Union Européenne = LUTTE CONTRE L’INFLATION PRIORITAIRE
==> CHÔMAGE INSTITUTIONNALISÉ !!! ÊTES-VOUS D’ACCORD ?!
Un des scandales les plus révoltants de l’Union européenne est l’institutionnalisation du chômage, en douce, sous la « couverture économique » de la lutte contre l’inflation, en « oubliant » qu’existe la technique salvatrice de L’INDEXATION…
Ce court extrait vidéo de la conférence de Marseille met un coup de zoom sur LE RAPPORT MÉCANIQUE entre l’inflation et le chômage, et sur LES CHOIX INIQUES de nos prétendus « représentants » — de véritables traîtres à la patrie, en fait — élus qui condamnent leur peuple au chômage de masse à perpétuité :
https://www.dailymotion.com/video/xjduwv
Nota (mise à jour 24 août 2011) :
le SCRIPT COMPLET de toute cette conférence de Marseille (Création monétaire, Chômage et inflation et Démocratie forcément fondée et garantie par le tirage au sort) est désormais disponible :
SCRIPTS DE LA CONFÉRENCE DE MARSEILLE comme AIDE À LA TRADUCTION.
• Sur le détestable, l’incroyable, le lamentable NAIRU, voyez le site
NAIRU, Le Nom de la Ruse, la face cachée du chômage :
http://lenairu.blogspot.com/
et http://lenairu.free.fr.
• Sur le lien mécanique entre inflation et chômage,
voyez l’excellent petit livre de Liêm Hoang-Ngoc,
« Le fabuleux destin de la courbe de Phillips » :

EXTRAIT (Introduction) de ce livre DÉCAPANT :
Liêm Hoang-Ngoc, « Le fabuleux destin de la courbe de Phillips » (Extrait)
Avant-propos
Le fabuleux destin d’Amélie Poulain n’avait sans doute pas d’autre ambition que d’être un conte romantique dans le Paris du XVIIIe arrondissement. Le film de Jean-Pierre Jeunet n’en fut pas moins injustement soupçonné d’idéaliser une « France moisie », habitée par une classe populaire autrefois « poujadisée », aujourd’hui « lepénisée ».
La courbe de Phillips vit le même destin. Elle ne faisait que relater les difficultés rencontrées par la classe laborieuse à obtenir des augmentations de salaires lorsque prolifère l’« armée de réserve industrielle » (dixit Marx) permettant aux capitalistes d’exercer un chantage à l’emploi. Les réinterprétations de la relation inflation-chômage par la science économique « moderne » ont peu à peu fini par culpabiliser les travailleurs de prendre la parole. Ils en seraient même condamnés à accepter pour la première fois un allongement de leur durée de travail sous peine de délocalisations !
Les économistes néoclassiques n’ont évidemment de cesse, paraphrasant un Premier ministre britannique, de proclamer que leur science n’est ni « de droite », ni « de gauche ». Keynes n’était-il pas lui-même membre du Parti libéral et Walras socialiste, clament-ils en chœur ?!
Certes, mais c’est oublier que la science économique applique rarement à elle-même les critères de scientificité qu’elle revendique pourtant. Si tel était le cas, la plupart des hypothèses de l’économie dominante ne résisteraient pas aux tests empiriques. Ceci ne doit pas dédouaner les « hétérodoxes » de la quête d’un discours positif rigoureux qui rende intelligible les mécanismes de production et de partage du gâteau économique, bien au contraire.
C’est également oublier que la politique normative que recommandait l’anti-communiste notoire Keynes pour « euthanasier les rentiers » fait, aux yeux de leurs héritiers, une part encore trop belle à la socialisation de l’investissement et de la répartition des revenus. Une fois défait le compromis keynésien, l’actionnaire, revigoré par l’air du temps des années 1980–90, n’aura de cesse de demander la destruction des quelques « îlots de socialisme » ayant émergé au cours des Trente glorieuses et que l’on renonça, en France, à étendre après 1983. Pour récupérer la planification de l’investissement, le capital privé a, depuis, bénéficié du détricotage du contrôle public des biens collectifs et des secteurs stratégiques de l’économie, à la faveur de la déréglementation financière et de quelques directives communautaires. La protection sociale collective, l’impôt progressif et le droit du travail sont aujourd’hui les dernières cibles de la contre-révolution néoconservatrice.
Il fallait aussi retirer aux gouvernements la possibilité monétaire de financer un surinvestissement accouchant d’une rentabilité financière insuffisante. Née « indépendante », la Banque Centrale Européenne était d’emblée convertie au monétarisme. Interdire la monétisation des dépenses publiques, rémunérer la « prime de risque » nécessaire pour attirer l’épargnant en restaurant le taux de rémunération du capital sous couvert de couper toute source d’inflation, tels furent les canaux monétaires que la BCE obstrua pour permettre au rentier de récupérer son privilège et d’assurer l’entretien de son patrimoine, autrefois érodé par la baisse des profits, l’inflation et les dévaluations compétitives. Le pacte de stabilité se chargerait quant à lui de limiter des dépenses publiques que les rentiers n’auraient plus à financer par l’impôt.
Une fois rassasiés, Messieurs les rentiers eurent, pendant leur sieste, le sommeil dérangé par les plaintes de quelques millions de gueux, sortis de leurs tentes pour quémander quelques miettes d’une société salariale où nul n’est quelque chose sans un salaire, et donc sans un emploi. Pour justifier l’impossibilité de démobiliser l’armée de réserve industrielle, on invoque encore l’incompressibilité d’un taux de chômage structurel, si ce n’est naturel, signe d’une économie ayant atteint son équilibre, mais dans l’incapacité d’offrir un emploi à qui refuse d’abaisser ses prétentions salariales. Les « experts », ces troubadours des cours modernes, se chargeront de conter l’histoire nécessaire pour faire accepter au peuple le destin chômé dont il serait désormais le seul coupable.
L’histoire de la courbe de Phillips est cette tragédie. Toute tragédie contient trois ingrédients.
