




Salut à tous,
Un billet invité chez Paul Jorion m’a incité à y signaler un livre récent de Frédéric Lordon, et j’y ai vu depuis une nouvelle articulation de la pensée de Frédéric avec la mienne : chose rare, Frédéric est un économiste honnêtement humaniste — non vendu aux marchands — qui ne compte pourtant pas du tout sur une vertu espérée d’acteurs providentiels, mais qui tient plutôt à de bonnes institutions pour imposer et garantir cette vertu, quels que soient les acteurs.
Dans un texte intéressant, « La liberté la servitude et la mort », Crapaud Rouge s’insurge contre l’expression « servitude volontaire », qui revient à dire « Bien fait pour vous » (je peux comprendre qu’on soit parfois tenté de le dire 😉 ), comme si l’exploitation était de la faute des seuls exploités.
Comme bien d’autres, je me suis alimenté avec la thèse de La Boétie, et j’ai un temps pensé que ce jeune homme génial avait identifié un rouage décisif de la mécanique qui rend possible les abus de pouvoir — abus qui sont mon objet d’étude principal. Une formule comme « Soyez résolus de ne plus servir et vous voilà libre » est bien séduisante et a effectivement poussé des générations d’exploités à se révolter.
Mais chacun voit bien pourtant, en même temps qu’il est séduit par l’idée révolutionnaire, que ce n’est pas si simple : c’est oublier la terreur quotidienne imposée par les riches ayant pris le contrôle de l’État et donc du monopole de la force armée (et de la création monétaire) — hier par la force brute, aujourd’hui par l’élection, j’y reviendrai en conclusion.
En lisant le dernier livre de Frédéric Lordon, « Capitalisme, désir et servitude. Marx et Spinoza. », La Fabrique 2010, —toujours aussi intelligent, pétillant, encore un bon livre—, j’ai encore reconsidéré et nuancé mon avis sur « la servitude volontaire ». Je reproduis ici quelques pensées originales de Frédéric qui devraient bien vous intéresser.
Il commence par prendre la formule à rebrousse-poil (« La servitude volontaire n’existe pas »), mais quelques pages plus loin, il nuance (« domination à tous les étages », c’est-à-dire servitude volontaire mais collective). C’est intéressant.
Spécialiste de la monnaie et du financement de l’économie, Frédéric n’oublie pas ce rouage essentiel de la domination des riches qu’est l’argent rare.
Je suis curieux de connaître votre avis sur l’analyse de cet ami, indécrottable spinoziste, chacun l’aura compris.
Frédéric Lordon, « Capitalisme, désir et servitude. Marx et Spinoza. »,
La Fabrique 2010.
Extrait (page 30 et s.) :
La servitude volontaire n’existe pas.
La dépendance à l’objet de désir « argent » est le roc de l’enrôlement salarial, l’arrière-pensée de tous les contrats de travail, le fond de menace connu aussi bien de l’employé que de l’employeur. La mise en mouvement des corps salariés « au service de » tire son énergie de la fixation du désir-conatus sur l’objet argent dont les structures capitalistes ont établi les employeurs comme seuls pourvoyeurs.
Si le premier sens de la domination consiste en la nécessité pour un agent d’en passer par un autre pour accéder à son objet de désir, alors à l’évidence le rapport salarial est un rapport de domination. Or d’une part l’intensité de la domination est directement proportionnée à l’intensité du désir du dominé dont le dominant détient la clé. Et d’autre part l’argent devient l’objet d’intérêt-désir hiérarchiquement supérieur, celui qui conditionne la poursuite de tous les autres désirs, y compris non-matériels, quand l’accumulation primitive a créé les conditions structurelles de l’hétéronomie matérielle radicale et que toute l’évolution ultérieure du capitalisme travaille à l’approfondir davantage : « La présupposition première de toute existence humaine, partant de toute histoire [est] que les hommes doivent être à même de vivre pour pouvoir « faire l’histoire ». Mais pour vivre, il faut avant tout boire, manger, se loger, s’habiller et quelques autres choses encore (13). »
Dans l’économie monétaire à travail divisé du capitalisme, il n’y a pas plus impérieux que le désir d’argent, par conséquent pas de plus puissante emprise que celle de l’enrôlement salarial.
Il faut manifestement en revenir à ce genre d’évidence pour défaire l’idée de « servitude volontaire », cet oxymore dont l’époque voudrait faire la clé de lecture du rapport salarial et de ses développements manipulateurs récents (il est vrai) les plus inquiétants.
Est-il possible de dire que la thèse de La Boétie vaut mieux que son titre ? Si oui, on pourra ajouter que la chose étonnante tient à la précocité de formulation d’un thème qui concentre avant l’heure toutes les apories de la métaphysique subjectiviste dont est nourrie la pensée individualiste contemporaine, mais aussi la façon pratique dont l’individu se rapporte spontanément à soi : l’individu-sujet se croit cet être libre d’arbitre et autonome de volonté dont les actes sont l’effet de son vouloir souverain. Il pourrait n’être pas serf s’il voulait suffisamment fort l’affranchissement, par conséquent s’il l’est c’est par défaut de volonté — et sa servitude a contrario est volontaire.
Sous une telle métaphysique de la subjectivité, la servitude volontaire est vouée à demeurer une insoluble énigme : comment peut-on « vouloir » ainsi un état notoirement indésirable ? À défaut d’un quelconque éclaircissement de ce mystère, l’évocation de la servitude volontaire, faisant jouer la tension d’une aspiration à la liberté persistant inexplicablement à rester inaccomplie, ne peut avoir d’autre portée que celle, politique, d’un appel à un soulèvement de la conscience, ce qui n’est déjà pas mal, mais en aucun cas celle d’une compréhension par les causes de cet inaccomplissement.
Parmi tant d’autres rapports de domination, le rapport salarial comme capture d’un certain désir (le désir d’argent des individus s’efforçant en vue de la persévérance matérielle-biologique) expose dans sa nudité le principe réel de l’asservissement : la nécessité et l’intensité d’un désir. Pour revenir de là à l’idée de « servitude volontaire » restaurée, il faudrait soutenir que nous sommes entièrement maîtres de nos désirs…
Le cas du rapport salarial a de ce point de vue la vertu d’indiquer qu’il est des désirs qui ne s’imposent nullement sur le mode du libre choix — ou alors il faudrait, parler de servitude volontaire également à propos de celui à qui on a mis un pistolet sur la tempe et qui obéira à tout sous le désir (puissant) de ne pas mourir, capturé (lui et son désir) par son preneur d’otage.
Ce sont les structures sociales, celles des rapports de production capitalistes dans le cas salarial, qui configurent les désirs et prédéterminent les stratégies pour les atteindre : dans les structures de l’hétéronomie matérielle radicale, le désir de persévérer matériellement-biologiquement est déterminé comme désir d’argent qui est déterminé comme désir d’emploi salarié.
Mais l’exemple salarial, avantageux pour faire apercevoir l’hétéronomie de son désir associé, se retournerait en son contraire s’il était cantonné à sa particularité. Nul plus que Spinoza ne s’est efforcé de poser l’hétéronomie du désir comme une absolue généralité. Le conatus, force désirante générique et « essence même de l’homme (14)», est d’abord, ontologiquement parlant, pur élan, mais sans direction définie.
