La limpide synthèse d’un Lordon atterré : IL FAUT ARRAISONNER LA FINANCE PRIVÉE

24/04/2011 | 24 commentaires

D’a­bord une vidéo, savou­reuse et inci­sive comme d’ha­bi­tude avec le pro­fes­seur Lordon 🙂

Il fau­drait retrans­crire le texte de cette intervention.

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Ensuite, il faut lire l’ar­ticle de Fré­dé­ric dans le Diplo de ce mois-ci :
« Pacte pour l’eu­ro, impact sur les salaires : Exten­sion du domaine de la régres­sion » :
il y parle d’une idée très impor­tante (extrait déjà signa­lé par Gilles et AJH dans le forum, là et là) :

La méde­cine du bon doc­teur Keynes

Quant à la com­pé­ti­ti­vi­té, il faut vrai­ment une logique à oeillères pour ne l’en­vi­sa­ger que du côté du coût sala­rial et jamais de celui du taux de change. Les Alle­mands doivent pour­tant en avoir une vague idée, sachant bien qu’une éven­tuelle sor­tie de l’eu­ro ver­rait leur nou­veau mark sen­si­ble­ment rééva­lué… et l’a­van­tage com­pé­ti­tif de leur belle décen­nie de défla­tion sala­riale aus­si­tôt par­tir en fumée. Or un sché­ma rai­son­né de ges­tion des soldes com­mer­ciaux et des taux de change a été don­né de longue date par John May­nard Keynes avec son pro­jet de  » chambre de com­pen­sa­tion inter­na­tio­nale  » (Inter­na­tio­nal Clea­ring Union, ICU). La pré­misse fon­da­men­tale en est que les mar­chés finan­ciers sont consti­tu­ti­ve­ment inca­pables de pro­cé­der à des ajus­te­ments ordon­nés – pas de chance évi­dem­ment pour une époque qui a choi­si de tout leur confier. C’est pour­quoi, aux embal­le­ments sys­té­ma­ti­que­ment désta­bi­li­sa­teurs des mar­chés, il faut pré­fé­rer des pro­cé­dures ins­ti­tu­tion­nelles et poli­tiques de cor­rec­tion des déséquilibres.

L’ICU key­né­sienne pro­po­sait un volet de finan­ce­ment des soldes défi­ci­taires des balances des paie­ments. Mais elle offrait éga­le­ment des méca­nismes ins­ti­tu­tion­nels d’a­jus­te­ment des taux de change. Chaque pays s’y voyait allouer un quo­ta de défi­cit ou de sur­plus com­mer­cial. Pas­sé le quart de ce quo­ta, un pays défi­ci­taire était auto­ri­sé à déva­luer de 5 %, davan­tage encore au-delà. Mais la grande inno­va­tion de l’I­CU consis­tait à mettre à contri­bu­tion direc­te­ment les pays excé­den­taires. Seul le matra­quage à la com­pé­ti­ti­vi­té, mêlé de reli­quats mer­can­ti­listes, a pu faire pas­ser l’ex­cé­dent com­mer­cial pour une incon­tes­table ver­tu. Or l’ex­cé­dent est le plus sou­vent le fruit d’une stra­té­gie non coopé­ra­tive d’a­van­tage com­pé­ti­tif uni­la­té­ral exer­cée sur le dos des autres – à l’i­mage de l’Al­le­magne qui fait payer sa défla­tion sala­riale à ses par­te­naires euro­péens en manque à croître.L’ICU applique aux pays excé­den­taires un sys­tème de taxa­tion pro­gres­sive, en fonc­tion de seuils d’ex­cé­dents pré­dé­fi­nis, afin de décou­ra­ger leur stra­té­gie uni­la­té­rale et de les inci­ter à une relance qui rééqui­libre leur solde et amé­liore par là même les défi­cits (et la crois­sance) de leurs partenaires.


Mon­naie com­mune à deux niveaux

On objec­te­ra que ce sont désor­mais les mar­chés qui déter­minent les taux de change et non les ajus­te­ments ciblés déci­dés dans des bureaux gou­ver­ne­men­taux, et que tout pro­jet de déva­lua­tion finit régu­liè­re­ment en tem­pête moné­taire. C’est la rai­son même pour laquelle il faut sous­traire ces ajus­te­ments aux mar­chés ! Si une ICU n’a aucune chance de se sub­sti­tuer au mar­ché mon­dial des changes, elle peut en revanche offrir son modèle à une euro­zone qui fonc­tion­ne­rait sur le sché­ma d’une mon­naie com­mune à deux niveaux (12) : mon­naie unique pour les rela­tions moné­taires exté­rieures, mais admet­tant à l’in­té­rieur des déno­mi­na­tions natio­nales à des pari­tés non plus irré­vo­ca­ble­ment fixes, mais ajus­tables selon des méca­nismes entiè­re­ment poli­tiques et ins­ti­tu­tion­nels du type ICU.

Disons clai­re­ment qu’une telle mon­naie com­mune ne pour­rait engen­drer à elle seule des miracles de crois­sance par les expor­ta­tions : il n’y a jamais que 120 mil­liards de dol­lars d’ex­cé­dent alle­mand (13) à redis­tri­buer pour toute l’eu­ro­zone… Mais elle aurait au moins offert quelques appré­ciables degrés de liber­té dans la période pré­sente, notam­ment en don­nant la pos­si­bi­li­té aux pays d’où la crise euro­péenne est par­tie – Grèce, Por­tu­gal et Irlande, tous trois défi­ci­taires com­mer­cia­le­ment (14) – de déva­luer et de trou­ver des relais de crois­sance capables de rendre plus sou­te­nables leurs ratios de dette publique (15). Enfin, par-des­sus tout, en chan­geant pro­fon­dé­ment la façon de pen­ser et de régler les com­pé­ti­ti­vi­tés rela­tives à l’in­té­rieur de l’U­nion, elle nous libé­re­rait de fac­to du fléau régres­sif des  » pactes pour l’euro « .

On dira que toutes ces pistes tiennent du rêve éveillé et n’ont pas la moindre chance de voir le jour dans les condi­tions pré­sentes. Et c’est vrai ! Mais il se pour­rait pré­ci­sé­ment que les condi­tions changent. Il fau­dra douze ou dix-huit mois pour que l’ab­sur­di­té de la rigueur géné­rale soit avé­rée et que, les ratios dette/PIB conti­nuant leur irré­sis­tible ascen­sion, les mar­chés en prennent une conscience claire. Ce jour-là, ce n’est pas la pauvre EFSF, même aux moyens gon­flés, qui pour­ra rat­tra­per les défauts simul­ta­nés aux­quels mène­ront tous les taux d’in­té­rêt embal­lés. Un scé­na­rio de frac­ture de la zone euro n’est pas moins pro­bable qu’en décembre der­nier. Pour le bloc qui se sera débar­ras­sé des obses­sions alle­mandes, la page sera à nou­veau blanche, et l’oc­ca­sion don­née de recons­truire autrement.

_________________
(12) Selon une pro­po­si­tion qui a aus­si été émise par Auré­lien Ber­nier, Déso­béis­sons à l’U­nion euro­péenne !, Mille et une nuits, Paris, 2011, et Jacques Sapir, La Démon­dia­li­sa­tion, Seuil, Paris, 2011.


Source : Le texte est là, et sera bien­tôt là, mais il fau­drait ache­ter le Monde diplo­ma­tique —ou mieux : s’y abon­ner — pour les aider à conti­nuer à publier des articles de cette trempe.

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24 Commentaires

  1. Assurancetourix

    Lor­don a per­du quelque peu de sa verve révo­lu­tion­naire en 6 mois de temps…

    Le monu­ment idéo­lo­gique qui en a décou­lé 2 mois plus tard « Ne pas détruire les banques : les sai­sir ! » est un véri­table chef d’oeuvre de bons sens com­mun à appli­quer à la finance pri­vée pour réus­sir enfin à l’arraisonner !

    Ne pas détruire les banques : les saisir !

    par Fré­dé­ric Lor­don, 2 décembre 2010, dans Le Monde diplomatique.

    Il faut peut-être prendre un ou deux pas de recul pour admi­rer l’édifice dans toute sa splen­deur : non seule­ment les mar­chés de capi­taux libé­ra­li­sés, quoique les fabri­ca­teurs de la crise dite des dettes sou­ve­raines (voir « Crise : la croi­sée des che­mins »), demeurent le prin­cipe direc­teur de toutes les poli­tiques publiques, mais les ins­ti­tu­tions ban­caires qui en sont le plus bel orne­ment sont deve­nues l’unique objet des atten­tions gou­ver­ne­men­tales. Les amis du « oui » au Trai­té consti­tu­tion­nel de 2005 trou­vaient à l’époque trop peu déliées à leur goût les dénon­cia­tions de « L’Europe de la finance » mais si le slo­gan ne sonne en effet pas très raf­fi­né, c’est que la réa­li­té elle-même est gros­sière à ce point. L’entêtement à sou­mettre les poli­tiques éco­no­miques aux injonc­tions folles des créan­ciers inter­na­tio­naux, telles qu’elles s’apprêtent à nous jeter dans la réces­sion, trouve ain­si son par­fait écho dans la déci­sion, qui ne prend même plus la peine de se voi­ler, de mobi­li­ser le sur­plus d’emprunt euro­péen de l’EFSF [1]… pour le sau­ve­tage des banques irlan­daises bien méri­tantes d’avoir savam­ment rui­né les finances publiques du pays [2]. Le cas de l’Irlande a ceci d’intéressant que la connexion entre finances ban­caires pri­vées et finances publiques y est plus directe et plus visible qu’ailleurs, mais il ne faut pas s’y trom­per : pour la Grèce déjà, et pour tous les autres can­di­dats au sau­ve­tage qui sui­vront, il s’agit tou­jours in fine moins de sau­ver des Etats que d’éviter un nou­vel effon­dre­ment de la finance – et l’on attend plus que le barde euro­péen de ser­vice qui vien­dra célé­brer l’Europe en marche d’après ses plus hautes valeurs : soli­da­ri­té et huma­nisme, car après tout c’est vrai : nous voi­là, contri­buables citoyens euro­péens [3], soli­daires des banques de tous les pays, et les ban­quiers sont des hommes comme les autres.

    Il y a pour­tant quelque part un point de réa­li­té où les fables déraillent et les voiles se déchirent. Mani­fes­te­ment nous nous en appro­chons. Et, némé­sis incom­pré­hen­sible de tous ceux qui, l’ayant vou­lue ain­si, l’ont défen­due envers et contre tout, l’Europe com­mise à la finance contre ces citoyens mêmes est sur le point de périr par la finance.

    La croyance finan­cière à la dérive

    En uni­vers finan­cia­ri­sé, il n’y a pas de signe de crise plus carac­té­ris­tique et plus inquié­tant que la perte des ancrages cog­ni­tifs col­lec­tifs qui, en temps ordi­naires, régu­la­ri­saient les juge­ments et les com­por­te­ments des inves­tis­seurs. Or tout vole en éclat et la croyance finan­cière n’est plus que dérive erra­tique. Inutile de le dire, la perte de toute régu­la­ri­té inter­pré­ta­tive et com­por­te­men­tale rend impos­sible la conduite des poli­tiques éco­no­miques tou­jours expo­sées au risque d’être reçues à l’envers des effets qu’elles pen­saient pro­duire, et même d’être sys­té­ma­ti­que­ment reje­tées puisque, quelle que soit la pro­po­si­tion, les juge­ments de la finance sont écra­sés par un affect direc­teur de panique et que, lit­té­ra­le­ment par­lant, plus rien ne va – énon­cé qu’il fau­drait d’ailleurs lire en remet­tant les mots dans leur ordre adé­quat : rien ne va plus.

    Ain­si le 30 sep­tembre l’agence Moody’s a‑t-elle le front de dégra­der la note sou­ve­raine espa­gnole au motif… d’une insuf­fi­sante crois­sance, alors même qu’elle a si bien concou­ru au prin­temps à faire adop­ter les poli­tiques de rigueur… qui tuent la crois­sance. L’opinion finan­cière, agence et opé­ra­teurs ici confon­dus, réclament donc à cors et à cris la rigueur, et ven­dront les dettes publiques s’ils ne l’ont pas. Mais ils ne veulent pas des consé­quences de la rigueur et ven­dront la dette publique s’ils les ont. Sans même en venir à des consi­dé­ra­tions de prin­cipe tenant pour une espèce de crime contre la sou­ve­rai­ne­té démo­cra­tique [4] que l’on évince les réqui­sits des citoyens par ceux des créan­ciers, sorte d’effet d’éviction [5] qui inci­dem­ment n’a jamais empê­ché les éco­no­mistes stan­dard de dor­mir, n’importe quel déci­deur poli­tique tant soit peu ration­nel arrê­te­rait qu’il est sim­ple­ment inen­vi­sa­geable de se sou­mettre à une tutelle aus­si désar­ti­cu­lée, qui lui fera faire tout en lui deman­dant au sur­plus son contraire. Mais quelqu’un a‑t-il enten­du le moindre com­men­ce­ment de l’évocation d’un éven­tuel pro­jet d’émancipation euro­péenne en cette matière ?

    L’union moné­taire est donc vouée à déva­ler, avec les inves­tis­seurs aux­quels elle a lié son sort, la pente du chaos cog­ni­tif col­lec­tif, et il n’y aura plus qu’à s’étonner de l’étonnement de ceux qui découvrent affo­lés que « plus rien ne marche » : car en effet les condi­tions sont main­te­nant en place pour que rien ne marche plus. Dans une ten­ta­tive héroïque de répli­ca­tion d’une opé­ra­tion-véri­té à la sué­doise, la banque cen­trale irlan­daise a déci­dé d’annoncer en mars les besoins « véri­tables » [6] – colos­saux [7] – de reca­pi­ta­li­sa­tion d’un sys­tème ban­caire pri­vé dont la taille rela­ti­ve­ment au PIB du pays était déjà en soi un signe de dérai­son mani­feste [8] (pro­po­sée à la répa­ra­tion de l’Europe entière…). Las, les auto­ri­tés irlan­daises qui escomp­taient les pro­fits d’admiration géné­ra­le­ment accor­dés au stoï­cisme et le prix de son « cou­rage » sous forme de détente des taux d’intérêt, n’ont reçu qu’un sur­plus de panique et la mise en cause de leurs finances publiques deve­nues soli­daires des finances pri­vées pour des mon­tants il est vrai affo­lants. Ceux qui espé­raient le retour au calme du sau­ve­tage de l’Irlande ont vite com­pris à quoi s’en tenir : dès lun­di matin sitôt l’annonce faite, les taux d’intérêt irlan­dais se déten­daient très légè­re­ment sur les échéances infé­rieures à deux ans… et se ten­daient à dix ans, attes­ta­tion indi­recte de ce que l’EFSF n’est vu que comme une paren­thèse sans pou­voir de réso­lu­tion durable ; lun­di soir c’était la débâcle obli­ga­taire. Et l’on tien­dra pour un symp­tôme très carac­té­ris­tique de la des­truc­tion des repères cog­ni­tifs de la finance le fait que quelques jours avant l’annonce du plan de sau­ve­tage irlan­dais, 35 mil­liards d’euros étaient jugés par les ana­lystes comme un volume tout à fait à la hau­teur des besoins de reca­pi­ta­li­sa­tion ban­caire alors que dès l’après midi de son annonce il était trou­vé notoi­re­ment insuffisant…

    L’Union dans son ensemble est logée à la même enseigne. Elle croyait le sau­ve­tage de la Grèce et la consti­tu­tion de l’EFSF propres à impres­sion­ner l’opinion finan­cière et à la rai­son­ner pour de bon. Il n’en a rien été comme l’atteste la recherche fré­né­tique par la finance du nou­veau maillon faible sitôt le pré­cé­dent répa­ré. For­mel­le­ment sem­blable en cela à la séquence qui à par­tir du prin­temps 2008 avait vu l’inanité des sau­ve­tages ponc­tuels, Bear Stearns, Fan­nie, Fred­die, jusqu’au point de bas­cule Leh­man, la suc­ces­sion des bail-outs euro­péens n’arrête plus rien mais a l’effet exac­te­ment oppo­sé d’allonger sans fin la liste des sus­pects – la seule chose dont débat main­te­nant la finance étant l’ordre dans lequel il faut les « prendre ». On pour­rait être ten­té de filer le paral­lèle avec l’automne 2008 pour en tirer la conclu­sion que, la for­mule des sau­ve­tages ponc­tuels épui­sée, seule une solu­tion glo­bale frap­pant fort un grand coup a quelque chance de pro­duire l’effet de choc propre à modi­fier bru­ta­le­ment la confi­gu­ra­tion des anti­ci­pa­tions col­lec­tives de la finance. La menue dif­fé­rence, trois fois rien, tient au fait qu’à l’époque les finances publiques étaient fraîches et dis­po­nibles pour tirer d’affaire ces mes­sieurs de la banque. Or, le sau­ve­tage de la finance pri­vée et les coûts de réces­sion sur le dos, les bud­gets sont désor­mais aux abon­nés absents, la situa­tion ayant d’ailleurs si mal tour­né que les finances publiques sont pas­sées du côté du pro­blème et ne font déci­dé­ment plus par­tie des solutions.

    Misère du fonds de secours européen

    C’est cet état de fait que l’EFSF s’emploie à mas­quer autant qu’il le peut. Mais l’illusion qu’il avait congé­ni­ta­le­ment voca­tion à pro­duire, et celles qu’il entre­tient sur son propre compte, fini­ront bien­tôt par cra­quer. Il y a d’abord qu’on n’est pas très au clair sur l’extension véri­table des sol­li­ci­ta­tions dont il peut faire l’objet, et il reste comme une incer­ti­tude sur la nature de la « faci­li­té » qu’il est cen­sé appor­ter. Est-il simple « faci­li­té inter­mé­diaire » des­ti­née à faire d’ici 2013 les sou­dures de tré­so­re­rie des Etats tem­po­rai­re­ment en déli­ca­tesse avec les mar­chés ? Si tel est le cas, la force de frappe du fonds s’apprécie d’après les besoins de finan­ce­ment des Etats, c’est-à-dire la somme des défi­cits cou­rants et des échéances de dette arri­vant à matu­ri­té sur la période. L’Irlande et le Por­tu­gal à eux deux devront trou­ver 60 mil­liards en 2011 et 40 pour 2012. L’Espagne à elle seule aura besoin de 190 mil­liards d’euros pour 2011 et 140 autres mil­liards pour 2012 [9] – 330 mil­liards et encore : un an en avance de l’échéance de l’EFSF, plus les 100 des deux pré­cé­dents, 430 mil­liards à eux trois… pour une enve­loppe glo­bale de l’EFSF de 440 mil­liards [10] – et plaise au ciel que tout aille bien pour l’Italie et la France, les deux têtes de turc d’ores et déjà ins­crites dans la file.

    Il y a ensuite que l’EFSF n’a pas exac­te­ment les moyens qu’il dit avoir. Car pour obte­nir la nota­tion triple‑A qui lui per­met de lever des fonds à coût moindre que les Etats en dif­fi­cul­tés, l’EFSF a été contraint de sur-col­la­té­ra­li­ser à 120% ses actifs [11]. La chose signi­fie que tout euro prê­té doit être ados­sé à 1,2 euros de fonds levé par l’EFSF (en fait par les Etats contri­bu­teurs) – et sur les 440 mil­liards nomi­naux seuls donc 366 sont réel­le­ment dis­po­nibles. La logique de la sur-col­la­té­ra­li­sa­tion n’est pas autre chose que celle de la garan­tie que l’EFSF pré­tend appor­ter et du coût de défaut qu’il pren­drait à sa charge puisqu’il en sou­lage les créan­ciers inter­na­tio­naux. Mais l’enveloppe est en fait bien plus petite encore. Car d’une part dis­pa­raissent (assez logi­que­ment) de la liste des Etats contri­bu­teurs au fonds les Etats deve­nus sup­pliants du fonds – on peut sans doute tenir le manque pour sur­mon­table quand il s’agit des 12 mil­liards d’euros d’apport de la Grèce et des 7 de l’Irlande, mais le trou com­men­ce­ra à se voir si jamais il faut se pas­ser d’un coup des 52 de l’Espagne… Et s’y ajoute d’autre part que l’EFSF pour conser­ver son triple‑A devra n’être abon­dé que par des Etats eux-mêmes triple‑A, avec risque de casse majeur si d’aventure l’un des « gros » se trou­vait être dégra­dé – vienne la France, au hasard, à perdre son sésame, l’EFSF tré­pas­se­rait vrai­sem­bla­ble­ment dans l’instant.

    Il y a enfin que l’EFSF n’a été dimen­sion­né que dans la logique des sau­ve­tages ponc­tuels (au sur­plus en petit nombre) et qu’il serait stric­te­ment inca­pable de faire face à un épi­sode de défauts sou­ve­rains simul­ta­nés par conta­gion fou­droyante – ce ne serait plus les besoins de finan­ce­ment publics à deux ou trois ans qu’il fau­drait regar­der mais les encours mêmes de dette, et l’ordre de gran­deur change d’un coup du tout au tout. Affo­lés par ces pers­pec­tives qu’ils ont eux-mêmes si bien contri­bué à créer, les inves­tis­seurs sont main­te­nant obsé­dés par une quête de la sécu­ri­té par­faite que, curieu­se­ment ils ne leur vien­draient pas à l’idée d’exiger d’un débi­teur pri­vé, et dans le monde par­ti­cu­lier des sove­rei­gns [12], « senior » est impli­ci­te­ment tenu pour syno­nyme de « garan­ti » [13] ! (comme l’atteste le plan irlan­dais qui a pris grand soin d’épargner ces créan­ciers-là). Or ce n’est pas du côté de l’augmentation des moyens du fonds que vien­dra la solu­tion parce que régler les pro­blèmes des plus endet­tés en sur­en­det­tant ceux qui le sont moins fini­ra par se voir. Il est utile de redire que la solu­tion du boots­trap­ping par laquelle le baron de Mün­chau­sen s’extrait de la boue en se tirant lui-même par les che­veux ne fonc­tionne que dans les contes. Dans la réa­li­té euro­péenne pré­sente, plus il y a de secou­rus moins il y a de secou­ristes, et plus ces der­niers se pré­parent à rejoindre les pré­cé­dents dans leur catégorie.