Elle se déroule en premier lieu parmi les élites. En l’occurrence, l’élite des conseillers du Prince qui, sous peine de perdre la reconnaissance des pairs, s’évertue à prôner le sacrifice d’un peuple qu’elle avait anobli au temps de sa jeunesse estudiantine ; c’était sans doute en 1968.
La tragédie est porteuse en deuxième lieu d’un dilemme, en l’occurrence le dilemme entre l’inflation et le chômage auquel sont confrontés les Princes dès lors qu’ils ont à arbitrer le conflit centre le capital et le travail.
La tragédie met enfin en scène un destin, en l’occurrence l’inexorable déchéance de travailleur, plus que jamais condamné par le capitalisme à la précarité, à la résignation ou à la résistance.
Introduction
L’histoire de la courbe de Phillips est celle du sort tragique réservé à la classe laborieuse par la « science économique » contemporaine, celle qui s’est imposée en moins de trois décennies comme le nouveau guide pour l’action politique, au fondement-même ce que nous avons appelé la « pensée unique » (Hoang-Ngoc, 1996 ; Lavoie, 2004). Au terme de cette histoire, brève et cependant déjà grosse de développements jugés si « féconds » par ses auteurs et de rebondissements plutôt inattendus, les travailleurs auront connu l’infortune du plaignant qui se retrouve finalement dans le rôle de l’accusé. De victimes du chômage, incapables de défendre leurs salaires et leur position sur le marché du travail en période de sous-emploi — dans la première version de la courbe de Phillips — les travailleurs ont été progressivement rendus responsables de leur propre chômage, au fil des réaménagements successifs de la doctrine. En suivant cette histoire tortueuse, la courbe de Phillips, qui n’était au départ qu’un relevé statistique de longue période traitant des interactions entre la formation des salaires et le chômage, est devenu le noyau dur d’une vision du monde dominée par l’idée que ce sont les travailleurs eux-mêmes qui font obstacle à leur propre bonheur.
C’est cette histoire que nous allons raconter.
Il ne s’agit pas, bien entendu, de l’« l’histoire officielle ». Dans les manuels de macroéconomie orthodoxe) les versions successives de la courbe de Phillips sont au contraire présentées comme le résultat d’un cheminement logique, s’inscrivant dans le cadre d’une démarche constructiviste, hypothético-déductive, prétendument fidèle aux critères de scientificité poppériens, grâce auxquels la science économique, à l’instar de la science physique, avancerait par un processus de formulation-réfutation de conjectures plausibles Le manuel néoclassique raconte ainsi, de façon linéaire et en mimant la méthode des sciences expérimentales une histoire de la courbe de Phillips dont les différentes versions auraient émergé d’un processus cumulatif de construction d’hypothèses élaborées pour rendre compte des interactions entre le chômage et la formation des salaires.
Suivant cette progression, le premier âge des recherches devait tout d’abord valider l’hypothèse, émise par Phillips lui-même, selon laquelle les variations du chômage représentent le déterminant essentiel de la formation des salaires. Les fluctuations du salaire sont alors à l’origine des hausses de prix dès lors que les entreprises, en situation de concurrence monopolistique, détiennent un pouvoir de marché leur permettant de fixer leurs prix en fonction de l’évolution du coût salarial, de telle sorte qu’elles préservent un certain taux de marge. Ces fluctuations sont à l’origine de ce que l’on appelle la boucle prix-salaires.
Au deuxième âge de la courbe de Phillips, censé être celui de la maturité, on introduit l’impact exercé en retour par la formation des prix sur le chômage observé, encore appelé chômage effectif, parce qu’il désigne le volant de chômage existant à un instant donné. Le chômage observé n’est cependant pas l’objet de toutes les attentions. Le but de la construction est ailleurs. On veut « montrer » en effet que le taux de chômage effectif a tendance à osciller autour d’un taux pivot, bien plus fondamental, appelé taux de chômage naturel, et qui représente le niveau de chômage vers lequel l’économie s’acheminerait nécessairement en rejoignant spontanément sa position d’équilibre général à long terme. On veut aller jusqu’à démontrer que ce taux est unique et stable à long terme, ce qui signifie qu’il n’y a aucune raison pour qu’il évolue en l’absence de changements structurels dans l’économie. Tant que les déterminants fondamentaux de l’offre ou de la demande de travail demeurent inchangés — tant que les préférences des salariés, la technologie existante et les structures du marché du travail restent ce qu’elles sont — le taux de chômage naturel qui s’en déduit trace l’horizon indépassable à long terme du chômage effectif. Parmi ces « fondamentaux » qui influencent de façon déterminante la demande de travail des entreprises et l’offre des travailleurs, les modalités de fixation des salaires et le niveau des revenus de remplacement tiennent le premier rôle. Lorsque l’équilibre général est atteint (l’économie est alors dans une situation où rien ne bouge) le sous-emploi existant — ou chômage effectif — coïncide avec le chômage naturel, et tous les chômeurs peuvent alors être qualifiés de chômeurs volontaires. Ces derniers — c’est l’objet de la démonstration — pourraient en effet parfaitement travailler s’ils acceptaient un salaire plus bas… mais ils estiment qu’ils n’y ont pas intérêt (compte tenu de l’écart trop faible entre les salaires et les revenus de remplacement).
Cette construction fut doublement mise à mal sur le plan empirique. Tout d’abord, les observations sont venues indiquer que le taux de chômage naturel est susceptible d’évoluer sur le court terme, faisant de ce taux une variable « pas si naturelle que ça ». Mais encore, il est apparu — à qui cela n’était pas évident — qu’une partie des chômeurs était prête à travailler pour un salaire inférieur à celui qui prévaut à l’équilibre… Tous les chômeurs ne sont donc pas des chômeurs volontaires…
Pour dialoguer avec leurs collègues « classiques », des néo-keynésiens proposèrent cependant de rester fidèles au cadre du deuxième âge, en s’en remettant à l’hypothèse de rigidités nominales de salaires, ou en considérant que le chômage effectif persiste désormais loin de son taux naturel.
