Débat entre Etienne Chouard et Yvan Blot sur la démocratie réelle

28/10/2011 | 21 commentaires

Inté­res­sante conver­sa­tion avec Yvan Blot sur la démo­cra­tie réelle
à l’oc­ca­sion de mon pas­sage à Paris, mar­di der­nier, chez Jean Robin :

https://​dai​.ly/​x​l​z​6kr
Débat entre Etienne Chouard et Yvan Blot sur la… par enquete-debat

Yvan Blot connaît bien les semi-démo­cra­ties dans le monde.
– Il a com­men­cé par rap­pe­ler les rouages essen­tiels de la Suisse, notam­ment les Réfé­ren­dums d’I­ni­tia­tive Citoyenne (RIC) ;
– après quoi, nous avons envi­sa­gé ensemble une de mes pro­po­si­tions d’a­mé­lio­ra­tion sub­stan­tielle (tirer au sort une des deux chambres légis­la­tives)
– et la néces­si­té d’é­tu­dier pré­ci­sé­ment les pro­ces­sus consti­tuants qui ont ren­du pos­sibles ces démo­cra­ties semi-directes.

Yvan Blot a un site très inté­res­sant :
http://​www​.demo​cra​tie​di​recte​.fr

C’est un « libé­ral » radi­cal, avec qui j’au­rai donc sans doute quelques désac­cords très nets, mais nos réflexions sur la vraie démo­cra­tie nous per­met­tront sans doute de pro­duire des échanges utiles à tous.

J’ai trou­vé inté­res­sant le der­nier livre d’Y­van Blot, « L’o­li­gar­chie au pou­voir » :
http://​www​.demo​cra​tie​di​recte​.fr/​2​0​1​1​/​0​7​/​n​o​u​v​e​a​u​-​l​i​v​r​e​-​l​o​l​i​g​a​r​c​h​i​e​-​a​u​-​p​o​u​v​o​i​r​-​p​a​r​-​y​v​a​n​-​b​l​ot/

Mal­gré quelques pas­sages qui m’ont fait tiquer, et sur les­quels j’ai­me­rais dis­cu­ter point par point (nous sommes conve­nus de nous revoir pour conti­nuer cet échange, en sui­vant jus­te­ment l’ordre de mes notes dans son livre), j’y ai trou­vé de nom­breuses obser­va­tions per­ti­nentes et utiles sur les objec­tifs et méthodes de l’o­li­gar­chie mar­chande qui se pré­pare à nous essorer.

Étienne.

___________

PS (30 octobre) : cet entre­tien est l’oc­ca­sion d’é­changes éton­nants sur des sites dif­fé­rents ; j’at­tire votre atten­tion sur ceux-ci :

• un fil pas­sion­nant sur Ago­ra­vox :
http://​www​.ago​ra​vox​.tv/​a​c​t​u​a​l​i​t​e​s​/​p​o​l​i​t​i​q​u​e​/​a​r​t​i​c​l​e​/​d​e​b​a​t​-​e​n​t​r​e​-​e​t​i​e​n​n​e​-​c​h​o​u​a​r​d​-​e​t​-​3​2​309

• un fil éga­le­ment très inté­res­sant sur le site Enquêtes et débats :
http://​www​.enquete​-debat​.fr/​a​r​c​h​i​v​e​s​/​d​e​b​a​t​-​e​n​t​r​e​-​e​t​i​e​n​n​e​-​c​h​o​u​a​r​d​-​e​t​-​y​v​a​n​-​b​l​o​t​-​s​u​r​-​l​a​-​d​e​m​o​c​r​a​t​i​e​-​r​e​e​lle

• et encore un sur ma page Face­book :
http://​www​.face​book​.com/​p​e​r​m​a​l​i​n​k​.​p​h​p​?​s​t​o​r​y​_​f​b​i​d​=​2​1​0​9​7​3​3​8​8​9​7​1​0​5​8​&​i​d​=​6​0​0​9​2​2​316

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Étienne

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21 Commentaires

  1. grégori

    Débat très intéressant.

    Habi­tant Nantes, la déci­sion uni­la­té­rale de l’o­li­garque ayrault de construire un aéro­port rui­neux et sur­nu­mé­raire a englou­ti une part non négli­geable de la lutte mili­tante locale et pour­rit la vie de nom­breuses per­sonnes depuis des années. Alors que si nous avions eu l’ou­til du réfé­ren­dum obli­ga­toire (comme à Zurich lorsque la muni­ci­pa­li­té doit faire une infra­struc­ture aux coûts impor­tants) l’af­faire aurait été tran­chée par le peuple depuis bien long­temps (en pas­sant très pro­ba­ble­ment aux oubliettes).

    Concer­nant le tirage au sort, il y a le témoi­gnage radio­pho­nique sur son uti­li­sa­tion par les occu­pants de la place syn­tag­ma en Grèce lors­qu’il s’a­git de choi­sir celles et ceux qui par­le­ront à l’as­sem­blée et les manoeuvres des membres des  » orgas  » pour mani­pu­ler ces règles.
    http://​www​.son​sen​luttes​.net/​s​p​i​p​.​p​h​p​?​a​r​t​i​c​l​e​357

    Enfin,je ne peux qu’être conster­né de voir la cam­pagne de calom­nies dont vous êtes l’ob­jet par les gens ano­nymes de conspi­shors­de­nis­vies (ser­vi­le­ment copiée-col­lée par les indy­mé­dias Nantes tou­louse bor­deaux paris) qui offi­cient éga­le­ment sur Radio France Paris Plu­rielle dans l’é­mis­sion actua­li­té des luttes/zéro hebdo :
    http://​www​.son​sen​luttes​.net/​s​p​i​p​.​p​h​p​?​a​r​t​i​c​l​e​355

    cela res­semble comme deux gouttes d’eau au leit­mo­tiv  » faux amis rouges-bruns « de guyet-boutolleau
    https://​nantes​.indy​me​dia​.org/​a​r​t​i​c​l​e​/​2​4​3​2​3​#​c​o​m​m​e​nts

    nul doute que ces infil­trés cog­ni­tifs ont pour mis­sion de répandre la plus grande confu­sion entre gauche et droite ou entre fas­cisme et résis­tance, leur prose étant obs­cu­ran­tiste et inquisitoriale..

    je vois que seul indy­me­dia bruxelles a dai­gné publier votre droit de réponse.

    la démo­cra­tie athé­nienne est dis­po­nible aux édi­tions tex­to pour 10 euros mais le livre de Man­nin est en cours de réédition.

    ami­ca­le­ment,
    un adepte de l’é­lec­tion par tirage au sort et de l’a­ma­teu­risme politique.

    Réponse
  2. beo

    Ouais moi dans ma ville c’est un vélo­drome que les élus de la com­mu­nau­té d’a­glo­mé­ra­tion essayent de nous imposer.

    Réponse
  3. sitouaillain

    Tout sim­ple­ment ÉNORME !!!!!

    voi­là le genre de débat qui mérite de rem­pla­cer les faux débats des chaînes de ser­vice public…

    c’est aus­si une démons­tra­tion de la néces­si­té de s’é­du­quer à la démo­cra­tie, car nous avons là deux per­sonnes qui savent dia­lo­guer, au sens presque socra­tique du terme, en tout cas se posi­tion­ner l’une et l’autre dans une pos­ture de recherche du consen­sus, l’un com­plé­tant ce que dit l’autre, posant des ques­tions pour lais­ser l’autre pré­ci­ser sa pen­sée, rebon­dir, et sor­tir par le haut des points de désac­cord, ou les lais­ser en sus­pend par un humble et noble « je ne sais pas ».

    après le cogi­to car­té­sien, je trouve qu’Étienne nous montre en acte une autre dimen­sion de l’être de rai­son : le deve­nir. De sorte qu’il pour­rait dire « je dia­logue donc je deviens plus que ce que je suis ».

    Et c’est là aus­si que se situe l’es­sence de la démo­cra­tie, du deve­nir col­lec­tif humain : l’ins­ti­tu­tion d’un « nous » agis­sant libre­ment, passe par le dépas­se­ment de soi sans renon­cer à soi.

    De sorte que contrai­re­ment à une cer­taine concep­tion, il ne s’a­git pas d’at­teindre un plus petit déno­mi­na­teur com­mun (le com­pro­mis) mais de for­mer un tout qui soit supé­rieur à la somme des par­ties (le consen­sus). Ce consen­sus, une fois atteint, l’es­pace d’une frac­tion de seconde puis­qu’il n’an­nule pas le Je, il est éphé­mère une idée est déjà là pour le questionner.

    Nous sommes des nains sur des épaules de géants, voi­là des années (je suis encore jeune hein!) que je me pose la ques­tion sui­vante : qu’est-ce que le sys­tème idéal ?

    Comme un peu tout un cha­cun pré­oc­cu­pé par cette ques­tion, je me suis plon­gé dans la lec­ture des anciens, les Grecs, les Chi­nois, les uto­pistes du moyen-âge, les Smith, Mill, les Rous­seau, les Marx, les Prou­dhons, les socio­logues, les phi­lo­sophes etc.
    J’ai peu à peu pré­ci­sé ma ques­tion : com­ment pro­duire l’harmonie ?

    Et j’ai obser­vé, lu de nou­veau, relu, en com­plé­tant ma ques­tion par une autre plus pro­blé­ma­tique, qu’est-ce que l’homme ?
    Et, obser­vant la vie par le tru­che­ment des bio­lo­gistes et des anthro­po­logues, c’est à dire depuis l’être uni­cel­lu­laire jus­qu’aux orga­ni­sa­tions sociales les plus com­plexes, j’y réponds :

    C’est une forme de vie qui peut évo­luer, qui ne peut vivre seule, qui vit par et dans une socié­té, mais qui est en dan­ger à plus ou moins long terme dès que cette socié­té est inca­pable de chan­ger. Cf la fra­gi­li­té d’un peuple iso­lé, figé, d’une civi­li­sa­tion figée qui épuise ses res­sources jus­qu’à dis­pa­raître, etc.