    Le syl­lo de Canto

    A la ques­tion de savoir com­ment tout ceci peut se finir, la réponse est donc : mal. Et ceci d’autant plus que les corps sociaux com­mencent à sérieu­se­ment renau­der. Sans doute l’enchaînement des faits est-il com­pli­qué à suivre dans son détail tech­nique mais le tableau d’ensemble lui est des plus clairs, et tout le monde en voit main­te­nant par­fai­te­ment les cou­leurs dégueu­lasses : 1) la finance pri­vée est l’auteur de la plus gigan­tesque crise de l’histoire du capi­ta­lisme ; 2) les banques ne doivent d’avoir for­cé les pou­voirs publics à les secou­rir qu’au fait d’occuper cette place névral­gique dans la struc­ture d’ensemble du capi­ta­lisme qui leur per­met d’enchaîner le corps social tout entier à leurs inté­rêts par­ti­cu­liers ; 3) cette situa­tion qui a tout de la par­faite prise d’otage aurait dû conduire sitôt le sau­ve­tage de 2008, non seule­ment à fer­mer lar­ge­ment le jeu de la finance de mar­ché [14], mais à recom­mu­na­li­ser le sys­tème ban­caire en tant pré­ci­sé­ment qu’il est de fait le dépo­si­taire de biens com­muns vitaux [15], à savoir : la sûre­té des encaisses moné­taires du public et les condi­tions géné­rales du cré­dit à l’économie réelle ; 4) infes­tés par les repré­sen­tants des puis­sances d’argent, les Etats n’en ont rien fait et don­né le secours pour rien, ou plu­tôt pour un double bras d’honneur, qui a d’abord pris la forme du main­tien des rému­né­ra­tions exor­bi­tantes et sur­tout, plus grave, celle de l’application de la férule des mar­chés aux finances publiques, sai­gnées soit d’avoir sau­vé direc­te­ment les banques, soit de faire face aux coûts de la réces­sion ; 5) les splen­dides méca­nismes des mar­chés de capi­taux concourent avec une rare élé­gance à l’organisation du pire en ren­dant inso­luble la crise des dettes qu’ils ont eux-mêmes fait naître ; 6) et ceci jusqu’à ce que cette crise-là devienne irré­mé­dia­ble­ment la leur à nou­veau, mena­çant d’un deuxième effon­dre­ment du calibre de 2008 ; 7) pen­dant quoi l’Europe invente à la hâte de nou­velles ins­ti­tu­tions sup­po­sées venir en aide « aux Etats » là où tous voient bien qu’il s’agit de sau­ver les banques pour la deuxième fois. Or, pour ain­si dire, c’est la deuxième fois de trop – car on se demande encore com­ment la pre­mière a été ava­lée si faci­le­ment par les corps sociaux déci­dé­ment d’un calme olym­pien. Jusqu’ici.

    Jusqu’ici, car main­te­nant ça com­mence à glou­glou­ter mécham­ment dans la mar­mite et les popu­la­tions hors de leurs gonds cherchent légi­ti­me­ment de quoi se pas­ser les nerfs sur les banques. Le suc­cès de la vidéo Can­to­na n’a pas d’autre ori­gine, et il fau­drait le fin fond de l’ineptie poli­tique pour n’en pas sai­sir le sens réel qui dit l’arrivée aux limites de ce que les popu­la­tions sont prêtes à tolé­rer de scan­dale. Pour tout le bien-fon­dé de la colère qu’il exprime, il y a pour­tant de quoi s’effrayer de son impla­cable syl­lo­gisme qui dit en gros : « les banques et les ban­quiers sont la cause de tous nos maux » – sché­ma­tique mais vrai –, « or les banques ne vivent que de nos dépôts » – par­tiel­le­ment vrai encore –, « par consé­quent, pour abattre les banques et se débar­ras­ser du fléau il suf­fit de leur reti­rer nos dépôts » – tech­ni­que­ment vrai… mais in fine catas­tro­phi­que­ment faux.

    Bank run : il n’y en aura pas pour tout le monde !

    Parce que Can­to, tu retires tes éco­no­mies et puis tu en fais quoi ? Mate­las ? Les­si­veuse ? Tâche aus­si de te pré­sen­ter au gui­chet par­mi les tout pre­miers car il n’y en aura pas pour tout le monde. À chaque ins­tant, en effet, les banques sont stric­te­ment inca­pables de faire face à l’exercice géné­ra­li­sé de la conver­ti­bi­li­té incon­di­tion­nelle des dépôts à vue en espèces. Sur leurs larges popu­la­tions de dépo­sants, la loi des grands nombres leur assure en temps ordi­naires une régu­la­ri­té sta­tis­tique des com­por­te­ments de retrait dont la moyenne glo­bale ne repré­sente qu’une frac­tion minime des dépôts réels, et n’appelle donc qu’un taux de cou­ver­ture équi­valent – bas.

    Evi­dem­ment tout change lorsque des cir­cons­tances excep­tion­nelles modi­fient bru­ta­le­ment les com­por­te­ments de retrait, en les cor­ré­lant inten­sé­ment, par exemple sous l’effet d’une panique col­lec­tive qui conduit à la ruée des dépo­sants. Pla­ni­fiant sa propre déten­tion d’espèces sur la base des com­por­te­ments moyens ordi­naires, la banque se retrouve inca­pable de faire face à des demandes de retrait bru­ta­le­ment modi­fiées. De là le ravis­sant spec­tacle des files de dépo­sants, éclu­sées déli­bé­ré­ment au compte-goutte pour don­ner le temps à la banque de s’alimenter en liqui­di­tés – quand elle le peut. Le ration­ne­ment, pour dire les choses en termes pudiques, fait donc néces­sai­re­ment par­tie d’un bank run, c’est pour­quoi il arrive que la queue au gui­chet soit un peu tas­sée, par­fois même qu’on s’y marche légè­re­ment des­sus, car d’emblée on sait que tous ne récu­pé­re­ront pas leurs billes.

    Les­si­veuses et patates

    Mais les vraies joyeu­se­tés com­mencent après. Car, les banques mises au tapis dans un bel ensemble, il faut tâcher de se figu­rer de la plus concrète des manières ce à quoi peut bien res­sem­bler la vie maté­rielle. Man­ger par exemple. C’est-à-dire aller ache­ter à man­ger. Payer par chèque ? plus pos­sible : plus de banques. Tirer de l’argent au dis­tri­bu­teur ? plus pos­sible : plus de banques. Obte­nir un cré­dit ? plai­san­te­rie ! plus de banques. Reste l’argent liquide au fond des poches. Can­to qui se sera pré­sen­té par­mi les pre­miers aura sa les­si­veuse pour tenir. Mais pour les 90% ration­nés, ça leur fera quatre à cinq jours d’horizon, en for­çant plu­tôt sur les pâtes, et juste le temps de se mettre à l’art du jar­din pota­ger, car après… Parce qu’il détruit ins­tan­ta­né­ment le sys­tème des paie­ments et du cré­dit, l’effondrement ban­caire géné­ral est l’événement extrême en éco­no­mie capi­ta­liste, arrêt des pro­duc­tions inca­pables de finan­cer leurs avances, impos­si­bi­li­té même des échanges puisque la cir­cu­la­tion moné­taire a per­du ses infra­struc­tures, une sorte de comble du chaos maté­riel, et le monde social n’a pas belle allure lorsque les indi­vi­dus en sont réduits à lut­ter pour leur sur­vie maté­rielle quotidienne.

    Le syl­lo de Can­to com­met donc ce qu’on pour­rait appe­ler une erreur de méto­ny­mie : il prend l’accident pour la sub­stance, ou la réa­li­sa­tion par­ti­cu­lière pour la géné­ra­li­té. La véri­té, si elle manque sans doute de poé­sie, est que nous avons besoin de banques, nous en avons même un besoin vital. Mais dire que nous avons besoin de banques est une chose, et la ques­tion de savoir de quelles banques nous avons besoin en est une autre. Car des sys­tèmes ban­caires il en existe de toutes sortes, des pires et des meilleurs. Et l’on pour­rait en dire ce qu’on dit déjà de cet autre géné­rique incon­sis­tant, « L’Europe » : ce ne sont pas les banques, c’est cette forme de banque qu’il faut détruire. On trou­ve­ra la nuance bien mince et de peu d’implications concrètes. Elle signi­fie pour­tant que la ruine totale n’est pas une option attrayante, encore moins la ruine orga­ni­sée de pro­pos déli­bé­ré. Dans les banques, il y a les infra­struc­tures des sys­tèmes de paie­ment et de tenue des comptes, c’est-à-dire les pré­re­quis à tout échange pos­sible dans une éco­no­mie moné­taire à tra­vail divi­sé. Il y a aus­si des gens (plus ou moins) capables de prendre des déci­sions de cré­dit, pour les ménages, les entre­prises, et puis quelques autres choses encore que nous avons sacré­ment inté­rêt à garder.

    Faire tom­ber les banques, 
    mais par le défaut souverain…

    Il faut bien recon­naître cepen­dant qu’il n’est pas facile de décou­ra­ger les plans nau­fra­geurs du public en colère quand le sys­tème ban­caire lui-même tra­vaille si bien à son propre effon­dre­ment… Car voi­là où en est la magni­fique Europe des trai­tés, celle-là même qui vou­lait tant qu’on ne l’appelle pas « L’Europe de la finance », et voi­là ce qui lui pend au nez comme un sif­flet de deux ronds : le défaut géné­ra­li­sé. Désor­mais les uns entraînent les autres sans qu’on n’ait plus idée ni de la cause ni de l’effet. Dans l’atmosphère de panique qui emporte les mar­chés obli­ga­taires, le fait mar­quant est en effet la soli­da­ri­té (dans la déveine) des finan­cials et des sove­rei­gns, c’est-à-dire des titres ban­caires et des titres publics. La cor­ré­la­tion de leurs primes de CDS [16] et de leurs spreads [17] res­pec­tifs donne une idée du degré auquel les des­tins des finances publiques et des finances ban­caires pri­vées sont désor­mais intri­qués puisque sau­ver les banques ruine les Etats et que le pos­sible défaut des Etats rui­ne­ra les banques. C’est l’emballement col­lec­tif des inves­tis­seurs qui se charge de déployer cette dyna­mique fatale, la croyance finan­cière au défaut sou­ve­rain fai­sant adve­nir le défaut sou­ve­rain – et puis juste après le défaut ban­caire ! Et la syner­gie des faillites com­bi­nées s’annonce d’une telle magni­tude que tous les EFSF de la terre peuvent d’ores et déjà aller se rhabiller.

    Entre faire tom­ber les banques par un run de dépo­sants en colère et les voir tom­ber d’elles-mêmes sous l’effet de leurs propres tur­pi­tudes, la dif­fé­rence, à résul­tat concret équi­valent, est celle qui laisse au capi­ta­lisme finan­cier et à ses « élites » l’entière res­pon­sa­bi­li­té his­to­rique de la ruine finale. Et si vrai­ment, plu­tôt que de sim­ple­ment regar­der tom­ber les banques, on vou­lait acti­ve­ment les faire tom­ber, la meilleure option à tout prendre consis­te­rait bien plu­tôt à ce que, par inver­sion des rôles dans la comé­die du bras d’honneur, ce soit l’Etat qui s’en charge en décla­rant sou­ve­rai­ne­ment le défaut sur sa dette publique. Car pour pro­duire tous ses effets, le défaut « nu », celui du simple bank run citoyen, ne suf­fit pas, et la manœuvre ne prend tout son sens poli­tique pos­sible que :

    1. de signi­fier par un geste uni­la­té­ral de sou­ve­rai­ne­té à qui revient le pou­voir en der­nière ana­lyse : aux peuples, pas à la finance ;

    2. par répu­dia­tion de tout ou par­tie de la dette publique, de sou­la­ger aus­si­tôt les popu­la­tions de la contrainte d’austérité et de récu­pé­rer des marges pour des poli­tiques de croissance ;

    3. de s’armer d’une poli­tique publique de trans­for­ma­tion radi­cale, pro­lon­ge­ment néces­saire du simple défaut, visant, d’une part, l’affranchissement du finan­ce­ment des défi­cits publics des mar­chés de capi­taux [18]) (seul moyen que le défaut main­te­nant ne vaille pas sur-péna­li­sa­tion par les mar­chés plus tard), et, d’autre part, la refonte com­plète des struc­tures ban­caires (de toute façon mises à bas par le défaut même)

    Il y a fort à parier que, par­mi les gou­ver­ne­ments com­mis d’aujourd’hui, il ne s’en trou­ve­ra aucun capable de l’insolence affir­ma­tive qui est la marque de la sou­ve­rai­ne­té, et de reven­di­quer par le défaut l’état de guerre ouverte avec la finance – car après tout le pro­blème est bien plus symé­trique qu’on ne croit : la finance peut sans doute nous prendre en otages mais, dès lors qu’il est suf­fi­sam­ment débi­teur, l’Etat a aus­si les moyens de la rui­ner, avec au sur­plus, der­rière, le pou­voir de la ramas­ser à la petite cuillère et à sa façon. Qu’à cela ne tienne : c’est le déve­lop­pe­ment endo­gène de la dyna­mique finan­cière pré­sente qui se char­ge­ra de faire le tra­vail, et le défaut que les Etats pour­raient endos­ser dans un geste de rup­ture déli­bé­ré s’imposera à eux comme à des bou­ti­quiers décon­fits. Nous n’avons de toute façon plus le choix que de pen­ser sous l’hypothèse de l’effondrement ban­caire consé­cu­tif à des dénon­cia­tions sou­ve­raines, reven­di­quées ou subies, c’est-à-dire sous l’hypothèse resur­gie de « l’automne 2008 » – mais avec cette dif­fé­rence par rap­port à 2008 que la solu­tion par le sau­ve­tage d’Etat est désor­mais barrée.

    … et les saisir !

    A l’honneur (ou au déshon­neur) près, toutes les pos­si­bi­li­tés ouvertes par le défaut com­bi­né des Etats et des banques res­tent offertes. Car pour tous ses dan­gers réels, la faillite tech­nique des banques a au moins un effet inté­res­sant : elle per­met de leur mettre la main des­sus. Et à pas cher en plus. Les argu­ments de prin­cipe pour une recom­mu­na­li­sa­tion du sys­tème du cré­dit abondent ; la situa­tion de faillite leur offre leurs condi­tions de réa­li­sa­tion – et même de réa­li­sa­tion modique. Car si la natio­na­li­sa­tion inté­grale est la pre­mière étape du pro­ces­sus de recom­mu­na­li­sa­tion du bien com­mun ban­caire, avant la muta­tion ulté­rieure en sys­tème socia­li­sé du cré­dit [19]), la situa­tion cri­tique de la faillite géné­rale offre la pos­si­bi­li­té d’opérer cette natio­na­li­sa­tion par simple saisie.

    A l’inverse des pra­tiques ordi­naires du redres­se­ment des entre­prises en dif­fi­cul­té, il n’y a pas de solu­tion pri­vée à l’effondrement glo­bal des ins­ti­tu­tions ban­caires qui condamne dès lors irré­mé­dia­ble­ment leurs action­naires à la vitri­fi­ca­tion. Le sau­ve­tage public, quelle qu’en soit la moda­li­té, n’a donc aucun compte à tenir de cette popu­la­tion spé­ciale qu’on peut d’ores et déjà tenir pour anni­hi­lée, confor­mé­ment d’ailleurs à l’esprit même du capi­ta­lisme des socié­tés par actions : les apports en fonds propres ne sont pas récu­pé­rables et les action­naires n’acquièrent leur part de pro­prié­té (et les droits affé­rents aux divi­dendes) qu’en contre­par­tie d’accepter une perte défi­ni­tive en cas de faillite – nous y sommes. Sai­sir les banques faillies n’a donc aucun carac­tère d’attentat à la pro­prié­té puisque la pro­prié­té a été anéan­tie par la faillite même, la faillite étant de ce point de vue l’équivalent capi­ta­liste de la bombe à neu­trons qui tue les droits de pro­prié­té en lais­sant intacts les bâti­ments, les équi­pe­ments et même, quoique pen­dant un temps rela­ti­ve­ment court, les humains sala­riés capables de les faire mar­cher. C’est tout cela qu’il faut récupérer.

    À l’instant t0 plus epsi­lon qui suit le pas­sage des neu­trons, les pou­voirs publics ne se penchent sur le cas des banques à terre que parce qu’il y va d’un bien com­mun vital pour la socié­té et pour cette rai­son seule. Le jeu nor­mal du mar­ché anéan­tit les action­naires et cette par­tie-là du jeu ne sera pas modi­fiée. Le sau­ve­tage public n’a aucune voca­tion à les res­sus­ci­ter, il n’a pas d’autre fina­li­té que de nous évi­ter le désastre col­lec­tif qui suit par­ti­cu­liè­re­ment d’une faillite ban­caire. L’alternative qui naît de cet évé­ne­ment est alors des plus simples et, selon que l’Etat fait ou ne fait pas, ne laisse le choix qu’entre, d’une part, des banques à terre, des action­naires morts et nous morts avec très peu de temps après, ou bien d’autre part, des banques redres­sées, des action­naires lais­sés morts mais nous vivants par le fait même de la sai­sie-redres­se­ment. On consta­te­ra que dans ces deux états du monde pos­sibles les action­naires meurent iden­ti­que­ment, et que la dif­fé­rence notable tient au seul fait que dans l’un nous mour­rons avec eux, dans l’autre pas, rai­son pour quoi il ne devrait pas y avoir à réflé­chir trop long­temps avant de choi­sir la bonne solution.

    La banque cen­trale, ultime recours

    Mais une faillite ne laisse pas que des action­naires sur le car­reau : des cré­di­teurs aus­si. Le droit ordi­naire des faillites et ses réso­lu­tions concor­da­taires offrent cepen­dant à ces der­niers une chance de récu­pé­rer une par­tie de leur mise. Mais ce droit-là est pri­vé et la logique du défaut sou­ve­rain lui est hété­ro­gène. Mis à part les dettes sou­ve­raines, le gros du pro­blème tient dans le réseau des dettes-créances inter­ban­caires. On peut ima­gi­ner leur par­tiel net­ting [20]) sur le ter­ri­toire per­ti­nent – dont on réserve de dire quelle doit être la cir­cons­crip­tion (voir infra). Ce net­ting « interne » peut s’accompagner d’un défaut sur les enga­ge­ments « externes » (i. e. avec les ins­ti­tu­tions finan­cières situées hors du « ter­ri­toire per­ti­nent »), à la façon dont les banques islan­daises se sont remises bien plus vite que pré­vu du fait de n’avoir pas hési­té à dénon­cer les pas­sifs non-rési­dents [21] – et mieux encore d’avoir fait vali­der ce geste de dénon­cia­tion par un réfé­ren­dum populaire !

    Au rang des cré­di­teurs internes, il faut comp­ter éga­le­ment tous les épar­gnants indi­vi­duels, déten­teurs de titres publics par assu­rances-vie et Sicav inter­po­sées. Disons tout de suite que le défaut sou­ve­rain a spon­ta­né­ment de bonnes pro­prié­tés de jus­tice sociale puisqu’il frappe pro­por­tion­nel­le­ment les plus gros épar­gnants qui sont aus­si les plus riches, même si l’on peut envi­sa­ger de garan­tir ces cré­di­teurs-là à hau­teur d’un cer­tain pla­fond qui ne ferait plon­ger que les plus for­tu­nés. En remon­tant l’ordre de sénio­ri­té, viennent enfin les dépo­sants dont il est assez évident que les dépôts à vue et à terme doivent être garan­tis – hors de quoi le sau­ve­tage des banques est sim­ple­ment pri­vé de sens.

    Mais dans tous les cas de figure il y aura des pertes colos­sales à prendre et des reca­pi­ta­li­sa­tions tout aus­si impor­tantes à opé­rer du fait de la pré­vi­sible des­truc­tion des bases de fonds propres. C’est bien pour­quoi les plans de 2008 étaient à double détente : concours de la banque cen­trale pour assu­rer la liqui­di­té vitale des banques et per­mettre au moins la conti­nui­té d’opération du sys­tème des paie­ments, « plans de redres­se­ment » à la façon du TARP des Etats-Unis, de la NAMA irlan­daise, de la SFEF fran­çaise, etc. Ces volets « redres­se­ment » étaient indis­pen­sables pour, au-delà de la simple sur­vie, remettre le sys­tème ban­caire en état de reprendre ses acti­vi­tés de cré­dit. À ceci près qu’ils ont été assu­rés sur les finances publiques et que main­te­nant c’est fini. Le redres­se­ment peut être amor­cé par ces­sions mas­sives d’actifs (quoique dans la situa­tion envi­sa­gée, on se demande bien qui pour­rait en être pre­neur…), ou à tout le moins voir son ampleur dimi­nuée par une réduc­tion bru­tale des péri­mètres d’activité : les banques en sai­sie-redres­se­ment aban­don­ne­ront tout ou par­tie de leurs acti­vi­tés de mar­ché et seront priées de se recon­cen­trer sur ce qui est his­to­ri­que­ment leur métier, à savoir le cré­dit à l’économie et l’offre de for­mules d’épargne simples – l’une des oppor­tu­ni­tés offertes par la faillite étant donc de per­mettre de médio­cri­ser la finance [22].