D’autres autoproclamés nouveaux keynésiens, entrèrent dans le troisième âge de la courbe de Phillips, présenté comme l’âge du raffinement du modèle, de raffinement des formes de la courbe. L’adjonction d’hypothèses auxiliaires, inhérentes à la nature imparfaite de l’information subie par les agents rationnels, doit rendre la théorie réaliste, empiriquement testable. Le chômage naturel, rebaptisé chômage d’équilibre, peut alors faire une place, dans un univers d’information asymétrique, à du chômage involontaire et influençable par les variations de court terme du chômage courant.
C’est cette histoire socialement désincarnée que nous entendons déconstruire ici. L’histoire de la courbe de Phillips est en effet représentative de la fabuleuse histoire de la pensée économique contemporaine. La science économique d’aujourd’hui a indéniablement le noble projet d’améliorer la connaissance positive du fonctionnement des systèmes économiques modernes. Nombre d’économistes, pourtant obsédés par la science, ne parviennent pas à respecter les règles même de cette connaissance positive qui charpentent l’idée qu’ils se font de la science, règles qui consistent idéalement à séparer le positif (l’analyse de ce qui est), du normatif (l’analyse de ce qui doit être). Non qu’ils y mettent forcément de la mauvaise volonté, mais ce projet est nécessairement vain. Car, quoi qu’ils en disent, les théoriciens sont porteurs de visées normatives limitant ou délimitant l’espace des controverses théoriques. Keynes lui-même n’était nullement embarrassé de déduire une philosophie sociale de son analyse théorique du capitalisme. Le chapitre conclusif de sa Théorie Généralene s’intitulait-il pas Notes finales sur la philosophie sociale à laquelle conduit notre théorie ? C’est que la grande controverse qui a animé la pensée économique contemporaine, depuis le tournant des années trente, a été initiée par le formidable défi lancé par Keynes à la pensée libérale. Keynes réussit le tour de force de produire une théorie économique du chômage, bientôt jugée convaincante, concluant que le système économique n’était pas « auto-ajusteur ». Dans la Théorie Générale, Keynes montre en effet que les jeux de la finance, l’horizon incertain dans lequel se déploient les décisions d’investir des entreprises, les comportements d’épargne des ménages et la répartition des revenus ne concourent pas spontanément au plein-emploi des ressources et, en aval, à la réalisation du bien commun. L’État se trouve par là même fondé à intervenir, essentiellement en vue de porter remède à l’insuffisance chronique de l’investissement. C’est cet agenda qui fut en partie mis en œuvre avec succès durant les Trente glorieuses. Mais, dès le début des années 70, à la faveur de la stagflation, l’expérience keynésienne des Trente glorieuses subissait le feu de la contre-révolution néolibérale. Celle-ci fut portée par la révision, emmenée par les monétaristes, de l’interprétation traditionnelle de la courbe de Phillips. Les travaux de Milton Friedman inauguraient alors le deuxième âge de la courbe de Phillips, laquelle fut autrefois l’alliée des keynésiens. Ce retournement de l’arme contre l’adversaire prépara à son tour la trahison définitive de Keynes par la contre-réforme menée par des usurpateurs, autoproclamés nouveaux keynésiens. Celle-ci s’est développée à partir de la troisième version de la courbe de Phillips. Cette histoire de la pensée flirte elle-même avec « l’air du temps ». Elle accompagne sur le terrain des idées la revanche de la finance, sacrifiée, durant l’âge d’or du keynésianisme sur l’autel de l’entreprise et du travail. Cette revanche s’est avérée particulièrement tragique pour le salariat. Accédant à la prise de parole dans la négociation collective, aux mêmes biens publics que les classes supérieures, à la consommation de masse et aux congés payés durant l’apogée de l’État social keynésien, les travailleurs furent progressivement rendus responsables, à travers les coûts salariaux et les « charges » collectives croissantes de « l’État providence », du marasme de l’investissement, du chômage de masse et de l’exclusion de leurs semblables, moins bien lotis dans la compétition. Au point que toute velléité revendicatrice, jadis supposée « progressiste », est aujourd’hui systématiquement perçue comme « conservatrice », voire corporatiste. Tel est le destin tragique réservé par les nouvelles théories du chômage à la classe laborieuse.
L’épilogue théorique de cette histoire ne saurait pourtant passer sous silence l’espoir suscité par une autre branche de la famille des économistes revendiquant l’héritage de Keynes, sous le flambeau postkeynésien. Leurs descendants sont en passe d’accoucher d’une courbe de Phillips du quatrième âge, présentée en Postface par Marc Lavoie. Clairement hétérodoxes, ses membres, autrefois implantés à Cambridge où l’esprit de Keynes continue de souffler, avaient tenté dès les lendemains de la publication de la Théorie Générale d’en radicaliser le contenu. Cet ouvrage est aussi une invitation à redécouvrir l’étonnante actualité des thèses postkeynésiennes et de la résistance que mena Outre-Manche, il n’y a pas si longtemps, le regretté Nicholas Kaldor : résistance face aux « Réformes » de Margaret Thatcher dont Milton Friedman fut l’éminent conseiller.
Cette tragédie se dénoue en trois actes, correspondant aux trois premiers âges de la courbe de Phillips. Le rideau s’ouvre sur un hommage rendu aux thèses keynésiennes, que les économistes libéraux n’auront de cesse de combattre. Les réinterprétations successives de Keynes, puis celles de la courbe de Phillips qui s’ensuivront, nous content alors l’histoire d’une bataille perdue par le travail face au capital, au cours de l’un des épisodes les plus passionnants de la guerre des classes.
LEVER DE RIDEAU DANS LES COULISSES D’UNE RÉVOLUTION MANQUÉE
La Théorie Générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, publiée par Keynes en 1936, fut une véritable révolution théorique. Elle permit de légitimer la nouvelle conception de l’intervention publique qui se généralisa dans les pays développés au temps de l’âge d’or de l’État social. Elle mit en question la pertinence du langage de la théorie économique néoclassique et favorisa en outre l’éclosion de la macroéconomie, comme nouveau guide pour l’action économique publique.