    J’ai donc à nou­veau com­plé­té ma question :
    com­ment pro­duire l’har­mo­nie tout en lais­sant la place à la créa­tion de l’i­né­dit, du nou­veau ? Com­ment pro­duire l’ordre sans cherche l’ordre pour l’ordre, mais plu­tôt la jus­tice et la sagesse en devenir ?

    En gros, il s’a­git de recher­cher le bon­heur du « bon sau­vage » sans tom­ber dans la dimen­sion tota­li­taire d’une civi­li­sa­tion figée, des contre-uto­pies, d’Or­well, Phi­lip K. Dick (la lote­rie uni­ver­selle!), Hux­ley ou la « glo­ba­lia » de la « fin de l’histoire ».

    C’est donc en toute logique que je me suis inté­res­sé aux expé­riences pra­tiques de la construc­tion d’un « nous » agis­sant, c’est-à-dire à la manière dont le vivre ensemble s’or­ga­nise, en situa­tion, à petite échelle.

    Et j’a­voue que je m’y perds un peu, encore plus lors­qu’il s’a­git de pen­ser la démo­cra­tie à l’é­chelle macro, car je butte sur cette ques­tion : com­ment s’as­su­rer que la sagesse et la jus­tice l’emporte ?

    Et c’est le vieux débat pla­to­ni­cien qui resur­git ! La dimen­sion tra­gique de la démo­cra­tie est qu’il n’y a pas vrai­ment de réponse à cette ques­tion, contrai­re­ment à ce que dit pra­ti­que­ment toute la pen­sée euro­péenne der­rière Pla­ton (le phi­lo­sophe-roi) , contrai­re­ment à ce que dit Marx (la dic­ta­ture du Par­ti gui­dant le pro­lé­ta­riat) et contrai­re­ment aux libé­raux (la com­pé­ti­tion des inté­rêts et la sanc­tion par le « mar­ché »), contrai­re­ment aux théo­crates (les prêtres), aux socio-démo­crates ou démo­crates chré­tiens (les experts, les gens éclai­rés, etc.), aux scien­tistes (la science) ou aux indi­gè­nistes (les tra­di­tions, les ancêtres).

    S’il ne peut y avoir d’au­to­ri­té supé­rieure exté­rieure à celle du corps citoyen lui-même, c’est que la réponse à ma ques­tion de la pro­duc­tion d’une « har­mo­nie créa­trice » se trouve à la croi­sée des che­mins : peut-être doit-on pré­voir des ins­ti­tu­tions qui limitent la dimen­sion tra­gique de la démo­cra­tie directe inté­grale, cette fameuse « dic­ta­ture de la majo­ri­té » qui peut être oubli de la sagesse du phi­lo­sophe, mépris de la science, impo­si­tion d’in­té­rêts majo­ri­taires ou mieux orga­ni­sés, mépris de la tra­di­tion (embal­le­ment trop chao­tique pour obte­nir une table rase) ou au contraire repli sur la tra­di­tion (inté­grisme ou sim­ple­ment inca­pa­ci­té à s’a­dap­ter et à pen­ser autre­ment), etc.

    La sagesse est à la fois auto­li­mi­ta­tion (contraire de la folie) et absence de limite fixe (contraire de l’obs­cu­ran­tisme). Un peuple phi­lo­sophe (amou­reux de la sagesse) est donc un peuple qui se fixe ses propres limites tout en sachant recon­naître que ces limites sont d’ores et déjà à dépasser.

    En tant que par­ti­san de l’au­to­no­mie, j’en­tends agir selon une éthique. Et si je recon­nais qu’un ordre doit exis­ter, j’ai­me­rais qu’il existe sous le prin­cipe sui­vant : nul ne peut être sou­mis à une loi à la rédac­tion de laquelle il n’a pu par­ti­ci­per ou qu’il ne peut contester.

    Je fais miennes ces ins­ti­tu­tions salu­taires que sont les dif­fé­rents types de réfé­ren­dum et autres assem­blées popu­laires qui per­mettent de rendre effec­tif cet impé­ra­tif démocratique.

    Mais je tiens à ce que la Loi ne soit pas uni­que­ment per­fec­tible et contes­table par ces seuls moyens. Je sou­haite aus­si pou­voir libre­ment la contes­ter par les actes.

    C’est-à-dire que, si mon éthique me condui­sait à trans­gres­ser une loi (déso­béis­sance civile), je tiens à ce qu’on me juge équi­ta­ble­ment : mon acte est-il révé­la­teur d’une imper­fec­tion de la loi ?

    Et si mon com­por­te­ment trans­gresse les lois, cette fois-ci par défaut de res­pect des autres, j’ai­me­rais éga­le­ment qu’on m’aide par la sanc­tion à me confor­mer à la loi, parce que je la com­prends, je la fais mienne ou parce que j’ai réglé un pro­blème affec­tif ou psy­cho­lo­gique, etc.

    Tel serait à mon sens le chan­ge­ment de para­digme indis­pen­sable à l’ins­ti­tu­tion d’un pou­voir coer­ci­tif et à même de juger, d’ap­pli­quer les sanc­tions néces­saires, etc. un ordre qui pro­gresse par la trans­gres­sion, un ordre qui pro­gresse par la com­pré­hen­sion des causes de son désordre interne et qui cor­rige et se cor­rige intelligemment.

    Cela implique, là encore, une véri­table sépa­ra­tion des pou­voirs : en cas de vio­la­tion de la loi, la « police » constate, ce citoyen viole la loi. Le « juge » dit : c’est vrai mais la loi était mau­vaise, il fau­drait la révi­ser, ou il dit : c’est vrai et il faut le sanc­tion­ner, ou les deux. La « com­mis­sion des sanc­tions » dit : ce citoyen a besoin de telle ou telle sanc­tion pour que doré­na­vant il res­pecte la loi. La « com­mis­sion d’ap­pli­ca­tion des sanc­tions » dit : la sanc­tion a été effi­cace, il est réha­bi­li­té, ou elle a été inef­fi­cace, il faut l’adapter.

    J’é­voque ce point car je consi­dère que l’har­mo­nie pro­gresse aus­si par petites touches, la pro­duc­tion de règles est aus­si un tâton­ne­ment, expé­ri­men­ta­tions, juris­pru­dences, réexa­mens des règles au regard des constats (éva­lua­tion), et les moyens de faire se confor­mer les citoyens aux règles, s’ils ne peuvent se satis­faire d’une simple auto­ré­gu­la­tion par le jeu social, sont d’au­tant plus effi­caces qu’ils sont accep­tables, doux et inter­disent à l’ordre de se figer.

    La vie elle-même pro­gresse par déri­va­tion d’a­vec l’ordre exis­tant, une « évo­lu­tion » est une dégé­né­res­cence géné­tique réussie…

    Réponse
  4. Catherine

    Il est génial ton com­men­taire sitouaillain car il est ouvert, mer­veilleu­se­ment ouvert sur les pos­sibles tou­jours pos­sibles, et pour cela même aus­si, pos­si­ble­ment impos­sibles, ça va avec.

    Alors ce tout qui est plus que le tout l’est plus car le 1+1 ne fait pas deux quand souffle l’es­prit de la relation.

    Quand l’es­prit de la rela­tion est là, ça fait trois alors, l’es­prit comp­tant pour un, et du coup ça res­pire mieux grâce au vent bien­fai­sant du petit génie elfique, sourire !

    Et ça pour­rait être ça la démo­cra­tie, ça devrait être ça si nous le vou­lions assez, tous autant que nous sommes. Si nous épou­sions nos contraires au ser­vice non pas d’un des termes de la rela­tion x ou y qui vou­drait avoir rai­son, mais au pro­fit de la rela­tion elle-même pour lui offrir un sup­plé­ment d’âme, au pro­fit de la Vie en somme.

    Ce ne serait ni l’un ni l’autre qui aurions à en tirer glo­riole, ce serait d’a­voir lais­sé ouvert entre les deux qui aurait per­mis cette res­pi­ra­tion plus res­pi­rante et por­teuse de vie, donc de sup­plé­ment d’âme, d’éner­gie, qu’il fau­drait savou­rer et remer­cier et appe­ler de nos voeux encore et encore car un vivant se doit d’ap­pe­ler le vivant et non d’in­vi­ter les morts à table.

    Et donc remer­cier, que dis-je, glo­ri­fier, les deux termes du dia-logue d’a­voir lais­sé pas­ser le logos pas­ser entre eux deux comme deux pas­seurs qui lais­se­raient pas­ser le flux du fleuve sans contra­rier ses mou­ve­ments juste des pas­seurs, mais être des pas­seurs justes, c’est un art !

    Ceci dit je n’ai pas encore écou­té ce dia­logue mais c’est ce à quoi m’a fait pen­ser la lec­ture de ton mes­sage citoyen x

    Réponse
  5. Catherine

    Ton mes­sage est riche, essen­tiel, car il touche à la source de la source du vivant je trouve, et ce qui me vient en lisant ta phrase « il ne peut y avoir d’au­to­ri­té supé­rieure exté­rieure à celle du corps citoyen lui-même » c’est de te dire que, eh bien si, moi, je crois fort qu’il y a une auto­ri­té supé­rieure à celle du corps citoyen lui-même, et c’est la Vie elle-même qui est supé­rieure à celle du corps citoyen, car si elle, la Vie, n’im­pri­mait pas sa dyna­mique vitale dans ce corps citoyen, ce corps n’exis­te­rait tout sim­ple­ment pas, comme aujourd’­hui nous pou­vons le consta­ter amè­re­ment, c’est le cas, où ça ne cir­cule plus beau­coup la rela­tion citoyenne, où ça coince à tous les car­re­fours d’é­change, à tous les croi­se­ments de sup­po­sé-dia­logue qui ne laisse rien pas­ser que la voix du plus fort, où les espaces se raré­fient et du coup où ça imprime de la mort dans les rela­tions citoyennes où le mot-même semble être une gabe­gie, une inep­tie, un mot vide, juste une enve­loppe « pour faire sem­blant » car on aime beau­coup faire sem­blant, c’est le règne du sem­blant, mais le « pour de vrai », on ne sait pas où ça se niche ce bidule-là, car ça se niche dans le silence de la misère qui se tait !