    À ce stade cri­tique cepen­dant, c’est-à-dire quand les pos­si­bi­li­tés finan­cières d’intervention de l’Etat ont été épui­sées, il ne reste de toute façon plus qu’un seul ins­tru­ment signi­fi­ca­tif mobi­li­sable : la banque cen­trale. Ça n’est pas la peine de com­men­cer à hur­ler à l’inflation, car, en cette situa­tion-là, il n’y a plus qu’à choi­sir entre le risque de l’inflation future et la cer­ti­tude de la mort maté­rielle tout de suite – alter­na­tive qui nor­ma­le­ment ne laisse pas le loi­sir d’hésiter très long­temps. À court terme au moins les fonds de recons­truc­tion d’un sys­tème ban­caire ne pour­ront donc plus venir que de la créa­tion monétaire.

    Quant à ceux qui pous­se­ront de grands cris à l’idée que la banque cen­trale pour­rait abon­der de cette manière le capi­tal des banques à recons­truire, on leur fera obser­ver qu’ils ont gar­dé un déli­cat silence lorsque la Réserve Fédé­rale s’est trans­for­mée en gigan­tesque hedge fund de rache­ter tous les actifs pour­ris des banques pri­vées en pleine décon­fi­ture – ceci dit au moment pré­cis où la Fed révèle la liste des réci­pien­daires des 3300 mil­liards de dol­lars de concours variés qu’elle a mis à leur dis­po­si­tion, comme quoi, dirait l’adage popu­laire, pas faux en l’occurrence, quand on veut, on peut…

    Salut, sou­ve­rai­ne­té, territoire

    Et voi­là où se pose pour de bon la ques­tion du « ter­ri­toire per­ti­nent ». Est per­ti­nent le ter­ri­toire sur lequel existe une banque cen­trale déci­dée à accom­plir toutes ces actions. Il y a mal­heu­reu­se­ment toutes les rai­sons de redou­ter que ce ne soit pas la zone euro. Jamais ni les repré­sen­tants alle­mands à la BCE, ni le gou­ver­ne­ment de Bonn ni la cour consti­tu­tion­nelle de Karls­ruhe ne consen­ti­raient la chose qui leur appa­raît comme le comble de l’horreur. Il est vrai que sauf les mytho­lo­gies du « couple fran­co-alle­mand », faire une Europe moné­taire avec l’Allemagne était d’emblée une entre­prise impos­sible [23] – et en même temps, dans l’hypothèse rete­nue, les banques pri­vées alle­mandes seraient au tapis comme les autres et il fau­dra bien que l’Allemagne invente quelque chose… L’Allemagne mise à part, on peut craindre éga­le­ment que la BCE elle-même se refu­se­rait à une inter­ven­tion mas­sive de cette sorte, en effet en vio­la­tion fla­grante de tous les textes qui encadrent son action. On dira qu’on recon­naît pré­ci­sé­ment ces moment de sou­ve­rai­ne­té pure à l’envoi au bain des textes, encre sur du papier sus­cep­tible d’être rayée par une autre encre der­rière laquelle de toute façon il n’y a jamais que de la force, la force poli­tique du corps social sou­ve­rain, en der­nière ana­lyse l’unique force motrice de tout l’univers poli­tique. Les Argen­tins, au cœur de la crise de 2001–2002, ne se sont-ils pas débar­ras­sés en une nuit du cur­ren­cy board dont ils avaient pour­tant gra­vé les termes dans le marbre de la constitution ?

    Mais ces reprises de sou­ve­rai­ne­té sup­posent des condi­tions d’unité poli­tique qui n’existent pas dans le cas euro­péen où les trai­tés demandent deux ans pour être modi­fiés là où il s’agit d’agir en deux jours, quand ça n’est pas en deux heures – et les pétau­dières de l’intergouvernemental à 27 ne sont pas exac­te­ment ce qu’on appelle une force de réac­tion rapide.… On peut être tout à fait sûr que si besoin était vrai­ment, le gou­ver­ne­ment des Etats-Unis n’hésiterait pas un ins­tant à envoyer val­ser le Reserve Fede­ral Act pour reprendre en mains les contrôles et les lati­tudes qu’appelle impé­rieu­se­ment la situa­tion d’exception. Cette pos­si­bi­li­té n’existe même pas dans la navrante construc­tion euro­péenne dont on sait bien qu’elle est un bar­ba­risme au regard de la gram­maire fon­da­men­tale de la sou­ve­rai­ne­té – et seule la mau­vaise foi euro­péiste, cette dégé­né­res­cence de l’idée euro­péenne, com­pren­dra ici que sou­ve­rai­ne­té ne rime qu’avec « nation », au sens des nations pré­sentes, là où il s’agissait d’envisager les condi­tions de pos­si­bi­li­té d’un véri­table redé­ploie­ment de sou­ve­rai­ne­té à une nou­velle échelle : pour ain­si dire de refaire nation mais « à l’étage supérieur ».

    Aus­si, et comme le salut impose impé­rieu­se­ment ses réqui­sits, on peut ima­gi­ner que la zone euro se frac­tu­re­rait selon une ligne de découpe sépa­rant ceux qui s’accorderont à l’exercice d’une sou­ve­rai­ne­té com­mune dic­tée par la néces­si­té du geste moné­taire mas­sif et ceux qui ne le vou­dront pas. Ou bien qu’elle céde­rait à de très fortes pres­sions à la « rena­tio­na­li­sa­tion » de l’action publique, c’est-à-dire à un retour à l’échelle ter­ri­to­riale où, pour l’heure, en existe en fait les réels moyens de sou­ve­rai­ne­té. Réap­pa­ri­tion de banques cen­trales natio­nales ou bien de sous-blocs moné­taires, à par­tir de l’euro et avec les pro­blèmes tran­si­toires de double cir­cu­la­tion, inutile de dire qu’on sera là entré dans un monde non-standard…

    Notre heure

    Mais quels choix reste-t-il vrai­ment quand les mar­chés aux­quels les Etats se sont livrés gaie­ment s’apprêtent à faire leur ruine ? Quand la col­lu­sion des élites poli­tiques et éco­no­miques a atteint le degré que nous lui connais­sons, quand le gou­ver­ne­ment est deve­nu le four­rier du capi­tal à un point de cari­ca­ture qui ferait rou­gir Marx (jusqu’à faire nom­mer sans dis­con­ti­nuer des chefs d’entreprise ministre des finances depuis dix ans…), quand l’asservissement des poli­tiques publiques aux inté­rêts de la finance est tel que même la plus grande crise à l’échelle d’une géné­ra­tion ne par­vient pas à obte­nir le moindre com­men­ce­ment de régu­la­tion, quand tous les méca­nismes ins­ti­tu­tion­nels du pré­si­do-par­le­men­ta­risme orga­nisent la par­faite cou­pure d’avec le peuple et la cap­ture de fait du pou­voir par une oli­gar­chie sépa­rée qui ne répond plus de rien ni à per­sonne – comme l’attestent à pro­pos des retraites une désap­pro­ba­tion de masse balayée d’un revers de main –, quand n’existe plus nulle part aucun méca­nisme ins­ti­tu­tion­nel de réelle repré­sen­ta­tion, aucune force de rap­pel poli­tique, alors il est avé­ré qu’il n’est plus de solu­tion de trans­for­ma­tion à froid de l’ordre social – à l’encontre même de la (fausse) pro­messe « démo­cra­tique » [24] d’ingénierie poli­tique ordon­née du chan­ge­ment. Ce sera donc à chaud.

    La ques­tion est alors celle de savoir en quels lieux pré­ci­sé­ment faire mon­ter la tem­pé­ra­ture – en ne cachant pas que « tem­pé­ra­ture aug­men­tée » signi­fie qu’il y a aura des bris de quelque chose quelque part. Marx en son temps avait par­fai­te­ment per­çu que la convul­sion est la moda­li­té pri­vi­lé­giée par l’histoire de dépas­se­ment des contra­dic­tions. Le nexus pré­sent des contra­dic­tions de ce qu’il faut bien appe­ler avec Badiou le capi­ta­lo-par­le­men­ta­risme, contra­dic­tions mêlées d’un sys­tème éco­no­mique conduit au désastre par la finance libé­ra­li­sée et d’un sys­tème poli­tique ins­ti­tu­tion­nel qui, en tous les sens du terme, ne répond plus, et n’est donc plus l’instance pos­sible de trans­for­ma­tion du pre­mier, ce nexus a épui­sé le spectre de ses solu­tions internes. Si vrai­ment on en arrive en ce point où, les pos­si­bi­li­tés d’accommodation « régu­lière » du sys­tème éva­nouies, ne reste plus que le choix de son ren­ver­se­ment, alors il y a cepen­dant quelques rai­sons de pré­fé­rer le sou­lè­ve­ment poli­tique à l’insurrection ban­caire. Car la seconde nous abat nous-mêmes dans le même mou­ve­ment où elle abat ses enne­mis, alors que le pre­mier conserve la Banque comme prin­cipe mais nous rend les moyens de lui don­ner la forme que nous vou­lons – et dont nous avons besoin.

    Can­to­na pense faire la révo­lu­tion sans vio­lence en effon­drant les banques. Mais c’est qu’il n’a pas idée des vio­lences du chaos maté­riel qui sui­vrait. Si le blo­cage ins­ti­tu­tion­nel et le ver­rouillage par le bloc hégé­mo­nique rendent chaque jour un peu plus pro­bable l’issue qu’un « bon » sys­tème poli­tique a nor­ma­le­ment pour voca­tion de tenir aus­si éloi­gnée que pos­sible, à savoir le débor­de­ment insur­rec­tion­nel, toutes les insur­rec­tions ne se valent pas. Et si vrai­ment vio­lence il devait y avoir, plu­tôt celle qui per­met de reprendre les ins­ti­tu­tions confis­quées (ou d’inventer de nou­velles ins­ti­tu­tions) que celle qui nous jet­te­rait les uns contre les autres dans des luttes pour la sur­vie maté­rielle. Qu’elle le dise de tra­vers n’empêche pour­tant pas la sor­tie de Can­to­na d’avoir son fond de jus­tesse : les tyran­nies ont rare­ment le bon goût de quit­ter d’elles-mêmes la scène de l’histoire et seuls des ras­sem­ble­ments de force adé­quats peuvent les en expul­ser. La finance a régné 25 ans, c’est plus qu’il n’en faut pour dres­ser un bilan, et le bilan dit : c’est assez. La par­ti­cu­la­ri­té de l’époque réside en ceci que la tyran­nie imper­son­nelle de la finance col­la­bore acti­ve­ment à son propre ren­ver­se­ment puisque, par une sorte de néces­si­té interne qui confirme, en la pous­sant à son comble, sa voca­tion à la des­truc­tion sociale, elle est sur le point de tout englou­tir et para­doxa­le­ment jusqu’à elle-même. Les Romains disaient que « ceux que Jupi­ter veut perdre, il com­mence par les rendre fous » – nous y voi­là. La pers­pec­tive de chocs immenses n’est pas gaie, mais qu’à la face de l’histoire il revienne entiè­re­ment aux fous de l’avoir fait adve­nir. Et que les autres en tirent le meilleur par­ti, celui du moment déci­sif où leur joug se lève, éven­tuel­le­ment de s’être auto­dé­truit, et où ils peuvent enfin se dire que « c’est notre heure ».

    __________
    Notes

    [1] Euro­pean Finan­cial Sta­bi­li­ty Faci­li­ty, le fonds de secours éta­bli lors du som­met de Bruxelles du 9 mai 2010 à la suite du plan de sau­ve­tage de la Grèce.

    [2] Sur les 85 mil­liards d’euros du « paquet irlan­dais », 35 sont expli­ci­te­ment des­ti­nés aux banques.

    [3] Sur qui repo­se­ront in fine les éven­tuelles pertes de l’EFSF.

    [4] Pour un déve­lop­pe­ment de cet argu­ment, voir « Le point de fusion des retraites », 23 octobre 2010, et « Crise euro­péenne, deuxième ser­vice (par­tie 1) », 8 novembre 2010.

    [5] Car les éco­no­mistes stan­dard sont sur­tout très pré­oc­cu­pés de cet effet d’éviction par lequel les emprunts d’Etat assèchent les mar­chés obli­ga­taires au détri­ment des émet­teurs privés.

    [6] Dont on découvre d’ailleurs aujourd’hui qu’ils sont encore un peu sous-esti­més : Shar­lene Goff et Patrick Jen­kins, « Irish banks remain on a tigh­trope », Finan­cial Times, 29 novembre 2010 ; mais seul le men­songe grec sur le défi­cit public est haïs­sable, le men­songe per­ma­nent des banques pri­vées, lui, est véniel.

    [7] 28,5 mil­liards d’euros au moment de l’annonce de mars.

    [8] Le total des pas­sifs ban­caires irlan­dais est de 360% du PIB – le modèle-frère anglais fai­sant d’ailleurs encore mieux : 450%… voir « The real les­son about Ireland’s aus­te­ri­ty plan », e21 Eco­no­mic Poli­cies for the 21st Century.

    [9] Don­nées Bloom­berg, FMI, The Economist.

    [10] Il est vrai compte non tenu des 60 mil­liards d’euros de l’EFSM (Euro­pean Finan­cial Sta­bi­li­ty Mecha­nism) et des 250 mil­liards d’euros appor­tés par le FMI lors du som­met du 9 mai 2010.

    [11] Voir sur ce point Wolf­gang Mün­chau, « Could any coun­try risk a euro­zone bail-out ? », Finan­cial Times, 26 sep­tembre 2010.

    [12] Les titres obli­ga­taires souverains.

    [13] La sénio­ri­té désigne l’ordre de prio­ri­té des créan­ciers à être ser­vis en cas de défaut. Plus un titre est senior plus il vient haut dans cet ordre et plus ses créan­ciers seront rem­bour­sés prio­ri­tai­re­ment. Mais il se peut très bien que le défaut soit tel que même les créan­ciers seniors prennent des pertes, comme l’a mon­tré le cas des tranches seniors des CDO et des MBS de subprimes.

    [14] Voir « Quatre prin­cipes et neuf pro­po­si­tions pour en finir avec les crises finan­cières », 23 avril 2008, et « Si le G20 vou­lait… », 18 sep­tembre 2009.

    [15] Cette recom­mu­na­li­sa­tion pre­nant la forme d’urgence de la natio­na­li­sa­tion puis, à terme, de la muta­tion en un sys­tème socia­li­sé du cré­dit, voir « Pour un sys­tème socia­li­sé du cré­dit », 5 jan­vier 2009.

    [16] C’est-à-dire ce qu’il en coûte de faire assu­rer un titre obli­ga­taire contre d’éventuelles déva­lo­ri­sa­tions liées à un « évé­ne­ment de crédit ».

    [17] C’est-à-dire l’écart de taux qui les sépare d’une obli­ga­tion de réfé­rence jugée sans risque, en Europe le Bund alle­mand pour les titres souverains.

    [18] Voir « Com­men­cer la démon­dia­li­sa­tion finan­cière », Le Monde diplo­ma­tique, mai 2010 ; « Crise euro­péenne, deuxième ser­vice (par­tie 2) », 15 novembre 2010.

    [19] « Pour un sys­tème socia­li­sé du cré­dit », 5 jan­vier 2009.

    [20] C’est-à-dire la com­pen­sa­tion mutuelle des dettes croi­sées à des taux évi­dem­ment à défi­nir en fonc­tion de leurs taux d’intérêt facials, de leur matu­ri­té, etc.

    [21] Et ceci même s’il est exact qu’à moyen terme, les banques islan­daises, et l’Etat qui les a cou­vertes, se retrou­ve­ront enga­gés dans de nom­breuses pro­cé­dures judi­ciaires aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, aux Pays Bas, etc.

    [22] Voir « Si le G20 vou­lait… », 18 sep­tembre 2009.

    [23] Voir « Ce n’est pas la Grèce qu’il faut exclure, c’est l’Allemagne ! », 29 mars 2010.

    [24] On veut dire : dans les formes pré­sentes de la « démocratie ».

    Source : http://blog.mondediplo.net/2010–12-02-Ne-pas-detruire-les-banques-les-saisir

    Réponse
  2. Assurancetourix

    Aujourd’­hui (après 145 jours d’abs­ti­nence) « La pompe à phy­nance » de Fré­dé­ric Lor­don vient de se réamorcer :
    Par­tie 1 : après les « PIGS », le tour des Etats-Unis et du Royaume-Uni ?
    Les deux gros cochons

    Réponse
  3. Étienne

    Les deux gros cochons

    mar­di 26 avril 2011, par Fré­dé­ric Lordon

    http://blog.mondediplo.net/2011–04-26-Les-deux-gros-cochons

    Ain­si donc il va fal­loir envi­sa­ger d’agrandir la por­che­rie… Car deux fameux gorets tapent du groin à la porte.

    Au com­men­ce­ment, ils étaient trois petits – les cochons. Grèce, Por­tu­gal, Espagne. Et comme il fal­lait un « I » (pour bien faire PIGS), on eut d’abord l’idée de l’Italie – puisque les crot­tés sont néces­sai­re­ment les Médi­ter­ra­néens. Sauf que ce fut l’Irlande. Et la théo­rie finan­cière des types et des cli­mats connut un pre­mier acci­dent. La pauvre se pré­pare des len­de­mains scien­ti­fiques dif­fi­ciles. Car voi­ci que les Etats-Unis – et bien­tôt sans doute le Royaume-Uni – com­mencent à faire par­ler d’eux. Evé­ne­ment dans le lan­der­neau des mar­chés, Stan­dard & Poor’s, le 18 avril, a confir­mé le triple‑A de la dette sou­ve­raine éta­su­nienne, mais en la pla­çant sous sur­veillance néga­tive (out­look nega­tive), avec pro­ba­bi­li­té d’un tiers d’une dégra­da­tion ferme à hori­zon de deux ans. Se peut-il que la race des sei­gneurs finisse se rou­lant dans le purin et pous­sant grognements ?…

    Comme par un effet d’habitat pré­fé­ré, la finance, cultu­rel­le­ment anglo-saxonne, a tou­jours eu un faible pour ses appar­te­nances. Seule en tout cas une sorte de pri­vi­lège d’anglo-saxonnité par­ve­nait à rendre compte de cer­taines dis­tor­sions du juge­ment finan­cier, comme par exemple celle qui cloue le Por­tu­gal et l’Espagne au pilo­ri quand la situa­tion objec­tive du Royaume-Uni et des Etats-Unis n’est pas beau­coup plus relui­sante (si elle n’est pas plus mau­vaise). Les Etats-Unis ont des défi­cits et des dettes plus dégra­dés que le Por­tu­gal ; l’Espagne, qui est le « meilleur » des quatre (sur la base de ces deux ratios), fait mieux que le Royaume-Uni 1. Seule la crois­sance met les Anglo-saxons en posi­tion avan­ta­geuse, et pour cause : les Bri­tan­niques, hors de l’UEM (Union éco­no­mique et moné­taire), ont for­te­ment déva­lué la livre (presque 30% contre l’euro), quant aux Etats-Unis, en géné­ral grands pour­voyeurs d’anathèmes théo­ri­co-idéo­lo­giques mais à l’usage des autres, eux n’ont pas eu la bêtise de se mettre sur le dos l’invraisemblable car­can des Euro­péens et mènent depuis trois ans une poli­tique éco­no­mique puis­sam­ment expan­sive avec défi­cits à gogo et moné­ti­sa­tion à peine dis­si­mu­lée (quoique encore recou­verte de l’aimable euphé­misme de Quan­ti­ta­tive Easing…)

    Par un de ces revi­re­ments qui font tout son charme, le com­men­taire finan­cier est pas­sé de l’état d’alarme lun­di 18 avril à la grande pla­ci­di­té mar­di 19. On lui accor­de­ra à la fois que la nou­velle avait en soi de quoi faire de l’effet et que, assez para­doxa­le­ment, les mar­chés y ont réagi avec une grande modé­ra­tion : pas­sé un pic sou­dain de quelques heures, le ren­de­ment des US Trea­su­ries est reve­nu à son niveau ini­tial, voire un peu en des­sous. Pour ache­ver de bana­li­ser l’événement, on rap­pelle des épi­sodes anté­rieurs de mise sous sur­veillance néga­tive : le Royaume-Uni en mai 2009, avant d’être res­tau­ré dans sa « pers­pec­tive stable » en octobre 2010 (après le pre­mier bud­get Came­ron-Osborne), ou encore les Etats-Unis déjà en 1996, et pour une situa­tion simi­laire de blo­cage poli­tique de « coha­bi­ta­tion » à pro­pos du relè­ve­ment du pla­fond de dette auto­ri­sée, manière de dire qu’une sur­veillance néga­tive, on en sort…


    Royaume-Uni : impasse totale de poli­tique économique ?

