USA, GÉNÉRALISATION DE LA TORTURE (PAR LES ÉLUS !), SANS PROCÈS NI DÉFENSE NI RECOURS

15/12/2011 | 4 commentaires

Je vous signale ici deux docu­ments révol­tants, puis je vous pro­pose un court commentaire :

http://​groupe​.prou​dhon​-fa​.over​-blog​.com/​a​r​t​i​c​l​e​-​l​-​o​u​b​l​i​e​-​d​e​-​l​-​a​f​f​a​i​r​e​-​w​i​k​i​l​e​a​k​s​-​b​r​a​d​l​e​y​-​m​a​n​n​i​n​g​-​9​0​9​9​7​8​6​7​.​h​tml

L’oublié de l’affaire WikiLeaks : Bradley Manning

Dans l’af­faire de Wiki­Leaks, il y a une per­sonne dont on ne parle pas beau­coup : Brad­ley Man­ning, ce jeune sol­dat de 23 ans qui a été arrê­té et accu­sé d’a­voir don­né à Wiki­Leaks des docu­ments clas­si­fiés. Il est déte­nu dans la pri­son de la base des Marines de Quan­ti­co, en Vir­gi­nie, depuis cinq mois, après avoir été déte­nu pen­dant deux mois au Koweït. Pour­tant, aucune accu­sa­tion ne pèse pour­tant sur lui. Il est vir­tuel­le­ment tenu au secret.

Glenn Green­wald [1] a décrit de manière extrê­me­ment cri­tique les condi­tions dans les­quelles le jeune sol­dat est déte­nu, qui consti­tuent « un trai­te­ment cruel et inhu­main et qui, selon les normes de beau­coup de nations, sont assi­mi­lables à de la torture ».

Le Rap­por­teur Spé­cial de l’O­NU sur la tor­ture a com­men­cé à enquê­ter pour déter­mi­ner si le régime d’i­so­le­ment car­cé­ral de Man­ning pour­rait être qua­li­fié de tor­ture aux termes du droit inter­na­tio­nal. Bien qu’il n’ait fait preuve d’au­cun acte de rébel­lion depuis son arres­ta­tion en mai der­nier, Man­ning est pla­cé sous le régime de haute sécu­ri­té. Il est iso­lé dans sa cel­lule 23 heures sur 24, cou­pé de tout contact humain, même indi­rect, sans lec­ture ni aucune affaire per­son­nelle. « Même à l’in­té­rieur de sa cel­lule, ses acti­vi­tés sont sou­mises à de sévè­re­ment res­tric­tions ; on l’empêche même de prendre de l’exer­cice et il se trouve sous une sur­veillance constante pour ren­for­cer ces res­tric­tions », dit Glenn Green­wald. Par bri­made, on lui dénie même le droit d’a­voir un oreiller et des draps. Ses gar­diens lui empêchent tout exer­cice et son som­meil est sys­té­ma­ti­que­ment interrompu.

Le Penta­gone affirme cepen­dant que les condi­tions de déten­tion de Man­ning sont les mêmes que celles que peut connaître n’im­porte quel déte­nu, ce qui inclut la télé­vi­sion, la lec­ture et l’ac­ti­vi­té phy­sique sans contrainte. Mais selon un cher­cheur du MIT, David House, l’une des rares per­sonnes à avoir pu ren­con­trer Man­ning à Quan­ti­co, ce der­nier lui aurait décla­ré qu’il n’a­vait qu’é­pi­so­di­que­ment le droit de sor­tir et qu’en matière d’exer­cice sa seule pos­si­bi­li­té se limite à être pla­cé dans une pièce où il peut tour­ner en rond.

Man­ning se voit impo­ser les mesures qu’on des­tine aux déte­nus sus­cep­tibles de se sui­ci­der alors qu’un exa­men psy­cho­lo­gique a clai­re­ment éta­bli qu’il n’é­tait pas sui­ci­daire : il est constam­ment sur­veillé par des gardes ; avant de se cou­cher il doit se désha­biller et ses vête­ments sont don­nés aux gardes chaque soir ; il dort dans une « cou­ver­ture de sui­cide » qui est, décla­ra-t-il à House, « iden­tique en poids et en consis­tance aux vête­ments de pro­tec­tion uti­li­sés dans les labo­ra­toires de radio­lo­gie, et en sub­stance iden­tique à un tapis rugueux et raide ». Selon Green­wald, les méde­cins de la pri­son lui admi­nistrent des antidépresseurs.

