, nous affamons et insécurisons les populations pour les amener là où nous l’avons décider et, comme par magie, quand cela une fois résolu, nous ouvrons les caisses et libéralisons à outrance toutes les facilités et tous les potentiels !
Hitler La naissance du mal
Entre les deux guerres 1919 1939
http://www.micheldogna.fr/neufs-medicaments-tueurs-article‑6–21-115.html
J’sais pas si c’est le bon endroit…? ça peut être utile sur le blog…??
Si si, ça existe…
http://solexine.over-blog.fr/article-du-shit-burger-a-la-moto-caca-etrange-japon-98295635.html
http://www.planet.fr/societe-des-tartes-ikea-contaminees-a-la-matiere-fecale.314062.29336.html
http://blogs.mediapart.fr/blog/marie-anne-kraft/060313/refusons-de-manger-de-la-merde
http://jacqueshenry.wordpress.com/category/alimentation/
http://www.lanutrition.fr/bien-dans-son-assiette/bien-manger/l‑alimentation-des-animaux-de-compagnie/qu-y-a-t-il-dans-les-croquettes-pour-chiens.html
http://forevergreen.eu/non-classe/la-nourriture-industrielle-pour-animaux-un-vrai-scandale/
…venant bien souvent de l’écarissage, lieu où l’on dépose les animaux domestiques lorsqu’ils sont morts…