    La vie est le maître et nous, nous sommes ses ser­vi­teurs et c’est lorsque nous inver­sons les termes comme aujourd’­hui au tra­vers de tous les liens que nous tis­sons , que nous intro­dui­sons la mort en elle, et un vivant qui porte un mort en lui, ça fait mal et même que c’est mortel !

    En vou­lant abu­si­ve­ment l’as­ser­vir pour taire nos peurs, pour asseoir nos prétentions,la Vie nous la bri­sons, la rudoyons, la répu­dions et nous nous tuons par là même, car nous sommes ses enfants à la Vie, c’est elle qui nous a engen­dré et non le contraire.

    Nous, dans le meilleur des cas, cas raris­sime il faut bien le dire, nous pou­vons juste être créa­teurs d’actes mais à une condi­tion, c’est que nous consen­tions libre­ment, sans contrainte exté­rieure, à inté­grer cet ordre natu­rel du vivant, sinon, on croit qu’on crée mais c’est de la redite, on fait le per­ro­quet, mais pour ce qui est du début du début on n’en sait rien, c’est un prin­cipe, un Prince qui nous dépasse et dont on ne pour­ra jamais par­ler car nous, nous sommes limi­tés et elle est illi­mi­tée la vie et le moins ne peut par­ler du plus, sinon, qu’en se trom­pant ou en disant ce n’est pas ci, ce n’est pas ça, mais d’af­fir­ma­tion, ça, c’est pas pour nous !

    Bref, quand on divorce de la source du vivant qui nous ori­gine, et la vie qu’est-elle sinon nature et struc­ture du lien, et bien quand on divorce comme aujourd’­hui de rela­tion mais de la vraie pas de la fausse, ça pro­duit des choses, ça pro­duit ce qu’on vit, c’est à dire de la non-vie qu’on pour­rait qua­li­fier de sous-vie de sur­vie peut-être mais vrai­ment pas au-delà de cette étiquette !

    Réponse
  6. Catherine

    Tu dis encore« s’il ne peut y avoir d’au­to­ri­té supé­rieure exté­rieure à celle du corps citoyen lui-même, c’est que la réponse à ma ques­tion de la pro­duc­tion d’une « har­mo­nie créa­trice » se trouve à la croi­sée des che­mins » tout à fait, 100% ok avec toi, c’est la défi­ni­tion même de la vie que tu donnes là !

    La croi­sée des che­mins, c’est l’es­pace de ren­contre où tous les pos­sibles sont pos­si­ble­ment pos­sibles , mais pour se ren­con­trer il faut lais­ser ouvert dans sa tête, essayer de ne pas fer­mer le rideau de fer car on a enten­du un mot qui nous ren­voie illi­co à un réflexe pav­lo­vien de fer­me­ture, et ça, c’est rude­ment dur, ça néces­site d’a­voir conscience de nos peti­tesses c’est à dire de nos réflexes à fer­mer quand on entend cer­tains mots ou ceci ou cela. Mais une fois, qu’on est conscient ça, on fait davan­tage atten­tion, et donc on ferme moins et du coup, on voit qu’on est pas mort quand on ouvre et même qu’on est plus pétillant et du coup on ouvre on ouvre davan­tage car à la peur suc­cède peu à peu l’au­dace, le risque et la dyna­mique se met en route !

    Réponse
  7. Étienne

    Mer­ci à vous, pour ces riches commentaires.

    Cet entre­tien est l’oc­ca­sion d’é­changes éton­nants ; j’at­tire votre atten­tion sur ceux-ci : 

    • un fil pas­sion­nant sur Ago­ra­vox :
    http://​www​.ago​ra​vox​.tv/​a​c​t​u​a​l​i​t​e​s​/​p​o​l​i​t​i​q​u​e​/​a​r​t​i​c​l​e​/​d​e​b​a​t​-​e​n​t​r​e​-​e​t​i​e​n​n​e​-​c​h​o​u​a​r​d​-​e​t​-​3​2​309

    • un fil éga­le­ment très inté­res­sant sur le site Enquêtes et débats : 
    http://​www​.enquete​-debat​.fr/​a​r​c​h​i​v​e​s​/​d​e​b​a​t​-​e​n​t​r​e​-​e​t​i​e​n​n​e​-​c​h​o​u​a​r​d​-​e​t​-​y​v​a​n​-​b​l​o​t​-​s​u​r​-​l​a​-​d​e​m​o​c​r​a​t​i​e​-​r​e​e​lle

    • et encore un sur ma page Facebook : 
    http://​www​.face​book​.com/​p​e​r​m​a​l​i​n​k​.​p​h​p​?​s​t​o​r​y​_​f​b​i​d​=​2​1​0​9​7​3​3​8​8​9​7​1​0​5​8​&​i​d​=​6​0​0​9​2​2​316

    Il y en a peut-être d’autres, mais je n’ar­rive pas à suivre…

    Là, je suis com­plè­te­ment débor­dé, je ne peux pas répondre à tout le monde, mais il y a des gens qui ont très bien com­pris ce que j’ex­plique et qui me rem­placent sou­vent efficacement.

    Je vous remer­cie tous pour votre pétillance 🙂 
    Nous par­ti­ci­pons à la crois­sance d’un vrai beau cer­veau col­lec­tif.

    Étienne.

    Réponse
  8. sitouaillain

    Mer­ci Catherine,

    Tu m’ac­cor­de­ras tout de même le droit de me for­ger moi-même mes réflexes de fer­me­ture, disons immunitaires…

    Je ne dis pas que ce que tu dis n’a pas de valeur ou n’a pas de pro­fon­deur, en soi, ou plu­tôt dans un entre soi éga­li­taire… Tous nus, tom­bés du ciel sans pos­ses­sions devant une terre vierge, je t’é­cou­te­rais avec encore plus d’attention.

    J’au­rais encore plus d’at­ten­tion quand, après avoir enten­du que la Vie nous est supé­rieure, j’en­ten­drais cer­tains dire « c’est la Vie », comme d’autres, ayant enten­du cer­tains de tes pré­dé­ces­seurs, disent « Dieu l’a voulu ».

    Je ne suis pas cho­qué par ton pro­pos mais j’exa­mine ton écri­ture en tant que poten­tielle affir­ma­tion, dif­fu­sion ou redif­fu­sion de concepts libé­ra­teurs, sub­ver­sifs, viraux, 
    et peut-être que j’ai l’es­prit fer­mé et du coup, j’ai­me­rais que tu me dises pour­quoi je ne décèle aucune dif­fé­rence entre ce que tu dis et tout ce qui fonde l’on­to­lo­gie du libé­ra­lisme pri­mi­tif, je n’y vois aucun anti­dote à la force de cap­ta­tion des ins­tincts et des dési­rs qu’est le capi­ta­lisme et la socié­té de consom­ma­tion, et sur­tout, je n’y vois aucune piste d’ac­tion qui soit autre chose qu’un appel à un léger sur­saut moral chez ceux qui savent exploi­ter la vie des autres à leur profit.

    Main­te­nant, pour com­plé­ter ce que tu dis ou du moins le rendre moins lénifiant,
    je dirais que nous vivons dans une socié­té héri­tée, inéga­li­taire et en mou­ve­ment, une forme par­ti­cu­lière de la vie humaine dans un « moment » social et his­to­rique donné.

    Si on veut chan­ger la direc­tion prise, c’est un peu s’a­veu­gler (pour ne pas dire que tu confonds essence et sub­stance, être et étant) que de par­ler de Vie en géné­ral à recher­cher, à lais­ser faire, tout ce dis­cours n’a pas de sens sauf dans une optique de bien-être indi­vi­duel ou en secte. Or, à l’é­vi­dence tu n’es pas boud­dha et tu n’in­ter­viens pas sur ce site pour faire la coach de déve­lop­pe­ment per­son­nel :), c’est donc que tu veux dire autre chose,

    donc, je fais l’hy­po­thèse que cet autre chose à dire aurait plus de force en pre­nant en compte que la vie humaine est certes « phy­sique », innée, mais aus­si et sans doute beau­coup plus « sym­bo­lique », acquise, c’est à dire qu’il n’y a pas de vie humaine sans défi­ni­tion humaine du « com­ment il faut vivre », un « com­ment maté­riel » mais aus­si un « com­ment per­cep­tion ». Et c’est en ce sens qu’il ne peut y avoir d’au­to­ri­té exté­rieure au corps des citoyens, en tant qu’ils sont conscients qu’ils habitent un monde sym­bo­lique et maté­riel qu’ils construisent (le Cosmos).