Un psy­chiatre, Jeff Kaye, décla­ra à David House après avoir ren­du visite à Man­ning, qu’il est impos­sible de faire une éva­lua­tion com­plète de son état sans contact per­son­nel, mais il ajou­té que « l’i­so­le­ment car­cé­ral va len­te­ment réduire l’é­tat men­tal et phy­sique de Brad­ley Manning ».

L’i­so­le­ment est une agres­sion contre le corps et l’es­prit d’un indi­vi­du. Il le prive de toute sorte d’in­te­rac­tion phy­sique, sen­so­rielle et sociale avec son envi­ron­ne­ment et avec d’autres êtres humains. Man­ning décla­ra qu’il n’a­vait pas vu le soleil et quatre semaines. Il ne voit d’autres per­sonnes que quelques heures le wee­kend. Le sys­tème ner­veux humain a besoin d’une cer­taine quan­ti­té de sti­mu­la­tions sen­so­rielles et sociales pour conser­ver un cer­veau en état de fonc­tion­ne­ment. Les effets de la pri­va­tion varient selon les indi­vi­dus et cer­taines per­sonnes sont affec­tées plus dure­ment et rapi­de­ment, tan­dis que d’autres sup­portent plus long­temps l’en­nui et le flux quo­ti­dien de moro­si­té qui semble ne jamais.

« Avec le temps, l’i­so­le­ment pro­duit un syn­drome bien connu qui est appa­ren­té à celui d’un trouble céré­bral bio­lo­gique – le délire. La liste des consé­quences pos­sibles sur une per­sonne est longue et peut inclure une inca­pa­ci­té à tolé­rer des sti­mu­lus ordi­naires, des troubles du som­meil et de l’ap­pé­tit, des formes pri­mi­tives de pen­sée et des rumi­na­tions agres­sives, des alté­ra­tions de la per­cep­tion et des hal­lu­ci­na­tions, l’a­gi­ta­tion, des crises de panique, la claus­tro­pho­bie, le sen­ti­ment de perte de contrôle, la colère, la para­noïa, la perte de mémoire, le manque de concen­tra­tion, des dou­leurs géné­ra­li­sées dans tout le corps, des ano­ma­lies d’EEG, la dépres­sion, des idées sui­ci­daires et des com­por­te­ments aléa­toires et auto­des­truc­teurs. » (Joshua Hol­land, Brad­ley Man­ning Suf­fe­ring Extreme Iso­la­tion, Decem­ber 24, 2010, http://​www​.alter​net​.org/​s​t​o​r​y​/​1​4​9​3​17/)

Selon Kaye, les effets de la déten­tion a déjà ont déjà com­men­cé à appa­raître sur Man­ning – il semble avoir des dif­fi­cul­tés de concen­tra­tion et sa condi­tion phy­sique se dété­riore. Comme le note Glenn Green­wald, le régime d’i­so­le­ment pro­lon­gé est « lar­ge­ment consi­dé­ré dans le monde entier comme for­te­ment néfaste, inhu­main, et pro­ba­ble­ment même comme une forme de torture. »

Dans un article du New Yor­ker paru en mars 2009 inti­tu­lé « L’i­so­le­ment per­ma­nent est-il de la tor­ture ? » – le chi­rur­gien et jour­na­liste Atul Gawande ras­sem­blait des avis experts et des anec­dotes per­son­nelles pour démon­trer que, « tous les êtres humains res­sentent l’i­so­le­ment comme de la tor­ture ». En soi, le régime l’i­so­le­ment pro­lon­gé détruit pro­gres­si­ve­ment l’es­prit d’une per­sonne et la conduit à la folie. Un article de mars 2010 dans le Jour­nal de l’A­ca­dé­mie amé­ri­caine de Psy­chia­trie et de Loi explique que « le régime d’i­so­le­ment est recon­nu comme dif­fi­cile à sup­por­ter ; en effet, les causes de stress psy­cho­lo­gique tels que l’i­so­le­ment peuvent être aus­si cli­ni­que­ment des­truc­teurs que la tor­ture physique ».