    Pas­sé le coup de semonce de l’annonce, aus­si bien les opé­ra­teurs que les com­men­ta­teurs de la finance semblent reve­nir à leur tro­pisme de « l’habitat pré­fé­ré » et faire peu de cas d’une « péri­pé­tie ». Il ne fau­drait cepen­dant pas pous­ser trop loin la pos­ture de la grande décon­trac­tion. Car la com­pa­rai­son des Etats-Unis 1996 vs. 2011 n’a pas la moindre per­ti­nence (voir par­tie 2, à venir). Quant au Royaume-Uni, il s’en est pas­sé depuis 2009, et pas dans le sens du mieux – contrai­re­ment à ce que pen­se­ront spon­ta­né­ment les inves­tis­seurs qui obtiennent des gou­ver­ne­ments à peu près tout ce qu’ils veulent. En l’espèce ils auront été ser­vis au-delà de toute espé­rance avec le bud­get 2011 dont la dure­té est spé­cia­le­ment faite pour leur plaire. Car le Royaume-Uni se donne pour objec­tif de faire pas­ser le défi­cit de 11,1% de PIB pour l’année fis­cale 2009–2010 à… 1,5% pour 2015–2016 2 et à faire bais­ser le ratio Dette publique/PIB à par­tir de 2014–2015 3. On voit d’ici l’ampleur de la contrac­tion. Seule la magie des accom­mo­da­tions pure­ment ver­bales à base de « rilance » (Chris­tine Lagarde) ou de « bud­get for growth » (George Osborne) peut faire croire que de la crois­sance puisse suivre de pareil trai­te­ment. Le Royaume-Uni apporte donc son aimable contri­bu­tion à la coor­di­na­tion dépres­sion­naire euro­péenne – et en recueille­ra lui aus­si les pré­vi­sibles effets : la pré­vi­sion de crois­sance bri­tan­nique pour 2011 a déjà été réduite de 2,1% à 1,7%, à l’image des enli­se­ments de la Grèce et du Por­tu­gal dans des res­tric­tions bud­gé­taires iden­ti­que­ment self defeating.

    De la par­ti­cu­la­ri­té inflationniste…

    Mais la par­ti­cu­la­ri­té bri­tan­nique, car il y en a une, vien­dra pro­ba­ble­ment de la poli­tique moné­taire, et pas pour le meilleur. Car, sin­gu­lier au milieu des pays euro­péens, le Royaume-Uni connaît une infla­tion dont on avait per­du jusqu’au sou­ve­nir – et le pro­jet de bud­get 2011 est bien obli­gé de faire avec une hypo­thèse supé­rieure à 4% voire attei­gnant 5%. Il est vrai que le bud­get pré­cé­dent n’a pas aidé en cette matière en fai­sant pas­ser le taux stan­dard de TVA de 17,5% à 20% – dont les effets en termes de recette fis­cale nette n’ont d’ailleurs rien d’évident si l’augmentation de taux est domi­née par la contrac­tion de la base qui en résul­te­ra du fait de la baisse de la consom­ma­tion. Mais l’inflation bri­tan­nique a aus­si pour ori­gine la dépré­cia­tion de la livre. Disons tout de suite que sans ce degré de liber­té les dégâts auraient été plus consi­dé­rables encore dans une éco­no­mie où le chancre de la finance a pris les pro­por­tions qu’on sait (le Royaume-Uni fait par­tie de ces « cas » où le total des actifs ban­caires dépasse tout de même les 400% du PIB – mieux que l’Irlande…), et où la crise était vouée à pro­duire les effets les plus vio­lents – de fait : presque 5% de contrac­tion du PIB en 2009.

    Si, toutes choses égales par ailleurs, la dépré­cia­tion de la livre était plus que bien­ve­nue (et sans doute regar­dée avec envie par les pays de la zone euro, coin­cés dans leurs pari­tés irré­vo­ca­ble­ment fixes), elle n’a pas pour autant pro­duit de miracles. Alors même qu’elle s’effondre dans la réces­sion, l’économie bri­tan­nique conti­nue d’enregistrer un défi­cit de sa balance cou­rante de 1,7% du PIB en 2009, qui se creuse à 2,5% en 2010 avec la reprise de crois­sance, si fai­blarde soit-elle (1,4%) – rap­pe­lons à cette occa­sion qu’on nous bas­sine avec l’épouvantable déclin de la com­pé­ti­ti­vi­té fran­çaise… dont la balance cou­rante se com­pare avan­ta­geu­se­ment avec son homo­logue bri­tan­nique (1,9 point de PIB de défi­cit en 2009, mais 2,1 en 2010 avec une crois­sance supé­rieure) ; on ne se sou­vient pas non plus avoir enten­du de pro­phé­ties apo­ca­lyp­tiques à pro­pos de l’économie anglaise quand celle-ci navi­guait entre 2,5% et 3,5% de défi­cit cou­rant dans les années 2005–2007, pour ne rien dire des Etats-Unis eux entre 4,5% et 6% 4… ; se peut-il que les hur­le­ments à la com­pé­ti­ti­vi­té répondent davan­tage à quelque agen­da inté­res­sé qu’à des com­pa­rai­sons sta­tis­tiques en fait peu inquiétantes ?…

    … à la para­ly­sie com­plète de la poli­tique économique

    Tou­jours est-il que, sans gain très spec­ta­cu­laire de crois­sance, la dépré­cia­tion de la livre contri­bue à l’inflation (impor­tée). Or, avec une sorte de norme impli­cite des ban­quiers cen­traux autour de 2%, la Bank of England ne pour­ra pas res­ter très long­temps sans réagir face à une infla­tion com­prise entre 4% et 5%. Une suc­cu­lente iro­nie veut que ce sont les mar­chés eux-mêmes qui la condui­ront à faire mou­ve­ment, au nom de la sacro-sainte « cré­di­bi­li­té » dont il faut rap­pe­ler que, sans conte­nu sub­stan­tiel a prio­ri, elle ne reçoit pas d’autre sens que « faire ce qui convient pour obte­nir l’approbation des inves­tis­seurs ». Et les inves­tis­seurs n’aiment pas l’inflation, qui entraîne des pertes de valeur réelle des patri­moines – c’est pour­quoi d’ailleurs il est tou­jours par­ti­cu­liè­re­ment écœu­rant d’entendre Jean-Claude Tri­chet se pré­va­loir de la défense des petites gens pour jus­ti­fier les res­ser­re­ments anti-infla­tion­nistes de la poli­tique moné­taire euro­péenne quand l’inflation a tou­jours éro­dé le patri­moine de ceux qui en ont et aidé ceux qui n’en ont pas à s’en consti­tuer un grâce à la déva­lo­ri­sa­tion réelle de leur dette 5.

    Les inves­tis­seurs n’aiment pas l’inflation mais il y a plein d’autres choses qu’ils n’aiment pas non plus. Comme le manque de crois­sance qui n’aide pas au réta­blis­se­ment des ratios Dette/PIB. Voi­là donc que la situa­tion bri­tan­nique s’annonce périlleuse car si à la res­tric­tion bud­gé­taire for­ce­née s’ajoute le res­ser­re­ment de la poli­tique moné­taire, sans doute l’inflation ren­tre­ra-t-elle dans les clous mais il est à peu près impos­sible que toute crois­sance y sur­vive. Il est utile de gar­der en tête en effet que si les éco­no­mies déve­lop­pées n’ont pas (encore) pris le che­min de la Grande Dépres­sion à l’image de l’enchaînement des années trente, elles ne le doivent qu’à des poli­tiques bud­gé­taires d’abord très contra­cy­cliques – celles-là même qui, oui, ont don­né les dettes que l’on sait – et à des poli­tiques moné­taires de taux qua­si-nuls tous (grands) pays confon­dus. Mais il ne faut pas rêver : le miracle ne per­siste pas ôtées les condi­tions du miracle (qui n’en est donc pas un). Les poli­tiques éco­no­miques ne vont pas tar­der à le décou­vrir à mesure qu’elles passent en mode de plus en plus res­tric­tif et qu’elles ferment les uns après les autres les degrés de liber­té qui ont au moins per­mis la sur­na­ta­tion. La contrac­tion bud­gé­taire coor­don­née à une échelle inédite est déjà très suf­fi­sante en soi pour cau­ser des désastres à hori­zon de dix-huit mois. Mais si cer­tains se sentent au sur­plus d’y ajou­ter la res­tric­tion moné­taire, après tout pour­quoi pas ? On a le droit aux paris un peu joueurs, de toute façon quand ça perd ce sont les popu­la­tions qui règlent – en l’occurrence l’« addi­tion » pro­met quand même d’être salée.

    Résu­mons-nous : les poli­tiques éco­no­miques ne veulent plus que ce que les mar­chés veulent, mais les mar­chés veulent trop de choses et fina­le­ment ne savent plus quoi à force de vou­loir une chose et son contraire. C’est pour­quoi ils peuvent ordon­ner ceci un jour et puis le len­de­main cela qui en est l’exact oppo­sé. Moody’s en 2010 n’a‑t-elle pas exhor­té le Por­tu­gal à l’austérité… puis mena­cé le Por­tu­gal pour cause de crois­sance insuf­fi­sante ? Voi­là le maître que les gou­ver­ne­ments dits sou­ve­rains ont élu, voi­là de qui ils sont deve­nus les marion­nettes et dont ils ont « déci­dé » qu’ils épou­se­raient toutes les fou­cades comme autant d’imprescriptibles injonc­tions ; on leur sou­haite donc bon cou­rage – et à nous aus­si par la même occa­sion. Dans cet ordre d’idée le Royaume-Uni – disons Nuf Nuf – va connaître sa dou­leur. Car sous le coup de la double res­tric­tion, bud­gé­taire et moné­taire, le ratio Dette/PIB n’est pas près de décroître gen­ti­ment comme le veut le pro­jet de bud­get de 2011 – et George Osborne com­mence à faire bizar­re­ment « oink » toutes les deux phrases et à sen­tir pas bon.


    Les Etats-Unis, por­co­rum imperator

    Nuf Nuf est sans doute une belle bête, mais il y a aus­si Nof Nof (si l’on veut), alias les Etats-Unis, le bes­tiau à concours. Celui-là, si on le laisse à ses ten­dances gorettes il va nous faire un mal­heur. Pour l’instant tout semble aller bien, l’animal ne sent pas la rose mais il est encore pré­sen­table. Rap­pe­lons tout de même que « aller bien » (ou mal) est un état de fait entiè­re­ment asser­té par les mar­chés finan­ciers – n’importe quel pays avec les mêmes para­mètres que les Etats-Unis serait décla­ré aller mal ; et, décla­ré « aller mal », irait mal pour de bon : car un pays jugé mal por­tant est aus­si­tôt l’objet d’attaques spé­cu­la­tives qui le poussent pour de bon dans la mal-por­tance avé­rée. La pauvre Grèce qui n’était pas en forme relui­sante début 2010, mais loin de l’article de la mort, y est fata­le­ment tom­bée du simple fait des taux d’intérêt ahu­ris­sants que lui ont faits des mar­chés de capi­taux déci­dés à la trou­ver mou­rante – et à la rendre effec­ti­ve­ment telle ! Car là où, à taux constants, il y avait un che­min de res­tau­ra­tion de la sol­va­bi­li­té tout à fait pra­ti­cable, il n’y a sou­dain eu plus rien du tout, juste l’enchaînement fatal : bail-out, aus­té­ri­té auto-des­truc­trice, et bien­tôt défaut au moins partiel.

    Même pour les Etats-Unis cepen­dant, 10% de défi­cit bud­gé­taire per­sis­tant et une dette qui va l’amble de 62,7% en 2007 à 102,9% annon­cés pour 2012 6, c’était beau­coup sol­li­ci­ter les indul­gences du club et les cri­tères de l’« aller bien ». Et donc Stan­dard & Poor’s. Bien sûr, le mar­ché de titres sou­ve­rains le plus vaste et le plus liquide du monde, le pri­vi­lège moné­taire de la devise-clé, l’inversion carac­té­ris­tique du rap­port de force qui s’est opé­ré entre le débi­teur et ses créan­ciers (qu’on pense à la posi­tion de la banque cen­trale et du fonds sou­ve­rain chi­nois, gavés de dol­lars et comme for­cés d’en reprendre pour que tout ne s’écroule pas) offrent autant de rai­sons objec­tives à ce que la marge d’élasticité des finances publiques éta­su­niennes soit plus grande que pour n’importe qui d’autre – et par­tant pour qu’un « évé­ne­ment » comme l’outlook nega­tive du 18 avril soit plus faci­le­ment absor­bé. Mais le tableau d’ensemble com­mence à sen­tir la cour de ferme – et encore Stan­dard & Poor’s n’en livre-t-elle pas tous les éléments.

    L’immobilier com­mer­cial

    Certes l’agence rap­pelle quelques-uns des impé­di­ments avec les­quels les finances publiques éta­su­niennes auront à comp­ter. Notam­ment la fac­ture du sau­ve­tage de Fan­nie et Fred­die, vaste benne à ordure hypo­thé­caire mise à dis­po­si­tion du sec­teur ban­caire pri­vé au frais des contri­buables pour le sou­la­ger de ses actifs immo­bi­liers déva­lo­ri­sés – c’est que, loin­taine dans les esprits, la crise des sub­primes conti­nue, avec un mar­ché immo­bi­lier tou­jours écrou­lé, par consé­quent des situa­tions d’equity nega­tive 7 aus­si fré­quentes et des taux de défauts des ménages aus­si haut. Mais l’immobilier rési­den­tiel n’est pas seul en cause et quoique moins visible, l’immobilier com­mer­cial se porte presque aus­si mal. Lui éga­le­ment a don­né lieu à ces sub­tiles opé­ra­tions dont la finance struc­tu­rée a le secret et notam­ment à la dis­per­sion des risques de cré­dit dans des actifs titri­sés spé­ci­fiques, les CMBS (Com­mer­cial Mort­gage Backed Secu­ri­ties), deve­nus tous plus navrants les uns que les autres. 1400 mil­liards de dol­lars de ces jolies choses viennent à échéance d’ici 2014 et d’une si belle qua­li­té qu’un rap­port du Congres­sio­nal Over­sight Panel de 2010 estime à 300 mil­liards de dol­lars la paume pos­sible. Ce qui ne devrait pas aider le sec­teur ban­caire à aller mieux, ni encore moins Fan­nie et Fred­die, à concur­rence du volume de déchet qu’elles auront pour mis­sion de reprendre. L’une comme l’autre sont déjà depuis 2008 en état d’insolvabilité tech­nique – ce qui n’a jamais cau­sé la mort de per­sonne pour­vu que la liqui­di­té soit main­te­nue : en l’occurrence elle l’est, et le sera quoi qu’il arrive, sur ordre du gou­ver­ne­ment et aux bons soins de la Réserve Fédé­rale, qui jamais au grand jamais ne les lais­se­ront tom­ber. Mais tout de même : cette affaire ne pour­ra pas durer indé­fi­ni­ment et il fau­dra bien envi­sa­ger le retour des deux agences à l’état d’institutions finan­cières « nor­males », c’est-à-dire adé­qua­te­ment reca­pi­ta­li­sées (au mini­mum sous la norme d’un ratio de fonds propres Bâle III de 7%). Le coût total de cette remise à flot pour­rait atteindre, dixit Stan­dard & Poor’s les 700 mil­liards de dol­lars, soit 2,5 points de PIB en plus du point qui leur a déjà été consa­cré jusqu’ici…

    Les finances locales

    Mais il n’y a pas que l’immobilier com­mer­cial – dont l’Etat aura à épon­ger, au moins pour une part, les menus dégâts. Il y a éga­le­ment les finances locales. Une juste com­pa­rai­son avec les finances publiques euro­péennes exi­ge­rait d’être faite à péri­mètre équi­valent, c’est-à-dire en conso­li­dant dette fédé­rale et dettes locales. Or ces der­nières tota­lisent 21 points de PIB en 2010 – à ajou­ter aux 70 points de la pre­mière, soit 91 points de PIB au final. Et c’est peu dire que les col­lec­ti­vi­tés locales (muni­ci­pa­li­tés, com­tés mais sur­tout Etats fédé­rés) vont mal. L’équilibre des Etats n’a été assu­ré qu’à l’aide des trans­ferts du sti­mu­lus package (780 mil­liards de dol­lars au total) de 2009–2010. Mais celui-ci consom­mé, et non renou­ve­lé, les Etats sont ren­dus à l’effondrement de leurs recettes fis­cales, aus­si déclarent-ils les uns après les autres leurs impasses 8… et les extra­va­gants moyens que cer­tains envi­sagent pour les réduire – à la façon du désor­mais célèbre gou­ver­neur du Wisconsin.

    Les pen­sions

    Enfin (?), il y a les pen­sions. Car chose éton­nante, au pays des fonds de pen­sion, il y a aus­si des pro­blèmes de finan­ce­ment des retraites – inouï ! En effet les caisses de retraite capi­ta­li­sée des fonc­tion­naires de l’Etat fédé­ral seraient sous-capi­ta­li­sées à hau­teur de… 3300 mil­liards de dol­lars, aux­quels il fau­drait ajou­ter 574 mil­liards de dol­lars pour les caisses des fonc­tion­naires locaux (com­tés, Etats fédé­rés) 9. Bien sûr toutes ces enti­tés sont for­mel­le­ment dis­tinctes de l’Etat fédé­ral, qui plus est assu­rées par le PBGC (Pen­sion Bene­fits Gua­ran­ty Cor­po­ra­tion). Mais cette der­nière a des res­sources tra­gi­que­ment insuf­fi­santes pour faire face à une telle marée finan­cière, d’autant plus que la crise a conduit l’administration Oba­ma à sus­pendre l’application du Pen­sion Pro­tec­tion Act de 2006 qui péna­li­sait en sur-coti­sa­tions les entre­prises dont les enga­ge­ments actua­riels de pen­sion n’étaient pas inté­gra­le­ment finan­cés. Il est tout à fait évident que l’Etat ne pour­rait se dés­in­té­res­ser du nau­frage de la PBGC (qui a d’ailleurs le sta­tut d’agence gou­ver­ne­men­tale) et que les pas­sifs non cou­verts lui écher­ront en der­nier recours (quand bien même on aura aupa­ra­vant tout fait pour les mini­mi­ser par la réduc­tion à peau de cha­grin des pen­sions versées).


    Le temps des mar­chés contre le temps de la poli­tique économique

    Tout ceci com­mence à faire beau­coup, ce qui signi­fie à la fois que les pres­sions venues de la finance pour l’ajustement de la dette éta­su­nienne ne font que com­men­cer… et que, comme pour les autres pays, celles-ci se mani­festent au plus mau­vais moment, c’est-à-dire en un point du cycle où toute res­tric­tion est davan­tage pro­mise à main­te­nir les défi­cits qu’à les réduire – et par­tant à faire croître le ratio de dette plu­tôt qu’à le sta­bi­li­ser. Comme tout le monde, les Etats-Unis pour­raient donc bien­tôt se retrou­ver face au choix tout à fait enviable d’aller plus mal par res­tric­tion for­cée ou bien d’aller plus mal de voir ses taux d’intérêt remon­ter (pour avoir tâché d’éviter d’aller plus mal…) Toute la ques­tion est donc de savoir si la poli­tique éco­no­mique éta­su­nienne par­vien­dra, sous la double pres­sion des mar­chés finan­ciers et du Congrès répu­bli­cain, à se tenir à une stra­té­gie inter­tem­po­relle opti­male dans laquelle l’ajustement des finances publiques n’est enga­gé qu’une fois la crois­sance bien réins­tal­lée – et les mesures de relance fer­me­ment main­te­nues jusqu’à ce qu’il en soit ainsi.

    La pers­pec­tive de la fer­me­ture du pro­gramme d’achat de bons du Tré­sor dit QE2 (Quan­ti­ta­tive Easing, 2ème phase) de la Réserve Fédé­rale laisse déjà augu­rer par elle-même une remon­tée des taux d’intérêt des Trea­su­ries. La banque cen­trale éta­su­nienne y aura tout de même consa­cré 600 mil­liards de dol­lars depuis novembre 2010 et lar­ge­ment contri­bué à conte­nir le coût de finan­ce­ment de l’un des plus gros défi­cits des éco­no­mies déve­lop­pées – il faut croire que la moné­ti­sa­tion n’a pas que des tares. Mais QE2 vient à échéance en juin et la ques­tion se pose de savoir ce que vont deve­nir les taux d’intérêt quand la Réserve Fédé­rale ne sera plus là pour enfour­ner des quan­ti­tés mas­sives de bons du Tré­sor – évi­dem­ment remon­ter, mais au mau­vais moment, et sur­tout : de com­bien ? Heu­reu­se­ment, et pour toutes les divi­sons que fait naître au sein de la Réserve Fédé­rale ses posi­tions, Ben Ber­nanke semble déci­dé à pour­suivre la sti­mu­la­tion moné­taire, fût-ce par des moyens réduits, notam­ment en réin­ves­tis­sant en bons du Tré­sor les titres entrés dans son por­te­feuille depuis le début de la crise et qui viennent à échéance (comme les actifs hypo­thé­caires titri­sés ayant fait l’objet de prises fermes dans les divers pro­grammes de liqui­di­té offerts aux banques en déca­pi­lo­tade) – il pour­rait y en avoir pour 17 mil­liards de dol­lars par mois 10.