Celle-ci se construisit notamment dans le cadre des modèles de la synthèse néoclassique où la détermination des salaires et des prix restait inexpliquée. Ce n’est qu’à partir de la découverte des travaux de Phillips que les macroéconomistes ont véritablement cherché à intégrer des équations de détermination des salaires et des prix. Les configurations successives de ces équations, évoluant au cours de ce que nous surnommons les quatre âges de la courbe de Phillips, sont l’objet de cet ouvrage. Avant d’en entamer l’examen, il est nécessaire de rappeler quelques étapes essentielles des débats macroéconomiques qui précédèrent ce qui n’est rien d’autre qu’une querelle d’interprétation des causes du chômage.
La révolution keynésienne
John Maynard Keynes est né en 1883 à Cambridge d’une famille bourgeoise. Son père était le logicien John Neville Keynes. Il découvrit l’économie à l’âge de 22 ans, en même temps qu’il préparait une thèse de mathématiques sur les probabilités, rejetée une première fois en 1908, et qu’il soutiendra en 1909. Il reçut à l’Université de Cambridge les enseignements d’Alfred Marshall et d’Arthur Cecil Pigou, lequel tenta de le dissuader d’entreprendre une carrière de professeur d’économie. Au concours du « civil service », il obtint une note médiocre en économie et moquait la suffisance de ses examinateurs, ce qui lui vaudra de débuter sa carrière administrative à Bombay. Il y découvrit la spéculation à laquelle il s’adonnera sans vergogne en Grande-Bretagne à la tête de fonds de placements. Il intervint à de nombreuses reprises dans le débat public britannique, par voie de presse et dans de nombreuses revues, pour fustiger l’orthodoxie de l’ancrage de la livre à l’étalon-or et dispensa des cours à l’Université de Cambridge. Keynes méprisait la classe ouvrière et s’opposait au communisme. Membre du Parti libéral, il contribua à la rédaction de son programme en 1928. Il participa aux travaux de la commission Mac Millan créée par le gouvernement travailliste de l’époque. Son œuvre majeure, la Théorie Générale de l’Emploi de l’Intérêt et de la Monnaie fut publiée en 1936. Il participa du côté britannique aux premiers rounds de la négociation autour des accords de Bretton Woods, avant de décéder en 1946.
Sur le plan théorique, Keynes défia la théorie orthodoxe en introduisant l’hypothèse d’incertitude sur le marché financier pour en analyser l’impact sur le fonctionnement général de l’économie. Celle-ci peut subir un sous-emploi durable, à cause des anticipations pessimistes des entrepreneurs. Le chômage qui en résulte est involontaire. Rien n’incite les entrepreneurs à embaucher, même si les salaires baissaient. Les recommandations de politique économique keynésiennes diffèrent alors des recommandations libérales : pour préserver la démocratie, l’État devra intervenir par la politique monétaire et la politique budgétaire pour assurer le plein-emploi et la cohésion sociale.
LES ERREURS DE LA THÉORIE « CLASSIQUE » DE L’EMPLOI, DE L’INTÉRÊT ET DE LA MONNAIE
La théorie « classique » [Keynes englobe sous le vocable de « classique », les théories qui soutiennent que l’épargne est le préalable à l’investissement et la flexibilité des salaires suffit à assurer le plein-emploi. Sa cible est naturellement Adam Smith, mais surtout la théorie néoclassique qui lui fut enseignée à Cambridge par le Professeur Pigou] est considérée par Keynes comme un cas particulier de la théorie générale qu’il propose de construire. Son domaine de validité se limite au plein-emploi, seul cas où ses recommandations s’avéreraient appropriées. La théorie « classique » de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie est incapable d’expliquer que l’économie puisse durablement s’écarter du plein-emploi.
Le chômage est-il volontaire ?
…
(Lire la suite…)

Cher Etienne,
Heureux de te retrouver, toujours en bonne place pour fustiger « les choix iniques de nos représentants ». On se demande parfois s’il ne faudrait pas dire « cyniques »… La conjonction de ces choix est en effet troublante :
- choix de l’économie libérale : Par la libre circulation des capitaux, marchandises et personnes, elle permet à la fois la délocalisation hors des pays aux acquis sociaux trop avancés, et l’mportation de produits ou de travailleurs issus de conditions moins-disantes, permettant la concurrence « libre…et parfaitement faussée » !
Ceci pour le plus grand bien des « investisseurs » qui empôchent la différence et accentuent la pression sur l’exploitation du travail.
- choix de l’abandon de souveraineté monétaire : depuis la scélérate loi Pompidou-Giscard d’Estaing de Janvier 1973, le trésor public en France s’est vu interdire la monétisation par sa propre banque centrale au bénéfice de l’emprunt privé auprés des marchés.
Ceci en vue de l’introduction de l’euro et des statuts de la BCE, visant la « stabilité monétaire » pour le plus grand bien des rentiers et des banquiers.
- choix de modes de représentation désincarnés : l’Europe permet notamment de se décharger de lois anti-sociales voulues par les lobbies et proposées par une « commission » qui ne rend compte à aucun électeur.
Ceci afin d’éloigner un peu plus le citoyen de base de la démocratie (directe) inventée par les Grecs, il y a pourtant déjà 2500 ans !
Peut-être, par une ironie de l’histoire, les Grecs actuels se montreront-ils dignes de leurs aînés en provoquant l’explosion ? A cet égard, je ne résiste pas à reproduire ici mon commentaire sur le site d’André Jacques :
EN PREVISION DE L’EXPLOSION…
On se demande à quoi bon disserter sur les derniers palliatifs encore possibles pour la Grèce, quand c’est le principe même d’une monnaie unique pour des économies différentes qui s’avère être en cause : on peut même s’étonner que le phénomène ait mis dix ans à se manifester depuis la création de l’euro !
