vous savez, l’auteur du petit livre passionnant récapitulant les travaux sur la courbe de Phillips (qui constate que chômage et inflation sont souvent inversement proportionnels).
Échange public organisé par Attac Metz, le 22 octobre prochain.
Pour la biblio de Liêm Hoang-Ngoc, voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Li%C3%AAm_Hoang-Ngoc
Voir aussi son blog : http://www.liemhoangngoc.eu/
Étienne.
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Mise à jour 21 septembre 2011 :
LIÊM HOANG-NGOC S’EST DÉSISTÉ
(pour cause de réunion imprévue).
C’est vraiment dommage ; je me faisais une joie de rencontrer cet homme dont je lis les livres avec grand plaisir.
Il faut décidément beaucoup de courage pour résister aux pros de la calomnie. Je comprends Liêm. Ce n’est pas grave.
On fera une conférence-débat sans lui, tant pis.

MOURIR POUR LE YUAN ? (et l’EuroMark)
Tel est le titre du livre passionnant de Jean-Michel Quatrepoint, paru cette semaine, aprés son remarquable « Sur la crise globale » prix de l’excellence économique 2009.
(On attend avec impatience la remise des « Gérard de l’économie » et la nomination attendue de « France, état critique » par Jean Peyrelevade, paru en même temps).
Jean Michel Quatrepoint explique en effet, avec le recul qu’on lui connaît, tout ce que Jean Peyrelevade et les benêts qui le suivent n’ont pas encore compris. On ne résiste pas au désir d’en donner ici des extraits démonstratifs du fil de son propos :
D’UNE GLOBALISATION À L’AUTRE
Il y a plus d’un siècle, le monde a connu une première mondialisation… qui s’est effondrée avec la Première Guerre mondiale.
À l’époque, il ne manquait pas de bons esprits, à gauche comme à droite, pour prédire la fin des nations, et donc la fin des guerres… grâce à l’internationalisation des échanges, des marchés et des capitaux, facilitée par les nouvelles technologies et les moyens de communication. Les tenants de la mondialisation ne se recrutaient pas seulement dans les rangs de la classe dominante, des capitalistes, mais aussi au sein de la gauche, Jean Jaurès reprenant une partie des analyses d’Angell.
Voilà ce qui n’est pas sans rappeler notre seconde mondialisation.
Cette seconde mondialisation, amorcée depuis un quart de siècle, reproduit les mêmes erreurs. D’abord, on a poussé les feux du libre-échange jusqu’à l’absurde. Au nom du « toujours plus loin, toujours moins cher », les multinationales ont massivement délocalisé leur production là où la main d’œuvre est la moins chère.
Une fois de plus, les idéologues de la globalisation ont pêché par naïveté. Ils n’ont pas compris que les nations – et leur incarnation, les États -, loin d’avoir été dissoutes dans le libre-échange, s’en trouvaient renforcées. Ils ont compris trop tard que la Chine entendait prendre sa revanche de l’humiliation subie au XIXe siècle (et l’Allemagne, au XXe, cf plus loin).
LA CHINE…
Rétrospectivement, on peut dire que les Chinois ont réussi là où les Japonais ont partiellement échoué.
Ils ont été particulièrement bien placés pour examiner la manière dont les Américains ont mis le Japon à genoux en 1985, à l’hôtel Plaza, à New York.
À l’époque, les déficits commerciaux américains avec le Japon s’envolent. Tokyo est accusé de maintenir artificiellement bas le taux de change du yen, pour engranger des excédents commerciaux et accroître ses parts de marché. Ce qui n’est pas faux. Tokyo se retrouve seul sans alliés au sein du système de pouvoir américain.
Au Plaza, les japonais sont donc contraints par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France, de laisser le yen se réévaluer. En quinze mois, sa valeur par rapport au dollar va doubler. Un évènement dont le pays ne se relèvera jamais.
Les Chinois ont étudié en détail ces épisodes monétaires et en ont tiré une conclusion : « Les Américains ne nous feront pas le coup qu’ils ont fait au Japon ».
De fait, Pékin exerce désormais une sorte de fascination sur Berlin…
L’Allemagne et la Chine sont les deux usines du monde, parfois concurrentes. Le plus souvent complices. « La Chine est en quelque sorte l’établi du monde, et les Allemands livrent les outils », selon la belle formule des chercheurs de l’IFRI.
Oui, l’Allemagne a une stratégie. Tout comme la Chine. Et elles se ressemblent. Les deux pays ont, chacun à sa manière, soif de revanche. L’Allemagne a perdu deux guerres. Elle a été, après 1945, mise au banc de l’humanité. Trois générations plus tard, le temps de la repentance est terminé.