    La poli­tique prise en main par les agences

    Mais une bonne stra­té­gie inter­tem­po­relle, en poli­tique éco­no­mique comme en n’importe quelle autre matière, est une affaire de patience, c’est-à-dire de tolé­rance à des incon­vé­nients tran­si­toires. Or, si l’on auto­rise cette aimable litote, la patience n’est pas le fort des mar­chés à qui la pro­prié­té de liqui­di­té a don­né l’habitude des ajus­te­ments ins­tan­ta­nés et de la satis­fac­tion immé­diate du désir patri­mo­nial. Avec par­fois l’ombre d’un doute, tel qu’il se mani­feste dans les invrai­sem­blables revi­re­ments par les­quels les mar­chés en viennent à repro­cher aux gou­ver­ne­ments les effets de ce qu’ils les ont for­cés à appli­quer… Pour l’heure en tout cas, la finance, dont les agences sont en quelque sorte la voix, a pris son par­ti – on sait lequel il est. Or cette prise de par­ti, loin d’être la seule expres­sion d’une opi­nion comme feignent de le croire les agences (qui s’abritent sys­té­ma­ti­que­ment der­rière le pre­mier amen­de­ment (free­dom of speech) de la Consti­tu­tion éta­su­nienne pour ne jamais encou­rir la moindre consé­quence des iné­nar­rables bou­lettes qu’elles com­mettent à répé­ti­tion), cette prise de par­ti, donc, est un acte d’immixtion poli­tique qui ne prend même plus la peine de se cacher.

    Sous ce rap­port, la lec­ture de la note de Stan­dard & Poor’s est des plus édi­fiantes 11. Il y est presque exclu­si­ve­ment ques­tion des péri­pé­ties par­le­men­taires qui voient s’affronter le plan Oba­ma et le plan Ryan… l’un et l’autre bien d’accord sur l’objectif d’une réduc­tion de défi­cit cumu­lé de 4 tril­lions de dol­lars à hori­zon de dix ans, mais tou­jours diver­gents quant aux moyens d’y par­ve­nir. Et la note entière n’est qu’une grande exhor­ta­tion à sor­tir de ces sté­riles que­relles pour enfin « régler le pro­blème » rai­son reve­nue et tous enfan­tillages mis à part. Voi­là donc fina­le­ment quel était l’objectif de Stan­dard : peser direc­te­ment sur le pro­ces­sus poli­tique et, par un coup de cym­bales, mettre un terme aux ter­gi­ver­sa­tions et for­cer l’accord bipar­ti­san – puisque les Etats-Unis sont en situa­tion de cohabitation.

    La palabre par­le­men­taire, ses lon­gueurs, ses ater­moie­ments, tout ça énerve la finance. La démo­cra­tie est dis­pen­sable puisqu’on sait déjà très bien ce qu’il faut faire – il n’y a qu’à le faire ! Des épi­sodes tels que celui du 18 avril, mais on en trou­ve­rait cen­taines d’équivalents, ont au moins le mérite de faire per­ce­voir dis­tinc­te­ment à quel degré intense la finance fait de la poli­tique : elle se pose en tiers intrus au contrat social, y impose ses réqui­sits au point d’évincer ceux du peuple, pour finir à la limite par s’ériger en corps poli­tique de sub­sti­tu­tion – comme en témoignent assez les poli­tiques publiques désor­mais impli­ci­te­ment ou expli­ci­te­ment (la réforme des retraites !) agen­cées pour son seul bon plai­sir (« conser­ver à la France son AAA… ») On aurait grand tort de voir là une regret­table mais réver­sible dérive de la finance – on se demande d’ailleurs what on earth pour­rait la convaincre de renon­cer aux for­mi­dables conquêtes que lui a per­mis un rap­port de force (struc­tu­rel­le­ment armé) ultra-favo­rable. Sauf mira­cu­leux accès de sain­te­té, on n’a jamais vu groupe de puis­sance aban­don­ner de lui-même ses res­sources de pou­voir. Le plus carac­té­ris­tique dans le cas pré­sent tient à l’objectif de l’accord bipar­ti­san pour­sui­vi par les agences, objec­tif de l’extinction du dis­sen­sus poli­tique (trop géné­ra­teur d’instabilité), de la ces­sa­tion du conflit des opi­nions (tou­jours sus­cep­tible de faire renaître des idées indé­si­rables), bref de la néga­tion même de la démo­cra­tie en tant qu’elle est essen­tiel­le­ment contro­ver­sée… et par là source d’incertitude. L’idéal de la finance est una­ni­mi­taire : que le peuple se range comme un seul homme ! – der­rière les « bonnes » idées bien sûr.

    Là encore il ne devrait pas y avoir matière à être sur­pris, car cette expé­rience est vieille comme la tutelle des mar­chés de capi­taux sur les poli­tiques éco­no­miques. La caho­tante dés­in­fla­tion com­pé­ti­tive de feu Pierre Béré­go­voy en avait déjà fait l’expérience, souf­frant des taux d’intérêt chaque fois que renais­saient les mises en cause du « Franc fort », au point d’ailleurs que, dans une sorte de comble de la sou­mis­sion incor­po­rée, Michel Rocard, alors pre­mier ministre était allé jusqu’à décla­rer que les cri­tiques publiques de la poli­tique éco­no­mique, à la face des mar­chés, et en tant qu’elles étaient sus­cep­tibles de les alar­mer (et de faire remon­ter les taux d’intérêt) étaient assi­mi­lables à une « tra­hi­son » – mais tous ces gens ont depuis belle lurette oublié leur contri­bu­tion his­to­rique à l’installation du monde pré­sent, la leur rap­pel­le­rait-on qu’ils la dénie­raient avec la der­nière éner­gie, et pour se refaire la cerise parlent désor­mais des agis­se­ments de la finance comme d’un « crime contre l’humanité » 12…

    (A suivre)

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    Notes

    1 Avec res­pec­ti­ve­ment, en % de PIB, pour 2009, des couples défi­cit-dette de (11% ; 68,3%) pour le Royaume-Uni, (11,3% ; 84,6%) pour les Etats-Unis, (9,4% ; 76,1%) pour le Por­tu­gal et (11,1% ; 53,2%) pour l’Espagne.

    2 Bud­get 2011, HM Trea­su­ry, mars 2011, p. 2.

    3 Le pic serait atteint en 2013–2014 à 70,9% du PIB pour redes­cendre à 70,5% en 2014–2015 et à 69,1% l’année sui­vante, Bud­get 2011, op. cit.

    4 Don­nées World Eco­no­mic Out­look 2011, FMI. Et même si l’on ne sau­rait trai­ter du défi­cit cou­rant éta­su­nien comme de n’importe quel autre du fait du sta­tut inter­na­tio­nal du dollar.

    5 A la condi­tion, il est vrai, que les reve­nus cou­rants soient conve­na­ble­ment pro­té­gés par des clauses d’indexation, celles-là mêmes qui ont été détruites au milieu des années 1980.

    6 Don­nées World Eco­no­mic Out­look 2011, FMI.

    7 On nomme ain­si les cas où la valeur de l’actif s’est dépré­ciée et est deve­nue infé­rieure au mon­tant de la dette qui a ser­vi à le financer.

    8 Une note de Natixis indique les défi­cits de 21 Etats (sur 50) dont le cumul abou­tit à un total de 165 mil­liards de dol­lars. Mais on est sur­tout sur­pris de l’ampleur des pertes de recettes fis­cales mesu­rable par le ratio du défi­cit aux recettes notion­nelles (des ratios com­mu­né­ment à deux chiffres et qui peuvent atteindre 28% pour la Flo­ride, 39% pour l’Etat de New York, 53% pour la Cali­for­nie… et 65% pour l’Arizona !), voir Patrick Artus, « Les mar­chés finan­ciers devraient être encore plus inquiets au sujet des Etats-Unis », Flash Natixis, n° 546, 18 octobre 2010.

    9 Robert Novy-Marx et Joshua Rauh, « The Risks and Lia­bi­li­ties of State Spon­so­red Pen­sion Plans », Jour­nal of Eco­no­mic Pers­pec­tives, vol. 23, n° 4, 2009 ; “The Cri­sis in Local Govern­ment Pen­sions in the Uni­ted States, Wor­king Paper NBER.

    10 « Ber­nanke May Sus­tain Sti­mu­lus to Avoid “Cold Tur­key” End to Aid », Bloom­berg, 19 avril 2011.

    11 « Uni­ted States of Ame­ri­ca AAA/A‑1+ Rating Affir­med ; Out­look Revi­sed to Nega­tive », Glo­bal Cre­dit Por­tal, Rating­sDi­rect, Stan­dard & Poor’s, 18 avril 2011.

    12 « Des pro­fes­seurs de math enseignent à leurs étu­diants com­ment faire des coups bour­siers. Ce qu’ils font relèvent, sans qu’ils le sachent, du crime contre l’humanité », Michel Rocard, « La crise sonne le glas de l’ultralibéralisme », Le Monde, 1er novembre 2008.

    Source : la pompe à phy­nances, http://blog.mondediplo.net/2011–04-26-Les-deux-gros-cochons.

    Réponse
  4. Assurancetourix

    Fré­dé­ric Lor­don a ins­tal­lé un tur­bo dans sa « pompe à phy­nance » car la deuxième par­tie de son ana­lyse inti­tu­lée « Les deux gros cochons » titrée « Désta­bi­li­sa­tion moné­taire inter­na­tio­nale ? » vient déjà d’être publiée.

    Ecou­tez ou ré-écou­tez éga­le­ment l’é­mis­sion radio­pho­nique « Là-bas si j’y suis » du 15 mars 2010 sur France Inter ou Daniel Mer­met dia­logue avec Fré­dé­ric Lor­don au sujet de son article « Et si on fer­mait la bourse » paru il y a un peu plus d’un an dans « Le Monde Diplo­ma­tique ». Lor­don nous dresse un constat froid et lucide du fonc­tion­ne­ment des mar­chés finan­ciers : des­truc­tion de valeur, vam­pi­ri­sa­tion des entre­prises par les éta­blis­se­ments finan­ciers… et en déduit une solu­tion radi­cale mais aux consé­quences posi­tive. Chiche : qui ose­ra lui répondre ?
    (voir éga­le­ment l’article « Il faut fer­mer la Bourse ! » paru dans marian​ne2​.fr le 8 mars 2010)

    Sur ce même sujet et pour res­ter dans la sub­ver­sion active intel­li­gente, Lor­don évo­quait (un mois plus tard tou­jours dans « Le Monde Diplo­ma­tique ») « l’urgence du contre-choc » face à l’assaut des banques contre les Etats !

    Réponse
  5. Étienne

    Gal­braith – Le sys­tème mafieux des banques

    Réponse
  6. NingúnOtro

    C’est James K. Galbraith

    GALBRAITH.

    Est-ce qu’il n’y à per­sonne pour cor­ri­ger les erreurs au moins quand il fait une copie ?

    Pour copier, on n’a point besoin d¡intelligence.

    Pour trou­ver des solu­tions, oui, on ne fera pas sans.

    Je n’aime pas ceux qui ne se donnent pas la peine de cor­ri­ger des erreurs. Je ne peu avoir que de la com­pas­sion pour ceux qui n’ar­rivent même pas à les voir.

    Por­ca miseria !

    Réponse
  7. Étienne

    Pour condam­ner autrui pour ses fautes, il faut n’en faire soi-même jamais aucune. Sans quoi on risque fort d’être ridicule.

    Il n’y a que ceux qui ne font rien qui ne cassent rien.

    Vous deve­nez bouf­fi de pré­ten­tion, Ningú­nO­tro, ça devient pathologique.

    Réponse
  8. NingúnOtro

    Il n’est point besoin d’être aus­si abso­lu­tiste, Étienne.

    La per­fec­tion n’est nul­le­ment un prérequis.

    Il suf­fit d’être démo­crate et d’ac­cep­ter de voir ces propres fautes cor­ri­gés par qui­conque puisse s’en aper­ce­voir et se don­ner la peine de vous faire par­ve­nir cette aide.

    Cha­cun devrait avoir le désir tant d’ai­der les autres que de se lais­ser aider par les autres.

    Quand on voit les autres com­mettre des erreurs ou uti­li­ser de l’in­for­ma­tion incor­recte… et qu’on ne fait rien pour les aider… c’est qu’on ne les aime pas assez 😉 .

    Bien sur, il y à tou­jours ceux qui n’aiment pas voir se dégra­der en public une per­fec­tion trop idéa­li­sée qu’ils pré­tendent abso­lue sim­ple­ment parce qu’elle n’est pas questionnée.

    Un peu comme un roi nu qui inter­di­rait qu’on parle de sa nudi­té… ce dont on ne parle pas n’existe pas 😉 .

    C’est peut-être per­çu comme pré­ten­tieux par ceux qui ne font rien mais ne sont mis en évi­dence que quand quel­qu’un d’autre ose bouger.

    Qu’est-ce que tu en penses ?

    Réponse
  9. Étienne
  10. NingúnOtro

    Quand le « braire » est direc­te­ment anta­go­niste du « bien faire »… s’en occu­per direc­te­ment est « prioritaire » 😉 .

    Cela oblige éven­tuel­le­ment à étu­dier en détail la dyna­mique du « braire »… ce qui peut-être révol­tant pour quelques âmes et consciences… mais on ne bat guère un adver­saire sans le connaître.

    Sans effort et sacri­fices… la vie ne fait pas de cadeaux 🙁 .

    Je vais écou­ter cet audio 😉 .

    Réponse
  11. Assurancetourix

    « Mon­sieur le Pré­sident les banques ont com­pris qu’il nous est inter­dit de les lais­ser failli. Crai­gnez qu’elles ne prennent sinistres habi­tudes de nous faire payer leurs propres tur­pi­tudes. Pour dési­gner ce kid­nap­ping de bas étages, au lieu de mots trop clairs comme prise d’o­tage, tou­jours aus­si pru­dents nos chers éco­no­mistes, crai­gnant le déra­page et la sor­tie de piste, ont trou­vé le doux mot de l’a­léa moral pour du capi­ta­liste ne dire aucun mal. Cette cor­po­ra­tion est deve­nu experte à gar­der les pro­fits pour nous lais­ser les pertes. »

    Réponse
  12. lol

    Wesh 🙂

    Réponse
  13. sitouaillain

    Je ne savais sur quel fil pos­ter cet article 
    qui fait men­tion d’une récente étude qui montre que 
    plus on est riche et plus on est enclin à adop­ter des com­por­te­ments immoraux :

    http://​www​.lemonde​.fr/​p​l​a​n​e​t​e​/​a​r​t​i​c​l​e​/​2​0​1​2​/​0​2​/​2​9​/​p​l​u​s​-​o​n​-​e​s​t​-​r​i​c​h​e​-​m​o​i​n​s​-​o​n​-​a​-​d​e​-​m​o​r​a​l​e​-​c​-​e​s​t​-​p​r​o​u​v​e​_​1​6​4​9​2​9​7​_​3​2​4​4​.​h​tml

    Plus on est riche, 
    moins on a de morale, 
    c’est prouvé

    Dans un cli­mat poli­tique où il est tant ques­tion d’op­po­si­tion entre les « élites » et le « peuple », voi­ci une étude qui devrait faire cou­ler beau­coup d’encre. Et pour cause : des cher­cheurs amé­ri­cains et cana­diens docu­mentent, dans l’é­di­tion du lun­di 27 février de la revue Pro­cee­dings of the Natio­nal Aca­de­my of Sciences (PNAS), l’exis­tence d’une rela­tion inverse entre élé­va­tion dans la hié­rar­chie sociale et éthique du com­por­te­ment indi­vi­duel. C’est-à-dire, expri­mé de manière un peu plus directe, que plus vous êtes riche, plus vous êtes sus­cep­tible de vous com­por­ter de manière mora­le­ment lamentable.

    L’é­quipe amé­ri­ca­no-cana­dienne menée par Paul Piff (uni­ver­si­té de Cali­for­nie à Ber­ke­ley) a quelques argu­ments. Les cher­cheurs ont mené pas moins de sept pro­to­coles expé­ri­men­taux dif­fé­rents, qui concluent tous dans le même sens.

    « CUPIDITÉ »

    Le pre­mier est simple : il s’est sim­ple­ment agi de se pos­ter à un car­re­four et d’ob­ser­ver les véhi­cules pris en fla­grant délit de refus de prio­ri­té. La deuxième expé­rience, très sem­blable, a quant à elle consis­té à rele­ver les situa­tions dans les­quelles un pié­ton enga­gé sur un pas­sage ad hoc se fait cou­per la route par une voi­ture. Dans les deux cas, les cher­cheurs ont clas­sé les véhi­cules en cinq caté­go­ries, des épaves rou­lantes (groupe 1) aux ber­lines de luxe (groupe 5). Résul­tat : près de 30 % des véhi­cules du groupe 5 forcent le pas­sage aux voi­tures prio­ri­taires, un taux quatre fois supé­rieur aux groupes 1 et 2, et trois fois supé­rieur aux groupes 3 et 4. Cor­ré­la­tion qua­si iden­tique pour le res­pect dû aux piétons…

    Mais, direz-vous, ce n’est pas parce qu’on a une belle voi­ture qu’on est néces­sai­re­ment riche. Ce qui n’est pas faux. Aus­si, les cher­cheurs ont com­plé­té ces deux expé­riences par d’autres, menées en labo­ra­toire. A chaque fois, une cen­taine d’in­di­vi­dus ont été invi­tés à prendre connais­sance de divers scé­na­rios ou situa­tions : atteinte d’un objec­tif au prix d’une entorse à la morale, cap­ta­tion d’un bien de manière indue au détri­ment d’un tiers, men­songe au cours d’une négo­cia­tion, cau­tion d’une faute dans le cadre pro­fes­sion­nel. Puis les par­ti­ci­pants ont rem­pli un ques­tion­naire répon­dant à la ques­tion de savoir dans quelle mesure ils seraient prêts à repro­duire ces com­por­te­ments. A chaque fois, une cor­ré­la­tion entre le sta­tut social des par­ti­ci­pants et leur capa­ci­té à enfreindre l’é­thique est mise en évidence.

    Une der­nière expé­rience a consis­té à pla­cer près de 200 per­sonnes devant un jeu infor­ma­tique de lan­cer de dés : une somme d’argent leur était pro­mise si le score atteint après cinq lan­cers était éle­vé. Mais, bien sûr, le jeu était pipé et le score ne pou­vait excé­der 12 points. Ceux qui ont rap­por­té des scores supé­rieurs aux expé­ri­men­ta­teurs ont donc tri­ché. Même en tenant compte de nom­breux para­mètres comme l’eth­nie, le sexe, l’âge, la reli­gio­si­té, l’o­rien­ta­tion poli­tique, il n’y a rien à faire, « la classe sociale pré­dit posi­ti­ve­ment le fait de tri­cher ». A quoi tient ce lien entre hau­teur sociale et bas­sesse morale ? En par­tie, répondent les cher­cheurs, « à une per­cep­tion plus favo­rable de la cupidité ».

    Sté­phane Foucart

    Réponse
  14. Di Girolamo

    Si vous vou­lez man­ger une salade ou des carottes ou dis­po­ser d’une mai­son confor­table , bien abri­tées des vents et des pluies , il vous fau­dra pro­duire un effort per­met­tant de trans­for­mer une graine en une salade , du bois , de la terre ou autres maté­riaux pour bâtir la mai­son ; même le gibier , les pois­sons , les fruits sau­vages demandent à être cueillis , pêchés , chas­sé : l’homme a tout à sa dis­po­si­tion , tout est gra­tuit en abon­dance mais ces richesses maté­rielles gra­tui­te­ment à sa dis­po­si­tion demandent un tra­vail pour en dis­po­ser. ce tra­vail de cueillir culti­ver assem­bler créer est un effort et un plai­sir pro­fond ; c’est aus­si une richesse ; quand le soir vient et que la tâche est accom­pli c’est bon .

    Pour se pré­mu­nir des acci­dents du cli­mat et des rudesses de l’hi­ver, l’homme a su sto­cker des biens, les mettre de côté , les accu­mu­ler pour pou­voir en dis­po­ser quand vien­dra la néces­si­té . Une grange bien pleine, un gre­nier bien gar­ni sont des gages de sécu­ri­té et de savoir cela c’est bon.

    La richesse est un tout : matière à notre dis­po­si­tion effort du corps et de l’es­prit font une alchi­mie de richesse et de bon­heur humain. Ce tout com­prend aus­si l’autre : femme, enfants, amis, qui lui donne sens .

    Ensemble et les uns pour les autres ils tra­vaillent sur cette terre qui leur est don­née. La richesse est très simple et pure.

    Mais l’homme a su voler les biens des autres pour s’é­vi­ter de la peine ; il a su sto­cker plus que de rai­son , plus que néces­saire , par esprit de lucre, d’en­ri­chis­se­ment , goût de la domi­na­tion , il a pla­cé sa richesse non dans la terre qui l’ac­cueille , non dans les autres qui le fonde , non dans l’ef­fort et la peine qui sont l’autre face de l’é­cla­tant bon­heur du tra­vail et de la créa­tion ; il est pares­seux envieux , vani­teux , il refuse sa condi­tion d’homme fini et se fait dieu .

    Cette richesse là ne peut se marier à la morale ou à la socié­té ; sa recherche est vaine et pol­lue tout .

    Pas besoin d’être un cher­cheur pour savoir cela :

    On ne peut ser­vir deux maîtres en même temps .

    Je donne là rai­son à Sitouaillain quant à mes réfé­rences évan­gé­liques, comme quoi l’é­du­ca­tion ça reste ! et que même mécréant et très peu por­té au reli­gieux, très réser­vé sur les reli­gions, leurs pra­tiques et leurs pra­ti­quants , cer­taines choses res­tent ;elles ne res­tent à mon avis pas par hasard : cer­taines paroles de l’é­van­gile ont de mon point de vue une très grande profondeur .