Pour le dire dans les termes de Laurent Bove, il est un « désir sans objet (15)». Les objets à poursuivre lui viendront très vite ! mais tous désignés du dehors. Car le désir est contracté par la rencontre des choses, leurs souvenirs et toutes les associations susceptibles d’être élaborées à partir de ces événements que Spinoza nomme des affections. « Le désir — dit l’intégralité de la première définition des affects — est l’essence même de l’homme en tant qu’elle est conçue comme déterminée par une quelconque affection d’elle-même à faire quelque chose ». La formule n’est pas moins obscure que celle de la persévérance dans l’être et pourtant dit exactement ce qu’il faut entendre : l’essence de l’homme qui est puissance d’activité, mais pour ainsi dire générique et, comme telle, intransitive, force pure de désir mais ne sachant pas encore quoi désirer, ne se fera activité dirigée que par l’effet d’une affection antécédente — un quelque chose qui lui arrive et la modifie —, une affection qui lui désignera une direction et un objet sur lesquels s’exercer in concreto.
Il en résulte un renversement radical de la conception ordinaire du désir comme traction par du désirable préexistant. C’est plutôt la poussée du conatus qui investit les choses et les institue comme objets de désir (16).
Et ces investissements sont entièrement déterminés par le jeu des affects. Une affection — quelque chose qui advient —, un affect — l’effet en soi, triste ou joyeux, de l’affection —, l’envie de faire quelque chose qui s’ensuit – posséder, fuir, détruire, poursuivre, etc. : la vie du désir ne fait qu’élaborer à partir de cette séquence élémentaire. Elle élabore le plus souvent par le jeu de la mémoire et des associations. Car les affections et les affects qui en ont résulté laissent des traces (12), plus ou moins profondes, plus ou moins remobilisables, les anciennes joies ou tristesses contaminant par connexité de nouveaux objets ainsi faits objets de désir (18) — Swann ne tombe-t-il pas amoureux d’Odette pour cette seule raison qu’elle lui rappelle une délicate carnation aimée dans une fresque de Botticelli ?
Et quand le désir ne passe pas ainsi d’un objet à un autre par association et remémoration, il circule entre les individus qui s’induisent les uns les autres à désirer par le spectacle mutuel de leurs élans (19), et ceci moins dans des rapports strictement bilatéraux qu’au travers de médiations essentiellement sociales, d’où peut d’ailleurs sortir la plus grande variété des émulations de désir : j’aime parce qu’il aime, ou : si c’est lui qui aime, alors j’aime moins, ou encore plus, ou… je déteste précisément parce qu’il aime ! (comme on sait, le goût d’un groupe social peut être le mauvais goût d’un autre, et donc le désir de poursuivre des uns, le désir d’éviter des autres, etc.)
Mais l’exploration des infinies convolutions de la vie passionnelle selon Spinoza est une affaire en soi (20), dont le point vraiment important ici souligne la profonde hétéronomie du désir et des affects — gré des rencontres passées et présentes, dispositions à remémorer, lier et imiter formées au long de trajectoires biographiques (sociales). Et surtout : rien, absolument rien qui soit de l’ordre d’une volonté autonome, d’un contrôle souverain ou d’une libre auto-détermination. Sa vie passionnelle s’impose à l’homme et il y est enchaîné, pour le meilleur ou pour le pire, au hasard des rencontres réjouissantes ou attristantes, dont lui manque toujours le fin mot, c’est-à-dire la compréhension par les causes réelles.
Bien sûr, Spinoza écrit une Éthique, et trace une trajectoire de libération — qu’il ne revient, au demeurant, à aucune résolution dérisoire d’emprunter (21). Mais peu nombreux sont les émancipés — en a‑t-on seulement jamais rencontré un ? Pour le lot commun, le titre de la quatrième partie de l’Éthique annonce la couleur sans ambiguïté : De la servitude humaine, ou de la force des affects. Et la première phrase de sa préface de même : « J’appelle Servitude l’impuissance humaine à diriger et à réprimer les affects ; soumis aux affects, en effet, l’homme ne relève pas de lui-même mais de la fortune… » L’ordre fortuit des rencontres et les lois de la vie affective au travers desquelles ces rencontres (affections) produisent leurs effets font de l’homme un automate passionnel.
Évidemment, toute la pensée individualiste-subjectiviste, construite autour de l’idée de la volonté libre comme contrôle souverain de soi, rejette en bloc et avec la dernière énergie ce verdict d’hétéronomie radicale. C’est bien ce rejet qui s’exprime, par anticipation chez La Boétie, par quasi-incorporation chez les contemporains, dans l’idée de « servitude volontaire » puisque, hors la contrainte dure de la soumission physique, on ne saurait se laisser attacher qu’en l’ayant peu ou prou « voulu » — et quelque mystérieux que soit voué à demeurer ce vouloir.
Contre cette insoluble aporie, Spinoza propose un tout autre mécanisme de l’aliénation : les véritables chaînes sont celles de nos affects et de nos désirs. La servitude volontaire n’existe pas. Il n’y a que la servitude passionnelle. Mais elle est universelle.
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L’asymétrie de l’initiative monétaire.
Que la nécessité de la persévérance matérielle-biologique soit vécue sur le mode de la « contrainte », ou de la « corvée », donc en rupture avec les tonalités habituellement prêtées à l’élan désirant et son transport, indique seulement quelles restrictions opère spontanément l’expérience commune, et, conceptuellement parlant, ne soustrait en rien cette nécessité à l’ordre du désir : nous nous efforçons bel et bien vers les objets jugés utiles à notre reproduction, et il suffit pour s’en convaincre de voir quel acharnement les hommes y mettent, jusqu’à la violence, viennent ces objets à manquer (pénurie grave, catastrophe naturelle, etc.)
C’est donc bien sur ce tout premier désir que fait fonds l’enrôlement salarial : l’employeur occupant dans la structure sociale du capitalisme la position du pourvoyeur d’argent, il détient la clé du désir basal, hiérarchiquement supérieur, condition de tous les autres — survivre — et, par définition, les tient dans sa dépendance.
On objectera que la situation stratégique de dépendance est bien plus symétrique puisque l’employeur vise lui aussi un certain objet de désir dont l’employé est détenteur : de la force de travail. De la force de travail plutôt que sa force de travail, car le déséquilibre entre le nombre des employeurs et des employés (du fait même que la production est collective) rend fongible, au moins par classes de compétences, la force de travail ; et, du point de vue de l’employeur, celle-ci (cette force-ci) fera aussi bien l’affaire que celle-là. Aussi la fongibilité qui permet à l’employeur de puiser de la force de travail dans la population indifférenciée des employables est-elle le premier élément ramenant à de modestes proportions la symétrie formelle du capital et du travail sous le rapport de leur dépendance mutuelle.
Le second tenant à leurs capacités respectives à tenir sans l’autre. Lequel des deux peut différer le plus longtemps l’obtention de son objet de désir détermine celui qui passera sous la domination de l’autre. Or, comme l’attestent indirectement la rareté et la précarité des rébellions salariales, c’est le capital qui a le temps d’attendre. La force de travail individuelle, elle, doit se reproduire tous les jours. La fermeture de son accès à l’argent lui est très rapidement fatale et ne peut être combattue que par l’organisation de formes ou d’autres de solidarité salariale.
On peut donc bien constater formellement que les apporteurs de machines n’ont pas moins besoin des apporteurs de travail que les apporteurs de travail des apporteurs de machines pour produire quoi que ce soit, toute la situation stratégique réelle installée par leur rapport, tel qu’il est déterminé par les structures sociales du capitalisme, distord la symétrie première en dépendance, et par conséquent en domination.