C’est en réalité le coût de la réunification pour l’Allemagne, et sa dette induite, qui avaient caché jusqu’à présent la disparité de son économie ainsi que de celles qu’elle entraîne (Autriche, Hollande) avec le reste de l’Union Européenne. Les affres de la réunification passés, la divergence économique va s’accélerer d’autant plus que le gouvernement allemand continue d’imposer à son peuple une politique de restriction salariale qui n’a pourtant plus d’objet.
Lorsqu’on entend parler sur les antennes de la dette « exorbitante » de la Grèce , 350 milliards, il faut tout de même rappeler la notre : 1600 milliards… Et lorsqu’on parle en pourcentage du PIB (150% de dette publique grecque), il faut aussi rappeler que la dette grecque totale (publique + privée) est inférieure à celle des Etats-Unis (plus de 310%). La différence est que ces derniers ont la maîtrise de leur monnaie et peuvent toujours avoir recours à la monétisation par la Fed, ce qu’ils ne se sont pas privés de faire en sortie de crise, récemment, pour un montant de l’ordre de 1000 milliards. C’est la raison pour laquelle leur dette, notamment auprés de la Chine, n’a pas la même signification : elle est libellée en dollars dont ils détiennent l’émission.
Tout cela pour dire que le problème grec n’est que prémisse au problème de toute la zone euro, empêtrée dans son carcan…en attendant l’explosion !
…C’EST L’ALLEMAGNE QUI DEVRAIT SORTIR DE L’EURO !
Plutôt que de retarder l’échéance par des replâtrages illusoires qui ne feront qu’alourdir l’addition, mieux vaudrait la prévenir à temps. Certains recommandent de mutualiser les garanties d’emprunts par des « bons du trésor européens » qui uniformiseraient les taux, mais n’est-ce pas cacher le mal sous un pansement plutôt que le soigner ? D’autres évoquent une solution plus radicale : pour éviter qu’une sortie de l’euro des plus endettés n’aggrave leur dette dans leur monnaie dévaluée, c’est au contraire l’Allemagne qui pourrait retrouver son mark…
Tout les Etats y gagneraient : l’Allemagne et ses satellites éventuels verraient leur dette allégée dans cette monnaie inévitablement réévaluée par les marchés, les autres pays rembouseraient en euros nominalement inchangés, mais factuellement dévalués par les marchés. D’autant que l’absence de l’Allemagne permettrait de modifier les statuts de la BCE pour revenir à l’habituelle monétisation en matière de trésor public, privilège de toute banque centrale. Ce serait l’euthanasie indolore des rentiers et banquiers présents sur les marchés !
Certte solution n’a pas echappé aux économistes progressistes, comme Frédéric Lordon :
http://blog.mondediplo.net/2010–03-29-Ce-n-est-pas-la-Grece-qu-il-faut-exclure-c-est‑l
à Hadrien > Hadrien
Par Samir Amin
L’EUROPE, OU LES EUROPES, EN CONSTRUCTION ? OU EN DECONSTRUCTION ?
Additionnez les chiffres d’affaires et les volumes des PIB des pays européens ; vous obtiendrez au total l’image de la première puissance économique mondiale. On nous raconte donc que même si le projet européen avait été conçu à Washington au départ, il serait devenu une réalité en marche permettant à l’Europe de discuter d’égal à égal avec les Etats Unis, voire de s’affirmer comme le centre de gravité majeur du système mondial.
Ce discours ne tient pas la route, tout simplement parce que les Etats nations associés dans l’Union Européenne restent fondés sur des capitalismes nationaux plus concurrents que complémentaires les uns des autres, ou bien encore ne sont complémentaires que dans une inégalité tenace, si celle-ci est acceptée par les plus faibles. Il ne s’agit donc pas d’un ensemble stable, comme le sont les Etats Unis, qui, en dépit de leur constitution fédérale, constituent une seule nation et un seul Etat.
La Constitution européenne ne permet pas de transcender cette situation ; elle ne permet pas de s’acheminer vers « l’Etat Européen » fut-il « confédéral » et plurinational. Cette construction n’a rien fait de plus qu’entériner les desiderata des capitalismes de monopoles nationaux. Apeldoor a eu raison de nous faire comprendre dès 2002 que cette constitution avait été pratiquement rédigée par la European Round Table of Industrialists, sans consultation aucune des pouvoirs élus, comme le rappelle Carroll (op cit, p 155).
Or le consensus sur lequel repose les stratégies des monopoles des pays concernés ne poursuit qu’un seul objectif : rendre impossible la remise en question de la domination exclusive des monopoles concernés par des pouvoirs élus quelconques (« faire du socialisme un objectif illégal » comme Giscard d’Estaing l’a avoué). De ce fait ce consensus interdit la progression vers la construction d’un Etat transnational, si celle-ci était possible en dépit de la diversité des formations nationales européennes.
La crise de l’euro a fait éclater cette réalité et mis au devant de la scéne les asymétries qui caractérisent la construction européenne. Dans le rappel que j’ai fait des raisons de cette « impossible gestion de l’euro » (traduction anglaise sur le site de Pambazuka : « the impossible management of the euro »), j’ai insisté sur l’objectif poursuivi par l’Allemagne, celui de « dominer l’Europe ». Tout simplement, comme le rappellent nos amis grecs mentionnés dans mon analyse, réaliser par les moyens de l’économie ce que l’Allemagne a échoué par deux fois à imposer par la conquête militaire : une « Europe allemande ». L’Europe se conjugue donc toujours au pluriel.
La « première Europe », constituée par le noyau des capitalismes historiques nationaux les plus puissants (l’Allemagne, la France, la Grande Bretagne, auxquels on peut adjoindre les Etats plus modestes, mais non moins avancés que sont les Pays Bas, la Belgique, la Suisse, la Suède), est elle même traversée de conflits, potentiellement violents, en dépit des apparences. Les tandem France/Allemagne ne fonctionne que dans la mesure où le plus faible – la France – s’aligne de fait sur les positions du plus fort – l’Allemagne. Ce qui est le cas avec Sarkozy, mais n’est pas garanti pour l’avenir. La Grande Bretagne fait cavalier seul, et recherche un équilibre, difficile à stabiliser, entre la satisfaction de ses nouveaux intérêts « européens » et sa préférence nord atlantique.