    On peut aus­si les abor­der par : il faut lais­ser tom­ber le PIB et mettre en place un autre sys­tème de comp­ta­bi­li­té de la richesse. Il faut lais­ser tom­ber un pré­sident Fouquet’s etc etc


    Recon­si­dé­rons la richesse par yan­na­ki

    Réponse
  15. sitouaillain

    Toute sagesse est bonne à prendre ! j’ai été très ami au Véné­zué­la avec des curés, théo­lo­giens de la libé­ra­tion, et j’ai tou­jours été atti­ré par les sagesses reli­gieuses, car c’est aus­si les bases, certes dépas­sables dans la forme (cf la phi­lo­so­phie grecque), mais pas tou­jours sur le fond, de ce qui relie les hommes entre eux. c’est le sec­ta­risme, l’en­ne­mi de l’homme et tout ce qui nous empêche d’é­va­luer si ce que dit le prêtre est vrai ou faux..

    le texte est magnifique,en passant…on fera le paral­lèle avec l’é­tat de nature chez rousseau…

    mon pro­blème est que je n’ai pas de terre.…pourtant je sais faire pous­ser des salades (grâce au tra­vail de sélec­tion de nos ancêtres)…par contre j’en raconte beaucoup…j’explique à des gens qu’il y a un sens au fait qu’il sont der­rière des barreaux…par la volon­té du peuple…et de la culture du résultat…barbare et stupide !

    sans vou­loir avoir l’air d’in­sis­ter, et pour res­ter terre à terre, voi­ci l’autre comp­ta­bi­li­té de la richesse pro­po­sée par le FdG

    « PROMOUVOIR UN PROGRÈS HUMAIN DURABLE

    L’organisation de la socié­té doit viser un but : l’intérêt géné­ral et l’émancipation de cha­cune et de cha­cun. Elle doit donc encou­ra­ger les acti­vi­tés socia­le­ment utiles car il n’y a pas de pro­grès humain quand seules les acti­vi­tés offrant une ren­ta­bi­li­té suf­fi­sante au capi­tal se déve­loppent. Elle doit per­mettre une citoyen­ne­té effec­tive car il n’y a pas de pro­grès durable si les citoyens sont trans­for­més en consom­ma­teurs som­més d’écouler une pro­duc­tion qui croît sans cesse indé­pen­dam­ment de toute prise en compte de l’impact envi­ron­ne­men­tal et des besoins réel­le­ment humains.

    Ces nou­veaux objec­tifs néces­sitent d’autres indi­ca­teurs que ceux à par­tir des­quels est actuel­le­ment jugé le « pro­grès » des socié­tés, notam­ment le PIB uti­li­sé pour mesu­rer la crois­sance. Nous pro­po­sons donc la mise en œuvre de nou­veaux indi­ca­teurs qui contri­bue­ront à enga­ger une réorien­ta­tion radi­cale de nos modes de pro­duc­tion, d’échange et de consom­ma­tion, mais aus­si à inven­ter une nou­velle concep­tion du progrès.

    Un Indi­ca­teur syn­thé­tique de pro­grès humain (IPH) devrait prendre en compte quatre groupes de cri­tères : l’épanouissement per­son­nel et l’émancipation (pro­tec­tion des liber­tés, édu­ca­tion, amé­lio­ra­tion des condi­tions de tra­vail, espé­rance de vie en bonne san­té…), la socia­bi­li­té et la cohé­sion sociale (déve­lop­pe­ment de la vie asso­cia­tive, taux d’emploi, niveau de pro­tec­tion sociale, prise en compte de toutes les dépen­dances, de l’isolement…), l’égalité et la jus­tice sociale (inéga­li­tés de patri­moine et de reve­nu, repro­duc­tion sociale, éga­li­té femmes-hommes, éga­li­té d’accès
    à la culture, aux ser­vices publics…), le res­pect de l’environnement (empreinte éco­lo­gique, pol­lu­tions, taux d’émission de CO2…).

    La com­po­si­tion exacte de l’IPH fera l’objet d’un débat popu­laire, puis sera sou­mise au Par­le­ment. Ain­si l’IPH sera un ins­tru­ment démo­cra­tique per­met­tant à la socié­té de débattre de ses fins. Cette démarche sera mise en œuvre à tous les échelons. »

    Réponse
  16. catherine

    J’ai lu tes réfé­rences évan­gé­liques Georges et tu as bien rai­son de dire qu’elles contiennent beau­coup de pro­fon­deur. Si j’a­vais à ne gar­der qu’un seul livre, je crois que ce serait la Bible et pour­tant je ne suis pas chré­tienne au sens cou­rant du terme ! Je suis Athé(e), Dieu mer­ci à la façon Ouaknin-ienne !

    Réponse
  17. Di Girolamo

    Sitouaillain ‚tu dis
    « La com­po­si­tion exacte de l’IPH fera l’objet d’un débat popu­laire, puis sera sou­mise au Par­le­ment. Ain­si l’IPH sera un ins­tru­ment démo­cra­tique per­met­tant à la socié­té de débattre de ses fins. Cette démarche sera mise en œuvre à tous les échelons. »

    Le pro­blème que j’ai avec Mélen­chon c’est que du fait même des pièges à cons il ne sera pas en capa­ci­té d’ap­pli­quer ce qu’il dit :

    -piège de ce type d’é­lec­tions présidentielles
    – piège euro­péen qui empêche toute ini­tia­tive souveraine

    Ce pro­blème se double d’un second : c’est que Mélen­chon le FDG le PC sont des acteurs consen­tant (depuis long­temps) de ces deux pièges.
    Le concept de voi­ture balai du PS bien remué par Marine Le Pen est un vrai problème.

    Je pré­fé­re­rais de loin une action de tous les démo­crates d’ex­pli­ca­tion du constat économique,politique, euro­péen, éco­lo­gique etc et grève de ce vote , grève posi­tive avec une pro­po­si­tion alter­na­tive : ne votez pas , mon­trez votre refus quant aux déci­sions qui sont prises sans vous et engagent notre ave­nir ; deman­dez un pré­sident qui soit orga­ni­sa­teur du débat natio­nal ; refu­sez des ges­tio­naires 500€ de plus les profs, impo­si­tion à 75% des reve­nus au des­sus de etc etc

    Il y a actuel­le­ment la place pour un Front démo­cra­tique qui refuse de pas­ser par ce type d’or­ga­ni­sa­tion de la gou­ver­nance et pro­pose autre chose : il faut confor­ter et mettre des mots et une struc­tu­ra­tion à ce que res­sentent en pro­fon­deur de très très nom­breux élec­teurs , il faut lan­cer le refus pour lan­cer l’in­ter­ro­ga­tion : ne plus cau­tion­ner ce sys­tème , le cri­ti­quer ouver­te­ment et pro­po­ser autre chose .

    En se pré­sen­tant, les par­tis por­tant des idées pro­gres­sites et démo­cra­tiques , les couvrent d’une chappe de béton et les empêche de pousser.

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  18. Di Girolamo

    @ Cathe­rine

    Peut être Cathe­rine , peut être ?

    Réponse
  19. sitouaillain

    @ Di Girolamo,

    ce n’est pas jean luc Mélen­chon qui a fait le pro­gramme, ce sont des mil­liers de mili­tants, ce sont aus­si les tra­vaux des syndicats,des asso­cia­tions sur le loge­ment, l’en­vi­ron­ne­ment, les col­lec­tifs fémi­nistes, des éco­no­mistes hétérodoxes,etc., etc.

    je suis d’ac­cord avec toi sur l’a­na­lyse des pro­po­si­tions « par­le­men­ta­ristes », et le PCF,vu sa taille,on est obli­gé de faire avec, tant mieux s’il se trans­forme, et oui, ces par­tis ont fait le choix de par­ti­ci­per aux élec­tions, et oui ça génère des travers,

    mais si les fran­çais mettent en place une autre solu­tion, tant mieux, mais, ils sont où?!! la coupe du monde ça mobi­lise, la démo­cra­tie moins..

    le piège euro­péen ça se contourne,on déso­béit, et il y a des pro­po­si­tions intel­li­gentes pour cela et nous avons des alliés par­mi tous les peuples d’Europe.

    Le Front de Gauche appelle à la révo­lu­tion citoyenne, la grande force démo­cra­tique est là, en ges­ta­tion, le FdG n’en est qu’un aspect(même le PCF depuis son ins­crip­tion dans le FdG il bouge très posi­ti­ve­ment, mais il y a encore du che­min), il faut se fédé­rer, il faut débor­der les appa­reils des par­tis, c’est tout, la com­po­sante fdG, elle, cherche à pas­ser par les urnes, non à jus­ti­fier le système,

    mais pour le trans­for­mer, et si les fran­çais ne com­prennent pas, et qu’ils n’é­lisent pas un par­le­ment rouge et vert, ils seront tôt où tard accu­lés par l’aus­té­ri­té à se révol­ter, et les forces du FdG seront là aus­si, dans la rue…le pas­sage par les urnes n’est qu’une option. sous pré­texte que la plu­part du temps,c’est un membre de l’o­li­gar­chie qui est élu, tu vou­drais et dans ce pays de gens résignés,tu vou­drais qu’ils se privent de cette option ?

    tu prends les gens du FdG pour des idiots ou pour des faux démo­crates ? (pour cer­tains tu n’as pas tort), tu penses que les mili­tants et sym­pa­thi­sants croient qu’une élec­tion va tout chan­ger d’un coup ?

    J’ai vu les indi­gnés à Paris, ils étaient là,gnagnagna,les partis,ils huaient les mili­tants, mais au final, ceux qui ont fini par bien orga­ni­ser les choses pour que des actions se fassent et qu’un mini­mum d’or­ga­ni­sa­tion s’ins­talle, ce sont des jeunes militants,du FdG, du Npa notam­ment et quelques anarchistes !

    j’ai vu aus­si ce que cha­vez a fait dans son pays(je ne dis pas qu’il n’y a pas nombres de cri­tiques à faire, notam­ment sur sa conver­sion à une forme de com­mu­nisme que j’ai en horreur.…et à mon avis il y aura une seconde révo­lu­tion…), en tous les cas le Véné­zue­la a peut être la consti­tu­tion la plus démo­cra­tique du monde et tout en éle­vant le niveau de vie glo­bal, les inéga­li­tés se réduisent spec­ta­cu­lai­re­ment (pas l’in­sé­cu­ri­té mal­heu­reu­se­ment) et l’é­du­ca­tion et la san­té pro­gressent à vitesse fulgurante…donc ce mon­sieur (à l’é­poque il n’é­tait pas socialiste)a ten­té un coup d’E­tat pour ren­ver­ser le sys­tème néo­li­bé­ral UMPS local, ça n’a pas mar­ché, à sa sor­tie de pri­son, il fonde le mou­ve­ment Quin­ta Repu­bli­ca réunis­sant pra­ti­que­ment toute la gauche véné­zué­lienne pour pas­ser par les urnes, des gue­rillé­ros ont lais­sé les armes pour rejoindre ce mou­ve­ment de masse, et môs­sieur Di Giro­la­mo aurait expli­qué aux mil­lions de vene­zue­liens qui aujourd’­hui ont appris à lire,ont un tra­vail dans une coopérative,des terres à culti­ver récu­pé­rées aux lati­fun­distes, des indi­gènes qui ont leurs ter­ri­toires sanc­tua­ri­sés, aux petits pêcheurs qui n’ont plus les cha­lu­tiers indus­triels dans les pattes, à tous ceux qui aujourd’­hui ont la parole libre via des mil­liers de radios com­mu­nau­taires et des télés associatives,à tous ceux là il leur dit,vous n’au­riez pas du voter?!!! et tu iras faire la même aux boliviens,aux équa­to­riens, et aux hon­du­riens qui ont vu leur pré­sident dépo­sé par l’a­mi de Hol­lande, Barack Oba­ma?! le seul reproche qu’on peut faire au peuple vene­zue­lien qui appuie la révo­lu­tion, c’est sa fas­ci­na­tion pour cha­vez et son manque d’es­prit cri­tique sur le poi­son marxiste-leniniste…espérons qu’a­vec la mon­tée du niveau d’é­du­ca­tion, ils sau­ront à la fois résis­ter à l’im­pé­ria­lisme nord-amé­ri­cain (c’est ça avant tout qui explique la para­noia du pou­voir contre les contes­ta­tions) et extir­per ce ferment de dictature…qui donne à man­ger d’une main et empêche de pen­ser de l’autre…de peur de retom­ber en dic­ta­ture néo­li­bé­rale, cer­tain sont en train de faire de ce pays une nou­velle Chine…

    Mais nous sommes en France, en Europe, il y a par­tout dans les grand pays un mou­ve­ment d’u­nion des gauches de trans­for­ma­tion sociale dont la pen­sée et les modes d’ac­tion se renou­vellent par l’ac­tion de jeu­nesses révol­tées et les pra­tiques issues des luttes hors tra­vail (alter­mon­dia­lisme, éco­lo­gie radi­cale, déso­béis­sance civile, éco­no­mie sociale et soli­daire a visée trans­for­ma­trice, occu­pa­tion de loge­ment, boy­cotts, etc.). L’en­jeu est de pas­ser d’un mou­ve­ment social défen­sif (en lutte pour sau­ver ce qui reste de ses vic­toires pas­sées) à un mou­ve­ment social offen­sif, qui avance en construi­sant, et qui élar­git son audience et son nombre, en même temps qu’il renou­velle ses pra­tiques et ses formes d’organisation.

    l’a­na­lyse est simple, d’une part il y a dans ce mou­ve­ment, beau­coup de gens qui croient encore à a démo­cra­tie repré­sen­ta­tive, et même par­mi ceux qui n’y croient pas, il y en a qui pensent que pro­po­ser d’emblée d’en finir avec cette mas­ca­rade effraie­ra tous ceux, ultra­ma­jo­ri­taires, qui ont envie que ça change mais n’ont pas ana­ly­sé ou ne le peuvent pas, et tous les intoxi­qués au mythe du pré­sident, au-des­sus des par­tis et autres bille­ve­sées « apo­li­tiques », ne sont pas prêts à s’in­ves­tir et à faire les efforts que réclame la mise ne œuvre d’une démo­cra­tie véri­table et d’une éco­no­mie soli­daire et res­pon­sable, les col­la­bos du sys­tème sont les plus nom­breux, il faut donc y aller par étapes et s’en­gouf­frer dans les brèches qui nous sont ouvertes.

    et de toute façon, même au véné­zue­la ou en boli­vie, la popu­la­tion n’ac­cep­te­rait pas ce genre de solu­tion radi­cale, les peuples a beau s’or­ga­ni­ser en assem­blées com­mu­nales, en conser­vant les élec­tions bour­geoises, ils ont pris les tenants de l’o­li­gar­chie à leur propre piège,tout en se pro­té­geant, élec­tions gagnées, après élec­tions gagnées, par une façade « démo­cra­tique » vis-à-vis de la « com­mu­nau­té inter­na­tio­nale »…cir­cu­lez, ya rien à voir !

    et d’autre part, la légi­ti­mi­té de l’é­lec­tion a sans doute de beaux jours devant elle, sur­tout dans nos pays où les gens vivent, dieu mer­ci, bien plus confortablement,le sys­tème aura les cou­dées franches pour répri­mer sévère, si un mou­ve­ment ne passe pas par les urnes, que des mil­lions de fran­çais voient encore comme un moyen paci­fique de faire valoir son point de vue…et, même sur les mesures ultra­ma­jo­ri­tai­re­ment refu­sées, on ne voit jamais 45 mil­lions de gens dans la rue, mais 2millions, même la grève géné­rale de 68 s’est sol­dée par le retour à l’ordre et le vote à droite, crois-tu que ces gens qui ont voté à droite n’au­raient pas sou­te­nu une dic­ta­ture militaire ?

    alors bien sûr on peut faire la fine bouche,le front de gauche et son pro­gramme sont loin d’être parfait,et il ne contient pas tout le mou­ve­ment social (et il ne le fera jamais) mais bon, vu le niveau de conscience de notre peuple, cette cam­pagne d’é­du­ca­tion popu­laire fait du bien je trouve,

    ce sont les médias qui ne mettent que mélen­chon en avant, et avec par­ci­mo­nie et tou­jours pour le ridiculiser,comme d’ha­bi­tude d’ailleurs avec tout ce qui contre­dit le train train du sys­tème. mais ce que fait mélen­chon à la télé ou dans ses mee­tings, des mil­liers de gens le font sur le ter­rain, ils essaient d’ex­pli­quer, ou construisent des alter­na­tives (trop peu) et face aux « vous n’êtes pas réa­listes », alors même que le pro­gramme du FdG est bien timide, que veux tu que ton mou­ve­ment des démo­crates abs­ten­tion­nistes fasse ?

    même avec ceux que tu convain­cras, ou qui le sont déjà, TU CROIS PAS QUE LES GENS VONT TE DEMANDER ET ALORS ON FAIT COMMENT POUR AVOIR LE POUVOIR ? et je ne sais pas si tu as remar­qué mais tous les mou­ve­ments qui ont déci­dé que l’é­lec­tion ne sert à rien sont des grou­pus­cules, et même fédé­rés, ça ne pèse pas lourd,surtout face à des chars, et il y en a même qui pour sur­vivre un peu, se pré­sente à l’é­lec­tion pour avoir une tribune…donc il va y avoir un mou­ve­ment de masse dans ce pays, des purs démo­crates, mouillés nulle part, sur­tout pas dans des par­tis ou des syn­di­cats, les indi­gnés ça fait flop mais, bon, on y croit…enfin sur­tout les fachos qui votent n’at­tendent que ça, ils pour­ront tra­quer le musul­man avec tout l’ap­pa­reil d’Etat,pendant qu’on atten­dra la démo­cra­tie par­faite qui arrive par le miracle du saint esprit…je vais trop loin en disant ça ?

    com­ment y croire dans un pays où les syn­di­cats, même dans l’é­tat de déla­bre­ment où ils sont res­tent le seul rem­part contre la des­truc­tion totale des ser­vices publics et l’ex­ploi­ta­tion à mer­ci des sala­riés, com­ment y croire dans un pays qui déserte et déteste les syn­di­cats, qui n’en refonde pas de nou­veaux et qui au contraire vote majo­ri­tai­re­ment pour des par­tis qui n’ont qu’une envie, les sup­pri­mer (sarko,lepen) ou les incor­po­rer à la ges­tion capi­ta­liste (bay­rou, hol­lande), tu te rends bien compte que tu vis dans un pays dépo­li­ti­sé où bien des gens détestent tous ceux qui luttent pour le bien com­mun, écolos,rouges,syndicalistes, etc. et veulent un chef,ferme, auto­ri­taire ouveule juste pou­voir mettre la tête dans le sable et attendre la mort en ayant fini si pos­sible de payer ses crédits..

    et en plus toi tu veux récla­mer un pré­sident qui orga­nise le débat public.…mais on n’a pas à récla­mer, on prend ! et si on réclame, tu pré­fères sans doute récla­mer à sar­ko­sy ou à hol­lande qui ne veulent pas de refe­ren­dum sur le MES, la règle d’or, le nucléaire…plutôt qu’à Mélen­chon qui est le porte parole d’un pro­gramme où le débat public sur les ins­ti­tu­tions est déjà ins­crit??? c’est parce qu’il y a des asse­li­neau et des dupont-aignan, un bonne droite pater­na­liste et natio­na­liste à la papa ? mais, s’ils sont sin­cères, tant mieux, et j’es­père qu’ils cap­te­ront les voix qui se portent actuel­le­ment sur sar­ko ou le pen, mais, pro­posent-ils le pou­voir du peuple ?

    le coup de la voi­ture balai élec­to­rale du PS, c’est amu­sant, les gens qui votent, votent comme ils veulent, ce sont les abs­ten­tion­nistes que vise le FdG, le petit peuple, pas les classes moyennes qui pro­fitent du sys­tème ou estiment qu’elles n’en pro­fitent pas assez, ils visent aus­si à conscien­ti­ser ceux qui croient que le social-libé­ra­lisme est un rem­part à l’ex­trême droite, les couillons du vote « utile », mais avant tout, c’est l’abs­ten­tion qui pro­fite à l’UMPS, ils s’en satis­fe­ront encore.

    et si ça ne passe pas tant pis, au moins, la fenêtre média­tique aura per­mis de dif­fu­ser quelques idées…si les gens ne veulent pas voter pour la Sixième république,tant pis, j’es­père qu’ils la feront sans cette farce élec­to­rale, mais, on risque d’at­tendre longtemps…et en attendant,ceux qui sont les plus nom­breux à voter pour un can­di­dat l’emportent, et ceux qui ne sont pas content n’ont qu’à deman­der aux grecs si une matraque de CRS fait moins mal au cul que de mettre un bul­le­tin dans une urne !

    mais, tu as le droit de pen­ser que ça ne mène à rien, ces débats agitent le mou­ve­ment ouvrier depuis ses ori­gines, et ton mou­ve­ment existe, ce sont les anar­chistes, et ce sont les seuls vrai démocrates.

    Réponse
  20. sitouaillain

    Pré­si­den­tielle J‑51 : la cam­pagne vue par Fré­dé­ric Lordon

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    Jus­qu’au 1er tour tour de la pré­si­den­tielle, Télérama.fr publie le jour­nal de cam­pagne de cent per­son­na­li­tés du monde cultu­rel. Aujourd’­hui, l’é­co­no­miste Fré­dé­ric Lordon.