Il faut recon­naître que Man­ning est un « whist­le­blo­wer », un lan­ceur d’a­lerte [2]. Pour cer­tains États-uniens, Man­ning dénonce des crimes com­mis par les forces US en Irak et se sent obli­gé de dif­fu­ser l’in­for­ma­tion dans l’es­poir qu’elle sus­ci­te­ra « à l’é­chelle du monde, des dis­cus­sions, des débats et des réformes ». « Je veux que les gens voient la véri­té », écri­vit-il, « indé­pen­dam­ment de qui ils sont, car sans infor­ma­tion, vous ne pou­vez pas en tant que public, prendre des déci­sions en connais­sance de cause. » (Cité par Green­wald.) Il y réus­sit : la dif­fu­sion d’une vidéo mon­trant l’at­taque d’un héli­co­ptère US contre un groupe de civils désar­més et l’at­taque qui s’en­sui­vit contre les sau­ve­teurs qui se pré­ci­pi­taient pour éva­cuer les sur­vi­vants furent des révé­la­teurs des hor­reurs de la guerre qu’on ne voit jamais dans les images sélec­tion­nées mon­trées par les militaires.

« Sachant que les États-Unis peuvent faire dis­pa­raître, et fait dis­pa­raître des gens à volon­té dans des “sites noirs”, qu’ils les assas­sinent avec des drones invi­sibles, les empri­sonnent pour des années sans le moindre pro­cès même en sachant qu’ils sont inno­cents, les tor­turent sans pitié, et qu’ils agissent d’une façon géné­rale comme un pou­voir impé­rial voyou au-des­sus des lois, tout cela crée un impor­tant cli­mat d’in­ti­mi­da­tion et de peur. Qui ose­ra défier le gou­ver­ne­ment des États-Unis – même de manière légale – sachant qu’il pour­rait agir au mépris des lois, avec vio­lence, sans frein et sans crainte des réper­cus­sions ? » (Green­wald.)

Par­lant des moda­li­tés habi­tuelles d’in­car­cé­ra­tion défi­nies par le droit inter­na­tio­nal, Green­wald com­mente : « C’est le côté sombre du régime d’ex­cep­tion amé­ri­cain. Notre volon­té de ne pas appli­quer ces cri­tères aux pri­son­niers amé­ri­cains ren­dit facile le refus d’ap­pli­quer la conven­tion de Genève qui inter­dit de tels trai­te­ments aux pri­son­niers de guerre étran­gers, au détri­ment de la posi­tion morale de l’A­mé­rique dans le monde. De la même manière que la géné­ra­tion pré­cé­dente d’A­mé­ri­cains avait accep­té la ségré­ga­tion légale, notre géné­ra­tion a accep­té la tor­ture légale. Et il n’y a pas de plus claire mani­fes­ta­tion de cela que notre usage rou­ti­nier de l’i­so­le­ment car­cé­ral. »

R. B.

Sources : Brad­ley Man­ning Suf­fe­ring Extreme Iso­la­tion Cou­ra­geous Whist­le­blo­wer ‘Phy­si­cal­ly Dete­rio­ra­ting’ By Joshua Hol­land, Alter­Net Pos­ted on Decem­ber 23, 2010, Prin­ted on Decem­ber 24, 2010 http://​www​.alter​net​.org/​s​t​o​r​y​/​1​4​9​3​17/

The Inhu­mane Condi­tions of Brad­ley Man­ning’s Deten­tion By Glenn Green­wald Salon Decem­ber 15, 2010 http://​www​.salon​.com/​n​e​w​s​/​o​p​i​n​i​o​n​/​g​l​e​n​n​_​g​r​e​e​n​w​a​l​d​/​i​n​d​e​x​.​h​tml

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[1] Glenn Green­wald est un avo­cat, auteur et blog­ger états-unien. Il inter­vient sur le blog Salon​.com où il traite de ques­tions poli­tiques et juri­diques. Il est fait réfé­rence ici à un article publié le 15 décembre 2010 inti­tu­lé « The inhu­mane condi­tions of Brad­ley Man­ning’s detention ».