Quant à la distribution des agents entre les places de capitalistes et de salariés au sein de la structure sociale du capitalisme, elle se joue très en amont, et là encore au travers de la question stratégique de l’accès à l’argent. Le capitaliste, fournisseur d’argent du salarié, a lui aussi besoin de trouver son propre fournisseur et même dans des proportions bien plus importantes puisqu’il doit préfinancer tout le cycle de production (le besoin en fonds de roulement). Le fournisseur d’argent du capitaliste est le banquier. Mais le banquier ne fournit que du levier limité, c’est-à-dire un complément d’endettement à ajouter à un stock de capital propre déjà constitué. C’est la capacité à constituer un tour de table et à réunir une base de fonds propres qui départage les « candidats » à la position de capitaliste, l’idée de candidature étant d’ailleurs assez mal choisie puisque ceux qui ne disposent que de leur force de travail et n’ont d’autre accès à l’argent qu’après sa vente, là où précisément il s’agit de se montrer capable de l’avance, sont hors-course dès le début.
Si l’on entend par « finance » l’ensemble des mécanismes qui permettent à un agent de (temporairement) dépenser plus qu’il ne gagne, c’est la capacité d’accéder à l’argent sur le mode non-salarial de la finance qui désigne le possible capitaliste. La différence fondamentale tient au fait que, là où le mode salarial de l’accès à l’argent s’effectue sous l’espèce du flux, c’est-à-dire dans des quantités qui permettent de reproduire la force de travail à échéance rapprochée mais ne permettent pas de voir au-delà de cet horizon temporel borné, le mode financier de l’accès à l’argent s’effectue sous l’espèce du stock, c’est-à-dire avec l’espoir de franchir le seuil critique du processus d’accumulation par la mise en valeur autoentretenue (le capital croissant de lui-même du fait de sa capacité à dégager du surplus) — et c’est donc, plus qu’à l’argent simple, au capital-argent que le capitaliste a l’accès privilégié.
L’Antoine Doinel des Quatre cents coups qui, cherchant les moyens de sa reproduction matérielle après avoir rompu avec la famille et l’école, envisage un bref instant de se lancer dans les affaires, donne à son camarade de fugue le résumé fulgurant des contraintes d’un devenir capitaliste : « C’est une question de fric au départ », proposition synthétique où s’exprime, sous la forme de l’enjeu stratégique (« c’est une question de… »), la contrainte de l’accès à l’argent, mais ex ante sous la forme décisive de l’avance monétaire (« au départ »), c’est-à-dire comme stock de capital-argent, et non pas ex post comme rémunération d’une force de travail qui consomme l’argent à se reproduire et ne peut voir au-delà. Si bien conscient de la nécessité de disposer préalablement de ce stock, Antoine Doinel qui, partant de rien, envisage de voler un des meubles du père de son camarade pour le convertir en (capital-) argent, établit par là même cette connexion du stock préalable et du vol initial, et découvre, en pratique pour lui, sous la forme du dévoilement pour nous, l’effraction originelle de l’accumulation primitive.
Pour le dire à la manière d’une quasi-tautologie ou bien par une métaphore balistique, « se lancer » dans les affaires nécessite un lancement, c’est-à-dire un apport initial (d’argent/d’énergie) qui fait passer le seuil critique — l’équivalent capitaliste de la vitesse de libération.
Il en résulte une inégalité fondamentale sous le rapport de la capacité sociale des individus à poursuivre un désir de faire capitaliste. Seuls ceux qui disposent de l’initiative monétaire sous la forme d’un stock (d’argent) peuvent s’y adonner et combiner la réalisation de choses avec leur reproduction matérielle, parfois avec la constitution de la fortune. Les autres demeurent rivés à l’horizon du désir basal, à la pesanteur de leur reproduction simple, désir qui conditionne tout mais compte pour rien, puisqu’il n’est que le prérequis à la poursuite de tous les autres désirs jugés supérieurs en accomplissement, comme si l’ordre du désir (du point de vue des individus) ne commençait véritablement qu’au-delà de la satisfaction de ce désir basal, pour laquelle la seule solution socialement offerte consiste en l’enrôlement salarial.
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Domination à tous les étages.
Le paysage de la domination est cependant moins simple que ne le suggère l’antagonisme bipolaire dont Marx a fait l’analyse. Car le face-à-face d’un patron propriétaire et d’une masse de prolétaires encadrés par quelques contremaîtres a cédé la place à des structures d’entreprises de plus en plus feuilletées du fait de l’approfondissement de la division du travail et de la spécialisation internes. La chaîne hiérarchique y compte un nombre sans cesse accru de niveaux intermédiaires qui diffractent le rapport de domination principal en une myriade de rapports de domination secondaires. À chaque niveau de la chaîne se tiennent des agents qui vivent le rapport salarial sur le mode ambivalent subordonné-subordonnant puisque chacun est sous les ordres en même temps qu’il a sous ses ordres. Aussi la forme canonique du rapport opposant un dominant (ou un petit nombre de dominants) à la masse des dominés éclate-t-elle en une imbrication hiérarchique de dépendances qui dessine une sorte de gradient quasi continu de la domination.
Si la thèse de La Boétie vaut infiniment mieux que son titre, c’est précisément à ce moment qu’elle le manifeste le mieux. Car, mentionnée l’idée d’un habitus de la servitude qui conduit des peuples, par lente accoutumance, à vivre la soumission comme une condition ordinaire, La Boétie insiste surtout sur le jeu des chaînes de dépendance au long desquelles les individus, séparément, sont tenus par leurs intérêts. Du souverain et par cercles concentriques de subordonnés de rangs successifs jusqu’aux plus bas niveaux de la hiérarchie sociale, descendent faveurs et avantages, souvent vitaux, au sens symbolique et existentiel dans les strates les plus hautes, au sens matériel dans les strates les plus basses.
C’est donc une structure hiérarchique de la servitude que donne à voir La Boétie, et l’on conçoit mal que son renversement puisse être à la portée d’une quelconque « volonté » puisqu’en chacun de ses étages s exerce une domination d’autant plus intense que le dominant local est lui-même dominé et rendu aux abois par sa propre dépendance.
À l’image de la société tout entière de La Boétie, convergeant vers le souverain qui est la source ultime de la faveur, et tenue en tous ses étages par les jeux du désir-intérêt, la grande entreprise est un feuilletage hiérarchique structurant la servitude passionnelle de la multitude salariale selon un gradient de dépendance. Chacun veut, et ce qu’il veut est conditionné par l’aval de son supérieur, lui-même s’efforçant en vue de son propre vouloir auquel il subordonne son subordonné, chaîne montante de dépendance à laquelle correspond une chaîne descendante d’instrumentalisation.
On pourrait dire de Norbert Elias qu’il est à sa manière un continuateur de La Boétie. En tout cas l’idée de chaînes de dépendance tient dans sa pensée une place tout à fait centrale. C’est même de leur allongement et de leur intensification, expressions de l’approfondissement de la division du travail et de la « densification » de la vie sociale, que naissent les principales incitations à réguler les comportements individuels, à les décourager de céder aux explosions colériques violentes, à les conduire à la contention et au calcul : car rompre avec éclat est maintenant le plus sûr moyen de perdre les biens convoités — puisque c’est rompre avec celui ou ceux par qui passe la poursuite de ces biens. Le compromis et l’arbitrage inter-temporel sont les schèmes d’action lentement incorporés par apprentissage dans ce nouveau contexte relationnel caractérisé par l’étirement des médiations stratégiques. « Médiation stratégique » signifie ici que le chemin est de moins en moins direct du sujet désirant à l’objet désiré, et qu’il passe par des intermédiaires de plus en plus nombreux, dont chacun doit être honoré, ou au moins ménagé.