    S’ils n’en sont pas conscient, on aura beau tirer au sort les déci­deurs, ils ne feront que repro­duire ce que d’autres ont déjà déci­dé pour eux, invo­quant, dieu, mérites, fata­li­tés, morales ou tra­di­tions pour jus­ti­fier leur ascen­dant « natu­rel », toute trace sym­bo­lique, idéo­lo­gique, ins­ti­tu­tion­nelle. Par exemple, je dirais que l’in­di­vi­dua­lisme est au jeune du ghet­to ce que le brah­ma­nisme est à l’in­tou­chable qui croit encore à la réin­car­na­tion. Le res­pect de l’ou­vrier envers le mana­ger est une sorte de syn­drome de Stock­holm, la plu­part du temps ses grèves ne mettent pas fin à la prise d’o­tage car elles consistent à deman­der aux ravis­seurs s’il peut aller pisser…

    Au-delà de ce qu’on ne sau­ra jamais et en deçà de ce qu’il reste à savoir, pour com­prendre l’hu­ma­ni­té comme forme de vie, je crois que tout est déjà dans le Zoon poli­ti­kon d’Aristote, mais on com­prend mieux, on affine, quand on regarde l’homme sous l’angle des dif­fé­rentes sciences humaines (elles-mêmes en mou­ve­ment mais tout de même point de départ d’une révo­lu­tion coper­ni­cienne de la com­pré­hen­sion de l’homme),
    il n’est pas la créa­ture de forces occultes, ou d’une com­pé­ti­tion dar­wi­nienne, il est le déci­deur de la manière dont il pense, dont il chasse, dont il inter­agit avec son milieu et il crée même son propre monde intel­li­gible, il vit et déploie son éner­gie vitale dans un monde qu’il se fabrique à par­tir de schèmes et de sym­boles, et sou­vent, il refoule bien vite sa créa­tion-recréa­tion per­ma­nente (Dieu, les Ancêtres, la Vie en sont les auteurs).

    On ne peut nier que l’homme est une forme de vie par­mi d’autres et qu’il habite une pla­nète finie avec un éco­sys­tème dont il dépend, mais même le dégout du fan­tasme de toute-puis­sance de l’homme occi­den­tal ne doit pas faire oublier que l’homme est le créa­teur de sa rela­tion à l’é­co­sys­tème, maître d’un deve­nir inter­sub­jec­tif, par ses créa­tions, ses outils, il est même capable de faire recu­ler les limites du monde : un épi de blé sélec­tion­né pen­dant des mil­lé­naires donne plus qu’un épi sauvage.

    On sent donc que, héri­tée, la socié­té dans laquelle nous vivons est un agen­ce­ment com­plexe en grande par­tie indé­pen­dante de la vie de cha­cun de ses indi­vi­dus, via des schèmes de pen­sées et de com­por­te­ments, des choses ins­ti­tuées, des idées, qui leur sur­vivent et dans les­quels ils piochent, au milieu des­quelles ils vivent.
    la socié­té inéga­li­taire dans laquelle nous vivons est faite de rela­tions de domi­na­tion, d’ex­ploi­ta­tion et d’in­dif­fé­rence à la valeur intrin­sèque de chaque homme, et les agen­ce­ment machi­niques, comme dit Illich, finissent même par asser­vir l’homme le plus riche, mais ces rela­tions ne sont pas le fruit d’un manque de volon­té de chan­ge­ment ou d’un aban­don du désir de vivre, bien au contraire, cette socié­té sur­vit parce qu’elle per­met au pou­voir agis­sant de se nour­rir de la volon­té de vivre, maté­rielle et symbolique,

    et elle ne peut pas se trans­for­mer par un dis­cours per­for­ma­tif (du genre si on s’y met­tait tous, etc.) car ces rela­tions de domi­na­tion sont pré­ci­sé­ment cou­vertes, entre­te­nues, jus­ti­fiées par des schèmes trans­mis et retrans­mis en permanence.

    Et, tu seras d’ac­cord avec moi, ces schèmes, traces soli­di­fiés d’une cer­taine culture et d’un cer­tain lan­gage, d’une cer­taine façon d’être humain, leurs agen­ce­ment en struc­tures, il faut les décons­truire, les dépas­ser, en créer de nou­veaux, rete­nir ceux qui éman­cipent, les dif­fu­ser et les rediffuser…en actes autant qu’en paroles.

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  9. Catherine

    Tu m’as bien rire citoyen x en ce matin bru­meux où mon esprit semble tout aus­si embru­mé que celui du dehors, de plus je dois aller bos­ser aus­si ça va être dur de te répondre.

    Alors juste deux, trois petits trucs pour commencer.

    Le pro­blème, c’est que ce type de dis­cours, le mien peut des­ser­vir plus que ser­vir si la per­sonne qui le reçoit n’est pas en phase avec le pro­pos, n’y met pas la même chose que moi, c’est que les mots c’est à la fois un salut mais plus sou­vent hélas un cime­tière et là je crois bien que je me suis enter­rée toute seule, par paresse, parce que je n’a­vais pas envie de m’é­tendre trop, parce que je pen­sais que ceux qui lisaient ou sur­vo­laient savaient gros­so modo ce à quoi je fai­sais réfé­rence depuis le temps que je rabâche ça !

    En fait c’est tout sauf léni­fiant sous des appa­rences qui te semblent lénifiantes.

    Pour­quoi ?

    Parce que c’est une guerre et une guerre farouche contre tout ce qui empêche la cir­cu­la­tion libre et natu­relle de la vie, et cha­cun sait ou devrait savoir qu’a­vant d’être un homme le pré-homme que nous sommes tous d’a­bord doit faire le tra­vail qui le mène de son ani­ma­li­té rela­tive à sa pos­sible huma­ni­té qui est un pont jus­te­ment entre l’as­pect maté­riel et l’as­pect plus intel­lec­tua­li­sé de ce qu’il est mais sans jamais se cou­per, se sépa­rer de ses deux berges.

    Mais le para­doxe de l’homme c’est que sa construc­tion pre­mière celle qui fabrique sa conscience, elle est comme la lame d’une épée. Elle peut tuer ou sau­ver selon Ce que l’on en fait.

    Et là, ça ren­voie au faire à faire, à notre res­pon­sa­bi­li­té, c’est à dire à avoir à répondre de cha­cun de nos actes sur le che­min de notre exis­tence chao­tique d’a­bord pour aller vers un ordre mais pas n’im­porte quel ordre, celui du je qui n’an­nule pas le nous com­mu­nau­taire et inver­se­ment et ça c’est tout sauf tran­quille, doux et tout le toutim.

    Car c’est faire un tra­vail de dis­cer­ne­ment, sépa­rer le bon grain de l’i­vraie comme diraient cer­tains, mais ça, ça ne fait pas comme ça. Cela se fait sur les décombres de nos chutes, de nos erre­ments, de nos expé­riences que nous avons alors pos­si­ble­ment inté­grées, et de l’éner­gie inté­grée comme nous disent les phy­si­ciens, c’est de l’in-for­ma­tion, qq chose qui nous forme de l’in­té­rieur, càd qui n’est plus col­lée comme sont d’a­bord col­lés tous les appren­tis­sages d’une socio-culture qui n’oeuvre que pour ses inté­rêts, ça veut dire dé-col­ler du fond de la cas­se­role à laquelle nous col­lions jus­qu’a­lorsdu fait de notre aveu­gle­ment car avant de savoir on se sait pas ma foi, y’a pas de mal à ça, mais ensuite quand on sait ce n’est pas la même chose que lors­qu’on ne sait pas et la sévé­ri­té doit être de mise sinon il y a des écarts et ces écarts ne sont pas alors des erreurs mais des fautes car nous avions le devoir d’in­té­grer nos erreurs pour aller VERS la jus­tesse, l’é­toile que nos dési­rs appellent, bref tout sauf un che­min tran­quille mais au contraire un che­min de grande rigueur et d’at­ten­tion sou­te­nue à tout mais dans une rela­tive sou­plesse, c’est le cha­meau qui veut pas­ser dans le chas de l’ai­guille quoi. .

    Mince, plus le temps, j’suis à la bourre, bonne jour­née, plus dès que je peux !

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  10. Simon

    Bon­jour mon­sieur Chouard,

    je vous entend sou­vent par­ler de gou­ver­ne­ment repré­sen­ta­tif pour dési­gner les régimes qui se disent démo­cra­tiques, mais le véri­table nom de ce type de régime (et que je ne vous entend jamais pro­non­cer) ne serait-il pas tout sim­ple­ment Répu­blique ? Car les défi­ni­tions que j’ai lu de ce mot ren­voient toutes à des repré­sen­tants élus. Voi­là voilà…

    Les consé­quences sur votre dis­cours seraient, logi­que­ment, que vous vous décla­riez anti-répu­bli­cain, et démo­crate.

    Cela pour­rait en désta­bi­li­ser plus d’un, étant don­né que les deux mots sont amal­ga­més, y com­pris dans l’introduction de notre consti­tu­tion, ou il est dit que la France est une « répu­blique démo­cra­tique »… Pour­quoi pas une Théo­cra­tie libé­rale tant qu’on y est…

    Réponse
  11. sitouaillain

    « Chaque ins­tru­ment ou usten­sile, chaque dis­po­si­tif méca­nique… est un triomphe de l’es­prit sur les forces phy­siques de la nature en concur­rence inces­sante et sans but. Toutes les ins­ti­tu­tions humaines — reli­gion, gou­ver­ne­ment, loi, mariage, cou­tume — en même temps que d’in­nom­brables autres modes de régu­la­tion de la vie sociale, indus­trielle et com­mer­ciale sont, en géné­ral, autant de façons de contre­car­rer et de faire échec et mat au prin­cipe de la concur­rence tel qu’il se mani­feste dans la socié­té. » Les­ter Frank Ward

    Ward est le père d’une socio­lo­gie cen­trée sur la vie humaine, qui s’op­pose par une méthode scien­ti­fique et empi­rique aux thèses du dar­wi­nisme social, thèses qui aujourd’­hui encore dominent la per­cep­tion des élites amé­ri­caines du jeu social et forment le ver­sant social de la doc­trine uti­li­ta­riste du néolibéralisme.
    Cette doc­trine est basée sur des pré­sup­po­sés et des croyances erronées.

    Depuis Dar­win, les zoo­logues ont d’ailleurs affi­né les recherches, démon­trant que les ani­maux « sociaux » sont d’au­tant plus armés pour la sur­vie que l’en­traide, la capa­ci­té d’au­to­ré­gu­la­tion du groupe et sa com­mu­ni­ca­tion (notam­ment des savoir-faire) sont éla­bo­rés, dépas­sant ain­si la théo­rie dar­wi­nienne pri­mi­tive qui lais­sait pen­ser que la concur­rence entre les indi­vi­dus était le prin­cipe car­di­nal de l’évolution.