    Gauche de gauche, gauche de droite

    Par une défor­ma­tion de lec­ture dont on ne sait plus ce qu’elle doit à une incom­pré­hen­sion feinte ou à la simple bêtise, les édi­to­ria­listes se sont plu à entendre une men­tion à la « gauche de la gauche » quand la tri­bune publiée il y a qua­torze ans par Pierre Bour­dieu en appe­lait, elle, à une « gauche de gauche » – for­mi­dable pou­voir des mots qui en deux signes à peine modi­fient du tout au tout le sens d’un pro­pos. Il est vrai que les inté­rêts à ne pas com­prendre étaient trop puis­sants pour que Bour­dieu ait la moindre chance d’être enten­du, qui n’avait aucune inten­tion de dis­ser­ter sur les mou­ve­ments (symp­to­ma­ti­que­ment) dits d’« extrême-gauche », et seule­ment celle d’appeler « la gauche » à être de gauche – si ça n’était pas trop demander.

    Mais quelle « gauche » ? Bien sûr celle qui s’accroche au label comme à son der­nier ori­peau sym­bo­lique, héri­tière ayant depuis belle lurette dénon­cé l’héritage, le par­ti socia­liste au socia­lisme par­ti, mais main­te­nu dans ses titres de créance poli­tique, comme un malade en phase ter­mi­nale sous res­pi­ra­teur, par un uni­vers média­tique confu­sé­ment conscient d’avoir aus­si à se sau­ver lui-même, et déci­dé à inves­tir dans ce com­bat-là toute son auto­ri­té véri­dic­tion­nelle – ceux des édi­to­ria­listes qui veulent conti­nuer d’avoir l’air de gauche doivent donc répu­ter « de gauche » les poli­tiques avec les­quels ils font peu ou prou cause commune.

    C’est cette sorte de soli­da­ri­té inavouée qui conduit Libé­ra­tion à titrer pleine page un énorme « De gauche » (1) au len­de­main du dis­cours de Fran­çois Hol­lande au Bour­get, impla­cable et désas­treuse logique où passent à la fois l’ombre de la déné­ga­tion, le désir for­ce­né de croire soi-même à ses propres énon­cés et d’y trou­ver un sem­blant de réas­su­rance, a contra­rio l’importune révé­la­tion d’un doute pro­fond qui suit de devoir réaf­fir­mer ce qui nor­ma­le­ment devrait aller sans dire – et mani­fes­te­ment ne va pas de soi : qui­conque éprouve-t-il le besoin d’informer que Sar­ko­zy est « de droite » ? –, enfin l’espoir d’un rési­du de pou­voir per­for­ma­tif par lequel les asser­tions édi­to­riales par­vien­draient encore à faire être ce qu’elles énoncent. Hélas, soli­daires dans la cer­ti­fi­ca­tion mutuelle de leur iden­ti­té « de gauche », édi­to­ria­listes et hié­rarques « de la gauche » sont soli­dai­re­ment empor­tés lorsque, men­tion­nant « la gauche de la gauche », ils laissent mal­adroi­te­ment entendre ipso fac­to que « la gauche », leur « gauche », n’est fina­le­ment pas très de gauche.

    Et le fait est qu’elle ne l’est pas beau­coup… sup­po­sé même qu’après deux décen­nies de conver­sions à tout, il y ait encore le moindre titre auquel elle le soit. Si pour­tant l’on veut pou­voir sou­te­nir d’une manière moins intui­tive que « la gauche » manque jusqu’à la rai­son d’être tau­to­lo­gique qui devrait la faire être de gauche, encore faut-il se doter d’un cri­tère de la gauche, mais d’un cri­tère qui ne peut en aucun cas être celui des éti­quettes ordi­nai­re­ment dis­tri­buées par les pres­crip­teurs du débat public dont on sait qu’ils disent le par­ti socia­liste « de gauche » comme on compte encore la puis­sance des voi­tures en « che­vaux vapeur » : par habi­tude, iner­tie, paresse intel­lec­tuelle, et sans plus avoir le moindre sens des mots. Par­fois l’appareil socia­liste se sou­vient qu’il a encore la pos­si­bi­li­té de payer en simples oblats ver­baux – alors il dit « jus­tice sociale » ou « inéga­li­tés » (il est contre). Mais que dit-il quand il est ques­tion de joindre le geste à la parole ? Si peu qui soit de nature à rap­por­ter ces effets à leurs causes, et en fait rien à pro­pos du cadre struc­tu­rel qui les déter­mine vrai­ment. Car voi­là ce qu’on pour­rait dire à pro­pos de la gauche, de la gauche de gauche : elle est un cer­tain rap­port au cadre.

    Gauche/droite : une affaire de cadre

    Mais quel cadre ? Celui que tous les « indif­fé­ren­cia­teurs », ex-Fon­da­tion Saint Simon, actuelle Répu­blique des idées, fon­da­tions Ter­ra Nova ou Jean Jau­rès, les unes jadis pré­po­sées au rap­pro­che­ment de « la droite modé­rée et de la gauche intel­li­gente » (ou l’inverse), les autres aujourd’hui pré­cep­teurs de la « gauche de gou­ver­ne­ment », ont pro­mu depuis presque trois décen­nies pour en faire un impen­sé, en tout cas un inques­tion­nable du débat poli­tique, le cadre à l’intérieur duquel sont auto­ri­sées à s’exprimer les seules dif­fé­rences légi­times, par là néces­sai­re­ment secondes, et à l’extérieur duquel il n’y a plus que des ques­tions inqua­li­fiables, posées par des ques­tion­neurs dis­qua­li­fiés, soit : le pri­mat de la finance action­na­riale, le libre-échange, l’orthodoxie de poli­tique éco­no­mique sous sur­veillance des mar­chés finan­ciers, c’est-à-dire syn­thé­ti­que­ment… la construc­tion euro­péenne de Maastricht-Lisbonne !

    Or pour qui cherche vrai­ment le fin mot des inéga­li­tés et des for­mi­dables régres­sions impo­sées au sala­riat, c’est bien dans ce tri­angle qu’il faut chercher :

    1) la contrainte action­na­riale telle qu’elle impose des objec­tifs de ren­ta­bi­li­té finan­cière dont les masses sala­riales sont la variable d’ajustement (contrainte action­na­riale qui n’est certes pas direc­te­ment pro­mue par le trai­té euro­péen… mais contre laquelle on ne lut­te­rait qu’au prix d’une sus­pen­sion de son article 63 inter­di­sant toute entrave aux mou­ve­ments de capi­taux (2) ;

    2) le libre-échange dont les prin­cipes de concur­rence non dis­tor­due imposent les pires concur­rences dis­tor­dues (avec des pays dont les stan­dards sociaux et envi­ron­ne­men­taux sont pour l’heure sans rap­port pos­sible avec les nôtres) ;

    3) un modèle de poli­tique éco­no­mique qua­si consti­tu­tion­na­li­sé par le trai­té euro­péen qui orga­nise déli­bé­ré­ment sa propre tutelle par les mar­chés finan­ciers (l’article 63 encore) et consacre la pré­émi­nence des créan­ciers inter­na­tio­naux au point d’en faire les nou­veaux ayant-droit prio­ri­taires des poli­tiques publiques : leurs demandes d’austérité pas­se­ront avant toutes les autres, et notam­ment celles des corps sociaux.

    Il n’est pas inexact de dire par­fois qu’« il n’y a pas alter­na­tive », mais à la condi­tion – hors laquelle le fait d’escroquerie intel­lec­tuelle est consti­tué – d’ajouter aus­si­tôt qu’une pro­po­si­tion de ce genre n’a de vali­di­té qu’à l’intérieur d’un cer­tain cadre, et sous la pré­misse impli­cite de ne pas tou­cher à ce cadre. Or si dans le « cer­tain cadre » il n’y a pas d’autre solu­tion pos­sible, il y a néan­moins tou­jours la solu­tion de sor­tir du cadre. Et de le refaire. Les choses deviennent alors étran­ge­ment simples sous cette pers­pec­tive : être de gauche, c’est être prêt à atta­quer le cadre. Si la gauche de gauche est un cer­tain rap­port au cadre, alors voi­là quel il est : de liber­té et de souveraineté.

    L’éternel retour du refou­lé européen

    Le cadre actuel est par­fai­te­ment visible et connu de tous. C’est le cadre euro­péen de Maas­tricht-Lis­bonne. La ques­tion – déci­sive – est alors la sui­vante : qu’a donc à dire à pro­pos de ce cadre le can­di­dat estam­pillé « de gauche » par le jour­nal « de gauche » Libé­ra­tion ? Par une de ces infor­tunes qui ruinent les plus belles pro­messes, Fran­çois Hol­lande doit faire cam­pagne alors que les par­le­ments déli­bèrent du MES (Méca­nisme euro­péen de sta­bi­li­té) et du TSCG (Trai­té sur la sta­bi­li­té, la coopé­ra­tion et la gou­ver­nance), soit deux dis­po­si­tions qui, bien mal­en­con­treu­se­ment, viennent rap­pe­ler la chose que toutes les cam­pagnes pré­si­den­tielles pas­sées, par là réduites à l’insignifiance, s’étaient effor­cées de faire oublier : il y a ce cadre et nous sommes dedans… Et comble de mal­heur, ces deux trai­tés, aus­si peu res­pec­tueux des embar­ras que des calen­driers de « la gauche » fran­çaise, n’ont pas d’autre objec­tif que de le res­ser­rer et de le dur­cir, mais à un point inimaginable.

    Res­pon­sable du pôle « Europe » dans l’équipe du can­di­dat « socia­liste », Chris­tophe Carèsche dit à voix haute et intel­li­gible sa ter­reur de voir « res­sus­ci­ter le débat sur l’Europe de 2005 » (3). Ca n’est pas la chose elle-même – le cadre – qui lui fait peur, c’est qu’on doive en par­ler. C’est que les stra­té­gies de l’évitement et de l’escamotage n’ont qu’un temps… et, fata­li­té sans doute ana­logue à celle du refou­lé, les débats déro­bés sont sim­ple­ment condam­nés à l’éternel retour. C’est en tout cas à ce genre de refus, refus de tout ce qui pour­rait conduire à devoir prendre posi­tion sur le cadre, que s’exprime le mieux le désir pro­fond de n’en rien tou­cher, et l’on en vient à se deman­der quels degrés de des­truc­tion sociale les aus­té­ri­tés euro­péennes devront atteindre, quelles quan­ti­tés de chô­meurs, de pauvres dans les rues, quelles régres­sions sociales et sani­taires il fau­dra connaître pour qu’un jour le par­ti socia­liste se décide à consi­dé­rer qu’il y a un pro­blème avec cette Europe.

    À l’évidence, ces seuils sont encore très loin et, pour l’heure, les hommes du can­di­dat n’ont trou­vé à dire que leur inquié­tude… de l’inquiétude des inves­tis­seurs : « Il (Fran­çois Hol­lande) est plu­tôt hos­tile à un défaut qui risque d’augmenter la défiance des inves­tis­seurs » (Jérôme Cahu­zac) ; « On peut dire que bais­ser le Smic n’est pas la solu­tion pour résoudre la ques­tion de la dette, mais aller au-delà c’est prendre le risque que la Grèce ne trouve les relais de finan­ce­ment » (Karine Ber­ger, éco­no­miste de l’équipe de cam­pagne) (4). L’idée qu’il pour­rait être temps d’envisager de sous­traire le finan­ce­ment des défi­cits à l’emprise exclu­sive des mar­chés de capi­taux ? Elle ne leur tra­verse pas l’esprit un ins­tant. Il est vrai que c’est là le genre de pro­po­si­tion qui a pour effet de « res­sus­ci­ter les débats » qu’on vou­drait morts – dit plus pré­ci­sé­ment : de s’en prendre au prin­cipe car­di­nal du modèle euro­péen de poli­tique éco­no­mique, alias com­men­cer à sérieu­se­ment cra­quer le cadre.

    Mais il y a beau temps que, dans une démons­tra­tion d’expiation sans fin du péché de 1981, l’équipe socia­liste s’est ins­tal­lée dans la posi­tion du magis­tère ortho­doxe, fai­sant assaut d’hypercorrection, don­nant la leçon à la droite inca­pable de gar­der le triple A, se fai­sant forte, elle, de le recon­qué­rir, sans qu’un seul ins­tant lui vienne à l’idée que ce cri­tère, qui enferme à soi seul l’empire de la finance sur les poli­tiques sou­ve­raines, est la méto­ny­mie de ce qu’il faut détruire et non de ce qu’il faut servir.

    Entre flou artis­tique et avi­ron dans la semoule, le can­di­dat fait savoir qu’il rené­go­cie­ra les trai­tés, au moins le TSCG. Un autre jour­nal de « la gauche », Le Monde (?), conclut à ce pro­pos que « M. Hol­lande ne doute pas de sa capa­ci­té, une fois élu, à inflé­chir le cours des choses ». Le pro­blème c’est que nous si. Et avec quelques bonnes rai­sons. Il s’est trou­vé fort peu de per­sonnes, en tout cas dans cette presse, pour rap­pe­ler qu’en 1997, M. Jos­pin pen­dant la cam­pagne des légis­la­tives avait juré ses grands dieux qu’il ne rati­fie­rait pas le trai­té d’Amsterdam sauf trois condi­tions impé­ra­tives – un gou­ver­ne­ment éco­no­mique pour com­pen­ser le poids de la BCE indé­pen­dante, un rééqui­li­brage de la future pari­té de l’euro, une rené­go­cia­tion du « pacte de sta­bi­li­té » –, trois condi­tions éva­nouies en à peine deux semaines de gouvernement…

    C’est que la liste est si longue des renon­ce­ments, des conver­sions et des tra­hi­sons de « la gauche » qui n’est pas de gauche, la gauche de droite, en tout cas d’après ce cri­te­rium simple : être de droite, c’est vou­loir ne pas chan­ger le cadre ; être de gauche, c’est vou­loir le trans­for­mer – et même 75% de taux supé­rieur d’imposition ne qua­li­fient pas à être de gauche, qui ne font que répa­rer à la marge les dégâts d’inégalité à l’intérieur du cadre, inaltéré.

    « Gauche et droite, ça ne veut plus rien dire » pon­ti­fient les experts de pla­teau – âne­rie monu­men­tale, adé­quate au dévoie­ment géné­ral des mots, mais véri­té pénible si l’on s’en tient à la chose qu’ils ont déci­dé d’étiqueter « la gauche ». Même Nico­las Sar­ko­zy finit par s’y trom­per qui dans sa décla­ra­tion de can­di­da­ture dit « la droite comme la gauche » avant de se reprendre « la droite contre la gauche ». Il est vrai que lorsqu’on a cha­leu­reu­se­ment accueilli Ber­nard Kouch­ner, Jean-Pierre Jouyet, com­man­dé rap­port à Jacques Atta­li et lou­pé de peu Manuel Valls, il y a de quoi s’y perdre soi-même – on note­ra en pas­sant avec quel talent les trois rené­gats s’en sont retour­nés au ber­cail « socia­liste » où ils ont d’ailleurs aus­si­tôt retrou­vé le gîte et le couvert.

    Tiens, en pas­sant, c’est le même Jean-Pierre Jouyet qui aver­tit sans cil­ler début jan­vier que « la cam­pagne va être sous sur­veillance de la finance » Et ? Et… rien. Pas de pro­blème par­ti­cu­lier. La finance des mar­chés obli­ga­taires a déjà bien en main le pou­voir de confor­mer les poli­tiques éco­no­miques selon ses inté­rêts exclu­sifs, Jean-Pierre Jouyet trouve donc sim­ple­ment logique que la cam­pagne doive se mon­trer res­pec­tueuse, c’est vrai­ment la moindre des évi­dences, du cadre où elle nous tient. Contes­ter le cadre ? Mais quelle idée !

    Il fal­lait donc une cré­du­li­té enfan­tine ou bien le goût du fris­son pour vibrer avec Fran­çois Hol­lande dési­gnant la finance, son enne­mie sans visage. Mais comme jadis Lio­nel Jos­pin – quoique cette fois-ci avant même l’élection ! – la paix a été faite avec « l’ennemie » à peine la guerre décla­rée ; et le pas­sage-éclair de Fran­çois Hol­lande à Londres pour ras­su­rer la City quant à l’innocuité de ses inten­tions réelles, rendre hom­mage à Tony Blair et écar­ter lui-même l’hypothèse – extra­va­gante – qu’il pour­rait être un « idéo­logue de gauche » (5), res­te­ra sans doute dans l’histoire de « la gauche » comme l’un de ces moments de renie­ment et d’apostasie dont se nour­rissent la Grande Indif­fé­ren­cia­tion, l’idée que « gauche » et « droite » ne veulent plus rien dire, fausse en géné­ral mais vraie dans le cas pré­sent, et, à la fin des fins, un FN à 20%, lui bien déci­dé à pro­fi­ter de la confu­sion des sem­blables pour recréer des différences.

    Espoirs et déses­poirs d’une cri­tique de gauche en période électorale

    Il faut sans doute recon­naître que ça n’était pas une idée bien fameuse de s’engager à écrire cette tri­bune à ce moment de la cam­pagne où typi­que­ment il devient impos­sible de dire quoi que ce soit qui puisse domi­ner l’intensité des (légi­times) angoisses d’une réélec­tion de Sar­ko­zy, et où toute cri­tique du can­di­dat « de gauche » est imman­qua­ble­ment reçue comme « fai­sant le jeu » de l’adversaire de droite. De la même manière qu’il serait oppor­tun de pur­ger le débat éco­no­mique du mot « réforme », il fau­dra pour­tant bien un jour débar­ras­ser le débat poli­tique de « faire le jeu », cette objec­tion-écran bien faite pour ne jamais poser les pro­blèmes – envi­sa­ger la démon­dia­li­sa­tion, par exemple, c’est « faire le jeu du FN »…

    Car après tout il y a deux manières de faire face à la situa­tion pré­si­den­tielle : la pre­mière qui, d’angoisse incoer­cible, ne s’accorde plus la moindre liber­té élec­to­rale et s’enferme avec achar­ne­ment dans le dis­cours du « vote utile », néga­tion du prin­cipe même d’un scru­tin à deux tours !, mais désor­mais por­tée à un tel point d’affolement qu’elle en vient à conta­mi­ner jusqu’aux pri­maires : soit quatre tours de scru­tin, mais sur­tout voter utile dès le tout pre­mier ! Rous­seau avait déjà sou­li­gné, à l’endroit du peuple anglais, l’illusion qui consiste à se croire poli­ti­que­ment libre quand on n’a la parole qu’à l’occasion du vote, avec prière de retour­ner au silence de la pas­si­vi­té pour les cinq ans qui suivent. Mais qu’aurait-il pen­sé de cet argu­ment du « vote utile » qui demande en plus d’aliéner cette « liber­té » dès les tours de scru­tin où elle pour­rait être exprimée ?

    On dira que la manière inverse ne mène pas bien loin et qu’elle n’a pour elle qu’un mou­ve­ment d’humeur : celui qui n’en peut plus de la prise d’otages par laquelle le par­ti socia­liste ne s’efforce même plus d’ajouter le moindre argu­ment sub­stan­tiel à la simple pho­bie anti-droite – habi­tude main­te­nant contrac­tée de longue date, mais qui se sou­vient du slo­gan exhaus­tif de sa cam­pagne pour les légis­la­tives de 1986 « Au secours, la droite revient ! » ? Mou­ve­ment d’humeur cepen­dant qui a au moins la ver­tu de rap­pe­ler en quoi consiste vrai­ment la dif­fé­rence droite-gauche, et aus­si de faire faire son che­min à l’idée que pour se débar­ras­ser de la prise d’otages il faut se débar­ras­ser des struc­tures qui arment la prise d’otages – en l’occurrence le scru­tin pré­si­den­tiel même, qu’il est temps d’envoyer aux pou­belles de l’histoire.

    Et puis l’on enten­dra inévi­ta­ble­ment, d’exaspération et de panique mêlés, les rap­pels au front uni, à la hau­teur des enjeux et à l’irresponsabilité de dénon­cer la « gauche de droite », qui plus est « à ce moment là », plu­tôt que de réser­ver ses traits à la droite tout court (qui n’est pas de gauche). Mais que la droite soit, elle, conforme à son concept, il n’y pas grand-chose à y objec­ter, juste à la com­battre – mais en étant de gauche. C’est que « la gauche » devienne de droite l’anomalie qui crève les yeux et – para­doxe ocu­laire – finit par se voir. Il faut donc prendre au pied de la lettre les inquiets qui ne jurent que par le salut de « la gauche » : ils veulent réser­ver la cri­tique à la droite ? C’est par­fait : c’est toute la droite-du-cadre, et elle seule­ment, qui y aura droit.

    Hol­lande, Oba­ma… Roosevelt

    Alors oui, il est pro­ba­ble­ment sans espoir de rap­pe­ler aujourd’hui que la droite modé­rée, c’est-à-dire le par­ti socia­liste, rend tou­jours aus­si actuel l’appel à « une gauche de gauche », cette pathé­tique sup­pli­ca­tion pour que la gauche soit de gauche. Mais qu’est-il per­mis d’attendre du débat poli­tique un 2 mars, à deux mois du scru­tin ? À peu près autant que d’un aver­tis­se­ment aux pré­vi­sibles dés­illu­sions d’une pré­si­dence Oba­ma qui aurait été for­mu­lé en octobre 2008… Oba­ma dont pré­ci­sé­ment Fran­çois Hol­lande déclare qu’il « pour­rait avoir les mêmes conseillers que lui »….