La « seconde Europe » est constituée par les capitalismes nationaux plus fragiles que représentent l’Italie, l’Espagne, et peut être même quelques autres (l’Irlande, le Portugal, la Grèce). Cette Europe n’a pas voix au chapitre. Elle est invité à se conformer aux décisions des plus puissants, l’Allemagne en premier.
La « troisième Europe » – les PECO de l’ex-Europe de l’Est – constitue une périphérie dominée. Ses rapports avec la première Europe, en particulier avec l’Allemagne, sont d’une nature analogue à ceux que l’Amérique latine entretient avec les Etats Unis. L’Europe de l’Est et les Balkans constituent le champ d’expansion de la domination des monopoles des puissances européennes majeures, et rien de plus, même si l’illusion que leurs peuples se font qu’ils sont en voie de « rattraper » par et dans l’intégration européenne demeure puissante.
Un parallèle s’impose ici entre les PECO et le Mexique. En adhérant à la NAFTA, le Mexique a renoncé à son autonomie. En dépit des apparences – une bonne croissance du PIB, elle même fort discutable – le Mexique n’est pas sur la voie d’un développement qui lui permettrait de gravir les échelons à partir de sa position actuelle disons « semi-périphérique : la catastrophe historique que représente la capitulation de la nation mexicaine sera difficile à surmonter, tout comme l’est celle des nations de l’Europe de l’Est. Un désastre analogue à celui qui a fait perdre au Mexique la moitié de son territoire, annexée par les Etats Unis au XIXe siècle, pourrait se répéter, par une forme d’annexion de la Basse Californie et du nord du pays, reléguant son Sud à la condition des voisins de l’Amérique centrale, Guatemala et autres. L’Europe donc n’est pas « en construction », comme malheureusement Carroll et d’autres l’affirment trop vite, fondant leur jugement sur quelques critères limités et fragiles relatifs à l’interdépendance des intérêts à court terme des monopoles « européens ». La crise en cours amorce plus probablement, à mon avis, la « déconstruction » de l’Europe. Au cas où l’Allemagne échouait à imposer son projet « d’Europe allemande », Berlin pourrait prendre l’initiative de sortir de l’euro et de se replier sur une zone mark intégrant les Pays Bas, la Scandinavie, l’Europe de l’Est et les Balkans (plus ou moins suivis par l’Italie et l’Espagne), sans trop se préoccuper de la recherche de compromis avec la France et la Grande Bretagne. Un retour à l’Europe des années 1930 ?
FACE AU DEFI, LES REPONSES DES PEUPLES SONT-ELLES EFFICACES ? A QUELLES CONDITIONS ?
Les peuples, ceux des centres (la triade) et des périphéries (émergentes ou pas), ne sont pas confrontés au « défi de la mondialisation », mais à celui du déploiement de l’impérialisme collectif des puissances (au pluriel) de la triade. L’analyse de ce défi impose à son tour d’aller voir en amont de la « mondialisation » ce que sont les transformations majeures du capitalisme qui commandent celle-ci.
J’ai proposé ici de qualifier ces transformations en connectant les divers aspects de leurs manifestations dans ce que j’ai appelé le « capitalisme des monopoles généralisés ». J’entends par là une étape nouvelle du capitalisme des monopoles, caractérisée par la soumission de l’ensemble des systèmes productifs nationaux concernés à la domination de ces monopoles, lesquels pompent par ce moyen une bonne fraction de la plus value produite dans les secteurs dominés. Je renvoie le lecteur ici encore à mon ouvrage sur La Crise. Cette domination, pratiquement totale (et nouvelle), m’a inspiré l’idée d’un passage à la domination du capital abstrait, assis sur la dépossession des bourgeoisies historiques à son profit. La financiarisation en est l’expression.
Carroll, dans la thèse qu’il avance d’une « bourgeoisie transnationale » (en fait transatlantique) en voie de constitution, ne se fonde pas seulement sur l’argument (limité et fragile à mon avis) des échanges de représentants dans les conseils d’administration des firmes, il renforce la puissance de son argument en mettant en relief les instruments politiques institutionalisés importants que cette classe en formation s’est donnée. Ses analyses des fonctions remplies par neuf de ces institutions méritent d’être rappelées :
- Bien que l’International chamber of Commerce ait été créée en 1919, son rôle a pris une dimension considérablement plus décisive depuis la création récente de l’OMC, dont elle demeure la source d’inspiration majeure. – Les Bilderberg Conferences, initiées dès 1952 (La société du Mont pèlerin), animées par le mentor du libéralisme sans frontières ni limites, Hayek, ont su populariser le discours du néolibéralisme auprès des hommes politiques, des ténors des médias, des militaires de haut grade des pays de la triade. La Commission trilatérale, mise en place en 1973, a donné à ce discours une tonalité quasi officielle, à laquelle les gouvernements et partis politiques majeurs de la triade – de droite et de gauche – ont adhéré. Le World Economic Forum (Davos) en a pris le relai en l’amplifiant à partir de 1982.
- Plus récemment le World Business Council for Sustainable Development, créée en 1995, poursuit l’objectif « d’habiller en vert » les stratégies d’expansion du capital des monopoles, et, par ce moyen, de rallier les opinions écologistes qui ont le vent en poupe.
– Au niveau européen, la European Round Table of Industrialists a pris, à partir de 1984, l’importance qu’on connaît, en devenant la source majeure d’inspiration des décisions prises à Bruxelles au nom de l’Union Européenne.
- Parallèlement les partenaires de la triade ont mis en place en 1995 deux instruments de leurs dialogues permanents, le Transatlantic Business Dialogue et la European Union/Japan Round Table ; tandis qu’à l’échelle de la NAFTA était créé en 2006 le North American Competitiveness Council.