    Les loups sont un cas emblé­ma­tique de soli­da­ri­té et de coopé­ra­tion entre tous les indi­vi­dus de la meute. On démontre ain­si que la jus­ti­fi­ca­tion du pou­voir abso­lu de l’É­tat, à savoir la concep­tion hob­be­sienne de l’é­tat de nature comme guerre de tous contre tous où l’homme est un loup pour l’homme, est tout sim­ple­ment sans fon­de­ment. Aus­si le Levia­than est un mal néces­saire si et seule­ment si les indi­vi­dus sous sa coupe sont inca­pables de se recon­naitre comme appar­te­nant à la même meute !

    Ceci amène à la conclu­sion sui­vante : Nous devons contes­ter l’État comme ins­tru­ment de coer­ci­tion, per­çu et vécu comme exté­rieur à la socié­té, et qui a sa rai­son propre, et nous mettre en capa­ci­té de fon­der un mode de régu­la­tion sociale mutuelle, consciente et réflexive, où l’État est la défi­ni­tion de ce qui nous relie et l’ins­tance suprême de mise en scène de la réso­lu­tion des conflits et des défis que le groupe affronte. Refu­sons l’É­tat-ber­ger et construi­sons l’État-alliance.

    Cette concep­tion de l’al­liance, de l’É­tat comme « Bund » scel­lant la com­mu­nau­té d’hommes libres et non auto­ri­té supé­rieure s’im­po­sant à tous, même mal­gré eux, cette concep­tion n’est fina­le­ment que le pro­lon­ge­ment de notre his­toire humaine, si l’on veut bien consi­dé­rer l’empire romain et la chré­tien­té catho­lique comme une paren­thèse dans l’his­toire des hommes (dont nous sor­ti­rions certes enri­chis!). Les peuples d’I­ta­lie, Athènes, Syra­cuse, etc., ne sont pas les seuls à avoir connus cette formes de démo­cra­tie, qui sur­vit en suisse et dans cer­tains états amé­ri­cains, celtes et ger­mains l’ont aus­si pratiquée :

    « Les socié­tés ger­ma­niques, jus­qu’à la période des Grandes Inva­sions, ont une struc­ture sociale assez souple. Les rois, les chefs de guerre, les prêtres n’ont qu’un pou­voir de cir­cons­tance fon­dé sur le consen­sus. L’ins­tance supé­rieure est l’as­sem­blée des hommes libres, autour d’un sanc­tuaire com­mun, où les déci­sions se prennent à l’u­na­ni­mi­té par accla­ma­tions. Le groupe fami­lial est très soli­daire et col­lec­ti­ve­ment res­pon­sable, notam­ment pour l’exer­cice de la ven­geance et le paie­ment du wer­geld (prix du sang). »

    « Conqué­rants de l’Em­pire romain au Ve siècle, les Ger­mains sont « conquis par leur conquête ». Ils adoptent la reli­gion des vain­cus, le chris­tia­nisme, leur langue écrite, le latin. Leurs struc­tures poli­tiques et leur droit sont pro­fon­dé­ment modi­fiées au contact du modèle romain. L’ex­pan­sion de l’Em­pire caro­lin­gien vers la Saxe, l’ac­tion des mis­sion­naires chré­tiens dans les royaumes anglo-saxons puis en Scan­di­na­vie, feront tom­ber dans l’ou­bli une grande par­tie de la civi­li­sa­tion ger­ma­nique pri­mi­tive, sans l’ef­fa­cer tout à fait. »

    source : http://​fr​.wiki​pe​dia​.org/​w​i​k​i​/​P​e​u​p​l​e​s​_​g​e​r​m​a​n​i​q​u​e​s​#​G​o​u​v​e​r​n​e​m​ent

    ————

    « Thing, Althing, Leid.

    Assem­blées sai­son­nières de tous les hommes libres dans tous les dis­tricts où sont prises les déci­sions d’intérêt géné­ral, les pro­cès, les pro­jets… Un carac­tère sacré s’attachait à cette ins­ti­tu­tion, pré­si­dées par le Lög­sö­gu­ma (l’homme qui dit la loi) élu pour trois ans. Le dieu du Thing fut sans doute Tyr (dieu). Au prin­temps se tenait le « Var­thing » (où se pré­parent les thèmes à venir). Au sol­stice d’été le « Althing » où se tenaient les votes, juge­ments, pro­jets, échanges d’informations sur les voyages, récits de poèmes de sagas, ces­sions d’héritages, ventes de biens, tran­sac­tions com­mer­ciales, mariages… durant deux semaines. En automne avait lieu le « Leid » qui enté­ri­nait les déci­sions prises en juin. Pour prendre part à ces assem­blées il fal­lait s’acquitter du Thing­fa­ra­kaup (adhé­sion, impôt, affec­té à l’organisation du Thing). Les Thing avaient lieu dans des endroits natu­rels, vastes et repré­sen­tant un avan­tage acous­tique comme un mur natu­rel de basalte (site de Lög­berg ou Mont de la loi)…Lors des pro­cès, le ver­dict maxi­mum était la com­pen­sa­tion finan­cière (bot), l’exil dans les bois (le skog­gan­dr), le ban­nis­se­ment (fjor­baug­sgar­dr) durée limi­tée, trois ans en géné­ral, mais pas de peine de mort sauf dans des domaines très pré­cis de nature à inva­li­der la qua­li­té humaine du cou­pable (homo­sexua­li­té, viol, vol) ils étaient alors qua­li­fiés de obo­ta­mal (un cas qui ne sau­rait appe­ler compensation).

    Devoir social de soli­da­ri­té entre clans et envers les pauvres fatae­kr, ou féli­till (qui a peu de biens), vieillards, malades…antérieur au chris­tia­nisme. Quand la famille fai­sait défaut, le dis­trict (fjor­dun­gar), la pro­vince ou le land pou­vait s’en char­ger, ou le hrep­pr. C’était l’équivalent de notre sécu­ri­té sociale, assu­rance mala­die, assu­rances tous risques… (Pau­vre­té, perte de bétail, incen­dies…). Le hrep­pr était com­po­sé d’une ving­taine de Boen­dr et davan­tage, payant le Thing­fa­rar­kaup, per­ce­vant l’impôt dont un quart reve­nait aux pauvres qui béné­fi­ciaient éga­le­ment des dons en nour­ri­ture (matg­ja­fir). »

    source : http://​fr​.wiki​pe​dia​.org/​w​i​k​i​/​V​i​k​i​n​g​#​T​h​i​n​g​.​2​C​_​A​l​t​h​i​n​g​.​2​C​_​L​eid.

    ——————

    « C’est pro­ba­ble­ment leur inca­pa­ci­té à s’u­nir et à fon­der des enti­tés poli­tiques plus vastes que la cité ou la confé­dé­ra­tion de peuples qui les a per­dus : il semble qu’à l’ins­tar des Grecs archaïques, les Celtes aient eu hor­reur du cen­tra­lisme et n’aient connu que des alliances tem­po­raires, fon­dées sur le clien­té­lisme. La civi­li­sa­tion cel­tique dis­pa­raît par accul­tu­ra­tion après les conquêtes romaines puis leur sou­mis­sion à l’Em­pire romain au Ier siècle avant notre ère, hor­mis dans les îles bri­tan­niques et par­ti­cu­liè­re­ment au Pays de Galles, en Écosse et en Irlande. »

    source : http://​fr​.wiki​pe​dia​.org/​w​i​k​i​/​C​e​l​tes

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  12. Florence

    Vos réfé­rences m’é­voquent, Sitouaillain, ce que j’ai pu lire du pre­mier chris­tia­nisme bre­ton, en Bre­tagne du moins (issu prin­ci­pa­le­ment de celui de Grande Bre­tagne, les Bre­tons his­to­riques). La pré­gnance cel­tique est évidente.
    C’est désor­mais trop flou dans mon esprit et je n’ai lu que des ouvrages très géné­raux, mais j’ai rete­nu cette période comme inté­res­sante, sin­gu­lière, d’une foi et d’une pra­tique reli­gieuse ori­gi­nales qui se sont réper­cu­tées ou ont sur­vé­cu dans l’en­semble de la socié­té locale, après que l’E­glise ait pris les choses en main.
    De mémoire, pen­dant la période médié­vale, la féo­da­li­té a pu s’y mon­trer moins dure, le mor­cel­le­ment du ter­ri­toire plus impor­tant, la pro­prié­té connais­sait des modes de répar­ti­tion particuliers.

    Concer­nant l'architecture des unités collectives véri­ta­ble­ment démo­cra­tiques qui me semble dans l’air de réflexion du blog, Lewis Mum­ford pour­rait être d’un recours ines­pé­ré. Sans pré­ten­tion mais avec convic­tion et d’une grande culture, l’au­teur, le « sage », amé­ri­cain por­tait un regard d’une luci­di­té folle sur les dérives éco­lo­giques de la moder­ni­té qui le rend, pour moi, d’au­tant plus car­di­nal. Et comme j’ai pu l’é­crire ailleurs, il décrit l’A­thènes antique avec grande affec­tion, les pages néces­saires, tan­dis que Rome est assez vite obser­vée, dans sa Cité à tra­vers les âges… Le pas­sage du vil­lage à la cité des pre­miers âges est par­fois réité­ra­tif, mais pas­sion­nant, qui ques­tionne les fon­de­ments du pou­voir, des agglo­mé­ra­tions humaines.