[2] Whist­le­blo­wer signi­fie lit­té­ra­le­ment « celui qui siffle ». C’est quel­qu’un qui aver­tit les autres sur une situa­tion qu’il estime anor­male, injuste, éven­tuel­le­ment contre l’a­vis de sa hié­rar­chie. Contrai­re­ment au déla­teur, le « lan­ceur d’a­lerte » aver­tit contre une menace met­tant en dan­ger la communauté.

Source : http://​monde​-nou​veau​.net/​s​p​i​p​.​p​h​p​?​a​r​t​i​c​l​e​299

Der­nières nou­velles :

Selon le Monde​.fr, la pre­mière audience pour Brad­ley Man­ning est fixée au 16 décembre
Il com­pa­raî­tra devant la jus­tice mili­taire le 16 décembre à Fort Meade dans le Maryland .

Pre­mière étape avant la cour mar­tiale, cette audience, qui inter­vient dix-huit mois après son arres­ta­tion, est « simi­laire à un grand jury civil, avec des droits sup­plé­men­taires pour l’ac­cu­sé », selon un com­mu­ni­qué de l’ar­mée de terre à Washington.

Il est accu­sé en par­ti­cu­lier de « col­lu­sion avec l’en­ne­mi », « dif­fu­sion de ren­sei­gne­ments mili­taires », « publi­ca­tion sur Inter­net de ren­sei­gne­ments en sachant qu’ils seront acces­sibles à l’en­ne­mi » ain­si que « fraude et vio­la­tion du règle­ment mili­taire », détaille l’ar­mée dans ce com­mu­ni­qué et risque la pri­son à vie.


États-Unis : Le Sénat autorise
la détention militaire indéfinie et sans procès pour tous.

http://​www​.legrand​soir​.info/​e​t​a​t​s​-​u​n​i​s​-​l​e​-​s​e​n​a​t​-​a​u​t​o​r​i​s​e​-​l​a​-​d​e​t​e​n​t​i​o​n​-​m​i​l​i​t​a​i​r​e​-​i​n​d​e​f​i​n​i​e​-​e​t​-​s​a​n​s​-​p​r​o​c​e​s​-​p​o​u​r​-​t​o​u​s​-​o​p​e​d​-​n​e​w​s​.​h​tml

États-Unis : Le Sénat autorise
la détention militaire indéfinie et sans procès pour tous.

par Ralph LOPEZ

Lors d’une déten­tion mili­taire, vous êtes sou­mis au bon vou­loir d’un com­man­dant, comme Brad­ley Man­ning l’a été pen­dant un an à Quan­ti­co, ou José Padilla au cours de ses 3 années et demi pas­sées au trou à Goose Creek en Caro­line du Sud. Même avec toutes les garan­ties consti­tu­tion­nelles offertes à Troy Davis, et mal­gré les rétrac­tions de sept des neuf témoins ocu­laires, la jus­tice n’a pas pré­va­lu, ce qui prouve que la qua­li­té d’un sys­tème dépend des qua­li­tés de ceux qui le font fonctionner.

La nou­velle loi qui auto­rise la déten­tion mili­taire de citoyens états-uniens soup­çon­nés de ter­ro­risme a été adop­tée par le Sénat US la nuit der­nière par 93 voix contre 7. Les termes employés sont tel­le­ment vagues qu’elle peut viser des gens embar­qués sur des navires pour livrer une aide huma­ni­taire à Gaza, un mani­fes­tant qui bloque la cir­cu­la­tion ou toute per­sonne accu­sée de tenir un dis­cours qui appor­te­rait un « sou­tien maté­riel » au ter­ro­risme, comme pour Anwar Al-Awla­ki. Tous les séna­teurs Démo­crates ont voté pour, à l’ex­cep­tion de Jeff Merk­ley, Tom Har­kin, et Ron Wyden. Les autres qui ont voté contre sont les Répu­bli­cains Tho­mas Coburn, Mike Lee, Rand Paul et l’In­dé­pen­dant Ber­nie Sanders.