    Heu­reuse réfé­rence, mêlée d’un tou­chant accès de can­deur, par laquelle Hol­lande nous laisse entre­voir en quelques mots ce qu’il est rai­son­nable d’espérer de son éven­tuelle pré­si­dence, à savoir rien – com­prendre rien de signi­fi­ca­tif si l’on entend par là de s’en prendre vrai­ment, c’est-à-dire autre­ment qu’en mots, aux causes struc­tu­relles qui déter­minent les plaies contre les­quelles on pré­tend vou­loir lut­ter : chô­mage, inéga­li­tés, pré­ca­ri­té, souf­france sala­riale, régres­sion de l’Etat social, etc.

    C’est que le bilan d’Obama ne plaide pas exac­te­ment pour qu’on s’en fasse un bla­son : qu’en reste-t-il si l’on met de côté la réforme de la sécu­ri­té sociale propre au contexte éta­su­nien ? On atten­dait d’un pré­sident démo­crate arri­vant au pou­voir avec une oppor­tu­ni­té his­to­rique en or, deux mois après la faillite de Leh­man, qu’il brise les reins de la finance – mais la loi de régu­la­tion finan­cière (Dodd Frank Act) est un ventre mou offert à tous les contour­ne­ments et à toutes les évis­cé­ra­tions par le lob­by de l’industrie finan­cière, sinistre pré­fi­gu­ra­tion de l’ersatz hol­lan­dais qui désigne peut-être un enne­mi sans visage mais se pré­pare à l’affronter sans mains.

    La finance déré­gle­men­tée peut donc avoir mené le monde au bord du chaos et il ne se trouve nulle part aucune volon­té poli­tique pour l’arraisonner vrai­ment (6). C’est que l’on ne crée pas d’espace de régu­la­tion finan­cière sérieuse sans reve­nir sur le dogme de la par­faite liber­té de mou­ve­ment des capi­taux, c’est-à-dire sans ajou­ter des res­tric­tions et des pro­tec­tions capables de rendre viable la déni­vel­la­tion régle­men­taire avec un exté­rieur fai­sant le choix de demeu­rer déré­gu­lé (ou fai­ble­ment régu­lé)… donc sans devoir pas­ser sur le corps de l’article 63 du trai­té de Lis­bonne – encore…

    Mais quelle est exac­te­ment cette « gauche » dont il ne se trouve aucun lea­der capable d’une parole à la hau­teur de la situa­tion au moment même où le capi­ta­lisme convulse ! La réfé­rence à Oba­ma qui se vou­lait avan­ta­geuse est en fait tra­gique. Car ceux qui atten­daient du pré­sident éta­su­nien un nou­veau Roo­se­velt, confron­té à une crise his­to­rique en effet sem­blable à celle des années 30, en ont été rapi­de­ment pour leurs frais. Le séisme n’a donc pas encore été suf­fi­sam­ment impor­tant pour que cette « gauche » pas­sée à la Javel soit de nou­veau capable d’apercevoir que le capi­tal libé­ré de tout détruit la socié­té, qu’il y a des classes, que ces classes sont en lutte, qu’il lui appar­tient, nor­ma­le­ment, dans cette lutte, de prendre parti.

    Mais Oba­ma, effrayé par ses pre­mières audaces (?), n’a rien eu de plus pres­sé que de cajo­ler à nou­veau Cor­po­rate Ame­ri­ca, de l’assurer de sa fidé­li­té, et fina­le­ment d’épouser osten­si­ble­ment sa cause ; n’a‑t-il pas d’ailleurs nom­mé Jef­frey Immelt, pré­sident de Gene­ral Elec­tric et sorte de paran­gon du grand capi­tal, à la tête de son Groupe de conseillers éco­no­miques (Eco­no­mic Advi­so­ry Panel) ? – la voix de son maître…

    En 1936, au Madi­son Square Gar­den, en cam­pagne pour sa ré-élec­tion, Roo­se­velt, confron­té aux forces réac­tion­naires du capi­tal, arc-bou­tées dans la pré­ser­va­tion de toutes leurs licences, Roo­se­velt, donc, fait de la poli­tique à la hau­teur de l’histoire : « Nous avons à lut­ter contre les vieux enne­mis de la paix – le busi­ness et les mono­poles finan­ciers, la spé­cu­la­tion, les banques déchaî­nées (…) Ceux-là ont com­men­cé à faire du gou­ver­ne­ment des Etats-Unis une simple dépen­dance de leurs affaires (…) Jamais dans notre his­toire ces forces n’ont été liguées comme aujourd’hui contre un can­di­dat. Elles sont una­nimes dans la haine qu’elles me portent – et j’accueille cette haine avec plai­sir. » On se prend à rêver d’un can­di­dat socia­liste qui n’aurait pas oublié le sens du mot socia­liste, et qui se ferait un hon­neur de défier les forces de l’argent, d’entrer en guerre ouverte contre elles, et de s’en faire détes­ter. On se réveille, et l’on sait dans l’instant que l’époque contem­po­raine atten­dra encore un moment son Roosevelt.}}

    petite erreur d’a­na­lyse de Lor­don : Pour sor­tir du cadre, l’é­poque contem­po­raine n’at­tend pas son Roo­se­velt, elle attend une forme d’or­ga­ni­sa­tion popu­laire et des moyens d’ac­tion qui per­mettent aux peuples de se mettre en posi­tion d’a­voir encore plus de pou­voir, de cou­rage et d’i­ma­gi­na­tion qu’un Roo­se­velt seul, face aux oli­gar­chies et aux inté­grismes de tous bords.

    Nous avons besoin de construire et d’af­fir­mer le pou­voir consti­tuant, le pou­voir d’un peuple qui de manière auto­nome et sans repré­sen­ta­tion décide lui-même de l’or­ga­ni­sa­tion légi­time de sa démo­cra­tie, de son auto-régu­la­tion du vivre ensemble.

    face à ceux qui vou­draient nous main­te­nir dans le cadre ou qui vou­draient nous faire revivre dans les cadres du pas­sé, nous avons besoin de nous mon­trer indo­ciles, sub­ver­sifs et radicaux.

    Se mettre en capa­ci­té col­lec­tive d’a­gir pour une trans­for­ma­tion durable de nos socié­tés sup­pose d’a­gir sur les causes de nos maux plu­tôt que sur leur consé­quences, et nous avons pour cela bien du tra­vail à accom­plir sur nous-mêmes et autour de nous.

    il nous faut sans cesse tailler à la machette dans la jungle de la confu­sion men­tale, pour sor­tir de la caverne.

    Mais encore faut-il que nous par­ta­gions les constats et construi­sions des pers­pec­tives, des hori­zons par­ta­gés, des prin­cipes et des étapes de recon­quête de la liber­té, car c’est ce qui nous manque, et man­quait à Roo­se­velt et c’est bien l’absence

    de pers­pec­tives qui « tient ensemble » un « sys­tème » que tant de gens n’ap­prouvent pas en conscience mais sou­tiennent à chaque ins­tant par leurs actes quo­ti­diens et leurs renon­ce­ments successifs.

    Nous n’a­vons sou­vent même pas conscience que ce que nous croyons ou disons ne fait que rajou­ter du ciment à la chape qui nous enserre.

    Cepen­dant, il ne faut pas se trom­per d’en­ne­mi, ne plus vou­loir vivre en oli­gar­chie, ce n’est pas s’en prendre aux oli­garques, mais plu­tôt extir­per ce qui dans nos esprits et nos actes sou­tient la méca­nique de leur domi­na­tion. et ça ne peut pas être seule­ment basé sur la construc­tion d’al­ter­na­tives concrètes ou des actions bien visibles, leur réus­site et leur mul­ti­pli­ca­tion sup­pose qu’elles soient posi­ti­ve­ment per­çues et reçues comme les leurs par ceux qui n’au­raient pas encore ouvert les yeux.

    la lutte pour la démo­cra­tie sup­pose donc de réduire à peau de cha­grin la chape, qui s’ap­pelle dic­ta­ture d’une majo­ri­té condi­tion­née, mani­pu­lée, bor­née, mou­ton­nière et crain­tive. com­bien sont-ils encore, à vou­loir nous remettre dans le droit che­min, la file indienne des enchaî­nés ? Sont-ils si insi­gni­fiants ceux qui, à chaque réflexion sur un autre monde pos­sible, nous ramènent au gou­lag ? la majo­ri­té ne pré­fère-t-elle pas les illu­sions ras­su­rantes, ne sur­tout rien remettre en cause, râler sur les gré­vistes et sur les gou­ver­nants, pré­fé­rer des grattes-ciel et des hyper­mar­chés à des mina­rets ou des éoliennes ? Que valait ce Non de 2005 quand on le com­pare à l’a­pa­thie géné­rale au moment du vote du trai­té de Lis­bonne ou, tout récem­ment du MES ? QUi donne du pou­voir aux banques, les roms qui n’ont pas compte où les mil­lions de mou­tons qui prennent un cré­dit pour ache­ter un cana­pé ou une voi­ture neuve et qui se croient plus malin de coti­ser aux assu­rances vies et autres fonds de pen­sion ? quand un peuple a le droit de vote, est-il obli­gé de pré­fé­rer l’a­mi des puis­sants au fau­cheur d’OGM ? et celui qui vient vous dire que vous n’êtes pas sérieux, que vous êtes uto­pistes ou que vous vou­lez impo­ser, le goulag,blabla, vient-il vous don­ner un coup de main à débar­ras­ser la rue de toutes ces injonc­tions publi­ci­taires, ou vous balan­ce­ra-t-il aux flics, indi­gné par cette offense faite au droit du capitaliste ?

    Ein­stein disait à juste titre qu’on ne résout pas un pro­blème à par­tir des cadres de pen­sée qui l’ont géné­ré, mais ne serait-il pas tout aus­si illu­soire de vou­loir résoudre un pro­blème sans aucun cadre de pen­sée, quitte à le dépas­ser une fois un nou­veau pro­blème surgissant ?

    c’est cer­tain, le com­bat est aus­si cultu­rel, idéo­lo­gique, de dés­in­toxi­ca­tion et de décon­di­tion­ne­ment. Il y a un enjeu de dépas­se­ment de la morale de défé­rence à l’ordre exis­tant, dépas­se­ment qui doit lui-même être une morale, une idée de la démo­cra­tie et de la manière d’être et de vivre, un cadre de per­cep­tion qui va nous lier les uns aux autres, et lier nos actes entre eux, une manière com­mune d’é­va­luer dans toutes ses nuances ce qui est un pas en avant et ce qui est sta­tus quo ou régression.

    Face à la machine de guerre idéo­lo­gique du sys­tème, dont les agents sont nos amis,nos voi­sins, et par­fois nous mêmes, il est bien illu­soire de croire en cer­tains modes d’ac­tion qui sup­posent la conver­sion mas­sive et rapide de l’im­mense majo­ri­té pour s’im­po­ser démo­cra­ti­que­ment des ins­ti­tu­tions démocratiques..ce qui n’empêche pas d’y croire et d’y œuvrer…

    Mais il faut aus­si et luci­de­ment se por­ter sur l’ob­ten­tion de vic­toires par­tielles et incom­plètes, les grands soirs, les tabu­lae rasae, et la pure­té révo­lu­tion­naire n’existent que dans les cer­veaux romantiques,c’est pas à pas qu’on avance, d’une tran­chée à l’autre.

    Source : http://​www​.tele​ra​ma​.fr/​i​d​e​e​s​/​p​r​e​s​i​d​e​n​t​i​e​l​l​e​-​j​-​5​1​-​l​a​-​c​a​m​p​a​g​n​e​-​v​u​e​-​p​a​r​-​f​r​e​d​e​r​i​c​-​l​o​r​d​o​n​,​7​8​5​0​2​.​php

    Réponse
  21. Di Girolamo

    « Mais il faut aus­si et luci­de­ment se por­ter sur l’ob­ten­tion de vic­toires par­tielles et incom­plètes, les grands soirs, les tabu­lae rasae, et la pure­té révo­lu­tion­naire n’existent que dans les cer­veaux roman­tiques, c’est pas à pas qu’on avance, d’une tran­chée à l’autre. »

    Nous sommes que nous le vou­lions ou non indi­vi­duel­le­ment et col­lec­ti­ve­ment englués dans une cara­pace maté­rielle qui a tis­sé les mailles d’un filet qui nous contraint : c’est « la situa­tion » , le « là où nous en sommes » au 11 février 2012 ; si ce « là où nous en sommes » est vivable , sup­por­table et n’an­nonce pas de menaces de mort à moyen ou long terme , eh bien c’est tout natu­rel d’as­su­mer et vivre cette situa­tion qui est la nôtre. On fait avec ! Et on va voter.

    Mais si au contraire ce « là où nous en sommes » est res­sen­ti comme insup­por­table, per­çu comme non durable, alors « il faut que cela cesse » !

    Pour­tant le « il faut,il n’y a qu’à » se heurte de plein fouet à la maille tis­sée , au filet de l’exis­tant et au fait que nous ne sommes pas tous au même moment sur la même lon­gueur d’onde : même si nous sommes tous immer­gé dans le même bain , pour cer­tains il est tiède et par­fu­mé pour d’autres gla­cé , d’autres sont dans ce bain s’en même s’en apercevoir …

    Pour moi l’action poli­tique prio­ri­taire majeure n’est pas de rédi­ger une nou­velle consti­tu­tion, de tirer au sort, de pro­po­ser des pro­grammes …..C’est de per­mettre qu’une vraie inter­ro­ga­tion, un tra­vail de fond sur nous-mêmes, sur le où nous en sommes et où pou­vons nous aller puisse avoir lieu ; et pour ce faire que les res­sources humaines et maté­rielles (notam­ment médias et com ) soient acti­vées dans ce sens.

    Le reste (consti­tu­tion, tirage au sort ….) vien­dra par surcroît.

    Donc bien d’accord pour dire qu’il n’y a pas de grand soir et que ça avance len­te­ment, mais je pense qu’il faut évi­ter de tour­ner en rond.

    Une socié­té qui va au fil de l’eau et confie son sort à des par­tis quand une muta­tion énorme est à vivre, sans être capable d’opérer une prise de recul col­lec­tive qui vien­dra ali­men­ter ses poli­tiques, ses pro­grammes, est une socié­té qui veut résoudre du neuf avec de l’ancien et se pré­pare des len­de­mains peu enviables.

    En conclu­sions ces élec­tions telles qu’elles sont orga­ni­sées ne peuvent pas struc­tu­rel­le­ment nous faire avancer.

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  22. sitouaillain

    peut être faut-il se déta­cher d’une cer­taine per­cep­tion, et du spec­tacle, pour com­prendre ce qui se passe, il faut admettre que cer­tains PARLENT, quand d’autres COMMUNIQUENT, que cer­tains appellent à l’in­sur­rec­tion du peuple et pro­posent des moda­li­tés pour le faire () quand d’autres expliquent com­ment ils vont gérer le sys­tème à notre place et selon l’i­dée qu’ils se font de notre bon­heur, il y a donc par­ti et par­ti, cer­tains sont des lieux et des écoles de la prise de recul collective.

    la construc­tion col­lec­tive de pro­jets poli­tiques, ne se font pas en dehors d’une cer­taine manière de rompre l’i­so­le­ment, et c’est cet iso­le­ment de l’in­di­vi­du-consom­ma­teur que prône le néo­li­bé­ra­lisme, et ça n’est pas nou­veau, à l’i­so­le­ment dans la file d’at­tente devant le por­tail de la mine, répond le syn­di­cat et la caisse de grève, à l’i­so­le­ment poli­tique des pro­lé­taires face aux classes domi­nantes orga­ni­sées en clubs et en réseaux répondent les par­tis de la lutte, et la règle de l’é­lec­tion ouvre une fenêtre, un cata­ly­seur pour élar­gir les consciences, bien vite refer­mée, alors dire ces élec­tions telles qu’elles sont orga­ni­sées ne peuvent pas struc­tu­rel­le­ment nous faire avancer

    ce n’est pas tout à fait juste, je suis plu­tôt de l’a­vis de Paul Aries :

    {{Paul Ariès, Objec­teur de crois­sance et rédac­teur en chef du jour­nal Le Sar­ko­phage a déci­dé de sou­te­nir publi­que­ment le can­di­dat du Front de gauche. Même s’il n’est pas d’accord sur tout, il estime que la can­di­da­ture Mélen­chon est une étape dans la construc­tion d’une gauche anti­pro­duc­ti­viste. « Un pre­mier pas pos­sible, dit-il, vers le socia­lisme gourmand ».

    Je vote­rai Jean-Luc Mélen­chon. 
J’ai déci­dé de le sou­te­nir publi­que­ment car ce choix fait débat au sein des objec­teurs de crois­sance. J’ai déci­dé de le sou­te­nir publi­que­ment car si nous avons des désac­cords nous avons aus­si des accords. Je res­pecte et com­prends les choix dif­fé­rents d’autres Objec­teurs de crois­sance des gauches.

    Je vote­rai Jean-Luc Mélen­chon car c’est une étape pos­sible vers l’émergence d’une gauche anti­pro­duc­ti­viste. Le compte n’y est certes pas encore : ni sur la sor­tie néces­saire du nucléaire, ni sur l’obtention d’un reve­nu garan­ti dont la forme pour­rait être la gra­tui­té des ser­vices publics, ni sur la néces­saire recon­ver­sion des indus­tries nui­sibles notam­ment mili­taires… car comme le sou­ligne le pro­gramme du Front de gauche ce qui est essen­tiel à nos yeux fait débat.

    Signe que les Objec­teurs de crois­sance des gauches n’ont pas per­du leur temps.
 Signe aus­si que le com­bat n’est pas encore gagné et qu’il nous reste à convaincre.

    Nos thèses en faveur du par­tage d’un autre gâteau (PIB) car le gâteau actuel est tota­le­ment indi­geste seraient indé­nia­ble­ment mieux audibles par Jean-Luc Mélen­chon, Phi­lippe Pou­tou ou Eva Joly que par Nico­las Sar­ko­zy, Fran­çois Bay­rou ou Fran­çois Hol­lande. EE-LV a fait le mau­vais choix de s’allier avec le PS dont le maître mot de la cam­pagne est la crois­sance éco­no­mique… géné­ra­trice d’inégalités sociales et d’effondrement éco­lo­gique. Le NPA a rai­son de mar­quer son refus du nucléaire et de toute alliance avec ce PS là… mais son iso­le­ment est une erreur stra­té­gique lourde dont il paie aujourd’hui les frais.

    Je vote­rai Jean-Luc Mélen­chon car si la frac­ture entre une gauche pro­duc­ti­viste et anti­pro­duc­ti­viste tra­verse cha­cun des mou­ve­ments issus des dif­fé­rentes familles des gauches et de l’écologie anti­li­bé­rale, les thèses en faveur de la pla­ni­fi­ca­tion éco­lo­gique, de la relo­ca­li­sa­tion, de la tran­si­tion éner­gé­tique, du ralen­tis­se­ment, d’un reve­nu maxi­mal auto­ri­sé, de la réduc­tion du temps de tra­vail et même de la remise en cause du culte de la crois­sance (pro­duc­ti­visme et consu­mé­risme) sont pré­sentes dans sa campagne.

    Le pro­gramme du Front de gauche n’est pas celui des Objec­teurs de crois­sance. Notre sou­tien n’aurait autre­ment pas de sens puisqu’il irait alors de soi. Je vote­rai Jean-Luc Mélen­chon car de la même façon que je pense que sous la gauche nous pour­rions déso­béir dans de meilleures condi­tions pour mul­ti­plier des expé­ri­men­ta­tions, je sais que nous devrions com­battre pour avan­cer vers un socia­lisme de la décrois­sance, vers ce que je nomme un socia­lisme gour­mand, un socia­lisme du Bien-vivre, en sachant que le Bien-Vivre n’est pas le bien-être au sens de la socié­té de consom­ma­tion occidentale.

    Je vote­rai donc Jean-Luc Mélen­chon car sa can­di­da­ture peut aider au retour à un socia­lisme de la lutte des classes notam­ment dans le champ de la consom­ma­tion pour ne plus nous lais­ser impo­ser les modes de vie capi­ta­listes, à un socia­lisme qui n’oppose pas l’écologie et l’intérêt des classes popu­laires, à un socia­lisme de la pas­sion capable de com­battre le F‑Haine, à un socia­lisme moral capable d’être à la hau­teur de la folie du capi­ta­lisme vert et de son pro­jet d’adapter la pla­nète et l’humanité au besoin du « tou­jours plus », au besoin du capi­ta­lisme et du productivisme.

    Je vote­rai Jean-Luc Mélen­chon sans rien renier de ma concep­tion d’une néces­saire Objec­tion de crois­sance, parce que je suis convain­cu que sa can­di­da­ture peut être un moment pour avan­cer vers la jus­tice cli­ma­tique et sociale, vers une option pré­fé­ren­tielle pour les pauvres… Je vote­rai Jean-Luc Mélen­chon en cla­mant que la relance n’est pas la solu­tion, mais pas davan­tage l’austérité. Je vote­rai Jean-Luc Mélen­chon en disant non à la « Rilance » : ni rigueur ni relance.

    Je vote­rai Jean-Luc Mélen­chon car beau­coup des thèses que j’ai déve­lop­pées dans Le Socia­lisme Gour­mand sont par­ta­gées par ceux qui se retrouvent dans son combat.

    Paul Ariès
    Rédac­teur en Chef du jour­nal le Sarkophage
    Direc­teur de la rédac­tion de la revue les Z’indignées.}}

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