Il faut incidemment se garder de comprendre l’idée de stratégie en un sens ouvertement réfléchi et calculateur — évidemment il ne faut pas l’exclure non plus. Mais si l’on décide d’appeler stratégique l’ensemble des actions concaténées pour parvenir à une fin désirée, alors il faut accorder que ces concaténations peuvent tout aussi bien être le produit de manières de faire incorporées au point de ne plus être réfléchies et de jouer sur des modes quasi automatiques — cela même que Bourdieu appelle l’habitus. Par stratégique il faut donc entendre, plus fondamentalement, la logique même du désir et l’ensemble des façons dont il fraye ses voies, que ces façons procèdent du calcul posé ou bien de la conduite par les affects (22) ; et Laurent Bove ne commet aucune contradiction en parlant de « stratégies du conatus (23) » alors même que la philosophie spinoziste de l’action rompt radicalement avec le modèle de la décision calculatrice souveraine (tout en étant fort capable de l’inclure mais comme l’un de ses cas très particuliers, d’ailleurs nullement dérogatoire, contrairement à une lecture superficielle, à la logique d’ensemble de la vie passionnelle).
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Notes :
13. Karl Marx, Friedrich Engels, L’Idéologie allemande, Éditions sociales, 1982, p. 86.
14. Eth., III, définition des affects I.
15. Laurent Bove, « Éthique, partie III », in Pierre-François Moreau et Charles Ramond (dir.), Lectures de Spinoza, Ellipses, 2006.
16. Eth., III, 9, scolie.
17. Sur l’importance du corps traçable, du corps retenant des traces (vestigia) comme support de la mémoire, et sur la causalité vestigiale de la vie affective, l’ouvrage de référence est celui de Lorenzo Vinciguerra, Spinoza et le signe. Genèse de l’imagination, coll. « âge classique », Vrin, 2005.
18. Eth. III, 15, corollaire : « Du seul fait que nous avons considéré un objet en même temps que nous étions affectés d’une joie ou d’une tristesse dont il n’était pourtant pas la cause efficiente, nous pouvons l’aimer ou le haïr ».
19. Eth., III, 27.
20. Voir Alexandre Matheron, Individu et communauté chez Spinoza, coll. « Le sens commun », Minuit, 1988.
21. Pascal Sévérac, Le devenir actif chez Spinoza, Honoré Champion, 2005.
22. Une fausse antinomie (celle du « calcul » et des « affects ») par excellence. Voir « Homo Passionalis Œconomicus », Actes de la Recherche en Sciences Sociales, à paraître 2011.
23. Laurent Bove, La stratégie du conatus. Affirmation et résistance chez Spinoza, coll. « âge classique », Vrin, 1996.
(Source : Frédéric Lordon, « Capitalisme, désir et servitude. Marx et Spinoza. », La Fabrique 2010.)
Frédéric est venu à ASI (Arrêt sur images),
pour parler de ce livre « Capitalisme, désir et servitude »
avec Judith Bernard,
le 30 septembre 2010 :
http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=3405
https://dai.ly/k25IXUuVELqimQ1HOjb
D@ns le texte avec Frédéric Lordon par asi
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Mon commentaire :
Encore une fois, nos pensées convergent, avec Frédéric, mais je le vois rater (avec Spinoza, que je trouve pour ma part désespérant) la pièce juridique qui me paraît si importante, la clef de voûte, indispensable pour que l’édifice puisse tenir :
Après avoir identifié clairement l’élection comme la procédure qui permet aux riches de prendre le contrôle de la force publique, je connais, moi, une procédure juridique capable de protéger durablement, par construction, la politique contre les affections, une procédure qui ne laisse presque aucune place à la volonté (et donc aucune place à la volonté manipulée, trompée ou violentée).
Vous me voyez venir, bien sûr : ce qui peut libérer la politique des affections, et que n’a pas envisagé Spinoza, c’est… le tirage au sort.
Peut-être un jour cette graine d’idée, que je crois plus révolutionnaire que celle de La Boétie, germera-t-elle dans le cerveau de Frédéric, qui me devient si familler.
Au plaisir de vous lire.
Étienne.
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Cher Etienne,
J’ai trouvé le dernier livre de Lordon tout à fait captivant. En attendant de le relire et de le re-relire pour bien tout digérer, de nombreuses questions se posent à moi.
La première concerne la méthodologie de travail de Lordon. Ses propos ont un écho important chez moi, tant la façon dont il décrit le monde du travail correspond nettement à mon vécu. J’ai bossé dans différentes multinationales et j’ai donc pu expérimenter différents types de management que je retrouve, d’une manière ou d’une autre, abordés dans le livre. Je me demande comment il fait pour avoir une connaissance aussi précise et réaliste du fonctionnement de l’entreprise alors qu’il n’y travaille pas ?
Ma deuxième question concerne un sujet sur lequel je m’interroge depuis quelque temps et qui est résumé dans l’acronyme HSE (Health, Safety & Environment). Dans mon secteur d’activité, c’est une priorité majeure, d’inspiration anglo-saxonne, dans laquelle s’implique tout le management. J’avoue n’avoir jamais très bien compris pourquoi l’entreprise dépensait tant d’énergie à ce sujet. On m’a expliqué qu’en fait les accidents coûtaient très chers, tant en termes pécuniaires qu’en terme d’image. Je veux bien le croire mais cette explication ne me satisfait qu’à moitié et je me suis toujours demandé pourquoi, dans nos bureaux, les pratiques HSE devenaient aussi intrusives, aussi intimement liées à nos vies personnelles. Quel rapport entre la façon dont je me comporte dans les escaliers et les accidents mortels sur un chantier au Moyen-Orient ? Fallait-il vraiment que je perdre mon temps à écouter un représentant d’un client américain m’expliquer la nécessité d’avoir un plan d’évacuation dans mon appartement en cas d’incendie ? Et pourquoi attachons nous tant d’importance au port du casque sur notre chantier en Asie alors que, dès la grille franchie, les ouvriers enfourchent leurs motos à trois, sans aucune protection ?
En lisant Lordon, je me suis demandé si je ne tenais pas là une partie de la réponse à ma question. Les exagérations auxquelles nous sommes maintenant soumis vis-à-vis des pratiques HSE – totalement acceptables ceci dit, quand elles restent raisonnables – ne constituent-elles pas une façon indirecte de réduire la dérive α ? En essayant de nous faire adhérer à cet espèce de totalitarisme HSE, ne cherche-t-on pas le fameux enrôlement total dont il parle ? En plaçant le HSE au centre de toutes nos préoccupations, ne cherche-t-on pas à orienter notre désir en lui donnant un contenu maîtrisable par l’entreprise rendant ainsi en fin de compte ce désir, et donc nos actions, contrôlables ? Ne cherche-t-on pas en fait, sous des prétextes très moralement acceptables (qui peut raisonnablement souhaiter qu’il y ait des accidents et donc qui refuserait de s’impliquer dans le HSE ?) à nous imposer nos désirs ? N’y aurait-il pas là quelque chose de l’ordre de la « fixation » ?