Selon le maga­zine USA Today : « la légis­la­tion nie­rait à toute per­sonne accu­sée de ter­ro­risme – y com­pris aux citoyens états-uniens arrê­tés à l’in­té­rieur des fron­tières – le droit à un pro­cès et auto­ri­se­rait sa déten­tion pour une durée indé­ter­mi­née. La pré­si­dente de la Com­mis­sion du Ren­sei­gne­ment du Sénat, Dianne Fein­stein, a pro­po­sé un amen­de­ment pour épar­gner les citoyens US mais celui-ci fut reje­té par 55 voix contre 45 ». Voir le détail du vote http://​www​.gov​track​.us/​c​o​n​g​r​e​s​s​/​v​o​t​e​.​x​p​d​?​v​o​t​e​=​s​2​0​1​1​-​2​1​8​&​s​o​r​t​=​v​ote.

Chris Anders, avo­cat auprès de l’A­CLU, a décla­ré que « Cette loi consti­tue une menace sans pré­cé­dent pour les citoyens états-uniens et autres parce qu’elle étend et péren­nise l’au­to­ri­té du pré­sident à ordon­ner la déten­tion mili­taire, sans accu­sa­tions et sans pro­cès, de tout citoyen états-unien. »

Dans une ten­ta­tive pour appa­rem­ment faire mieux pas­ser la pilule, de nom­breux amen­de­ments avaient été pro­po­sés pour sup­pri­mer les clauses sur la déten­tion mili­taire, mais ils ont tous été reje­tés et tous ceux qui avaient pro­po­sé ces amen­de­ments se sont fina­le­ment ral­liés et ont voté en faveur de la loi. La loi doit main­te­nant être sou­mise à une com­mis­sion mixte Sénat-Chambre des Repré­sen­tants mais Anders sou­ligne que « étant don­né que la ver­sion de la Chambre des Repré­sen­tants est déjà très pré­oc­cu­pante, la ver­sion mixte qui sera négo­ciée entre les deux chambres sera pro­ba­ble­ment encore pire. »

Lors d’une déten­tion mili­taire, ce n’est pas un juge, même conser­va­teur, qui décide qui doit être déte­nu ou pas, ni même ce qui consti­tue un acte de sou­tien au ter­ro­risme. C’est un com­man­dant mili­taire qui décide et qui peut même pas­ser outre les conclu­sions de ses propres experts, juri­diques ou autres. Dans le cas d’un déte­nu mili­taire, Brad­ley Man­ning, ce der­nier fut sou­mis à un iso­le­ment pen­dant plus d’un an, dans une cel­lule de 2 mètres sur 3, sans ouver­ture sauf une petite sur la porte qui don­nait sur le cou­loir et une lumière artificielle.

Sous pré­texte de « pré­ser­ver son inté­gri­té phy­sique » une mesure puni­tive de sur­veillance fut ins­tau­rée par le com­man­dant de la base et il fut inter­dit à Brad­ley Man­ning de faire des exer­cices phy­siques dans sa cel­lule, il n’a­vait droit qu’à une heure de pro­me­nade par jour et uni­que­ment dans une autre cel­lule, avec des fers aux pieds et enchaî­né, et avec obli­ga­tion de mar­cher en for­mant des « 8 ». Un ami de Man­ning, David House, a décla­ré à la chaîne MSNBC qu’a­près 8 mois d’i­so­le­ment son ami sem­blait « cata­to­nique » et qu’il avait du mal à « enga­ger une conver­sa­tion ». Par ailleurs, les mili­taires lui admi­nis­traient des « anti­dé­pres­seurs » pour, aus­si incroyable que cela puisse paraître, contrer les effets de son iso­le­ment. L’a­vo­cat de Man­ning, David Coombs, écri­vait au mois de mars de cette année que « les psy­chiatres de la pri­son ont constam­ment affir­mé qu’il n’y avait aucune jus­ti­fi­ca­tion médi­cale pour le trai­te­ment impo­sé au sol­dat Man­ning… La mise en place d’un tel trai­te­ment néces­site l’a­vis de psy­chiatres, mais la déci­sion finale est prise par le Commandant. »