L’Allemagne, ainsi que la Chine… doivent faire face au même phénomène : le vieillissement très rapide de leur population. Avec des taux de fécondité qui ne permettent pas le renouvellement des générations. Avec la perspective de coûts gigantesques pour la grande dépendance. Pour ces pays, il s’agit donc d’engranger le maximum de recettes à l’exportation, afin de mettre de côté les sommes nécessaires pour payer demain les retraites, et après-demain la grande dépendance.
Tous deux ont appuyé leur stratégie mercantiliste en indexant leur monnaie sur celle de leurs principaux clients. La Chine sur le dollar. Et l’Allemagne avec l’euro.
L’ALLEMAGNE…
Hostiles à l’origine à l’abandon du mark, les Allemands ont fort habilement récupéré la monnaie unique à leur avantage. Avec l’euro, il n’y avait plus de risque de dévaluation compétitive de la part des autres pays européens, à commencer par la France. En dix ans, grâce à l’euro, l’industrie allemande s’est refait une santé sur le marché européen. En y exportant, mais aussi en y prenant les parts de marché, et en éliminant de fait les concurrents potentiels.
Ses industriels ont dû retrouver un nouvel HINTERLAND. La diplomatie allemande s’est alors employée à reculer plus à l’Est les frontières de l’Europe. Pologne, Tchécoslovaquie, Hongrie… puis pays Baltes, etc. Sans parler de la Yougoslavie qui éclate à la suite de la reconnaissance unilatérale de la Croatie par Berlin.
L’industrie allemande tient son nouveau Hinterland. Elle va y investir massivement (environ deux cent milliards d’euros), notamment l’industrie automobile. Elle y trouve une main d’œuvre de qualité, dans des monnaies qui ont tendance à se dévaluer face au mark, puis à l’euro.
Les délocalisations y ont été légion.
… À DEUX VITESSES
En Allemagne, le salaire minimum n’existe pas pour les activités de services, commerce, artisanat ou l’agriculture. C’est le revers de la médaille…
Selon une étude de l’Institut du travail de l’université de Duisbourg, 6,5 millions de personnes, soit 20% des travailleurs, touchaient en 2010 moins de dix euros de l’heure, dont deux millions moins de six euros. Le coût des services à la personne (le coiffeur est payé 5 à 6 euros de l’heure), souvent exercés par des immigrés, est bien moins élevé en Allemagne que dans la plupart des pays européens. Ce qui a rendu moins pénible la stagnation du pouvoir d’achat des autres classes moyennes. La baisse des prix de l’immobilier a, elle aussi, permis aux ménages allemands de se loger à bon marché.
Voilà qui explique que la population allemande et les syndicats aient jusqu’à présent accepté cette politique de rigueur salariale et que l’Allemagne soit tellement obsédée par l’inflation. Que les prix dérapent, que les services et l’immobilier s’envolent, que l’alimentation devienne plus chère, et c’est tout le consensus autour de la stratégie mercantiliste qui risque d’éclater !
Si l’Allemagne engrange des excédents commerciaux lui permettant de limiter ses déficits publics, si les entreprises accumulent les bénéfices, une partie de la population, elle, a été décrochée. En termes statistiques, on définit la classe moyenne allemande comme les ménages ayant entre 70% et 150% du revenu médian (1940 euros par mois pour une famille avec deux enfants). En 2000, 62 % de la population allemande entraient dans cette catégorie. En 2006, ils n’étaient plus que 54%. La différence, soit 8%, correspond aux ménages tombés dans la trappe à pauvreté.
Le modèle allemand fait désormais florès, à telle enseigne qu’on veut l’imiter partout : à Paris comme à Washington. Sans comprendre toujours que les réussites de la Chine et de l’Allemagne tiennent à une alchimie particulière, à une stratégie mercantiliste qui ne peut réussir qu’à une condition : que les autres, les clients, ne fassent pas la même chose.
MOURIR POUR LE YUAN (Conclusion)
Un rapport de la Banque mondiale révèle que, depuis l’été 2008, la production industrielle a augmenté de 20% dans les pays émergents, et de 40% en Chine. En revanche, l’industrie des pays développés, essentiellement l’Europe et les États-Unis, affiche un niveau d’activité encore inférieur de 9% à ce qu’il était avant la crise. Les délocalisations s’accélèrent, avec une nouvelle vague d’investissements étrangers en Chine et dans les pays émergents.