Bien que les discours développés dans ces institutions sont bien connus et banals à l’extrême – simplement ultra réactionnaires – il est nécessaire de le dire et de le répéter, car ces « think tanks » bénéficient toujours de la réputation honorable de réunir en leur sein ceux qui « connaissent le mieux » les problèmes. Le citoyen – spectateur de base d’aujourd’hui reste largement convaincu que nul ne saurait mieux connaître les problèmes économiques que les chefs d’entreprise. On lui a fait oublier que ces chefs d’entreprise n’avaient d’autre préoccupation que de garantir à leur entreprise le taux de profit le plus élevé possible, et que le chômage, par exemple, n’est pas leur problème. Les questions économiques ne sont vues que dans ce miroir déformant.
Carroll tire trop facilement de ces observations la conclusion qu’une « bourgeoisie transatlantique » est bel et bien en voie d’émergence. Je n’en dirai pas autant. La convergence des styles de représentation des problèmes et des opinions ne saurait en constituer la preuve. Les cours royales de l’Europe des XVII, XVIII et même XIXe siècles étaient peuplées de personnages qui tout également partageaient les mêmes styles de pensée. Cela n’excluait pas leur conflit. Aujourd’hui, de la même manière, je dis que les bourgeoisies des monopoles de la triade partagent tout également les mêmes méthodes de pensée mais qu’elles n’en restent pas moins « nationales » – même en Europe. Elles sont seulement, de surcroît, conscientes de l’exigence pour elles de se présenter unies face à leur adversaire commun – le Sud, la Chine en tête. Elles constituent donc bien la base de ce que j’appelle l’impérialisme collectif de la triade. La crise approfondie aidant, va-t-on voir se développer les conflits d’intérêt entre ces partenaires nationaux du collectif impérialiste ? Cela me paraît fort probable. Et remettra en question les formes de la mondialisation encore en place, mais déjà ébréchées.
Mais face à ce défi nouveau les propositions de contre stratégies de Carroll me paraissent insuffisantes. La raison en est que Carroll reste « dans le vent » c’est à dire qu’il imagine possible de substituer une « mondialisation meilleure » à celle en place et n’imagine pas la déconstruction de la mondialisation comme préalable incontournable à sa reconstruction éventuelle, plus tard, sur d’autres bases.
Face aux institutions de la bourgeoisie transnationale, Carroll propose une contre stratégie dont il voit les linéanments se dégager dans quatre institutions nouvelles, qu’il choisit parce qu’il les pense certainement porteuses d’avenir. Ce sont :
- l’International Trade Union Confederation ITUC,
- le Transnational Institute d’Amsterdam (TNI), lui même issu de l’Institute for Policy Studies basé à Washington,
- les Friends of the Earth International (FoEI), et
- le Forum Social Mondial (dont la première édition a été inaugurée à Porto Alegre en 2001).
Au delà des nuances et des préoccupations particulières à chacune de ces institutions un dénominateur commun permet en effet de les grouper dans un ensemble qui a du sens. Elles sont largement « réformistes », parfois à l’extrême comme l’ITUC qui ne défend même plus un programme social démocrate à « l’ancienne » – un compromis capital/travail digne de ce nom – mais se satisfait de propositions mineures visant à alléger les conséquences sociales les plus dramatiques des politiques des monopoles. Les FoEI ne s’intéressent pas à l’examen de la relation immanente ente logique capitaliste et désastre écologique et deviennent de ce fait un interlocuteur valable pour le WBCSD. La charte du FSM s’interdit la recherche d’alternatives politiques positives et se satisfait d’enregistrer les transformations spontanées dans la société produites par les « résistances ».
Dans une analyse critique impitoyable des pratiques de beaucoup des institutions dites « antisystémiques » – « ONGs » entre autre – Michel Chossudowsky (Manufacturing Dissent,website Chossudowsky, 2010) qualifie les divergences mises en relief par ces institutions de « fabriquées » et destinées à servir le système, qui d’ailleurs finance généreusement ces programmes autoqualifiées « d’antisystémiques »).
Sans aller nécessairement jusque là je dirai que la ligne stratégique générale choisie par ces institutions – et d’autres, de nature analogue – est fondée sur la recherche d’un « nouveau consensus » qui permettrait d’avancer dans la substitution d’ue « autre mondialisation » – meilleure – à celle façonnée par les monopoles. Or cette stratégie est, à mon avis, condamnée à l’échec. Car elle ignore les leçons de l’histoire. J’ai rappelé (voir mon ouvrage La Crise) que la première longue crise systémique du capitalisme des monopoles n’avait trouvé sa « solution » qu’au terme de 30 ans de guerres et de révolutions. C’est à travers celles-ci que des rapports de force à la fois sociaux et internationaux nouveaux ont permis les « trente glorieuses » (1945−1975), ou, dans mon analyse, la coexistence des trois familles de « modèles de développement » de l’époque (ceux du compromis social démocrate, du soviétisme, du développement national populaire) et le fonctionnement d’une « mondialisation pluricentrique » parallèle.
Il n’y a rigoureusement pas de raisons de penser qu’il en sera autrement dans l’avenir. Une construction remise en cause doit être déconstruite avant qu’une autre ne devienne possible. C’est vrai pour la mondialisation en place (c’est à dire la domination mondiale de l’impérialisme collectif de la triade) ; c’est vrai pour l’Europe. Les stratégies alternatives ne peuvent être efficaces qu’à la condition d’être radicales, c’est-à-dire à la fois d’oeuvrer à la déconstruction de ce qui est en place et d’amorcer des avancées en direction de la construction alternative, à mon avis nécessairement de nature socialiste, au sens que sortant délibérément du carcan des logiques capitalistes. *
Samir Amin est directeur du Forum du Tiers monde
A GILLES :
Convergence frappante de ton passage sur l’Allemagne avec ce que je répondais à un interlocuteur sur le dernier billet de Georges Ugeux :
Le recours « indolore » à la monétisation a toujours été la règle pour la plupart des états. Seule la zone euro a adopté la doctrine austro-allemande, dont on voit les résultats sur des économies qui ne peuvent s’y plier.