En plus des mises en gardes for­mu­lées par l’A­CLU, la volon­té d’in­clure les citoyens états-uniens et d’au­to­ri­ser leur déten­tion mili­taire pen­dant une durée indé­fi­nie a été clai­re­ment affir­mée : aucun Séna­teur ne peut donc pré­tendre avoir mal com­pris le texte. Le Séna­teur Lind­sey Gra­ham, un des pro­mo­teurs de cette mesure, a décla­ré devant le Sénat : « (…) s’ap­plique aux citoyens états-uniens et son champ d’ac­tion est le monde entier, y com­pris les États-Unis. »

Cette loi signi­fie que les États-uniens pour­ront désor­mais être trai­tés comme les déte­nus Ira­kiens ou Afghans et dis­pa­raître der­rière le mur de la chaine de com­man­de­ment. Peu importe de quoi vous seriez cou­pables ou pas. Et même si la plu­part des sol­dats enga­gés dans des uni­tés com­bat­tantes sont des gens res­pec­tables et des patriotes, ce n’est pas tou­jours le cas. Les États-uniens qui seront sou­dai­ne­ment dési­gnés comme « ter­ro­ristes » seront à la mer­ci de tous les Charles Gra­ners et Lyn­die Englands de la terre, sans pou­voir faire appel à un avo­cat, à la famille, aux amis, ou à 230 ans de juris­pru­dence bâtie avec soin. Et le tout sera sans limi­ta­tion de durée, c’est-à-dire éven­tuel­le­ment à per­pé­tui­té, et encore une fois selon le bon vou­loir des mili­taires et de la branche exé­cu­tive du pou­voir, et de celui ou celle qui suc­cé­de­ra à Obama.

Tout est prêt pour qu’un pré­sident, quel qu’il soit, puisse annon­cer que la « guerre contre le ter­ro­risme » passe à la vitesse supé­rieure. Jane Mayer dans le New Yor­ker, écrit sur le trai­te­ment des pri­son­niers accu­sés de ter­ro­risme sous l’ad­mi­nis­tra­tion Bush : « Selon un rap­port adop­té au mois de Juin par l’As­sem­blée Par­le­men­taire du Conseil de l’Eu­rope, inti­tu­lé « Déten­tions secrètes et trans­ferts illé­gaux de déte­nus », les pri­son­niers étaient « ame­nés dans leur cel­lules par des hommes forts qui por­taient des tenues noires, des masques qui leur cou­vraient entiè­re­ment le visage, et des lunettes sombres sur les yeux, » (cer­tains por­taient des vête­ments noirs fabri­qués dans un maté­riau syn­thé­tique indé­chi­rable.) Un ancien membre d’une équipe de trans­port de la CIA a décrit « l’en­lè­ve­ment » de pri­son­niers comme une rou­tine soi­gneu­se­ment cho­ré­gra­phiée de 20 minutes ou cours de laquelle le sus­pect était pieds et poings lié, désha­billé, pho­to­gra­phié, enca­gou­lé, pla­cé sous séda­tifs par sup­po­si­toires, vêtu d’une couche-culotte, puis trans­por­té par avion vers un lieu secret. Une per­sonne impli­quée dans l’en­quête du Conseil de l’Eu­rope, en réfé­rence aux fouilles des cavi­tés cor­po­relles et à l’u­sage fré­quent de sup­po­si­toires, a com­pa­ré la trai­te­ment à « de la sodo­mie ». Il a dit que « l’ob­jec­tif est d’ô­ter toute digni­té au déte­nu. Ca détruit le sen­ti­ment d’in­vio­la­bi­li­té de quelqu’un ».

Le plus incroyable, ce que tout ceci a été accueilli dans les grands médias par un silence assour­dis­sant. Aujourd’­hui, NPR (Radio Publique – NdT) a par­lé sim­ple­ment d’une loi sur l’emploi et a consa­cré du temps à la Grèce. Le silence de PBS (chaîne publique – NdT), NPR et des médias com­mer­ciaux est tout aus­si remar­quable alors que la loi est sur le point d’être défi­ni­ti­ve­ment adoptée. (…)

Les Pères Fon­da­teurs (des États-Unis) avaient pré­ci­sé que cer­tains droits étaient « inalié­nables ». Un d’entre eux était celui d’un pro­cès devant jury.