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  13. sitouaillain

    bon­soir Florence,

    Levi Strauss a déve­lop­pé le concept de « Sur­vi­vance », c’est-à-dire la sur­vie à tra­vers le temps de schèmes cultu­rels, cog­ni­tifs ou maté­riels, et d’ins­ti­tu­tions, c’est assez inté­res­sant pour expli­quer pour­quoi cer­tains traits cultu­rels peuvent trou­ver une mani­fes­ta­tion contem­po­raine, mal­gré la « cou­ver­ture » du chris­tia­nisme et de la socié­té industrielle,
    la vio­lence de l’É­glise de Rome s’est exer­cée avec une moindre acui­té en Bre­tagne du fait de son rela­tif iso­le­ment poli­tique avant le mariage d’Anne de Bre­tagne avec le roi de France et le rat­ta­che­ment de la Pro­vince au royaume.

    Le par­ti­cu­la­risme régio­nal est éga­le­ment dû à la deuxième évan­gé­li­sa­tion des ter­ri­toires de l’ouest après les inva­sions vikings par des moines irlan­dais. En effet, la volon­té de Rome de « nor­ma­li­ser » la tra­duc­tion irlan­daise de la foi chré­tienne s’est inter­rom­pue pen­dant deux siècles pen­dant cette période trouble des raids puis des inva­sions Vikings jusque vers l’an mil. De sorte que l’Ir­lande a déve­lop­pé une forme ori­gi­nale du chris­tia­nisme, en par­ti­cu­lier mona­cale, pre­nant appui sur le savoir et la posi­tion sociale des druides. Et ce sont les moines irlan­dais qui évan­gé­li­sèrent les bre­tons et plu­sieurs ter­ri­toires de l’ouest, retom­bés dans le paga­nisme pen­dant ces périodes troubles. Ce fut, en quelque sorte un prê­té pour un ren­du car les pre­miers évan­gé­li­sa­teurs de l’Ir­lande étaient Bre­tons (Saint Patrick notamment).

    Je ne connais­sais pas Lewis Mum­ford, j’ai lu une cri­tique de son livre sur Per­see, cela semble très intéressant.

    Tout aus­si inté­res­sant, mais on n’est bien loin des Chouans 🙂 , le Prince Kro­pot­kine (http://​fr​.wiki​pe​dia​.org/​w​i​k​i​/​P​i​e​r​r​e​_​K​r​o​p​o​t​k​ine en par­ti­cu­lier son essai sur l’en­traide comme fac­teur d’é­vo­lu­tion (http://​www​.lare​vo​lu​tio​nen​cha​ren​taises​.com/​s​p​i​p​.​p​h​p​?​a​r​t​i​c​l​e​325) et ses tra­vaux de géographes, 
    com­plé­tés par ceux d’http://​fr​.wiki​pe​dia​.org/​w​i​ki/Élisée_Reclus (L’homme et la terre) et plus récem­ment ceux de Mur­ray http://​fr​.wiki​pe​dia​.org/​w​i​k​i​/​M​u​r​r​a​y​_​B​o​o​k​c​hin et sa concep­tion de l’é­co­lo­gie sociale qui le conduit à prô­ner un Muni­ci­pa­lisme Libertaire.

    On trou­ve­ra la plu­part des textes de ces mes­sieurs dans leur inté­gra­li­té dans cette http://​kro​pot​.free​.fr/​i​n​d​e​x​a​u​t​.​htm

    Sur le prin­cipe de l’en­traide, voi­ci ce que dit un cri­tique de l’ou­vrage de Kropotkine :

    « De nos jours, il est dif­fi­cile d’être infor­mé de l’existence de ces théo­ries qui placent l’aide mutuelle et l’entraide au cœur même des valeurs humaines et au centre de la nature humaine : on ne les enseigne pas à quelque niveau sco­laire que ce soit, ni on n’en vante les mérites dans aucun média, et enfin on asso­cie l’en­traide a une cer­taine image péjo­ra­tive du com­mu­nisme (crée par les médias). Le mes­sage de la pen­sée domi­nante et des médias de masse est que l’humanité a natu­rel­le­ment trou­vé sa forme ache­vée dans le capi­ta­lisme et sa forme ins­ti­tu­tion­nelle dans le par­le­men­ta­risme (ou la répu­blique : à ne pas confondre avec la démo­cra­tie). Tou­te­fois, après ana­lyse des dis­cours, on constate qu’ils font appel à l’instinct d’entraide pour les détour­ner vers d’autres fins que le bien com­mun (mar­ke­ting poli­tique). Exemple de fina­li­té ou l’i­déo­lo­gie trom­pée de l’En­traide amène : le natio­na­lisme, tota­li­ta­risme, assu­jet­tis­se­ment de la popu­la­tion, perte de liber­té, nihi­lisme, mili­ta­risme, le patriotisme. »

    Réponse
  14. sitouaillain

    Et j’ou­bliais de don­ner un avant-goût :

    « Dans la vie des socié­tés, il est des époques où la Révo­lu­tion devient une impé­rieuse néces­si­té, où elle s’im­pose d’une manière abso­lue. Des idées nou­velles germent de par­tout, elles cherchent à se faire jour, à trou­ver une appli­ca­tion dans la vie, mais elles se heurtent conti­nuel­le­ment à la force d’i­ner­tie de ceux qui ont inté­rêt à main­te­nir l’an­cien régime, elles étouffent dans l’at­mo­sphère suf­fo­cante des anciens pré­ju­gés et des tra­di­tions. Les idées reçues sur la consti­tu­tion des États, sur les lois d’é­qui­libre social, sur les rela­tions poli­tiques et éco­no­miques des citoyens entre eux, ne tiennent plus devant la cri­tique sévère qui les sape chaque jour, à chaque occa­sion, dans le salon comme dans le caba­ret, dans les ouvrages du phi­lo­sophe comme dans la conver­sa­tion quo­ti­dienne. Les ins­ti­tu­tions poli­tiques, éco­no­miques et sociales tombent en ruine ; édi­fice deve­nu inha­bi­table, il gêne, il empêche le déve­lop­pe­ment des germes qui se pro­duisent dans ses murs lézar­dés et naissent autour de lui. »

    Pierre Kro­pot­kine, L’Es­prit de Révolte, 1914 http://​kro​pot​.free​.fr/​K​r​o​p​o​t​k​i​n​e​-​R​e​v​o​l​t​e​.​htm

    Très bon ouvrage pour des piste de réponse à la ques­tion d’Étienne : com­ment créer un contexte favo­rable à la mise en place d’une vraie démocratie.

    Réponse
  15. Florence

    BRETAGNE ETC

    Sur la Bre­tagne et son par­ti­cu­la­risme (paga­nisme et chris­tia­nisme entre­mê­lés ances­traux aux rami­fi­ca­tions pré­gnantes et insoup­çon­nées de réac­tua­li­sa­tion), à la suite de Sitouaillain…

    Je relève un fond reli­gieux (reli­gieux dans une accep­tion si large) encore plus épais que ce que j’i­ma­gi­nais grâce à votre plon­gée his­to­rique, Sitouaillain. Et ceci me ramène à un petit texte de Ken­neth White, d’une éru­di­tion piquante, où le pri­mi­tif et l’in­fi­ni reprennent un galon bon­dis­sant. Sur­gissent des pen­sées rétives, heu­reuses au plus pro­fond des âges, quelle que soit l’i­déa­li­sa­tion que l’au­teur y met. Tiens, tiens :

    « Au bout de son che­mi­ne­ment, il arrive dans un espace très par­ti­cu­lier mar­qué par cette haec­cei­tas que j’ai déjà évo­quée et qui est l’in­di­vi­dua­tion abso­lue (hic homo exis­tens : cet homme qui est là, cette pierre qui est là), l’ac­tua­li­té ultime de la forme des choses. » (K. White, « Une Cel­tie de l’esprit »)

    http://​blog​.culture​-bre​tagne​.org/

    J’entre un peu dans la pen­sée de Jacques Ran­cière en ce moment : je crois y retrou­ver de son EGALITE, et quant à mes pré­oc­cu­pa­tions éco­lo­gistes, l’ex­ten­sion, la pers­pec­tive cher­chée… Actua­li­té ultime, actua­li­té première !

    J’ai aus­si envie de reprendre que l’i­so­le­ment reste notion si rela­tive, tou­jours dans votre sillage, Sitouaillain (ah j’ai fini par vous recon­naître « citoyen » – c’est ain­si que mon arrière-grand-père – Bre­ton – vou­lait qu’on l’ap­pe­lât, et qu’on l’ap­pe­lait, figu­rez-vous !), et que la géo­gra­phie en pres­qu’Ile de la Bre­tagne a conduit à des échanges tous azi­muts, bien au-delà du voi­sin bri­tan­nique, là encore depuis des temps très recu­lés, et a per­mis une pros­pé­ri­té que l’E­tat ou le Royaume fran­çais a sabor­dé en maintes occa­sions, au mépris des graves crises humaines engen­drées. Impli­ci­te­ment, c’est encore la valo­ri­sa­tion et sans doute la force (taille, clar­té, moyens maté­riels, désir d’en découdre) d’une orga­ni­sa­tion poli­tique d’un côté, qui pose l’i­nexis­tence d’or­ga­ni­sa­tions tout aus­si poli­tiques de l’autre, mais dépour­vues de cet arse­nal ouver­te­ment conqué­rant sinon attractif.