Ma troisième question concerne une pratique récente pour laquelle des formations ont même vu le jour et qu’on appelle le Management Transversal. Cela consiste à « manager » sans autorité hiérarchique. Il s’agit donc d’obtenir que d’autres fassent ce que je souhaite sans pouvoir l’exiger au titre d’un lien hiérarchique. Développer des méthodes de Management Transversal me semble être une nouvelle manière d’essayer de développer des affects positifs chez les collaborateurs, et ce de manière indirecte, sans faire intervenir la contrainte visible de l’autorité, permettant ainsi à la hiérarchie de ne pas céder de cette même autorité. N’est-ce pas une manière subtile de camoufler le « désir-maître » en le transformant en désir de salarié qui le dirigera vers un autre salarié au moyen d’affects de type joyeux puisqu’il n’a pas d’autres moyens à sa disposition, ne possédant pas l’autorité ?
Enfin ma quatrième question, qui sera la dernière, traite aussi d’un sujet qui m’interpelle depuis longtemps. Lordon dit (p.87) qu’il est plus efficace de régner à l’amour qu’à la crainte. Il se trouve que j’ai connu ce que l’on peut appeler le management par la terreur et qu’au-delà des dégâts collatéraux qu’il pouvait engendrer, il se révélait relativement efficace. Je me demande donc si sur ce point particulier, Lordon ne prend pas ses désirs pour des réalités.
J’avoue que j’étais un peu perplexe quant à ma capacité de comprendre un texte pareil. Je mentirais si je disais que j’ai tout assimilé mais je dois reconnaître que ce fut plus facile que ce que je pensais. Je me suis en fait rendu compte qu’il y avait une façon particulière de le lire : tout est dans le rythme ! Il ne faut pas trop ralentir sur les mots compliqués au risque de tomber et de perdre le fil mais il faut poursuivre allégrement jusqu’au bout de la phrase dont le sens général finit par apparaitre, malgré les embuches. J’espère que cela n’est pas du en réalité au fait que je n’ai … rien compris ! Il est aussi fort possible qu’avoir auparavant visionné la remarquable émission d’@si consacrée au livre m’ait facilité les choses. J’ai trouvé Judith exceptionnelle dans sa capacité à traduire la pensée « Lordonienne » pour le profane.
Je suis loin d’avoir fait le tour de cet ouvrage qui comptera pour moi et qui m’a fait penser à Winston Smith à qui G.Orwell fait dire dans 1984 que « les meilleurs livres sont ceux qui racontent ce que l’on sait déjà. » Pour ma part, j’ai vraiment eu l’impression de faire ressurgir à la surface des choses oubliées qui auraient été enfouies dans les profondeurs de ma conscience et qui apparaissaient avec la force de l’évidence, malgré quelques difficultés de compréhension localisées, comme si je les avais toujours sues.
RST (un « perpendiculaire » en puissance)
Merci RST, pour ce long commentaire.
On prend effectivement un risque d’erreur à lire Frédéric (mais qui donc est assez présompteux pour prétendre être à l’abri de l’erreur ?) : il m’a signalé le soir même — mais en remettant l’explication à un peu plus tard — que je commettais un contresens sur le mot « affections ». Je l’ai relu, j’ai cherché (rapidement) chez Spinoza, je n’ai pas compris le contresens… J’attends donc les explications de mon Lordon préféré. 🙂
Je te signale un autre livre qui devrait te plaire, que j’ai reçu cette semaine, et qui en remet une couche (passionnante) sur le management, c’es-à-dire l’oppression scientifique de l’homme par l’homme : il s’intitule « Extension du domaine de la manipulation. De l’entreprise à la vie privée. », de Michela Marzano. Vraiment bien.
Amicalement.
Étienne.
Bon, moi je trouve que Lordon est un excellent intellectuel mais sur ce sujet je préfère quand même l’analyse de La Boétie, car elle est plus simple.
D’un côté on pourra dire que le rapport de domination économique se base sur la rareté de l’argent, mais si je regarde au Japon avec leur catastrophe, les gens sérieux disent que s’ils ont beaucoup perdu, les évènements les ont obligés à redécouvrir la solidarité.
Moins de biens, plus de liens.
Paradoxalement, le chemin vers la liberté me semble plus prometteur.
Cher Béo,
Ce que cache le superbe mot liberté, quand elle est elle-même trop en liberté, c’est l’asservissement absolu du plus grand nombre par les plus forts.
Entre le fort et le faible, c’est la loi qui protège et la liberté qui asservit. (Lacordaire)
On pourrait s’entendre tous les deux sur le fait que toute exagération est nuisible, même en matière de liberté.
Non ?
Qui le croirait ? Même la vertu a besoin de limites (Montesquieu).
Amicalement.
Étienne.
Je suis bien d’accord.
–
« You must be the change you want to see in the world » – Mahatma Gandhi
Si les « tirés au sort » sont volontaires et non « victimes du devoir citoyen », peuvent-ils représenter la volonté populaire si la majorité populaire n’est pas « volontaire » ?
Pour l’instant, il semble que seule une élite spécifique soit adepte du tirage au sort : cela pose le problème du « sens de l’engagement » par rapport à la « valeur morale » du tirage au sort : quand peut-on parler de « volonté populaire » ?
A partir de combien de victimes de Kadhafi s’aperçoit-on que le peuple lybien insurgé exprime une « volonté » ?
A partir de combien de victimes de l’Otan va-t-on conduire les citoyens insurgés à douter de leur propre « volonté populaire » ?
À ce moment là, il vaut mieux parler d’initiative citoyenne, plutôt que de volonté populaire.
Comme en démocratie, ce qu’il y a de plus important, c’est la volonté populaire, il faut donc que le peuple accepte par référendum une constitution où sera concrétisé le principe d’initiative citoyenne.
Le peuple gardant le pouvoir car chaque décision importante sera soumise à référendum.
Oui, la casserole d’eau est sur le feu…
On peut prendre des échantillons « tirés au sort », et être satisfait d’une opération « démocratique », qui donne « la vraie température de la masse »…
Quand elle bout,cela n’a rien à voir avec le référendum dit d’initiative populaire : soit on était prévenu par « l’échantillon », soit, cette fourbe, elle « se décide » avant qu’on comprenne les conditions nécessaires et suffisantes du phénomène…Jacquard raconte un peu la même chose au sujet de l’étang qui se glace, soudainement, sans préavis, et dans sa masse : il observe que le phénomène se réalise avec un grand décalage par rapport à « la loi du zéro degré » : parfois il fait moins 3 depuis trop longtemps… et il fait une comparaison qui vaut avertisement, avec les sociétés qui se figent et tétanisent leurs citoyens : nos sociétés sont « déjà mortes », mais nous ne le savons pas vraiment, et nous méditons les « prises de tirage au sort »…la physique complexe explique un phénomène massif : pendant « un certain temps, aléatoire, le zéro nécessaire au gel est généralisé et dépassé, mais rien n’apparait… « l’initiative citoyenne » n’obéit pas, elle non plus, à des lois simple, et de façon inattendue, un peuple arabe entier prend son « initiative citoyenne »
C’est l’énergie cinétique dégagé par l’eau en mouvement qui lui permet de ne pas geler à 0ºC.
C’est pour cela que les rivières de montagne situées plus haut ne gèlent pas, alors que les étangs sans circulation gèlent très vite.
On peut appliquer ces phénomènes physiques au mouvement des masses humaines aussi.
C’est pour cela que le pouvoir à besoin de nous endormir, de nous rendre impossibles toute alternative qui opte pour le mouvement organisé et durable pour mieux nous contrôler.