Peut-on continuer avec un système où « des esclaves fabriquent des produits vendus à des chômeurs » ? (Jean-Michel Quatrepoint)
Heureusement, comme on peut le lire dans « France, état critique » (sept 2011):
« On nous rebat les oreilles avec les délocalisations mais, toutes les études le montrent, leur responsabilité dans la baisse des emplois industriels sur le territoire français est infime. » (Jean Peyrelevade)
Etienne,
En pleine primaire socialiste, un article qui devrait t’intéresser :
http://www.marianne2.fr/Le-tirage-au-sort-contre-la-partitocratie_a210360.html
Pour ceux qui sont favorables au libre échange tous azimuts, et qui citent l’Allemagne en exemple (suivez mon regard),
Réponse de h‑toutcourt aux questions de peyrelevade (13 septembre 2011 à 12:32) sur son blog :
« Où sont les « démentis » d’Olivier Berruyer ? »
Les voici :
En démenti à l’introduction de « France, état critique » :
« interdire toute immigration de main d’oeuvre, dans une sorte de rappel des dommages imaginaires provoqués par l’arrivée fantasmée des plombiers polonais…, proner la démondialisation avec Arnaud Montebourg, imposer comme le suggère le parti socialiste de Martine Aubry des pénalités sur les importations en provenance des zones où ne seraient pas respectées les droits sociaux ou environnementaux…,
prétendre avec les souverainistes et certains libéraux que la liberté des échanges n’est concevable qu’entre des pays de niveaux de développement comparables…, autant d’illusions ! »,
BERRUYER écrit :
« Que penser des conséquences qu’aurait une formulation analogue à l’article 56 du Traité de Lisbonne sur les capitauxanalogue à l’article 56 du Traité de Lisbonne sur les capitaux : toutes les restrictions aux mouvements de capitaux aux mouvements de personnes entre les États membres et entre les États membres et les pays tiers sont interdites ? Notre pays aurait rapidement cinquante millions d’habitants supplémentaires… La conclusion est seulement qu’il faut des garde-fous… ». (p 47)
« Le bon sens indique qu’il semble illusoire d’attendre du salarié français qu’il soit « compétitif » face à un ouvrier roumain gagnant 300€ par mois (même en travaillant 40 heures par semaine), à un salarié polonais dont l’entreprise fait des économies en rejetant du mercure et du souffre, à un salarié anglais dont la monnaie vient d’être dépréciée de 30% – sans parler d’un employé vietnamien ou chinois pour qui la notion de protection sociale reste un simple concept théorique. Or, tout ceci, constitue bien une « concurrence libre et très faussée », au sens le plus libéral du terme. » (p 67)
À votre interrogation faussement candide : « Enfin, demandera-t-on aux exportateurs étrangers de prouver qu’ils paient sur leurs territoires les mêmes charges sociales que nous avons imposées à notre appareil productif ? », BERRUYER répond manifestement oui !
En démenti de votre charge contre les cotisations sociales du type européen employeur/salarié :
« C’est la conséquence du choix politique de faire largement financer la protection sociale par les entreprises et non par les seuls ménages : notre système productif paye près de 40% de notre protection sociale,… Et on s’étonne qu’il ne soit pas compétitif ! »,
BERRUYER rappelle que ce que le système le moins compétitif est celui où le salarié paye intégralement sa propre protection (santé, retraites, etc.) ce qui entraîne gaspillage et salaires beaucoup plus élevés à la charge des employeurs (aux États-Unis, un conducteur de bus peut gagner 4000€) :« Soulignons au passage que ces cotisations sociales sont stigmatisées par les idéologues néoconservateurs… Les États-Unis sont le pays développé qui dépense le moins pour sa santé sous forme socialisée;…mais ce sont eux qui dépensent le plus pour leur santé au global – sous forme privée. Ainsi, en quoi remplacer 1000€ d’impôts pour la santé par 1500€ de dépenses privées, pour strictement la même chose pour le patient, est-il une bonne idée ? Bref, en l’espèce, l’idéologie forcenée devrait céder la place à plus de pragmatisme… » (p 103)
En démenti de votre charge contre les trente-cinq heures, dans un sous-chapitre qui leur est consacré :
« La réforme des trente cinq heures est, paraît-il, derrière nous, digérée et donc irréversible. Eh bien, je suis comme Jean-François Coppé…,Manuel Valls et quelques autres, malheureusement trop peu nombreux, politiquement incorrect. Serions devenus un peuple de paresseux ?
À la semaine, au mois, à l’année, notre durée du travail est toujours parmi les plus courtes. On a certes le droit de préférer le loisir au travail, la paresse à l’effort. Mais si tel est vraiment le rêve collectif, on ne peut espérer de sa réalisation plus de revenus, davantage de croissance et de pouvoir d’achat »,
BERRUYER répond :
Définissons la PRODUCTIVITÉ du travail par P, … D comme LA DURÉE MOYENNE DU TRAVAIL, et n LE NOMBRE DE TRAVAILLEURS, on a évidemment :
PIB = P x D x N.
De cette très simple équation, triviale, découle toute la problématique habituelle, et les solutions possibles.