    Le lien à la pen­sée de Lewis MUMFORD et à une pos­sible viva­ci­té du débat du Plan C sur l’ar­chi­tec­ture poli­tique favo­rable (momen­ta­né­ment ou défi­ni­ti­ve­ment) à la vraie démo­cra­tie sera ma der­nière note : l’au­teur amé­ri­cain regarde avec inté­rêt du côté du régio­na­lisme, des coopé­ra­tions trans­ver­sales entre uni­tés poli­tiques concer­nées et mesu­rées (la ques­tion du nombre, de la masse est une pro­blé­ma­tique chère à Mum­ford). L’his­toire de la Bre­tagne peut être exem­plaire de ces rela­tions fruc­tueuses hors car­can supé­rieur, réglées sur des condi­tions natu­relles (ter­ri­toire), des atouts propres (huma­ni­tés ver­sus Ran­cière), tan­dis qu’à l’é­chelle euro­péenne, l’i­dée de rap­pro­che­ments entre cer­taines nations aux inté­rêts mutuels se fait jour chez cer­tains ana­lystes, aujourd’­hui. Que cela vienne d’une impul­sion des peuples eux-mêmes (reve­nus au fait de leurs prio­ri­tés, et non aveu­glés par la pro­pa­gande des inté­rêts qui ne sont plus véri­ta­ble­ment les leurs depuis long­temps) serait concluant… (Ceci dit après vision­nage de SPYWAR !)

    Réponse
  16. Pascal

    Bon­jour M. Chouard,

    J« adhère à vos vues, mais je pense qu’il convien­drait de conser­ver une place dans cette assem­blée consti­tuante aux « élites écré­mées » du tirage au sort, car dans les moins nom­mées comme dans les plus répu­tées peuvent se nicher de véri­tables bonnes idées.

    Les den­si­tés locales de popu­la­tion exclu­raient de fait cer­tains sages ou pen­seur locaux.

    Réponse
  17. Catherine

    Je réponds quand même Sitouaillain à ton mes­sage du 31⁄10 qui fai­sait suite au mien, j’y réponds quoi­qu’il me sem­blait y avoir répon­du, n’empêche, juste un petit truc quand même pour éclairer.

    Tu dis repre­nant mes pro­pos:« Il n’y a pas de vie humaine sans défi­ni­tion humaine du « com­ment il faut vivre », un « com­ment maté­riel » mais aus­si un « com­ment per­cep­tion ». Et c’est en ce sens qu’il ne peut y avoir d’au­to­ri­té exté­rieure au corps des citoyens, en tant qu’ils sont conscients qu’ils habitent un monde sym­bo­lique et maté­riel qu’ils construisent (le Cosmos).

    Il me semble que tu mets la char­rue avant les boeufs en disant cela.

    D’a­bord il faut sor­tir des ornières cog­ni­tives et émo­tion­nelles dans les­quelles nous sommes pieds et poings liés.

    Com­prendre que vivre ce n’est pas exis­ter même si vivre ça passe par l’exis­ter Et pour cela, il faut d’a­bord sor­tir du cadre étroit dans lequel nous sommes pour en trou­ver un plus large qui vienne l’en­glo­ber celui d’a­vant, c’est une loi de la nature des groupes, ce n’est pas moi qui l’in­vente, j’ob­serve juste, c’est tout, je n’in­vente rien.

    Vivre c’est l’é­tage du des­sus de l’exis­ter mais tant qu’on nous enferme sciem­ment dans l’exis­ter point de pos­si­bi­li­té de conscien­ti­ser autre chose que lui, car au même titre que si tout est bleu on ne sau­ra dire que ce qu’on vit est bleu, il fau­dra sor­tir du cadre du tout bleu pour voir qu’il existe autre chose que lui, le bleu, et dès lors on sau­ra défi­nir le bleu car de sor­tir du cadre du tout bleu nous dira ce qu’il est, c’est à dire bleu justement.

    Réponse
  18. sitouaillain

    Impli­ci­te­ment, c’est encore la valo­ri­sa­tion et sans doute la force (taille, clar­té, moyens maté­riels, désir d’en découdre) d’une orga­ni­sa­tion poli­tique d’un côté, qui pose l’i­nexis­tence d’or­ga­ni­sa­tions tout aus­si poli­tiques de l’autre, mais dépour­vues de cet arse­nal ouver­te­ment conqué­rant sinon attractif.

    Exac­te­ment Flo­rence, c’est ce que les Suisses ont réussi…
    Quant à l’  »iso­le­ment » des bre­tons, je ne pen­sais pas à un pro­blème géo­gra­phique, mais géo­po­li­tique et cir­cons­tan­cié, j’é­vo­quais sim­ple­ment le fait que la Bre­tagne n’est pas conquise par les Francs (Atten­tion, à l’é­poque, c’est un tout petit ter­ri­toire qui ne com­prend pas les pays Nan­tais et Ren­nais), jamais conquise par Clo­vis et ses suc­ces­seurs, elle reste auto­nome der­rière une marche de l’Em­pire caro­lin­gien, avec de nom­breux conflits entre le VIè et le IXè siècle, et lors de la phase de déli­te­ment de celui-ci (disons le Xè siècle), elle se retrouve très tôt sépa­rée du des­tin reli­gieux et poli­tique des anciennes pro­vinces gallo-romaines.
    c’est le jaco­bi­nisme qui va défi­ni­ti­ve­ment for­cer les bre­tons à deve­nir français,
    Cela eut pu se faire autrement :

    extrait de Louis MELENNEC « LE RATTACHEMENT DE LA BRETAGNE A LA FRANCE » mémoire sou­te­nu en Sor­bonne en 2001 
    (http://​www​.agen​ce​bre​ta​gne​presse​.com/​p​d​f​s​/​1​3​5​5​2​_​2​.​pdf)

    « Mais dans la nou­velle orga­ni­sa­tion déci­dée par la Consti­tuante, les anciens États
    n’a­vaient plus leur place. Le 5 novembre 1789, les réunions d’É­tats pro­vin­ciaux avaient été interdites.
    Un décret du 3 novembre 1789 ordon­na aux Par­le­ments de s’a­jour­ner. La Chambre des vaca­tions de
    Rennes refu­sa, et fut inébran­lable dans sa déci­sion. Le 15 décembre 1789, l’ Assem­blée Nationale
    déci­da de faire com­pa­raître devant elle le pré­sident et les membres de la Chambre. Le pré­sident de La
    Hous­saye et ses col­lègues com­pa­rurent le 8 jan­vier 1790. La Hous­say expo­sa que la Consti­tu­tion de la
    Bre­tagne inter­di­sait que les ins­ti­tu­tions fussent chan­gées ou modi­fiées sans le consen­te­ment des États :
     » Pour que le Par­le­ment de Bre­tagne pût se croire auto­ri­sé à enre­gis­trer, sans le consen­te­ment des
    États, les lois qui sanc­tionnent les décrets de cette assem­blée, il fau­drait que la pro­vince eût renon­cé à
    ses fran­chises. Or, n’a-t-on pas vu nos pairs défendre à toutes les époques les droits invio­lables du
    pays ? Les deux ordres réunis à Saint-Brieuc n’en­joi­gnaient-ils pas naguère à leurs dépu­tés de
    s’op­po­ser à toute atteinte que l’on pour­rait por­ter aux pré­ro­ga­tives de la Bre­tagne ? Les deux tiers des
    com­munes de la pro­vince se sont expri­més plus expli­ci­te­ment encore dans leurs cahiers. Or, ces
    cahiers, nous ne crai­gnons pas de le dire, fixent immua­ble­ment les limites de votre auto­ri­té, jus­qu’à ce
    que les États de Bre­tagne, léga­le­ment assem­blés, aient renon­cé expres­sé­ment au droit de consentir
    aux lois nouvelles ».

    Le 9 jan­vier, l’ab­bé Mau­ry pro­non­ça devant l’as­sem­blée consti­tuante un dis­cours dont voi­ci les
    prin­ci­paux extraits cxci :

     » … Le fait que vous allez exa­mi­ner dans ce moment est extrê­me­ment simple. Onze magis­trats qui
    for­maient la Chambre des vaca­tions de Rennes ont refu­sé, après l’ex­pi­ra­tion de leurs pouvoirs
    d’en­re­gis­trer les lettres-patentes ren­dues sur votre décret du 3 novembre pour pro­ro­ger indéfiniment
    leur com­mis­sion et les vacances du Par­le­ment. Ce refus vous est dénon­cé comme un crime de lèsenation.
    Je n’ai l’hon­neur d’être ni Bre­ton, ni magis­trat ; mais, revê­tu du carac­tère de repré­sen­tant de la
    nation, je dirai la véri­té avec tout le cou­rage du patrio­tisme, j’in­vo­que­rai la jus­tice. Je vais tâcher de
    prou­ver que la Bre­tagne a des droits aus­si anciens que la monar­chie, et aus­si sacrés que les contrats.
    Les habi­tants de l’Ar­mo­rique ou de la Bretagne
    qui sous le nom de Celtes, lut­tèrent glorieusement
    contre César et balan­cèrent la puis­sance des légions romaines, furent tou­jours sou­mis à des
    sou­ve­rains par­ti­cu­liers. Ces princes exer­cèrent tou­jours une sou­ve­rai­ne­té immé­diate sur les Bretons.
    Cette grande pro­vince qui forme aujourd’­hui la dou­zième par­tie de la popu­la­tion du royaume continua
    d’être indé­pen­dante de la nation fran­çaise sous l’empire des ducs de Bretagne.

    … La réunion de la Bre­tagne à la France avait été, pen­dant plu­sieurs siècles, le grand objet de la
    poli­tique de nos rois. Le der­nier duc de Bre­tagne, Fran­çois II, étant mort sans enfant mâle, Anne de
    Bre­tagne, sa fille unique et son héri­tière, était déjà fian­cée à l’empereur Maxi­mi­lien ; mais le roi
    Charles VIII par­vint à faire rompre ce pro­jet de mariage et l’é­pou­sa en 1491. Le suc­ces­seur de
    Charles VIII, Louis XII, qui épou­sa Anne de Bre­tagne lors­qu’il eut fait décla­rer nul son mariage avec
    Jeanne de Valois, n’eut de son union avec elle que deux filles, Madame Claude et Madame Renée de
    France. Louis XII fit épou­ser sa fille Claude au duc d’An­gou­lême, son héri­tier pré­somp­tif. Ce dernier
    prince, deve­nu si célèbre sous le nom de Fran­çois Ier, eut deux enfants mâles de son mariage avec la
    fille de Louis XII. L’aî­né de ces princes, Hen­ri II, était appe­lé par le droit de pri­mo­gé­ni­ture au trône
    de France, et le cadet, duc d’An­gou­lême, devait héri­ter du duché sou­ve­rain de Bre­tagne, en ver­tu du
    contrat de mariage d’Anne, son aïeule, avec Louis XII.