Oui, et la meilleure méthode pour l’endormissement c’est l’illusion du mouvement.
En France chaque média parle abondament de l’élection présidentielle, comme si cela allait changer quelque chose.
Je suis en plein dedans. C’est intense mais passionnant. La plus grande révélation de ce livre pour moi reste le Spinosisme, mais la façon qu’à Frederic Lordon de le reprendre à son compte pour une lecture de notre société est géniale.
(Le contresens que pointe Mr Lordon ne viendrait pas de la phrase « une procédure juridique capable de protéger durablement, par construction, la politique contre les affections » ? On ne se protège pas des affections, les affections n’ont pas de force mobilisatrice en elles-même mais qu’indirectement via leur capacité à réorganiser notre complexe désirant. Je joue à cherchez l’erreur 😉 )
Merci Colas,
je vais demander à mon Lordon préféré si Colas a vu juste 😉
Ceci dit, si c’est cela, je n’imagine pas tant protéger les hommes individus contre leurs propres affections, que protéger plutôt « la politique toute entière » — et plus précisément encore, protéger « la désignation des représentants politiques » — contre les différentes affections prévisibles.
Je suis sûr que — sans atteindre la perfection, OK — on peut faire mieux qu’aujourd’hui.
Étienne.
Oui, non, sur le fond, votre propos me va, c’est simplement une question de sémantique, j’aurais choisis personnellement de parler dans ce contexte de désirs, et non d’affections. Que ce soit le désir d’un élu de rester populaire en vue d’un second mandat, et ce que cela peut entrainer comme dérive, ou le désir d’un électorat suscité par un programme alléchant (et peut-être pourtant vide d’intentions réelles), si il faut se protéger via une stochocratie, c’est de désirs et non d’affects. Mais le dernier entrainant le premier, bon … on peut sans doute assez facilement trouver un argumentaire dans la plupart des cas pour inter-changer les deux termes, alors je parle un peu pour ne rien dire.
Quand à savoir si l’on peut faire mieux via un tirage au sort, personnellement, j’épluche votre site web depuis 3 jours, maintenant il faut que j’aille voir ailleurs trouver la faille 😉
Salutations Étienne,
Concernant la question de l’asservissement (la « servitude volontaire »), j’aimerais vous communiquer une réflexion, sans doute simple, mais peut-être pas trop bête. Je vais essayer de faire court, mais je ne promet rien.
Le point de mon approche est de chercher l’origine, la cause des causes, de ce qui cloche dans la civilisation. C’est dans un passage du film Matrix qu’un élément de réponse m’a titillé. J’aborde cela dans mon analyse critique du Projet Venus (http://morpheusfd12.orbideo.com/article/analyse-critique-du-projet-venus‑2–2).
Pour résumer ici, je postule que le phénomène de « civilisation » en lui-même pourrait bien être l’origine de la disharmonie qui règne dans notre société actuelle (la « cause des causes »). Il s’agit d’une intuition qu’il me faudrait certainement approfondir. Je lance la piste.
Ce que j’avance est que nous avons tendance à réduire l’histoire humaine aux quelques 8 ou 10 mille ans de civilisation, c’est-à-dire somme toute une très petite période de l’histoire humaine véritable. Avant l’avènement des premières cités-états (notamment Sumer), nous avons tendance à ne pas nous soucier ni nous intéresser à la manière dont les hommes vivaient. Beaucoup considèrent qu’il s’agissait d’humains primitifs, ayant une vie pénible et sans intérêt, des tribus nomades ou semi-nomades devant faire face à une nature féroce et impitoyable.
Je crois que c’est très réducteur. Et j’ai l’intuition également que ce désintérêt (pour ne pas dire mépris) dans lequel nous tenons ces ancêtres est pour partie dû à la prégnance d’une vieille anthropologie colonialiste ayant encore parfois cours, consciemment ou inconsciemment. Et d’autre part, cette sorte de dédain est sans doute aussi en partie due à l’idée supérieure que nous nous faisons de la civilisation (opposée à la « barbarie »).
C’est un point de vue que nous aurions tout intérêt à quitter afin d’embrasser une meilleure vue d’ensemble et poser un jugement critique sur cet avènement qui change radicalement la donne (la civilisation) dans l’histoire humaine, en acceptant l’idée qu’avec tout un tas de choses formidables et remarquables, c’est aussi tout un tas d’abominations et d’horreurs que nous avons à notre bilan.
Je postule que la disharmonie est venue précisément de la vie en cité, en cela que c’est ce mode de vie qui a, progressivement, coupé les humains de leur accord avec les rythmes naturels (dont Louis Charpentier nous dit qu’ils sont la manifestation du spirituel dans la matière).
En effet, les humains qui vivent en tribus nomades ou semi-nomades, par les conditions mêmes de leur environnement et mode de vie, sont amenés à respecter ces rythmes naturels, car il en va de leur survie et de leur bien être. On observe d’ailleurs que les premiers millénaires de civilisation ont vu se côtoyer les deux modes de vie, progressivement de plus en plus concurrentiels, et que les cités-états, puis les royaumes et empires qui leur ont succédé, ont développé des mythes qui, petit à petit, ont supplanté les conceptions animistes des nomades par des récits mythologiques. Au cœur de ces mythes, la « cause première », créatrice de l’univers, a bientôt pris la forme de dieux à l’apparence d’humains, ayant des comportement humains archétypes. Puis est venu Akhenaton, le « pharaon hérétique », qui a créé le monothéisme en effaçant les cultes du « dieu multiple » (Amon) pour le remplacer par le « dieu unique » (Aton). C’est l’origine du (des) monothéisme(s) (à ce sujet, lire le très intéressant ouvrage de Messod et Roger Sabbah, « Les secrets de l’Exode »).
Le monothéisme —et le mode de vie qu’il va développer— a considérablement influencé les structures des civilisations, et notamment de la civilisation dite « occidentale », qui à présent domine le monde.
Or, ces structures sont assez simples à décrypter, au fond. Elle reposent sur une structure pyramidale qui met, bien entendu, Dieu au sommet, et les hommes à la base. D’un point de vue ésotérique, ce symbolisme est très intéressant, mais comme tout symbole, il possède plusieurs faces, dont certaines lumineuses, d’autres obscures. Je ne vais pas entrer ici dans ces considérations, qui nous éloignent de notre sujet.
La structure hiérarchique qui nous intéresse ici, c’est principalement la structure familiale : le Père, la Mère et l’Enfant. L’enfant procède du père et de la mère, il dépend d’eux. Il leur doit obéissance, et ceux-ci sont, pour l’enfant, jusqu’à l’adolescence, des sortes de « dieux » : Dieu-le-Père (la rigueur, la sévérité, les sanctions, la Loi, celui qui règne dans la maison) et la Déesse-Mère (la douceur, la nourriture, la tendresse, la bienveillance, la sécurité, la maison elle-même) : le Ciel et la Terre.
Si l’on analyse nos structures sociales, elles reproduisent, à différents niveaux, ce schéma simple, et en tant qu’homme ou femme, nous avons inconsciemment tendance à rechercher dans les structures qui nous entourent un « père » et une « mère » de substitution (en France, la figure Présidentielle et la République, incarnée par Marianne, sont les figures du Père et de la Mère de tous les français).