« Nous tenons ces véri­tés comme allant d’elles-mêmes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont dotés par le Créa­teur de cer­tains droits inalié­nables ; par­mi ces droits se trouvent la vie, la liber­té et la recherche du bon­heur. Les gou­ver­ne­ments sont éta­blis par­mi les hommes pour garan­tir ces droits, et leur juste pou­voir émane du consen­te­ment des gou­ver­nés. Toutes les fois qu’une forme de gou­ver­ne­ment devient des­truc­tive de ce but, le peuple a le droit de la chan­ger ou de l’a­bo­lir et d’é­ta­blir un nou­veau gou­ver­ne­ment » Décla­ra­tion d’In­dé­pen­dance des États-Unis, rédi­gée par Tho­mas Jef­fer­son, 1776 (ver­sion Wiki­pe­dia – NdT)

« Je consi­dère que le pro­cès devant jury est le seul moyen ima­gi­né jus­qu’à pré­sent par l’homme pour contraindre un gou­ver­ne­ment à res­pec­ter les prin­cipes de sa Consti­tu­tion. » – Tho­mas Jefferson

Si ce pro­jet abou­tit, et si tout le monde conti­nue de faire comme si de rien n’é­tait, soyons au moins bien conscients de ce que tout cela signi­fie. Sans que nous en ayons eu conscience, de façon per­ma­nente et pour tou­jours, le Sénat des États-Unis vient de nous trans­for­mer tous en Brad­ley Manning.

« Je n’ai pas la moindre idée de com­ment ces gens ont pu entrer dans notre armée » – Ben Nigh­thorse Camp­bell, séna­teur du Colo­ra­do, en par­lant des gar­diens de la pri­son d’A­bou Ghraib

« Ce sont des assas­sins, ce sont des ter­ro­ristes, ce sont des insur­gés » – James Inhofe, séna­teur répu­bli­cain, en par­lant des pri­son­niers cap­tu­rés au hasard et jamais jugés.

Ralph Lopez

http://www.opednews.com/articles/1/We-Are-All-Really-Bradley-by-Ralph-Lopez-111203–835.html

Tra­duc­tion « c’est bien pré­ci­sé « pour tous », c’est donc démo­cra­tique… » par VD pour le Grand Soir avec pro­ba­ble­ment les fautes et coquilles habi­tuelles (et une légère appré­hen­sion)
URL de cet article 15402

Source : http://​www​.legrand​soir​.info/​e​t​a​t​s​-​u​n​i​s​-​l​e​-​s​e​n​a​t​-​a​u​t​o​r​i​s​e​-​l​a​-​d​e​t​e​n​t​i​o​n​-​m​i​l​i​t​a​i​r​e​-​i​n​d​e​f​i​n​i​e​-​e​t​-​s​a​n​s​-​p​r​o​c​e​s​-​p​o​u​r​-​t​o​u​s​-​o​p​e​d​-​n​e​w​s​.​h​tml

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MAIS QUAND LES ÉLECTEURS-ENFANTS QUE NOUS SOMMES
VONT-ILS SE RÉVEILLER ET RÉAGIR VRAIMENT, EN CITOYENS-ADULTES ?

Tout pou­voir va jus­qu’à ce qu’il ren­contre une limite (Mon­tes­quieu).

Quelles sont les limites que nous impo­sons, PERSONNELLEMENT, aux pro­fes­sion­nels de la politique ?

Les abus de pou­voir épou­van­tables consta­tés aujourd’­hui aux USA et en Grèce donnent une idée pré­cise de notre ave­nir proche.

Il serait temps de ces­ser de s’oc­cu­per de foot et de jeux, et de réflé­chir à
L’ÉTAT DE DROIT :

Qu’est-ce que c’est que l’é­tat de droit ?
Pour­quoi l’é­tat de droit est-il essen­tiel pour moi et mes proches ?
Quel rôle j’ai, per­son­nel­le­ment et quo­ti­dien­ne­ment, dans la sur­vie de l’é­tat de droit ?

Mais tout le monde se fout de la Consti­tu­tion… Au mieux, les pros de la poli­tique réclament (évi­dem­ment) une Assem­blée consti­tuante ÉLUE (par­mi les pros de la poli­tique, bien sûr), meilleur moyen pour que rien ne change, je dis bien : stric­te­ment rien.