    … La France, alar­mée, pres­sa Fran­çois Ier de consom­mer, par un contrat synal­lag­ma­tique et
    irré­vo­cable, la réunion de cette pro­vince à la cou­ronne. Pres­sé par les voeux de tout son peuple,
    Fran­çois Ier alla tenir lui-même les États de Bre­tagne à Vannes en 1532. Ces États de Bre­tagne, dont
    on trouve aujourd’­hui l’or­ga­ni­sa­tion si vicieuse, conclurent le Trai­té au nom de tout le peuple
    bre­ton : les nations tran­si­gèrent ensemble. La Bre­tagne fut unie à la cou­ronne de France, et le
    contrat qui ren­ferme les condi­tions a été rati­fié, depuis cette date, de deux ans en deux ans, par tous
    les suc­ces­seurs de Fran­çois Ier, jus­qu’en 1789 ».

    L’ab­bé Mau­ry ajoute :  » L’in­té­rêt com­mun est que la jus­tice soit res­pec­tée. Tous les droits particuliers
    reposent sous la sau­ve­garde de la foi publique. Les peuples ont des droits. Les pré­ro­ga­tives de la
    Bre­tagne n’ont rien d’o­dieux pour la nation fran­çaise, si elles émanent d’une conven­tion libre et
    inviolable.

    Tous les cahiers du cler­gé et des com­munes de Bre­tagne demandent una­ni­me­ment la conser­va­tion des
    Droits, Fran­chises et Pri­vi­lèges de la pro­vince. Les Bre­tons déclarent ne vou­loir se sou­mettre à
    aucune déci­sion de l’As­sem­blée Natio­nale, à moins que ses décrets n’aient été libre­ment adop­tés par
    les États par­ti­cu­liers de la Pro­vince. Ce n’est qu’à cette condi­tion que la Bre­tagne nous a envoyé des
    dépu­tés, en se réser­vant ses fran­chises que la Nation fran­çaise n’a pas le droit, et par consé­quent le
    pou­voir de lui enlever.

    Un prin­cipe fon­da­men­tal qu’il ne fau­dra jamais perdre de vue dans cette cause, et qui n’est même pas
    contes­té, c’est que la pro­vince de Bre­tagne jouit, par sa Consti­tu­tion, du droit de consen­tir dans ses
    États la loi, l’im­pôt, et tous les chan­ge­ments rela­tifs à l’ad­mi­nis­tra­tion de la jus­tice. Cette belle
    pré­ro­ga­tive est la condi­tion lit­té­rale et diri­mante de la réunion de ce duché à la cou­ronne de France.
    C’est l’exé­cu­tion lit­té­rale de ce trai­té de Vannes de 1532 que réclament les Bre­tons. L’une des clauses
    de ce contrat porte for­mel­le­ment que la Bre­tagne aura un par­le­ment, une chan­cel­le­rie, une chambre
    des comptes, et qu’il ne sera fait aucun chan­ge­ment à l’ad­mi­nis­tra­tion de la jus­tice de cette province
    sans le consen­te­ment des États.

    Tous les enga­ge­ments des contrats sont réci­proques. Les contrats doivent être révo­qués de la même
    manière qu’ils ont été sanc­tion­nés. Il n’y a rien de plus sacré si un pareil titre n’est res­pec­té. C’est
    donc avec les États consti­tu­tion­nels de la Bre­tagne que nous devons trai­ter la grande ques­tion des
    droits qui appar­tiennent à cette province.

    Il est donc démon­tré, et je ne crains pas de le publier en pré­sence des repré­sen­tants de la nation
    fran­çaise : la Bre­tagne est libre, nous n’a­vons aucun droit sur cette pro­vince, si nous ne vou­lons pas
    rem­plir fidè­le­ment les condi­tions du trai­té qui la réunit à la couronne. »

    Dans une autre par­tie du pays, il est éton­nant de savoir que la mas­ca­rade média­ti­co-patro­nale du fameux « trou » de la sécu­ri­té sociale ne trouve aucune prise, en Alsace-Moselle en effet, le régime de sécu­ri­té sociale est auto­nome et à l’é­qui­libre, héri­tage du sys­tème de la fédé­ra­tion juras­sienne. (il doit d’ailleurs avoir quelque chose à ce sujet sur ce blog…)

    la ques­tion de l’au­to­no­mie des régions n’est donc pas sim­ple­ment folk­lo­rique, c’est un enjeu démo­cra­tique de taille, qui peut faire rire les élites pari­siennes et leurs valets idéo­lo­gi­sés (hus­sards de la répu­blique cen­tra­li­sée), mais dont nous devrions sou­hai­ter qu’elle les fasse trembler.

    c’est aus­si une ques­tion éco­lo­gique, en termes d’a­mé­na­ge­ment du ter­ri­toire, et plus pro­fon­dé­ment, dans une optique de réen­ra­ci­ne­ment d’une soli­da­ri­té concrète, orga­nique, cultu­relle (et sur­tout pas eth­nique!), soit un meilleur sub­strat pour une soli­da­ri­té du genre humain qu’une pseu­do appar­te­nance à une « socié­té » dont les membres sont pla­cés en concur­rence les uns avec les autres.

    je ne crois pas qu’il soit réac­tion­naire de consi­dé­rer la Com­mune comme lieu pre­mier d’exer­cice de la citoyen­ne­té et de la sou­ve­rai­ne­té popu­laire, de sou­hai­ter que ces com­munes se fédèrent au sein de bas­sins de vie où les échanges quo­ti­dien ont lieu, les Pays, que ces Pays se fédèrent au sein de ter­ri­toires d’é­change appe­lés Régions, et que ces régions se fédèrent au sein d’un ter­ri­toire appe­lé Nation.

    Chaque étage peut être vu comme lieu du poli­tique pour une prise de déci­sion qui concerne tous les ter­ri­toires repré­sen­tés mais aus­si comme le lieu de fixa­tion de prin­cipes de soli­da­ri­té, notam­ment pour contrer les effets des dis­pa­ri­tés et écarts de richesse initiaux.

    Le risque est bien enten­du de voir se déve­lop­per des stra­té­gies locales non-coopé­ra­tives, cela implique une atten­tion fine et sub­tile à la fixa­tion de règles du jeu.
    Mais en pre­nant le pro­blème sous cet angle, on s’é­vite de retom­ber dans le tra­vers jaco­bin qui confond har­mo­ni­sa­tion et uniformisation.

    Et en pous­sant le rai­son­ne­ment jus­qu’au bout, on doit por­ter éga­le­ment l’at­ten­tion à ce que la ville repré­sente en termes de non sépa­ra­tion entre pou­voir poli­tique et pou­voir éco­no­mique. Le réseau des villes est un réseau de féo­da­li­tés éco­no­miques, chaque ville-puis­sance pro­cède par absorp­tion de res­sources et est elle-même mena­cée d’ab­sorp­tion. L’hy­per­tro­phie pari­sienne ne doit pas cacher l’hy­per­tro­phie Nan­taise ou Lyon­naise. Il n’y a pas lieu d’être fas­ci­né par l’exis­tence de villes sur­peu­plées sur­con­cen­trant les richesses et sur­con­som­mant les pro­duc­tions, vidant de leur sub­stance les ter­ri­toires com­mu­naux par une méca­nisme de vortex.

    C’est pour cela que la divi­sion poli­tique du ter­ri­toire ne doit pas seule­ment être pen­sée comme dé-cen­tra­li­sée, mais plu­tôt a‑centralisée. C’est-à-dire ne pas se conten­ter d’a­bo­lir la vas­sa­li­té Paris-Pro­vince, mais abo­lir toute rela­tion de vas­sa­li­té ville-campagne.

    Ceci implique dans mon esprit de reve­nir sur la concep­tion de la démo­cra­tie comme dic­ta­ture de la majo­ri­té, car étant don­née que les com­munes sont inéga­le­ment peu­plées, la sur­po­pu­la­tion de la ville, ren­drait de fait caduque toute pos­si­bi­li­té de repen­ser l’a­mé­na­ge­ment, le peu­ple­ment et la répar­ti­tion des richesses et des acti­vi­tés sur le ter­ri­toire, par le seul méca­nisme un citoyen=une voix.

    il y a donc tout un champ de com­pé­tences qui concerne un pays ou une région qu’il serait per­ti­nent d’exer­cer sur le mode « une enti­té fédérée=une voix »,
    et je pense en par­ti­cu­lier à l’exer­cice de la créa­tion moné­taire : si le cré­dit est déli­vré selon des règles et des ini­tia­tives défi­nies démo­cra­ti­que­ment, si la régu­la­tion de la quan­ti­té de mon­naie en cir­cu­la­tion et donc de la répar­ti­tion des volumes de cré­dits accor­dés est l’ob­jet de déci­sions concer­tées, on peut s’at­tendre à ce qu’un vote entre enti­té com­mu­nales sou­ve­raines abou­tisse de fait à un rééqui­li­brage entre cam­pagnes et villes, en termes d’in­ves­tis­se­ments, de construc­tions d’in­fra­struc­tures et de loge­ments. Soit, une pro­gres­sive et douce inci­ta­tion à quit­ter les villes en même temps que l’en­clen­che­ment d’un pro­ces­sus d’é­qui­li­brage de l’oc­cu­pa­tion du ter­ri­toire bri­sant le méca­nisme de vor­tex que la ville incarne au sein du sys­tème éco­no­mique et poli­tique capitaliste.

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