Or, instinctivement, conditionné depuis l’enfance à cette structure, l’être humain est naturellement amené à s’émanciper de la tutelle de ses parents, mais pour tomber sous une autre tutelle, qui est la Loi des hommes, qui va remplacer le Dieu-Père et la Déesse-Mère par d’autres structures, situées au dessus de la famille (dans un cercle plus large). Cette structure perpétue donc la soumission à une autorité, qui change de niveau, mais qui demeure présente sous une forme ou une autre. L’habitude, le conditionnement, le réflexe de la la soumission à l’autorité est dès lors acquis et imprègne les structures sociales.
Mais la soumission est par nature déresponsabilisante. Et dans le chef des personnes les plus déséquilibrées, celles qui veulent tout contrôler (les affreux, les drogués du pouvoir, les mégalomanes), il y a tout intérêt à encourager et renforcer ce schéma.
L’humain n’est donc pas « naturellement » enclin à se soumettre, c’est l’environnement structurant dans lequel il évolue dès son enfance qui va déformer ses élans naturels.
Les combats pour l’enfance d’Octave Mirbeau sont remarquables à ce sujet, et sa critique, féroce, des structures déformantes et destructrices pour l’enfant que sont la famille, l’école et l’Église, est édifiante à ce sujet.
Ce sont donc, il me semble, ces structures familiales, éducatives et religieuses qui conduisent une grande majorité d’humains à se soumettre de plus ou moins bon gré. Non une tendance « naturelle », une faiblesse ou une tare innée. On en revient finalement à la question de l’inné et de l’acquis. Sur ce point, je rejoins ceux qui considèrent que l’acquis a un rôle prépondérant sur l’inné, et qu’en modifiant l’environnement dans lequel les individus évoluent, on modifie leur comportement. Je crois qu’il ne faut pas être grand clerc pour s’en apercevoir.
J’arrête ici, mais il y a encore bien des choses à développer.
Merci, Morphéus, pour ce message intéressant.
A‑t-on des traces — des preuves et des descriptifs détaillés — d’organisation humaine durablement non pyramidales ?
Est-ce que la faiblesse du petit d’homme (assez spécifique dans le monde animal) ne le condamne pas —mécaniquement— à l’apprentissage précoce de (au dressage à) la dépendance à un puissant protecteur ?
Étienne.
Bonjour Étienne,
Oui, il existe de nombreuses études anthropologiques (modernes) qui montrent que dans la plupart des sociétés dites « primitives » (on ne les appelle plus comme cela de nos jours), tel que les tribus vivant en Amazonie, en Afrique ou en Sibérie, par exemple, les structures sociales sont beaucoup plus horizontales et donc plus égalitaires. On n’observe pas d’abus de pouvoir, car le pouvoir, par exemple du chef, est plus une charge, une responsabilité, et que celui-ci, même s’il n’y a pas de loi écrite, a des comptes à rendre. On lui rend des honneurs, notamment durant les cérémonies, mais les membres de la tribu ne sont pas soumis au chef, et ses « décisions » ne sont généralement que la formalisation de ce que les adultes et les ainés décident de commun accord en conseil.
Même les « chamans » ont des comptes à rendre (sorciers, hommes-médecines, … – à noter que le terme « chaman » est une généralisation abusive ; le terme vient des sociétés Sibériennes).
Bien évidemment, cette horizontalité et cette égalité est une conséquence de l’échelle sociale, qui est la tribu (ensemble de quelques familles) – quelques dizaines d’individus. Ces petits groupes ne sont pas totalement autonomes, ils coexistent et sont en contacts réguliers avec d’autres tribus, font des échanges de ressources, mais aussi de femmes, pour des mariages entre tribus (ce qui évite la consanguinité).
Il y a parfois des conflits entre tribus, mais ceux-ci sont très rarement sanglants, et jamais (jamais !) génocidaires. On a pu observer, notamment dans le cas de tribus africaines, que les hostilités – très démonstratives (ils s’invectivent, se menacent, gesticulent, montrent leur force et leur détermination) – stoppent dès qu’une personne est blessée au sang.
La violence n’est donc pas inexistante, mais elle est canalisée dans des sortes de rites permettant de décharger les tensions, tout en préservant la vie.
Ce que cela montre, c’est que les structures basée sur des petits groupes, où les gens se connaissent et se fréquentent chaque jour, et sont dépendants les uns des autres, instaurent instinctivement une quasi égalité. On n’y observe pas le développement de structures de classe ou de caste.
Ces structures de classes ou de caste, ainsi que les hiérarchies sociales, n’apparaissent que dans les cités, ainsi que les pouvoirs (politiques, cléricaux, religieux – par « clérical », j’entends la fonction de « bureaucrate » antique : scribes, comptables, etc., qui ne se confond pas toujours avec les prêtres, même si c’est souvent le cas).
Ma conclusion (provisoire) est que nous aurions certainement à intégrer cette ancienne sagesse, et que cela montre que l’égalité sur un plan social et politique ne peut être acquise qu’en créant une structure politique allant de la base vers le sommet : les représentants doivent servir, et le pouvoir véritable doit demeurer entre les mains du peuple dans son ensemble ; si chef il y a, celui-ci doit se borner à n’être qu’un prote parole de la voix du peuple.
Un livre qui m’a beaucoup plu, de Thom Hartmann : Les dernières heures du Soleil ancestral (éditions Ariane).
@ Morpheus
Ces réflexions sont très intéressantes,
• Un exemple célèbre de société à faible hiérarchie : Edward Evan Evans-Pritchard : « Les Nuer. Description des modes de vie et des institutions politiques d’un peuple nilote » (http://www.scienceshumaines.com/les-nuer_fr_12950.html),
• Un article sur les chefferies amérindiennes (http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rfsp_0035-2950_1988_num_38_5_411172) qui nuance un peu ce que Pierre Clastres a écrit.
Très intéressant, cet article, sitouaillain, merci 🙂
L’hétéronomie qui impose la collaboration est valable à tous les niveaux,elle est simplement acceptée et organisée en haut de la hiérarchie qui l’utilise à son profit.
Exemple un fabriquant de voitures n’existe pas sans routes, sans acheteurs, sans garagistes, sans les générations de mathématiciens et physiciens, les organisateurs, les généraux, les empereurs qui l’ont précédé et dont il a du intégrer le/une partie du savoir.
Pourquoi est il reconnu comme un grand ponte ?
Est il plus utile qu’un bon professeur, qu’un bon garagiste ?
Non, il fait partie d’un groupe qui se protège des autres, en établissant par les médias qu’il contrôle, la mythologie de sa puissance, de son pouvoir, de sa liberté ‑qui n’existe pas il n’est pas autonome – , mythologie qui par réflexe rappelle le peuple à sa condition de médiocre dominé,envieux.
Face à cela les professeurs , soit l’apprentissage de la réflexion et de la lucidité, sont dans la contradiction d’avoir à créer une élite, tout en formant la masse à s’en défendre.
Ils sont par définition synonymes d’effort , de privation de liberté, et sont dans des cellules qui ne communiquent pas, étanches, sans voix, donc sans danger pour les élites armées de communiquants établissant une atmosphère de Noel permanent,de fantasmes, de grandeurs, de divertissement .…
ET DE PEUR de ne pas y participer !
On gouverne par la peur, ce qui est sous entendu par Frédéric Lordon. Le désir, le besoin inassouvi de la multitude, la servitude volontaire est une habitude contractée dès l’enfance.
Un cerveau désirant a peur de ne pas aboutir, a peur d’être privé.