En tout état de cause, même les libéraux admettent que l’ajustement monétaire est le processus naturel qui permet aux économies différentes de coexister. Adopter l’euro tel que les allemands l’ont imposé avec les statuts de la BCE, c’est adopter le mark d’aprés-guerre qui ne nous convient pas (cf Bernard Maris : « l’euro, c’est le mark ! »). On faisait d’ailleurs la même croissance qu’eux sans cela.
Depuis l’adoption en 1973 de la politique monétaire introductive à l’euro, avant même son adoption, le capitalisme allemand s’est assuré une zone économique captive où s’effectuent ses exportations sans frein et où les autres dépérissent à son bénéfice (on est tombé de 30% à 13% d’activité industrielle en France).
L’Allemagne avait provoqué et perdu deux guerres mondiales parties d’Europe.
Elle est en train d’y reconquérir son « espace vital » par la guerre économique. Mais cette fois, les anciens alliés ne pourront rien pour nous, puisqu’on s’est mis dans cette situation de notre propre chef.
A ceux qui douteraient, je conseille de lire les livres instructifs qui viennent de sortir à ce sujet :
- François Chesnais : Les dettes illégitimes, Ed. Raisons d’agir, Juin 2011
- Les économistes attérrés (2e livre): Vingt ans d’aveuglement, 2011
- Jacques Nikonoff : Sortons de l’euro ! Restituer la souveraineté monétaire au peuple, Editions de minuit, Avril 2011
Par ailleurs :
Dans le scenario évoqué en mon commentaire précédent, je répète qu’il est crucial que ceux qui s’accomodent de l’euro-mark actuel (Allemagne Autriche, Pays-bas, et accessoirement Finlande) soient ceux qui sortent de l’euro, pour permettre aux douze autres pays de retrouver leur souveraineté en redonnant son statut normal à la Banque Centrale (privilège de monétisation).
L’euro redeviendrait ainsi une monnaie comme les autres (y compris le dollar), tout en laissant l’euro-mark à ceux qui s’en accomodent.
Le schéma est trés souple : en cas de recours abusif à la monétisation de la part de membres du « Club Med », un pays comme la France pourrait à son tour sortir pour retrouver son franc, qui deviendrait plus fort que l’euro nominal restant, etc.
L’essentiel est de laisser l’euro nominal à ceux qui en ont le plus besoin pour rembourser en euros dévalués.
Le schéma comporte un autre avantage : plus les spéculateurs dévalueraient l’euro nominal restant, plus ils se punieraient eux-mêmes en dévaluant leurs remboursements nominaux dans cette monnaie.
Encore une fois : ceux qui nous prédisent du sang et des larmes, appelant à l’austérité inévitable, en invoquant la toute puissance des marchés et de la spéculation, ont sans doute tout intérêt à ce qu’il en soit ainsi…!
Bonjour Hadrien
Je comprends le raisonnement, mais justement puisque l’Euro leur est profitable aux détriment de la Grèce, du Portugal, de l’Espagne, je ne vois pas comment les pays germaniques voudraient renoncer à cet avantage. Il n’y a qu’à voir l’arrogance de l’Allemagne pour faire accepter à la Grèce les plans d’austérité ( sans compter les remarques désagréables et carrément racistes que certains Allemands, mais pas tous heureusement, font aux Grecs ).
Il n’y a qu’une stratégie non-coopérative qui permettrait de les forcer à renoncer à cet avantage.
Les Allemands ont bien usé d’une stratégie non-coopérative pour torpiller l’Union Pour la Méditerranée. Ceci en insistant pour que tous les pays de l’UE (même non-riverains !) en fassent partie, alors que l’Allemagne a été à l’initiative du Conseil des États de la mer Baltique. La France n’a fait aucune contre-pression vis à vis de l’Allemagne sur ce sujet du Conseil des États de la mer Baltique, comme par exemple insister pour que tous les pays de l’UE en fassent partie.
Cette stratégie non-coopérative pourrait être le retour aux monnaies nationales et, comme tu le dis, l’abrogation de l’article qui interdit aux États d’emprunter à la Banque Centrale.
« Cette stratégie non-coopérative pourrait être le retour aux monnaies nationales et, comme tu le dis, l’abrogation de l’article qui interdit aux États d’emprunter à la Banque Centrale. »
Une simple décision politique au niveau national (« désobéissance »): la BdF monétise en euros au bénéfice du Trésor Public … que feraient « les autres » ?
La réponse à l’objection de Gilles figure dans le livre de Christian Saint-Etienne (La fin de l’euro)…dont la dernière édition ne comporte plus de point d’interrogation !
J’ai eu la surprise d’y trouver le scénario évoqué que je n’avais rencontré jusque là que chez Lordon. Mais Saint-Etienne, qui n’a pourtant rien d’un anti-libéral, en donne plusieurs raisons pour l’Allemagne (où l’on entend déjà s’exprimer le regret du mark):
lorsque l’effort pour la Grèce deviendra insupportable, lorsque le dollar sera à 1,60 pour un euro, etc., les dirigeants préfèreront la scission avec un euro-mark leur permettant de retourner à leur chère orthodoxie monétaire (école autrichienne).
Saint-Etienne évoque également à mots couverts l’hypothèse d’AJ :
- non seulement nos pièces de monnaie en euros ont gardé des signes distinctifs nationaux, mais les billets comportent dans leurs numéros une partie iditifiant le pays d’origine.
- tout cela, dit-il, comme si quelqu’un avait imposé qu’on puisse à tout instant revenir en arrière…ou permettre une scission devenue nécéssaire.
André Jacques a écrit :
» … Une simple décision politique au niveau national (« désobéissance »): la BdF monétise en euros au bénéfice du Trésor Public …
Que feraient « les autres » ? »
Ça m’intéresse.
En scriptural ?
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