Et par­fois même, quand on cherche ain­si les causes pro­fondes, les vraies racines d’une sorte de « fas­cisme » éter­nel (c’est-à-dire règne bru­tal des pri­vi­lé­giés, la domi­na­tion de 1% sur les autres 99% par la prise de contrôle de la puis­sance publique), on se fait trai­ter… de « fas­ciste »… (si si, je vous jure que c’est vrai).

Le monde à l’en­vers, en plein.

Étienne.

—————–

Voir aus­si : Recul de nos liber­tés sous pré­texte de « sécu­ri­té » : NOUS N’AVONS PAS DE CONSTITUTION.

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Étienne

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4 Commentaires

  1. Florence

    Par­mi les docu­ments que Wiki­leaks a déte­nus, un film de tue­rie est pré­sen­té dans ce docu­men­taire. C’est à cela que j’ai pen­sé à cet article d’a­lerte. Celui qui a com­mu­ni­qué les images de mas­sacre est ou n’est pas Man­ning. Les images sont là, et les com­men­taires in vivo.

    http://​ber​serk​ma​ga​zine​.blog​spot​.com/​2​0​1​1​/​0​5​/​w​i​k​i​l​e​a​k​s​-​l​a​-​g​u​e​r​r​e​-​c​o​n​t​r​e​-​l​e​-​s​e​c​r​e​t​.​h​tml

    Réponse
  2. Vassili

    la loi mar­tiale a été décré­tée aux USA le 16/03/2012

    http://​www​.whi​te​house​.gov/​t​h​e​-​p​r​e​s​s​-​o​f​f​i​c​e​/​2​0​1​2​/​0​3​/​1​6​/​e​x​e​c​u​t​i​v​e​-​o​r​d​e​r​-​n​a​t​i​o​n​a​l​-​d​e​f​e​n​s​e​-​r​e​s​o​u​r​c​e​s​-​p​r​e​p​a​r​e​d​n​ess

    Cette source me semble offi­cielle, néan­moins si l’un d’entre vous peut me confir­mer et m’ex­pli­quer le pour­quoi du com­ment, où comme dirait Étienne Chouard la cause des causes de ça…

    Je vous remer­cie d’avance !

    Et déso­lé si c’est pas rac­cord, je pol­lue uni­que­ment parce que ça me semble gros.

    D’a­près mes pre­mières traductions,
    il est très clai­re­ment écrit que l’é­tat met à dis­po­si­tion tout ce qu’il fau­dra et accep­te­ra n’im­porte quel contrat dans le cadre de la sécu­ri­té nationale.
    Il met tous ses moyens pos­sible à dis­po­si­tion du minis­tère agri­cul­ture, de l’éner­gie, de la san­té, de l’homme et la san­té du trans­port, de la défense et du commerce.

    Pour main­te­nir l’ordre et aug­men­ter / res­tau­rer la puis­sance indus­trielle natio­nale, la tête de toutes les agences enga­gées par pro­cu­ra­tion à la défense natio­nale est délé­guée au Président.

    « Il est éta­bli dans la branche éxé­cu­tive un « Natio­nal Defense Exe­cu­tive Reverse » (NDER) com­po­sé de per­sonne à l’ex­pé­rience recon­nue de divers seg­ment du ser­veur pri­vé et du Gou­ver­ne­ment … afin d’oc­cu­per des posi­tions dans le Gou­ver­ne­ment Fédéral. »

    « La ges­tion des dif­fé­rents minis­tères peut être confiée à des membres du NDER »

    D’a­près la source si-des­sous, la loi mar­tiale dure­ra 6 mois
    http://fellowshipofminds.wordpress.com/2012/03/19/a‑democrat-lawyer-calls-obamas-executive-order-martial-law-lite/

    Réponse
  3. Vassili

    Mise à jour : d’a­près mes der­nières infor­ma­tions, la loi mar­tiale est désor­mais pos­sible par décret, mais pas entiè­re­ment appliquée. 

    C’est donc un peu moins grave qu’annoncé.

    Réponse

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