Le stress l’oblige alors à une victoire rapide, à la satisfaction rapide sous peine de frustration ou de rétablissement de son équilibre dans l’acceptation de la défaite, au mieux à la patience. Apprend on aux enfants à accepter de perdre, à être patient ? Non et c’est même tout le contraire.
On les soumet donc à la torture de devoir à la hate et sous contrainte physique et psychologique , intégrer la montagne de connaissances , le labyrinthe ou il est plus facile de s’égarer que de triompher. Cela aboutit donc à l’échec pour la plupart et à des stratégies inconscientes d’acceptation de cette défaite, complexes, paresse,dégout de la connaissance , dépression larvée.
Le retour à l’équilibre , à la moyenne, à l’acceptation inconsciente de la défaite est la seule issue, et on est alors mur pour la servitude volontaire.
La force des habitudes,du mimétisme,de l’appartenance au groupe , puissant instinct également, jouent aussi un role dans cette acceptation et ce retour à l’équilibre.
Cet équilibre est paradoxalement dangereux pour les élites,il faut donc faire peur pour continuer d’affaiblir ceux qui dans la panique seront conduits à se priver également de nutriments essentiels car incapables d’établir des priorités ou contraints à des choix.
Il faut discréditer les valeurs de groupe, de collaboration, dangereuses pour elles, les élites.
C’est le rôle de « leurs médias de masse » ‚d’inventer l’histoire qui amalgame ces valeurs de collaboration au goulag.
Elles décident donc contrairement à ce qu’elles prônent, de s’unir pour laisser perdurer l’hétéronomie matérielle voir l’amplifier car c’est le plus sur moyen de faire peur , d’isoler ceux que l’on plonge dans cette immensité du chaos informationnel et de la fragilité de l’individualisme.
Le pari étant que ceux qui en triompheront seront rares et faciles à corrompre à leur tour.
pour continuer à alimenter le débat lancé par Morphéus (14),
une interview dans Libé sur les résultats des fouilles préventives en France, on y lit une intéressante perspective sur l’apparition des structures de domination :
http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2012/04/larch%C3%A9ologie-a-retrouv%C3%A9-lhistoire-de-france.html
Et, pour compléter cette analyse matérialiste par les considérations sur les mentalités et notamment le fait religieux,lisez cet article Wikipédia (http://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%B6bekli_Tepe) sur un sanctuaire néolithique d’Anatolie érigé par des chasseurs-cueilleurs, qui pourrait fournir des explications sur la sédentarisation, l’agriculture et l’apparition des villes, il est d’ailleurs à noter que les villes de l’ancienne Mésopotamie sont centrées autour d’un temple qui agit comme une véritable entreprise publique, possédant ses terres et ses troupeaux pour alimenter le culte et les prêtres…et avant cela, la cité-temple de çatal HöYük et sa déesse mère assise sur un trône http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%87atal_H%C3%B6y%C3%BCk, déesse dont on ne sait rien, à part qu’elle est peut être l’ancêtre de la Cybelle phrygienne…http://fr.wikipedia.org/wiki/Cyb%C3%A8le
En lien avec l’idée de servitude volontaire, comme il serait bien inspiré notre président Hollande s’il s’inspirait de ce qui s’est fait en Argentine !
Nestor Kirchner a été président de la République argentine de 2003 à 2007. Son bilan est historique :
a) envoyant balader les banquiers, il a « renégocié » la dette du pays en 2005 d’une façon expéditive : il a purement et simplement refusé le remboursement de trois quarts des 100 milliards de dollars de dette extérieure !
b) faisant un bras d’honneur au dogme de l’ultra-libéralisme et de la prétendue « mondialisation inévitable », il a :
– gelé les tarifs de l’énergie et des transports,
– taxé très fortement les importations,
– relancé l’activité économique (+ 50 % en cinq ans !) en la soutenant de façon keynésienne par les dépenses publiques,
– provoqué une forte hausse des salaires,
– et engagé un programme tenace de réappropriation par le peuple argentin des grands services publics du pays qui avaient été bradés à des intérêts privés américains ou européens à la demande du FMI :
- novembre 2003 : Renationalisation de la Poste argentine, qui avait été privatisée en 1997.
- janvier 2004 : Renationalisation de la concession de l’espace radioélectrique national, qui avait été attribué au groupe français Thales Spectrum, filiale de Thales (ex-Thomson) en 1997.
- mars 2006 : Renationalisation de la distribution de l’eau potable qui avait été attribuée au groupe français Suez en 1993.
- mars 2007 : Renationalisation du Chantier naval Darsena Norte, privatisé en 1999. Les employés reçoivent 10% des actions, le reste étant contrôlé par l’Etat.
C’est sa propre épouse, Cristina Kirchner qui lui a succédé au poste de présidente de la République le 10 décembre 2007. Réélue il y a quelques mois, en octobre 2011, elle a continué l’impressionnante œuvre libératrice de son mari :
- novembre 2008 : Renationalisation du système de retraites, qui avaient été privatisées en 1994.
- décembre 2008 : Renationalisation des compagnies aériennes Aerolineas Argentinas et Austral, privatisées et acquises en 1990 par la compagnie espagnole Iberia, puis en 2001 par le groupe espagnol Marsans.
- et enfin, ce 16 avril 2012 : Renationalisation majoritaire (à 51%) de la compagnie pétrolière YPF, qui avait été privatisée et cédée à l’Espagnol Repsol en 1992.
Je reprends ce que dit l’ami Béo et je bisse car ça me semble très juste. » la meilleure méthode pour l’endormissement c’est l’illusion du mouvement. »
Quant à Monsieur Lordon, s’il passe par ici, je ne saurais trop lui conseiller que de lire un très grand Monsieur du nom de Michel Henry, qui fait le distingo . « l’affectivité n’est pas l’affection : elle en est « la forme primitive ». C’est pourquoi elle appartient, au gré de sa double polarité, le Souffrir et le Jouir, à la donation de tout ce qui est et la constitue proprement. En effet reprend un biographe de ce philosophe, tout ce qui se manifeste, qu’il relève du « monde » ou de « l’âme », de « l’extérieur » ou de « l’intérieur », du « sujet » ou de « l’objet », se manifeste dans l’affectivité et par elle. Mais l’affectivité fait plus qu’accompagner l’ensemble de nos représentations, de nos sensations, de nos affections.N’étant pas une détermination psychologique juxtaposée aux autres‑à la sensation, à l’imagination, à la conception, à la volition, au doute, à la certitude-mais le COMMENT fondamental conformément auquel chacune de ses modalités advient d’abord à soi-même(,)elle est la matérialité phénoménologique pure de ce s’éprouver soi-même et de cette façon, la possibilité concrète et l’essence de la subjectivité absolue. En refusant ainsi la réduction classique de la subjectivité à la conscience d’objet pour la concevoir au contraire comme la Vie, la philosophie de la subjectivité de Michel Heunry voit dans le Jouir et le Souffrir, les catégories fondamentales en lesquelles consiste proprement notre expérience d’être. C’est Paul Audi qui en parle en ces termes dans figures du savoir !
Et comme j’aime beaucoup, beaucoup, l’étymologie, je l’avais cherchée justement concernant le mot affection. Et il semblerait que ça vienne de ad et facere c’est à dire mouvement, transformation, rapport, relation, influence. Faire des efforts VERS !
Toujours la fameuse cible !
« L’aliénation du III millénaire »
« l’aliénation consiste à être l’allié de ses propres fossoyeurs » Milan Cundera.
http://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/l‑alienation-du-iii-millenaire-150432