Si, comme nous l’avons défendu, on estime que la consommation, rassasiée, va stagner… et sI on pose comme principe de base que le nombre de travailleurs ne doit pas baisser, il faut donc :
- soit supprimer tout gain de productivité.
- soit, si la productivité continue d’augmenter, alors la dernière variable d’ajustement est la durée du travail.
Sans réduction de travail, la variable d’ajustement sera automatiquement le chômage, et nous payerons des chômeurs à rester chez eux au lieu de payer des travailleurs en partageant le travail.
Nous ne pouvons évidemment pas parler de réduction du temps de travail sans une analyse de la mise en place des « 35 heures ».
On constate que la mise en place des trente cinq heures a coïncidé avec LA PLUS FORTE AUGMENTATION DU POUVOIR D’ACHAT EN FRANCE DEPUIS DIX ANS.
Les graphiques permettent d’analyser l’impact sur la compétitivité. On observe de nouveau les résultats de la politique salariale allemande visant à améliorer sa compétitivité au détriment de ses partenaires et de sa consommation intérieure.
On observe cependant que LA FRANCE a également amélioré sa compétitivité par rapport à ses voisins – mais dans une moindre mesure que l’Allemagne…
Bref, il est faux de croire que la France a « perdu la course » face à l’Allemagne, en raison d’une politique de réduiction du temps de travail « inconséquente ».
Les 35 heures n’ont pas détruit d’emplois quand elles ont été mises en place, elles ont au contraire créé 350 000 emplois.
On n’observe bien AUCUN IMPACT NÉGATIF DES 35 HEURES SUR L’EMPLOI – au contraire, la situation de l’emploi s’améliore un peu comparativement.
Le dernier graphique démontre l’absence du moindre impact négatif des 35 heures sur la croissance »
(p 473–487)
Last but not least, en démenti de votre panégyrique béat de l’Allemagne au Chapitre 4, intitulé l’Allemagne qui travaille, l’Allemagne qui gagne :
« le salaire moyen de l’allemand n’a pas augmenté, il a même plutôt légèrement diminué. Entre 2000 et 2009, il a reculé au total de 4,5%… une indéniable rigueur. Enfin est intervenue la réforme du système de protection sociale…
En résumé, l’Allemagne… a accroché son modèle au marché mondial, au commerce international…. ce sont les allemands qui gagnent (qui gagnent quoi ? des salaires en baisse et un régime social en baisse dans la course au moins-disant qu’a ouverte Pascal Lamy à l’OMC !),
voici les éléments que livre BERRUYER :
» LE MODÈLE ALLEMAND À NE SURTOUT PAS SUIVRE (Titre IV.2):
en conséquence, la consommation est beaucoup plus faible – l’argent du consommateur ne venant que des salaires gagnés. Ceci est de nature récessive.
Le fameux modèle allemand ne peut donc marcher que s’il est fortement exportateur – le consommateur allemand ne pouvant acheter les produits « compétitifs » achetés. Ce n’est donc en rien un modèle, puisque tout le monde ne peut l’appliquer, tous les pays ne pouvant être exportateurs nets. Il repose sur une conception d’exploitation de ses voisins : vouloir être exportateur net (donc « gagner » sic) signifie vouloir que ses partenaires commerciaux soient importateurs nets, et « perdent donc en permanence ». ce genre de « jeu » ne dure jamais bien longtemps.
Le manque de performance de ce système « parasite » s’observe sur les deux graphiques, qui illustrent que LA CROISSANCE ALLEMANDE A ÉTÉ INFÉRIEURE À LA CROISSANCE FRANÇAISE 13 FOIS EN 16 ANS, et que LE PIB PAR HABITANT A DÉSORMAIS DÉPASSÉ SON HOMOLOGUE ALLEMAND alors qu’il lui était inférieur de 15% en 1995.
Soulignons pour l’anecdote qu’un point a été cependant préservé par l’Allemagne : sa très faible durée du temps de travail. Car on le sait peu, mais L’ALLEMAGNE TRAVAILLE 10% DE MOINS QUE LA FRANCE, 1310 heures de travail par habitant et par an contre 1470 en 2009… »
(p 445–448)
Merci Hadrien, tout ça est PASSIONNANT.
Étienne.
LIÊM HOANG-NGOC S’EST DÉSISTÉ
(pour cause de réunion imprévue).
C’est vraiment dommage ; je me faisais une joie de rencontrer cet homme dont je lis les livres avec grand plaisir.
Il faut décidément beaucoup de courage pour résister aux pros de la calomnie. Je comprends Liêm. Ce n’est pas grave.
On fera une conférence-débat sans lui, tant pis.
Et ça sera génial, parce que ceux qui viendront ne vont pas se laisser convaincre comme ça par tes arguments .
Y aura-t-il un élu courageux dans la salle ?